dimanche 14 janvier 2018

Macron : la ligne des USA, d'Israël et de l'Arabie saoudite sur l'Iran «pourrait mener à la guerre»

Alors que les Etats-Unis voient dans les manifestations en Iran l'opportunité d'un changement de régime, Emmanuel Macron cherche une voie médiane pour la diplomatie française. Et met en garde contre les propos de certains pays hostiles à Téhéran.

ACT MACRON IRAN

En matière de politique étrangère, Emmanuel Macron chercherait-il une troisième voie, quitte à brouiller un peu son message ? Après avoir appelé à contrer l'«hégémonie» iranienne dans la région en novembre 2017, conformément aux objectifs affichés par Washington, le président de la République fait usage de sa rhétorique du «en même temps» et de la «pensée complexe», quitte à changer de ton sur le dossier iranien.

«On voit bien le discours officiel qui est porté par les Etats-Unis, Israël, l'Arabie saoudite», a-t-il encore noté, prenant toutefois le soin de modérer son propos en ajoutant : «Qui sont nos alliés à de nombreux égards». «C'est quasiment un discours qui va nous conduire à la guerre en Iran», a-t-il conclu sans ambages d'après l'AFP, s'exprimant en marge de son discours de présentation de vœux à la presse le 3 janvier

«Ce qui est en train de se jouer [en Iran], sinon, c'est qu'on est en train de subrepticement reconstruire un "axe du mal"», a-t-il déploré, en référence au slogan axis of evil forgé par les néo-conservateurs et repris par George W. Bush contre, entre autres, l'Irak et l'Iran dans les années 2000.

De là à qualifier Washington, Tel Aviv et Riyad de fauteurs de guerre, il n'y avait qu'un pas, qu'Emmanuel Macron n'a néanmoins pas franchi.

Ce pas a en revanche été franchi par les dirigeants iraniens, qui ont à plusieurs reprises dénoncé l'influence étrangère, voire même la présence d'«agents étrangers» dans les manifestations contre l'austérité et le gouvernement, largement relayées dans la presse occidentale. Le 2 janvier, le guide suprême de la Révolution Ali Khamenei avait affirmé que les manifestations violentes qui secouaient le pays avaient été soutenues par les «ennemis de l'Iran» et leurs «ressources, armes, politiques et appareil sécuritaire». Le lendemain, le président iranien Hassan Rohani avait pour sa part accusé nommément les rivaux saoudiens de vouloir déstabiliser le pays.

Une politique d'ingérence assumée par Washington ?

Si Emmanuel Macron n'a pas étayé davantage son analyse, certaines déclarations permettent néanmoins d'attester la volonté d'ingérence des Etats-Unis dans les affaires intérieures de l'Iran. En juin 2017, le secrétaire d'Etat Rex Tillerson n'avait pas caché que Washington encourageait la déstabilisation du gouvernement iranien. «Notre politique à l'égard de l'Iran est de repousser cette hégémonie, de contenir la capacité [de Téhéran] à développer [...] des armes nucléaires, et d'œuvrer à soutenir [les] éléments à l'intérieur de l'Iran qui mèneraient à une transition pacifique de gouvernement», avait ainsi affirmé sans gêne particulière le chef de la diplomatie américaine.

Outre sa dénonciation unilatérale de l'accord sur le nucléaire iranien, pierre angulaire d'une normalisation des relations entre l'Iran, frappé par des sanctions et le gel d'avoirs, et les puissances occidentales, Donald Trump n'a eu de cesse de prôner le changement de régime. En septembre 2017, lors de l'Assemblée générale des Nations unies, le président américain, pourtant élu sur un programme international relativement isolationniste, s'en était pris aux «Etats voyous», un autre élément de langage caractéristique des discours belliqueux de George W. Bush dans sa «guerre au terrorisme». «Le monde entier comprend que le bon peuple d'Iran veut le changement», avait-il ainsi martelé.

Le 3 janvier 2018, Donald Trump s'est fait encore plus clair sur ses intentions. «Tellement de respect pour le peuple iranien qui essaie de se débarrasser de son gouvernement corrompu. Vous aurez le soutien plein et entier des Etats-Unis le moment venu», a-t-il ainsi prophétisé sur Twitter.

En Israël, grand rival régional de Téhéran, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a fait part le 1er janvier de son espoir que le régime iranien tombe «enfin», tout en prenant soin de démentir toute ingérence israélienne dans les troubles en cours en Iran.

Une «affaire intérieure qui attire l'attention de la communauté internationale», d'après Moscou

Les déclarations des Etats-Unis hostiles au gouvernement iranien, dans un contexte de crise, ont également fait réagir Moscou, sur une ligne assez comparable à celle d'Emmanuel Macron. «Nous avertissons les Etats-Unis de ne pas tenter d'intervenir dans les affaires intérieures de la République islamique d'Iran», a ainsi déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, dans une interview à l'agence de presse TASS, ce 4 janvier.  «Ce qui se passe est une affaire intérieure qui attire l'attention de la communauté internationale [...] je suis convaincu que notre voisin [l'Iran], dont le gouvernement est notre ami, saura surmonter les difficultés actuelles», a-t-il ajouté.

https://francais.rt.com/international/47023-manifestations-iran-macron-etats-unis-israel-fauteurs-guerre

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jeudi 28 décembre 2017

ARABIE SAOUDITE : VIPERES AU POINT

Le célèbre roman autobiographique d’Hervé Bazin est sorti en 1948. Vipère au poing relate les relations du narrateur – Jean Reveau – avec sa mère, une véritable marâtre surnommée Folcoche. Ce livre a été lu par les générations suivantes parce qu’il déconstruisait le mythe sacré de la mère aimante et protectrice, restituant les mutations de la vie de famille dans le contexte des Trente Glorieuses.

(...)

ARG LE POINT MBS TRUMP

Si Facebook et les autres réseaux « numériques » – qui n’ont rien de « sociaux » dans la mesure où ils produisent plus d’atomisation sociale et de nouvelles grilles de normes et de contrôles que des pratiques proprement sociales – supplantent désormais les médias traditionnels, ils en révèlent néanmoins la vraie nature et la prochaine disparition. Cette nature est connue depuis longtemps : celle des propriétaires des grands groupes de presse et de leurs modèles économiques, qui, de fait, ont fait dériver les médias de l’information à la communication, jusqu’au trafic d’influences, à la propagande, à ce qu’on appelle maintenant (en bon français) les Fake News Et pour boucler la quadrature des actuels réseaux numériques, on nous dit maintenant que ce sont eux – les dit« réseaux sociaux » – qui vont faire la chasse aux Fake News !

On n’est pas vraiment rassuré, d’autant que cette révolution technologico-socio-économique entraîne les médias traditionnels (papiers, radios et télé s’entend) à se comporter comme les réseaux numériques actuels, c’est-à-dire à produire eux-aussi des raccourcis binaires – j’aime/j’aime-pas -, Fake News et propagande ! Cela fait maintenant belle lurette que la rédaction de prochetmoyen-orient.ch ne se fait plus aucune illusion quant à la pertinence des moribonds de la presse quotidienne francophone – Monde, Libération et autres Temps perdu… La disparition de ces titres – qui trahissent – chaque jour – leur mission d’information et d’analyse – est inéluctable. Non pas seulement par manque de ressources publicitaires et concurrences numériques, mais parce que leurs contenus sont devenus nuls, parfaitement nuls et inutiles ! Mais, évidemment, les professionnels de la Profession ne peuvent pas le dire .. 

La presse hebdomadaire aurait eu, sans doute, une place à prendre, sinon un rôle salutaire à jouer. Au lieu de cela, elle s’est abîmée dans la nullité des quotidiens au-delà de toute prévision. Dans son livre magistral1 Le Monde Libre, la journaliste Aude Lancelin a restitué définitivement l’évolution du Nouvel-Observateur, devenu L’Obs, une espèce de bulletin paroissial d’une pseudo-gauche boboïsée, convertie au nouvel ordre moral du capitalisme mondialisé. Grâce à son nouveau propriétaire, L’Express n’est pas en reste avec ses experts auto-proclamés de l’Afrique, de la Libye et de la nouvelle cuisine. Ne parlons pas du Magazine littéraire passé dans les mains d’un petit ex-conseiller de l’OTAN… Dans ce paysage affligeant, Le Point conservait une certaine tenue… même si son étrange directeur s’est toujours auto-glorifié d’être passé « avec courage » du Nouvel-Observateur au… Figaro (en septembre 1988), pulvérisant le diagnostic médical d’Aude Lancelin.

La semaine dernière2, l’hebdomadaire nous livre une édition dont la couverture reproduit un portrait – pleine page – du prince-héritier Mohammad ben Salman (MBS), barrée d’un gros titre : « Islam, Moyen-Orient, Jérusalem… Le prince qui peut tout changer – Mohammed ben Salmane, héritier du trône d’Arabie saoudite ». A l’intérieur, un dossier de 25 pages, pas moins, à la gloire du grand réformateur : 25 pages de communication d’entreprise et de publi-reportages, sans évoquer du tout la réalité du coup d’Etat du 3 novembre dernier qui consolide la dictature wahhabite.

En gestation depuis le 23 janvier 2015, depuis la mort du roi Abdallah et l’accession au trône de son frère Salman, ce coup d’Etat prend d’abord la forme d’une révolution de palais. Le 21 juin 2017, le prince héritier officiellement en charge Mohammad ben Nayef est déposé « manu militari » pour laisser la place à MBS. C’est d’autant plus une surprise que cet ancien ministre de la Défense aux compétences reconnues dans la lutte contre le terrorisme jouissait d’une popularité réelle. Depuis l’été, le roi Salman (84 ans) accélère les nominations favorables à son fils MBS jusqu’à la fameuse nuit du 3 au 4 novembre dernier – la nuit des longs cimeterres – qui conduit à l’arrestation de plusieurs milliers de personnes. La Cinquième Flotte3 est mise en alerte et la chasse américaine survole Djeddah et Riyad. Jared Kushner – le gendre de Donald Trump – tient la main de MBS jusqu’à 4 heures du matin. Dans ce contexte un mois plus tard le président américain décide unilatéralement que Jérusalem sera la capitale d’Israël et répète que les pays sunnites doivent isoler l’Iran… scellant ainsi un nouveau Pacte du Quincy.

Brutal et irréversible, ce coup d’Etat se dissimule sous les prétextes d’une improbable lutte contre la corruption, nécessaire à la mise en œuvre du plan Vision-2030. La société américaine de conseil McKinsey a concocté ce plan pour préparer l’après-pétrole, diversifier l’économie saoudienne et mettre la classe moyenne au travail. Depuis l’été 2014, le prix du baril a diminué de 60% et la pétromonarchie a enregistré plus de 200 milliards de déficit budgétaire. Or, contrairement aux autres pays du Golfe, l’Arabie saoudite possède une population nombreuse (20 millions de nationaux), massivement employée par le pléthorique secteur public. L’Etat-providence, c’est fini : chaque année, près de 300 000 jeunes arrivent sur le marché du travail et alimentent un taux de chômage galopant (13%, à savoir 30% chez les jeunes). A ce rythme, dans les trois ans qui viennent, les ressources de l’Etat risqueraient tout simplement de disparaître. C’est ainsi que MBS doit impérativement récupérer des fonds de toutes les manières possibles et imaginables, environ 1000 milliards de dollars selon les comptables américains et britanniques de Vision-2030.

Lancée pour neutraliser toute espèce d’opposition politique, la campagne « anti-corruption » de MBS a déjà permis de récupérer quelques 100 milliards de dollars. Le premier prince « libéré », Mitab ben Abdallah (65 ans) a accepté de verser 1 milliard de dollars. A l’appui d’une campagne de communication montée par de grands cabinets occidentaux et relayée par la presse internationale dont Le Point, cette pseudo-lutte contre la corruption est évidemment approuvée par la jeunesse et les classes moyennes saoudiennes. Une question demeure : les fortunes privées visées ne vont pas être encouragées à investir de nouveau dans le pays, ce qui est pourtant indispensable pour la bonne réalisation de Vision-2030. Le message est d’autant plus contradictoire que le chantre de la lutte anti-corruption ne s’astreint pas lui-même à ses propres règles. Mais tout cela n’intéresse pas Le Point qui préfère mettre en œuvre la communication du « prince qui peut tout changer ».

A son dossier de pure propagande sur l’Arabie saoudite, et pour faire bonne mesure, s’ajoute l’éditorial du directeur de l’hebdomadaire : « N’en déplaise aux révisionnistes, Jérusalem est la capitale d’Israël ». Là, on atteint les sommets himalayens de la mauvaise foi, du parti pris et du contresens historique : un tissu de Fake News ! Le titre suffit : « N’en déplaise aux révisionnistes… » Toute personne qui contesterait la décision de Donald Trump se voit ainsi qualifier de « révisionniste », terme couramment employé pour qualifier les illuminés qui contestent les crimes contre l’humanité, notamment la Shoah…

« Révisionnistes ! » Comme disent les enfants, « c’est celui qui dit qui l’est ! » ; Jean-Paul Sartre aurait pu ajouter que celui qui est capable d’écrire une chose pareille est un véritable « salaud !  Inutile de relire Hervé Bazin pour aussitôt comprendre que de tels propos ne peuvent qu’entretenir la haine, le désarroi et un rejet radical de la presse mainstream.

Après la dernière résolution de l’Assemblée générale des Nations unies, le directeur du Point pourra écrire que l’ONU est « révisionniste », voire même que l’ONU n’existe tout simplement pas ! Ce plumitif, qui n’a jamais vraiment brillé par sa connaissance des relations internationales, devrait davantage s’en tenir aux derniers ragots de ses dîners en ville…

Toujours est-il que conformément aux actions de la campagne BDS4, nous boycotterons désormais, avec méthode et détermination, Le Point et ses vipères*, ainsi que le Magazine littéraire, tombé dans les mains d’un ancien communicant du président géorgien Saakachvili et ancien co-gérant de la société Noé-Conseil, une officine « très otanienne », selon un officier supérieur des services français de renseignement : « une drôle de boîte spécialisée dans le lobbying de mandats pas très clairs ».

Contrairement à ces éloquentes précisions, le présentateur des matinales de France-Culture, nous assurait sans ciller, le 19 décembre dernier, que le nouveau Magazine Littéraire ambitionnait de renouveler les « valeurs de la gauche ». Encore une Fake News, décidément, on ne sait plus à qui se fier…

Richard Labévière
25 décembre 2017



1 Aude Lancelin : Le Monde libre. Editions Les Liens qui libèrent, 2016.
2 Jeudi 14 décembre 2017.
3 La Cinquième flotte de l’US Navy a été créée le 26 avril 1944 puis supprimée en janvier 1947. Dans les années 1990, suite à la guerre du Golfe, le Pentagone a décidé de créer une flotte chargée des forces navales au Moyen-Orient. Elle est donc recréée le 1er juillet 1995. Son quartier général se trouve à Manama, au Bahreïn. Le soulèvement bahreïni de 2011 aurait conduit le commandement américain à envisager d’implanter le quartier général de la flotte dans un pays plus stable, le Qatar ou les Émirats arabes unis. La Ve flotte opère sous l’autorité du CENTCOM.
4 Le Mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (également connu sous le nom de BDS et le Mouvement BDS ) est une campagne mondiale visant à augmenter la pression économique et politique sur Israël pour mettre fin aux violations du droit international. La campagne BDS appelle à « diverses formes de boycott contre Israël jusqu’à ce qu’il remplisse ses obligations en vertu du droit international ». Les objectifs déclarés de BDS sont: la fin de l’occupation israélienne et la colonisation par les colons des terres palestiniennes et des hauteurs du Golan , l’égalité totale pour les citoyens arabo-palestiniens d’Israël et la reconnaissance du droit au retour des réfugiés palestiniens. Organisée et coordonnée par le Comité national palestinien BDS la campagne a été lancée le 9 juillet 2005 par plus de 170 organisations non gouvernementales palestiniennes.

https://prochetmoyen-orient.ch/arabie-saoudite-viperes-au-point/

FA CENSURE

* Pour notre part, ça fait un moment que nous avons un "léger " contentieux avec Le Point et ses "vipères"...  P.G.

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mercredi 29 novembre 2017

La France complice d’un crime de masse au Yémen

Dans l’indifférence générale, le pays le plus pauvre du monde arabe subit l’horreur d’une agression étrangère meurtrière. Bombardée nuit et jour, la population est affamée par le blocus. Le compte 27 millions d’habitants. Selon l’ONU, 10 millions d’entre eux nécessitent une aide humanitaire d’urgence, 7 millions sont menacés par la famine et un million sont la proie d’une épidémie de choléra. La pénurie de carburant paralyse les transports, le fonctionnement des réseaux d’eau potable, d’électricité, d’assainissement.

ARG YEMEN STOP WAR

L’aviation saoudienne n’épargne ni les écoles, ni les hôpitaux, ni les lieux de culte. Répandant la terreur, elle cherche à faire plier le peuple yéménite. Ce n’est pas une guerre contre des combattants, mais une entreprise de démoralisation de la population, de destruction totale, d’arasement des infrastructures. L’action combinée des frappes aériennes et du blocus (aérien et maritime) vise à mettre à genoux une population tout entière. Riyad prétend défendre le gouvernement légitime. Mais alors, pourquoi imposer le blocus à l’ensemble du pays ?

Depuis mars 2015, la coalition dirigée par les wahhabites massacre des civils en prétendant combattre une rébellion coupable de s’être alliée avec l’ex-président Ali Abdallah Saleh contre son successeur pro-saoudien Abd Rabbo Mansour Hadi. Cette intervention a fait plus de 10 000 victimes, mais elle n’a pas fait bouger les lignes de force. L’offensive terrestre a échoué, la résistance yéménite est farouche, et un missile a frôlé la capitale saoudienne le 9 novembre. Des centaines de milliers d’enfants souffrent de malnutrition dans un pays dévasté par les bombes et affamé par le blocus, mais cette guerre est sans issue.

La propagande saoudienne la justifie, pourtant, en invoquant la légalité internationale. Le mouvement “Ansarullah” a investi la capitale du pays en septembre 2014 et poussé le président Mansour Hadi à la démission en janvier 2015. Ce succès inattendu a pris de court les Saoudiens et leurs parrains occidentaux. Décidés à intervenir, ils ont obtenu du conseil de sécurité de l’ONU le vote de la résolution 2216 du 14 avril 2015 condamnant la prise du pouvoir par les Houthis et réaffirmant la légitimité du président Hadi.

Cette décision onusienne a offert une couverture juridique autorisant Riyad à frapper le Yémen sans ménagement pour vaincre la rébellion. Perversion du droit international, c’est un chèque-en-blanc qui permet au pays arabe le plus riche d’écraser sous les bombes le pays arabe le plus pauvre. Tout se passe comme si l’agresseur bénéficiait d’une sorte de permis de tuer à grande échelle, avec la bénédiction de puissances occidentales qui lui fournissent des armes en quantité illimitée tandis que la rébellion houthie se voit frappée par l’embargo.

Les armes utilisées pour massacrer le peuple yéménite, la coalition ne les a pas trouvées au pied d’un sapin de Noël. Ce sont des armes occidentales. Les bombes larguées sur les enfants yéménites sont d’une précision remarquable. Félicitations ! Le système de guidage électronique est français. Grâce à leur rayon d’action, les F-35 saoudiens peuvent frapper où ils veulent. Encore bravo, les avions-ravitailleurs sont français. Le blocus maritime qui affame la population yéménite est d’une redoutable efficacité. Cocorico, la marine française y participe. L’histoire retiendra que Hollande et Macron ont fait crever les enfants yéménites.

Que vaut la vie de ces pauvres gosses, en regard de notre merveilleuse industrie de la mort ? La monarchie saoudienne est le premier client de la France. Elle lui a acheté 9 milliards d’armes entre 2010 et 2016, soit 15 à 20 % des exportations françaises. Sans états d’âme, la République arme le bras de l’assassin. Depuis deux ans, Riyad commet un crime de masse dont Paris est complice. En 2011, la France a détruit la Libye au nom des droits de l’homme. En 2017, elle participe à la destruction du Yémen au nom du chiffre d’affaires. La “patrie des droits de l’homme” n’est plus qu’un tas de fumier.

Curieusement, le chœur des pleureuses est aux abonnés absents. Il est vrai qu’on n’est pas en Syrie. Ni “Casques blancs” experts en maquillage, ni parlementaires écolos en vadrouille, ni droits-de-l’hommistes pour signer des pétitions. Le Yémen n’intéresse personne à Saint-Germain-des-Prés. Il est sorti des écrans-radar de la bobosphère. Mais pourquoi tant d’indifférence de la part de bonnes âmes si promptes à s’affliger du malheur planétaire ? La propagande occidentale nous fournit immédiatement la réponse : c’est la complicité des Houthis avec Téhéran. Appartenant à la communauté chiite “zaydite”, le mouvement “Ansarullah” servirait les ambitions de l’Iran.

Le voilà donc, son crime impardonnable, à ce Yémen rebelle. Il est du côté des forces du mal, il pactise avec les mollahs. Les Houthis et leurs alliés admirent le Hezbollah libanais, ils soutiennent la Syrie souveraine, ils croient encore au nationalisme arabe. C’est inadmissible. Pire encore, ces incorrigibles Yéménites, eux, n’ont jamais marchandé leur solidarité avec le peuple palestinien. Pour les impérialistes et leurs larbins, la rébellion victorieuse à Sanaa est une scandaleuse anomalie, une verrue à supprimer du paysage. C’est le Vénézuéla de la péninsule arabique. Ne cherchons pas plus loin les raisons du calvaire qu’on inflige à ce peuple courageux.

Bruno Guigue

https://www.initiative-communiste.fr/articles/billet-rouge-2/france-complice-dun-crime-de-masse-yemen-bruno-guigue/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

Yémen : Blocus américano-saoudien pour affamer la population

Par Patrick J. Buchanan | 23 novembre 2017 | Buchanan.org

Notre but est « d’affamer la population – hommes femmes et enfants, vieux et jeunes, blessés et bien portants – jusqu’à sa complète soumission. » Ces mots ont été prononcés par Winston Churchill, Premier Lord de l’Amirauté.

ACT YEMEN AS US

Il parlait de l’Allemagne au début de la Grande Guerre de 1914 – 1918. Les Américains avaient dénoncé ce blocus alimentaire qui allait coûter la vie à des millions de civils allemands.

Pourtant, lorsque nous sommes entrés en guerre en 1917, un amiral américain prédisait au Premier Ministre britannique Lloyd George : « Vous verrez qu’il ne nous faudra que deux mois pour devenir d’aussi grands criminels que vous. »

Mais après l’Armistice du 11 novembre 1918, il a fallu attendre la capitulation de l’Allemagne pour que le blocus soit levé, à la demande des Alliés, dans le cadre du Traité de Versailles.

En mars 1919 encore, soit quatre mois après que les Allemands eurent déposé les armes, Churchill se levait en plein Parlement pour déclarer d’un air réjoui :  " Nous appliquons le blocus à la lettre et l’Allemagne est au bord de la famine. "

Les conditions de ce blocus étaient si sévères pour l’Allemagne que le Général britannique Sir Herbert Plumer vint protester auprès de Lloyd George à Paris en invoquant la démoralisation qui s’emparait de ses troupes sur le Rhin à la vue de ces « hordes d’enfants squelettiques au ventre ballonné essayant de chaparder quelques restes près des cantonnements britanniques. »

Le blocus alimentaire était un crime de guerre et un crime contre l’humanité. Mais les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale ont fait oublier cette étape significative dans la marche de l’Occident vers la barbarie.

Un crime comparable est commis aujourd’hui contre les peuples les plus pauvres du monde arabe – et ce, avec la complicité des Etats-Unis [et de l’UE, ndlr].

En 2015, après le renversement à Sanaa du régime pro-saoudien par les Houthis et leur prise de contrôle d’une grande partie du pays, l’Arabie Saoudite a attaqué et envahi le Yémen. Elle inflige à présent à ce pays un blocus aérien, terrestre et maritime, en réaction au missile houthi tiré ce mois sur Ryad – qui a été intercepté et détruit.

Les Saoudiens disent qu’il s’agit d’un missile iranien, tiré avec le soutien du Hezbollah, et dénoncent un « acte de guerre » contre le royaume. Les Houthis admettent être à l’origine du tir de missile, mais l’implication de l’Iran et du Hezbollah est récusée par les trois.

Quelles que soient les circonstances de l’attaque, ce que les Saoudiens, soutenus par les Etats-Unis, sont en train de commettre en infligeant ce blocus à une population démunie, est inhumain et indéfendable.

Les importations sont interrompues au Yémen [après trois semaines le blocus vient d’être levé, ndlr], alors que ce pays importe presque 90 pour cent de sa nourriture, de son pétrole et de ses médicaments. Du fait d’une pénurie de fuel, indispensable pour purifier l’eau, Sanaa et le port de Hodaida, qui sont les villes les plus importantes sous contrôle Houthi, n’ont plus eu accès à l’eau potable.

Des milliers de personnes sont mortes du choléra. Des centaines de milliers d’autres courent le même risque. Les enfants sont menacés d’une épidémie de diphtérie. Le pays étant à court de médicaments et de traitements, les personnes diabétiques et cancéreuses risquent de mourir.

Si les aéroports et les ports contrôlés par les Houthis ne reçoivent pas l’autorisation de ré-ouvrir, et que les produits humanitaires et de première nécessité ne peuvent être acheminés, la population yéménite devra faire face  à de graves pénuries et à la famine.

Qu’ont fait ces gens pour mériter un tel traitement ? Et que nous ont-ils fait pour que nous laissions les Saoudiens leur infliger ce traitement ?

Les Houthis ne sont, ni Al-Qaïda, ni Daesh. Ces groupes terroristes sunnites sont d’ailleurs détestés par les Houthis.

Est-ce la nouvelle manière de faire la guerre que l’Amérique a trouvée ? A l’approche de Noël et du Nouvel An, sommes-nous prêts, nous, peuple américain, à laisser se produire sans réagir cette catastrophe humanitaire ? Et à laisser se dresser un mur de haine entre nous et des générations de Yéménites meurtris, aux yeux desquels le nom de notre pays restera terni à jamais ?

L’argument des Saoudiens est que le spectre de la famine va convaincre le peuple yéménite de se retourner contre les rebelles et contraindre les Houthis à se soumettre. Mais si cette stratégie échoue ? Si les Houthis, qui tiennent le nord du pays depuis plus de deux ans, ne se rendent pas ? Que se produira-t-il alors ?

Nous contenterons-nous de rester de passifs observateurs, alors que des milliers et des dizaines de milliers de civils – vieux, malades, faibles, enfants et nouveaux-nés – meurent à cause d’un blocus imposé avec le soutien des puissants Etats-Unis d’Amérique ?

Sans le ciblage et le ravitaillement américain, les avions saoudiens ne seraient pas en mesure d’attaquer efficacement les Houthis et Riyad ne gagnerait pas cette guerre. Mais à quel moment le Congrès a-t-il autorisé cette guerre contre une nation qui ne nous a jamais attaqués ?

C’est le Président Obama qui, le premier, a donné son accord au soutien de l’effort de guerre saoudien. Le Président Trump a poursuivi sur cette lancée ; la guerre au Yémen est devenue sa guerre et… sa catastrophe humanitaire.

Le Yémen vit sans conteste la crise humanitaire la plus sévère de la planète, et la responsabilité de l’Amérique dans cette crise est essentielle et indéniable.

Si les Etats-Unis annonçaient au prince héritier Mohammed bin Salman que nous cessons de soutenir sa guerre, les Saoudiens devraient se rendre à l’évidence qu’ils ont perdu cette guerre.

En fait, compte tenu de l’échec de Riyad dans la guerre civile en Syrie, de son échec à mettre fin à la rébellion du Qatar, de l’impasse de sa guerre au Yémen doublée des désastres en matières des droits humains infligés à ce pays, il se pourrait que Trump voie sous un autre jour cette monarchie sunnite qui constitue la colonne vertébrale de la politique des Etats-Unis dans le Golfe persique. 

Par Patrick J. Buchman | COPYRIGHT 2017 CREATORS.COM

Patrick J. Buchman est l’auteur de  Churchill, Hitler, and “The Unnecessary War”: How Britain Lost Its Empire and the West Lost the World. Pour plus d’informations sur ses travaux voir sa page web: www.creators.com.

Publié le 23 Novembres sous le titre : The US-Saudi Starvation Blockade

Traduit par Sylvie Jolivet pour Arrêt sur info

Source : http://arretsurinfo.ch/yemen-blocus-americano-saoudien-pour-affamer-la-population/


 

BASE 14 995X225Honneur à ces citoyens américains capables de dénoncer les crimes de leur propre pays. Au fait, où sont passées les organisations de "défense des droits de l'Homme"?

 Heureusement, quelques asociations humanitaires tentent de se faire entendre. Mais ça ne semble pas beaucoup intéresser les médias. On se demande bien pourquoi...  P.G.

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mardi 28 novembre 2017

Birmanie : voyage délicat pour le pape François en pleine crise des Rohingyas

En Birmanie, majoritairement bouddhiste, le pape François doit rencontrer Aung San Suu Kyi, accusée de ne rien faire face à la persécution des musulmans rohingyas.

ACT PAPE ROHINGYAS

François est le premier pape à se rendre en Birmanie. Son avion a atterri peu avant 8 heures (heure française) ce lundi à Rangoun, pour un déplacement qui s’annonce délicat, en pleine crise des Rohingyas.

La Birmanie est un pays majoritairement bouddhiste, et qui ces derniers mois fait l’objet d’accusation de persécution de cette minorité musulmane. Environ 620 000 Rohingyas ont fui depuis fin août leurs villages de l’Etat Rakhine (ouest de la Birmanie) pour échapper à une campagne de répression de l’armée, qualifiée d' « épuration ethnique » par les Nations unies.

Le Pape doit rencontrer plusieurs officiels birmans et devrait évoquer avec eux le sort de cette minorité. Il doit ainsi s’entretenir avec le chef de l’armée, Min Aung Hlaing, qui est accusé d’être le principal responsable de la campagne de répression. La semaine dernière, la Birmanie et le Bangladesh ont annoncé un accord sur un retour des réfugiés rohingyas, mais le chef de l’armée s’est déjà dit opposé à leur retour en masse.

Une immense messe à Rangun

Le pape François doit également rencontrer Aung San Suu Kyi, la principale dirigeante birmane et prix Nobel de la paix. Son manque d’empathie affiché pour les Rohingyas a été fortement critiqué sur la scène internationale.

Le souverain pontife doit donner mercredi une immense messe dans un stade de Rangoun. Le pays compte près de 700 000 catholiques, soit un peu plus de 1 % des 51 millions d’habitants.

Pour son 21e voyage, le pape se rendra également au Bangladesh, autre pays asiatique marqué par de fortes tensions religieuses et sous les projecteurs avec l’exode forcé des Rohingyas.

http://www.leparisien.fr/international/birmanie-voyage-delicat-pour-le-pape-francois-en-pleine-crise-des-rohingyas-27-11-2017-7417683.php


 

BASE 14 995X225Comme d'habitude, la "scène internationale" dont il est question s'entend comme la coalition autour des Etats- Unis et leurs alliés géopolitiques. Les lecteurs de ce site ont pu lire différents articles mettant en doute la version "occidentale" de la question Rohingya, ainsi que la présence au sein de cette minorité d'activistes jihadistes manipulés par les services de renseignement occidentaux et saoudiens afin de déstabiliser la Birmanie (Myanmar) et contrer ainsi les intérêts chinois dans la région.

Il est inquiétant de voir le Pape prendre parti pour un camp au détriment de sa mission de paix universelle, surtout dans un contexte de tensions internationales: pendant ce temps, au Yemen, un peuple subit un génocide dans le silence général, notamment de la "scène internationale"...Et une coalition militaire se met en place pour déstabiliser le Liban et l'Iran...

P.G.

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lundi 27 novembre 2017

L'Arabie saoudite lance une coalition antiterroriste de pays musulmans... sans la Syrie ni l'Irak

Même s’ils combattent Daesh depuis des mois, Damas et Bagdad ne figurent pas sur la liste des 40 pays membres d'une nouvelle coalition antiterroriste lancée par Riyad. Grand rival régional, l'Iran en est également exclu, au contraire du Qatar.

ACT COALITION MBS

Le 26 novembre, l'Arabie saoudite a lancé une coalition antiterroriste de 40 pays musulmans d'Asie et d'Afrique.

Au cours d'une réunion des ministres de la Défense de ces nations, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) a appelé à une «coordination forte, excellente et spéciale» entre les membres de cette nouvelle coalition. «Nous allons continuer à pourchasser les terroristes jusqu'à ce qu'ils disparaissent de la terre», a encore lancé le Saoudien.

L'Iran, la Syrie et l'Irak exclus

Même s'ils combattent depuis de longs mois l'organisation terroriste Daesh, en net recul sur leur territoire, la Syrie et l'Irak ne figurent pas dans la liste communiquée par l'agence de presse officielle saoudienne SPA. L'Iran, le grand rival de Riyad dans la région, n'apparaît pas non plus sur la listes des 40 pays membres de cette coalition.

A noter toutefois que le Qatar en fait partie, selon SPA, même si aucun de ses ministres n'était présent à la réunion du 26 novembre. L'Arabie saoudite accuse en effet Doha de soutenir des groupes extrémistes et, à ce titre, Riyad avait rompu en juin ses relations diplomatiques avec ce pays, en dépit de ses dénégations.

Au sein de cette coalition, à dominante sunnite, on retrouve encore des pays comme le Pakistan, la Turquie ou le Nigeria.

«Plus de 40 pays envoient un signal très fort consistant à dire que nous allons travailler ensemble et que nous allons mettre ensemble nos capacités militaires, financières, politiques et de renseignement», a encore déclaré MBS, ajoutant : «Cela se fera à partir d'aujourd'hui et chaque pays va y contribuer à hauteur de ses capacités.»

«Le terrorisme déforme l'image de l'islam»

Exprimant sa solidarité envers l'Egypte, frappée le 24 novembre par un attentat qui a fait 305 morts, le prince héritier saoudien, dont le pays est lui-même accusé de soutenir le terrorisme a promis de se tenir aux côtés «de tous les pays du monde qui combattent le terrorisme et l'extrémisme».

«Plus que le meurtre d'innocents et la propagation de la haine, le terrorisme et l'extrémisme déforment l'image de notre religion», a en outre déclaré le jeune prince saoudien.

Le général pakistanais Raheel Sharif a été désigné commandant militaire de la coalition. Il aura son quartier général dans la capitale saoudienne.

Coalition antiterroriste ou défense d'intérêts régionaux ?

L'Arabie saoudite est par ailleurs membre d'une alliance occidentale antidjihadistes conduite par les Etats-Unis en Irak et en Syrie.

La diplomatie syrienne a critiqué à plusieurs reprises l'action de la monarchie, l'accusant d'avoir «tué davantage de civils innocents que de terroristes» et lui reprochant de violer la souveraineté de la Syrie car les autorités syriennes ne l'ont pas invitée à intervenir sur son territoire.

Le lancement de cette nouvelle coalition intervient au moment où les relations entre Téhéran et Riyad sont plutôt tendues, les deux pays n'ont plus de relations diplomatiques depuis janvier 2016. Leurs positions sont en outre radicalement opposées dans les conflits syrien et yéménite.

Dans un récent entretien accordé au New York Times, MBS avait qualifié Ali Khamenei, le guide suprême iranien, de «nouvel Hitler du Moyen-Orient».

«Personne dans le monde n’accorde le moindre crédit à des remarques de ce genre», lui avait répondu Bahram Ghassemi, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.

https://francais.rt.com/international/45965-arabie-saoudite-lance-coalition-antiterroriste-sans-syrie-irak

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Arabie Saoudite : Après la tentative de coup d’état

Comme l’a titré le quotidien Al-Akhbar, dès le lendemain de l’annonce de sa démission sur la chaine de télévision saoudienne Al-Arabia, le Premier ministre libanais Saad Hariri serait l’« otage » du jeune prince héritier Mohamad Ben Salman (MBS). La démission surprise de Saad Hariri constitue sans doute l’un des dégâts collatéraux d’une tentative de coup d’Etat fomenté par les princes, hommes d’affaires et responsables militaires du clan de l’ancien roi Abdallah et d’autres cercles – religieux notamment -, victimes de la révolution de palais mené par l’actuel roi Salman (83 ans) pour installer définitivement son fils MBS (32 ans) sur le trône !

ARG LIBAN CARTE REGION

OTAGE ET PRISONNIER

Otage et prisonnier de la monarchie wahhabite, Saad Hariri l’est à plusieurs titres : Premier ministre libanais, mais détenteur d’un passeport saoudien, Saad Hariri et sa famille restent historiquement liés au clan Abdallah. Le Premier ministre libanais partage les options régionales de l’ancien roi d’Arabie : conservatisme sunnite, fermeté vis-à-vis d’Israël et évitement d’un durcissement immodéré avec l’Iran. Cette posture l’a amené à accepter l’accession du général Michel Aoun à la présidence du Liban, après avoir tendu la main à Sleiman Frangieh, le chef des Marada, lui-aussi partisan du camp du « 8 mars », allié au Hezbollah.

En obligeant Saad Hariri à démissionner de ses fonctions d’une manière si brutale, MBS le force aussi à renoncer à la participation du Hezbollah aux pouvoirs exécutif (deux ministres font actuellement partie du gouvernement) et législatif (13 députés sur 128) libanais et, par conséquent, à renier son pragmatisme consensuel qui avait permis au Pays du Cèdre de sortir de plusieurs années de blocage politique. Et pour qu’il boive le calice jusqu’à la lie, Riyad oblige Saad Hariri à effectuer une visite aux Emirats arabes unis, l’autre partenaire de l’Arabie saoudite partisan d’un durcissement des relations avec l’Iran et le Qatar. Le Premier ministre libanais a dû aussi accorder une interview effectuée depuis Riyad à la chaine libanaise Future-TV(organe du camp du 14 mars auquel appartient Saad Hariri) le dimanche 12 Novembre. Il déclare qu’il est fier d’avoir démissionné depuis l’Arabie saoudite, ajoutant que « le roi Salman le considère comme un fils et qu’il respecte le prince héritier MBS ». Tout est dit !

Non sans cynisme, et en forçant ainsi le Premier ministre libanais à se transformer en VRP de sa politique belliciste, Riyad ose affirmer que Saad Hariri est bien libre de ses mouvements ! En réalité, toute la famille du Premier ministre libanais est retenue en résidence surveillée dans une banlieue résidentielle de Riyad, en dépit des tentatives de médiation libanaise, égyptienne, marocaine, palestinienne et française pour le ramener au Liban – lui et sa famille – ou les exfiltrer vers la France. Profitant de la visite d’Emmanuel Macron aux Emirats arabes unis, la diplomatie française aura mobilisé, en vain, toutes ses énergies.

L’actuel ambassadeur de France à Riyad, l’excellent François Gouyette, a remué des montagnes et des dunes. Il a pu s’entretenir seul à seul avec le Premier ministre libanais et comprendre que ce dernier et sa famille sont retenus en Arabie saoudite contre leur volonté. Bertrand Besancenot – ambassadeur de France à Riyad durant dix ans et actuel médiateur dans le contentieux opposant la monarchie saoudienne au Qatar – ainsi que le patron des services extérieurs (DGSE), Bernard Emié – ancien ambassadeur à Alger et Beyrouth – ont eux-aussi aussi mouillé la chemise, mais se heurtant à une absolue fin de non-recevoir du pouvoir saoudien.

Représentant la France à Beyrouth, l’ambassadeur Bruno Foucher a fait le tour des responsables politiques du Pays du Cèdre, s’assurant de leur volonté unanime à éclaircir les conditions de cette démission surréaliste, contraire à tous les usages. Avec sang-froid et maîtrise, le président libanais Michel Aoun a rejeté cette démission prononcée en dehors du territoire national, exigeant le retour de Saad Hariri au Liban afin qu’il puisse expliquer à ses pairs les raisons d’une telle décision. Seul le chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, semble se réjouir du coup de force saoudien…

Sur la route du retour des Emirats arabes unis où il venait d’inaugurer le Louvre local, Emmanuel Macron a fait halte à l’aéroport de Riyad pour y rencontrer MBS, afin d’évoquer « les crises régionales » et le sort du Premier ministre libanais. En signant dernièrement avec Theresa May et Angela Merkel un communiqué commun appelant Donald Trump à ne pas défaire l’accord sur le nucléaire iranien, le président français a indisposé, non seulement Washington, mais aussi Riyad. Afin de rééquilibrer la donne, Emmanuel Macron a donc multiplié les déclarations de fermeté vis-à-vis de l’Iran – s’agissant notamment de son programme balistique – lors de sa visite de la base française d’Abu Dhabi. Mais cela n’a pas suffi à convaincre MBS de le laisser ramener Saad Hariri et sa famille à Paris pour sortir de l’impasse.

« MBS est maintenant prisonnier d’une fuite en avant comme le Prince de Machiavel : soit supprimer tous ses opposants d’un coup, soit succomber lui-même à ses opposants », explique un expert libanais de la monarchie wahhabite qui souhaite conserver l’anonymat ; « à 32 ans, ce jeune prince sans expérience pense qu’avec l’argent il peut tout acheter alors que ses décisions sont des échecs patents, en Syrie, au Yémen et au Bahreïn- où la répression quotidienne par les forces saoudiennes de sécurité contre une population majoritairement chi’ite indispose aussi fortement les minorités chi’ites des provinces pétrolières saoudiennes régulièrement secouées par des mouvements de protestation tout aussi violemment réprimés. Sa conception géopolitique du monde la plus sophistiquée se réduit à celle de la planète des singes… »

REVOLUTION ET CONTRE-REVOLUTION DE PALAIS

Roland Lombardi1 nous rappelle opportunément l’exemple le plus frappant de la détermination de MBS à détenir la totalité du pouvoir entre ses seules mains : « le cas du puissant et incontournable prince Mohammed ben Nayef Al Saoud (57 ans et propre cousin du jeune prince), ancien Monsieur Sécurité et anti-terrorisme du royaume et véritable version bédouine d’un Joseph Fouché ou d’un J. Edgar Hoover est emblématique. Il a été évincé en juin dernier de son ministère de l’Intérieur, de son poste de vice-Premier ministre et surtout de son statut de prince héritier… Tout cela engendre frustrations, rancœurs et fait de nombreux mécontents parmi les élites et les notables écartés du pouvoir ».

Dans les milieux religieux, ce ne sont pas moins d’un millier d’imams wahhabites jugés extrémistes qui ont été mis à l’ombre en quelques semaines, comme en témoignent les dernières arrestations de Salman al-Awda, Awad al-Qarni et Ali al-Omari, trois prédicateurs conservateurs très populaires. D’autres arrestations concernent notamment des personnes étroitement liées à la famille du défunt prince héritier et ministre de la Défense Sultan ben Abdel Aziz, mort en 2011. Le nombre des comptes en banque, appartenant à des particuliers, qui ont été gelés, est passé de 1 200 à plus de 1 700, précise-t-on de sources bancaires.

La dernière décision de MBS visant à permettre aux femmes de conduire leur propre voiture sans être accompagnées d’un chaperon, a été perçue par le Conseil des Oulémas et tous les gardiens du wahhabisme – qui sert toujours de fondement aux lois de la monarchie – comme un véritable défi et une concession faite à l’administration américaine.

Cette révolution de palais, à la fois autoritaire et tintée de modernisme, est couverte, sinon encouragée par Donald Trump lui-même, qui a décidé de miser sur le jeune prince héritier à trois conditions : moderniser, sinon « occidentaliser » les usages de la vie quotidienne de la monarchie ; combattre le radicalisme salafiste et arrêter de financer le terrorisme islamiste ; enfin, orienter principalement la politique étrangère de la monarchie contre l’Iran en se rapprochant d’Israël. Cette « couverture » américaine est principalement le fait de quatre personnages clefs : Jared Kushner (36 ans), le gendre et proche conseiller de Trump, farouchement pro-israélien ; le général H. R. McMaster conseiller à la sécurité nationale ; le général James Mattis Secrétaire à la Défense et le chef de cabinet de la Maison blanche, le général John Kelly.

Les trois derniers connaissent bien les arcanes de l’Orient compliqué et cherchent à tourner la page d’une Arabie saoudite impliquée dans les attentats du 11 septembre 2001 : 17 des 19 pirates de l’air étaient Saoudiens ou d’origine saoudienne. Le 20 mai 2017 à Riyad, devant une cinquantaine de pays sunnites, Donald Trump adoube l’Arabie saoudite comme la seule et unique puissance régionale du Proche-Orient aux côtés d’Israël. Non content de vendre plusieurs centaines de milliards d’armements aux monarchies du Golfe, Donald Trump appelle – en convergence de moins en moins cachée avec Israël – à « isoler l’Iran », accusé de « soutenir le terrorisme ».

Parmi les 10 000 princes saoudiens, ces orientations ne font pas l’unanimité, surtout le rapprochement amorcé avec Tel-Aviv. Ajoutées à l’autoritarisme grandissant de MBS et à sa volonté affichée d’accaparer la totalité du pouvoir, plusieurs manifestations populaires ont été violemment réprimées dernièrement, notamment dans la province du Assir, la région stratégique des terminaux gaziers et pétroliers. Plusieurs sources locales parlent même d’affrontements armés faisant plusieurs dizaines de victimes. Il n’en faut pas plus pour que le Palais dénonce une tentative de coup d’Etat, lui permettant de finir de décapiter toute espèce d’opposition au nom d’une soudaine « lutte contre la corruption ».

Jared Kushner arrive à Riyad en catastrophe. Durant la nuit de samedi à dimanche dernier, il reste en compagnie de MBS jusqu’à 4 heures du matin, tandis que la Vème Flotte2 est mise en alerte. Plusieurs escadrilles de la chasse américaine survolent Djeddah et le Nedj, couverts par un appareil de surveillance AWACS (Airborne Warning and Control System). Accréditant qu’il y a bien eu tentative de coup d’Etat, le CENTCOM reste en alerte, particulièrement mobilisé pour la protection de Dubaï après l’affirmation d’un journal iranien disant qu’il suffirait d’un missile sur cette ville pour faire éclater « la bulle financière des Emirats arabes unis ».

ARRESTATIONS ET ATTENTATS

Simultanément à cette purge sans précédent engagée par MBS contre ses opposants, dimanche 5 novembre l’hélicoptère du prince Mansour ben Moqren – vice-gouverneur de la province du Assir (dans laquelle se sont déroulées les manifestations anti-MBS) – s’écrase près d’Abha à proximité de la frontière du Yémen. « D’autres responsables militaires » se trouvaient à bord de l’appareil a précisé la chaine pro-gouvernementale Al-Arabia, laissant entendre que l’appareil avait été victime, soit d’une avarie technique, soit d’un tir des rebelles yéménites houthi…

Accusés d’être soutenus par l’Iran, ces derniers ont revendiqué avoir tiré un missile sur une distance de plus de 750 kilomètres pour viser l’aéroport de Riyad. Il s’agit de la première attaque du genre visant la capitale saoudienne. Si plusieurs officiers européens de renseignement confirment la paternité « houthi » du tir de ce missile sur Riyad, ces mêmes sources se montrent plus dubitatives quant au crash de l’hélicoptère du prince Moqren. Certains estiment qu’aucune indication de tir de proximité n’a été relevé et que l’explosion est intervenue de l’intérieur de l’appareil…

Dans ce contexte de « tension extrême », selon les propres termes d’un ambassadeur européen en poste à Riyad, le roi Salman a signé deux décrets. Le premier entérine la mise à la retraite anticipée et l’arrestation de l’émir Metab ben Abdallah, le puissant chef de la Garde nationale saoudienne – un corps d’élite de 200 000 hommes chargé d’assurer la sécurité de la capitale et de lutter contre le terrorisme. Le même texte officialise aussi les arrestations du vice-amiral Abdallah al-Sultan, aux commandes de la marine saoudienne depuis 2014 et du ministre de l’Economie et du Plan Adel Fakih.

Un second décret a installé une Commission de lutte contre la corruption, sous la présidence de MBS. Cette nouvelle instance décide aussitôt d’appréhender onze princes, quatre autres ministres en exercice et une dizaine d’anciens ministres dont l’émir Turki ben Abdallah, l’ancien gouverneur de la province de Riyad, lui aussi proche du clan Abdallah. Dans le même temps, à New York, on annonçait que l’offre publique d’achat pour la privatisation effective de l’ARAMCO serait lancée non pas à Riyad, mais… à Wall Street à la plus grande joie du président Trump !

Fait aussi partie de la charrette l’homme d’affaire Walid ben Talal, considéré comme l’un des hommes les plus riches du monde. Sa société Kingdom Holding Company est actionnaire de Citigroup, Apple, Twitter et Euro-Disney notamment. Son animosité envers le président américain Donald Trump pourrait être l’une des raisons de son arrestation. Deux autres hommes d’affaires opposés à MBS font partie du lot : Walid ben Ibrahim al-Ibrahim, le propriétaire de la MBC (Middle East Broadcasting Company) ayant refusé dernièrement de vendre ses chaines à MBS et Bakr ben Laden, le président du groupe Saudi BinLaden, référence lourde des attentats du 11 septembre 2001.

Toutes ces personnalités- soit plus de 1 500 personnes – ont été enfermées à l’hôtel Ritz de Riyad où a été aussi transféré Saad Hariri. La presse officielle de la monarchie vient d’annoncer l’adoption d’une nouvelle loi anti-terroriste qui préconise notamment des peines d’emprisonnement de 5 à 15 ans pour diffamation ou insulte publique à l’égard du roi ou du prince héritier.

L’APRES AOUN A COMMENCE

« Indépendamment de l’insulte faite au peuple libanais, aujourd’hui, le jeune MBS fait exactement ce que Recept Erdogan a fait après la tentative de coup d’Etat visant à le renverser en juillet 2016 », explique un officier de renseignement en poste à Beyrouth, « il fait le ménage en neutralisant les grandes familles, les milieux sécuritaires, économiques et médiatiques suspectés, non pas d’avoir participé directement à la tentative de coup d’Etat, mais de l’avoir acceptée, sinon souhaitée. Avec l’aval des Etats-Unis, il est en train de mettre en place un régime dictatorial tout en libéralisant les mœurs et les réseaux sociaux, parce que c’est meilleur pour les affaires ».

La prise en otage du Premier ministre libanais par les autorités saoudiennes a principalement trois conséquences sur la situation libanaise : une remontée optimale de la menace terroriste (des attentats contre des cibles chi’ites sont à craindre, notamment dans le nord du pays et les régions et quartiers urbains chi’ites des grandes agglomérations) ; la suspension des élections législatives qui devaient avoir lieu en mai prochain ; et la recherche – qui s’annonce d’ores et déjà laborieuse – d’un nouveau gouvernement de « technocrates » où la présence du Hezbollah ne serait plus affichée.

D’une manière générique et organique, cette crise relance aussi la course à la succession de Michel Aoun pour la future présidence de la République. Dialectiquement, la prise d’otage de Saad Hariri foudroie les espoirs de Gibran Bassil de succéder à son beau-père à Baabda, sans parler de ceux du chef des FL Samir Geagea, le « tueur en série » de la guerre civile, aujourd’hui courroie de transmission au Liban des intérêts israéliens et saoudiens.

Victime de son double langage – critiquant le Hezbollah en Arabie saoudite et dans toute la région tout en s’affichant comme son allié sur la scène intérieure -, le premier est largement responsable de l’affaire Hariri. Obligé maintenant de sortir de ses ambiguïtés coutumières, il ne peut être un candidat sérieux à la succession de son beau-père ! Depuis qu’il est sorti de prison, le deuxième souffle sur les braises confessionnelles comme s’il rêvait de voir reprendre la guerre civile pour s’adonner à son occupation favorite : l’assassinat de tous ceux qui ne partagent pas son fantasme d’un réduit chrétien purifié ethniquement et religieusement !

« Dans tous les cas de figures », affirme un ambassadeur européen en poste à Beyrouth, « ni Gibran Bassil, ni Samir Geagea ne pourront prétendre à la succession de Michel Aoun, qui nécessitera un homme jeune, apaisé, populaire et ouvert ».

La rédaction de prochetmoyen-orient.ch souhaite la libération prochaine de Saad Hariri et de sa famille, ainsi que la stabilité de notre cher Liban ! Bonne lecture et bonne semaine !

Richard Labévière
13 novembre 2017

1 Roland Lombardi – docteur en histoire, consultant indépendant en géopolitique et analyste au sein du groupe JFC Conseil. « Arabie saoudite : La “Nuit des Longs Cimeterres” se poursuit… » 8 novembre 2017.
2 La Cinquième flotte de l’US Navy a été créée le 26 avril 1944 puis supprimée en janvier 1947. Dans les années 1990, suite à la guerre du Golfe, le Pentagone a décidé de créer une flotte chargée des forces navales au Moyen-Orient. Elle est donc recréée le 1er juillet 1995. Son quartier général se trouve à Manama, au Bahreïn. Le soulèvement bahreïni de 2011 aurait conduit le commandement américain à envisager d’implanter le quartier général de la flotte dans un pays plus stable, le Qatar ou les Émirats arabes unis. La Ve flotte opère sous l’autorité du CENTCOM.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 13-11-2017

https://www.les-crises.fr/arabie-saoudite-apres-la-tentative-de-coup-detat-par-richard-labeviere/

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dimanche 26 novembre 2017

Démission de Hariri et nouveaux plans de guerre

S’il est incontestable que la restitution faite par les médias de la démission « forcée » de Saad Hariri est incomplète, il reste à s’interroger sur sa véracité. Etant donné l’assujettissement de Hariri au bloc constitué par l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis, sa démission « forcée » ressemble davantage au licenciement d’un cadre d’entreprise qui n’a pas répondu aux attentes de sa hiérarchie. Sommé de quitter ses fonctions, Hariri a suivi cet ordre à la lettre, allant jusqu’à publier un communiqué dicté par les Saoudiens, accusant le Hezbollah et l’Iran de semer la discorde dans la région, et faisant état d’un complot d’assassinat dirigé contre lui.

ARG LIBAN CARTE REGION

C’est pourtant bien l’Arabie Saoudite qui sème la discorde, en accusant le Hezbollah et l’Iran d’être à l’origine de cette démission, avec l’intention manifeste de plonger le Liban dans le chaos. Comme cela était à prévoir, Netanyahou a immédiatement sauté sur l’occasion, en déclarant que cette démission était un appel à la « communauté internationale » pour qu’elle prenne des mesures contre l’attitude agressive de l’Iran ; une déclaration qui  n’a été prise par personne pour argent comptant, pas même par les Sunnites libanais. Le Hezbollah a réagi de façon mesurée ; c’est finalement l’Arabie Saoudite qui ressort de l’affaire dans la plus mauvaise posture. Vue depuis l’Iran, la démission de Hariri était un complot manigancé par Trump et le Prince héritier Muhammad bin Salman.

Hariri, quant à lui, n’est pas rentré au Liban, où il aurait pu défier les Saoudiens en reprenant son poste, mais s’est rendu en France, où il a été accueilli à l’Elysée par le président Macron. Aussitôt après s’être entretenu avec Hariri, Macron s’est entretenu avec Trump par téléphone de la « menace » iranienne et des modalités pour y faire face. Selon le Président libanais, Michel Aoun, Hariri aurait annoncé son retour à Beyrouth pour le 22 novembre, date anniversaire du jour où le Mandat français au Liban a pris fin. Les différents partis libanais, dont le Hezbollah, continuent de considérer Hariri comme le Premier Ministre. Reste à savoir de quelle façon les événements vont s’orchestrer après son retour.

Que cache toute cette affaire ? Quel est le lien entre la démission (forcée ou non) de Saad Hariri et le reste de l’actualité saoudienne, notamment l’arrestation de plusieurs personnalités influentes du royaume et la confiscation de leurs biens, dont la valeur avoisine quelques 800 milliards de dollars ? Refuser de voir un lien entre ces événements ferait la part trop belle à la coïncidence.

Prétendre que cette purge au sein de la noblesse saoudienne entre dans le cadre d’une opération de lutte contre la corruption est un leurre, puisque celle-ci est constitutive de la gouvernance saoudienne, tant sur le plan intérieur que sur celui de sa politique étrangère. Si l’argument de la corruption ne sert que de couverture, pourquoi ces princes ont-ils été limogés ? Ne serait-ce pas plutôt le signe de leur contestation des erreurs politiques de leur pays, en Syrie et au Yémen, et de leur opposition à ce qui, est clairement en train de passer d’un projet à une réalité : une guerre contre l’Iran menée par les Etats-Unis, Israël et l’Arabie Saoudite ? Ils ne seraient pas les seuls à considérer que le Prince Muhamad bin Salman est irréfléchi, imprudent et prêt à mettre dangereusement en cause la stabilité du royaume saoudien, et à estimer que son accession au trône serait littéralement une ineptie.

Des signaux émis par Israël au cours des six derniers mois annoncent clairement l’imminence d’un nouveau conflit. Il est également acquis que ce pays recevra l’appui, non seulement des Etats-Unis, mais aussi de l’Arabie Saoudite. Cette dernière a, conjointement avec Israël, poussé à la guerre contre l’Iran à plusieurs reprises ces dix dernières années, mais les Etats-Unis ont repoussé le déclenchement d’un conflit armé ouvert, leur priorité restant la Syrie : si  l’Etat syrien était anéanti, l’axe de l’alliance stratégique Iran – Syrie – Hezbollah devait lui aussi s’effondrer. Ce plan B a été en partie contrecarré par le refus du Conseil de Sécurité de l’ONU, grâce aux vétos russe et chinois, d’autoriser une guerre aérienne en Syrie dans la droite ligne de l’attaque précédemment menée en Libye. Il a donc fallu en venir au Plan C, qui consistait à s’appuyer sur une guerre d’usure, menée par des intermédiaires takfiri (branche issue d’une scission des Frères Musulmans),  organisée, financée et armée principalement par les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, le Qatar, Israël, la Grande-Bretagne et la France, et coordonnée avec l’appui d’un ensemble de pays allant des Balkans à l’Asie Centrale. Sept ans plus tard, ce plan C est dans une impasse. « L’axe de la réaction » (Etats-Unis, Israël , Arabie Saoudite) a subi un revers cuisant de la part de « l’axe de la résistance » (Iran, Syrie et Hezbollah). L’intervention russe a été décisive, entraînant sa victoire et une humiliation sans précédent des Etats-Unis.

La liste des revers subis par « l’axe de la réaction » ne s’arrête pas là. L’échec de la tentative d’indépendance des Kurdes au nord de l’Irak lui a aussi porté un coup sévère. Les Etats-unis et Israël attisaient depuis plusieurs dizaines d’années ces velléités d’indépendance, considérant que cette partie nord de l’Irak constituait un centre stratégique pour leurs opérations militaires et de renseignement au Moyen-Orient. Les initiatives de « zone d’exclusion aérienne » et de « zone de sécurité » prises par les Américains et les Britanniques dans les années 1990/1991 ont été les premières étapes de ce morcellement planifié de l’Irak, pays dont l’unité ne correspondait plus aux visées impérialistes. L’invasion de 2003 et l’imposition d’une constitution dictée par les Etats-Unis ont, en affaiblissant le gouvernement central, favorisé l’autonomie des Kurdes. Le plan était que cette autonomie aboutisse à l’indépendance, offrant ainsi une nouvelle base aux Etats-unis et à Israël pour intervenir au Moyen-Orient.

Même les Etats-Unis étaient opposés à ce référendum convoqué par Masoud Barzani : considérant qu’ils avaient déjà obtenu ce qu’ils voulaient, ils estimaient que les risques de troubles qu’entraînerait ce référendum prématuré étaient supérieurs à son enjeu.

Des prévisions qui se sont avérées justes. La Turquie et l’Iran ont réagi viscéralement, suspendant les vols et fermant les passages de frontières : l’armée irakienne a repris Kirkouk et l’ensemble du territoire conquis par les Peshmerga en 2014. Barzani a démissionné de son poste de président du Gouvernement Régional du Kurdistan (KRG) : Jalal Talabani, le chef de l’Union Patriotique du Kurdistan (UPK) est mort il y a peu, privant  les Kurdes de dirigeant, et les laissant s’entre-déchirer sur la question de savoir qui est  responsable de cette débâcle. L’iraq se reconstruit actuellement en tant qu’Etat unitaire. Le développement des Unités de Mobilisation Populaire  (PMF) qui sont majoritairement chiites, constitue un puissant renfort pour l’armée régulière. De plus, le gouvernement de Bagdad travaille en étroite coopération avec la république Islamique d’Iran.

Le paradoxe est que ces défaites ont dangereusement accru le risque d’une nouvelle attaque de l’ « axe de la réaction » contre l’ « axe de la résistance ». Car il est hors de question que la Russie, l’Iran, la Syrie et le Hezbollah puissent sortir victorieux du conflit. C’est à peine si le chef d’Etat-Major israélien, Gabi Eisenkot, a eu besoin de déclarer, comme il l’a fait récemment, que l’entente israélienne avec le Royaume d’Arabie saoudite était totale, face à l’influence croissante de l’Iran – qu’il a même qualifiée d’ « hégémonie » – au Moyen-Orient. Dans l’incapacité d’ imposer son diktat à l’une des régions les plus pauvres du monde, le Yémen, l’Arabie Saoudite serait un piètre allié d’Israël dans une confrontation armée contre des ennemis aussi dangereux que le Hezbollah et l’Iran. Mais elle est riche et, selon Hasan Nasrallah, s’est engagée à mettre plusieurs milliards de dollars dans une nouvelle guerre contre le Hezbollah.

Dans la mesure où Israël a toujours une prochaine guerre à l’étude, le point central est de savoir « quand » elle sera déclenchée plutôt que de se demander si elle aura lieu. Le pays a procédé ces derniers mois à des exercices militaires terrestres et aériens d’une envergure sans précédent dans sa récente histoire militaire, avec une  préparation spécifique à un affrontement contre le Hezbollah, incluant notamment l’entraînement au combat dans des tunnels. Il a averti plusieurs fois ces dernières années qu’il appliquerait la « stratégie Dahiyeh » lors de sa prochaine offensive au Liban, et se livre actuellement à un travail de propagande expliquant que le Liban n’existe plus qu’en tant qu’enclave du Hezbollah contrôlée par l’Iran.

Rappelons que Dahiyeh est  à la fois la banlieue majoritairement peuplée de Chiites de Beyrouth et le QG du Hezbollah, qui a été anéanti lors du raid aérien de 2006. Au vu du nombre considérable de victimes civiles qu’Israël entend ainsi infliger lors d’un prochain conflit, l’Iran et la Syrie auraient du mal à limiter leur implication aux seuls moments de leurs interventions, et Israël, les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite se retrouveraient avec leurs trois principaux ennemis directement à portée de tir. Le refus américain de retirer ses troupes et de démanteler dès à présent ses bases aériennes en Syrie, dans la mesure où l’Etat Islamique a été « défait » – même s’il leur sert encore d’alibi  –  a probablement un lien avec ces préparatifs en vue du conflit à venir.

La bataille que mène Israël au Moyen-Orient depuis 1948 pour exister atteint maintenant un point critique. Le pays peut imaginer qu’il a devant lui tout le temps nécessaire pour finir d’avaler la Cisjordanie, mais il ne dispose pas de cet avantage sur le front régional. Si l’Iran est à présent plus puissant qu’il ne l’était avant les guerres d’Irak et de Syrie, il le sera encore plus d’ici deux à trois ans. Il dispose d’une immense armée régulière, a mené une guerre très destructive contre l’Irak (1980-89) et s’est considérablement impliqué dans la défense de la Syrie, tant au niveau de la planification que durant les combats eux-mêmes ; et il s’est doté d’un arsenal conséquent de missiles de courte et longue portée, de fabrication nationale.

Par comparaison, Israël n’a pas combattu une armée régulière depuis 1973 : en 2000, ses troupes ont été chassées du Liban par une armée de guérilla, et lorsqu’il a tenté de récupérer ses territoires perdus dans une nouvelle offensive lancée en 2006, son armée de terre s’est trouvée dans l’incapacité de prendre le moindre village, y compris ceux situés à deux pas de la ligne de démarcation. Ses offensives contre Gaza ont consisté en assauts menés contre une population majoritairement civile et sans défense.

Dans la mesure où, depuis 1948, il assoit sa sécurité, non pas sur la diplomatie, mais sur une complète domination militaire, allant de la possession d’armes nucléaires à l’artillerie conventionnelle de base, Israël ne peut tolérer la situation actuelle, qui voit ses ennemis continuer à consolider leur puissance. Hostile à tout accord diplomatique qui pourrait déboucher sur un réel accord de paix, Israël doit partir en guerre. Il se dit plus fort et mieux préparé qu’en 2006, mais l’Iran et le Hezbollah le sont aussi. A lui seul, le Hezbollah dispose d’une énorme provision de missiles capables d’atteindre n’importe quel point de la Palestine occupée : « Dôme de fer », le système anti-missiles d’Israël pourra en arrêter quelques-uns, mais pas tous.

Si la guerre a lieu, Israël endurera sans doute des pertes civiles sans précédent dans son histoire ; mais les politiciens et généraux qui entourent Netanyahou sauront argumenter en disant que ce danger existentiel exige des sacrifices. Les Etats-Unis viendront en renfort d’Israël, mais il ne faut pas s’attendre à ce que la Russie reste assise à regarder ses alliés du Moyen-Orient se faire anéantir. Le journaliste Abd al Bari Atwan nous a averti que cette guerre, si elle devait avoir lieu, serait la plus destructrice que la région ait connue et dégénérerait en un conflit global. Il  a également mis en doute la capacité d’Israël de survivre à ce conflit, après l’avoir déclenché. Nous sommes réellement face à un scénario d’apocalypse.

Comme d’habitude, les Palestiniens se trouvent pris en tenailles dans ce  conflit. Mahmoud Abbas est incité de toutes parts – et même par l’Arabie Saoudite – à se rallier à l’ « initiative de paix » de Trump-Kushner-Israël. Ce qui le conduirait à adopter publiquement les positions anti-iraniennes, anti-Hezbollah et anti-chiites des Saoudiens, à un moment où il a engagé une procédure de réconciliation avec le Hamas, qui, lui, a refusé de prendre position contre le Hezbollah. Plusieurs de ses hauts dirigeants se sont rendus récemment à Téhéran. Pour le moment, tous les yeux sont tournés vers Hariri et son retour à Beyrouth : comment va-t-il s’expliquer, reprendra-t-il son poste de Premier Ministre, et sous quelles conditions ?

Par Jeremy Salt | 21 novembre 2017

Anciennement journaliste, Jeremy Salt est maintenant enseignant au Département des Sciences Politiques et de l’Administration Publique de l’Université Bilkent d’Ankara, où il dispense des cours sur l’histoire contemporaine et la propagande au Moyen-Orient. Son dernier ouvrage s’intitule « The Unmaking of the Middle East. A History of Western Disorder in Arab Lands » (Berkeley: University of California Press, 2008.) (La destruction du Moyen-Orient – Le désordre occidental dans les pays arabes)

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Mohammed ben Salmane officialise des décennies de rapprochement entre l’Arabie saoudite et Israël

Les Saoudiens ne tarderont sans doute pas à voir le drapeau israélien hissé sur un toit à Riyad

ARG ISRAEL ARABIE

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) ne manque aucune occasion de choquer l’opinion publique – peut-être pas si involontairement que cela – locale et mondiale.

L’entretien que le chef de l’armée israélienne, le lieutenant-général Gadi Eisenkot, a accordé la semaine dernière au site d’informations saoudien Elaph (en langue arabe) est un autre signe du changement significatif de la politique saoudienne, régionale et internationale, depuis que le prince héritier est parvenu au sommet du pouvoir dans son propre pays.

Rapprochement entre Saoudiens et Israéliens

L’entretien a été publié et signalé dans Haaretz et, le même jour, Middle East Eye a révélé en exclusivité que la monarchie jordanienne était extrêmement préoccupée de voir les Saoudiens si empressés de faire la paix et normaliser les relations avec Israël, aux dépends des Jordaniens et des Palestiniens.

La Jordanie a signé son propre traité de paix avec Israël en 1994 mais semble néanmoins craindre un retour de bâton si les Saoudiens devaient conclure un accord qui supprimerait le droit au retour des Palestiniens.

Mais il serait inexact de supposer que le rapprochement entre Saoudiens et Israéliens a commencé avec l’ascension de MBS. Pendant quelques années, plusieurs Saoudiens, agissant ostensiblement à titre personnel, ont été chargés de la tâche d’explorer et de tâter le terrain ou, du moins, en ont-ils reçu le feu vert.

Deux d’entre eux, en particulier, ont rencontré des responsables israéliens à différents niveaux et dans diverses enceintes internationales. Ils ont même fait plusieurs visites en Israël : l’ancien chef du Renseignement saoudien, le prince Tourki ben Fayçal, et l’ancien général saoudien, Anwar Eshki.

Certains vont même jusqu’à faire remonter à 1981 l’année où le prince héritier Fahd ben Abdelaziz s’est mis en tête de commercer avec Israël, car c’est en novembre cette année-là qu’il a, lors de la conférence au sommet arabe de Fès (Maroc), proposé son plan de paix en huit points.

C’était un peu moins de trois ans après que l’Égypte provoque la division du monde arabe en signant unilatéralement son propre traité de paix avec Israël, à Camp-David en 1978. Le plan de paix de Fahd ne s’est jamais concrétisé parce qu’il n’est pas parvenu à obtenir l’aval de la majorité arabe.

Il a fallu vingt ans de plus pour que les Saoudiens obtiennent le consensus de presque tous les Arabes sur ce qui était initialement une initiative de paix du prince héritier saoudien, Abdallah ben Abdelaziz. Ce projet devint alors le Plan de paix arabe.

Or, ce plan – où les Arabes offraient à Israël pleine reconnaissance et normalisation en échange d’un retrait israélien des frontières tracées avant juin 1967 – n’a jamais été véritablement accepté par Israël, du moins non sans de trop nombreuses réserves.

Réussite de la contre-révolution

La hâte actuelle de l’Arabie saoudite de normaliser ses relations avec Israël fait suite à des changements spectaculaires sur la scène politique.

Tout d’abord, les Saoudiens, premiers responsables – avec les Émirats arabes unis – du déraillement de la tentative de démocratisation du monde arabe, jubilent du succès de leur contre-révolution à rétablir l’ordre, tel qu’ils le définissent et le promeuvent – ordre qui leur garantit l’emprise sur le pouvoir et le monopole des ressources.

Suite à la défaite du Printemps arabe et à l’effondrement du soi-disant camp de la résistance – coalition qui, avant le Printemps arabe, comprenait l’Iran, la Syrie, le Hezbollah, le Hamas, le djihad islamique et d’autres factions de l’OLP – les Palestiniens ont été « lâchés » au milieu d’une crise sans précédent et les factions de leur mouvement de libération, le Hamas en particulier, ont désormais du mal à exister.

C’est alors qu’arriva Donald Trump, dont l’entrée à la Maison-Blanche marqua le début d’une nouvelle ère dans la politique américaine, promesse d’une approche différente du Moyen-Orient. Faire de la politique comme on fait des affaires, voilà qui semble convenir aux familles royales arabes de la région du Golfe, ainsi qu’aux chefs militaires égyptiens.

La première transaction commerciale conclue avec l’administration Trump fut l’adoubement par l’Amérique de MBS comme futur roi d’Arabie saoudite, en échange de centaines de milliards d’investissements saoudiens aux États-Unis. L’accord a également ouvert la voie à une normalisation des relations des pays du Golfe avec Israël.

L’accord, négocié par le prince héritier Mohammed ben Zayed d’Abou Dabi (appelé aussi MBZ), fut consommé lors du sommet de Riyad, où les dirigeants de presque 50 pays musulmans se sont rassemblés pour rencontrer le nouveau président américain. Depuis, Trump a transmis le dossier à son gendre, Jared Kushner, connu pour ses liens commerciaux, politiques et idéologiques privilégiés avec Israël.

Un prétexte utile

L’Iran et ses mandataires dans la région ont offert au prince héritier saoudien une série de prétextes extrêmement utiles pour lui permettre d’avancer bille en tête vers la conclusion d’un accord avec Israël.

Après avoir lamentablement échoué tant au Yémen qu’en Syrie et en Irak, l’Arabie saoudite a perdu énormément de terrain au profit des Iraniens, qui, à maintes reprises, se sont vantés de leurs succès et de tirer désormais les ficelles dans le gouvernement des capitales de quatre pays arabes : le Liban, la Syrie, l’Irak et le Yémen.

L’Arabie saoudite n’hésite plus à souligner sa vision commune avec Israël au sujet de l’Iran et du Hezbollah. Leur hostilité commune envers l’Iran, considéré comme la plus grave menace pesant sur l’Arabie saoudite et Israël, aurait plus que jamais rapproché les deux régimes.

En septembre, il se disait même que le mystérieux prince saoudien de haut rang qui rendit visite à Israël n’était autre que le prince héritier lui-même. Pourtant, ce qui motive le plus les Saoudiens à fraterniser avec Israël, c’est encore le désir fébrile de MBS de devenir roi, avec la bénédiction du maître de la Maison-Blanche.

Le prince s’est montré disposé à faire tout le nécessaire pour répondre à cet urgent besoin, quel qu’en soit le prix. Il est fort probable que le train de mesures prises localement pour freiner toute opposition potentielle ne soit pas sans rapport avec cette quête de normalisation avec Israël.

Première collaboration importante

En retirant de la scène intellectuels, érudits, universitaires, académiciens, princes de haut rang, ainsi que magnats des affaires et des médias, tout en enlevant tout pouvoir aux institutions religieuses traditionnelles, MBS est convaincu qu’a été ôté de son chemin tout obstacle éventuel.

Tout cela n’est pas étranger non plus au fiasco de la détention du Premier ministre libanais, Saad Hariri, ni à l’annonce de sa démission à partir de la capitale saoudienne, Riyad.

Manifestement, les Saoudiens se sont hâtés de fomenter une crise qui pourrait, à leur avis, déboucher sur une confrontation israélo-iranienne au Liban et permettre, peut-être, la première collaboration significative entre le royaume et Israël.

Pendant une allocution télévisée, le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a affirmé ceci : des sources crédibles l’ont averti que son organisation avait reçu des informations selon lesquelles l’Arabie saoudite venait d’offrir des milliards à Israël en prévision de la prochaine guerre contre le Hezbollah.

Parmi les événements spectaculaires de ces dernières semaines, citons la convocation à Riyad du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à qui on aurait signifié sans ambages qu’il devrait choisir entre soit collaborer à l’initiative de paix du président Trump, soit tout bonnement démissionner.

On pense qu’il s’agit d’une faveur accordée par MBS à Kushner – chargé de préparer le terrain pour préparer l’initiative de paix de Trump.

Les Palestiniens soumis au chantage

Les Palestiniens se trouvent dans une situation des plus embarrassantes. L’empressement du prince héritier saoudien à normaliser ses relations avec Israël semble les avoir pris de court, et ils ne sont pas les seuls.

Si des sources proches d’Abbas ont nié avoir reçu un ultimatum lors de sa brève visite à Riyad, en privé, l’Autorité palestinienne avouait craindre le pire.

Ces craintes ne tardèrent pas à se concrétiser. L’ultimatum saoudien fut bientôt confirmé et l’administration Trump lui apporta un soutien de taille.

Dans un acte flagrant de chantage, le Département d’État a informé les Palestiniens que leur autorisation d’occuper leur bureau de l’OLP ne serait pas renouvelée, sauf à remplir deux conditions : s’engager dans le processus de paix avec Israël et s’abstenir de poursuivre ce pays devant la Cour pénale internationale de La Haye.

Le cours des événements indique clairement que l’ultimatum posé par l’administration Trump – avertissant l’Autorité palestinienne (AP) qu’elle serait ostracisée pour en avoir appelé au droit international et aux institutions internationales – n’aurait pas pu l’être sans coordination avec les Saoudiens et les Israéliens.

Avant que les Palestiniens se remettent de leur choc, le ministre israélien de l’énergie, Yuval Steinitz, parla publiquement de l’étroite coopération entre Saoudiens et Israéliens, sans doute pas vraiment par hasard.

Bien que l’accent ait été mis sur la tentative de contester l’expansionnisme iranien, voici le message destiné aux Palestiniens : avec ou sans vous, « nous décollons ». Les remarques de Steinitz confirment ce que le chef d’état-major israélien a déclaré en début de semaine au site Elaph quant à la coordination sécuritaire et aux liens intimes tissés entre Israéliens et Saoudiens.

Selon certaines rumeurs, l’Arabie saoudite pourrait, dès la semaine prochaine, procéder au couronnement officiel de MBS, suite à l’abdication de son père. Les Saoudiens ne tarderont sans doute pas à voir le drapeau israélien hissé sur un toit à Riyad.

– Azzam Tamimi est un universitaire et activiste politique palestino-britannique.

Article original

Source: MEE

http://arretsurinfo.ch/mohammed-ben-salmane-officialise-des-decennies-de-rapprochement-entre-larabie-saoudite-et-israel/


 

BASE 15 995X225Je rappelle que ce type d'information a pour but d'éclairer les sympathisants et militants de ce qui se passe dans cette région, à chacun de juger en fonction de ses propres sources. Comprendre le monde actuel et surtout les arguments qu'on n'entend pas sur Radio- Paris est le devoir de toute personne qui souhaite s'impliquer dans les affaires publiques de façon honnête, à une époque de tensions internationales où la propagande fait rage dans chaque camp, et, au bout du compte, de tenter de rendre service à la France par une meilleure connaissance des dossiers. Tout contre- argument ou contre- article est bienvenu, comme vous le savez depuis la création de ce site: il suffit d'envoyer vos propositions à la délégation régionale.

P.G.

 

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vendredi 24 novembre 2017

Netanyahou reconnaît une «coopération secrète» entre Israël et les pays arabes

Si Israël n'a pas de relations diplomatiques officielles avec les pays arabes, Benjamin Netanyahou assure qu'ils entretiennent une «coopération secrète». Une confession qui s'inscrit dans le combat de l'Etat hébreu pour contrer l'influence de l'Iran.

«La coopération productive que nous avons avec les pays arabes est généralement secrète», a révélé le Premier ministre Benjamin Netanyahou lors d'un évènement organisé à la mémoire de la grande figure du sionisme David Ben Gurion, le 23 novembre.

«Je crois que nos relations [avec les pays arabes] vont continuer à mûrir et porteront le fruit d'une orbite de paix toujours plus grande», a-t-il poursuivi dans des propos rapportés par le Times of Israel. «Les habitants des pays voisins vont coopérer avec nous, parce qu'autrement, ils devront coopérer avec des esclavagistes étrangers», a-t-il encore fait valoir selon le site Ynet.

ACT IRAN ISRAEL ARABIE

Officiellement, l'Etat hébreu n'entretient de relations diplomatiques qu'avec l'Egypte et la Jordanie au Moyen Orient, les autres Etats de la région refusant tout contact avec Tel Aviv tant que les Israéliens occupent les territoires palestiniens conquis lors de la guerre des Six Jours, en 1967.

Mais Israël poursuit depuis peu un rapprochement diplomatique avec les monarchies sunnites du Golfe et d'autres nations musulmanes de la région, invoquant des intérêts et menaces communs, en premier lieu l'influence de l'Iran chiite.

Les propos du Premier ministre ne sont donc pas une surprise, le 19 novembre déjà, le ministre israélien de l'Energie, Yuval Steinitz, avait fait part de l'existence de contacts secrets avec le reste du monde arabe : «Nous avons en effet des liens qui sont partiellement secrets avec de nombreux pays musulmans et arabes et généralement [Israël] est la partie qui n'a pas honte [de ces liens].»

«C'est l'autre partie qui a intérêt à garder ces liens sous silence. Avec nous, généralement, il n'y a pas de problème, mais nous respectons la volonté de l'autre partie lorsque des liens se développent, qu'il s'agisse de l'Arabie saoudite ou d'autres pays arabes ou musulmans. Et il y en a bien d'autres», avait-il assuré lors d'une interview sur radio Tsahal.

https://francais.rt.com/international/45901-netanyahou-reconnait-cooperation-secrete-entre-israel-pays-arabe

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