dimanche 15 avril 2018

Syrie : le projet de résolution russe à l'ONU pour faire condamner les frappes a été rejeté

La Russie n'a pas réussi le 14 avril à faire adopter par le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU) une résolution condamnant les frappes américaines, françaises et britanniques en Syrie, ne recueillant pas les neuf voix nécessaires à son approbation.

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La Russie, la Bolivie et la Chine ont voté pour le texte, huit pays ont voté contre et quatre se sont abstenus. Le projet de texte, de cinq paragraphes, faisait part d'une «grande inquiétude» face à cette «agression» contre un Etat souverain, qui viole, selon Moscou, «le droit international et la Charte des Nations unies».

La France va proposer sa propre résolution

La France a quant à elle annoncé le dépôt prochain d'un nouveau projet de résolution à l'ONU pour sortir «de l'impasse syrienne» : «Nous présenterons dans les meilleurs délais un projet de résolution avec nos partenaires britanniques et américains», a déclaré l'ambassadeur français, François Delattre.

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Selon une source diplomatique française, la France compte avec son projet pousser en faveur de la création d'un mécanisme d'enquête sur le recours aux armes chimiques, favoriser un accès humanitaire sans limite et obtenir une nouvelle dynamique du processus de paix engagé à Genève.

Vassili Nebenzia tire à boulets rouges

Auparavant, l'ambassadeur de Russie auprès de l'ONU, Vassili Nebenzia, avait vivement dénoncé les attaques aériennes américaines, françaises et britanniques. «Vos agressions aggravent la situation humanitaire» en Syrie, a-t-il déploré. «Vous n'êtes pas sortis du néo-colonialisme», a-t-il ajouté, estimant que Washington, Londres et Paris avaient «foulé au pied la Charte de l'ONU».

Le projet de texte russe, de cinq paragraphes, dénonçait la survenance des frappes occidentales tôt le matin du 14 avril alors qu'une mission de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) se trouvait justement en Syrie pour réunir des éléments sur les attaques chimiques présumées du 7 avril à Douma.

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https://francais.rt.com/international/49836-syrie-resolution-russe-onu-pour-condamner-frappes-rejetee

L'objectif des frappes en Syrie était d'empêcher l'enquête de l'OIAC à Douma, selon Moscou

Le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié le 14 avril les frappes aériennes en Syrie d'«acte d'intimidation» et a estimé dans un communiqué que cette opération aérienne de la part des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni avait pour but d'empêcher l'enquête sur l'utilisation présumée d'armes chimiques par Damas : «Tout porte à croire que la raison de cette attaque sur la Syrie était d'empêcher le travail des inspecteurs de l'OIAC.»

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Selon le ministère russe des Affaires étrangères, le raid aérien occidental qui s'est déroulé dans la nuit du 13 au 14 avril a été lancé «sous le prétexte absolument fallacieux de l'utilisation présumée de l'arme chimique par les autorités syriennes à Douma le 7 avril, en banlieue de Damas.»

(...)

https://francais.rt.com/international/49823-objectif-frappes-syrie-etait-dempecher-la-tenue-enquete-douma-selon-moscou

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mercredi 11 avril 2018

ONU : le projet russe pour un mécanisme d'enquête sur les armes chimiques en Syrie rejeté

La proposition russe visant à créer un mécanisme d'enquête sur l'usage d'armes chimiques a été refusée, lors d'un vote du Conseil de sécurité de l'ONU, sur fond de menace occidentale de recours à la force contre le gouvernement syrien.

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Le Conseil de sécurité de l'ONU a voté ce 10 avril sur trois propositions de résolution concurrentes, l'une américaine et deux russes, alors que l'Occident accuse Damas d'avoir mené une attaque chimique à Douma, dans la Ghouta orientale, en passe d'être reprise par l'armée syrienne.

La proposition russe visant à établir un mécanisme d'enquête indépendant sur l'utilisation des armes chimiques en Syrie a été rejetée, n'ayant pas recueilli la majorité de neuf voix nécessaires à son adoption. Ce texte a été approuvé par six pays, dont la Chine, alors que sept se sont prononcés contre et deux ont choisi l'abstention.

«Vous avez désigné les coupables avant l'enquête» : le projet américain rejeté par Moscou

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Lors de la séance, la Russie a par ailleurs mis son véto à une proposition américaine de résolution, concurrente de la russe, consistant à mettre en place un mécanisme indépendant d'enquête sur l'usage d'armes chimiques. [???]  Vassily Nebenzia, l'ambassadeur russe aux Nations unies a accusé les Etats-Unis d'avoir conçu le texte de manière à ce qu'il soit refusé, afin ainsi de «justifier» une action unilatérale, non-autorisée par l'ONU, en Syrie. La veille, l'ambassadeur des Etats-Unis Nikki Haley avait en effet déclaré que Washington agirait en Syrie, et ce peu importe la décision du Conseil.

«Si vous avez pris la décision de mener une action militaire illégale, nous espérons que vous reviendrez à vous. Vous en serez vous-même responsables», a mis en garde Vassily Nebenzia.

La proposition américaine a reçu 12 votes pour, deux contre (la Russie et la Bolivie), ainsi qu'une abstention (la Chine). Le véto russe a empêché la résolution d'être adoptée.

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«Vous avez déjà désigné les coupables avant même l'enquête», a souligné l'ambassadeur russe, estimant que Washington faisait «encore un pas vers la confrontation».

Moscou a par ailleurs soumis au vote du Conseil de sécurité une résolution apportant un plein soutien à une mission d'enquête de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), organisation internationale basée à La Haye, qui a annoncé qu'elle enverrait des enquêteurs en Syrie pour établir si des armes chimiques avaient ou non été utilisées. Damas, qui a détruit son arsenal chimique sous supervision internationale en 2014, avait envoyé une requête en ce sens à l'OIAC, et Moscou avait également réclamé une enquête de cette organisation liée à l'ONU. La séance du Conseil de sécurité a toutefois été suspendue le soir du 10 avril avant que le vote sur ce texte ne puisse avoir lieu.

https://francais.rt.com/international/49632-onu-projet-russe-pour-mecanisme-enquete-armes-chimiques-syrie-rejete

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Le texte américain, qui condamne l'attaque supposée, propose la création d'un nouveau «mécanisme d'enquête indépendant des Nations unies» sur le recours aux armes chimiques en Syrie. C'est ce que je crois comprendre du litige actuel, les Russes souhaitant utiliser l'OIAC, dans le cadre de l'ONU. L'enjeu semble donc tenir au choix des "enquêteurs". Difficile de s'y retrouver pour l'instant à cause du niveau de tension et de propagande. Pour la presse euro- atlantiste ce matin, l'affaire est pliée, naturellement: les russes s'opposeraient à une enquête sérieuse.

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dimanche 8 avril 2018

Xi Jinping et Kim Jong-un : pour la réunification de la Corée !

La visite en Chine de Kim Jong-un en dit long sur les tactiques qui seront utilisées dans les négociations entre le dirigeant coréen et le président étasunien ; elle consolide également la relation historique entre Pyongyang et Beijing

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Par Federico Pieraccini – Le 30 mars 2018 – Source Strategic Culture

La récente réunion à Beijing entre les dirigeants suprêmes de la RPDC et de la Chine a retenu l’attention du monde entier. Le sommet est resté discret pendant toute sa durée et ne fut révélé par le dirigeant chinois que lorsque la visite fut terminée et que le dirigeant coréen fut de retour dans son pays.

 

Les rumeurs de la rencontre ont continué à être démenties par le ministre chinois des Affaires étrangères jusqu’à mardi, jour où elle fut officialisée. Les dénégations avaient beaucoup à voir avec le fait qu’un résultat positif au sortir de cette première réunion, ne pouvait pas être garanti. Les déclarations finales, l’atmosphère détendue, les nombreuses images montrant des sourires et la reconnaissance mutuelle révèlent que les deux dirigeants du Parti communiste chinois et du Parti du Travail de Corée sont sur la même longueur d’ondes. Malgré le vœu pieux des États-Unis, qui ont interprété l’absence de réunions les années précédentes comme un changement d’attitude envers la Corée du Nord, la réunion a souligné les impressions positives de la part de Xi Jinping quant à l’évolution de la péninsule coréenne et confirmé la pensée stratégique de Kim Jong-un.

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La stratégie de Kim Jong-un mérite une attention particulière. La capacité de dissuader l’agression des États-Unis et de la Corée du Sud existait bien avant le développement de la dissuasion nucléaire par Pyongyang, grâce notamment à l’énorme quantité d’artillerie dirigée contre Séoul. Un éventuel conflit aurait causé des millions de morts, détruit les forces étasuniennes sur la péninsule (leurs bases auraient été les premières éliminées, bien qu’elles ne servent que comme un fil piège) et contrecarrer l’alliance avec Séoul, qui aurait supporté un dommage inacceptable. Kim Jong-un et son père avaient déjà mis en place un moyen de dissuasion assez puissant pour parer à l’agression contre leur pays. La stratégie de développement des armes nucléaires devient plus claire suite à la rencontre avec Xi Jinping.

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La volonté de Kim Jong-un de rencontrer Donald Trump dans des négociations bilatérales, et la possibilité que Pyongyang renonce à son arsenal nucléaire, feront date. La rencontre avec Xi Jinping était probablement axée sur leurs revendications auprès de Trump : le retrait des forces militaires étasuniennes du sud du pays. C’est un sujet à propos duquel la Chine et la RPDC sont totalement en accord. Le résultat souhaité par Pékin et Pyongyang − mais aussi par Moscou − serait que Washington retire ses forces de la Corée du Sud en échange de l’ouverture des sites nucléaires nord-coréens aux inspections internationales. La Chine et la Russie seraient heureuses de voir éliminée la menace de dissuasion nucléaire étasunienne (même si, avec les dernières armes hypersoniques révélées par Poutine, le problème ne semble plus se poser). Cela apporterait également de grands avantages à Séoul, qui pourrait s’engager dans un rapprochement avec le Nord, à commencer par une éventuelle réunification de la péninsule ; et sous l’égide économique et énergétique de la Russie et de la Chine, la péninsule pourrait être incluse dans le projet « Une ceinture Une route » (OBOR) mais aussi bénéficier du gaz russe.

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Bien sûr, ce scénario se heurte aux récentes nominations de Mike Pompeo et de John Bolton au sommet de l’administration étasunienne, confirmées par la menace de dissolution du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA) conclu avec l’Iran, revenant ainsi sur un accord conclu suite aux efforts de plusieurs pays. Les conséquences seraient significatives, les États-Unis apparaitraient comme un État peu fiable dans ses relations internationales.

Cet aspect, pour Pyongyang, Pékin, Moscou et même pour Séoul, est important. Le message diplomatique extraordinaire que Kim Jong-un et Xi Jinping ont envoyé aux alliés et aux adversaires est la possibilité de la paix et de la réunification de la péninsule coréenne. Kim Jong-un est apparemment prêt à renoncer à ses armes nucléaires, son moyen de dissuasion le plus important. Mais il est intéressant de noter que, de toute façon, la Corée du Nord a toujours pu compter sur son formidable moyen de dissuasion conventionnel pour garantir sa sécurité.

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Pour la survie de Kim Jong-un et de son entourage [Sic – NdT], des milliers et des milliers de pièces d’artillerie destinées à Séoul suffisent pour éloigner tout agresseur potentiel. Une autre considération évidente est que toute utilisation par Kim Jong-un de ses armes nucléaires contre les États-Unis ou ses alliés entraînerait l’anéantissement total de la RPDC. La question qui reste est donc la suivante : si la Corée du Nord a toujours garanti sa survie grâce à sa dissuasion conventionnelle, pourquoi a-t-elle eu besoin de développer aussi la dissuasion nucléaire ? La réponse la plus logique à cette question est la volonté d’amener les États-Unis à la table des négociations.

Le coup de génie diplomatique et stratégique de Pyongyang est de pousser les États-Unis à quitter la péninsule coréenne en échange de la renonciation, par la Corée du Nord, à son arsenal nucléaire.

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Cette hypothèse place Kim Jong-un du côté positif de la négociation, apparaissant comme un partenaire raisonnable et sérieux prêt à trouver un moyen de garantir la paix sur toute la péninsule. Si Kim Jong-un est prêt à renoncer à son arsenal nucléaire, ce qui apparemment jusqu’à hier semblait impossible, dans l’intérêt d’un accord pour assurer la survie des deux Corées, alors Pyongyang se présente comme le garant de la paix pour Séoul. Le message que Moon Jae-in pourrait retenir des négociations est qu’un ennemi tel que la Corée du Nord est prêt à abandonner son arme la plus importante, au moment où les Étasuniens introduisent dans le jeu Bolton et Pompeo, prêts à frapper du poing sur la table des négociations, refusant de faire toute concession.

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Alors que Kim Jong-un a bien l’intention d’accuser les Étasuniens pour l’échec des négociations et semble avoir en mains toutes les raisons pour le faire ; la rencontre entre Kim Jong-un et Xi Jinping semble viser à jeter les bases d’une rupture de l’alliance entre Séoul et Washington. Nous pouvons déjà imaginer la scène, avec Pyongyang prête à renoncer à ses armes nucléaires, Séoul prête à entamer un dialogue sur la réunification du pays, la Chine et la Russie heureuses de voir la dénucléarisation du Nord, et surtout, l’élimination des perspectives d’une guerre terrible sur la péninsule. Dans ce climat, Washington, en refusant toute perspective de retrait de la péninsule, serait complètement isolé. Grâce à ses relations moins que parfaites avec ses alliés européens, et à son intention d’annuler le JCPOA iranien, Washington se montrerait incapable de tenir ses promesses ni d’entretenir une posture diplomatique crédible.

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La réalité est qu’un accord global entre la Corée du Nord et les États-Unis est pratiquement impossible pour une raison fondamentale : les États-Unis utilisent l’excuse de devoir protéger la Corée du Sud,  pour contenir la Chine et la Russie, en maintenant sur la péninsule à la fois une défense antimissile et une présence militaire près de leurs frontières. Pour cette raison, alors que Moscou et Pékin ont de multiples raisons de rechercher un accord entre Pyongyang et Washington, tous deux sont conscients que les États-Unis n’ont aucune intention d’abandonner leur présence en Corée du Sud. La rencontre entre Kim Jong-un et Trump est un piège bien conçu préparé par Moscou, Pékin et Pyongyang, peut-être sur plusieurs mois, voire plusieurs années. Les objectifs les plus réalistes sont d’isoler davantage Washington dans la région, de rapprocher Beijing et Séoul et de creuser un fossé entre Séoul et Washington. Moscou utiliserait l’échec de ces négociations pour gagner plus de poids auprès de ses partenaires européens, tous désireux de trouver une solution à la crise coréenne. En outre, Moscou pourrait accroître ses opportunités d’entrer dans le marché de l’énergie en Corée du Sud grâce à la diversification des sources d’énergie de Séoul. Pékin a bien l’intention d’éviter une guerre sur la péninsule, ce qui serait désastreux à bien des égards, non seulement humanitaires, mais aussi en donnant la possibilité à Washington de camper sur la frontière chinoise à la suite de la destruction de la RPDC.

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Moon Jae-in, le président de la Corée du Sud regarde anxieusement, prêt à conclure un accord avec le Nord. La maestria de la diplomatie sino-coréenne a créé une situation gagnant-gagnant pour Pyongyang, dans laquelle l’échec final des négociations avec Washington aurait des répercussions négatives auprès de ses alliés dans la région. C’est probablement la raison pour laquelle de nombreux membres de l’administration étasunienne ont accueilli négativement la décision de Trump d’accepter les discussions avec Kim Jong-un.

 

Accepter d’engager des pourparlers indique une disposition à négocier. Mais comme il est prévisible, le refus des Étasuniens d’accéder aux demandes de la Corée du Nord de quitter la péninsule voue ces pourparlers à l’échec. En même temps, si l’offre de Pyongyang d’abandonner ses armes nucléaires échouait à obtenir une réciprocité de la part de Washington, les États-Unis porteraient la responsabilité de l’échec. Pour cette raison, Trump a ingénieusement décidé de faire appel à deux fauteurs de guerre comme Pompeo et Bolton, dans l’intention d’effrayer Kim Jong-un en le mettant dans une position de négociation plus favorable à Washington, une stratégie qu’il entend poursuivre également en ce qui concerne l’Iran.

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La vérité est que la diplomatie étasunienne n’a aucune marge de manœuvre et puisque la guerre est impensable, ce n’est même pas une réelle menace. Cela laisse Trump avec beaucoup de fanfaronnades et un tas de faucons hargneux, abandonnant les atouts dans les mains de Pyongyang et de Pékin. Tout deviendra clair dans les semaines à venir lorsque toutes les cartes seront posées sur la table des négociations.

 

Federico Pidraccini

http://lesakerfrancophone.fr/xi-jinping-et-kim-jong-un-pour-la-reunification-de-la-coree

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lundi 19 mars 2018

Vidéo du jour: Bruno Guigue : Chroniques de l'Impérialisme

Dans cette vidéo, Bruno Guigue aborde les problèmes géopolitiques de l'heure et répond aux questions d'un public militant à la librairie "tropiques".

De la nécessité d'un monde multipolaire pour contrer les manoeuvres sinistres de l'impérialisme américain et de ses alliés, dont, malheureusement, la France...

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https://www.youtube.com/watch?time_continue=114&v=pagk39D5YGw

http://www.librairie-tropiques.fr/2018/03/bruno-guigue-chroniques-

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vendredi 16 mars 2018

Xi Jiping (1953 - ) Le restaurateur de l'empire chinois

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Même les observateurs les plus avertis ont été surpris à l'automne 2017 quand s'est profilée l'éventualité d'une reconduction à vie du Président de la République Populaire de Chine, Xi Jiping.

Un homme du sérail

Xi Jinping, 1 juin 1953 à PékinNé le 15 juin 1953, Xi Jiping est le fils d'un ancien vice-premier ministre et compagnon de route de Mao Zedong, écarté du pouvoir en 1962 et réhabilité par Deng Xiaoping.

Après la révolution culturelle, il est envoyé à la campagne comme beaucoup d'anciens gardes rouges et va végéter pendant sept ans dans un village troglodyte avant de pouvoir entamer des études d'ingénieur.

La mort de Mao et le retour en grâce de son père vont très vite le ramener dans le sérail. Son diplôme en poche, il accède à des responsabilités au Hebei (la province au nord du Fleuve Jaune)... puis devient en 1999 le gouverneur du Fujian, en face de Taiwan.

L'élection, le 22 octobre 2007, au Comité permanent du Bureau politique du Parti communiste chinois lui ouvre les portes du pouvoir suprême. Cet organe compte neuf membres surnommés les « sept empereurs » (sept depuis 2012). C'est parmi eux qu'est désigné le Président de la République.

C'est ce qui arrive à Xi Jiping. Le 14 mars 2013, l'Assemblée nationale populaire, réunie en session annuelle dans le Grand Palais du peuple, place Tiananmen à Pékin, le porte à la présidence de la République pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois, en remplacement de Hu Jintao. Le vote a lieu sans surprise, conformément à un système de cooptation bien rodé des élites dirigeantes.

Grand nettoyage

Malgré son adolescence chahutée, Xi Jiping est défini comme un « taizi » ou « prince héritier ». Ce privilège donné à l'hérédité rappelle le passé impérial de la Chine et n'est pas pour plaire à tout le monde. Mais il rassure les classes modestes qui y voient une garantie de stabilité pour le régime.

Marié en secondes noces à une chanteuse très populaire, Xi Jiping serait attiré par le bouddhisme et, dit-on, non corrompu (une exception qui reste à vérifier, sa famille ayant la réputation d'être riche de plusieurs centaines de millions de dollars).

Le nouveau président n'a pas moins réussi à briser les oppositions internes en prenant prétexte de la lutte contre la corruption pour éliminer certains opposants comme Shou Yongkang, un ancien membre du Comité permanent condamné en 2014 à la prison à vie ! Il a aussi intensifié la censure sur le réseau internet. Google, Facebook et le New York Times sont par exemple quasi-inaccessibles en Chine.

Xi Jiping ne craint d'ailleurs pas d'exprimer son mépris de l'Occident et de ses principes. C'est ainsi qu'en 2015, son ministre de l'Éducation a engagé la chasse aux manuels qui font « la promotion des valeurs occidentales ».

Xi Jiping, président de la République chinoise (DR)

Realpolitik

Adepte de la Realpolitik, Xi Jiping a relancé les revendications chinoises sur la mer de Chine en remettant au goût du jour la « diplomatie de la canonnière » tant appréciée des Anglais au XIXe siècle.

Xi Jiping tient d'une main ferme l'économie chinoise et dicte ses grandes orientations, l'État étant actionnaire de toutes les grandes entreprises du pays, qu'il s'agisse des banques, d'Alibaba (l'homologue d'Amazon) ou de Dongfeg, actionnaire du groupe français PSA depuis 2014.

C'est ainsi qu'il a engagé un ambitieux programme d'infrastructures ferroviaires, routières et maritimes sous le nom de « Nouvelles routes de la Soie » en vue d'intensifier les exportations vers le Vieux Continent. Il a aussi pris la place des Occidentaux en Afrique subsaharienne, en vue d'exploiter ses immenses ressources naturelles (achats de terres agricoles et d'exploitations minières) avec la complicité des kleptocraties locales.

Bye, bye, Démocratie !

Au terme d'un premier mandat très actif, Xi Jiping pu renforcer ses pouvoirs au point d'obtenir le 26 octobre 2016 le titre de « leader central » du Parti.

Mieux encore, le 24 mars 2017, le XIXe Congrès du PCC (Parti communiste chinois) a inscrit la « pensée Xi Jiping » dans la Charte du Parti, un honneur jusque-là réservé à Mao et Deng Xiaoping. Il n'a pas non plus prévu de successeur à l'actuel président...

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Et le 5 mars 2018, l'Assemblée nationale populaire (le Parlement chinois) a modifié la Constitution et supprimé la limitation à deux mandats présidentiels, ce qui donne à penser que Xi Jiping envisage un troisième mandat en 2022 et pourquoi pas ? une présidence à vie !

La Chine tourne ainsi le dos aux canons démocratiques occidentaux et renoue avec ses traditions millénaires... Mais cela, pas plus que ses violations répétées des règles du libre-échange, ne saurait remettre en cause sa place dans l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Les affairistes occidentaux y sont très attachés car elle leur permet de réaliser de fructueuses affaires en s'approvisionnant dans l'Empire du Milieu à des prix asiatiques et en revendant dans l'Union européenne à des prix européens.

Xi Jiping prend rang parmi les grands chefs autoritaires et nationalistes qui ont émergé en ce début du XXIe siècle en Eurasie : Poutine en Russie, Erdogan en Turquie, Modi en Inde... Notons que, tous réunis, ils rassemblent près de 50% de la population mondiale tandis que les démocraties de type occidental en représentent environ 15% (contre un peu plus d'un tiers avant la Première Guerre mondiale), le reste du monde relevant de régimes purement autocratiques.

André Larané
https://www.herodote.net/histoire/synthese.php?ID=2383&ID_dossier=370

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mercredi 14 mars 2018

Nomination de Mike Pompeo à la tête de la diplomatie US : vers une ligne encore plus offensive ?

Alors que leurs relations étaient notoirement tendues, le président américain Donald Trump a congédié son secrétaire d'Etat Rex Tillerson au profit de Mike Pompeo, jusqu'alors alors directeur de CIA. Selon plusieurs médias, Rex Tillerson aurait appris son limogeage sur Twitter.

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Au vu de certaines de ses déclarations passées, le nouveau chef de la diplomatie américaine semble augurer d'un durcissement de la politique étrangère des Etats-Unis. Et la Russie n'est pas la seule visée.

Sur la Russie

Poursuivi pour collusion avec la Russie, Donald Trump a-t-il, en partie, voulu s'acheter un peu de tranquillité en le nommant au poste de Rex Tillerson ? Dès sa nomination à la tête de la CIA en novembre 2016, Mike Pompeo avait adopté une ligne dure à l'égard de la Russie, la décrivant comme une menace majeure pour les intérêts américains. «La Russie s'est réaffirmée de façon agressive en envahissant et en occupant l'Ukraine, en menaçant l'Europe et en ne faisant pratiquement rien pour aider dans la destruction et la défaite de l'Etat islamique», affirmait-il sans ambages en janvier 2017, lors de son audition de confirmation au poste de directeur de la CIA par le Sénat américain.

Cité par le Washington Times, Mike Pompeo a pris soin le 11 mars 2018, deux jours avant sa nomination à la tête de la diplomatie américaine donc, de préciser qu'il était partisan de la théorie d'une ingérence russe dans l'élection présidentielle américaine, avant de préciser immédiatement : «Mais il n'y a pas la moindre indication que le vote en ait été affecté ou que les urnes aient été manipulées.»

Sur la Chine

Pour le nouveau secrétaire d'Etat américain, la Russie n'est pas la seule menace existant sur la scène internationale. Mike Pompeo garde aussi un œil sur la Chine, rejoignant en cela la nouvelle stratégie sécuritaire de Washington publiée avec l'approbation de Donald Trump le 18 décembre 2017, et qui identifie clairement Pékin et Moscou comme des «puissances révisionnistes». Pour Mike Pompeo, l'Empire du Milieu serait même bien plus dangereux. «Les Chinois ont une base [économique] bien plus importante pour mener cette mission [d'ingérence] que les Russes», s'est-il inquiété dans une interview accordée à la BBC le 30 janvier dernier.

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Et Mike Pompeo d'affirmer, pour étayer ses craintes : «Nous pouvons constater qu'ils sont très concentrés dans leur efforts visant à voler des informations à l'Amérique, d'infiltrer les Etats-Unis avec des espions [...] Nous le voyons dans nos écoles, dans nos hôpitaux [...] Nous le voyons dans les milieux d'affaires américains. C'est aussi vrai en Europe et au Royaume-Uni.»

Sur la Corée du Nord

La Maison Blanche a mis en avant la volonté du président d'avoir une nouvelle équipe au moment d'aborder des négociations historiques avec la Corée du Nord, après que Donald Trump a accepté le 9 mars dernier l'invitation du président coréen Kim Jong-un. Rex Tillerson risque toutefois de ne pas être crédité pour ce succès diplomatique. En octobre 2017, Donald Trump avait pratiquement désavoué son secrétaire d'Etat, écrivant sur Twitter : «Il perd son temps à négocier», ajoutant : «Conserve ton énergie Rex, nous ferons ce que nous devons faire.»

Mike Pompeo, récoltant les fruits de l'action de son prédécesseur, se montre lui beaucoup plus inflexible sur le dossier nord-coréen. Sur la chaîne Fox News, le 11 mars, il rappelait que Donald Trump avait posé, selon lui, plusieurs conditions préalables à la rencontre et que les sanctions à l'encontre de Pyongyang continueraient de s'appliquer.

La position du nouveau secrétaire d'Etat tranche donc avec celle de Rex Tillerson, qui prônait au contraire l'ouverture de discussions «sans conditions préalables» avec Pyongyang,

Sur l'Iran

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Ce 13 mars, Donald Trump n'a pas fait mystère des désaccords qu'il avait avec Rex Tillerson sur le dossier du nucléaire iranien. «Quand vous regardez l'accord sur le nucléaire iranien, je pensais qu'il était horrible, lui pensait qu'il était OK», a-t-il lancé depuis les jardins de la Maison Blanche, en partance pour la Californie. Concernant l'Iran, Donald Trump s'assure d'un chef de la diplomatie aussi intransigeant que lui.

Avant d'être nommé à la tête de la CIA, Mike Pompeo semblait suggérer en 2014 l'usage de la force contre Téhéran. «Selon une estimation déclassifiée, il faudrait moins de 2 000 [frappe aériennes] pour détruire les capacités nucléaires de l'Iran», déclarait-il alors qu'il était représentant du Kansas. Et d'ajouter, cité par la Jewish Telegraphic Agency : «Ce n'est pas une tâche insurmontable pour les forces de la coalition.»

https://francais.rt.com/international/48676-nomination-mike-pompeo-tete-diplomatie

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mercredi 7 février 2018

Commerce mondial : cinq questions sur le traité transpacifique à venir

Les onze pays membres du Partenariat transpacifique (TPP) se réuniront le 8 mars prochain au Chili pour la cérémonie de signature officielle du futur traité de libre-échange dans la zone Asie-Pacifique. Avec le retrait des États-Unis, la Chine, adepte du "soft power" pourrait être tentée d'étendre sa sphère d'influence économique et commerciale dans la zone pacifique.

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La libéralisation du commerce international se poursuit avec ou sans les Américains. Les partenaires de l'accord commercial de libre-échange Asie-Pacifique ( ), menacé depuis la décision, début 2017, du président américain de s'en retirer, se sont mis d'accord pour relancer le pacte à 11 pays, sans les Etats-Unis, a annoncé la semaine dernière le gouvernement japonais.

"Une déclaration a finalement été conclue et les 11 pays se sont entendus pour préparer la signature" d'un nouvel accord, a déclaré le ministre de l'Economie Toshimitsu Motegi lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion des négociateurs en chef à Tokyo. C'est une décision "qui fait date pour notre pays et le futur de la région Asie-Pacifique", s'est-il félicité.

1- Quels sont les pays partenaires du traité ?

Les 11 partenaires - Australie, Brunei, Canada, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Vietnam - avaient déjà bien avancé les négociations en novembre 2017, en marge du forum de l'Asie-Pacifique au Vietnam mais il leur restait à résoudre quelques différends. Le Premier ministre japonais Shinzo Abe avait particulièrement à coeur de ressusciter ce pacte. L'accord devrait être paraphé "d'ici au début du mois de mars", selon un communiqué du gouvernement singapourien. Bien que cette annonce semble refléter une situation en apparence stable, les déclarations de Donald Trump sèment le doute. Lors d'une récente interview accordée à la chaîne CNBC,  le président américain a confié être prêt à adhérer au partenariat transpacifique, sans apporter d'autres précisions. Par ailleurs, le ministre en charge du commerce international au Royaume-Uni, Liam Fox,  a évoqué en début d'année sa volonté de rejoindre le partenariat comme d'autres conservateurs britanniques.

2- Que prévoit le traité ?

Parfois qualifié "d'accord de nouvelle génération", ce traité vise avant tout à doper les échanges commerciaux dans la zone pacifique. Le document prévoit la levée de barrières non-tarifaires, comme l'ouverture des appels d'offres nationaux par les pays membres aux entreprises étrangères sans avantages indus pour leurs propres entreprises publiques. Du côté des barrières tarifaires, le TPP se focalise en particulier sur l'élimination des tarifs douaniers sur des produits industriels et agricoles entre les onze pays et dont les échanges commerciaux ont totalisé l'an dernier 356 milliards de dollars. Le document détermine également de normes communes pour le commerce électronique et les services financiers, le respect du droit du travail selon les normes de l'Organisation internationale du travail (OIT). Ce qui a parfois suscité le mécontentement de pays comme le Vietnam qui ne respectent pas ce type de règle dans certains secteurs économiques.

3-Pourquoi les Etats-Unis abandonnent-ils le traité ?

Promu par les Etats-Unis, sous la présidence de Barack Obama, le TPP, vu comme un contrepoids à l'influence croissante de la Chine, avait été signé en 2015 après de longues années de négociation par 12 pays représentant 40% de l'économie mondialeCette zone économique de 494 millions d'habitants comptait un produit intérieur brut (PIB) combiné de 10.200 milliards US, soit 13,6 % du PIB mondial.

Peu après son élection à la Maison Blanche, Donald Trump avait abandonné abruptement ce traité, dans le cadre de ses politiques protectionnistes visant à sauver des emplois américains menacés selon lui par le libre-échange. L'ancien présentateur de téléréalité, adepte de "l'Amérique d'abord", fustige régulièrement les traités de libre -échange. Au mois de novembre dernier, il avait dénoncé "les abus commerciaux chroniques" que les Etats-Unis ne peuvent plus "tolérer".  Mais pour Deborah Elms, du Centre asiatique pour le commerce, même sans les Etats-Unis, le TPP sera "l'accord commercial le plus important signé ces 20 dernières années".

4- Pourquoi le Canada a rejoint l'accord sur le tard ?

 Alors que l'avenir de l'Alena entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada est de plus en plus sombre en raison des positions de Donald Trump, le gouvernement de Justin Trudeau a décidé de rejoindre le partenariat transpacifique la semaine dernière. "L'accord obtenu à Tokyo (mardi) va dans le bon sens", a déclaré depuis Davos, en Suisse, le Premier ministre Justin canadien, en référence au nouvel Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP pour son acronyme en anglais)Avec les avancées, l'accord est "plus progressif et plus solide pour les travailleurs canadiens dans les domaines de la propriété intellectuelle, la culture et l'industrie automobile", a assuré M.Trudeau.

5- Le retrait des Etats-Unis : une chance pour la Chine ?

La décision de Donald Trump pourrait apparaître comme une opportunité pour la ChineDans une récente étude, Emmanuel Hache, directeur de recherche à l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) avançait trois avantages possibles pour la puissance asiatique :

  • "le retrait américain offre à la Chine une capacité supplémentaire de rayonner d'un point de vue commercial dans la région;
  • il pourrait permettre à la diplomatie commerciale chinoise d'imposer ses propres standards en matière d'accords bilatéraux ou multilatéraux;
  •  il offre à la Chine la primeur de la décision dans l'agenda commercial régional et mondial en fonction de ses propres préoccupations économiques."

Dans ce cadre, l'espace délaissé par Donald Trump pourrait laisser le champ libre au régime de Xi Jinping pour accroître sa sphère d'influence aux niveaux régional et mondial. Le dirigeant chinois s'est montré à plusieurs reprises favorable à une plus grande ouverture économique et un accroissement des échanges commerciaux comme lors du dernier congrès du  Parti communiste chinois (PCC). Il avait ainsi martelé que l'économie chinoise "ne va pas fermer ses portes au monde" mais au contraire "s'ouvrir encore davantage". Au mois de décembre, la Chine a réaffirmé cette position lors  la conférence économique annuelle du Parti communiste chinois. "La Chine s'engage à augmenter ses importations et à réduire ses droits de douane pour certains produits afin de promouvoir un commerce équilibré".

https://www.latribune.fr/economie/international/commerce-mondial-cinq-questions-sur-le-traite-transpacifique-a-venir-765992.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180205

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lundi 5 février 2018

La Russie vend des avions militaires et fournit une coopération technique à l’armée du Myanmar

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Sur ce site, nous avons à plusieurs reprises relayé la question du Myanmar (Birmanie) à travers l'affaire des Rohingyas et les enjeux géopolitiques dans la région, opposant les intérêts américains et, entre autres, les intérêts chinois, indiens et russes. Cet article confirme l'enjeu stratégique autour d'une possible déstabilisation du Myanmar, dans un contexte international tendu.  P.G.

TRIBUNE LIBRE /

Par Nyein Nyein

TL BIRMANIE ARMES

Publié le 30 janvier 2018 dans The Irrawaddy

La Russie respectera un accord de vente d’avions militaires et fournira une coopération technique à l’armée du Myanmar, a déclaré Moscou après que l’accord ait attiré les critiques des Etats-Unis.

Le Kremlin a réaffirmé vendredi son attachement à cet accord, signé le 20 janvier lors de la visite du ministre russe de la Défense Sergey Shoigu dans le pays, et prévoit la vente par Moscou de six avions de chasse SU-30 à la Tatmadaw (l’armée birmane). Heather Nauert, porte-parole du département d’Etat américain, a demandé à Moscou de reconsidérer l’accord. Dans sa réponse, Moscou a déclaré que la vente de matériel militaire au Myanmar visait à aider le pays à renforcer sa capacité de défense.

Vendredi dernier, le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a déclaré que « la Russie a invariablement respecté les normes, règles et principes du droit international [dans le domaine de la coopération militaro-technique] et continuera de le faire à l’avenir ». . Il va sans dire que, pour cette raison, nous ne pouvons pas prêter attention à de telles accusations [de la part des États-Unis concernant les livraisons d’avions de combat au Myanmar]. »

Dans une déclaration datée du 26 janvier et publiée sur la page Facebook de l’ambassade de Russie, le Département russe de l’information et de la presse a déclaré: « Nous croyons que la coopération militaro-technique est une composante légitime des relations interétatiques sauf si cela contredit les décisions du Conseil de sécurité de l’ONU. Les livraisons de matériaux militaires russes au Myanmar visent à renforcer les capacités de défense du pays. Seule une imagination très vive de nos collègues du Département d’Etat des Etats-Unis peut percevoir un lien entre cette tâche et la menace de souffrances encore plus grandes des civils. »

Le communiqué ajoute que la Russie continue de participer aux efforts de la communauté internationale pour faciliter la normalisation de la situation au Myanmar, notamment dans l’État Rakhine, tout en respectant la souveraineté du pays et en s’engageant à ne pas interférer dans ses affaires intérieures ainsi qu’à fournir une aide humanitaire lorsqu’elle est demandée.

La déclaration affirme que malgré le fait que les ventes d’équipements militaires des Etats-Unis dans la région Asie du Sud-Est aient entraîné des destructions et des dommages lors de récents conflits, « cela n’empêche pas Washington de vendre des armes létales aux pays du sud-est asiatique ni de renforcer sa présence militaire directe à proximité de cette région. »

Les analystes politiques ont prédit que Moscou étant déterminé à favoriser la collaboration entre les forces armées, les relations militaires entre la Russie et le Myanmar ne feraient que se renforcer.

Ko Ye Myo Hein, directeur exécutif de l’Institut d’études politiques de Tagaung, basé à Yangon, a déclaré que depuis que le Myanmar avait été confronté à la pression internationale sur la crise de l’Etat Rakhine, les relations entre la Russie et le Myanmar, qui s’étaient déjà améliorées ces derniers temps, allaient se « renforcer davantage ».

La Russie et le Myanmar entretiennent de bonnes relations depuis que l’armée russe a commencé à vendre de l’équipement militaire au pays dans les années 2000. La Russie a également invité des soldats du Myanmar à étudier dans le pays et a fourni à la Tatmadaw une technologie militaire.

« L’armée du Myanmar recherchait de meilleurs équipements militaires pour se renforcer et se moderniser et a découvert que les équipements militaires russes servaient ses objectifs car, bien que la Tatmadaw se soit appuyée sur la Chine pendant des décennies durant la période des sanctions occidentales, la qualité des équipements militaires chinois n’est pas aussi bonne qu’elle le semblait », a déclaré Ko Ye Myo Hein.

U Ye Tun, un analyste politique et ancien législateur du canton de Hsipaw, dans l’Etat de Shan, a exprimé une opinion similaire, affirmant que les relations militaires entre la Russie et le Myanmar allaient probablement s’intensifier à long terme.

Le plan de la Tatmadaw d’obtenir des avions de combat a également suscité des inquiétudes au Myanmar, étant donné sa volonté manifeste d’utiliser le bombardement aérien comme on l’a constaté tout récemment dans l’État Kachin. Il y a quelques jours, des bombardements aériens et des tirs d’obus de mortier ont tué au moins quatre personnes et déplacé et pris au piège plus de 3,000 résidents locaux dans les townships de Tanai et de Sumprabum.

U Ye Tun a déclaré que le cycle d’approvisionnement actuel de la Tatmadaw pour ses forces aériennes était plus lié à la crise dans l’État Rakhine, car l’armée a besoin de renforcer ses capacités plutôt que d’être déployée contre d’autres groupes ethniques.

« Les approches adoptées par la Russie, la Chine et l’Inde à l’égard du Myanmar en ce qui concerne la crise de l’Etat Rakhine sont différentes de celles de l’Occident, car elles comprennent le Myanmar. Leurs interventions visent plus directement à réduire les tensions. Mais nous constatons une approche totalement différente de la part des Etats-Unis », a-t-il déclaré.

Nyein Nyein le 30 janvier 2018

Nyein est Senior Reporter à l’édition anglaise de The Irrawaddy.

Le magazine The Irrawaddy a été fondé en 1993 par des journalistes birmans exilés en Thaïlande.  Parmi eux, beaucoup ont été témoins ou ont participé aux soulèvements pro-démocratie historiques de 1988. The Irrawaddy a été la première publication non affiliée aux mouvements dissidents birmans. Ses articles critiques l’ont fait interdire au Myanmar. Toute personne surprise avec un exemplaire risquait l’arrestation et la prison. En 2000, le site The Irrawaddy a été lancé, et aussitôt bloqué au Myanmar, et ce pendant onze ans. Quand les restrictions sur les médias ont été assouplies en 2011, The Irrawaddy a enfin pu être lu depuis le pays sur Internet. La version papier a commencé à être légalement distribuée dans tout le pays en 2013Depuis sa création, The Irrawaddy s’efforce de donner aux lecteurs des informations différentes. Il a une ligne éditoriale pro-démocratie, qui considère qu’une presse libre est essentielle pour une démocratie.

Version originale de l’article en anglais: Irrawaddy

Version originale: Moscow Stands by Military Deal with Tatmadaw After US Criticisms

Traduit de l’anglais par La gazette du citoyen

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mardi 30 janvier 2018

Vidéo: L'UE a-t-elle une politique étrangère ?

Cette vidéo date de 2015 et je suis un peu tombé par hasard sur ce lien, mais j'ai trouvé ça instructif avec le recul. Notons que Jacques Myard fur l'un des rares députés à ne pas commettre la forfaiture de voter le traité de Lisbonne, ce qui est à mettre à son actif, ainsi que sa position claire contre le traité de Maastricht et ses positions plus récentes sur la situation en Syrie.

VID MYARD SAPIR CRE

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Il parle de tout cela dans cette vidéo, et notamment de l'article 42 qui lie la politique étrangère de l'UE à l'OTAN. Avec Jacques Sapir, qu'on ne présente plus sur ce site, et les jeunes du CRE ("Critique de la Raison européenne") de Sciences- Po, on a là un ensemble qui mérite d'être consulté, même si c'est un exercice un peu frustrant pour les militants UPR que nous sommes, car il y a tant de choses qu'on aimerait commenter, compléter,  critiquer, voire parfois contredire...Mais bon, comme je le dis souvent, c'est quand même mieux qu'à la télé!

P.G.

Jacques Sapir et Jacques Myard à Sciences Po : L'UE a-t-elle une politique étrangère ?

https://www.youtube.com/watch?v=3dIZiTTzre8

 

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samedi 27 janvier 2018

La guerre américaine en Afrique

Il est facile de blâmer le président américain Donald Trump, ses initiatives désordonnées et ses déclarations impulsives. Mais la vérité est que l’actuelle expansion militaire américaine en Afrique ne peut être réduite à un autre pas dans la mauvaise direction. Cela fait partie d’une stratégie qui a été mise en œuvre il y a une dizaine d’années, sous l’administration du président George W. Bush, puis activement poursuivie sous la présidence de Barack Obama.

En 2007, sous prétexte de la « guerre contre le terrorisme », les États-Unis ont renforcé leurs diverses opérations militaires en Afrique pour établir le Commandement Afrique des États-Unis (AFRICOM). Avec un budget de départ d’un demi-milliard de dollars, l’AFRICOM était censée s’engager avec les pays africains dans les domaines de la diplomatie et des aides. Mais, au cours des 10 dernières années, AFRICOM est devenu un commandement central pour les incursions et les interventions militaires.

Cependant, ce rôle violent s’est rapidement aggravé au cours de la première année du mandat de Trump. En effet, il y a une guerre des États-Unis en Afrique qui ne dit pas son nom, et elle est menée au nom du « contre-terrorisme ».

Selon une enquête spéciale de VICE News, les troupes américaines mènent actuellement 3500 exercices et engagements militaires dans toute l’Afrique par an, soit une moyenne de 10 par jour. Les médias dominants américains parlent rarement de cette guerre en cours, donnant ainsi à l’armée suffisamment de latitude pour déstabiliser l’un des 54 pays du continent à sa guise.

« Le chiffre actuel de 3500 représente une augmentation stupéfiante de 1900% depuis que le commandement a été installé il y a moins de dix ans, et illustre une expansion majeure des activités militaires américaines sur le continent africain », a rapporté VICE.

Après la mort de quatre soldats des forces spéciales américaines au Niger le 4 octobre, le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, a fait une déclaration inquiétante à un comité sénatorial : ces chiffres vont probablement augmenter à mesure que les États-Unis étendront leurs activités militaires en Afrique.

Mattis, comme d’autres responsables de la défense dans les deux administrations précédentes, justifie ces équipées militaires américaines par la lutte « antiterroriste » en cours. Mais ce genre de justification a servi de prétexte aux États-Unis pour intervenir et exploiter une immense région dotée d’un grand potentiel économique.

La vieille « ruée vers l’Afrique » coloniale est réinventée par des puissances mondiales qui ont pleine conscience des richesses économiques inexploitées du continent. Alors que la Chine, l’Inde et la Russie développent chacune une approche spécifique pour courtiser l’Afrique, les États-Unis investissent principalement dans l’option militaire, ce qui garantit d’incalculables dommages et la déstabilisation de nombreuses nations.

Le coup d’État de 2012 au Mali, réalisé par un capitaine de l’armée formé aux États-Unis, Amadou Haya Sanogo, n’en est qu’un exemple.

Dans un discours prononcé en 2013, la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton mettait alors en garde contre un « nouveau colonialisme en Afrique (dans lequel il est) facile de tomber, de prendre des ressources naturelles, de payer des dirigeants, puis de s’en aller ». Bien que les paroles de Clinton étaient justes, elle se référait de manière hypocrite à la Chine, et non pas à son propre pays.

L’influence croissante de la Chine en Afrique est évidente et les pratiques de Pékin peuvent être inéquitables, mais la politique de la Chine à l’égard de l’Afrique est beaucoup plus axée sur le civil et le commerce que sur les aspects militaires comme l’est l’approche américaine.

La croissance des chiffres du commerce sino-africain est, selon un rapport de l’ONU en 2013, à un rythme vraiment « époustouflant », passant de quelque 10,5 milliards de dollars par an en 2000 à 166 milliards en 2011. Depuis lors, le même rythme impressionnant a été soutenu.

Mais cette croissance s’accompagnait de nombreuses initiatives, impliquant des milliards de dollars de crédit chinois pour les pays africains afin de développer une infrastructure dont ils avaient grandement besoin. A été également financé le « African Talents Programme », dont l’objectif est de former 30 000 professionnels africains dans divers secteurs.

Il ne faut donc pas s’étonner qu’en 2009, la Chine ait dépassé les États-Unis en tant que principal partenaire commercial de l’Afrique.

Le véritable colonialisme, auquel Mme Clinton faisait allusion dans son discours, est cependant en plein essor dans l’approche et le comportement des États-Unis vis-à-vis de l’Afrique. Ce n’était donc pas une figure de style, mais en fait une déclaration qui fait écho aux paroles du président américain Trump lui-même.

Lors d’un déjeuner avec neuf dirigeants africains en septembre dernier à l’ONU, Trump s’est exprimé avec le genre de mentalité qui a inspiré l’approche coloniale des dirigeants occidentaux en Afrique pendant des siècles.

Peu de temps après avoir inventé le pays inexistant de « Nambia« , Trump se vantait de « ses nombreux amis qui vont dans vos pays (africains) pour s’enrichir ». « Je vous félicite », a-t-il dit, « ils dépensent beaucoup d’argent. »

Le mois suivant, Trump a ajouté le Tchad, le partenaire dévoué de son pays au « contre-terrorisme », à la liste des pays dont les citoyens sont interdits d’entrée aux États-Unis.

En gardant à l’esprit que l’Afrique compte 22 pays à majorité musulmane, le gouvernement américain se désengage de toute vision diplomatique à long terme en Afrique et s’engage de plus en plus profondément dans la voie militaire.

La poussée militaire américaine ne semble pas non plus faire partie d’une approche politique globale. Elle est aussi alarmante que désordonnée, reflétant la dépendance excessive constante des États-Unis à l’égard de solutions militaires face à toutes sortes de problèmes, y compris les rivalités commerciales et politiques.

Comparez cela à l’approche stratégique de la Russie en Afrique. En relançant les anciens liens avec le continent, la Russie suit la stratégie d’engagement de la Chine (ou dans ce cas, de réengagement) à travers les projets de développement et l’activation de conditions commerciales favorables.

Mais, contrairement à la Chine, la Russie a un vaste programme qui comprend les exportations d’armes, lesquelles remplacent l’armement américain dans diverses parties du continent. Pour Moscou, l’Afrique dispose également d’un potentiel inexploité et énorme en tant que partenaire politique susceptible de renforcer la position de la Russie aux Nations Unies.

Bien conscients de cette concurrence à l’échelle mondiale, certains dirigeants africains s’efforcent maintenant de trouver de nouveaux alliés en dehors du cadre occidental traditionnel, lequel contrôle une grande partie de l’Afrique depuis la fin il y a des décennies du colonialisme classique.

Un exemple frappant a été la visite à la fin du mois de novembre du président soudanais Omar al-Bashir en Russie et sa rencontre de haut niveau avec le président Vladimir Poutine. « Nous rêvions depuis longtemps de cette visite », a déclaré M. Béchir à M. Poutine, ajoutant que « nous avons besoin de protection contre les actes agressifs des États-Unis ».

La « protection » convoitée inclut une participation, promise par la Russie, à la modernisation de l’armée soudanaise.

Méfiants par rapport à l’influence de la Russie en Afrique, les États-Unis réagissent par la voie militaire et par peu de diplomatie. La mini guerre américaine en cours sur le continent poussera celui-ci encore plus loin dans les abysses de la violence et de la corruption. Ceci pourrait bien convenir à Washington, mais provoquera en retour une misère indicible pour des millions de personnes.

Il ne fait aucun doute que l’Afrique n’est plus un « pré carré » occidental exclusif, que l’on exploite à volonté. Mais il faudra de nombreuses années avant que l’Afrique et ses 54 nations soient véritablement à l’abri d’un interventionnisme néo-colonial obstiné, fondé sur le racisme, l’exploitation économique et les interventions militaires.

* Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. 

Traduction : Chronique de Palestine

https://arretsurinfo.ch/la-guerre-americaine-en-afrique/

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