mercredi 15 novembre 2017

Catalogne : Carles Puigdemont saisit la Cour européenne des droits de l'homme

Le président destitué de Catalogne tente d'ouvrir un nouveau front judiciaire.

ACT PUIGDEMONT BRUXELLES

Nouveau front ? Ecran de fumée ? La présidente du parlement catalan, le président destitué de Catalogne Carles Puigdemont et l'indépendantiste Carme Forcadell ont déposé plusieurs requêtes contre Madrid auprès de la Cour européenne des droits de l'homme. 

"La Cour confirme que quatre requêtes catalanes ont été déposées", a déclaré ce vendredi 10 novembre un porte-parole de la CEDH, confirmant des informations de l'agence de presse espagnole EFE.

La CEDH a confirmé que l'une de ces requêtes, reçue le 18 octobre, émanait de la présidente du parlement catalan. L'un des signataires de cette requête est Carles Puigdemont.

Dans cette affaire, "Forcadell i Lluiss et autres contre Espagne", "Carme Forcadell et 76 autres requérants, en l'occurrence des députés du Parlement de Catalogne, se plaignent de l'interdiction qui leur avait été faite d'une date de réunion en plénière par la Cour constitutionnelle espagnole qui portait sur la déclaration d'indépendance", a indiqué le porte-parole de la CEDH.

La CEDH a également reçu une requête d'un citoyen espagnol qui, pour les mêmes faits, se plaint que ses représentants catalans n'aient pas pu se réunir. Le requérant est Domingo Garcia-Mila.

Carme Forcadell libérée 

Huit membres du gouvernement séparatiste de l'indépendantiste Carles Puigdemont, destitué par Madrid, étaient déjà inculpés et écroués jeudi. Carles Puigdemont et quatre de ses "ministres" ont quant à eux fui en Belgique et sont visés par un mandat d'arrêt espagnol.

Carme Forcadell, poursuivie avec cinq autres parlementaires dans le cadre d'une enquête pour rébellion, sédition et malversations après la déclaration d'indépendance votée par cette assemblée régionale le 27 octobre, a passé la nuit en prison près de Madrid, mais vient d'être libérée.

La présidente du Parlement catalan est, en effet, parvenue à verser les 150.000 euros de caution exigés par la Cour suprême en vue de sa libération.

Requêtes de citoyens 

Deux autres requêtes émanent de citoyens espagnols qui "se plaignent qu'en Catalogne, la constitution d'un comité électoral, conçu et préparé en vue du référendum catalan, a été accrochée par le Conseil constitutionnel espagnol et que les membres de ce comité ont été condamnés à des amendes jours de 6.000 euros", a expliqué la Cour.

Ces deux requêtes, qui émanent de Costa i Rosello et Jove Lado, ont été reçues par la Cour le 22 septembre. "Ces quatre affaires catalanes sont toutes au stade préliminaire", a ajouté la Cour. Conformément à la procédure, ces requêtes et l'exposé des faits concernés "ne sont pas communiqués" publiquement pour le moment.

Les quatre affaires doivent, dans un premier temps, être communiquées à Madrid et la CEDH dira ensuite si ces requêtes sont ou non recevables.

(Avec AFP)

https://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20171110.OBS7209/catalogne-carles-puigdemont-saisit-la-cour-europeenne-des-droits-de-l-homme.html

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dimanche 12 novembre 2017

[RussEurope en exil] Espagne : crise de légitimité ? Par Jacques Sapir

Un récent sondage effectué par le PEW Research Institute a mesuré l’ampleur de la crise de confiance engendré par l’affrontement entre les indépendantistes et le gouvernement centrale de Madrid et ce dès le printemps dernier[1].

ARG ESPAGNE SAPIR RAJOY

Les résultats montrent un effondrement de la confiance des espagnols en général, et des catalans en particulier dans la capacité du gouvernement de Madrid d’agir de manière efficace pour les intérêts de l’Espagne.

Le point important est que 53% des catalans, selon ce sondage, ne font pas du tout confiance dans le gouvernement de Madrid. Le fait qu’une majorité absolue d’opinions se porte sur un point de vue radicalement critique est évidemment important. Mais, dans le reste de l’Espagne, cette opinion est partagée par 39% des sondés. C’est bien la preuve que, derrière la crise catalane, et la revendication pour l’indépendance, on est en présence d’une défiance majeure vis-à-vis du gouvernement Rajoy.

Notons qu’une écrasante majorité des espagnols sont aussi insatisfaits de la manière dont la démocratie fonctionne dans leur pays. Cette insatisfaction date d’avant le référendum du 1er octobre. Elle montre l’ampleur des problèmes que connaissait le système politique espagnol. On remarquera que cette insatisfaction est plus sensible en Catalogne que dans le reste de l’Espagne, mais qu’elle atteint aussi un niveau important dans le reste de l’Espagne.

 

La question de la légitimité

On constate que le conflit entre Barcelone et Madrid, la question de l’indépendance de la Catalogne, ne fait que recouvrir une question bien plus profonde sur le fonctionnement des institutions. Il faut donc ici rappeler que les institutions de l’Espagne actuelle, et en particulier la constitution de 1978, étaient un compromis destiné à assurer une sortie du franquisme. Cette constitution était donc loin d’être le dernier mot de la démocratie, et elle résultait explicitement d’un compromis avec certains secteurs de l’Etat franquiste, secteurs qui ont d’ailleurs donné naissance au Parti Populaire, dont Mariano Rajoy est aujourd’hui le représentant. C’est pourquoi la pratique constitutionnelle avait au moins autant d’importance que le texte lui-même. On comprend aussi que, dans ce contexte, cela n’a pas de sens de se réfugier derrière la lettre formelle de la loi. Cette dernière correspondait à un moment politique du pays, mais un moment qui n’est plus.

On mesure ici les conséquences néfastes de la pratique constitutionnelle qui s’est développée à partir de 2010 et de l’annulation d’une partie du statut de la Catalogne. La question ici n’est pas qu’il y ait eu un vice de forme ou de procédure, vice de forme conduisant à l’invalidation du statut par la cour constitutionnelle. La véritable question est celle de l’annulation d’un statut qui avait été voté tant par le Parlement espagnol que par le parlement catalan, et ratifié par référendum par la population de la Catalogne.

Si cette annulation avait été suivie par l’ouverture de nouvelles négociations, et par des modifications du texte initial, le processus démocratique aurait pu se poursuivre. Mais, cela ne fut pas le cas. En décidant de ne pas donner suite à ce processus, le gouvernement de Mariano Rajoy et le Parti Populaire ont pris une responsabilité écrasante dans l’involution de la situation, qui a crispé les positions et qui explique largement l’état de crise actuel. La poussée des mouvements indépendantistes, qui fut constaté lors des élections régionales de 2015, résulte largement d’une réaction contre la politique de Mariano Rajoy.

Tableau 1

Résultats des élections régionales de 2015

Liste Voix % Sièges
Ensemble pour le oui**

(PDeCAT et ERC)

1 628 714 39,59 62
Ciudadanos 736 364 17,90 25
Parti des socialistes de Catalogne (affilié PSOE) 523 283 12,72 16
Catalogne oui c’est possible (affilié PODEMOS)* 367 613 8,94 11
Parti populaire catalan 349 193 8,49 11
Candidature d’unité populaire** – CUP 337 794 8,21 10
Total indépendantiste 1 966 508 47,80 72
Unioniste 1 608 840 39,11 52
           

** Listes soutenant l’idée de l’organisation d’un référendum d’indépendance

* Liste soutenant le principe d’un référendum, mais sans se prononcer sur la question de l’indépendance.

Les conséquences qu’il faut en tirer

On peut tirer quelques conclusions de ce sondage. La première est que Mariano Rajoy et le parlement espagnol n’ont plus de légitimité aujourd’hui. En tous les cas, il ne peuvent se retrancher derrière le texte de la loi sans tenir compte du problème de légitimité qui est en surplomb des mesures légales qu’ils veulent prendre.

La deuxième conséquence est que des élections générales doivent avoir lieu au plus vite en Espagne. Les élections au Parlement de Catalogne auront lieu le 21 décembre. Des élections générales doivent avoir lieu d’ici janvier ou février. Non seulement ces élections générales s’imposent en raison de la perte de légitimité du gouvernement central, mais elles s’imposent aussi si l’on veut éviter un conflit de légitimité entre le nouveau parlement catalan et le parlement espagnol. Ce conflit, qui proviendrait de ce qu’un parlement nouvellement élu est toujours plus légitime qu’une assemblée plus ancienne, peut avoir des conséquences dramatiques pour l’Espagne toute entière. Que l’on se souvienne de l’enchaînement des événements qui ont eu lieu en URSS en 1990 et 1991, avec une assemblée de Russie, nouvellement élue, contestant la légitimité du Soviet Suprême. Un Parlement espagnol nouvellement élu devrait alors déclencher un processus de réécriture de la Constitution, et soumettre le fruit de ses travaux à un référendum.

La troisième conséquences, qui s’impose à l’évidence, est que Mariano Rajoy doit se retirer. Il porte le poids des erreurs passés, et son action souffre trop de l’image détestable de la répression du vote du 1er octobre.

Jacques Sapir

 

Notes

[1] http://www.pewresearch.org/fact-tank/2017/11/06/dissatisfaction-was-widespread-in-spain-even-before-catalan-secession-vote/ft_17-10-30_catalonia_bars420px/

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-espagne-crise-de-legitimite-par-jacques-sapir/


 

BASE 14 995X225Dommage que Sapir n'étudie pas le rôle et l'impact des politiques européennes et leurs conséquences sur la légitimité du gouvernement espagnol, à l'image de ce qui se passe ailleurs en Europe, si on en juge par les récentes élections (Allemagne, Autriche, Tchéquie...)...  P.G.

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dimanche 5 novembre 2017

Catalogne : le président destitué Carles Puigdemont s'est livré à la police belge

Le leader indépendantiste s'est rendu avec quatre de ses anciens ministres à la police judiciaire fédérale de Bruxelles (Belgique), dans la matinée du dimanche 5 novembre.

ACT PUIGDEMENT PRISON

Le président destitué de la région Catalogne, Carles Puigdemont, s'est livré à la police belge avec quatre de ses anciens ministres, a annoncé le parquet fédéral belge, dimanche 5 novembre. "Ce matin, les cinq personnes recherchées par l'Espagne se sont présentées auprès de la police judiciaire fédérale de Bruxelles. Elles ont été privées de liberté à 9h17", a déclaré Gilles Dejemeppe, porte-parole du parquet fédéral belge. 

Carles Puigdemont et ses quatre anciens ministres ont été "notifiés" du mandat d'arrêt européen les concernant, a poursuivi Gilles Dejemeppe. Ils seront auditionnés par un juge d'instruction belge "dans le courant de l'après-midi", a annoncé le porte-parole. 

Ce juge d'instruction a 24 heures, jusqu'à lundi à 9h17, pour décider de les placer en détention ou de les libérer sous condition ou caution. Selon Gilles Dejemeppe, cette décision devrait intervenir dans la soirée.

"Ils ont honoré ce rendez-vous"

Carles Puigdemont et ses quatre "conseillers" (l'équivalent des ministres dans l'ancien gouvernement catalan) sont visés par des mandats d'arrêts émis par l'Espagne pour "sédition, rébellion et détournement de fonds", après la déclaration d'indépendance de la Catalogne. 

"Nous avions des contacts réguliers avec les avocats des cinq personnes et il avait été convenu un rendez-vous au commissariat" de la police fédérale, a explique Gilles Dejemeppe dimanche. "Ils ont honoré ce rendez-vous", a-t-il ajouté.

Carles Puigdemont et ses quatre anciens ministres se trouvent actuellement dans les locaux du parquet de Bruxelles.

http://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/referendum-en-catalogne/catalogne-le-president-destitue-carles-puigdemont-s-est-livre-a-la-police-belge-annonce-le-parquet-de-bruxelles_2453082.html#xtor=EPR-51-[catalogne-le-president-destitue-carles-puigdemont-s-est-livre-a-la-police-belge-annonce-le-parquet-de-bruxelles_2453082]-20171105-[titre]


 

Pour ceux qui l'auraient manqué, voir:

Qui se cache derrière l indépendance de la catalogne ?

Ajoutée le 9 oct. 2017
https://www.youtube.com/watch?v=WWLO01k97Ls

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vendredi 3 novembre 2017

Les problèmes juridiques entre l’Espagne et la Catalogne ne se résoudront pas par la force

Il est indispensable d’engager des procédures de conciliation sérieuses

ARG ESP QUESTION

Le conflit s’éternise entre le gouvernement central espagnol et le gouvernement régional de la communauté autonome de la Catalogne. Les deux parties campent sur leurs positions juridiques et les gouvernements respectifs reçoivent tous deux le soutien de nombreux citoyens. Des deux côtés, on argumente sur des points historiques, politiques et économiques. La discussion internationale sur le problème est clivée. L’escalade de la violence menaçante entrainerait un grand nombre de victimes. Dès à présent, on relève de nombreuses incohérences. On déplore plus de 1000 blessés. Ce sont suffisamment de raisons pour tenter de dresser un tableau plus clair de la problématique de fond et de rechercher des solutions.

Le 4 octobre 2017, la chaine RT Allemagne1 a interviewé le Professeur Reinhard Merkel, pénaliste et philosophe du droit afin de connaître son avis sur la situation du point de vue du droit constitutionnel et du droit international. Le témoignage du chercheur de l’Université de Hambourg est tout particulièrement intéressant parce que dans la mesure où il ne se prononce en faveur d’aucune des parties en présence mais se concentre sur la clarification des questions juridiques, sans perdre toutefois de vue les dimensions politiques et les solutions raisonnables.

Sur le plan du droit public, le référendum n’était pas légal

Au début de l’interview, le professeur Merkel rappelle que la position du gouvernement central, affirmant que le référendum du 1er octobre était «illégal», est «juridiquement correct» et correspond à la Constitution espagnole: «Comme la plupart des constitutions dans le monde, la Constitution espagnole interdit toute sécession unilatérale d’une partie de la population, et n’autorise donc aucun ‹démembrement› du territoire national. Les Etats ne sont en aucun cas, comme l’énonce parfois crûment la doctrine du droit international, ‹un club de suicidaires›. Une quantité de bonnes raisons justifie cette situation dans le spectre suivant: de la protection des pertes financières manifestes pour le reste de la population en parité avec une telle partition du territoire jusqu’au désir d’éviter les risques inhérents d’instabilité intérieure et extérieure.

Si le gouvernement de la Catalogne persistait en faveur de l’indépendance, R. Merkel ne prévoit qu’un très faible soutien international: «Cette reconnaissance n’aura pas lieu, non seulement parce que la sécession est anticonstitutionnelle selon le droit espagnol, mais encore parce que les Etats ne voudront pas créer de précédent en matière de droit international dans le sens d’une sécession couronnée de succès. Pour finir, eux-mêmes pourraient un beau jour se retrouver concernés

La position complexe du droit international

Avec le droit international, on peine également à justifier une déclaration d’indépendance: «Etant donné que les Etats ont particulièrement intérêt à éviter toute sécession et qu’ils sont, en outre, les organismes normatifs du droit international, il n’existe aucune garantie suite au droit international pour ce genre de chose.» Toutefois, le professeur Merkel émet une réserve: «On doit cependant attirer l’attention sur deux restrictions importantes de ce principe. Premièrement, il n’y a, en droit international, aucune interdiction formelle de sécession. Une telle interdiction aurait été difficile à promulguer parce que le droit international est avant tout un système juridique entre Etats. Par conséquent, les populations autonomes à l’intérieur d’un Etat ne sont en principe pas considérées comme sujet concret en droit international – ce qui fait qu’elles ne peuvent être visées de façon plausible par une interdiction en droit international (mis à part l’interdiction universelle de perpétration de crimes de droit international). Et, deuxièmement, les grandes puissances mondiales ont à l’occasion très bien accepté de tels précédents en matière de sécession, avant tout lorsque la mère-patrie concernée ne leur agréait pas pour des raisons politiques.» En effet: «L’exemple le plus récent et le plus marquant en a été, en 2008, la reconnaissance immédiate de la séparation unilatérale du Kosovo d’avec la Serbie, qui a par ailleurs eu lieu sans aucun référendum préalable, et n’avait donc aucune garantie démocratique. Tous les Etats occidentaux de quelque importance, y compris l’Allemagne, ont reconnu cette sécession en quelques jours à peine.» Cependant, le professeur Merkel ajoute également: «Cela était contraire au droit international.» – malgré une expertise de la Cour de justice internationale pour l’Assemblée générale des Nations-Unies.

Les critères politiques font plier le droit

Dans un autre exemple, le professeur Merkel démontre que les pouvoirs politiques agissent selon des critères politiques et non selon des points de vue juridiques. Ainsi, comme on le sait depuis le cas de la Crimée et de l’Ukraine orientale, six ans plus tard, l’Ouest a totalement oublié «ses sympathies sécessionnistes du temps du Kosovo. A cette position inconsistante, on voit que les sécessions sont en premier lieu encore une question de politique de pouvoir et d’intérêts et beaucoup moins, malheureusement, l’objet des principes du droit.»
«La Cause du Kosovo», selon le professeur Merkel, «trouble totalement le jugement par ailleurs clair du droit international. Il y a néanmoins de bonnes raisons – du point de vue du droit international – de ne pas accepter à l’avenir les sécessions unilatérales et porteuses de conflit, telle celle se déroulant actuellement en Catalogne, et de ne pas reconnaître, ni accepter, les nouvelles formations pseudo-étatiques émergeant par ce seul biais

Le gouvernement central doit prendre au sérieux les aspirations à l’indépendance des Catalans

Malgré tout le professeur Merkel remet en cause le procédé du gouvernement central contre le référendum des Catalans: «C’est une autre question de savoir si l’on doit s’opposer au référendum en tant que tel, donc à une simple consultation populaire. Et là, d’autres points de vue intéressants entrent en jeu. Le résultat du référendum montre que les Catalans se tiendront à leurs aspirations à l’indépendance. S’ils commencent à déplacer la question sur le plan politique, s’ils s’emparent de facto de l’administration, de la souveraineté en matière de police et surtout fiscale, la solution finale pour l’Etat central de Madrid sera l’intervention militaire en vue d’empêcher cette partition illégale. Cependant, en raison du sérieux danger de guerre civile pouvant en découler, cela serait inacceptable, également du point de vue du droit international

Contre l’usage de la force militaire à l’encontre des mouvements indépendantistes

A ce propos, le professeur Merkel rappelle un cas intéressant du Canada: «Il y a eu, en 1998, un jugement tout à fait remarquable de la Cour suprême canadienne à propos des tentatives de sécession du Québec, tenant en haleine depuis des décennies le Canada. D’abord la justice nie le droit du Québec à la sécession unilatérale, toutefois en obligeant par ailleurs le gouvernement central, dans le cas où il serait clairement établi qu’une majorité de la population de la région sécessionniste se prononce en sa faveur, à entamer un dialogue ouvert avec ses représentants. A priori, un tel dialogue ne doit pas même exclure une modification correspondante de la Constitution. Le recours immédiat à la force armée est inadmissible de la part du gouvernement central. La décision indique qu’en fin de compte il est possible d’accepter une sécession, si le seul moyen de l’empêcher est le recours à une violence semblable à une guerre civile. J’estime que cela est juste.»
En ce qui concerne la Catalogne, cela signifie: «Je crains que les processus à l’œuvre en Catalogne ne prennent finalement cette direction. Les divers participants, au nombre desquels se trouve aussi l’UE, seraient alors bien inspirés de considérer précisément les attendus de la Cour suprême canadienne. Du moins aura-t-on besoin d’un intermédiaire neutre pour les pourparlers à présent requis.»

L’UE n’est pas le bon médiateur

Le professeur Merkel se demande si l’UE est apte à ce type de médiation. Mais l’UE est partiale. «Une intervention des Nations Unies serait une possible éventualité.» Néanmoins, le professeur Merkel ne plaide pas en faveur d’une Catalogne indépendante: «On voudrait bien sûr espérer que les Catalans se rendent à la raison avant de franchir ce dernier pas et qu’ils renoncent à leurs aspirations difficilement justifiables même sur le plan politico-éthique.» Il exige toutefois aussi une contrepartie du gouvernement central espagnol: «Madrid pour sa part devrait proposer de plus larges concessions que celles actuellement en discussion pour l’autonomie catalane. A présent, […] les deux parties devraient engager de sérieux pourparlers pour régler la question, à savoir, tout à fait dans la ligne des mesures de l’arrêté canadien de la Cour suprême de 1998.»

Ordre fédéral: autodétermination à l’intérieur d’un Etat

Cependant les Catalans devraient savoir qu’ils n’ont aucun droit à l’indépendance: «Bien sûr, ils peuvent exercer toutes les possibilités démocratiques de formation et d’articulation de leur volonté collective. Mais ils n’ont pas droit à l’indépendance nationale. Comme tous les peuples, ils ont bien entendu ‹droit à l’autodétermination› selon l’article 1(2) de la Charte des Nations Unies. C’est là que se pose la question problématique de savoir s’ils peuvent l’exiger uniquement au titre de partie du peuple espagnol ou carrément en tant que peuple indépendant, peuple catalan. Cependant cette question peut même rester ouverte. Car l’‹autodétermination› au sens de la Charte des Nations-Unies ne revient pas à un droit à posséder son propre Etat. Cela signifie que tous les groupes qui peuvent affirmer de façon plausible leur propre identité, culturelle, ethnique, religieuse ou autre, ont droit à réaliser sous diverses formes de participation démocratique leur propre collectivité – mais primairement uniquement à l’intérieur des frontières légales et géographiques de l’Etat légitime auquel ils appartiennent. Il faut donc différencier l’autodétermination ‹intérieure›, c’est-à-dire au sein de l’ordre étatique, de l’autodétermination ‹extérieure› créant son propre Etat. Un droit véritable n’existe que pour les groupes ethniques ou autres groupes vivant au sein d’un Etat ordonné, mais exclusivement pour l’autodétermination interne. Et seulement s’ils subissent, en tant que groupe et au sein de leur Etat mère, une répression durable exercée par la majorité de la population, ils pourront obtenir un jour ou l’autre leur droit à la sécession
Cela n’est-il pas un bon argument en faveur d’une réflexion plus approfondie en direction de la construction d’un Etat fédéral?   

Zeit Fragen N° 26, 30 octobre 2017

1] https://deutsch.rt.com/europa/58470-rt-interview-mit-prof-merkel, du 4/10/17

Source: Zeit Fragen

http://arretsurinfo.ch/les-problemes-juridiques-entre-lespagne-et-la-catalogne-ne-se-resoudront-pas-par-la-force/


 

BASE 14 995X225Un juriste allemand qui suggère une solution fédérale à l'Espagne sur le modèle...allemand, et pourquoi pas...européen! Mais je vois le mal partout...

P.G.

 

lundi 30 octobre 2017

Majorité silencieuse ? 300 000 personnes manifestent à Barcelone pour l'unité de l'Espagne

Sous le slogan «la Catalogne c'est nous tous», plusieurs centaines de milliers de partisans de l'unité de l'Espagne ont manifesté dans les rues de Barcelone le 29 octobre, dénonçant la déclaration d'indépendance proclamée par le Parlement catalan.

ACT ESPAGNE RT

Environ 300 000 personnes ont manifesté le 29 octobre à Barcelone pour l'unité de l'Espagne, deux jours après la déclaration d'indépendance proclamée par le Parlement catalan, selon la police municipale.

La Société civile catalane, organisatrice de cette manifestation sous le slogan «la Catalogne c'est nous tous», a pour sa part estimé la participation à 1,1 million de personnes, alors que les autorités espagnoles évoquent le chiffre d'un million de manifestants.

La manifestation a envahi l'une des avenues emblématiques de Barcelone, le Paseig de Gracia, inondé de drapeaux espagnols et où résonnait le slogan «Puigdemont, en prison !», en référence au président indépendantiste catalan, destitué par Madrid le 27 octobre.

«Les séparatistes vivent dans un monde parallèle, un peu surréaliste», juge Silvia Alarcon, une manifestante de 35 ans, habitante de la banlieue de Barcelone. Elle se dit «en colère» contre les sécessionnistes s'exprimant au nom de tous, «alors que ce n'est pas le cas».

«Je serais extrêmement fâché si Madrid ne les mettait pas face à leurs responsabilités, judiciairement ou d'une autre manière, ce sont eux les dictateurs, eux qui ont fait passer les choses par la force», renchérit Miguel Angel Garcia Alcala, retraité de 70 ans, arrivé de Rubi, à 22 kilomètres de Barcelone.

Un des organisateurs du rassemblement, Alex Ramos, a fustigé «une déclaration unilatérale d'indépendance illégale et illégitime» qui est selon lui «une folie qui nous a conduits au précipice», rappelant que les partis indépendantistes n'avaient obtenu que 47% des voix aux dernières élections régionales de 2015.

Le 27 octobre, c'est la naissance de la République catalane qu'avaient célébré des dizaines de milliers de personnes à travers la Catalogne. Le gouvernement espagnol du conservateur Mariano Rajoy avait alors déjà reçu l'autorisation du Sénat de mettre en œuvre l'article 155 de la Constitution et ainsi prendre les rênes de la région et y «restaurer l'ordre constitutionnel». La numéro deux de son gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria, a été désignée pour diriger la Catalogne.

Alors que les manifestations d'ampleur réclamant l'indépendance de la Catalogne se succèdent, les partisans de l'unité de l'Espagne se font eux aussi entendre en nombre. Le 28 octobre, c'est à Madrid que plusieurs milliers d'opposants à l'indépendance catalane s'étaient fait entendre en descendant dans la rue.

https://francais.rt.com/international/45086-300-000-personnes-manifestent-barcelone-uni%C3%A9-espagne-images

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dimanche 29 octobre 2017

Le président de l'Assemblée de Corse reconnaît l'indépendance de la Catalogne

Le président de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, salue "cette nouvelle république catalane" et annonce que "si les Corses le veulent, dans dix ans, ils pourront mettre l'indépendance en débat".

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Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse reconnaît, "bien sûr", l'indépendance de la Catalogne, sur franceinfo vendredi 27 octobre. "Je précise qu'à cette heure, l'Assemblée de Corse n'a pas voté sur cette question", souligne-t-il, en rappelant que l'Assemblée de Corse a voté pour "soutenir le principe du référendum".

"Nous avons salué cette nouvelle république catalane. Nous avons des relations anciennes avec les Catalans, des relations amicales, politiques avec les indépendantistes catalans depuis des décennies", se félicite-t-il.

"Ce qui est préoccupant, c'est cette solidarité sans faille avec Madrid"

La situation en Catalogne, pour Jean-Guy Talamoni, est pourtant "troublée" par la "volonté de la part de Madrid de ne pas établir de dialogue". Pour le président de l'Assemblée de Corse, "du côté européen, ce qui est préoccupant, c'est cette solidarité sans faille avec Madrid, qui a utilisé des moyens extrêmement violents pour empêcher des gens qui venaient pacifiquement effectuer un vote". "Les responsables européens auraient dû, au minimum, dire leur désaccord face à cette agression face à un fait purement démocratique", déplore-t-il.

"Il est important qu'en Europe il y ait, de la part des responsables et des peuples, une volonté de ne pas laisser les choses s'envenimer parce qu'elles sont extrêmement préoccupantes", avance-t-il.

"Nous avons beaucoup de retard sur la Catalogne"

Pour autant, cette déclaration n'encourage pas, selon Jean-Guy Talamoni, les velléités indépendantistes insulaires. "La Corse n'est pas du tout dans la situation de la Catalogne, n'est pas dans cette séquence, y compris du point de vue des indépendantistes. Nous avons beaucoup de retard sur la Catalogne, sur le plan institutionnel, sur le plan économique".

Il précise que l'accord avec les nationalistes en cours en Corse "ne prévoit pas de processus d'indépendance pour les dix ans à venir", tout en tempérant : "les Corses, s'ils le veulent, dans dix ans, pourront mettre l'indépendance en débat". Mais "les choses ne se feront pas autrement que par la démocratie", précise Jean-Guy Talamoni.

http://www.francetvinfo.fr/france/corse/corse/le-president-de-l-assemblee-de-corse-reconnait-l-independance-de-la-catalogne_2440411.html

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samedi 28 octobre 2017

La Catalogne, toujours dissidente - jusqu'où ?

Une émisssion à écouter sur France Culture, pour ceux qui souhaitent creuser la question catalane.

BASE 14 995X225On y rappelle entre autres que même la II° République espagnole n'avait pas accordé la compétence éducative à la Catalogne, à l'image de la III° République française. On y rappelle aussi la répression terrible de Franco contre les Catalans qui a laissé des traces profondes et facilité certaines manipulations contemporaines, de mon point de vue. P.G.


 

L’ambition qu’a la Catalogne de renforcer son autonomie par rapport à l’Espagne castillane, et pour un bon nombre de ses habitants, d’aller jusqu’à l’indépendance, vient de s’affirmer de façon spectaculaire.

ARG CATALOGNE HISTOIRE

Le 11 septembre dernier, la Diada , journée historique de la province, a été marquée par une manifestation spectaculaire à laquelle la presse française n’a peut-être pas prêté toute l’attention qu’elle méritait, du point de vue de l’Espagne comme du point de vue de l’Europe. Depuis le col du Perthus, au nord, à la frontière française, jusqu’à Alcanar, au sud, une longue ligne de citoyens se donnant la main s’est étirée sur 400 kilomètres. Le cri d’« independencia » s’est élevé de toutes les gorges à 17h14, en évocation du jour de 1714 où Barcelone se vit contrainte de céder face aux troupes des Bourbons, lors de la guerre de succession d’Espagne.

Avec Benoît Pellistrandi, ancien directeur des études de la Casa de Velasquez, la grande école française de Madrid, membre correspondant de l’Académie royale d’histoire espagnole et professeur en khâgnes au lycée Condorcet, nous allons nous interroger ce matin sur les ressorts historiques, lointains et récents, de la dissidence catalane, sur son énergie et peut-être sur ses limites, jadis et naguère, en tâchant d’éclairer les incertitudes du futur. Avec la conviction d’entrée de jeu, que cette puissante force centrifuge dans la péninsule ibérique se nourrit, comme il advient toujours, de la combinaison de facteurs culturels et économiques tout autant que directement politiques. Et que la crise violente que connaît l’Espagne ces temps-ci ne peut qu’exacerber la tension. Jean-Noël Jeanneney

Programmation sonore

- Hymne catalan « Els Segadors » par Francisco MONTANER, dans le cadre de l’émission « Libre parcours » d’Eve GRILIQUEZ sur France Culture, le 16 décembre 1975.

- Extrait d'une causerie de l'historien Pierre VILAR, dans "Heure de culture française", décembre 1958.

- Extrait d’un entretien avec le poète et écrivain catalan José PALAU Y FABRE, à propos de la « renaissance » catalane au XIXe siècle, dans le cadre de l’émission « Heure de culture française » sur France culture, le 22 octobre 1968.

- Extrait du discours de Francesc MACIA proclamant le République de Catalogne, le 14 avril 1931 à Barcelone.

- Lecture d’un extrait de Hommage à la Catalogne de George ORWELL (paru en 1938 sous le titre de Homage to Catalonia), par Jean NEGRONI dans le cadre de l’émission « Les Chemins de la connaissance » du 22 novembre 1983.

- Chanson « L’Estaca » de Lluis LLACH enregistrée en live à Barcelone en 1976.

Bibliographie

- Benoît PELLISTRANDI, Histoire de l’Espagne des guerres napoléoniennes à nos jours, Perrin, à paraître le 31 octobre 2013.

- Benoît PELLISTRANDI, Un discours national ? La Real Academia de la Historia entre science et politique (1847-1897), Casa de Velasquez, 2004.

- Jordi CASASSAS et Carles SANTACANA, Le nationalisme catalan, Ellipse, 2004.

- Stéphane MICHONNEAU, Barcelone. Mémoire et identité (1830-1930), Presses universitaires de Rennes, 2007.

- Josep M. FRADERA, « Catalanisme : histoire d’un concept », in : La vie des idées , 26 janvier 2010.

- Gracia DOREL-FERRÉ, Atlas historique de la Catalogne, Autrement, 2010.

- Stéphane PAQUIN, La revanche des petites nations. Le Québec, l’Écosse et la Catalogne face à la mondialisation, vlb éditeur, 2001.

- George ORWELL, Hommage à la Catalogne, Editions Ivréa, 1982.

Précision. A la suite d'un mouvement social, nous n'avons pas pu enregistrer l'émission prévue initialement. Nous vous proposons cette émission diffusée une première fois le 5 octobre 2013.


 

Ecouter l'émission:

https://www.franceculture.fr/emissions/concordance-des-temps/la-catalogne-toujours-dissidente-jusquou-0

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vendredi 27 octobre 2017

Déclaration de guerre civile en Espagne: la Catalogne proclame son indépendance

Voilà, c'est parti.

BASE 14 995X225Les cinglés de Barcelone, soutenus par Soros et une partie de l'oligarchie euro- atlantiste (même si, officiellement, les Etats membres de l'UE et leur commanditaire de Washington, ne soutiennent pas le processus, jugé trop compliqué et dangereux sur le plan juridique, voir nos articles nombreux sur la question) ont décidé de se lancer dans une aventure dont personne ne sait où elle peut mener. Comble d'hypocrisie, Puigdemont appelle à la paix et au civisme! Voilà où mène la politique de l'autonomie des régions poussée par Bruxelles et ses larbins espagnols qui n'ont plus que leurs yeux pour pleurer: il leur faudra passer par l'usage de la force face à une population manipulée et en quête de sensations, entre des gauchistes qui croient rejouer la guerre d'Espagne et une bourgeoisie locale qui ne veut plus payer d'impôts à Madrid (mais qui trouve très bien de payer pour la Lettonie ou la Bulgarie, voire la Turquie, puisque bien sûr, il n'est pas question de sortir de l'Union européenne), le tout sur fond de crise sociale provoquée par les politiques d'austérité imposées par les directives européennes. Laboratoire de la désintégration des Etats- nations de l'Union européenne, l'"exemple catalan" est un essai en grandeur nature des différents scénarios envisagés. PG


 

Le parlement de Catalogne a adopté le 27 octobre une résolution déclarant que la région devenait un «Etat indépendant prenant la forme d'une République», avant d'entonner l'hymne indépendantiste, en l'absence de l'opposition.

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15h37

«L'Etat de droit restaurera la légalité en Catalogne», a tweeté le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, immédiatement après le vote d'une déclaration unilatérale d'indépendance au Parlement de cette région.

Le dirigeant conservateur a demandé à tous les Espagnols de «garder leur calme», dans un message signé de ses initiales.

Des dizaines de milliers d'indépendantistes laissent éclater leur joie à Barcelone.

15h40

53 parlementaires hostiles à l'indépendance de la Catalogne avaient quitté le Parlement avant le vote.

15h48 

L'Ibex, l'indice de référence de la bourse espagnole, a perdu deux points après la déclaration d'indépendance de la Catalogne.

16h00

Les banques catalanes accentuaient leur chute à la Bourse de Madrid après la proclamation de l'indépendance de la Catalogne, CaixaBank, troisième banque espagnole, perdant environ 5%, Banco Sabadell 6%, tandis que Banco Santander, cinquième banque de la zone euro, perdait environ 2,5%.

16h16

Avec 204 votes en faveur de l'adoption de l'article 155 et 47 votes contre, le Sénat espagnol a approuvé le train de mesures de suspension de l'autonomie de la Catalogne et la destitution du gouvernement catalan.

16h19

«L'Espagne reste notre seule interlocutrice», a déclaré Donald Tusk, président du Conseil européen. 

16h29

Deux conseils des ministres exceptionnels sont annoncés à 17h et 18h à Madrid. Le chef du gouvernement espagnol fera ensuite une allocution à la nation.

16h49

Puigdemont a appelé les Catalans à rester pacifiques et civiques.

17h03

Les Etats-Unis ont déclaré soutenir «l'unité» de l'Espagne dans un communiqué du département d'Etat.

«La Catalogne fait partie intégrante de l'Espagne, et les Etats-Unis soutiennent les mesures constitutionnelles du gouvernement espagnol visant à maintenir l'Espagne forte et unie», peut-on lire dans le document rédigé par la porte-parole du département d'Etat, Heather Nauert.

17h05

La porte-parole de la chancelière allemande a fait savoir qu'Angela Merkel soutenait toujours la position de Madrid vis-à-vis de la Catalogne.

17h36

La mairie de Sabadell, ville située dans la province de Barcelone, a fait retirer le drapeau espagnol de son bâtiment.

18h03

Emmanuel Macron a assuré Mariano Rajoy de son «plein soutien».

18h27

Londres «ne reconnaît et ne reconnaîtra pas» l'indépendance de la Catalogne, selon l'AFP.

18h50

Le parquet général espagnol engagera prochainement une procédure judiciaire contre le président catalan Carles Puigdemont pour «rébellion», selon un porte-parole du ministère public, après l'adoption au Parlement catalan d'une déclaration d'indépendance. Ce délit peut déboucher sur une peine de prison allant jusqu'à 30 ans, selon les informations recueillies par l'AFP.

https://francais.rt.com/international/45006-face-menace-article-155-parlement-catalan-independance


 

A suivre!

 

 

 

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jeudi 26 octobre 2017

«Help Catalonia» : un copier-coller de la propagande de Maïdan

Pour l'historien John Laughland, le souverainisme catalan, tout comme le Maïdan ukrainien, se base sur un «provincialisme artificiel» et le «droit-de-l'hommisme», ignorant l'Etat de droit et toute réalité géographique, historique ou culturelle.

ARG ESPAGNE CATALOGNE

Plusieurs médias espagnols, dont le grand quotidien El Pais, ont attiré l'attention de leurs lecteurs sur la similarité entre une vidéo récemment publiée par l'association sécessionniste catalane, Omnium Cultural, intitulée «Help Catalonia», et un autre court-métrage, «I am a Ukrainian», diffusé en 2014 pendant le mouvement dit du Maïdan.  Dans les deux films, une jeune et jolie femme s'adresse à la caméra pour expliquer pourquoi les gens manifestent et quels sont leurs objectifs. El Pais qualifie la vidéo catalane de «copie» de la vidéo ukrainienne. 

Ce rapprochement entre ces deux cas d'école de propagande politique est sans doute l'une des raisons pour lesquelles la Fondation Open Society, qui a un bureau à Barcelone mais pas à Madrid, s'est sentie obligée de nier, dans un communiqué officiel, tout soutien aux indépendantistes catalans. 

Pourtant, même s'il est vrai que, à la différence du mouvement du Maïdan, le sécessionnisme catalan n'est pas nécessairement téléguidé par des puissances étrangères, le phénomène catalan puise dans exactement les mêmes sources idéologiques que les événements qui se sont déroulés à Kiev fin 2013 début 2014.

La première grande analogie entre les deux mouvements est que ni l'un ni l'autre ne vise la vraie indépendance. Le président régional de Catalogne, Carles Puigdemont, a beau jeu d'évoquer le Brexit, dans la lettre qu'il a adressée au président du gouvernement espagnol le 19 octobre au matin, essayant ainsi de démontrer la légitimité de sa cause. Ce faisant, il oublie deux éléments clés : d'abord, la loi européenne permet à un pays membre de quitter l'UE, tout comme le droit international permet à tout pays souverain de dénoncer un traité, à la différence de la constitution du Royaume d'Espagne, qui ne prévoit pas la sécession légale d'une partie de son territoire; et ensuite, et surtout, que le Brexit était un vote pour la vraie indépendance du Royaume-UniLe sécessionnisme catalan, au contraire, ne vise pas l'indépendance de la Catalogne mais sa réinsertion dans l'ensemble européen ou, de toute évidence, il n'y a aucune souveraineté nationale.

Cette volonté de remplacer le gouvernement de Madrid par le celui de Bruxelles rappelle le désir des politiciens issus du Maïdan en Ukraine de pousser leur pays vers une plus grande dépendance à l'égard de l'UE.

Peu après leur prise de pouvoir, ils ont signé l'accord d'association avec Bruxelles, qui avait été la cause de la vague de protestation et avait réduit considérablement l'indépendance de l'Ukraine en permettant une surveillance accrue de sa politique interne par les institutions européennes. Ils ont également annoncé leur intention de rompre avec la neutralité arrêtée par le régime précédent et d'intégrer l'OTAN, alliance militaire qui exige une subordination de chaque pays membre au commandement intégré dominé par les Etats-Unis

La politique du Maïdan rappelle la déclaration d'«indépendance» du Kosovo de février 2008, qui était en réalité une déclaration de dépendance de cette province à l'égard de l'UE et de l'OTAN.

Les deux institutions reçoivent dans cette déclaration, qui sert de Constitution pour le Kosovo, un rôle déterminant dans le gouvernement de celui-ci. (Les références clés sont celles au Plan Ahtisaari que la déclaration promet d'intégrer dans sa loi fondamentale, paragraphe 12 : ce plan stipule que l'OTAN et l'UE feront partie intégrante du dispositif gouvernemental du Kosovo.)

La contradiction entre ces déclarations dites d'indépendance et la réalité de la dépendance qu'elles proclament n'est qu'un aspect de la caractéristique principale de tous ces mouvements: leur post-modernisme, si par cela on entend une idéologie qui refuse le principe de la non-contradiction et qui promeut, à sa place, une doctrine de no borders logiques et physiques. 

Ce culte de la contradiction était très frappant  sur le Maïdan, où ont combattu ensemble des nationalistes et des européistes, des catholiques fervents et des activistes LGBT, des néo-nazis et des Juifs. 

Bref, le Maïdan était un chaos idéologique – mais le chaos était voulu. En effet, certains stratèges de l'OTAN ont conçu le déploiement du chaos comme une arme de guerre, résumant leur idée par l'acronyme Vuca pour volatility, uncertainty, complexity, ambiguity (volatilité, incertitude, complexité, ambiguïté).  L'aspect apparemment jeune, joyeux, spontané et multiforme du mouvement du Maïdan avait pour but de condamner la Russie en la faisant apparaître comme l'incarnation d'un autoritarisme brutal.

Voilà le point névralgique du conflit entre Madrid et Barcelone : Madrid et son intransigeance sur la loi et sur le respect de celle-ci, une insistance qui est dénoncée injustement comme exagérée, veut incarner l'ordre; Barcelone, avec le flou délibérément entretenu non seulement sur la finalité de son «indépendance» mais aussi sur la question, posée plusieurs fois par Manuel Rajoy, de savoir si, oui ou non, Puigdemont l'avait vraiment déclaré, veut incarner la fluidité et l'ambiguïtéC'est très exactement ce que Karl Marx et Friedrich Engels ont conceptualisé avec la doctrine de la dialectique et leur refus d'accepter qu'un oui soit un oui ou un non un non. En déclinant de répondre à la question posée par Madrid, Barcelone agit en bon marxiste. La stratégie catalane est de cultiver l'ambiguïté pour ainsi imposer à Madrid la lourde responsabilité d'être le porteur de la clarté. Le défi pour Madrid est que, le marxisme culturel étant si fortement implanté en Europe, toute tentative de restaurer l'autorité de l'Etat est assimilée, au moins par certains, au franquisme et à la dictature, et ceci malgré le fait que le Royaume est une démocratie exemplaire depuis des décennies.

Comme en Ukraine, les sécessionnistes catalans veulent se séparer d'un espace linguistique gigantesque et de portée mondiale pour sombrer dans un provincialisme artificiel car en réalité cosmopolite

Fluidité et post-modernisme aussi dans le langage des indépendantistes : voilà ce qui est frappant dans le discours catalan. Si l'Ukraine avait un discours national très faible, dû notamment à l'absence de tout précédent historique pour un état ukrainien indépendant, mais aussi à son faible héritage littéraire et civilisationnel, la Catalogne est pire encore. Son sécessionnisme ne repose sur aucune différence majeure sur les plans linguistique, religieux, géographique, historique ou culturel entre elle et le reste de l'Espagne. Le contraste avec les sécessionnismes basque, croate, irlandais, écossais ou jurassien est saisissant.

Au contraire, le souverainisme catalan est un pur produit de l'idéologie droit-de-l'hommiste. Comme en Ukraine, les sécessionnistes catalans veulent se séparer d'un espace linguistique gigantesque et de portée mondiale pour sombrer dans un provincialisme artificiel, car en réalité cosmopolite. Leur identité puise uniquement dans les banalités abstraites du politiquement correct – le désir de démocratie, de liberté, de paix etc. – qui sont toutes une façon de se présenter – et c'est l'essentiel – comme les victimes de l'Etat espagnol et de sa police.

Ce souverainisme factice, qui est assaisonné d'une forte dose de gauchisme bobo, correspond parfaitement à l'idéal post-moderne – et très européiste – d'un Etat qui n'est basé sur aucune réalité déterminée, géographique, historique ou culturelle, mais uniquement sur la volonté de ses adhérents et sur des valeurs abstraites et universelles. 

C'est très exactement l'idéologie de l'intégration européenne qui véhicule les mêmes platitudes ringardes à propos des Etats-membres existants. Le Catalan, à en croire certaines vidéos, est composite, cosmopolite, européen, ouvert, dépourvu de toute particularité. Rien ne le définit sauf son statut d'opprimé. Il incarne ainsi l'universalisme – et donc le déracinement – d'une souffrance imaginaire.  Oui, la Catalogne c'est l'Europe – dans la mesure où l'Europe de Bruxelles, tout comme Barcelone, ne croit plus à sa propre spécificité ni à sa propre civilisation.

Par John Laughland
https://francais.rt.com/opinions/44939-help-catalonia-copier-coller-propagande-maidan
John Laughland est directeur des Etudes à l'Institut de la Démocratie et de la Coopération (Paris), philosophe et historien. De nationalité britannique, il est l’auteur de plusieurs ouvrages historiques et géopolitiques traduits en sept langues.

 

 

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mercredi 25 octobre 2017

La réaction en chaîne catalane : récit d’une nostalgie

La campagne pour l’indépendance menée par la Catalogne a déclenché une réaction en chaîne de soutien viral des médias sociaux qui a ressuscité l’effrayante rhétorique de la guerre civile mais les conséquences les plus dangereuses de cet effet domino sont encore à venir si finalement la quête des séparatistes aboutit.

ARG EURO REGIONS

Récit d’une nostalgie

La cause de l ‘« indépendance » catalane a pris d’assaut le monde, jetée sous le feu des projecteurs par le référendum largement médiatisé en début de semaine et la réponse énergique de Madrid à cette mesure inconstitutionnelle. Les partisans du monde entier ont été stimulés par les événements récents et ont commencé à les décrire en termes de guerre civile, comme une bataille entre la démocratie et le fascisme. En outre, ils accusent le gouvernement Rajoy d’être franquiste, alors que la Constitution post-Franco de 1978 a rendu une autonomie à la Catalogne encore plus robuste qu’auparavant et a même accordé ce privilège au reste du pays.

Bien que l’on puisse présumer que l’Espagne a naturellement conservé certains des membres franquistes de ses bureaucraties permanentes – militaires, de renseignement et diplomatiques (« État profond ») – après la mort du chef éponyme de leur mouvement, il est exagéré de qualifier la Constitution et le gouvernement actuel de franquistes au sens qu’a pris ce mot en terme de stéréotype. L’utilisation abusive de ces termes polarisants, datant de l’ère de la guerre civile, démontre que les séparatistes tentent de capitaliser sur la nostalgie révolutionnaire que réveille, chez leurs partisans nationaux et étrangers, l’expérience anarcho-communiste de 1936-1939, via un simulacre de scénario qu’ils jouent différemment selon leur auditoire.

Double simulacre

En ce qui concerne les Catalans eux-mêmes, le scénario est destiné à les forcer dans un faux choix binaire entre « se tenir debout, comme leurs ancêtres contre le fascisme » ou « trahir leur patrie pour les franquistes ». En ce qui concerne les partisans étrangers des séparatistes catalans, ils sont censés s’exciter et déverser leur haine contre Madrid en manifestant leur soutien passionné pour Barcelone dans les médias sociaux, saisissant l’occasion de comparer, de façon inappropriée, le Madrid moderne au Kiev post-Maidan en faisant valoir l’argument d’Alt-Media selon lequel la Catalogne a autant droit à son indépendance que la Crimée à sa réunification avec la Russie.

Il s’agit d’une fausse équivalence, dont l’analyse n’est pas le but de cet article. En effet, il est important, dans ce contexte, d’attirer l’attention sur la réaction polémique en chaîne qu’entretiennent les séparatistes et leurs partisans, dans l’élaboration d’un récit pro domo intéressé à servir leur cause. Il y a beaucoup de personnes bien intentionnées qui soutiennent Barcelone, donc il ne faut pas en déduire que la plupart d’entre elles ne croient pas sincèrement à cette interprétation des événements, mais il s’agit simplement de souligner comment la croisade d’« indépendance » de la Catalogne exploite la mémoire historique et la nostalgie révolutionnaire afin de faire avancer l’argument de ses organisateurs selon lequel la région doit se séparer de l’Espagne.

Scénarios espagnols

Répression centralisée

Alors que la plupart des gens pourraient être amenés à penser que la crise catalane concerne uniquement Barcelone et Madrid, le fait est qu’elle concerne toute l’Espagne et qu’elle est en passe d’avoir des réverbérations géopolitiques dans toute l’Europe. En ce qui concerne l’Espagne, politiquement instable, la campagne séparatiste de la Catalogne a déjà franchi le Rubicon du non-retour après le référendum et la réaction de Madrid, donc il n’y aura pas de retour au statu quo précédent. Cela signifie que seuls trois scénarios sont possibles : une répression centralisée, le fédéralisme identitaire et le séparatisme. Le premier pourrait voir l’État appliquer l’article 155 de la Constitution, en imposant temporairement une gouvernance directe sur la région, avec pour conséquence la possibilité de catalyser une guerre civile de faible ampleur si les Catalans avaient recours à la tactique des insurgés terroristes pour résister.

Fédéralisme identitaire

Le scénario suivant est le fédéralisme identitaire qui exigerait la révocation ou la réforme de l’article 145 en transformant l’État centralisé en une fédération, ou une confédération, de régions qui pourraient théoriquement fonctionner comme des États quasi indépendants avec leurs propres moyens économiques, militaires et leurs propres politiques étrangère. Essentiellement, ce serait la transplantation du modèle bosniaque en Espagne, mais avec des privilèges supplémentaires accordés à chaque membre constitutif. Comme pour le scénario centralisé de la répression, il est probable que cela conduira à la violence et ne se produira que comme une « solution de compromis » à tout conflit prolongé. Madrid ne veut pas perdre le contrôle du pays et voir la péninsule ibérique, dans le sud-ouest de l’Europe, « balkanisée » comme son homologue dans le sud-est de l’Europe, raison pour laquelle ce résultat ne se produira probablement jamais en temps de paix.

Sécession

Enfin, la dernière possibilité de régler la crise catalane serait que la région rétive devienne « indépendante » de l’Espagne et soit reconnue par au moins un pays ou plus, ce qui, selon toute vraisemblance, pourrait être l’un des pays baltes et / ou des Balkans, avant tout le monde. L’Espagne ne pourrait pas survivre dans son format politico-administratif actuel avec la perte d’environ 20% de son PIB, de sorte que l’État failli devrait soit être radicalement réformé suite à un coup d’état militaire « stabilisateur », soit complètement s’effondrer en une collection de « pays » comme l’ex-Yougoslavie l’a fait il y a une génération. Quant à la Catalogne, elle pourrait devenir une base pour l’intervention étrangère (OTAN / Ouest / Amérique), aboutissant alors à une guerre civile à multiples facettes.(...)

Réactions géopolitiques en chaîne 

La prévision n’est jamais une science exacte, c’est en réalité un art. Cela dit, rien ne garantit que l’un des scénarios susmentionnés se déroulera, bien que, si cela se produit, il aura inévitablement des conséquences géopolitiques très sérieuses qui pourraient déclencher une réaction en chaîne dans toute la région et au-delà. La répression centralisée pourrait mener à une guerre civile qui serait soit confinée à la Catalogne, soit engloutirait d’autres régions traditionnellement souveraines comme le Pays basque ou la Galice, sans parler du reste du pays en général. Ceci étant dit, et acceptant l’hypothèse que les conséquences se propagent inévitablement au moins au Portugal et à la France, cette séquence d’événements n’est pas ce qui est le plus explosif sur le plan continental car ce sont les scénarios du fédéralisme identitaire et de l’indépendance qui sont les plus dangereux.

Les « Pays catalans »

Avant d’aller plus loin, ces deux scénarios – fédéralisme identitaire ou indépendance – garantiraient que la crise catalane devienne existentielle pour l’Espagne. Le royaume nominal ne peut pas se transformer en fédération sans changer sa Constitution, et même si cet événement improbable devait se produire, la Catalogne pourrait chercher à réorganiser les frontières intérieures du pays dans une tentative nationaliste d’engloutir les territoires que ses partisans les plus chauvins considèrent comme constituant les « pays catalans ». Ce concept extrémiste veut que les frontières actuelles de la Catalogne ne représentent pas l’espace géo-culturel historique du peuple catalan. Il faut donc les étendre à tout ou partie des régions espagnoles d’Aragon, des îles Baléares et de Valence, ainsi que le pays d’Andorre et le département français des Pyrénées-Orientales (également connu sous le nom de Roussillon ou Catalogne française du nord).

La plupart des habitants de ces régions ne veulent pas faire partie d’une Grande Catalogne, mais les hyper-nationalistes en charge de l’État identitaire fédéralisé ou indépendant pourraient recourir à des subterfuges, ou à la force, pour faire valoir leurs revendications, même s’ils ne le font pas tout de suite. Le concept des « pays catalans » est donc très dangereux car cela signifie que la question catalane aura inévitablement des conséquences géopolitiques internes importantes pour l’Espagne et peut-être aussi pour la France si les séparatistes qui contrôlent actuellement Barcelone arrivent à leurs fins. Encore une fois, le scénario du fédéralisme identitaire ne résulterait probablement que d’une guerre provoquée par une répression centralisée et représenterait une « solution de compromis » (temporaire) au séparatisme pur et simple, avec toutefois les dangers latents qui se révéleraient avec le temps.

Mimétisme régional

Régions européennes recherchant soi-disant leur indépendance selon le journal britannique Independent

Les régions européennes prétendent être indépendantes de leurs États hôtes. Qu’il s’agisse de fédéralisme identitaire ou de séparatisme, l’un ou l’autre de ces résultats pourrait encourager les mimétismes régionaux dans l’ensemble de l’UE. Le journal du Royaume-Uni, The Independent, a publié récemment une carte très trompeuse affirmant avoir identifié tous les autres mouvements politiques de type catalan en Europe, en déduisant évidemment qu’ils pourraient être les prochains, si les séparatistes de Barcelone réussissaient. Le point saillant de cette remarque n’est pas que chacun d’entre eux se lèvera avec ferveur pour la révolution de couleur comme le font les Catalans, mais que certains d’entre eux seront sans doute inspirés pour faire avancer leur programme de fracturation de leur pays hôte, contribuant ainsi à la « régionalisation de l’Europe ». Outre les exemples espagnols mentionnés sur la carte, une réaction en chaîne pourrait également se produire en Écosse, dans le nord de l’Italie, en Bavière allemande et peut-être même dans certaines parties de la France.

La minorité hongroise vivant hors de son pays depuis le traité du Trianon de 1920 pourrait être favorable à la réunification de la patrie, ce qui pourrait déstabiliser la situation politiquement précaire en Europe centrale et dans les Balkans. Cela pourrait aussi faire du premier ministre Orban, s’il est encore en service à ce moment-là, une cible facile pour les attaques de la gauche libérale des médias aux ordres, qui le traiteront de « nouvel Hitler  » pour vouloir l’union avec ses compatriotes à l’étranger. Tout ce que ces mimétismes régionaux devraient provoquer, indépendamment de la validité de leurs revendications et de leurs mouvements sociopolitiques, est l’organisation de référendums anticonstitutionnels hautement médiatisés afin de provoquer une réaction énergique qui pourrait à son tour légitimer une révolution de couleur dans ladite région périphérique. Le résultat n’est pas nécessairement le séparatisme, mais le fédéralisme identitaire, car cette fin est essentiellement la même au sens structurel.

L’Eurofédéralisme

La déconcentration des États, autrefois unifiés, en identités fédéralisées de facto selon des lignes ethnico-régionales, ferait une promotion intéressante à la cause de l‘« Eurofédéralisme » que Gearóid Ó Colmáin a décrite dans son dernier article intitulé « Indépendance catalane : un outil du capital contre le travail ». Son travail s’inspire de la proposition de 1992 du milliardaire européen Freddy Heineken de fédéraliser l’Europe selon des lignes régionales, ce qui était probablement l’inspiration non déclarée de la suggestion politique de 2008 de l’universitaire belge Luk Van Langenhove dans « Power To The Regions, But Not Yet Farewell To The Nation State ». Le grand dessein ici est, pour l’essentiel, de diviser pour régner, quoique adapté à l’UE post-Brexit.

L’auteur du présent texte en a parlé, dans un contexte différent, dans son article de l’été 2016 pour The Duran intitulé « Post-Brexit EU : Entre démolition régionale et dictature totale », dans lequel il a été postulé que le bloc pourrait être dévolu, à l’avenir, à des organisations dirigées par l’État et axées sur les régions. Ce qui se passe au contraire, c’est que Bruxelles pourrait se préparer à une nouvelle dévolution au-delà des États membres eux-mêmes, à des régions individuelles à l’intérieur des États – et parfois même entre eux. Cela représente une modification par rapport à ce que l’auteur écrivait dans son précédent travail intitulé « Le fédéralisme identitaire : de ‘E Pluribus Unum’ à ‘E Unum Pluribus’ », qui semblait avoir conclu à tort que l’UE n’irait pas de l’avant avec ce scénario de peur d’inviter davantage d’immigration de masse en provenance du Sud (dans le cas de l’Espagne, d’Afrique du Nord et de l’Ouest), créant ainsi des opportunités géostratégiques pour la Russie et la Chine.

Après révision, avec la sagesse du recul et à la lumière des événements récents, en particulier avec la perspicacité acquise par l’auteur à travers ses recherches sur l’agression civilisationnelle, il semble maintenant que ce même scénario de l’UE s’effondrant en une constellation d’entités régionales soit expérimenté par nulle autre que par Bruxelles elle-même, comme ultime stratagème de division et de contrôle pour gérer le bloc dans l’ère post-Brexit. Cela ne signifie pas que le processus sera poussé à l’extrême tant qu’il est encore « contrôlable » mais que l’UE semble en effet bricoler cela dans le cadre de son approche adaptative progressive à l’émergence de l‘ordre mondial multipolaire.

Conclusions

La Catalogne est globalement significative en raison de la réaction en chaîne que ses séparatistes ont initié en promouvant le scénario d’une décentralisation « contrôlée » de l’ordre actuel des États membres de l’UE en un « hybride » plus souple, et politiquement égal d’entités nationales et régionales. Si la Catalogne est un exemple réussi, que ce soit dans des instances identitaires fédéralisées ou séparatistes, cela pourrait avoir un puissant effet de démonstration ailleurs dans l’UE en encourageant d’autres mouvements à l’imiter, réorientant ainsi ce qui aurait pu être des forces semi-multipolaires, en entités aux allures faussement indépendantes dans une UE, ou même une OTAN, de facto renforcée.

C’est très possible parce que le précédent catalan indiquerait clairement que ni l’intégrité territoriale, ni la Constitution des États membres de l’UE ne sont à l’abri des désirs mondialistes de révolutions de couleur séparatistes, et peut-être même de guerres hybrides d’avant-garde, portant ainsi un coup dur aux souverainistes de droite – publiquement diffamés comme nationalistes dans les médias aux ordres – qui sont à l’avant-garde de la politique européenne de nos jours. Après tout, la soi-disant « question catalane » était censée avoir été réglée par la Constitution de 1978 qui donnait à la région l’autonomie la plus large qu’elle ait jamais connue dans son histoire, donc si cela peut être inversé, la boîte de Pandore a bien été ouverte dans toute l’Europe.

Un autre point à creuser est la virulence avec laquelle la cause des séparatistes catalans se propage à travers les médias de masse et alternatifs mondiaux, car cela fournit un aperçu crucial de la façon dont, à l’avenir, d’autres mouvements pourraient atteindre un tel soft power en si peu de temps. Cela aide si ce sont des destinations touristiques que beaucoup d’étrangers ont visitées, développant une affinité pour la culture locale et ses environs, ou s’il y a la mémoire d’une guerre civile ou d’autres conflits anciens – peu importe leur ancienneté, leur décontextualisation on leur non-pertinence aujourd’hui – qui pourraient être manipulés pour légitimer la cause fédéraliste ou séparatiste.

En tout état de cause, l’étude de cas en Catalogne, dans toutes ses dimensions, est très instructive pour montrer comment, dans son déclin, l’ordre du monde unipolaire cherche à s’adapter à la multipolarité, et à son état à un moment donné. Cet exemple est un indicateur correct pour évaluer la dynamique du processus.

Andrew Korybko

http://lesakerfrancophone.fr/la-reaction-en-chaine-catalane-recit-dune-nostalgie

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