mardi 20 février 2018

«Ne testez pas la détermination d'Israël !», Netanyahou met l'Iran en garde

Le 18 février, à l'occasion de la Conférence de Munich sur la sécurité, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a mis en garde l'Iran contre toute agression armée, brandissant un fragment qu'il a présenté comme étant un morceau de drone provenant de Syrie, abattu la semaine précédente au-dessus du territoire israélien.

ACT ISRAEL IRAN DRONE

«Voici un drone iranien, ou plutôt ce qu'il en reste après l'avoir abattu», a-t-il déclaré en brandissant un morceau de l'épave présumée.

Et d'ajouter : «Je l'ai amené ici pour que vous puissiez le voir de vos propres yeux. Monsieur Zarif, vous le reconnaissez ? Vous devriez, c'est le vôtre.»

«Ne testez pas la détermination d'Israël !», a lancé Netanyahou, interpellant le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a réagi à la déclaration de Benyamin Netanyahou en qualifiant de «cirque caricatural» l'intervention très théâtrale du Premier ministre israélien : «Vous avez été les spectateurs d'un cirque caricatural ce matin, qui ne mérite même pas la dignité d'une réponse», a-t-il lancé depuis la tribune de la Conférence sur la sécurité de Munich.

Tsahal et l'Iran ont eu maille à partir sur le terrain en février

Les médias syriens ont fait état le 10 février d'un «nouvel acte d'agression israélien», qui s'était déroulé près de Damas, la capitale. Plus tôt dans la journée, un avion de combat F-16 israélien avait été abattu par les systèmes de défense anti-aérienne syriens.

Les hostilités avaient commencé dans la nuit du 9 au 10 février avec l'interception par l'armée israélienne d'un drone présenté comme iranien au-dessus de son territoire.

Sur Twitter, le porte-parole de Tsahal Jonathan Conricus avait diffusé une vidéo présentée comme montrant la destruction de l'appareil.

«Un hélicoptère de combat a procédé à l'interception réussie d'un appareil sans pilote lancé depuis la Syrie et entré en Israël», avait fait savoir l'armée israélienne dans un communiqué. «En représailles, l'armée a visé des cibles iraniennes en Syrie», avait-elle poursuivi. 

L'armée israélienne a prévenu qu'elle considérait «l'attaque iranienne et la riposte syrienne comme une violation grave de la souveraineté israélienne». Elle a annoncé surveiller la situation et être «totalement prête à de nouvelles actions, après évaluation de la situation et des nécessités». Selon Tsahal, Israël ne souhaite pas l'escalade, mais l'Iran et la Syrie «jouent avec le feu».

Téhéran, de son côté, a fait valoir que la Syrie avait «le droit à la légitime défense» contre Israël, accusant l'Etat hébreu de recourir à des «mensonges» pour «couvrir ses crimes dans la région, les dirigeants israéliens recourent à des mensonges contre les autres pays».

https://francais.rt.com/international/48163-ne-testez-pas-determination-disrael-netyahou-met-iran-garde-video

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vendredi 16 février 2018

Syrie: la DCA syrienne vise des drones israéliens à Quneitra

La chaîne libanaise Al-Mayadeen a annoncé que la défense antiaérienne syrienne avait intercepté et repoussé des avions de reconnaissance israéliens à Quneitra.

ACT SYRIE MISSILES

Des avions de l'armée israélienne ont violé, mercredi soir 14 février, l’espace aérien syrien près des hauteurs du Golan à Quneitra. En représailles, la défense antiaérienne syrienne a procédé à des tirs, obligeant les appareils à quitter le ciel syrien.

Le 10 février, l'armée israélienne a bombardé des positions de l'armée syrienne en Syrie. La DCA syrienne a abattu un F-16 israélien près d’al-Jalil, au Golan.

Le régime de Tel-Aviv prétend que son agression du 10 février répondait à l'incursion d'un drone iranien dans l'espace aérien des territoires occupés. Les autorités iraniennes ont aussitôt rejeté en bloc ces accusations.

L’armée syrienne qui a déjà averti Israël contre les répercussions de toute frappe sur son territoire, a revendiqué la destruction du F-16 israélien. Elle a annoncé que le drone auquel faisaient allusion les responsables israéliens, était un avion sans pilote syrien qui collectait des renseignements au sujet des groupes terroristes.

Aucune des forces aérienne, maritime ou terrestre israéliennes n’est suffisamment puissante pour que ce régime repose sa survie sur une suprématie militaire.

C'est la première fois depuis la guerre israélo-libanaise en1982, que le régime de Tel-Aviv perd un appareil au combat.

Le gouvernement syrien a annoncé à maintes reprises que le régime israélien et ses alliés régionaux et occidentaux soutenaient les groupes terroristes qui se sont insurgés contre le gouvernement de Damas.

De nombreux convois d’armements et de munitions de fabrication israélienne à destination des groupes rebelles ont été découverts par les forces syriennes

Durant la dernière opération de nettoyage menée par l’armée syrienne à Deir ez-Zor (province à l’est de la Syrie), une importante quantité d’armes et d’équipements militaires de fabrication israélienne, destinée à Daech, a été découverte et saisie.

L’armée syrienne a découvert des armes de fabrication israélienne dans les territoires repris à Daech dans la province de Deir ez-Zor.
http://www.presstv.com/DetailFr/2018/02/15/552431/Des-drones-israliens-fuient-le-ciel-syrien
Voir aussi:

Après le crash d’un avion de combat du type F-16 de l’aviation israélienne, abattu par la DCA syrienne, le Pentagone a demandé à l’armée israélienne de cesser ses agressions militaires contre la Syrie.

Selon le quotidien Rai al-Youm, Le département américain de la Défense, a demandé à Israël d’arrêter pour le moment ses agressions aériennes contre la Syrie de peur que l’armée israélienne ne perde sa réputation de « supériorité militaire » dans la région.

Une autre source d’inquiétude pour le Pentagone : les F-16 de fabrication américaine pourraient perdre leur place sur le marché mondial et les pays qui envisageaient l’achat de ce type d’avion de combat pourraient avoir des doutes si d’autres appareils de ce type venaient à être abattus par la DCA de la Syrie.

En outre, le Pentagone craint qu’un autre F-16 israélien s’écrase sur le territoire syrien, ce qui permettrait aux conseillers militaires russes présents sur place d’avoir accès aux débris de l’avion américain.

Certains analystes ont accusé l’Iran d’être impliqué dans le crash de ce F-16 israélien, qu’il aurait abattu à l’aide d’un missile à moyenne portée de fabrication russe. Cela pourrait être une autre source d’inquiétude pour les États-Unis et Israël, qui craignent que Téhéran ait accès à la haute technologie requise pour détruire leurs avions de combat.

Pour le moment, les experts militaires israéliens et américains sont en train d’étudier les débris du missile qui a abattu le F-16 israélien.

http://www.presstv.com/DetailFr/2018/02/14/552391/Isral-la-rputation-des-F16-en-danger

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jeudi 15 février 2018

Paix en Syrie : pourquoi Washington n'en veut pas

TRIBUNE LIBRE / Par John Laughland

«Washington s'apprête à poursuivre les combats pour renverser Bachar et défendre les intérêts d'Israël tels que Netanyahou les voit». L'historien John Laughland analyse la politique américaine après la tenue du Congrès du dialogue national syrien.

TL JL US SYRIE

L'ouverture des pourparlers de paix en Syrie à Sotchi, en Russie le 29 janvier, en présence du médiateur de l'ONU, Staffan de Mistura, souligne à quel point la Russie, avec ses alliés iranien et turc, entend façonner la paix après avoir gagné la guerre. Mais deux discours prononcés par les plus hauts responsables américains, les 17 et 22 janvier, montrent aussi comment Washington entend justement empêcher la Russie de réussir son pari.

Le 17 janvier, le secrétaire d'Etat américain, Rex Tillerson, a prononcé un long discours à l'Institut Hoover de l'Université de Stanford. Ce discours n'est rien d'autre que le dernier clou dans le cercueil du trumpisme en politique étrangère. Laissons de côté les nombreux mensonges recyclés par le nouveau secrétaire d'Etat que l'on a maintes fois entendus dans la bouche de son prédecesseur – que les manifestations anti-régime en Syrie de 2011 auraient été pacifiques ou que l'Iran veut la destruction de l'Etat d'Israël. Rex Tillerson ose même laisser entendre que le régime de Bachar el-Assad hébergerait sur son territoire «les éléments terroristes les plus radicaux de la région avec le but de les utiliser pour déstabiliser la région», alors que, justement, la Syrie combat et les terroristes et l'instabilité depuis bientôt sept ans.

Ce qui dérange encore plus dans ce discours, c'est l'abandon de toute prétention à réorienter la politique étrangère américaine vers un réalisme qui défend les seuls intérêts américains. Au lieu de présenter sa vision de l'«Amérique d'abord», et au lieu de prendre ses distances avec des interventions militaires à l'étranger qui poursuivent des objectifs infinis, comme l'avait fait le candidat Trump, le discours de son secrétaire d'Etat illustre un cas d'école de ce que les Américains appellent mission creep, c'est-à-dire la dérive des missions, lorsque le but stratégique d'une intervention à l'étranger est abandonné au profit d'un autre but sans rapport avec le premier et souvent impossible à atteindre.

Nous avons déjà observé un premier abandon solennel du trumpisme en août 2017 quand le nouveau président avait annoncé qu'il ne croyait plus au retrait des troupes américaines de l'Afghanistan auquel il s'était engagé plusieurs fois en tant que candidat. L'arrivée de 4 000 soldat américains supplémentaires, annoncée en août 2017 et qui s'est matérialisée en septembre, a encore enfoncé le pays dans davantage de sauvagerie, avec de récents attentats terroristes épouvantables dans la capitale Kaboul. Voici que Rex Tillerson annonce un deuxième abandon du trumpisme, cette fois dans l'autre grand théâtre de conflit qui est la Syrie.

Selon le secrétaire d'Etat américain, les Etats-Unis, dont les troupes se trouvent illégalement en Syrie, poursuivent désormais cinq buts dans ce pays : la défaite de l'Etat islamique ; le changement de régime en Syrie ; la réduction de l'influence iranienne dans ce pays ; le retour des réfugiés ; et l'absence d'armes de destruction massive. En réalité, ce sont les quatre derniers objectifs qui priment, le premier but, la destruction de l'EI, ayant été, à ses yeux, atteint.

Et parmi ces quatre objectifs, celui qui en réalité l'emporte sur tous les autres, c'est le combat contre l'Iran. Pour Rex Tillerson «la menace principale» en Syrie aujourd'hui, c'est l'Iran. Cette menace serait plus grave que celle que représentent l'Etat islamique et Al-Qaida. Et c'est cette priorité donnée au combat contre l'Iran qui lui permet d'expliciter la véritable raison de la dérive de la mission des Etats-Unis en Syrie : Israël. Il le dit noir sur blanc : «Comme nous l'avons vu par ses guerres par procuration et par ses prises de position publiques, l'Iran vise la domination du Moyen Orient et la destruction de notre allié, Israël. Etant un Etat déstabilisé qui est voisin d'Israël, la Syrie représente une opportunité que l'Iran n'est que trop désireux d'exploiter.» 

Certes, les Etats-Unis sont un allié très proche d'Israël depuis toujours. Mais pour bien comprendre le discours de Rex Tillerson, il faut le lire en conjonction avec celui prononcé par son collègue, le vice-président américain Mike Pence, devant le Knesset le 22 janvier. Rarement dans l'histoire des relations internationales, il y a eu une déclaration de soutien aussi inconditionnel d'un Etat à un autre. Mike Pence a non seulement réaffirmé le soutien traditionnel des Etats-Unis à l'Etat hébreu, qui remonte effectivement à 1948 quand les sionistes ont arraché leur indépendance, après de longues années de lutte terroriste, aux Britanniques. Il a aussi et surtout présenté une vision mystique du monde selon laquelle les intérêts des Israéliens et des Américains sont identiques car ces deux peuples seraient, au fond, un seul peuple qui partagent une seule vocation millénariste.

«Nous sommes avec Israël parce que votre cause est notre cause, vos valeurs sont nos valeurs, votre combat est notre combat. Nous sommes avec Israël parce que nous croyons au bien et non au mal, à la liberté et non à la tyrannie... Dans l'histoire des juifs, nous avons toujours vu l'histoire de l'Amérique. C'est une histoire d'exode, un voyage de la persécution vers la liberté, une histoire qui montre la puissance de la foi et la promesse de l'espoir», a expliqué le vice-président américain. 

Pour lui, en effet, les pères pèlerins étaient comme les juifs, «envoyés par la Providence pour construire la Terre Promise. Les chansons et les contes du peuple d'Israël étaient aussi les leurs, ils les ont fidèlement enseigné à leurs enfants, comme ils continuent à le faire aujourd'hui. Nos fondateurs ont puisé dans la Bible des Hébreux pour leur orientation et leur inspiration

Nous sommes ici loin, très loin, du vocabulaire des relations inter-étatiques. Mike Pence véhicule au contraire une vision apocalyptique des relations américano-israéliennes qui exclut toute nuance et tout réalisme. Les rapports entre ces deux Etats ne relèvent pas, pour lui, de la diplomatie mais de l'eschatologie. C'est sans doute ce messianisme qui a poussé Donald Trump à reconnaître Jérusalem comme la capitale israélienne. La ville est évoquée 16 fois dans son discours, et notamment pour sa signification biblique en tant que ville d'Abraham et du roi David. Les liens trimillénaires entre le peuple juif et cette ville sont la raison, selon lui, pour laquelle Israël a aujourd'hui le droit d'en faire sa capitale.

Plus banalement, l'engouement du président américain et de son équipe pour le parti du Likoud et son président, l'actuel premier ministre, Benjamin Netanyahou, dont les obsessions anti-iraniennes sont connues depuis bien des années, fait qu'au moment où la paix en Syrie est à portée de main, au grand dam des Américains qui sont exclus du processus, Washington s'apprête à poursuivre les combats pour renverser Bachar et défendre les intérêts israéliens tels que Netanyahou les voit. L'Iran doit être combattu non pas parce qu'il menace l'Amérique mais parce qu'il menacerait Israël. La politique étrangère de Donald Trump, ce n'est pas l'Amérique d'abord. C'est Israël d'abord.

https://francais.rt.com/opinions/48076-paix-syrie-pourquoi-washington-en-veut-pas

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dimanche 11 février 2018

L'Iran menace Tel Aviv de créer «l'enfer pour les sionistes» après les frappes israéliennes en Syrie

Le ton monte entre Israël et Téhéran après que l'Etat hébreu a mené des frappes en Syrie contre des cibles «iraniennes». Tel Aviv dit avoir agi après l'envoi d'un drone iranien dans son espace aérien depuis la Syrie, ce que dément l'Iran.

ACT ISRAEL IRAN GUERRE

«Les affirmations sur le survol d'un drone iranien [dans l'espace aérien d'Israël] et l'implication de l'Iran dans l'attaque contre un avion de chasse sioniste est tellement ridicule qu'elle ne mérite pas de commentaire», a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Bahram Qassemi dans une allocution diffusée par la télévision publique le 10 février. 

Il a par ailleurs souligné que Téhéran intervenait uniquement en Syrie «à la demande du [...] gouvernement légitime et légal» et que Damas avait «le droit de défendre [son] intégrité territoriale et de contrer toute forme d'agression étrangère».

Le porte-parole faisait référence aux tirs du dispositif syrien de défense anti-aérienne, qui a abattu un F-16 israélien effectuant des frappes contre des «cibles iraniennes» en Syrie. Tel Aviv a justifié son action en affirmant qu'un drone iranien envoyé de Syrie avait violé son espace aérien, ce que dément Téhéran. Tsahal a mené d'autres frappes en Syrie après que son appareil a été abattu.

De son côté, le général Hossein Salami, commandant-adjoint des gardiens de la Révolution cité par l'agence de presse iranienne Tasnim le 10 février a mis en garde Tel Aviv contre toute «action agressive», soulignant que l'Iran pourrait créer «l'enfer pour les sionistes».

Evoquant la politique de sanctions des Etats-Unis envers l'Iran, il a affirmé que Téhéran avait potentiellement le pouvoir de détruire «toutes les bases militaires américaines dans la région».

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a pour sa part affirmé : «Israël veut la paix, mais nous continuerons à nous défendre avec détermination contre toute attaque et contre toute tentative de l'Iran de s'ancrer militairement en Syrie ou ailleurs.»

«Israël tient l'Iran et ses hôtes syriens pour responsables de l'agression d'aujourd'hui», a-t-il ajouté, évoquant l'envoi présumé d'un drone iranien dans l'espace aérien israélien, depuis la Syrie. Tsahal a en outre accusé Téhéran et Damas de «jouer avec le feu».

Benjamin Netanyahou s'est entretenu le 10 février au téléphone avec le président russe Vladimir Poutine et avec le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson.

Washington s'est rangé aux côtés d'Israël, affirmant dans un communiqué du département d'Etat : «Les Etats-Unis sont vivement préoccupés par l'escalade de la violence à la frontière d'Israël et soutiennent fermement le droit souverain d'Israël à se défendre.» Le département a par ailleurs dénoncé «les activités nuisibles de l'Iran dans la région».

Moscou a pour sa part appelé les différents acteurs à la plus grande retenue, estimant que les frappes israéliennes en Syrie pourraient déstabiliser encore davantage la région et mettre en péril les zones de désescalade.

https://francais.rt.com/international/47990-iran-menace-israel-enfer-sionistes-frappes-syrie

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"Washington s'est rangé aux côtés d'Israël": surprise! Une fois de plus, les Américains, dont la présence est illégale dans la région au regard du droit international (voir notre publication du 10 février; «Personne ne les a invités»: la présence militaire américaine en Syrie est illégale, rappelle Moscou), s'en prennent à l'Iran et, indirectement, à la Russie, qui, elle, de manière plus responsable, appelle les uns et les autres "à la plus grande retenue". C'est ce que vient de faire également le secrétaire- général de l'ONU.  P.G.

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jeudi 8 février 2018

La fable de la « menace nucléaire iranienne »

TRIBUNE LIBRE / Bruno Guigue

TL IRAN BG

Transis d’admiration devant le verbiage polyglotte de Macron à Davos, les médias français ont soigneusement occulté un fait majeur : Donald Trump va demander au Congrès 716 milliards de dollars pour le Pentagone au titre de l’année budgétaire 2019. Cette hausse de 7% par rapport au budget 2018 ne servira pas à remplacer les boutons de culotte. Selon un document confidentiel publié par le Huffington Post, le Pentagone envisage la possibilité d’une riposte atomique dans le cas de “très grosses attaques conventionnelles”. Document d’orientation stratégique, le projet de Nuclear Posture Review pour 2018 prévoit donc une modernisation de l’arsenal atomique dont le coût est évalué par une agence fédérale, le Congressional Budget Office, à 1200 milliards de dollars sur 30 ans.

Ce projet de réarmement massif, pourtant, ne semble pas émouvoir les populations ni passionner les observateurs. Il faut dire qu’on a tout fait pour que l’arbre cache la forêt. Depuis quinze ans, dirigeants et médias occidentaux ne cessent d’agiter l’épouvantail de la “menace nucléaire iranienne”. Cette fable géopolitique, les médias dominants la distillent à longueur de colonnes, comme s’il était évident qu’un pays sans la bombe est plus dangereux qu’un pays qui l’a déjà utilisée, et qui entend développer le monstrueux arsenal dont il dispose. Pour faire avaler de telles sornettes, la propagande martèle alors une idée simple : “le programme nucléaire iranien menace le traité de non-prolifération nucléaire”. Il est curieux, toutefois, qu’on n’ait jamais songé à répondre : “Si vous tenez tant à ce traité, pourquoi ne pas commencer par l’appliquer ?

Les puissances occidentales, en effet, n’ont jamais fait le moindre effort pour convaincre Israël, l’Inde et le Pakistan de signer le TNP. Refusant d’adhérer au traité, ces trois pays ont constitué un arsenal hors-la-loi. Échappant à tout contrôle, il est tout de même plus préoccupant qu’une bombe iranienne qui n’existe pas. Ce n’est pas tout. Le traité prévoit aussi un désarmement nucléaire que les cinq États “légalement” dotés d’armes atomiques (USA, France, Royaume-Uni, Chine, Russie) ont superbement ignoré. À l’origine de cet échec, les États-Unis ont dénoncé le traité Start II avec Moscou et installé un bouclier anti-missiles en Europe. Pire encore, ils n’ont cessé de développer un arsenal dont “l’usage préventif” est affirmé par la Nuclear Posture Review de 2002. Autorisant l’utilisation d’armes nucléaires en première frappe, cette révision doctrinale a ouvert une fantastique boîte de Pandore.

Si l’on écoute la propagande iranophobe, le monde civilisé doit se tenir prêt à riposter à la salve dévastatrice des mollahs iraniens, ces “fous de dieu” enturbannés résolus à précipiter l’apocalypse. Mais la réalité est à des années-lumière de ce délire idéologique. En fait, l’establishment américain n’en finit pas de digérer le traumatisme de la révolution iranienne, lourd d’humiliation symbolique (les otages de Téhéran) et de fiasco géopolitique (la chute du Chah). Pièce par pièce, Washington a donc bâti une démonologie où la République islamique est présentée comme une dictature maléfique, dont le comportement erratique ferait peser sur la planète un péril mortel. Affabulation à grande échelle, manifestement, dont la seule fonction est d’inhiber le développement d’une grande nation rétive à l’ordre impérial.

Les faits sont parlants. Accusé de vouloir la fabriquer, l’Iran ne détient pas l’arme nucléaire. les USA sont la première puissance nucléaire et la seule à en avoir fait usage. Seul État du Proche-Orient possédant la bombe (plus de 400 têtes nucléaires), Israël jouit de son côté d’un privilège dont il n’entend pas se défaire : il a le droit de détenir l’arme suprême à condition de ne pas s’en vanter. Avec la complicité occidentale, la duplicité israélienne fait coup double. Elle exerce un effet dissuasif puisque la bombe existe, sans encourir les foudres internationales puisqu’il est entendu qu’elle n’existe pas. Cet incroyable régime de faveur transforme la question nucléaire en conte à dormir debout : une bombe purement virtuelle devrait nous donner des sueurs froides (Iran), alors qu’un arsenal colossal mais officiellement inexistant ne devrait susciter aucune inquiétude (Israël).

Soustrait à tout contrôle international, le programme nucléaire sioniste bénéficie depuis l’origine d’une impunité totale. Les Occidentaux fustigent le risque de prolifération, mais l’histoire de la bombe israélienne montre qu’ils en sont directement responsables. Ben Gourion a lancé le programme nucléaire sioniste dès le début des années 50, et la France lui a immédiatement apporté son concours. Un accord secret avec le socialiste Guy Mollet, en 1956, a permis à l’État hébreu de maîtriser la technologie nucléaire, et la centrale de Dimona a été construite avec l’aide de techniciens français. Unis dans la lutte contre le nationalisme arabe, la France et Israël ont scellé un pacte dont la calamiteuse expédition de Suez fut le principal fait d’armes.

Prenant le relais de l’alliance française à la fin des années 60, les États-Unis ne sont pas moins coopératifs. Aux termes de l’accord entre Lyndon Johnson et Golda Meir, aucune pression ne doit s’exercer sur Israël pour lui faire signer le traité de non-prolifération. En échange, Israël cultive l’ambiguïté sur la réalité de son arsenal nucléaire. Complaisante dérogation à la loi internationale, en somme, contre respect scrupuleux de la loi du silence. En attendant, les Occidentaux s’acharnent sur l’Iran, lui prêtant un projet militaire imaginaire, alors même que Tel Aviv multiplie les menaces contre Téhéran. La République islamique, pourtant, n’a jamais agressé ses voisins. On ne peut en dire autant d’Israël, qui a bombardé l’Egypte, la Syrie, le Liban, la Jordanie, l’Irak et la Tunisie, sans parler des territoires palestiniens quotidiennement pris pour cibles.

Jetant un écran de fumée sur cette réalité, la propagande occidentale traite le régime iranien de “théocratie fanatique”. Ce n’est pas un mollah, pourtant, qui a déclaré que “notre État est le seul en communication avec Dieu”. C’est Effi Eitam, ex-ministre israélien et chef du parti national-religieux. Imbibé d’un orientalisme de pacotille, le discours dominant décrit la République islamique comme un repaire d’illuminés férus d’eschatologie qui rêveraient d’immoler Israël avec la bombe atomique ! Quel dommage que les pourfendeurs de l’Iran ne nous aient pas gratifiés de considérations aussi inspirées sur la bombe israélienne : elle a pour caractéristique de faire planer, elle, une menace non virtuelle. Entre la prétention sioniste à “communiquer directement avec Dieu” et l’obstination mystique de Tel Aviv à posséder l’arme suprême, on aurait pu déceler, ici aussi, une singulière “eschatologie”.

Autre paradoxe qui ne manque pas de saveur : l’Occident accuse l’Iran de vouloir fabriquer la bombe, mais c’est la République islamique qui a interrompu le programme nucléaire en 1979. Encouragé par les USA, le Chah avait signé de juteux contrats avec la France et l’Allemagne pour la construction de centrales nucléaires. L’opposition ayant dénoncé cette politique, jugée onéreuse pour un pays riche en hydrocarbures, le programme est aussitôt suspendu par le gouvernement de la République islamique. Il fallut la sanglante guerre Iran-Irak (1980-1988) pour changer la donne. Seul face à l’agresseur irakien, le gouvernement iranien a mesuré sa faiblesse devant une coalition faisant bloc avec Saddam Hussein. La participation des puissances occidentales, les livraisons d’armes chimiques à l’Irak, la destruction en plein vol d’un Airbus iranien lui ont fait prendre conscience du danger.

C’est dans ce contexte que les dirigeants iraniens ont vu dans le nucléaire civil un atout technologique, un attribut de la souveraineté et une source de fierté nationale. La possession de l’arme nucléaire, elle, est jugée impie par les autorités religieuses, et aucun programme nucléaire militaire n’a été officiellement engagé en Iran. Ses accusateurs ont constamment prétendu le contraire, mais sans en fournir la moindre preuve. Le discours obsessionnel contre Téhéran, en réalité, confond délibérément deux choses : la capacité technologique de produire des armes nucléaires, et la décision politique de produire de telles armes. Au motif que cette capacité a été atteinte, on accuse Téhéran de vouloir se doter de la bombe. Mais ce raisonnement est d’une criante perversité, puisqu’au lieu de demander des comptes à ceux qui ont la bombe, on s’acharne contre un État qui n’en veut pas.Montée de toutes pièces, la “menace nucléaire iranienne” est une supercherie qui vise à neutraliser un grand pays non-aligné. Souverain, désendetté, farouchement attaché à son indépendance, l’Iran a un potentiel qui effraie les tenants de l’ordre impérial. Les dirigeants iraniens ont signé l’accord de 2015 parce qu’ils privilégient le développement de leur pays. Ils veulent la levée des sanctions pour satisfaire une population de 80 millions d’habitants. L’accord sur le nucléaire soumet ce grand pays à un régime de contrôle international sans précédent, mais Téhéran l’a accepté. En accusant l’Iran de “soutenir le terrorisme”, Trump veut interrompre ce processus de normalisation. Poussé par les marchands d’armes, il poursuit la diabolisation de l’Iran d’une façon grotesque. L’impérialisme ne désarme jamais, et les mensonges continueront. Mais l’Iran sait que le temps joue en sa faveur, et il saura résister aux provocations d’une superpuissance en déclin.

https://www.initiative-communiste.fr/articles/international/fable-de-menace-nucleaire-iranienne-bruno-guigue/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

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jeudi 1 février 2018

Sénatrice US : les déclarations de Netanyahou sur l’accord nucléaire sont totalement fausses !

Diane Feinstein, sénatrice démocrate a réagi aux déclarations du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu sur l’accord nucléaire iranien, prononcées lors d’une réunion dimanche en marge du sommet de Davos.

ACT IRAN NETANYAHOU

Netanyahu avait en effet déclaré lors d’une réunion avec l’analyste des affaires internationales, Farid Zakaria, que le Plan global d’action conjoint (PGAC, accord sur le nucléaire iranien) permettait à l’Iran de produire dans les huit à dix prochaines années suffisamment d’uranium pour construire 100 à 200 bombes nucléaires.

Feinstein a réagi aujourd’hui mardi aux propos de Netanyahu en diffusant le communiqué suivant : " Le Premier ministre Netanyahu a fait dimanche des déclarations sur l’accord nucléaire iranien qui sont trompeuses ou totalement inexactes. La vérité est que cet accord bloque tous les chemins de l’Iran pour accéder aux armes nucléaires ; d’autant plus que les évaluations des agences de renseignement, de nos partenaires régionaux et de l’AIEA montrent que l’Iran a été complètement fidèle à ses engagements. »

La sénatrice américaine a également rappelé que tous les sites iraniens, y compris les sites militaires sont soumis aux inspections de l’AIEA.

« S’il y a des raisons légales d’inspecter n’importe quel site, l’Iran doit dans les 24 heures autoriser les inspecteurs de l’AIEA à faire des inspections sur place et dans le cas contraire, les États-Unis peuvent remettre les sanctions », rappelle la sénatrice américaine.

Feinstein s’adresse aussi dans son communiqué directement au président américain en disant que ce dernier ferait mieux de se fier aux analyses des agences de renseignement plutôt que de faire attention aux « on dit » de tous ceux qui voudraient voir cet accord se défaire.

http://www.presstv.com/DetailFr/2018/01/30/550729/Une-snatrice-US-tourne-en-ridicule-Netanyahou

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vendredi 26 janvier 2018

Les USA restent-ils en Syrie pour défaire Daech ou pour contrer l’Iran? Ont-ils tiré des leçons de l’histoire?

TRIBUNE LIBRE / Par Elijah J. Magnier – @ejmalrai

Publié le 23 janvier 2018 en arabe dans lraimedia

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En 2014, les USA ont pris la tête d’une coalition comptant 59 pays pour contenir l’expansion du groupe armé « État islamique » (Daech), mais sans l’éliminer. Pendant près d’un an et à l’inverse de la Russie, cette coalition n’a effectué que des attaques aériennes limitées contre le groupe terroriste sans mettre à mal sa principale source de subsistance : le financement. La politique d’Obama était bien définie : nous ne sommes pas pressés de défaire Daech, car le groupe sert l’intérêt national des USA et est devenu un fardeau pour l’Iran. Aujourd’hui, Donald Trump suit le chemin tracé par Obama à ce chapitre après avoir révélé que ses forces armées resteront en Syrie à cause de l’Iran, en ayant apparemment oublié que loin d’être une zone de confort et une terre hospitalière pour les USA, la Syrie constitue aussi l’arrière-cour de l’Iran. La tentative de Trump de modifier ou de suspendre l’accord sur le nucléaire avec la République islamique, 12 jours seulement après son entrée en fonction, n’est que le déplacement d’un pion sur l’échiquier dans le but de brouiller la perception des choses par la communauté internationale et le peuple américain. L’intention avouée des USA d’occuper un nouveau territoire au Moyen-Orient (presque 15 ans après l’occupation désastreuse de l’Irak) n’est apparemment pas une idée lancée à la cantonade.

Mais comment les USA en viennent-ils à imaginer que leur objectif est réaliste?

Quand Barack Obama a déclaré la guerre à Daech, ses forces armées ont jugé que mettre un frein à la principale source de capitaux du groupe terroriste n’était pas une priorité. Daech a bénéficié de plus de 1,5M$ par jour en revenus pétroliers tirés de l’extraction illégale d’or noir provenant de nombreux gisements en Syrie et en Irak, et ce, sans être importuné. L’administration Obama a voulu faire croire au monde qu’elle se préoccupait des dommages environnementaux, une raison peu probable pour expliquer pourquoi la coalition de 59 pays dirigée par les USA s’est gardée de réduire à néant les principales sources de financement de l’organisation terroriste. Plus d’importance a été accordée à cette raison que la destruction, le danger et la souffrance rattachés à Daech au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique et même en Europe, à proximité. Israël a été beaucoup plus direct que les USA, en énonçant la véritable raison expliquant pourquoi les USA évitaient d’affaiblir le groupe terroriste : « Nous préférons Daech à l’Iran », a dit son ministre de la défense, Moshe Yaalon.

L’Iran était pleinement engagé envers la Syrie et lui a fourni du pétrole (pendant les cinq premières années de guerre, la plupart des sources d’énergie syriennes étaient aux mains de Daech, d’al-Qaeda et de leurs alliés), une aide financière (en payant les salaires des fonctionnaires et militaires syriens), une assistance médicale (en créant une industrie pharmaceutique en remplacement de celle détruite par la guerre) et des armes (fabriquées en Iran et achetées à la Russie au nom de Damas).

L’Iran a aussi envoyé 12 000 hommes tirés de ses propres forces spéciales liées au Corps des gardiens de la révolution islamique, des alliés irakiens (Asaeb Ahl al-Haq, Harakat al-Nujaba’ et autres) ainsi que des Pakistanais et des Afghans vivant en Iran faisant partie des forces alliées aux Gardiens de la révolution. En outre, le Hezbollah libanais a injecté des milliers de combattants sur le champ de bataille pour soutenir les forces de Damas. Le nombre de ces combattants a fluctué selon les besoins et l’évolution de cette guerre qui s’est jouée sur de nombreux fronts.

L’Iran a offert à l’armée de l’air russe le soutien de forces terrestres aux côtés de l’armée syrienne, dans l’espoir que cette intégration et que la coordination militaire changeraient le cours de la guerre au Levant en faveur du gouvernement de Damas. L’intervention irano-russe a réussi à empêcher le « changement de régime » préconisé depuis longtemps par certains pays de la région, l’UE et les USA, au prix de l’écroulement du système laïque multiethnique en place en Syrie, en faveur de radicaux islamiques intolérants et de combattants radicalisés dominant naturellement tous les autres groupes. C’est ce dont le monde a été témoin et a pris connaissance pendant six ans de guerre en Syrie. Ce qui n’a pas empêché le secrétaire d’État des USA John Kerry de qualifier ces extrémistes (de Daech et d’al-Qaeda) comme « les meilleurs au combat ».

Kerry est même allé plus loin, en révélant qu’avant 2015, de nombreux pays du Moyen-Orient (il a nommé l’Arabie saoudite, l’Égypte et Israël) lui avaient demandé de bombarder l’Iranl’ennemi juré de l’Arabie saoudite et des USA. L’Iran est devenu l’ennemi NUMÉRO UN en Syrie, alors que les Israéliens ont appris à vivre aux côtés de Daech, son nouveau voisin, qu’il considère comme beaucoup plus avenant que le Hezbollah et l’Iran. De plus, l’Arabie saoudite était et est toujours disposée à financer et à soutenir tout pays ou groupe prêt à s’opposer à l’expansion chiite facilitée par l’Iran et sa République islamique depuis sa création en 1979. Donald Trump lui, a flairé la bonne affaire : en échange de milliards de dollars, il était prêt à fouler aux pieds les valeurs les plus précieuses en se rangeant du côté des wahhabo-takfiris et de leurs promoteurs. Le président des USA voulait donner un élan à l’économie de son pays tout en forçant l’Iran à courber l’échine, un rêve que les USA caressent depuis bien longtemps.

Histoire des relations entre les USA et l’Iran

La volonté des USA d’imposer leur contrôle et leur domination en Iran remonte à 1953. Le Conseil national de sécurité des USA a publié un document qui confirme le recours aux vastes ressources de la CIA et son rôle dans le « coup d’État » réussi de 1953, dont le nom de code était TPAJAX. Les USA ont alors fait tomber le premier ministre démocratiquement élu Mohammad Mossadegh, changeant ainsi le cours de l’histoire iranienne.

C’est le président Dwight Eisenhower qui a autorisé le coup d’État et l’installation d’une « marionnette américaine qui devait son trône à sa capacité de plaire à ses bailleurs de fonds étrangers », comme l’a décrit John Limbert (Negotiating With Iran, 2009). Cette marionnette, c’était le jeune chah Reza Pahlavi. Les USA ont alors remplacé le Royaume-Uni comme nouveau maître colonial et humilié les Iraniens en dirigeant le pays par l’entremise du chah. Mossadegh parti, le problème restait entier. Le R.-U., qui considérait les Iraniens comme « des êtres humains inférieurs inefficaces et incompétents », a soutenu le coup d’État par crainte du nationalisme de Mossadegh, de l’abolition de la monarchie et de sa décision de mettre fin à la manipulation britannique de la politique et de la richesse iraniennes, notamment en nationalisant le pétrole iranien.

Eisenhower a lancé un programme appelé « Des atomes pour la paix » pour aider l’Iran à mettre en place un programme nucléaire, puis a vendu à l’Iran un réacteur nucléaire de cinq mégawatts en 1967, sur les conseils des membres de son administration. Parmi ceux-ci il y avait Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz et Dick Cheney, qui ont joué des rôles efficaces pour convaincre le chah d’opter pour le nucléaire et d’acheter huit réacteurs nucléaires. À son arrivée au pouvoir, le premier ministre Mehdi Bazargan (le chef du premier gouvernement révolutionnaire) a aussitôt mis fin au contrat avec les USA. Nous voyons bien ici que ce sont les USA qui ont amené l’Iran à s’engager dans le nucléaire. Bon nombre des problèmes causés par les USA dans le monde s’expliquent par leurs revirements reconnus.

Les USA ont donné au chah d’Iran le titre de « dictateur royal », avec la complicité des gouvernements occidentaux (les États-Unis et Israël en particulier ont joué un rôle majeur, selon le professeur Richard Cottam). Il a été responsable des « violations terribles des droits de la personne les plus élémentaires » (le vendredi noir de septembre 1978 et le rôle de la SAVAK n’en sont que quelques exemples). En vérité, « la morale et les valeurs » de l’Occident n’ont jamais été confirmées comme source de motivation ayant amené les USA à s’opposer à un État. Elles servent toujours de prétexte à un changement de régime lorsque cela les arrange. En ce qui concerne la question iranienne, les USA ont affiché leur absence de morale à répétition tout au long de l’histoire de l’Iran de 1953 à aujourd’hui.

La révolution iranienne de 1979 a fait tomber le chah autoritaire, a mis fin à tous les traités militaires avec les USA, a déclaré ouvertement son antipathie et son hostilité à l’endroit des USA et a emprisonné des diplomates américains. Le président Jimmy Carter a alors ordonné le gel des avoirs iraniens dans les banques américaines et l’imposition de sanctions contre la République islamique.

Depuis 1979, chaque président des USA a maintenu et même accru les sanctions imposées à l’Iran (1979, 1980, 1987, 1995, 2006, 2010, 2011, 2017, 2018), principalement parce que les dirigeants iraniens continuent de rejeter l’influence et la domination des USA sur leur pays et ses politiques. Les USA et leurs alliés ont d’ailleurs fait peu de cas de la liberté de la population ou même des « valeurs occidentales » lorsqu’ils ont soutenu Saddam Hussein dans sa guerre contre l’Iran. Ils ont fourni des armes chimiques au dictateur qui ont été utilisées contre l’Iran et sa propre population au nord de l’Irak, pendant que le monde observait en silence.

Le but des USA était et semble toujours être de paralyser l’économie iranienne et de soumettre le pays à leur volonté. Ils semblent espérer que la population se soulèvera contre la République islamique et que la richesse du pays tombera, une fois de plus, dans les mains de l’Occident.

Au fil des ans, une fois la guerre Iran-Irak terminée, l’Iran a bravé à répétition les USA et leurs alliés, en remportant victoire après victoire. En Afghanistan, en Irak, au Liban, en Syrie et au Yémen, l’Iran ne perd pas et trouve d’autres alliés idéologiques prêts à lutter contre l’influence américaine au Moyen-Orient. L’Iran s’est donné comme objectif non pas d’avoir plusieurs mandataires, comme les chercheurs se plaisent à les qualifier, mais des partenaires qui croient qu’il faut soutenir les opprimés (Mustath’afeen) contre l’oppresseur. Bref, de limiter la domination des USA au Moyen-Orient.

Les USA croient que l’Iran les a humiliés en incarcérant des marins américains (même si les dix marins ont été libérés quelques heures plus tard en même temps que la publication de photos embarrassantes faisant ressortir leur faiblesse et leur soumission), qu’il a remis en cause leur puissance en incarcérant un citoyen irano-américain qui n’a été libéré qu’à la suite d’un échange, et qu’il refuse de se soumettre à la primauté et à la domination américaines. Du côté iranien, la République islamique croit que les USA veulent humilier et dominer la population du pays, accaparer ses ressources et changer le régime en place en donnant le pouvoir à un gouvernement à leur solde. Téhéran estime que l’objectif de toute administration américaine est de dominer le Moyen-Orient, de drainer sa richesse, de soutenir les guerres sectaires, de pouvoir vendre des armes et de laisser les pays arabes dans un état de soumission. Bref, tout le contraire de l’unité et de la formation d’une région vraiment puissante assise sur des ressources énergétiques gigantesques.

Donald Trump et l’Iran

Une croyance largement répandue veut que Donald Trump ne cherche pas vraiment à annuler ou à modifier l’accord sur le nucléaire iranien comme il le prétend. Trump reporte constamment sa décision, mois après mois (son dernier ultimatum à l’Iran va se prolonger encore quatre mois), pour des raisons qui semblent assez plausibles :

1-pour détourner l’attention du monde de l’occupation de la Syrie par les forces américaines;

2-pour cacher le fait que les forces américaines assurent la protection d’un vaste territoire toujours sous le contrôle de Daech, en n’ayant pas l’intention d’éliminer le groupe armé de sitôt, probablement dans l’espoir de s’en servir en temps et lieu pour défendre les intérêts des USA en matière de politique étrangère;

3-pour poursuivre son chantage à l’endroit de l’Arabie saoudite en se montrant hostile à l’Iran, qui n’est en fait qu’une tempête dans un verre d’eau que l’on remue de temps en temps;

4-pour défendre les intérêts d’Israël, le principal allié des USA, et bénéficier du soutien du lobby israélien aux USA, de façon à assurer la réélection de Trump, par exemple;

5-pour éviter que l’Europe prenne ses distances par rapport aux USA et mette fin à son partenariat.

Le grand ayatollah Khamenei estime que la menace continuelle de Trump à l’endroit de l’Iran encourage la République islamique à se montrer plus forte que jamais. Sayyed Ali Khamenei avait conseillé aux principaux dirigeants iraniens de prendre exemple sur la Chine comme modèle d’autosuffisance et de s’éloigner des USA. Le gouvernement pragmatique dirigé par le président Hassan Rohani a insisté plutôt sur la nécessité de s’ouvrir à l’Occident et a respecté ses obligations nucléaires.

Après la conclusion de l’accord sur le nucléaire avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne, Rohani a invité les Iraniens à s’ouvrir à l’Occident et à augmenter les échanges commerciaux avec le monde. Le président iranien n’était apparemment pas conscient que les USA, en plaidant en faveur de la rupture de l’accord, montrent qu’ils ne sont pas intéressés par un partenariat, faisant ainsi obstacle aux pragmatiques iraniens en cherchant de surcroît à faire tomber leur gouvernement, ce qui est à l’avantage des tenants de la ligne dure.

Le bras de fer entre l’administration américaine et le gouvernement iranien à propos de l’accord sur le nucléaire ne va pas diminuer l’influence iranienne et de ses partenaires au Moyen-Orient, notamment au Liban, en Syrie, en Irak, en Afghanistan et au Yémen. Cela ne permettra assurément pas aux USA d’exercer la moindre influence ou domination à l’endroit de l’Iran, peu importe la « couleur » politique du gouvernement à Téhéran.

L’Iran ne renégociera pas l’accord sur le nucléaire et compte sur l’Europe pour qu’elle reste ferme en confirmant sa signature et son engagement. L’Europe a besoin de l’Iran, car la République islamique joue un rôle dans la sécurité nationale du continent et constitue une avant-garde contre le terrorisme. L’Europe en a assez des guerres et se rend compte aujourd’hui, après six années de guerre, que la République islamique s’est montrée ferme pour protéger le régime en Irak, qu’elle s’est empressée de secourir Bagdad alors que les USA restaient les bras croisés à observer Daech étendre ses tentacules, et qu’elle a empêché un changement de régime en Syrie dont auraient profité les extrémistes radicaux. Ces Iraniens et leurs alliés sont les partenaires que l’Europe recherche, prêts à prendre du recul par rapport aux USA, qui se trouvent sur un continent moins vulnérable que l’Europe, si proche du terrorisme et des terroristes.

L’Iran ne peut faire contrepoids aux médias institutionnels des USA qui dominent largement l’opinion mondiale. Les médias occidentaux présentent l’Iran comme un pays interventionniste et l’attaquent sur le front des « violations des droits de la personne », tout comme les autres pays du Moyen-Orient d’ailleurs. Il est vrai que les valeurs et les approches ayant trait aux droits de la personne au Moyen-Orient sont loin d’être idéales. Cependant, aucun pays du monde (ou même des dizaines de pays unis au sein d’une même coalition) n’est responsable d’autant de fouillis que les USA dans leur politique étrangère, qui se caractérise par des changements de régime, des violations des droits de la personne et le meurtre de personnes innocentes, un sujet nettement sous-estimé dans les médias. Les valeurs de l’administration américaine sont aujourd’hui à leur plus bas, car elles reposent sur les sommes d’argent qu’elle peut tirer de pays riches, sans égard à leurs nombreuses violations des droits de la personne ou à leur exportation du terrorisme et des discours haineux.

Le régime iranien est pointé du doigt comme un exportateur de révolution et est accusé de financer ses mandataires au Moyen-Orient. Mais l’Iran n’a jamais caché son objectif religieux de défendre les opprimés, qui l’amène à armer et à entraîner des groupes pour qu’ils expulsent les forces américaines du Moyen-Orient. Ce qui soulève une question : L’Iran est-il de taille à s’opposer aux milliards de dollars en armement vendus par les USA au Moyen-Orient ou à s’opposer à l’occupation illégale, par les USA, de territoires souverains (Afghanistan, Irak et Syrie, pour n’en nommer que quelques-uns), ainsi qu’à l’entraînement de militants qui comprennent les takfiris djihadistes syriens responsables de nombreuses attaques au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie, en Europe et aux USA mêmes?

L’Iran est solidement implanté en Syrie. Il est trop tard pour changer les résultats de la guerre en Syrie ou contrer les nombreux groupes de résistants syriens qui, à la suite de la guerre et d’un changement de régime raté, sont déjà bien actifs au Levant, peu importe ce que les USA feront ou diront ou la durée de la présence de forces américaines à un endroit ou l’autre de la Syrie. L’occupation américaine, malgré ce qu’en dit le secrétaire d’État des USA Tillerson dans sa dernière déclaration, est déjà fortement perçue comme un autre échec des USA, qui ne montrent aucun signe de tirer des leçons de l’histoire. Quoi qu’il en soit, la route entre Téhéran, Bagdad, Damas et Beyrouth est dorénavant une réalité et ne traverse pas les provinces occupées par les USA au nord-est de la Syrie.

Les forces américaines basées à al-Tanaf et Hassaké vont probablement essayer de faire du chantage au gouvernement syrien pendant les pourparlers de paix qui s’annoncent, et vont peut-être aussi compter le nombre de camions qui empruntent la route Téhéran-Beyrouth en gardant un œil sur la circulation routière, mais à quelles fins? Donald Trump peut-il répondre à cette question : Comment diable les USA et leurs alliés vont-ils tirer parti de l’occupation, par les USA, d’un autre territoire au Moyen-Orient? Tout ce que cela apportera, c’est encore plus de grabuge et minera une fois de plus leur position prestigieuse en tant que superpuissance qui subit défaite après défaite aux mains de l’Iran et de ses partenaires non étatiques.

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dimanche 21 janvier 2018

Des vétérans du renseignement disent à Trump que l’Iran n’est pas le principal commanditaire du terrorisme

Source : Consortium News, 21-12-2017

21 décembre 2017

TL IRAN TRUMP

Un groupe de vétérans du renseignement états-unien demande instamment au président Trump de faire en sorte que son administration cesse de prétendre faussement que l’Iran est le principal commanditaire du terrorisme alors que des alliés des États-Unis, comme l’Arabie saoudite, sont, eux, beaucoup plus coupables dans ce domaine.

MEMORANDUM POUR : le Président

DE : Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS)

OBJET : L’Iran est-il le « principal commanditaire mondial du terrorisme ? »

RÉSUMÉ ANALYTIQUE ET HISTORIQUE

Nous sommes préoccupés par les récentes déclarations publiques véhémentes et brutales de membres clés de votre administration qui dépeignent l’Iran en termes très alarmistes. L’Américain moyen, s’il n’a pas le recul de l’Histoire, pourrait facilement être persuadé que l’Iran représente une menace imminente et qu’il n’y a pas d’autre alternative pour nous que le conflit militaire.

Nous trouvons que cette situation est un terrain désagréablement familier. Il y a dix ans, l’ancien président George W. Bush envisageait une guerre contre l’Iran lorsque, en novembre 2007, les analystes des services de renseignement ont publié une estimation officielle du National Intelligence Estimates (NIE) [documents émis par le gouvernement des États-Unis. Il s’agit d’évaluations officielles du Directeur du renseignement national (DNI) sur des thématiques de renseignement liées à un sujet particulier relevant de la sécurité nationale, NdT] démystifiant les idées reçues, à savoir que l’Iran était sur le point de se doter d’une arme nucléaire. La NIE a conclu que l’Iran avait cessé de travailler sur une arme nucléaire en 2003.

Se rappelant ce moment dans ses mémoires, Decision Points, le président Bush a noté que les conclusions « sensationnelles » du renseignement recueillies dans la NIE l’en8 ont empêché. Il a ajouté cette question rhétorique : « Comment expliquer l’utilisation de l’armée pour détruire les installations nucléaires d’un pays qui aux dires de la communauté du renseignement n’a pas de programme d’armement nucléaire actif ? »

Nous croyons que vous faites face à une situation semblable aujourd’hui. Mais au lieu de prétendre de façon inexacte que l’Iran possède des armes nucléaires, le nouveau bobard pour justifier la guerre avec l’Iran est l’affirmation selon laquelle l’Iran demeure « le principal État au monde à parrainer le terrorisme ». Ceci est incorrect, comme nous l’expliquons ci-dessous.

* * *

L’un des grands mensonges bipartites récurrents qui est promu dans le public avec l’aide enthousiaste de médias largement dociles, est que l’Iran est actuellement le principal commanditaire du terrorisme dans le monde.

La récente présentation de la stratégie nationale pour 2018 de votre administration souligne que :

« L’Iran, premier pays au monde à parrainer le terrorisme, a profité de l’instabilité pour étendre son influence par le biais de ses partenaires et de ses mandataires, de la prolifération des armes et du financement… L’Iran continue de pérenniser le cycle de la violence dans la région, causant de graves dommages aux populations civiles. »

Plusieurs autres pays du Moyen-Orient se font l’écho de ces sentiments. Le ministre des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite, Adel al-Jubeir, par exemple, a déclaré en octobre 2015 que l’Iran « est le plus grand commanditaire du terrorisme dans le monde et qu’il travaille à déstabiliser la région. »

Le ministre des Affaires étrangères saoudien a opportunément refusé de mentionner que 15 des 19 terroristes qui ont détourné des avions et attaqué l’Amérique le 11 septembre 2001 étaient des Saoudiens, et non des Iraniens. Et si l’Iran était un promoteur actif du terrorisme il y a vingt ans, il n’est plus à l’avant-garde du terrorisme mondial. Ironiquement, cette distinction douteuse revient aujourd’hui aux accusateurs de l’Iran – en premier lieu, l’Arabie saoudite.

Les faits ne corroborent pas la description de l’Iran en tant que « principal État parrainant le terrorisme dans le monde ». Alors que l’Iran est coupable d’avoir utilisé le terrorisme comme instrument de politique nationale, l’Iran de 2017 n’est pas l’Iran de 1981. Dans les premiers temps de la République islamique d’Iran, des agents iraniens ont systématiquement commis des attentats à la voiture piégée, des enlèvements et des assassinats de dissidents et de citoyens américains. Ce n’est plus le cas depuis de nombreuses années. Malgré les affirmations fréquentes des responsables américains selon lesquelles l’Iran est impliqué dans le terrorisme, nous notons simplement que les incidents enregistrés chaque année par le département d’État américain dans son rapport intitulé Patterns of Global Terrorism (Modèles de terrorisme mondial) identifient rarement un incident terroriste comme un acte commis par l’Iran ou en son nom.

Les relations de l’Iran avec le Hezbollah ont également évolué radicalement. Dans les premières années de la République islamique, le Hezbollah a souvent été mandataire et sous-traitant pour l’Iran. Mais au cours des 20 dernières années, le Hezbollah est devenu une entité et une force politique à part entière. Il a combattu Israël jusqu’à l’arrêt des hostilités en 2006 dans le sud du Liban, un moment décisif dans la transformation du Hezbollah en une armée conventionnelle. Entre-temps, le Hezbollah, qui fait maintenant partie du gouvernement libanais, s’est également détourné de la violence radicale et religieuse qui caractérise les extrémistes sunnites, comme l’EI.

La réponse asymétrique de l’Iran

Après que l’Iran soit tombé sous le règne des Ayatollah en 1979, le terrorisme, son rôle dans des attentats terroristes de grande envergure, comme la prise d’otages américains et les attentats à la bombe de l’ambassade américaine et des casernes maritimes au Liban, a alimenté l’animosité compréhensible des États-Unis envers l’Iran. Mais les actions de l’Iran n’ont pas été motivées principalement par une haine aveugle ou des opinions religieuses radicales. Pour l’Iran, le terrorisme était un moyen de se battre contre des ennemis plus puissants, principalement les États-Unis, qui apportaient un soutien militaire et des renseignements au voisin et à l’ennemi de l’Iran, l’Irak.

Portrait de feu Ruhollah Khomeini par Mohammad Sayyid

Les Iraniens étaient également pragmatiques et avaient des rapports directs avec Israël. Pendant les premiers jours de la révolution iranienne, les mollahs, bien que dénonçant publiquement Israël, ont heureusement accepté le soutien militaire secret des Israéliens. Israël était tout aussi pragmatique. Les dirigeants israéliens ont fait abstraction des mollahs et ont apporté leur soutien pour aider à contrer la menace posée par le président irakien Saddam Hussein. Un cas classique de l’ennemi de mon ennemi est mon ami.

L’image publique de l’Iran en tant que foyer de terroristes fanatiques a été usurpée depuis les attentats à la bombe perpétrés en août 1998 par Al-Qaïda et d’autres entités sunnites radicales contre les ambassades des États-Unis en Afrique de l’Est. La propre liste d’attentats terroristes du gouvernement américain depuis 2001 montre une baisse spectaculaire de la violence perpétrée par l’Iran et une recrudescence concomitante d’actes horribles commis par des musulmans sunnites radicaux qui ne sont pas alignés sur l’Iran. La dernière édition du Global Terrorism Index, un projet du département de la Sécurité intérieure des États-Unis, montre que quatre groupes sont à l’origine de 74 % de tous les décès dus au terrorisme en 2015 : Boko Haram, Al-Qaïda, les Talibans et l’EI.

Treize des 14 groupes islamistes repérés par la communauté du renseignement américain comme activement hostiles aux États-Unis sont sunnites, et non chiites, et ne sont pas soutenus par l’Iran.

  • État islamique (sunnite)
  • Front Al-Nosra (sunnite)
  • Al-Qaïda Central (sunnite)
  • Al-Qaïda au Maghreb (sunnite)
  • Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (sunnite)
  • Boko Haram (sunnite)
  • al-Shabab (sunnite)
  • groupe Khorassan (sunnite)
  • Société des Frères musulmans (sunnite)
  • Abou Sayyaf aux Philippines (sunnite)
  • Talibans au Pakistan et en Afghanistan (sunnite)
  • Lashkar-e-Toiba (sunnite)
  • Jamaa Islamiya (sunnite)
  • Houthis (chiite)

Le dernier attentat terroriste majeur ayant fait des victimes en relation avec l’Iran a été l’attentat à la bombe perpétré en juillet 2012 contre un bus de touristes israéliens en Bulgarie. Cet écart par rapport à la politique plus récente de l’Iran en matière de terrorisme constitue une rétorsion pour ce que l’Iran a perçu comme le rôle d’Israël dans l’assassinat de cinq scientifiques iraniens impliqués dans le programme nucléaire iranien, entre janvier 2010 et janvier 2012 (les dates et les noms des personnes agressées sont joints en annexe).

On peut facilement imaginer l’indignation et la soif de vengeance qui balayerait les États-Unis, si les Américains croyaient qu’un pays étranger envoyait des agents aux États-Unis qui, chacun son tour, assassineraient des ingénieurs et des scientifiques travaillant sur des projets de défense américains sensibles.

Opérations spéciales

Il y a eu d’autres attentats terroristes à l’intérieur de l’Iran qui portaient la marque du soutien des États-Unis. Relentless Strike [une guerre implacable, NdT] de l’auteur Sean Naylor, qui décrit en détail l’historique des opérations menées par le Joint Special Operations Command (JSOC) des États-Unis au cours des 30 dernières années, éclaire cette vérité inconfortable :

Feu le chef d’Al-Qaida Oussama ben Laden.

« Le personnel du JSOC a également travaillé avec le Mujaheddin-e-Khalq (MEK) [en français, ’Organisation des moudjahidin du peuple iranien’ ou OMPI, NdT], un groupe militant d’exilés iraniens qui s’était établi en Irak après avoir fui le régime des ayatollahs à Téhéran. Le département d’État avait inscrit l’OMPI sur sa liste d’organisations terroristes désignées, mais cela n’ a pas empêché le JSOC d’adopter une attitude de « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » envers le groupe. « C’était un groupe de gens qui pouvaient traverser la frontière, et ils étaient prêts à nous aider sur ce que nous voulions faire avec l’Iran », a déclaré un officier des opérations spéciales.

L’OMPI a été classée comme un groupe terroriste, jusqu’ à ce que les États-Unis décident que tant que l’OMPI aiderait à tuer les Iraniens plutôt que les Américains, ils n’étaient plus des terroristes. L’histoire du terrorisme de l’OMPI est très claire. Parmi plus d’une douzaine d’exemples au cours des quatre dernières décennies, ces quatre exemples sont représentatifs :

  • Au cours des années 1970, l’OMPI a tué du personnel militaire américain et des civils américains travaillant sur des projets de défense à Téhéran et a soutenu la prise de contrôle de l’ambassade des États-Unis à Téhéran en 1979.
  • En 1981, l’OMPI a fait exploser des bombes au siège du Parti de la République islamique et dans le bureau du Premier ministre, tuant quelque 70 hauts responsables iraniens, dont le président, le premier ministre et le Président de la Cour suprême en Iran.
  • En avril 1992, l’OMPI a mené des attaques quasi-simultanées contre les ambassades et installations iraniennes dans 13 pays, démontrant ainsi la capacité du groupe à monter des opérations d’envergure outre-mer.
  • En avril 1999, l’OMPI a pris pour cible des officiers militaires clés et assassiné le chef adjoint de l’état-major général des forces armées iraniennes.

En dépit de cette histoire, un défilé bipartite de dirigeants politiques et militaires américains de premier plan a fait pression en faveur de l’OMPI et a été bien récompensé en retour.

Une politique jusqu’ici ignorante

Ironiquement, la guerre de 2003 menée par les États-Unis en Irak a joué un rôle critique dans la résurgence de l’Iran en tant que puissance régionale. Saddam Hussein a été remplacé par des musulmans chiites qui avaient trouvé refuge en Iran pendant de nombreuses années et les institutions baathistes, y compris l’armée, ont été reprises par les Irakiens favorables à Téhéran.

L’Iran est sorti vainqueur en Irak et, avec l’accord nucléaire de 2015 en place, les liens commerciaux et autres de l’Iran se sont améliorés avec les principaux alliés de l’OTAN et les autres grands acteurs mondiaux, en particulier la Russie et la Chine.

Les déclarations officielles sur des questions cruciales de sécurité nationale doivent être fondées sur des faits. L’hyperbole dans la description des activités terroristes de l’Iran peut être contre-productive. Pour cette raison, nous attirons l’attention sur la récente déclaration de l’Ambassadeur Nikki Haley selon laquelle il est difficile de trouver un « groupe terroriste au Moyen-Orient qui n’ a pas les empreintes digitales de l’Iran partout sur lui ». La vérité est bien différente. La majorité des groupes terroristes de la région ne sont ni des créatures, ni des marionnettes de l’Iran. L’EI, Al-Qaïda et Al-Nosra sont trois des plus importants qui me viennent à l’esprit.

Vous vous êtes présenté comme quelqu’un qui est prêt à dire des vérités dures face aux pressions de l’establishment et à ne pas accepter le statu quo. Vous avez dénoncé pendant la campagne l’invasion américaine de l’Irak en 2003 comme une erreur historique aux proportions épiques. Vous avez aussi correctement saisi l’humeur de nombreux Américains fatigués par la guerre constante dans des pays lointains. Pourtant, le torrent d’avertissements lancés par Washington au sujet des dangers prétendument posés par l’Iran et la nécessité de les affronter sont largement perçus comme des mesures visant à renverser votre promesse de ne pas vous embarquer dans de nouvelles guerres.

Nous vous encourageons à réfléchir à l’avertissement que nous avons émis à l’attention du président George W. Bush il y a près de 15 ans, à un moment historique similaire :

« après avoir écouté le secrétaire Powell aujourd’hui, nous sommes convaincus que vous seriez bien avisé si vous élargissiez la discussion… au-delà du cercle de ces conseillers clairement tournés vers une guerre pour laquelle nous ne voyons pas de raison impérieuse et dont nous pensons que les conséquences imprévues sont susceptibles d’être catastrophiques. »

Le président iranien, Hassan Rouhani, célèbre la conclusion d’un accord intérimaire sur le programme nucléaire iranien le 24 novembre 2013, en embrassant la tête de la fille d’un ingénieur nucléaire iranien assassiné. (photo du gouvernement iranien)

ANNEXE

LISTE DES SCIENTIFIQUES IRANIENS ASSASSINÉS EN IRAN

12 janvier 2010 : Masoud Alimohammadi, physicien iranien :

Tué par une voiture piégée. L’auteur aurait avoué avoir été recruté par les renseignements israéliens pour commettre l’assassinat.

29 novembre 2010 : Majid Shahriari, physicien nucléaire iranien :

Tué par une voiture piégée. Selon les médias allemands Israël était le commanditaire.

29 novembre 2010 : tentative d’assassinat sur Fereydoon Abbasi, physicien nucléaire :

Blessé par une voiture piégée.

23 juillet 2011 : Darioush Rezaeinejad, ingénieur en électricité iranien, scientifique nucléaire.

Tué par deux hommes armés à moto. Spécialiste des commutateurs à haut voltage – un composant clé dans les ogives nucléaires. Assassiné par les renseignements israéliens.

11 janvier 2012 : Mostafa Ahmadi-Roshan, physicien nucléaire iranien.

Tué à la station d’enrichissement de l’uranium par une bombe magnétique de la même sorte que celles utilisées antérieurement pour des assassinats de scientifiques iraniens.

________________________

Signé :

Richard Beske, CIA, Operations Officer (ret.)

William Binney, former NSA Technical Director for World Geopolitical & Military Analysis; Co-founder of NSA’s Signals Intelligence Automation Research Center

Marshall Carter-Tripp, Foreign Service Officer (ret.) and Division Director, State Department Bureau of Intelligence and Research

Bogdan Dzakovic, Former Team Leader of Federal Air Marshals and Red Team, FAA Security, (ret.) (associate VIPS)

Philip Giraldi, CIA, Operations Officer (ret.)

Larry C. Johnson, former CIA and State Department Counter Terrorism officer

Michael S. Kearns, Captain, USAF (Ret.); ex-Master SERE Instructor for Strategic Reconnaissance Operations (NSA/DIA) and Special Mission Units (JSOC)

John Kiriakou, Former CIA Counterterrorism Officer and former senior investigator, Senate Foreign Relations Committee

Karen Kwiatkowski, former Lt. Col., US Air Force (ret.), at Office of Secretary of Defense watching the manufacture of lies on Iraq, 2001-2003

Edward Loomis, NSA, Cryptologic Computer Scientist (ret.)

David MacMichael, National Intelligence Council (ret.)

Ray McGovern, former US Army infantry/intelligence officer & CIA analyst (ret.)

Elizabeth Murray, Deputy National Intelligence Officer for Near East, CIA and National Intelligence Council (ret.)

Torin Nelson, former Intelligence Officer/Interrogator (GG-12) HQ, Department of the Army

Todd E. Pierce, MAJ, US Army Judge Advocate (ret.)

Coleen Rowley, FBI Special Agent and former Minneapolis Division Legal Counsel (ret.)

Greg Thielmann – Former director of the Strategic, Proliferation, and Military Affairs Office of the State Department’s intelligence bureau (INR) and former senior staffer on the Senate Intelligence Committee

Kirk Wiebe – former Senior Analyst, SIGINT Automation Research Center, NSA

Lawrence Wilkerson, Colonel (USA, ret.), Distinguished Visiting Professor, College of William and Mary (associate VIPS)

Sarah G. Wilton, CDR, USNR, (Retired)/DIA, (Retired)

Robert Wing – former Foreign Service Officer (associate VIPS)

Ann Wright, Col., US Army (ret.); Foreign Service Officer (who resigned in opposition to the war on Iraq)

Source : Consortium News, 21-12-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/des-veterans-du-renseignement-disent-a-trump-que-liran-nest-pas-le-principal-commanditaire-du-terrorisme/

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vendredi 19 janvier 2018

Pourquoi les manifestations en Iran font-elles tant rêver l'Occident ?

Les stratèges américains poursuivent toujours le même agenda en Iran depuis 1953. L’historien John Laughland montre comment tous les éléments sont désormais rassemblés pour une nouvelle tentative de «révolution téléguidée» depuis les Etats-Unis.

Selon l'anthropologue René Girard, les hommes commencent à se ressembler quand ils se battent. Le désir mimétique, qui est à l'origine de tout conflit social, et dont l'évacuation est nécessaire pour la paix, fait que les ennemis deviennent presque identiques les uns aux autres.

TL IRAN LAUGHLAND

Lorsque des manifestations anti-régime ont éclaté en Iran fin décembre, elles ont reçu le soutien inconditionnel du gouvernement américain. L'ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, s'est exprimée avec véhémence sur ce sujet. Pour elle, «le peuple iranien» veut la liberté tandis que le régime étouffe toute opposition, y compris en tuant ses ennemis.

Dans ses interventions, madame Hailey a insisté sur le caractère «complètement spontané» des manifestations, et ceci pour réfuter l'affirmation de Téhéran qu'elles auraient été téléguidées par les ennemis de l'Iran à l'étranger. Le régime iranien accuse notamment le Conseil national de la résistance iranienne d'en être à l'origine — et de n'être rien d'autre que l'aile politique de l'Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (OMPI ou MEK en persan), une milice armée qui s'oppose à la République islamique. Les deux organisations sont basées à Paris. L'OMPI a effectivement été classée comme terroriste par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Conseil de l'Europe, à différentes reprises et selon l'humeur politique du moment.

Or, l'affirmation selon laquelle les manifestations auraient été dirigées par les ennemis de l'Iran n'est pas totalement sans fondement, d'autant plus que le département d'Etat lui-même se vante d'avoir communiqué avec les manifestants, pour exprimer son soutien, via ses comptes Twitter et Facebook.

Le sous-secrétaire d'Etat Steve Goldstein a affirmé le 2 janvier que les Etats-Unis voulaient «encourager les manifestants en Iran à continuer à se battre pour la justice en Iran et pour l'ouverture du pays.» Il poursuit : «Nous continuons à communiquer avec les gens en Iran par Facebook et Twitter, nous mettons constamment à jour nos deux sites en persan. Le peuple iranien peut accéder à ces sites par des réseaux virtuels privés.» Pour le Conseil national de la résistance iranienne, le but de cet accès aux réseaux sociaux est justement «de pouvoir continuer à avoir accès au monde extérieur...».

La tentative américaine de tourner en ridicule l'affirmation iranienne d'ingérence étrangère dans les manifestations est d'autant plus drôle que la quasi-totalité de la classe politico-médiatique américaine, y compris la partie la plus hostile à l'Iran, cherche, depuis bientôt un an, à prouver la même affirmation à l'égard d'une ingérence supposée de la Russie dans les élections présidentielles américaines de 2016. Les conspirationnistes américains affirment notamment que la Russie se serait servie des réseaux sociaux pour créer un soutien virtuel à la candidature de Donald Trump qui, soi-disant, n'aurait pas été victorieux sans cette ingérence. C'est très exactement ce que les Etats-Unis cherchent à faire actuellement en Iran

Tout cela ne serait finalement que l'hôpital qui se moque de la charité si l'histoire ne nous montrait pas que les Etats-Unis, et leurs alliés européens, se sont très clairement mêlés à des opérations clandestines de changement de régime depuis... 1953, en Iran. Le renversement du Premier ministre iranien, Mohammed Mossadegh, par un coup d'état en août 1953, est un cas d'école de changement de régime téléguidée par les services secrets étrangers, en l'occurrence américains et britanniques.

Cette opération, l'opération «Ajax», a été commandée par Churchill et Eisenhower mais l'initiative venait à l'origine de la Anglo-Persian Oil Company, qui s'appelle aujourd'hui BP (British Petroleum). Celle-ci s'opposait au programme de nationalisation de l'industrie pétrolière que Mossadegh voulait poursuivre. Le prétexte donné aux Américains pour les convaincre de s'y associer était le combat contre l'influence soviétique, qui, en réalité, était négligeable.

La réalisation du complot a été confiée à un officier de la CIA, Kermit Roosevelt, petit-fils du président Theodore Roosevelt. Cette opération a été très bien documentée, par les historiens comme par les acteurs eux-mêmes. Roosevelt, l'Américain Donald Wilber, le concepteur du plan, et C. M. Woodhouse – un ancien officier de la Direction des Opérations spéciales britanniques (SOE) en Grèce pendant la guerre, et un futur directeur général de Chatham House — qui assurait la liaison avec les Américains, ont tous rédigé des mémoires racontant leurs exploits. Celui de Wilber, un mémorandum officiel et interne, est disponible en ligne, grâce aux lois américaines sur la liberté d'accès aux documents administratifs. Celui de Roosevelt a été publié comme livre, Countercoup, après, toutefois, avoir vu une grande partie de son contenu être censurée par la CIA.

Les grandes lignes de cette opération clandestine relèvent du domaine public. Deux éléments étaient essentiels : le soutien d'une partie de l'Etat iranien, en l'occurrence le Shah, qui, avant le coup, régnait mais ne gouvernait pas, et la foule, mobilisée et payée par les Américains à raison d'un million de dollars pour donner l'impression d'un mouvement populaire. Le but en était de créer de l'instabilité pour provoquer une réaction démesurée de la part du gouvernement et pour ainsi engendrer les conditions propices pour le putsch. Pour «restaurer l'ordre», l'armée a été mobilisée contre le gouvernement, tout comme elle le fera par exemple vingt ans plus tard au Chili. La suite sera une dictature royale sous tutelle américaine, renversée dans le sang par la révolution islamique de 1979.

Cette histoire fait partie du récit national de la République islamique d'Iran, qui était une révolution non seulement islamique mais aussi nationale — tout comme les révolutions russe et française, elles aussi des soulèvements nationaux contre un monarque perçu, à tort ou à raison, comme appartenant au parti de l'étranger. Voilà pourquoi les mollahs au pouvoir aujourd'hui à Téhéran sont parfaitement conscients du danger d'une révolution téléguidée contre eux depuis l'Amérique.

Certains éléments du régime iranien en 1953 sont présents aujourd'hui, surtout l'existence de plusieurs centres de pouvoir. C'est la rivalité entre le gouvernement de Mossadegh et l'armée qui soutenait le Shah qui a rendu possible le coup d'état de 1953. Aujourd'hui, il est de notoriété publique que le régime islamique a toujours plusieurs centres de pouvoir — le gouvernement et le guide ont chacun leur «camp». Les aspirants architectes de la future révolution anti-islamique espèrent sans doute pouvoir profiter de ces tensions intérieures.

Ces architectes existent. En juin dernier, un des officiers de la CIA les plus notoires et les plus redoutés a été nommé pour diriger les opérations contre l'Iran. Michael D'Andrea, surnommé «le sombre prince» ou «le croque-mort», aurait inspiré le personnage de «Wolf» («Le Loup») dans le film Zero Dark Thirty (2012) sur l'assassinat d'Oussama ben Laden, car il a été un acteur clé du fameux programme de torture pratiqué par la CIA pendant les années 2000 en Afghanistan et condamné par le Sénat en 2014. Robert Baer, un ancien collègue de D'Andrea a commenté sa nomination ainsi: «Une guerre contre l'Iran est maintenant possible.» Le président Trump n'a pas tardé à faire ce qui ressemblait à une déclaration de guerre dans son discours aux Nations unies en septembre.

Autrement dit, il est ridicule d'accuser les Iraniens de paranoïa quand tous les éléments sont rassemblés pour une répétition des événements de 1953, au moins du point de vue américain. S'ajoute à cette situation dangereuse, du point de vue de la République islamique, le soutien inconditionnel accordé par les Etats-Unis à l'ennemi mortel de l'Iran dans la région, l'Arabie saoudite et, bien sûr, à Israël. Le commentaire de Robert Baer semble plausible.

https://francais.rt.com/opinions/47400-pourquoi-manifestation-iran-font-elles-rever-occident

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dimanche 14 janvier 2018

Macron : la ligne des USA, d'Israël et de l'Arabie saoudite sur l'Iran «pourrait mener à la guerre»

Alors que les Etats-Unis voient dans les manifestations en Iran l'opportunité d'un changement de régime, Emmanuel Macron cherche une voie médiane pour la diplomatie française. Et met en garde contre les propos de certains pays hostiles à Téhéran.

ACT MACRON IRAN

En matière de politique étrangère, Emmanuel Macron chercherait-il une troisième voie, quitte à brouiller un peu son message ? Après avoir appelé à contrer l'«hégémonie» iranienne dans la région en novembre 2017, conformément aux objectifs affichés par Washington, le président de la République fait usage de sa rhétorique du «en même temps» et de la «pensée complexe», quitte à changer de ton sur le dossier iranien.

«On voit bien le discours officiel qui est porté par les Etats-Unis, Israël, l'Arabie saoudite», a-t-il encore noté, prenant toutefois le soin de modérer son propos en ajoutant : «Qui sont nos alliés à de nombreux égards». «C'est quasiment un discours qui va nous conduire à la guerre en Iran», a-t-il conclu sans ambages d'après l'AFP, s'exprimant en marge de son discours de présentation de vœux à la presse le 3 janvier

«Ce qui est en train de se jouer [en Iran], sinon, c'est qu'on est en train de subrepticement reconstruire un "axe du mal"», a-t-il déploré, en référence au slogan axis of evil forgé par les néo-conservateurs et repris par George W. Bush contre, entre autres, l'Irak et l'Iran dans les années 2000.

De là à qualifier Washington, Tel Aviv et Riyad de fauteurs de guerre, il n'y avait qu'un pas, qu'Emmanuel Macron n'a néanmoins pas franchi.

Ce pas a en revanche été franchi par les dirigeants iraniens, qui ont à plusieurs reprises dénoncé l'influence étrangère, voire même la présence d'«agents étrangers» dans les manifestations contre l'austérité et le gouvernement, largement relayées dans la presse occidentale. Le 2 janvier, le guide suprême de la Révolution Ali Khamenei avait affirmé que les manifestations violentes qui secouaient le pays avaient été soutenues par les «ennemis de l'Iran» et leurs «ressources, armes, politiques et appareil sécuritaire». Le lendemain, le président iranien Hassan Rohani avait pour sa part accusé nommément les rivaux saoudiens de vouloir déstabiliser le pays.

Une politique d'ingérence assumée par Washington ?

Si Emmanuel Macron n'a pas étayé davantage son analyse, certaines déclarations permettent néanmoins d'attester la volonté d'ingérence des Etats-Unis dans les affaires intérieures de l'Iran. En juin 2017, le secrétaire d'Etat Rex Tillerson n'avait pas caché que Washington encourageait la déstabilisation du gouvernement iranien. «Notre politique à l'égard de l'Iran est de repousser cette hégémonie, de contenir la capacité [de Téhéran] à développer [...] des armes nucléaires, et d'œuvrer à soutenir [les] éléments à l'intérieur de l'Iran qui mèneraient à une transition pacifique de gouvernement», avait ainsi affirmé sans gêne particulière le chef de la diplomatie américaine.

Outre sa dénonciation unilatérale de l'accord sur le nucléaire iranien, pierre angulaire d'une normalisation des relations entre l'Iran, frappé par des sanctions et le gel d'avoirs, et les puissances occidentales, Donald Trump n'a eu de cesse de prôner le changement de régime. En septembre 2017, lors de l'Assemblée générale des Nations unies, le président américain, pourtant élu sur un programme international relativement isolationniste, s'en était pris aux «Etats voyous», un autre élément de langage caractéristique des discours belliqueux de George W. Bush dans sa «guerre au terrorisme». «Le monde entier comprend que le bon peuple d'Iran veut le changement», avait-il ainsi martelé.

Le 3 janvier 2018, Donald Trump s'est fait encore plus clair sur ses intentions. «Tellement de respect pour le peuple iranien qui essaie de se débarrasser de son gouvernement corrompu. Vous aurez le soutien plein et entier des Etats-Unis le moment venu», a-t-il ainsi prophétisé sur Twitter.

En Israël, grand rival régional de Téhéran, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a fait part le 1er janvier de son espoir que le régime iranien tombe «enfin», tout en prenant soin de démentir toute ingérence israélienne dans les troubles en cours en Iran.

Une «affaire intérieure qui attire l'attention de la communauté internationale», d'après Moscou

Les déclarations des Etats-Unis hostiles au gouvernement iranien, dans un contexte de crise, ont également fait réagir Moscou, sur une ligne assez comparable à celle d'Emmanuel Macron. «Nous avertissons les Etats-Unis de ne pas tenter d'intervenir dans les affaires intérieures de la République islamique d'Iran», a ainsi déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, dans une interview à l'agence de presse TASS, ce 4 janvier.  «Ce qui se passe est une affaire intérieure qui attire l'attention de la communauté internationale [...] je suis convaincu que notre voisin [l'Iran], dont le gouvernement est notre ami, saura surmonter les difficultés actuelles», a-t-il ajouté.

https://francais.rt.com/international/47023-manifestations-iran-macron-etats-unis-israel-fauteurs-guerre

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