mercredi 11 juillet 2018

Crise au Royaume-Uni : après ​le ministre du Brexit David Davis, Boris Johnson démissionne

Après le ministre du Brexit David Davis la veille, c'était autour de Boris Johnson de démissionner ce lundi 9 juillet.

ACT DAVIS DEMISSION

Un double camouflet de taille pour la Première ministre Theresa May, deux jours après l'adoption par son gouvernement d'un plan pour un "Brexit doux" qui doit encore être confirmé par le Parlement britannique.

Le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson a annoncé sa démission dans l'après-midi de ce lundi 9 juillet. Flamboyante figure du camp du "Leave" , l'ancien maire de Londres avait rejoint le gouvernement de Theresa May après le référendum de 2016 ayant entériné le Brexit. Ce week-end, il avait comparé le fait de défendre le plan de "Brexit doux" proposé par Theresa May à "cirer une merde". Son départ fait suite à celui du "ministre du Brexit" David Davis, parti du gouvernement dans la soirée de dimanche.

Theresa May pensait peut-être arriver enfin au bout de ses peines quand elle a annoncé, vendredi, qu'elle était parvenue à rassembler son gouvernement derrière un "Brexit doux", qui assurerait le maintien d'une relation commerciale étroite avec l'Union européenne. Deux jours plus tard, la démission ce dimanche 8 juillet de son ministre chargé de mener la négociation à Bruxelles compromet fortement les plans de la Première ministre et replonge le Royaume-Uni dans la crise.

Le jeu de chaises musicales a commencé : le démissionnaire a été remplacé ce lundi par le conservateur Dominic Raab, jusqu'ici secrétaire d'Etat au Logement, a annoncé le 10 Downing Street. Cet eurosceptique, ancien membre de la campagne pro-Brexit, fait partie de la jeune génération montante du parti de Theresa May.

1554859_1464271813_1527308-1455781326-1049274-1430991889-brexit-angleterre-grande-bretagne-europe_565x375p

David Davis, était le "Monsieur Brexit" du gouvernement depuis le référendum de juin 2016. Dans sa lettre de démission, il dénonce la voie de négociation imposée par Theresa May. Selon lui, les "règles communes" avec l'UE, adoptées par le gouvernement réuni en séminaire vendredi, "laissent le contrôle de larges parts de (leur) économie à l'Union européenne". Il déplore que ce "Brexit doux" ne permette pas de respecter la volonté de rupture avec Bruxelles que les Britanniques ont exprimée à travers leur vote et qu'il encourage l'UE à faire "de nouvelles demandes en vue de concessions" de la part du Royaume-Uni. Dans cette configuration, le contrôle du parlement britannique, qui ne s'est pas encore prononcé sur le plan proposé par le gouvernement May, est selon lui "illusoire". "Au mieux, nous serons dans une position de faiblesse pour négocier" avec l'UE, assure-t-il. Or, explique-t-il : "L'intérêt national exige un ministre du Brexit qui croie fermement en votre approche, pas seulement un conscrit réticent".

Risque de démissions en série

Cette démission a été suivie par celle d'un de ses adjoints en charge de la sortie du pays de l'Union européenne, Steve Baker, mais surtout par celui ce lundi d'un autre mastodonte du gouvernement, Boris Johnson, également adepte d'une ligne dure sur le Brexit. Dans les jours à venir, Theresa May va donc non seulement devoir nommer des remplaçants, mais aussi convaincre ces nouveaux venus d'adhérer à son plan.

1203309_finance-le-brexit-un-tournant-154616-1

La situation est d'autant plus à risque pour la Première ministre que David Davis, maintenant hors du gouvernement, pourrait fédérer derrière lui une large partie des eurosceptiques du pays. Même s'il a assuré refuser cette position de leadership, beaucoup le voient devenir le fer de lance de plusieurs élus conservateurs critiquant le "Brexit doux". "Bravo", a ainsi salué Nigel Farage, ancien patron du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP). "Pour que le Brexit réussisse, nous devons nous débarrasser de cette horrible et duplice Première ministre".

12044551

De nombreux députés Tories ont également annoncé ces derniers jours qu'ils retiraient leur soutien à Theresa May, souhaitant la remplacer par un défenseur d'une sortie beaucoup plus dure de l'Union européenne. Interrogées dans les médias ce lundi sur la crise politique provoquée par le départ de David Davis, plusieurs figures du mouvement conservateur britannique ont ainsi émis le souhait de la voir remplacée. Mais David Davis lui-même, questionné par la BBC, a estimé qu'elle devait rester en poste : "Je l'apprécie, a-t-il expliqué. C'est une bonne Première ministre". La locataire de Downing Street pourrait pourtant devoir gérer une motion de défiance dans les jours à venir.

https://www.marianne.net/monde/crise-au-royaume-uni-apres-le-ministre-du-brexit-david-davis-boris-johnson-demissionne?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

BASE 14 995X225

En matière d'UE, la trahison n'est jamais loin dans les milieux politiques, comme les Français l'ont appris à leurs dépens en 2008 (mise en oeuvre du Traité de Lisbonne), et les "faux nez" de l'opposition aux traités européens ne manquent pas, ceux qui font semblant d'être contre tout en oeuvrant pour le contraire.  A titre d'énième illustration, voir cette vidéo qui vient de sortir:

MELANCHON ELKRIEF BFM

Melenchon refuse clairement de sortir de l UE et de l euro dans son plan B

https://www.youtube.com/watch?v=_TgOqrW7c8w

Mélanchon récidive en réaffirmant que le "plan B" n'est en aucun cas une sortie possible de l'Union européenne!

P.G.

Posté par UPR Creuse à 07:02 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,

dimanche 1 juillet 2018

Vidéo du jour: Asselineau dans "Le média", débat sur l'UE!

BASE 14 995X225

C'est enfin sorti, l'enregistrement avait eu lieu juste avant le Conseil national UPR du 16 juin. Sur le plateau, des partisans de l'UE et des opposants, enfin...plus ou moins... Un débat à ne pas manquer!  P.G.

VID DEBAT UE FA LE MEDIA

DANS LA GUEULE DU LOUP #5 : L'UNION EUROPÉENNE, VERS LE CHAOS ?

https://www.youtube.com/watch?v=s3fGgx_dyCk

Posté par UPR Creuse à 08:58 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

mercredi 27 juin 2018

La loi sur le Brexit a été promulguée

Adopté la semaine dernière par le Parlement britannique, le texte a été signé par la reine Elizabeth II, ce qui constitue la dernière étape de la procédure législative.

ACT ASSENTIMENT ROYAL BREXIT

C’est la fin d’un long parcours. La loi organisant le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne a été promulguée mardi 26 juin après plusieurs mois d’âpres débats au Parlement britannique, réjouissant les eurosceptiques pour qui le Brexit, prévu dans neuf mois, est désormais « irrévocablement » lancé.

Adopté la semaine dernière par le Parlement britannique, le texte, présenté en juillet 2017 par le gouvernement conservateur de Theresa May, a été signé par la reine Elizabeth II, a annoncé mardi matin le président de la Chambre des communes, John Bercow, déclenchant les acclamations des députés conservateurs. L’« assentiment royal » est au Royaume-Uni l’ultime étape de la procédure législative.

Queen-Elizabeth-2

Rouage essentiel de la mise en œuvre du Brexit, cette loi doit permettre au Royaume-Uni de continuer à fonctionner normalement lorsqu’il aura coupé le cordon avec le bloc européen. Concrètement, elle mettra fin à la suprématie du droit européen sur le droit national et intégrera dans le droit britannique les lois communautaires que Londres souhaite conserver.

Elle confirme également au 29 mars 2019, à 23 heures (heure de Londres, soit minuit à Bruxelles), la date officielle de la sortie de l’Union européenne.

Le Brexit devient « irrévocable »

Le texte a connu un tortueux parcours au Parlement depuis le début de son examen en septembre, et le gouvernement a essuyé plusieurs camouflets, illustrant les divisions persistantes sur les orientations à donner au Brexit.

C’est en lâchant à la dernière minute, la semaine dernière, une concession sur le rôle du Parlement dans le processus du Brexit que Theresa May a réussi à faire rentrer dans les rangs les députés conservateurs europhiles réclamant que le dernier mot sur l’accord final avec Bruxelles – s’il y en a un – revienne au Parlement.

Les brexiters purs et durs ont célébré son adoption comme une garantie que le Royaume-Uni quitterait bien l’Union européenne (UE), malgré l’incertitude qui pèse sur les négociations avec Bruxelles.

12044551

Les chances d’un éventuel retour sur la décision des Britanniques de quitter l’UE sont « maintenant nulles », a estimé l’eurosceptique ministre du commerce international, Liam Fox, selon qui l’adoption de la loi a lancé « irrévocablement » la mise en œuvre du Brexit.

Pour l’influent député conservateur Jacob Rees-Mogg, partisan d’un Brexit sans concession, la fin de ce processus législatif houleux signifie que Theresa May pourra poursuivre les négociations avec Bruxelles dans une position « beaucoup plus forte ».

https://www.lemonde.fr/referendum-sur-le-brexit/article/2018/06/26/la-loi-sur-le-brexit-a-ete-promulguee_5321490_4872498.html

BASE 14 995X225

Voir également l'article de F.A. sur: https://www.upr.fr/actualite/france/26-juin-2018-un-evenement-historique-le-brexit-devient-definitif-avec-la-promulgation-par-la-reine-elizabeth-ii-de-la-loi-de-retrait-du-royaume-uni-de-lue

Les opposants au Brexit ont perdu leur dernière carte: la possibilité (très théorique") d'une "réserve de l'assentiment royal", qui aurait permis de tenter de nouvelles procédures législatives pour compromettre la "loi sur le retrait". Face à cet acte de souveraineté définitif, il ne leur reste plus qu'à tenter de forcer le gouvernement à plier le plus possible devant les exigences de Bruxelles dans le cadre des négociations prévues par l'article 50 du TUE. Mais une chose est sûre: le Brexit aura bien lieu le 29 mars 2019, et nous avons bien l'intention de fêter l'évènement comme il se doit!    P.G.

23674896_10155892770337612_4971545130397341684_o

Posté par UPR Creuse à 07:43 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

dimanche 17 juin 2018

Le scénario du pire pour le Brexit ressemble à un film catastrophe (Vidéo) [réédition]

COMMUNICATION REEDITION

En cas d’échec des négociations entre l’UE et la Grande-Bretagne, cette dernière sera confrontée à une crise économique d’une gravité inouïe, se matérialisant par des pénuries de nourriture, de médicaments et de carburants. C’est la conclusion d’un rapport rédigé commandé par le ministre britannique du Brexit, David Davis.

PROP BREXIT LE MONDE

Cette étude était destinée à l’Inter-Ministerial Group on Preparedness, un groupe interministériel créé pour travailler sur la préparation du Brexit. Selon un certain nombre de témoins, les scénarios brexit sont si explosifs que seuls quelques ministres en ont été informés, et que les dossiers sont “conservés dans un coffre-fort”.

« Armaggedon »

Les auteurs de cette étude ont extrapolé 3 scénarios possibles suite au Brexit : un scénario positif, un intermédiaire, et un véritable scénario catastrophe, surnommé « Armageddon », censé décrire de manière pessimiste ce qui pourrait se produire si le Royaume-Uni ne parvient pas à s’entendre avec l’UE, ce qui aboutirait à le soumettre aux règles de l’Organisation Mondiale du Commerce.

49924697-homme-d-affaires-travaillant-sur-un-ordinateur-portable-pop-art-style-retro-mauvaises-nouvelles-pani

Il prévoit que les étagères des supermarchés de Cornouailles et d’Écosse se retrouveraient totalement dégarnies dans les deux jours qui suivront le Brexit, tandis que les hôpitaux commenceraient à manquer de médicaments au terme de seulement 2 semaines. Des avions de compagnies aériennes devraient être affrétés, ou les appareils de la RAF devraient être réquisitionnés pour apporter des médicaments urgents aux quatre coins du pays, et ce dernier pourrait également être confronté à une pénurie de carburants.

« Douvres en plein chaos »

ARMAGEDDON 1

Le port de Douvres (Dover) s’effondrerait totalement, et ce dès le premier jour du Brexit, y compris dans le scénario intermédiaire. Les inquiétudes concernant un possible chaos dans le port de Douvres, qui est le théâtre d’un intense trafic de poids lourds en provenance de plusieurs pays d’Europe, ont d’ailleurs motivé la décision de créer une ou plusieurs zones d’attente pour ces camions, en prévision des contrôles douaniers qui devront être rétablis dès le premier jour du Brexit.

Le gouvernement a indiqué que la Grande-Bretagne ouvrirait ses frontières si aucun accord ne pouvait être conclu. Sajid Javid, le ministre britannique des Affaires Intérieures, s’est montré rassurant, expliquant que la Grande-Bretagne se prépare à toutes les éventualités. « Je dois dire que je ne reconnais absolument rien de tout cela. Je suis très impliqué dans les  préparatifs en cas de “no deal” [aucun accord trouvé, ndlr] autant que je le suis pour obtenir un accord. Je suis certain que nous trouverons un accord. », a-t-il déclaré dans une émission de la BBC.

« Il faut publier les documents »

Mais certains officiels soulignent qu’il n’est pas évident que les pays membres de l’UE fassent de même, en particulier la France. Ils notent que des pays de l’Union européenne pourraient aussi être affectés par des pénuries suite à la fin du commerce avec la Grande-Bretagne, mais que ces dernières se matérialiseraient beaucoup plus tard.

ARMAGEDDON 2

Layla Moran, une politicienne britannique du parti des libéraux démocrates, qui est aussi porte-parole de l’organisation Best for Britain, opposée au Brexit, a exhorté le gouvernement britannique à publier ces documents. « Il est maintenant clair que le gouvernement britannique nous mène à la catastrophe. Ce qui est pire, c’est qu’il le sache lui aussi ».

« Hystériques »

Un porte-parole du département pour la sortie de l’Union européenne a écarté ces scénarios, affirmant qu’ils étaient “complètement faux”. « Nous avons beaucoup travaillé et réfléchi à nos décisions sur la base des plans en cas d’absence d’accord, surtout en ce qui concerne les ports, et nous savons que rien de tout cela ne se réaliserait ». Un ministre en faveur du Brexit a quant à lui jugé que ces rapports étaient “hystériques”.

 

Port de Douvres

Port de Douvres

 


 

Source :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Procédure_de_retrait_du_Royaume-Uni_de_l%27Union_européenne

https://fr.express.live/2018/06/06/le-scenario-du-pire-pour-le-brexit-ressemble-un-film-catastrophe

https://www.courrierinternational.com/article/brexit-le-gouvernement-sattend-des-penuries-en-serie-en-cas-de-no-deal

https://aphadolie.com/2018/06/09/le-scenario-du-pire-pour-le-brexit-ressemble-a-un-film-catastrophe-video/

https://www.youtube.com/watch?time_continue=191&v=dKIphl5GoXw

BASE 14 995X225

Ils ne reculeront devant rien pour tenter de détourner le Brexit, à défaut de pouvoir l'annuler. Après le scénario catastrophe d'un retour de la "guerre d'Irlande", voici donc le retour de la catasrophe économique, souvenez vous des mises en garde alarmistes juste avant le referendum. Le moment est sans doute jugé propice face à un gouvernement divisé et fragile dans sa détermination, dans un contexte d'inquiétude croissante au sein de l'oligarchie euro- atlantiste après les élections italiennes...     P.G.

Posté par UPR Creuse à 05:00 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

mercredi 23 mai 2018

Pourquoi la gauche devrait se rallier au Brexit

TRIBUNE LIBRE / Source : Jacobin, 29-04-2018

TL BREXIT GAUCHE PEUR

Les partisans du maintien dans l’UE prétendent que Brexit sera une apocalypse économique. Mais il donne aussi l’occasion d’une rupture radicale avec le néolibéralisme.

Rien ne reflète mieux la confusion mentale de la gauche européenne dominante que sa position sur le Brexit. Chaque semaine on voit apparaître un nouveau chapitre de l’effrayante histoire du Brexit : le retrait de l’UE sera une catastrophe économique pour le Royaume-Uni ; des dizaines de milliers d’emplois seront perdus ; les droits de l’homme seront massacrés ; les principes de protection du justiciable, de liberté d’expression et de droit du travail seront tous menacés. En résumé, le Brexit transformera la Grande-Bretagne en une dystopie, un État en déliquescence – ou pire, un paria international – coupé du monde civilisé. Dans ce contexte, on comprend aisément pourquoi le leader du Parti travailliste Jeremy Corbyn est souvent critiqué pour sa réticence à adopter un programme pro-maintien dans l’UE.

L’hystérie anti-Brexit de la gauche, cependant, repose sur un mélange de mauvaise économie, de mauvaise compréhension de l’Union européenne et de manque d’imagination politique. Non seulement il n’y a aucune raison de penser que le Brexit serait une apocalypse économique, mais, plus important encore, l’abandon de l’UE offre à la gauche britannique – et plus généralement à la gauche européenne – une occasion unique de montrer qu’une rupture radicale est possible avec le néolibéralisme et avec les institutions qui le soutiennent.

Modéliser la dystopie

45686169-homme-et-femme-d-echapper-a-la-peur-panique-pop-art-style-retro

Pour comprendre pourquoi la position anti-Brexit de la plupart des progressistes européens est infondée, et même nuisible, il faut commencer par examiner le mythe le plus répandu lié au Brexit : l’idée qu’il conduira à un apocalypse économique. Pour de nombreux critiques, il s’agit d’une affaire entendue, prouvée tout simplement en citant un rapport très médiatisé qui a fuité du Département pour la sortie de l’Union européenne (DExEU) du gouvernement britannique. Le document conclut que, quelle que soit la forme prise par le Brexit, qu’il s’agisse de rester dans le marché unique, d’un accord de libre-échange ou de l’absence d’accord, il y aurait un coût pour le Royaume-Uni en termes de PIB. Les estimations pour les quinze prochaines années vont d’une baisse de 2 % du PIB et 700 000 emplois à une baisse de 8 % du PIB et 2,8 millions d’emplois.

Expert-comptable-secret-professionnel

Cette argumentation figure dans un article récent du commentateur anti-Brexit Will Denayer, pour qui le fait que le rapport ait été produit par un « gouvernement pro-Brexit » est une preuve de sa fiabilité. Toutefois, il ne reconnaît pas que ces prévisions souffrent d’un biais néolibéral qui est intégré dans les modèles de prévision eux-mêmes. Les modèles mathématiques utilisés par le gouvernement britannique sont très complexes et abstraits, et leurs résultats sont sensibles au calibrage numérique des relations dans les modèles et aux hypothèses faites sur, par exemple, les effets des progrès technologiques. Les modèles sont notoirement peu fiables et facilement manipulables pour atteindre n’importe quel résultat désiré. Le gouvernement britannique a refusé de publier les aspects techniques de leur modélisation, ce qui suggère qu’ils ne veulent pas que des analystes indépendants examinent les hypothèses de leur « boîte noire ».

Les préjugés néolibéraux intégrés à ces modèles comprennent l’affirmation selon laquelle les marchés se régulent automatiquement et que leur efficience est optimale quand ils ne sont pas entravés par l’intervention publique ; que le « libre-échange » est sans ambiguïté positif ; que la capacité de financement public est restreinte ; que les facteurs liés à l’offre sont beaucoup plus importants que ceux liés à la demande ; et que les individus fondent leurs décisions sur des « attentes rationnelles » au vu des variables économiques, entre autres. Bon nombre des hypothèses clés utilisées pour construire ces simulations n’ont aucun rapport avec la réalité. En termes simples, les modèles de prévision – à l’instar de la macroéconomie en général – reposent sur une série de mythes interdépendants. Paul Romer, qui a obtenu son doctorat en économie dans les années 1980 à l’Université de Chicago, le temple de l’économie néolibérale, a récemment lancé une attaque cinglante contre sa propre profession dans un article intitulé The Trouble With Macroeconomics, [Le problème avec la macroéconomie]. Romer décrit les approches de modélisation standard utilisées par les économistes traditionnels – qu’il appelle « post-réelles » – comme le point final d’une régression intellectuelle de trois décennies.

1554859_1464271813_1527308-1455781326-1049274-1430991889-brexit-angleterre-grande-bretagne-europe_565x375p

Il n’est donc pas surprenant que ces modèles aient échoué à prédire la crise financière et la Grande Récession, et qu’ils ne parviennent pas aujourd’hui à produire des prévisions fiables sur quoi que ce soit. Le Brexit en est un exemple évident. Dans les mois qui ont précédé le référendum, le monde a été noyé sous les avertissements – du FMI, de l’OCDE et d’autres bastions de l’économie contemporaine – affirmant qu’un vote en faveur de la sortie de l’UE au référendum aurait des conséquences apocalyptiques immédiates pour le Royaume-Uni, qu’il provoquerait un effondrement financier et plongerait le pays dans une profonde récession. La prévision la plus embarrassante sur « l’impact économique immédiat pour le Royaume-Uni d’un vote pour quitter l’UE » a été publiée par le gouvernement conservateur. L’objectif de « l’étude » en question, publiée en mai 2016 par le Trésor britannique, était de quantifier « l’impact… sur la période immédiate de deux ans suivant un vote en faveur du Brexit ».

59f9f9e8488c7bba478b4567

Dans les deux ans suivant un tel vote, le Trésor a prédit que le PIB chuterait de 3,6 à 6 % et que le nombre de chômeurs augmenterait de 820 000. Les prévisions de « l’étude » de mai 2016 semblaient terribles et visaient clairement à avoir le maximum d’impact sur le vote qui allait se tenir un mois plus tard. Quelques semaines avant le référendum, le chancelier de l’époque, George Osborne, a cité le rapport pour avertir que « un vote en faveur du Brexit représenterait un choc immédiat et profond pour notre économie » et que « le choc entraînerait notre économie en récession et conduirait à une augmentation du chômage d’environ 500 000 personnes ».

Néanmoins, la majorité des électeurs ont opté pour le Brexit. Ce faisant, ils ont prouvé, une fois de plus, que les économistes avaient tort, car aucun des scénarios catastrophes prédits avant le référendum ne s’est produit. Larry Elliott, rédacteur de la rubrique économie du Guardian, a écrit : « L’Armageddon post-Brexit était une perspective terrifiante – mais cela ne s’est tout simplement pas produit ». Alors que près de deux ans se sont écoulés depuis le référendum, les données économiques provenant du Royaume-Uni tournent en dérision ces avertissements pessimistes – et en particulier le rapport gouvernemental susmentionné. Les données de l’Office for National Statistics (ONS) montrent que fin 2017, le PIB britannique était déjà plus élevé de 3,2 % par rapport à son niveau au moment du vote – bien loin de la profonde récession à laquelle on nous avait préparés.

Source: Office of National Statistics [Bureau des statistiques nationales] et calculs de l’auteur.

arton40076-148a0

En fait, entre juin 2016 et janvier 2018, le taux de chômage a chuté de 4,9 % à 4,3 %, tandis que le nombre de chômeurs a baissé de 187 000, atteignant son plancher depuis quarante-trois ans. Le nombre des inactifs – qui ne travaillent pas et qui ne cherchent pas d’emploi – a connu sa baisse la plus massive depuis près de cinq ans et demi. Voilà pour ce qui est des innombrables travailleurs qui étaient censés perdre leur emploi suite au vote sur le Brexit.

Les données sur l’industrie britannique, au cours des deux dernières années, sont particulièrement embarrassantes pour ces prophètes de malheur professionnels. Malgré l’incertitude concernant les négociations avec l’UE, « l’industrie manufacturière connaît sa plus forte croissance depuis la fin des années 1990 », selon The Economist ainsi que selon la Fédération Britannique des Industries (EEF). Cela s’explique en grande partie par une demande croissante à l’exportation, dynamisée par la baisse de la livre sterling et l’amélioration de la situation économique mondiale. Selon un rapport de l’aéroport de Heathrow et du Centre for Economics and Business Research (CEBR), les exportations britanniques atteignent leur sommet depuis 2000. Comme The Economist l’a publié récemment : « Les industriels britanniques, après une longue période de souffrance, bénéficient d’un boom qui n’arrive qu’une fois en une génération », car les changements consécutifs au Brexit engendrent un « rééquilibrage » bien nécessaire de la croissance, depuis les services financiers vers l’industrie manufacturière. Cela stimule également l’investissement. La dépense totale d’investissement au Royaume-Uni – publics plus privés – a crû en 2017 plus que dans aucun autre pays du G7 : +4% par rapport à l’année précédente.

10_Pounds_A

Les prédictions selon lesquelles une victoire du vote pro-Brexit broierait l’économie britannique suite à un effondrement du cours de la livre sterling se sont révélées tout aussi infondées : oui, la livre sterling a effectivement perdu du terrain par rapport aux autres grandes monnaies depuis le référendum, mais non seulement cela n’a pas détruit l’économie britannique – bien au contraire, en fait, comme nous l’avons vu – mais son cours est à nouveau à la hausse depuis début 2017.

Le Saint marché unique

Donc, puisque rien n’est venu confirmer que le Brexit pouvait déclencher un effondrement économique, qu’est-ce qui se cache derrière la certitude aveugle des commentateurs de l’actualité ? Un élément important de l’idéologie qui sous-tend l’ensemble du débat sur le Brexit est l’idée que la Grande-Bretagne a tiré d’énormes avantages économiques de son adhésion à l’UE (ou CEE comme on l’appelait en 1973). Cette affirmation est-elle étayée ? Comme le montre une étude récente du Centre for Business Research (CBR) de l’Université de Cambridge (voir graphique ci-dessous), « La croissance du PIB britannique par habitant après 1973 n’a pas été supérieure à celle des décennies précédentes. En fait, le PIB par habitant a augmenté bien plus lentement après l’adhésion qu’au cours de la décennie précédant l’adhésion ».

Source : Centre de recherche sur le commerce, Université de Cambridge.

Les chercheurs concluent que « rien ne prouve que l’adhésion à l’UE a amélioré le taux de croissance économique au Royaume-Uni ». L’établissement du sacro-saint marché unique, en 1992, n’a pas changé les choses – ni pour le Royaume-Uni ni pour l’UE dans son ensemble. Même lorsque nous nous limitons à évaluer le succès du marché unique sur la base de paramètres économiques généraux – productivité et PIB par habitant – il y a très peu de raisons de penser qu’il a tenu les promesses de ses partisans ou les prévisions officielles. Le graphique suivant fournit une comparaison à long terme entre l’UE-15 et les États-Unis en termes de PIB par heure travaillée (une mesure de la productivité du travail) et de PIB par habitant.

Source: US Conference Board [Fédération patronale des USA, NdT], Total Economy Database.

Les données montrent clairement que non seulement le marché unique (à partir de la ligne verte) n’a pas réussi à améliorer les économies de l’UE15 par rapport aux États-Unis, mais qu’il semble même les avoir pénalisées.

Plus intéressant encore, la création du marché unique n’a même pas stimulé les échanges au sein de l’UE. Le graphique suivant montre le pourcentage que représentent les exportations entra pays de l’UE et l’UEM [l’Union monétaire européenne, qui se développe dans la zone euro] rapportées aux exportations totales de l’UE et de l’UEM. Après avoir connu une hausse régulière tout au long des années 1980, cette proportion a effectivement stagné entre la création du marché unique au milieu des années 1990 et le milieu des années 2000, puis a suivi une tendance à la baisse (avec une légère reprise après 2014). Une note de Bruegel ajoute que « la zone euro a suivi à peu près le même schéma que l’Union européenne dans son ensemble, ce qui donne à penser que la monnaie commune n’a peut-être pas eu l’effet escompté sur le commerce entre membres de la zone euro ».

Fonds monétaire International, Direction des statistiques du Commerce

Il en va de même pour la part des exportations britanniques vers l’UE et l’UEM, qui stagne depuis la création du marché unique et décline même depuis le début des années 2000 (retour au niveau du milieu des années 1970), les marchés d’exportation hors UE croissant beaucoup plus rapidement que celle vers l’UE et la zone euro.

Fonds monétaire International, Direction des statistiques du Commerce et calculs de l’auteur

Comme le notent les chercheurs de l’Université de Cambridge, cela suggère « un bénéfice négligeable, pour le Royaume-Uni, à être membre de l’UE ». En outre, cela montre que la Grande-Bretagne diversifie ses exportations depuis un certain temps et qu’elle dépend beaucoup moins de l’UE aujourd’hui qu’il y a vingt ou trente ans. Une autre observation tirée de la base de données de la Direction des Statistiques du Commerce du FMI est que, alors que les exportations mondiales ont quintuplé depuis 1991 et que celles des économies avancées ont été multipliées par 3,91, les exportations de l’UE et de l’UEM n’ont augmenté que d’un facteur 3,7 et 3,4 respectivement.

Ces résultats sont cohérents avec d’autres études qui montrent que la libéralisation des tarifs douaniers, en elle-même, ne favorise pas la croissance, ni même le commerce. En fait, le contraire est souvent vrai : comme l’a montré l’économiste de Cambridge Ha-Joon Chang, tous les pays riches d’aujourd’hui ont développé leur économie à l’abri de mesures protectionnistes. Cela jette de sérieux doutes quant à l’affirmation largement répandue selon laquelle quitter le marché unique signifierait nécessairement « une productivité plus faible et un niveau de vie plus bas ». Il révèle également comme totalement « invraisemblable », selon les mots des chercheurs de Cambridge, l’affirmation du Trésor selon laquelle la Grande-Bretagne a connu une augmentation de 76 % de ses échanges commerciaux en raison de l’adhésion à l’UE, tendance qui pourrait s’inverser en quittant l’UE. Les économistes de Cambridge concluent que les tarifs douaniers moyens sont déjà si bas pour les pays non membres de l’UE qui cherchent à commercer au sein de l’UE que, même dans le cas d’un « Brexit dur », les pertes commerciales seraient vraisemblablement limitées et temporaires.

La gauche et la libéralisation

14411219

Cela rend encore plus ridicule le soutien de la gauche contemporaine en faveur du « libre-échange ». Nous devrions frémir à l’idée que les historiens du futur se feront des aberrations telles que la campagne du Parti Travailliste en faveur du marché unique, celle de ses alliés Yanis Varoufakis avec son groupe DiEM25. Surtout si l’on considère que même les économistes orthodoxes, comme Dani Rodrik, disent maintenant explicitement que la libéralisation du commerce « cause plus de problèmes qu’elle n’en résout », qu’elle est l’une des causes profondes des réactions anti-establishment qui se développent en Occident, et que le moment est venu de « mettre des grains de sable dans les roues de la mondialisation ». En ce sens, on s’attendrait à ce que la gauche voie dans le Brexit une opportunité parfaite de « réécrire[les] règles multilatérales », comme le conseille Rodrik, au lieu de s’accrocher bec et ongles à un système en faillite.

En outre, on oublie souvent dans le débat sur Brexit que le marché unique dépasse largement la simple libéralisation du commerce. L’un des principes fondamentaux du marché unique était la déréglementation des marchés financiers et l’abolition du contrôle des capitaux, non seulement entre les membres de l’UE, mais aussi entre les membres de l’UE et d’autres pays. Comme nous le soutenons dans notre récent livre, Reclaiming the State [Réhabiliter l’État, NdT], cet aspect du marché unique reflète le nouveau consensus qui avait émergé, même au sein de la gauche, dans les années 1970 et 1980. Selon ce consensus, l’internationalisation économique et financière – ce que nous appelons aujourd’hui « mondialisation » – a rendu l’État de plus en plus impuissant face aux « forces du marché ». Dans cette lecture, les pays n’avaient donc pas d’autre choix que d’abandonner les stratégies économiques nationales et tous les instruments traditionnels d’intervention dans l’économie, et d’espérer, au mieux, des formes transnationales ou supranationales de gouvernance économique.

12044551

Il en est résulté une dépolitisation progressive de la gestion de l’économie, qui a été un élément essentiel du projet néolibéral, en visant, d’une part, à établir des barrières étanches entre les politiques macroéconomiques et les aspirations de la population et, d’autre part, à éliminer les obstacles aux flux de capitaux. Le marché unique a joué un rôle crucial dans la néolibéralisation de l’Europe, ouvrant la voie au traité de Maastricht, qui a fait pénétrer le néolibéralisme au sein même de l’Union européenne. Ce faisant, il a établi de facto un ordre constitutionnel supranational qu’aucun gouvernement, seul, n’est en mesure de changer. En ce sens, il est impossible de séparer le marché unique de tous les autres aspects négatifs de l’Union européenne. L’UE est de nature structurellement néolibérale, antidémocratique et néocoloniale. Elle est politiquement dominée par son membre le plus important et les politiques qu’elle a menées ont eu des effets sociaux et économiques désastreux.

GOPE-Grandes-Orientations-de-Politique-Economique-feuille-de-route-économique-de-Matignon

Alors pourquoi la gauche de gouvernement a-t-elle tant de mal à accepter le Brexit ? Les raisons, comme nous l’avons noté, sont nombreuses et liées les unes aux autres : la croyance fausse, à gauche, selon laquelle l’ouverture et le commerce apportent la prospérité ; son acceptation des mythes économiques dominants, en particulier en ce qui concerne les déficits et les dettes publiques ; son incapacité à comprendre la véritable nature du marché unique et de l’Union européenne en général ; l’illusion que l’UE peut être « démocratisée » et réformée dans une direction progressiste ; l’idée, erronée, que la souveraineté nationale n’est plus pertinente dans une économie internationale de plus en plus complexe et interdépendante, et que le seul espoir d’obtenir un changement significatif est que les pays “mettent en commun” leur souveraineté et la transfèrent à des institutions supranationales.

9f7f5abe18b6aac90dfbb22f6f8a63c1_XL

L’une des raisons essentielles du ralliement de la gauche à la panique anti-Brexit a été la diversion qui a opportunément permis de ne pas s’atteler à un problème plus substantiel : le système économique qui sous-tend l’Occident en général est en grave déclin. Une autre étude de la CBR de l’Université de Cambridge a révélé que l’impact du Brexit serait probablement beaucoup plus limité que prévu par le gouvernement « même dans l’hypothèse où le Royaume-Uni n’obtiendrait pas d’accord de libre-échange ni d’accès privilégié au marché unique de l’UE » – c’est-à-dire même dans le cas d’un « Brexit dur ». Dans l’ensemble, les chercheurs de Cambridge ont trouvé :

Les perspectives économiques sont en demi-teinte plutôt que sombres, mais cela aurait été le cas, à notre avis, même sans Brexit. La réalité, plus profonde, est la poursuite d’une croissance faible, tant de la production que de la productivité qui a marqué le Royaume-Uni et d’autres économies occidentales depuis la crise bancaire. La croissance lente du crédit bancaire, dans un contexte d’endettement déjà élevé et d’austérité du secteur public, empêche la demande globale de croître significativement.

59d9dbce488c7b674b8b4568

En d’autres termes, le Royaume-Uni continue d’être confronté à de graves problèmes économiques – demande intérieure insuffisante, bulle de la dette privée, infrastructures sur le déclin et désindustrialisation – qui n’ont rien à voir avec Brexit, mais qui résultent plutôt des politiques économiques néolibérales menées par les gouvernements britanniques successifs au cours des dernières décennies, y compris le gouvernement conservateur actuel.

mains-1

Ces idées néolibérales sont ancrées tellement profondément qu’elles ne pourront être remises en question que par une révolution démocratique dans la politique britannique – mais là encore, le débat sur le Brexit a bridé tout progrès, et révélé une profonde défiance à l’égard de la démocratie. Ceci est illustré par les affirmations selon lesquelles, sans la « protection » du marché unique, le Royaume-Uni sombrerait dans un cauchemar dystopique, où il aurait à faire face à « des aliments génétiquement modifiés, du poulet au chlore et à la privatisation des secteurs protégés comme les soins de santé » et où, comme l’écrit Denayer, les droits de l’homme seraient réduits à la portion congrue, et les « principes de procès équitables, de liberté d’expression et de normes de travail décentes » seraient compromis. S’il est vrai que, dans certains domaines, les précédents gouvernements britanniques, de droite, ont été contrariés – dans le bon sens – par l’UE dans leurs tentatives de déréglementation et de marchandisation, l’idée que le peuple britannique est incapable de défendre ses droits en l’absence d’une certaine forme de “contrainte extérieure” est condescendante et réactionnaire.

Royaume-Uni-le-taux-de-chomage-baisse-a-4-5-fin-mai-au-plus-bas-depuis-42-ans

Tout comme les déboires économiques actuels de la Grande-Bretagne ont beaucoup plus à voir avec les politiques économiques nationales qu’avec le résultat du référendum, l’avenir du pays dépendra largement des politiques nationales suivies par les futurs gouvernements britanniques, et non du résultat des négociations du Royaume-Uni avec l’UE. Comme l’écrit John Weeks, professeur émérite à l’Université de Londres : « La douloureuse vérité est que la grande majorité des ménages britanniques seront mieux lotis hors de l’Union européenne avec un gouvernement travailliste dirigé par Jeremy Corbyn que dans l’Union européenne sous le joug d’un gouvernement conservateur dirigé par n’importe qui. »

blockchain-democratie-2-11-2017

En effet : un gouvernement socialiste démocratique dirigé par Corbyn est la meilleure option pour la majorité des citoyens britanniques et pour l’économie du pays. D’où une conclusion évidente : pour un gouvernement travailliste dirigé par M. Corbyn, ne pas être membre de l’Union européenne « résout plus de problèmes qu’il n’en crée », comme le fait remarquer M. Weeks. Il fait référence au fait que de nombreux aspects du programme de Corbyn – tels que la renationalisation des services postaux, des chemins de fer et des entreprises du secteur de l’énergie, ainsi que le soutien au développement de certaines entreprises – ou d’autres politiques qu’un futur gouvernement travailliste pourrait décider de mettre en œuvre, comme l’adoption de contrôles des capitaux, seraient difficiles à mettre en œuvre en vertu du droit communautaire et seraient presque certainement contestées par la Commission européenne et la Cour de justice des Communautés européennes. Après tout, l’UE a été créée avec l’intention précise d’interdire définitivement des politiques aussi « radicales ».

1203309_finance-le-brexit-un-tournant-154616-1

C’est pourquoi Corbyn doit résister aux multiples pressions – d’abord et avant tout au sein de son propre parti – qui l’incitent à soutenir un « Brexit doux ». Au contraire, il doit trouver tisser autour du Brexit une histoire radicalement progressiste et émancipatrice. Une fenêtre de tir unique s’est ouverte pour la gauche britannique – et la gauche européenne en général – pour montrer qu’une rupture radicale avec le néolibéralisme, et avec les institutions qui le soutiennent, est possible. Mais elle ne restera pas ouverte éternellement.

Thomas Fazi est écrivain, journaliste, traducteur et chercheur. Il est le coauteur de Reclaiming the State : A Progressive Vision of Sovereignty for a Post-Neoliberal World [Réhabiliter l’État : une vision progressiste de la souveraineté pour un monde post-néolibéral] (Pluto Press ; 2017).

William Mitchell est le co-auteur de Reclaiming the State : A Progressive Vision of Sovereignty for a Post-Neoliberal World (Pluto Press ; 2017). Il est professeur d’économie et directeur du Centre of Full Employment and Equity [Centre de plein emploi et d’équité] à l’Université de Newcastle, en Australie.

Source : Jacobin, Thomas Fazi & William Mitchell, 29-04-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/pourquoi-la-gauche-devrait-se-rallier-au-brexit/

mardi 22 mai 2018

Les Windsor Une monarchie à l'épreuve de la modernité

HIST WINDSOR

Une monarchie à l'épreuve de la modernité

Traduction en Anglais

Les joies et les déboires des occupants actuels du palais de Buckingham font régulièrement les choux gras de la presse populaire, en Angleterre comme dans le reste du monde.

Mais qu'il s'agisse de mariages, naissances, divorces ou funérailles, l'écho médiatique de ces péripéties compte bien moins que la fonction symbolique de la monarchie dans une nation aujourd'hui millénaire. La famille des Windsor, dont le nom remonte à un siècle, est l'héritière d'une histoire dynastique millénaire.

« God Save the Queen ! »

Pour la majorité des Britanniques, la monarchie demeure une institution centrale, quoique symbolique. Son importance pour la cohésion nationale, à l'heure du multiculturalisme, s'avère plus grande que jamais. C'est que la fidélité à la couronne et à la personne du souverain est plus facile à admettre de la part des citoyens, quelle que soit leur origine ethnique ou religieuse, que la référence à une « identité nationale » et des « valeurs républicaines » dont on est bien en peine, en France par exemple, de définir l'essence...

Drames de famille

122624_c

Monarchie normande puis angevine, la dynastie s'anglicise au XIVe siècle, à la fin du Moyen Âge sans que les différentes branches familiales issues de Guillaume le Conquérant ne cessent de se combattre.

Après les disputes sanglantes entre Henri II Plantagenêt et ses fils, au XIIe siècle, voilà l'abdication du dernier Plantagenêt en 1399 et l'avènement de la maison de Lancastre.

Au siècle suivant, la guerre des Deux-Roses voit l'avènement des Tudors. Après quelques sacrées secousses liées aux émois sexuels d'Henri VIII, ceux-ci laissent pacifiquement la place aux Stuarts à la mort d'Elizabeth 1ère en 1603. Ces rois d'origine écossaise affrontent la seule révolution qu'ait jamais connue l'Angleterre. Après un bref intermède républicain sous l'égide de Cromwell, les Stuarts reviennent au pouvoir mais pour peu de temps.

Mal disposés à partager le pouvoir avec les représentants des Communes, ils sont chassés au profit d'une branche cadette des Stuarts qui accepte bon gré mal gré un régime parlementaire, embryon de la démocratie moderne. Sa dernière représentante est la reine Anne Stuart.

À sa mort, en 1714, faute d'enfant pour lui succéder, elle laisse la couronne à un lointain cousin allemand, l'Électeur de Hanovre, qui devient roi de Grande-Bretagne sous le nom de George 1er. Lui-même et ses successeurs, mal à l'aise dans leurs nouveaux habits et ne parlant pas l'anglais, s'en remettent au Parlement du soin de gouverner le pays.

Selon un rituel désormais bien établi, le roi appelle à la tête du gouvernement la personnalité choisie par la majorité parlementaire. Il reçoit chaque nouveau Premier ministe pour un entretien privé. Il peut aussi le réinviter de semaine en semaine pour un échange informel et courtois sur les affaires du royaume et les indispensables signatures.

Le renouveau victorien

La dynastie de Hanovre est affectée par la maladie mentale du roi George III. En 1811, le roi est contraint de céder le trône à son fils, le Prince de Galles. Cette Régence se solde par un pénible abaissement de la monarchie. George IV, roi de 1820 à 1830, et son frère Guillaume IV, roi de 1830 à 1837, sont débauchés et incapables au point de laisser planer des doutes sur la survie de la monarchie.

Tout bascule avec l'intronisation d'une jeune reine de 18 ans, Victoria, nièce du précédent roi.

Mariée par amour à un cousin allemand, Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, la jeune souveraine plie sa vivacité naturelle aux principes stricts et luthériens de son époux. C'est ainsi que la famille royale donne aux classes moyennes britanniques l'exemple d'une rigueur morale que l'on dira « victorienne ». Notons que la haute aristocratie s'en tient dans le secret de ses salons à l'épicurisme hérité de la « Merry England » du siècle précédent.

Sous le long règne de Victoria, l'Angleterre connaît son apogée, jusqu'à dominer l'économie mondiale et faire passer sous l'autorité de la couronne le quart de la population mondiale. En 1876, la reine ajoute à ses titres celui d'impératrice des Indes.

À sa mort, en 1901, son fils, le populaire Prince de Galles, déjà sexagénaire, monte sur le trône sous le nom d'Édouard VII. Avec lui revient un peu de la joie de vivre d'antan. Mais celle-ci est altérée par les premiers signes de déclin de la puissance britannique.

Des Hanovre aux Windsor

Ce déclin devient manifeste sous le règne du roi suivant, George V, avec l'éclatement de la Grande Guerre. C'est au cours de celle-ci, en 1917, que le monarque change le nom de la famille - Hanovre - pour celui, plus britannique, de Windsor, du nom de sa résidence favorite.

Le roi assume consciencieusement son rôle symbolique. Pendant la Grande Guerre de 1914-1918, il multiplie les visites aux armées et aux hôpitaux, fait des dons et s'astreint aux règles de rationnement comme l'ensemble des citoyens.

Sa succession, en 1936, survient dans un contexte international tendu. L'Italie, qui a envahi l'Éthiopie, est menacée de sanctions internationales et, pour y faire face, tend vers une alliance lourde de menaces avec l'Allemagne nazie. Or, l'héritier du trône britannique est un flamboyant célibataire lié à une femme sulfureuse, Mrs Wallis Simpson, qui fut la maîtresse du gendre de Mussolini et reste proche des milieux nazis. Devenu roi sous le nom d'Édouard VIII, il est rapidement poussé vers l'abdication par le Premier ministre Stanley Baldwin.

1564865-elizabeth-ii-le-jour-de-son-950x0-3

La crise se dénoue avec le couronnement de son frère sous le nom de George VI. Le nouveau souverain, bien que timide et affecté d'un fort bégaiement, tiendra son rôle dans l'honneur pendant les heures graves de la Seconde Guerre mondiale. Surmené, il meurt prématurément à 57 ans, en 1952, et laisse le trône à sa fille de 24 ans, l'actuelle reine Elizabeth II. Celle-ci est en passe de battre le record de longévité de son aïeule Victoria, qui a régné 64 ans.

Sous son règne, la famille a connu des moments difficiles avec le divorce des princes Charles et Andrew et la mort de la princesse Diana, mais aussi un regain de popularité avec le mariage de son petit-fils William et de Kate Middleton ainsi que la naissance de leur premier-né, George, le 22 juillet 2013... Depuis lors, le conte de fées se poursuit avec deux nouveaux enfants, Charlotte et Louis (référence au prestigieux Lord Louis Mountbatten), et le mariage de Harry, frère cadet de William, avec Meghan Markle le 19 mai 2018.

Pour la monarchie britannique comme pour ses homologues d'Europe continentale, le principal défi à venir réside moins dans les péripéties sentimentales (divorces, adultères...), lesquelles ont existé de tout temps, que dans le vieillissement, résultat bienvenu de l'augmentation générale de l'espérance de vie.

Nous risquons de voir, à l'avenir, des grand-pères succéder à des arrière-grand-mères. Pas de quoi ravir les foules... À moins que les Windsor ne suivent l'exemple de Benoît XVI, Béatrix des Pays-Bas ou encore Albert II de Belgique en se retirant avant que les forces ne leur manquent.

https://www.herodote.net/Une_monarchie_a_l_epreuve_de_la_modernite-synthese-567-372.php

BASE 14 995X225

A ceux qui pensent que tout cela est du folklore, précisons qu'un acte/loi/décret signé par le monarque est par essence un acte de souveraineté, et revêt un caractère sacré,  ce qui rend difficiles les tentatives de certains de revenir sur le Brexit, au risque de mettre en péril les fondements du régime. De nombreux "européistes" ont du mal à comprendre les peuples avec lesquels ils souhaitent pourtant fusionner, leur histoire et leur mentalité.  Ils n'ont pas fini d'être étonnés...             P.G.

10_Pounds_A

Posté par UPR Creuse à 04:45 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

lundi 21 mai 2018

Bernard-Henri Lévy repart en guerre contre le Brexit… dans une pièce de théâtre

Opposé à la sortie du Royaume-Uni de l’UE, Bernard-Henri Lévy troquera une énième fois ses habits de philosophe pour celui de comédien. Le 4 juin prochain à Londres, il se produira sur les planches dans une pièce intitulée «Last exit before Brexit».

ACT BHL BREXIT

A l’invitation de Sophie Wiesenfeld, la fondatrice de Hexagon Society, un mouvement intellectuel qui affirme promouvoir «la production de contenus culturels» pour combattre «l'obscurantisme, le populisme, le racisme et les menaces contre les démocraties», Bernard-Henri Lévy se rendra à Londres le 4 juin prochain pour adapter sa pièce de théâtre Hôtel Europe au Cadogan Hall.

Rebaptisée pour l’occasion Last exit before Brexit, cette représentation lui permettra une nouvelle fois de donner de sa personne afin de militer contre la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et ainsi convaincre la majorité des Britanniques qu’ils ont glissé le mauvais bulletin dans l'urne lors du référendum du 23 juin 2016.

Le Brexit, une «escroquerie politique et morale» pour Bernard-Henri Lévy

2009452_recit-brexit-le-jour-dapres-web-0211065368132

Cette position, il l’a réitérée le 16 mai pour le magazine Ici Londres. Au cours de l’interview, il a en effet expliqué que le Brexit était «une des manifestations […] de la vague populiste qui déferl[ait] en ce moment sur toute l’Europe», fustigeant au passage Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, dont il a estimé qu’ils en étaient les vecteurs principaux en France. «Je ne pense pas que l’Europe puisse durablement survivre à un retrait de la Grande-Bretagne», a-t-il par ailleurs estimé.

Enfin, interrogé sur le risque d’un Frexit, il a alors confié ses craintes : «J’espère qu’aucun gouvernement français ne commettra l’erreur folle de David Cameron qui, pour des raisons politiciennes, a déclenché cet effet papillon. Les gens disent : "qu’avez-vous contre ce référendum ? Est-ce que le référendum, ce n’est pas l’essence même de la démocratie ?". Eh bien justement non. C’est un des buts de cette pièce : dénoncer l’énorme escroquerie politique et morale qui veut nous faire croire que demander à un peuple de répondre par "oui" ou "non" à une question aussi énorme, aussi complexe, que son maintien ou non dans l’Europe, serait l’essence de la démocratie.»

https://francais.rt.com/france/50842-bernard-henri-levy-theatre-brexit

MONTAGE BHL BREXIT

Posté par UPR Creuse à 06:53 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

mardi 15 mai 2018

Le Brexit fait bondir les exportations de « British mozzarella »

Le boom de la demande en Chine et la baisse de la livre provoquée par les incertitudes liées au Brexit ont fait bondir de 23 % les exportations de fromages « made in UK » l'an dernier.

ACT CHEDDAR UK

C'est une conséquence inattendue  du Brexit  : la baisse de la livre provoquée par les incertitudes sur les conditions de la sortie de l'UE a dopé l'an dernier... les exportations de fromages britanniques ! Selon les statistiques des douanes de sa très Gracieuse Majesté, relayées la semaine dernière par  le « Guardian » , leur valeur a bondi de 23 %, à 615 millions de livres sur l'année, la baisse du sterling rendant le Stilton ou encore le Cheddar plus compétitifs.

La hausse des exportations en valeur est aussi liée à la hausse des prix sur le marché mondial, la demande en fromage continuant de progresser alors même que la production a baissé en Europe. La demande explose ainsi en Asie et en particulier en Chine, où les exportations de fromages britanniques sont passées de 49 tonnes seulement en 2015, à 786 tonnes l'an dernier !

Fromages en poudre ou râpés

12044551

Cette demande ne porte pas toujours sur les fromages britanniques les plus fins : plus de la moitié des fromages « made in UK » exportés en Chine sont en poudre ou râpés, autrement dit destinés à être utilisés dans des plats cuisinés. Les ventes de fromages britanniques font aussi un bond de 27 % en valeur aux Philippines.

Le Cheddar représente à lui seul pas moins de 40 % des exportations de fromage du Royaume-Uni. Plus surprenant, la forte progression de la mozzarella et des fromages frais - comme le fromage blanc égoutté (« cottage cheese ») ou celui à base de lait caillé (« curds ») - avec dans un cas comme dans l'autre des exportations en hausse de 14 % en volume l'an dernier.

Attitude plus positive des acheteurs français

Les exportations de « British mozzarella » vers les Etats-Unis ont ainsi grimpé de 43 % ! Les ventes britanniques de ce fromage destiné pour l'essentiel à la confection de pizza ont aussi progressé à Hong Kong, en Espagne, aux Pays-Bas, au Danemark et au Pakistan.

La-démocratie-et-la-liberté-dexpression-en-France-au-quotidien

Autre explication à ce boom des exportations britanniques : selon Jason Hinds, un exportateur de fromage anglais interrogé par le « Guardian », les acheteurs français auraient aussi une attitude plus positive à l'égard des fromages étrangers de qualité, et  en particulier à l'égard de ceux fabriqués outre-Manche . Qui a dit que la Hollande était l'autre pays du fromage ?

https://www.lesechos.fr/monde/europe/0301666333502-ca-se-passe-en-europe-le-brexit-fait-bondir-les-exportations-de-british-mozzarella-2175611.php

BASE 14 995X225

Et dire que le Brexit devait ruiner la Grande Bretagne et la faire se refermer sur elle-même  !!!!
Donc, pour redresser l'économie française, vendre nos fromages, nos vins et tous nos produits de qualité, Macron doit nous sortir de l'UE !
A moins que... sa mission ne consiste pas à redresser la
France... S.R.

Posté par UPR Creuse à 07:44 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

vendredi 11 mai 2018

Etat des lieux sur le referendum britannique (BREXIT)

TL UK PARLEMENT

On nous rebat les oreilles que le vote « Leave » est tantôt le vote d'un peuple inculte en matière d'économie, de politique ou de relations internationales, tantôt un vote xénophobe face à la vague d'immigration en Europe. Le résultat du référendum n'a pas été accueilli favorablement dans les plus hautes sphères européennes, et il aurait presque fallu ignorer le vote comme cela s'est passé en France en 2005 pour le référendum sur le TCE ou en Irlande en 2008 pour le référendum sur le Traité de Lisbonne. L'inamovible Donald Tusk, alors président du Conseil des ministres en Pologne, affirmait : « Le référendum en Irlande ne disqualifie pas le traité de Lisbonne. L’Europe trouvera un moyen de le faire entrer en vigueur. » Pour Tusk, président du Conseil européen depuis 2014, réélu en 2017,  « la démocratie, c'est cause toujours[1]». Le vote du 23 juin 2016, auquel plus de 72% des sujets de Sa Majesté a participé, aurait pu être balayé d'un revers de main puisque Tusk, en session plénière du Conseil européen d'octobre 2017, a laissé entendre que l'une des issues des négociations n'excluait pas le maintien du Royaume-Uni dans l'UE. Mais il n'est pas le seul en Europe[2] à penser que le peuple a mal voté. Les libéraux-démocrates ont appelé de leurs vœux la tenue d'un nouveau référendum pour que le peuple puisse revenir sur sa décision – les citoyens savent-ils ce qui est vraiment bon pour eux ? Un peu de « pédagogie » pour convertir le peuple à une UE honnie et le deuxième référendum serait acquis au « Remain ». Une galloise, Liz Webster, affiliée au parti Lib-Dem, n'a pas hésité à qualifier le référendum de « tyrannique » par opposition au sain(t) parlementarisme[3]. Certains ne doivent pas être loin de regretter le suffrage censitaire... Pour effrayer les électeurs britanniques qui hésitaient encore un mois avant le vote, Obama menaçait le Royaume-Uni de se retrouver « au bout de la file d'attente sur les accords commerciaux » (ce qui n'aurait pas été une trop mauvaise nouvelle pour les britanniques) puis il a déploré le résultat du référendum tout en nuançant son propos, affirmant que le Royaume-Uni resterait un partenaire économique majeur[4]... « business is business ».

1026639266

Le Royaume-Uni est une monarchie parlementaire, comme beaucoup de pays en Europe, mais le Royaume-Uni n'a pas de Constitution « écrite », contrairement à la France (Constitution de 1958) ou à l'Allemagne (Loi Fondamentale de 1949). Toutefois le régime repose sur des principes comme la séparation des pouvoirs, la suprématie du Parlement, la « Common Law » (la loi découle de la jurisprudence plutôt que d'un texte codifié). C'est cette fameuse suprématie du Parlement qui va nous intéresser car elle a fait l'objet de débats juridiques et politiques, précisément parce que la Constitution n'est pas « écrite », et que le principe de suprématie du Parlement avait été remis en cause par le European Communities Act de 1972, définissant la primauté du droit communautaire sur le droit national[5]. A qui revient-il d'initier la sortie de l'UE ? Le gouvernement ? Le Parlement ? La question a été portée à l'attention de la Cour suprême du Royaume-Uni par une gestionnaire de fonds de la City, Gina Miller, qui a obtenu de Theresa May qu'elle consulte le Parlement avant d'engager le Brexit. En effet au Royaume-Uni le peuple n'est pas souverain, ce sont conjointement le monarque et le Parlement qui sont dépositaires de cette souveraineté. Mme May craignait de consulter le Parlement car elle était affaiblie dans son propre camp et incertaine du vote Labour. Le 1er février 2017 tous les Conservateurs (à l'exception de Ken Clarke) et une majorité de députés travaillistes se sont prononcés en faveur du déclenchement de l'article 50 du Traité de Lisbonne, conformément au vote du référendum et le 29 mars 2017 la demande de « divorce » est adressée à D. Tusk[6]. Les négociations, menées notamment par Michel Barnier pour l'UE et David Davis pour le gouvernement britannique, pourraient durer jusqu'à deux ans. Avec ou sans accord entre Royaume-Uni et UE, le Brexit sera effectif le 29 mars 2019.

1554859_1464271813_1527308-1455781326-1049274-1430991889-brexit-angleterre-grande-bretagne-europe_565x375p

Le European Communities Act de 1972 portait en germe une attaque intolérable contre la souveraineté britannique et ce fut la principale raison du vote « Leave » le 23 juin 2016. Ainsi, en sortant des urnes 49% des Britanniques sondés[7] ont affirmé que leur motivation première était que la politique du Royaume-Uni devrait uniquement être définie par des instances britanniques. Quoi de plus légitime ? Déjà en 1975, deux ans après l'entrée à reculons dans la CEE[8], le gouvernement Wilson demanda l’organisation d’un référendum au sujet du maintien du Royaume-Uni au sein de la CEE. Les britanniques répondirent « oui » à 67,23%. En dépit des profondes réserves exprimées par certains membres de son Cabinet, Wilson poursuivit une politique d’intégration à la CEE. Tony Benn, travailliste et membre du Cabinet Wilson, tenait ces propos sur la Communauté européenne : « The Community will destroy the whole basis on which the labour movement was founded and its commitment to democratic change. »[9] [10] En 1975 dans un article[11] adressé aux citoyens Benn pointait du doigt la perte d'indépendance et de souveraineté liée à l'entrée dans la CEE :

1°) « La participation du Royaume-Uni à la CEE nous soumet à des lois et taxes qui n'ont pas été décidées par nos députés, mais par des autorités que nous n'élisons pas directement et que nous ne pouvons pas renvoyer aux urnes. »

2°) « La participation du Royaume-Uni à la CEE prive le Parlement britannique de la possibilité de supprimer des lois ou des mesures fiscales : seules des autorités communautaires qui n'ont pas été élues directement par le peuple britannique peuvent le faire. »

3°) « La participation du Royaume-Uni à la CEE exige des tribunaux britanniques qu'ils fassent respecter des lois communautaires qui n'ont pas été décidées par le Parlement, et que le Parlement ne peut pas modifier ou amender, même lorsque ces lois entrent en conflit avec d'autres (votées, elles, par le Parlement), puisque la hiérarchie des droits place les directives communautaires au-dessus des textes britanniques. »

4°) « La participation du Royaume-Uni à la CEE impose aux gouvernements britanniques des contraintes et des devoirs qui n'ont pas été décidés par le Parlement. Les ministres n'ont donc plus à s'expliquer de leurs actions devant le Parlement, ou le peuple britannique qui les a élus. »

5°) « La participation du Royaume-Uni à la CEE transfère une partie des pouvoirs législatifs et financiers à des autorités communautaires qui n'ont pas été élues directement par les britanniques, ce qui les isole du contrôle direct des électeurs britanniques. Comme ces derniers ne peuvent pas retirer leur mandat à qui que ce soit, leur point de vue n'importe guère et nul n'est tenu de prendre en compte leurs récriminations. »

 

68c96e9c19a8bf6728aace7410289

Le fond du débat a été le même en 1975 et en 2016 sur la question de l’indépendance et de la souveraineté. A ceci près qu’en 1979 les députés du Parlement européen sont pour la première fois élus au suffrage direct, ce qui laissait présager d'une démocratisation des institutions. Mais le pouvoir du Parlement européen est limité, il a un droit de veto et ne peut prendre des décisions qu'en partenariat avec le Conseil de l'UE (le Conseil des ministres qui représentent les gouvernements). Seule la Commission européenne est à l'origine des lois et est chargée de leur application. Elle cumule les pouvoirs législatifs et exécutifs sans être élue, un modèle démocratique.

59f9f9e8488c7bba478b4567

En 2013 dans son discours de Bloomberg D. Cameron réaffirmait l'intégration du RU à la fois à l'UE et à l'OTAN. Il y soulignait la nécessité de donner davantage de légitimité démocratique aux institutions européennes et de réformer l'UE pour plus de « compétitivité » et de « flexibilité » avec en ligne de mire les « charges » sociales[12]. Pour Cameron, l'unique intérêt du RU d'être membre de l'UE est l'accès au marché commun. Tout ceci est fort contradictoire avec ce qu'il affirme plus tôt, à savoir que « ce n'est pas en continuant à faire la même chose que l'on va assurer l'avenir à long terme de l'UE[13]. » Le marché commun et la concurrence libre et non faussée oui ; l'Europe sociale non. Ce discours « coup de poker » répondait surtout à des considérations de politique intérieure comme contenir la percée du UKIP[14], répondre aux nombreux articles sur l'euroscepticisme dans la presse et contrer les députés conservateurs qui déploraient l'absence de consultation des britanniques sur l'UE depuis 1975 alors que son influence sur la politique nationale avait considérablement augmenté avec l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne en 2007. Traité ratifié par voie parlementaire et non référendaire de crainte, de la part de G. Brown, qu'il soit rejeté comme en Irlande. Ainsi s'il existe un déficit démocratique européen, il existe aussi une rupture entre les aspirations du peuple et sa représentation nationale au Parlement. De ce point de vue il  faut garder à l'esprit que le European Communities Act de 1972, plaçant le droit européen au-dessus du droit britannique, a reçu l'assentiment de la Chambre des Communes, de la Chambres des Lords, du Premier Ministre et de la Reine. Donc le Parlement s'est tiré une balle dans le pied.

stock-photo-96180761-brexit-union-jack-flag

Non, le vote « Leave » n'est pas celui d'un peuple inculte en matière d'économie et  de politique. Bien au contraire, ce vote est celui de ceux qui font l'expérience au quotidien d'une politique européenne qui détruit l'emploi, désindustrialise et organise le dumping social. La carte du vote « Leave » recouvre celle d'un fort taux de chômage, d'un déficit de services publics et certains anciens bastions travaillistes, qui, élections après élections, se sont tournés vers UKIP ou l'abstention.  Pays de Galles[15] et Angleterre (sauf Londres et Cardiff) ont majoritairement voté pour sortir de l'UE tandis que l’Écosse et l'Irlande du Nord se sont prononcées en majorité pour rester dans l'UE. Et si les espaces délaissés et appauvris par les politiques d'austérité depuis des années ne bénéficiaient pas du fameux « ruissellement » si cher aux élites mondialisées ? Dans un article[16] sur les raisons de l'échec de Cameron, Pauline Schnapper signale son bilan politique désastreux depuis 2010 :

« (…) l'impact des politiques d'austérité mises en place par le gouvernement de coalition à partir de  2010, qui a eu des conséquences, sinon sur l’emploi, en tout cas sur les revenus et sur les services publics locaux. En d’autres termes, les effets généraux de la mondialisation, y compris les pertes d’emplois dans les secteurs industriels traditionnels, n’ont pas été compensés pendant cette période par un engagement de l’État, bien au contraire. Le vote pour sortir de l’UE a clairement été plus important dans les zones les plus désavantagées sur le plan socio-économique, qui sont aussi celles où les réductions budgétaires ont été les plus violentes et où le vote pour le UKIP a été le plus élevé aux élections européennes de 2014. »

Femmes-SDF-Les-gens-nous-regarde-comme-des-pestiferes

Par exemple Sheffield ou Newcastle votent majoritairement pour sortir de l'UE. L'exclusion sociale s'illustre parfaitement dans l'augmentation des droits d'entrée des stades de football depuis les années 2010[17], ce qui exclut les plus modestes qui, de toute façon, n'auraient pas pu acheter tous les produits dérivés vendus dans les boutiques. La paupérisation généralisée se manifeste par l'implantation de magasins où tout est bradé « poundland », l'émergence de « cash converters » où l'on peut échanger ses biens contre de l'argent sonnant et trébuchant et la multiplication des centres appelés « citizens advice » où les plus démunis peuvent espérer trouver de l'aide pour survivre : effectuer des démarches pour (re)trouver un emploi, pour toucher une allocation bas salaire, pour trouver l'adresse d'une soupe populaire, pour trouver un logement, avoir accès aux soins, faire un prêt, etc.

(...)
 

TU-Logos

Pendant la campagne du référendum les syndicats majoritaires[18] ont défendu le vote « Remain » en arguant du fait que quitter l'UE remettrait en cause, pour les travailleurs britanniques, des droits acquis de haute lutte dans les années 1980 et 1990 grâce à la convergence des syndicats européens. Cette position est à relativiser puisque en décembre 1989 le Royaume-Uni refuse de signer la Charte des droits fondamentaux des travailleurs[19]. La position du groupe Trade Unionists Against the European Union est on ne peut plus claire sur l'origine la situation économique et sociale au Royaume-Uni : libéralisation de l'économie (fonds de pensions calqués sur le système américain, partenariats public-privé et privatisations de la santé et des services postaux), marché unique (déplacement des travailleurs au niveau européen) et accords de libre échange (TTIP), développement exponentiel de la City et de la part des produits financiers dans l'économie britannique au détriment de l'industrie et des services publics ont produit des travailleurs déracinés qui doivent accepter des salaires de misère ou des contrats « zéro heure[20] ».

12044551

Mais quel est l'intérêt de sortir de l'UE ultra-libérale pour subir le même traitement (ou pire) de la part du gouvernement de Theresa May ? Cette crainte a complètement paralysé les syndicats majoritaires et proches du Labour sur la position de défense des droits acquis grâce à l'UE ; ipso facto appeler à voter « Remain » et opter pour la défense de l'UE, malgré ses institutions anti-démocratiques[21]. Mais bien sûr ce n'est pas aussi simple. Rappelons que le droit britannique (Common Law) n'est pas notre droit codifié dit romain, il n'existe pas au Royaume-Uni de code du travail mais une jurisprudence sur les conditions de travail, les contrats de travail ne sont pas encadrés, ou à la marge, par la loi. La relation entre l'employeur et le salarié est donc complètement « libre » et chaque salarié peut négocier des conditions particulières d'emploi. Bien évidemment c'est très souvent en défaveur de l'employé que le contrat est conclu. En 1997 le traité d'Amsterdam met fin à l'« opt-out » britannique sur les dispositions sociales, une bouffée d'air pour les salariés après les années Thatcher : droit d'accès aux services publics, droit d'association, de négociation et action collective, encouragement de l'amélioration des conditions de travail notamment pour les employés à temps partiel ou à durée déterminée...  C'est donc un moindre mal pour les britanniques mais on est encore loin des grandes lois sociales puisqu'on relève dans le traité d'Amsterdam « la nécessité de prendre des mesures en vue d'une augmentation de l'intensité de l'emploi de la croissance, en particulier par une organisation plus souple du travail, qui réponde tant aux souhaits des travailleurs qu'aux exigences de la concurrence» et plus loin qu'il faut moderniser l'organisation du travail par « des formules souples de travail, afin de rendre les entreprises productives et compétitives  et d'atteindre l'équilibre nécessaire entre flexibilité et sécurité ». Enfin on voit bien pourquoi le gouvernement Blair a pu accepter ce volet « social » (sic) du traité d'Amsterdam car « en ce qui concerne les termes employés dans l'accord-cadre, sans y être définis de manière spécifique, la présente directive laisse aux États membres le soin de définir ces termes en conformité avec le droit et/ou les pratiques nationales ». Ce qui dans le cas du Royaume-Uni n'est pas la panacée quand on sait que l'OCDE l'a toujours fait figurer comme celui qui offre le plus bas niveau de protection de l'emploi.

ou_en_est_l_europe_sociale

L'Union Européenne sociale et démocratique n'existe pas. L'UE répond à un seul objectif, préserver l'hégémonie du capital à l'échelle européenne. Toutes les chartes sociales, les bons sentiments et les tentatives de négociations n'y changeront rien ou si peu dans un contexte où les jeunes gens des anciens pays du bloc soviétique migrent vers le Royaume-Uni, fournissent une main-d’œuvre à bas coût et entraînent une chute des conditions d'emploi au Royaume-Uni. Donc, en dépit de la charte sociale et des lois sur la protection des travailleurs européens que les syndicats majoritaires mettent en avant, c'est un naufrage social dont l'origine est la doctrine libérale et les intérêts capitalistiques défendus par la Commission européenne qui relègue le Parlement européen au statut de camouflage démocratique utile pour entériner des politiques plus rétrogrades les unes que les autres.

Toutefois la sortie de l'UE sera loin de régler les régressions économiques et sociales préparées par le gouvernement Conservateur au Royaume-Uni[22]  ; par exemple le récent projet d'assouplir la loi sur la limitation des heures de travail. Les britanniques doivent exiger une sortie de l'UE sur la base de droits pour les travailleurs, le développement d'une politique agricole et industrielle qui favorise l'emploi au RU,  la réduction du poids de la finance, la nationalisation des transports, de la poste, la réhabilitation d'un service de santé public de qualité et l'abandon de toute politique d'austérité.

Au moment même où la Catalogne revendique son indépendance le Brexit interroge aussi la cohésion du Royaume-Uni puisque les Écossais du SNP, qui ont majoritairement voté pour rester dans l'UE[23], demandent l'organisation d'un nouveau référendum sur l'indépendance[24]. A suivre. Une autre question épineuse concerne l'Irlande du Nord et la frontière avec la République d'Irlande, nous y reviendrons. Enfin il faudra revenir sur l'insupportable position du Labour pendant la campagne du Brexit et la façon dont Jeremy Corbyn mène sa barque au sein du Shadow Cabinet[25].

 
 Antoine Bourge, le 27 décembre 2017.


[1]Jean-Louis Barrault : « La dictature, c'est 'ferme ta gueule' ; la démocratie, c'est 'cause toujours'. »

[4]Du point de vue des États-Unis traiter avec un interlocuteur unique, l'UE, est beaucoup plus avantageux que de négocier avec chaque pays européen.

[8]Par trois fois De Gaulle a mis son veto à l'entrée du Royaume-Uni dans la CEE (1958, 1963, 1967). Le Royaume-Uni intégra enfin la Communauté Economique Européenne (CEE) le 1er janvier 1973 sous l’impulsion des Conservateurs (Macmillan puis Heath).

[9] « La Communauté va détruire les fondements sur lesquels le mouvement travailliste s’est construit et son engagement pour la démocratie. » Tiré de l’article « Le référendum britannique du 23 juin 2016 : un simulacre de démocratie ? », Christian Auer, Revue Française de Civilisation Britannique (2017).

[10] La frange la plus à gauche du parti Travailliste réprouva cette entrée dans le marché commun. En 1983 Michael Foot, dirigeant du parti Travailliste, défendit une sortie de la CEE en affirmant : « Quand nous arriverons au pouvoir, nous ouvrirons les négociations préliminaires avec les autres États membres pour établir un calendrier de retrait de la CEE. » Cela provoqua la scission du parti et la naissance du mouvement Lib[eral]-Dem[ocrat] à la fin des années 1980.

[11]The Spectator, Londres, 18 janvier 1975.

[12]« Comme l'a dit la Chancelière Merkel : si l'Europe aujourd’hui représente juste un peu plus de 7% de la population mondiale, contribue environ à 25% de la production mondiale et doit financer 50% des dépenses sociales mondiales, alors il est évident qu'elle va devoir travailler très dur pour préserver sa prospérité et son mode de vie. » D. Cameron, discours de Bloomberg (2013).

[13]Discours de Bloomberg (2013).

[14]United Kingdom Independence Party qui exige notamment la sortie de l'UE.

[15]Résultat étonnant si on adopte une grille de lecture centrée sur le montant des subventions européennes dont a bénéficié le pays de Galles.

[16]Pauline Schnapper, « David Cameron et la campagne du « Remain » », Revue Française de Civilisation

Britannique [En ligne], XXII-2 | 2017, mis en ligne le 30 mai 2017, consulté le 16 juin 2017. URL : http://

rfcb.revues.org/1363 ; DOI : 10.4000/rfcb.1363

[17]« Les pauvres chassés des stades »,  Manières de voir, Le Monde diplomatique, juin-juillet 2017

[21]Relire l'article de Tony Andréani, « Les peuples, les nations et l'UE » (2014) publié dans , notamment la section « Un fédéralisme technocratique et foncièrement antidémocratique ».

[22]Voir l'article de Paul Sellers, « What is the Working Time Directive that Boris and Gove are plotting to scrap » (18 décembre 2017) sur le site du syndicat TUC.

[23]60% des Écossais ont voté pour rester au sein de l'UE.

[24]« Lors de la campagne pour le référendum sur l’indépendance écossaise [en 2014], D. Cameron avait finalement réussi, avec la campagne trans-partisane Better Together, à obtenir une majorité de 55% pour le maintien de l’Écosse dans le Royaume-Uni malgré une très forte poussée du mouvement indépendantiste mené par le SNP  (Scottish National Party) et des sondages qui donnaient les deux camps au coude-à-coude jusqu’à quelques jours avant le scrutin. » Pauline Schnapper, « David Cameron et la campagne du « Remain » », Revue Française de Civilisation Britannique [En ligne], XXII-2 | 2017

[25]Le « Cabinet fantôme » est une opposition officielle qui surveille et critique l'action des ministres du gouvernement.

http://la-sociale.viabloga.com/news/etat-des-lieux-sur-le-referendum-britannique

lundi 7 mai 2018

Politiquement et économiquement, le Royaume-Uni sombre dans le Brexit

LOGO FB UPR - Copie

Attention: article AFP/La Croix. A lire avec précaution et second degré...-)


Les obstacles se dressent sur la route de la première ministre britannique Theresa May, venus de l’Union européenne comme de son propre pays. / DANIEL LEAL-OLIVAS/AFP

DECR UK LORDS

Un divorce n’est jamais simple. Et les nuages s’amoncellent sur celui du Royaume-Uni et de l’Europe. Le Brexit que les Britanniques ont souhaité à 51,9 % le 23 juin 2016, est devenu un vrai casse-tête pour le gouvernement et sa première ministre, au point que l’on se demande si la séparation pourra vraiment avoir lieu.

 

Le calvaire de la première ministre

Depuis le début, la tâche d’organiser ce « décrochage » de l’Europe est loin d’une promenade de santé. Tous ceux qui en avaient fait la promotion, parmi lesquels Nigel Farrage (leader du parti UKIP), n’en ont pas assuré le « service après vente ». Bien au contraire, ils se sont évanouis dans la nature, tout comme le premier ministre d’alors, David Cameron, qui avait pris l’initiative d’organiser le référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne (UE), et a préféré démissionner aussitôt celui-ci voté.

Remplacé par Theresa May, c’est à elle qu’il incombe depuis d’assurer la volonté du peuple britannique. Un vrai calvaire pour cette conservatrice opposée elle-même au Brexit et qui doit composer avec une Union européenne bien décidée à ne pas lui faciliter le travail. Une fois arraché un laborieux et imparfait accord sur les trois points de blocage avec Bruxelles – la facture à payer, le sort des Européens travaillant au Royaume-Uni, et la frontière irlandaise –, de nouveaux obstacles se dressent encore sur la route de Theresa May, mais en interne cette fois.

House-of-Lords-chamber

Lundi 30 avril, la chambre des Lords britannique (pro-UE), l’équivalent de notre Sénat, a adopté un amendement au projet de loi sur le Brexit donnant au Parlement le pouvoir d’empêcher le gouvernement de quitter l’Union européenne en l’absence d’accord avec Bruxelles. La proposition a été adoptée par 335 voix contre 244. À l’issue de son examen par les Lords, le texte doit revenir dans les prochaines semaines devant les députés, qui l’avaient voté en janvier et qui pourraient donc supprimer ou modifier cet amendement embarrassant pour l’exécutif.

Un vrai camouflet

article-0-0CCFDCDC000005DC-46_468x286

Le gouvernement conservateur de Theresa May avait précédemment indiqué qu’il laisserait certes le Parlement voter sur l’accord de divorce. Mais en cas de rejet, la seule option restante était alors une sortie sans accord, une perspective qui inquiète particulièrement les entreprises britanniques. L’amendement adopté lundi 30 avril donne aux parlementaires la possibilité « de suggérer de nouvelles négociations », voire de décider d’un maintien dans l’UE*, a expliqué le Lord conservateur Douglas Martin Hogg, un des signataires.

Un vrai camouflet pour la première ministre dont la marge de manœuvre se réduit de plus en plus. Courant avril déjà, les « Pairs », non élus, avaient phagocyté le Brexit en votant pour que la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne soit conservée dans la loi britannique, et adopté un amendement remettant en cause le projet du gouvernement de quitter l’union douanière.

Et s’il fallait en rajouter dans la liste des problèmes liés au Brexit, voilà que se tiennent des élections locales jeudi 3 mai, en Angleterre – une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni et la plus peuplée avec 55 millions d’habitants –, qui pourraient encore mettre la première ministre dans l’embarras.

 

Des électeurs conservateurs mécontents

Plus de 4 300 sièges sont en jeu dans 150 conseils locaux, chargés notamment des questions d’éducation et de la gestion des déchets. Londres est l’un des principaux champs de bataille de la campagne. Les travaillistes ambitionnent d’y ravir plusieurs bastions traditionnellement conservateurs, comme le borough de Wandsworth, dans le sud-ouest de la capitale britannique.

Les partis de l’opposition – le Labour mais aussi le Parti libéral-démocrate et les Verts – courtisent plus particulièrement ces électeurs conservateurs mécontents ainsi que les immigrés européens, autorisés à voter aux scrutins locaux.

Wandsworth compte 230 000 électeurs inscrits et traditionnellement, seul un tiers d’entre eux se rendent aux urnes. Ce qui signifie que les quelque 26 000 citoyens européens qui y résident pourraient jouer un rôle capital. Car ces derniers semblent peu nombreux à vouloir voter pour les Tories, malgré les propos se voulant rassurants sur leur sort après le Brexit. Un phénomène qui pourrait faire boule de neige dans tout Londres, où les Européens représentent environ 12 % de la population.

Un climat économique morose

fake-news-3-660x330

Un scrutin qui se tient dans un climat des affaires plutôt morose. Avril s’achève sur un rythme de progression de l’activité manufacturière, le plus faible depuis près d’un an et demi, a annoncé mardi le cabinet IHS Markit. L’indice PMI des directeurs d’achat des entreprises du secteur a ralenti à 53,9, contre 54,9 en mars, soit un plus bas depuis 17 mois. Selon cet indicateur, l’activité progresse lorsque l’indice est supérieur à 50 points. En dessous, elle se contracte.

Un coup de mou attribué en partie à un affaiblissement du nombre de nouveaux contrats en provenance de l’étranger.Le cabinet Markit ne voit pas poindre à l’horizon du court terme, une amélioration. En effet, la demande des entreprises faiblit et leur moral est au plus bas en cinq mois, en raison d’inquiétude sur le Brexit, les barrières commerciales et le climat économique général.

Agnès Rotivel (avec AFP)
https://www.la-croix.com/Monde/Europe/Politiquement-economiquement-Royaume-Uni-sombre-Brexit-2018-05-02-

BASE 14 995X225

*Laissez tomber le dernier paragraphe, c'est de la pure propagande (une seule source non neutre, des chiffres non significatifs, des généralités subjectives...).  Pour ce qui est des institutions britanniques:
"La Chambre des lords se compose de membres nommés à vie par la reine sur proposition du Premier ministre, de 92 lords héréditaires élus parmi les membres des différentes pairies du Royaume-Uni et de 26 lords clercs de l'Église d'Angleterre, membres de droit. Le nombre de membres n'est pas fixe et dépend des nominations : il y en a aujourd'hui près de 850.

Depuis le XIXe siècle, les pouvoirs de la Chambre des lords ont considérablement diminué et son pouvoir est aujourd'hui nettement inférieur à celui de la Chambre des communes. Elle examine les projets de loi approuvés par la Chambre des communes et peut les modifier mais ne dispose pas, sauf dans des cas limités, du pouvoir d'empêcher leur adoption. Elle peut cependant retarder un projet de loi et ainsi pousser le gouvernement à le reconsidérer." [https://fr.wikipedia.org/wiki/Chambre_des_lords]

C'est donc uniquement essentiellement en termes de communication que la position de la Chambre des Lords est gênante pour le gouvernement. Cette position témoigne de l'absence totale de respect de la démocratie de la part des pairs du Royaume, ce qui ne surprendra pas grand monde. La presse française "républicaine" et surtout euro- atlantiste ferait bien de ne pas se réjouir trop vite...

Quant aux élections locales à venir, il s'agit de paramètres internes inhérents à toute démocratie, et elles auront un impact très limité et surtout symbolique sur des négociations internationales qui ont peu à voir avec les compétences fort restreintes des élus locaux (édication et gestion des déchets...)!      P.G.

Posté par UPR Creuse à 04:30 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,