lundi 14 mai 2018

Manifestation du 1er mai à Paris : les médias saccagent l’information

TRIBUNE LIBRE / Source : ACRIMED, Blaise Magnin, 07-05-2018

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À chaque grande manifestation depuis deux ans maintenant, se déroule le même scénario auquel les « grands » médias d’information politique et générale participent activement sans, visiblement, se lasser. Alors que des militants vêtus et masqués de noir formant un cortège en tête de manifestation s’attaquent à des symboles du capitalisme et/ou affrontent les forces de l’ordre, les journalistes focalisent leur attention sur ces heurts et ignorent quasiment « le reste » – qui est aussi l’immense majorité – des manifestants et leurs revendications, avant que des hordes d’éditocrates hurlent leur indignation partout où ils sont invités à le faire.

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Comme en 2016, la manifestation du 1er mai cette année à Paris n’a pas échappé à ce tropisme de l’information par temps de mobilisation sociale et le matraquage médiatique fut intense. Tout se passe finalement comme si les médias, croyant rendre compte de la mobilisation, construisaient en réalité ce que le sociologue Patrick Champagne qualifie de « manifestation de papier » [1] :

Mais la manifestation, action qui n’agit que dans la mesure où elle est donnée à voir largement, ne peut produire les effets pour lesquels elle a été finalement organisée que si elle parvient à susciter de larges recensions dans la presse écrite, parlée et télévisée, point de passage obligé pour être perçu par le champ politique. On pourrait presque dire, sans forcer l’expression, que le lieu réel où se déroulent les manifestations, qu’elles soient violentes et spontanées ou pacifiques et organisées, n’est pas la rue, simple espace apparent, mais la presse (au sens large). Les manifestants défilent en définitive pour la presse et pour la télévision ; les journalistes présents tout au long des défilés ou installés dans les salles de presse spécialement aménagées pour eux croient rendre compte de la manifestation sans apercevoir qu’ils participent à sa réalisation.

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Dans ce jeu de miroir, les chaînes d’« information » en continu BFMTV et CNews, furent évidemment en pointe, comme le relate Arrêt sur images : diffusion en direct des dégradations dont les images tourneront en boucle jusqu’au soir, servies par une dramatisation outrancière des « événements » par la plupart des commentateurs en plateau qui parleront de militants « armés jusqu’aux dents », de « convergence des violences », de « terrorisme urbain », ou de « prise d’otage de la démocratie », emboitant ainsi le pas aux responsables LR et FN qui se relaient pour faire part de leurs réactions martiales. [1]

Mais cette surenchère et cette polarisation journalistiques sur quelques centaines de manifestants et les dégâts que leurs actions ont occasionnés ne furent pas le propre des chaines d’information en continu. Leurs consœurs, pourtant en principe moins avides d’images spectaculaires et moins obnubilées par la dictature du direct, tombèrent dans les mêmes travers.

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Sur France 2 comme sur TF1, le sujet faisait l’ouverture des JT à 20 heures, et les trois reportages suivants lui étaient consacrés pour une durée totale de 7 min sur le service public – qui évoquait une ambiance de « guérilla urbaine » et de « chaos » – et de 10 min sur la chaîne de Bouygues (soit environ 20 % de la durée totale des éditions). Le lendemain, TF1 récidivait avec de nouveau l’ouverture du 20h et quatre sujets successifs (« Qui sont les casseurs et d’où viennent-ils ? » ; « Pouvait-on éviter ces scènes d’émeute ? » ; « Les casseurs peuvent-ils être considérés comme des terroristes ? » (sic) ; « Qui va payer les dégâts ? ») pour une durée totale de 10 min. Plus sobre mais non moins ferme, France 2 n’y consacrait qu’un seul sujet dans son édition du 2 mai : « 1er mai : quelles sanctions pour les casseurs ? ».

Au Parisien, on titre « À Paris, le 1er mai des Blacks Blocs », et on consacre un diaporama aux plus belles images des « violents incidents en marge du défilé ». Au Figaro, il ne fallait pas moins d’un éditorial intitulé « Saccages en plein Paris, l’État bafoué », pour mettre en perspective le reportage vidéo proposant une petite visite « à l’intérieur d’un McDonald’s saccagé ». Sur le site d’Europe 1 aussi, on propose une page de vidéos intitulée « Commerces saccagés à Paris : “On a l’impression qu’il y a du laisser-faire de la part de nos gouvernants” ». Même son de cloche sur francetvinfo lorsqu’il s’agit de dénoncer « un quartier de Paris mis à sac par des blacks blocs » ou lorsqu’arrive « le temps du bilan pour les lieux saccagés à Paris ». Et puisqu’il faut toujours « incarner » un sujet, que la description et les images de dégâts matériels ne pourra jamais émouvoir comme peut le faire un témoignage humain, on s’inquiète sur Sud Radio de la « reprise du travail difficile pour les commerçants du quartier d’Austerlitz », ou on relaye « le témoignage émouvant du gérant d’un commerce saccagé » recueilli à chaud par BFMTV, que l’on retrouve dans Ouest France, sur le Huffington Post ou dans Centre Presse Aveyron (région d’origine du malheureux concessionnaire…).

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Ce petit échantillon de la couverture médiatique hors de toute mesure des incidents parisiens du 1er mai ne laisse pas d’étonner : même Le Monde l’affirme dans un article paru le 2 mai, le « bilan matériel et humain de la manifestation, [il] apparaît particulièrement faible avec quatre blessés légers, dont un CRS, et une trentaine de commerces dégradés dont deux incendiés. Alors que la mouvance autonome n’a jamais été aussi nombreuse dans la rue depuis deux ans, la casse a été, dans les faits, limitée » !

VIVE LE 1MAI

Un éclair de lucidité qui n’avait pas empêché le quotidien du soir de publier la veille un montage vidéo des « images des violences en tête du défilé parisien », et un article de synthèse sur la manifestation intitulé « 1er Mai : 109 personnes en garde à vue après les violences en marge du cortège parisien » abondamment illustré, là encore, de vidéos des affrontements, et qui ne disait pas un seul mot de la manifestation officielle. En ce sens, ou peut parler de complicité objective entre les médias dominants et les « casseurs ».

Et c’est ainsi qu’obnubilés par les images spectaculaires et télégéniques que leur offraient les destructions matérielles opérées par une centaine d’individus, la plupart des journalistes en oubliaient l’information principale : une manifestation rassemblant quelques dizaines de milliers de personnes venait d’avoir lieu… Tout en soulignant lourdement, en écho au climat social et aux enjeux politiques du moment, la désunion syndicale qui marquait cette manifestation pour la journée internationale du travail, la plupart des médias ignorèrent superbement les militants défilant dans le cortège officiel, les motifs de leur présence, comme leurs revendications.

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Pis, tout à leur obsession pour « les casseurs » et « les saccages », rares sont les médias à avoir ne serait-ce que relevé la présence lors de cette manifestation d’un « cortège de tête » massif, rassemblant près de 15 000 personnes, précédant les 20 000 manifestants défilant, eux, sous les bannières syndicales. Cette désaffection à l’égard des organisations représentatives traditionnelles d’une large fraction des personnes mobilisées lors des grandes manifestations nationales, déjà entraperçue lors de mobilisations précédentes, rompt avec plusieurs décennies de routine manifestante institutionnalisée et constitue une « nouveauté » qui devrait pourtant être à même d’intriguer tout journaliste spécialisé dans l’enquête sociale… Autant dire que l’on n’est pas prêt d’entendre parler du phénomène dans les grands médias [2].
Source : ACRIMED, Blaise Magnin, 07-05-2018

https://www.les-crises.fr/manifestation-du-1er-mai-a-paris-les-medias-saccagent-linformation-par-acrimed/

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[1] "responsables LR et FN qui se relaient pour faire part de leurs réactions martiales": l'auteur "oublie" de mentionner Jean- Luc Mélanchon, tout aussi martial et largement invité sur toutes les chaînes. Son "tweet" accusant d'abord l'extrême droite dans cette affaire (avant de se rétracter) restera dans les annales...

[2] "rares sont les médias à avoir ne serait-ce que relevé la présence lors de cette manifestation d’un « cortège de tête » massif, rassemblant près de 15 000 personnes, précédant les 20 000 manifestants défilant, eux, sous les bannières syndicales" : dans le même temps, AUCUN média ne relevait l'existence d'un cortège UPR de plus de 3000 personnes,"une « nouveauté » qui devrait pourtant être à même d’intriguer tout journaliste spécialisé dans l’enquête sociale…", mais cette nouveauté- là ne semble pas inspirer la critique du site ACRIMED, dommage.  P.G.

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dimanche 13 mai 2018

La première démocratie illibérale en Europe, c’est la France de la Ve République?

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Face au mécontentement populaire, l'oligarchie a encore besoin du bon vieux clivage droite- gauche pour faire face à une éventuelle sortie de crise. En France, les médias et les politiciens s'emploient à le faire renaître face au rouleau- compresseur Macron qui, certes, fut bien utile au moment de l'élection, mais qui a l'inconvénient de ne pas offrir d'autres alternatives que la rue et les mouvements sociaux. C'est ainsi qu'on voit la mise en oeuvre du projet d'"'union des droites" (Dupont- Aignan, Le Pen, Wauquiez), contre la "fausse droite" juppéiste/libérale et "macon- compatible". La gauche n'est pas en reste et on nous ressort l'argument de la "fausse gauche" (Hollande, PCF...) face à la vraie, la pure, la "révolutionnaire". Bien sûr, tout ce petit monde est farouchement attaché à la "construction européenne" et s'il est question de "raser gratis", à droite par un référendum sur l'immigration, à gauche par un changement de constitution, le bon peuple est prié de s'accommoder d'une "autre Europe", horizon indépassable de la politique française depuis au moins la signature du Traité de Rome (1957).

L'article qui suit s'inscrit dans cette logique. Décryptage.


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Un an après l’élection d’Emmanuel Macron, plusieurs dizaines de milliers de citoyens ont défilé dans Paris, le 5 mai, pour « faire la fête à Macron ». L’incontestable succès de cette manifestation appelée par un collectif de personnalités et d’associations, et soutenue très activement par la France Insoumise témoigne du fait que la politique mise en œuvre par le pouvoir exécutif et sa majorité « godillot » n’a pas de soutien réel dans la plus grande partie du peuple. La droite s’est massivement ralliée à Macron et l’opinion perçoit sans ambiguïté le président, son parti et sa majorité comme de droite. [1] Les classes moyennes supérieures, les « crétins éduqués » si justement épinglés par Emmanuel Todd apportent un soutien assez massif à un président qui est à leur image : morgue des parvenus, absence totale de « surmoi », cynisme de ceux qui, cinquante ans après mai 68, veulent vraiment « jouir sans entraves ». Mais le peuple, le « petit peuple », le « popolo minuto » et non le « popolo grasso » pour parler comme Machiavel, continue de faire sécession. Cela se traduit dans les mouvements sociaux que le rouleau compresseur médiatique ne parvient pas à rendre impopulaires.

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Ainsi, l’événement clé de ces derniers jours, c’est la démission du PDG d’Air France-KLM, Jean-Marc Janaillac battu à son propre jeu par les salariés. Depuis plusieurs semaines, les syndicats réclamaient une augmentation de salaire de 6% pour tous. Comme ultime concession, Janaillac proposait 2% … et une rallonge à la Saint-Glinglin. C’était à prendre ou à laisser. Spéculant sur le caractère prétendument minoritaire du mouvement social, Janaillac organisait un référendum pour demander l’accord des salariés contre le mouvement syndical. L’objectif était de briser une fois de plus les syndicats de la compagnie. Patatras, au grand dam du PDG, de ses pairs, de ses laquais gouvernementaux et des sicaires plumitifs des médias, les salariés votent contre le PDG à plus de 55% avec un taux de participation de 80%. Verdict sans appel,indicateur exact de l’état d’esprit de ce pays.

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Et pourtant rien, apparemment ne peut empêcher Macron de mettre en œuvre son programme de liquidation des conquêtes sociales et de vente à l’encan des biens de la nation. Serviteur zélé de l’impérialisme US et de ses comparses arabes (Arabie Saoudite en tête)[2], l’actuel locataire de l’Élysée concentre tous les pouvoirs [3] et bénéficie de l’appui sans faille du capital financier et des grands opérant dans les médias et les télécommunications (Niels, Drahi, Pigasse, etc.). L’assemblée composée en majorité de demi-décervelés issus du monde du management et du commerce, recrutés par les DRH de la Macron Inc. n’est qu’une chambre d’enregistrement semblable à la douma d’Empire sous Nicolas II ou au Reichstag sous Bismarck. Avec 23% des suffrages exprimés au premier tour et grâce à la présence bénie des riches de cette Mme Le Pen, parfait épouvantail à moineaux pour effrayer les petits bourgeois, s’est opéré quelque chose qu’on peut appeler un coup d’État constitutionnel, c’est-à-dire un coup d’État légal et conforme à la lettre et à l’esprit de cette constitution.[4]

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Première phase : lancement par une série de grands patrons et d’agents d’influence pour faire un tour de table permettant de récolter fonds et soutiens pour l’opération Macron, soutenue plus ou moins ouvertement par les principaux dirigeants du PS dès lors qu’ils sont certains que Hollande serait battu.

Deuxième phase : mise en route de la machine médiatique. Toutes les astuces du « marketing » sont utilisées pour vendre ce nouveau produit qu’est Macron.

Troisième phase : éliminer la vieille droite que les capitalistes jugent à la fois trop ringarde culturellement et incapable de faire passer ses « réformes », ainsi que l’expérience l’avait prouvé. Très vite, le problème va être : comment éliminer le candidat LR ? Fillon a le vent en poupe et se mène dès lors une double campagne : 1° terroriser l’électeur de gauche en lui faisant croire qu’il va se retrouver à choisir au second tour entre Fillon et Le Pen ; 2° dézinguer Fillon. Juste après la désignation de Fillon sortent opportunément de vieilles affaires concernant Mme Fillon et les emplois plus ou moins fictifs de ses enfants. Ils auraient pu sortir avant la primaire, ce qui eût certainement favorisé le pâle Juppé. Mais non ! Opportunément, ils sortent juste après. « Cabinet noir » ? Inutile. Les maîtres des médias sont assez grands pour monter l’opération tout seuls. Tout cela rappelle furieusement la manière dont l’opération Berlusconi a été menée dans la suite de Mani Pulite

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Quatrième phase : les « barons » (noirs ?) du PS rejoignent ouvertement Macron et torpillent leur propre candidat, sans la moindre honte, sans éprouver une seule fois le remords du traître, de l’homme sans foi ni loi. De Collomb à Le Foll, de Cazeneuve à Le Drian, tous sont des politiciens corrompus moralement, sans espoir de retour. Quant au candidat socialiste, devenu par hasard le héros de la primaire, même en sachant qu’il n’avait plus aucune chance, s’est maintenu jusqu’au bout pour assurer le coup et faire en sorte que Macron soit bien face à Marine Le Pen au second tour.

Les institutions font le reste. Malgré ses très bons résultats, Mélenchon ne peut forcer le barrage qu’ont dressé contre lui toutes les forces de la droite et de la « gauche » (y compris le fantôme du PCF dont les dirigeants n’ont cessé de louvoyer, le NPA et LO qui se contrefichent comme de coutume des conséquences de leurs actes). Et pour le second tour, nous avons un matraquage épouvantable pour inciter l’électeur à « faire barrage » au danger fasciste inexistant représenté par une Mme Le Pen qui n’est sans doute pas vraiment plus à droite que Macron. Assommé, l’électeur en trainant les pieds (voir l’abstention massive) n’a plus qu’à subir la suite. [5]

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Comment donc une petite minorité (moins d’un quart du corps électoral) peut-elle imposer sa loi ? Grâce à l’élection du président de la république au suffrage universel qui peut exclure de la représentation la majorité du peuple. [6] Élection antidémocratique donc, faux nez de l’oligarchie. Et pour perfectionner le système, pour être certain qu’en tout temps l’assemblée nationale soutiendra perinde ac cadaver le président, Chirac et Jospin (le diable les emporte !) ont coinventé la réforme constitutionnelle qui réduit à cinq ans le mandat présidentiel et inverse le calendrier électoral, faisant des législatives un simple appendice de la présidentielle. Fini le cauchemar de la cohabitation, seul moment où les restes du parlementarisme pouvaient s’exprimer dans la Ve république. Le Premier Ministre qui est censé conduire la politique de la nation, n’est plus qu’un « collaborateur » du président. Tout cela nous a donné les trois pires politiciens que nous ayons jamais eus, dans l’ordre du « moins pire » au « plus pire » : Sarkozy, Hollande, Macron ! [7]

Ailleurs en Europe, dans les démocraties libérales, rien de tout cela ne pourrait se passer ainsi. En Grande Bretagne, Mrs May a dû négocier pour avoir une majorité au Parlement, alors que son parti a une assise électorale forte. [8] Mme Merkel a mis des mois à former un gouvernement avec pourtant un bon tiers des suffrages. En Italie, la coalition de « centre-droit » bien qu’arrivée en tête ne peut gouverner. Ici, la majorité des commentateurs voit dans cette situation la faiblesse du régime parlementaire. Ces gens, dressés au fouet bonapartiste, trouvent la démocratie représentative « faible ». En effet, le gouvernement n’y est pas tout-puissant et une grosse minorité ne peut imposer sa loi. À tous ces gens qui n’ont à la bouche que le mot « démocratie » et critiquent les « démocraties illibérales » comme la Hongrie ou la Pologne, il faudrait rappeler que la première démocratie illibérale en Europe, c’est la France de la Ve République. [9]

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Il suffit de voir comment le pouvoir exécutif distribue généreusement à ses amis sinécures et prébendes pour savoir dans quel régime nous sommes. Telle éphémère ministre se retrouve bombardée à la présidence de la Banque de France (300.000 euros par an), telle jeune dame[MF1]  inexpérimentée est propulsée conseiller référendaire à Cour des Comptes. Jadis Ladislas Poniatowski parlait du gouvernement « des copains et des coquins ». Nous sommes en plein dedans. [10] Le « nouveau monde » ressemble comme deux gouttes d’eau à l’ancien. Mais il faut ajouter que dans l’ancien monde existaient encore quelques contrepoids : une « gauche » et des syndicats puissants. La gauche s’est autodétruite et les syndicats se sont recroquevillés, incapables d’arrêter l’offensive de Macron contre le code du travail. Reste sur le plan politique la faible force de « La France insoumise », capable de rassembler des dizaines de milliers de citoyens, certes, mais encore si loin de ce qu’il faudrait faire en mobilisant des millions.

La puissance des tendances antidémocratiques dans le monde des affaires et au cœur même de l’appareil d’État oblige à reposer dans toute leur ampleur les revendications d’un changement de régime, de la marche vers une nouvelle république parlementaire, de la défense des droits démocratiques et sociaux.

http://la-sociale.viabloga.com/news/la-france-est-un-des-pays-les-plus-antidemocratiques-d-europe


FL COMMENTAIRES

[1] Le décor est planté: Macron est un homme de droite! Au passage, on jette un voile pudique sur ses activités en tant que ministre de Hollande, ainsi que sur le ralliement de Mélanchon à ce dernier au soir du 1° tour de 2012 "pour barrer la route à Sarkozy"... (Jean-Luc Mélenchon apporte son soutien à François Hollande, https://www.dailymotion.com/video/xqb91o).

[2] Derrière Macron; l'impérialisme US et ses alliés arabes (mais pas israéliens?), pas un mot sur l'UE bien sûr.

[3] Macron, qui  "concentre tous les pouvoirs", est désigné comme le seul responsable du programme de "liquidation des conquêtes sociales", comme une espèce de monarque tout puissant qu'il suffirait de renverser.

fete-a-Macron 6[4] Le "coup d'Etat constitutionnel" n'est pas celui de 2008 qui vit naître le traité de Lisbonne, contre l'avis majoritaire du peuple français lors du referendum de 2005. C'est ...la constitution elle- même, la V° République, qui fut approuvée par référendum le 28 septembre 1058 à une large majorité (80%) des Français! (http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/la-constitution/la-constitution-de-1958-en-20-questions/comment-est-nee-la-constitution-de-la-ve-republique.16621.html)

[5] L'échec de la France Insoumise est expliqué comme une coalition de forces de droite et de pseudo- gauche dans laquelle se retrouvent...tout ce qui n'est pas la France Insoumise, du PCF aux "trotskystes" LO/NPA. Quand je pense que c'est nous qui sommes traités de complotisme...

[6] "Comment donc une petite minorité (moins d’un quart du corps électoral) peut-elle imposer sa loi ?" se demande l'auteur: encore la faute aux institutions françaises. Cette fois- ci, c'est l'élection du chef de l'Etat au suffrage universel qui est visée. On se demande bien pourquoi le même phénomène se passe dans d'autres pays membres de l'Union européenne (Allemagne, Italie...) où pourtant, le Chef de l'Etat n'a pas le même rôle.

[7] En reconnaissant que la réforme constitutionnelle qui réduit le mandat présidentiel à 5 ans dénature la Constitution, l'auteur reconnait implicitement quelques vertus à cette dernière...On aurait aimé au passage que l'auteur fustige la "procédure du congrès" qui autorise les parlementaires à se passer du vote populaire pour les réformes constitutionnelles, mais puisqu'il se revendique comme partisan du "parlementarisme", l'exercice est difficile, on en conviendra.

[8] "Mrs May a dû négocier pour avoir une majorité au Parlement, alors que son parti a une assise électorale forte": un contre- exemple étonnant car il démontre qu'une majorité électorale ne suffit pas à obtenir une majorité politique dans un système parlementaire. Contradiction démocratique renforcée par l'exemple allemand car, contrairement à ce que prétend l'auteur, c'est bien une "forte minorité" qui impose sa loi, par un jeu de coalition entre politiciens.

[9] "la première démocratie illibérale en Europe, c’est la France de la Ve République": étonnante formule pour quelqu'un qui fustige le libéralisme...Comment l'interpréter? L'auteur semble souhaiter une démocratie libérale sur le mode parlementaire, système assez répandu au sein de l'UE.

[10] "Jadis Ladislas Poniatowski parlait du gouvernement « des copains et des coquins ». Nous sommes en plein dedans": c'est précisément la critique que faisaient les gaullistes à l'encontre...de la IV° République!

P.G.

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mercredi 9 mai 2018

Mouvement social, Etat fort et renversement du rapport des forces

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir

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Deux événements, également importants mais qui se situent dans des registres différents, viennent de se produire en cette fin de semaine. Le premier est, et les réactions de la presse ne s’y trompent pas, le résultat du « référendum » d’entreprise lancé à Air France[1]. Avec un taux de participation extrêmement élevé (80%) des 46000 employés de la compagnie, le rejet du plan de la direction à 55% vaut validation de fait de la grève des pilotes. Cela montre que, dans une entreprise où la direction fait régner un climat particulièrement délétère – et ce n’est pas pour rien si les grévistes mettent en cause la DRH – un bloc majoritaire s’est retrouvé pour rejeter ces propositions. Le second est le succès de la Fête à Macron organisée à l’initiative de François Ruffin par la France Insoumise qui a eu lieu samedi 5 mai, de l’Opéra à la Bastille[2]. Les « comptages » sont évidemment sujets à caution. Et ceux d’une officine pro-gouvernementale nommée Occurrence encore plus[3]. Mais, la place de la Bastille étant noire de monde, et les boulevards y arrivant étant aussi remplis, il est évident qu’il y avait bien plus que les 39 800 personnes que des « journalistes », et ce mot est à mettre évidemment en guillemets, si ce n’est à prendre avec des pincettes, prétendent avoir comptés. Il est évident que cette « fête » est un succès politique notoire.

La question qui est maintenant posée et de savoir si la combinaison de ces deux succès sera suffisante pour inverser le rapport des forces, dans une situation qui est de plus en plus tendue du fait de la politique du gouvernement.

Peut-on parler de bascule du rapport des forces?

Ces deux événements surviennent alors que se poursuit la grève à la SNCF et globalement un mouvement social important mais qui reste fragmenté. Emmanuel Macron voit sa popularité baisser selon un sondage BVA[4]. Pour discutable que soit ce sondage, il fournit cependant des informations importantes. Sa popularité chute, mais cette chute est moins forte dans les agglomérations de taille moyenne (de 20 000 à 100 000 habitants) avec -13% que dans les zones rurales et les communes de moins de 20 000 habitants (-20%) et dans les grandes villes dont l’agglomération parisienne où il perd 29%. S’il maintient sa côte de popularité chez les cadres, celle-ci s’effondre chez les ouvriers et employés mais aussi chez les retraités, qui formaient le gros des bataillons qui l’avaient élu le 7 mai 2017.

Emmanuel Macron a été élu si ce n’est sur un quiproquo du moins sur une ambiguïté[5]. Du reste, près de deux Français sur trois ne veulent pas qu’il se représente en 2022, ce qui dit aussi l’ampleur du rejet qui le frappe[6]. Il pouvait néanmoins se targuer de succès comme avec le passage des ordonnances réformant le Code du Travail. Le mouvement social, exprimant les intérêts d’une société française que la Président ne cesse de brutaliser depuis un an, peinait à engranger des succès. Les grèves se développent néanmoins, et pas seulement comme le prétendent certains journalistes à gages dans les services publics. Il y a des grèves notables dans la restauration, la grande distribution, et le secteur des services. Mais ces grèves restaient trop souvent isolées. Elles manquaient de succès leur permettant de se rendre visibles dans l’espace médiatique.

Avec le rejet du «référendum » à Air France ces grèves ont marqué un point symboliquement important. Il faudra voir si cela se traduit par un sursaut de la grève à la SNCF, après l’échec de la réunion avec le Premier-ministre[7], lors des nouvelles vagues de la semaine qui vient. Mais, les réactions des biens pensants sont déjà, à cet égard, très symptomatiques. Les discours fleurissent sur le « suicide » que représenterait ce vote[8], ce qui est une manière d’admettre que la fonction des « référendums » d’entreprises, une procédure pourtant vantée par l’actuel gouvernement, est en réalité de plébisciter des propositions patronales. Nous voici donc revenu à la pratique politique du Second Empire, le développement industriel et la souveraineté en moins !

Un autre point a été marqué avec le succès de la « fête » organisée par la France Insoumise. La question n’est plus de savoir s’il y avait 60 000, 80 000 personnes ou plus de 100 000 ce samedi 5 mai après-midi. Le succès est indéniable. Il contribue lui aussi à modifier le contexte politique, ce que ne comprennent pas les auteurs de littérature de gare – et l’on met dans cette catégorie, voire dans ce même sac, Marlène Schiappa, la Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes[9] – qui ergotent sur le « à » à la place du « de ». Ces gens là sont, on le devine, bien plus à l’aise dans les bars d’hôtel de luxe ou dans les cafés friqués et snobinards qu’avec le populo à la Fête à Neuneu…En tous les cas, et Jean-Luc Mélenchon l’a bien senti, le lien avec le vote à Air France était évident[10].

La violence, stratégie du pouvoir ?

Cette « bascule » dans le rapport des forces, qui est peut-être en train de se produire, est d’une immense importance. Le gouvernement – et notre Président – ne s’y sont pas trompés. En témoignent les commentaires faits, depuis le Pacifique où il était en voyage, par Emmanuel Macron[11].

Ils attendaient sans doute ce point de retournement depuis plusieurs semaines, et ils le préparaient par un recours sans cesse plus évident à des méthodes d’une grande violence. L’instrumentalisation de ceux que l’on appelait dans l’après-1968 les « casseurs », cette mouvance qui s’appelait « autonome » dans les années 1970 et qui aujourd’hui se nomme les Blacks Blocs, n’est pas une chose nouvelle. C’est même une très vieille méthode pour chercher à décrédibiliser un mouvement social. On les a vu é l’œuvre lors de la manifestation du 1er mai. Cela impliquait une réaction. Hélas, les réactions immédiates de Jean-Luc Mélenchon, mettant en cause l’extrême-droite, ont été pathétiques[12]. C’est une réaction qui fait, au mieux, plus appel au réflexe qu’à l’intelligence…Il a, par la suite, corrigé le tir dans le Huffington Post[13]. Cependant, au-delà de ces manipulations, car le gouvernement et le Président ont de la politique une conception profondément manipulatoires, il y a bien ce retour de la violence comme force dominante dans la vie politique. Mais, il convient de bien l’identifier, et de ne pas confondre les méthodes qui relèvent de la tactique avec ce qui, en réalité, relève d’une véritable stratégie. Cette violence, ce n’est pas tant l’emploi disproportionné de la force à Notre-Dame des Landes, ou contre les occupations d’universités ; ce ne sont pas, non plus, les déprédations des centaines de casseurs lors de la manifestation du 1er mai ; non, cette violence, elle est bien plus diffuse, et elle se manifeste que ce soit dans les discours de criminalisation de toute opposition ou dans la volonté de contrôler toujours un peu plus l’expression de la presse indépendante (et on pense à la trop fameuse loi dite « anti fake-news » que prépare le gouvernement), ou encore dans les pratiques politiques visant – sous prétexte d’économies – à organiser un charcutage électoral massif lors de la réduction du nombre de députés et de sénateurs.

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Ce retour de la violence, c’est aussi tout ce qui s’exprime derrière cette arrogance inouïe d’un gouvernement des riches, par les riches et pour les riches. Ce sont les licenciements massifs, permis par la réforme du Code du Travail. C’est aussi la suppression de « l’exit tax »[14], un impôt instauré par Nicolas Sarkozy, qui de fait passe pour un dangereux révolutionnaire, pour pénaliser les investissements purement spéculatifs et la fraude fiscale. Cette mesure prend alors – après de nombreuses autres mesures fiscales tout aussi injustes – une dimension emblématique.

Le blocage de l’Etat Fort

CONSTITUTION 1

Si l’on n’est pas affirmatif quant à l’existence de ce point de bascule, ce n’est pas tant du fait de la stratégie de violence du gouvernement. Cela tient à la structure institutionnelle du pouvoir en France, ce que l’on appelle « l’Etat Fort ». Ce dernier se caractérise par des mécanismes majoritaires permettant à des groupes minoritaires d’exercer le pouvoirce qui en soit n’est pas scandaleux car un pouvoir soumis à toutes les alliances comme dans un système proportionnel intégral se révèle aussi injustecombinés avec une structure du pouvoir qui l’isole autant que faire se peut de la société et lui permet de prendre des décisions par des dispositifs particuliers, comme les ordonnances. L’Etat Fort découle en réalité de la combinaison d’une règle électorale majoritaire ET de mécanismes concentrant alors le pouvoir dans le gouvernement issu de ce l’application de ces règles et lui permettant de s’affranchir, s’il le souhaite, de toute opposition. A la différence de ce qui peut se passer par exemple en Italie, une force minoritaire dans l’opinion, comme l’est LREM, peut exercer un pouvoir sans partage ni limites. Cet Etat Fort avait pour but d’isoler le pouvoir de la contestation sociale afin de donner au bloc dirigeant les mains libres pour prendre des mesures antisociales. Bien entendu, cet Etat Fort peut basculer si une force politique est capable d’acquérir la majorité absolue. Mais, cet Etat Fort se conjugue alors à des mécanismes de contrôle sur les principaux médias, mais aussi sur la justice, qui assurent au pouvoir en place sa domination de longue durée.

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Le mouvement social, dès lors, ne peut se contenter d’une simple convergence objective des luttes. Il faut que cette convergence trouve aussi son expression politique et puisse paralyser le pays, confrontant alors le gouvernement au choix d’utiliser des mesures extrêmes, qu’il serait en mal de justifier, ou d’écouter la contestation sociale. Pour l’instant, il confronte le mouvement social à un choix qui – lui – est insoluble : reconnaître sa défaite ou se lancer dans une surenchère sociale qui lasserait l’opinion et l’isolerait toujours plus. C’est là l’un des principaux problèmes auxquels se heurte le mouvement social, et c’est là qu’intervient le choix stratégique du gouvernement d’instrumentaliser la violence.

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A travers cette instrumentalisation, il cherche à rendre impossible la traduction politique de la contestation sociale, sachant que le cadre institutionnel dans lequel il opère lui garantit de pouvoir résister à cette contestation. C’est pourquoi le choix de la violence, et plus précisément de l’instrumentalisation de cette dernière n’est nullement anodin, ni même critiquable seulement à partir de critères moraux. Il s’agit en réalité d’un choix réfléchi et pensé, qui découle de la structure institutionnelle. En créant délibérément une situation qui peut mettre le mouvement politique susceptible de porter la traduction du mouvement social en porte-à-faux, il sait qu’il joue gagnant. Les intellectuels qui se gargarisent de la « convergence des luttes » et qui ne voient pas ce problème s’illusionnent et s’aveuglent. Le mouvement social ne vaincra pas par une addition des luttes, mais par la constitution de cette addition en une alternative politique susceptible de désarticuler politiquement et idéologiquement le bloc au pouvoir. On passerait alors de la crise sociale, qui dans l’Etat Fort n’est pas mortelle pour les dirigeants, à la crise de régime qui entraînerait la paralysie rapide des principales institutions et qui libèrerait policiers et soldats de leur indispensable loyauté non pas au pays mais à ses dirigeants. Cette crise de régime, parce qu’elle remettrait brutalement en cause la légitimité à exercer le pouvoir de ceux qui nous gouvernent inverserait les termes du choix. Dès lors, c’est lui qui apparaîtrait comme la cause des désordres, tant sociaux que politiques, et il ne pourrait mobiliser les forces de la loi car il serait devenu largement illégitime. En fait, et on le voit bien, tout tourne ici autour de la question de la légitimité du pouvoir.

La force du populisme

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Mais, la constitution d’une alternative politique ne peut se faire que dans un cadre large, visant délibérément à conquérir la majorité et donc sortant du cadre traditionnel de l’affrontement gauche/droite, et non dans un cadre fermé sur lui-même. C’est là que la stratégie politique populiste s’impose et c’est ce qui la justifie. Le populisme, c’est la capacité à construire une solution politique qui unisse les Français et qui, par contrecoup, présente ses adversaires comme des « non-Français » ou des agents de l’étranger. Un exemple nous en est fourni, très paradoxalement mais anticipant ce que fut dans les faits la Résistance, par le discours du 17 avril 1936 de Maurice Thorez, alors secrétaire du PCF. Ce discours est passé à la postérité à cause de la « main tendue » aux catholiques. Mais cette vision est réductrice. La main tendue va bien plus loin, que l’on en juge : « Nous te tendons la main, volontaire national, ancien combattant devenu croix de feu parce que tu es un fils de notre peuple que tu souffres comme nous du désordre et de la corruption, parce que tu veux comme nous éviter que le pays ne glisse à la ruine et à la catastrophe. [15]» Ce discours, par ailleurs, ne se limite pas à cela. Il fait appel à une vision politique (et littéraire) de l’identité française. Au début de son discours, Maurice Thorez, pour stigmatiser les « 200 familles » qui contrôlaient la Banque de France fait cette référence à Anatole France : « Dans un de ses chefs-d’œuvre « L’île des Pingouins » Anatole France observe ironiquement : “Après s’être soustraite à l’autorité des rois et des empereurs, après avoir proclamé trois fois sa liberté, la France s’est soumise à des compagnies financières qui disposent des richesses du pays et, par le
moyen d’une presse achetée, dirigent l’opinion. [16]” Puis, il ajoute : « La France depuis 130 ans a connu trois révolutions, elle a changé cinq fois de régime politique. A travers ces vicissitudes diverses, ces naufragés et ces bouleversements, seuls les maîtres du pouvoir financier sont demeurés immuables, incarnant la domination constante du capital. » L’idée de la continuité du corps politique représenté par la peuple est ici évidente.

C’est donc dans cette stratégie qu’il faut à tout prix s’inscrire et non dans on ne sait quelle stratégie d’union des gauches. Jean-Luc Mélenchon s’est exprimé sur ce point dans l’interview qu’il a donné à la revue Le Vent se lève il y a de cela seulement quelques jours[17]. Il doit impérativement prendre des initiatives qui concrétiseront cette stratégie et – pourquoi pas – prononcer à son tour, au parlement ou dans la rue, un discours qui fasse écho à celui de Maurice Thorez par sa capacité de rassembler politiquement contre un adversaire commun.

La question de la violence

Il n’en restera pas moins que la question de la violence se pose. Et cette question n’est pas à traiter à la légère.

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La violence appelle la violence. Bien entendu, nos marquises et nos marquis poudrés et enrubannés ont des vapeurs et défaillent à la vue d’une banderole au texte un peu brutal, ou d’un pantin symboliquement pendu. Leurs glapissements couvrent les pages et les ondes de la presse aux ordres. Mais, d’autres violences se préparent. L’un des enjeux pour la France Insoumise, et un enjeu majeur, décisif tant pour l’avenir du mouvement que pour celui de la France Insoumise, sera de les contrôler, de les maîtriser, de faire en sorte que jamais on ne cède à la dangereuse illusion de croire que la violence puisse être une réponse politique globale, que jamais on ne tombe dans le piège d’une fascination pour la violence, ce piège dans lequel se complaisent justement les Blacks Blocs, ces petits (ou grands) bourgeois qui se donnent le frisson de l’illégalité sans se rendre compte que leurs actes servent ceux qu’ils prétendent combattre..

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Il est clair, aujourd’hui, que les manifestations devront à l’avenir être protégées, à la fois contre les « casseurs », les divers provocateurs et les nervis à gages, mais aussi contre des forces de police que le gouvernement et le Président instrumentalisent tout autant que les soi-disant « Blacks Blocs ». De ce point de vue, il doit être clair que l’ennemi est au Ministère de l’Intérieur, voire plus haut. Ce n’est pas le fonctionnaire de police, un fonctionnaire qui – comme beaucoup – ressent ce que lui coûte cette instrumentalisation, ressent ce que lui coûtent les politiques que sa loyauté envers un pouvoir légitime lui imposent de défendre. De ce point de vue, l’objectif n’est pas, ainsi que le disent les décérébrés qui taguent les murs des université de « casser du flic », mais d’obtenir leur ralliement, tout comme se rallièrent au mouvement des viticulteurs[18] les fameux soldats du 17ème de Ligne[19]. Pour cela, il faudra combattre toute une culture infantile et gauchiste qui reste très présente, hélas, dans le mouvement social.

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Il est aussi clair qu’il faudra s’unir pour affirmer la défense de la liberté d’opinion et la liberté de presse et ce sans aucune exclusive, cette fois contre les menées liberticides du gouvernement et contre d’autres nervis à gages qui sévissent parfois dans des salles de rédaction et qui rédigent leurs textes avec l’équivalent intellectuel des pieds-de-biche et des barres de fer. Sur cette question, aussi, mettre des exclusives, ne pas chercher à faire l’unité la plus large serait une erreur tragique. Enfin, il faudra aussi s’unir pour défendre notre pays que ce gouvernement et ce Président vendent à l’encan.

Mais, la violence dont le mouvement social devra faire preuve se doit d’être avant tout défensive.

L’enjeu de la stratégie

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L’articulation d’une expression publique pacifique et d’une violence politique défensive est incontestablement un défi, il faut en avoir pleinement conscience, pour tout mouvement politique. Donne-t-il la priorité à la première et il se met dans une position d’extrême vulnérabilité face à ses adversaires. Non seulement il accepte de voir son expression limitée dans les faits, mais – laissant ses sympathisants et ses militants sans défense contre les menées violentes de l’ennemi – il désarme politiquement ses propres forces et conduit au découragement. Met- il trop l’accent sur la seconde, et il prend le risque de se voir dénoncé pour menées factieuses par ses adversaires, leur offrant aussi de nouvelles possibilités d’engager de nouvelles violences, cette fois ci judiciaires, à son encontre.

L’intégration d’une violence défensive et sa maîtrise rigoureuse à un projet politique implique une stratégie globale qui ne soit pas moins rigoureuse. Le plus grand risque que puisse courir le mouvement social, en ce moment précis, provient de que justement il se cherche une stratégie. La France Insoumise hésite entre une stratégie classique d’union de la gauche, qui est défendue par certains soit par calcul électoral mesquin soit par véritable conviction, et une stratégie véritablement populiste. On a vu, plus haut, que Jean-Luc Mélenchon penchait pour cette dernière. C’est un point important mais un point nullement suffisant.

J’ai déjà eu l’occasion d’écrire sur ce sujet[20]. La stratégie d’union de la gauche correspondait à un contexte précis. Elle est aujourd’hui irrémédiablement dépassée et elle enferme la FI dans une impasse. Plus vite le choix pour une véritable stratégie populiste sera pris, plus vite le mouvement social pourra se doter d’une véritable doctrine de violence défensive, et en tirer une définition tant des ennemis réels (et non imaginaires) que des tactiques permettant de gérer le niveau de violence.

 

Notes

[1] https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/greve-a-air-france/referendum-coup-de-tonnerre-a-air-france_2737383.html

[2] http://www.leparisien.fr/politique/contre-macron-la-fete-et-la-colere-05-05-2018-7700433.php

[3] Voir http://occurrence.fr

[4] https://www.bva-group.com/sondages/an-apres-lelection-demmanuel-macron-bilan-tirer-de-cette-premiere-annee-de-quinquennat/

[5] https://www.francetvinfo.fr/elections/presidentielle/quatre-chiffres-qui-montrent-que-l-election-d-emmanuel-macron-n-est-pas-si-ecrasante_2

[6] http://www.lefigaro.fr/politique/2018/05/04/01002-20180504ARTFIG00253-sondage-six-francais-sur-dix-ne-veulent-pas-qu-emmanuel-macron-se-represente-en-2022.php

[7] https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/sncf/greve-a-la-sncf/sncf-pour-l-unsa-le-compte-n-y-est-pas-apres-la-reunion-avec-edouard-philippe_2741279.html et https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/sncf/greve-a-la-sncf/direct-greve-a-la-sncf-edouard-philippe-recoit-les-cheminots-sans-intention-de-toucher-a-sa-reforme_2740877.html

[8] https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/greve-a-air-france/air-france-bruno-le-maire-est-totalement-hors-sujet-pour-le-syndicat-de-pilotes-spaf_2741175.html

[9] https://www.20minutes.fr/high-tech/2266591-20180505-marlene-schiappa-donne-lecon-grammaire-insoumis-fait-reprendre-linguiste

[10] https://actu.orange.fr/politique/videos/fete-a-macron-melenchon-salue-la-victoire-des-salaries-d-air-france-lors-du-referendum-VID0000002BDlk.html

[11] https://www.huffingtonpost.fr/2018/05/03/macron-et-melenchon-sinvectivent-a-17-000-kilometres-lun-de-lautre_a_23425950/?utm_hp_ref=fr-1er-mai

[12] https://www.francetvinfo.fr/politique/la-france-insoumise/violences-a-la-manifestation-du-1er-mai-melenchon-reconnait-avoir-accuse-l-extreme-droite-a-tort_2733249.html

[13] https://www.huffingtonpost.fr/2018/05/04/jean-luc-melenchon-je-ne-cautionne-pas-les-violences-je-les-combats-interview_a_23426862/

[14] https://www.marianne.net/economie/suppression-de-l-exit-tax-emmanuel-macron-offre-800-millions-d-euros-aux-ultra-riches

[15] http://sexprimerpourexister.eklablog.com/discours-de-maurice-thorez-du-17-avril-1936-a47391116

[16] Idem

[17] http://lvsl.fr/peuple-revolutionnaire-diner-gala-jean-luc-melenchon

[18] Qui, suivant Jaurès, « préparaient dans les cuves de la République le vin de la révolution sociale » [Dins la tina de la Republica, preparatz lo vin de la Revolucion sociala !] http://gardaremlaterra.free.fr/article.php3?id_article=61

[19] Ralliement immortalisé par la chanson « Gloire au 17ème », https://www.youtube.com/watch?v=jh0blLPg3z0 Mémoire de la chanson, 1100 chansons du Moyen Âge à 1919 réunies par Martin Pénet, éditions Omnibus, 1998 – Imprimé par Normandie Roto Impression s.A. 61250 Lonrai, France – n° d’impression 982703. p. 1049

[20] https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-y-a-t-il-une-alternative-a-la-strategie-populiste-par-jacques-sapir/

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-mouvement-social-etat-fort-et-renversement-du-rapport-des-forces-par-jacques-sapir/

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Une bonne partie de cette analyse stratégique me semble invalidée par le fait que Sapir fait comme si le pouvoir actuel était souverain, au- delà de la question de sa légitimité. A l'image de la France Insoumise, comme de l'essentiel des protagonistes du "mouvement social", la désignation de Macron et de son gouvernement, voire des institutions de la République comme "l'ennemi à abattre" , sans aucune mention des véritables donneurs d'ordre, est une stratégie délibérément perdante, à moins que l'objectif réel ne soit de simplement changer d'équipe gouvernementale...    P.G.

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Posté par UPR Creuse à 04:15 - Permalien [#]
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mardi 1 mai 2018

Privatisation de la FDJ : «Ce gouvernement applique très sèchement l’agenda néolibéral»

En raison de la mobilisation sociale et militante autour du 1° mai, l'équipe de Frexit-Limousin.fr représente des articles de fond publiés sur ce site à des fins d'argumentaire. Merci de votre compréhension. P.G.

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Liêm Hoang-Ngoc est économiste. Ancien socialiste, il a été député européen encarté au Parti socialiste (PS) entre 2009 et 2014. Il est actuellement orateur national pour La France insoumise. Il a écrit plusieurs ouvrages comme La facture sociale : sommes-nous condamnés au libéralisme ? ou Les théories économiques : Petit manuel hétérodoxe.

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Alors que La FDJ a enregistré un bénéfice net de 181 millions d'euros, la privatisation de l'entreprise est toujours dans les cartons du gouvernement. Pour l'économiste et orateur national LFI, Liêm Hoang-Ngoc, cette vente «est tout un symbole».

RT France : La Française des jeux (FDJ) vient de communiquer ses chiffres. Ils sont bons, puisque la société a enregistré un bénéfice net en hausse de 2,8% à 181 millions d'euros l'an dernier. Quel est donc l'intérêt du gouvernement à souhaiter la privatisation de cette entreprise ?

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Liêm Hoang-Ngoc (L. H-N.) : Le gouvernement est dans une stratégie de privatisation des profits. Il se couvre derrière l’idéologie libérale selon laquelle le caractère public d’une entreprise qui «marche bien» ne se justifie pas. Cela dit, cette privatisation est évidemment discutable, parce que la FDJ collecte d’une certaine façon l’impôt, sa contribution fiscale – c'est-à-dire ce que la FDJ reverse à l'Etat – étant de 3,3 milliards d’euros par an. C’est donc une forme de privatisation de la collecte de l’impôt.

RT France : A l'inverse, qu'est-ce qui justifie que la FDJ demeure publique ?

L. H-N. : L'Etat a pour mission d’assurer la santé publique et cela justifie qu’il contrôle l’organisme qui est chargé de gérer les jeux. En effet, il y a une certaine forme d’addiction aux jeux qu’il faut combattre. Il est évident que la privatisation va conduire les actionnaires privés à rechercher un développement et une croissance de ce type d’activité. On sait que cette activité engendre des pathologies, et notamment des comportements addictifs. Or, c’est le rôle du service public que de réguler l’activité des jeux en ligne, mais également de garder la main sur un secteur aussi particulier.

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RT France : Des socialistes sous le précédent quinquennat, ou encore Nicolas Sarkozy avant eux, ont eu cette idée. La privatisation de la FDJ dépasse-t-elle les clivages politiques ?

L. H-N. : C’est tout un symbole. La Française des jeux est l’héritière de la loterie nationale, créée en 1933 pour abonder les caisses qui étaient destinées aux anciens combattants. Ce gouvernement est en train d’appliquer très sèchement l’agenda néolibéral pour lequel il a été élu et il fait feu de tout bois. La privatisation de la FDJ fait partie de la dernière vague de privatisation que le gouvernement pense mettre en place, au sein de laquelle il a déjà programmé des cessions d’actifs chez Aéroports de Paris [groupe ADP] et chez Engie.

La FDJ fait assez logiquement partie de la charrette. Cette privatisation se fait au nom de l’abondement d’une caisse pour l’innovation des entreprises mais cela reviendrait à, une nouvelle fois à céder les bijoux de famille que constitutent ces entreprises stratégiques à des intérêts privés. S’agissant d’Aéroports de Paris, par exemple, on sait déjà que Vinci est sur les rangs…

RT France : Vendre les «bijoux de famille» de l'Etat, n'est-ce pas une vision économique à court-terme ?

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L. H-N. : C’est un choix de société. Ce gouvernement revendique haut et fort son attachement à l’idéologie libérale. Il applique son agenda de façon tout à fait cohérente. Et l’agenda de ce gouvernement est de détricoter le modèle social français qui incluait des entreprises stratégiques contrôlées par l’Etat. La privatisation de la FDJ, héritière de la loterie nationale, je le redis, c’est tout un symbole.

RT France : Mais la vente de ces entreprises publiques n'est-elle pas aussi une bonne manière de gonfler les recettes, de rééquilibrer le budget de l'Etat ?

L. H-N. : Le problème des privatisations, c’est que c’est un one shot. L’objectif est clairement de confier à des intérêts privés la gestion d’entreprises qui devaient être contrôlées par l’Etat, par ses missions d’intérêt général, de santé publique, de collecte de l’impôt.  

RT France : Le gouvernement, par cette manœuvre, va montrer aux citoyens et au peuple qu'il peut récolter de l'argent par les ventes. A la fin, ne pourraient-ils pas être satisfaits ?

L. H-N. : Cela ne s’adresse pas au peuple. Le gouvernement s’adresse aux 20% d’électeurs libéraux qui votaient auparavant LR [Les Républicains] ou socialistes. Il essaie donc de les rassembler dans un projet libéral auquel ces gens-là faisaient semblant de s’opposer pendant des années. Ainsi, les gages, que le gouvernement donne sur de nombreux dossiers économiques, sont des gages qu’il donne à l’électorat LR, qu’il cherche à capter.

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Le peuple, quant à lui, est attaché à la FDJ, comme il l’était à la Loterie nationale, comme entreprise publique collectant une partie de l’impôt de façon indirecte. En effet, quand vous jouez, vous savez que vous versez de l’argent qui finira dans les caisses de l’Etat. Même si vous perdez, cela sert à quelque chose dans l’inconscient collectif. Désormais, avec la privatisation, cet argent ira dans les dividendes des actionnaires. Ces actionnaires seront plus nombreux, ils vont nécessairement demander à l’entreprise d'accroître la masse de dividendes à verser. Par conséquent, cela va conduire à accroître son activité et à dangereusement engendrer de l’addiction aux jeux, un phénomène qu'il s’agit de combattre. Je comprendrai que des députés à l’Assemblée nationale, notamment chez les Insoumis, s’opposent à la privatisation.

RT France :Toutefois, les Insoumis pourraient ne pas être seuls. A droite aussi cela peut faire débat...

L. H-N. : Oui, la privatisation devrait même remonter les gaullistes... s’il en reste.

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Cet ancien socialiste, complice donc des politiques précédentes, passé à la France Insoumise, a "oublié" un détail lorsqu'il évoque la "feuille de route" de Macron et de son gouvernement. Saurez- vous le trouver?   P.G.

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jeudi 19 avril 2018

Union de la gauche ou populisme ? La France insoumise hésite et se déchire

TRIBUNE LIBRE / Par Hadrien Mathoux

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Au sein du mouvement de Jean-Luc Mélenchon, deux lignes s'affrontent : quand les uns prônent l'union de la gauche en vue des échéances électorales, d'autres veulent faire de la France insoumise une force "populiste" qui renoncerait à toute référence à la gauche.

Il est très rare que Jean-Luc Mélenchon soit agacé par une référence empruntée à François Mitterrand. C'est pourtant arrivé le 7 avril, lors de la première assemblée représentative de la France insoumise (LFI), à La Chesnaie-du-Roy, en plein cœur du bois de Vincennes (Paris). Le mouvement social des opposants à la réforme de la SNCF a eu une conséquence politique visible, qui a forcé le chef de file des Insoumis à réagir : d'Olivier Besancenot à Benoît Hamon, en passant par Pierre Laurent, les têtes d'affiche de la gauche se retrouvent dans les cortèges… et s'affichent bras dessus bras dessous avec les députés Insoumis François Ruffin et Eric Cocquerel. De quoi faire ressusciter la fameuse "union de la gauche", qui avait permis à Mitterrand de prendre le pouvoir en 1981 ? Tout cela n'est pas du goût de Mélenchon, pourtant grand admirateur de "Tonton". Lui a fustigé la "gauche selfie" et tranché net : "L'unité comme prétexte à effacer les idées, c'est non."

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Une telle sortie, loin d'être anodine, reflète le bras de fer qui est en train de se nouer au sein de la France insoumise, où deux lignes s'affrontent en interne. Pour certains, la meilleure stratégie est celle qui a déjà fait ses preuves dans l'histoire : les Insoumis doivent chercher des convergences avec de potentiels alliés à gauche, comme le Parti communiste (PCF), Génération.s, voire le PS et les formations d'extrême gauche. Mais cette ligne ne convainc pas toute une mouvance, qui propose d'envoyer valdinguer le clivage gauche-droite ! L'idée serait de lui substituer une nouvelle manière d'envisager l'espace politique : pas à l'horizontale (gauche-droite), mais à la verticale. Le haut contre le bas, le peuple contre l'oligarchie. La France insoumise deviendrait, dans cette optique, un mouvement authentiquement "populiste" (le mot étant ici débarrassé de sa connotation péjorative), qui chercherait à agréger les suffrages d'actuels électeurs abstentionnistes, voire de soutiens du Front national.

Exit le drapeau rouge et l'Internationale

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De nombreux proches de Jean-Luc Mélenchon sont convaincus par cette deuxième stratégie, qui a déjà été largement mise en oeuvre lors de la campagne présidentielle de 2017. Première étape du raisonnement : la nécessité d'abandonner l'imagerie traditionnelle de l'extrême gauche, perçue comme contre-productive. "Nous voulons arrêter de revendiquer sans arrêt les codes de la gauche radicale", exposait le député Adrien Quattenens au JDD, considérant que "l'effet 'rassemblement de la gauche' est plutôt un repoussoir qu'une dynamique". Djordje Kuzmanovic, qui conseille Jean-Luc Mélenchon sur les questions de défense et d'international, est l'un des principaux tenants de cette stratégie populiste. Pour Marianne, il se fait incisif : "Toute une série de gens de gauche ont abandonné la réflexion sur l'accession et l'exercice du pouvoir pour se cantonner à une vision sans envergure de la politique, une posture de dénonciation, de témoignage. Cela consiste à tenir des discours toujours plus extravagants, qui se posent en incarnations absolues de l'émancipation et du progrès humain." Et qui, si on suit Djordje Kuzmanovic, tiendraient la France insoumise éloignée de son objectif ultime : prendre le pouvoir.

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Si le rejet est si violent, c'est parce que les partisans du dépassement populiste estiment que les codes traditionnels attachés à la gauche ont coûté cher à la France insoumise. Comme en témoigne cet extrait d'un article du Comptoir, une revue en ligne favorable aux Insoumis, et qui défend inlassablement la fin de l'union de la gauche : "C’est au nom de l’humanisme, du droit-de-l’hommisme, du progressisme, de l’internationalisme et de l’Europe que la gauche a choisi d’attaquer Mélenchon." D'après cet éditorial, pour améliorer "le quotidien des petites gens", les Insoumis devraient définitivement abandonner cet "humanisme déclaratif, abstrait et bourgeois". Et renoncer à toute alliance avec les communistes, trotskistes, socialistes en rupture de ban et autres progressistes. "Les gens n'attendent pas que du vieux bois mort se rassemble pour faire le radeau de la méduse, qu'on ait une soupe de logos et une belle guirlande colorée", argumente Adrien Quattenens.

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Loin d'être un simple mouvement d'humeur, la pensée "populiste" découle d'une réflexion théorique poussée. Dans le sillage de penseurs comme Chantal Mouffe ou Ernest Laclau, dont les écrits ont été popularisés ces dernières années, mais également du philosophe Jean-Claude Michéa, de nombreux hommes politiques ont fait le constat de l'essoufflement du clivage droite-gauche. L'un des premiers à l'avoir acté est Iñigo Errejón, l'un des leaders du parti Podemos en Espagne. "La principale frontière qui divise nos sociétés n’est pas celle qui sépare les sociaux-démocrates et les conservateurs, mais celle qui sépare ceux d’en haut du reste de la société", expose-t-il au média en ligne Le Vent Se Lève. "Ce reste de la société souffre du consensus néolibéral, des politiques technocratiques et des coupes budgétaires, appliquées tantôt par la gauche, tantôt par la droite." L'indifférenciation supposée entre centre-gauche et centre-droit une fois au pouvoir, voilà une thèse qui plaira à beaucoup d'Insoumis, qui se rêvent en parti représentant des classes populaires dans leur ensemble. "Le peuple, contrairement au peuple-de-gauche, n’est pas une abstraction, c’est une réalité sociologique, affirme Le Comptoir. Employés, ouvriers, chômeurs, artisans, petits commerçants, petits fonctionnaires, retraités et étudiants précaires, voilà le peuple." Et quoi de mieux pour les convaincre, donc, que le populisme, qui serait "d'une rare efficacité lorsqu’il s’agit de se débarrasser de ce boulet politique qu’est devenue la gôche (sic)".

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Concrètement, il s'agit d'abandonner les "grands discours théoriques" et politisés pour se concentrer sur les sujets du quotidien. "Plus qu'une question programmatique, le populisme est une méthode, nous explique Kévin Boucaud-Victoire, journaliste au Comptoir. Comment s'adresser à un nouveau public qui n'a pas les codes de la gauche, avec quelque chose de plus rassembleur que le marxisme, le drapeau rouge et l'Internationale". Autre volonté appuyée : mettre au second plan les sujets "sociétaux", qui auraient été "surinvestis par la social-démocratie pour faire oublier aux gagnants de la mondialisation qu'elle avait abandonné le social", d'après Djordje Kuzmanovic. La visée finale, évidemment, est sociologique et donc électorale. "Le populisme, c'est la gauche radicale qui essaie d'aligner la France de Johnny à celle de Booba, les classes populaires de la France périphérique à celle des banlieues", théorise Kévin Boucaud-Victoire.

Cela n'a pas échappé aux partisans du populisme : le "peuple" qu'ils invoquent vote aujourd'hui largement à l'extrême droite, ou boude les urnes. D'après les données d'Ipsos, lors de la présidentielle de 2017, 29% des employés et des ouvriers se sont abstenus au premier tour. Parmi ceux qui ont voté, 37% des ouvriers et 32% des employés ont déposé un bulletin Marine Le Pen. Autre statistique qui confortera les tenants du nouveau clivage : 37% des électeurs qui se définissent eux-mêmes comme "ni de gauche, ni de droite" ont voté pour la candidate frontiste. C'est bien plus que pour Emmanuel Macron (17%) et Jean-Luc Mélenchon (16%). Et la conclusion est limpide : si le réservoir de voix pour les Insoumis se situe parmi le "peuple", cela implique forcément qu'il faudra séduire un électorat en grande partie conservateur. De là à épouser ses thèses ? "Il s’agit d’un combat fondamental entre démocratie et oligarchie", argumente Iñigo Errejón au Figaro Vox. "Et ce combat peut rassembler beaucoup de gens qui s’associent traditionnellement aux valeurs de la droite, ou à des valeurs conservatrices, mais qui commencent à percevoir qu’il n’y a rien à espérer des élites traditionnelles de leurs pays." Lui-même n'hésite pas, incidemment, à parler de "divorce entre le pays réel et le pays officiel", ou "d'élite cosmopolite", et à clamer que le populisme doit récupérer des symboles comme "la nation", "l'ordre" ou "le mérite".

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Djordje Kuzmanovic revendique de "ne pas s'interdire de parler à qui que ce soit, si on veut prendre le pouvoir, atteindre les 51% de la population". Lui est justement chargé de faire la promotion des idées insoumises auprès de catégories sociales traditionnellement marquées à droite : les militaires ou les catholiques. En août dernier, lors de l'université d'été de LFI à Marseille, le porte-parole de Jean-Luc Mélenchon a fait un détour par la Sainte-Baume, pour y participer à un débat organisé par … le diocèse de Toulon-Fréjus, où il faisait notamment face à Christophe Billan, alors président de Sens Commun. "Je suis allé sur leurs bases à eux, en critiquant le libéralisme. Dans la Bible, le petit Jésus a l'air de préférer les pauvres aux riches ! A la fin, beaucoup de gens sont venus pour prendre contact avec moi." De cette expérience, Kuzmanovic tire un constat plus général : "Pour convaincre certaines personnes, cela implique d'aller sur le terrain de l'antilibéralisme, de la souveraineté, du patriotisme, des valeurs qui peuvent d'ailleurs être éminemment de gauche." L'éditorial du Comptoir va plus loin, appelant à "arrêter de se boucher le nez devant chaque revendication populaire qui ne serait pas de gauche", et même à "essayer de comprendre certaines demandes, notamment celles de l'électorat du FN".

Tensions dans la France insoumise

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C'est bien là le problème, pour tous ceux qui s'effraient d'un tel renversement populiste. En récupérant des valeurs d'habitude associées à la droite, en faisant des appels du pied à un électorat conservateur, en accordant des entretiens à des médias "de l'autre rive", les "populistes" braquent les partisans de l'union des gauches. "Ce qui pose problème à nombre de membres de La France insoumise, c’est de constater que Politis ou Libération sont plus mal vus au sein de la direction de leur mouvement que Causeur ou la revue Limite", synthétise le politologue Gaël Brustier dans Slate. C'est justement au magazine Politis que la députée LFI Clémentine Autain a accordé un entretien le 7 février dernier. En rupture avec la stratégie solitaire de Jean-Luc Mélenchon, elle y appelle à "agréger plus encore pour bâtir l’alternative à Macron". Et en creux, se dresse contre la stratégie populiste : "Une chose est de dire : on range les drapeaux rouges, c’est passé de mode. Une autre est de donner le sentiment qu’on jette dans les poubelles de l’histoire les acteurs et héritiers du mouvement ouvrier. Si le neuf doit dominer, l’histoire ne peut être balayée d’un revers de la main, et si l’on vise la constitution de majorités, aucune voix éprise de rupture sociale et écologiste ne peut manquer." Ces fortes réserves ont causé de sérieux remous au sein de la France insoumise, et Clémentine Autain, issue du PCF et du mouvement Ensemble !, serait de plus en plus isolée au sein du groupe de députés LFI.

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Certains sympathisants s'avouent franchement hostiles à un élargissement de la France insoumise qui irait au-delà de la gauche. C'est le cas de Jérémie Ferrer-Bartomeu, professeur d'histoire à l'université de Nanterre, qui suit de près les débats des Insoumis. "Le tournant populiste est une impasse, juge-t-il. Mélenchon est en train d'appauvrir la ligne de LFI. Il n'y a plus d'instance de consultation et de débats." Le chercheur s'inquiète surtout des nouveaux interlocuteurs récurrents des Insoumis, qu'il juge infréquentables : "Ils cherchent des alliés très à droite, la revue Limite, Natacha Polony, Olivier Berruyer (fondateur du site Les Crises, ndlr). Ce sont des signaux inquiétants." Les partisans inquiets de l'union des gauches observent également de près les choix éditoriaux du Média, la webtélé fondée par des proches de Jean-Luc Mélenchon. Récemment, l'essayiste Natacha Polony et le candidat à la présidentielle François Asselineau y ont été invités. L'économiste hostile à l'Union européenne Jacques Sapir a pris publiquement la défense de la web-TV. Autant de personnalités emblématiques du "dépassement populiste" pour les uns… et considérées comme infréquentables par les autres.

La crainte d'une jonction vers le FN

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La ligne de fracture la plus évidente entre les deux camps est ainsi celle sur laquelle s'écharpent depuis plusieurs mois Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon. Partisan de l'union de la gauche, Jérémie Ferrer Bartomeu fustige le fait que "les signaux envoyés par les Insoumis pour les élections européennes ne s'adressent pas à un électorat de gauche. Eux disent : 'nos buts convergent, on veut se débarrasser de la techno-structure européenne, peu importe si c'est avec le Front national." Et du côté des "populistes", Djordje Kuzmanovic répond que "ceux qui prétendent pouvoir appliquer leur très beau programme antilibéral dans le cadre des traités européens prennent les gens pour des imbéciles". On mesure le fossé. Un nouvel exemple en a été donné très récemment, puisque Benoît Hamon a choisi de soutenir l'intervention française en Syrie, quand Jean-Luc Mélenchon s'y est totalement opposé.

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La grande peur des militants d'une union de la gauche, qui analysent la politique à partir du clivage classique, est en fait que le tournant populiste de la France insoumise ne soit qu'une manière de camoufler une sorte de jonction des extrêmes : en somme, la France insoumise essaierait tant de répondre aux attentes d'un électorat tenté par le FN qu'elle en viendrait à furieusement ressembler au parti de Marine Le Pen. "Le problème de la stratégie de LFI, c'est qu'elle marche vite pour élargir son socle électoral, mais que pour aller plus loin, la transformation en Mouvement 5 étoiles (M5S) est la seule issue possible", tranche Jérémie Ferrer-Bartomeu. L'historien fait référence à la situation politique italienne, où le M5S, impossible à situer précisément sur l'échiquier droite-gauche, a fini premier des élections législatives… mais pourrait s'allier avec la Ligue, formation de droite dure, afin de gouverner. En Espagne, c'est Podemos, formation dont les cadres viennent de la gauche radicale, qui a expérimenté la stratégie populiste. Iñigo Errejón, son plus ardent défenseur, tient à distinguer les populismes "identifiés comme démocratiques ou progressistes" des "constructions populistes réactionnaires". Quand les premiers estiment que le peuple "repose sur une adhésion civique renouvelée de manière permanente", les seconds "se réfèrent à une forme d'identité essentielle et figée dans l'histoire". Une nuance pas forcément évidente pour le grand public, tout comme la stratégie populiste dans son ensemble. Difficile d'imposer une telle manière de voir la politique quand le clivage droite-gauche structure encore très largement les mentalités… "C'est là qu'est le défi politique, concède Djordje Kuzmanovic. Le but, c'est de montrer que le rôle de l'Etat, le rejet des politiques ultralibérales et le sens de l'universel peuvent parler à tout le monde". Aux partisans de Benoît Hamon, comme à ceux de Marine Le Pen. Il y a du boulot.

https://www.marianne.net/politique/union-de-la-gauche-ou-populisme-la-france-insoumise-hesite-et-se-dechire?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

samedi 7 avril 2018

Après la marche blanche pour Mireille Knoll, Jean-Luc Mélenchon allume le Crif, une "secte communautaire"

Le chef de file des Insoumis s'est lâché dans sa note de blog ce mercredi 4 avril : il y revient sur son départ forcé de la marche blanche contre l'antisémitisme, après les déclarations hostiles du président du Crif Francis Kalifat. Ce dernier est qualifié de "chef communautaire" par Jean-Luc Mélenchon, dans un texte particulièrement virulent.

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La vengeance est un plat qui se mange froid pour Jean-Luc Mélenchon. Le 27 mars dernier, à la veille de la marche blanche contre l'antisémitisme organisée en mémoire de Mireille Knoll - cette octogénaire juive assassinée - le président du Conseil représentatif des institutions juives (Crif), Francis Kalifat, prévenait que "ni Jean Luc Mélenchon et les insoumis ni Marine Le Pen et le FN" ne seraient "les bienvenus" au rassemblement. Une manière de désigner le chef de file de la France insoumise (FI) comme une personnalité illégitime pour défendre les juifs contre la haine (contre l'avis même du fils de Mirelle Knoll) qui avait beaucoup choqué, et surtout eu des conséquences : le lendemain, Jean-Luc Mélenchon avait dû quitter de manière précipitée le cortège de ce qui devait être un rassemblement consensuel, chassé par les insultes et les menaces.

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Le soir de la marche blanche, le chef du groupe insoumis à l'Assemblée avait calmé le jeu, estimant qu'il ne fallait "pas confondre 40 énergumènes avec des milliers de braves gens que compte ce pays". C'était pour mieux exprimer sa colère quelques jours plus tard, dans une note de blog décapante qu'il publie ce mercredi 4 avril. Celle-ci est quasiment intégralement consacrée à la controverse entre le Crif et les Insoumis à l'occasion de la marche blanche. Jean-Luc Mélenchon se dit scandalisé que "l’unité de la communauté républicaine" y ait été "déchirée par un particularisme communautariste arrogant et sans pudeur". L'exfiltration forcée des Insoumis présents dans le cortège l'a beaucoup choqué : il s'en prend à la Ligue de défense juive (LDJ), groupuscule ultra-violent et fortement soupçonné d'être à l'origine des heurts, qualifiée de "milice braillarde". Mais Jean-Luc Mélenchon reproche aussi aux "officiels", à la police, au cabinet du ministère de l'Intérieur d'avoir "abandonnés [les Insoumis] à la vindicte de la milice du Crif".

"Chef communautaire", "groupuscule ethnique"...

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Pour Mélenchon, les événements sont bien plus qu'un simple "incident de manif" ; des "digues symboliques essentielles" ont été rompues. "Vous avez accepté que nous soyons mis dans le même sac que l’extrême droite, dénonce-t-il. Vous avez accepté que les écharpes tricolores soient expulsées sur ordre des communautaristes." Si Richard Ferrand, le chef du groupe LREM à l'Assemblée, est salué pour avoir quitté la marche, le président de l'Assemblée François de Rugy est vilipendé pour avoir "détourné le regard", et qualifié de "tout petit bonhomme voué au parjure et aux coups bas".

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Mais c'est surtout le Crif et son président Francis Kalifat qui en prennent pour leur grade. Ce dernier serait un "chef communautaire", et l'organisation qualifiée de "secte communautaire", voire même de "groupuscule ethnique (...) se réclamant des intérêts d'un Etat étranger" ! Les positions du Crif, très favorables au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, sont en effet vilipendées par Jean-Luc Mélenchon : il estime que Francis Kalifat a "proclamé devant le pays une singularité communautaire radicale" ainsi qu'une "allégeance de principe à un gouvernement étranger et à sa politique quelle qu'elle soit". L'Insoumis va jusqu'à avancer que "Kalifat et la LDJ ont fait plus pour l’antisémitisme à cette occasion que des dizaines de basses besognes des vecteurs antisémites."

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En conclusion, Jean-Luc Mélenchon, qui avoue que "la blessure" que la polémique a ouverte en lui "ne cicatrisera pas de sitôt", se livre à une défense enflammée du modèle républicain. Réaffirmant "le soin particulier" qui doit protéger les citoyens français de confession juive contre les attaques dont ils font l'objet, il estime que "la République n’accepte pas que leur soit attribué une mise à part, même par ses propres chefs communautaires". Et réaffirme ses convictions : "L’universalisme a vaincu en France. La France n’est pas une collection d’indigènes."

Par Hadrien Mathoux

https://www.marianne.net/politique/apres-la-marche-blanche-pour-mireille-knoll-jean-luc-melenchon-allume-le-crif-une-secte?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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En savoir plus sur la LDJ, un article du DECODEX, insoupçonnable par principe du moindre parti pris... :

 

La LDJ est née en France sous l’appellation « Liberté démocratie et judaïsme ». Créée sous le statut d’association en octobre 2000, elle s'est dissoute d'elle-même dès 2003, sans jamais cesser ses activités, même sans existence légale.

Essentiellement présente en région parisienne, forte de quelques dizaines de membres tout au plus, auxquels se greffent des « irréguliers » au fil des événements, elle s’inspire directement de la Jewish Defense League, créée aux Etats-Unis en 1968 par le rabbin Meir Kahane, aujourd’hui classée par le FBI comme un groupe terroriste et interdite suite à des tentatives d’attentat à la bombe contre une mosquée.

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La LDJ française a été fondée par des anciens du Betar, autre mouvement d’autodéfense juive plus ancien, dont elle a peu ou prou pris la succession. Comme la JDL, la LDJ se définit comme « une organisation sioniste, affirmant que la seule protection du peuple juif contre l’arbitraire et la violence, est Israël, état juif souverain ». Elle se donne pour mission de « protéger les juifs de France contre la violence tant verbale que physique de leurs ennemis ». Elle milite aussi pour éduquer les jeunes juifs au retour en terre d’Israël. 

En 2011, la LDJ fait polémique en proposant à ses militants de partir en Israël aider à défendre les colonies.

(...)

Comme son homologue américaine, la LDJ assume le recours à la violence. Dans sa charte, elle explique « vouloir défendre le peuple juif contre toutes les formes modernes de haine antijuive, antisémitisme, judéophobie, antijudaïsme et antisionisme », etce en maintenant « une veille tant idéologique que sportive afin de pouvoir parer à toutes menaces physiques des ennemis du peuple juif ».

Pour ce faire, la Ligue revendique donner à ses membres « un entraînement physique régulier de techniques d’autodéfense [leur] permettant de pouvoir se défendre et d’aider, le cas échéant, tout membre de la communauté en difficulté ».

Les militants, de jeunes hommes pour l’essentiel, pratiquent notamment le krav maga, technique d’autodéfense de l’armée israélienne. La LDJ ne dispose pas d’une structure très claire ni de responsables très identifiés, mais fonctionne plutôt comme une « marque » qui rallie de jeunes juifs désireux d’en découdre.

Et à plusieurs reprises, ces derniers ont été mêlés à des violences. En 2002, une dizaine de jeunes hommes sont arrêtés, porteurs d’armes blanches et de battes de base-ball, en marge d’une manifestation du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) au cours de laquelle un commissaire de police est grièvement blessé.  Le 30 décembre 2003, des étudiants d’une association propalestinienne sont attaqués au sein même du tribunal administratif de Paris par des militants proches de ce mouvement.

L'autodissolution de la LDJ, en 2003, ne l’empêche pas de poursuivre son activité. En 2009, deux lycéens d'origine maghrébine du prestigieux établissement Janson-de-Sailly, dans le XVIe arrondissement de la capitale, sont roués de coups lorsqu’ils refusent des tracts de la LDJ. La même année, une librairie qui soutenait la cause palestinienne est saccagée par des militants proches de la ligue. En 2011, une vingtaine de militants attaquent un cinéma parisien qui projette un film sur les exactions israéliennes à Gaza. La LDJ s’en est également prise à Stéphane Hessel ou à l’écrivain Jacob Cohen.

(...)

Outre les violences physiques, la LDJ développe une activité militante sur Internet. Dès 2001, le site Cpiaj (comité pour une information authentiquement juive), qui déverse caricatures et pamphlets anti-Arabes, mais aussi contre certaines personnalités de confession juive qualifiées de « vermines » pour leurs positions, est fermé suite à une série de plaintes.

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Cet aspect de l’activité de la LDJ ne va faire que s’amplifier au fil du temps. Il suffit d’aller sur la page Facebook de l’organisation pour lire des posts et des commentaires truffés de fautes d'orthographe qui qualifient les musulmans de « rats », de « racaille maghrébine » et autres propos injurieux.

Si la France n’a pas interdit la LDJ, ce n’est pas le cas, on l’a vu, des Etats-Unis, où la Jewish Defense League (JDL) est classée comme organisation terroriste. La Ligue est également interdite en Israël, suite notamment au massacre du tombeau des Patriarches : en 1994, un extrémiste israélo-américain, Baruch Kappel Goldstein, ancien de la JDL, avait tué 29 Palestiniens et blessé 125 personnes avant d’être lui-même tué.

De nombreuses organisations antiracistes, comme le MRAP, mais également des associations juives françaises demandent maintenant la dissolution de la LDJ, par exemple l’Union juive française pour la paix.

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/07/23/au-fait-qu-est-ce-que-la-ligue-de-defense-juive_4461247_4355770.html

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vendredi 30 mars 2018

François Asselineau a été interrogé par Alexis Poulin sur Le Média

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Retrouvez François Asselineau en direct sur Le Media :
➡️ https://youtu.be/6siK0FTv_4o

ou sur le site upr.fr

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Un entretien cordial, sans questions- pièges, sans accusations de complotisme... Les sujets abordés: l'Union européenne, bien sûr, mais aussi l'affaire rocambolesque opposant le Royaume Uni à la Russie et le suivisme euro- atlantiste de Macron, la situation sociale en France, le rapport de la "gauche" au Frexit etc.   P.G.

 

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jeudi 29 mars 2018

Tweets sur la mort d'Arnaud Beltrame : Stéphane Poussier condamné à un an de prison avec sursis

Après ses tweets se réjouissant de la mort du gendarme Arnaud Beltrame à Trèbes, l'ex-candidat Insoumis aux législatives Stéphane Poussier a été condamné ce mardi 27 mars à un an de prison avec sursis pour apologie du terrorisme par le tribunal correctionnel de Lisieux (Calvados).

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L'affaire aura été rondement menée. Stéphane Poussier, l'ancien candidat de la France insoumise éjecté du mouvement après des tweets scandaleux se réjouissant de la mort du gendarme Arnaud Beltrame dans les attentats de Trèbes vendredi dernier, a été condamné ce mardi 27 mars à un an de prison avec sursis pour apologie du terrorisme par le tribunal correctionnel de Lisieux (Calvados).

L'homme avait été interpellé dès le lendemain des tweets en questions, dimanche à son domicile de Dives-sur-Mer, dans le Calvados. Au terme de sa garde à vue, il a été déféré devant la justice en procédure de comparution immédiate. Le tribunal a considéré que ses tweets contenaient une "présentation favorable voire très favorable" des "conséquences d'un acte terroriste", a indiqué son président Lionel Da Costa Roma. Il avait notamment écrit : "A chaque fois qu'un gendarme se fait buter (...) je pense à mon ami Rémi Fraisse (…) Là c'est un colonel, quel pied! Accessoirement, encore un électeur de Macron en moins".

Stéphane Poussier ne fera pas appel

Justice

"C'est une expression publique qui tombe sous le coup de la loi" y compris au regard de la convention européenne de droits de l'Homme, a ajouté le magistrat. Le tribunal a toutefois tenu compte du "caractère très limité dans le temps, ponctuel" de ces propos. Stéphane Poussier, ancien commercial dans la téléphonie âgé de 60 ans et aujourd'hui au RSA, a indiqué qu'il ne ferait "pas appel"de ce jugement qu'il dit "accepte(r) pleinement". A la barre comme devant la presse, il s'est excusé à plusieurs reprises auprès des proches et des collègues du gendarme pour ses propos "cruels".

Les tweets ont été unanimement condamnés par la France Insoumise, qui a indiqué l'avoir exclu dès samedi. De son côté, Jean-Luc Mélenchon a désavoué à plusieurs reprises avec force la sortie de l'ancien candidat LFI aux législatives, notamment lundi en marge d'une manifestation devant le ministère du Travail, en ces termes relayés par Le Huffington Post : "Cet abruti nous porte un dommage terrible, et c'est une souffrance pour nous que de voir quelqu'un usurper notre identité pour raconter des sottises de cette nature".

Hadrien Mathoux

https://www.marianne.net/societe/tweets-sur-la-mort-d-arnaud-beltrame-stephane-poussier-condamne-un-de-prison-avec-sursis?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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mercredi 21 mars 2018

« Sortir du nucléaire civil » ou … sortir de l’UE et de la « défense euro-atlantique » ?

TRIBUNE LIBRE / PRCF

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Quoi qu’on pense sur le fond de la question du civil en France (et le PRCF a pris position sur ce sujet dans le programme adopté à l’unanimité par la conférence nationale de 2011), est-il bien raisonnable pour nos camarades de la de centrer leur activité actuelle sur cette thématique alors que…

  • La destruction et la privatisation d’EDF battent leur plein au nom de la « construction européenne », et que la mise en place hautement discutable des compteurs « Linky » est inséparable de la casse du service public de l’ ? En particulier, est-il indispensable de faire chorus avec - les Verts, qui a toujours combattu en tant que tel sous l’égide d’un Cohn-Bendit ?
  • Macron est en train d’araser tout le socle social issu de 68, de 45 et de 36 en attaquant « tous ensemble et en même temps » le Code du travail, les statuts, l’hôpital public, la SNCF, le lycée, le bac national, l’enseignement professionnel public, les qualifs et les diplômes nationaux qui fondent les conventions collectives salariales, l’indemnisation du chômage, et qu’une grande manif se prépare le 22 mars à laquelle tous les militants progressistes – politiques ou syndicalistes – se doivent d’accorder une priorité absolue ?
  • Faire la cour à EELV, qui a sombré avec Hollande, après avoir littéralement aboyé pour l’intervention militaire et/ou pour les ingérences occidentales en Libye, en Syrie, en Ukraine, non sans avoir agoni d’injures le Venezuela bolivarien et Cuba. Flirter avec EELV est peut-être bon pour construire on ne sait quelle liste européenne (la faire gagner, c’est autre chose), mais cela ne peut qu’indisposer les dizaines de millions d’ouvriers et d’employés qui en ont plus qu’assez de la casse de la France et de la « construction » européenne que portent aux nues les EURO-FEDERALISTES prétendument « verts » ;
  • EELV est notoirement partisan d’une Europe des régions « dépassant » le cadre national et qui ressemble furieusement à l’euro-régionalisation de la France que Macron veut graver dans la constitution avec son « pacte girondin » et son inscription de la Corse dans la constitution.

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  • seule une France franchement insoumise à l’UE, s’engageant fermement dans la construction d’une République sociale, souveraine et fraternelle, pourrait fédérer la MAJORITE de notre peuple, offrir une véritable alternative à Macron et aux Le Pen, et mettre enfin « le monde du travail au centre de la vie nationale », comme y appelait le CNR*.
  • Certes, l’attitude ultra-européiste, des directions syndicales confédérales et du PCF-PGE n’aide pas à orienter l’ « insoumission » vers le Frexit progressiste et révolutionnaire. Raison de plus pour tous les militants franchement communistes, mais aussi pour les insoumis qui veulent vraiment stopper Macron, pour appeler ensemble – comme l’avait pourtant fait JLM au congrès de Clermont-Ferrand, à « briser les chaînes de l’Union européenne ».

Or, comme son nom l’indique, « Europe-Ecologie-les Verts » n’est rien d’autre, comme la Confédération européenne des syndicats ou comme le Parti de la gauche européenne, que conteste à juste titre le Parti de gauche, que l’une de ces chaînes !

 

 

https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/sortir-du-nucleaire-civil-ou-sortir-de-lue-et-de-la-defense-euro-atlantique/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

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*"comme y appelait le CNR": le CNR rassemblait des mouvements au- delà du clivage "droite- gauche", seul moyen pour libérer la France! Sinon, je suis plutôt d'accord sur le diagnostic concernant les partis et syndicats européistes, en particulier EELV ou la CES....   P.G.

jeudi 8 mars 2018

Le Média peine à prouver son insoumission à la France insoumise de Mélenchon

Quand un salarié de "Le Média" fait tomber en direct un cache de son ordinateur, révélant des autocollants de la France insoumise, la scène est drôle mais pas seulement : elle est symptomatique de la difficulté pour l'équipe de la web-télé à gagner ses galons d'indépendance vis-à-vis du mouvement de Jean-Luc Mélenchon.

ACT LE MEDIA

La portée symbolique de cette scène cocasse saute aux yeux. Ce lundi 5 mars, l’équipe de "Le Média" répond en direct sur YouTube aux questions des "socios", les abonnés de cette web-télé de gauche lancée en janvier. Aux côtés de la présidente de l’entreprise, Sophia Chikirou, se trouve le responsable des réseaux sociaux, Mathias Enthoven. Et soudain, c'est le drame : un cache scotché au dos de l’ordinateur du jeune homme se décolle, laissant voir… des stickers de la France Insoumise. Flagrant délit, se sont amusés beaucoup d'observateurs sur les réseaux sociaux, qui y ont vu la preuve ultime de ce qu’ils clament depuis les débuts de Le Média : en fait de journalisme, ce n'est qu'un outil d’influence au service de Jean-Luc Mélenchon.

Si la drôlerie de la scène, notamment la mine du jeune homme quand il tente de retenir le cache de son ordinateur, ne peut qu’alimenter l’idée d’une dissimulation subitement percée à jour, les socios les plus investis ne manqueront pas de rappeler que les liens de Mathias Enthoven avec la France Insoumise n’ont rien de secret. Il fait en effet partie de l’équipe numérique de Jean-Luc Mélenchon depuis 2012. Pendant la campagne présidentielle de 2017, il a été un des responsables de sa campagne numérique, ce qu’il met bien en évidence sur son compte Twitter.

Reste que cette péripétie attire l’attention sur l’équilibre fragile qui soutient le projet depuis son manifeste de lancement, publié le 25 septembre dernier dans Le Monde. La web-télé se présente comme un média de toute la gauche, assure de son indépendance par rapport aux forces d’argent mais aussi aux partis politiques… tout en étant portée par des très proches de la France insoumise. Sophia Chikirou a été la directrice de communication de la campagne de Jean-Luc Mélenchon et n’imagine pas arrêter de militer, comme elle l’a récemment expliqué à Marianne. Quant à Gérard Miller, autre fondateur et président de l’association adossée au projet, il n’a jamais caché son soutien au député.

Assistante parlementaire FI et salariée du Média

Dans l’équipe logistique du Média, de nombreux autres noms sont également bien connus des suiveurs de la campagne Mélenchon : Manon Monmirel est la suppléante du député Eric Coquerel, dont elle est également assistante parlementaire à temps partiel ; Michel Mongkhoy, l’ingénieur informatique, est le suppléant de la députée Danièle Obono ; Maxime Viancin, chargé du graphisme, s’est auparavant occupé des logos du candidat à la présidentielle ; Julie Maury et Romain Spychala ont participé aux « Jours heureux », la web-radio des Insoumis. Si l’équipe journalistique, en revanche, n’a pas de liens connus avec la France insoumise, ces connexions peuvent expliquer l’exposition médiatique du "pure player", disproportionnée par rapport aux 20.000 vues quotidiennes que génère le Journal diffusé tous les jours à 20h.

De son côté, la France Insoumise peine à faire la preuve de son étanchéité vis-à-vis du Média. Ce lundi, le député FI Alexis Corbière, interrogé par BFMTV sur l’éviction de la présentatrice du Média Aude Rossigneux, a eu beau répéter n’avoir « rien à voir » avec cette web-télé "indépendante", il s'est contredit tout seul en se montrant prêt à entrer dans les détails du dossier pour défendre l’entreprise. Quand Jean-Jacques Bourdin a affirmé que l’ex-présentatrice avait travaillé cinq mois en n'étant payée qu’un mois, la réponse du député – « C’est le cas de toute l’équipe » – a ainsi témoigné d’une bonne connaissance de la cuisine interne du média, jusque dans ses ressources humaines !

Mail de soutien de Mélenchon

Selon Mediapart, Jean-Luc Mélenchon ne s'est d'ailleurs pas privé d'envoyer le 11 janvier dernier un email à l’ensemble des membres de la France Insoumise – 500.000 personnes, tout de même – pour les inciter à soutenir la web-télé. « Avec moi de nombreux Insoumis, femmes et hommes qui animent notre France insoumise se mobilisent pour le succès de cette initiative (…) Je vous propose de m’accompagner pour être dans les premiers à permettre que Le Média existe. Et nous y parviendrons, j’en suis certain. », écrivait-il.

Pour l'heure, le choix des invités confirme le tropisme mélenchonien. Les Insoumis Thomas Guénolé ou Adrien Quatennens ont ainsi déjà eu droit à leur interview en tête-à-tête, alors qu'aucun élu de La République en Marche ou de Les Républicains n’a encore été reçu. Dans la mesure où le débat d’idées figure parmi les marqueurs affichés de la chaîne, ce n'est pas anodin. Plus globalement, les premières semaines ont surtout donné à voir des confrontations idéologiques réduites à la gauche, voire à la seule gauche critique. Le 15 février, une émission animée par la journaliste Aude Lancelin a par exemple été consacrée à la réforme éducation du gouvernement, en présence de l’Insoumis Paul Vannier, d’Aurélie Filippetti – désormais coordinatrice du mouvement Génération.s de Benoît Hamon – et de Raphaël Giromini, professeur de mathématiques et membre… du Nouveau parti anticapitaliste (NPA).

Interrogée par Marianne à ce sujet, la direction du Média a expliqué vouloir recevoir prochainement des responsables de partis du centre et de la droite, ainsi que des éditorialistes libéraux. Eric Brunet aurait déjà donné son accord, tandis que l’invitation d’élus FN est encore en discussion. Selon Gérard Miller, une prochaine émission sera par ailleurs consacrée aux comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon… en présence de deux journalistes de Radio France auteurs d’une enquête sur le sujet. Les mêmes qui ont été récemment qualifiés de « bras cassés » et de « CIA médiatique » par le député de Marseille.

https://www.marianne.net/politique/le-media-une-insoumission-aux-insoumis-qui-reste-construire?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

fake-news ANNONCE

Après Eric Brunet et Marine Le Pen, ne manquez pas le prochain entretien "en tête à tête" de François Asselineau dans Le Média, suivi d'un débat entre le président de l'UPR et Jean- Luc Mélanchon sur le FREXIT.   P.G.

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Posté par UPR Creuse à 05:00 - - Permalien [#]
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