dimanche 8 juillet 2018

Le monde a changé et personne en Occident ne l’a remarqué

TRIBUNE LIBRE / par Martin Sieff
Paru sur Strategic Culture Foundation sous le titre The World Transformed and No One in America Noticed


TL OCS GEOPOLITIQUE

Le monde s’est transformé et personne ne l’a remarqué en Occident. L’Inde et le Pakistan ont rejoint l’Organisation de Coopération de Shanghai. L’organisme, depuis sa fondation le 15 juin 2001, s’est discrètement établi comme principale alliance et regroupement de nations à travers l’Eurasie. Aujourd’hui, elle se développe de six nations à huit, et les deux nouveaux membres sont les puissances régionales géantes dotées de l’arme nucléaire de l’Asie du Sud : l’Inde, avec une population de 1, 324 milliards d’habitants et le Pakistan, avec 193,2 millions d’habitants (chiffres pour 2016).

En d’autres termes, la population totale des puissances de l’OCS, qui s’élevait déjà à plus de 1, 5 milliards d’habitants, a été virtuellement doublée d’un trait de plume.

Les conséquences à long terme de ce développement sont énormes. C’était probablement le principal facteur de la paix et de la fin de toute menace de guerre atomique en Asie du Sud, donc auparavant pour 20% de la population mondiale. Aujourd’hui, les huit pays de l’OCS rassemblent 40% de la population mondiale, y compris l’une des deux premières puissances thermonucléaires mondiales (la Russie) et trois autres puissances nucléaires (la Chine, l’Inde et le Pakistan).

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Ce développement est un triomphe diplomatique, spécialement pour Moscou. La Russie cherche depuis des décennies à faire entrer son alliée stratégique, l’Inde, sous le parapluie de l’OCS. Cette vision avait été clairement articulée par l’un des plus brillants cerveaux stratégiques de la Russie du XXème siècle, l’ancien premier ministre et ministre des affaires étrangères Ievgueni Primakov, qui est mort en 2105. Dans le passé, la Chine bloquait discrètement mais fermement l’accession de l’Inde, mais avec l’arrivée parallèle du Pakistan allié de la Chine dans l’organisation, l’influence de Pékin et de Moscou est équilibrée.

La démarche ne peut que stimuler le rôle déjà prépondérant de la Russie dans la diplomatie et la sécurité nationale du continent asiatique. Pour Pékin et Delhi, la route vers de bonnes relations et la résolution de questions comme celles du partage de l’eau de l’Himalaya et les investissements dans le développement économique de l’Afrique passe désormais par Moscou. Le président Vladimir Poutine se trouve dans une position idéale d’interlocuteur des deux nations géantes de l’Asie.

La démarche doit également être vue comme une réaction significative de l’Inde à l’accroissement rapide de la volatilité et de l’imprévisibilité des États-Unis sur l’arène mondiale. A Washington et en Europe de l’Ouest, il est de rigueur et, de fait, inévitable que par réflexe idéologique, tout cela soit entièrement attribué à Donald Trump.

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Mais en réalité, cette tendance alarmante remonte au moins au bombardement de la Yougoslavie par les USA et leurs alliés de l’OTAN en 1999, à la suite du manque de sanctions qu’auraient dû amener cette action, à laquelle s’opposaient des pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU.

Depuis, sous quatre présidents successifs, l’appétence des USA pour des interventions militaires imprévisibles à travers la planète – généralement ratées, sans stratégie précise ou fin prévue – a infligé des souffrances et déstabilisé un large éventail de pays, principalement au Moyen-Orient (Irak, Syrie, Libye, Yémen) mais aussi en Eurasie (Ukraine) et en Asie du Sud (Afghanistan).

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L’accession de l’Inde et du Pakistan à l’OCS est donc également une répudiation nette et claire des USA.

Les relations entre les USA et le Pakistan se sont dégradées quand les États-Unis ont mené leur charge contre l’Afghanistan en novembre 2001, mais à travers toute cette période, les politiciens américains ont tenu pour acquis qu’Islamabad, en fin de compte, « resterait dans la réserve » et continuerait à danser au son de leur musique.

Les États-Unis courtisent l’Inde depuis 17 ans, une date marquée par la visite de Bill Clinton en 2000. Le premier ministre actuel, Narendra Modi a été invité à parler au cours d’une session du Congrès en 2017 ; de la part de l’appareil politique américain, c’est l’accolade approbatrice ultime à un leader étranger.

Les politiciens et experts américains pontifiaient interminablement sur l’Inde, une démocratie anglophone qui allait devenir la partenaire privilégiée de l’Amérique du Nord dans l’endiguement de l’inévitable montée de la Chine sur la scène mondiale. Cela s’est avéré une fantasmagorie. *

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Pendant l’ère de la Guerre froide, la « perte » d’une nation de la taille et de la stature de l’Inde ou du Pakistan aux mains d’un rival ou d’un camp idéologique indépendant regroupé aurait provoqué des ondes de choc, de rage, et même de l’effroi ouvertement exposé dans les médias des USA.

Mais ce à quoi nous assistons à la suite de ce dernier développement historique est beaucoup plus étrange. Les décisions de New Delhi et d’Islamabad n’ont été ni applaudies, ni condamnées, ni même remarquées par les médias grand public ou prises en compte dans les débats politiques et stratégiques américains. Elles ont été totalement ignorées. ** Voir les leaders et ceux qui façonnent l’opinion publique d’une super-puissance qui s’imagine encore dominer le monde conduire leurs affaires de cette façon est inquiétant, voire alarmant.

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La réalité est que nous vivons désormais dans un monde multipolaire – et c’est le cas depuis au moins 2001. Toutefois, l’évidente vérité continuera à faire l’objet d’un déni de Washington, Londres et Paris, au mépris de l’abondance et de la clarté des faits.

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Notes de la traduction :

* Pour marginaliser la Chine et flatter l’Inde, les USA avaient même rebaptisé la région Asie-Pacifique « Indo-Pacifique ». Cela n’aura donc servi à rien.

** Tout comme avaient été superbement ignorées les nouvelles super-armes russes présentées par Vladimir Poutine en mars dernier. Les USA sont-ils en train de réinventer la politique de l’autruche ?

http://www.entelekheia.fr/2018/06/24/le-monde-a-change-et-personne-en-occident-ne-la-remarque/

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"La réalité est que nous vivons désormais dans un monde multipolaire – et c’est le cas depuis au moins 2001. Toutefois, l’évidente vérité continuera à faire l’objet d’un déni de Washington, Londres et Paris, au mépris de l’abondance et de la clarté des faits.": voilà qui renforce d'autant le caractère obsolète de la "construction européenne", un projet impérial issu d'un monde qui n'existe plus...   P.G.

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jeudi 28 juin 2018

Les îles militarisées en mer de Chine : la partie émergée de la puissance de frappe de Pékin

En dépit d’un semblant de détente en Asie entre Donald Trump et Kim Jong‑un, la « guerre d’influence en mer de Chine entre Pékin et Washington ne va pas cesser quels que soient les développements sur le dossier nord-coréen » notait le correspondant du journal Le Monde Gilles Paris, envoyé spécial à Singapour, lors d’un live avec les lecteurs du quotidien.

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Début juin, le sentiment était le même au sommet annuel du Shangri-La /Dialogue à Singapour sur les enjeux de sécurité en Asie-Pacifique.

La ministre française des Armées, Florence Parly avait particulièrement rappelé l’urgence au respect du droit international en mer de Chine du Sud et que la zone était marquée par la compétition entre pays plus que par la coopération régionale qu’il convenait, selon elle, de soutenir.

Une économie bleue pour la Chine

La Chine – historiquement plutôt tournée vers sa profondeur continentale – a en effet profondément modifié son rapport à la mer et à son littoral, et ce depuis l’avènement de Deng Xiaoping, l’homme de l’ouverture économique et des réformes.

Pékin a certes signé la convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) en 1982 et a ratifié en 1996 (contrairement aux États-Unis), le texte autorisant l’exploitation de la zone économique exclusive. Mais ce faisant, son économie maritime n’a cessé alors de prendre de l’ampleur.

Les années 1980 avaient vu le lancement d’une politique de la mer qui s’est intensifiée dans les années 1990, notamment avec

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l’urbanisation accrue et la conteneurisation des activités portuaires (8 des plus grands ports au monde sont en Chine). Dans la décennie suivante et particulièrement depuis 2012, Pékin a ensuite accentué ses investissements dans l’économie maritime et la Marine chinoise.

Lors de son discours d’ouverture du 18ᵉ Congrès du Parti communiste chinois, le 8 novembre 2012, le président Hu Jintao avait ainsi déclaré : « Nous veillerons, dans le domaine maritime, à élever notre capacité d’exploitation des ressources, à développer l’économie et à protéger l’environnement écologique tout en sauvegardant fermement les droits et intérêts de notre État, tout cela afin d’accroître la puissance nationale en la matière », et à « défendre résolument ses droits et ses intérêts maritimes ».

Par la suite, en 2013, lors d’une réunion du bureau politique du PCC, Xi Jinping déclare : « faire de l’économie maritime l’un des piliers de l’économie nationale » puis en 2015 : « abandonner la mentalité terrienne pour devenir une puissance maritime […] afin de protéger la souveraineté nationale ».

La mer de Chine méridionale au cœur des tensions

La mer de Chine du Sud est l’objet de fortes tensions et d’enjeux sécuritaires opposant la Chine à ses voisins (en particulier vietnamien et philippin) et aux États-Unis. Sur cette mer bordée par 8 pays (les Philippines, la Chine, l’Indonésie, le Vietnam, Brunei, la Malaisie, Singapour et Taiwan), circule près d’un tiers du commerce maritime mondial. Dès les années 1970, l’armée chinoise occupe des îles et récifs des Paracels.

 

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La Chine revendique une souveraineté sur plus de 80 % des 2,5 millions de km2 de la mer, délimitée par une ligne en dix traits (depuis 2015) incluant Taiwan. Cette ligne recoupe les ZEE des pays riverains de cette mer.

D’emblée, cette mer fait l’objet de disputes territoriales, en particulier pour l’exploitation des ressources halieutiques et en hydrocarbures. En 2014, la Chine installe une plate-forme pétrolière (Haiyang Shiyou 981) dans les eaux territoriales du Vietnam, avant de la démonter, provoquant un incident diplomatique assez vite réglé.

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Le principe de libre circulation dans les eaux internationales est perturbé par cette revendication et par la présence affirmée de la Chine, remettant en cause le droit maritime international.

La Chine pèse d’ailleurs de tout son poids économique et diplomatique pour ne pas laisser se créer d’opposition coordonnée par ces voisins désunis en Asie du sud-est. Or, le droit ne semble pas permettre de répondre aux tensions dans la zone, ce qui, pour l’instant, donne l’avantage à Pékin, notamment face à son voisin philippin.

Malgré des témoignages de « réchauffement » entre les deux pays, divers incidents montrent bien les limites d’une possible alliance maritime philippino-chinoise, comme l’ont révélé les témoignages de pêcheurs philippins, se disant harcelés par les garde-côtes chinois.

Moins d’un mois auparavant, le président Duterte a même déclaré qu’il « irait en guerre » si la Chine franchissait la ligne rouge de s’approprier unilatéralement les réserves d’hydrocarbures de la mer de Chine du sud.

Ces déclarations ont rapidement été tempérées par la réalité des liens économiques et diplomatiques entre la Chine et les Philippines (partage des ressources naturelles, commerce bilatéral en pleine expansion).

Occupation des îles

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La revendication chinoise (fondée sur une prétendue présence historique) se double d’une occupation très active des récifs et de la transformation de certains îlots et récifs en îles par poldérisation et artificialisation. C’est-à-dire, une création de territoire grâce à des travaux de bétonisation des récifs et hauts-fonds.

Cela permet alors à Pékin de requalifier juridiquement ces zones en îles et d’y associer une ZEE sur 200 milles nautiques, soit environ 370 km.

L’archipel des Spratleys (notamment l’île Woody, Subi, Fiery Cross et Mischief) rassemble le plus grand nombre d’artificialisations et devient un prolongement logistique pour la Chine dans la zone, parfois surnommée par les Américains la « Grande muraille de sable ».

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Directement administré par la province de Hainan, ce territoire maritime fait l’objet d’une militarisation croissante dénoncée par les États-Unis, mais aussi d’un développement touristique, voire immobilier, afin de marquer durablement la présence chinoise (plus d’une vingtaine d’avant-postes dans les Paracels).

La Chine a opéré plusieurs déploiements importants depuis le mois d’avril : 48 navires dans les eaux de mer de Chine du sud puis autour de l’île de Taiwan.

Puis, en mai dernier, plusieurs vols de bombardier stratégique chinois ont été opérés depuis l’île de Woody – archipel des Paracels (accompagnées du déploiement de missiles antinavires et antiaériens, de l’installation de systèmes de brouillage des communications). La Chine y développe ainsi des capacités militaires de type Anti-access (A2) et Acess-Denial (AD) (interdiction et déni d’accès) afin de faire la mer de Chine une zone tampon, pour protéger son territoire continental.

Vue aérienne de la ville de Sansha,

Vue aérienne de la ville de Sansha, seule municipalité dans les archipels de Paracel, créée en 2012. AFP photo

La présence militaire se double d’une présence civile permanente par l’installation d’administration, d’activités économiques et de circuits touristiques encouragés par les autorités afin de promouvoir auprès de la population chinoise, patriotisme et « grandeur du territoire chinois ». Ce tourisme politique permet de faire connaître les enjeux stratégiques à la population chinoise, de peupler la zone avec des civils et de diversifier l’économie insulaire.

Une confrontation sino-américaine en mer ?

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La confrontation commerciale entre les deux grandes puissances se complexifie désormais par les tensions autour de la liberté de navigation et de la souveraineté en mer de Chine du sud.

L’intensité des activités militaires chinoises dans la zone reflète les missions de l’US Navy entre mars et juin afin de protéger le droit à la libre navigation. Le porte-avions USS Carl Vinson avait ainsi fait escale à Da Nang au Vietnam en mars, signalant le renforcement des liens stratégiques des États-Unis dans l’arrière-cour asiatique de la Chine.

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Les navires américains patrouillent durant une opération « liberté de naviguer » en mer de Chine du sud, en 2016

L’Amiral Davidson, futur commandant en chef du pacifique (devenu US Indo-Pacific Command depuis le 1er juin) a déclaré devant le Sénat que la militarisation des îlots contestés constituait « un sérieux défi pour les États-Unis ». Cette reconfiguration du dispositif stratégico- militaire fait écho au retour et au renforcement du concept « Indo-pacifique » dominé par les Américains.

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Dans le même temps, les États-Unis par la voix du nouveau chef de la diplomatie, Mike Pompeo, écartaient la Marine chinoise de l’exercice organisé tous les deux ans, RIMPAC(« Rim of the Pacific »), exercice aéronaval le plus important de la planète. Alors que cette dernière avait été invitée lors des sessions de 2014 et 2016.

Une force de frappe déjà prête

Pékin dispose désormais d’une Marine dont les capacités (navires de plus en plus sophistiqués, technologies avancées et armements modernisés) et les démonstrations de force ont considérablement cru depuis une décennie. L’ambition de devenir la première Marine de guerre dans la zone à horizon 2049 semble ainsi sur la bonne voie, en parallèle des objectifs du développement des « nouvelles routes de la soie ».

De plus, la Chine souhaite se doter d’une force de dissuasion nucléaire permanente à la mer et veut avoir accès aux eaux profondes du Pacifique afin de rivaliser avec les États-Unis.

Les risques d’escalades dans la zone ne sont donc pas exclus, d’autant plus que les récents événements dans la région testent aujourd’hui sa fragilité. Et que la Chine, elle, a montré qu’elle était capable de déployer (et de retirer) des systèmes d’arme à n’importe quel moment.

Porte-avion chinois

Le porte-avions Liaoning 

 


 

Source :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Îles_Paracels

https://edition.cnn.com/2016/05/13/politics/china-military-south-china-sea-report/index.html

https://www.theguardian.com/world/2018/feb/06/photos-beijings-militarisation-south-china-sea-philippines

https://www.nytimes.com/interactive/2015/07/30/world/asia/what-china-has-been-building-in-the-south-china-sea-cn.html

https://theconversation.com/les-iles-militarisees-en-mer-de-chine-du-sud-la-partie-emergee-de-la-puissance-de-frappe-de-pekin-97946

https://aphadolie.com/2018/06/25/les-iles-militarisees-en-mer-de-chine-la-partie-emergee-de-la-puissance-de-frappe-de-pekin/

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vendredi 22 juin 2018

« Démondialisation et déprofitation = baisse des marchés ! »

TRIBUNE LIBRE /  | 20 Juin 2018 |

TL CS MONDIALISATION DEPROFITATION

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Au début, on pouvait se poser des questions.

Trump va-t-il ou pas appliquer réellement son programme protectionniste ?
Trump va-t-il réellement démondialiser l’économie et tenter de freiner, voire d’inverser la globalisation ?
Trump va-t-il réellement mettre fin à l’immigration ou la freiner considérablement ?
Trump pourra-t-il et aura-t-il les moyens de mettre en place sa politique souverainiste et nationaliste, « populiste » diront certains ?

Pour le moment, la réponse est oui.

Comme toute inflexion majeure en politique et en économie, le mouvement est progressif et itératif. Cela se fait par étapes, graduellement, avec des avancées et des reculs.

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Mais ne nous y trompons pas, depuis deux ans de présidence Trump, le monde change considérablement et l’on voit chaque jour les effets des « idées trumpiennes ».

Le tableau d’ensemble est sans équivoque, les forces de rappel, extrêmement fortes également. La mondialisation fait gagner beaucoup d’argent à de grandes multinationales qui produisent pas cher en Asie pour nous revendre très cher en Occident.

Tout a été délocalisé.

Quand je dis tout, c’est tout.

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La production, le savoir-faire, les compétences mais également la… pollution ! Si nous pouvons avoir des normes environnementales en France, en Europe, c’est parce que nos productions/consommations polluent en Asie.

La mondialisation a entraîné des effets pervers très importants qu’il convient dans tous les cas de corriger. Dire cela ne signifie pas se transformer en Corée du Nord au moment où Trump, d’ailleurs, semble obtenir l’ouverture de l’un des derniers pays fermés.

En attendant, c’est la « guerre commerciale »…

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… Et Trump menace de taxer 200 milliards de dollars d’importations chinoises, en tous cas, voici ce qu’en dit Le Figaro.

Le président des États-Unis a demandé à ce que soit préparée une nouvelle liste de produits chinois importés, à hauteur de 200 milliards de dollars. Pékin a d’ores et déjà annoncé son intention de répliquer.

Donald Trump tente de faire monter la pression sur la Chine. En réaction à la riposte proportionnée et immédiate de Pékin à sa menace de sanctions de 50 milliards de dollars détaillées la semaine dernière, le président des États-Unis demande maintenant à son négociateur commercial, Robert Lighthizer, de préparer une nouvelle liste de 200 milliards de dollars de produits chinois importés. Ce qui correspond à un doublement du montant potentiel de sanctions supplémentaires initialement prévues par Washington.
« Des initiatives supplémentaires doivent être prises pour encourager la Chine à changer ses pratiques déloyales, ouvrir son marché aux biens américains et accepter une relation commerciale plus équilibrée », affirme Donald Trump dans un communiqué. Peu après, le ministère chinois du Commerce a répliqué que la Chine prendrait des mesures « qualitatives et quantitatives » pour se défendre si ces nouvelles menaces américaines étaient mises en œuvre.

La mondialisation, ça rapporte aux sociétés cotées en Bourse !

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N’y allons pas par 4 chemins. Ceux qui pourfendent comme moi le totalitarisme marchand, l’optimisation fiscale qui n’est qu’une fraude légalisée, ou encore ces multinationales sans morale ni éthique, ne peuvent pas se satisfaire de la mondialisation telle qu’elle est.

Y mettre fin nécessite de s’attaquer de front à des profits monstrueux et plantureux. Il y a de quoi se faire beaucoup d’ennemis évidemment, et ceux qui détiennent et gagnent beaucoup d’argent sont ces grandes multinationales qui profitent à plein de cette globalisation et de l’absence de contre-pouvoir et d’entraves.

La Bourse, sans pour autant s’effondrer, réagit nettement plus aux risques de guerre commerciale et donc de démondialisation, ce qui implique une immense « déprofitation » pour les grosses entreprises cotées sur les grands marchés financiers mondiaux.

L’ère de la « déprofitation ».

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Je sais, ce mot n’existe pas, mais j’invente les mots que je veux inventer, enfin pas tout à fait, nos amis antillais comprendront encore plus vite, eux qui parlent de « profitation » ils m’ont inspiré ce terme ! Et vous allez très vite piger, j’en suis certain ! La déprofitation est un phénomène économique qui correspond à une baisse structurelle et de très longue durée des profits des entreprises.

La déprofitation est la petite sœur de la démondialisation.

Si vous démondialisez, vous allez déprofiter et les dividendes du CAC 40 risquent d’être moins plantureux. Vous allez baisser les marges de production, inciter à la relocalisation, vous pouvez même déclencher une inflation sur les salaires si l’emploi repart.

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Pourquoi avons-nous de la déflation ? Parce que les salaires ne peuvent pas progresser depuis plus de 20 ans. Sans progression des salaires et de l’emploi, c’est tout le système qui s’effondre. Remettre les choses dans le bon sens est une bonne chose.

Les Chinois vont couiner, les grandes entreprises, aussi.

Au bout du compte, on se rendra compte d’une chose.

La primauté va au pouvoir politique. L’économie n’est que de l’intendance.

Nous avons juste laissé aux affaires des politiciens affairistes et plus ou moins vendus ou achetés, y compris les syndicats, d’ailleurs vous avez dans cette édition un article consacré aux nouvelles fonctions de l’ancien patron du syndicat FO. Stupéfiant.

Le véritable pouvoir est le pouvoir régalien. Encore faut-il avoir le courage, la volonté et l’indépendance de l’exercer pour le bien des nations et des peuples.

En attendant, si la démondialisation se poursuit, il y aura un mouvement concomitant de déprofitation. S’il y a moins de profits, de rendement et de dividendes, le cours action chutera et prendra en considération les nouvelles perspectives économiques. L’ajustement se fera à la baisse sur les actions, mais si c’est bien fait, les États ne tomberont pas dans l’insolvabilité, et mieux vaut un énorme krach boursier que des faillites d’États en chaîne.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/demondialisation-et-deprofitation-baisse-des-marches-ledito-de-charles-sannat/

dimanche 17 juin 2018

L' "Occident" c’est du passé [réédition]

COMMUNICATION REEDITION

TRIBUNE LIBRE / Moon of Alabama

TL SOMMETS G7 OCS

Publié le 9 juin 2018 sous le titre The ‘West’ Is Past

Traduction : Dominique Muselet

(...)

Avant de se rendre au sommet, M. Trump a joué un mauvais tour à ses collègues en invitant la Russie à rejoindre le G-7/G-8 sans conditions. La Russie a été expulsée après que la Crimée a voté pour rejoindre sa patrie. Mme Merkel, qui avait négocié l’accord de Minsk avec la Russie, était furieuse. Elle veut utiliser cette invitation comme monnaie d’échange dans de futures négociations. (C’est idiot. La Russie n’a aucune envie de rejoindre le format du G-7/G-8).

Il y a maintenant de nombreux domaines dans lesquels les États-Unis et leurs alliés ne sont pas d’accord : le changement climatique, l’accord avec l’Iran et le commerce ne sont que les plus importants.

Avant de quitter le sommet, Trump a de nouveau parlé à tout le monde à la manière d’un chef mafieux:

Alors qu’il se préparait à quitter tôt le sommet du G-7 à Charlevoix, au Canada, pour se rendre à Singapour avant sa rencontre prévue avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, Trump a lancé un ultimatum aux dirigeants étrangers ; il a exigé que leurs pays réduisent les barrières commerciales qui gênent les États-Unis sous peine de perdre l’accès au marché de la plus grande économie mondiale.

« Ils n’ont pas le choix. Je vais être honnête avec vous, ils n’ont pas le choix », a déclaré M. Trump aux journalistes lors d’une conférence de presse, ajoutant que les entreprises et les emplois avaient quitté les États-Unis pour échapper aux barrières commerciales à l’étranger. « Nous allons régler cette situation. Et si nous n’y arrivons pas, alors, nous ne traiterons plus avec ces pays. »

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Les dissensions de la réunion du G-7 offraient un contraste saisissant avec l’autre réunion, plus importante, qui s’est tenue aujourd’hui, à savoir le 18ième sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Qingdao, en Chine :

Un feu d’artifice éblouissant a illuminé la ville de Qingdao et les visages des invités qui ont traversé le vaste continent eurasien jusqu’à la côte de la mer Jaune pour le 18e sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), samedi soir.

Il s’agit du premier sommet de ce type depuis que l’Inde et le Pakistan sont devenus membres à part entière de l’organisation en juin 2017. […]

L’esprit de Shangaï l’esprit de confiance mutuelle, d’intérêt commun, d’égalité, de concertation, de respect des diverses civilisations et de poursuite d’un développement commun a été affirmé dans la Charte de l’Organisation de Shanghai, une organisation régionale globale fondée en 2001 par la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Russie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan, puis élargie à huit États membres.

Ce week-end, Xi présidait le sommet pour la première fois en tant que président chinois, en présence des dirigeants d’autres États membres de l’OCS et de quatre États observateurs, ainsi que des leaders de diverses organisations internationales.  […]

L’OCS est devenue une organisation couvrant plus de 60 % de la surface du continent eurasien, près de la moitié de la population mondiale et plus de 20 % du PIB mondial.

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Deux étasuniens « réalistes », Henry Kissinger et Zbigniew Brzezinski, ont toujours dit que l’Occident devait séparer la Chine de la Russie s’il voulait conserver sa position de leader mondial. Nixon s’était rendu en Chine dans ce but.

Des années plus tard, les États-Unis se sont imaginé qu’ils avaient « gagné » la guerre froide. Ils se sont sentis invincibles, la « seule superpuissance » et ont voulu « diriger le monde entier ». Ils se sont réveillés après l’invasion de l’Irak. La puissante armée américaine était battue à plat de couture par les « nègres du désert » qu’elle méprisait tant. Quelques années plus tard, les marchés financiers américains étaient en lambeaux.

La brutalité des efforts pour encercler toujours davantage la Russie a mené à l’alliance sino-russe qui dirige maintenant l’OCS et bientôt, peut-être, le monde. Il n’y aura pas de photo comme celles que j’ai postées ci-dessus du sommet de l’OCS. Le président chinois Xi appelle le président russe Poutine « mon meilleur ami ».

L’ « Occident » a perdu en Eurasie.

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Les États-Unis ne sont plus désormais qu’un petit caïd de cour d’école qui s’en prend aux membres de son gang parce que ses anciennes victimes sont devenues trop grosses.

Trump se rend à Singapour pour rencontrer Kim Jong-un. Contrairement à Trump, le leader suprême de la Corée du Nord sera bien préparé. Il est probable qu’il l’emportera facilement sur Trump pendant les négociations. Si Trump essaie de le menacer comme il menace ses « alliés », Kim fera ses valises et partira. Contrairement aux « alliés » des Etasuniens, il n’a pas besoin de ployer le genou devant Trump. Il peut compter sur la Chine et la Russie. Elles sont désormais les puissances qui peuvent diriger le monde.

L’ « occident » est fini. L’avenir est à l’est.

Moon of Alabama

Original en anglais

URL: https://arretsurinfo.ch/loccident-cest-du-passe/

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jeudi 24 mai 2018

La nouvelle campagne de Trump contre l’Iran n’atteindra pas ses objectifs

TRIBUNE LIBRE /  Moon of Alabama

TL IRAN US GUERRE

Publié le 21 Mai 2018 sous le titre Trump’s New Campaign Against Iran Will Not Achieve Its Aims

L’administration Trump a dit clairement aujourd’hui qu’elle avait l’intention de provoquer un changement de régime en Iran par tous les moyens possibles.

Dans un discours à la Heritage Foundation qui a fait grand bruit, le secrétaire d’État Pompeo a présenté douze demandes à l’Iran. Il l’a menacé « des sanctions les plus sévères de l’histoire » si ces exigences n’étaient pas satisfaites.

Mais ces demandes n’ont pas de sens. Elles ne font que démontrer l’incompétence de l’administration Trump. Les moyens que l’administration Trump a mis en place pour atteindre ses objectifs ne sont pas réalistes et, même s’ils étaient réalisables, ils seraient insuffisants pour atteindre les résultats souhaités.

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Il est demandé à l’Iran de cesser tout enrichissement d’uranium. Mais l’Iran ne peut pas arrêter l’enrichissement. Ce programme est un des fleurons de la politique iranienne et il bénéficie d’un large soutien public car il est considéré comme un attribut de sa souveraineté.

Pompeo exige que l’Iran ferme son réacteur à eau lourde. L’Iran ne peut pas fermer son réacteur à eau lourde. Il n’en a pas. Celui qu’il construisait à Arak a été rendu inutilisable du fait de l’accord nucléaire (JCPOA). Du béton a été coulé dans son noyau sous la supervision des inspecteurs de l’AIEA. Comment le secrétaire d’État des États-Unis peut-il faire une demande qui ne tient aucun compte de la réalité dans un discours préparé à l’avance ?

Une autre exigence est que l’Iran cesse de soutenir la résistance palestinienne. L’Iran ne cessera jamais de soutenir la Palestine tant que l’occupation israélienne se poursuit. Il est aussi demandé à l’Iran de ne pas développer de missiles « nucléaires ». L’Iran s’est déjà engagé à le faire dans le cadre du JCPOA que Trump a fait exploser. Une autre exigence est que l’Iran retire toutes ses troupes de Syrie et mette fin à toute ingérence en Irak, au Yémen, en Afghanistan et ailleurs.

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Tout cela exigerait un changement radical du caractère national et des politiques de l’Iran. Il faudrait qu’il devienne quelque chose comme le Lichtenstein. L’administration de Trump n’a aucun moyen de l’y contraindre.

A l’issue d’un dur labeur, l’administration Obama avait réussi à amener une grande partie du monde à accepter des sanctions contre l’Iran. Cela a été possible parce que les autres pays ont cru la promesse d’Obama d’honorer l’accord à venir et de négocier sérieusement. Il a fallu beaucoup d’unité et de confiance internationales pour parvenir à l’accord nucléaire.

Aujourd’hui, Trump exige beaucoup plus, mais il n’a pas de front international uni derrière lui. Personne ne croit en sa parole. Les Européens sont furieux que Trump les menace de sanctions secondaires s’ils s’en tiennent à l’accord qu’ils ont signé, et continuent de traiter avec l’Iran. Même s’ils finissent par plier et qu’ils cessent, dans une certaine mesure, de traiter avec l’Iran, ils essaieront de contourner les sanctions unilatérales des États-Unis.

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Ni la Chine, ni la Russie, ni l’Inde ne cesseront de faire des affaires avec l’Iran. En fait, les sanctions unilatérales américaines leur ouvrent de nouveaux marchés. La compagnie pétrolière française Total a annoncé qu’elle allait renoncer à son projet de développement du champ gazier iranien de South Pars afin d’éviter des sanctions américaines secondaires sur ses autres intérêts. La Chine a dit « merci » et a pris le relais. De même, la Russie poursuivra tout qu’elle le peut. Son industrie agricole fournira à l’Iran tout ce dont il a besoin. Elle continuera de vendre des armes à l’Iran. La Chine, l’Inde et d’autres continueront d’acheter du pétrole iranien.

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L’administration de Trump va provoquer quelques désordres économiques. Elle va également affaiblir les États-Unis et l’Europe et renforcer la Russie et la Chine. La menace de sanctions secondaires conduira à terme à la création d’une économie mondiale parallèle sécurisée. Le réseau d’échange d’informations financières SWIFT, qui achemine les paiements internationaux entre banques, peut être remplacé par des systèmes de pays à pays qui ne dépendent pas d’institutions sanctionnables. Au lieu du dollar étasunien comme moyen de change universel, on peut utiliser d’autres devises ou faire du troc. L’abus ridicule des sanctions économiques et financières finira par détruire la capacité des États-Unis à s’en servir comme outil de politique étrangère.

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Le discours de Pompeo va unir le peuple iranien. Les néolibéraux modérés qui entourent l’actuel président Rohani rejoindront les tenants de la ligne dure nationaliste dans la résistance. Les exigences étasuniennes dépassent largement ce qu’un gouvernement iranien quel qu’il soit peut assumer. Un Iran qui prend en compte la volonté de son peuple ne les acceptera jamais.

Le seul moyen pour l’administration Trump d’atteindre ses objectifs serait un changement de régime. Mais il y a déjà eu une tentative de changement de régime dans l’Iran actuel et elle a échoué. La « révolution verte » a été fortement soutenue par Obama. Mais elle a été aisément contrecarrée et elle a échoué. Il y a eu diverses campagnes d’assassinats en Iran, mais cela n’a pas changé sa politique. La taille et le relief de l’Iran rendent impossible une attaque militaire directe comme en Libye. L’Iran est en mesure de riposter contre une attaque en frappant des intérêts américains dans le Golfe.

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Les États-Unis peuvent, et vont sans doute, continuer à attaquer les forces et les intérêts iraniens en Syrie et ailleurs. Leur armée va s’efforcer de faire obstacle à l’Iran dans le Golfe. La CIA va essayer d’envenimer les dissensions iraniennes internes.  L’aggravation des sanctions portera préjudice à l’économie iranienne. Mais rien de tout cela ne pourra empêcher le sentiment national de l’Iran de se concrétiser dans sa politique étrangère, telle qu’elle est aujourd’hui.

Dans un an ou deux, l’administration Trump constatera que sa campagne de sanctions a échoué. Il y aura des pressions en faveur d’une attaque militaire directe contre l’Iran. Mais il y a déjà eu des plans pour attaquer l’Iran sous George W. Bush. À l’époque, le Pentagone avait indiqué qu’une telle guerre entraînerait de très graves pertes et échouerait probablement malgré tout. Je doute donc qu’elle ait jamais lieu.

Qu’est-ce que l’administration Trump pourra faire quand il s’avérera que le plan A qu’elle vient de rendre public a échoué ?

Moon of Alabama

Article original: Trump’s New Campaign Against Iran Will Not Achieve Its Aims

Traduction : Dominique Muselet

URL: https://arretsurinfo.ch/la-nouvelle-campagne-de-trump-contre-liran-natteindra-pas-ses-objectifs/

mercredi 23 mai 2018

“Le plus grand joueur de l’histoire mondiale”

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 01-05-2018

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John Mauldin nous livre une vision très pertinente de la Chine :

« Dans les années 1990, Robert Rubin, secrétaire au Trésor sous Bill Clinton, négociait les conditions d’admission de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce. Mes sources disent qu’il demandait exactement les mêmes choses que Trump veut maintenant… Mais en 1998, au milieu du scandale Monica Lewinsky, Clinton voulait une “victoire” (un peu comme l’actuel président.) Et Rubin n’était pas à la hauteur de ses exigences en matière d’accès au marché et de garanties sur la propriété intellectuelle, etc. Clinton a ensuite retiré les négociations chinoises à M. Rubin et les a remises à la secrétaire d’État Madeleine Albright avec les instructions pour y parvenir.

N’étant pas un expert en commerce, Albright ne comprenait pas les problèmes sous-jacents. Les Chinois ont reconnu qu’elle n’avait rien dans son jeu et ils ont tenu bon. En résumé, mes sources disent qu’elle a effectivement cédé. Clinton a obtenu sa “victoire” et nous sommes restés coincés dans un mauvais accord commercial. Lorsque Trump prétend que nous avons été piégés dans le cadre d’un mauvais accord commercial, il a raison, même si je me demande s’il comprend l’histoire. Quelqu’un lui a peut-être donné le contexte, mais il n’en a jamais parlé dans ses discours. Cet accès à l’OMC, qui s’est finalement produit en 2001, a permis à la Chine de commencer à s’emparer des marchés par des moyens légaux et d’accéder à la propriété intellectuelle américaine sans payer pour cela…

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Est-ce que cela fait une différence maintenant ? Probablement pas… Mais on en arrive à la rivalité dont nous avons parlé plus haut. Est-il possible pour les États-Unis et la Chine de rester ensemble dans une organisation comme l’OMC ? Trump semble en douter, car il a menacé de se retirer de l’OMC. Un jour ou l’autre, nous pourrions considérer cette période où un seul organisme régit le commerce international comme une aberration – un beau rêve qui n’a jamais été réaliste. Si c’est le cas, préparez-vous à de grands changements. »

Cela va jusqu’au cœur de l’une des plus grandes questions géopolitiques auxquelles l’Europe et l’Amérique sont confrontées. Mauldin nous donne alors ce qui fait l’objet d’un consensus : « malgré certains de ses discours, je ne crois pas que [Trump] soit idéologiquement contre le commerce. Je pense qu’il veut juste une “victoire” américaine et qu’il est souple sur ce que cela signifie ». Oui, Trump pourrait bien finir par faire du « Clinton », mais l’Amérique a-t-elle une alternative réaliste, si ce n’est de s’accommoder de la montée de la Chine ? Le monde a changé depuis l’ère Clinton : il ne s’agit plus seulement de se disputer sur les termes de l’échange.

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Xi Jinping se trouve au sommet du système politique chinois. Son influence s’étend maintenant à tous les niveaux. Il est le leader le plus puissant depuis le président Mao. Kevin Rudd (ancien premier ministre de l’Australie, qui étudie la Chine depuis longtemps) note, « rien de tout cela n’est pour les timorés… Xi a grandi dans la politique du parti chinois telle qu’elle est menée aux plus hauts niveaux. Par l’intermédiaire de son père, Xi Zhongxun… il a reçu des “cours de maître” non seulement sur la façon d’y survivre, mais aussi sur la façon de l’emporter en son sein. Pour ces raisons, il s’est avéré être l’homme politique le plus redoutable de son temps. Il a réussi à devancer, à déborder, à dépasser, puis à éliminer chacun de ses adversaires politiques. Le terme poli pour cela est la consolidation du pouvoir. En cela, il a certainement réussi. »

Et voilà le hic : le monde que Xi envisage est totalement incompatible avec les priorités de Washington. Xi n’est pas seulement plus puissant que n’importe quel prédécesseur autre que Mao, il le sait et a l’intention de laisser sa marque dans l’histoire du monde. Une qui équivaut, voire surpasse, celle de Mao.

Lee Kuan Yew, qui, avant sa mort en 2015, était le premier observateur de la Chine, avait une réponse sans équivoque sur la trajectoire étonnante de la Chine au cours des 40 dernières années : « L’ampleur de la transformation de l’équilibre mondial dû à la Chine est telle que le monde doit trouver un nouvel équilibre. Il n’est pas possible de prétendre qu’il ne s’agit que d’un autre grand joueur. C’est le plus grand joueur de l’histoire du monde. »

L’année 2021 marque le centenaire de la fondation du Parti communiste chinois, et Xi a clairement l’intention qu’en 2021, la Chine présente les réalisations de ses objectifs du premier centenaire. D’ici là, la Chine espère être l’économie la plus puissante du monde (elle l’est déjà là – sur la base de la parité du pouvoir d’achat), et une puissance émergente de classe mondiale – tant sur le plan politique que militaire. Selon Richard Haas, président du US Council for Foreign Relations, « l’ambition à long terme [de la Chine] est de démanteler le système des alliances américaines en Asie, en le remplaçant par un ordre de sécurité régionale plus bienveillant (du point de vue de Pékin) dans lequel elle jouit d’une place de choix, et idéalement une sphère d’influence à la mesure de son pouvoir ». (mais pourtant, Haas sous-estime peut-être les choses).

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Pour atteindre le premier des deux objectifs du centenaire (le deuxième se termine en 2049), la Chine a un volet économique majeur, un volet économique/politique et un volet politique/militaire à la réalisation de ses objectifs.

Le plan « Made in China 2025 » est une vaste politique industrielle qui bénéficie d’un financement public massif en R & D (232 milliards de dollars en 2016), y compris une intégration potentielle explicite à double usage dans l’innovation militaire. Son principal objectif, outre l’amélioration de la productivité, est de faire de la Chine le « leader mondial de la technologie » et de faire en sorte que la Chine devienne autosuffisante à 70% en matériaux et composants clés. C’est peut-être bien connu en théorie, mais peut-être que l’évolution vers l’autosuffisance de la Chine et de la Russie implique quelque chose de plus brutal. Ces États s’éloignent du modèle commercial libéral classique au profit d’un modèle économique fondé sur l’autonomie et une économie dirigée par l’État (comme le préconisent des économistes comme Friedrich List, avant d’être éclipsés par la prédominance de ceux qui pensent comme Adam Smith).

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Le deuxième volet de la politique est la fameuse initiative « Belt and Road » [Nouvelle route de la soie, NdT], qui reliera la Chine à l’Europe. Cependant, l’élément économique est souvent ramené en Occident à une « simple infrastructure » – bien qu’à grande échelle. Sa conception représente plutôt une attaque directe contre le modèle économique occidental hyper-financiarisé. Dans une célèbre remarque critique dirigée contre la forte dépendance de la Chine à l’égard d’une croissance de style occidental, axée sur la dette – un auteur anonyme (que l’on croit être Xi ou un proche collègue) a noté (avec sarcasme) l’idée que de grands arbres ne pouvaient être cultivés « en l’air ». Ce qui veut dire que les arbres doivent avoir des racines et pousser dans le sol. Au lieu de l’activité « virtuelle » et financiarisée de l’Occident, l’activité économique réelle découle de l’économie réelle, avec des racines plantées dans la terre. La « nouvelle route de la soie » n’est qu’un catalyseur majeur de l’économie réelle.

Son aspect politique, bien sûr, est évident : Il créera un immense bloc d’échange et d’influence (en renminbis) [Le yuan ou renminbi est la devise nationale de la Chine, NdT] et, étant basé sur la terre, déplacera le pouvoir stratégique de la domination occidentale via la puissance maritime vers des routes terrestres sur lesquelles la puissance militaire conventionnelle occidentale est limitée – tout comme, de la même manière, il transférera la puissance financière du système du dollar de réserve vers le renminbi et d’autres monnaies.

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L’autre aspect, qui a été beaucoup moins remarqué, est la façon dont Xi a réussi à harmoniser ses objectifs avec ceux de la Russie. D’abord prudent à l’égard du projet « nouvelle route de la soie » quand Xi l’a lancé en 2013, le Kremlin, s’est rapproché de l’idée dans la foulée du coup d’État occidental contre ses intérêts en Ukraine, et avec le projet conjoint de l’Amérique avec l’Arabie saoudite pour faire chuter le prix du pétrole (l’Arabie saoudite voulait faire pression sur la Russie pour qu’elle abandonne Assad, et les États-Unis pour affaiblir le Président Poutine, en affaiblissant le rouble et les finances du gouvernement).

Ainsi, en 2015, le président Poutine s’était engagé à lier l’Union économique eurasienne de la Russie et la ceinture économique de la Route de la soie de la Chine, et deux ans plus tard, Poutine était l’invité d’honneur du sommet « Une ceinture, une route », qui s’est tenu à Pékin.

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Ce qui est intéressant, c’est la façon dont la Russie a intégré la vision de Xi dans sa propre pensée de la « Grande Eurasie », conçue comme l’antithèse centrale d’un ordre mondial financiarisé et dirigé par les Américains. Le Kremlin, bien sûr, comprend bien que dans le domaine du commerce et de la finance, la position de la Russie en Eurasie est beaucoup plus faible que celle de la Chine. (L’économie de la Chine est huit à dix fois plus importante que celle de la Russie).

Les forces cruciales de la Russie se situent traditionnellement dans les domaines politico-militaire et diplomatique. Ainsi, laissant les initiatives économiques à la Chine, Moscou s’efforce de jouer le rôle d’architecte en chef d’une architecture politique et de sécurité eurasienne, d’un concert de grandes puissances asiatiques et de producteurs d’énergie.

Le président Poutine a, dans un sens, trouvé la symétrie et la complémentarité de la politique de Xi en matière de routes et de couloirs (un équilibre asymétrique de la Russie, si l’on veut, à la force économique brute de Xi) dans sont livre One Map ; Three Regions’ politics [Carte unique ; politique des trois régions, NdT], Bruno Maçães a écrit :

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En octobre 2017, Igor Sechin, directeur général de Rosneft, a pris la décision inhabituelle de présenter un rapport géopolitique sur les « idéaux de l’intégration eurasienne » devant un auditoire à Vérone, en Italie. L’une des cartes projetées à l’écran pendant la présentation montrait le supercontinent – ce que les cercles russes appellent « Grande Eurasie » – divisé en trois régions principales. Pour Sechin, la division cruciale n’est pas entre l’Europe et l’Asie, mais entre les régions de consommation d’énergie et les régions de production d’énergie. Les premières sont organisées sur les bords ouest et est du supercontinent : Europe, y compris la Turquie, et l’Asie-Pacifique, y compris l’Inde.

Entre elles, nous trouvons trois régions de production d’énergie : La Russie et l’Arctique, la Caspienne et le Moyen-Orient. Il est intéressant de noter que la carte ne sépare pas ces trois régions, préférant tracer une ligne de délimitation autour des trois. Elles sont contiguës, formant ainsi un seul bloc, du moins d’un point de vue purement géographique.

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La carte, note Maçães, « illustre un point important sur la nouvelle image d’elle même qu’à la Russie. Du point de vue de la géopolitique énergétique, l’Europe et l’Asie-Pacifique sont parfaitement équivalentes, fournissant des sources alternatives de demande en ressources énergétiques…. Et, si l’on considère les trois zones [délimitées sur la carte], il devient évident que deux d’entre elles sont déjà dirigées et organisées par un acteur de premier plan : L’Allemagne dans le cas de l’Europe ; et la Chine pour l’Asie-Pacifique ».

C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre le regain d’intérêt et l’intervention de la Russie au Moyen-Orient. En consolidant les trois régions productrices d’énergie sous sa direction, la Russie peut être un véritable égal de la Chine dans l’élaboration du nouveau système eurasien. Ses intérêts se situent maintenant plus résolument dans l’organisation d’une volonté politique commune pour la région centrale de production d’énergie, que dans la récupération des »”vieux désirs » de faire partie de l’Europe.

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Et la ‘volonté politique’ est aussi le projet de Xi : Alors qu’après que la révolution culturelle de Mao a essayé d’effacer le passé ancien de la Chine et de le remplacer par le « nouvel homme socialiste » du communisme, Xi a de plus en plus dépeint le parti comme l’héritier et le successeur d’un empire chinois vieux de 5 000 ans que seul l’Occident maraudeur a abaissé, écrit Graham Allison, auteur de Destined for War : Can America and China Escape Thucydides’s Trap ? Ainsi, le Parti a évoqué les humiliations passées aux mains du Japon et de l’Occident « pour créer un sentiment d’unité qui s’était fracturé, et pour définir une identité chinoise fondamentalement en désaccord avec la modernité américaine ».

Enfin, Xi s’est engagé à rendre sa puissance à la Chine. Il croit qu’une armée « capable de se battre et de gagner des guerres » est essentielle pour réaliser toutes les autres composantes de la « régénération » de la Chine. L’Amérique a davantage d’organisation militaire que la Chine, cependant que Moscou dispose d’armes technologiquement meilleures – mais la Chine rattrape aussi rapidement l’Occident à cet égard. La coopération militaire stratégique directe entre la Chine et la Russie (la Chine soutenait militairement et politiquement la Russie) était évidente dans la récente poussée de propagande américaine et britannique – Skripal et armes chimiques en Syrie – contre la Russie. Cette coopération agit comme un moyen de dissuasion contre l’entreprise d’une action militaire américaine contre l’un ou l’autre État.

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À Washington, contrairement à Pékin, il y a différentes voix qui tentent de définir comment l’Amérique devrait interagir avec la Chine. Trump a parlé le plus fort, cependant les idéologues sont là aussi, réclamant un réajustement fondamental des termes du commerce et des droits de propriété intellectuelle. Mais l’armée américaine est également convaincue que les États-Unis doivent rester l’hégémon militaire dans la région Asie-Pacifique et que la Chine ne doit pas être autorisée à repousser l’Amérique vers le large. Il y a, cependant, une rare unité à Washington – parmi les « groupes de réflexion » et entre les deux principaux partis politiques – sur un point et un seul : la Chine constitue la menace « numéro un » pour l’ordre mondial « fondé sur des règles » dirigé par les Américains… et devrait être remise à sa place.

Mais quels sont – parmi les objectifs de la Chine décrits ci-dessus – ceux sur lesquels les États-Unis pensent pouvoir d’une manière ou d’une autre « revenir en arrière » et réduire plus substantiellement le poids de la Chine – ce sans entrer en guerre ?

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En réalité, Xi peut accorder à Trump suffisamment de concessions mineures (c’est-à-dire sur les questions de prévalence et de propriété intellectuelle) pour permettre à Trump de revendiquer une « victoire » (c’est-à-dire de refaire un coup à la « Clinton »), et d’acheter quelques années de paix économique frileuse, tandis que les États-Unis continuent d’accumuler les déficits commerciaux et budgétaires. Mais en fin de compte, l’Amérique devra décider de s’adapter à la réalité, ou risquer au mieux la régression, ou la guerre au pire.

Cela sera difficile à la fois économiquement et géopolitiquement, d’autant plus que ceux qui prétendent connaître Xi semblent convaincus qu’en plus de vouloir faire de la Chine le « plus grand acteur de l’histoire du monde », Xi aspire aussi à être celui qui, enfin, réunifiera la Chine : non seulement le Xinjiang et le Tibet sur le continent, mais aussi Hong Kong et Taïwan. L’Amérique peut-elle encaisser culturellement l’idée que Taïwan « démocratique » soit militairement unifiée à la Chine ? Pourrait-elle l’échanger contre une solution nord-coréenne ? Cela semble improbable.

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 01-05-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/le-plus-grand-joueur-de-lhistoire-mondiale-par-alastair-crooke/

Guerre commerciale : la Chine lâche du lest aux Etats-Unis

La Chine a accepté de prendre des mesures pour importer davantage de produits américains afin de réduire le déficit commercial des Etats-Unis. Les surtaxes douanières sur le fer et l'acier notamment sont suspendues, a annoncé le secrétaire américain au Trésor.

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La Chine et les Etats-Unis ont décidé de renoncer à toute guerre commerciale et à l'augmentation des droits de douane respectifs, ont annoncé dimanche les médias officiels chinois. Dans un communiqué commun, Washington et Pékin ont fait état d'un "consensus" sur le fait de prendre des mesures pour réduire de manière significative le déficit des Etats-Unis sur les échanges de marchandises avec la Chine.

Les deux pays ne mentionnent toutefois pas l'objectif de 200 milliards de dollars de réduction de l'excédent chinois, avancé un peu plus tôt par la Maison blanche. Ils promettent de poursuivre leurs discussions sur la réduction de cet excédent, proche de 335 milliards de dollars par an, qui menace de donner lieu à une guerre commerciale.

"Pour répondre aux besoins de consommation croissants des Chinois et à la nécessité d'un développement économique de qualité, la Chine augmentera considérablement ses achats de biens et de services aux Etats-Unis, ce qui contribuera à soutenir la croissance et l'emploi aux Etats-Unis", déclarent les deux pays dans le communiqué.

Droits de douane suspendus

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Le texte ne précise pas si l'échéance de mardi sur une possible entrée en vigueur de nouvelles mesures frappant pour 50 milliards de dollars de marchandises chinoises, était dès lors suspendue. Cependant, le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a déclaré dimanche sur Fox News que "pour le moment, nous nous sommes mis d'accord pour suspendre les taxes pendant que nous nous efforçons de mettre en œuvre ce cadre". Il a précisé que si la Chine ne tenait pas ses engagements, le président Donald Trump "pouvait toujours décider de remettre en œuvre ses taxes".

"Les deux parties sont parvenues à un consensus, ne s'engageront pas dans une guerre commerciale et n'augmenteront pas les droits de douane respectifs", a déclaré le vice-Premier ministre chinois Liu He, selon l'agence officielle Xinhua.

https://www.latribune.fr/economie/international/guerre-commerciale-la-chine-lache-du-lest-aux-etats-unis-779007.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180521

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dimanche 13 mai 2018

Trump met fin à l’accord nucléaire avec l’Iran. Et maintenant ?

TRIBUNE LIBRE /

TL TRUMP IRAN

Publié le 8 mai 2018 sous le titre Trump Ends The Nuclear Deal With Iran – What’s Next?

Dans un discours très belliqueux, Trump a annulé l’accord nucléaire avec l’Iran. Il y a aussi raconté beaucoup de mensonges. Mais rien de tout cela n’est surprenant. Les États-Unis ne respectent leurs accords qu’aussi longtemps qu’ils y voient un avantage à court terme – il suffit de demander aux Amérindiens. On ne doit jamais s’attendre à ce que les États-Unis tiennent parole.

Trump va réimposer des sanctions américaines contre l’Iran parce que :

• L’accord nucléaire a été négocié par l’administration Obama et donc il est mauvais ;
• Israël veut que l’Iran continue à passer pour un croque-mitaine ;
• Les sionistes et les fous furieux de la droite étasunienne veulent que les États-Unis attaquent l’Iran ;
• Trump a besoin que l’Iran reste le pire ennemi des États du Golfe pour leur vendre toujours plus d’armes américaines.

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Trois pays européens, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, étaient assez naïfs pour croire qu’ils pourraient empêcher ça. Le trio a proposé aux États-Unis d’imposer des sanctions supplémentaires à l’Iran pour d’autres raisons – missiles balistiques et engagement iranien en Syrie. Je n’en suis pas revenu quand j’ai appris ça. Il était évident dès le début que cette démarche ne ferait que discréditer ces pays ET qu’en plus elle échouerait. [C’est nous qui soulignons, ndlr]

Heureusement, l’Italie et des pays d’Europe de l’Est s’y sont opposés au niveau de l’UE. Ils n’étaient pas prêts à sacrifier leur crédibilité à cause de ça. Selon eux, l’accord nucléaire a été signé, et tous ceux qui l’ont signé doivent le respecter. Ils ont souligné que Trump n’avait donné aucune garantie qu’un effort européen supplémentaire changerait son point de vue.

Au cours des dernières semaines, le trio européen a tenté d’influencer Trump. En pure perte :

Vendredi, Pompeo a organisé une conférence téléphonique avec ses trois homologues européens. Des sources bien informées m’ont confié que Pompeo avait remercié le trio pour les efforts qu’ils avaient consentis depuis janvier pour trouver une formule qui convaincrait Trump de ne pas se retirer de l’accord nucléaire – mais il a clairement indiqué que le Président voulait prendre une direction différente.

Suite à la déclaration de Trump, les puissances européennes veulent publier une déclaration commune qui indiquera clairement qu’elles restent dans l’accord avec l’Iran afin d’empêcher sa désintégration.

Les sanctions que Trump veut réintroduire ne limiteront pas seulement les relations des États-Unis avec l’Iran, mais pénaliseront aussi d’autres pays. Cela mènera à une vague de mesures protectionnistes, car une partie au moins de ces autres pays va tenter de se protéger contre les lois américaines et pourrait même introduire des contre-sanctions :

« Nous préparons des dispositions pour protéger les intérêts des entreprises européennes », a déclaré Maja Kocijancic, porte-parole de l’UE pour les affaires étrangères, aux journalistes à Bruxelles.

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L’Iran s’en tiendra largement à l’accord nucléaire si l’UE le défend efficacement et n’entrave pas les accords iraniens avec les entreprises européennes. Si l’UE ne le fait pas, l’accord nucléaire sera nul et non avenu. L’Iran sortira de l’accord. Le gouvernement néolibéral Rohani, qui a conclu l’accord, tombera et les conservateurs reviendront au pouvoir. Ils défendront la souveraineté de l’Iran à tout prix.

Les États-Unis semblent croire qu’ils peuvent revenir à la position qu’Obama avait adoptée dans les années qui ont précédé l’accord nucléaire. L’Iran était soumis aux sanctions de l’ONU et tous les pays, y compris la Chine et la Russie, les respectaient. L’économie iranienne était en grave difficulté. Le pays a été forcé de négocier pour s’en sortir. Cette situation ne se renouvellera pas.

La crédibilité des États-Unis est sérieusement ébranlée. Elle a enlevé son gant de velours. Et sa main de fer s’est révélée impuissante en Afghanistan, en Irak et en Syrie.

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La Chine et la Russie sont en train de conclure de gros accords avec l’Iran et sont maintenant devenus ses protecteurs. Bien qu’ils n’aient pas d’idéologie commune, les trois pays s’opposent à un monde globalisé régi exclusivement par des règles « occidentales ». Ils ont le pouvoir économique, la population et les ressources nécessaires pour le faire. Ni les États-Unis, ni l’Europe, n’ont encore accepté cet état de fait.

L’Iran a non seulement de nouveaux alliés, mais il a progressé au Moyen-Orient à cause de la stupidité des États-Unis, d’Israël et de l’Arabie saoudite. Les guerres en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen ont toutes renforcé la position de l’Iran alors même qu’il s’en est largement tenu à l’écart. Les récentes élections au Liban se sont bien passées pour le camp de la  » résistance « . Au Liban, le Hezbollah n’a plus de challengers. Les prochaines élections en Irak donneront naissance à un nouveau gouvernement favorable à l’Iran. L’armée syrienne est en train de gagner la guerre menée contre son pays. La position des États-Unis en Afghanistan est sans espoir. L’Arabie saoudite se dispute actuellement avec les Émirats arabes unis à propos de la guerre contre le Yémen. La prise de bec du CCG* avec le Qatar n’est toujours pas résolue.

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Israël veut garder l’Iran comme croque-mitaine pour détourner l’attention de sa campagne génocidaire contre les Palestiniens, mais il ne veut pas d’une grande guerre. Le Hezbollah au Liban possède suffisamment de missiles pour rendre très inconfortable la vie des Israéliens. Une guerre contre l’Iran pourrait facilement se terminer avec Tel-Aviv en flammes.

Il y a des gens dans l’administration Trump qui vont faire de leur mieux pour déclencher une guerre avec l’Iran. L’administration Bush voulait aussi le faire. Mais tous les exercices de simulation d’une campagne militaire contre l’Iran finissaient mal pour les États-Unis et ses États alliés. Les pays du Golfe sont extrêmement vulnérables. Leur production de pétrole pouvait être rapidement arrêtée. La situation n’a pas changé. Les États-Unis se trouvent maintenant dans une position stratégique pire qu’elle ne l’était après l’invasion de l’Irak. S’il y a encore quelques personnes sensées à la direction du Pentagone, elles supplieront la Maison-Blanche de ne pas se lancer dans une telle aventure.

Le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire est une énorme erreur. Le ministre de la Défense Mattis s’y était opposé. Trump fera-t-il une erreur encore plus grande contre l’avis de ses conseillers militaires ? Va-t-il déclarer la guerre à l’Iran ?

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Original: Trump Ends The Nuclear Deal With Iran – What’s Next?

Traduction : Dominique Muselet

URL: https://arretsurinfo.ch/trump-met-fin-a-laccord-nucleaire-avec-liran-et-maintenant/

*Le Conseil de coopération des États arabes du Golfe (arabe : مجلس التعاون لدول الخليج العربية) ou Conseil de coopération du Golfe (CCG) (arabe :مجلس التعاون الخليج العربي) est une organisation régionale regroupant six monarchies arabes et musulmanes du golfe Persique : l'Arabie saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Qatar. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_de_coop%C3%A9ration_du_Golfe).

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