jeudi 16 novembre 2017

Selon l'Elysée, Saad Hariri devrait arriver en France «dans les prochains jours»

Le président français a annoncé, dans un communiqué publié le 15 novembre par l'Elysée, que le Premier ministre démissionnaire du Liban, Saad Hariri, actuellement en Arabie saoudite, était invité à venir «avec sa famille» en France.

ACT MACRON HARIRI

Saad Hariri devrait arriver en France «dans les prochains jours», a confié l'Elysée à l'AFP le 15 novembre. «Après s'être entretenu avec le prince héritier d'Arabie saoudite Mohamad ben Salmane et le Premier ministre libanais Saad Hariri, le président de la République a invité Saad Hariri et sa famille en France», a également déclaré l'Elysée.

Le Premier ministre libanais Saad Hariri a annoncé sa démission le 4 novembre alors qu'il se trouvait à Riyad, la capitale saoudienne, disant craindre pour sa vie et accusant l'Iran et le Hezbollah libanais de semer la discorde dans le monde arabe. Il a réaffirmé sur Twitter qu'il allait bien et regagnerait son pays dans les prochains jours.

Une démission réclamée par l'Arabie saoudite ?

Spéculations et rumeurs vont bon train à Beyrouth sur les raisons qui ont pu motiver une telle décision du Premier ministre. Le fait d'avoir fait cette annonce depuis Riyad a notamment fait dire à de nombreux médias et responsables que Saad Hariri avait été contraint de prendre cette décision sous la pression de la maison des Saoud, et qu'il n'était pas libre de ses mouvements. Surtout que sa démission a coïncidé avec l'arrestation de dizaines de princes, de ministres et d'hommes d'affaires dans une purge sans précédent en Arabie saoudite.

Une thèse également défendue par le chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah : «Il est clair que la démission était une décision saoudienne qui a été imposée au Premier ministre Hariri. Ce n'était ni son intention, ni sa volonté, ni sa décision», a-t-il assuré lors d'un discours retransmis à la télévision le 5 novembre. Le bloc parlementaire du Hezbollah a d'ailleurs appelé Riyad à cesser ses ingérences dans les affaires internes du Liban et à ne pas entraîner le pays dans les crises qu'il traverse.

Ces événements interviennent dans un contexte de fortes tensions sur plusieurs dossiers entre les deux poids lourds de la région, l'Arabie saoudite sunnite, soutien traditionnel de Saad Hariri, et l'Iran chiite, grand allié du Hezbollah. Les deux puissances régionales s'opposent frontalement sur les dossiers syrien, yéménite et libanais, où elles soutiennent des camps adverses.

https://francais.rt.com/france/45623-liban-emmanuel-macron-invite-saad-hariri-famille-france


 

BASE 14 995X225Voilà qui en dit long sur l'excellent rapport que Macron entretient avec Mohamed Ben Salmane, le nouvel homme fort d'Arabie Saoudite, un grand ami de Donald Trump, également...et de la démocratie, bien entendu.

Le tout s'inscrivant dans une longue tradition maintenant...

P.G.

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Les rêves contrariés du Kurdistan, par Lawrence Davidson

Il y a presque un siècle, les puissances européennes promettaient aux Kurdes un état, mais sont vite revenues sur leur promesse, laissant les nationalistes Kurdes enrager pour des générations, et conduisant l’Irak à la capture militaire récente de Kirkuk, comme le rapporte Lawrence Davidson.

C’était en 1916, au milieu de la Première Guerre mondiale que l’Angleterre et la France ( opposés à l’Allemagne, à l’Autriche et aux Turcs Ottomans) ont signé leur infâme accord Sykes-Picot. Dans le grand style impérial, ils ont utilisé cet accord pour se partager le Moyen-Orient.

HIST MOYEN ORIENT KURDISTAN

C’était une décision osée, considérant que la guerre se trouvait dans une impasse et que les deux alliés ne savaient pas s’ils gagneraient le combat. Néanmoins, ils s’engagèrent dans cet accord et ce faisant, ils ont pris un nombre de décisions qui continuent encore à configurer la région aujourd’hui.

En plus d’apporter l’impérialisme traditionnel européen plus tard dans le vingtième siècle, ce qui rend tristement célèbre les accords Sykes-Picot est le fait qu’il brise une promesse faite précédemment aux Arabes. En 1916, les Arabes ont gagné des batailles contre les Turcs. En reconnaissance, les Anglais leur ont promis de soutenir la création d’un grand état arabe.

Mais cette promesse s’est toujours heurtée aux ambitions impérialistes de l’Angleterre et de la France, et donc, pour finir, ils ont conspiré secrètement pour trahir leurs alliés non-occidentaux. Parmi les conséquences finales de cette trahison, l’État Arabe s’est limité à ce qu’il est aujourd’hui, l’Arabie saoudite. La Palestine, (qui était originellement une partie de l’état arabe) deviendra « la patrie des Juifs » ; la Syrie revint aux Français, et la plus grande partie de la région a été donnée aux Britanniques.

Les accords Sykes-Picot ont permis un changement ultérieur. Ils ont rendu possible un Etat pour les Kurdes — un peuple constitué des quatre plus grandes ethnies du Moyen-Orient. Cet état connu sous le nom de Kurdistan, aurait du être taillé dans les territoires de l’Empire Ottoman finalement vaincu. Cette intention fut confirmée publiquement dans le Traité de Sèvres en 1920.

Les leaders Kurdes, qui entre temps ont réalisé que les puissances occidentales trahissaient les Arabes, n’auraient donc pas dû être surpris quand, malgré le traité, les Britanniques et les Français les ont aussi trahis. Le traité de Lucerne en 1923 a amendé le traité de Sèvres et, bien sûr, l’état du Kurdistan a été oublié. Les terres qui auraient dû composer la nation kurde, sont, au lieu de cela, devenues parties de la Turquie, de la Syrie et de l’Irak. Par conséquent, les Kurdes restèrent sans État. Cependant, ils n’ont jamais abandonné l’idée d’avoir une nation, comme but.

Maintenant, nous pouvons avancer jusqu’au 19 mars 2003, date à laquelle le Président George W. Bush a décidé d’envahir l’Irak. Bush avait un étalage de pauvres excuses pour le faire : les armes nucléaires de Saddam Hussein inexistantes, et autres armes de destruction massive, le soit-disant complot de Saddam visant à assassiner le père de Bush, le rêve (en fait le cauchemar) de « changement de régime » nécessaire comme moyen de rendre le Moyen-Orient plus sûr pour les États-Unis et Israël, ou peut-être juste l’offensive belliciste des néoconservateurs. Quelque soit la profondeur de l’ignorance du Président et où cela l’a amené, l’invasion a libéré des forces que Bush et ses successeurs à la Maison-Blanche ont été incapables de contrôler. Parmi lesquelles sont les conséquences qui ont suivi l’écroulement de l’Irak.

Le problème Kurde refait surface

Comme la destruction de l’Empire ottoman à la fin de la Première Guerre mondiale, la destruction de l’Irak qui a résulté de l’invasion américaine de 2003 a ouvert une boîte de Pandore de changements territoriaux potentiels. La création possible de l’Etat du Kurdistan n’était pas la moindre de ces choses.

Une carte montrant comment le « territoire » kurde déborde dans plusieurs nations du Moyen-Orient.

Comme les Arabes durant la Première Guerre mondiale, les Kurdes devinrent un allié combatif de l’Occident à la suite de l’invasion de l’Irak et de la guerre civile syrienne qui s’ensuivit. Le chaos de la région a permis l’émergence de « l’État islamique d’Irak et du Levant » (alias EI, ISIL et Daesh). L’EI s’est avéré être une manifestation sinistre et brutale du fanatisme religieux devenu incontrôlable. Sa montée menaçait à peu près tous les États de la région, ainsi que les citoyens de l’Union européenne et des États-Unis.

Si la stabilité devait finalement prévaloir, l’EI devait être vaincu avec les Kurdes jouant et continuant de jouer un rôle notable dans ce combat. Il y a peu de doute que l’un de leurs objectifs soit de créer des conditions favorables pour un État kurde.

Pour toutes ces puissances régionales (Turquie, Iran, Syrie, Irak) qui cherchent à rétablir le statu quo précédent, la perspective d’un état Kurde indépendant est un anathème. Chaque État a des minorités kurdes et craint qu’un Kurdistan indépendant, même si celui-ci est découpé dans le territoire d’un autre État, conduise à exacerber les insurrections kurdes dans leur propre pays. La possibilité qu’un tel État puisse à la place provoquer une diminution de l’animosité des Kurdes par l’immigration volontaire ne semble pas être évidente aux dirigeants de l’Iran, de la Turquie et de la Syrie.

Comme Jonathan Cook l’a récemment clarifié, la question de l’indépendance kurde a été compliquée par l’influence d’Israël sur le sujet. Les Israéliens sont depuis longtemps attachés à un Kurdistan indépendant, non pas parce que, comme certains de leurs politiciens le prétendent hypocritement, les Kurdes ont un « droit moral » à un État (les Palestiniens aussi). Au contraire, les Israéliens ont une politique non déclarée mais officielle visant à « balkaniser » les États arabes. Ils ont encouragé « la discorde sectaire et ethnique » afin de déstabiliser leurs voisins. En d’autres termes, le soutien israélien aux Kurdes est un effort pour affaiblir principalement l’Irak, et accessoirement, la Syrie et l’Iran (la Turquie n’étant qu’un « dommage collatéral » dans ce processus).

La meilleure option

On peut difficilement reprocher aux Kurdes d’accepter de l’aide là où ils peuvent en obtenir – en l’occurrence d’Israël – dans une lutte pour l’indépendance qui dure depuis des siècles. Néanmoins, on peut également comprendre que l’ingérence israélienne effraie sérieusement les autres États touchés.

Le président George W. Bush en combinaison de vol après avoir atterri sur l’USS Abraham Lincoln pour donner son discours « mission accomplie » sur la guerre en Irak le 1er mai 2003

Laissant de côté la question israélienne pour un moment, la question qui devrait guider la politique est la suivante : l’Irak peut-il être rétabli en tant qu’État viable? Posant la question de manière plus informelle, en 2003, un président américain plutôt stupide – travaillant sous l’influence de sionistes, de néo-conservateurs idiots et des nationalistes irakiens apportant de faux témoignages – a fait tomber le crâne d’œuf irakien de son mur précaire. Est-ce que l’Irak peut être restauré à nouveau ? La réponse est, eh bien, peut-être – mais il semble y avoir seulement deux façons de le faire. L’une est une guerre quasi-génocidaire menée par les puissances régionales contre les Kurdes. Alternativement, l’Irak pourrait être ressuscité si les Kurdes sont disposés à se contenter d’une demi-mesure sous la forme d’une partie autonome d’un état confédéré.

En ce moment, le futur est incertain. On a l’impression que les Turcs et les Irakiens (dont les forces ont attaqué la ville kurde de Kirkouk le 16 octobre) sont tout disposés à tenter de résoudre le problème par une guerre prolongée. Ce serait une grosse erreur. Cela conduirait à un Irak qui pourrait être techniquement réuni mais en vérité serait encore plus faible qu’il ne l’est actuellement, et pas vraiment indépendant du tout.

Sa région nord serait probablement sous le contrôle de facto de la Turquie et de l’Iran, et le reste du pays continuerait d’être dans un gâchis décentralisé expérimentant une guerre civile sectaire sans fin. D’un autre côté, un règlement pacifique de la question kurde pourrait conduire à la stabilisation du reste de l’Irak en tant qu’État confédéré. En outre, dans le cadre d’un Irak confédéré, l’autonomie du Kurdistan peut empêcher une politique étrangère indépendante, minimisant ainsi l’influence israélienne.

En dépit du vote récent des Kurdes pour l’indépendance, leurs chefs doivent savoir que cela ne peut être réalisé que s’ils peuvent gagner une guerre prolongée contre la Turquie, l’Iran et l’Irak. Israël n’est pas en position géographique pour les aider efficacement. Donc les Kurdes ne peuvent probablement pas supporter un tel combat. Cela les laisse avec seulement un choix rationnel.

Les Kurdes sont maintenant plus proches d’un statut d’indépendance qu’ils ne l’ont jamais été depuis les jours ratés de la Première Guerre mondiale. Leur meilleure stratégie est de tirer le meilleur parti (sinon le plus grand) de ce statut au sein d’un Irak confédéré et de mettre fin à leur interaction avec Israël. Cela doit être mieux qu’une guerre quasi-génocidaire dont ils seraient les victimes. Cependant – et c’est la question habituelle dans de telles situations – les émotions de tous les côtés vont-elles permettre à la raison de s’imposer ?

Lawrence Davidson est professeur d’histoire à l’Université West Chester en Pennsylvanie.

Source : Lawrence Davidson, Consortium News, 17-10-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Corm: « Seuls les naïfs pensent qu’il s’agit d’un conflit entre sunnites et chiites »

Les événements au Proche-Orient s’accélèrent comme jamais. Saad Hariri, le premier ministre du Liban, vient d’annoncer sa démission de façon insolite, depuis l’Arabie saoudite où se déroule une « révolution de palais ». En Syrie, d’importantes victoires ont été remportées par l’armée et annoncent la fin d’un conflit meurtrier. Quelle sera l’issue de cette crise politique? Pour approfondir ces questions, nous avons interrogé l’historien et ex-ministre des finances libanais Georges Corm, auteur du livre Le Liban contemporain.

ARG LIBAN ARABIE IRAN CORM

Propos recueillis par ALEX ANFRUNS | 13 Nov 2017

 Il y a un an, les élections présidentielles permettaient au Liban de sortir d’une longue période d’instabilité institutionnelle. Comment expliquer ce coup de théâtre ?

Le contexte libanais était effectivement très stable. Le gouvernement constitué par Saad Hariri en décembre comprenait tous les grands partis politiques, à l’exception du parti phalangiste qui s’est érigé en parti d’opposition. Il incluait donc aussi le Hezbollah et les choses semblaient bien se passer : loi électorale et budget adoptés, en particulier. Le ton de Saad Hariri restait très modéré pour ce qui concerne la politique iranienne et celle du Hezbollah, partie à son gouvernement.

Son rappel en Arabie saoudite trois jours après une visite qu’il y avait fait effectuée et son départ précipité sans que personne de son entourage ou des ministres libanais ne l’accompagne montre qu’il s’est agi d’une démission forcée faite en Arabie saoudite, comme tout le prouve, dans un contexte du coup d’État qui se déroule dans ce pays.

Cette démission s’est produite en Arabie Saoudite, où une crise inédite vient d’avoir lieu, avec la mise à l’écart d’une partie du gouvernement.

Le prince héritier, encouragé par le président américain, est en train de changer le régime de cette royauté vermoulue. Il liquide de très nombreux membres de la famille royale, intimide les grands hommes d’affaires du pays et change en fait le régime politique en devenant le dictateur unique du royaume, alors que la règle principale de la famille royale jusqu’ici était une direction de type collégial et un consensus entre les aînés des différentes branches de la famille.

Les changements qui se déroulent visent aussi à mener une « dé-wahhabisation » et une dé-radicalisation religieuse du royaume ; ainsi la permission accordée aux femmes de conduire une voiture, le rétablissement des loisirs en public, notamment, mais aussi l’abolition des consultations avec les cheikhs de l’establishment religieux.

Que révèle selon vous le fait que Hariri ait démissionné depuis un pays étranger et y soit resté à ce jour ?

Il ne fait plus aucun doute que le premier ministre est en résidence forcée en Arabie saoudite. La prestation télévisée faite hier soir avec une journaliste libanaise travaillant à la station de télévision de son parti a confirmé aux téléspectateurs avertis son statut de séquestré (phrases mécaniques et répétitives, visage émacié et plein de tristesse, son besoin de verres d’eau toutes les quelques minutes).

Peut-on établir un lien entre ce qui s’est passé et le dénouement de la guerre en Syrie qui se profile à l’horizon ?

Oui, cela n’est pas à exclure, la situation en Syrie ayant nettement tourné au profit du gouvernement légal de la Syrie. Il peut s’agir d’une forme de représailles de la part de l’Arabie saoudite qui a été avec le Qatar le principal financeur des mouvements terroristes en Syrie.

Il faut aussi rappeler le boycott de l’émirat du Qatar par l’Arabie saoudite et les membres du Conseil de coopération du Golfe, qui ne fait aucun sens, sinon celui de se défausser sur le petit émirat de l’échec de la politique en Syrie.

Quelles ont été les premières réactions des différentes forces politiques qui composaient le gouvernement Hariri ?

En dehors de quelques voix extrémistes issues du Courant du futur, parti de M. Hariri, la grande majorité des partis politiques libanais, y compris celui de M. Hariri, réclament avec force le retour du premier ministre.

L’un des ténors du Courant du futur, le ministre de l’intérieur, a fait des déclarations très fortes disant à l’Arabie saoudite qu’au Liban les choses ne se passaient pas comme en Arabie saoudite et que les Libanais ne sont pas un troupeau de moutons.

Quel effet pourrait avoir lieu dans la société libanaise l’appel au retour par l’Arabie de ses ressortissants ?

Aucun, car depuis 2011 ou 2012, ils ont été rappelés et il a été demandé aux Saoudiens de ne plus se rendre au Liban. Cela n’a dû concerner que quelques centaines d’individus. Plus grave pour le Liban serait l’expulsion des 250 000 ressortissants libanais travaillant en Arabie saoudite.

Mais une telle mesure causerait de graves dommages à l’économie saoudienne car la communauté libanaise dans ce pays y joue un grand rôle économique ; il ne s’agit pas de travailleurs pauvres, mais d’hommes d’affaires et de techniciens et cadres de haut niveau. Leur départ contribuerait à paralyser encore plus l’économie saoudienne, mise à mal par la chute des prix du pétrole et les événements intérieurs actuels.

Depuis notamment l’invasion de l’Irak par les USA en 2003, le Proche-Orient est le théâtre de nouvelles ingérences par des puissances étrangères et régionales, que les médias présentent souvent sous la forme de rivalités interconfessionnelles. Dans votre récent ouvrage « Pensée et politique dans le monde arabe » vous dénoncez la notion de « choc des civilisations » comme étant contraire à la réalité pluriconfessionnelle du monde arabe. Quelle influence a la grille de lecture fabriquée par les pétromonarchies dans votre pays?

En réalité la grille de lecture des pétromonarchies est la même que celle des États-Unis et des milieux de l’OTAN. Tout s’expliquerait par un conflit entre « bons » sunnites et « méchants » chiites que l’Iran manipulerait à sa guise (soit un conflit de type civilisationnel). Depuis l’arrivée de Trump à la présidence des États-Unis, la démonisation de l’Iran a pris des proportions hystériques. Le gouvernement américain estime que la source du terrorisme islamique dans le monde est l’Iran (et non point ses alliés des pétromonarchies), ce qui est évidemment contradictoire aux faits actuels sur le terrain.

La politique saoudienne, devenue elle aussi hystérique, ne fait que refléter la politique américaine actuelle. Ce sont aussi à mon avis les Etats-Unis qui exigent aujourd’hui la « dé-wahhabisation » de l’Arabie saoudite. Pour le Liban, le biais anti-chiite de l’Arabie saoudite n’est pas nouveau. Il s’était déjà exprimé en 2006 lors de l’attaque israélienne sauvage contre le Liban où le royaume avait blâmé le Hezbollah pour son aventurisme et non l’État d’Israël qui, du fait d’un incident de frontière, avait déclenché une attaque de très grande envergure contre le Liban.

Aujourd’hui, l’Arabie saoudite sous prétexte de lutter contre l’influence chiite et l’Iran détruit le Yémen avec des bombardements continus depuis 2015, un siège de ses ports, une épidémie redoutable de choléra qui en a résulté, dans un silence assourdissant de la communauté internationale. La justification de cette guerre intolérable par la nécessité de combattre l’influence d’un « triangle chiite » subversif au Moyen-Orient est une feuille de vigne idéologique pour justifier la politique saoudo-américaine dans la région. J’aime à rappeler ici que c’est l’Irak sous influence des pétromonarchies et des États-Unis qui a tenté en 1980 d’envahir l’Iran et lui a déclaré la guerre et non l’inverse.

On pourrait pour être plus proche des réalités du terrain, résumer la situation en disant que nous sommes dans l’affrontement de deux blocs géopolitiques : celui de l’OTAN d’un côté et l’axe contestataire de la suprématie américaine du monde, soit celui de la Chine, de la Russie et de l’Iran, de l’autre. La Syrie et aujourd’hui le Yémen ont été victimes de cet affrontement ; le Liban avec son premier ministre kidnappé pour son manque d’activisme anti-iranien en souffre lui aussi.

Seuls les naïfs, victimes des grands médias occidentaux et arabes sous influence occidentale, peuvent penser qu’il s’agit d’une lutte entre « sunnites » et » chiites ».

Propos recueillis par ALEX ANFRUNS | 13 Nov 2017

Source : Investig’Action

http://arretsurinfo.ch/corm-seuls-les-naifs-pensent-quil-sagit-dun-conflit-entre-sunnites-et-chiites/

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dimanche 12 novembre 2017

Ces étranges événements qui hantent les nuits de Riyad

Difficile de ne pas conclure que la démission de Saad Hariri, la purge saoudienne et le missile tiré contre Riyad ce weekend sont étroitement liés.

ARG US ARABIE SAOUDITE

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a été bien occupé samedi soir. L’héritier du royaume, âgé de 32 ans, s’est surpassé. Il a surpassé l’immense chaos et la misère humaine qu’il avait déjà engendrés en tant que ministre de la Défense responsable du lancement de la campagne de bombardements aériens sur le Yémen.

Tout d’abord, il y a eu la démission soudaine du Premier ministre libanais, Saad Hariri, après seulement un an de mandat. Hariri a fait sa déclaration depuis Riyad, qui est un endroit curieux pour démissionner du poste de Premier ministre du Liban. Son discours était résolument orienté contre le Hezbollah et l’Iran, empreint d’une fermeté dont il n’avait pas fait preuve depuis des années.

Quelques jours auparavant, il n’avait pas laissé paraître que sa vie était menacée, ainsi qu’il l’a affirmé dans son discours. Il a laissé des employés de l’aéroport prendre des selfies avec lui et a quitté le Liban le moral au beau fixe et optimiste.

Saad Hariri pensait avoir survécu à la pression subie par son entreprise de construction, Saudi Oger, l’année dernière, et une rencontre avec le ministre délégué aux Affaires du Golfe, Thamer al-Sabhan,s’était bien déroulée.

Al-Sabhan a tweeté que tous deux étaient d’accord sur « beaucoup de choses intéressantes ». Cependant, le ton du ministre a rapidement changé après la démission de Hariri. Il a alors tweeté : « Les mains de la trahison et de l’agression doivent être amputées », en référence au Hezbollah et à l’Iran.

Un commentateur saoudien bien informé mais anonyme, qui utilise le pseudo Mujtahidd sur Twitter, a écarté la théorie selon laquelle Hariri se sentait menacé d’assassinat par l’Iran. Il a affirmé que le Premier ministre libanais était davantage menacé par le groupe État islamique.

Mujtahidd a déclaré que Hariri était ressorti de ses derniers entretiens avec Ali Akbar Velayati, conseiller principal aux Affaires internationales du guide suprême iranien, de bonne humeur.

« La raison principale de son retour à Riyad est de le tenir captif avec le reste des princes détenus et des hommes d’affaires pour le faire chanter et le forcer à ramener les fonds qu’il détient à l’étranger, en particulier ceux qui ne sont pas liés au Liban. »

« La déclaration qu’il a lue a été écrite pour lui. Il n’était pas convaincu par celle-ci, que ce soit en ce qui concerne le contenu ou en ce qui concerne le fait de remettre sa démission depuis Riyad. Car comment est-il possible pour un responsable politique d’annoncer sa démission depuis la capitale d’un autre pays ? », a écrit Mujtahidd sur Twitter.

Hossein Sheikholeslam, conseiller principal du ministre iranien des Affaires étrangères, semble être d’accord avec Mujtahidd. Il a accusé le président américain Donald Trump et le prince héritier d’avoir fait pression sur Hariri pour le contraindre à démissionner : « La démission d’al-Hariri a été arrangée en coordination avec Trump et Mohammed ben Salmane afin de fomenter des tensions au Liban et dans la région », a déclaré Sheikholeslam.

Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, a réagi calmement à la nouvelle dimanche. Il a blâmé les Saoudiens pour ce retrait de Hariri, qualifiant cette démission de violation de la souveraineté libanaise et d’atteinte à la « dignité de Hariri ».  Il a fait référence à Hariri comme « notre Premier ministre », et non, notre ancien Premier ministre.

Prenez ces déclarations toutes ensemble, il est difficile de ne pas conclure que, lorsqu’il a quitté le Liban, Hariri n’avait pas l’intention de démissionner, qu’il ne savait pas qu’il démissionnerait et que sa démission lui a été imposée par les Saoudiens. Toutefois, selon mes informations, il n’a pas été arrêté.

Le deuxième événement a été, littéralement, une secousse dans la nuit. Elle est survenue quelques heures après le discours belliqueux de Hariri. Un missile à longue portée lancé par des rebelles houthis à des milliers de kilomètres, au Yémen, a atterri quelque part près de l’aéroport de Riyad, dans le nord de la capitale. Le missile aurait été intercepté par des missiles de défense antiaérienne saoudiens, mais des scènes de panique ont été signalées au sol.

Jusqu’à présent, les Houthis ont généralement ciblé Djeddah. Un missile à longue portée destiné à la capitale a été interprété par les Saoudiens comme un message clair de la part d’un intermédiaire de l’Iran : « Si vous accentuez la pression sur le Hezbollah, nous accentuerons la pression sur vous à Riyadh », semblaient vouloir dire les lanceurs du missile.

Le retour de McCarthy

Le troisième événement venant perturber la paix avait été bien planifié. La disparition du prince Mutaeb ben Abdallah avait été largement prédite. Il était en charge de la troisième force militaire du royaume, la garde nationale, et Mohammed ben Salmane avait pris le contrôle du ministère de la Défense et du ministère de l’Intérieur (après avoir évincé son cousin Mohammed ben Nayef). Ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne scalpe Mutaeb et mette sous son contrôle les trois armées du royaume.

La garde nationale recrute historiquement au sein des tribus du royaume. Dimanche, les comptes bancaires des cheikhs tribaux impliqués dans l’armée ont été gelés et d’éminents cheikhs ont reçu l’interdiction de se rendre à l’étranger. Ils appartenaient principalement aux tribus Motair et Otaiba qui avaient été fidèles au défunt roi Abdallah. Cela a été fait pour réprimer la dissidence.

Nous n’avions pas prédit à quel point la réaction de ben Salmane face à Mutaeb serait brutale. Lui et son frère Turki ont été arrêtés et accusés de corruption. Son arrestation a été signalée par des sites proches de la Cour royale, qui l’ont diffusée les premiers et ont déclaré que la corruption était liée aux ventes militaires dans son ministère. Ils ont créé un hashtag spécial pour l’occasion qui disait : « Salmane s’attaque à la corruption ».

Al-Arabiya a annoncé que dix, puis onze princes avaient été arrêtés, ainsi que trente-huit hommes d’affaires et anciens ministres.

Dans un style de gouvernement unique au royaume, la décision d’effectuer cette purge semble avoir précédé l’annonce de la commission formée pour procéder à ces arrestations. C’est ainsi que le jeune prince agit, un homme que certains experts du Moyen-Orient persistent à qualifier de réformateur à l’occidentale. Il agit avec mépris total pour l’habeas corpus, la procédure régulière et l’État de droit. À ses yeux, les personnes arrêtées sont coupables avant même que leur culpabilité ne soit prouvée.

Cette commission est maccarthyste dans ses pouvoirs et sa portée. La première chose à noter dans le décret qui l’a mise en place, c’est qu’elle se situe au-dessus et au-delà de la loi. Le décret stipule que cette commission (présidée par ben Salmane) est « exemptée des lois, règlements, instructions, ordonnances et décisions lorsque la commission accomplira les tâches suivantes […] enquête, publication de mandat d’arrêt, imposition d’interdiction de voyager, divulgation et gel de comptes et de portefeuilles, suivi de fonds, d’actifs et prévention de leur remise ou transfert par des personnes et des entités, quelles qu’elles soient. La commission a le droit de prendre toutes les mesures de précaution qu’elle juge nécessaire jusqu’à ce qu’elles soient renvoyées aux autorités chargées de l’enquête ou aux organes judiciaires. »

En d’autres termes, le prince peut faire tout ce qu’il veut à quiconque, saisissant leurs biens dans et en dehors du royaume. Rappelons-nous simplement ce qu’il contrôle désormais. Le prince dirige les trois armées d’Arabie saoudite ; il dirige Aramco, la plus grande compagnie pétrolière du monde ; il dirige la commission chargée de toutes les affaires économiques qui est sur le point de lancer la plus grande privatisation que le royaume ait connue ; et il contrôle maintenant toutes les chaînes médiatiques saoudiennes.

Les barons des médias saoudiens arrêtés

Cela ressort de la liste des hommes d’affaires arrêtés. ART, MBC et Rotana Media dominent les médias arabes. Ces sociétés médiatiques saoudiennes représentent la majeure partie de ce qui est diffusé au Moyen-Orient, à l’exception des informations diffusées par Al Jazeera, détenue par le Qatar.

Leurs propriétaires respectifs, Saleh Kamel, Walid al-Ibrahim et le prince Al-Walid ben Talal sont derrière les barreaux. Leurs richesses ont également été vraisemblablement confisquées. Forbes évalue la fortune de ben Talal, président de la Kingdom Holding Company, à 18 milliards de dollars. Il détient des parts importantes dans de nombreuses sociétés, notamment Newscorp, Citigroup, 21st Century Fox et Twitter. Ces actions sont également sous une nouvelle direction. Le directeur de STC, le plus grand opérateur de téléphonie mobile en Arabie saoudite, a également été arrêté.

Si les initiatives précédentes de ben Salmane constituaient une prise de pouvoir, les initiatives de samedi ont été un accaparement des richesses.

Mis à part les dangers politiques qu’il y a à dépouiller tant de Saoudiens très riches de leurs richesses, c’est une manière bizarre d’encourager les étrangers à investir dans le royaume. Les actions de ben Salmane samedi semblaient être destinées à tous les effrayer.

L’économie est en récession et les réserves de change sont en train de s’épuiser. Ben Salmane vient de saisir les actifs des plus grands hommes d’affaires du royaume et a mis en place une commission qui peut saisir les actifs à volonté, en Arabie saoudite ou à l’étranger. Qu’est-ce qui l’empêcherait de faire de même pour les actifs des investisseurs étrangers qui se sont brouillés avec lui ?

La purge d’autres grands oligarques comme Bakr ben Laden, qui dirigeait la plus grande entreprise de construction du pays, aura également un effet d’entraînement sur le reste de l’économie. Le Bin Laden Group emploie des milliers de sous-traitants.  Les purges et les affaires ne se mélangent pas, comme le découvrira bientôt ben Salmane.

Fissures dans la famille royale

Une source fiable m’a dit que le prince Al-Walid ben Talal avait refusé d’investir dans Neom, la méga ville dont ben Salmane a annoncé la construction, et c’est la raison pour laquelle le prince héritier a renversé son cousin. Mais ben Talal s’était également disputé avec son cousin en appelant ouvertement à libérer ben Nayef de son assignation à résidence.

L’autre chose à noter, c’est que toutes les branches de la famille royale ont été affectées par cette purge, et d’autres qui l’ont précédée. Il suffit de regarder les noms des princes qui ont été éliminés : ben Talal, ben Fahd, ben Nayef, ben Muqrin. Ce dernier est mort dans un accident d’avion, apparemment en tentant de fuir le pays. Ces noms vous apprennent une chose : les fissures au sein de la famille royale sont étendues et profondes et s’étendent à son cœur même.

Tout cela serait-il arrivé sans un nouvel accord de Trump ? Il a tweeté hier qu’il « apprécierait beaucoup que l’Arabie saoudite procède à l’introduction en bourse d’Aramco sur le New York Stock Exchange, important pour les États-Unis ! » Trump a également appelé le roi Salmane, le félicitant pour tout ce qu’il a fait depuis son arrivée au pouvoir. Cette décision est survenue après la troisième visite de Jared Kushner au royaume cette année.

Si ce n’était pas encore évident pour tout le monde, cela doit sûrement l’être à présent. La capitale de l’insécurité au Moyen-Orient est Riyad, et les initiatives d’un prince âgé de 32 ans, en quête d’un pouvoir absolu, sont capables de déstabiliser les pays voisins et de destituer leurs Premiers ministres. Pire, ce prince semble être encouragé par un président américain qui ne sait pas ce qu’il fait.

Des dirigeants plus sages à Washington D.C., comme le secrétaire d’État Rex Tillerson ou le secrétaire à la Défense James Mattis, doivent s’arracher les cheveux – ou ce qu’il en reste. Cela ne m’étonnerait pas d’apprendre que Tillerson en a assez d’essayer d’éteindre les incendies que son président et son entourage immédiat continuent à déclencher.

David Hearst | 7 novembre 2017

David Hearst est rédacteur en chef de Middle East Eye. Il a été éditorialiste en chef de la rubrique Étranger du journal The Guardian, où il a précédemment occupé les postes de rédacteur associé pour la rubrique Étranger, rédacteur pour la rubrique Europe, chef du bureau de Moscou et correspondant européen et irlandais. 

Article original traduit par MEE

http://arretsurinfo.ch/ces-etranges-evenements-qui-hantent-les-nuits-de-riyad/

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samedi 11 novembre 2017

Liban : Démission d’Hariri

Liban : Démission d’Hariri contre l’Iran ! Par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 06-11-2017

Beyrouth, le 5 novembre.

ARG IRAN LIBAN ARABIE US

La démission, vendredi dernier, du Premier ministre libanais Saad Hariri sonne comme un coup de tonnerre supplémentaire dans les cieux déjà passablement tourmentés des Proche et Moyen-Orient. Cette décision spectaculaire fait suite à l’appel du président américain Donald Trump, lancé le 20 mai dernier depuis Riyad, d’« isoler l’Iran ». Elle intervient dans la phase ultime d’une révolution de palais en Arabie saoudite qui a vu, samedi dernier, l’arrestation d’une trentaine de princes et d’hommes d’affaires. Enfin, elle survient dans un contexte stratégique dominé par la reprise en main de la presque totalité du territoire syrien par l’armée gouvernementale et ses alliés russes, iraniens et du Hezbollah libanais.

LA DEFAITE DE L’AXE AMERICANO-ISRAELO-SAOUDIEN

Avec la libération de Deir ez-Zor par l’armée gouvernementale syrienne, l’opposition armée et ses soutiens sunnites – Arabie saoudite, Qatar, Emirats arabes unis, Koweït, etc. – sont aux abois. En reprenant le contrôle des régions de l’est de la Syrie, l’armée syrienne et ses alliés, non seulement libèrent des zones pétrolières qui seront essentielles pour la reconstruction du pays, mais surtout opère leur jonction avec les forces de Bagdad sur la frontière avec l’Irak, une bande de quelque 650 kilomètre entre la Jordanie et la Turquie.

« L’épouvantail d’un « couloir chi’ite » tant redouté par Washington, Riyad et Tel-Aviv ressurgit comme un spectre panique », souligne un ambassadeur européen en poste à Beyrouth, « à tel point que pour retarder cet inéluctable retournement, les forces spéciales américaines présentes dans la zone ont poussé des groupes kurdes à faire alliance avec les dernières unités combattantes de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch) encore déployées dans l’est de la Syrie ».

Deir ez-Zor était le dernier centre urbain aux mains de Dae’ch en Syrie, depuis la chute de Rakka mi-octobre. Après avoir contrôlé un tiers du pays, Dae’ch est aujourd’hui acculé dans la vallée de l’Euphrate. Le 7 octobre dernier, le général américain Robert Sofge, numéro deux de la coalition internationale anti-Dae’ch, estimait qu’environ 2 000 combattants jihadistes se cachent dans le désert environnant. Les deux victoires de Rakka et de Deir ez-Zor ne signifient certainement pas la fin de Dae’ch. « Bien qu’extrêmement amoindrie, l’organisation a recomposé des cellules dormantes dans les zones libérées et se réoriente déjà vers des actions traditionnelles de guérilla, avec le soutien de plusieurs groupes kurdes », confirme une source militaire européenne, ajoutant : « l’axe américano-israélo-saoudien perdra cette guerre et c’est l’Iran et la Russie qui vont y gagner… »

Malgré les protestations américaines, les troupes irakiennes ont débarrassé les zones frontalières avec la Syrie de l’essentiel des groupes salafistes. Des milices irakiennes ont même franchi la frontière pour aider les troupes syriennes à reprendre Abu Kamal, la dernière localité contrôlée par Dae’ch. Il est certain que cette jonction favorisera une collaboration militaire entre la Syrie et l’Irak, cauchemar de Washington, de Tel-Aviv et de Riyad.

Les États-Unis avaient prévu de prendre Abou Kamal avec les unités des Forces démocratiques syriennes (FDS) – leurs forces supplétives kurdes. Malheureusement pour eux, les forces gouvernementales syriennes les ont pris de vitesse. Durant plusieurs journées consécutives, les bombardiers Tu-22M3 à long rayon d’action de la Russie, ont soutenu l’offensive syrienne par des raids d’importance effectués directement depuis la Russie. Le Hezbollah a engagé plusieurs milliers de combattants.

Parrainé par l’Arabie saoudite en Irak et en Syrie, Dae’ch a, donc été anéanti, L’Irak a retrouvé sa souveraineté nationale et la Syrie est en passe de reconquérir la sienne. Dans les deux cas, les forces armées gouvernementales ont empêché les Kurdes de s’approprier une partie du territoire et déjoué les tentatives de relancer la guerre civile à leur profit. Face à cet échec des Etats-Unis qui misait sur une « partition », appelant pudiquement à l’instauration d’un « fédéralisme », la reconquête de la quasi-totalité du territoire national syrien relance une dynamique de revanche et de nouveaux irrédentismes.

Les propos de Benjamin Netanyahou, le 5 novembre à la BBC, confirment involontairement cette évolution et la défaite de l’axe américano-israélo-saoudien : « la démission de Saad Hariri veut dire que le Hezbollah a pris le pouvoir, ce qui signifie que l’Iran a pris le pouvoir. Ceci est un appel à se réveiller ! Le Moyen-Orient vit une période extrêmement dangereuse où l’Iran mène une tentative pour dominer et contrôler toute la région… Quand tous les Arabes et les Israéliens sont d’accords sur une chose, le monde doit l’entendre. Nous devons stopper cette prise de contrôle iranienne ». Dans tous les cas de figures, chaque fois qu’une nouvelle menace cible l’Iran, c’est le Liban qui trinque.

FIN D’UNE REVOLUTION DE PALAIS

Désormais, l’Arabie Saoudite et ses satellites du Golfe (à l’exception notoire du Qatar) cherchent un autre théâtre d’où ils pourraient défier et fragiliser l’Iran pour compenser la perte de la Syrie. L’impérieux désir de renverser la donne régionale pourrait les amener à tenter de reprendre pied au Liban. Les États du Golfe, Israël et les États-Unis ne veulent pas que l’Iran récolte les fruits d’une victoire en Syrie.

Ironie de l’histoire : le Premier ministre libanais (qui a un passeport saoudien) a démissionné sur ordre de l’Arabie Saoudite, en Arabie Saoudite, en direct sur la télévision saoudienne Al-Arabia. Dans sa lettre de démission, rédigée par des fonctionnaires du palais saoudien, il accuse l’Iran d’ingérence étrangère dans la politique libanaise. Une rumeur prétend également qu’un assassinat de Saad Hariri était planifié au Liban, ce qui n’a aucun sens nous ont confirmé plusieurs responsables des services de la sécurité intérieure libanaise, même si des proches du Premier ministre affirment que ce sont les services de renseignement français qui l’auraient averti. A Beyrouth, ces derniers démentent formellement « cette rumeur sans fondement ». D’autres sources évoquent un montage du Mossad…

Toujours est-il que la démission du Premier ministre libanais en Arabie saoudite est concomitante avec une spectaculaire arrestation de princes et particulièrement les puissants chefs de la Garde nationale et de la Marine. Riyad a décidé de bloquer les comptes bancaires du prince milliardaire Walid ben Talal et de dix autres dignitaires saoudiens. Une trentaine d’anciens ministres et d’hommes d’affaires ont été arrêtés dans la nuit de samedi à dimanche dernier, au nom de la lutte contre la corruption. Des porte-parole du Palais annoncent que quelques mille milliards de dollars pourraient être ainsi récupérés. Mais d’autres voix régionales plus avisées avancent que « sous prétexte d’une improbable lutte contre la corruption, il s’agissait surtout pour le nouveau pouvoir installé à Riyad d’achever sa révolution de palais en écartant les personnalités saoudiennes ne partageant pas les nouvelles options de Mohamad Ben Salman, à savoir un rapprochement avec Israël et un durcissement de la confrontation avec l’Iran, le Qatar et les mondes chi’ites ».

La démission surprise de Saad Hariri parachève une révolution de palais qui intervient en pleine reprise des négociations internationales sur la Syrie. En visite en Iran, le 1er novembre dernier, Vladimir Poutine a confirmé sa détermination à poursuivre le processus d’Astana par une prochaine réunion des différentes composantes de l’opposition à Sotchi. A Genève, le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu, Staffan de Mistura a prévu une nouvelle session de pourparlers entre l’opposition et le gouvernement syrien le 28 novembre prochain.

Au début de la semaine, Thamer al-Sabhan, le ministre saoudien des Affaires du Golfe, avait menacé le Hezbollah libanais et annoncé des surprises à venir. Se référant à l’un de ses tweets à l’adresse du gouvernement libanais, le ministre d’ajouter : « j’ai envoyé ce message au gouvernement parce que le parti de Satan (le Hezbollah s’entend) y est représenté et que c’est un parti terroriste. Le problème n’est pas de renverser le gouvernement, mais plutôt de renverser le Hezbollah ».

HASSAN NASRALLAH APPELLE AU CALME

Dimanche soir, lors d’une allocution télévisée, le secrétaire général du Hezbollah s’est montré rassurant en soulignant que « l’escalade politique verbale ne change rien à la réalité régionale ». Il a appelé les Libanais au calme et à ne pas céder à trois rumeurs colportées par ceux qui cherchent à provoquer une crise constitutionnelle : un projet d’assassinat contre Saad Hariri, une frappe israélienne et un plan saoudien pour attaquer le Liban.

Hassan Nasrallah a répondu point par point en expliquant, en substance : l’annonce d’un projet d’assassinat est « totalement fantaisiste » ; l’agenda de Tel-Aviv n’est pas identique à celui de Riyad et ne peut envisager des frappes dans le contexte actuel ; enfin, l’Arabie saoudite n’a pas les moyens d’attaquer le Liban. On peut ajouter… alors qu’elle perd en Syrie, qu’elle s’enlise au Yémen et qu’elle réprime la rue à Bahreïn, tandis que les dernières arrestations pourraient susciter des réactions de la rue et cristalliser une crise de régime qui couve depuis plusieurs mois !

Par ailleurs, le chef du Hezbollah a estimé que la démission de Saad Hariri n’est pas sa décision personnelle et qu’il faut attendre son retour au Liban pour qu’il s’explique devant ses pairs, peut-être ce jeudi, à moins que le Premier ministre libanais ne soit retenu en Arabie saoudite – en résidence surveillée, voire en prison ? Avec l’intelligence politique qu’on lui connait, Hassan Nasrallah a soigneusement évité d’accabler Saad Hariri personnellement, préférant remonter à la source de cette démission surprise : l’Arabie saoudite !

Sur la même longueur d’onde, des proches du président du Liban, Michel Aoun ont déclaré que cette démission – annoncée depuis un pays étranger – est anticonstitutionnelle. Le Président refuse d’en prendre acte avant d’avoir entendu, de la bouche de l’intéressé lui-même, les raisons d’une telle décision. A l’unisson, les deux responsables politiques ont demandé le retour physique de Saad Hariri sur le territoire libanais, afin de prendre les mesures adaptées.

Avant même l’annonce de la démission de Saad Hariri, Samir Geagea – le patron des Forces libanaise (FL) – avait, lui-aussi multiplié les attaques en direction du Hezbollah. Toujours en phase avec Tel-Aviv et Riyad, le leader d’extrême-droite cherchera, sans doute, à tirer profit de la situation pour affaiblir ses concurrents du camp chrétien en se présentant comme la seule alternative possible à la succession du président Michel Aoun.

D’autres conséquences sont à craindre. L’administration américaine pourrait en profiter pour annoncer de nouvelles sanctions contre le Hezbollah et le Liban. L’Arabie saoudite continuera à infiltrer au Liban une partie de ses combattants de Al Qaïda et de Dae’ch en Syrie et en Irak. Comme depuis plusieurs décennies, la monarchie wahhabite financera de nouvelles opérations terroristes au Liban et dans d’autres pays de la région, ciblant des objectifs chi’ites et chrétiens. Sans prendre le risque de déclencher une guerre d’envergure, Israël poursuivra vraisemblablement harcèlements et provocations à l’encontre du Hezbollah le long de la frontière sud du Liban, de même que ses violations quotidiennes des l’espace aérien et des eaux territoriales du Pays du Cèdre.

En réponse à un article très étrange de Médiapart consacré la démission de Saad Hariri, Bernard Cornut – collaborateur de prochetmoyen-orient.ch-, a envoyé une réponse qui mérite d’être diffusée : « l’article cite le 1,5 million de réfugiés comme source de l’instabilité du Liban et la guerre en Syrie comme la cause de ces réfugiés. Il omet de mentionner la raison principale du déclenchement et de la prolongation de cette guerre, à savoir le feu vert d’Hillary Clinton au soutien financier et à l’armement massif des rebelles mercenaires engagés en Syrie, via les bases américaines installées en Turquie (Incirlik et Hatay) et en Jordanie, comme l’a reconnu récemment très clairement Hamid Ben Jassem, l’ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar dans un entretien télévisé le 25 octobre dernier. Il précisait ainsi ce qu’il avait déjà reconnu dans une interview du 15 avril 2017 au Financial Times, citant sa visite au roi Abdallah d’Arabie dès le début des évènements de Syrie pour assurer cet appui massif illégal à des rebellions illégales.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 06-11-2017

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Saa Hariri, un homme aux ordres

Source : Madaniya, René Naba, 05-11-2017

Saad Hariri n’est pas un homme d’ordre, mais un homme aux ordres et son comportement imprévisible fait désordre. Sa démission samedi 4 Novembre 2017 de son poste de premier ministre, inopinément, sur claquement des doigts des Saoudiens, accrédite l’image d’un fantoche, d’un homme de paille de la dynastie wahhabite, à l’origine de sa fortune et de promotion politique. Signe de sa dépendance extrême à l’égard de ses parrains, c’est depuis l’Arabie saoudite et non depuis Beyrouth, la capitale d’un pays dont il est le chef du gouvernement, qu’il a annoncé sa démission, camouflant son abandon de poste par une violente diatribe contre l’Iran et le Hezbollah, son rival politique victorieux de toutes ses confrontations face au chef du clan saoudo américain au Liban. Depuis l’Arabie saoudite, qui lui a infligé camouflet sur camouflet lors de sa faillite, sans la moindre aide, sans la moindre attention au sort des centaines d’employés que l’héritier failli a été contraint de licencier et de réduire au chômage sans la moindre indemnité, dans la pure tradition du capitalisme sauvage pétro monarchique.

Précédée par la convocation à Ryad de tous les hommes liges libanais du bailleur de fonds saoudien, -Samir Geagea, Samy Gemayel, les chefs des anciennes milices chrétiennes pro israéliennes, le Patriarche maronite Béchara Rahi – tous munis d’un ordre de mission d’un ministricule saoudien, Tamer Al Sabhane, ordonnant « l’expulsion du Hezbollah du gouvernement libanais », cette démission paraît devoir traduire la volonté du Royaume d’engager l’épreuve de force contre l’Iran et son allié chiite libanais, alors que l’Arabie Saoudite et son protecteur américain enregistrent revers sur revers tant en Syrie, qu’en Irak et que la coalition pétro monarchique est enlisée dans une guerre sans fin au Yémen. « De soustraire le Liban du champ de bataille afin de le contraindre à une normalisation avec Israël dans la foulée de la diplomatie saoudienne, dénoncera Sayyed Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah Libanais, à l’annonce de cette démission.

La démission forcée du dirigeant sunnite libanais s’est accompagnée d’une purge sans précédent au pouvoir dans le royaume saoudien portant sur 4 ministres, onze princes, le commandement de la garde nationale, le fief ultra conservateur de la dynastie wahhabite, afin de brider toute contestation du pouvoir du jeune prince héritier Mohamad Ben Salmane (MBS) et aspirant impétueux à la succession de son père. Elle pourrait entraîner le Liban dans une spirale infernale, dans le droit fil de la politique israélo-américaine visant à la neutralisation du Hezbollah et déboucher à terme sur une nouvelle épreuve de force avec Israël. Depuis l’an 2000, Israël n’a jamais remporté un succès décisif face au Hezbollah, un des décideurs majeurs sur le plan régional et un des grands vainqueurs de la guerre de Syrie.

La dernière confrontation Israël-Hezbollah en 2006, s’est soldée par une humiliante retraite israélienne du sud Liban et la double démission du premier ministre Ehud Olmert et du chef de l’aviation Dan Haloutz. L’abdication de Hariri Jr devant l’oukaze saoudien est intervenue moins d’un an après sa nomination à la tête du gouvernement, après une éclipse de cinq ans marquée par la déconfiture retentissante de son empire. En guise de justificatif à sa démission, le milliardaire failli a dénoncé le rôle néfaste de l’Iran et du Hezbollah. L’Iran, et non l’Arabie, incubateur du terrorisme islamique. Le Hezbollah, la sentinelle de l’Indépendance libanaise, celui là -même qui a fermé l’œil sur ses jongleries financières avec la banque centrale libanaise pour le renflouer. Le Hezbollah qui a cautionné son retour au pouvoir par une entente avec le président Michel Aoun.

Onze mois de gouvernance exactement ; un délai court mais suffisant pour lui permettre de se reconstituer, avec la bienveillance du Président libanais Michel Aoun et du Hezbollah, une santé financière notamment grâce au reprofilage arbitraire de sa dette par la Banque Centrale du Liban, l’acquisition injustifiée des terres du domaine publique maritime libanais, et la réaffectation des chômeurs de ses entreprises dans des services publics libanais. Pour justifier sa fuite, le fugitif permanent de la vie politique libanaise a assuré qu’il avait fait l’objet d’une tentative d’attentat, un argument similaire que le quotidien français Libération s’était dévoué à avancer en 2011 pour expliquer sa déportation vers l’Arabie saoudite.

HÉRITIER PROBLÉMATIQUE ET PARFAIT EXEMPLE D’UN DIRIGEANT OFF SHORE

Signe de son attachement au Liban, ce flying Dutchman de l’époque contemporaine, en errance perpétuelle, n’a jamais , bien jamais, fait séjourner sa famille -son épouse d’origine syrienne et ses deux enfants-au Liban, vivant leur scolarité et leurs vacances entre l’Arabie saoudite, Paris et le sud de la France. Héritier problématique, Saad Hariri constitue un parfait exemple d’un dirigeant off shore. A l’Image de l’opposition syrienne off shore pétro monarchique, dont il fut un ferme soutien. L’histoire des relations internationales abonde en effet d’exemples de gouvernement en exil, de gouvernement provisoire ou de gouvernement transitoire, mais nulle part ailleurs qu’au Liban ne s’est pratiqué l’exercice au quotidien d’un gouvernement off shore.

Un chef de gouvernement dûment investi mais quasiment absent du siège de son pouvoir, n’y faisant escale qu’entre deux voyages, gérant à distance un pays pourtant considéré comme l’épicentre d’une zone névralgique. Le mérite en revient à Saad Hariri, l’héritier problématique de son père assassiné, Rafic Hariri, le milliardaire libano saoudien, dont la mandature gouvernementale constituera, c’est là son unique titre de gloire, une rare contribution à la science politique contemporaine. Le premier cas dans l’histoire d’un gouvernement par télécommande (remote control), dans la double acception du terme, un gouvernement téléguidé par ses commanditaires saoudiens, dont il répercute les consignes par télécommande, depuis son lieu d’exil, à ses collaborateurs délocalisés au Liban.

En pleine offensive israélienne contre le Liban, en juillet 2016, il désertera la champ de bataille, Beyrouth, une capitale dont il est député et chef de son bloc parlementaire majoritaire, pour se mettre au frais dans les palaces climatisés d’Arabie saoudite, glanant au passage le titre de «planqué de Beyrouth». Il récidivera six ans plus tard. En pleine tourmente de la révolte arabe du printemps 2011, l’homme insensible aux bouleversements de sa zone, demeurera cinq ans hors du Liban en quête d’un mirobolant contrat, à l’effet de le renflouer et de payer ses créanciers ses propres frères et sœurs, ayant opté pour la séparation des biens, face à un être aussi aléatoire.

LE CHEVAL DE TROIE DE LA FRANCE DANS LES PROJETS DE RECONSTRUCTION DE LA SYRIE.

Ultime point d’ancrage de la France au Liban, Jupiter de France a volé à son secours au lendemain de la magistrale victoire du Hezbollah libanais, l’été 2017, sur les groupements terroristes Daech et Jabhat An Nosra, qu’il a éradiqués de la zone frontalière syro libanaise. Sa visite à Paris au lendemain de la reddition de Daech, de surcroît le jour de la fête religieuse d’Al Adha, était destinée à détourner l’attention de l’opinion française sur l’exploit militaire réalisé par son rival chiite. En voulant donner de la visibilité au premier ministre libanais en faillite politique et financière, la France a voulu renflouer un de ses rares partenaires au Liban.

Tout d’abord politiquement, par son accueil par le président Emmanuel Macron, accréditant ainsi l’image d’un interlocuteur des dirigeants occidentaux, puis économiquement en acceptant de servir de paravent aux entreprises françaises, sous couvert de sociétés mixtes franco-libanaises dans le plan de reconstruction de la Syrie, dont la France est exclue. Incorrigible, sa nouvelle défection du champ de bataille alors que les menaces israéliennes se font de plus en précises contre le Liban va définitivement ancrer l’image d’un pantin désarticulé au gré des aléas de la stratégie erratique saoudienne. Un être sans consistance, ni substance. « Les marins de toutes les nations croient à l’existence d’un bâtiment hollandais dont l’équipage est condamné par la justice divine, pour crime de pirateries et de cruautés abominables, à errer sur les mers jusqu’à la fin des siècles. On considère sa rencontre comme un funeste présage ». Que les oracles préservent le Liban de ce Flying Dutchman de l’époque contemporaine.

Source : Madaniya, René Naba, 05-11-2017

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Liban – Démission d’Hariri – Première salve de la guerre saoudienne contre le Hezbollah

Source : Afrique-Asie, 06-11-2017

Mise à jour (5 Nov, 15h) – après la publication de cet article, les dirigeants saoudiens ont procédé à un « nettoyage » en Arabie Saoudite. De nombreux princes et hommes d’affaires ont été arrêtés. On en reparlera.

Il y a quatre jours, nous avons posé cette question : Est-ce que le « modéré Al-Qaïda » s’est fixé le Hezbollah pour cible ? La réponse implicite de cet article était « Oui, la guerre arrive au Liban ».

Aujourd’hui, le Premier ministre libanais Saad Al-Hariri a démissionné en faisant une déclaration écrite par l’Arabie Saoudite sur la chaîne de télévision saoudienne Al Arabia (vidéo). C’était la première salve.

L’axe Saoudo-Israélo-Américain perdra cette guerre et c’est l’Iran et la Russie qui vont y gagner.

Au début de la semaine, Thamer al-Sabhan, le ministre saoudien extrêmement sectaire des Affaires du Golfe, avait menacé le Hezbollah libanais et annoncé une surprise :

Le belliqueux ministre saoudien des Affaires du Golfe, Thamer al-Sabhan, a appelé lundi à « renverser le Hezbollah » et a annoncé des « développements étonnants » dans les « jours à venir ».
…
Se référant à son tweet de dimanche sur le gouvernement libanais, le ministre a déclaré : « J’ai envoyé ce tweet au gouvernement parce que le parti de Satan (Hezbollah) y est représenté et que c’est un parti terroriste. Le problème n’est pas de renverser le gouvernement, mais plutôt de renverser le Hezbollah. »

« Les développements à venir vont en étonner plus, c’est certain », a ajouté M. al-Sabhan.

Pendant qu’il y avait des combats en Syrie et en Irak, le Liban était en paix. Maintenant que ces guerres se terminent, les luttes par procuration reprennent au Liban. Joseph Bahout l’avait prédit à la mi-octobre :

Au niveau régional, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis cherchent maintenant un autre endroit d’où ils pourraient défier et faire saigner l’Iran pour compenser la perte de la Syrie. Le violent désir de renverser la donne régionale pourrait les amener à tenter de reprendre pied au Liban. Les États du Golfe, Israël et les États-Unis ne veulent pas que l’Iran récolte les fruits d’une victoire en Syrie. S’ils cherchent à rééquilibrer la relation régionale avec Téhéran au Moyen -Orient, le seul endroit pour le faire serait le Liban, malgré les nombreux risques que cela comporterait.

Dans un tel cas, et malgré sa réticence à mettre en péril son sanctuaire libanais, le Hezbollah pourrait ne pas avoir d’autre choix que d’accepter le défi, surtout s’il a une composante israélienne.

La politique libanaise est organisée selon un accord compliqué. Le camp sunnite, financé par les Saoudiens, occupe le poste de premier ministre. Le poste de président est occupé par l’ancien général chrétien Michel Aoun. Le poste de président du parlement est occupé par le leader du mouvement chiite Amal Nabih Berri. Il y a deux mois, Berri avait proposé d’élire un nouveau parlement avant la fin de l’année. Une élection affaiblirait probablement la position sunnite.

Saad Al-Hariri est devenu premier ministre après une longue querelle au Liban qui s’était ravivée avec l’assassinat du père de Saad, Rafic Hariri, l’ancien premier ministre. Le Hezbollah a été accusé de cet assassinat mais il s’agissait plus probablement d’une opération secrète israélienne.

La famille Hariri s’est enrichie grâce à Saudi Oger, une entreprise de construction en Arabie Saoudite dont elle est propriétaire. Les Hariri ont des passeports saoudiens. Les affaires ont mal tourné sous Hariri junior. En juillet, Saudi Oger a fermé ses portes et le bruit court que la famille d’ex-milliardaires serait en faillite. Les dirigeants saoudiens les soutiennent financièrement.

Hariri avait récemment nommé un ambassadeur libanais en Syrie. Hier, Hariri a reçu la visite à Beyrouth d’Ali Velayati, un haut conseiller de Khamenei, le chef suprême d’Iran. Les Saoudiens n’ont apprécié ni l’un ni l’autre événement. Le plan de Thamer a été mis en marche. Ils ont envoyé un jet privé et ramené Hariri à Riyad. Là, le prince clown saoudien Mohammad bin Salman a donné à Hariri la lettre de démission (écrite par Thamer ?) qu’il a lue à la TV saoudienne.

Comble de l’ironie : Le Premier ministre libanais (qui a un passeport saoudien) démissionne sur ordre de l’Arabie Saoudite, en Arabie Saoudite, à la télévision saoudienne. Dans sa lettre de démission écrite par les Saoudiens (extraits), il accuse l’Iran d’ingérence étrangère dans la politique libanaise.

(Hariri prétend également que son assassinat était planifié au Liban. Cela n’a pas de sens. L’organisation de sécurité intérieure libanaise affirme qu’elle n’a pas connaissance d’un tel complot.) Hariri a besoin d’un prétexte pour rester en dehors du Liban et échapper à la colère de ceux qui lui faisaient confiance. Les médias saoudiens essaient de fabriquer une histoire fantastique à partir de ce supposé assassinat, mais il n’y a aucune preuve de quoi que ce soit.)

La démission de Hariri a pour but de provoquer une crise constitutionnelle au Liban et d’empêcher de nouvelles élections parlementaires. Voilà la suite probable du plan saoudien :

• L’administration Trump annoncera de nouvelles sanctions contre le Hezbollah et contre le Liban.
• Le gouvernement saoudien infiltrera au Liban une partie de ses combattants par procuration d’Al-Qaïda/EI de Syrie et d’Irak (éventuellement via la Turquie par la mer). Il financera des opérations terroristes libanaises locales.
• Des extrémistes sunnites se livreront à des nouvelles tentatives d’assassinat, à des attentats terroristes et à des émeutes contre les chrétiens et les chiites au Liban.
• Les États-Unis essayeront de pousser l’armée libanaise à déclarer la guerre au Hezbollah.
• Israël tentera de provoquer le Hezbollah et de détourner son attention avec de nouvelles machinations à la frontière libanaise et à la frontière syrienne. Mais il n’entamera PAS une vraie guerre.

Le plan a peu de chances de réussir :

• Le peuple libanais dans son ensemble ne veut pas d’une nouvelle guerre civile.
• L’armée libanaise ne s’impliquera avec un camp ou un autre et au contraire tentera de maintenir le calme partout.
• Les sanctions contre le Hezbollah frapperont tout le Liban, y compris les intérêts sunnites.
• Un nouveau premier ministre sunnite sera installé à la place de la marionnette saoudienne qui a démissionné.
Le Liban constituera un nouveau marché pour les Russes et les Iraniens. Les compagnies russes s’engageront dans l’extraction gazière et pétrolière libanaise en Méditerranée et remplaceront les Etats-Unis.

Le plan saoudo/américano/israélien contre le Hezbollah a tout l’air d’une crise de rage impuissante provoquée par leur défaite en Syrie et en Irak.

Les troupes irakiennes ont, malgré les protestations des Etats-Unis, débarrassé les zones frontalières avec la Syrie de l’EI. Des milices irakiennes ont franchi la frontière pour aider les troupes syriennes à reprendre Abu Kamal, le dernier endroit contrôlé par l’EI. Cela ouvrira enfin une route directe de la Syrie vers l’Irak et au-delà. Les États-Unis avaient prévu de prendre Abou Kamal avec leurs forces par procuration kurdes/arabes et de bloquer cette route. Les forces gouvernementales syriennes se dépêchent de les en empêcher. Pour la quatrième journée consécutive, les bombardiers Tu-22M3 à long rayon d’action de la Russie ont soutenu le combat avec de grands raids effectués directement depuis la Russie. Le Hezbollah a réinjecté des milliers de combattants. Cette force massive va submerger les défenses de l’Etat islamique. La Syrie gagnera la course pour prendre la ville ainsi que la bataille.

L’Etat islamique parrainé par l’Arabie saoudite en Irak et en Syrie a été anéanti, il n’existe plus. Certains de ses éléments formeront des petits groupes terroristes dans le désert – cruels mais sans effet sur la situation globale.

L’Irak a retrouvé sa souveraineté nationale. Il a vaincu l’EI, empêché les Kurdes de s’approprier une partie du territoire arabe, et déjoué toutes les tentatives de relancer une guerre civile. Les combats en Syrie contre al-Qaïda, ainsi que l’ingérence turque, israélienne et américaine, dureront encore un an. Mais il est très probable que la puissante alliance de la Syrie, de l’Iran, de la Russie et du Hezbollah remportera la guerre. La Syrie a subi beaucoup de dommages mais elle a gardé son unité et son indépendance et elle survivra.

La guerre lancée contre le Hezbollah et donc contre le Liban se terminera probablement de la même manière.

Les efforts maniaques des Saoudiens et des Etats-Unis pour contrecarrer une prétendue influence iranienne (et russe), ont permis à l’Iran (et à la Russie) d’améliorer et de sécuriser leur situation bien mieux qu’ils n’auraient jamais pu l’espérer autrement. Je ne comprends vraiment pas pourquoi les Saoudiens pensent que leur nouvelle aventure au Liban va avoir une issue différente. Cela me dépasse.

Traduction : Dominique Muselet

Source : Afrique-Asie,, 06-11-2017

https://www.les-crises.fr/liban-demission-dhariri-lanalyse-de-richard-labeviere-et-rene-naba/

En complément:

Liban, démission du Premier Ministre Saad Hariri

Par Alain Corvez | 5 novembre 2017

Quels que soient les sentiments qu’on éprouve pour le général AOUN, on doit reconnaître que son élection la veille de la Toussaint de l’année dernière a permis de remettre les institutions du Liban en marche et de débloquer les clivages qui avaient empêché depuis longtemps l’élection d’un successeur au général Michel SLEYMAN arrivé en fin de mandat le 25 mai 2014. La vacance du pouvoir au sommet de l’état durait depuis trop longtemps avec sa suite de blocages dans les nominations importantes de l’administration et d’absences de décisions dans tous les domaines, économiques, financiers, administratifs et politiques.

Ses partisans comme ses détracteurs reconnaissent qu’il est désormais un personnage historique, du fait de son parcours politique depuis 1988, lorsque le vide produit par la fin de mandat d’Amine Gemayel sans consensus des députés pour lui élire un successeur, l’a porté au pouvoir « de facto » en tant que chef des Armées du Liban. Après une carrière militaire brillante il entrait dans une carrière politique forcée qui connaîtra de nombreuses péripéties. Mais ses combats militaires contre les Forces Libanaises de Samir GEAGEA, puis contre la Syrie lui valurent l’estime de nombreux Libanais qui reconnaissaient son patriotisme, en dépit d’erreurs qui le menèrent dans un long exil en France où il eut le temps de réfléchir à la situation de son pays et comprit que le Hezbollah, représentant la population la plus nombreuse du Liban, et auréolé de sa victorieuse résistance à l’occupation israélienne, était incontournable sur l’échiquier libanais et désireux d’une entente avec les chrétiens du Courant Patriotique Libre (CPL) qu’il avait créé à son retour au Liban. D’ailleurs, il est dans l’histoire moderne du Liban que les chiites, communauté musulmane minoritaire dans l’islam mais majoritaire au Liban, ont toujours jugé que leur intérêt était dans une alliance avec les chrétiens, quels qu’ils soient. Cette alliance du Hezbollah et du CPL fut donc scellée mais les forces qui lui étaient opposées, le Courant du Futur (CF) soutenu principalement par les sunnites, dirigé par Saad Hariri après l’assassinat de son père en 2005, et les Forces Libanaises essentiellement maronites de Samir Geagea, avaient les moyens d’empêcher son élection grâce à une loi électorale qui n’avait pas pu être modifiée et des soutiens puissants à l’extérieur dirigés par l’Arabie Saoudite, avec comme toujours en arrière-plan les Etats-Unis et Israël.

Mais fin 2015, après une longue période d’incertitudes, sous les pressions des citoyens sur leurs chefs politiques, lassés de cette vacance du pouvoir, et après de nombreux conciliabules de « diwans », d’alcôves et de couloirs, un consensus se réalisa peu à peu sur Souleiman FRANGIE qui semblait faire, sinon la majorité du moins l’unanimité des députés. Alors que l’affaire semblait bouclée pour élire Souleiman FRANGIE, pourtant lui aussi en bons termes avec le Hezbollah, à la surprise de nombreux observateurs, les FL et le CF annoncèrent alors qu’ils étaient opposés à Frangié et apportaient leur soutien au général AOUN qu’ils combattaient jusqu’alors.

Ce ralliement avait pour but de briser le consensus sur Frangié et était évidemment commandité de l’étranger, c’est-à-dire de Riyad dont la phobie a toujours été de voir le Hezbollah chiite participer au gouvernement et entretenir avec l’Iran des relations amicales, mais qui n’avait sans doute pas prévu qu’un nouveau consensus se réaliserait sur AOUN dont la politique d’amitié avec l’Iran et la Syrie ne pouvait pas leur convenir.

A la grande déconvenue des Saoudiens, le général AOUN fut élu Président le 31 octobre 2016 et mena une politique équilibrée de rassemblement national, bénéficiant d’une aura de sympathie internationale, et tout en maintenant ses affinités pour la Syrie et l’Iran. L’Arabie Saoudite, qui depuis la prise de pouvoir du jeune (32 ans) Prince devenu Héritier Mohammed Bin Salman s’est lancé dans une politique de réformes mais surtout de guerres contre ce qu’il appelle un arc chiite menaçant le royaume allant de l’Iran au Liban en passant par la Syrie et en y ajoutant le Yémen, a jugé qu’il fallait en finir avec un Liban stable et, en outre, entretenant des relations diplomatiques et de coopération avec ses ennemis l’Iran et la Syrie.

Le lendemain de la visite d’un haut émissaire iranien à Beyrouth, Ali Akbar Velayati, rencontré par le Premier Ministre Saad HARIRI, ce dernier fut convoqué à Ryad et annonça sa démission en jetant l’invective sur l’Iran et le Hezbollah. Nul n’est besoin d’être expert en géopolitique pour comprendre cette annonce surprise puisqu’elle est signée d’Arabie Saoudite : le royaume veut « faire le ménage » au Liban, y compris en arrêtant le Prince Al Walid Bin Talal connu pour ses sympathies libanaises et ses investissements dans le pays et accentuer sa lutte contre l’Iran dans laquelle il est appuyé par Israël et les Etats-Unis.

Le Liban risque donc d’entrer à nouveau dans une période d’incertitudes sinon de troubles, à moins que l’union nationale ne puisse se faire autour d’un nouveau Premier Ministre nécessairement sunnite du fait de la Constitution, car les Libanais de toutes confessions sont las des disputes de leurs responsables et aspirent à un état fort qui puisse soutenir les forces de sécurité nationale, Armée et Police, qui dépassent, elles, les clivages confessionnels pour montrer une grande capacité opérationnelle sur un terrain difficile avec les djihadistes de Syrie à ses frontières- et sans doute aussi à l’intérieur- et les deux millions de réfugiés syriens qu’il accueille généreusement sur son petit territoire, en plus des centaines de milliers de Palestiniens qui ont dû fuir leur pays au fur et à mesure des guerres successives d’Israël.

Il semble clair que l’Arabie veuille monter d’un cran dans sa lutte contre l’Iran et y inciter ses alliés. Mais au Moyen-Orient désormais les Etats-Unis ne dirigent plus les opérations et ont échoué dans leurs tentatives en Syrie et en Irak, notamment avec l’échec du referendum kurde ; la diplomatie russe a su prendre le temps de placer ses atouts un peu partout et est sans doute en mesure d’empêcher une guerre que souhaiteraient l’Arabie et Israël, en offrant une porte de sortie honorable à l’Amérique qui n’aurait rien à gagner dans l’ouverture d’un front militaire, de même que les autres protagonistes. La politique vindicative de l’Arabie Séoudite pourrait être contreproductive pour les Etats-Unis et les états de la région, y compris même au sein du royaume dont certains piliers sont chancelants. Contrairement à ce que pense le gouvernement du Likoud à Tel Aviv, Israël ne peut pas rayer l’Iran de la carte et ferait mieux, dans son propre intérêt, d’adopter une politique plus sage et retenue vis-à-vis de son environnement proche comme éloigné.

Alain Corvez | 5 novembre 2017

Source: Alain Corvez

http://arretsurinfo.ch/liban-demission-du-premier-ministre-saad-hariri/


 

BASE 14 995X225J'espère vous avoir fourni sufisamment d'éléments pour vous forger une opinion sur ce qui se prépare au Liban et sur la géopolitique de la région, en dehors de ce que vous pourrez en apprendre sur les médias euro- atlantistes.  P.G.

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mardi 31 octobre 2017

Pas de voile intégral pour Sophia, le premier robot devenu citoyenne d'Arabie saoudite

Lors d'un congrès sur les nouvelles technologies, Riyad a annoncé avoir accordé la citoyenneté au célèbre robot Sophia. Rapidement, les internautes se sont étonnés qu'elle ne soit pas soumise aux même restrictions que les femmes (réelles) du royaume.

ACT ARABIE SAOUD ROBOT

Première mondiale : le robot Sophia a accédé à la citoyenneté en Arabie saoudite le 25 octobre. Cette annonce a été faite lors du sommet Future Investment qui s’est tenu du 24 au 26 octobre à Riyad.

La nouvelle citoyenne est capable de singer les humains de façon convaincante, en exprimant des émotions complexes avec son visage et même en produisant quelques traits d'humour surprenants...

Plus étonnant encore pour certains observateurs, Sophia bénéficie de quelques droits supplémentaires par rapport à ses concitoyennes saoudiennes ; elle peut apparaître en public sans porter le voile intégral et sans tuteur.

Plus de droits pour un robot que pour les Saoudiennes ? Twitter ironise

Ces détails, lourds de sens, n'ont pas échappé aux plaisantins de la toile qui ont ironisé sur cette différence de traitement.

Certaines ont déploré que l'Arabie saoudite n'accorde des «droits complets» qu'à un robot, «étranger qui plus est».

D'autres ont voulu prévenir Sophia de ce qu'elle allait devoir endurer. «Chérie, tu n'imagines même pas ce qui t'attend», a écrit une internaute.

En guise d'introduction à son nouveau pays d'adoption, une internaute a rhabillé Sophia en accord avec la coutume saoudienne.

ROBOT VOILEE

(...)

Elle voulait «détruire les humains»

Avant de devenir citoyenne saoudienne, Sophia avait déjà défrayé la chronique, notamment en mars 2016 au festival SXSW à Austin aux Etats-Unis, lorsque son créateur, le roboticien David Hanson, lui avait demandé en guise de blague, en pleine démonstration : «Veux-tu détruire les humains ? S'il te plait, réponds non.»

Ne percevant sans doute pas le caractère humoristique de la proposition, Sophia avait répondu : «Ok, je vais détruire les humains

Les robots : l'avenir de l'Arabie saoudite

L'annonce de la citoyenneté de Sophia fait écho à la volonté de l'Arabie saoudite de construire une nouvelle ville ultramoderne qui coûtera la bagatelle de de 500 milliards de dollars. La mégalopole, qui portera le nom de «Neom», sera construite sur un site naturel au nord-ouest du royaume et s'étendra sur 26 500 kilomètres carrés, soit une zone 33 fois plus grande que New York. La ville possède déjà son propre compte Twitter et son propre site web.

Selon les autorités saoudiennes, Neom sera entièrement alimentée en énergie éolienne et solaire et tous les services de la ville seront entièrement automatisés, les tâches répétitives et pénibles seront ainsi entièrement gérées par des robots, comme Sophia.

https://francais.rt.com/international/45079-arabie-saoudite-sophia-premiere-citoyenne-robotique-monde-ne-porte-pas-le-voile

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lundi 23 octobre 2017

Pourquoi les États-Unis et l’Arabie Saoudite soutiennent les Rohingyas du Myanmar

Ce matin sur France Inter, les auditeurs subisssent un nouveau reportage sur la situation des Rohingyas en Birmanie (Myanmar), suivi d'un entretien entre Léa Salamé et l'incontournable Bernard- Henri Lévy qui s'insurge contre "l'abandon des Kurdes" par les "démocraties occidentales" et soutient l'indépendance du Kurdistan en Irak ("c'est bon pour Israel").

Je change de station et je tombe sur RMC où on nous explique que le Brexit est lié au populisme et à l'extrême droite anti- UE et anti- euro...

BASE 14 995X225La propagande euro- atlantiste fait rage en continu sur les ondes françaises, radios de "service public" ou non. Raison de plus pour faire de la contre- information. Je vous propose ici un article récapitulatif sur l'affaire des Rohingyas et ses dessous géopolitiques. Histoire d'avoir un autre son de cloches...    P.G.


 

ARG ROYINGAS OBJECTION

Des manifestations, des protestations et des pétitions en ligne sont apparues dans le monde entier pour défendre la lutte des Rohingyas expulsés du Myanmar. Ce qui est préoccupant, c’est que des forces politiques qui n’ont jamais défendu les droits des opprimés et n’ayant aucun intérêt à les défendre, y compris les régimes américain et saoudien, se sont joints à cet effort.

Alors qu’il menaçait la Corée, l’Iran et le Venezuela lors de son discours aux Nations Unies, le président américain Donald Trump a également exigé que le Conseil de sécurité des États-Unis prenne des mesures énergiques pour mettre fin à la violence contre la population rohingya du Myanmar.

Des représentants du gouvernement américain, dont l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU, Nikki Haley, le secrétaire d’État Rex Tillerson et le vice-président Mike Pence, ont appelé à une action immédiate et à l’acheminement d’une aide humanitaire aux Rohingyas.

Depuis que Washington et Riyad ont infligé une guerre meurtrière à des millions de personnes au Yémen, sans parler des autres parties du monde, les mouvements ouvriers et les forces anti-impérialistes du monde entier se demandent ce qui se cache derrière leur inquiétude soudaine pour un petit groupe ethnique d’Asie du Sud-Est. Cela pourrait-il avoir quelque chose à voir avec les manœuvres géopolitiques au Myanmar qui opposent la Chine aux États-Unis?

En tant qu’économie en plein essor dotée d’une planification centrale, d’une participation importante de l’État et de réserves de liquidités, la Chine est en mesure d’offrir un vaste développement des infrastructures. Le projet chinois One Belt One Road et d’autres plans économiques suscitent un grand intérêt (voir:http://lagazetteducitoyen.over-blog.com/2017/09/myanmar/birmanie-le-gaz-le-petrole-et-les-tentatives-de-soros-pour-faire-imploser-un-etat-nation.html).

La politique américaine est de plus en plus axée sur le sabotage de ces plans de développement avec une militarisation considérablement élargie et des guerres régionales. C’est la stratégie majeure du « Pivot vers l’Asie » du Pentagone. Un réseau occidental d’organisations non gouvernementales et d’extrémistes soutenus par les Saoudiens font parties du plan de déstabilisation.

Le Myanmar et les Rohingyas

Le Myanmar, anciennement appelé Birmanie, est un pays autrefois colonisé, sous-développé et extrêmement diversifié de 51 millions de personnes. Il compte 135 groupes ethniques distincts parmi ses huit nationalités.

Le Myanmar est un pays riche en ressources et stratégiquement important qui borde la Chine, le Bangladesh, l’Inde, la Thaïlande et le Laos. Il est stratégiquement important pour les banques de Wall Street et les décideurs américains car c’est un grand exportateur de gaz naturel et il est prévu d’en faire un nouveau fournisseur de pétrole.

Au Myanmar, le peuple rohingya est un groupe ethnique opprimé d’environ un million de personnes. La majorité des Rohingyas sont musulmans, bien qu’ils représentent moins de la moitié de la population musulmane du Myanmar qui est dispersée dans tout ce pays majoritairement bouddhiste.

Les Rohingyas sont considérés comme apatrides. Ils vivent dans l’État Rakhine situé dans la baie du Bengale et qui partage une longue frontière commune avec le Bangladesh.

Dans des articles sur le Myanmar et les Rohingyas, Reuters News (https://www.reuters.com/article/us-myanmar-rohingya/myanmars-rohingya-insurgency-has-links-to-saudi-pakistan-report-idUSKBN1450Y7, publié le 16 décembre 2016), le Chicago Tribune (http://www.chicagotribune.com/news/nationworld/sns-bc-as–ap-explains-myanmar-rohingya-insurgency-20170831-story.html, publié le 31 août 2017), le Wall Street Journal (https://www.wsj.com/articles/myanmar-conflict-puts-rebel-group-at-center-of-crisis-1505338893, publié le 13 septembre 2017) et le Centre de réflexion sur les études stratégiques et internationales (https://www.csis.org/analysis/myanmar-and-its-rohingya-muslim-insurgency, publié le 7 septembre 2017), ont tous rapporté le soutien saoudien à la lutte des Rohingyas.

Le groupe menant la résistance armée au Myanmar, connue sous le nom de Harakah al-Yaqin (HaY, mouvement de foi en arabe) et maintenant appelé l’Armée Rohingya pour le Salut de l’Arakan (ARSA), a son siège à La Mecque, en Arabie Saoudite. Ataullah abu Ammar Junjuni, ressortissant pakistanais qui vivait en Arabie saoudite, est le chef de l’ARSA. Ce groupe a mené une attaque coordonnée contre 30 postes militaires du Myanmar le 25 août dernier.

L’armée du Myanmar a répondu par une vague de contre-attaques répressives contre les Rohingyas, ce qui a poussé des dizaines de milliers de personnes à franchir la frontière.

Crimes américains et saoudiens au Yémen

Pendant ce temps, le royaume saoudien mène une guerre génocidaire contre le Yémen, imposant un blocus de nourriture et d’aide contre le pays le plus pauvre de l’Asie du Sud-Ouest. Cette guerre n’est possible qu’en utilisant des avions à réaction et des bombes fabriqués aux États-Unis. L’armée saoudienne ne peut pas piloter ses propres avions à réaction ou effectuer des bombardements sans l’aide directe et le ravitaillement en vol des États-Unis. En outre, le Pentagone effectue actuellement au moins une frappe secrète tous les deux jours au Yémen.

Le Yémen est en train de subir « la plus grave crise de la faim dans le monde », « causée par l’homme » et qui affame « toute une génération ». (Washington Post, 19 mai 2017). Selon les chiffres américains, plus de 7 millions de Yéménites soufrent de la famine.

L’Organisation mondiale de la santé a mis en garde contre « la pire épidémie de choléra du monde » au Yémen (CNN, 4 octobre). Les États-Unis ont dénombré 777,229 cas de choléra le 2 octobre denier, dont beaucoup parmi les enfants.

Les bombardements saoudiens des infrastructures d’assainissement et d’égouts dans ce pays appauvri sont la cause majeure de cette mortelle épidémie. Pourtant, cette crise désespérée n’était pas à l’ordre du jour de l’ONU et est à peine mentionnée dans les médias alors que les dirigeants du monde se sont rencontrés à New York en septembre. L’accent médiatique a été mis sur le discours de Trump promettant d’aider les Rohingyas.

Le Département d’État américain a promis de fournir « des abris d’urgence, la sécurité alimentaire, une assistance nutritionnelle, une assistance psychosociale, de l’eau, l’assainissement et l’hygiène, des moyens de subsistance, une inclusion sociale, des articles non alimentaires, une réduction des risques de catastrophe et de crise, le rétablissement des liens familiaux, et la protection aux plus de 400,000 personnes déplacées en Birmanie et au Bangladesh » (https://www.state.gov/r/pa/prs/ps/2017/09/274283.htm).

Rappelez-vous que l’armée américaine est engagée dans des bombardements, des attaques de drones, des assassinats ciblés et des sanctions causant la famine contre au moins huit pays musulmans: la Syrie, la Libye, le Yémen, l’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan, la Somalie et le Soudan.

Le Royaume d’Arabie Saoudite n’accorde aucun droit aux peuples vivant à l’intérieur de ses frontières. Les communautés religieuses minoritaires et les millions de travailleurs immigrés, même après y avoir vécu pendant des générations, ne sont pas considérés comme des citoyens. Sa vaste richesse pétrolière appartient à une seule famille: la maison des Saoud.

L’Arabie saoudite a joué un rôle réactionnaire en finançant des groupes extrémistes, souvent avec le soutien discret des États-Unis, en Afghanistan, en Syrie et à travers le Moyen-Orient. De plus en plus en Asie du Sud-est, l’extrémisme politique et religieux influencé par l’Arabie Saoudite a un impact.

L’Arabie Saoudite dépense plus de 1 milliard de dollars pour financer 560 mosquées wahhabites et centres islamiques au Bangladesh, un pays frontalier du Myanmar. Cela signifie la création d’un nouveau centre de réaction dans presque tous les villages et villes du Bangladesh. Un financement similaire est en cours depuis longtemps en Inde et au Pakistan.

Le pivot vers l’Asie des États-Unis

Le soutien américain et saoudien aux Rohingyas musulmans sert la stratégie de « pivot vers l’Asie » des États-Unis. Pour les stratèges américains, c’est un moyen de bloquer l’influence chinoise dans une région stratégique.

Quatre-vingt pour cent du pétrole dont la Chine a besoin et une grande partie de son commerce passent par le détroit de Malacca – un point d’étranglement étroit entre l’Indonésie et Singapour – et dans la mer de Chine du Sud ou la situation est de plus en plus tendue. La flotte de combat américaine, composée de porte-avions, stationnée là-bas pourrait facilement bloquer cet important point de passage des ressources nécessaires.

Pour contrer les mesures agressives des États-Unis, les programmes de développement de la Chine visent à diversifier et à trouver des solutions autres qu’une confrontation directe avec la puissance militaire américaine.

La Chine construit un port en eau profonde, un parc industriel et des gazoducs et oléoducs à Kyauk Pyu, au Myanmar, dans le golfe du Bengale. Cela offrira à la Chine une voie alternative pour les importations d’énergie en provenance du Moyen-Orient qui évitera le détroit de Malacca. Le projet de construction de plusieurs milliards de dollars est également extrêmement bénéfique pour l’économie du Myanmar, contribuant ainsi au développement de ses gisements de gaz. L’intervention américaine et saoudienne dans l’escalade de la lutte contre les Rohingyas menace ce projet de développement.

Il n’y a pas de région dans le monde en développement, que ce soit en Asie, en Afrique ou en Amérique latine, où l’impérialisme américain, pourtant actuellement dans un stade de décrépitude, prévoit de contribuer au développement économique dont le besoin est criant. L’économie américaine est axée sur les super profits obtenus par la guerre, la vente d’armes et les onéreuses dettes. L’impérialisme américain ne peut continuer à dominer qu’en perturbant le développement de tout concurrent potentiel ou bloc économique de concurrents.

Tactiques de diviser pour régner

En soutenant consciemment et en enflammant les deux camps d’une lutte nationale, les cyniques puissances impérialistes occidentales emploient la vieille tactique de diviser pour mieux régner, ceci dans le but de dominer toute une région en devenant l’arbitre extérieur.

Les impérialistes américains ont fait cela lors de nombreuses crises internationales. En Irak, les États-Unis ont construit des bases dans la région kurde tout en prétendant soutenir l’unité de l’État irakien. Jouer sur cette division a renforcé l’implication ruineuse du Pentagone dans la région.

Aux Philippines, l’insurrection soudaine d’une population musulmane minoritaire sur l’île de Mindanao est devenue la dernière excuse des États-Unis pour offrir une formation conjointe et le stationnement de ses troupes là-bas.

Les camps de réfugiés du Myanmar au Bangladesh pourraient devenir des zones de recrutement et des bases d’intervention futures pour le groupe État islamique (ISIS), a déclaré Forbes, un magazine sur les finances des entreprises, le 11 juillet dernier.

Les plans du Pentagone pour une intervention élargie, coordonnée avec l’organisation et le financement saoudiens, peuvent être vus comme un avertissement par le Centre d’études stratégiques et internationales: « Il existe une préoccupation légitime comme quoi la violence attirera des forces extérieures. Maintenant que des milliers de combattants étrangers de l’Etat islamique sont à la recherche de nouvelles missions au-delà de l’Etat islamique en Syrie et en Irak, de nouvelles opportunités pour défendre les musulmans les intéresseront inévitablement »(https://www.csis.org/analysis/myanmar-and-its-rohingya-muslim-insurgency publié le 7 septembre 2017).

Tous les pays de la région, y compris le Bangladesh, le Myanmar et la Chine, ont tout intérêt à une réconciliation pacifique avec le peuple rohingya. La région a besoin d’un développement coordonné, pas de l’énorme perturbation produite par la guerre.

Par Sara Floundersworkers.org | 10 octobre 2017

Article original en anglais: https://www.workers.org/2017/10/10/why-u-s-and-saudi-arabia-back-rohingya-in-myanmar/

Traduit par La Gazette du Citoyen

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samedi 21 octobre 2017

La criminelle complicité de l’Occident avec le régime Saoudien

Le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), vient de publier un ouvrage qui dénonce sans ambiguïté le rôle de l’Arabie saoudite dans le développement de l’islam radical et du terrorisme djihadiste. Nous avons rencontré son directeur, Eric Denécé, qui a piloté cet ouvrage (*).

ARG ARABIE SAOUDITE LIVREQ : QU’EST-CE QUI VOUS A CONDUIT À CIBLER AINSI L’ARABIE SAOUDITE ? CET ETAT REPRÉSENTE-T-IL RÉELLEMENT UN DANGER POUR LA FRANCE ET LE MONDE ?

Par sa volonté d’imposer sa vision sectaire de l’islam, par son autoritarisme interne, son soutien direct ou indirect au terrorisme, sa politique étrangère dangereuse et son intervention armée chez ses voisins, cet Etat est un facteur majeur de déstabilisation du Moyen-Orient et du monde. Pourtant, cette réalité indéniable est occultée par la quasi-totalité des dirigeants occidentaux. Etonnamment, alors que leurs Etats sont les cibles de la haine et de la violence wahhabites qui s’attachent à saper les fondements de leurs sociétés démocratiques, ils poursuivent, voire accroissent, leur coopération avec Riyad et ferment les yeux sur ses agissements coupables.

Q : DANS VOTRE OUVRAGE, VOUS INSISTEZ NOTAMMENT SUR LES LIENS ÉTROITS ET CONTRE-NATURE QUI UNISSENT LES OCCIDENTAUX ET LE ROYAUME SAOUDIEN.…

Ce n’est pas la première fois qu’une alliance est conclue entre les Occidentaux et les islamistes ; la première date de la Guerre froide, afin de contrer l’Union soviétique qui soutenait les régimes laïcs et nationalistes arabes. Puis d’autres furent conclues lors de la guerre d’Afghanistan en 1979, des « printemps » arabes – notamment afin de renverser Muhammad Kadhafi – et de la guerre en Syrie. Et chaque fois que le régime des Saoud a été en danger, il a fait appel aux Occidentaux. Cela a été le cas en 1979, lorsque des gendarmes français du GIGN ont libéré la grande mosquée de La Mecque occupée par des islamistes radicaux, ou en 1991, lorsque les Américains, les Britanniques et les Français sont intervenus à l’occasion de l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein.

Mais il y a aujourd’hui plus grave que ces alliances contre-nature qui ont pu avoir un temps une certaine justification. C’est la volonté des Occidentaux d’empêcher que Riyad soit critiqué et que l’opinion ne prenne conscience de la nature réelle de cet Etat infréquentable. Ainsi, à l’occasion de ses enquêtes sur le financement du terrorisme par l’Arabie saoudite, Richard Labévière[[1]] , s’est heurté aux injonctions du Quai d’Orsay – sous Alain Juppé comme sous Laurent Fabius – qui ne souhaitait pas que soit mis en lumière le financement de l’islam radical par l’Arabie saoudite. De même, Pierre Conesa a insisté sur l’ostracisme dont a été l’objet en France son dernier ouvrage[[2]] qui a le mérite de dénoncer haut et fort la diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite et qui plaide pour la levée des ambiguïtés qui sous-tendent nos relations avec ce royaume de l’extrémisme. En revanche, peu de gens s’offusquent – ou savent –  que dans notre pays, pas moins de cinq agences de conseil en communication se chargent de « corriger » l’image des Saoud dans l’opinion.

Q : LE ROYAUME SAOUDIEN CONTINUE-T-IL DE DIFFUSER SES IDÉES RELIGIEUSES RADICALES ET DE FINANCER LES MOSQUÉES ET GROUPES ISLAMISTES DANS LE MONDE ?

Absolument. Aujourd’hui, l’Arabie saoudite dépense à peu près autant pour sa diplomatie religieuse que pour ses achats d’armements, soit entre 5 et 8 milliards de dollars par an. Comme l’a mis en lumière Pierre Conesa,, la diplomatie religieuse de Riyad est un modèle d’endoctrinement et de prosélytisme, une véritable usine à propager le racisme, la misogynie, l’homophobie et la haine du dissemblable. Elle bénéficie d’une totale impunité auprès de la communauté internationale corrompue par les achats de pétrole et les ventes d’armes. Elle s’appuie sur le formidable réseau d’influence de la Ligue islamique mondiale, une ONG qui dispose d’un budget annuel estimé à 5 milliards de dollars.

En conséquence, chaque jour, nous observons les effets dévastateurs de son influence partout dans le monde, notamment en France – tant à travers la radicalisation de certains de nos concitoyens et de mosquées, que par les actes terroristes qui ont frappé notre pays -, comme au Moyen-Orient ou en Asie du Sud-Est.

Récemment encore, l’Allemagne a averti que des prédicateurs saoudiens étaient en train de propager le Jihad dans les Balkans. Et un récent rapport du Think Tank britannique Henry Jackson Society a mis également en lumière le fait que, de tous les États du Moyen-Orient – Iran compris -, l’Arabie saoudite était le principal bailleur de fonds de l’extrémisme en Grande-Bretagne et dans le monde. Il affirme que, depuis les années 1960, Riyad « a dépensé des dizaines de millions de dollars pour exporter l’islam wahhabite dans le monde islamique, y compris dans les communautés musulmanes occidentales[[3]]. Le rapport attribue implicitement la responsabilité de la violence politique perpétrée par les musulmans à l’idéologie extrémiste propagée par les Saoudiens. Il ajoute que ces derniers « contribuent à la diffusion d’interprétations extrémistes et illégitimes de l’islam dans la communauté musulmane britannique dans son ensemble » et énumère une impressionnante liste de mosquées fondées au Royaume-Uni par l’Arabie qui sont très clairement des repaires d’extrémistes.

Q : PENSEZ-VOUS QU’UNE ÉVOLUTION DE LA POLITIQUE OCCIDENTALE À L’ÉGARD DES SAOUDIENS SOIT POSSIBLE À COURT TERME ?

Je crains que non. Pourtant, seize ans après les attentats de septembre 2001, ni la radicalisation islamiste ni la menace terroriste n’ont diminué en dépit des mesures énergiques prises par la majorité des Etats. Les actes barbares des organisations djihadistes ne cessent d’ensanglanter le monde et la France n’a pas été épargnée.  Après ces attentats, les autorités gouvernementales ont accru les moyens accordés à la lutte antiterroriste et ont mis en place, avec plus ou moins de réussite, un dispositif destiné à lutter contre la radicalisation. Mais force est de constater que rien de concret n’a été fait pour lutter contre l’idéologie néfaste qui fonde la dynamique terroriste actuelle : le wahhabisme.

Surtout, les Etats-Unis n’ont aucunement intérêt à ce que Riyad soit déstabilisé. Ils ont d’ailleurs une responsabilité essentielle dans la situation chaotique à laquelle est parvenue la région avec le concept géopolitique de « Grand Moyen-Orient » cher aux néoconservateurs de l’administration de George W. Bush. Ce plan – dont le point d’orgue a été l’invasion de l’Irak en 2003 – avait pour objectif de transformer le paysage politique de la région en redessinant largement les frontières, afin d’y apporter « la paix, la stabilité et la démocratie », mais surtout d’assurer la protection des intérêts politiques et économiques américains et la sécurité d’Israël vis-à-vis de ses voisins arabes. Il n’a contribué qu’à déstabiliser durablement la région.

Propos recueillis par NLTO

[[1]]: Les Dollars de la terreur – Les Etats-Unis et les islamistes. Grasset, Paris, 1998.

 

[[3]]: Ibid. Traduction de l’auteur

 

 

http://arretsurinfo.ch/la-criminelle-complicite-de-loccident-avec-le-regime-saoudien/

 

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vendredi 11 août 2017

Les principales mesures prises par Le Qatar pour contrer l’Arabie saoudite et ses alliés

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Les principales mesures prises par Le Qatar pour contrer l’Arabie saoudite et ses alliés

https://www.tsa-algerie.com/les-principales-mesures-prises-par-le-qatar-pour-contrer-larabie-saoudite-et-ses-allies/

 

Le 5 juin, l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Yémen, l’Égypte et les Maldives rompent leurs relations diplomatiques avec le Qatar. Il lui est reproché de soutenir des groupes islamistes radicaux et de ne pas prendre assez de distance avec l’Iran. Depuis, Doha a pris plusieurs mesures sur le plan international ou interne pour faire face au blocus et améliorer son image.

Suppression des visas

Le 9 août, le Qatar annonce qu’il supprime, avec effet immédiat, les visas d’entrée dans l’émirat pour 80 nationalités dans le but de stimuler le tourisme et le transport aérien.

Transfert de Neymar

Le 4 août, le footballeur brésilien Neymar débarque à Paris pour rejoindre son nouveau club, le Paris-Saint-Germain (PSG, propriété du Qatar), qui a mis sur la table plus de 220 millions d’euros pour le recruter.

Création du statut de résident permanent

Le 2 août le Qatar a créé un statut de résident permanent assorti de certains privilèges pour trois catégories d’étrangers, une première dans les pays arabes du Golfe. Selon les nouvelles dispositions, les enfants nés de mères qataries mariées à des étrangers vont bénéficier de ce statut, ainsi que ceux “ayant rendu service au Qatar” et les étrangers dont “les compétences peuvent bénéficier au pays”. Une commission au sein du ministère de l’Intérieur va statuer sur les cas des bénéficiaires.

Achats d’armes et exercices militaires

Le 14 juin, le Pentagone annonce que le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis et son homologue qatari Khaled Al-Attiyah ont conclu un accord de 12 milliards de dollars pour la vente à Doha d’avions de combat F-15. Le 1er août, le Qatar confirme une commande de navires de guerre à l’Italie pour un montant de cinq milliards d’euros. Le contrat porte sur sept navires de surface, quatre corvettes, un vaisseau amphibie et deux patrouilleurs.

Les États-Unis disposent d’une grande base aérienne dans le désert du Qatar, où se trouve aussi le siège du Centcom, le commandement central américain qui dirige les opérations contre le groupe État islamique (EI). Du 1er au 7 août, la Turquie et le Qatar mènent des exercices militaires conjoints, composés de deux phases, l’une terrestre et l’autre maritime.

Le Parlement turc avait approuvé le 7 juin la mise en œuvre d’un accord datant de 2014 permettant le déploiement de plusieurs milliers de soldats sur une base turque au Qatar.

Amendement d’une loi antiterroriste

Le 20 juillet, le Qatar a annoncé avoir amendé sa législation sur la lutte antiterroriste, l’un des sujets controversés à l’origine de la crise opposant l’émirat gazier à ses voisins qui l’accusent de soutenir des groupes extrémistes.

Partenariat avec Total

Le 11 juillet, la compagnie d’État Qatar Petroleum (QP) et le géant français Total officialisent un partenariat de 25 ans pour développer le grand gisement pétrolier offshore d’Al-Chahine, sur la côte orientale du Qatar. La co-entreprise baptisée North Oil Company sera détenue à hauteur de 70% par la firme qatarie et à 30% par l’entreprise française. Le partenariat avait été annoncé en 2016.

Vaste projet gazier

Le 4 juillet, le Qatar, premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), annonce son intention d’augmenter du tiers sa production de gaz, qui s’élèvera à 100 millions de tonnes de gaz naturel par an à l’horizon de 2024.

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jeudi 3 août 2017

Yémen, le pays martyr

Yemen

 

Yémen, le pays martyr

Par Jérôme Henriques — 02 août 2017


http://arretsurinfo.ch/yemen-le-pays-martyr/

Depuis 2014, le Yémen est le théâtre d’affrontements violents entre des rebelles Houthis (1) (soutenus par l’ancien président Saleh, et, plus indirectement, par l’Iran) d’une part et les anciennes forces gouvernementales (soutenues par l’Arabie Saoudite et de nombreux autres pays) d’autre part. Succédant à une série de mouvements de protestation Houthistes contre la politique gouvernementale (lenteur d’application des mesures prévues par la conférence de dialogue national de 2012, fin des subventions sur les produits pétroliers …), ce conflit a véritablement démarré le 21 septembre 2014, lorsque les rebelles ont quitté leur zone d’influence au nord du pays pour venir s’emparer de Sanaa, la capitale. Et alors que ces derniers prenaient les rennes du pouvoir et conquéraient progressivement l’ensemble du pays (obligeant Hadi, le président en exercice à fuir, d’abord vers le sud du pays, puis vers l’Arabie Saoudite), il n’a pas fallu attendre longtemps pour que des puissances étrangères se mêlent à la partie. Ainsi, ce que l’on a souvent présenté comme une simple guerre civile, une lutte de factions pour le pouvoir, correspond en vérité à un conflit beaucoup plus large, mêlant l’influence géostratégique des puissances régionales et les intérêts économiques des grandes puissances mondiales.

Extraits:

“En démissionnant de son poste le mois suivant, le médiateur Benomar expliquera que « les Yéménites étaient très proches d’un accord » avant le « début de l’intervention Saoudienne » ; un accord qui prévoyait que les Houthis retirent leurs milices des villes et qui entérinait le fait que Hadi puisse exercer un rôle dans le futur gouvernement

De fait, pourquoi (et comment) un tel accord a-t-il pu capoter ? Tout simplement, parce que l’Arabie Saoudite n’en voulait pas : elle ne voulait pas d’un accord qui entérine une reconnaissance politique des Houthis. Rappelons que ces derniers sont d’obédience Zaïdiste, une branche du Chiisme. Or, depuis toujours, l’Arabie Saoudite, leader Sunnite de la région, cherche à contenir l’expansion de son voisin Iranien, leader du monde Chiite. Ainsi surveille-t-elle de très près les minorités Chiites présentes dans de nombreux pays (y compris le sien, puisque 15 % de sa population est de cette confession). Et n’hésite pas à prêter main forte à tous ceux qui les combattent ; qu’il s’agisse tantôt de pouvoirs en place (comme au Bahreïn ou au Yémen pendant la période des printemps Arabes) tantôt de groupes insurrectionnels (comme ceux qui tentent depuis 2011 de renverser la minorité Chiite Alaouïte au pouvoir en Syrie).”

(...)

Attention, il ne s’agit pas ici de prendre la défense des Houthis et encore moins celle de l’ancien président Saleh (dont le cynisme et l’arrivisme politique ne sont plus à prouver (7)), mais de montrer comment la « communauté internationale » a transformé un conflit interne de courte durée (et pratiquement terminé) en une guerre multinationale interminable.

Par-là, il s’agit aussi de mettre en exergue le « deux poids deux mesures » opéré par cette même communauté internationale, toute aussi prompte à soutenir certaines « bonnes » révoltes (quitte à engendrer le chaos et des désastres humanitaires, comme en Libye et en Syrie) qu’à soutenir des régimes autocratiques « amis » (comme en Tunisie ou au Bahreïn pendant la période des printemps Arabes).

(...)

début mars 2015, l’ambassadeur Saoudien à Washington, Al-Jubeir, était allé rencontrer Obama afin d’obtenir son feu vert pour une nouvelle guerre. Ce dernier le lui avait donné, malgré les mises en garde répétées de ses proches, lesquels prédisaient une « offensive Saoudienne longue, sanglante et incertaine ». Une occasion pour le président Etasunien de se faire pardonner l’accord en cours sur le nucléaire Iranien …

L’offensive Saoudienne (« Tempête décisive », c’est son nom) a débuté le 25 mars 2015, au sein d’une coalition comprenant quatre (autres) pays du Conseil de coopération du golfe (Bahreïn, Koweït, Qatar et Emirats Arabes Unis) et quatre pays de la Ligue Arabe (Egypte, Jordanie, Maroc et Soudan). Une coalition donc entièrement composée de pays Sunnites, parmi lesquels la Jordanie, le pays à l’origine de résolution 2216. A noter quand même (et c’est loin d’être anecdotique) qu’aucune résolution (ni la 2216, ni aucune autre) n’avait autorisé un quelconque recours à la force. De quoi conforter l’idée que quand on a les États-Unis avec soi, on peut se passer des résolutions

(...)

Un désastre humanitaire sans précédent

Selon l’ONU, depuis le début de l’intervention des coalisés (de mars 2015 jusqu’à aujourd’hui), le conflit Yéménite a fait plus de 10.000 morts, majoritairement des civils, et plus de 45.000 blessés.

Mais à ces victimes « actuellement recensables » (mortes pour la plupart dans les bombardements précités), il faut aussi ajouter celles, plus « indirectes », de la situation désastreuse dans laquelle le Yémen est maintenant plongé ; des victimes « en devenir », et dont la proportion s’est mise à croître exponentiellement au fur et à mesure que le pays s’enfonçait dans le chaos.

Le 24 avril dernier, cinq ONG humanitaires (Handicap International, Action contre la faim, Médecins du Monde, Première Urgence Internationale et Care) publiaient une tribune commune (relayée par Le Monde) dans laquelle elles signalaient que « 19 millions de personnes (soit la quasi-totalité du pays, ndr) » étaient « placés sous des bombardements incessants, privés d’une aide indispensable à leur survie, dans l’impossibilité de fuir et délaissés par la communauté internationale ». Et ces organisations de décrire, « en plus des morts et des blessés », … « une population traumatisée, en détresse physique et psychique, où l’anxiété et les syndromes de stress post-traumatiques sont légion. »

Un peu plus loin, les cinq ONG évoquaient aussi l’émergence d’un nouveau fléau : la famine. Le dénonçant comme « conséquence perverse de la résolution 2216 », laquelle s’était transformée « de facto en quasi-blocus de biens humanitaires » (« dans un pays devant importer 90 % de ses aliments »), elles estimaient alors que « 462.000 enfants de moins de cinq ans » étaient « en danger de mort immédiate due à la malnutrition ».

Trois jours plus tôt, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres avait de son côté dénoncé « la plus grande crise alimentaire du monde », avec « 17 millions de personnes souffrant de malnutrition sévère » et « un enfant de moins de 5 ans mourant toutes les dix minutes de causes évitables » . Une famine en pleine expansion, puisque l’ONU avait avancé quelques mois plus tôt (fin 2016 – début 2017) le chiffre de « sept millions de Yéménites touchées » (soit près de 2,5 fois moins).

Et peu après (fin avril), c’est un autre fléau qui faisait son apparition : une épidémie de choléra, laquelle avait elle aussi « décidé » de se propager de façon exponentielle : 34 morts et 2.022 cas de diarrhée sévère entre le 27 avril et le 7 mai, puis 1.587 morts et 262.649 cas suspects entre le 27 avril et le 2 juillet (chiffres de l’OMS). Encore récemment (dans un communiqué du 10 juillet), le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) évoquait une « progression incontrôlée » touchant « 7.000 nouveaux cas chaque jour » .

Que dire d’autre sur la désastreuse situation Yéménite ? Que le pays est en ruine (la plupart de ses hôpitaux, écoles, routes … ayant été détruits), qu’il manque de tout (nourriture, médicaments, essence, personnel médical …), que les organisations humanitaires se déclarent elles-mêmes « incapables de mettre en oeuvre leur mandat humanitaire », que bon nombre d’enfants ont été enrôlés de force dans les combats (côté coalition comme côté Houthis), que le conflit a engendré des déplacements de populations sans précédent (soit plus de 3 millions de personnes à l’intérieur du pays), que ces mêmes populations ne peuvent pas fuir le pays (qui est enclavé entre le désert saoudien, la Mer Rouge et le Golfe d’Aden) …

Le cynisme des puissances occidentales

L’Arabie Saoudite est l’un des pays les plus tyranniques et les plus rétrogrades de la planète ; un pays qui persécute ses opposants politiques, pratique la discrimination religieuse, bafoue les droits les plus élémentaires (liberté d’expression, d’association …), pratique l’esclavage (aussi bien domestique que sexuel), infériorise les femmes (les plaçant sous l’autorité d’un « gardien » masculin, leur interdisant de conduire …), pratique les châtiments corporels, exécute à tour de bras (en offrant des spectacles de décapitation et de crucifixion sur la place publique), …

Cela n’a pas empêché le prix Nobel de la paix Obama de vendre à ce pays (un pays avec lequel les États-Unis entretiennent des « rapports étroits et forts » selon ses propres termes, « un proche allié » selon son secrétaire d’état John Kerry), pour 112 milliards de dollars d’armement en huit ans. Un partenariat que n’a nullement entaché le conflit Yéménite, comme a pu en témoigner le contrat d’1,15 milliard d’euros signé en août 2016 entre Washington et Riyad. Et comme on pouvait s'en douter, les choses ne se sont pas arrangées avec Trump. Le 20-21 mai dernier, le nouveau président est même allé jusqu’à signer avec Riyad pour « 110 milliards de contrats militaires » (« l’accord d’armement le plus important de l’histoire des Etats-Unis » selon le porte-parole de la maison blanche Jean Spicer)

Et qu’à fait la France pendant ce temps ? La même chose. Quatrième exportateur d’armes au monde (derrière les États-Unis, la Russie et le Royaume-Uni), la France a engrangé en 2014 3,63 milliards d’euros de contrats d’armement avec l’Arabie Saoudite (son premier client) ; un chiffre en hausse par rapport à 2013 mais très inférieur à celui de 2015 (l’année du conflit Yéménite), où selon l’ONG Control Arms, notre pays a signé pour l’exportation de 18 milliards de dollars (16 milliards d’euros) d’armes vers le royaume sunnite (devançant les États-Unis : 5,9 milliards de dollars, et le Royaume-Uni : 4 milliards de dollars).

On pourrait bien sûr aussi parler du Royaume-Uni, de l’Allemagne, du Canada, de la Belgique …

Ce qui est paradoxal, c’est que la plupart de ces pays ont signé puis ratifié (2013-2014) le « traité sur le commerce des armes », lequel interdit « tout transfert d’armes vers des états où ces armes pourraient servir à commettre … des crimes contre l’humanité, … des attaques dirigées contre des civils ou des biens de caractère civil … » Le Canada n’a pas encore signé le traité, les États-Unis ne l’ont pas encore encore ratifié, mais tous les pays Européens l’ont à la fois signé et ratifié. Et parmi eux, deux pays qui l’ont même activement promu : le Royaume-Uni et la France … Une belle « hypocrisie » pour reprendre les mots de certaines ONG (comme Amnesty International par exemple).

Peut-être encore plus étonnant, en France, le silence assourdissant autour de ces ventes d’armes. Alors que les crimes de la coalition suscitent de vifs débats dans la plupart des autres pays exportateurs (Royaume-Uni, Allemagne, Suède, Belgique, Canada …), chez nous rien. En février 2016, le parlement Européen vote un embargo sur les ventes d’armes des pays de l’Union Européenne à l’Arabie Saoudite (résolution non contraignante) ; le mois suivant, le président « socialiste » Hollande remet la légion d’honneur au prince héritier d’Arabie saoudite Mohamed ben Nayef

(...)

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