vendredi 22 décembre 2017

Elections en Catalogne : Puigdemont vante « un résultat que personne ne peut discuter »

Plus de deux mois après le référendum d’autodétermination, les Catalans étaient appelés aux urnes jeudi pour renouveler le Parlement régional.

ACT CATALOGNE VICTOIRE

Pari gagné pour les indépendantistes ? Selon des résultats quasi définitifs, jeudi 21 décembre, les trois partis indépendantistes (ERC-CatSi, Ensemble pour la Catalogne, CUP) obtiennent la majorité des sièges au parlement régional — 70 sur 135. C’est toutefois le parti centriste libéral Cuidadanos qui arrive en tête des suffrages avec 25 % des voix (37 sièges) alors que la participation a atteint un niveau historique (82 %, contre 75 % en 2015).

La liste Ensemble pour la Catalogne,du président séparatiste destitué Carles Puigdemont, obtiendrait 34 élus, et la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), de son ex-vice-président emprisonné, Oriol Junqueras, en aurait 32.

Avec les anticapitalistes de la CUP (4 élus), les trois listes indépendantistes obtiendraient ainsi ensemble 70 sièges et retrouveraient la majorité absolue dont elles disposaient dans le parlement dissous par le gouvernement central. Le parti du premier ministre, Mariano Rajoy, le Parti populaire, ne récolte que 4 % des voix et 3 sièges.

Puigdemont jubile

Le dirigeant séparatiste catalan en exil Carles Puigdemont a salué jeudi soir à Bruxelles la victoire du camp indépendantiste, soulignant que c’est « un résultat que personne ne peut discuter ». Il a ajouté  que c’était une victoire de la « République catalane » sur l’Etat espagnol.

Le Premier ministre espagnol Mariano « Rajoy a perdu le plébiscite qu’il cherchait », et le fait que le camp indépendantiste reste majoritaire est « une claque », a jubilé M. Puigdemont devant un petit parterre de militants indépendantistes catalans et de sympathisants nationalistes flamands réunis dans une salle du centre de Bruxelles.

« Je veux féliciter le peuple catalan parce qu’il a donné une leçon au monde », « une leçon de civisme et de démocratie ! », a lancé M. Puigdemont, un grand sourire aux lèvres, après avoir été acclamé par l’assistance aux cris de « Président, président ! » « Nous avons gagné cette nuit le droit d’être écoutés! », a-t-il martelé. Mais la dureté de la campagne électorale et le risque que le bras de fer entre indépendantistes et gouvernement espagnol perdure « nous empêchent de sabrer le cava », a-t-il ajouté en référence au vin pétillant espagnol, l’un des produits phares de la Catalogne.

« L’Europe doit en prendre bonne note, la recette de Rajoy ne fonctionne pas » en Catalogne, a-t-il également jugé, en vilipendant la procédure utilisée par Madrid pour destituer l’exécutif régional et prendre le contrôle des institutions après que la région eut déclaré son indépendance.

L’UE ne change rien

« Notre position sur la question de la Catalogne est bien connue et a été réitérée régulièrement, et à tous les niveaux. Elle ne changera pas. S’agissant d’une élection régionale, nous n’avons pas de commentaire à faire », a indiqué pour sa part un porte-parole de la Commission européenne, Alexandre Winterstein.

Depuis le début de la crise, l’UE s’est refusée à reconnaître l’indépendance unilatéralement proclamée par le Parlement de Catalogne, considérant qu’il s’agissait d’une « affaire intérieure » espagnole et appelant au « respect de la Constitution espagnole » que Madrid affirme défendre.

Deux mois de bras de fer

Ces élections se sont tenues plus de deux mois après le référendum d’autodétermination organisée par le gouvernement catalan, en dépit du refus de Madrid. Le oui l’avait alors emporté avec 90 % des voix, mais avec seulement 43 % de participation.

La Catalogne a « gagné le droit d’avoir un Etat indépendant sous la forme d’une république », lance alors le président catalan, Carles Puigdemont. S’ensuivent alors plusieurs semaines de tensions et d’ultimatums entre Madrid et Barcelone.

Le 27 octobre, les députés catalans votent une déclaration proclamant l’indépendance de la Catalogne par 70 voix pour et 10 contre. La rupture avec Madrid est consommée, mais la victoire symbolique est de courte durée.

Moins d’une heure plus tard, le Sénat vote l’application de l’article 155 de la Constitution, qui permet à Mariano Rajoy de placer la Catalogne sous tutelle. Le premier ministre espagnol assume la présidence de la région, destitue le gouvernement catalan, dissout le Parlement régional et convoque des élections régionales le 21 décembre.

Alors que les unionistes commencent à se faire entendre et à se mobiliser dans les rues, M. Puigdemont est visé par une plainte du parquet, à la fin d’octobre, notamment pour « rébellion, sédition et malversation ». Il décidera alors de s’enfuir pour la Belgique, où il a fait campagne pour ces élections ces dernières semaines.

http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/12/21/elections-regionales-en-catalogne-les-partis-independantistes-conservent-la-majorite-absolue_5233136_3214.html

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Nous reprenons ci-après une analyse remarquable publiée le 19 décembre 2017, par le blogueur écrivant sous le pseudonyme de « Descartes », sur son blog .

Les analyses de Descartes sont souvent très proches de celles de l’UPR et nous y avons déjà fait quelquefois référence dans le passé, par exemple ici.

Cette analyse est  lire et  faire lire en urgence.

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On peut reprocher beaucoup de choses à Le Monde, mais pas de manquer de cohérence. Et cela n’est nulle part aussi vrai que sur la question corse. Depuis l’époque bénie ou le couple Plenel-Colombani sévissait à la tête du journal, jusqu’au jour d’aujourd’hui, le « grand quotidien du soir », le « journal de référence » n’a eu de cesse que de faire des mamours aux nationalistes et autres indépendantistes. Remarquez, c’est logique : cela fait partie de la campagne de ringardisation de l’Etat jacobin et de la nation, indispensable pour avancer vers les lendemains qui chantent promis par la construction européenne.

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C’est pourquoi il ne faut pas s’étonner d’avoir eu droit à une nouvelle campagne, suite aux élections régionales de la semaine dernière en Corse, qui ont donné une écrasante majorité aux candidats de l’alliance entre les autonomistes de Gilles Simeoni et les indépendantistes de Jean-Guy Talamoni. Pendant une semaine, on a eu droit dans Le Monde à des expressions comme « L’Etat au pied du mur en Corse », « La République à l’épreuve de la souveraineté multiple » et autres du même tonneau. Le tout assaisonné de comparaisons avec la situation en Catalogne et autres parallèles du même genre. Et il ne faut pas se tromper. Ce que Le Monde veut, les élites politico-médiatiques le veulent. La preuve : la nomination d’une « madame Corse » au gouvernement.

Plutôt que de se précipiter, il faudrait revenir aux réalités : les élections en Corse sont des élections régionales. Les électeurs n’étaient pas consultés sur l’opportunité de modifier le statut de la Corse ou ses rapports avec la République, mais sur la question de savoir qui était le mieux à même d’exercer les compétences dévolues à la collectivité unique de Corse. Et rien de plus. Quand un communiste est élu président d’un conseil départemental du Val de Marne, on ne se pose pas la question de savoir si la propriété privée des moyens de production devrait être abolie dans ce coin de la région parisienne. Alors, pourquoi devrait-on se poser la question du statut de la Corse du seul fait que les indépendantistes et les autonomistes sont majoritaires au conseil régional de l’Ile (1)?

Pour le dire autrement, il faut toujours se rappeler qu’un élu ne détient pas un mandat représentatif universel pour parler au nom de ses mandants sur n’importe quel sujet. Un élu ne détient un mandat que pour le but précis pour lequel il a été élu. Lorsque les citoyens élisent des conseillers municipaux, ils leur donnent mandat pour élire le maire et délibérer sur les affaires de la commune. Mais à l’heure de discuter la politique d’immigration, le contenu des programmes scolaires ou sur les rapports de la France avec la Palestine, ce sont des citoyens comme les autres, et ne représentent qu’eux-mêmes. Et de la même manière, le président de la collectivité unique de Corse, pas plus que le président de la région Alsace ou celui de l’Ile de France n’ont mandat de discuter le statut de leur collectivité. Ce n’est donc pas parce qu’un autonomiste a été élu maire de Bastia ou président du conseil régional que la question de l’autonomie se pose. Messieurs Simeoni et Talamoni sont parfaitement légitimes pour discuter de l’organisation des transports en Corse, de la fiscalité locale ou de la construction des collèges et lycées. Mais l’élection ne leur donne aucune légitimité particulière pour parler du statut de la langue corse ou d’un « statut de résident », toutes matières réglées par la Constitution, et qui sont soumises aux instances détentrices du pouvoir constituant.

Ces dernières années on a vu se développer une grande confusion sur l’articulation des différents niveaux de compétence, confusion qui va de pair avec la « féodalisation » de notre système politique et administratif. Le processus de décentralisation a donné des ailes aux grands féodaux qui prétendent aujourd’hui à exercer rien de moins qu’à une sorte de « souveraineté » sur leur territoire du simple fait qu’ils ont été élus pour administrer l’enlèvement des ordures ménagères et l’aménagement des carrefours. Alors, il n’est pas inutile de rappeler quelques principes fondamentaux. Dans notre ordre constitutionnel, la souveraineté (2) appartient à la nation, c’est-à-dire à l’ensemble des citoyens politiquement constitué. La nation délègue à des hommes et des institutions non pas la souveraineté – qui est par essence indivisible et indélégable – mais des compétences et des pouvoirs. Délégation qui est limitée et précaire. Et ces compétences sont hiérarchisées : les mesures prises en vertu des pouvoirs dévolus au Parlement s’imposent aux collectivités locales.

C’est cette hiérarchie qui garantit que sur les domaines essentiels, le citoyen français a les mêmes droits quel que soit le lieu où il habite ou la couleur politique de son maire. Dès lors qu’on permet aux pouvoirs locaux d’exercer des compétences dans ces domaines, c’en est fini de cette logique. Le problème n’est pas tant que la loi soit adaptée aux réalités locales. Cela a toujours été le cas, et le Code de la construction n’édicte pas les mêmes obligations en termes de chauffage ou de déneigement pour un appartement qu’il soit situé à Nice ou à Lille.

Le problème est que la délégation de pouvoirs toujours plus étendus aux collectivités territoriales – allant jusqu’au pouvoir législatif pour certaines –  fait que cette adaptation se fait non pas en fonction de l’intérêt général, en tenant compte des inconvénients que des dérogations consenties à un territoire peuvent provoquer pour les autres, mais en fonction du seul intérêt de la collectivité qui en prend l’initiative. Et ce système ou les règles applicables localement reflètent l’intérêt de la collectivité à laquelle ils s’appliquent instaure une logique de concurrence entre régions et menace à terme les dispositifs de transfert entre régions riches et régions pauvres. Imaginons par exemple qu’on donne aux collectivités le pouvoir d' « adapter » la législation fiscale. Chaque région aura tendance à introduire les dérogations les plus importantes pour essayer d’attirer les activités économiques…  au détriment de l’intérêt général. C’est exactement le mécanisme qu’on observe en Europe, et qui permet à quelques petits pays de profiter – un peu – en devenant des paradis fiscaux en amputant au passage la recette totale sur l’ensemble européen.

C’est pourquoi, le véritable danger pour la République ne vient pas de l’indépendantisme, mais de l’autonomisme.

Si les Corses veulent l’indépendance, ce qui suppose de vivre sur leurs propres activités économiques, bon vent à eux. Mais les Corses, dans leur immense majorité, savent parfaitement qu’une Corse indépendante, privée des transferts considérables consentis par l’ensemble des Français, serait réduite à une abjecte pauvreté.

Ce que les Corses – ou plutôt les élites politiques corses, parce qu’il ne faut pas oublier que la victoire de l’alliance Simeoni-Talamoni n’a été rendue possible que par un taux d’abstention record – veulent, c’est l’autonomie. C’est-à-dire, un statut ou les « non-résidents » continueraient à payer, mais où les Corses – ou plutôt l’élite politique corse – disposeraient de tous les pouvoirs, y compris celui de réserver emplois, terrains et subventions aux « résidents ».

C’est là où la comparaison avec la Catalogne trouve ses limites : la Catalogne est une région riche qui n’a plus envie de payer pour les régions pauvres, la Corse est une région pauvre dont le niveau de vie dépend vitalement du fait que les régions riches continuent à payer pour elle.

La logique autonomiste conduit vers une féodalisation du pays. Plus on donne aux collectivités la possibilité « d’adapter » les dispositifs législatifs et réglementaires aux « spécificités locales », plus on transformera notre pays en une mosaïque de territoires où nos droits dépendront de l’endroit où nous résidons, et plus la solidarité inconditionnelle entre les citoyens des différents territoires sera affaiblie. Dès lors qu’il y aura des droits différents, rapidement se posera la question de protéger ces droits contre les « estrangers » venus des régions pauvres pour bénéficier des avantages accordés dans les régions riches. Et pour finir, on se trouvera comme en Espagne dans une situation ou les riches refuseront de payer pour les pauvres.

C’est pourquoi l’indépendantisme corse est un mouvement suicidaire. Je suis content, en tant que citoyen français habitant l’Ile de France, de payer un peu plus cher mon électricité pour que les Corses – ou les Auvergnats, ou les Bretons –  puissent la payer au même prix que moi ; de payer des impôts pour que les mêmes bénéficient d’un service de ferries subventionné, de collèges, de lycées, d’universités de même niveau que celles du continent. Mais si je suis content de payer, c’est parce qu’en retour je bénéficie, s’il me venait l’envie de me rendre en Corse, des mêmes droits que les natifs, parce que les Corses obéissent aux mêmes lois et ont les mêmes obligations que moi, bref, parce que nous sommes liés par les obligations de solidarité inconditionnelle qui nous constituent en nation.

Si demain je suis considéré là-bas comme un étranger, avec des droits au rabais, pourquoi irais-je payer pour les Corses plutôt que pour les Belges ? A partir du moment où ils ne se sentent pas tenus par les mêmes obligations envers moi que moi envers eu, pourquoi serais-je solidaire à leur égard ?

Mais alors, pourquoi les autonomistes et les indépendantistes obtiennent-ils un tel soutien alors que leur objectif apparaît si évidemment contraire à l’intérêt de leurs mandants ? Le paradoxe n’est qu’apparent. Les autonomistes et les indépendantistes corses – comme ceux des territoires ultramarins – partent de l’hypothèse largement vérifiée au cours de notre histoire  que la France jacobine est prête à beaucoup d’efforts pour garder les « confettis » dans la République. C’est pourquoi la menace indépendantiste a toujours permis d’arracher à l’État central toutes sortes de concessions.

Mais ce qui était vrai hier ne le sera pas forcément demain. Les véritables jacobins se font rares, et l’État est de plus en plus aux mains de libéraux qui n’hésiteront pas à faire un calcul coût/avantages à l’heure de discuter le statut de tel ou tel territoire. Cela se traduit déjà par un abandon des territoires périphériques au bénéfice des métropoles. Demain, il se pourrait qu’on décide d’abandonner des territoires ultramarins qui coûtent fort cher et rapportent fort peu… Les autonomistes et ceux qui les soutiennent feraient bien de méditer la phrase de Goethe : « quand les dieux veulent nous punir, ils réalisent nos rêves ».

Je propose personnellement un grand référendum, ouvert à toutes les régions. Elles auraient à choisir entre l’indépendance pleine et entière, ou l’application tout aussi pleine et entière des lois de la République sur leur territoire, sans aucune possibilité « d’adaptation » autre que celles consenties par le Parlement, et le plein exercice par l’Etat des compétences qui sont les siennes. On verrait alors qui veut quoi, et quel prix il est prêt à payer pour l’obtenir…

Descartes
19/12/2017

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(1) Ce raisonnement conduit d’ailleurs à des résultats cocasses. Si l’on suppose que la victoire de l’alliance entre indépendantistes et autonomistes doit se traduire par une modification du statut de la Corse dans un sens plus « girondin », cela implique que si demain une élection donnait la victoire au camp opposé il faudrait modifier le statut de la Corse dans le sens inverse…. Alors, un changement de statut à chaque élection ?

(2) Un être est dit « souverain » s’il n’est juridiquement soumis à aucune règle qui n’est issue de lui même.

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mercredi 15 novembre 2017

Catalogne : Carles Puigdemont saisit la Cour européenne des droits de l'homme

Le président destitué de Catalogne tente d'ouvrir un nouveau front judiciaire.

ACT PUIGDEMONT BRUXELLES

Nouveau front ? Ecran de fumée ? La présidente du parlement catalan, le président destitué de Catalogne Carles Puigdemont et l'indépendantiste Carme Forcadell ont déposé plusieurs requêtes contre Madrid auprès de la Cour européenne des droits de l'homme. 

"La Cour confirme que quatre requêtes catalanes ont été déposées", a déclaré ce vendredi 10 novembre un porte-parole de la CEDH, confirmant des informations de l'agence de presse espagnole EFE.

La CEDH a confirmé que l'une de ces requêtes, reçue le 18 octobre, émanait de la présidente du parlement catalan. L'un des signataires de cette requête est Carles Puigdemont.

Dans cette affaire, "Forcadell i Lluiss et autres contre Espagne", "Carme Forcadell et 76 autres requérants, en l'occurrence des députés du Parlement de Catalogne, se plaignent de l'interdiction qui leur avait été faite d'une date de réunion en plénière par la Cour constitutionnelle espagnole qui portait sur la déclaration d'indépendance", a indiqué le porte-parole de la CEDH.

La CEDH a également reçu une requête d'un citoyen espagnol qui, pour les mêmes faits, se plaint que ses représentants catalans n'aient pas pu se réunir. Le requérant est Domingo Garcia-Mila.

Carme Forcadell libérée 

Huit membres du gouvernement séparatiste de l'indépendantiste Carles Puigdemont, destitué par Madrid, étaient déjà inculpés et écroués jeudi. Carles Puigdemont et quatre de ses "ministres" ont quant à eux fui en Belgique et sont visés par un mandat d'arrêt espagnol.

Carme Forcadell, poursuivie avec cinq autres parlementaires dans le cadre d'une enquête pour rébellion, sédition et malversations après la déclaration d'indépendance votée par cette assemblée régionale le 27 octobre, a passé la nuit en prison près de Madrid, mais vient d'être libérée.

La présidente du Parlement catalan est, en effet, parvenue à verser les 150.000 euros de caution exigés par la Cour suprême en vue de sa libération.

Requêtes de citoyens 

Deux autres requêtes émanent de citoyens espagnols qui "se plaignent qu'en Catalogne, la constitution d'un comité électoral, conçu et préparé en vue du référendum catalan, a été accrochée par le Conseil constitutionnel espagnol et que les membres de ce comité ont été condamnés à des amendes jours de 6.000 euros", a expliqué la Cour.

Ces deux requêtes, qui émanent de Costa i Rosello et Jove Lado, ont été reçues par la Cour le 22 septembre. "Ces quatre affaires catalanes sont toutes au stade préliminaire", a ajouté la Cour. Conformément à la procédure, ces requêtes et l'exposé des faits concernés "ne sont pas communiqués" publiquement pour le moment.

Les quatre affaires doivent, dans un premier temps, être communiquées à Madrid et la CEDH dira ensuite si ces requêtes sont ou non recevables.

(Avec AFP)

https://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20171110.OBS7209/catalogne-carles-puigdemont-saisit-la-cour-europeenne-des-droits-de-l-homme.html

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dimanche 12 novembre 2017

[RussEurope en exil] Espagne : crise de légitimité ? Par Jacques Sapir

Un récent sondage effectué par le PEW Research Institute a mesuré l’ampleur de la crise de confiance engendré par l’affrontement entre les indépendantistes et le gouvernement centrale de Madrid et ce dès le printemps dernier[1].

ARG ESPAGNE SAPIR RAJOY

Les résultats montrent un effondrement de la confiance des espagnols en général, et des catalans en particulier dans la capacité du gouvernement de Madrid d’agir de manière efficace pour les intérêts de l’Espagne.

Le point important est que 53% des catalans, selon ce sondage, ne font pas du tout confiance dans le gouvernement de Madrid. Le fait qu’une majorité absolue d’opinions se porte sur un point de vue radicalement critique est évidemment important. Mais, dans le reste de l’Espagne, cette opinion est partagée par 39% des sondés. C’est bien la preuve que, derrière la crise catalane, et la revendication pour l’indépendance, on est en présence d’une défiance majeure vis-à-vis du gouvernement Rajoy.

Notons qu’une écrasante majorité des espagnols sont aussi insatisfaits de la manière dont la démocratie fonctionne dans leur pays. Cette insatisfaction date d’avant le référendum du 1er octobre. Elle montre l’ampleur des problèmes que connaissait le système politique espagnol. On remarquera que cette insatisfaction est plus sensible en Catalogne que dans le reste de l’Espagne, mais qu’elle atteint aussi un niveau important dans le reste de l’Espagne.

 

La question de la légitimité

On constate que le conflit entre Barcelone et Madrid, la question de l’indépendance de la Catalogne, ne fait que recouvrir une question bien plus profonde sur le fonctionnement des institutions. Il faut donc ici rappeler que les institutions de l’Espagne actuelle, et en particulier la constitution de 1978, étaient un compromis destiné à assurer une sortie du franquisme. Cette constitution était donc loin d’être le dernier mot de la démocratie, et elle résultait explicitement d’un compromis avec certains secteurs de l’Etat franquiste, secteurs qui ont d’ailleurs donné naissance au Parti Populaire, dont Mariano Rajoy est aujourd’hui le représentant. C’est pourquoi la pratique constitutionnelle avait au moins autant d’importance que le texte lui-même. On comprend aussi que, dans ce contexte, cela n’a pas de sens de se réfugier derrière la lettre formelle de la loi. Cette dernière correspondait à un moment politique du pays, mais un moment qui n’est plus.

On mesure ici les conséquences néfastes de la pratique constitutionnelle qui s’est développée à partir de 2010 et de l’annulation d’une partie du statut de la Catalogne. La question ici n’est pas qu’il y ait eu un vice de forme ou de procédure, vice de forme conduisant à l’invalidation du statut par la cour constitutionnelle. La véritable question est celle de l’annulation d’un statut qui avait été voté tant par le Parlement espagnol que par le parlement catalan, et ratifié par référendum par la population de la Catalogne.

Si cette annulation avait été suivie par l’ouverture de nouvelles négociations, et par des modifications du texte initial, le processus démocratique aurait pu se poursuivre. Mais, cela ne fut pas le cas. En décidant de ne pas donner suite à ce processus, le gouvernement de Mariano Rajoy et le Parti Populaire ont pris une responsabilité écrasante dans l’involution de la situation, qui a crispé les positions et qui explique largement l’état de crise actuel. La poussée des mouvements indépendantistes, qui fut constaté lors des élections régionales de 2015, résulte largement d’une réaction contre la politique de Mariano Rajoy.

Tableau 1

Résultats des élections régionales de 2015

Liste Voix % Sièges
Ensemble pour le oui**

(PDeCAT et ERC)

1 628 714 39,59 62
Ciudadanos 736 364 17,90 25
Parti des socialistes de Catalogne (affilié PSOE) 523 283 12,72 16
Catalogne oui c’est possible (affilié PODEMOS)* 367 613 8,94 11
Parti populaire catalan 349 193 8,49 11
Candidature d’unité populaire** – CUP 337 794 8,21 10
Total indépendantiste 1 966 508 47,80 72
Unioniste 1 608 840 39,11 52
           

** Listes soutenant l’idée de l’organisation d’un référendum d’indépendance

* Liste soutenant le principe d’un référendum, mais sans se prononcer sur la question de l’indépendance.

Les conséquences qu’il faut en tirer

On peut tirer quelques conclusions de ce sondage. La première est que Mariano Rajoy et le parlement espagnol n’ont plus de légitimité aujourd’hui. En tous les cas, il ne peuvent se retrancher derrière le texte de la loi sans tenir compte du problème de légitimité qui est en surplomb des mesures légales qu’ils veulent prendre.

La deuxième conséquence est que des élections générales doivent avoir lieu au plus vite en Espagne. Les élections au Parlement de Catalogne auront lieu le 21 décembre. Des élections générales doivent avoir lieu d’ici janvier ou février. Non seulement ces élections générales s’imposent en raison de la perte de légitimité du gouvernement central, mais elles s’imposent aussi si l’on veut éviter un conflit de légitimité entre le nouveau parlement catalan et le parlement espagnol. Ce conflit, qui proviendrait de ce qu’un parlement nouvellement élu est toujours plus légitime qu’une assemblée plus ancienne, peut avoir des conséquences dramatiques pour l’Espagne toute entière. Que l’on se souvienne de l’enchaînement des événements qui ont eu lieu en URSS en 1990 et 1991, avec une assemblée de Russie, nouvellement élue, contestant la légitimité du Soviet Suprême. Un Parlement espagnol nouvellement élu devrait alors déclencher un processus de réécriture de la Constitution, et soumettre le fruit de ses travaux à un référendum.

La troisième conséquences, qui s’impose à l’évidence, est que Mariano Rajoy doit se retirer. Il porte le poids des erreurs passés, et son action souffre trop de l’image détestable de la répression du vote du 1er octobre.

Jacques Sapir

 

Notes

[1] http://www.pewresearch.org/fact-tank/2017/11/06/dissatisfaction-was-widespread-in-spain-even-before-catalan-secession-vote/ft_17-10-30_catalonia_bars420px/

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-espagne-crise-de-legitimite-par-jacques-sapir/


 

BASE 14 995X225Dommage que Sapir n'étudie pas le rôle et l'impact des politiques européennes et leurs conséquences sur la légitimité du gouvernement espagnol, à l'image de ce qui se passe ailleurs en Europe, si on en juge par les récentes élections (Allemagne, Autriche, Tchéquie...)...  P.G.

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dimanche 5 novembre 2017

Catalogne : le président destitué Carles Puigdemont s'est livré à la police belge

Le leader indépendantiste s'est rendu avec quatre de ses anciens ministres à la police judiciaire fédérale de Bruxelles (Belgique), dans la matinée du dimanche 5 novembre.

ACT PUIGDEMENT PRISON

Le président destitué de la région Catalogne, Carles Puigdemont, s'est livré à la police belge avec quatre de ses anciens ministres, a annoncé le parquet fédéral belge, dimanche 5 novembre. "Ce matin, les cinq personnes recherchées par l'Espagne se sont présentées auprès de la police judiciaire fédérale de Bruxelles. Elles ont été privées de liberté à 9h17", a déclaré Gilles Dejemeppe, porte-parole du parquet fédéral belge. 

Carles Puigdemont et ses quatre anciens ministres ont été "notifiés" du mandat d'arrêt européen les concernant, a poursuivi Gilles Dejemeppe. Ils seront auditionnés par un juge d'instruction belge "dans le courant de l'après-midi", a annoncé le porte-parole. 

Ce juge d'instruction a 24 heures, jusqu'à lundi à 9h17, pour décider de les placer en détention ou de les libérer sous condition ou caution. Selon Gilles Dejemeppe, cette décision devrait intervenir dans la soirée.

"Ils ont honoré ce rendez-vous"

Carles Puigdemont et ses quatre "conseillers" (l'équivalent des ministres dans l'ancien gouvernement catalan) sont visés par des mandats d'arrêts émis par l'Espagne pour "sédition, rébellion et détournement de fonds", après la déclaration d'indépendance de la Catalogne. 

"Nous avions des contacts réguliers avec les avocats des cinq personnes et il avait été convenu un rendez-vous au commissariat" de la police fédérale, a explique Gilles Dejemeppe dimanche. "Ils ont honoré ce rendez-vous", a-t-il ajouté.

Carles Puigdemont et ses quatre anciens ministres se trouvent actuellement dans les locaux du parquet de Bruxelles.

http://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/referendum-en-catalogne/catalogne-le-president-destitue-carles-puigdemont-s-est-livre-a-la-police-belge-annonce-le-parquet-de-bruxelles_2453082.html#xtor=EPR-51-[catalogne-le-president-destitue-carles-puigdemont-s-est-livre-a-la-police-belge-annonce-le-parquet-de-bruxelles_2453082]-20171105-[titre]


 

Pour ceux qui l'auraient manqué, voir:

Qui se cache derrière l indépendance de la catalogne ?

Ajoutée le 9 oct. 2017
https://www.youtube.com/watch?v=WWLO01k97Ls

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vendredi 3 novembre 2017

Les problèmes juridiques entre l’Espagne et la Catalogne ne se résoudront pas par la force

Il est indispensable d’engager des procédures de conciliation sérieuses

ARG ESP QUESTION

Le conflit s’éternise entre le gouvernement central espagnol et le gouvernement régional de la communauté autonome de la Catalogne. Les deux parties campent sur leurs positions juridiques et les gouvernements respectifs reçoivent tous deux le soutien de nombreux citoyens. Des deux côtés, on argumente sur des points historiques, politiques et économiques. La discussion internationale sur le problème est clivée. L’escalade de la violence menaçante entrainerait un grand nombre de victimes. Dès à présent, on relève de nombreuses incohérences. On déplore plus de 1000 blessés. Ce sont suffisamment de raisons pour tenter de dresser un tableau plus clair de la problématique de fond et de rechercher des solutions.

Le 4 octobre 2017, la chaine RT Allemagne1 a interviewé le Professeur Reinhard Merkel, pénaliste et philosophe du droit afin de connaître son avis sur la situation du point de vue du droit constitutionnel et du droit international. Le témoignage du chercheur de l’Université de Hambourg est tout particulièrement intéressant parce que dans la mesure où il ne se prononce en faveur d’aucune des parties en présence mais se concentre sur la clarification des questions juridiques, sans perdre toutefois de vue les dimensions politiques et les solutions raisonnables.

Sur le plan du droit public, le référendum n’était pas légal

Au début de l’interview, le professeur Merkel rappelle que la position du gouvernement central, affirmant que le référendum du 1er octobre était «illégal», est «juridiquement correct» et correspond à la Constitution espagnole: «Comme la plupart des constitutions dans le monde, la Constitution espagnole interdit toute sécession unilatérale d’une partie de la population, et n’autorise donc aucun ‹démembrement› du territoire national. Les Etats ne sont en aucun cas, comme l’énonce parfois crûment la doctrine du droit international, ‹un club de suicidaires›. Une quantité de bonnes raisons justifie cette situation dans le spectre suivant: de la protection des pertes financières manifestes pour le reste de la population en parité avec une telle partition du territoire jusqu’au désir d’éviter les risques inhérents d’instabilité intérieure et extérieure.

Si le gouvernement de la Catalogne persistait en faveur de l’indépendance, R. Merkel ne prévoit qu’un très faible soutien international: «Cette reconnaissance n’aura pas lieu, non seulement parce que la sécession est anticonstitutionnelle selon le droit espagnol, mais encore parce que les Etats ne voudront pas créer de précédent en matière de droit international dans le sens d’une sécession couronnée de succès. Pour finir, eux-mêmes pourraient un beau jour se retrouver concernés

La position complexe du droit international

Avec le droit international, on peine également à justifier une déclaration d’indépendance: «Etant donné que les Etats ont particulièrement intérêt à éviter toute sécession et qu’ils sont, en outre, les organismes normatifs du droit international, il n’existe aucune garantie suite au droit international pour ce genre de chose.» Toutefois, le professeur Merkel émet une réserve: «On doit cependant attirer l’attention sur deux restrictions importantes de ce principe. Premièrement, il n’y a, en droit international, aucune interdiction formelle de sécession. Une telle interdiction aurait été difficile à promulguer parce que le droit international est avant tout un système juridique entre Etats. Par conséquent, les populations autonomes à l’intérieur d’un Etat ne sont en principe pas considérées comme sujet concret en droit international – ce qui fait qu’elles ne peuvent être visées de façon plausible par une interdiction en droit international (mis à part l’interdiction universelle de perpétration de crimes de droit international). Et, deuxièmement, les grandes puissances mondiales ont à l’occasion très bien accepté de tels précédents en matière de sécession, avant tout lorsque la mère-patrie concernée ne leur agréait pas pour des raisons politiques.» En effet: «L’exemple le plus récent et le plus marquant en a été, en 2008, la reconnaissance immédiate de la séparation unilatérale du Kosovo d’avec la Serbie, qui a par ailleurs eu lieu sans aucun référendum préalable, et n’avait donc aucune garantie démocratique. Tous les Etats occidentaux de quelque importance, y compris l’Allemagne, ont reconnu cette sécession en quelques jours à peine.» Cependant, le professeur Merkel ajoute également: «Cela était contraire au droit international.» – malgré une expertise de la Cour de justice internationale pour l’Assemblée générale des Nations-Unies.

Les critères politiques font plier le droit

Dans un autre exemple, le professeur Merkel démontre que les pouvoirs politiques agissent selon des critères politiques et non selon des points de vue juridiques. Ainsi, comme on le sait depuis le cas de la Crimée et de l’Ukraine orientale, six ans plus tard, l’Ouest a totalement oublié «ses sympathies sécessionnistes du temps du Kosovo. A cette position inconsistante, on voit que les sécessions sont en premier lieu encore une question de politique de pouvoir et d’intérêts et beaucoup moins, malheureusement, l’objet des principes du droit.»
«La Cause du Kosovo», selon le professeur Merkel, «trouble totalement le jugement par ailleurs clair du droit international. Il y a néanmoins de bonnes raisons – du point de vue du droit international – de ne pas accepter à l’avenir les sécessions unilatérales et porteuses de conflit, telle celle se déroulant actuellement en Catalogne, et de ne pas reconnaître, ni accepter, les nouvelles formations pseudo-étatiques émergeant par ce seul biais

Le gouvernement central doit prendre au sérieux les aspirations à l’indépendance des Catalans

Malgré tout le professeur Merkel remet en cause le procédé du gouvernement central contre le référendum des Catalans: «C’est une autre question de savoir si l’on doit s’opposer au référendum en tant que tel, donc à une simple consultation populaire. Et là, d’autres points de vue intéressants entrent en jeu. Le résultat du référendum montre que les Catalans se tiendront à leurs aspirations à l’indépendance. S’ils commencent à déplacer la question sur le plan politique, s’ils s’emparent de facto de l’administration, de la souveraineté en matière de police et surtout fiscale, la solution finale pour l’Etat central de Madrid sera l’intervention militaire en vue d’empêcher cette partition illégale. Cependant, en raison du sérieux danger de guerre civile pouvant en découler, cela serait inacceptable, également du point de vue du droit international

Contre l’usage de la force militaire à l’encontre des mouvements indépendantistes

A ce propos, le professeur Merkel rappelle un cas intéressant du Canada: «Il y a eu, en 1998, un jugement tout à fait remarquable de la Cour suprême canadienne à propos des tentatives de sécession du Québec, tenant en haleine depuis des décennies le Canada. D’abord la justice nie le droit du Québec à la sécession unilatérale, toutefois en obligeant par ailleurs le gouvernement central, dans le cas où il serait clairement établi qu’une majorité de la population de la région sécessionniste se prononce en sa faveur, à entamer un dialogue ouvert avec ses représentants. A priori, un tel dialogue ne doit pas même exclure une modification correspondante de la Constitution. Le recours immédiat à la force armée est inadmissible de la part du gouvernement central. La décision indique qu’en fin de compte il est possible d’accepter une sécession, si le seul moyen de l’empêcher est le recours à une violence semblable à une guerre civile. J’estime que cela est juste.»
En ce qui concerne la Catalogne, cela signifie: «Je crains que les processus à l’œuvre en Catalogne ne prennent finalement cette direction. Les divers participants, au nombre desquels se trouve aussi l’UE, seraient alors bien inspirés de considérer précisément les attendus de la Cour suprême canadienne. Du moins aura-t-on besoin d’un intermédiaire neutre pour les pourparlers à présent requis.»

L’UE n’est pas le bon médiateur

Le professeur Merkel se demande si l’UE est apte à ce type de médiation. Mais l’UE est partiale. «Une intervention des Nations Unies serait une possible éventualité.» Néanmoins, le professeur Merkel ne plaide pas en faveur d’une Catalogne indépendante: «On voudrait bien sûr espérer que les Catalans se rendent à la raison avant de franchir ce dernier pas et qu’ils renoncent à leurs aspirations difficilement justifiables même sur le plan politico-éthique.» Il exige toutefois aussi une contrepartie du gouvernement central espagnol: «Madrid pour sa part devrait proposer de plus larges concessions que celles actuellement en discussion pour l’autonomie catalane. A présent, […] les deux parties devraient engager de sérieux pourparlers pour régler la question, à savoir, tout à fait dans la ligne des mesures de l’arrêté canadien de la Cour suprême de 1998.»

Ordre fédéral: autodétermination à l’intérieur d’un Etat

Cependant les Catalans devraient savoir qu’ils n’ont aucun droit à l’indépendance: «Bien sûr, ils peuvent exercer toutes les possibilités démocratiques de formation et d’articulation de leur volonté collective. Mais ils n’ont pas droit à l’indépendance nationale. Comme tous les peuples, ils ont bien entendu ‹droit à l’autodétermination› selon l’article 1(2) de la Charte des Nations Unies. C’est là que se pose la question problématique de savoir s’ils peuvent l’exiger uniquement au titre de partie du peuple espagnol ou carrément en tant que peuple indépendant, peuple catalan. Cependant cette question peut même rester ouverte. Car l’‹autodétermination› au sens de la Charte des Nations-Unies ne revient pas à un droit à posséder son propre Etat. Cela signifie que tous les groupes qui peuvent affirmer de façon plausible leur propre identité, culturelle, ethnique, religieuse ou autre, ont droit à réaliser sous diverses formes de participation démocratique leur propre collectivité – mais primairement uniquement à l’intérieur des frontières légales et géographiques de l’Etat légitime auquel ils appartiennent. Il faut donc différencier l’autodétermination ‹intérieure›, c’est-à-dire au sein de l’ordre étatique, de l’autodétermination ‹extérieure› créant son propre Etat. Un droit véritable n’existe que pour les groupes ethniques ou autres groupes vivant au sein d’un Etat ordonné, mais exclusivement pour l’autodétermination interne. Et seulement s’ils subissent, en tant que groupe et au sein de leur Etat mère, une répression durable exercée par la majorité de la population, ils pourront obtenir un jour ou l’autre leur droit à la sécession
Cela n’est-il pas un bon argument en faveur d’une réflexion plus approfondie en direction de la construction d’un Etat fédéral?   

Zeit Fragen N° 26, 30 octobre 2017

1] https://deutsch.rt.com/europa/58470-rt-interview-mit-prof-merkel, du 4/10/17

Source: Zeit Fragen

http://arretsurinfo.ch/les-problemes-juridiques-entre-lespagne-et-la-catalogne-ne-se-resoudront-pas-par-la-force/


 

BASE 14 995X225Un juriste allemand qui suggère une solution fédérale à l'Espagne sur le modèle...allemand, et pourquoi pas...européen! Mais je vois le mal partout...

P.G.

 

lundi 30 octobre 2017

Majorité silencieuse ? 300 000 personnes manifestent à Barcelone pour l'unité de l'Espagne

Sous le slogan «la Catalogne c'est nous tous», plusieurs centaines de milliers de partisans de l'unité de l'Espagne ont manifesté dans les rues de Barcelone le 29 octobre, dénonçant la déclaration d'indépendance proclamée par le Parlement catalan.

ACT ESPAGNE RT

Environ 300 000 personnes ont manifesté le 29 octobre à Barcelone pour l'unité de l'Espagne, deux jours après la déclaration d'indépendance proclamée par le Parlement catalan, selon la police municipale.

La Société civile catalane, organisatrice de cette manifestation sous le slogan «la Catalogne c'est nous tous», a pour sa part estimé la participation à 1,1 million de personnes, alors que les autorités espagnoles évoquent le chiffre d'un million de manifestants.

La manifestation a envahi l'une des avenues emblématiques de Barcelone, le Paseig de Gracia, inondé de drapeaux espagnols et où résonnait le slogan «Puigdemont, en prison !», en référence au président indépendantiste catalan, destitué par Madrid le 27 octobre.

«Les séparatistes vivent dans un monde parallèle, un peu surréaliste», juge Silvia Alarcon, une manifestante de 35 ans, habitante de la banlieue de Barcelone. Elle se dit «en colère» contre les sécessionnistes s'exprimant au nom de tous, «alors que ce n'est pas le cas».

«Je serais extrêmement fâché si Madrid ne les mettait pas face à leurs responsabilités, judiciairement ou d'une autre manière, ce sont eux les dictateurs, eux qui ont fait passer les choses par la force», renchérit Miguel Angel Garcia Alcala, retraité de 70 ans, arrivé de Rubi, à 22 kilomètres de Barcelone.

Un des organisateurs du rassemblement, Alex Ramos, a fustigé «une déclaration unilatérale d'indépendance illégale et illégitime» qui est selon lui «une folie qui nous a conduits au précipice», rappelant que les partis indépendantistes n'avaient obtenu que 47% des voix aux dernières élections régionales de 2015.

Le 27 octobre, c'est la naissance de la République catalane qu'avaient célébré des dizaines de milliers de personnes à travers la Catalogne. Le gouvernement espagnol du conservateur Mariano Rajoy avait alors déjà reçu l'autorisation du Sénat de mettre en œuvre l'article 155 de la Constitution et ainsi prendre les rênes de la région et y «restaurer l'ordre constitutionnel». La numéro deux de son gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria, a été désignée pour diriger la Catalogne.

Alors que les manifestations d'ampleur réclamant l'indépendance de la Catalogne se succèdent, les partisans de l'unité de l'Espagne se font eux aussi entendre en nombre. Le 28 octobre, c'est à Madrid que plusieurs milliers d'opposants à l'indépendance catalane s'étaient fait entendre en descendant dans la rue.

https://francais.rt.com/international/45086-300-000-personnes-manifestent-barcelone-uni%C3%A9-espagne-images

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dimanche 29 octobre 2017

Le président de l'Assemblée de Corse reconnaît l'indépendance de la Catalogne

Le président de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, salue "cette nouvelle république catalane" et annonce que "si les Corses le veulent, dans dix ans, ils pourront mettre l'indépendance en débat".

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Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse reconnaît, "bien sûr", l'indépendance de la Catalogne, sur franceinfo vendredi 27 octobre. "Je précise qu'à cette heure, l'Assemblée de Corse n'a pas voté sur cette question", souligne-t-il, en rappelant que l'Assemblée de Corse a voté pour "soutenir le principe du référendum".

"Nous avons salué cette nouvelle république catalane. Nous avons des relations anciennes avec les Catalans, des relations amicales, politiques avec les indépendantistes catalans depuis des décennies", se félicite-t-il.

"Ce qui est préoccupant, c'est cette solidarité sans faille avec Madrid"

La situation en Catalogne, pour Jean-Guy Talamoni, est pourtant "troublée" par la "volonté de la part de Madrid de ne pas établir de dialogue". Pour le président de l'Assemblée de Corse, "du côté européen, ce qui est préoccupant, c'est cette solidarité sans faille avec Madrid, qui a utilisé des moyens extrêmement violents pour empêcher des gens qui venaient pacifiquement effectuer un vote". "Les responsables européens auraient dû, au minimum, dire leur désaccord face à cette agression face à un fait purement démocratique", déplore-t-il.

"Il est important qu'en Europe il y ait, de la part des responsables et des peuples, une volonté de ne pas laisser les choses s'envenimer parce qu'elles sont extrêmement préoccupantes", avance-t-il.

"Nous avons beaucoup de retard sur la Catalogne"

Pour autant, cette déclaration n'encourage pas, selon Jean-Guy Talamoni, les velléités indépendantistes insulaires. "La Corse n'est pas du tout dans la situation de la Catalogne, n'est pas dans cette séquence, y compris du point de vue des indépendantistes. Nous avons beaucoup de retard sur la Catalogne, sur le plan institutionnel, sur le plan économique".

Il précise que l'accord avec les nationalistes en cours en Corse "ne prévoit pas de processus d'indépendance pour les dix ans à venir", tout en tempérant : "les Corses, s'ils le veulent, dans dix ans, pourront mettre l'indépendance en débat". Mais "les choses ne se feront pas autrement que par la démocratie", précise Jean-Guy Talamoni.

http://www.francetvinfo.fr/france/corse/corse/le-president-de-l-assemblee-de-corse-reconnait-l-independance-de-la-catalogne_2440411.html

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samedi 28 octobre 2017

La Catalogne, toujours dissidente - jusqu'où ?

Une émisssion à écouter sur France Culture, pour ceux qui souhaitent creuser la question catalane.

BASE 14 995X225On y rappelle entre autres que même la II° République espagnole n'avait pas accordé la compétence éducative à la Catalogne, à l'image de la III° République française. On y rappelle aussi la répression terrible de Franco contre les Catalans qui a laissé des traces profondes et facilité certaines manipulations contemporaines, de mon point de vue. P.G.


 

L’ambition qu’a la Catalogne de renforcer son autonomie par rapport à l’Espagne castillane, et pour un bon nombre de ses habitants, d’aller jusqu’à l’indépendance, vient de s’affirmer de façon spectaculaire.

ARG CATALOGNE HISTOIRE

Le 11 septembre dernier, la Diada , journée historique de la province, a été marquée par une manifestation spectaculaire à laquelle la presse française n’a peut-être pas prêté toute l’attention qu’elle méritait, du point de vue de l’Espagne comme du point de vue de l’Europe. Depuis le col du Perthus, au nord, à la frontière française, jusqu’à Alcanar, au sud, une longue ligne de citoyens se donnant la main s’est étirée sur 400 kilomètres. Le cri d’« independencia » s’est élevé de toutes les gorges à 17h14, en évocation du jour de 1714 où Barcelone se vit contrainte de céder face aux troupes des Bourbons, lors de la guerre de succession d’Espagne.

Avec Benoît Pellistrandi, ancien directeur des études de la Casa de Velasquez, la grande école française de Madrid, membre correspondant de l’Académie royale d’histoire espagnole et professeur en khâgnes au lycée Condorcet, nous allons nous interroger ce matin sur les ressorts historiques, lointains et récents, de la dissidence catalane, sur son énergie et peut-être sur ses limites, jadis et naguère, en tâchant d’éclairer les incertitudes du futur. Avec la conviction d’entrée de jeu, que cette puissante force centrifuge dans la péninsule ibérique se nourrit, comme il advient toujours, de la combinaison de facteurs culturels et économiques tout autant que directement politiques. Et que la crise violente que connaît l’Espagne ces temps-ci ne peut qu’exacerber la tension. Jean-Noël Jeanneney

Programmation sonore

- Hymne catalan « Els Segadors » par Francisco MONTANER, dans le cadre de l’émission « Libre parcours » d’Eve GRILIQUEZ sur France Culture, le 16 décembre 1975.

- Extrait d'une causerie de l'historien Pierre VILAR, dans "Heure de culture française", décembre 1958.

- Extrait d’un entretien avec le poète et écrivain catalan José PALAU Y FABRE, à propos de la « renaissance » catalane au XIXe siècle, dans le cadre de l’émission « Heure de culture française » sur France culture, le 22 octobre 1968.

- Extrait du discours de Francesc MACIA proclamant le République de Catalogne, le 14 avril 1931 à Barcelone.

- Lecture d’un extrait de Hommage à la Catalogne de George ORWELL (paru en 1938 sous le titre de Homage to Catalonia), par Jean NEGRONI dans le cadre de l’émission « Les Chemins de la connaissance » du 22 novembre 1983.

- Chanson « L’Estaca » de Lluis LLACH enregistrée en live à Barcelone en 1976.

Bibliographie

- Benoît PELLISTRANDI, Histoire de l’Espagne des guerres napoléoniennes à nos jours, Perrin, à paraître le 31 octobre 2013.

- Benoît PELLISTRANDI, Un discours national ? La Real Academia de la Historia entre science et politique (1847-1897), Casa de Velasquez, 2004.

- Jordi CASASSAS et Carles SANTACANA, Le nationalisme catalan, Ellipse, 2004.

- Stéphane MICHONNEAU, Barcelone. Mémoire et identité (1830-1930), Presses universitaires de Rennes, 2007.

- Josep M. FRADERA, « Catalanisme : histoire d’un concept », in : La vie des idées , 26 janvier 2010.

- Gracia DOREL-FERRÉ, Atlas historique de la Catalogne, Autrement, 2010.

- Stéphane PAQUIN, La revanche des petites nations. Le Québec, l’Écosse et la Catalogne face à la mondialisation, vlb éditeur, 2001.

- George ORWELL, Hommage à la Catalogne, Editions Ivréa, 1982.

Précision. A la suite d'un mouvement social, nous n'avons pas pu enregistrer l'émission prévue initialement. Nous vous proposons cette émission diffusée une première fois le 5 octobre 2013.


 

Ecouter l'émission:

https://www.franceculture.fr/emissions/concordance-des-temps/la-catalogne-toujours-dissidente-jusquou-0

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vendredi 27 octobre 2017

Déclaration de guerre civile en Espagne: la Catalogne proclame son indépendance

Voilà, c'est parti.

BASE 14 995X225Les cinglés de Barcelone, soutenus par Soros et une partie de l'oligarchie euro- atlantiste (même si, officiellement, les Etats membres de l'UE et leur commanditaire de Washington, ne soutiennent pas le processus, jugé trop compliqué et dangereux sur le plan juridique, voir nos articles nombreux sur la question) ont décidé de se lancer dans une aventure dont personne ne sait où elle peut mener. Comble d'hypocrisie, Puigdemont appelle à la paix et au civisme! Voilà où mène la politique de l'autonomie des régions poussée par Bruxelles et ses larbins espagnols qui n'ont plus que leurs yeux pour pleurer: il leur faudra passer par l'usage de la force face à une population manipulée et en quête de sensations, entre des gauchistes qui croient rejouer la guerre d'Espagne et une bourgeoisie locale qui ne veut plus payer d'impôts à Madrid (mais qui trouve très bien de payer pour la Lettonie ou la Bulgarie, voire la Turquie, puisque bien sûr, il n'est pas question de sortir de l'Union européenne), le tout sur fond de crise sociale provoquée par les politiques d'austérité imposées par les directives européennes. Laboratoire de la désintégration des Etats- nations de l'Union européenne, l'"exemple catalan" est un essai en grandeur nature des différents scénarios envisagés. PG


 

Le parlement de Catalogne a adopté le 27 octobre une résolution déclarant que la région devenait un «Etat indépendant prenant la forme d'une République», avant d'entonner l'hymne indépendantiste, en l'absence de l'opposition.

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15h37

«L'Etat de droit restaurera la légalité en Catalogne», a tweeté le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, immédiatement après le vote d'une déclaration unilatérale d'indépendance au Parlement de cette région.

Le dirigeant conservateur a demandé à tous les Espagnols de «garder leur calme», dans un message signé de ses initiales.

Des dizaines de milliers d'indépendantistes laissent éclater leur joie à Barcelone.

15h40

53 parlementaires hostiles à l'indépendance de la Catalogne avaient quitté le Parlement avant le vote.

15h48 

L'Ibex, l'indice de référence de la bourse espagnole, a perdu deux points après la déclaration d'indépendance de la Catalogne.

16h00

Les banques catalanes accentuaient leur chute à la Bourse de Madrid après la proclamation de l'indépendance de la Catalogne, CaixaBank, troisième banque espagnole, perdant environ 5%, Banco Sabadell 6%, tandis que Banco Santander, cinquième banque de la zone euro, perdait environ 2,5%.

16h16

Avec 204 votes en faveur de l'adoption de l'article 155 et 47 votes contre, le Sénat espagnol a approuvé le train de mesures de suspension de l'autonomie de la Catalogne et la destitution du gouvernement catalan.

16h19

«L'Espagne reste notre seule interlocutrice», a déclaré Donald Tusk, président du Conseil européen. 

16h29

Deux conseils des ministres exceptionnels sont annoncés à 17h et 18h à Madrid. Le chef du gouvernement espagnol fera ensuite une allocution à la nation.

16h49

Puigdemont a appelé les Catalans à rester pacifiques et civiques.

17h03

Les Etats-Unis ont déclaré soutenir «l'unité» de l'Espagne dans un communiqué du département d'Etat.

«La Catalogne fait partie intégrante de l'Espagne, et les Etats-Unis soutiennent les mesures constitutionnelles du gouvernement espagnol visant à maintenir l'Espagne forte et unie», peut-on lire dans le document rédigé par la porte-parole du département d'Etat, Heather Nauert.

17h05

La porte-parole de la chancelière allemande a fait savoir qu'Angela Merkel soutenait toujours la position de Madrid vis-à-vis de la Catalogne.

17h36

La mairie de Sabadell, ville située dans la province de Barcelone, a fait retirer le drapeau espagnol de son bâtiment.

18h03

Emmanuel Macron a assuré Mariano Rajoy de son «plein soutien».

18h27

Londres «ne reconnaît et ne reconnaîtra pas» l'indépendance de la Catalogne, selon l'AFP.

18h50

Le parquet général espagnol engagera prochainement une procédure judiciaire contre le président catalan Carles Puigdemont pour «rébellion», selon un porte-parole du ministère public, après l'adoption au Parlement catalan d'une déclaration d'indépendance. Ce délit peut déboucher sur une peine de prison allant jusqu'à 30 ans, selon les informations recueillies par l'AFP.

https://francais.rt.com/international/45006-face-menace-article-155-parlement-catalan-independance


 

A suivre!

 

 

 

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