dimanche 7 janvier 2018

Pas de «regime change» à Téhéran

Donald Trump a beau assurer que « l’Iran échoue à tous les niveaux », que « le grand peuple iranien est réprimé depuis des années », qu’il a « faim de nourriture et de liberté », qu’il est « temps que ça change » et qu’il « soutiendra le peuple iranien le moment venu », c’est peine perdue. Ces proclamations grandiloquentes n’auront aucun effet sur le cours des choses. Déchaîné contre Téhéran, Washington veut saisir le conseil de sécurité. Mais la Chine et la Russie s’opposeront à toute forme d’ingérence. Il n’y aura ni mandat onusien torpillant un Etat souverain au nom des « droits de l’homme », ni « zone d’interdiction aérienne », ni « droit de protéger ». Que les bellicistes se fassent une raison : l’Iran ne connaîtra pas le sort de la Libye, détruite par l’OTAN en 2011.

tl bg IRAN TRUMP

Le châtiment venu du ciel étant décidément impraticable, Washington a joué la carte de la déstabilisation interne. Pour y parvenir, ses stratèges ont déployé toute la gamme des moyens disponibles : avalanche de propagande antigouvernementale financée par la CIA (notamment par les stations de radio émettant en persan vers l’Iran), agents de tous poils infiltrés dans les manifestations populaires, appui donné à toutes les oppositions sur place ou en exil. Incapable de procéder au « regime change » par le haut, la Maison-Blanche a tenté de l’obtenir par le bas. Prémuni contre le « hard power » US par sa propre force militaire (et par ses alliances) le « régime des mollahs » a été directement ciblé par le « soft power » made in USA. La Maison-Blanche a fait tourner les rotatives de la désinformation, mais le résultat n’était pas garanti sur facture. C’est le moins qu’on puisse dire.

Pour abattre un régime qui leur déplaît, les « neocons » de Washington ont classiquement besoin de différents types de munitions. L’expérience montre qu’il leur faut détenir au moins deux des trois atouts suivants : une forte opposition interne chez l’adversaire, une soldatesque de supplétifs, une capacité d’intervention directe. En Iran, ils ne disposaient clairement d’aucun de ces trois atouts. L’opposition interne existe, mais c’est moins une opposition au régime qu’une opposition au gouvernement. Le système politique lui donne libre cours à travers le processus électoral. La dialectique entre « conservateurs » et « réformateurs » structure le débat, favorisant l’expression des contradictions internes sans mettre en péril le régime issu de la révolution de 1979.

C’est pourquoi les masses n’ont pas investi la rue, et la grogne qui s’y exprime pour des raisons économiques ne génère pas, sauf exception, une contestation du régime politique. Il est significatif que la propagande occidentale se livre, une fois de plus, à de grossières manipulations. On a même vu le directeur général de « Human rights Watch », Kenneth Roth, utiliser une photo des manifestations pro-gouvernementales pour illustrer le « soulèvement populaire » contre le régime. En croyant voir dans des rassemblements de mécontents le prélude à un changement de régime, Washington a pris deux fois ses désirs pour des réalités : la première, en confondant mécontentement et subversion dans les manifestations antigouvernementales ; la seconde, en refusant de voir que les manifestations pro-gouvernementales étaient au moins aussi importantes.

Cet espoir d’un « regime change » à Téhéran est d’autant plus illusoire que Washington ne détient pas davantage le deuxième atout : des hordes de mercenaires pour faire le sale boulot. Les frontières étant surveillées de près par l’armée iranienne, la réédition d’un scénario à la syrienne est impossible. En Syrie, les miliciens wahhabites furent importés en masse avec la complicité de l’OTAN, et il a fallu six ans au peuple syrien pour s’en débarrasser sérieusement. En Iran, aucun indice ne permet de penser qu’une telle invasion ait seulement eu lieu. Quelques individus ont dû passer à travers les mailles du filet, mais leur capacité de nuisance est limitée. Depuis la déroute de Daech, l’internationale takfiriste est aux abois. Le dernier carré d’Al-Qaida finira coincé dans la poche d’Idlib. L’armée syrienne avance, elle reconquiert le territoire national, et le « regime change » à Damas n’est plus à l’ordre du jour.

Pour détruire le « régime des mollahs », Washington ne peut compter ni sur l’opposition interne, ni sur le mercenariat externe, ni sur une intervention militaire directe. L’opposition interne ne partage pas ses objectifs, le mercenariat étranger est une ressource en voie de disparition, et l’intervention militaire vouée à l’échec. Le « regime change » a réussi en Libye grâce au bombardement aérien. Il a échoué en Syrie malgré des hordes de mercenaires. Mais il n’a aucune chance de réussir en Iran. Le peuple iranien subit surtout les sanctions infligées par un Etat étranger qui lui donne des leçons de « droits de l’homme ». Que certaines couches sociales aspirent au changement est naturel, et tout dépendra de la réponse du pouvoir à leurs revendications. Le président Rohani a condamné les violences. Mais il a aussi admis la légitimité du mécontentement social, des mesures impopulaires ont été annulées, et le peuple iranien n’a pas l’intention de s’étriper pour faire plaisir au locataire de la Maison-Blanche.

La situation est difficile pour les plus pauvres, mais l’Iran est tout sauf un pays au bord de la faillite. Malgré les sanctions imposées par Washington, le pays a connu un développement notable en 2016. Son économie affiche un taux de croissance de 6,5% et l’endettement public est particulièrement faible (35% du PIB). Mais le taux de chômage est élevé (12,5%) et il frappe surtout les jeunes. Le pays connaît une crise de croissance qui avive les tensions sociales, soulignant les privilèges de la bourgeoisie marchande accentués par les réformes libérales voulues par le gouvernement. L’Iran exporte son pétrole, mais il manque de capitaux extérieurs. A l’affût de la moindre faiblesse, Washington rêvait d’un mouvement de grande ampleur, capable de faire vaciller le pouvoir. Visiblement, c’est raté, et l’agression US a manqué son objectif. Elle ne cessera pas pour autant, car l’Iran est depuis longtemps dans la ligne de mire des fauteurs de guerre.

Obsession des « neocons », la lutte contre Téhéran remonte aux origines de la République islamique (1979). Elle fut inaugurée par une attaque irakienne dont l’Occident fournit les armes et les pétromonarchies les moyens financiers (1980-1988). Elle s’est poursuivie avec les attentats du Mossad et de la CIA, infligeant aux Iraniens ce même « terrorisme » dont les accuse la propagande occidentale. Puis elle s’est amplifiée avec l’invention de la « menace nucléaire iranienne » au début des années 2000. Il est évident que Trump se soucie comme d’une guigne des droits de l’homme et que la question nucléaire est l’arrière-plan de la crise actuelle. A Washington, l’union sacrée s’est miraculeusement reconstituée contre l’Iran. Ce pays n’a jamais agressé ses voisins, mais la possibilité qu’il se dote d’un parapluie nucléaire entamant le monopole israélien dans la région est jugée intolérable. Le « regime change » a avorté, mais il est clair que Trump torpillera l’accord de 2015.

Article original sur la page Facebook de Bruno Guigue

https://www.levilainpetitcanard.be/articles/ailleurs/pas-de-regime-change-a-teheran_859404085

samedi 6 janvier 2018

Salah Hamouri a été transféré dans une nouvelle prison

L’avocat franco-palestinien, en détention administrative depuis le 23 août, a été déplacé ce dimanche 31 décembre de la prison du Negev à celle de Megiddo au sud-est de Haïfa, de sinistre réputation.

ACT SALAH MACRON

(...)
Selon l'association de défense des prisonniers, Addameer, il s’agirait rien moins que d’une « punition ». L’information de son transfert a été confirmée indirectement par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en charge des visites aux prisonniers palestiniens et qui a annoncé que la famille de Salah ne pourrait le voir le lendemain, 1er janvier, la rencontre étant annulée.
Il y a deux semaines environ, des hommes - peut-être des services de renseignements - ont fait irruption dans la cellule de Salah Hamouri avec, dans leurs mains, un exemplaire de « l’Humanité ». On sait que, par l’intermédiaire de ses avocats, nous avions publié une interview de Salah Hamouri le 30 novembre dernier. Ces agents ont alors indiqué à Salah Hamouri qu’il allait être placé à l’isolement. Une forme de punition régulièrement utilisée par les autorités israéliennes contre les détenus palestiniens (...)
Salah Hamouri se trouve incarcéré dans le cadre d’une détention administrative depuis le 23 août. Pour six mois, renouvelable autant de fois qu’en décide l’arbitraire de la « justice » israélienne. L’ordre a été donné par le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, qui mentionnait déjà la prison de Megiddo. La détention administrative est, en soi, un acte de torture mentale. Le témoignage d’un prisonnier est cité dans un livre (1). Il adressait alors - c’était en décembre 1996 - une lettre à l’écrivain nigérian Wole Soyinka. « Si je dois décrire ce que nous sommes, je dirais que nous sommes des otages politiques, écrivait-il. Nous ne pouvons jamais savoir à quel moment nous allons rentrer chez nous. Ce jeu cruel du « espoir/pas d’espoir » je l’ai une fois décrit comme un mélange de roulette russe « elle m’aime/elle ne m’aime pas » et (…) une variante du thème familier « En entrant ici, abandonnez tout espoir ». Rien ne permet d’espérer une libération prochaine puisque l’arbitraire règne. Développer l’espoir s’est s’exposer à une terrible désillusion en cas de renouvellement de la détention administrative. Ce cercle vicieux s’apparente bien à de la torture, ce qu’avait souligné en 1998 puis en 2003 le Comité des Nations unies pour les droits de l’homme qui s’était penché plus précisément sur la détention administrative pratiquée par Israël.
Contacté dimanche par « l’Humanité » concernant le sort de Salah Hamouri, le service de presse de l’Elysée n’a toujours pas répondu. La question est simple: le président de la république française intervient-il personnellement auprès des autorités israéliennes et plus particulièrement auprès de Benjamin Netanyahu, pour exiger la libération de notre compatriote comme le lui demandent des dizaines de parlementaires nationaux et européens et tout autant de conseils municipaux dans l’Hexagone? Emmanuel Macron qui a le verbe haut s’agissant d’autres pays est bien silencieux dans ce dossier. Or, la diplomatie discrète a ses limites. Il a maintenant le devoir d’informer les Français: oui ou non intervient-il?
 
(1) « Threat. Palestinian political prisoners in Israel ». Beer Baker et Anat Matar. PlutoPress Editions.
https://humanite.fr/salah-hamouri-ete-transfere-dans-une-nouvelle-prison-647988

Posté par UPR Creuse à 05:00 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,

vendredi 29 décembre 2017

Brexit : Fin de première manche

Entre le décès de Jean d’Ormesson et celui de Johny Halliday dans la même semaine, les cérémonies commémoratives1 diffusées ad nauseam sur les chaînes d’abrutissement en continu, les médias ne réservent que la portion congrue à la fin de la première partie des négociations entre le Royaume-Uni et les Vingt-Sept (représentés par la commission européenne) consacrées à la mise en œuvre concrète du « Brexit » (référendum du 23 juin 2016) conclue le 8 décembre 2017.

TL BREXIT

Négociation inédite s’agissant du départ d’un des membres de l’Union européenne, hypothèse qui paraissant invraisemblable il y a quelques années encore pour la bienpensance intellectuelle ! Une fois l’effet de sidération passé, il a bien fallu se rendre à l’évidence. La communauté réduite aux acquêts devait être traduite en procédure de divorce entre l’Ile et le continent2. Comme souvent dans la pratique des relations internationales, il existe deux niveaux d’analyse d’un évènement qui nous est présenté à travers quelques extraits choisis de Jean-Claude Juncker (le président de la commission européenne), Donald Tusk (le président du conseil européen) et de Theresa May (le premier ministre britannique). La fin de première partie de négociation au long cours (plus d’un an pour débroussailler le terrain) sur le « Brexit ». n’échappe pas à la règle3. Nous pouvons distinguer un niveau médiatique et un niveau diplomatique.

LE NIVEAU MÉDIATIQUE : L’EUROPE EN NOIR ET BLANC

Portés par les éléments de langage (E.D.L.) et la pensée rapide (le prêt à penser), les médias ont tôt fait de tirer des conclusions hâtives et manichéennes de cette première phase de la négociation comme si la vie internationale était manichéenne : les bons et les méchants, les gagnants et les perdants, la morale et l’immoralité… Comme dans un combat de boxe, l’Union européenne est déclarée vainqueur de la première manche par K.O. de la Perfide Albion4. Comment pourrait-il en être autrement avec l’as de la négociation diplomatique qui a pour nom, Michel Barnier (« qui a jusqu’ici réalisé un sans-faute et dont l’expertise et la maîtrise de la diplomatie ont été précieuses… ») ? Malgré ses esquives permanentes, son alter ego britannique, David Davis n’a rien vu venir. Il est encore groggy dans les cordes sonné par les coups des Vingt-Sept. Il a dû faire sienne toutes les exigences du continent. Et tous les médias de faire chorus pour reprendre les trois points principaux de l’accord (il comporte quinze pages qu’aucun de nos perroquets à carte de presse n’a pris le temps de lire) : montant de la facture du divorce (50 milliards d’euros), statut des ressortissants européens au Royaume-Uni (protégés par la Cour de Justice de l’Union européenne), statut de l’Irlande (pas de rétablissement des frontières entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord). Nous pouvons dormir sur nos deux oreilles tant les Britanniques ont dû aller à Canossa et arrivent en position de faiblesse pour aborder la deuxième phase de la négociation portant sur les relations futures entre Londres et les Vingt-Sept rescapés5.

LE NIVEAU DIPLOMATIQUE : L’EUROPE EN DEMI-TEINTE

Comme souvent dans les relations internationales, pour celui qui dispose d’un minimum de pratique de la diplomatie multilatérale, les choses se présentent rarement de manière aussi tranchée que l’on veut bien le prétendre. Même s’il s’agit d’une vérité d’évidence, rien n’est définitivement agréé tant que tout n’est pas agréé (le fameux rien n’est décidé avant que tout soit décidé que connaissent bien les diplomates). La négociation sur le « Brexit » constitue un tout et il est hasardeux de pouvoir la saucissonner artificiellement. La découpe en phases est un artifice théorique destiné à en faciliter l’approche mais ne correspond qu’approximativement à la réalité. À ce jour, la conclusion de la première phase doit être appréhendée comme le signe d’une volonté politique des négociateurs de démontrer que la négociation avance et ne fait pas du surplace. Ni plus, ni moins. Car, si nous entrons plus avant dans le détail de l’accord du 8 décembre 2017, la victoire des Vingt-Sept est moins écrasante qu’il n’y paraît tant elle est l’archétype de l’application de la théorie de « l’ambiguïté constructive »6. Bien connue des négociateurs chevronnés, elle consiste à masquer des désaccords substantiels derrière des formules vagues, évasives permettant de s’accorder et de botter en touche (renvoyer au lendemain le traitement des différends). La ficelle est grosse mais elle est aussi vieille que le monde. De quoi s’agit-il dans le cas d’espèce ? Pour ce qui est des 50 milliards d’euros que Londres doit à Bruxelles, à y regarder de plus près, le montant n’a pas encore été arrêté de manière aussi précise. Ce pourrait être 40 ou 45 milliards d’euros. Diantre. Pour ce qui est de la protection des ressortissants européens au Royaume-Uni par la CJUE, elle ne vaudra que pour huit ans, sera facultative et n’empêchera pas une intervention des tribunaux britanniques. Quant à l’Irlande rien n’est réglé – il est vrai que le problème est d’une rare complexité -, nous apprenons que l’accord conclu le 8 décembre 2018 formule deux promesses contradictoires : changer et rien changer au statu quo actuel. Bravo les artistes ! Comme le déclare Donald Tusk : « il reste moins d’un an pour négocier un arrangement transitoire et le cadre de nos futures relations ». En termes peu diplomatiques, cela signifie que nous ne sommes pas sortis de l’auberge tant les questions pendantes sont multiples et complexes. Le plus dur reste à faire en une petite année, jusqu’au mois de mars 2019 pour conclure la négociation. À titre de comparaison, l’accord sur le nucléaire entre l’Iran et les cinq – plus limité et plus simple – a été négocié sur une période de treize ans. On comprend mieux ainsi pourquoi les rodomontades de nos journalistes incultes n’étaient que des farces. Dans la diplomatie, chevaucher des chimères ne conduit nulle part, au mieux, mais plus souvent dans le mur, au pire. L’histoire des négociations diplomatiques des dernières décennies nous apprend pourtant une chose : il ne faut pas sous-estimer les Britanniques.

L’accord du 8 décembre 2017 est un excellent texte au sens où l’entendait François Mitterrand lorsqu’il déclarait en 1989 : « C’est un excellent texte, car il exprime les arrière-pensées de tout le monde ». Surtout lorsqu’il s’agit des Britanniques. Tout reste encore à faire. Comme cela était largement prévisible, Theresa May a fait au mieux, dans le contexte actuel, pour défendre les intérêts de la Couronne. Comme le soulignait justement Winston Churchill : « Les Anglais ne fixent jamais une limite sans l’estomper ». Négocier est un métier, pas une posture. Cela s’appelle précisément la diplomatie, et il semblerait que nos dirigeants en manquent fichtrement. Avant de passer à la deuxième phase de la négociation, ils devraient profiter de la trêve des confiseurs pour méditer cette réflexion d’un ambassadeur de France dignitaire, l’un des meilleurs de sa génération, Gabriel Robin : « Hors de cette réalité, il n’y a que des mots et si les mots à eux seuls peuvent suffire à masquer une contradiction, il est vain de leur demander de la surmonter ».



1 Patrick Garcia, L’inflation des hommages aux grandes figures de la nation, Le Monde, 10-11 décembre 2017, p. 23.
2 Cécile Ducourtieux, Brexit : accord sur les préalables au divorce. Fin du premier acte, Le Monde, 9 décembre 2017, pp. 1-2.
3 Jean-Jacques Mével, Brexit : Londres et Bruxelles ont fixé les termes du divorce, Le Figaro, 9-10 décembre 2017, p. 7.
4 Éditorial, Brexit : avantage Bruxelles, Le Monde, 10-11 décembre 2017, p. 26.
5 Marion L’Hour, Boris Johnson, le ministre cauchemar de Theresa May, www.mediapart.fr , 9 décembre 2017.
6 Philippe Bernard, Brexit : un accord mais des ambiguïtés, Le Monde, 10-11 décembre 2017, p. 5.

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat

https://www.les-crises.fr/brexit-fin-de-premiere-manche-par-guillaume-berlat/

Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

mardi 5 décembre 2017

Netanyahou « invité » au sommet de l’UE le 11 décembre, par lui-même, ne sera pas le bienvenu

Connaissez-vous la définition de la “chutzpah”, ce culot incommensurable si typiquement israélien ? Ni “insolence”, ni “audace” ni “impertinence” n’en rendent adéquatement la portée. C’est encore une histoire drôle (?) qui en donne la meilleure définition :  «La chutzpah est la qualité de l’homme qui, étant jugé pour avoir froidement assassiné son père et sa mère, estime avoir un droit absolu à l’indulgence du tribunal, car après tout il n’est qu’un pauvre orphelin». Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou est doté d’une chutzpah hors du commun.

ACT ISRAEL UE

Il y a quelques jours, Netanyahou avait annoncé qu’il participerait au sommet des ministres européens des Affaires étrangères qui se tiendra à Bruxelles le 11 décembre. Une première depuis plus de 20 ans dans l’histoire des relations diplomatiques entre l’UE et Israël. Une visite «pour marquer les efforts renouvelés pour relancer les relations tendues entre Jérusalem et le bloc de pays européen».

On apprend maintenant par les médias israéliens qu’en fait Netanyahou n’a jamais vraiment été invité, et qu’il a mis les pays européens devant un fait accompli en annonçant sa présence à ce sommet. “The Times of Israel” affirme ainsi que «les ministres des Affaires étrangères voient la participation du Premier ministre à une réunion à Bruxelles comme un coup arrangé dans leur dos et affirment qu’Abbas recevra une invitation similaire».

C’est la télévision israélienne “Channel 10” qui a recueilli le témoignage d’un diplomate européen. Il en ressort qu’aucune invitation officielle n’a jamais été adressée à Netanyahou.  Tout au plus a-t-il été invité par le ministre des Affaires étrangères de la Lituanie – qui n’avait pas jugé utile de demander l’accord ni d’informer d’autres diplomates de haut rang – pour participer à un petit-déjeuner avant la rencontre. Et il en a profité pour claironner publiquement qu’il participera au sommet, à la grande stupéfaction et la grande la colère de pas mal de responsables européens.

«C’est l’Union Européenne, pas le Congrès américain, Netanyahou ne peut pas s’inviter lui-même», a déclaré un diplomate européen à la télévision “Channel 10”, en faisant référence au discours de Netanyahou prononcé devant le Congrès des États-Unis contre l’accord sur le nucléaire iranien en mars 2015, et qui avait été organisé dans le dos de l’administration Obama.

Plusieurs [ministres] étaient au début opposés à la manœuvre du dirigeant israélien de s’inviter lui-même à un forum de haut niveau”, écrit The Times of Israel. Mais lui signifier que sa présence n’était pas souhaitée aurait évidemment déclenché un incident diplomatique, et il est plus que probable que, comme d’habitude, les 28 pays de l’UE auraient vite étalé leurs divisions, comme il le font à tout propos. L’UE n’a pas besoin de problèmes supplémentaires…

Le reportage de “Channel 10” cité par The Times of Israel expliquait que la cheffe de la diplomatie de l’UE, Federica Mogherini, qui était elle-même furieuse du coup de force de Netanyahou, a finalement trouvé un accord avec les ministres des pays membres : Netanyahou sera admis à rencontrer les Ministres européens des Affaires étrangères, mais il est entendu qu’une invitation similaire sera, dans un avenir proche, adressée au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, et que la question palestinienne sera en tête de l’ordre du jour quand les ministres des Affaires étrangères recevront Netanyahou.

Certains vont jusqu’à affirmer que “des questions difficiles” lui seront posées. Ce dont on se permet de douter un peu quand même, vu le courage légendaire de la diplomatie européenne face aux lobbies pro-israéliens.

Luc Delval  | 1 décembre 2017

Source: http://www.pourlapalestine.be/netanyahou-invite-au-sommet-de-lue-le-11-decembre-il-ne-sera-pas-le-bienvenu/

Posté par UPR Creuse à 08:54 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

jeudi 30 novembre 2017

le New York Times fait du journalisme!

Quand l’administration Trump a accusé Cuba « d’attaques soniques » contre les diplomates américains, un journaliste du New York Times a fait quelque chose d’inhabituel pour son journal, il a tenté objectivement d’analyser les preuves, comme le rapporte Robert Parry.

ARG RUSSIE CUBA US

Je critique souvent le New York Times, le Washington Post et autres grands médias mainstream pour une raison très simple : ils le méritent, notamment pour leur propagande, leur manque de professionnalisme et leur couverture irresponsable des crises étrangères.

Mais parfois, un journaliste d’un de ces grands médias mainstream se comporte de façon responsable, et cela devrait être mentionné au moins sous la définition classique de « nouvelles » – quelque chose d’inattendu – ou comme le dit le dicton, « Un chien qui mord un homme, ce n’est pas de l’information. Mais c’est de l’information si l’homme mord le chien. »

Un tel cas est survenu au début du mois quand un journaliste du Times, spécialisé dans le domaine des sciences, Carl Zimmer, a été envoyé pour enquêter sur la mystérieuse maladie affectant les diplomates américains dans l’ambassade récemment ré-ouverte à Cuba.

Environ deux dizaines de diplomates américains ont parait-il souffert de perte d’audition et de difficultés cognitives suite à ce qui a été dénommé une « attaque sonique ». L’administration Trump a accusé le gouvernement cubain, même si les Cubains ont affirmé être stupéfaits et s’ils sembleraient avoir peu de mobiles pour perturber une période de détente longuement attendue avec Washington, sans oublier la croissance espérée de l’industrie touristique. Le président Trump a « riposté » en expulsant 15 diplomates cubains.

Zimmer a récapitulé le contexte de cette histoire dans un article publié le 6 octobre : « Le mardi, Michael Mason, mon rédacteur en chef du secteur Science, m’a envoyé un mail. Pouvais-je rédiger un article sur cette affaire ’’d’attaque sonique’’ ? Je savais parfaitement de quoi il parlait. J’étais plutôt perplexe à ce sujet depuis des mois ».

Vérifier l’histoire

Zimmer a fait ensuite ce que des journalistes professionnels sont supposés faire : il a commencé par contacter des experts impartiaux pour avoir leurs avis sur ce qui était possible, ce qui était envisageable, et ce qui n’avait aucun sens.

« J’ai décidé d’aller au fond des choses, non pas comme un journaliste politique mais comme un auteur scientifique », précise Zimmer dans un encadré accompagnant son article. « Je base habituellement mes idées sur des recherches scientifiques qui ont été suffisamment développées et vérifiées pour pouvoir être publiées dans des revues à comité de lecture. Je savais qu’un article sur des armes soniques serait totalement différent de ceux que j’avais l’habitude de rédiger… »

« J’ai appris qu’il n’y avait même pas de rapport médical officiel. J’ai décidé de définir certaines limites à toutes les spéculations tournant autour du sujet. Est-ce que l’idée d’une attaque sonique est plausible, sur la base des connaissances scientifiques au sujet du son et du corps humain ?

« Aussi, j’ai pris le téléphone. Je ne voulais pas parler avec n’importe qui. J’ai cherché des personnes ayant beaucoup d’expérience en recherche ayant des liens avec ce dossier. J’ai débuté avec Timothy Leighton, dont le titre à l’université de Southampton est, littéralement, professeur d’ultrasons et d’acoustique sous-marine. Mieux encore, le Dr. Leighton a publié le seul récent et complet ouvrage scientifique sur les effets des ultrasons sur l’environnement que je connaisse.

« Quand j’ai interrogé le Dr. Leighton et d’autres, je leur ai bien fait comprendre je n’attendais pas d’eux la solution au mystère. Je voulais seulement obtenir d’eux ce que nous savions via la science…

« Le consensus a été qu’il était hautement improbable que les diplomates aient été victimes d’armes soniques.

Il serait nécessaire d’écarter des possibilités moins excentriques avant de prendre celle-ci au sérieux. »

Cependant, malgré le consensus sceptique des experts scientifiques, Zimmer a noté : « La notion [d’une attaque sonique] a fait souffler un vent de folie à travers la presse, entraînant les lecteurs a penser que l’explication d’une attaque sonique avait été acceptée généralement par les experts. Mais ce n’est certainement pas le cas. Je serai curieux de voir si des articles comme le mien peuvent freiner de telles spéculations. »

Poutine suspecté

Eh bien, Zimmer aurait pu lire l’éditorial du Times le même jour (le 6 octobre) pour avoir une réponse partielle. Tout en critiquant l’administration Trump pour s’être empressée de juger en accusant le gouvernement cubain et en expulsant 15 diplomates, l’éditorial concluait : « Les attaques soniques contre les Américains sont trop graves pour être utilisées à des fins politiques cyniques. »

Tant pis pour les rédacteurs de l’éditorial qui lisent leur propre journal, mais il est clair qu’ils étaient motivés par un programme plus ambitieux. Un éditorial du New York Times sur un sujet désagréable n’importe où dans le monde ces jours-ci ne serait pas complet sans profiter de l’occasion pour accuser la Russie ou, dans ce cas, au moins suggérer la Russie comme le méchant possible de ce mystère.

Le Times a écrit : « D’autres parties, notamment la Russie, doivent également figurer parmi les suspects : le président Vladimir Poutine accueillerait sans doute favorablement un revers dans les relations américano-cubaines. »

Oui, toutes les théories du complot doivent revenir à Vladimir Poutine, un vrai Dr. Le mal. Lorsqu’il ne conspire pas pour inonder Facebook d’images de chiots ou manipuler les Américains dans leur poursuite des personnages de Pokemon, il construit des armes sonores secrètes pour désorienter les diplomates américains à La Havane et obliger le président Trump à agir précipitamment (quand nous savons tous à quel point Trump est normalement cool et réfléchi).

Mais j’ai pensé que la théorie du complot antérieure était que Poutine avait des vidéos secrètes de Trump en train de faire des galipettes avec des prostituées dans un hôtel cinq étoiles de Moscou – sachant des années à l’avance que Trump deviendrait sûrement le président américain – et donc tout ce que Poutine avait dû faire, c’était d’appeler Trump et dire à son candidat de rapatrier quelques diplomates cubains.

Pourquoi le méchant Poutine se donnerait-il la peine d’inventer une arme sonique alors qu’en tirant simplement les ficelles de la marionnette Trump, ça ferait très bien l’affaire ? Peut-être que Poutine est si diabolique qu’il se délecte de trucs ridicules pour la joie sadique de blesser les gens. Oh oui, ça doit être jouissif !

Une fois de plus, les rédacteurs du Times semblent être sur la bonne voie. Si seulement ils pouvaient retenir leur seul journaliste qui semble encore penser qu’il est nécessaire pour un reportage de rechercher de vrais experts, qui n’aient aucun intérêt particulier, ni de contrat lucratif d’audit du gouvernement. Ça économise tellement de temps et d’énergie de simplement accuser Poutine.

Le reporter d’investigation Robert Parry a dévoilé de nombreuses affaires sur l’Iran-Contra pour Associated Press et Newsweek dans les années 1980.

Source : Robert Parry, Consortium News,19-10-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/un-homme-a-mordu-un-chien-le-new-york-times-fait-du-journalisme-par-robert-parry/

Posté par UPR Creuse à 09:25 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

lundi 27 novembre 2017

L'Arabie saoudite lance une coalition antiterroriste de pays musulmans... sans la Syrie ni l'Irak

Même s’ils combattent Daesh depuis des mois, Damas et Bagdad ne figurent pas sur la liste des 40 pays membres d'une nouvelle coalition antiterroriste lancée par Riyad. Grand rival régional, l'Iran en est également exclu, au contraire du Qatar.

ACT COALITION MBS

Le 26 novembre, l'Arabie saoudite a lancé une coalition antiterroriste de 40 pays musulmans d'Asie et d'Afrique.

Au cours d'une réunion des ministres de la Défense de ces nations, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) a appelé à une «coordination forte, excellente et spéciale» entre les membres de cette nouvelle coalition. «Nous allons continuer à pourchasser les terroristes jusqu'à ce qu'ils disparaissent de la terre», a encore lancé le Saoudien.

L'Iran, la Syrie et l'Irak exclus

Même s'ils combattent depuis de longs mois l'organisation terroriste Daesh, en net recul sur leur territoire, la Syrie et l'Irak ne figurent pas dans la liste communiquée par l'agence de presse officielle saoudienne SPA. L'Iran, le grand rival de Riyad dans la région, n'apparaît pas non plus sur la listes des 40 pays membres de cette coalition.

A noter toutefois que le Qatar en fait partie, selon SPA, même si aucun de ses ministres n'était présent à la réunion du 26 novembre. L'Arabie saoudite accuse en effet Doha de soutenir des groupes extrémistes et, à ce titre, Riyad avait rompu en juin ses relations diplomatiques avec ce pays, en dépit de ses dénégations.

Au sein de cette coalition, à dominante sunnite, on retrouve encore des pays comme le Pakistan, la Turquie ou le Nigeria.

«Plus de 40 pays envoient un signal très fort consistant à dire que nous allons travailler ensemble et que nous allons mettre ensemble nos capacités militaires, financières, politiques et de renseignement», a encore déclaré MBS, ajoutant : «Cela se fera à partir d'aujourd'hui et chaque pays va y contribuer à hauteur de ses capacités.»

«Le terrorisme déforme l'image de l'islam»

Exprimant sa solidarité envers l'Egypte, frappée le 24 novembre par un attentat qui a fait 305 morts, le prince héritier saoudien, dont le pays est lui-même accusé de soutenir le terrorisme a promis de se tenir aux côtés «de tous les pays du monde qui combattent le terrorisme et l'extrémisme».

«Plus que le meurtre d'innocents et la propagation de la haine, le terrorisme et l'extrémisme déforment l'image de notre religion», a en outre déclaré le jeune prince saoudien.

Le général pakistanais Raheel Sharif a été désigné commandant militaire de la coalition. Il aura son quartier général dans la capitale saoudienne.

Coalition antiterroriste ou défense d'intérêts régionaux ?

L'Arabie saoudite est par ailleurs membre d'une alliance occidentale antidjihadistes conduite par les Etats-Unis en Irak et en Syrie.

La diplomatie syrienne a critiqué à plusieurs reprises l'action de la monarchie, l'accusant d'avoir «tué davantage de civils innocents que de terroristes» et lui reprochant de violer la souveraineté de la Syrie car les autorités syriennes ne l'ont pas invitée à intervenir sur son territoire.

Le lancement de cette nouvelle coalition intervient au moment où les relations entre Téhéran et Riyad sont plutôt tendues, les deux pays n'ont plus de relations diplomatiques depuis janvier 2016. Leurs positions sont en outre radicalement opposées dans les conflits syrien et yéménite.

Dans un récent entretien accordé au New York Times, MBS avait qualifié Ali Khamenei, le guide suprême iranien, de «nouvel Hitler du Moyen-Orient».

«Personne dans le monde n’accorde le moindre crédit à des remarques de ce genre», lui avait répondu Bahram Ghassemi, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.

https://francais.rt.com/international/45965-arabie-saoudite-lance-coalition-antiterroriste-sans-syrie-irak

Posté par UPR Creuse à 09:17 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

Arabie Saoudite : Après la tentative de coup d’état

Comme l’a titré le quotidien Al-Akhbar, dès le lendemain de l’annonce de sa démission sur la chaine de télévision saoudienne Al-Arabia, le Premier ministre libanais Saad Hariri serait l’« otage » du jeune prince héritier Mohamad Ben Salman (MBS). La démission surprise de Saad Hariri constitue sans doute l’un des dégâts collatéraux d’une tentative de coup d’Etat fomenté par les princes, hommes d’affaires et responsables militaires du clan de l’ancien roi Abdallah et d’autres cercles – religieux notamment -, victimes de la révolution de palais mené par l’actuel roi Salman (83 ans) pour installer définitivement son fils MBS (32 ans) sur le trône !

ARG LIBAN CARTE REGION

OTAGE ET PRISONNIER

Otage et prisonnier de la monarchie wahhabite, Saad Hariri l’est à plusieurs titres : Premier ministre libanais, mais détenteur d’un passeport saoudien, Saad Hariri et sa famille restent historiquement liés au clan Abdallah. Le Premier ministre libanais partage les options régionales de l’ancien roi d’Arabie : conservatisme sunnite, fermeté vis-à-vis d’Israël et évitement d’un durcissement immodéré avec l’Iran. Cette posture l’a amené à accepter l’accession du général Michel Aoun à la présidence du Liban, après avoir tendu la main à Sleiman Frangieh, le chef des Marada, lui-aussi partisan du camp du « 8 mars », allié au Hezbollah.

En obligeant Saad Hariri à démissionner de ses fonctions d’une manière si brutale, MBS le force aussi à renoncer à la participation du Hezbollah aux pouvoirs exécutif (deux ministres font actuellement partie du gouvernement) et législatif (13 députés sur 128) libanais et, par conséquent, à renier son pragmatisme consensuel qui avait permis au Pays du Cèdre de sortir de plusieurs années de blocage politique. Et pour qu’il boive le calice jusqu’à la lie, Riyad oblige Saad Hariri à effectuer une visite aux Emirats arabes unis, l’autre partenaire de l’Arabie saoudite partisan d’un durcissement des relations avec l’Iran et le Qatar. Le Premier ministre libanais a dû aussi accorder une interview effectuée depuis Riyad à la chaine libanaise Future-TV(organe du camp du 14 mars auquel appartient Saad Hariri) le dimanche 12 Novembre. Il déclare qu’il est fier d’avoir démissionné depuis l’Arabie saoudite, ajoutant que « le roi Salman le considère comme un fils et qu’il respecte le prince héritier MBS ». Tout est dit !

Non sans cynisme, et en forçant ainsi le Premier ministre libanais à se transformer en VRP de sa politique belliciste, Riyad ose affirmer que Saad Hariri est bien libre de ses mouvements ! En réalité, toute la famille du Premier ministre libanais est retenue en résidence surveillée dans une banlieue résidentielle de Riyad, en dépit des tentatives de médiation libanaise, égyptienne, marocaine, palestinienne et française pour le ramener au Liban – lui et sa famille – ou les exfiltrer vers la France. Profitant de la visite d’Emmanuel Macron aux Emirats arabes unis, la diplomatie française aura mobilisé, en vain, toutes ses énergies.

L’actuel ambassadeur de France à Riyad, l’excellent François Gouyette, a remué des montagnes et des dunes. Il a pu s’entretenir seul à seul avec le Premier ministre libanais et comprendre que ce dernier et sa famille sont retenus en Arabie saoudite contre leur volonté. Bertrand Besancenot – ambassadeur de France à Riyad durant dix ans et actuel médiateur dans le contentieux opposant la monarchie saoudienne au Qatar – ainsi que le patron des services extérieurs (DGSE), Bernard Emié – ancien ambassadeur à Alger et Beyrouth – ont eux-aussi aussi mouillé la chemise, mais se heurtant à une absolue fin de non-recevoir du pouvoir saoudien.

Représentant la France à Beyrouth, l’ambassadeur Bruno Foucher a fait le tour des responsables politiques du Pays du Cèdre, s’assurant de leur volonté unanime à éclaircir les conditions de cette démission surréaliste, contraire à tous les usages. Avec sang-froid et maîtrise, le président libanais Michel Aoun a rejeté cette démission prononcée en dehors du territoire national, exigeant le retour de Saad Hariri au Liban afin qu’il puisse expliquer à ses pairs les raisons d’une telle décision. Seul le chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, semble se réjouir du coup de force saoudien…

Sur la route du retour des Emirats arabes unis où il venait d’inaugurer le Louvre local, Emmanuel Macron a fait halte à l’aéroport de Riyad pour y rencontrer MBS, afin d’évoquer « les crises régionales » et le sort du Premier ministre libanais. En signant dernièrement avec Theresa May et Angela Merkel un communiqué commun appelant Donald Trump à ne pas défaire l’accord sur le nucléaire iranien, le président français a indisposé, non seulement Washington, mais aussi Riyad. Afin de rééquilibrer la donne, Emmanuel Macron a donc multiplié les déclarations de fermeté vis-à-vis de l’Iran – s’agissant notamment de son programme balistique – lors de sa visite de la base française d’Abu Dhabi. Mais cela n’a pas suffi à convaincre MBS de le laisser ramener Saad Hariri et sa famille à Paris pour sortir de l’impasse.

« MBS est maintenant prisonnier d’une fuite en avant comme le Prince de Machiavel : soit supprimer tous ses opposants d’un coup, soit succomber lui-même à ses opposants », explique un expert libanais de la monarchie wahhabite qui souhaite conserver l’anonymat ; « à 32 ans, ce jeune prince sans expérience pense qu’avec l’argent il peut tout acheter alors que ses décisions sont des échecs patents, en Syrie, au Yémen et au Bahreïn- où la répression quotidienne par les forces saoudiennes de sécurité contre une population majoritairement chi’ite indispose aussi fortement les minorités chi’ites des provinces pétrolières saoudiennes régulièrement secouées par des mouvements de protestation tout aussi violemment réprimés. Sa conception géopolitique du monde la plus sophistiquée se réduit à celle de la planète des singes… »

REVOLUTION ET CONTRE-REVOLUTION DE PALAIS

Roland Lombardi1 nous rappelle opportunément l’exemple le plus frappant de la détermination de MBS à détenir la totalité du pouvoir entre ses seules mains : « le cas du puissant et incontournable prince Mohammed ben Nayef Al Saoud (57 ans et propre cousin du jeune prince), ancien Monsieur Sécurité et anti-terrorisme du royaume et véritable version bédouine d’un Joseph Fouché ou d’un J. Edgar Hoover est emblématique. Il a été évincé en juin dernier de son ministère de l’Intérieur, de son poste de vice-Premier ministre et surtout de son statut de prince héritier… Tout cela engendre frustrations, rancœurs et fait de nombreux mécontents parmi les élites et les notables écartés du pouvoir ».

Dans les milieux religieux, ce ne sont pas moins d’un millier d’imams wahhabites jugés extrémistes qui ont été mis à l’ombre en quelques semaines, comme en témoignent les dernières arrestations de Salman al-Awda, Awad al-Qarni et Ali al-Omari, trois prédicateurs conservateurs très populaires. D’autres arrestations concernent notamment des personnes étroitement liées à la famille du défunt prince héritier et ministre de la Défense Sultan ben Abdel Aziz, mort en 2011. Le nombre des comptes en banque, appartenant à des particuliers, qui ont été gelés, est passé de 1 200 à plus de 1 700, précise-t-on de sources bancaires.

La dernière décision de MBS visant à permettre aux femmes de conduire leur propre voiture sans être accompagnées d’un chaperon, a été perçue par le Conseil des Oulémas et tous les gardiens du wahhabisme – qui sert toujours de fondement aux lois de la monarchie – comme un véritable défi et une concession faite à l’administration américaine.

Cette révolution de palais, à la fois autoritaire et tintée de modernisme, est couverte, sinon encouragée par Donald Trump lui-même, qui a décidé de miser sur le jeune prince héritier à trois conditions : moderniser, sinon « occidentaliser » les usages de la vie quotidienne de la monarchie ; combattre le radicalisme salafiste et arrêter de financer le terrorisme islamiste ; enfin, orienter principalement la politique étrangère de la monarchie contre l’Iran en se rapprochant d’Israël. Cette « couverture » américaine est principalement le fait de quatre personnages clefs : Jared Kushner (36 ans), le gendre et proche conseiller de Trump, farouchement pro-israélien ; le général H. R. McMaster conseiller à la sécurité nationale ; le général James Mattis Secrétaire à la Défense et le chef de cabinet de la Maison blanche, le général John Kelly.

Les trois derniers connaissent bien les arcanes de l’Orient compliqué et cherchent à tourner la page d’une Arabie saoudite impliquée dans les attentats du 11 septembre 2001 : 17 des 19 pirates de l’air étaient Saoudiens ou d’origine saoudienne. Le 20 mai 2017 à Riyad, devant une cinquantaine de pays sunnites, Donald Trump adoube l’Arabie saoudite comme la seule et unique puissance régionale du Proche-Orient aux côtés d’Israël. Non content de vendre plusieurs centaines de milliards d’armements aux monarchies du Golfe, Donald Trump appelle – en convergence de moins en moins cachée avec Israël – à « isoler l’Iran », accusé de « soutenir le terrorisme ».

Parmi les 10 000 princes saoudiens, ces orientations ne font pas l’unanimité, surtout le rapprochement amorcé avec Tel-Aviv. Ajoutées à l’autoritarisme grandissant de MBS et à sa volonté affichée d’accaparer la totalité du pouvoir, plusieurs manifestations populaires ont été violemment réprimées dernièrement, notamment dans la province du Assir, la région stratégique des terminaux gaziers et pétroliers. Plusieurs sources locales parlent même d’affrontements armés faisant plusieurs dizaines de victimes. Il n’en faut pas plus pour que le Palais dénonce une tentative de coup d’Etat, lui permettant de finir de décapiter toute espèce d’opposition au nom d’une soudaine « lutte contre la corruption ».

Jared Kushner arrive à Riyad en catastrophe. Durant la nuit de samedi à dimanche dernier, il reste en compagnie de MBS jusqu’à 4 heures du matin, tandis que la Vème Flotte2 est mise en alerte. Plusieurs escadrilles de la chasse américaine survolent Djeddah et le Nedj, couverts par un appareil de surveillance AWACS (Airborne Warning and Control System). Accréditant qu’il y a bien eu tentative de coup d’Etat, le CENTCOM reste en alerte, particulièrement mobilisé pour la protection de Dubaï après l’affirmation d’un journal iranien disant qu’il suffirait d’un missile sur cette ville pour faire éclater « la bulle financière des Emirats arabes unis ».

ARRESTATIONS ET ATTENTATS

Simultanément à cette purge sans précédent engagée par MBS contre ses opposants, dimanche 5 novembre l’hélicoptère du prince Mansour ben Moqren – vice-gouverneur de la province du Assir (dans laquelle se sont déroulées les manifestations anti-MBS) – s’écrase près d’Abha à proximité de la frontière du Yémen. « D’autres responsables militaires » se trouvaient à bord de l’appareil a précisé la chaine pro-gouvernementale Al-Arabia, laissant entendre que l’appareil avait été victime, soit d’une avarie technique, soit d’un tir des rebelles yéménites houthi…

Accusés d’être soutenus par l’Iran, ces derniers ont revendiqué avoir tiré un missile sur une distance de plus de 750 kilomètres pour viser l’aéroport de Riyad. Il s’agit de la première attaque du genre visant la capitale saoudienne. Si plusieurs officiers européens de renseignement confirment la paternité « houthi » du tir de ce missile sur Riyad, ces mêmes sources se montrent plus dubitatives quant au crash de l’hélicoptère du prince Moqren. Certains estiment qu’aucune indication de tir de proximité n’a été relevé et que l’explosion est intervenue de l’intérieur de l’appareil…

Dans ce contexte de « tension extrême », selon les propres termes d’un ambassadeur européen en poste à Riyad, le roi Salman a signé deux décrets. Le premier entérine la mise à la retraite anticipée et l’arrestation de l’émir Metab ben Abdallah, le puissant chef de la Garde nationale saoudienne – un corps d’élite de 200 000 hommes chargé d’assurer la sécurité de la capitale et de lutter contre le terrorisme. Le même texte officialise aussi les arrestations du vice-amiral Abdallah al-Sultan, aux commandes de la marine saoudienne depuis 2014 et du ministre de l’Economie et du Plan Adel Fakih.

Un second décret a installé une Commission de lutte contre la corruption, sous la présidence de MBS. Cette nouvelle instance décide aussitôt d’appréhender onze princes, quatre autres ministres en exercice et une dizaine d’anciens ministres dont l’émir Turki ben Abdallah, l’ancien gouverneur de la province de Riyad, lui aussi proche du clan Abdallah. Dans le même temps, à New York, on annonçait que l’offre publique d’achat pour la privatisation effective de l’ARAMCO serait lancée non pas à Riyad, mais… à Wall Street à la plus grande joie du président Trump !

Fait aussi partie de la charrette l’homme d’affaire Walid ben Talal, considéré comme l’un des hommes les plus riches du monde. Sa société Kingdom Holding Company est actionnaire de Citigroup, Apple, Twitter et Euro-Disney notamment. Son animosité envers le président américain Donald Trump pourrait être l’une des raisons de son arrestation. Deux autres hommes d’affaires opposés à MBS font partie du lot : Walid ben Ibrahim al-Ibrahim, le propriétaire de la MBC (Middle East Broadcasting Company) ayant refusé dernièrement de vendre ses chaines à MBS et Bakr ben Laden, le président du groupe Saudi BinLaden, référence lourde des attentats du 11 septembre 2001.

Toutes ces personnalités- soit plus de 1 500 personnes – ont été enfermées à l’hôtel Ritz de Riyad où a été aussi transféré Saad Hariri. La presse officielle de la monarchie vient d’annoncer l’adoption d’une nouvelle loi anti-terroriste qui préconise notamment des peines d’emprisonnement de 5 à 15 ans pour diffamation ou insulte publique à l’égard du roi ou du prince héritier.

L’APRES AOUN A COMMENCE

« Indépendamment de l’insulte faite au peuple libanais, aujourd’hui, le jeune MBS fait exactement ce que Recept Erdogan a fait après la tentative de coup d’Etat visant à le renverser en juillet 2016 », explique un officier de renseignement en poste à Beyrouth, « il fait le ménage en neutralisant les grandes familles, les milieux sécuritaires, économiques et médiatiques suspectés, non pas d’avoir participé directement à la tentative de coup d’Etat, mais de l’avoir acceptée, sinon souhaitée. Avec l’aval des Etats-Unis, il est en train de mettre en place un régime dictatorial tout en libéralisant les mœurs et les réseaux sociaux, parce que c’est meilleur pour les affaires ».

La prise en otage du Premier ministre libanais par les autorités saoudiennes a principalement trois conséquences sur la situation libanaise : une remontée optimale de la menace terroriste (des attentats contre des cibles chi’ites sont à craindre, notamment dans le nord du pays et les régions et quartiers urbains chi’ites des grandes agglomérations) ; la suspension des élections législatives qui devaient avoir lieu en mai prochain ; et la recherche – qui s’annonce d’ores et déjà laborieuse – d’un nouveau gouvernement de « technocrates » où la présence du Hezbollah ne serait plus affichée.

D’une manière générique et organique, cette crise relance aussi la course à la succession de Michel Aoun pour la future présidence de la République. Dialectiquement, la prise d’otage de Saad Hariri foudroie les espoirs de Gibran Bassil de succéder à son beau-père à Baabda, sans parler de ceux du chef des FL Samir Geagea, le « tueur en série » de la guerre civile, aujourd’hui courroie de transmission au Liban des intérêts israéliens et saoudiens.

Victime de son double langage – critiquant le Hezbollah en Arabie saoudite et dans toute la région tout en s’affichant comme son allié sur la scène intérieure -, le premier est largement responsable de l’affaire Hariri. Obligé maintenant de sortir de ses ambiguïtés coutumières, il ne peut être un candidat sérieux à la succession de son beau-père ! Depuis qu’il est sorti de prison, le deuxième souffle sur les braises confessionnelles comme s’il rêvait de voir reprendre la guerre civile pour s’adonner à son occupation favorite : l’assassinat de tous ceux qui ne partagent pas son fantasme d’un réduit chrétien purifié ethniquement et religieusement !

« Dans tous les cas de figures », affirme un ambassadeur européen en poste à Beyrouth, « ni Gibran Bassil, ni Samir Geagea ne pourront prétendre à la succession de Michel Aoun, qui nécessitera un homme jeune, apaisé, populaire et ouvert ».

La rédaction de prochetmoyen-orient.ch souhaite la libération prochaine de Saad Hariri et de sa famille, ainsi que la stabilité de notre cher Liban ! Bonne lecture et bonne semaine !

Richard Labévière
13 novembre 2017

1 Roland Lombardi – docteur en histoire, consultant indépendant en géopolitique et analyste au sein du groupe JFC Conseil. « Arabie saoudite : La “Nuit des Longs Cimeterres” se poursuit… » 8 novembre 2017.
2 La Cinquième flotte de l’US Navy a été créée le 26 avril 1944 puis supprimée en janvier 1947. Dans les années 1990, suite à la guerre du Golfe, le Pentagone a décidé de créer une flotte chargée des forces navales au Moyen-Orient. Elle est donc recréée le 1er juillet 1995. Son quartier général se trouve à Manama, au Bahreïn. Le soulèvement bahreïni de 2011 aurait conduit le commandement américain à envisager d’implanter le quartier général de la flotte dans un pays plus stable, le Qatar ou les Émirats arabes unis. La Ve flotte opère sous l’autorité du CENTCOM.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 13-11-2017

https://www.les-crises.fr/arabie-saoudite-apres-la-tentative-de-coup-detat-par-richard-labeviere/

Posté par UPR Creuse à 08:21 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

jeudi 23 novembre 2017

Réunion trilatérale à Sotchi sur la Syrie : «Une vraie chance» de mettre fin au conflit pour Poutine

En marge du sommet réunissant les trois chefs d'Etat de la Russie, de l'Iran et de la Turquie, Vladimir Poutine a annoncé le début de la phase politique de résolution du conflit syrien. Le processus s'inscrira dans le respect du droit international.

ACT SYRIE RUSSIE IRAN TURQUIE

A l'issue d'un sommet à Sotchi avec le président turc Recep Tayyip Erdogan et le président iranien Hassan Rohani ce 22 novembre 2017, Vladimir Poutine a annoncé que lui et ses homologues allaient organiser le Congrès du dialogue national syrien. Ce format de négociations qui a pour objectif est de favoriser la reprise du dialogue politique en Syrie et amorcer des réformes politiques, avait été annoncé le 19 octobre dernier lors d'une séance plénière du club de discussions Valdaï. «Nous avons chargé nos ministres des Affaires étrangères [respectifs], les diplomates, ainsi que nos ministères de la Défense d'élaborer une liste des participants et de fixer un calendrier pour le Congrès, qui se tiendra ici, à Sotchi», a annoncé le président russe. «Nous sommes convenus de lancer cet événement et d'assurer la participation des représentants des différents secteurs de la société syrienne», a-t-il encore précisé.

Coup d'envoi de la phase politique de la sortie de crise en Syrie

Plus tôt dans la journée, à l'ouverture du sommet, le président russe Vladimir Poutine a donné le coup d'envoi de la résolution politique du conflit qui ravage la Syrie depuis 2011. «Une vraie chance de mettre fin à cette guerre civile datant de plusieurs années est apparue», a-t-il déclaré, alors que Daesh est en voie d'effondrement final en Syrie.

Au sujet du volet des opérations militaires qui touchent à leur fin un peu plus de deux ans après l'intervention de la Russie en Syrie, Vladimir Poutine a tenu à saluer la contribution de l'Iran et de la Turquie à l'écrasement de l'opposition armée et de l'organisation terroriste Daesh. «Nous arrivons à une nouvelle étape», s'est-il félicité.

Relance des pourparlers de Genève, respect du droit international

Pour autant, Vladimir Poutine a replacé l'action des trois pays dans le cadre du droit international et réaffirmé son attachement aux négociations parallèles de Genève, actuellement au point mort. La sortie de crise en Syrie devra également passer par une résolution des Nations unies. Toujours conformément au droit international, le président russe a également rappelé qu'il revenait au peuple syrien de déterminer lui-même son avenir. «Il est évident que le processus [...] ne sera pas simple et exigera des compromis et des concessions de tous les participants, y compris du gouvernement syrien», a-t-il encore tempéré. Et le dirigeant russe d'ajouter : «[Moscou, Téhéran et Ankara] entreprendront les efforts les plus actifs pour rendre ce travail le plus productif possible.»

Le président iranien demande la fin de l'ingérence étrangère en Syrie

Prenant la parole à son tour, le dirigeant iranien Hassan Rohani a appelé à la fin de l'ingérence étrangère en Syrie, faisant référence au fait que les Occidentaux – contrairement à la Russie, agissent sans mandat de Damas dans le pays. Hassan Rohani a ajouté qu'il était «vital» à ses yeux que la résolution du conflit en Syrie respecte le peuple syrien.

L'Iran, la Turquie et la Russie coopèrent déjà sur le dossier syrien, notamment après la mise en place du processus d'Astana, qui a permis la mise en place successive de quatre zones dites de «désescalade» sur le terrain en Syrie. Ces zones ont non seulement permis d'abaisser la tension sur le terrain et mais aussi de réunir autour d'une table des représentants du gouvernement syrien et de l'opposition.

Le lancement de la campagne de frappes aériennes russes en septembre 2015 avait constitué un tournant dans cette guerre qui a fait plus de 330 000 morts et des millions de réfugiés en six ans.

https://francais.rt.com/international/45848-reunion-trilaterale-sotchi-sur-syrie

Posté par UPR Creuse à 11:37 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

jeudi 16 novembre 2017

«Lobby juif» et «migration juive» : un ancien courrier du prince Charles fait polémique

Le Daily Mail a déniché un courrier du prince Charles datant de 1986, dans lequel l'héritier de la couronne, de retour d'Arabie saoudite, évoque un certain «lobby juif» et semble considérer qu'il s'agit de la cause des problèmes au Moyen-Orient.

ACT CHARLES

Dans un courrier daté de 1986 et dévoilé le 11 novembre par le Daily Mail britannique, qui se l'est procuré auprès des archives publiques, le prince Charles s'ouvrait à son ami et écrivain Laurens van der Post de ses premières impressions au retour d'un voyage en Arabie saoudite, à Bahreïn et au Qatar, en compagnie de la princesse Diana.

Dans cette lettre, l'héritier de la couronne anglaise lui faisait notamment part de ses découvertes sur la situation géopolitique au Moyen-Orient : «Je suis à présent informé du fait que les Arabes et les Juifs appartenaient initialement au même peuple sémite et que c'est la migration juive européenne (venant surtout de Pologne, m'a-t-on dit) qui a apporté tous ces grands problèmes.»

«Je suppose que je suis trop naïf», confesse le prince

Plus loin, le prince Charles, énigmatique, s'interroge : «Je sais bien qu'il y a de nombreux facteurs à prendre en compte ici, mais comment peut-on venir à bout du terrorisme si personne n'en élimine les causes ?»

Et le prince de Galles d'appeler de ses vœux, in petto, une réaction de Washington : «Il y aura bien un président américain qui aura le courage de s'élever contre le lobby juif aux Etats-Unis ? Je suppose que je suis trop naïf !»

Erreur de jeunesse ?

Les services de la résidence royale de Clarence House, cité par le journal The Independent, ont réagi à ces révélations et ont assuré que les propos contenus dans ce courrier signé de la main du prince ne reflétaient pas ses propres opinions, mais celles des personnes qu'il avait rencontrées au cours de ce voyage.

Clarence House a également rappelé que le prince Charles s'était depuis lors illustré sur la scène de la diplomatie internationale et avait démontré ses compétences dans la promotion du dialogue interculturel et interconfessionnel entre les communautés juives et arabes à travers le monde.

La communauté juive d'outre-Manche réagit

La communauté juive du Royaume-Uni s'est émue et l'éditorialiste du Jewish Chronicle, Stephen Pollard, s'est fendu d'un Tweet cinglant résumant son état d'esprit. «A la fois choqué et pas surpris», a-t-il déploré, avant de glisser un lien vers une tribune de sa confection dans laquelle il étrille l'emploi de l'expression «lobby juif».

«Pour moi, le lobby juif est un de ces thèmes antisémites qui ont traversé les siècles. Il s'agit de ce mythe selon lequel il y aurait des juifs très puissants qui contrôleraient la diplomatie, les médias, les banques et je ne sais quoi encore.»

Puis il ajoute, visiblement alarmé : «Le fait que ces propos émanent de l'héritier de la couronne, c'est pour le moins déstabilisant.»

https://francais.rt.com/international/45592-lobby-juif-migration-juive-ancien-courrier-prince-charles-polemique


 

BASE 14 995X225Il eût sans doute été plus judicieux et adéquat de parler de "lobby israélien", mais quand certains lobbyistes, voire des hommes politiques de premier plan (cf. Manuel Valls...), prétendent que l'anti- sionisme, voire la moindre critique d'Israel relèvent de l'anti- sémitisme, comment s'étonner des dérives inévitables? A moins que ce soit le but recherché par certains... 

Evidemment, on peut difficilement imaginer que le Prince Charles ne soit pas rompu aux subtilités du langage diplomatique, et on peut concevoir que ses propos aient été perçus comme une provocation, surtout en cette période de fortes tensions géopolitiques où la Grande Bretagne n'est pas un acteur de second plan: peut- être devrait- il prendre conseil auprès de sa maman dont la discrétion sur les sujets "sensibles" est légendaire...  P.G.

Posté par UPR Creuse à 05:30 - - Permalien [#]
Tags : , , , ,

samedi 11 novembre 2017

Liban : Démission d’Hariri

Liban : Démission d’Hariri contre l’Iran ! Par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 06-11-2017

Beyrouth, le 5 novembre.

ARG IRAN LIBAN ARABIE US

La démission, vendredi dernier, du Premier ministre libanais Saad Hariri sonne comme un coup de tonnerre supplémentaire dans les cieux déjà passablement tourmentés des Proche et Moyen-Orient. Cette décision spectaculaire fait suite à l’appel du président américain Donald Trump, lancé le 20 mai dernier depuis Riyad, d’« isoler l’Iran ». Elle intervient dans la phase ultime d’une révolution de palais en Arabie saoudite qui a vu, samedi dernier, l’arrestation d’une trentaine de princes et d’hommes d’affaires. Enfin, elle survient dans un contexte stratégique dominé par la reprise en main de la presque totalité du territoire syrien par l’armée gouvernementale et ses alliés russes, iraniens et du Hezbollah libanais.

LA DEFAITE DE L’AXE AMERICANO-ISRAELO-SAOUDIEN

Avec la libération de Deir ez-Zor par l’armée gouvernementale syrienne, l’opposition armée et ses soutiens sunnites – Arabie saoudite, Qatar, Emirats arabes unis, Koweït, etc. – sont aux abois. En reprenant le contrôle des régions de l’est de la Syrie, l’armée syrienne et ses alliés, non seulement libèrent des zones pétrolières qui seront essentielles pour la reconstruction du pays, mais surtout opère leur jonction avec les forces de Bagdad sur la frontière avec l’Irak, une bande de quelque 650 kilomètre entre la Jordanie et la Turquie.

« L’épouvantail d’un « couloir chi’ite » tant redouté par Washington, Riyad et Tel-Aviv ressurgit comme un spectre panique », souligne un ambassadeur européen en poste à Beyrouth, « à tel point que pour retarder cet inéluctable retournement, les forces spéciales américaines présentes dans la zone ont poussé des groupes kurdes à faire alliance avec les dernières unités combattantes de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch) encore déployées dans l’est de la Syrie ».

Deir ez-Zor était le dernier centre urbain aux mains de Dae’ch en Syrie, depuis la chute de Rakka mi-octobre. Après avoir contrôlé un tiers du pays, Dae’ch est aujourd’hui acculé dans la vallée de l’Euphrate. Le 7 octobre dernier, le général américain Robert Sofge, numéro deux de la coalition internationale anti-Dae’ch, estimait qu’environ 2 000 combattants jihadistes se cachent dans le désert environnant. Les deux victoires de Rakka et de Deir ez-Zor ne signifient certainement pas la fin de Dae’ch. « Bien qu’extrêmement amoindrie, l’organisation a recomposé des cellules dormantes dans les zones libérées et se réoriente déjà vers des actions traditionnelles de guérilla, avec le soutien de plusieurs groupes kurdes », confirme une source militaire européenne, ajoutant : « l’axe américano-israélo-saoudien perdra cette guerre et c’est l’Iran et la Russie qui vont y gagner… »

Malgré les protestations américaines, les troupes irakiennes ont débarrassé les zones frontalières avec la Syrie de l’essentiel des groupes salafistes. Des milices irakiennes ont même franchi la frontière pour aider les troupes syriennes à reprendre Abu Kamal, la dernière localité contrôlée par Dae’ch. Il est certain que cette jonction favorisera une collaboration militaire entre la Syrie et l’Irak, cauchemar de Washington, de Tel-Aviv et de Riyad.

Les États-Unis avaient prévu de prendre Abou Kamal avec les unités des Forces démocratiques syriennes (FDS) – leurs forces supplétives kurdes. Malheureusement pour eux, les forces gouvernementales syriennes les ont pris de vitesse. Durant plusieurs journées consécutives, les bombardiers Tu-22M3 à long rayon d’action de la Russie, ont soutenu l’offensive syrienne par des raids d’importance effectués directement depuis la Russie. Le Hezbollah a engagé plusieurs milliers de combattants.

Parrainé par l’Arabie saoudite en Irak et en Syrie, Dae’ch a, donc été anéanti, L’Irak a retrouvé sa souveraineté nationale et la Syrie est en passe de reconquérir la sienne. Dans les deux cas, les forces armées gouvernementales ont empêché les Kurdes de s’approprier une partie du territoire et déjoué les tentatives de relancer la guerre civile à leur profit. Face à cet échec des Etats-Unis qui misait sur une « partition », appelant pudiquement à l’instauration d’un « fédéralisme », la reconquête de la quasi-totalité du territoire national syrien relance une dynamique de revanche et de nouveaux irrédentismes.

Les propos de Benjamin Netanyahou, le 5 novembre à la BBC, confirment involontairement cette évolution et la défaite de l’axe américano-israélo-saoudien : « la démission de Saad Hariri veut dire que le Hezbollah a pris le pouvoir, ce qui signifie que l’Iran a pris le pouvoir. Ceci est un appel à se réveiller ! Le Moyen-Orient vit une période extrêmement dangereuse où l’Iran mène une tentative pour dominer et contrôler toute la région… Quand tous les Arabes et les Israéliens sont d’accords sur une chose, le monde doit l’entendre. Nous devons stopper cette prise de contrôle iranienne ». Dans tous les cas de figures, chaque fois qu’une nouvelle menace cible l’Iran, c’est le Liban qui trinque.

FIN D’UNE REVOLUTION DE PALAIS

Désormais, l’Arabie Saoudite et ses satellites du Golfe (à l’exception notoire du Qatar) cherchent un autre théâtre d’où ils pourraient défier et fragiliser l’Iran pour compenser la perte de la Syrie. L’impérieux désir de renverser la donne régionale pourrait les amener à tenter de reprendre pied au Liban. Les États du Golfe, Israël et les États-Unis ne veulent pas que l’Iran récolte les fruits d’une victoire en Syrie.

Ironie de l’histoire : le Premier ministre libanais (qui a un passeport saoudien) a démissionné sur ordre de l’Arabie Saoudite, en Arabie Saoudite, en direct sur la télévision saoudienne Al-Arabia. Dans sa lettre de démission, rédigée par des fonctionnaires du palais saoudien, il accuse l’Iran d’ingérence étrangère dans la politique libanaise. Une rumeur prétend également qu’un assassinat de Saad Hariri était planifié au Liban, ce qui n’a aucun sens nous ont confirmé plusieurs responsables des services de la sécurité intérieure libanaise, même si des proches du Premier ministre affirment que ce sont les services de renseignement français qui l’auraient averti. A Beyrouth, ces derniers démentent formellement « cette rumeur sans fondement ». D’autres sources évoquent un montage du Mossad…

Toujours est-il que la démission du Premier ministre libanais en Arabie saoudite est concomitante avec une spectaculaire arrestation de princes et particulièrement les puissants chefs de la Garde nationale et de la Marine. Riyad a décidé de bloquer les comptes bancaires du prince milliardaire Walid ben Talal et de dix autres dignitaires saoudiens. Une trentaine d’anciens ministres et d’hommes d’affaires ont été arrêtés dans la nuit de samedi à dimanche dernier, au nom de la lutte contre la corruption. Des porte-parole du Palais annoncent que quelques mille milliards de dollars pourraient être ainsi récupérés. Mais d’autres voix régionales plus avisées avancent que « sous prétexte d’une improbable lutte contre la corruption, il s’agissait surtout pour le nouveau pouvoir installé à Riyad d’achever sa révolution de palais en écartant les personnalités saoudiennes ne partageant pas les nouvelles options de Mohamad Ben Salman, à savoir un rapprochement avec Israël et un durcissement de la confrontation avec l’Iran, le Qatar et les mondes chi’ites ».

La démission surprise de Saad Hariri parachève une révolution de palais qui intervient en pleine reprise des négociations internationales sur la Syrie. En visite en Iran, le 1er novembre dernier, Vladimir Poutine a confirmé sa détermination à poursuivre le processus d’Astana par une prochaine réunion des différentes composantes de l’opposition à Sotchi. A Genève, le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu, Staffan de Mistura a prévu une nouvelle session de pourparlers entre l’opposition et le gouvernement syrien le 28 novembre prochain.

Au début de la semaine, Thamer al-Sabhan, le ministre saoudien des Affaires du Golfe, avait menacé le Hezbollah libanais et annoncé des surprises à venir. Se référant à l’un de ses tweets à l’adresse du gouvernement libanais, le ministre d’ajouter : « j’ai envoyé ce message au gouvernement parce que le parti de Satan (le Hezbollah s’entend) y est représenté et que c’est un parti terroriste. Le problème n’est pas de renverser le gouvernement, mais plutôt de renverser le Hezbollah ».

HASSAN NASRALLAH APPELLE AU CALME

Dimanche soir, lors d’une allocution télévisée, le secrétaire général du Hezbollah s’est montré rassurant en soulignant que « l’escalade politique verbale ne change rien à la réalité régionale ». Il a appelé les Libanais au calme et à ne pas céder à trois rumeurs colportées par ceux qui cherchent à provoquer une crise constitutionnelle : un projet d’assassinat contre Saad Hariri, une frappe israélienne et un plan saoudien pour attaquer le Liban.

Hassan Nasrallah a répondu point par point en expliquant, en substance : l’annonce d’un projet d’assassinat est « totalement fantaisiste » ; l’agenda de Tel-Aviv n’est pas identique à celui de Riyad et ne peut envisager des frappes dans le contexte actuel ; enfin, l’Arabie saoudite n’a pas les moyens d’attaquer le Liban. On peut ajouter… alors qu’elle perd en Syrie, qu’elle s’enlise au Yémen et qu’elle réprime la rue à Bahreïn, tandis que les dernières arrestations pourraient susciter des réactions de la rue et cristalliser une crise de régime qui couve depuis plusieurs mois !

Par ailleurs, le chef du Hezbollah a estimé que la démission de Saad Hariri n’est pas sa décision personnelle et qu’il faut attendre son retour au Liban pour qu’il s’explique devant ses pairs, peut-être ce jeudi, à moins que le Premier ministre libanais ne soit retenu en Arabie saoudite – en résidence surveillée, voire en prison ? Avec l’intelligence politique qu’on lui connait, Hassan Nasrallah a soigneusement évité d’accabler Saad Hariri personnellement, préférant remonter à la source de cette démission surprise : l’Arabie saoudite !

Sur la même longueur d’onde, des proches du président du Liban, Michel Aoun ont déclaré que cette démission – annoncée depuis un pays étranger – est anticonstitutionnelle. Le Président refuse d’en prendre acte avant d’avoir entendu, de la bouche de l’intéressé lui-même, les raisons d’une telle décision. A l’unisson, les deux responsables politiques ont demandé le retour physique de Saad Hariri sur le territoire libanais, afin de prendre les mesures adaptées.

Avant même l’annonce de la démission de Saad Hariri, Samir Geagea – le patron des Forces libanaise (FL) – avait, lui-aussi multiplié les attaques en direction du Hezbollah. Toujours en phase avec Tel-Aviv et Riyad, le leader d’extrême-droite cherchera, sans doute, à tirer profit de la situation pour affaiblir ses concurrents du camp chrétien en se présentant comme la seule alternative possible à la succession du président Michel Aoun.

D’autres conséquences sont à craindre. L’administration américaine pourrait en profiter pour annoncer de nouvelles sanctions contre le Hezbollah et le Liban. L’Arabie saoudite continuera à infiltrer au Liban une partie de ses combattants de Al Qaïda et de Dae’ch en Syrie et en Irak. Comme depuis plusieurs décennies, la monarchie wahhabite financera de nouvelles opérations terroristes au Liban et dans d’autres pays de la région, ciblant des objectifs chi’ites et chrétiens. Sans prendre le risque de déclencher une guerre d’envergure, Israël poursuivra vraisemblablement harcèlements et provocations à l’encontre du Hezbollah le long de la frontière sud du Liban, de même que ses violations quotidiennes des l’espace aérien et des eaux territoriales du Pays du Cèdre.

En réponse à un article très étrange de Médiapart consacré la démission de Saad Hariri, Bernard Cornut – collaborateur de prochetmoyen-orient.ch-, a envoyé une réponse qui mérite d’être diffusée : « l’article cite le 1,5 million de réfugiés comme source de l’instabilité du Liban et la guerre en Syrie comme la cause de ces réfugiés. Il omet de mentionner la raison principale du déclenchement et de la prolongation de cette guerre, à savoir le feu vert d’Hillary Clinton au soutien financier et à l’armement massif des rebelles mercenaires engagés en Syrie, via les bases américaines installées en Turquie (Incirlik et Hatay) et en Jordanie, comme l’a reconnu récemment très clairement Hamid Ben Jassem, l’ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar dans un entretien télévisé le 25 octobre dernier. Il précisait ainsi ce qu’il avait déjà reconnu dans une interview du 15 avril 2017 au Financial Times, citant sa visite au roi Abdallah d’Arabie dès le début des évènements de Syrie pour assurer cet appui massif illégal à des rebellions illégales.

Faire un don de 5 € à Proche&Moyen-Orient.ch pour les soutenir

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 06-11-2017

======================================================

Saa Hariri, un homme aux ordres

Source : Madaniya, René Naba, 05-11-2017

Saad Hariri n’est pas un homme d’ordre, mais un homme aux ordres et son comportement imprévisible fait désordre. Sa démission samedi 4 Novembre 2017 de son poste de premier ministre, inopinément, sur claquement des doigts des Saoudiens, accrédite l’image d’un fantoche, d’un homme de paille de la dynastie wahhabite, à l’origine de sa fortune et de promotion politique. Signe de sa dépendance extrême à l’égard de ses parrains, c’est depuis l’Arabie saoudite et non depuis Beyrouth, la capitale d’un pays dont il est le chef du gouvernement, qu’il a annoncé sa démission, camouflant son abandon de poste par une violente diatribe contre l’Iran et le Hezbollah, son rival politique victorieux de toutes ses confrontations face au chef du clan saoudo américain au Liban. Depuis l’Arabie saoudite, qui lui a infligé camouflet sur camouflet lors de sa faillite, sans la moindre aide, sans la moindre attention au sort des centaines d’employés que l’héritier failli a été contraint de licencier et de réduire au chômage sans la moindre indemnité, dans la pure tradition du capitalisme sauvage pétro monarchique.

Précédée par la convocation à Ryad de tous les hommes liges libanais du bailleur de fonds saoudien, -Samir Geagea, Samy Gemayel, les chefs des anciennes milices chrétiennes pro israéliennes, le Patriarche maronite Béchara Rahi – tous munis d’un ordre de mission d’un ministricule saoudien, Tamer Al Sabhane, ordonnant « l’expulsion du Hezbollah du gouvernement libanais », cette démission paraît devoir traduire la volonté du Royaume d’engager l’épreuve de force contre l’Iran et son allié chiite libanais, alors que l’Arabie Saoudite et son protecteur américain enregistrent revers sur revers tant en Syrie, qu’en Irak et que la coalition pétro monarchique est enlisée dans une guerre sans fin au Yémen. « De soustraire le Liban du champ de bataille afin de le contraindre à une normalisation avec Israël dans la foulée de la diplomatie saoudienne, dénoncera Sayyed Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah Libanais, à l’annonce de cette démission.

La démission forcée du dirigeant sunnite libanais s’est accompagnée d’une purge sans précédent au pouvoir dans le royaume saoudien portant sur 4 ministres, onze princes, le commandement de la garde nationale, le fief ultra conservateur de la dynastie wahhabite, afin de brider toute contestation du pouvoir du jeune prince héritier Mohamad Ben Salmane (MBS) et aspirant impétueux à la succession de son père. Elle pourrait entraîner le Liban dans une spirale infernale, dans le droit fil de la politique israélo-américaine visant à la neutralisation du Hezbollah et déboucher à terme sur une nouvelle épreuve de force avec Israël. Depuis l’an 2000, Israël n’a jamais remporté un succès décisif face au Hezbollah, un des décideurs majeurs sur le plan régional et un des grands vainqueurs de la guerre de Syrie.

La dernière confrontation Israël-Hezbollah en 2006, s’est soldée par une humiliante retraite israélienne du sud Liban et la double démission du premier ministre Ehud Olmert et du chef de l’aviation Dan Haloutz. L’abdication de Hariri Jr devant l’oukaze saoudien est intervenue moins d’un an après sa nomination à la tête du gouvernement, après une éclipse de cinq ans marquée par la déconfiture retentissante de son empire. En guise de justificatif à sa démission, le milliardaire failli a dénoncé le rôle néfaste de l’Iran et du Hezbollah. L’Iran, et non l’Arabie, incubateur du terrorisme islamique. Le Hezbollah, la sentinelle de l’Indépendance libanaise, celui là -même qui a fermé l’œil sur ses jongleries financières avec la banque centrale libanaise pour le renflouer. Le Hezbollah qui a cautionné son retour au pouvoir par une entente avec le président Michel Aoun.

Onze mois de gouvernance exactement ; un délai court mais suffisant pour lui permettre de se reconstituer, avec la bienveillance du Président libanais Michel Aoun et du Hezbollah, une santé financière notamment grâce au reprofilage arbitraire de sa dette par la Banque Centrale du Liban, l’acquisition injustifiée des terres du domaine publique maritime libanais, et la réaffectation des chômeurs de ses entreprises dans des services publics libanais. Pour justifier sa fuite, le fugitif permanent de la vie politique libanaise a assuré qu’il avait fait l’objet d’une tentative d’attentat, un argument similaire que le quotidien français Libération s’était dévoué à avancer en 2011 pour expliquer sa déportation vers l’Arabie saoudite.

HÉRITIER PROBLÉMATIQUE ET PARFAIT EXEMPLE D’UN DIRIGEANT OFF SHORE

Signe de son attachement au Liban, ce flying Dutchman de l’époque contemporaine, en errance perpétuelle, n’a jamais , bien jamais, fait séjourner sa famille -son épouse d’origine syrienne et ses deux enfants-au Liban, vivant leur scolarité et leurs vacances entre l’Arabie saoudite, Paris et le sud de la France. Héritier problématique, Saad Hariri constitue un parfait exemple d’un dirigeant off shore. A l’Image de l’opposition syrienne off shore pétro monarchique, dont il fut un ferme soutien. L’histoire des relations internationales abonde en effet d’exemples de gouvernement en exil, de gouvernement provisoire ou de gouvernement transitoire, mais nulle part ailleurs qu’au Liban ne s’est pratiqué l’exercice au quotidien d’un gouvernement off shore.

Un chef de gouvernement dûment investi mais quasiment absent du siège de son pouvoir, n’y faisant escale qu’entre deux voyages, gérant à distance un pays pourtant considéré comme l’épicentre d’une zone névralgique. Le mérite en revient à Saad Hariri, l’héritier problématique de son père assassiné, Rafic Hariri, le milliardaire libano saoudien, dont la mandature gouvernementale constituera, c’est là son unique titre de gloire, une rare contribution à la science politique contemporaine. Le premier cas dans l’histoire d’un gouvernement par télécommande (remote control), dans la double acception du terme, un gouvernement téléguidé par ses commanditaires saoudiens, dont il répercute les consignes par télécommande, depuis son lieu d’exil, à ses collaborateurs délocalisés au Liban.

En pleine offensive israélienne contre le Liban, en juillet 2016, il désertera la champ de bataille, Beyrouth, une capitale dont il est député et chef de son bloc parlementaire majoritaire, pour se mettre au frais dans les palaces climatisés d’Arabie saoudite, glanant au passage le titre de «planqué de Beyrouth». Il récidivera six ans plus tard. En pleine tourmente de la révolte arabe du printemps 2011, l’homme insensible aux bouleversements de sa zone, demeurera cinq ans hors du Liban en quête d’un mirobolant contrat, à l’effet de le renflouer et de payer ses créanciers ses propres frères et sœurs, ayant opté pour la séparation des biens, face à un être aussi aléatoire.

LE CHEVAL DE TROIE DE LA FRANCE DANS LES PROJETS DE RECONSTRUCTION DE LA SYRIE.

Ultime point d’ancrage de la France au Liban, Jupiter de France a volé à son secours au lendemain de la magistrale victoire du Hezbollah libanais, l’été 2017, sur les groupements terroristes Daech et Jabhat An Nosra, qu’il a éradiqués de la zone frontalière syro libanaise. Sa visite à Paris au lendemain de la reddition de Daech, de surcroît le jour de la fête religieuse d’Al Adha, était destinée à détourner l’attention de l’opinion française sur l’exploit militaire réalisé par son rival chiite. En voulant donner de la visibilité au premier ministre libanais en faillite politique et financière, la France a voulu renflouer un de ses rares partenaires au Liban.

Tout d’abord politiquement, par son accueil par le président Emmanuel Macron, accréditant ainsi l’image d’un interlocuteur des dirigeants occidentaux, puis économiquement en acceptant de servir de paravent aux entreprises françaises, sous couvert de sociétés mixtes franco-libanaises dans le plan de reconstruction de la Syrie, dont la France est exclue. Incorrigible, sa nouvelle défection du champ de bataille alors que les menaces israéliennes se font de plus en précises contre le Liban va définitivement ancrer l’image d’un pantin désarticulé au gré des aléas de la stratégie erratique saoudienne. Un être sans consistance, ni substance. « Les marins de toutes les nations croient à l’existence d’un bâtiment hollandais dont l’équipage est condamné par la justice divine, pour crime de pirateries et de cruautés abominables, à errer sur les mers jusqu’à la fin des siècles. On considère sa rencontre comme un funeste présage ». Que les oracles préservent le Liban de ce Flying Dutchman de l’époque contemporaine.

Source : Madaniya, René Naba, 05-11-2017

================================================

Liban – Démission d’Hariri – Première salve de la guerre saoudienne contre le Hezbollah

Source : Afrique-Asie, 06-11-2017

Mise à jour (5 Nov, 15h) – après la publication de cet article, les dirigeants saoudiens ont procédé à un « nettoyage » en Arabie Saoudite. De nombreux princes et hommes d’affaires ont été arrêtés. On en reparlera.

Il y a quatre jours, nous avons posé cette question : Est-ce que le « modéré Al-Qaïda » s’est fixé le Hezbollah pour cible ? La réponse implicite de cet article était « Oui, la guerre arrive au Liban ».

Aujourd’hui, le Premier ministre libanais Saad Al-Hariri a démissionné en faisant une déclaration écrite par l’Arabie Saoudite sur la chaîne de télévision saoudienne Al Arabia (vidéo). C’était la première salve.

L’axe Saoudo-Israélo-Américain perdra cette guerre et c’est l’Iran et la Russie qui vont y gagner.

Au début de la semaine, Thamer al-Sabhan, le ministre saoudien extrêmement sectaire des Affaires du Golfe, avait menacé le Hezbollah libanais et annoncé une surprise :

Le belliqueux ministre saoudien des Affaires du Golfe, Thamer al-Sabhan, a appelé lundi à « renverser le Hezbollah » et a annoncé des « développements étonnants » dans les « jours à venir ».
…
Se référant à son tweet de dimanche sur le gouvernement libanais, le ministre a déclaré : « J’ai envoyé ce tweet au gouvernement parce que le parti de Satan (Hezbollah) y est représenté et que c’est un parti terroriste. Le problème n’est pas de renverser le gouvernement, mais plutôt de renverser le Hezbollah. »

« Les développements à venir vont en étonner plus, c’est certain », a ajouté M. al-Sabhan.

Pendant qu’il y avait des combats en Syrie et en Irak, le Liban était en paix. Maintenant que ces guerres se terminent, les luttes par procuration reprennent au Liban. Joseph Bahout l’avait prédit à la mi-octobre :

Au niveau régional, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis cherchent maintenant un autre endroit d’où ils pourraient défier et faire saigner l’Iran pour compenser la perte de la Syrie. Le violent désir de renverser la donne régionale pourrait les amener à tenter de reprendre pied au Liban. Les États du Golfe, Israël et les États-Unis ne veulent pas que l’Iran récolte les fruits d’une victoire en Syrie. S’ils cherchent à rééquilibrer la relation régionale avec Téhéran au Moyen -Orient, le seul endroit pour le faire serait le Liban, malgré les nombreux risques que cela comporterait.

Dans un tel cas, et malgré sa réticence à mettre en péril son sanctuaire libanais, le Hezbollah pourrait ne pas avoir d’autre choix que d’accepter le défi, surtout s’il a une composante israélienne.

La politique libanaise est organisée selon un accord compliqué. Le camp sunnite, financé par les Saoudiens, occupe le poste de premier ministre. Le poste de président est occupé par l’ancien général chrétien Michel Aoun. Le poste de président du parlement est occupé par le leader du mouvement chiite Amal Nabih Berri. Il y a deux mois, Berri avait proposé d’élire un nouveau parlement avant la fin de l’année. Une élection affaiblirait probablement la position sunnite.

Saad Al-Hariri est devenu premier ministre après une longue querelle au Liban qui s’était ravivée avec l’assassinat du père de Saad, Rafic Hariri, l’ancien premier ministre. Le Hezbollah a été accusé de cet assassinat mais il s’agissait plus probablement d’une opération secrète israélienne.

La famille Hariri s’est enrichie grâce à Saudi Oger, une entreprise de construction en Arabie Saoudite dont elle est propriétaire. Les Hariri ont des passeports saoudiens. Les affaires ont mal tourné sous Hariri junior. En juillet, Saudi Oger a fermé ses portes et le bruit court que la famille d’ex-milliardaires serait en faillite. Les dirigeants saoudiens les soutiennent financièrement.

Hariri avait récemment nommé un ambassadeur libanais en Syrie. Hier, Hariri a reçu la visite à Beyrouth d’Ali Velayati, un haut conseiller de Khamenei, le chef suprême d’Iran. Les Saoudiens n’ont apprécié ni l’un ni l’autre événement. Le plan de Thamer a été mis en marche. Ils ont envoyé un jet privé et ramené Hariri à Riyad. Là, le prince clown saoudien Mohammad bin Salman a donné à Hariri la lettre de démission (écrite par Thamer ?) qu’il a lue à la TV saoudienne.

Comble de l’ironie : Le Premier ministre libanais (qui a un passeport saoudien) démissionne sur ordre de l’Arabie Saoudite, en Arabie Saoudite, à la télévision saoudienne. Dans sa lettre de démission écrite par les Saoudiens (extraits), il accuse l’Iran d’ingérence étrangère dans la politique libanaise.

(Hariri prétend également que son assassinat était planifié au Liban. Cela n’a pas de sens. L’organisation de sécurité intérieure libanaise affirme qu’elle n’a pas connaissance d’un tel complot.) Hariri a besoin d’un prétexte pour rester en dehors du Liban et échapper à la colère de ceux qui lui faisaient confiance. Les médias saoudiens essaient de fabriquer une histoire fantastique à partir de ce supposé assassinat, mais il n’y a aucune preuve de quoi que ce soit.)

La démission de Hariri a pour but de provoquer une crise constitutionnelle au Liban et d’empêcher de nouvelles élections parlementaires. Voilà la suite probable du plan saoudien :

• L’administration Trump annoncera de nouvelles sanctions contre le Hezbollah et contre le Liban.
• Le gouvernement saoudien infiltrera au Liban une partie de ses combattants par procuration d’Al-Qaïda/EI de Syrie et d’Irak (éventuellement via la Turquie par la mer). Il financera des opérations terroristes libanaises locales.
• Des extrémistes sunnites se livreront à des nouvelles tentatives d’assassinat, à des attentats terroristes et à des émeutes contre les chrétiens et les chiites au Liban.
• Les États-Unis essayeront de pousser l’armée libanaise à déclarer la guerre au Hezbollah.
• Israël tentera de provoquer le Hezbollah et de détourner son attention avec de nouvelles machinations à la frontière libanaise et à la frontière syrienne. Mais il n’entamera PAS une vraie guerre.

Le plan a peu de chances de réussir :

• Le peuple libanais dans son ensemble ne veut pas d’une nouvelle guerre civile.
• L’armée libanaise ne s’impliquera avec un camp ou un autre et au contraire tentera de maintenir le calme partout.
• Les sanctions contre le Hezbollah frapperont tout le Liban, y compris les intérêts sunnites.
• Un nouveau premier ministre sunnite sera installé à la place de la marionnette saoudienne qui a démissionné.
Le Liban constituera un nouveau marché pour les Russes et les Iraniens. Les compagnies russes s’engageront dans l’extraction gazière et pétrolière libanaise en Méditerranée et remplaceront les Etats-Unis.

Le plan saoudo/américano/israélien contre le Hezbollah a tout l’air d’une crise de rage impuissante provoquée par leur défaite en Syrie et en Irak.

Les troupes irakiennes ont, malgré les protestations des Etats-Unis, débarrassé les zones frontalières avec la Syrie de l’EI. Des milices irakiennes ont franchi la frontière pour aider les troupes syriennes à reprendre Abu Kamal, le dernier endroit contrôlé par l’EI. Cela ouvrira enfin une route directe de la Syrie vers l’Irak et au-delà. Les États-Unis avaient prévu de prendre Abou Kamal avec leurs forces par procuration kurdes/arabes et de bloquer cette route. Les forces gouvernementales syriennes se dépêchent de les en empêcher. Pour la quatrième journée consécutive, les bombardiers Tu-22M3 à long rayon d’action de la Russie ont soutenu le combat avec de grands raids effectués directement depuis la Russie. Le Hezbollah a réinjecté des milliers de combattants. Cette force massive va submerger les défenses de l’Etat islamique. La Syrie gagnera la course pour prendre la ville ainsi que la bataille.

L’Etat islamique parrainé par l’Arabie saoudite en Irak et en Syrie a été anéanti, il n’existe plus. Certains de ses éléments formeront des petits groupes terroristes dans le désert – cruels mais sans effet sur la situation globale.

L’Irak a retrouvé sa souveraineté nationale. Il a vaincu l’EI, empêché les Kurdes de s’approprier une partie du territoire arabe, et déjoué toutes les tentatives de relancer une guerre civile. Les combats en Syrie contre al-Qaïda, ainsi que l’ingérence turque, israélienne et américaine, dureront encore un an. Mais il est très probable que la puissante alliance de la Syrie, de l’Iran, de la Russie et du Hezbollah remportera la guerre. La Syrie a subi beaucoup de dommages mais elle a gardé son unité et son indépendance et elle survivra.

La guerre lancée contre le Hezbollah et donc contre le Liban se terminera probablement de la même manière.

Les efforts maniaques des Saoudiens et des Etats-Unis pour contrecarrer une prétendue influence iranienne (et russe), ont permis à l’Iran (et à la Russie) d’améliorer et de sécuriser leur situation bien mieux qu’ils n’auraient jamais pu l’espérer autrement. Je ne comprends vraiment pas pourquoi les Saoudiens pensent que leur nouvelle aventure au Liban va avoir une issue différente. Cela me dépasse.

Traduction : Dominique Muselet

Source : Afrique-Asie,, 06-11-2017

https://www.les-crises.fr/liban-demission-dhariri-lanalyse-de-richard-labeviere-et-rene-naba/

En complément:

Liban, démission du Premier Ministre Saad Hariri

Par Alain Corvez | 5 novembre 2017

Quels que soient les sentiments qu’on éprouve pour le général AOUN, on doit reconnaître que son élection la veille de la Toussaint de l’année dernière a permis de remettre les institutions du Liban en marche et de débloquer les clivages qui avaient empêché depuis longtemps l’élection d’un successeur au général Michel SLEYMAN arrivé en fin de mandat le 25 mai 2014. La vacance du pouvoir au sommet de l’état durait depuis trop longtemps avec sa suite de blocages dans les nominations importantes de l’administration et d’absences de décisions dans tous les domaines, économiques, financiers, administratifs et politiques.

Ses partisans comme ses détracteurs reconnaissent qu’il est désormais un personnage historique, du fait de son parcours politique depuis 1988, lorsque le vide produit par la fin de mandat d’Amine Gemayel sans consensus des députés pour lui élire un successeur, l’a porté au pouvoir « de facto » en tant que chef des Armées du Liban. Après une carrière militaire brillante il entrait dans une carrière politique forcée qui connaîtra de nombreuses péripéties. Mais ses combats militaires contre les Forces Libanaises de Samir GEAGEA, puis contre la Syrie lui valurent l’estime de nombreux Libanais qui reconnaissaient son patriotisme, en dépit d’erreurs qui le menèrent dans un long exil en France où il eut le temps de réfléchir à la situation de son pays et comprit que le Hezbollah, représentant la population la plus nombreuse du Liban, et auréolé de sa victorieuse résistance à l’occupation israélienne, était incontournable sur l’échiquier libanais et désireux d’une entente avec les chrétiens du Courant Patriotique Libre (CPL) qu’il avait créé à son retour au Liban. D’ailleurs, il est dans l’histoire moderne du Liban que les chiites, communauté musulmane minoritaire dans l’islam mais majoritaire au Liban, ont toujours jugé que leur intérêt était dans une alliance avec les chrétiens, quels qu’ils soient. Cette alliance du Hezbollah et du CPL fut donc scellée mais les forces qui lui étaient opposées, le Courant du Futur (CF) soutenu principalement par les sunnites, dirigé par Saad Hariri après l’assassinat de son père en 2005, et les Forces Libanaises essentiellement maronites de Samir Geagea, avaient les moyens d’empêcher son élection grâce à une loi électorale qui n’avait pas pu être modifiée et des soutiens puissants à l’extérieur dirigés par l’Arabie Saoudite, avec comme toujours en arrière-plan les Etats-Unis et Israël.

Mais fin 2015, après une longue période d’incertitudes, sous les pressions des citoyens sur leurs chefs politiques, lassés de cette vacance du pouvoir, et après de nombreux conciliabules de « diwans », d’alcôves et de couloirs, un consensus se réalisa peu à peu sur Souleiman FRANGIE qui semblait faire, sinon la majorité du moins l’unanimité des députés. Alors que l’affaire semblait bouclée pour élire Souleiman FRANGIE, pourtant lui aussi en bons termes avec le Hezbollah, à la surprise de nombreux observateurs, les FL et le CF annoncèrent alors qu’ils étaient opposés à Frangié et apportaient leur soutien au général AOUN qu’ils combattaient jusqu’alors.

Ce ralliement avait pour but de briser le consensus sur Frangié et était évidemment commandité de l’étranger, c’est-à-dire de Riyad dont la phobie a toujours été de voir le Hezbollah chiite participer au gouvernement et entretenir avec l’Iran des relations amicales, mais qui n’avait sans doute pas prévu qu’un nouveau consensus se réaliserait sur AOUN dont la politique d’amitié avec l’Iran et la Syrie ne pouvait pas leur convenir.

A la grande déconvenue des Saoudiens, le général AOUN fut élu Président le 31 octobre 2016 et mena une politique équilibrée de rassemblement national, bénéficiant d’une aura de sympathie internationale, et tout en maintenant ses affinités pour la Syrie et l’Iran. L’Arabie Saoudite, qui depuis la prise de pouvoir du jeune (32 ans) Prince devenu Héritier Mohammed Bin Salman s’est lancé dans une politique de réformes mais surtout de guerres contre ce qu’il appelle un arc chiite menaçant le royaume allant de l’Iran au Liban en passant par la Syrie et en y ajoutant le Yémen, a jugé qu’il fallait en finir avec un Liban stable et, en outre, entretenant des relations diplomatiques et de coopération avec ses ennemis l’Iran et la Syrie.

Le lendemain de la visite d’un haut émissaire iranien à Beyrouth, Ali Akbar Velayati, rencontré par le Premier Ministre Saad HARIRI, ce dernier fut convoqué à Ryad et annonça sa démission en jetant l’invective sur l’Iran et le Hezbollah. Nul n’est besoin d’être expert en géopolitique pour comprendre cette annonce surprise puisqu’elle est signée d’Arabie Saoudite : le royaume veut « faire le ménage » au Liban, y compris en arrêtant le Prince Al Walid Bin Talal connu pour ses sympathies libanaises et ses investissements dans le pays et accentuer sa lutte contre l’Iran dans laquelle il est appuyé par Israël et les Etats-Unis.

Le Liban risque donc d’entrer à nouveau dans une période d’incertitudes sinon de troubles, à moins que l’union nationale ne puisse se faire autour d’un nouveau Premier Ministre nécessairement sunnite du fait de la Constitution, car les Libanais de toutes confessions sont las des disputes de leurs responsables et aspirent à un état fort qui puisse soutenir les forces de sécurité nationale, Armée et Police, qui dépassent, elles, les clivages confessionnels pour montrer une grande capacité opérationnelle sur un terrain difficile avec les djihadistes de Syrie à ses frontières- et sans doute aussi à l’intérieur- et les deux millions de réfugiés syriens qu’il accueille généreusement sur son petit territoire, en plus des centaines de milliers de Palestiniens qui ont dû fuir leur pays au fur et à mesure des guerres successives d’Israël.

Il semble clair que l’Arabie veuille monter d’un cran dans sa lutte contre l’Iran et y inciter ses alliés. Mais au Moyen-Orient désormais les Etats-Unis ne dirigent plus les opérations et ont échoué dans leurs tentatives en Syrie et en Irak, notamment avec l’échec du referendum kurde ; la diplomatie russe a su prendre le temps de placer ses atouts un peu partout et est sans doute en mesure d’empêcher une guerre que souhaiteraient l’Arabie et Israël, en offrant une porte de sortie honorable à l’Amérique qui n’aurait rien à gagner dans l’ouverture d’un front militaire, de même que les autres protagonistes. La politique vindicative de l’Arabie Séoudite pourrait être contreproductive pour les Etats-Unis et les états de la région, y compris même au sein du royaume dont certains piliers sont chancelants. Contrairement à ce que pense le gouvernement du Likoud à Tel Aviv, Israël ne peut pas rayer l’Iran de la carte et ferait mieux, dans son propre intérêt, d’adopter une politique plus sage et retenue vis-à-vis de son environnement proche comme éloigné.

Alain Corvez | 5 novembre 2017

Source: Alain Corvez

http://arretsurinfo.ch/liban-demission-du-premier-ministre-saad-hariri/


 

BASE 14 995X225J'espère vous avoir fourni sufisamment d'éléments pour vous forger une opinion sur ce qui se prépare au Liban et sur la géopolitique de la région, en dehors de ce que vous pourrez en apprendre sur les médias euro- atlantistes.  P.G.

Posté par UPR Creuse à 06:00 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,