samedi 26 mai 2018

Tel-Aviv fait pression sur les USA pour qu'ils reconnaissent la souveraineté d'Israël sur le Golan

Les discussions iraient bon train concernant la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté israélienne sur le plateau occupé du Golan. Le ministre israélien du Renseignement pense que Washington accédera à cette demande d'ici quelques mois.

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Profitant des bonnes grâces du président américain Donald Trump qui vient de transférer l'ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem et de se retirer de l'accord sur le nucléaire iranien, l'Etat hébreu est entré dans des discussions pour que Washington reconnaisse sa souveraineté sur le plateau du Golan. Un territoire syrien dont une grande partie est occupée par Israël depuis la guerre des Six jours de 1967.

Le 23 mai, le ministre israélien du Renseignement, Israel Katz, a ainsi déclaré à l'agence Reuters que les deux pays avaient fait du Golan un de leurs principaux sujets de négociation. Il a même affirmé que Washington accéderait «avec une forte probabilité» à cette demande, et ce, «dans quelques mois environ».

La question avait déjà été abordée en février 2017 lors d'une première rencontre à la Maison Blanche entre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, et Donald Trump. Pour Israel Katz, en rediscuter aujourd'hui est pertinent, peu de temps après de supposés tirs de missiles iraniens sur le plateau le 8 mai : «C'est le moment parfait pour prendre une telle décision. La réponse la plus douloureuse que l'on puisse infliger aux Iraniens serait de reconnaître la souveraineté d'Israël sur le Golan avec une déclaration américaine, une proclamation présidentielle gravée dans le marbre législatif.»

Si l'Etat hébreu estime que le plateau pourrait servir de base armée à l'Iran, une éventuelle reconnaissance pourrait à nouveau provoquer l'ire de la communauté internationale. 

Un plateau occupé par Israël, source de frictions depuis la guerre en Syrie

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Territoire initialement syrien, la majeure partie du plateau du Golan est sous contrôle d'Israël depuis la guerre des Six jours en 1967. Le territoire a été annexé en 1981 après un vote de la Knesset,  contre l'avis du Conseil de sécurité de l'ONU, qui considère l'annexion comme «nulle et non avenue et sans effet juridique sur le plan international». Cette zone d’environ 1 200 kilomètres carrés, de 12 à 25 kilomètres de large, 67 kilomètres de long, constitue la seule frontière entre Israël et la Syrie. Environ 510 kilomètres carrés restent sous contrôle syrien. Déstabilisée par la guerre en Syrie, la partie du plateau du Golan occupée par Israël concentre des tensions croissantes depuis quelques mois, après des décennies de calme relatif. L'Etat hébreu y mène régulièrement des attaques qu'il justifie en disant répondre à des tirs de roquettes, de missiles ou d'obus attribués qui à la Syrie, qui au Liban ou à l'Iran.

Dans la nuit du 9 au 10 mai 2018, l'Etat hébreu avait par exemple lancé de nombreux missiles sur plusieurs cibles iraniennes dans le sud de la Syrie, près de Damas, mais aussi de Kuneitra et de Homs, tuant trois personnes. Tsahal avait affirmé riposter à des tirs de roquettes opérés le 8 mai dans le Golan occupé et attribués à la brigade iranienne al-Qods. Moscou, qui a dressé un état des lieux après les frappes israéliennes, a souhaité que toutes les parties fassent preuve de «retenue» et s'ouvrent au «dialogue». Emmanuel Macron a, lui, appelé à la «désescalade». Le porte-parole iranien des Affaires étrangères, Bahram Ghassemi, a pour sa part déclaré le 11 mai que ces attaques menées par Israël l'avaient été «sous des prétextes inventés».

En juillet 2017, l'armée israélienne avait pris pour cible une position de l'armée syrienne après que deux projectiles en provenance du territoire syrien se sont abattus sur sa partie du plateau du Golan, comme cela arrive régulièrement par accident. Benjamin Netanyahou avait déclaré qu'il y aurait des représailles si des obus s'écrasaient, pour une quelconque raison, sur le territoire (y compris occupé) de l'Etat hébreu. Le 24 juin 2017, l'armée israélienne avait déjà mené d'autres raids contre des positions de l'armée syrienne, après que des projectiles en provenance de Syrie s'étaient abattus sur une partie du plateau du Golan, sans faire de blessés. Fin avril 2017, l'armée israélienne avait annoncé avoir abattu une «cible» au-dessus de la zone occupée, quelques heures après que la Syrie l'eut accusée d'avoir frappé une position militaire près de l'aéroport de Damas.

L'armée israélienne a en outre mené plusieurs frappes aériennes en Syrie depuis 2011, date du début de la crise, la plupart visant selon elle des convois ou entrepôts d'armes destinés au mouvement chiite libanais Hezbollah, allié de Damas.

https://francais.rt.com/international/50961-washington-reconnaitrait-souverainete-israelienne-sur-le-plateau-du-golan

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vendredi 25 mai 2018

Donald Trump annule sa rencontre prévue avec Kim Jong-un à Singapour

Alors que la Corée du Nord avait annoncé plus tôt dans la journée le démantèlement de son site d'essais nucléaires de Punggye-ri, le président américain Donald Trump a fait savoir ce 24 mai que sa rencontre prévue avec le chef d'Etat nord-coréen Kim Jong-un le 12 juin prochain à Singapour n'aurait pas lieu.

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Dans une lettre publiée sur le compte Twitter de la Maison Blanche, Donald Trump estime «qu'il n'est pas opportun, à ce stade» de maintenir le sommet, soulignant qu'il était pourtant «très impatient» de rencontrer son homologue nord-coréen. «Malheureusement, au regard de l'énorme colère et de l'hostilité affichée dans votre dernière déclaration en date, je trouve qu'il serait inapproprié, à l'heure actuelle, de tenir cette rencontre prévue depuis longtemps», a-t-il poursuivi, s'adressant à Kim Jong-un. «Vous évoquez votre arsenal nucléaire, mais le nôtre est si massif et si puissant que je prie Dieu que nous n'ayons jamais à en faire usage», a encore écrit Donald Trump. Il qualifie cette «opportunité manquée» de «moment triste de l'histoire».

«Notre armée est prête» : Trump menace son homologue

S'exprimant un peu plus tard devant les journalistes, Donald Trump a assuré que les forces américaines étaient prêtes à agir en cas d'action «inconsidérée» de Kim Jong-un suite à l'annulation de la rencontre. «Notre armée, qui est de loin la plus puissante du monde, est prête», a mis en garde le président américain.

Après des mois de rapprochement et de détente diplomatique, la Corée du Nord a opéré la semaine dernière un spectaculaire retour à sa rhétorique traditionnelle, annulant une rencontre intercoréenne et évoquant la possibilité de remettre en cause le tête-à-tête très attendu.

La dernière banderille a été plantée ce 24 mai par la vice-ministre nord-coréenne des Affaires étrangères, Cheo Son Hui, qui a fustigé les propos tenus ce 21 mai par le vice-président américain Mike Pence, qui avait affirmé que la Corée du nord pourrait finir comme la Libye de Mouammar Kadhafi, tué lors du soulèvement de son pays après avoir renoncé à l'arme atomique, si Kim Jong-un ne parvient pas à un accord avec Washington sur la dénucléarisation.

«Je ne peux pas cacher ma surprise devant de telles remarques idiotes et stupides venant de la bouche du vice-président américain», avait rétorqué indiqué Cheo Son Hui, dans une déclaration publiée par l'agence officielle KCNA.

«Nous ne quémanderons pas un dialogue auprès des Etats-Unis, et nous ne nous donnerons pas non plus la peine de les persuader s'ils ne veulent pas discuter avec nous», avait-elle ajouté, en précisant qu'elle recommanderait à Kim Jong-un d'annuler le sommet si les Etats-Unis persistaient «dans des actes illégaux et insultants».

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est dit ce 24 mai «profondément préoccupé» par l'annulation de ce sommet historique. «J'exhorte les parties à poursuivre leur dialogue pour trouver une voie vers une dénucléarisation pacifique et vérifiable de la péninsule coréenne», a-t-il poursuivi lors de la présentation de son agenda pour le désarmement à Genève en Suisse.

https://francais.rt.com/international/50962-donald-trump-declare-que-rencontre-kim-jong-un-aura-pas-lieu

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Les hypothèses vont bon train pour essayer de comprendre la situation: Kim- Jung- un serait- il en difficulté face à son "état profond"? Ou bien Trump sur ce dossier? Ou un mélange des deux...D'autres évoquent l'action de la Chine en coulisses. D'autres encore pensent que l'affaire était pliée depuis la sortie américaine de l'accord avec l'Iran. A suivre.   P.G.

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mercredi 23 mai 2018

La dernière menace de Trump envers la Corée du Nord rend un accord impossible

TRIBUNE LIBRE / par Moon of Alabama

TL TRUMP KIM

Publié le 18 mai 2018 sous le titre Trump’s Newest Threat To North Korea Makes A Deal Impossible

Le président Trump a de nouveau fait dérailler les négociations avec la Corée du Nord. Il sera difficile de les remettre sur les rails. En raison de son attitude, il est peu probable qu’un accord soit conclu.

Mardi soir, la Corée du Nord a menacé d’annuler le sommet avec le président américain Trump. Les remarques du conseiller américain à la sécurité nationale Bolton, selon lesquelles le « modèle libyen » serait appliqué à la Corée du Nord, ont été considérées comme une insulte.

La Libye avait acheté de l’équipement qui aurait pu être utilisé pour commencer à enrichir de l’uranium. Mais elle n’a jamais eu de programme coordonné de développement d’armes nucléaires et n’a jamais eu la base industrielle et académique nécessaire à la poursuite d’un tel projet. Pour échapper aux sanctions, la Libye a renoncé au peu de matériel qu’elle avait. Tout a été expédié aux États-Unis avant la levée des sanctions. Bolton n’a probablement voulu parler que de cette partie du « modèle libyen ».

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Mais il y a aussi l’autre partie. Quelques années après que la Libye a renoncé à son minuscule matériel nucléaire, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis (FUKUS*) ont mené une guerre de changement de régime contre elle. Avec l’aide des États-Unis, Muhammad Kadhafi a été assassiné par des islamistes radicaux et Hillary Clinton a même trouvé ça drôle (vidéo). Depuis le chaos absolu règne en Libye, assorti d’une guerre tribale multiforme compliquée par une ingérence étrangère incessante.

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La Corée du Nord s’est évidemment insurgée contre cette comparaison. Il n’est pas question que lui soit appliquée l’une ou l’autre partie du modèle libyen. Elle se considère, à juste titre, comme un État nucléaire à part entière. Elle exige de négocier sur un pied d’égalité.

Mercredi, après la menace nord-coréenne d’annuler le sommet, le porte-parole de la Maison-Blanche est revenu sur le « modèle libyen » de Bolton :

Se référant à la comparaison avec la Libye, l’attachée de presse de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, a déclaré mercredi qu’elle n’avait pas « considéré cela comme faisant partie des discussions et je ne sais pas si c’est un modèle que nous utilisons. »

« Il ne me semble pas qu’il s’agisse de quoi que ce soit de concret. Je sais que cela a été dit mais il n’y a pas de précis sur la façon dont cela fonctionnerait. »

Le train vers la rencontre au sommet semblait de retour sur les rails. Puis Donald Trump l’a encore fait dérailler.

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Lors d’une conférence de presse hier, il a été interrogé sur la question du « modèle libyen » (vidéo) et, dans une remarque apparemment improvisée, il a réussi à pousser cette comparaison hasardeuse encore plus loin:

« Le modèle, si vous regardez le modèle de Kadhafi, il s’agissait d’une annihilation totale. On y est allé pour en finir avec lui. Maintenant, ce modèle sera appliqué si nous ne concluons pas d’accord, très probablement. Mais si on fait un marché, je pense que Kim Jong-un sera très, très content. »

On pourrait appeler cela « l’art de l’entente cordiale dans la maffia » : « Signe ici ou je te tue. »

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Certains médias prétendent que Trump ne faisait que « rassurer » Kim Jong-un. Reuters a titré : Trump cherche à rassurer la Corée du Nord Kim avant le sommet ; le New York Times : Trump et la Corée du Nord rejettent le ‘modèle libyen’ de Bolton ; Politico : Trump rassure Kim de Corée du Nord tout en le mettant en garde.

Dans mon expérience, une menace « d’annihilation totale » est bien plus qu’une « mise en garde ».

Le Guardian britannique avait un point de vue plus réaliste : Donald Trump menace Kim Jong-un : signe l’accord ou tu subiras le même sort que Kadhafi.

La menace de Trump prouve à la Corée du Nord qu’elle a eu raison d’acquérir des armes nucléaires capables d’atteindre le continent américain. Y renoncer serait suicidaire.

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Trump a également marmonné qu’il donnerait de « fortes garanties » à la Corée du Nord et à Kim Jong-un pour leur sécurité s’ils concluaient un accord. Il n’a pas dit quelles seraient ces garanties. La façon dont Trump a détruit l’accord nucléaire avec l’Iran, qui avait reçu de « fortes garanties » d’un président américain ainsi que  l’approbation du Conseil de sécurité de l’ONU, démontre qu’aucune garantie étasunienne ne vaut le papier sur laquelle elle est inscrite.

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Lorsque la rencontre au sommet a été annoncée, j’ai tout de suite dit qu’elle avait peu de chances d’aboutir parce qu’il y a trop de fauteurs de trouble potentiels qui ont intérêt à ce que le conflit avec la Corée du Nord se poursuive. Il s’agit notamment de John Bolton, de l’armée américaine et du président japonais Abe.

La Corée du Nord répondra certainement à la menace d’ »annihilation totale » de Trump. Elle se retirera probablement du sommet, prévu pour le 12 juin à Singapour.  Elle pourrait revenir si la Maison Blanche revenait sur les commentaires de Trump. La Chine, qui voudrait que la Corée du Nord et les États-Unis concluent un accord, fera savoir à la Maison-Blanche ce qu’elle doit faire.

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Mais je crois maintenant que le sommet, même s’il a lieu, n’a aucune chance de réussir. Trump n’a aucune connaissance des paramètres politiques et techniques et n’a aucun sens de la culture asiatique. Il va râler, rager et insulter son partenaire de négociation. Il va probablement exiger le désarmement nucléaire total de la Corée du Nord. Il n’obtiendra pas d’accord.

Ce n’est qu’après cet échec qu’il se rendra compte qu’une « annihilation totale » de la Corée du Nord n’est tout simplement pas en son pouvoir.

Moon of Alabama

Article original en anglais: Trump’s Newest Threat To North Korea Makes A Deal Impossible

URL: https://arretsurinfo.ch/la-derniere-menace-de-trump-envers-la-coree-du-nord-rend-un-accord-impossible/

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“Le plus grand joueur de l’histoire mondiale”

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 01-05-2018

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John Mauldin nous livre une vision très pertinente de la Chine :

« Dans les années 1990, Robert Rubin, secrétaire au Trésor sous Bill Clinton, négociait les conditions d’admission de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce. Mes sources disent qu’il demandait exactement les mêmes choses que Trump veut maintenant… Mais en 1998, au milieu du scandale Monica Lewinsky, Clinton voulait une “victoire” (un peu comme l’actuel président.) Et Rubin n’était pas à la hauteur de ses exigences en matière d’accès au marché et de garanties sur la propriété intellectuelle, etc. Clinton a ensuite retiré les négociations chinoises à M. Rubin et les a remises à la secrétaire d’État Madeleine Albright avec les instructions pour y parvenir.

N’étant pas un expert en commerce, Albright ne comprenait pas les problèmes sous-jacents. Les Chinois ont reconnu qu’elle n’avait rien dans son jeu et ils ont tenu bon. En résumé, mes sources disent qu’elle a effectivement cédé. Clinton a obtenu sa “victoire” et nous sommes restés coincés dans un mauvais accord commercial. Lorsque Trump prétend que nous avons été piégés dans le cadre d’un mauvais accord commercial, il a raison, même si je me demande s’il comprend l’histoire. Quelqu’un lui a peut-être donné le contexte, mais il n’en a jamais parlé dans ses discours. Cet accès à l’OMC, qui s’est finalement produit en 2001, a permis à la Chine de commencer à s’emparer des marchés par des moyens légaux et d’accéder à la propriété intellectuelle américaine sans payer pour cela…

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Est-ce que cela fait une différence maintenant ? Probablement pas… Mais on en arrive à la rivalité dont nous avons parlé plus haut. Est-il possible pour les États-Unis et la Chine de rester ensemble dans une organisation comme l’OMC ? Trump semble en douter, car il a menacé de se retirer de l’OMC. Un jour ou l’autre, nous pourrions considérer cette période où un seul organisme régit le commerce international comme une aberration – un beau rêve qui n’a jamais été réaliste. Si c’est le cas, préparez-vous à de grands changements. »

Cela va jusqu’au cœur de l’une des plus grandes questions géopolitiques auxquelles l’Europe et l’Amérique sont confrontées. Mauldin nous donne alors ce qui fait l’objet d’un consensus : « malgré certains de ses discours, je ne crois pas que [Trump] soit idéologiquement contre le commerce. Je pense qu’il veut juste une “victoire” américaine et qu’il est souple sur ce que cela signifie ». Oui, Trump pourrait bien finir par faire du « Clinton », mais l’Amérique a-t-elle une alternative réaliste, si ce n’est de s’accommoder de la montée de la Chine ? Le monde a changé depuis l’ère Clinton : il ne s’agit plus seulement de se disputer sur les termes de l’échange.

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Xi Jinping se trouve au sommet du système politique chinois. Son influence s’étend maintenant à tous les niveaux. Il est le leader le plus puissant depuis le président Mao. Kevin Rudd (ancien premier ministre de l’Australie, qui étudie la Chine depuis longtemps) note, « rien de tout cela n’est pour les timorés… Xi a grandi dans la politique du parti chinois telle qu’elle est menée aux plus hauts niveaux. Par l’intermédiaire de son père, Xi Zhongxun… il a reçu des “cours de maître” non seulement sur la façon d’y survivre, mais aussi sur la façon de l’emporter en son sein. Pour ces raisons, il s’est avéré être l’homme politique le plus redoutable de son temps. Il a réussi à devancer, à déborder, à dépasser, puis à éliminer chacun de ses adversaires politiques. Le terme poli pour cela est la consolidation du pouvoir. En cela, il a certainement réussi. »

Et voilà le hic : le monde que Xi envisage est totalement incompatible avec les priorités de Washington. Xi n’est pas seulement plus puissant que n’importe quel prédécesseur autre que Mao, il le sait et a l’intention de laisser sa marque dans l’histoire du monde. Une qui équivaut, voire surpasse, celle de Mao.

Lee Kuan Yew, qui, avant sa mort en 2015, était le premier observateur de la Chine, avait une réponse sans équivoque sur la trajectoire étonnante de la Chine au cours des 40 dernières années : « L’ampleur de la transformation de l’équilibre mondial dû à la Chine est telle que le monde doit trouver un nouvel équilibre. Il n’est pas possible de prétendre qu’il ne s’agit que d’un autre grand joueur. C’est le plus grand joueur de l’histoire du monde. »

L’année 2021 marque le centenaire de la fondation du Parti communiste chinois, et Xi a clairement l’intention qu’en 2021, la Chine présente les réalisations de ses objectifs du premier centenaire. D’ici là, la Chine espère être l’économie la plus puissante du monde (elle l’est déjà là – sur la base de la parité du pouvoir d’achat), et une puissance émergente de classe mondiale – tant sur le plan politique que militaire. Selon Richard Haas, président du US Council for Foreign Relations, « l’ambition à long terme [de la Chine] est de démanteler le système des alliances américaines en Asie, en le remplaçant par un ordre de sécurité régionale plus bienveillant (du point de vue de Pékin) dans lequel elle jouit d’une place de choix, et idéalement une sphère d’influence à la mesure de son pouvoir ». (mais pourtant, Haas sous-estime peut-être les choses).

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Pour atteindre le premier des deux objectifs du centenaire (le deuxième se termine en 2049), la Chine a un volet économique majeur, un volet économique/politique et un volet politique/militaire à la réalisation de ses objectifs.

Le plan « Made in China 2025 » est une vaste politique industrielle qui bénéficie d’un financement public massif en R & D (232 milliards de dollars en 2016), y compris une intégration potentielle explicite à double usage dans l’innovation militaire. Son principal objectif, outre l’amélioration de la productivité, est de faire de la Chine le « leader mondial de la technologie » et de faire en sorte que la Chine devienne autosuffisante à 70% en matériaux et composants clés. C’est peut-être bien connu en théorie, mais peut-être que l’évolution vers l’autosuffisance de la Chine et de la Russie implique quelque chose de plus brutal. Ces États s’éloignent du modèle commercial libéral classique au profit d’un modèle économique fondé sur l’autonomie et une économie dirigée par l’État (comme le préconisent des économistes comme Friedrich List, avant d’être éclipsés par la prédominance de ceux qui pensent comme Adam Smith).

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Le deuxième volet de la politique est la fameuse initiative « Belt and Road » [Nouvelle route de la soie, NdT], qui reliera la Chine à l’Europe. Cependant, l’élément économique est souvent ramené en Occident à une « simple infrastructure » – bien qu’à grande échelle. Sa conception représente plutôt une attaque directe contre le modèle économique occidental hyper-financiarisé. Dans une célèbre remarque critique dirigée contre la forte dépendance de la Chine à l’égard d’une croissance de style occidental, axée sur la dette – un auteur anonyme (que l’on croit être Xi ou un proche collègue) a noté (avec sarcasme) l’idée que de grands arbres ne pouvaient être cultivés « en l’air ». Ce qui veut dire que les arbres doivent avoir des racines et pousser dans le sol. Au lieu de l’activité « virtuelle » et financiarisée de l’Occident, l’activité économique réelle découle de l’économie réelle, avec des racines plantées dans la terre. La « nouvelle route de la soie » n’est qu’un catalyseur majeur de l’économie réelle.

Son aspect politique, bien sûr, est évident : Il créera un immense bloc d’échange et d’influence (en renminbis) [Le yuan ou renminbi est la devise nationale de la Chine, NdT] et, étant basé sur la terre, déplacera le pouvoir stratégique de la domination occidentale via la puissance maritime vers des routes terrestres sur lesquelles la puissance militaire conventionnelle occidentale est limitée – tout comme, de la même manière, il transférera la puissance financière du système du dollar de réserve vers le renminbi et d’autres monnaies.

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L’autre aspect, qui a été beaucoup moins remarqué, est la façon dont Xi a réussi à harmoniser ses objectifs avec ceux de la Russie. D’abord prudent à l’égard du projet « nouvelle route de la soie » quand Xi l’a lancé en 2013, le Kremlin, s’est rapproché de l’idée dans la foulée du coup d’État occidental contre ses intérêts en Ukraine, et avec le projet conjoint de l’Amérique avec l’Arabie saoudite pour faire chuter le prix du pétrole (l’Arabie saoudite voulait faire pression sur la Russie pour qu’elle abandonne Assad, et les États-Unis pour affaiblir le Président Poutine, en affaiblissant le rouble et les finances du gouvernement).

Ainsi, en 2015, le président Poutine s’était engagé à lier l’Union économique eurasienne de la Russie et la ceinture économique de la Route de la soie de la Chine, et deux ans plus tard, Poutine était l’invité d’honneur du sommet « Une ceinture, une route », qui s’est tenu à Pékin.

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Ce qui est intéressant, c’est la façon dont la Russie a intégré la vision de Xi dans sa propre pensée de la « Grande Eurasie », conçue comme l’antithèse centrale d’un ordre mondial financiarisé et dirigé par les Américains. Le Kremlin, bien sûr, comprend bien que dans le domaine du commerce et de la finance, la position de la Russie en Eurasie est beaucoup plus faible que celle de la Chine. (L’économie de la Chine est huit à dix fois plus importante que celle de la Russie).

Les forces cruciales de la Russie se situent traditionnellement dans les domaines politico-militaire et diplomatique. Ainsi, laissant les initiatives économiques à la Chine, Moscou s’efforce de jouer le rôle d’architecte en chef d’une architecture politique et de sécurité eurasienne, d’un concert de grandes puissances asiatiques et de producteurs d’énergie.

Le président Poutine a, dans un sens, trouvé la symétrie et la complémentarité de la politique de Xi en matière de routes et de couloirs (un équilibre asymétrique de la Russie, si l’on veut, à la force économique brute de Xi) dans sont livre One Map ; Three Regions’ politics [Carte unique ; politique des trois régions, NdT], Bruno Maçães a écrit :

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En octobre 2017, Igor Sechin, directeur général de Rosneft, a pris la décision inhabituelle de présenter un rapport géopolitique sur les « idéaux de l’intégration eurasienne » devant un auditoire à Vérone, en Italie. L’une des cartes projetées à l’écran pendant la présentation montrait le supercontinent – ce que les cercles russes appellent « Grande Eurasie » – divisé en trois régions principales. Pour Sechin, la division cruciale n’est pas entre l’Europe et l’Asie, mais entre les régions de consommation d’énergie et les régions de production d’énergie. Les premières sont organisées sur les bords ouest et est du supercontinent : Europe, y compris la Turquie, et l’Asie-Pacifique, y compris l’Inde.

Entre elles, nous trouvons trois régions de production d’énergie : La Russie et l’Arctique, la Caspienne et le Moyen-Orient. Il est intéressant de noter que la carte ne sépare pas ces trois régions, préférant tracer une ligne de délimitation autour des trois. Elles sont contiguës, formant ainsi un seul bloc, du moins d’un point de vue purement géographique.

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La carte, note Maçães, « illustre un point important sur la nouvelle image d’elle même qu’à la Russie. Du point de vue de la géopolitique énergétique, l’Europe et l’Asie-Pacifique sont parfaitement équivalentes, fournissant des sources alternatives de demande en ressources énergétiques…. Et, si l’on considère les trois zones [délimitées sur la carte], il devient évident que deux d’entre elles sont déjà dirigées et organisées par un acteur de premier plan : L’Allemagne dans le cas de l’Europe ; et la Chine pour l’Asie-Pacifique ».

C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre le regain d’intérêt et l’intervention de la Russie au Moyen-Orient. En consolidant les trois régions productrices d’énergie sous sa direction, la Russie peut être un véritable égal de la Chine dans l’élaboration du nouveau système eurasien. Ses intérêts se situent maintenant plus résolument dans l’organisation d’une volonté politique commune pour la région centrale de production d’énergie, que dans la récupération des »”vieux désirs » de faire partie de l’Europe.

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Et la ‘volonté politique’ est aussi le projet de Xi : Alors qu’après que la révolution culturelle de Mao a essayé d’effacer le passé ancien de la Chine et de le remplacer par le « nouvel homme socialiste » du communisme, Xi a de plus en plus dépeint le parti comme l’héritier et le successeur d’un empire chinois vieux de 5 000 ans que seul l’Occident maraudeur a abaissé, écrit Graham Allison, auteur de Destined for War : Can America and China Escape Thucydides’s Trap ? Ainsi, le Parti a évoqué les humiliations passées aux mains du Japon et de l’Occident « pour créer un sentiment d’unité qui s’était fracturé, et pour définir une identité chinoise fondamentalement en désaccord avec la modernité américaine ».

Enfin, Xi s’est engagé à rendre sa puissance à la Chine. Il croit qu’une armée « capable de se battre et de gagner des guerres » est essentielle pour réaliser toutes les autres composantes de la « régénération » de la Chine. L’Amérique a davantage d’organisation militaire que la Chine, cependant que Moscou dispose d’armes technologiquement meilleures – mais la Chine rattrape aussi rapidement l’Occident à cet égard. La coopération militaire stratégique directe entre la Chine et la Russie (la Chine soutenait militairement et politiquement la Russie) était évidente dans la récente poussée de propagande américaine et britannique – Skripal et armes chimiques en Syrie – contre la Russie. Cette coopération agit comme un moyen de dissuasion contre l’entreprise d’une action militaire américaine contre l’un ou l’autre État.

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À Washington, contrairement à Pékin, il y a différentes voix qui tentent de définir comment l’Amérique devrait interagir avec la Chine. Trump a parlé le plus fort, cependant les idéologues sont là aussi, réclamant un réajustement fondamental des termes du commerce et des droits de propriété intellectuelle. Mais l’armée américaine est également convaincue que les États-Unis doivent rester l’hégémon militaire dans la région Asie-Pacifique et que la Chine ne doit pas être autorisée à repousser l’Amérique vers le large. Il y a, cependant, une rare unité à Washington – parmi les « groupes de réflexion » et entre les deux principaux partis politiques – sur un point et un seul : la Chine constitue la menace « numéro un » pour l’ordre mondial « fondé sur des règles » dirigé par les Américains… et devrait être remise à sa place.

Mais quels sont – parmi les objectifs de la Chine décrits ci-dessus – ceux sur lesquels les États-Unis pensent pouvoir d’une manière ou d’une autre « revenir en arrière » et réduire plus substantiellement le poids de la Chine – ce sans entrer en guerre ?

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En réalité, Xi peut accorder à Trump suffisamment de concessions mineures (c’est-à-dire sur les questions de prévalence et de propriété intellectuelle) pour permettre à Trump de revendiquer une « victoire » (c’est-à-dire de refaire un coup à la « Clinton »), et d’acheter quelques années de paix économique frileuse, tandis que les États-Unis continuent d’accumuler les déficits commerciaux et budgétaires. Mais en fin de compte, l’Amérique devra décider de s’adapter à la réalité, ou risquer au mieux la régression, ou la guerre au pire.

Cela sera difficile à la fois économiquement et géopolitiquement, d’autant plus que ceux qui prétendent connaître Xi semblent convaincus qu’en plus de vouloir faire de la Chine le « plus grand acteur de l’histoire du monde », Xi aspire aussi à être celui qui, enfin, réunifiera la Chine : non seulement le Xinjiang et le Tibet sur le continent, mais aussi Hong Kong et Taïwan. L’Amérique peut-elle encaisser culturellement l’idée que Taïwan « démocratique » soit militairement unifiée à la Chine ? Pourrait-elle l’échanger contre une solution nord-coréenne ? Cela semble improbable.

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 01-05-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/le-plus-grand-joueur-de-lhistoire-mondiale-par-alastair-crooke/

vendredi 18 mai 2018

Quand Gaza fait irruption au Festival de Cannes

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, un formidable documentaire animé, Samouni Road, de Stefano Savona, revient sur la mort de 29 membres d’une famille gazaouie en 2009.

ACT SOUMANI FILM

Samouni Road ***
de Stefano Savona
Film franco-italien, 2 h 10
Quinzaine des réalisateurs

Le Festival de Cannes présente souvent des films en prise avec les tourments du monde. Mais il aura rarement été rattrapé de façon si tragique par l’actualité du moment. Pour la première fois présent sur la Croisette cette année, le pavillon de la délégation palestinienne, drapeau en berne, était en deuil.

Réunis en cercle, les festivaliers présents, parmi lesquels on comptait les membres du jury. Un certain regard, la comédienne française Virginie Ledoyen, l’acteur portoricain Benicio del Toro, et la réalisatrice palestinienne Annemarie Jacir, ont observé une minute de silence en mémoire des 60 Gazaouis tués lors d’une manifestation lundi 14 mai.

Quelques minutes plus tôt, lors d’une discussion organisée dans le cadre du marché du film autour de Samouni Road, documentaire sur la bande de Gaza présenté à la Quinzaine des réalisateurs, l’un des membres de la délégation disait son espoir qu’un tel film ait le pouvoir de guérir les blessures de la guerre.

Son réalisateur, l’Italien Stefano Savona, est moins optimiste, mais aspire tout de même à un travail de mémoire salutaire. Il passe dans son film par la restitution de la façon la plus fidèle possible de la terrible histoire de la famille Samouni, paisibles paysans vivant dans le nord de la bande de Gaza, non loin de la frontière israélienne. Certains travaillent à Tel-Aviv, parlent hébreu et gardent leur distance avec les partis politiques rivaux.

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En janvier 2009, pourtant, lors de l’opération israélienne à Gaza baptisée « Plomb durci » visant à mettre fin aux tirs de roquettes du Hamas, 29 membres de cette famille sont tués par des soldats de l’État hébreu. Stefano Savona, qui venait de filmer la guerre au jour le jour, les rencontre à la fin de l’intervention militaire.

Frappé par la qualité des témoignages des femmes et enfants rescapés, allant au-delà de la colère ou de l’affliction, il décide de revenir un an plus tard à l’occasion du mariage d’un jeune couple. Les Samouni font preuve d’une telle résilience que le cinéaste décide de raconter leur quotidien avant, pendant et après la perte de leurs proches mais aussi de leurs maisons.

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Pour pallier l’absence d’images, il se tourne vers le cinéma d’animation, après avoir découvert le travail de son compatriote Simone Massi, réalisateur de courts-métrages au style unique sur la de sa famille dans le centre de l’Italie. Grattant avec divers outils pointus du papier enduit de pastel noir, cet animateur fait surgir la lumière de l’obscurité, les souvenirs de l’oubli.

La première partie mêle avec une fluidité confondante dessins du passé (ré) animé et témoignages recueillis sur le vif lors des tâches ménagères quotidiennes ou des discussions à l’ombre des oliviers et amandiers encore debout après le passage des tanks.

La nuit d’angoisse à l’issue fatale est quant à elle restituée par une demi-heure d’animation dont le tremblement du trait accentue l’émotion et la tension du drame qui se noue. Cette séquence éprouvante donne également à voir des vues aériennes du village comme celles que peuvent en filmer les drones militaires. Cherchant à donner à comprendre plus qu’à juger, Stefano Savona a recoupé les témoignages avec les rapports de la Croix-Rouge et ceux de l’armée israélienne qui a diligenté une enquête sur ces exactions.

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Le réalisateur n’escamote pas non plus la réalité d’une société patriarcale avec son lot de mariages arrangés et d’épouses reléguées dans des positions subalternes. Il montre aussi les ferments de la vengeance semés dans l’esprit des jeunes garçons. Mais tout autant, dans le regard brillant d’Alma, petite fille de 10 ans sauvée des décombres trois jours après le bombardement de sa maison, la volonté de se reconstruire malgré le traumatisme.

Stéphane Dreyfus, à Cannes
https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Quand-Gaza-fait-irruption-Festival-Cannes-2018-05-16-

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Jean Bernadotte (1763 - 1844) « Sergent Belle-Jambe », roi de Suède

HIST BERNADOTTE

 

Le maréchal Jean-Baptiste Bernadotte en prince héritier de Suède (1811, François Gérard, collections royales de Stockholm)Peu de destins auront été plus singuliers que celui de Jean-Baptiste Bernadotte.

Comment ce modeste Béarnais au teint basané, né dans la France de Louis XV, et qui selon la légende s’était fait tatouer « Mort aux rois ! » sur la poitrine, aurait-il pu imaginer qu’il deviendrait roi de Suède ?

De son couronnement, le 11 mai 1818 à Stockholm, est issue une dynastie qui règne depuis lors avec sérénité sur ce grand pays du Nord.

La réalité a dépassé la fiction...

Soldat de la République

C’est à Pau, patrie d’Henri IV, que Jean-Baptiste Bernadotte voit le jour le 26 janvier 1763. Fils d’un tailleur d’habits, il s’engage à 17 ans comme simple soldat au régiment d’infanterie Royal-La Marine.

Sérieux et travailleur, il grimpe lentement, grade après grade, les échelons militaires. À la veille de la Révolution, Bernadotte est promu sergent major. Apprécié pour son physique avantageux et sa prestance, le Béarnais est alors surnommé dans son régiment « Sergent Belle-Jambe ».

Bernadotte lieutenant du-36e régiment de ligne en 1792 (Louis-Felix Amiel, 1834)Les guerres de la Révolution vont lui permettre une rapide promotion. En 1793, il accède au grade de capitaine puis de chef de bataillon. L’année suivante, il participe à la bataille de Fleurus. Son rôle décisif dans la victoire lui vaut d’être aussitôt promu général de brigade. Quelques mois plus tard, il est nommé général de division.

Durant trois ans, Bernadotte va combattre en Belgique et aux Pays-Bas au sein de l'armée de Sambre­et-Meuse, commandée par Jourdan et Kléber. En 1797, il est envoyé avec sa division en Italie pour assister Bonaparte. Entre les deux hommes, le contact est froid car Bernadotte admet difficilement d’être sous les ordres d’un général plus jeune que lui. Le Béarnais mène avec succès l’avant-garde française contre l'archiduc Charles et c’est lui qui est chargé de rapporter au Directoire les drapeaux pris à l’ennemi.

Parent par alliance de Joseph Bonaparte

Nommé ambassadeur à Vienne, Bernadotte n’est pas de l'expédition d'Égypte. De retour en France au printemps 1798, il se rapproche de Joseph Bonaparte, alors député au Conseil des Cinq-Cents. Celui-ci est marié à la fille d’une des plus riches familles de Marseille, Julie Clary. Le Béarnais en profite pour épouser la sœur de cette dernière, Désirée, qui n’est autre que l’ancienne fiancée de… Napoléon !

Le mariage est célébré le 17 août 1798 à Sceaux, en présence de Joseph et Lucien Bonaparte. Un an plus tard, Désirée accouche d’un enfant, Oscar, et propose à Napoléon d’en être le parrain. Le futur Premier Consul accepte de bon cœur. Le destin de Bernadotte sera désormais étroitement lié à celui des Bonaparte.

Le 3 juillet 1799, le Béarnais est nommé ministre de la Guerre du Directoire. Il est alors un farouche républicain et Sieyès, qui complote pour renverser le régime, s’arrange pour le faire démissionner au bout de deux mois.

Lors du coup d’État du 18 Brumaire, Bernadotte refuse à la fois de se rallier à Bonaparte et de défendre le régime.

Maréchal d’Empire

En mai 1804, Bernadotte accepte néanmoins de se rallier à l'Empire. En récompense, il est fait Maréchal d'Empire et deviendra deux ans plus tard prince de Ponte-Corvo. Bernadotte participe aux guerres de l’Empire. Il ne s’illustre guère durant les batailles, se voyant régulièrement reprocher son attentisme par Napoléon.

Mais le 7 novembre 1806, lors de la bataille de Lübeck, sur la Baltique, Bernadotte se comporte avec une rare urbanité à l'égard des officiers suédois qui ont été faits prisonniers. À leur retour, ceux-ci chanteront ses louanges à Stockholm...

La bataille de Lübeck (6 et 7 novembre1806)

Prince-héritier de Suède

Alors qu'il est en semi-disgrâce, Bernadotte va soudainement voir son destin basculer à l’été 1810. Le 28 mai 1810, le prince-héritier Charles-Auguste de Suède, décède d’une chute de cheval.

Son père adoptif, le roi Charles XIII, malade et sans enfant, cherche donc un nouveau prince héritier. La Suède souhaite se rapprocher de la France, afin de contrer la Russie, et se met en quête d’un futur roi ayant les faveurs de Napoléon. Craignant que l’Empereur n’impose un membre de sa famille, le gouvernement suédois propose le titre à Bernadotte, en souvenir de sa bienveillance à l’égard des prisonniers.

Napoléon hésite. Il se méfie de Bernadotte et redoute que cette promotion ne donne des idées de trône à ses autres maréchaux. Il finit toutefois pas accepter, espérant disposer ainsi d’un solide allié en Europe du Nord.

Le 21 août 1810, les états généraux d'Örebro désignent à l'unanimité Bernadotte prince royal et successeur du roi Charles XIII. Deux mois plus tard, le Béarnais débarque en Suède. Il se convertit au luthéranisme et prend le prénom de Charles Jean. À la cour de Stockholm, il fait très vite oublier son passé révolutionnaire.

Son épouse Désirée Clary est quant à elle peu disposée à s’installer dans ce royaume nordique, si loin de sa famille et dont elle ne connait rien. Prétextant des problèmes de santé, elle fait traîner les choses et ne rejoint son mari que six mois plus tard, avec leur fils unique, Oscar. Mais la Marseillaise qui se fait très mal au climat scandinave et à l’austérité de la religion luthérienne, supporte encore moins l’éloignement de sa sœur, devenue de son côté reine d’Espagne. Elle choisit de revenir rapidement en France, laissant son fils à Stockholm.

Adversaire de la France

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En juin 1812, Napoléon envahit la Russie. Alors que l’empereur espère une attaque de la Suède contre la Finlande, Bernadotte lui fait faux bond en déclarant sa neutralité. Napoléon lui en gardera une éternelle rancune.

Bernadotte n'en a cure. Il signe un traité d'alliance avec la Russie et rejoint la coalition formée contre la France, en échange de l’annexion de la Norvège, alors unie au Danemark dont le souverain est jugé trop favorable à Napoléon !

Il combat ses anciens frères d'armes en Allemagne mais répugne toutefois à envahir la France. 

Roi de Suède et de Norvège

Le 5 février 1818, Charles XIII meurt. Bernadotte lui succède sur le trône de Suède et de Norvège sous le nom de Charles XIV.

Souverain d’une monarchie encore à mi-chemin entre absolutisme et parlementarisme, Bernadotte va régner en monarque tantôt libéral, tantôt conservateur. Bénéficiant du contexte pacifique de l’après traité de Vienne, il rétablit les fiances du royaume et fait de la Suède, pays jusqu’alors belliqueux, un État neutre, sur le modèle de la Suisse. Depuis son accession au trône, le royaume n’a plus participé à un conflit.

Bien qu’il n’ait jamais réussi à parler la langue de ses sujets, il resta très populaire. Son jubilé, en 1843, fut l’occasion d’une immense ferveur. Bernadotte meurt à 81 ans, le 8 mars 1844. Son fils Oscar lui succède sous le nom d’Oskar Ier. L’actuel roi de Suède, Charles XVI, est son arrière-arrière-arrière-petit-fils !

https://www.herodote.net/histoire/synthese.php?ID=2410&ID_dossier=345

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jeudi 17 mai 2018

Ambassade US à Jérusalem : « Coup de pied dans la fourmilière » ou « machineries infernales » ? (Vidéo)

A l’occasion du 70e anniversaire de la proclamation de l’Etat d’Israël, l’ambassade des Etats-Unis est inaugurée à Jérusalem. Pour RT France, Richard Labévière et Richard Abitbol confrontent leur analyse de la situation dans la région.

VID LABEVIERE ABITBOL RT

Ce 14 mai 2018, l’inauguration de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem marque un tournant majeur après des décennies de prudence diplomatique. Comme prévu, l’événement n’a pas manqué d’exacerber les tensions déjà vives dans cette région du monde : pour protester contre l’événement, des milliers de Palestiniens se sont dirigés vers la frontière israélo-palestinienne, dans la région de Gaza, et des dizaines d’entre eux ont perdu la vie sous les tirs israéliens.

Sur le plateau de RT France, le rédacteur en chef du site Proche et Moyen-Orient, Richard Labévière, ainsi que le président de la confédération des juifs de France, Richard Abitbol, ont livré leur analyse de la situation. Des visions totalement opposées qui ont parfois mené à de vifs échanges…

Le déplacement controversé d’une ambassade

Premier à prendre la parole, Richard Abitbol s’est félicité de la décision de Donald Trump qui, selon lui, « crée le conflit pour régler le conflit ». « [Donald Trump] donne un coup de pied dans la fourmilière », a poursuivi le président de la confédération des juifs de France, comparant le locataire de la Maison Blanche à l’ancien conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis, Henry Kissinger, qui selon lui, « attendait le conflit pour traiter le conflit ».

De son côté, Richard Labévière a déploré une décision qu’il estime être à la source de trois « machineries infernales ».

Ainsi, le rédacteur en chef du site Proche et Moyen-Orient a déploré un « piétinement du droit international », « la fin des accords d’Oslo [conclus en 1994] », ainsi qu’« une action de négationnisme historique scandaleuse et inédite dans l’histoire du Proche-Orient ».

Avant Trump… l’administration américaine ?

Les deux invités, chacun à leur tour, n’ont pas manqué d’évoquer le rôle global de l’administration américaine dans l’évolution de la situation au Proche-Orient.

« Ce n’est pas Monsieur Trump qui a décidé de faire que l’ambassade américaine vienne à Jérusalem, c’est une décision de l’administration Clinton, c’est une loi américaine qui doit s’appliquer et qui a été suspendue. », a argué Richard Abitbol.

Quant à Richard Labévière, il a dénoncé l’influence américaine dans la région, n’hésitant pas à évoquer l’implication des « lobbies juifs [américains] pro-israéliens » et des « PAC » [en français, comités d’action politique, organisations privées dont le but est d’infléchir les choix des élus américains]. Il a ainsi déclaré : « La médiation américaine s’est tellement ridiculisée […] Depuis le départ, la question israélo-palestinienne est une question de politique domestique intérieure aux Etats-Unis.»

Quel chemin pour la paix ?

Richard Abitbol s’est montré catégorique : « Il y a aujourd’hui une chance comme jamais pour avoir une paix au Proche-Orient avec une alliance nouvelle entre tous les pays sunnites et Israël. »

Richard Labévière, lui, a considéré qu’« il [fallait] sortir du théologico-politique […] pour laïciser le problème et revenir à une technicité diplomatique ».

Le dossier iranien

En fin de débat, les deux interlocuteurs ont été interrogés sur le récent retrait de Washington de l’accord sur le nucléaire iranien.

A ce sujet, Richard Labévière s’est inquiété d’une « convergence américaine, israélienne et saoudienne pour faire une guerre à l’Iran ». Il a poursuivi en exprimant ses craintes sur un « conflit [qui] pourrait s’élargir au-delà du Moyen-Orient », évoquant le rôle de pays comme la Russie et la Chine.

De son côté, Richard Abitbol a salué la décision de Donald Trump, développant une virulente critique de la République islamique d’Iran : « C’est une décision qui devrait ravir le monde entier, l’Iran n’a pas seulement une politique anti-israélienne, l’Iran est à l’origine de beaucoup d’attentats antisémites […] l’Iran finance des groupes terroristes qui ont généré des attentats antisémites un peu partout dans le monde, l’Iran n’est pas une démocratie ! »

Source :

https://francais.rt.com/entretiens/50678-ambassade-us-jerusalem-coup-pied

https://www.la-croix.com/Monde/Moyen-Orient/marche-sanglante-Gazaouis-2018-05-14-1200938870

Voir notamment :

Censures « françaises » – Richard Labévière

https://aphadolie.com/2018/05/16/ambassade-us-a-jerusalem-coup-de-pied-dans-la-fourmiliere-ou-machineries-infernales-video/

Voir la vidéo:

 

VIDEO DEBAT JERUSALEM

Ambassade US à Jérusalem : Richard Labevière et Richard Abitbol confrontent leur analyse

https://www.youtube.com/watch?time_continue=800&v=H7zDgJM3G6Q

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mercredi 16 mai 2018

FRANCE | Tu dénonces Soros? Tu es antisémite!

ARG SOROS POINT GODWIN

La couverture de Valeurs actuelles fait la polémique cette semaine. On y voit le portrait du vieux requin de la finance sous le titre «Le milliardaire qui complote contre la France». Etrangement, cela vaut au magazine l'accusation d'antisémitisme de la part de juges autorisés. Régis de Castelnau résume avec brio et humour cette nouvelle chasse aux sorcières:

Rubrique : dévoiement.

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«J'ignorais (vraiment) que George Soros était juif. Je savais seulement qu'il était américain, un super riche sans scrupule ayant bâti une immense fortune en spéculant contre les États. Fortune qu'il met désormais au service du projet politique néoconservateur américain. En intervenant avec son pognon partout sur la planète pour mettre le bazar. Donc pour moi, un ennemi.

Je ne lis pas Valeurs Actuelles (faut pas déconner), mais sa couverture que j'avais regardée distraitement ne m'avait pas frappé. Aussi nulle et racoleuse que celles de tous ses concurrents.

– Ah oui mais non, cette couverture est antisémite !

– Ah bon ?

– Ben oui, il y a le mot « milliardaire », qui est un synonyme du mot « juif ». Comme « banquier ». Critiquer un milliardaire ou un banquier, c'est antisémite. Tu ne savais pas ?

– Mais moi, mon banquier il n'est pas juif. Enfin je crois.

– Tu as vérifié ?

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Heureusement, trois preux chevaliers viennent à son secours. Glucksmann (le fils), Plenel et Askolovitch. Et avec la bonne foi qui les caractérise, ils nous disent que publier la photo d'un vieux monsieur et parler de milliardaire en même temps, comment que c'est pas antisémite, protocole des sages de Sion, les heures sombres et tout ça.

En nous prenant pour des jambons. Glucksmann, on sait avec certitude depuis le coup d'État en Ukraine qu'il est un agent américain, c'est de famille. Les deux autres aussi, ça fait longtemps.

Qu'est-ce qui motive cette intervention précipitée au soutien des intérêts de l'oligarque ? Chacun aura son opinion mais cette façon de dévoyer le nécessaire et urgent combat contre l'antisémitisme est simplement dégueulasse.»

(Régis de Castelnau, 11 mai 2018)


 

«Antisémite», «complotiste», «islamophobe» : la une de Valeurs actuelles sur Soros fait réagir

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Valeurs actuelles publie une enquête sur «l'empire du milliardaire George Soros, qui n'hésite pas à employer sa fortune pour influencer la société». Plusieurs personnalités se sont indignées de ce choix de sujet comme de son traitement.

Valeurs actuelles a publié une enquête le 9 mai sur l'homme d'affaires hongrois George Soros, comparé par l'hebdomadaire à un «milliardaire qui complote contre la France». Pour le magazine, «l'empire» de George Soros, «n'hésite pas à employer sa fortune pour influencer la société». Des formules choc qui ont fortement déplu à certains intellectuels français.

Ainsi, l'essayiste Raphaël Glucksmann rappelle dans un tweet l'épisode de la publication au début du XXe siècle des Protocoles des Sages de Sion, un écrit factice supposé prouver une conspiration juive pour conquérir le monde et ayant servi de base à de nombreuses théories antisémites par la suite. Dressant un parallèle entre cet ouvrage et l'hebdomadaire, le philosophe commente : «Le protocole des sages de Sion, version 2018. Le remake hongrois vient d’être traduit en Français.»

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Le directeur de la publication de Mediapart, Edwy Plenel, est également virulent contre Valeurs actuelles : «Quand le complotisme mainstream de l'hebdo islamophobe Valeurs actuelles flirte avec le vieil antisémitisme du milliardaire juif cosmopolite qui financerait l'anti-France.»

L'éditorialiste Claude Askolovitch préfère, pour sa part, l'ironie : «Un milliardaire juif complote contre la France pour l’islamiser [...] Valeurs actuelles connait les classiques.»

Thomas Snégaroff, historien pour France Info, considère, avec la couverture de Valeurs actuelles, «que le vieil antisémitisme n'est pas mort».

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George Soros est une personnalité controversée, notamment dans son pays natal. Il est accusé par les autorités hongroises de s'ingérer dans les affaires du pays en encourageant notamment l'immigration par le biais de financements d'ONG. Milliardaire américano-hongrois à la tête de la fondation Open Society (OSF) intervenant dans la vie politique de nombreux pays, notamment en finançant des ONG pro-UE ou pro-migrants, George Soros s'était alarmé en janvier dernier d'être en train de perdre la bataille idéologique qu'il mène à travers elle. Les ONG financées par George Soros militent, entre autres, pour l'accueil des réfugiés dans les pays occidentaux et la défense des sanctions occidentales contre la Russie.

https://francais.rt.com/france/50532-antisemitisme-complotisme-islamophobie-la-une-de-valeurs-actuelles-sur-george-soros-fait-reagir?mc_cid=3386296fec&mc_eid=3a5e263339

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Compte à rebours de la guerre contre l’Iran ?

TRIBUNE LIBRE /

TL BOLTON

Publié le 12 Mai 2018 sous le titre Countdown To War On Iran

Traduit de l’anglais par Dominique Muselet

John Bolton est un homme sans foi ni loi :

Au début de 2002, un an avant l’invasion de l’Irak, l’administration Bush a exercé une pression intense sur [José] Bustani pour qu’il démissionne de son poste de directeur général de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.  […]

Bolton – alors sous-secrétaire d’État au contrôle des armes et aux affaires de sécurité internationale – est allé en personne au siège de l’OIAC à La Haye pour mettre en garde le chef de l’organisation. Et, selon Bustani, Bolton n’a pas mâché ses mots. Il a dit : « Cheney veut que vous partiez », en faisant référence au vice-président des États-Unis de l’époque. « Nous ne pouvons pas accepter votre style de gestion. »

Bolton a ajouté, toujours selon Bustani : « Vous avez 24 heures pour quitter l’organisation, et si vous ne vous conformez pas à la décision de Washington, nous avons des moyens de vous le faire payer. »

Puis après un silence :

« Nous savons où vivent vos enfants. Vous avez deux fils à New York. »

José Bustani avait obtenu que les inspecteurs de l’OIAC retournent en Irak. Ils n’auraient rien trouvé. Cela aurait contredit la campagne de propagande américaine pour déclencher la guerre contre l’Irak. Comme Bustani ne voulait pas partir, les États-Unis ont menacé de réduire le budget de l’OIAC et ont « convaincu » d’autres pays membres du conseil exécutif de s’en débarrasser.

John Bolton a été également à l’origine d’une campagne contre l’AIEA et son chef Mohamed ElBaradei. Le téléphone d’ElBaradei a été mis sur écoute et des rumeurs ont été lancées contre lui pour le contraindre à quitter ses fonctions.

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L’administration américaine, les néoconservateurs et les médias font un remake (je recommande ce lien) de la campagne de propagande qu’ils avaient menée en faveur de la guerre contre l’Irak. Cette fois-ci, la cible est l’Iran :

Comme pour l’Irak, il est plus facile pour Bolton et Netanyahu d’atteindre leur objectif en discréditant le système actuel d’inspections internationales. Bolton a qualifié les méthodes d’inspection mises en place par l’accord nucléaire iranien de « dangereusement inadéquates » et a déclaré que « l’Agence internationale de l’énergie atomique » était « susceptible de rater d’importantes installations [nucléaires] iraniennes ». Dans son discours au Congrès de 2015 qui attaquait l’accord avec l’Iran, Netanyahu a insisté sur le fait que « non seulement l’Iran défie les inspecteurs, mais il est passé maître dans l’art de jouer à cache-cache avec eux ».

Tous ceux qui s’opposent à leur propagande doivent partir. Bolton, qui veut bombarder l’Iran, est de retour aux commandes. L’une de ses cibles les plus évidentes est l’AIEA, qui certifie que l’Iran s’en tient à l’accord nucléaire. Il semble que les machinations de Bolton portent leurs fruits :

Le chef des inspections de l’organe de contrôle nucléaire de l’ONU a démissionné soudainement, a annoncé l’agence vendredi sans donner de raison.

Le départ de Tero Varjoranta intervient à un moment délicat, trois jours après que les États-Unis ont annoncé qu’ils abandonnaient l’accord nucléaire entre les puissances mondiales et l’Iran, ce qui soulève la question de savoir si Téhéran continuera à s’y conformer.

Varjoranta, un Finlandais, était directeur général adjoint de l’Agence internationale de l’énergie atomique et chef de son Département des garanties* qui vérifie, depuis octobre 2013, que les pays signataires du Traité de non-prolifération nucléaire le respectent.

Une autre victime est le fonctionnaire du département d’État qui a certifié que l’Iran respectait l’accord nucléaire :

L’un des plus grands experts du département d’État en matière de prolifération nucléaire a démissionné cette semaine après que le président Donald Trump a annoncé le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire iranien, ce qui, selon les responsables et les analystes, s’inscrit dans le cadre d’une inquiétante fuite des cerveaux de la fonction publique au cours des 18 derniers mois.

Richard Johnson, un fonctionnaire qui occupait le poste de coordonnateur adjoint par intérim au Bureau central de la mise en œuvre du programme nucléaire iranien, avait participé à des pourparlers avec des pays qui cherchaient à sauver l’accord au cours des dernières semaines, y compris la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne – un effort qui, en fin de compte, a échoué.  […]

Le Bureau que Johnson dirigeait est passé de sept employés à temps plein à zéro employé depuis l’inauguration de Trump.

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L’homme qui a lancé la guerre contre l’Irak est maintenant récompensé. Netanyahou incite à la guerre contre l’Iran, tout comme il a incité à la guerre contre l’Irak. D’obscurs groupes d' »experts » insensés sortent de leurs chapeaux des documents de politique générale en faveur d’un « changement de régime ». Les « alliés » américains sont sous pression. Leur ouverture au « compromis » augmente les chances de guerre. Pendant qu’ils insistent pour s’en tenir aux règles internationales, des acteurs malveillants préparent des mesures pour briser leur résistance. On n’en est encore qu’au début d’une « opération de formatage » de l’opinion publique. Cette préparation du public à la guerre prendra probablement un an ou deux.

Ce qui manque encore, c’est un événement qui déclenche la frénésie guerrière dans le public américain. Pour cela, les États-Unis orchestrent généralement des opérations sous faux drapeaux – l’incident du Tonkin, le naufrage du Maine, les meurtres à l’Anthrax – pour créer un motif psychologique pseudo-rationnel à la guerre. Un lobbyiste pro-israélien appelle** Israel à en monter un pour déclencher la guerre contre l’Iran.

On se demande quand et comment un nouvel incident comme le 11 septembre, ou une autre alerte à l’anthrax, aura lieu. Ce sera le signe le plus sûr que le compte à rebours de la guerre contre l’Iran a commencé.

Moon of Alabama

*) safeguards en anglais

**) Traduction du tweet : Incroyable ! un lobbyiste pro-Israel, Patrick Clawson, suggère qu’Israel devrait monter une ‘opération sous faux drapeau’ pour forcer les USA à déclarer la guerre à l’Iran.

Original en anglais: Countdown To War On Iran

URL: https://arretsurinfo.ch/compte-a-rebours-de-la-guerre-contre-liran/

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mardi 15 mai 2018

52 Palestiniens tués par des tirs israéliens à Gaza, les autorités accusent Israël de «massacre»

Selon un bilan provisoire, 52 Palestiniens ont été tués et des centaines blessés par des tirs de soldats israéliens dans la bande de Gaza, où des milliers de personnes protestent contre le transfert à Jérusalem de l'ambassade américaine en Israël.

ACT NAQBA MANIF

La tension est de nouveau montée d'un cran dans la bande de Gaza où 52 Palestiniens ont été abattus par des tirs israéliens le 14 mai, selon un bilan provisoire fourni par les autorités gazaouies. L'ambasadeur palestinien à l'ONU a évoqué de son côté la mort de «huit enfants de moins de 16 ans» et au moins 2 000 blessés.

L'armée israélienne a en outre affirmé avoir mené des raids contre des cibles du Hamas, sans fournir de bilan de ces bombardements. Des milliers de personnes manifestent dans les territoires palestiniens contre le transfert de l'ambassade des Etats-Unis en Israël, de Tel-Aviv à Jérusalem.

Les autorités palestiniennes dénoncent un «horrible massacre»

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Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a dénoncé un «massacre» israélien. Qualifiant l'ambassade étasunienne de «nouveau poste avancé de la colonisation», Mahmoud Abbas a affirmé : «Les Etats-Unis ne sont plus un médiateur au Moyen-Orient.» Il a en outre annoncé trois jours de deuil dans les Territoires palestiniens et une grève générale le 15 mai.

Le porte-parole du gouvernement palestinien, Youssouf al-Mahmoud, a réagi dans un communiqué, réclamant une «intervention internationale immédiate pour stopper l'horrible massacre commis à Gaza par les forces occupantes israéliennes contre notre peuple héroïque». Amnesty International a pour sa part dénoncé une «violation abjecte» des droits de l'homme, accusant Israël de commettre des «crimes de guerre».

«Nous demandons à toutes les parties d'agir avec la plus grande retenue afin d'éviter des pertes de vie humaine supplémentaires», a pour sa part affirmé le chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini dans un communiqué.

L'armée israélienne avait largué auparavant des tracts mettant en garde les Gazaouis : «Vous prenez part à des rassemblements violents au péril de votre vie [...] Ne laissez pas le Hamas, de la manière la plus cynique, se servir de vous comme de ses jouets.» Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, a prévenu que l'armée emploierait «tous les moyens» pour défendre la frontière, les soldats et les civils israéliens riverains de l'enclave.

Plus de 100 morts depuis le 30 mars

Ces décès portent à 106 le nombre de Palestiniens tués dans la bande de Gaza depuis le début d'un mouvement de protestation massif le 30 mars afin de réclamer l'application du droit au retour des Palestiniens, qui ont fui ou ont été chassés de leur terre en 1948 lors de la création de l'Etat hébreuLe 14 mai est la journée la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis la guerre de 2014 dans l'enclave. 

En plus de leur opposition au transfert de l'ambassade, les Palestiniens protestent aussi contre le blocus de Gaza imposé par Israël et l'occupation militaire. L'armée israélienne a dénié le caractère pacifiste de la mobilisation, revendiqué par les participants, la qualifiant «d'opération terroriste» conduite par le Hamas, qui gouverne l'enclave palestinienne et auquel il a livré trois guerres.

Ivanka Trump représentera les Etats-Unis lors de la cérémonie du transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem

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L'ambassade des Etats-Unis en Israël a été officiellement inaugurée à Jérusalem le 14 mai en présence d'Ivanka Trump et Jared Kushner, la fille et le gendre du président américain qui sont aussi ses conseillers. La cérémonie concrétise l'une des promesses de campagne du président Donald Trump. La promesse avait déjà été faite par d'autres présidents américains, et la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l'Etat d'Israël ainsi que le principe du déplacement de l'ambassade des Etats-Unis sont l'objet d'une loi adoptée à une écrasante majorité par les deux chambres du Congrès en octobre 1995. 

Salué comme «historique» par Israël, ce déménagement est largement perçu comme un acte de défi envers la communauté internationale dans une période de grande inquiétude pour la stabilité régionale.

https://francais.rt.com/international/50660-dizaine-palestiniens-tues-ouverture-ambassade

Posté par UPR Creuse à 09:21 - - Permalien [#]
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