lundi 6 août 2018

Terrain d’entente : Pour des élections sûres et une véritable sécurité nationale. Par Noam Chomsky, Michael Moore, Bill Richards

Le site Frexit-Limousin.fr déplace désormais ses publications vers son blog alternatif. Pour lire l'article, merci de vous rendre sur le lien ci- dessous (il suffit de cliquer).

TL APPEL CHOMSKY ET AL

Afin d'éviter la procédure, vous pouvez placer le nouveau site dans vos favoris et même vous abonner si vous le souhaitez (c'est gratuit) si vous souhaitez être informé des nouvelles publications.

https://frexitlimousin.wordpress.com/

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samedi 30 juin 2018

Lafarge mis en examen pour complicité de crimes contre l’humanité

Pour la première fois en France, une entreprise a été mise en examen pour « complicité de crimes contre l’humanité ». Crime le plus grave du droit pénal français et seul crime imprescriptible, le crime contre l’humanité, défini pour la première fois par l’Accord de Londres du 8 août 1945, réprime le génocide, la déportation, l’esclavage ainsi que les exécutions, les enlèvements et les tortures lorsqu’ils sont exécutés massivement et systématiquement.

ACT LAFARGE CONDAMNATION

Lafarge SA, filiale du cimentier franco-suisse LafargeHolcim, a été mise en examen par trois juges du tribunal de grande instance de Paris en tant que personne morale pour « complicité de crimes contre l’humanité », « violation d’un embargo », « financement d’une entreprise terroriste » et « mise en danger de la vie d’autrui » des anciens salariés de l’usine de Jalabiya, située à 150 km au nord-est d’Alep. Elle a été placée sous contrôle judiciaire avec une obligation de cautionnement de 30 millions d’euros.

Cette décision, « conforme » aux réquisitions du parquet de Paris, constitue une nouvelle étape décisive dans l’instruction judiciaire ouverte en juin 2017. Elle fait suite aux mises en examens ces derniers mois pour « financement du terrorisme » et « mise en danger de la vie d’autrui » de huit anciens dirigeants et cadres du groupe, dont l’ancien PDG de Lafarge de 2007 à 2015, Bruno Lafont.

« Un pas décisif dans la lutte contre l’impunité des multinationales »

Le géant européen du ciment est notamment suspecté d’avoir financé plusieurs groupes armés, dont Daech, pour maintenir son activité en Syrie pendant la guerre en 2013 et 2014. Mais aussi de s’être approvisionné en pétrole auprès de Daech, qui avait pris le contrôle de la majorité des réserves stratégiques de Syrie à partir de juin 2013, en violation de l’embargo décrété par l’Union européenne en 2011.

« C’est la première fois dans le monde qu’une entreprise est mise en examen pour complicité de crimes contre l’humanité, ce qui marque un pas décisif dans la lutte contre l’impunité des multinationales opérant dans des zones de conflits armés, se réjouit l’ONG Sherpa, à l’initiative de l’affaire par ses révélations et sa plainte déposée en 2016. En France, il s’agit aussi de la première fois qu’une multinationale, maison mère, est mise en examen pour les activités de l’une de ses filiales à l’étranger ».

 

Lafarge entend exercer un recours devant la chambre d’instruction

Dans un communiqué, Lafarge reconnaît une part de responsabilité, notamment en ce que son « système de supervision de sa filiale syrienne » ne lui aurait pas « permis d’identifier les manquements survenus à la suite d’une violation sans précédent des règlements et des règles de conformité internes par quelques personnes qui ont quitté le groupe ». L’entreprise entend néanmoins exercer un recours devant la chambre d’instruction contre les « infractions reprochées qui ne reflètent pas équitablement ses responsabilités ».

Manifestement le collège de trois juges a estimé qu’il existait au-delà des responsabilités individuelles des anciens cadres du groupe, « des indices graves ou concordants qui rendent vraisemblable » que la société elle-même « ait pu participer, comme auteur ou comme complice, à la réalisation » des crimes et délits objets de la mise en examen. Depuis la loi du 9 mars 2004, les personnes morales peuvent, sauf exception, se voir reprocher les mêmes infractions que les personnes physiques.

 

Carmen Asphodèle
https://www.la-croix.com/Economie/Entreprises/Lafarge-mis-examen-complicite-crimes-contre-lhumanite-2018-06-28

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On attend maintenant la même chose pour ce qui concerne les agissements de la diplomatie française pendant la même période, mais là, ça risque d'être un peu plus compliqué...    P.G.

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vendredi 22 juin 2018

Circuit de mort dans la “Méditerranée élargie”

L’art de la guerre /  Manlio Dinucci

TL ITALIE OTAN MIGRANTS

Mondialisation.ca, 19 juin 2018

Les projecteurs politico-médiatiques, focalisés sur les flux migratoires Sud-Nord à travers la Méditerranée, laissent dans lombre dautres flux : ceux Nord-Sud de forces militaires et armes à travers la Méditerranée. Ou plutôt la Méditerranée élargie, aire qui, dans le cadre de la stratégie USA/Otan, s’étend de lAtlantique à la Mer Noire et, au sud, jusquau Golfe Persique et à lOcéan Indien.

Dans sa rencontre avec le secrétaire de lOtan Stoltenberg à Rome, le Premier ministre Conte a souligné la centralité de la Méditerranée élargie pour la sécurité européenne, menacée par larc dinstabilité allant de la Méditerranée au Moyen-Orient. Doù limportance pour lOtan, alliance sous commandement USA que Conte définit comme pilier de la sécurité intérieure et internationale. Renversement complet de la réalité.

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Cest fondamentalement la stratégie USA/Otan qui a provoqué “larc dinstabilité”avec les deux guerres contre lIrak, les deux autres guerres qui ont démoli les Etats yougoslave et libyen, et celle visant à démolir lEtat syrien. LItalie, qui a participé à toutes ces guerres, selon Conte joue un rôle clé pour la sécurité et la stabilité du flanc sud de lAlliance.

De quelle façon ? On le comprend par ce que les médias dissimulent. Le navire Trenton de la U.S. Navy, qui a recueilli 42 réfugiés (autorisés à débarquer en Sicile à la différence de ceux de lAquarius), nest pas basé en Sicile pour accomplir des actions humanitaires en Méditerranée : cest une unité rapide (jusqu’à 80Km/h), capable de débarquer en quelques heures sur les cÖtes nord-africaines un corps dexpédition de 400 militaires et leurs véhicules. Des Forces spéciales étasuniennes opèrent en Libye pour entraîner et conduire des formations armées alliées, pendant que des drones armés USA, décollant de Sigonella (Sicile), frappent des objectifs en Libye. Sous peu, a annoncé Stoltenberg, opèreront aussi depuis Sigonella des drones Otan. Ils intègreront le Hub de direction stratégique Otan pour le Sud, centre de renseignement pour des opérations militaires au Moyen-Orient, Afrique du Nord, Sahel et Afrique Sub-Saharienne.

TOUS LES JOURS

Le Hub, qui deviendra opérationnel en juillet, a son siège à Lago Patria, auprès du Commandement de la force conjointe Otan (Jfc Naples), sous les ordres dun amiral étasunien -actuellement James Foggo- qui commande aussi les Forces navales USA en Europe (avec quartier général à Naples-Capodichino et la Sixième Flotte basée à Gaeta) et les Forces navales USA pour lAfrique. Ces forces ont été intégrées par le porte-avions Harry Truman, entré il y a deux mois en Méditerranée avec son groupe dattaque.

Le 10 juin, pendant que lattention médiatique se concentrait sur lAquarius, la flotte USA avec à bord 8000 soldats, armée de 90 chasseurs et plus de 1000 missiles, était déployée en Méditerranée orientale, prête à frapper en Syrie et Irak. Ces mêmes jours, les 12-13 juin, faisait escale à Livourne le Liberty Pride, un des navires militarisés USA, embarquant sur ses 12 ponts une autre cargaison darmes qui, depuis la base USA de Camp Darby (Pise), se trouvent envoyées mensuellement en Jordanie et Arabie Saoudite pour les guerres en Syrie et au Yémen.

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Ainsi alimente-t-on les guerres qui, avec les mécanismes néo-coloniaux dexploitation, provoquent appauvrissement et déracinement des populations. Par voie de conséquence augmentent les flux migratoires dans des conditions dramatiques, qui provoquent victimes et nouvelles formes desclavage. Il semble qu’être durs sur limmigration paye, maintenantcommente le président Trump en faisant référence aux mesures décidées non seulement par Salvini mais par tout le gouvernement italien, dont le Premier ministre est qualifié de fantastique.

 Juste reconnaissance de la part des États-Unis, qui dans le programme de gouvernement sont définis comme allié privilégié” de lItalie.

 Manlio Dinucci

Article original en italien :

Circuito di morte nel «Mediterraneo allargato»

Edition de mardi 19 juin 2018 de il manifesto

https://ilmanifesto.it/circuito-di-morte-nel-mediterraneo-allargato/

Traduit de litalien par Marie-Ange Patrizio

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jeudi 21 juin 2018

Le procès de l’hypermondialisation

TRIBUNE LIBRE / Christian Chavagneux 06/06/2018

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Une autre mondialisation est en cours. De plus en plus contestée par les populations, elle l’est également, c’est nouveau, par les économistes. Surtout, pour les acteurs économiques eux-mêmes, entrepreneurs et banquiers, elle ne représente plus la panacée. Tout pointe vers une mondialisation plus sobre.

Dans un récent sondage d’OpinionWay pour le Printemps de l’économie 2018, 60 % des Français expriment une mauvaise opinion de la mondialisation. Et 58 % des "CSP+", les plus diplômés, partagent cet avis, de même que la moitié des moins de 35 ans. Les Français ne représentent d’ailleurs pas un cas à part. Selon un sondage réalisé en début d’année pour la Fondation Bertelsmann, 61 % des habitants des pays riches pensent que la mondialisation accroît les inégalités et la moitié estime qu’elle n’est pas bonne pour les salaires. Pour autant, le même sondage montre une opinion déclarant majoritairement que la mondialisation offre des opportunités de croissance et d’emploi et que les investissements étrangers sont les bienvenus.

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Ce n’est donc pas tant la mondialisation qui fait l’objet d’un rejet que la constatation de ses effets négatifs*. Benoît Coeuré, de la Banque centrale européenne (BCE), résume bien le sentiment général. Il avance quatre raisons pour lesquelles la globalisation fait peur. Elle est instable : ses crises financières, agricoles, etc., se transmettent de pays en pays. Elle est déloyale : sa concurrence est fondée sur le dumping social et environnemental et sur l’accroissement du pouvoir de monopole de quelques grosses entreprises. Elle est inégalitaire, car elle réduit le pouvoir des salariés et permet aux plus fortunés d’échapper à l’impôt en plaçant plus facilement leurs avoirs à l’étranger, dans les paradis fiscaux. Enfin, elle remet en cause la démocratie dans un monde où l’influence politique des multinationales est grande. De Donald Trump aux Etats-Unis au Brexit du Royaume-Uni, et ailleurs, les dirigeants politiques favorables à moins de mondialisation ont d’ailleurs le vent en poupe.

Face à ces constats, la majorité des économistes, soit par idéologie, soit parce que ceux-ci sont soucieux de ne pas laisser prise aux discours nationalistes [ce qui ne serait pas de l'idéologie? NdR], a souvent choisi de défendre la mondialisation. Ce n’est plus le cas.

Une remise en cause intellectuelle

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« Je pense que la mondialisation a contribué à déchirer les tissus sociaux », attaque l’économiste Dani Rodrik. La théorie économique dominante reconnaît que la globalisation a des effets sur la répartition des revenus mais avance qu’ils sont faibles. Faux, rétorque l’Américain Paul Krugman, qui se demande alors : « qu’avons-nous manqué ? ». Réponse : une montée bien plus importante que prévue des importations en provenance des pays émergents avec des effets forts et persistants sur l’emploi dans les pays développés. Si Krugman cite des études américaines, la Banque d’Angleterre montre qu’avec la mondialisation, les régions britanniques qui concentraient une plus grande part d’industrie textile au début des années 1980 ont connu par la suite une plus faible croissance de l’emploi et un retrait plus marqué des personnes du marché du travail. Et l’effet se fait toujours sentir aujourd’hui.

Une étude de la Banque de France estime que sur la période 2001-2007, les importations chinoises en France ont provoqué une perte d’environ 90 000 emplois dans les régions de production manufacturière, soit 13 % du déclin sur la période, ce qui est loin d’être insignifiant. Mais aussi 190 000 en dehors de ce secteur, la baisse de l’emploi induisant une diminution de la demande locale, qui fait largement sentir ses effets sur les secteurs a priori protégés de la concurrence internationale.

Une récente recherche du Fonds monétaire international (FMI) aboutit à trois résultats importants : participer à la mondialisation accroît la richesse d’un pays ; mais plus son niveau d’intégration internationale est élevé plus les gains qu’il tire d’une poursuite de l’intégration diminue ; et les gains de la mondialisation profitent aux plus riches et accroissent les inégalités. Les économistes ont donc rejoint les citoyens pour exprimer leurs doutes face à la mondialisation. Surtout, les acteurs économiques semblent également engagés dans une nouvelle dynamique qui laisse moins de place à la globalisation.

Moins de délocalisations

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Le recul est frappant dans le domaine de la finance. De l’équivalent d’un peu plus de 20 % du produit intérieur brut (PIB) mondial à leur apogée en 2007, les mouvements de capitaux internationaux n’en représentent plus que 5 % aujourd’hui. Une partie de ce recul tient à la réduction des échanges financiers intra-européens, avec une baisse des prêts entre les banques et une hausse de la détention domestique des dettes publiques. Aujourd’hui, la finance européenne se démondialise.

Au-delà, le professeur de Cambridge Finbarr Livesey a récemment publié un ouvrage qui résume plusieurs tendances structurelles poussant à un recul de la mondialisation productive. Afin de répondre plus vite à la demande, les entreprises veulent produire de plus en plus localement. En plus de soutenir cette évolution, le développement des imprimantes 3D permet de fabriquer davantage de pièces d’un seul tenant, contribuant à réduire les échanges de produits intermédiaires, ce qui pourrait entraîner une baisse de 20 % du commerce international. La montée des salaires dans les pays émergents conjuguée à l’automatisation des chaînes de production poussent également à de moindres délocalisations. Alors que le secteur automobile est parmi les plus mondialisés, les véhicules Tesla sont fabriqués aux Etats-Unis par des robots.

La fin de la global company ?

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Après avoir longtemps baissé, les coûts de transport stagnent, voire tendent à remonter. Ils représentent désormais une charge bien plus importante que les tarifs douaniers. A cela s’ajoutent les coûts environnementaux. Le transport maritime mondial émet en gros autant de CO2 que l’Allemagne. L’avenir est plutôt au développement d’une économie circulaire (écoconception des produits, réparation, recyclage, etc.) locale.

Stratégies marketing, évolutions techniques et montée des coûts poussent à une moindre mondialisation et même à des relocalisations. Cela ne signifie pas que la mondialisation touche à sa fin. Les entreprises des pays émergents continuent à s’internationaliser. Dans son analyse sur « le retrait de la global company », The Economist souligne que grâce à l’e-commerce, des « multinationalettes » vont voir le jour. Mais le temps de l’hypermondialisation, d’une internationalisation toujours croissante de la production et de la finance, semble appartenir au passé.

https://www.alternatives-economiques.fr/proces-de-lhypermondialisation/00084968

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*"Ce n’est donc pas tant la mondialisation qui fait l’objet d’un rejet que la constatation de ses effets négatifs" : étrange époque où les gens ne font plus le lien entre causes et conséquences, symbolisée par le "en même temps" macronien.

affiche france en marchePar contre, la tendance générale relevée dans cet article montre bien à quel point Macron et ses amis représentent un monde archaïque, contrairement à la "modernité" affichée.   P.G.

mercredi 20 juin 2018

Raqqa : Guerre d’anéantissement, par Amnesty International

Source : Amnesty International, 05.06.2018.

TL AMNESTY RAQQA

Il y a un an, une coalition menée par les États-Unis lançait une offensive pour chasser le groupe armé État Islamique (EI) de la ville de Raqqa. Des attaques aux conséquences catastrophiques pour les civils. Enquête.

L’opération menée par la coalition, sous la direction des États-Unis, du 6 juin au 12 octobre 2017, pour chasser l’EI de sa « capitale » autoproclamée, Raqqa, a fait des milliers de morts et de blessés parmi la population civile et a détruit la majeure partie de la ville. Des habitations, des bâtiments et des infrastructures ont été réduits à l’état de ruines ou trop endommagés pour pouvoir être réparés.

Les forces américaines, britanniques et françaises de la coalition ont conduit des dizaines de milliers de frappes aériennes, et les forces américaines ont reconnu avoir procédé à 30 000 tirs d’artillerie pendant l’offensive sur Raqqa. Plus de 90 % des frappes aériennes ont été menées par les forces américaines.

Un quartier de Raqqa détruit

LES CIVILS PRIS AU PIÈGE

À la veille de cette campagne militaire, le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, promettait une « guerre d’anéantissement » de l’EI.

Les affirmations de la coalition selon lesquelles sa campagne de bombardements aériens de précision lui a permis de « libérer » la ville de l’EI en faisant très peu de victimes civiles ne résistent pas à un examen approfondi.

En septembre 2017, au plus fort du conflit, le général de corps d’armée Stephen Townsend, commandant américain de la coalition, a écrit qu’il n’y avait « jamais eu une campagne aérienne plus précise dans toute l’histoire des conflits armés », ce qui est en forte contradiction avec les témoignages des habitants de Raqqa.

Les habitants se sont trouvés piégés tandis que les combats faisaient rage dans les rues de Raqqa entre les militants de l’EI et les combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) sous direction kurde, soutenus par les frappes aériennes et les tirs d’artillerie incessants de la coalition. L’EI a placé des mines sur les voies de sortie de la ville et a tiré sur les personnes qui essayaient de s’enfuir. Plusieurs centaines de civils ont été tués chez eux ou dans les lieux où ils s’abritaient, ou ont trouvé la mort alors qu’ils tentaient de fuir.

Un haut responsable militaire américain a même déclaré que jamais autant d’obus n’avaient été tirés sur un même lieu depuis la guerre du Vietnam. Les tirs d’obus n’étant précis qu’à 100 mètres près, il n’est pas étonnant que les victimes civiles aient été si nombreuses. Cette tragédie est en outre aggravée par l’absence d’enquêtes, plusieurs mois après les faits. Les victimes méritent que justice leur soit rendue.

Un jeune homme et son bébé à Raqqa

DE POSSIBLES CRIMES DE GUERRE

Les frappes de la coalition sur lesquelles nous avons pu enquêter ne sont que quelques exemples. Des preuves solides montrent que les frappes aériennes et les tirs d’artillerie de la coalition ont tué et blessé des milliers de civils, touchés notamment par des attaques disproportionnées ou aveugles qui sont contraires au droit international humanitaire et pourraient constituer des crimes de guerre.

Durant les quatre années où il a contrôlé la ville, l’EI a commis de nombreux crimes de guerre. Mais ces violations ne dégagent pas la coalition de son obligation de prendre toutes les précautions possibles pour limiter les dommages infligés aux civils.

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Nous avons écrit aux autorités américaines, britanniques et françaises en charge de la défense pour leur demander des informations complémentaires sur les cas sur lesquels nous avons pu enquêter et sur d’autres attaques. Nous les avons interrogées sur les tactiques de la coalition, ses moyens et ses méthodes d’attaque, le choix de ses cibles et les précautions prises lors de la planification et de la mise en œuvre des opérations.

Nous demandons désormais aux membres de la coalition de mener des enquêtes impartiales et approfondies sur les allégations de violations et sur les victimes civiles, ainsi qu’à reconnaître publiquement l’ampleur et la gravité des pertes de vies civiles et des destructions de biens de caractère civil à Raqqa.

Nous leur demandons aussi de rendre publiques leurs conclusions de même que toutes les informations sur les frappes pour évaluer dans quelle mesure ils ont respecté le droit international humanitaire.

https://www.les-crises.fr/raqqa-guerre-daneantissement-par-amnesty-international/

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Quel plan de sortie de l’euro pour l’Italie ?

Source : Hypotèses, 06-06-2018

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L’actualité remet sur le devant de la scène le problème de la sortie de l’euro de l’Italie. SI les bienfaits d’une telle sortie, notamment en termes de possibilité de faire baisser le taux de change de la nouvelle monnaie et ainsi de stimuler la croissance, sont clairement identifiés[1][2], il faut se poser la question de la mise en place concrète de ce projet.

Les mini BOTS en question

Des économistes proches du nouveau gouvernement italien ont parlé de mettre en circulation comme une monnaie les bons du trésor italien.[3] Ainsi une nouvelle monnaie existerait en parallèle de l’euro et serait directement placée sous le contrôle du Trésor italien, ce qui pourrait éventuellement servir à remplacer l’euro si la BCE décide de couper l’alimentation en euro des banques italiennes.

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Cependant, comme l’a montré Jacques Sapir[4], l’existence de cette monnaie parallèle, quand bien même elle serait reconnue par l’Etat, ne garantirait pas qu’elle puisse se substituer à l’euro, car pour cela il faudrait qu’elle circule dans l’économie italienne, ce qui est la caractéristique et la fonction d’une monnaie. Les mini BOTS, s’ils étaient mis en place, fonctionneraient en effet comme une nouvelle monnaie, mais sur un plan différent de l’euro, car ils ne seraient rien d’autre que des promesses d’euros, sur le modèle des actifs financiers qui sont tous des promesses de paiement. Mais tout comme les actifs financiers ne circulent bien qu’en période de confiance, et tendent à disparaître en période de turbulence et de crise, ces mini BOTS auraient certainement du mal à s’imposer par eux-mêmes comme une monnaie utilisée par tous. De plus dans leur essence, ils ne se substitueraient pas à l’euro puisqu’ils seraient en fait des promesses d’euro. Paradoxalement, Ils auraient donc en fait besoin de l’euro pour fonctionner, et c’est là une faiblesse en cas de coupure brutale de l’alimentation en euros par la BCE. Ils fonctionneraient un peu à l’image des billets au temps de l’étalon-or, au long du 18e et du 19e siècle, quand les billets étaient en fait la matérialisation de promesses de paiement en monnaie métallique réellement existante dans les banques. Ces billets étaient en fait des promesses de paiement en monnaie métallique, leur solidité dépendait donc de la monnaie métallique elle-même, même si des siècles d’utilisation et de confiance ont fini par les faire considérer comme une monnaie eux-mêmes, ce qu’ils n’étaient pas à l’origine. Mais cette mutation s’est produite dans le temps long et dans une période de confiance, et l’on peut donc dire que les mini-BOTS seraient une bonne idée pour le moyen et long terme, mais ne seraient peut-être pas suffisamment solides pour se substituer à l’euro à court terme.

Les deux sources d’alimentation de la monnaie : le crédit bancaire et les dépenses du Trésor public

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A court terme en effet, les deux fonctions que doit impérativement remplir une monnaie si elle veut circuler immédiatement, sont celles de satisfaire le crédit et les dépenses de fonctionnement de l’Etat. La monnaie, on ne le dira jamais assez, est créée avant tout par les banques privées lorsqu’elles accordent des crédits, aux particuliers et aux entreprises. Lorsqu’elle accorde un crédit, une banque émet une créance à son actif et crée de la monnaie ex nihilo sur le compte en banque de son client au passif. La différence entre la masse des crédits anciens remboursés et la masse des crédits nouveaux accordés constitue donc la masse monétaire en circulation dans une économie donnée, à l’image d’un bain qui contient une quantité d’eau donnée en fonction d’une arrivée d’eau et d’une évacuation d’eau. L’arrivée d’eau, ce sont les crédits nouveaux, l’évacuation d’eau, ce sont les crédits anciens remboursés, la quantité d’eau, c’est la masse monétaire. C’est donc le besoin de crédit de l’économie qui est à l’origine de la circulation de la monnaie. Or, ce qui va se passer si l’Italie subit la même attaque qu’a subie la Grèce en 2015, c’est justement que la BCE va couper cette alimentation en crédit des banques en les empêchant de se refinancer elles-mêmes auprès de la BCE. La BCE coupe l’arrivée d’eau du bain, et fait immédiatement se vider l’eau du bain. Voilà ce qui est arrivé à la Grèce en 2015. Dans ces conditions, il est impossible à une économie de fonctionner et tout s’arrête de façon dramatique. Les banques ferment, la monnaie cesse de circuler, l’économie s’asphyxie littéralement.

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Mais cette situation de crise, qui, on le voit, est une action politique scandaleuse et illégale de la BCE, est paradoxalement une opportunité pour un gouvernement préparé et déterminé. Car alors l’euro cesse de remplir son rôle, il ne répond plus au besoin de crédit courant, il laisse la place vacante pour une autre monnaie. Mais pour fonctionner, c’est-à-dire pour circuler, cette monnaie doit répondre au besoin de crédit courant, et c’est pourquoi Jacques Sapir insiste sur la nécessité de la faire passer par le système bancaire[5]. L’institution-clé est alors toute trouvée, elle a un nom, une adresse, et une organisation administrative bien huilée : c’est la Banque d’Italie, située à Rome au Palais Koch, et dirigée par son gouverneur Ignazio Visco[6]. Il est à noter que ce gouverneur est nommé par le Parlement et qu’Ignazio Visco devrait justement arriver à la fin de son mandat, ce point risque d’avoir une grande importance. La Banque d’Italie, pour l’heure, fait certes partie de l’euro-système, mais il est clair qu’en cas d’agression de la BCE visant à le briser politiquement, le gouvernement italien serait tout à fait fondé à réaffirmer son autorité sur la Banque d’Italie pour assurer le fonctionnement normal du système bancaire, et notamment le refinancement des banques privées, c’est-à-dire la réouverture du robinet monétaire. Du moment que cette décision est prise et que son bon déroulement est assuré en termes administratifs, une monnaie circulerait de nouveau dans le système bancaire et dans l’économie italienne, mais de façon indépendante par rapport à la BCE. Qu’on appelle une telle monnaie euro, lire ou n’importe quel autre nom, que les pays la reconnaissent ou non, et que son statut juridique soit fixé ou non, toutes ces choses n’auront plus grande importance au plan économique, car de ce point de vue elle sera de facto, la monnaie souveraine de l’Italie.

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Mais il y a un deuxième canal par lequel une monnaie est indispensable et peut circuler rapidement entre les acteurs, ce sont les dépenses de fonctionnement courant de l’Etat, et notamment la paye des fonctionnaires. Ces dépenses courantes relèvent du Trésor public italien, institution qui a également une adresse et une organisation administrative bien établie. A l’heure actuelle, depuis le traité de Maastricht justement et l’introduction de l’euro, le Trésor est obligé de financer sa dette en ayant recours aux marchés financiers obligataires, ce qui lui oblige à payer de forts taux d’intérêts, matérialisés par les fameux spreads qui semblent gouverner l’Italie. Mais il est à noter qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Avant le traité de Maastricht, le Trésor avait la possibilité, tout comme une banque privée, de se refinancer auprès de la banque centrale à un taux proche de zéro, même si cette possibilité n’était pas toujours activée. Aussi les taux d’intérêts payés sur la dette publique pouvaient-ils être plus faibles et payés directement à la banque centrale, ce qui limitait le pouvoir des marchés sur la vie économique du pays. De ce point de vue les dépenses du Trésor pouvaient en fait être une forme de création monétaire, et la collecte des impôts par ce même Trésor était une forme de destruction monétaire. C’est d’ailleurs pourquoi on considérait le Trésor comme étant en partie une banque.

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Dans le cas d’une agression de la BCE, le Trésor Public italien peut donc être un important levier de circulation d’une nouvelle monnaie si on l’autorise de nouveau à se refinancer auprès de la Banque d’Italie. Concrètement, si la BCE coupe l’alimentation du pays en euro, il faut autoriser le Trésor à assurer ses dépenses courantes, ce qui introduira naturellement de façon assez massive une circulation monétaire dans le pays à travers les salaires des fonctionnaires et les subventions de fonctionnement des administrations publiques. Comme pour le crédit des banques privées, si une telle monnaie circule dans les administrations publiques et dans les comptes des fonctionnaires, elle comblera un vide et deviendra la monnaie souveraine de l’Italie de facto. Cependant, si seul le Trésor assure cette circulation sans l’appui du crédit des banques privées, un biais important favorisera à l’excès les fonctionnaires et les administrations publiques, ce qui pourrait créer des distorsions dramatiques entre les Italiens.

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En cas d’agression de la BCE, la question stratégique pour le gouvernement italien sera donc en priorité le contrôle et la bonne gestion de la Banque d’Italie, puis du Trésor Public comme force d’appoint essentielle, afin de faire circuler une monnaie efficacement et souverainement, et ainsi la substituer à l’euro dont la place aura été laissée vacante par la politique antidémocratique de la BCE.

Le bras de fer à venir peut donc être celui de tous les dangers, mais aussi celui de toutes les opportunités pour le nouveau gouvernement italien.

[1] Voir l’étude de Philippe Murer, Jacques Sapir et Cédric Durand : Les scenarii de dissolution de l’euro, https://www.fondation-res-publica.org/etude-euro/#.WxqyD2VMf-Y

[2] Voir l’article d’Alberto Bagnai sur son blog : http://goofynomics.blogspot.com/2015/06/nominal-devaluation-and-real-wages.html

[3] https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/0301706243001-italie-la-tentation-des-mini-bots-2177702.php

[4] Voir sa dernière note sur son carnet : https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-litalie-et-la-question-des-monnaies-paralleles-une-voie-de-sortie-de-leuro-par-jacques-sapir/

[5] Voir sa dernière note sur son carnet : https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-litalie-et-la-question-des-monnaies-paralleles-une-voie-de-sortie-de-leuro-par-jacques-sapir/

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_d%27Italie

Source : Hypotèses, 06-06-2018

https://www.les-crises.fr/quel-plan-de-sortie-de-leuro-pour-litalie-par-hypotheses/

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mardi 19 juin 2018

Une provocation de plus contre la Russie ?

Les États-Unis et l’Otan continuent de provoquer la Russie contre eux-mêmes, la demande de la Norvège de doubler le contingent américain sur son territoire en étant le dernier exemple en date, écrit Ted Galen Carpenter, expert américain de la politique étrangère dans un article publié par la revue The National Interest.

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Actuellement, la Norvège compte 330 militaires américains qui s’y trouvent sur une base de rotation. Si la demande du gouvernement norvégien est satisfaite, le contingent américain augmentera jusqu’à 700 personnes.

Ces nouveaux militaires devraient être déployés dans le nord de la Norvège, à quelques centaines de kilomètres de la frontière avec la Russie, à la différence de ceux qui se trouvent dans la partie centrale du pays.

Les troupes américaines déployées sur une base de rotation permettent aux Norvégiens de tenir formellement la promesse donnée à Moscou en 1949 au moment de l’adhésion de la Norvège à l’Alliance atlantique. À cette époque, les autorités du pays avaient en effet promis de ne pas déployer de bases américaines sur le territoire de leur pays.

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La ministre norvégienne des Affaires étrangères Ine Marie Eriksen Soreide, en demandant de doubler le contingent américain a rappelé qu’il serait déployé sur la base de rotation.
Du point de vue de l’expert américain, il s’agit d’un « tour cynique », incapable de tromper quiconque, et d’autant moins Vladimir Poutine et son entourage.

Les autorités norvégiennes ont déclaré que leur demande ne visait pas la Russie. L’expert Carpenter estime que cette déclaration est mensongère, du moment que la demande a été faite seulement quelques jours après que neuf pays du flanc oriental de l’Otan aient demandé à l’organisation de muscler sa présence dans la région.
En outre, l’Otan prévoit en octobre de mener sur le territoire norvégien l’exercice Trident Juncture 18 qui devrait impliquer 35 000 militaires, 70 navires et 130 avions.

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La ministre norvégienne affirme néanmoins qu’elle ne voit pas de « raison sérieuse » pour la Russie de réagir à ces actions d’Oslo.

Les leaders de l’Otan continuent d’affirmer que les actions de l’Alliance ne visent pas les intérêts de la Russie. Mais la conduite de l’Otan contredit ces déclarations, estime l’expert américain.

« Les USA et l’Otan devraient s’en tenir à une approche plus réaliste. N’importe quelle nation percevrait une telle conduite de l’Otan près de ses frontières comme inamicale et même menaçante. La poursuite de ces actions accompagnée du refus cynique d’admettre leur caractère hostile, peut facilement induire en erreur et provoquer une confrontation catastrophique. », a souligné l’expert.

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L’Otan ne cesse d’avancer vers les frontières de la Russie, violant ainsi la promesse qu’elle avait elle-même faite au Kremlin en 1990, consistant à ne pas s’élargir à l’Est. La Russie, elle, qualifie l’expansion de provocation et affirme qu’il est dangereux de déstabiliser l’équilibre des forces sur le continent européen. Vladimir Poutine a de son côté assuré que l’État russe n’envisageait pas de se livrer aux hostilités, mais restait déterminé à défendre ses intérêts de manière civilisée. Selon lui, c’est l’expansion de l’Otan et le déploiement du bouclier antimissile américain en Europe qui représente une menace pour la sécurité de la Russie et de ses citoyens.

 


 

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Source :

https://fr.sputniknews.com/international/201806171036833412-otan-norvege-troupes/

https://francais.rt.com/international/34901-8-000-militaires-otan-exercies-frontières-russie

https://aphadolie.com/2018/06/18/otan-une-provocation-de-plus-contre-la-russie-video/

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samedi 16 juin 2018

Europe : Jupiter, sacré Charlemagne ! [réédition]

COMMUNICATION REEDITION

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Voici un article de fond qui a le mérite de la lucidité et qui fait le point sur l'audace peu réaliste du projet macronien de "souveraineté européenne". Même si l'auteur semble s'accrocher malgré tout au "rêve européen", la longue liste des difficultés à affronter se suffit à elle- même pour en démontrer l'inanité. Et comme en plus, c'est plutôt bien écrit, on tirera quelques profits de cette réflexion en forme de "point d'étape" à un moment crucial pour l'histoire de ce "machin" comme l'appelait De Gaulle.   P.G.

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TRIBUNE LIBRE / Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 21-05-2018

« La constance d’une habitude est d’ordinaire en rapport avec son absurdité » nous rappelle Marcel Proust dans la Prisonnière ! S’il y a bien un sujet de politique internationale sur lequel le président est constant, c’est bien celui de la construction européenne. Un an après sa prise de fonctions, il en est déjà à son quatrième discours, sa quatrième homélie sur le sujet, son cheval de bataille sur la scène extérieure : Athènes (Pnyx), Paris (Sorbonne)1, Strasbourg (parlement européen)2 et, dernière en date, Aix-la Chapelle pour y recevoir, le 10 mai 2018, le prestigieux prix Charlemagne destiné à récompenser sa foi européenne et cela des mains de la chancelière allemande, Angela Merkel3 (cette distinction n’était-elle pas prématurée en raison du peu d’échos de ses propositions précédentes ?).

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Il y reprend ses thèmes favoris avec le pouvoir de conviction d’un curé en chaire. Malheureusement, en dépit de la brièveté relative de son nouveau sermon, les officiants sont de moins en moins croyants, de plus en plus agnostiques dès qu’il s’agit d’aller de l’avant dans le perfectionnement du projet européen : « une Union européenne sans cesse plus étroite ». La foi n’y est plus. En dépit d’un propos plus ramassé, le discours d’Aix-la-Chapelle demeure un radotage stérile de banalités qui suscite une grande réserve de nos partenaires européens, faute d’un grand débat stratégique conduit sur le long terme et dans la plus grande discrétion.

UN RADOTAGE STÉRILE DE BANALITÉS

Emmanuel Macron « remplace l’exercice effectif du pouvoir par l’exercice symbolique du pouvoir basé sur sa communication, sa prestance, son autorité et son image à l’international… Dans le cas de Macron aussi les slogans prennent souvent le pas sur l’action réelle »4. Tel est le cas de son brillant discours lyrique à Aix-la-Chapelle sur le plan rhétorique. Comment le président de la République déroule-t-il son raisonnement devant ce parterre d’éminentes personnalités toutes acquises de manière inconditionnelle à la cause européenne ? De manière assez classique pour tout diplomate confronté à un problème auquel il doit tenter d’apporter une réponse, la moins mauvaise à défaut de la meilleure. Comme disait Goethe, « le but, c’est le chemin ».

Le constat : le mal européen du doute

Fort justement, Emmanuel Macron part d’une réflexion de bon sens. Depuis longtemps, l’Europe vit sur un mythe, un rêve, celui selon lequel elle nous a permis de vivre le miracle de 70 ans de paix entre les ennemis héréditaires d’hier. Cette pétition de principe doit être tempérée. D’une part, parce que cette période ne fut pas toujours un long fleuve tranquille pour certains peuples confrontés à la guerre, à la guerre civile, au génocide, au totalitarisme, au nationalisme, à la sujétion militaire ou politique. D’autre part, parce que le mythe de ces 70 ans de paix suppose une Europe parfaite « dont nous n’aurions qu’à soigner l’héritage ». Or, il n’en est rien tant notre continent est « toujours traversé par l’histoire et par le tragique de l’histoire ».

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À l’inertie de la routine, il faut, sans cesse, opposer le mouvement de la volonté afin de réinventer l’espérance dans l’idéal européen, celui du premier récipiendaire du prix Charlemagne en 1950, Richard de Coudenhove-Kalergi qui avait dit de l’Europe qu’elle était le « retour du rêve carolingien » : unité voulue, concorde conquise sur les différences et vaste communauté évoluant dans la même direction. Or, ce beau rêve est aujourd’hui rongé par le doute. Ce qui nous conduit à effectuer un choix : « le faire vivre ou le laisser mourir ».

Les remèdes : le volontarisme de l’intelligence

En fin lettré qu’il est, le président de la République propose quatre réponses à ce mal, réponses qu’il qualifie de « convictions, de commandements, d’impératifs catégoriques d’action ». Nous sommes à la fois dans le dogme, la philosophie et le religieux.

La première est ne soyons pas faibles et ne subissons pas. Il appartient aux dirigeants européens de ne pas fuir leurs responsabilités, de ne pas accepter « la tyrannie des évènements ». Emmanuel Macron revient, une fois encore, à l’idée qui lui tient à cœur, celle de l’autonomie de l’Union qui a pour nom « souveraineté européenne ». Cette capacité de choix autonome s’impose dans le domaine numérique (le chef de l’État en profite pour saluer l’adoption par le parlement européen d’un règlement général sur les données personnelles) ; le domaine climatique (cela suppose un politique ambitieuse et coopérative pour ne pas laisser le soin à d’autres de décider à notre place de l’avenir de la planète) ; dans le domaine du multilatéralisme international dont les Européens sont co-dépositaires(ils ne doivent pas céder à la menace de ceux qui souhaitent en redéfinir la grammaire) ; la paix et la stabilité au Proche et Moyen-Orient (l’Europe a fait le choix de la construire face à ceux qui ne respectent pas leur parole) ; les défis migratoires qu’il nous appartient de relever grâce à une politique européenne ambitieuse (concertée avec les pays du sud de la Méditerranée et d’Afrique)… Pour toutes ces raisons, le président de la République insiste sur l’importance de la souveraineté européenne pour faire de l’Europe « une puissance géopolitique, commerciale, climatique, économique, alimentaire, diplomatique propre » afin de ne pas laisser d’autres puissances y compris alliées de décider à notre place ce que doivent être notre sécurité et notre diplomatie.

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La deuxième est ne nous divisons pas. Face à la tentation, grande en cette période de trouble, de repli sur soi et de nationalisme, il importe de réagir collectivement après le coup de semonce que fut le Brexit et la musique du nationalisme que l’on entend en Pologne, en Hongrie, en Italie5. Luttons collectivement contre les fractures entre le nord et le sud, l’est et l’ouest ! Notre solution, c’est l’unité mais aussi la voie de la réforme, celle qui a si bien réussi à l’Allemagne mais que la France emprunte désormais contrairement à ce qui est dit. La France fait ses réformes « tant et tant attendues » et elle continuera de les faire. L’Europe ne peut plus se permettre le luxe de vivre sous le règne « d’hégémonies successives ». Elle doit s’engager sur la voie de la solidarité avec une zone euro plus forte, plus intégrée avec un budget propre permettant les investissements et la convergence. Sur ce sujet, reconnaissons-le humblement, Emmanuel Macron fait preuve de constance dans la défense de ses idées.

La troisième est n’ayons pas peur du monde dans lequel nous vivons, n’ayons pas peur de nos principes. La pire des réponses aux colères des peuples consisterait à céder les valeurs de l’état de droit qui fondent le Conseil de l’Europe et l’Union européenne. Nous devons rester fidèles à « la volonté de l’intelligence, à la volonté de la culture ». À cet égard, le président de la République propose la création d’une « Académie européenne de la culture », le combat pour des universités européennes. Selon lui, l’Europe doit avoir une dimension esthétique, intellectuelle et critique sur laquelle nous sommes attendus par le Proche et le Moyen-Orient et l’Afrique. L’Europe ne doit pas se contenter d’une souveraineté européenne mais elle doit porter le multilatéralisme, les règles pour le monde entier. Elle doit avoir une vision du monde qu’elle porte en son sein. L’Europe nouvelle et plus forte doit porter cette part d’universel qui est aujourd’hui entre ses mains. Face à Angela Merkel qui le recevait, le principal message du chef de l’État était adressé à la chancelière allemande qu’il a exhorté à l’appuyer dans son projet ambitieux de réforme de l’Europe.

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Il est revenu sur son idée maîtresse : Berlin doit accepter un budget de la zone euro et à sortir du « fétichisme perpétuel pour les excédents budgétaires et commerciaux parce qu’ils sont toujours faits aux dépens ce certains autres »6. Le moins que l’on puisse dire est que le propos est u peu inélégant pour la chancelière qui l’accueillait sur le territoire allemand7. Selon le volatil, il en aurait rajouté une couche lors de son séjour au fort de Brégançon : « Il faut secouer le cocotier. Il faut même secouer le ministre des Finances (Olaf Scholz), pourtant social-démocrate mais qui ne nous aide pas beaucoup. Lui aussi est dans le fétichisme des excédents ! ».

La quatrième est n’attendons pas. La procrastination serait la pire des solutions dans le contexte actuel. Le choix de l’Europe que nous ferons sera aussi celui de l’Occident. Jupiter se livre à un vibrant plaidoyer pour une Europe aux règles claires qui permette à ceux qui le souhaitent d’avancer sur la base du plus grand dénominateur commun et non celle du plus petit à la dernière minute. C’est ainsi que sera renouvelée l’Europe qui protège ses citoyens8. Osons faire ce choix qui sera à la hauteur de nos histoires. En un mot, Emmanuel Macron privilégie le volontarisme à l’inertie mortifère en cette période de repli sur soi.

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Pour conclure son propos, le président de la République invite à faire vivre cette utopie qu’est l’Europe et à dessiner dès maintenant les trente années à venir. L’Union est tout sauf une évidence en raison de sa fragilité. Continuons à écrire cette partition inachevée qui est la nôtre. Le lyrisme est toujours au rendez-vous avec Jupiter.

UNE GRANDE RÉSERVE DE NOS PARTENAIRES

A l’inventaire à la Prévert du discours de la Sorbonne, Jupiter privilégie à Aix-la-Chapelle, le discours de la méthode cher à René Descartes. Comme toujours dans les relations internationales, il existe un fossé important entre idée généreuse et action concrète.

Une réserve de principe : l’Europe à la française

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Le moins que l’on puisse dire est que le projet macronien – dans ses différentes versions – ne suscite pas l’enthousiasme des 27/28 tant la logique qui le sous-tend n’est pas partagée par nos partenaires. Ils y décèlent une volonté française d’imposer ses idées (celle d’une « Europe puissance », terme employé à Aix-la-Chapelle) et son leadership (en lieu et place du couple franco-allemand). Ils estiment, par ailleurs, que le temps n’est pas venu de procéder à une réforme de telle ampleur au moment où les eurosceptiques tiennent le haut du pavé, l’Union est fracturée entre le nord et le sud, l’est et l’ouest. À la limite, les partenaires de la France préféreraient une pause destinée à s’entendre sur la finalité du projet (Europe zone de libre-échange à l’anglo-saxonne ou Europe puissance à la Française) et la méthode choisie pour y parvenir (fédérale ou non). Or, nous en sommes loin. De sommet européen en sommet européen, les questions fondamentales sont mises sous le tapis et l’on continue à se quereller sur des vétilles.

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C’est le poids de la photo de famille et le creux des mots tant les désaccords sont profonds entre les membres de ce cénacle ingouvernable tant fait défaut l’affectio societatis. Or, le discours d’Emmanuel Macron – si brillant et si lyrique soit-il – ne répond pas de manière concrète à toutes ces questions existentielles que soulève son projet de réforme chez nos partenaires. La réforme de l’Europe ne pourra pas se faire sans compromis, telle est la réalité diplomatique dans ce qu’elle a de plus crue9. L’objectif premier de la réforme est de rétablir la confiance entre Européens par la voie du dialogue et non par celle du soliloque. Si initiative franco-allemande, il doit y avoir – ce qui est loin d’être assuré -, elle devra impérativement tenir compte des intérêts et des avis des autres partenaires. La verticalité du pouvoir au niveau hexagonal atteint rapidement ses limites au niveau européen. Elle est même un facteur jouant en la défaveur de la France dans son projet de porter les réformes de l’Union.

Des réserves ponctuelles : l’Europe n’a pas soif d’Europe

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Des obstacles juridiques. Le principal tient au concept défendu par Emmanuel Macron, celui de « souveraineté européenne ». Or, quoi qu’en dise Jupiter, l’Union européenne n’a ni les structures, ni le rôle d’un État et ne peut donc pas exercer une souveraineté sur les États membres. Par ailleurs, le titre premier de la Constitution française du 4 octobre 1958, qui comporte trois articles, est intitulé : « De la souveraineté ». L’article 3 est ainsi libellé : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum ». L’article 5 prévoit que :

« Le Président de la République veille au respect de la Constitution ».

La conséquence est qu’un État ne peut exister et vivre sous une double souveraineté puisqu’elle est, selon les termes du Petit Robert « le caractère d’un État ou d’un organe qui n’est soumis à aucun autre État ou organe ». Aucune ambiguïté, s’il persiste dans son idée de « souveraineté européenne », le président devra rapidement faire modifier la Constitution (par voie référendaire ou par celle du Congrès avec une majorité qualifiée). Si tel était le cas – à notre connaissance, une telle disposition ne figure pas dans le projet de réforme constitutionnelle – la France appartiendrait aux « États-Unis d’Europe »10. Comme dirait Jean-Jacques Bourdin, les Français veulent savoir !

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On comprend que l’obstacle juridique est de taille. Aucun de nos partenaires européennes n’a donné son accord à pareil saut qualitatif dans la construction européenne. Dont acte ! À titre d’exemple, le secrétaire d’État irlandais auprès du ministre des Finances s’oppose à une harmonisation de la fiscalité (voulue par la France à propos des géants du numérique dont le siège est à Dublin) rappelle fort justement que « la fiscalité relève de la compétence nationale, pas de la commission européenne… Encore une fois, il y va de la souveraineté nationale »11. L’Union européenne voit ses compétences définies par des traités internationaux ratifiés par les parlements et non par des chimères, fussent-elles jupitériennes ! Notre brillant chef de l’État envisage-t-il de faire modifier les traités européens afin de les mettre en cohérence avec ses idées baroques ? Lé réponse est dans la question. En France même, l’idée européenne inspire de plus en plus de réticences de la part des citoyens12. Sans parler de Berlin qui se méfie d’une France qui est réticente à se réformer et à remettre de l’ordre dans ses finances publiques13.

Des obstacles diplomatiques. Le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont nombreux. Outre, le chacun pour soi, qui semble être le principe cardinal du mode de fonctionnement de l’Union européenne, et sans parler du déficit de consensus entre Berlin et Paris14, le molosse bruxellois est divisé, fracturé sur tous les grands sujets qu’il doit traiter : périmètre et identité de l’Europe ; statut de la zone euro qui oppose Allemagne et France ; circulation des personnes en lien avec la crise migratoire ; Europe de la défense et de la sécurité, taxation des GAFA15

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Pour ce qui est de la sphère proprement diplomatique, nous touchons au summum du vide de la pensée et de l’action avec l’existence d’une transparente ministre européenne des Affaires étrangères à la tête d’un pléthorique service européen d’action extérieure (SEAE). Hubert Védrine résume à la perfection le défi insurmontable que l’Europe doit relever en la matière : « En attendant Godot, nos jeunes et brillants diplomates filent vers un ‘service diplomatique européen’ richement doté, mais chargé d’une tâche surhumaine : assumer l’action extérieure d’une Union sans positions communes, sans armées et sans idéal. Sous l’égide d’une non-personnalité »16. N’a-t-on jamais vu les membres de l’Union européenne adopter une position commune sur les relations avec les États-Unis (sur le commerce, l’accord nucléaire iranien, la défense en rapport avec l’OTAN…), avec la Russie (sur la Syrie) et la Chine (sur le protectionnisme), sur le conflit en Syrie, sur le conflit israélo-palestinien… et la liste n’est pas exhaustive ?

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Dernier exemple en date, l’Union européenne est apparue désunie sur la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël à tel point que des diplomates européens étaient présents à l’inauguration de l’ambassade américaine dans cette ville le 14 mai 201817. À quoi peuvent donc bien servir les innombrables réunions du COPS, du RELEX, du COREPER et autres bidules qui prolifèrent comme du chiendent à Bruxelles sans parler des réunions des ministres des Affaires étrangères et de leurs collaborateurs en charge des questions européennes. Une machine qui tourne à vide et qui ne fait que de la procédure, faute de pouvoir traiter sérieusement des questions de fond.

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Et même des sommets informels des chefs d’État et de gouvernement, le dernier en date étant celui de Sofia (16-17 mai 2018) ! Il se murmure que les propos contre les États-Unis après leur retrait de l’accord sur le nucléaire iranien et la menace de sanctionner les sociétés européennes intervenant en Iran auraient été virils : « À voir les dernières décisions du président Trump, on pourrait penser qu’avec des amis pareils (l’Europe) n’a pas besoin d’ennemis. À vrai dire, il faudrait le remercier : grâce à lui, nous sommes débarrassés de nos illusions…» a déclaré le président du Conseil européen, le polonais, Donald Tusk. Mais, le président de la Commission européenne, le luxembourgeois, Jean-Claude Juncker de tempérer aussitôt les ardeurs de son collègue : « Il ne faut pas se voiler la face, nos moyens sont limités »18. Quant à l’Allemagne, première économie exportatrice de l’Union, elle serait tétanisée par les risques d’une guerre commerciale et privilégierait la voie du compromis, pour ne pas dire celle de la compromission.

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Le plan B européen sur l’Iran (création d’une chambre de compensation en euros), ce n’est pas encore pour demain en dépit des coups de menton de la girouette qui a pour nom Bruno Le Maire19. Comme dirait l’autre, courageux mais pas téméraires les Européens dans leur immense majorité. Même si l’on nous annonce que la Commission européenne active le 18 mai 2018 un processus de blocage des sanctions américaines (le « blocking status » de 1996, créé à l’origine pour contourner l’embargo sur Cuba). Étant précisé que des doutes subsistent sur son efficacité. Si au moins, toute cette mauvaise farce avait fait découvrir à l’Union européenne l’existence d’un nouvel État voyou ayant pour nom États-Unis20.

Emmanuel Macron a dans la foulée salué l’unité et la fermeté des Européens. En Iran, « notre intérêt premier n’est pas un intérêt commercial ou d’entreprises, il n’est pas de prendre parti pour tel ou tel camp, il est d’assurer la stabilité », a insisté le président français. La volonté française d’élargir l’accord de 2015 pour traiter la question du nucléaire après 2025, le programme balistique et l’influence régionale de l’Iran est partagée par les Européens, a-t-il ajouté. « Nous n’allons pas enclencher une guerre stratégico-commerciale avec les Etats-Unis sur le cas de l’Iran », a-t-il poursuivi. « On ne va pas sanctionner ou contre-sanctionner des entreprises américaines pour répondre sur ce sujet-là, ça n’aurait pas de sens (…) parce que l’objectif final est quand même d’avoir cet accord large ». Emmanuel Macron a, dans le même temps, reconnu que les décisions américaines vis-à-vis de l’Iran et des entreprises européennes qui y opèrent « vont favoriser la position russe et chinoise dans la région »21. Jupiter déclare, une fois de plus tout et son contraire.

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Il faut se rendre à l’évidence, les Européens n’ont jamais voulu et ne veulent toujours pas d’une « Europe puissance » à la française22, surtout s’il lui venait la bonne idée de se lancer dans un bras de fer sur la durée avec l’Amérique. Force est de reconnaître que cette posture est un leurre, une fuite irréversible dans l’utopie. Elle relève principalement de la gesticulation et de la communication. L’heure de vérité est proche. Nous y sommes presque et l’atterrissage risque d’être brutal dans un avenir proche dans un contexte de repli sur soi et de défiance croissante vis-à-vis de l’Europe. Telle est la dure réalité à laquelle il convient de s’atteler au plus vite au lieu de galoper dans les nuages.

« Emmanuel Macron prétendait être le héraut de l’Europe en marche ; il incarne de plus en plus l’Europe en panne »23.

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On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. L’ancien président de la République, François Hollande croque parfaitement le personnage de son successeur au moment où il lui passe le relais : « Je sens qu’il croit à son étoile. C’est toujours une force de disposer d’une grande confiance en soi, de sa capacité, jusqu’au moment où elle ne suffit plus. L’audace est un atout précieux mais elle ne doit jamais se départir de la luciditéEmmanuel Macron se fera fort ensuite de modifier la position américaine. Pour lui, une volonté clairement affirmée et beaucoup de séduction pourvoient à tout. C’est sa méthode »24. On a vu ce qu’il en est advenu lorsqu’il s’est agi de convaincre Donald Trump le pyromane de ne pas s’écarter de l’accord sur le climat et de celui sur le nucléaire iranien. Il est difficile d’imaginer, aujourd’hui du moins, comment le pouvoir de séduction d’Emmanuel Macron parviendra à surmonter les réticences nombreuses de ses partenaires sur l’essence même de son projet de refondation présentée à la Sorbonne. À ce jour, les réactions sont au mieux prudentes, au pire très réservés25.

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Si le président de la République entend redonner à la France toute sa place dans le concert des nations – qui pourrait l’en blâmer -, on ne saisit pas encore autour de quoi et contre quoi, il entend porter son projet européen26. Comment entend-il « structurer l’avenir » comme se plait à le souligner Dominique de Villepin ? On ne distingue pas encore les soutiens dont il dispose pour l’épauler dans son difficile combat contre l’inertie27. Un an après que l’Ode à la joie ait retenti dans la cour du Louvre, l’Europe ne pourrait-elle pas devenir le talon d’Achille d’Emmanuel Macron tant il a pris du retard sur tous les chantiers de sa refondation sorbonienne ?28

Dans l’entourage proche du président de la République, on explique que l’attribution de ce prix Charlemagne doit être considérée comme un « encouragement à agir »29. Dont acte ! Mais, il faut en finir avec le déni de réalité et en revenir au réel. « C’est tout simplement l’heure de vérité démocratique pour un projet historique qui court à sa perte s’il n’est pas fondamentalement redéfini »30. On ne saurait mieux dire. Il ne suffit pas que Jupiter enfile l’habit européen et soit sacré Charlemagne pour que sa réforme soit automatiquement portée sur les fonts baptismaux de l’église bruxelloise.

Guillaume Berlat
21 mai 2018

1 Guillaume Berlat, Jupiter se mue en Atlas, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 octobre 2017.
2 Guillaume Berlat, Jupiter souverain européen en son royaume, www.prochetmoyen-orient.ch , 23 avril 2017.
3 Transcription du discours du Président de la République, Emmanuel Macron lors de la cérémonie de remise du prix Charlemagne à Aix-la-Chapelle, 10 mai 2018, www.elysee.fr , 11 mai 2018.
4 Marcel Gauchet (propos recueillis par Alexandre Devecchio), « L’article un du macronisme, c’est l’européisme », La Figaro Magazine, 11 mai 2018, pp. 42 à 45.
5 Éditorial, Italie : un nouveau défi mortifère posé à l’Europe, Le Monde, 18 mai 2018, p. 20.
6 Alexis Fertchak, Macron exhorte Merkel à réformer l’Europe, Le Figaro, 11 mai 2018, p. 5.
7 Sacré Charlemagne, Le Canard enchaîné, 16 mai 2018, p. 2.
8 Hervé Nathan, L’Europe piégée, Marianne, 4-10 mai 2018, p. 22.
9 Janis Emmanouilidis, La réforme de l’Europe ne pourra se faire sans compromis, Le Monde, 3 mai 2018, p. 7.
10 Francis Demay, La souveraineté européenne n’existe pas, Marianne, 4-10 mai 2018, p. 59.
11 Michael d’Arcy, « L’Europe risque de déclencher une guerre fiscale », La Croix, 14 mai 2018, p. 12.
12 Mathilde Siraud, Quand Édouard Philippe défend l’Europe face à un public sceptique, Le Figaro, 27 avril 2018, p. 3.
13 Nicolas Barotte, UE : le plan de Macron à l’épreuve de Berlin, Le Figaro, 19 avril 2018, p. 6.
14 Cécile Ducourtieux/Thomas Wieder, Europe : la tentation allemande du chacun pour soi. L’Allemagne lâche-t-elle la France sur l’Europe ?, Le Monde, Économie & Entreprise, 5 mai 2018, pp. 1 et 3.
15 A.G., L’Europe divisée sur la taxation des GAFA défendue par la France, Le Figaro économie, 30 avril 2018, p. 17.
16 Hubert Védrine, Compte à rebours, Fayard, 2018, pp. 55-56.
17 Jean-Pierre Stroobants, L’UE désunie sur la reconnaissance de Jérusalem, Le Monde, 16 mai 2018, p. 3.
18 Cécile Ducourtieux/Jean-Pierre Stroobants, Les Européens déterminés à tenir tête à l’allié américain, Le Monde, 18 mai 2018, p. 3.
19 Dominique de Rambures, Iran : un plan B pour les Européens, Le Monde, Économie & entreprises, 18 mai 2018, p. 7.
20 Jack Dion, Le jour où l’Europe a découvert l’Amérique, Marianne, 18-24 mai 2017, p. 54.
21 Iran : l’UE s’apprête à lancer un processus de blocage des sanctions américaines, www.lefigaro.fr , 17 mai 2018
22 Hubert Védrine, « Travaillés par le remords, les Européens ont peur de la puissance », Le Figaro, 26 avril 2018, p. 14.
23 Nicolas Baverez, Europe : le rêve brisé d’Emmanuel Macron, Le Figaro, 23 avril 2018, p. 19.
24 François, Hollande, Les leçons du pouvoir, Stock, 2018, pp. 16 et 17.
25 Alexis Feertchak, Un chef de l’État en attente de résultats sur l’Europe, Le Figaro, 12-13 mai 2018, p. 2.
26 Guillaume Roquette, Un an après, on ne distingue pas encore la vraie ambition d’Emmanuel Macron pour le pays, Le Figaro Magazine, 4 mai 2018, p. 4.
27 Nicolas Prissette, Europe, qui veut bien être l’ami de Macron ?, Marianne, 27 avril-3 mai 2018, pp.18-19-20.
28 Jean-Jacques Mével, Macron passé au crible. Union européenne : un président français en panne d’Europe, Le Figaro, 5-6 mai 2018, p. 5.
29 Vite dit !, Le Canard enchaîné, 16 mai 2018, p. 8.
30 Hubert Védrine, Comptes à rebours, Fayard, 2018, p. 223

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 21-05-2018

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jeudi 14 juin 2018

Guerre au Yémen : la France appelée par les ONG à cesser son double jeu

Riyad et ses alliés ont attaqué le 13 juin le port d'Hodeida, au Yémen, par lequel arrive la nourriture destinée à la population. Des ONG enjoignent Paris à annuler une conférence co-organisé avec l'Arabie saoudite et à faire pression sur celle-ci.

ACT MACRON YEMEN

Ce 13 juin, des forces pro-gouvernementales yéménites, appuyées par les Emiratis et les Saoudiens, ont lancé leur offensive sur le port stratégique de Hodeida, par lequel entre l'essentiel des importations du pays et de l'aide internationale.

[voir notre publication Yémen: Les États-Unis donnent leur feu vert au génocide ]

Le même jour, une quinzaine d'organisations humanitaires, dont la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), ont écrit une lettre au président français pour l'exhorter à faire pression sur les Saoudiens et les Emiratis, membres de la coalition arabe impliquée dans la guerre au Yémen, au sujet de la situation dramatique de la population de ce pays. Pour ces organisations, il est «inconcevable de maintenir» la conférence humanitaire sur le Yémen prévue le 27 juin à Paris et co-organisée avec l'Arabie saoudite, alors même que le royaume wahhabite et ses alliés mènent une attaque sur le port d'Hodeida. 

La France et ses contradictions

Qualifiant d'un côté la situation au Yémen de «drame humain» et signant de l'autre main des contrats d'armement juteux avec l'Arabie saoudite, la France joue, pour nombre de commentateurs, un double jeu dans cette guerre aux conséquences humaines tragiques. Dans un rapport de mars 2018, Amnesty International avait mis en cause les livraisons d'armes françaises à l'Arabie saoudite, à l’origine, selon elle, de graves violations des droits de l'Homme dans le cadre de ce conflit. Selon un rapport parlementaire de 2017 sur les exportations d'armement de la France, le royaume wahhabite était entre 2007 et 2016 le second client des fabricants d’armes français. 

Guerre au Yémen : la France appelée par les ONG à cesser son double jeu© ministère des Armées

L'attaque nouvelle de la coalition menée par l'Arabie saoudite sur Hodeida vient aggraver la crise humanitaire extrême dans laquelle le pays en guerre est plongé. Ce port, indispensable à la sécurité alimentaire du Yémen, a été sous blocus de la coalition pendant plusieurs mois pour, officiellement, empêcher les rebelles houthis d'importer des armes. Sous la pression internationale, l'Arabie saoudite avait levé le blocus, mais renforcé les inspections de navires, ce qui ralentissait le fonctionnement du port. A tel point que des aliments pourrissaient avant même d’atteindre la terre ferme.

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Le 25 mai, l'ONU exhortait la coalition dirigée par l'Arabie saoudite à accélérer les importations de nourriture et de carburant, avertissant que 10 millions de Yéménites supplémentaires pourraient être menacés de famine avant la fin de l'année. Des exigences auxquelles ne se sont pas pliés les Saoudiens et leurs alliés.

La pire crise humanitaire au monde

Depuis 2015, un conflit fait rage entre d'une part le gouvernement yéménite, soutenu par la coalition de Riyad, armée et soutenue, notamment, par les Etats-Unis et la Royaume-Uni, et d'autre part des combattants rebelles houthis, proches de l'Iran. La coalition est intervenue militairement au Yémen en 2015 pour restaurer le gouvernement qui avait été chassé de la capitale Sanaa par les rebelles. Les bombardements saoudiens ont fait près de 10 000 morts et plus de 55 000 blessés, selon l'Organisation mondiale de la santé. Plus de 2 200 autres personnes sont mortes du choléra. Ces derniers mois, les Houthis ont intensifié les tirs de missiles contre l'Arabie saoudite qui accuse Téhéran, son grand rival régional, de leur fournir ce type d'équipement. L'Iran reconnaît soutenir politiquement les Houthis mais nie tout appui militaire.

Sans craindre les contradictions, le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a rappelé le 11 juin que l'aide internationale au Yémen devait continuer à passer par le port de Hodeida, mais il n'a pas mis en garde les Emiratis et les Saoudiens contre une éventuelle offensive sur la ville, alors que l'offensive était imminente. Martin Griffiths, le médiateur de l'ONU pour le Yémen, menait pour sa part début juin d'«intenses négociations» avec les Houthis, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis afin d'«éviter une confrontation militaire à Hodeida».

Selon les Nations unies, la situation qui a cours actuellement au Yémen est la pire crise humanitaire au monde. Quelque 8,4 millions de personnes sont à court de nourriture et risquent de mourir de faim. Entre la guerre et les épidémies, le Yémen est l'un des pays les plus pauvres du monde et l'ONU affirme que plus de 22 millions de personnes ont besoin d'une aide humanitaire sur une population d'environ 25 millions d'habitants.

https://francais.rt.com/international/51573-yemen-france-appelee-cesser-son-double-jeu

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Le tout dans un "silence assourdissant" de nos médias, sans doute plus préoccupés par le lancement de la coupe du monde de football en Russie...      P.G.

Posté par UPR Creuse à 06:42 - - Permalien [#]
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