mardi 16 janvier 2018

Une fin d'année étrange et inquiétante à la France insoumise

Ou comment gauche bien-pensante et gauchisme sont un frein au rassemblement majoritaire.

tribune libre/Jacques COTTA

TL MIGRANTS

Alors que la parole du groupe parlementaire et particulièrement de Jean Luc Mélenchon est sans équivoque sur nombre de points, on voit ici ou là des prises de position contradictoires qui sèment le trouble et qui inévitablement tendent à la dislocation, à l’éclatement. Derrière cette réalité, la FI comme cadre de regroupement majoritaire est menacée. Dans un papier paru sur notre site il y a quelques semaines, « Réflexions sur mouvement vs parti » (http://la-sociale.viabloga.com/news/reflexions-sur-mouvement-vs-parti)  Tony Andreani posait les enjeux. Un peu plus tard, dans un papier concernant « l’émission politique » de France 2 dans laquelle Jean Luc Mélenchon était l’objet d’attaques violentes, je tentais d’illustrer le propos à partir de la question centrale de la laïcité et des contradictions entre les principes élémentaires définis par JLM et les positions défendues par Danièle Obono. On trouvera « La FI cible de l’oligarchie qui tape parfois là où ça fait mal » à l’adresse suivante (http://la-sociale.viabloga.com/news/la-fi-cible-de-l-oligarchie-qui-tape-parfois-la-ou-ca-fait-mal). Aujourd’hui, avec l’immigration et l’existence des migrants, c’est un autre sujet qui éclate à la figure de la FI et qui repose la même question : est-il possible de construire quelque chose de solide sur un socle défini comme « gazeux » ?

Quelle politique migratoire ?

La question n’est pas secondaire car les phénomènes auxquels on assiste aujourd’hui pourraient bien s’amplifier considérablement dans les temps qui viennent. Aussi la réponse politique qui y est apportée prend une place de premier plan.

Une manifestation avait lieu samedi 16 décembre à la frontière italienne en soutien aux migrants. Une initiative qui à priori pouvait être comprise comme une bataille contre l’Etat pour qu’il respecte la loi vis à vis des demandeurs d’asile : instruction des dossiers, traitement humain, prise en charge des mineurs isolés, hébergement en dur, soins, accueil le temps d’obtenir une réponse permettant soit de rester, soit de quitter le territoire, renforcement des services publics tant pour assumer ces tâches que pour aider l’ensemble de la population, unifier dans leur préoccupations migrants d’une part, salariés d’autre part à partir de leurs intérêts communs, etc… Bref, une initiative politique mettant l’état et le gouvernement face à leurs responsabilités à partir d’une préoccupation humanitaire bien légitime.

En réalité, il n’en n’a rien été. La « gauche de la gauche », dans la foulée de la « gauche » bien-pensante des beaux quartiers, préfère exonérer de leurs responsabilités les responsables de cette situation. Dans le compte rendu de cette initiative, on peut en effet lire : « Menton « perle de France » : « Nous détruirons toutes les frontières ! » Et un peu plus loin « Oui, les casseurs et les clandestins étaient là. Casseurs de frontières, briseurs des chaines de l’esclavage et de l’exploitation. ClandestinEs d’un ordre qui discrimine et qui tue, qui enferme et sépare. TouTEs  migrantEs ! ». Ainsi, sans se priver de l’écriture inclusive à la mode qui rend un peu plus ridicule la prose d’usage, voilà la « gauche de la gauche », forte de 800 manifestants venus de plusieurs coins de France, qui réclame la mise à bas des frontières, de l’Etat, et donc de fait, qui revendique comme seul moyen de régulation l’UE dont on connaît les penchants pour la destruction des Nations au nom d’un libéralisme à toute épreuve

Que le NPA, le PCF ou autres associations pour qui il y a là un fonds de commerce à défaut d’une politique réelle opposée à Macron et son gouvernement soient de la partie, pas grand-chose d’étonnant. Mais surprise, la FI des alpes maritimes fait partie du lot. Comment cela est-il possible ? Voilà où mène le rassemblement basé sur « l’homogénéité d’actions » et non sur « l’homogénéité de la pensée ». D’un côté Mélenchon à l’assemblée nationale qui défend une ligne claire, nette, et fort juste sur la souveraineté nationale, sur la Nation, sur la défense, sur l’UE et la rupture avec les traités, etc…* De l’autre, au nom de la FI, des groupes qui se retrouvent avec ce qu’il y a de plus décomposé politiquement sur une orientation opposée à celle de Mélenchon, qui aspirent à réaliser –sans même s’en rendre compte pour certains- les vœux de la finance et du capital financier dont les ambitions sont sans limites et qui définissent, pour atteindre leur objectif, l’état et les nations comme des obstacles à abattre.

La FI menacée

Il n’y a pas d’un côté les courants sensibles à la souffrance humaine, de l’autre ceux qui y seraient indifférents. Non, il y a deux positions diamétralement opposées sur la question migratoire qui recoupe les sujets de fond.

  •  D’une part la bataille politique qui dégage les responsabilités de cette situation et s’attaque aux causes des mouvements migratoires :

-la responsabilité de nos gouvernements successifs engagés dans des guerres à travers le monde qui jettent des millions d’êtres humains sur les routes ou les mers.

-la responsabilité de nos gouvernements qui font du commerce le but ultime de toute existence humaine, notamment avec l’UE, le CETA ou le TAFTA.

-la responsabilité de nos gouvernements qui ne disent mot sur les pillages de ressources qui impose l’exil à des populations entières.

-la responsabilité des gouvernements des grandes puissances qui tout en réprimant souvent nient le droit des peuples poussés à migrer à posséder leur propre nation, à décider, à diriger leurs affaires.

  • D’autre part la substitution d’un soit-disant « humanitarisme » en lieu et place de la bataille politique, comme si l’humanitaire pouvait tenir lieu de politique.

-Etrange « humanitarisme » qui clame que « les migrants sont une chance pour la France ». L’égoÏsme n’aurait donc aucune limite, puisque est ainsi transformé le malheur des immigrés en bonheur des français. Car pour eux, quelle est la chance de se retrouver ici ? Quel avenir sinon de renforcer les bataillons de chômeurs au profit d’une politique patronale qui cherche toujours les salaires à la baisse, sur les chantiers, dans le bâtiment, ou dans la cueillette de fruits par exemple ? Qui peut considérer sérieusement que « la porte de la chapelle » ou les trottoirs parisiens sont un avenir enviable, souhaitable ?

-Etrange humanitarisme qui fort égoïstement se retranche derrière ce que les migrants pourraient nous apporter, sans s’interroger une seconde sur le pillage intellectuel de leur nation que représentent ces mouvements migratoires, après d’ailleurs qu’aient été pillées sans retenue leurs ressources naturelles.

-Etrange humanitarisme qui refuse de lier les migrations à nos capacités en termes d’emplois décents et correctement rémunérés, à notre réindustrialisation, à notre politique de logement, au développement de nos services publics, à notre politique éducative et d’alphabétisation, etc… 

La question des frontières, de la nation, de notre souveraineté est bien centrale. Elle conditionne notre capacité à répondre comme nous l’entendons aux défis posés par les mouvements migratoires.

  • D’une part en appliquant les lois de la république, notamment en ce qui concerne l’accueil des mineurs isolés, et plus généralement en exigeant des conditions décentes pour ceux qui sont aujourd’hui arrivés sur notre sol. Les traiter comme des éléments du genre humain, ni plus, ni moins, le temps de l’instruction de leur dossier, et non comme des individus hostiles, pourchassés et menacés.

  • D’autre part en mettant en place une orientation qui s’oppose à la poursuite de ces mouvements migratoires dont les migrants sont en très grande majorité les premières victimes. Ces populations qui n’ont pas demandé de venir parcourir nos routes ou nos eaux aspirent souvent à pouvoir prendre le chemin du retour pour bâtir leur avenir, leur état, leur nation. 

L’immigration indique bien l’importance incontournable des questions liées à la Nation, à la souveraineté, aux frontières. La façon dont par exemple Djordje Kuzmanovic, le conseiller de JLM pour les affaires internationales, est pris à partie sur Internet, indique bien l’incompatibilité qui existe entre les positions contradictoires. Peut-on penser que la diversité, voire l’opposition des positions, serait une bonne chose pour permettre au plus grand nombre de se retrouver? Ou au contraire, les forces centripètes l’emportant, n’est-ce pas l’explosion qui guette. Comme les questions de la laïcité, celles qui concernent l’immigration sont sans doute centrales pour regrouper majoritairement, comme l’aspire la FI. La FI désire devenir le rassemblement majoritaire en vue de gouverner. Mais dans ce but est-il possible de faire l’économie de la clarté ? Gagner à une juste orientation en vue du pouvoir nécessite de retrouver des électeurs qui jusque-là se sont égarés sur la droite, voire l’extrême droite. Gagner une majorité nécessite de ramener à la politique des pans entiers de la société qui s’en sont peu à peu éloignés. Est-ce concevable dans le flou, l’incertitude, la contradiction des positions ? Question d’autant plus légitime que la politique revenant aux commandes, Emmanuel Macron et son gouvernement savent observer, analyser et utiliser les failles de ce qui constitue la principale opposition à son orientation.

Macron 2018

Le président de la république va faire en ce début 2018 de la question de l’immigration une des pierres angulaires de sa politique, cherchant à fracturer toutes les forces dont la FI. Au passage, il affiche une politique qui est une véritable claque à tous ceux qui durant les présidentielles ont voulu convaincre du bienfait du vote Macron pour faire barrage à Le Pen. Le ministre de l’intérieur de Macron, l’ancien socialiste Gérard Collomb, n’aurait en effet pas détonné dans un gouvernement frontiste. Du moins en témoignent les mesures qu’il met en avant. Avec la circulaire du 12 décembre autorisant les préfectures à recenser les migrants dans les centres d’hébergement d’urgence, c’est d’abord Jacques Toubon, défenseur des droits, qui exprime son opposition. Les associations à juste titre parlent de « traque des étrangers dans les centres d’hébergement », et indiquent le caractère dangereux de la mesure dont le premier effet sera de tenir à l’extérieur des centres des migrants qui craignent un traitement hostile. Et dans les rangs de la LREM, une députée prend fort justement à partie le ministre de l’intérieur au sein de l’Hémicycle. Au même moment on apprend que dans le briançonnais un migrant a été sauvé de justesse par les secours alors qu’il se trouvait à -17° dans la neige, pieds nus.

On voit bien la façon dont le pouvoir va tenter à travers une série de mesures de jouer sur les sentiments pour que surtout sa politique ne soit pas mise en cause. Tout devrait être cantonné à l’humanitaire évacuant la politique. La politique de Macron-Collomb n’a pas de sens autre que répressif. Les durcissements sur la question des migrants est absurde, car nul ne peut empêcher de fuir la misère et le la guerre lorsqu’elle frappe à sa porte. Une fois encore, la vraie question, une fois les mesures républicaines élémentaires respectées, est de savoir quelle politique pour enrayer les flux migratoires

Si fort justement le pape qui en appelle à l’hospitalité indique de son balcon à Rome que « dans beaucoup de cas, ce départ est chargé d’espérance, chargé d’avenir ; (…   )ce départ a un seul nom : la survie. Survivre aux Hérode de l’heure qui, pour imposer leur pouvoir et accroitre leurs richesses, nont aucun problème à verser du sang innocent », il conclut « Noel c’est le temps pour transformer la force de la peur en force de charité ». Le pape, la gauche bien-pensante, l’extrême gauche sur la même ligne. Pourtant, la charité n’a pas grand-chose à voir à cette affaire où la cause première est à tout point de vue dans la politique mise en œuvre par nos gouvernants et par les instances supra nationales qui portent la responsabilité de la situation.  

Dans ce contexte, la FI peut-elle faire l’économie à tous ses niveaux de la discussion politique sur le fond, histoire d’éviter les dérives de Menton, les injures faites à Djordje Kuzmanovic ? Peut-elle s’émanciper de la discussion démocratique permettant de décider, d’unifier, de réfléchir ? Et une fois les décisions prises dans le respect des points de vue de chacun, dans le respect des règles démocratiques, ne devrait-il pas y avoir nécessité de respecter les quelques textes qui font office de programme? Mais un mouvement basé sur l’action et non sur la pensée peut-il satisfaire ces nécessités ? La FI comme mouvement n’a-t’elle pas atteint des limites que l’organisation sous la « forme parti » serait à même de dépasser ? Car comment tolérer que la FI à travers un groupe ou un autre participe à une orientation basée sur la destruction des frontières, de l’état, des nations, alors que les textes de la FI sont pourtant sur ce point sans équivoque :

« L’immigration est une arme utilisée par le grand patronat pour faire pression à la baisse sur les salaires, c’est pourquoi elle doit être combattue à la racine (…) Il faut refuser les traités de libre-échange et en particulier le CETA et les traités européens, ainsi que l’avait clairement exigé le peuple français en mai 2005 en votant NON au Traité Constitutionnel Européen (…) Il faut arrêter les guerres par une diplomatie active et indépendante, en supprimant les accords commerciaux inégaux qui inondent les pays pauvres de produits agricoles européens, en cessant le pillage des ressources des pays en voie de développement par les multinationales prédatrices et en aidant les pays les plus vulnérables face au dérèglement climatique. Il faut instaurer le protectionnisme pour garder l’emploi en France, dénoncer les délocalisations et réindustrialiser notre pays. Soutenir l’adoption à l’ONU d’un cadre contraignant les multinationales à respecter un socle de normes sociales et environnementales (…) La France compte aujourd’hui plus de 6 millions de chômeurs, 9 millions de pauvres et 4 millions de mal-logés. Dans ces conditions, l’immigration économique est inacceptable (…) Il faut interdire les travailleurs détachés et sanctionner sévèrement tout entrepreneur qui embauche des travailleurs clandestins. Régularisation des sans-papiers déjà présents sur le territoire et n’ayant pas commis de crimes pour assurer l’égalité sociale entre les travailleurs en interdisant le dumping social intérieur. La traque des immigrés pris individuellement est non seulement inhumaine mais inefficace (…) Afin d’assurer l’intégration, la politique d’assimilation par l’école républicaine doit être réaffirmée (…) Il faut sortir des traités européens et des accords de Schengen qui imposent à la France une politique migratoire catastrophique pour les travailleurs ».

 
Jacques Cotta

Le 28 décembre 2017

http://la-sociale.viabloga.com/news/une-fin-d-annee-etrange-et-inquietante-pour-la-fi

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"D’un côté Mélenchon à l’assemblée nationale qui défend une ligne claire, nette, et fort juste sur la souveraineté nationale, sur la Nation, sur la défense, sur l’UE et la rupture avec les traités, etc…" Voilà un passage qui me semble fort discutable! J'aurais tendance à penser que sur la question des migrants comme sur la question européenne, JLM et la FI jouent sur tous les tableaux.

Dommage que certains qui nous sont pourtant parfois si proches, refusent d'admettre cette réalité. Aveuglement? Double jeu? Peu probable en ce qui concerne l'auteur. Peut- être quelques restes de préjugés issus du clivage droite- gauche? En tous cas, espérons que notre propre effort sur ces questions difficiles permettra d'engager le dialogue.  P.G.

mardi 9 janvier 2018

Mélenchon et le drapeau Européen : Symbole d’une trahison.

Pour ceux qui n'ont pas suffisamment prêté attention à cette affaire: le revirement de Mélanchon sur la question du drapeau européen, présent dans l'hémicycle en violation de la constitution, mais ce n'est pas l'argument qui fut retenu...  P.G.

TL TF



https://www.youtube.com/watch?v=KTIczvHPX2U

samedi 16 décembre 2017

Jean-Luc Mélenchon : « Je suis un indépendantiste français »

INTERVIEW - (...) Jean-Luc Mélenchon tire la sonnette d'alarme et appelle à faire sauter les « verrous » sur l'harmonisation sociale, l'harmonisation fiscale et le changement de statut de la Banque centrale européenne. « Ma ligne, ce n'est pas le Frexit », plaide-t-il, comparant son « plan B » à la « dissuasion nucléaire ».

ACT MELUCH UE


Vous avez accru vos attaques contre l'Union européenne depuis quelques semaines. Comment qualifieriez-vous votre positionnement désormais sur l'Europe : souverainiste, eurosceptique voire europhobe ?

Le mot « souverainisme » nous aurait convenu s'il n'avait pas été utilisé dans un sens nationaliste qui ne convient pas à notre façon de voir. Si je suis souverainiste, c'est au sens de la souveraineté du peuple. Je suis plutôt un indépendantiste français.

La France ne serait donc pas indépendante ?

Non en effet. Proposer de le redevenir c'est dire qui commande. Si les transferts de souveraineté que nous avons opérés vers les instances européennes avaient été confiés à un Parlement européen ayant un réel pouvoir de décision, mon point de vue serait peut-être différent. Mais celui-ci n'est pas un vrai Parlement : 70 % de ses délibérations n'ont aucun effet concret. Dans les années 1990, je militais pour un vrai fédéralisme. J'appelais à une constituante européenne. Mais j'ai réalisé, en 2005 [lors du référendum sur la constitution européenne, NDLR], que cette voie était impossible.

A présent nous voici plus proche du modèle du saint empire romain germanique que de la marche vers la République universelle à laquelle je rêvais. De plus, la France roule à contresens. En quoi serions-nous plus proches des pays baltes que nous ne le sommes des pays francophones de la Méditerranée comme l'Algérie, le Maroc ou la Tunisie ?

Vous avez rejeté l'idée que la France puisse être contributeur net au budget européen en citant Margaret Thatcher (« I want my money back »). Les conservateurs britanniques deviendraient-ils un modèle pour vous ?

Dans l'art de faire payer les autres ils ont à nous apprendre ! Nous sommes l'un des derniers pays en procédure de déficit excessif, et dans le même temps nous versons 20 milliards au budget européen pour n'en récupérer que 14 milliards. 6 milliards de dons ! Cela s'appelle une dépense somptuaire. Payer des routes aux Roumains et des aéroports aux pays baltes, c'est utile, mais ce n'est pas dans nos moyens actuels. Dans les années où nous sommes en déficit excessif, nous devrions avoir le droit de garder nos 6 milliards.

Votre position est contradictoire : vous voulez une Europe plus solidaire et vous critiquez le budget européen, l'un des principaux outils de l'Europe en matière de solidarité...

Vous confondez solidarité et annexion. La vraie solidarité, c'est celle qui prendrait des mesures pour rompre le dumping social et fiscal dont l'Europe est en train de mourir. Car voila par où sont montés les nationalismes les plus obscurs en Hongrie, Slovaquie, en Autriche ou en Pologne. Mais qu'on ne caricature pas ma position : ma ligne, ce n'est pas le « Frexit ». Je crois à la puissance française. En Europe ses intérêts fondamentaux doivent être protégés. Faire l'Europe ? Oui si c'est sans défaire la France !

Mais le budget européen a aussi servi à lutter contre le dumping social, en accélérant le développement et le niveau de vie de pays comme l'Espagne après son entrée dans l'UE en 1986...

Vous trouvez que l'Espagne va mieux qu'il y a 30 ans ? 500.000 personnes l'ont quittée en quatre ans. Bruxelles trouve son niveau de vie excessif et lui a imposé des plans d'austérité liquidant des pans entiers de l'Etat jusqu'au point où, aujourd'hui, la Nation même finit par ne plus avoir de sens pour une partie de la population qui veut l'indépendance. L'Espagne va très mal. Pourtant elle était réputée naguère être le bon élève avec son modèle de développement par la dette et la bulle immobilière.

Votre « Plan A » de réforme de l'Europe comporte une longue liste de revendications. Là-dedans, quelles sont vos priorités ?

Il faut sortir des Traités, notamment des deux derniers budgétaires qui sont les pires, et passer à autre chose. Cette autre chose n'a rien de mystérieux : en économie, c'est une politique keynésienne. Si ce que je disais était aussi extravagant, comment comprenez-vous que les banquiers centraux aient fait tourner la planche à billets comme nous le préconisions ? Mario Draghi, qui n'est pas un mélenchoniste, a  offert 80 milliards tous les mois aux banques sans contrepartie. A la fin, un maigre ruissellement s'est opéré et on a vu la courbe déflationniste s'inverser. Mais ça ne suffit pas. Et pendant ce temps le système financier mondial est voué à l'explosion de nouvelles bulles. Le danger est partout. La vraie réponse passe par la fin de trois verrous : l'harmonisation sociale, l'harmonisation fiscale et le changement de statut de la BCE pour que celle-ci puisse prêter aux Etats.

Emmanuel Macron dit travailler à l'harmonisation sociale et met en avant la réforme des travailleurs détachés...

C'est de la blague : il n'y a eu aucune amélioration. On a réduit le temps d'utilisation du recours aux travailleurs détachés, mais on n'a rien touché au principe scandaleux du paiement de la cotisation dans le pays d'origine. On doit payer ses cotisations dans le pays d'accueil.

Pour faire bouger l'Europe, il faut des partenaires. Où les trouvez-vous ?

Nous les trouverons si nous savons ce que nous voulons. Et si nous décidons, déjà, de parler des problèmes essentiels. Il faut une conférence pour sécuriser les frontières. Et une autre sur la dette, qui doit devenir un sujet politique en Europe. Personne ne la payera, tout le monde le sait. Et on connaît les moyens qu'on peut utiliser. Cela passera par le rachat de la dette publique par la BCE. Au maximum, cela produira 5 à 6 points d'inflation ! Et alors ? Le vrai problème c'est la dette privée, elle aussi insolvable. Il faut sécuriser cette dette, empêcher les défaillances par la relance de l'activité des débiteurs.

Mais durant votre campagne, vous préconisiez aussi pour la dette française une solution plus radicale de « restructuration » de la dette illégitime...

Mon but, c'est de geler la dette. Si la banque centrale rachète les dettes des Etats, le problème est réglé. Elle peut en faire ce qu'elle veut ; il y a mille solutions techniques. Sinon, ce sera la pagaille et l'effondrement.

Comment changer les traités si les autres ne veulent pas ?

C'est comme pour la dissuasion nucléaire : le principe même fait que vous n'avez pas besoin d'alliés. Moi j'ai un bouton qui s'appelle « plan B ». Si - comme Emmanuel Macron - vous n'avez pas de dissuasion, vous n'avez pas de plan A qui tienne. La menace ne vaut que si elle existe. Avec moi, elle existe.

La sortie de l'Union est donc bien une option...

Je ne pars pas battu. Bon sang ! Tout ne dépend pas de la volonté des autres ! Voyez : Emmanuel Macron annonce l'interdiction du glyphosate dans trois ans malgré la décision européenne, il me donne raison. Mais il est sur le tapis roulant qui mène au plan B sans savoir comment le gérer. La France doit redevenir acteur et pas simplement être un « bon élève » de la volonté des autres. On ne peut pas faire l'Europe sans la France. J'adjure qu'on le comprenne : notre nation, sous toutes ses formes, est en danger. Si on ne réagit pas, l'Europe explosera ! La France, comme l'Allemagne, n'ont aucun intérêt à ce chaos.

Pourquoi Angela Merkel céderait-elle à votre menace ? Même l'ex-ministre des Finances grec Yanis Varoufakis, qui ne vous soutient plus, pense le contraire.

Monsieur Varoufakis vient d'un pays qui pèse 2 % de l'économie européenne. Sa vision de l'Union européenne est faussée par un rapport de forces qu'il a été incapable de construire. L'Europe ne pourrait donc qu'être allemande ? Moi je fais le pari qu'elle bougera. Parce que nous sommes à l'endroit qui met en péril sa priorité absolue. La rationalité du comportement du gouvernement allemand CDU-CSU, c'est la politique de la rente. Et dans une politique de rente, on ne se paye pas un conflit avec son principal voisin et client.

Le scepticisme ne vient pas simplement de l'Allemagne, mais du fait qu'on ne voit pas qui pourrait soutenir votre projet...

Il y a beaucoup de travail, en effet. Mais la politique est un art de réalisation et nous convaincrons. Ce que n'a pas su faire [le Premier ministre grec] Tsipras. Ce ne serait pas la première fois qu'en France, on réussit de grands tournants. Ce qu'a accompli le général de Gaulle après 1958 n'a pas été une mince affaire. La volonté ouvre des chemins à jamais inconnus des résignés.

Vos emportements, vos attaques contre les journalistes, votre style qui vous vaut d'être taxé de populisme n'entame-t-il pas aussi votre crédibilité ?

Il me rend crédible auprès de ceux dont j'ai besoin pour construire  un rapport de force . Si l'histoire n'était qu'un choc de raisonnements contradictoires, on vivrait dans un colloque savant. Non, c'est un choc d'intérêts. Ce que je propose heurte des intérêts très puissants. Après, il y a sans doute dans cette « théâtralité » un côté qui tient au Méditerranéen que je suis. Si j'étais président, je m'exprimerais sans doute différemment ; là, je suis le tribun du peuple - j'en suis fier. Car les barrières sont dans les têtes : on répète du matin au soir aux Français, notamment à ceux qui souffrent, qu'on ne peut pas faire autrement. Il y a un énorme effort à faire pour rompre le cercle de l'évidence médiatique.

Cela pourrait-il vous conduire à travailler, sur les questions européennes, avec des gens de l'autre rive ?

La ligne politique et mes objectifs n'ont rien à voir avec ceux du FN ou des nationalistes. Mais tous ces gens rament pour moi d'une certaine manière, en contribuant à la construction d'un champ culturel où nos mots d'ordre - l'Europe ne protège pas les Français mais les menace - sont en train de devenir dominants. Il faut capitaliser positivement cette colère qui peut être dangereuse.

Ne redoutez-vous pas que Laurent Wauquiez endosse, désormais, le costume de premier opposant ?

Au contraire, je m'en réjouirais car cela diviserait le socle électoral actuel de Macron.

https://www.lesechos.fr/politique-societe/politique/0301004330722-jean-luc-melenchon-je-suis-un-independantiste-francais-2137436.php#4rdt0kG4su0IgwxA.99

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"Si les transferts de souveraineté que nous avons opérés vers les instances européennes avaient été confiés à un Parlement européen ayant un réel pouvoir de décision, mon point de vue serait peut-être différent": traduire, la soumission de la France ne pose pas de poblème en soi, c'est une question de modalités "démocratiques"...JLM n'est pas un "indépendantiste français", c'est un fédéraliste européen...quoiqu'il en dise!
"la France roule à contresens. En quoi serions-nous plus proches des pays baltes que nous ne le sommes des pays francophones de la Méditerranée comme l'Algérie, le Maroc ou la Tunisie ?":[reprise d'un argument de l'UPR]  dans ce cas, pourquoi avoir milité pour un fédéralisme européen dans les années 90 comme il le reconnaît lui- même, et pourquoi regretter que le parlement européen actuel  ne soit pas décisionnel?
"Dans les années où nous sommes en déficit excessif, nous devrions avoir le droit de garder nos 6 milliards": comment compte-t-il faire fonctionner l'UE, lui qui veut une harmonisation sociale et fiscale en Europe?
"Faire l'Europe ? Oui si c'est sans défaire la France !": une autre version du "en même temps" macronien!
Conclusion: comme d'habitude, enfumage, contradictions, démagogie, théâtralité... 
A l'ancienne formule du PS, "l'Europe sociale passe par le oui" lors de la campagne de 2005, l'arme de dissuasion de Mélanchon, c'est "l'Europe sociale passe par le non", de quoi faire trembler l'oligarchie euro- atlantiste! Hollande, sors de ce corps!      P.G.

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mercredi 15 novembre 2017

La rupture avec l’UE, oui mais comment ? La France Insoumise ne sait toujours pas...

Pour l’ensemble des courants qualifiés souvent de façon péjorative de « souverainistes », la soumission de la France et de ses politiques aux institutions supra nationales, à l’union européenne, la banque centrale européenne, à l’OTAN, au CETA entre autres constituent à juste titre un abandon de souveraineté qui interdit toute politique conforme aux intérêts et à la volonté du peuple. Plus, la démocratie se trouve bafouée. La conclusion s’imposerait donc d’elle-même. Il faut rompre avec l’union européenne, avec l’euro, sortir de l’OTAN, refuser la ratification du CETA. Il y a peu encore, de telles positions étaient disqualifiées avant toute discussion. L’évocation de la nation ou encore de la souveraineté était ramenée à un lepénisme de base. La confusion et l’ignorance –feinte ou bien réelle- substituait l’injure à la réflexion et à l’échange d’arguments.

ARG MELUCH UE PLANS

Pourtant ce débat est essentiel pour au moins trois raisons. D’abord clarifier les positions sans sectarisme, sans dogmatisme. Ensuite renforcer l’opposition au néolibéralisme qui broie les peuples. Enfin tenter de dégager les voies et les moyens de la reconquête de la souveraineté nationale en posant le débat au sein de la FI dont l’évolution sur ces questions devrait susciter intérêt de tous ceux qui y sont attachés.
Indépendance nationale, acquis sociaux et souveraineté.

C’est une des aspirations les plus partagées par tous les peuples qui est souvent critiquée, voire bafouée. Les peuples veulent pouvoir décider eux-mêmes de ce qui les concerne. Décider comment vivre, selon quelles règles, et ne pas avoir à subir des décisions venues d’ailleurs qui se mettraient en travers de cette volonté. Tel est le point de départ que je décide d’adopter. Non pas un point de vue théorique, abstrait, parfois même daté, mais actuel, concret, expression des aspirations partagées par le peuple français et plus généralement par tous les peuples. La qualification de cette aspiration a varié dans le temps, mais sans jamais en remettre en cause la force et la légitimité. Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, souveraineté populaire, souveraineté nationale… La souveraineté est donc liée au peuple, à la Nation.

La souveraineté populaire ou nationale n’est pas une abstraction. Elle est liée à ce qu’il y a de plus cher pour le peuple et la Nation. Nous avons dans le temps acquis notre système de solidarité, la sécurité sociale, nos services publics. Nous avons bâti notre industrie, créé et occupé nos emplois, mis en place notre système de retraite, de santé, d’éducation. La liste n’est pas exhaustive.

Tel est l’enjeu des transferts de souveraineté. La remise en question, pour des intérêts qui nous sont étrangers, de ce qui permet la vie commune, telle que nous l’avons construite dans le temps, au sein de la Nation.

La question de la souveraineté est liée à l’exercice de la démocratie. Le déni de souveraineté est toujours un coup porté aux valeurs démocratiques. L’exemple du referendum de 2005 dans lequel le peuple français a dit « non » au projet de constitution européenne pourtant imposé par l’UMP, le PS et autres au congrès de Versailles, deux ans plus tard, vient illustrer le lien indélébile qui existe entre souveraineté et démocratie, entre déni de souveraineté et autoritarisme voire dictature.

La rupture, une nécessité imposée par la nature de l’UE.

De ce qui précède découle une conclusion logique, imparable. L’intérêt général nécessite d’en finir avec cette politique ultra libérale demandée par l’union européenne et mise en œuvre par les gouvernements successifs qui parfois devancent même l’appel depuis des décennies. Mais tourner le dos à cette politique peut-il se faire dans le cadre même de l’union européenne ?

Depuis que l’opposition à l’UE est exprimée –même de façon marginale- la confusion est volontairement entretenue par les médias, commentateurs ou plus simplement europhiles de tout bord entre Europe et Union européenne. Pourtant, l’une n’a pas grand-chose à voir avec l’autre. L’Europe n’a attendu aucune « proclamation » pour exister. Elle est un espace occupé par un ensemble de nations et de peuples divers. L’Union européenne est une construction politique au service d’intérêts particuliers, étrangers précisément aux peuples d’Europe, étrangers à l’Europe elle-même.

Une des questions qui permet d’approcher les réponses à apporter est de savoir si l’UE est une victime contrainte d’accomplir l’inverse de ce qu’elle était destinée à mettre en œuvre, ou au contraire, si elle ne fait que s’inscrire logiquement dans le sillon tracé dès sa création par ses pères fondateurs. En d’autres termes, suffirait-il aujourd’hui de défaire le néolibéralisme qui serait la source du mal européen, ou le néolibéralisme n’est-il que la conséquence d’une construction politique accomplie pour lui permettre de s’imposer à l’ensemble des peuples d’Europe ?

Comme l’indiquent fort justement Jérome Maucourant et Frédéric Farah et comme ils le développent dans leur contribution à la discussion au sein de la FI de l’ENS, contribution intitulée « De la soumission à l’ordre européen » que l’on trouvera sur notre site «  »[1], l’idée d’une UE à ses débuts conforme aux aspirations populaires, puis dénaturée par la suite, revient à « une lecture historiquement erronée de la construction européenne, celle qui laisserait accroire qu’il y eût un jour une bonne Europe, acquise au progrès social et à une forme de démocratie, mais qui aurait été pervertie à partir de la décennie 1980 par la montée en puissance du néolibéralisme. Et qu’il conviendrait séance tenante de la retrouver ». C’est cette illusion qui poussait dans les années 92 une partie des critiques à voter tout de même pour Maastricht puis durant toutes ces années à vanter l’union monétaire synonyme d’Europe du progrès, ou encore à préconiser une inflexion de l’intérieur, le combat pour une « UE sociale » ou encore une « UE démocratique et respectueuse de la volonté et de l’intérêt des peuples ». « Ce qui était latent au début du processus européen est devenu manifeste de nos jours avec deux éléments majeurs qui ont constitué une cage de fer terrible : l’Acte unique et la monnaie unique comme méthode de gouvernement ». L’UE est le produit de processus multiples et complexes qui ont forgé sa nature[2]

L’UE, souvent présentée comme rempart à la guerre, motivée par la volonté d’éviter une nouvelle confrontation avec l’Allemagne, est d’abord le produit du combat contre le communisme. Dean Acheson, secrétaire d’état des Etats-Unis dans l’administration du président Truman entre 1949 et 1953, joue un rôle central dans la définition de la politique étrangère américaine au début de la guerre froide. Dans une lettre adressée au ministre français des affaires étrangères, Robert Schuman dés 1949, il prône le « développement d'une communauté de l'Europe occidentale ». Il indique que « L'expérience des années 1920 nous montre que nous devons soutenir fermement et sans délai les éléments qui dirigent actuellement l'Allemagne si nous voulons qu'ils restent en place. Si ces partis et leurs sympathisants ne sont pas soutenus, des opinions extrémistes se feront jour et la fidélité aux principes démocratiques s'affaiblira. L'URSS encourage activement le développement de tendances antidémocratiques et agressives en Allemagne et se prépare à en tirer pleinement profit ». Et il dégage l’orientation conforme à la volonté américaine « La haine et la peur du communisme et de l'Union soviétique incitent psychologiquement et politiquement les Allemands à préparer sincèrement leur intégration dans l'Europe occidentale. Si nous ne tirons pas avantage de cette opportunité politique, nous risquons de nous retrouver en face d'une Allemagne alignée sur l'Union soviétique ou pensant pouvoir faire monter les enchères ».

Dean Acheson invite les Français à conduire une initiative diplomatique des 1949. Une invitation à laquelle Robert Schuman répond positivement avec sa déclaration de 1950, mettant sur les rails l’UE dont nous parlons aujourd’hui.

La rupture avec l’UE, oui mais comment ?

Le 14 décembre 1965, dans un entretien télévisé avec son intervieweur attitré, Michel Droit, le général De Gaulle s’exclamait : « Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant "l’Europe !", "l’Europe !", "l’Europe !", mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien[3]. »    

Pour paraphraser le général, ne pourrait-on aujourd’hui exprimer : « Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant « il faut rompre », « il faut rompre », « il faut rompre », mais cela n’aboutit à rien et ne signifie rien ».*

Le dogmatisme qui interdit de chercher les voies et les moyens pour faire avancer son orientation n’aboutit en effet à rien et ne signifie rien. La politique est expérimentale. Il faut confronter à la vie une orientation et surtout la façon de la mettre en avant pour savoir si elle rassemble ou au contraire laisse dans l’indifférence. Le dogmatisme sur des positions de principe aussi juste soient-elles ne peut constituer une politique. Ce qui compte c’est d’entrainer, donc d’être compris, d’ouvrir une perspective permettant de rassembler, de combattre.**

Les dernières élections présidentielles ont permis de dégager une leçon qu’il serait erroné de vouloir ignorer. Dans le camp des opposants à l’union européenne, deux versions se sont exprimées. L’une a clairement revendiqué une sortie de l’UE, une rupture avec l’euro. Elle n’a guère convaincu au vu des résultats. On arguera l’attitude des médias. On discutera sur le temps d’antenne. Mais il faut bien reconnaître qu’en tout état de cause cette position affirmée de but en blanc n’a pas convaincu, pas entrainé. L’électeur qui n’a pas rejoint les candidats divers qui se réclamaient d’une telle position n’est pas un partisan de l’UE. Il n’a pas suivi car il n’a pas vu ce que nul dans ce camp ne lui a expliqué, les transitions, les voies et les moyens pour avancer dans la voie de la rupture. Aux élections législatives, le constat est le même. Faudrait-il en conclure qu’il faut changer le peuple ? Ou plutôt s’interroger sur l’orientation à développer ?***

L’interrogation est d’autant plus importante qu’une candidature s’est exprimée clairement sur la question de l’UE et de l’euro en rassemblant massivement sur son nom. Jean Luc Mélenchon a en effet marqué par les positions qu’il a développées un changement indiscutable avec les années passées qui vont du vote « Oui » à Maastricht au combat pour « une autre Europe » ou encore pour « une Europe sociale ». Que peuvent dans ces conditions reprocher au candidat de la FI et à la FI elle-même les souverainistes attachés à la rupture avec l’UE ? N’est-ce pas là qu’ils devraient se diriger ?****

Regardons-y de plus prés.

En adoptant le point de départ que j’ai signalé au début de cet article, la démarche est pour le moins convaincante :

  •  Il s’agit de partir des besoins du peuple et donc d’indiquer clairement aux différents gouvernements européens que si une directive est contraire à l’intérêt du peuple français, nous refuserons de l’appliquer.
  • Il s’agit conjointement de mener bataille pour réaliser en Europe des alliances sur des intérêts communs. Sur l’ensemble, les différents peuples d’Europe peuvent trouver des convergences qui portent en germe la destruction de l’UE.
  • Il s’agit d’affirmer aux différents gouvernements européens qu’en cas de refus de la position française, nous partirons de l’UE et entraineront avec nous les nations et peuples qui y trouverons un intérêt partagé.
  • Enfin, il reviendra au peuple français de trancher par voie référendaire l’attitude à adopter

Voilà qui devrait remplir d’allégresse les différents souverainistes, si tant est que leur détermination soit bien de reconquérir notre souveraineté au détriment d’une posture synonyme d’impuissance. Car quelle que soit la réponse apportée, le résultat sera identique. L’acceptation de la position française aboutira par le démantèlement des directives à l’explosion de l’UE et à la remise en cause de l’euro. Et le refus de cette position conduira à la sortie de la France et d’autres, et à l’éclatement de l’UE.

Un des arguments qui s’oppose à la FI et à Jean Luc Mélenchon concerne la « confiance ». Tsipras en Grèce s’était engagé, puis a capitulé. La question est bien réelle, mais comment y répondre. D’abord en constatant que l’exemple grec, que la FI a qualifié et Jean Luc Mélenchon a condamné, présente un précédent difficilement imitable. Comme l’indiquait [4], lorsque l’histoire se répète, « la première fois c’est une tragédie, la seconde une farce ». Mais plus, ce sont les actes, les combats qui permettent d’apprécier la franchise, l’honnêteté, l’engagement politiques. Et force est de constater que ce n’est pas du bout des lèvres que Jean Luc Mélenchon reprend à son compte un combat engagé pour restaurer la souveraineté nationale et plus précisément pour rétablir la nation dans son droit, cela d’ailleurs parfois dans l’incompréhension d’une frange gauchiste qui se trouve au sein de la FI. Notamment lorsqu’il propose en cas de non remise à plat des traités de sortir unilatéralement de l’UE pour rebâtir un nouveau projet européen, de Refuser de verser la contribution française au budget de l'UE, de réquisitionner la Banque de France, de contrôler les capitaux...***** Sur toutes les questions, les propos et les actes méritent attention.

  • Sur les symboles d’abord.

En ayant redonné à la Marseillaise, hymne de la révolution française, la place qui lui revient dans ses rassemblements, interdisant au FN d’en faire son monopole.

En combattant, une fois l’élection passée, contre la présence et l’intronisation du drapeau européen au sein de l’hémicycle, comme l’a souhaité Emmanuel Macron. Le 11 octobre, Jean Luc Mélenchon exprimait une position qui incarnait les principes républicains. « Monsieur le président vous n'avez pas le droit d'imposer à la France un emblème européen confessionnel. Il n'est pas le sien et la France a voté contre son adoption sans ambiguïté », écrivait-il en faisant référence au vote de 2005 contre l’adoption du traité constitutionnel et au créateur du drapeau européen Arsène Heitz, qui avait dit avoir puisé l'inspiration dans des représentations de la Vierge Marie. Dès le 20 juin, après son élection, Jean-Luc Mélenchon avait dénoncé la présence du drapeau européen bleu étoilé dans l'assemblée******: « Franchement, on est obligé de supporter ça? » avait-il lancé. « C'est la République française ici, pas la Vierge Marie », avait-il ajouté pour qui ne voulait pas comprendre.

  • Sur l’intérêt national ensuite.

Au sein de l’hémicycle, il exprimait ce qu’aucun souverainiste ne pourrait contredire, condamnant le fait que l’UE coûte plus cher à la France que ce qu’elle lui rapporte« La France règle 20 milliards 200 millions d'euros au budget de l'Europe. Il lui en revient 14 milliards ensuite dans une logique que tout le monde connait. Il manque donc 6 milliards. Nous faisons donc cadeau de 6 milliards tous les ans à l'UE pour équiper d'autres pays autour de nous. Je n'en suis pas d'accord ».

  • Sur la perspective enfin.

« On ne peut laisser faire l’Europe en défaisant la France. Mais en s'appuyant sur l'identité républicaine de la France, on peut faire une Europe des nations bien intégrée ».*******

La ligne est claire. A l’UE construction politique pour imposer une orientation néo libérale contre tous les peuples d’Europe dans chaque nation, il s’agit d’opposer l’Europe des nations libres, décidant de coopérer librement entre elles dans l’intérêt partagé des peuples d’Europe. C’est dans ce sens que sa position exprimée sur la question de la défense nationale est une ode à l’indépendance nationale en prônant la sortie de l’OTAN, arme de guerre des Etats-Unis[5].

Jugeant qu’il n’existe de souveraineté que dans le peuple, Jean Luc Mélenchon et avec lui la FI opposent la souveraineté nationale à l’illusion macroniste d’une « souveraineté européenne[6] ». « Entre la souveraineté du peuple et l'euro, je choisis la souveraineté du peuple »[7].

En guise de conclusion

Bon nombre de « souverainistes » entretiennent l’illusion d’un rassemblement identique au Conseil National de la Résistance quelques 70 ans après pour sauver la Nation en danger. Fort bien. Mais il serait alors bon de s’interroger sur quoi et avec qui se rassembler. Les républicains de droite et de gauche défenseurs de la souveraineté nationale sont une illusion. Les dernières élections présidentielles ont fait voler en éclat ces clivages artificiels. Un cadre permettant de rassembler largement pour restaurer la souveraineté nationale, défendre la nation, partager et promouvoir les valeurs de la république, combattre pour la république sociale, est sans doute à construire, mais en partant de ce qui est. La FI par les positions qu’elle développe et les combats qu’elle engage constitue le seul point d’appui pour aller dans cette voie. Les souverainistes ont un choix à faire. Celui de l’incantation et de l’attentisme, celui de l’impuissance entretenue, celui du « cabri » moqué par De Gaulle, ou celui de l’engagement pour avancer ensemble et aller le plus loin possible dans la voie de nos aspirations communes. A eux de choisir…********

 
Jacques Cotta
Le 12 novembre 2017

[2]Sans développer, il n’est pas inutile de rappeler quelques grandes dates qui jalonnent la construction de l’UE. Sans être exhaustif, on notera en 1951 la création de la communauté européenne du charbon et de l’acier entre six pays, l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas, le Royaume-Uni refusant d’y adhérer « pour le caractère supranational de cette nouvelle communauté européenne ». En 1957 le traité de Rome instaure la Communauté économique européenne entre les six mêmes pays pour un grand marché commun européen avec la libre circulation des hommes et des marchandises dans tous les pays membres (grâce à la création d'une union douanière avec une suppression progressive des droits de douane). La marche à la concurrence libre et non faussée est engagée. La CEE vise également à réaliser des politiques communes à l'ensemble des Etats membres, notamment dans le domaine de l'agriculture. En 1958 les promoteurs s’attaquent au caractère institutionnel de l’UE avec l’ institution de la commission européenne, d’un conseil des ministres, d’une assemblée parlementaire prélude du parlement européen, d’une cour de justice des communautés européennes. En juillet 1968 la suppression des droits de douane est engagée. Vient ensuite le grand élargissement, en 1973 vers les pays d’Europe du nord avec le Royaume-Uni, l'Irlande et le Danemark. La CEE passe ainsi de 6 à 9 pays membres. Alibi démocratique, en 1979 a lieu la première élection au suffrage universel direct du Parlement européen. En 1981 c’est la Grèce qui entre dans l'Union européenne et en 1986 l'élargissement vise les pays du Sud de l'Europe avec l'Espagne et le Portugal, portant à 12 les pays présents dans l’UE. En 1992 le traité de maastricht institue l’UE avec notamment la règle des 3% du PIB maximum autorisé de déficit et en 1993 l’adoption des critères de Copenhague permet de prévoir un nouvel élargissement aux pays d’Europe centrale. En 1995 c’est au tour de l’Autriche, de la Finlande, et de la Suède de rejoindre l’UE dont le nombre de pays est porté à 15 en même temps qu’entrent en vigueur les accords de Schengen. En 1997, le traité d’Amsterdam approfondit le traité de Maastricht en intégrant de nouveaux domaines dans le champ communautaire, la police, la justice et l’emploi. La politique sociale est intégrée dans ce nouveau traité et tous les Etats sont tenus de respecter la réglementation commune adoptée en la matière. En 2001 le traité de Nice doit permettre l’élargissement à 25. En 2002 est introduit l’Euro. Et en 2004 dix nouveaux états rejoignent l’UE, Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, République Tchèque, Slovaquie, et Slovénie. Comme décidé précédemment, l’UE est à 25. En 2004 la construction de l’UE comme édification politique au service d’une politique ultra libérale devait être parachevée par l’adoption au sommet des chefs d’état et de gouvernement du fameux « traité établissant une constitution pour l’Europe ». Mais en 2005, le peuple français dit NON. Les néerlandais de même. C’est en 2007 que le traité de Lisbonne fait entrer par la fenêtre ce que le peuple avait rejeté par la grande porte. En même temps l’UE est portée à 27 avec l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie, rejoint par la Croatie en 2013, portant l’UE à 28.

[3]Charles de Gaulle, Disurs et messages, Pour l’Effort, août 1962-décembre 1965, Librairie Plon, 1970, p. 425 et 426.

[4] Voir le 18 Brumaire de Napoléon Bonaparte.

[5]On pourra prendre connaissance de l’intervention de Jean Luc Mélenchon à la commission de la défense de l’Assemblée Nationale à l’adresse suivante: https://youtu.be/4MF2TjMTvw4

[6] Discours de Macron sur l’Europe prononcé à la Sorbonne. Octobre 2017.

[7] Jean Luc Mélenchon précisait : « Le peuple européen, qu'est-ce que c'est ? Je ne me sens rien de commun avec les pays baltes. C'est le bout du monde, même les Romains ne sont pas allés là-bas ! » précisant qu'il s'opposera à tout abandon de "souveraineté populaire sous prétexte de cantiques européistes creux et dangereux".

http://la-sociale.viabloga.com/news/souverainisme-souverainete-et-france-insoumise


 

BASE 14 995X225*Un détournement de sens particulièrement pervers à mon avis.

**Il faut rompre avec l'UE, mais en faire une politique, c'est du dogmatisme!

***"Le peuple n'a pas voté pour une sortie claire de l'UE" (UN SEUL candidat le proposait: François Asselineau), donc, il ne fallait pas le proposer de manière si "dogmatique"! Les médias lui ont barré la route, contrairement à TOUS les autres? Argument non recevable! Facile quand on a un accès quasi- permanent sur toutes chaînes de télévision depuis des années...

****Les reproches que nous formulons sont nombreux, quelques exemples: des discours délibérément contradictoires, un plan A et un plan B pour aboutir à une "autre Europe" chimérique, pas la moindre critique de fond sur les origines réelles de la "construction européenne", un silence éloquent sur le contenu réel des traités européens, un mépris total du droit international et des sanctions encourues en cas de "désobéissance" et en prime, pas le moindre soutien à l'UPR victime de censure dans les médias, ne serait-ce qu'au titre de la "démocratie" et la "liberté d'expression". La France Insoumise, prompte à dénoncer toute atteinte aux droits de l'Homme à n'importe quel endroit de la planète n'a pas trouvé à y redire.

*****"réquisitionner la Banque de France, de contrôler les capitaux..." en ignorant délibérément les articles 121 et 63 du TFUE? Et quid de la CJUE? On guillotine les juges?

******L'opposition de Mélanchon à la présence du drapeau européen dans l'hémicycle ne portait que sur le caractère religieux de celui- ci, pas sur le fait qu'il représenterait une souveraineté étrangère:

"Pas de religion en politique ! Ce n'est pas au moment où nous sommes en train de combattre l'islamisme politique, et je pèse mes mots, qu'il faut afficher un drapeau qui ne rend pas possible le rassemblement du peuple en Europe. Il faut que les institutions soient strictement laïques."

http://www.rtl.fr/actu/politique/melenchon-rtl-drapeau-europeen-instituons-laiques-7790528377

Précisons qu'il ne parlait que de la question du Parlement, pas du fait que le drapeau européen est inconstitutionnel sur l'ensemble des édifices de la République française (écoles, mairies, ambassades...). Encore de l'enfumage!

*******"une Europe des nations bien intégrée": ça me rappelle quelque chose...

********"A eux [les souverainistes] de choisir": Pour moi, les choses sont claires en effet: de l'extrême droite à l'extrême gauche, les "souverainistes" veulent une "autre Europe" des "nations". Seule l'UPR, qui précisément n'est pas "souverainiste", se bat pour l'indépendance de la France, et le seul moyen d'y parvenir, c'est de sortir clairement et unilatéralement de l'UE par l'article 50 du TUE, comme le font les britanniques, et la statégie pour y parvenir est de se situer au- dessus du clivage droite- gauche, à l'image du CNR.  Tout le reste est de l'enfumage politicien.

P.G.

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mardi 10 octobre 2017

Ruffin rassure Bourdin sur la sortie de l'UE !

"Ça veut pas dire qu'on sort de l'union Européenne, hein, quand on enlève un symbole !". Merci M. Monsieur Ruffin pour ce petit rappel en effet très cohérent avec la ligne incohérente des Insoumis

VID RUFFIN BOURDIN

Ruffin rassure Bourdin sur la sortie de l'UE !

Ajoutée le 7 oct. 2017
https://www.youtube.com/watch?sns=fb&v=IxOoR7syGYc&app=desktop

 

meluch 4

Posté par UPR Creuse à 09:25 - - Permalien [#]
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