samedi 26 mai 2018

Tel-Aviv fait pression sur les USA pour qu'ils reconnaissent la souveraineté d'Israël sur le Golan

Les discussions iraient bon train concernant la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté israélienne sur le plateau occupé du Golan. Le ministre israélien du Renseignement pense que Washington accédera à cette demande d'ici quelques mois.

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Profitant des bonnes grâces du président américain Donald Trump qui vient de transférer l'ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem et de se retirer de l'accord sur le nucléaire iranien, l'Etat hébreu est entré dans des discussions pour que Washington reconnaisse sa souveraineté sur le plateau du Golan. Un territoire syrien dont une grande partie est occupée par Israël depuis la guerre des Six jours de 1967.

Le 23 mai, le ministre israélien du Renseignement, Israel Katz, a ainsi déclaré à l'agence Reuters que les deux pays avaient fait du Golan un de leurs principaux sujets de négociation. Il a même affirmé que Washington accéderait «avec une forte probabilité» à cette demande, et ce, «dans quelques mois environ».

La question avait déjà été abordée en février 2017 lors d'une première rencontre à la Maison Blanche entre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, et Donald Trump. Pour Israel Katz, en rediscuter aujourd'hui est pertinent, peu de temps après de supposés tirs de missiles iraniens sur le plateau le 8 mai : «C'est le moment parfait pour prendre une telle décision. La réponse la plus douloureuse que l'on puisse infliger aux Iraniens serait de reconnaître la souveraineté d'Israël sur le Golan avec une déclaration américaine, une proclamation présidentielle gravée dans le marbre législatif.»

Si l'Etat hébreu estime que le plateau pourrait servir de base armée à l'Iran, une éventuelle reconnaissance pourrait à nouveau provoquer l'ire de la communauté internationale. 

Un plateau occupé par Israël, source de frictions depuis la guerre en Syrie

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Territoire initialement syrien, la majeure partie du plateau du Golan est sous contrôle d'Israël depuis la guerre des Six jours en 1967. Le territoire a été annexé en 1981 après un vote de la Knesset,  contre l'avis du Conseil de sécurité de l'ONU, qui considère l'annexion comme «nulle et non avenue et sans effet juridique sur le plan international». Cette zone d’environ 1 200 kilomètres carrés, de 12 à 25 kilomètres de large, 67 kilomètres de long, constitue la seule frontière entre Israël et la Syrie. Environ 510 kilomètres carrés restent sous contrôle syrien. Déstabilisée par la guerre en Syrie, la partie du plateau du Golan occupée par Israël concentre des tensions croissantes depuis quelques mois, après des décennies de calme relatif. L'Etat hébreu y mène régulièrement des attaques qu'il justifie en disant répondre à des tirs de roquettes, de missiles ou d'obus attribués qui à la Syrie, qui au Liban ou à l'Iran.

Dans la nuit du 9 au 10 mai 2018, l'Etat hébreu avait par exemple lancé de nombreux missiles sur plusieurs cibles iraniennes dans le sud de la Syrie, près de Damas, mais aussi de Kuneitra et de Homs, tuant trois personnes. Tsahal avait affirmé riposter à des tirs de roquettes opérés le 8 mai dans le Golan occupé et attribués à la brigade iranienne al-Qods. Moscou, qui a dressé un état des lieux après les frappes israéliennes, a souhaité que toutes les parties fassent preuve de «retenue» et s'ouvrent au «dialogue». Emmanuel Macron a, lui, appelé à la «désescalade». Le porte-parole iranien des Affaires étrangères, Bahram Ghassemi, a pour sa part déclaré le 11 mai que ces attaques menées par Israël l'avaient été «sous des prétextes inventés».

En juillet 2017, l'armée israélienne avait pris pour cible une position de l'armée syrienne après que deux projectiles en provenance du territoire syrien se sont abattus sur sa partie du plateau du Golan, comme cela arrive régulièrement par accident. Benjamin Netanyahou avait déclaré qu'il y aurait des représailles si des obus s'écrasaient, pour une quelconque raison, sur le territoire (y compris occupé) de l'Etat hébreu. Le 24 juin 2017, l'armée israélienne avait déjà mené d'autres raids contre des positions de l'armée syrienne, après que des projectiles en provenance de Syrie s'étaient abattus sur une partie du plateau du Golan, sans faire de blessés. Fin avril 2017, l'armée israélienne avait annoncé avoir abattu une «cible» au-dessus de la zone occupée, quelques heures après que la Syrie l'eut accusée d'avoir frappé une position militaire près de l'aéroport de Damas.

L'armée israélienne a en outre mené plusieurs frappes aériennes en Syrie depuis 2011, date du début de la crise, la plupart visant selon elle des convois ou entrepôts d'armes destinés au mouvement chiite libanais Hezbollah, allié de Damas.

https://francais.rt.com/international/50961-washington-reconnaitrait-souverainete-israelienne-sur-le-plateau-du-golan

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jeudi 24 mai 2018

La nouvelle campagne de Trump contre l’Iran n’atteindra pas ses objectifs

TRIBUNE LIBRE /  Moon of Alabama

TL IRAN US GUERRE

Publié le 21 Mai 2018 sous le titre Trump’s New Campaign Against Iran Will Not Achieve Its Aims

L’administration Trump a dit clairement aujourd’hui qu’elle avait l’intention de provoquer un changement de régime en Iran par tous les moyens possibles.

Dans un discours à la Heritage Foundation qui a fait grand bruit, le secrétaire d’État Pompeo a présenté douze demandes à l’Iran. Il l’a menacé « des sanctions les plus sévères de l’histoire » si ces exigences n’étaient pas satisfaites.

Mais ces demandes n’ont pas de sens. Elles ne font que démontrer l’incompétence de l’administration Trump. Les moyens que l’administration Trump a mis en place pour atteindre ses objectifs ne sont pas réalistes et, même s’ils étaient réalisables, ils seraient insuffisants pour atteindre les résultats souhaités.

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Il est demandé à l’Iran de cesser tout enrichissement d’uranium. Mais l’Iran ne peut pas arrêter l’enrichissement. Ce programme est un des fleurons de la politique iranienne et il bénéficie d’un large soutien public car il est considéré comme un attribut de sa souveraineté.

Pompeo exige que l’Iran ferme son réacteur à eau lourde. L’Iran ne peut pas fermer son réacteur à eau lourde. Il n’en a pas. Celui qu’il construisait à Arak a été rendu inutilisable du fait de l’accord nucléaire (JCPOA). Du béton a été coulé dans son noyau sous la supervision des inspecteurs de l’AIEA. Comment le secrétaire d’État des États-Unis peut-il faire une demande qui ne tient aucun compte de la réalité dans un discours préparé à l’avance ?

Une autre exigence est que l’Iran cesse de soutenir la résistance palestinienne. L’Iran ne cessera jamais de soutenir la Palestine tant que l’occupation israélienne se poursuit. Il est aussi demandé à l’Iran de ne pas développer de missiles « nucléaires ». L’Iran s’est déjà engagé à le faire dans le cadre du JCPOA que Trump a fait exploser. Une autre exigence est que l’Iran retire toutes ses troupes de Syrie et mette fin à toute ingérence en Irak, au Yémen, en Afghanistan et ailleurs.

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Tout cela exigerait un changement radical du caractère national et des politiques de l’Iran. Il faudrait qu’il devienne quelque chose comme le Lichtenstein. L’administration de Trump n’a aucun moyen de l’y contraindre.

A l’issue d’un dur labeur, l’administration Obama avait réussi à amener une grande partie du monde à accepter des sanctions contre l’Iran. Cela a été possible parce que les autres pays ont cru la promesse d’Obama d’honorer l’accord à venir et de négocier sérieusement. Il a fallu beaucoup d’unité et de confiance internationales pour parvenir à l’accord nucléaire.

Aujourd’hui, Trump exige beaucoup plus, mais il n’a pas de front international uni derrière lui. Personne ne croit en sa parole. Les Européens sont furieux que Trump les menace de sanctions secondaires s’ils s’en tiennent à l’accord qu’ils ont signé, et continuent de traiter avec l’Iran. Même s’ils finissent par plier et qu’ils cessent, dans une certaine mesure, de traiter avec l’Iran, ils essaieront de contourner les sanctions unilatérales des États-Unis.

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Ni la Chine, ni la Russie, ni l’Inde ne cesseront de faire des affaires avec l’Iran. En fait, les sanctions unilatérales américaines leur ouvrent de nouveaux marchés. La compagnie pétrolière française Total a annoncé qu’elle allait renoncer à son projet de développement du champ gazier iranien de South Pars afin d’éviter des sanctions américaines secondaires sur ses autres intérêts. La Chine a dit « merci » et a pris le relais. De même, la Russie poursuivra tout qu’elle le peut. Son industrie agricole fournira à l’Iran tout ce dont il a besoin. Elle continuera de vendre des armes à l’Iran. La Chine, l’Inde et d’autres continueront d’acheter du pétrole iranien.

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L’administration de Trump va provoquer quelques désordres économiques. Elle va également affaiblir les États-Unis et l’Europe et renforcer la Russie et la Chine. La menace de sanctions secondaires conduira à terme à la création d’une économie mondiale parallèle sécurisée. Le réseau d’échange d’informations financières SWIFT, qui achemine les paiements internationaux entre banques, peut être remplacé par des systèmes de pays à pays qui ne dépendent pas d’institutions sanctionnables. Au lieu du dollar étasunien comme moyen de change universel, on peut utiliser d’autres devises ou faire du troc. L’abus ridicule des sanctions économiques et financières finira par détruire la capacité des États-Unis à s’en servir comme outil de politique étrangère.

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Le discours de Pompeo va unir le peuple iranien. Les néolibéraux modérés qui entourent l’actuel président Rohani rejoindront les tenants de la ligne dure nationaliste dans la résistance. Les exigences étasuniennes dépassent largement ce qu’un gouvernement iranien quel qu’il soit peut assumer. Un Iran qui prend en compte la volonté de son peuple ne les acceptera jamais.

Le seul moyen pour l’administration Trump d’atteindre ses objectifs serait un changement de régime. Mais il y a déjà eu une tentative de changement de régime dans l’Iran actuel et elle a échoué. La « révolution verte » a été fortement soutenue par Obama. Mais elle a été aisément contrecarrée et elle a échoué. Il y a eu diverses campagnes d’assassinats en Iran, mais cela n’a pas changé sa politique. La taille et le relief de l’Iran rendent impossible une attaque militaire directe comme en Libye. L’Iran est en mesure de riposter contre une attaque en frappant des intérêts américains dans le Golfe.

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Les États-Unis peuvent, et vont sans doute, continuer à attaquer les forces et les intérêts iraniens en Syrie et ailleurs. Leur armée va s’efforcer de faire obstacle à l’Iran dans le Golfe. La CIA va essayer d’envenimer les dissensions iraniennes internes.  L’aggravation des sanctions portera préjudice à l’économie iranienne. Mais rien de tout cela ne pourra empêcher le sentiment national de l’Iran de se concrétiser dans sa politique étrangère, telle qu’elle est aujourd’hui.

Dans un an ou deux, l’administration Trump constatera que sa campagne de sanctions a échoué. Il y aura des pressions en faveur d’une attaque militaire directe contre l’Iran. Mais il y a déjà eu des plans pour attaquer l’Iran sous George W. Bush. À l’époque, le Pentagone avait indiqué qu’une telle guerre entraînerait de très graves pertes et échouerait probablement malgré tout. Je doute donc qu’elle ait jamais lieu.

Qu’est-ce que l’administration Trump pourra faire quand il s’avérera que le plan A qu’elle vient de rendre public a échoué ?

Moon of Alabama

Article original: Trump’s New Campaign Against Iran Will Not Achieve Its Aims

Traduction : Dominique Muselet

URL: https://arretsurinfo.ch/la-nouvelle-campagne-de-trump-contre-liran-natteindra-pas-ses-objectifs/

dimanche 20 mai 2018

Face aux sanctions américaines, l'Allemagne s'insurge, la France renonce

Le ministre allemand de l'Economie Peter Altmaier se dit prêt à répondre si les intérêts européens sont négligés par la politique américaine de sanctions, notamment contre la Russie. Mais Paris semble plus réticent à froisser les Etats-Unis...

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«En déclarant "l'Amérique d'abord" et en plaçant leurs intérêts économiques avant ceux des autres, les Etats-Unis doivent s’attendre à une riposte de l'Europe», a déclaré le ministre allemand de l'Economie et de l’Energie Peter Altmaier, dans un entretien accordé ce 18 mai à la chaîne de télévision publique allemande ARD.

Dans un contexte de sanctions américaines contre l’Iran, mais aussi contre la Russie, Peter Altmaier a attribué la volonté des Etats-Unis de bloquer la construction de Nord Stream 2, le nouveau gazoduc reliant la Russie et l'Allemagne sous la mer Baltique, à leur souhait de favoriser leurs intérêts économiques aux dépens de ceux de l'Europe.

«Ils ont une importante infrastructure de terminal de gaz naturel liquéfié dont ils veulent tirer profit […] mais leur GNL [gaz naturel liquéfié] sera nettement plus cher que celui du gazoduc ...», a ainsi expliqué le ministre allemand dans une allusion au terminal américain de Sabine Pass, administré par la société texane Cheniere et entré en service au début de l’année 2016.

Peter Altmaier a tenu ces propos alors que la chancelière allemande Angela Merkel se rend à Sotchi pour y rencontrer le président russe Vladimir Poutine ce même jour. Le sort du gazoduc Nord Stream 2, dont la construction a débuté le 15 mai en Allemagne, devrait occuper une place importante dans la conversation entre les deux dirigeants.

La résignation face à la combativité 

Les déclarations vives de Peter Altmaier à l’attention des Etats-Unis contrastent avec la position française exprimée la veille, le 17 mai, lors du sommet européen de Sofia en Bulgarie. S'exprimant sur un sujet différent mais impliquant les mêmes enjeux, celui des sanctions contre l'Iran, le président Emmanuel Macron, lauréat 2012 de la French American Foundation (comme son prédécesseur issu de la promotion 1996) avait adopté une position beaucoup plus conciliante à l’égard de la politique étrangère américaine et de ses conséquences pour les intérêts économiques européens. 

Excluant tout affrontement commercial avec Washington, il avait ainsi expliqué : «Notre intérêt premier n’est pas un intérêt commercial ou d’entreprises, […] il est d’assurer la stabilité.» Toute la différence entre la deuxième puissance exportatrice mondiale et l’avant-dernier de la classe en EuropeLa résignation dont témoigne le discours français contraste avec la pugnacité des propos tenus par Peter Altmaier le lendemain.

Les enjeux pour le commerce français en Iran ne sont pourtant pas des moindres. La veille, le géant pétrolier Total annonçait son retrait vraisemblable d’Iran si le groupe n'obtenait pas d'exemptions de la part de l'administration américaine. Si cette annonce ne remet pas en cause les capacités mondiales de production du groupe français, elle démontre toutefois que les intérêts stratégiques du commerce français subissent directement le contrecoup des décisions américaines. Depuis, le groupe énergétique semi-public français Engie a également annoncé son retrait. Son PDG, Isabelle Kocher, a déclaré lors d'une réunion des actionnaires ce 18 mai qu'Engie ne disposait pas d'infrastructures en Iran mais que des équipes d'ingénierie y travaillent pour ses clients.

Les plus grosses entreprises européennes annoncent déjà leur retrait d'Iran

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D'autres pays européens se trouvent dans la même situation. Le groupe danois Moller-Maersk, leader mondial du fret, a annoncé une décision similaire à celle de Total dans la foulée. Quant au sidérurgiste italien Danieli, son président Alessandro Trivillin a annoncé le 17 mai renoncer à 1,5 milliard d’euros de contrats remportés en Iran, faute d'avoir pu trouver pour eux une couverture financière.

Les propos d'Emmanuel Macron reflètent plus généralement une position partagée au sein même des institutions européennes reconnaissant la faible capacité du Vieux Continent à s’opposer au rouleau-compresseur de la justice extraterritoriale des Etats-Unis. Devant le Parlement européen, le 17 mai, le vice-président de la Commission européenne chargé des services financiers, Valdis Dombrovskis, avait ainsi admis que la réactivation du Règlement européen dit de «blocage» datant de 1996 n'aurait qu'une efficacité limitée «étant donné la nature internationale du système bancaire et en particulier l'exposition des grandes banques au système financier américain et aux transactions en dollars américains».

https://francais.rt.com/economie/50800-face-sanctions-americaines-allemagne-insurge-france-renonce

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En coulisses, la France reconnaît l’impuissance de l’UE face aux sanctions américaines contre l’Iran

L’Europe peut-elle résister aux sanctions américaines contre l’Iran ? Le risque pour les entreprises européennes de perdre leur accès au marché américain devrait primer sur les velléités de défendre une souveraineté plus que jamais illusoire.

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Cité par Reuters, un conseiller de la présidence de la République française a reconnu le 15 mai, lors d’une réunion avec des journalistes, qu’un mécanisme de financement en euros élaboré par les pays européens pour le commerce avec l’Iran serait insuffisant pour maintenir des liens économiques avec Téhéran dans le contexte des sanctions économiques américaines.

Il a ajouté que l’Europe avait besoin d’une «approche plus globale pour renforcer [son] arsenal légal» et défendre les entreprises du continent menacées par les sanctions unilatérales américaines. Ce 16 mai, les chefs d’Etat européens se retrouvaient justement à Sofia à l’occasion d’un sommet qui devait initialement être consacré au projet d’une «Europe numérique», mais qui fut très fortement bousculé par l’agenda international récent, comme l’avait résumé la veille dans un tweet le président du Conseil européen, Donald Tusk. Il annonçait ainsi la publication de sa lettre aux dirigeants de l'UE et appelait entre autres à «reconfirmer l’accord sur le nucléaire iranien et protéger les entreprises européennes», ainsi qu’à «rester accrochés à ses armes [stick to our guns] dans le commerce UE-Etats-Unis».

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Le même jour, les plus grands chefs d'entreprise français avaient rencontré des responsables du gouvernement alors qu’Emmanuel Macron pressait Washington de concéder des dérogations couvrant des sociétés telles qu'Airbus, Sanofi, Renault et le groupe PSA. Ces fleurons français ont beaucoup réinvesti en Iran depuis l'accord de 2015, qui a suspendu les sanctions en échange de la limitation des programmes nucléaires de Téhéran.

La France, l'Italie et l'Allemagne les plus sévèrement touchées

La France, l'Italie et l'Allemagne font partie des pays qui ont mis en place des mécanismes d'exportation destinés à éviter les transactions en dollars et à résister, par conséquent, au renouvellement anticipé des sanctions américaines. Mais le mécanisme français, administré par la banque publique d'investissement Bpifrance, a semble-t-il été récemment mis en attente, selon des sources reprises sous couvert d’anonymat par les agences de presse.

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Lors du briefing du 15 mai mentionné par Reuters, le conseiller de la présidence a martelé : «Il est important que nous développions des mécanismes nous permettant de contrer les lois extraterritoriales et un véhicule de financement tel que le BPI en fait partie […] Mais l'Iran est un cas particulièrement difficile et je ne suis pas sûr que le BPI seul permettra aux grandes entreprises d'aller investir en Iran.» Il a plus loin reconnu : «Nous n'avons pas grand-chose pour menacer les Américains : quand vous êtes un acteur économique et une multinationale avec des intérêts aux Etats-Unis qui travaillent en dollars, vous avez le choix et ce choix est fait rapidement»

Autrement dit, quelles que soient les mesures prises par l’Union européenne et les mécanismes de financement du commerce extérieur hors dollars qu’elle pourrait mettre sur pied comme l’ont déjà fait la France, l’Allemagne et l’Italie, les grandes entreprises ont le choix entre poursuivre leurs investissements en Iran ou continuer à profiter du débouché incomparable qu’offre le marché américain.

Un commerce transatlantique très bénéfique aux entreprises européennes

Or, en 2017, le commerce de biens entre les Etats-Unis et l’Union européenne a atteint un nouveau record à plus de 718 milliards de dollars (609 milliards d’euros) avec un excédent budgétaire de 151 milliards de dollars (128 milliards d’euros) au profit des entreprises du Vieux Continent – surtout allemandes. A elles seules,  elles représentent plus de la moitié de cet excédent. La tendance s’est encore accentuée au cours du premier trimestre 2018 avec un commerce Etats-Unis/UE en hausse de 12% par rapport au 1er trimestre 2017, toujours au bénéfice des entreprises européennes.

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Parmi les mesures couramment évoquées pour contourner l’embargo commercial contre l’Iran décidé par les Etats-Unis, figure l’idée d’un financement exclusif en euros des transactions réalisées entre les entreprises européennes et l’Iran. Jusqu’ici, le département de la Justice américain ne pouvait enclencher de poursuites judiciaires que lorsque des US persons, c’est-à-dire des personnes morales ou physiques américaines ou résidant sur le territoire américain, étaient impliquées ou que les échanges étaient libellés en dollars.

Mais il semble qu’en se retirant de l’accord, les Etats-Unis ont réduit à zéro la portée réelle de ces mécanismes de financement hors dollar. Dans une note intitulée «Comment l’Europe peut sauver l’accord sur le nucléaire iranien», publiée le 2 mai sur son site web, l’organisation indépendante pour la prévention des conflits, International Crisis group, avait interrogé plusieurs hauts responsables européens au cours du mois d’avril. L'un de ses interlocuteurs avait déclaré : «Nos entreprises ont expliqué sans détour qu'elles ne seraient pas en mesure de faire des affaires avec l'Iran si les sanctions étaient rétablies. Ce n'est pas comme les années 1990 ; toutes nos entreprises sont en contact avec les Etats-Unis et ont beaucoup à perdre.» 

Les règlements européens impuissants face à l'extraterritorialité de la justice américaine

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Interviewé sur RFI dans la matinée du 16 mai, l’avocat à la Cour franco-iranien Ardavan Amir-Aslani a estimé que l’accord sur le nucléaire iranien était «mort-né». De plus, il doute sérieusement des capacités de l'Union européenne a défendre les entrerprises du Vieux-Continent qui commercent avec l'Iran. «Cela ne marchera jamais… Est-ce que vous croyez que ça va empêcher les tribunaux américains de poursuivre les entreprises françaises ?», s'est-il demandé à propos des mesures de protection sur lesquelles planche l'UE. Et en particulier à propos de la réactivation du Règlement (décret du conseil européen) de blocage adopté en 1996 pour contrer les sanctions prévues par les lois américaines Helms-Burton (Cuban Liberty and Democratic Solidarity Act) et d’Amato-Kennedy (Iran and Libya Sanctions Act) adoptées la même année aux Etats-Unis.

Il n’a pas été plus optimiste au sujet du projet de fonds européen en euros pour financer le commerce avec l’Iran en expliquant : «La création de ce fonds souverain européen à un moment où la France, elle-même, dans le cadre d’une relation bilatérale avec l’Iran n’a pas réussi, à travers sa banque nationale BPI, à ouvrir des lignes de crédit pour le financement de projets en Iran après deux ans de discussions. Comment voulez-vous que le projet de fonds souverain européen puisse voir le jour rapidement ?»

Une sortie ordonnée du marché iranien

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Pourtant, la veille, le 15 mai, le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, avait déclaré devant les députés du Bundestag, la chambre basse du Parlement, que c'était un bon signe que les pays de l'Union européenne restent unis dans leur différend commercial avec les Etats-Unis et la rupture diplomatique afin de maintenir l'accord nucléaire avec l'Iran, ajoutant : «C’est une question de souveraineté européenne qui nous permet de nous défendre et d'exister.»

Des propos qui faisaient echo à ceux exceptionnellement vifs de Bruno Le Maire, le ministre français de l’Economie et des Finances, qui avait déclaré le 11 mai sur les ondes d’Europe 1 : «Voulons-nous être des vassaux des Etats-Unis ?»

Mais, à court terme, la France s'attache surtout à «assurer une sortie ordonnée du marché iranien» pour les entreprises qui cherchent désormais à se retirer, selon les propos rapportés par Reuters que le conseiller à la présidence avait tenus le 15 mai.

Les entreprise allemandes doivent quitter l'Iran «immédiatement» 

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D’ailleurs, le nouvel ambassadeur des Etats-Unis en Allemagne, Richard Grenell, avait rappelé, le 8 mai, quelques heures seulement après avoir reçu sa lettre d’accréditation, le peu de cas que les Etats-Unis faisaient de cette prétendue souveraineté européenne en un seul tweet, demandant aux entreprises allemandes qui faisaient des affaires en Iran de les interrompre «immédiatement».

https://francais.rt.com/economie/50749-france-reconnait-impuissance-ue-sanctions-us-iran

samedi 19 mai 2018

Face à la politique de Donald Trump, l’Union européenne gronde mais a du mal à réagir

Le président de la Commission européenne a annoncé le 17 mai que « le processus de la loi de blocage » des sanctions américaines serait lancé le lendemain.

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Dénoncée pour son attitude « capricieuse », l’administration Trump se voit en réalité opposer peu de réponses tangibles pour lui fixer des limites.

Le président de la Commission européenne Donald Tusk s’exprime à Sofia le 17 mai. 

Le président du Conseil européen Donald Tusk s’exprime à Sofia le 17 mai. / LUDOVIC MARIN/AFP

L’Union européenne a-t-elle les moyens de faire les gros yeux face au président américain Donald Trump, sur l’accord nucléaire iranien, comme sur les exportations d’acier ? « Nous sommes témoins d’un nouveau phénomène, l’attitude capricieuse de l’administration américaine », a dénoncé le président du Conseil européen Donald Tusk mardi 15 mai à Sofia, où les 28 ont tenu un sommet sur le rapprochement de l’Union avec les Balkans.

Lors de cette rencontre, les Européens devaient afficher leur « approche unie » pour défendre leurs intérêts en Iran. Washington se retire unilatéralement du plan de non-prolifération, et menace ceux qui ne veulent pas suivre le mouvement. Le 17 mai, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a annoncé que « le processus de la loi de blocage » des sanctions américaines serait lancé le 18.

Un front uni mais des divergences entre États

« Politiquement, les Européens ont envoyé un signal fort aux États-Unis, mais économiquement, ils ont peu d’outils pour se faire entendre », résume Alexandra de Hoop Scheffer, directrice du German Marshall Fund à Paris. La spécialiste des relations transatlantiques estime en outre que le front uni affiché à Sofia masque difficilement les divergences entre États. « Pour l’Europe centrale et orientale la relation avec les États-Unis est trop vitale pour s’en démarquer. L’Allemagne est centrée sur la question de l’acier, tandis que la France a moins à perdre. Le Royaume-Uni, enfin, ne défend pas les blocages de sanctions, inutiles à ses yeux », résume-t-elle.

 

Les Européens ont mieux réussi à se coordonner pour défendre leurs exportations d’acier. L’UE n’a pour l’heure obtenu qu’une exemption provisoire, jusqu’à la fin du mois de mai, de cette taxe douanière américaine de 25 %. Dans son arsenal de réponses, elle dispose d’une liste de produits américains qu’elle pourrait elle aussi taxer lourdement comme les jeans, les motos ou le bourbon, si elle n’obtient pas une exemption permanente.

Les sociétés françaises font un pas en arrière

Concernant l’accord avec l’Iran, l’UE est moins bien armée. Les réponses évoquées sont en réalité des solutions de moyen ou de long terme peu adaptées pour répondre à l’urgence du dossier iranien, d’autant qu’elles nécessitent un consensus entre États. Le ministre des finances Bruno le Maire défend ainsi « la création d’un Ofac européen » (Office de contrôle des actifs étrangers américains) pour que l’UE puisse elle aussi décider de sanctions internationales.

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Le renfort du règlement de 1996 lancé par Jean-Claude Juncker, qui permet de contourner les sanctions extraterritoriales américaines, a l’avantage de plus de réactivité. Mais les entreprises européennes savent bien qu’elles s’exposent en retour à des sanctions secondaires des Américains. Les sociétés françaises ne s’attendent pas à faire le poids. Total s’apprête ainsi à renoncer à son projet gazier au large des côtes iraniennes au profit des Chinois, associés en mal d’hydrocarbures. Les banques, elles, ne veulent pas risquer des milliards d’amendes. Elles poussent leurs clients à mettre un terme à leurs activités en Iran, quitte à laisser leurs parts du marché.

« La désunion transatlantique profite à d’autres qui ont tout intérêt à s’engouffrer dans la brèche. La géopolitique se redessine sous nos yeux », confirme Alexandra de Hoop Scheffer. Devenu incontournable en Syrie et en Libye, Moscou avance ainsi ses pions en Iran. La Russie vient en effet, à travers l’Union économique eurasiatique qu’elle mène, de signer un accord, le 17 mai, qui élimine les droits de douane sur certains produits avec l’Iran, et ce pour trois ans. Objectif, créer à terme une vaste zone de libre-échange.

Jean-Baptiste François
https://www.la-croix.com/Monde/Face-politique-Donald-Trump-lUnion-europeenne-gronde-mal-reagir-2018-05-17-

OUTIL STRATAGEME

lundi 14 mai 2018

L’Iran est-il réellement une menace nucléaire ?

TRIBUNE LIBRE / Par Mersiha Gadzo

TL ISRAEL IRAN PROPAGANDE

Source : Aljazeera, Mersiha Gadzo, 23-04-2018

Le journaliste d’investigation Gareth Porter réfute certains des mythes qui entourent le programme nucléaire iranien.

par Mersiha Gadzo

23 avril 2018

« L’Iran se dirige “très rapidement” vers la production d’une bombe nucléaire et pourrait avoir une arme d’ici à deux ans », rapportait l’agence de presse américaine United Press International.

La citation fut publiée dans un article de 1984 intitulé « La bombe de “l’Ayatollah” en cours de production pour l’Iran » mais elle aurait tout aussi bien pu être publiée aujourd’hui.

Depuis plus de trois décennies, les politiciens occidentaux et la presse ont prétendu que l’Iran était une menace nucléaire.

Les dirigeants israéliens Benjamin Netanyahou et Shimon Peres ont repris cette allégation à de nombreuses reprises dans les années 90, mettant en garde sur le fait que l’Iran construirait une bombe atomique dans la décennie à venir.

Durant l’automne 2012, Netanyahou a déclaré lors de la réunion de l’Assemblée générale des Nations unies – avec son tristement célèbre dessin de bombe – que l’Iran serait en mesure de construire une arme nucléaire d’ici à juin 2013.

Le mois d’octobre suivant, l’ancien président américain Barack Obama a enchaîné avec une nouvelle date butoir – l’Iran était à un an de produire une bombe nucléaire.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou montre le dessin d’une bombe représentant le programme nucléaire iranien à l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2012 [Lucas Jackson/Reuters].

Plus récemment, la presse a rapporté plus tôt ce mois-ci que Yossi Cohen, directeur du Mossad (agence de renseignement israélienne), a affirmé qu’il était « sûr à 100% » que l’Iran cherchait à construire une arme nucléaire.

Et pourtant, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a publié huit déclarations ces dernières années confirmant que Téhéran avait pleinement rempli ses engagements en matière nucléaire.

En juillet 2015, un accord nucléaire historique connu sous le nom de Plan d’action global commun a été réalisé entre l’Iran et le groupe P5+1 : Chine, France, Russie, Royaume-Uni, États-Unis et Allemagne, dans lequel l’Iran acceptait de réduire son enrichissement d’uranium, limitant son programme nucléaire et mettant ainsi fin à des années de sanctions contre le pays.

Alors que l’Iran s’est avéré respecter ses engagements, le président américain Donald Trump a trouvé une nouvelle menace – le programme de missiles balistiques iranien – et a menacé de mettre fin à l’accord nucléaire, qu’il a qualifié de « plus mauvais accord existant ».

Donc à quel point l’Iran est-il une menace nucléaire?

Pour en savoir plus, Al Jazeera a interviewé Gareth Porter, un historien, journaliste d’investigation et auteur de Manufactured Crisis : The Untold Story of the Iran Nuclear Scare [Une crise fabriquée de toutes pièces : les origines secrètes de la hantise d’un Iran nucléaire, NdT], après plus d’une décennie de recherche sur le sujet.

Al Jazeera : Nous avons entendu une nouvelle déclaration ce mois-ci, cette fois du chef du Mossad, selon laquelle l’Iran a pour projet de construire une bombe nucléaire. Vous avez découvert un important nombre d’éléments prouvant que l’Iran n’est pas une menace. Quelles sont quelques unes de ces preuves ?

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Gareth Porter : Je pense que le plus important ensemble de preuves documentaires est ce que l’on appelle les documents « laptop ». Ces documents sont censés provenir (clandestinement) d’un programme de recherche secret de l’Iran sur des armes nucléaires au début des années 2000, mais j’ai été en mesure de montrer dans mon livre que ces documents avaient en réalité été transmis aux services de renseignement occidentaux par le Mujahedeen-e-Khalq (MEK) qui, bien sûr, sont des ennemis jurés du régime. (...)

Ils ont été considérés comme une organisation terroriste durant de nombreuses années et, plus important encore, le MEK travaillait de concert avec le Mossad durant la période où les documents ont fait surface.

Les Israéliens avaient à la fois le mobile et l’occasion de fabriquer ces documents que le Mossad avaient créés, un programme spécial pour faire circuler des « informations » sur le programme iranien à d’autres gouvernements et médias dans le monde en 2003. C’était juste au moment où ces documents auraient été produits.

Il y a de multiple indications que ces documents sont des faux – les plus importantes d’entre elles sont les schémas de ce qui est allégué être dans ces documents une série d’efforts pour fabriquer une arme nucléaire avec le missile iranien Shahab 3.

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Ces schémas montrent en réalité une fausse ogive. C’est une ogive de missile que les Iraniens ont abandonné de façon avérée au moment où ces schémas ont supposément vu le jour. C’est l’élément le plus important prouvant que ces documents ne sont pas authentiques ; ce sont des faux.

Al Jazeera : Vous avez dit précédemment que pour comprendre la politique iranienne dans le domaine nucléaire, il faudrait se référer à la période historique de la guerre avec l’Irak entre 1980 et 1988. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

Porter : Si l’on revient à la guerre Iran-Irak, ce qui s’est passé durant 8 années c’est que les forces armées irakiennes frappaient à la fois des cibles militaires et civiles en Iran avec des armes chimiques, ce qui a causé plus de – si je me souviens bien – 110 000 blessures sévères et des dizaines de milliers de morts iraniens à cause des lâchers de produits chimiques par les Irakiens.

La Garde révolutionnaire iranienne – en charge de la défense de l’Iran contre l’attaque irakienne – voulait que l’Ayatollah Khomeini accepte d’aller de l’avant non seulement avec des armes chimiques et biologiques mais aussi avec des armes nucléaires, d’avoir des programmes pour préparer la capacité au moins à riposter, afin d’essayer de dissuader au moins les attaques d’armes de destruction massive par l’Irak.

Il y avait ceux qui, au début de la guerre et à la fin de la guerre… qui espéraient que Khomeini changerait d’avis ; et la raison qu’il a donné dans les deux cas est assez simple – il a dit que l’Iran ne peut posséder ou utiliser aucune arme de destruction massive parce que c’est illégal, illicite en vertu de l’Islam.

Il était responsable de l’interprétation de ce que l’Islam signifiait pour les politiques et les lois de la République islamique d’Iran. C’est un argument extrêmement important et extrêmement convaincant pour justifier le sérieux du refus iranien d’avoir un programme d’armes nucléaires… Il n’y a aucune preuve réelle du contraire qui suggère que l’Iran a jamais eu un véritable programme de recherche sur les armes nucléaires.

Les victimes iraniennes des attaques au gaz de Saddam Hussein se rassemblent près de l’ambassade d’Allemagne à Téhéran en mai 2004 alors que l’Iran a dévoilé une plaque dénonçant Berlin comme fournisseur d’armes chimiques au régime de Saddam [Raheb Homavandi/Reuters].

Al Jazeera : Nous avons vu au fil des ans que l’Iran a été coopératif en ce qu’il concerne son programme nucléaire. Cependant, en fin de compte, il y a toujours une nouvelle accusation qui revient.

Cette fois, les États-Unis et leurs alliés sont préoccupés par le programme de missiles balistiques de l’Iran. Pourquoi se concentrent-ils sur le programme iranien alors que d’autres pays ont également des programmes de missiles balistiques ? Avons-nous vu des preuves crédibles qui prouvent que l’Iran est une menace qu’il faut surveiller de près ?

Porter : Il est absolument clair que l’Iran a tout simplement utilisé les missiles balistiques comme moyen de dissuasion bien plus que tout autre État du Moyen-Orient parce qu’il n’a pas de force aérienne. Ils n’ont pas de chasseurs à réaction ou de chasseurs-bombardiers qui pourraient livrer des armes conventionnelles en représailles à une attaque contre l’Iran. C’est le cas depuis la création de la République islamique d’Iran en 1979.

Les autres grands acteurs du Moyen-Orient, dont Israël et l’Arabie saoudite, possèdent tous deux des missiles balistiques capables de frapper l’Iran. Il s’agit clairement d’une question de légitime défense en termes de dissuasion pour l’Iran. Et je pense que la raison pour laquelle les États-Unis ont adopté la position qu’ils ont prise n’a rien à voir avec la réalité de la situation ; c’est de la pure politique – tant internationale que nationale – qui a dicté la position du gouvernement américain – non seulement sous Trump, mais aussi sous George W. Bush et Obama.

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Al Jazeera : Certains disent que l’Iran est une menace parce que ses dirigeants auraient déclaré que leur objectif est de détruire Israël. Dans quelle mesure ces allégations sont-elles crédibles ?

Porter : Les Iraniens n’ont jamais menacé d’une attaque agressive contre Israël. Ce qu’ils ont dit, c’est qu’Israël devrait cesser d’exister en tant qu’État dans lequel seuls les Juifs ont tous les droits, tout comme l’Afrique du Sud a dû cesser d’exister en tant qu’État pour les Blancs. C’est la même position que défendent les défenseurs des droits des Palestiniens dans le monde entier.

 

Source : Aljazeera, Mersiha Gadzo, 23-04-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/liran-est-il-reellement-une-menace-nucleaire-par-mersiha-gadzo/

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dimanche 13 mai 2018

Trump met fin à l’accord nucléaire avec l’Iran. Et maintenant ?

TRIBUNE LIBRE /

TL TRUMP IRAN

Publié le 8 mai 2018 sous le titre Trump Ends The Nuclear Deal With Iran – What’s Next?

Dans un discours très belliqueux, Trump a annulé l’accord nucléaire avec l’Iran. Il y a aussi raconté beaucoup de mensonges. Mais rien de tout cela n’est surprenant. Les États-Unis ne respectent leurs accords qu’aussi longtemps qu’ils y voient un avantage à court terme – il suffit de demander aux Amérindiens. On ne doit jamais s’attendre à ce que les États-Unis tiennent parole.

Trump va réimposer des sanctions américaines contre l’Iran parce que :

• L’accord nucléaire a été négocié par l’administration Obama et donc il est mauvais ;
• Israël veut que l’Iran continue à passer pour un croque-mitaine ;
• Les sionistes et les fous furieux de la droite étasunienne veulent que les États-Unis attaquent l’Iran ;
• Trump a besoin que l’Iran reste le pire ennemi des États du Golfe pour leur vendre toujours plus d’armes américaines.

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Trois pays européens, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, étaient assez naïfs pour croire qu’ils pourraient empêcher ça. Le trio a proposé aux États-Unis d’imposer des sanctions supplémentaires à l’Iran pour d’autres raisons – missiles balistiques et engagement iranien en Syrie. Je n’en suis pas revenu quand j’ai appris ça. Il était évident dès le début que cette démarche ne ferait que discréditer ces pays ET qu’en plus elle échouerait. [C’est nous qui soulignons, ndlr]

Heureusement, l’Italie et des pays d’Europe de l’Est s’y sont opposés au niveau de l’UE. Ils n’étaient pas prêts à sacrifier leur crédibilité à cause de ça. Selon eux, l’accord nucléaire a été signé, et tous ceux qui l’ont signé doivent le respecter. Ils ont souligné que Trump n’avait donné aucune garantie qu’un effort européen supplémentaire changerait son point de vue.

Au cours des dernières semaines, le trio européen a tenté d’influencer Trump. En pure perte :

Vendredi, Pompeo a organisé une conférence téléphonique avec ses trois homologues européens. Des sources bien informées m’ont confié que Pompeo avait remercié le trio pour les efforts qu’ils avaient consentis depuis janvier pour trouver une formule qui convaincrait Trump de ne pas se retirer de l’accord nucléaire – mais il a clairement indiqué que le Président voulait prendre une direction différente.

Suite à la déclaration de Trump, les puissances européennes veulent publier une déclaration commune qui indiquera clairement qu’elles restent dans l’accord avec l’Iran afin d’empêcher sa désintégration.

Les sanctions que Trump veut réintroduire ne limiteront pas seulement les relations des États-Unis avec l’Iran, mais pénaliseront aussi d’autres pays. Cela mènera à une vague de mesures protectionnistes, car une partie au moins de ces autres pays va tenter de se protéger contre les lois américaines et pourrait même introduire des contre-sanctions :

« Nous préparons des dispositions pour protéger les intérêts des entreprises européennes », a déclaré Maja Kocijancic, porte-parole de l’UE pour les affaires étrangères, aux journalistes à Bruxelles.

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L’Iran s’en tiendra largement à l’accord nucléaire si l’UE le défend efficacement et n’entrave pas les accords iraniens avec les entreprises européennes. Si l’UE ne le fait pas, l’accord nucléaire sera nul et non avenu. L’Iran sortira de l’accord. Le gouvernement néolibéral Rohani, qui a conclu l’accord, tombera et les conservateurs reviendront au pouvoir. Ils défendront la souveraineté de l’Iran à tout prix.

Les États-Unis semblent croire qu’ils peuvent revenir à la position qu’Obama avait adoptée dans les années qui ont précédé l’accord nucléaire. L’Iran était soumis aux sanctions de l’ONU et tous les pays, y compris la Chine et la Russie, les respectaient. L’économie iranienne était en grave difficulté. Le pays a été forcé de négocier pour s’en sortir. Cette situation ne se renouvellera pas.

La crédibilité des États-Unis est sérieusement ébranlée. Elle a enlevé son gant de velours. Et sa main de fer s’est révélée impuissante en Afghanistan, en Irak et en Syrie.

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La Chine et la Russie sont en train de conclure de gros accords avec l’Iran et sont maintenant devenus ses protecteurs. Bien qu’ils n’aient pas d’idéologie commune, les trois pays s’opposent à un monde globalisé régi exclusivement par des règles « occidentales ». Ils ont le pouvoir économique, la population et les ressources nécessaires pour le faire. Ni les États-Unis, ni l’Europe, n’ont encore accepté cet état de fait.

L’Iran a non seulement de nouveaux alliés, mais il a progressé au Moyen-Orient à cause de la stupidité des États-Unis, d’Israël et de l’Arabie saoudite. Les guerres en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen ont toutes renforcé la position de l’Iran alors même qu’il s’en est largement tenu à l’écart. Les récentes élections au Liban se sont bien passées pour le camp de la  » résistance « . Au Liban, le Hezbollah n’a plus de challengers. Les prochaines élections en Irak donneront naissance à un nouveau gouvernement favorable à l’Iran. L’armée syrienne est en train de gagner la guerre menée contre son pays. La position des États-Unis en Afghanistan est sans espoir. L’Arabie saoudite se dispute actuellement avec les Émirats arabes unis à propos de la guerre contre le Yémen. La prise de bec du CCG* avec le Qatar n’est toujours pas résolue.

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Israël veut garder l’Iran comme croque-mitaine pour détourner l’attention de sa campagne génocidaire contre les Palestiniens, mais il ne veut pas d’une grande guerre. Le Hezbollah au Liban possède suffisamment de missiles pour rendre très inconfortable la vie des Israéliens. Une guerre contre l’Iran pourrait facilement se terminer avec Tel-Aviv en flammes.

Il y a des gens dans l’administration Trump qui vont faire de leur mieux pour déclencher une guerre avec l’Iran. L’administration Bush voulait aussi le faire. Mais tous les exercices de simulation d’une campagne militaire contre l’Iran finissaient mal pour les États-Unis et ses États alliés. Les pays du Golfe sont extrêmement vulnérables. Leur production de pétrole pouvait être rapidement arrêtée. La situation n’a pas changé. Les États-Unis se trouvent maintenant dans une position stratégique pire qu’elle ne l’était après l’invasion de l’Irak. S’il y a encore quelques personnes sensées à la direction du Pentagone, elles supplieront la Maison-Blanche de ne pas se lancer dans une telle aventure.

Le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire est une énorme erreur. Le ministre de la Défense Mattis s’y était opposé. Trump fera-t-il une erreur encore plus grande contre l’avis de ses conseillers militaires ? Va-t-il déclarer la guerre à l’Iran ?

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Original: Trump Ends The Nuclear Deal With Iran – What’s Next?

Traduction : Dominique Muselet

URL: https://arretsurinfo.ch/trump-met-fin-a-laccord-nucleaire-avec-liran-et-maintenant/

*Le Conseil de coopération des États arabes du Golfe (arabe : مجلس التعاون لدول الخليج العربية) ou Conseil de coopération du Golfe (CCG) (arabe :مجلس التعاون الخليج العربي) est une organisation régionale regroupant six monarchies arabes et musulmanes du golfe Persique : l'Arabie saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Qatar. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_de_coop%C3%A9ration_du_Golfe).

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Moyen-Orient. Israël et Iran : jusqu’où ira l’escalade ?

Israël a bombardé, dans la nuit de mercredi à jeudi, plus d’une cinquantaine de cibles militaires iraniennes en Syrie. Une riposte aux tirs de roquettes visant le plateau du Golan quelques heures plus tôt.

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“Attaque iranienne, contre-attaque israélienne : la séquence qui vient de se dérouler n’a pris personne par surprise”, écrit L’Orient-Le Jour. Le journal libanais a constaté comme tout le monde la vive tension depuis plusieurs mois entre l’Iran et Israël. Toutefois, les tirs de roquettes sur le plateau du Golan suivis de raids aériens israéliens dans la nuit de mercredi à jeudi “marquent une escalade significative un peu plus d’un jour après que les États-Unis se sont retirés de l’accord sur le nucléaire iranien”, souligne le Washington Post.

Même si l’agence de presse Fars News assure que les roquettes tirées l’ont été par l’armée syrienne, Israël attribue l’attaque à Al-Qods, le nom d’une brigade des Corps des Gardiens de la révolution islamique, ce qui serait une première. Times of Israel y voit d’ailleurs un échec pour l’Iran (16 roquettes sur 20 n’ont pas atteint l’État hébreu, les 4 autres ont été détruites) alors que la riposte israélienne – les bombardements les plus violents en Syrie depuis 1974, avec environ 70 cibles visées – est présentée comme “très efficace” par le quotidien. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, les frappes ont fait 23 morts.

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“Ce premier round est un succès décisif. Mais ce n’est que ça : le premier round d’un conflit contre un régime à Téhéran qui travaille inlassablement à la destruction d’Israël”, avance Times of Israel, qui rappelle que l’Iran pourrait faire appel au Hezbollah et à ses “140 000 roquettes pointées” vers l’État hébreu.

Valdimir Poutine en médiateur ? 

“Qu’est-ce qui les arrêtera ?”, se demande une tribune sur le site Arabnews. “La guerre n’est pas encore inévitable” entre “deux pays qui se détestent”, essaie de rassurer L’Orient-Le Jour. Mais le Jerusalem Post, citant des habitants de la Ville Sainte, conclut qu’avec ce qu’il se passe au nord du pays, “la guerre est dans l’air”.

Et si Times of Israel observe le large soutien de la communauté internationale après l’attaque de mercredi, le journal prévient qu’en cas de conflit : “Israël sera seul. Personne, pas même ses meilleurs amis, ne se précipitera pour l’aider.”

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La Russie a donc un rôle clé à jouer. Vladimir Poutine, contrairement à Donald Trump, parle à Tel-Aviv comme à Téhéran“Moscou est heureux de maintenir un équilibre entre les deux camps, tant que son objectif de sauver le régime d’Assad n’est pas en danger”, analyse Haaretz qui remarque que le président russe n’a pas tenté de stopper la riposte d’Israël. “Mais si l’escalade se poursuit, comme elle semble le faire, il devra tôt ou tard choisir son camp”, estime le quotidien.

C’est ce qui pousse Arabnews à appeler à “un effort concerté de la communauté internationale” pour apaiser les tensions. “Autrement, ce dont nous avons été les témoins jeudi pourrait être le prologue à un autre conflit sanglant et durable au Moyen-Orient. Et peut-être au-delà”, s’inquiète une tribune publiée dans le journal saoudien.

 

https://www.courrierinternational.com/article/moyen-orient-israel-et-iran-jusquou-ira-lescalade

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samedi 12 mai 2018

Total, Renault, PSA... les entreprises françaises dans la panade après le retrait des Etats-Unis de l'accord iranien

Donald Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis de l'accord iranien, et avec lui le rétablissement des sanctions contre les entreprises qui continueront de commercer avec Téhéran. Les grands groupes français comme Renault, Total ou encore PSA en craignent les répercussions, comme les PME françaises installées en Iran.

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Cette fois, il n'y aura pas d'allers-retours avec le Congrès : Donald Trump a annoncé avoir déchiré l'accord iranien ce mardi 8 mai, retirant les Etats-Unis du texte signé en juillet 2015 à Vienne. C'est après son allocution, par l'intermédiaire de John Bolton, que les implications économiques d'une telle décision ont pris tout leur sens. Sa grande moustache blanche frémissante, le nouveau conseiller à la sécurité nationale a annoncé les sanctions auxquelles s'exposeront les entreprises qui garderont un lien avec Téhéran. Les quelque 300 entreprises françaises qui ont afflué à Téhéran depuis la signature de l'accord en 2015 sont en première ligne. Surtout, elles ont toutes en mémoire un souvenir douloureux : celui de la banque BNP-Paribas, qui, en 2014, est tombée sous le coup d'une amende de 9 milliards de dollars pour avoir contourné les précédentes sanctions américaines.

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Comme l'a expliqué John Bolton, ces sanctions seront "immédiates" pour les nouveaux contrats. Toute entreprise en lien avec les Etats-Unis tombera sous le couperet de lourdes amendes à la moindre signature d'un accord commercial avec l'Iran à partir de ce mardi 8 mai. Pour ce qui est des entreprises déjà en relation avec Téhéran, Bolton a précisé qu'elles bénéficieraient d'un peu de répit pour "sortir" de leurs engagements. La durée de ces "quelques mois" accordés par les Etats-Unis ? Une simple période de transition pouvant durer entre 90 et 180 jours, selon le Trésor américain. Mais le temps laissé par Washington n'est évidemment pas innocent. La machine législative américaine en a besoin pour se mettre en branle : "Il faut que le Congrès américain puisse revoter l'ensemble des sanctions qui avaient été prises par le passé, décrypte Régis Bismuth, professeur à l'école de droit de Sciences Po. Il sera nécessaire que les parlementaires adaptent les textes à la situation internationale actuelle… Tout ça va prendre du temps". D'autant que, comme Bolton l'a ajouté, les autorités américaines n'hésiteront pas à se pencher sur l'hypothèse de sanctions "beaucoup plus larges".

Une situation "très dangereuse" pour les grands groupes français

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En attendant, les entreprises françaises se retrouvent dans une position très délicate : depuis la signature de l'accord iranien, les projets d'exportation vers ce pays sont passés de 400 millions à 1,5 milliard d'euros selon un rapport de la banque publique d'investissement. Des fleurons français ont largement profité de l'opportunité de l'accord et sont aujourd'hui menacés : "Si les Américains vont au bout de leurs sanctions, la situation peut vite devenir très dangereuse pour des grands groupes français s'étant engouffrés dans l'accord", analyse Thierry Coville, chercheur à l'Iris et spécialiste de l'Iran.

Au premier rang desquels l'avionneur européen Airbus : "Airbus a signé la vente d'une centaine d'avions à des compagnies iraniennes", rappelle Fereydoun Khavand, spécialiste des relations économiques internationales et maître de conférences à l'Université de Paris-V. De juteux contrats pour un coût total de 17,5 milliards de dollars… aujourd'hui compromis par les étroites relations de la firme européenne avec les Etats-Unis. Car depuis 2015, l'entreprise a implanté plusieurs usines d'assemblage dans le pays : "L'entreprise s'est mise singulièrement en danger, car les avions qu'elle livre sont dotés d'une technologie américaine : 10% des pièces qui les constituent viennent des Etats-Unis ! Elle tombe directement sous le coup des nouvelles sanctions", poursuit Fereydoun Khavand.

La tentative d'une dérogation pour le pétrolier Total

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Le pétrolier Total est également dans les entreprises visées par les sanctions : en juillet 2017, le groupe tricolore a conclu un contrat pour un investissement initial de 1,5 milliard de dollars visant à exploiter le plus grand gisement de gaz naturel au monde, South Pars. Un investissement total de 5 milliards a été avancé, dont l'entreprise française, avec ses 50,1% des parts (aux côtés du Chinois CNPC (30%) et de l'Iranien NIOC (19,9%)), devra payer la moitié. Plusieurs millions de dollars ont déjà été dépensés pour cette opération d'envergure, qui ne seront certainement pas remboursés à Total en cas de sanctions américaines : "Si Total, en dehors de la mise en oeuvre de sanctions du Conseil de sécurité (de l'ONU), annonce qu'il a l'intention de renoncer au contrat, aucun capital ne sera rendu à cette entreprise et aucune somme ne sera transférée à l'entreprise", avait déclaré Biian Zanganeh, ministre du pétrole iranien.

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Le pétrolier se trouve donc entre le marteau et l'enclume : soit il continue de commercer avec l'Iran et subit les sanctions américaines, soit il arrête et perd l'ensemble de son investissement. L'entreprise compte néanmoins avoir une porte de sortie, à savoir une demande de dérogation auprès du gouvernement américain. Une solution que le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, avait déjà évoquée en mars dernier : "Total explique que, le contrat d'investissement s'étant conclu pendant la période de validité de l'accord iranien, il ne peut pas être considéré comme illégal par les Etats-Unis, et qu'ils devraient donc bénéficier d'une dérogation, explique Fereydoun Khavand. Mais rien n'est moins sûr".

Dans une moindre mesure, il en va de même pour l'hôtelier Accor. Le Français devra lui aussi choisir entre ses établissements américains et l'hôtel iranien qu'il a ouvert en 2015. Les groupes automobiles PSA et Renault sont eux aussi concernés : "Ces deux entreprises ont une longue histoire de commerce avec l'Iran, avec des liens commerciaux complexes", rappelle Fereydoun Khavand. Comme Airbus et Accor, les deux entreprises ont à la fois des intérêts en Iran et aux Etats-Unis. Renault a par exemple vendu plus de 160.000 véhicules l'an dernier sur le territoire iranien. Le groupe de Carlos Ghosn serait handicapé par les sanctions américaines, son partenaire, Nissan, étant implanté aux Etats-Unis. Son concurrent français ne s'en sort pas mieux : s'il s'est retiré du pays depuis 1991, il avait indiqué en janvier vouloir y retourner en 2016, dans un plan de reconquête étalé jusqu'en 2026. Mais PSA devra probablement renoncer à ce projet, alors que 30% de ses parts de marché dépendent de ses partenaires iraniens.

Les PME aussi touchées par les sanctions

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Les grands groupes français ne sont pas les seuls à être menacés par la décision des Etats-Unis. Dans l'administration française, sous couvert de off, on admet sentir le danger que peuvent courir les centaines de PME présentes actuellement sur le territoire iranien. "Le tableau d'Épinal que l'on dépeint souvent où seules les entreprises du CAC 40 sont mises en difficulté par les sanctions américaines est une illusion, surenchérit Régis Bismuth. Par obliques, les petites et moyennes entreprises présentes sur le territoire vont elles aussi être touchées : il suffira qu'elles fassent des affaires en Iran et que l'un de leurs fournisseurs ou clients soit américain pour qu'elles en subissent les conséquences". Dans quelle mesure pourraient-elles être affectées par d'éventuelles sanctions américaines ? Nul ne le sait. Chaque dossier, dit-on, devra être consulté au cas-par-cas.

La solution dans l'après-dollar ?

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Depuis de nombreuses années, Téhéran tente de marginaliser la devise américaine dans ses échanges commerciaux à l'international. Mais la majorité de ces échanges se fait toujours en dollar, ce qui les rend d'autant plus vulnérables aux sanctions américaines. L'Iran avait anticipé ces dernières semaines la décision de Donald Trump. Le 18 avril dernier, le conseil des ministres iranien a pris la décision d'utiliser l'euro à la place du dollar : "Ce remplacement peut être une solution pour se passer du dollar, remarque Fereydoun Khavand. Mais le processus risque d'être très long". Une autre piste de substitution est également envisagée par certains spécialistes : celle du yuan, la monnaie d'un des principaux partenaires commerciaux de l'Iran, la Chine.

https://www.marianne.net/economie/total-renault-psa-les-entreprises-francaises-dans-la-panade-apres-le-retrait-des-etats-unis?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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Il est tout de même surprenant que tant d'entreprises françaises n'aient pas anticipé cette décision de Trump qui avait clairement annoncé ses intentions pendant la campagne électorale américaine...   P.G.

vendredi 11 mai 2018

La menace nucléaire iranienne relève actuellement du fantasme

TRIBUNE LIBRE / Par Philippe Migault

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Philippe Migault est directeur du Centre européen d'analyses stratégiques, analyste, enseignant, spécialiste des questions stratégiques.

La décision de Donald Trump de se retirer de l’accord sur le nucléaire conclu par l’Iran en juillet 2015 avec le Groupe des 5+1 (Etats-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Chine et Allemagne), poursuit essentiellement un objectif électoral. Donald Trump n’a jamais caché tout le mal qu’il pensait de l’accord conclu par l’administration Obama. Il n’a jamais fait mystère durant sa campagne présidentielle, et depuis son élection, de sa volonté de revenir sur la parole américaine. Trump a été propulsé à la Maison Blanche par le vote, notamment, des Chrétiens évangéliques.

Convaincus de la «destinée manifeste» du peuple américain, ceux-ci considèrent le peuple juif comme un autre «peuple élu» et le projet sioniste, comme une étape du projet divin pour l’humanité. Le président des Etats-Unis, empêché par le Congrès et son administration de mettre en place la plupart des réformes figurant dans son programme de campagne présidentielle, sait que, sur ce dossier, il a toutes les chances de ressouder le camp républicain derrière lui tout en satisfaisant son électorat. Benjamin Netanyahou vient de réaliser un show télévisé uniquement destiné à convaincre les Américains de la duplicité iranienne. Il n’y a pas à hésiter. Même si d’un strict point de vue militaire, il n’y a aucun nouvel élément justifiant de déchirer un nouveau traité international.

Que dit l’accord signé en juillet 2015 par le Groupe des 5+1 ? En échange d’une levée des sanctions internationales contre l’Iran, Téhéran s’engage à démanteler partiellement son outil nucléaire. Depuis sa conclusion l’Iran a divisé par deux le nombre des centrifugeuses lui permettant d’enrichir l’uranium à un niveau de qualité militaire. Il s’est aussi engagé à ne pas tenter de restaurer ses capacités initiales jusqu'en 2025. Le régime iranien a également ouvert ses sites nucléaires aux experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Téhéran, enfin, a accepté de modifier ses installations d’Arak, de telle sorte qu’elles ne soient plus en capacité de produire du plutonium permettant de fabriquer une arme atomique. L’AIEA l’a répété à plusieurs reprises : l’Iran a rempli sans jamais faillir ses obligations et tenu ses engagements depuis l’entrée en vigueur de l’accord, le 16 janvier 2016. Difficile, dans ces conditions, de produire la moindre petite ogive nucléaire… Du strict point de vue de l’atome, Washington ne peut donc pas avancer le moindre argument pour renier ses engagements. Certes, l’accord n’est valable que pour une durée de dix ans. Mais si les sanctions sont levées, quel intérêt aurait l’Iran à poursuivre ? Entre sa pleine réinsertion dans le jeu international et son programme nucléaire, la société iranienne préférerait sûrement la première option.

Reste la question du programme balistique iranien. Ce dernier n’est en aucun cas concerné par l’accord de juillet 2015. L’Iran est donc libre de continuer à mener des travaux de recherche et de développement sur de nouveaux missiles, y compris des engins capables d’atteindre Israël. Mais cela n’implique pas, non plus, que les Iraniens soient sur le point de réaliser une percée technologique extraordinaire, qui leur permettrait d’atteindre l’Etat Hébreu. Pour une raison toute simple : Israël est déjàà portée de tir des missiles iraniens, depuis au moins une demi-douzaine d’années. «Téhéran possède déjà plusieurs types de missiles balistiques en mesure de frapper l’Etat d’Israël et en développe d’autres», soulignaient plusieurs études réalisées pour, ou en coopération avec, le ministère français de la défense, en 2011-2012. Les différentes versions du missile Shabab, du Sejil, approcheraient ou dépasseraient déjà la portée des 2 000 kilomètres mettant l’ensemble du territoire israélien à portée de tir. Les missiles BM-25 nord-coréens, dont Téhéran aurait fait l’acquisition suivant les dites études, ont quant à eux une portée de 2 500 kilomètres, quasiment jusqu’à Moscou.  Qui ne s’en inquiète pas outre-mesure...

Théoriquement donc, l’Iran peut dès aujourd’hui frapper Israël. Mais avec des armes non-nucléaires d’une part, relativement imprécises de l’autre. On s’imagine mal les motifs qui pourraient conduire à une telle agression, malgré les relations très dégradées entre les deux Etats. D’autant que les capacités de riposte nucléaires israéliennes sont bien connues, elles. Même si les agents de l’AIEA n’auront jamais le droit d’y jeter un œil…

https://francais.rt.com/opinions/50470-menace-nucleaire-iranienne-releve-actuellement-fantasme

Posté par UPR Creuse à 07:22 - - Permalien [#]
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