lundi 9 juillet 2018

Loi privatisant les HLM : pourquoi il sera bientôt encore plus galère de trouver un logement décent

Privatiser progressivement le logement social : tel est l’un des objectifs du projet de loi « Elan », en cours d’examen parlementaire.

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Les conséquences de ce texte sont potentiellement désastreuses pour les locataires de HLM, en particulier les moins aisés. Après avoir fragilisé la situation de bailleurs sociaux, le gouvernement propose sa solution miracle : vendre 1% du parc chaque année, soit 40 000 logements par an basculés sur le marché privé. Les exemples de privatisation du logement social en Angleterre et en Allemagne laissent pourtant présager le pire : baisse du nombre des logements, dégradation des résidences, augmentation drastique des loyers, et explosion du mal-logement.

1,5 milliard d’euros : c’est la brutale coupe budgétaire réalisée par le gouvernement à l’encontre du logement social. 800 millions en moins sur les allocations logement versées aux locataires du parc social, et 700 autres millions via une augmentation de la TVA sur les HLM, qui passera de 5,5 à 10 %. « 1,5 milliard, cela représente les deux-tiers des fonds propres des organismes HLM, décrit Manuel Domergue, directeur des études à la fondation Abbé Pierre (FAP). Cet argent sert à la rénovation et la construction. » Le fait que les organismes HLM, pour le moment en bonne santé économique, se retrouvent sur la corde raide rendra certaines négociations difficiles. Celles permettant de faire baisser les loyers pour les personnes en grande difficulté, par exemple. « L’annonce de ce budget en baisse a eu des conséquences immédiates : le nombre de projets de constructions a diminué dès le mois de décembre 2017 », remarque Manuel Domergue.

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La France compte 4,8 millions de logements sociaux, qui abritent 10 millions de personnes. Un Français sur deux loge ou a logé dans un logement social [1]. Outre le soutien de l’État (subventions directes, exonération d’impôts, accès facilité au foncier), le secteur du logement social reçoit l’aide des collectivités territoriales. La Caisse des dépôts et consignations, institution financière publique, lui octroie des prêts à très long terme, sur 30 ou 70 ans. Ces prêts constituent près de 75% du financement total du secteur, adossés sur les dépôts de l’épargne populaire du livret A. Entreprises et salariés participent également au financement des HLM, à travers le 1% logement. Les bailleurs peuvent, enfin, compter sur les locataires, qui reversent chaque année plusieurs milliards d’euros de loyers.

Bientôt 40 000 logements sociaux en moins chaque année

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La mise sous tension financière du secteur, qui inquiète nombre d’acteurs, va en fait permettre au gouvernement d’imposer son agenda. La loi Elan – pour « Évolution du logement, de l’aménagement et du numérique » – qui vient d’être adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale et passe actuellement au Sénat, en donne l’illustration. « [Cette loi] est pour une large part la conséquence de la loi de finances 2018 », analyse l’Union sociale pour l’habitat. Pour compenser cette coupe budgétaire, le gouvernement avance une solution miracle : la vente accrue de logements sociaux avec un objectif à terme de 1% du parc cédé chaque année, soit 40 000 logements – contre 8000 actuellement. « Nous aurons donc 40 000 logements sociaux en moins chaque année », confirme Manuel Domergue. Or, ce qu’il faudrait, c’est au contraire augmenter leur nombre. En 2017, selon la fondation Abbé Pierre, deux millions de ménages étaient en attente d’un logement à loyer modéré ; 3,8 millions de personnes mal logées, et 12 millions éprouvaient des difficultés locatives.

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« La vente d’un logement permet le financement de deux ou trois logements (40 000 logements vendus pour 100 000 à 120 000 logements construits) », affirment Christophe Denormandie et Jacque Mézard, secrétaire d’État et ministre de la Cohésion des territoires. Problème : « On ne sait pas d’où vient ce chiffre, annonce Clément Allègre, chargé de mission logement social pour l’association Consommation, logement et cadre de vie (CLCV). Il n’apparaît pas dans l’étude d’impact du projet de loi Elan, ni dans aucune autre étude publique. Mais il est impossible qu’un logement vendu à Paris, par exemple, soit équivalent à trois logements construits au même endroit, étant donné le prix du foncier. »

Privatisation du logement social : les désastreux modèles allemands et anglais

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Que s’est-il passé chez nos voisins européens ? En Allemagne, l’important mouvement de privatisation du secteur du logement social à partir de 1990 s’est traduit par une diminution du nombre de logements disponibles. Les bailleurs communaux – équivalent de nos bailleurs sociaux – ont été massivement vendus à des entreprises et fonds d’investissements privés entre 1990 et le milieu des années 2000. Avec comme objectif affiché d’assainir les finances municipales. « Depuis 1990, le stock de logements sociaux en Allemagne a baissé d’environ 60 %», alertait l’Association nationale d’aides aux sans-abri (Bundesarbeitsgemeinschaft Wohnungslosenhilfe). À Berlin, 482 000 logements appartenaient aux bailleurs communaux en 1990. Il n’en restait plus que 273 000 en 2005, soit 209 000 en moins [2].

Même scénario en Angleterre, où la politique du « right to buy », le « droit à acheter », mise en place par Margaret Thatcher en 1980 - qui ressemble fort au projet du gouvernement français avec la loi Elan - a entraîné la privatisation de 1,8 million de logements sociaux publics en 30 ans [3]. À Londres, 40 % des logements sociaux publics ont été privatisés entre 1980 et le début des années 2010, sans que les constructions neuves puissent compenser ces pertes. « Le "Right to buy" a certes permis à des milliers de familles d’accéder à la propriété, mais les règles n’ont pas permis aux autorités locales de remplacer les logements vendus, alors que nous en avons désespérément besoin dans de nombreuses régions du pays », soulignait en avril dernier l’association des municipalités britanniques, la Local Governement Association.

Appropriation par des fonds d’investissement

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La possibilité accrue d’achats de HLM est présentée par le gouvernement d’Édouard Philippe comme une accession sociale à la propriété pour les locataires actuels du parc HLM. Sauf que ces derniers n’en ont pas nécessairement les moyens, bien au contraire. L’Union sociale pour l’habitat estime que l’objectif de 40 000 ventes par an est « trop important au regard de la paupérisation des locataires du parc social, de la variété des marchés locaux et des besoins en logements locatifs sociaux, en particulier dans les communes en manque de logements sociaux. » Loin de bénéficier des possibilités d’achat, les locataires risquent plutôt d’en pâtir. Vendus à la découpe, les HLM se transformeront peu à peu en copropriétés avec des risques importants de problèmes de gestion, de manque d’entretien, et de dégradations du bâti. « Ceux qui resteront seront soumis à des pressions pour partir, puisque seule leur présence empêchera les bailleurs de vendre », ajoute Manuel Domergue, de la Fondation Abbé Pierre.

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En Allemagne, seuls 11 000 des 209 000 logements berlinois privatisés ont atterri entre les mains de particuliers (soit 5 %). 11 000 autres ont été cédés à des coopératives d’habitants – un modèle qui n’existe pas en France. La très grandes majorité, 120 000 logements, a été vendue à des fonds d’investissements. En 2004, la ville de Berlin a ainsi vendu un bailleur entier, la GSW, et ses 65 700 logements, au fonds d’investissement états-unien Cerberus. Deux ans plus tard, la ville de Dresde, dans l’est de l’Allemagne, a cédé la totalité de ses logements communaux, plus de 48 000, à un autre fonds d’investissements états-unien, Fortress [4]. Un situation qui change radicalement la donne : alors que les bailleurs avaient pour mission de proposer aux locataires des logements décents à prix raisonnable, les fonds d’investissement travaillent d’abord à générer des bénéfices pour leurs membres.

Augmentation des loyers, coupes dans l’entretien des bâtiments

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Quel a été l’impact de ces transferts au privé pour les locataires ? « Quelques semaines seulement après la privatisation, la GSW a imposé pour de nombreux logements des hausses de loyers de 20 %», rapportait en 2006 l’association des locataires de Berlin, dans son livre noir de la privatisation. Ailleurs en Allemagne, les nouveaux propriétaires ont tout simplement cessé l’entretien des bâtiments et des logements. Comme dans la ville de Wilhelmshaven, où le même fond d’investissement, Cerberus, a acheté 7500 logements communaux en 2004. Deux ans plus tard, ces logements avaient déjà changé deux fois de propriétaire. Aucun des trois n’a entretenu les bâtiments, tout en décrétant des hausses de loyers [5].

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La possibilité de voir le parc HLM français se transformer en simple produit financier inquiète énormément les associations d’aide au logements et les bailleurs sociaux. D’autant plus qu’un amendement de la loi Elan offre la possibilité de vendre les logements sociaux à n’importe qui, y compris à des fonds de pension. « Le bailleur vend les murs et il garde l’usufruit du logement, c’est à dire qu’il le gère et touche les loyers, pendant dix, vingt ou trente ans, la durée étant fixée à la signature du contrat », précise Manuel Domergue. La pleine propriété revient ensuite à l’acquéreur.

Obliger les habitants à se surendetter ou à partir

À long terme, des pans entiers du logement social pourraient d’un seul coup passer au privé, obligeant les habitants à se surendetter ou à partir. Sous tension, les organismes HLM ne seront pas en situation de négocier les contrats à leur avantage, et pourront difficilement renoncer aux sommes importantes qu’ils pourraient toucher dans le cadre de ces ventes « en bloc », aussi peu fréquentables soient les acheteurs. « Nous appelons le gouvernement à interdire la vente en bloc d’immeubles HLM à des acteurs qui n’ont en rien contribué à leur construction », s’est alarmé l’Union sociale pour l’habitat le 12 juin, alors que le texte venait d’être voté par l’Assemblée nationale en première lecture.

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Autre injonction de la loi Elan, censée permettre au secteur de réaliser des économies : le regroupement des organismes HLM, jugés trop nombreux et trop petits. Pour le moment, seuls 10% des bailleurs ont la taille requise, à savoir 15 000 logements minimum. « Les bailleurs vont être absorbés par cette question du regroupement, regrette Manuel Domergue. Ce sera autant de temps passé en moins sur la rénovation, par exemple. » « Avec ces regroupements, il y a pour nous un vrai risque de pertes de proximité avec les locataires, qui en ont pourtant grandement besoin », ajoute Clément Allegre, de la CLCV. Comment négocier avec des acteurs encore plus lointains ? Comment feront les locataires en milieu rural, de plus en plus âgés et donc peu mobiles ? Tous les sièges sociaux des organismes vont se retrouver dans les métropoles.

La loi solidarité en communes menacée

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Actuellement discutée au Sénat, la loi Elan pourrait revenir à l’Assemblée lestée d’un autre point noir pour les locataires HLM : le détricotage de la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain (loi SRU). Votée en décembre 2000 sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin, cette loi impose 20 à 25% de logements sociaux par commune d’ici à 2025, pour lutter contre la ségrégation territoriale. Jusqu’à présent, aucun gouvernement n’avait osé y toucher. Celui d’Édouard Philippe a avancé à petits pas vers sa remise en cause, en comptabilisant dans le quota de HLM d’ex-logements sociaux vendus depuis des années. Mais les sénateurs pourraient profiter de l’occasion pour assouplir encore les choses, alors que de nombreux élus locaux sont déjà hors-la-loi concernant cette obligation, en particulier au sein des communes riches [6]. « Le passage au Sénat présente un vrai risque, s’inquiète Manuel Domergue. Le gouvernement pourrait trouver un compromis avec les sénateurs sur la loi SRU, en commission mixte paritaire, d’autant qu’il aura besoin d’eux pour le vote de la réforme constitutionnelle. »

En Angleterre, une autre conséquence de la politique du « Right to buy » est la ghettoïsation et la stigmatisation des quartiers de logements sociaux restants. Car les locataires sociaux qui ont racheté leur logement étaient les plus aisés. Les logements sociaux non-privatisés abritent donc aujourd’hui les plus pauvres parmi les pauvres [7]. La privatisation massive a aussi un effet sur les difficultés d’accès au logement pour les foyers les plus pauvres. Les logements vendus à leurs locataires peuvent ensuite être revendus à d’autres propriétaires, qui peuvent tout à fait les louer ensuite aux prix du marché privé.

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« Quatre logements sur dix vendus en "droit à acheter" sont désormais entre les mains de propriétaires privés »,titrait The Guardian en décembre 2017. « Les locataires qui vivent dans des logements vendus sous le dispositif de Margaret Thatcher paient aujourd’hui des loyers deux fois plus élevés que ceux des logements sociaux détenus par les autorités locales », précisait aussi le quotidien britannique.

Explosion du nombre de mal-logés en Allemagne

En Allemagne comme en Angleterre, la privatisation du secteur du logement social fragilise les plus précaires, éloignant sans cesse la possibilité d’un accès à un logement décent. « En 2016, il n’y avait plus que 1,2 million de logement sociaux en Allemagne. Les communes, les Länder et l’État ont vendu les logements qui étaient en leur possession à des investisseurs privés. Ils ont ainsi cédé leurs réserves de logements à prix accessible », souligne l’association nationale d’aide aux sans-abri. Selon cette dernière, l’Allemagne comptait 420 000 personnes sans véritable logement en 2016, dont 52 000 vivant purement et simplement à la rue. Le nombre de mal-logés a augmenté d’un tiers en deux ans ! Sans compter les réfugiés nouvellement arrivés, encore hébergés dans des centres de premier accueil souvent aménagés dans des hangars ou des gymnases.

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L’Angleterre quant à elle fait face à un manque chronique de logement. La politique du "Right to buy" n’y a pas remédié, au contraire. « La construction de logement n’a pas suivi l’augmentation de la demande depuis les années 1980, en particulier à Londres, rappelle la Fondation Abbé-Pierre dans sa dernière étude sur le mal-logement en Europe. La construction de logements publics a chuté, et celle de logements privés a été impactée par les récessions économiques. » La transformation de près de la moitié des logements sociaux privatisés depuis 1980 en logements loués sur le marché locatif privé augmente de fait le risque de mal-logement. En Angleterre, « la fin du bail dans le secteur privé est devenue la première cause de sans-abrisme », précise la Fondation Abbé-Pierre. Est-ce vraiment la voie sur laquelle souhaite nous engager le gouvernement français ?

Rachel Knaebel, Nolwenn Weiler

 
- Photo : quartier des Chartreux à Moulins (Allier) - Jean-Louis Zimmermann (CC BY 2.0).

Notes

[1Voir le site de l’Union sociale pour l’habitat, ici.

[2Voir « Privatisierung der Berliner Wohnungsbaugesellschaften », 2005, Andrej Holm.

[3Voir les chiffres ici.

[4Voir ici.

[5Voir cette étude de l’association des villes et communes allemandes en 2007. L’association cite d’autres exemples.

[6Voir le palmarès des hors-la-loi de la réglementation SRU.

[770% des foyers anglais qui habitent aujourd’hui dans les logements sociaux dépendent des prestations sociales pour vivre.

https://www.bastamag.net/Loi-privatisant-les-HLM-pourquoi-il-sera-bientot-encore-plus-galere-de-trouver

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samedi 7 juillet 2018

UE : le début de la déconstruction ?

TL SAPIR DECONSTRUCTION

TRIBUNE LIBRE / par Jacques Sapir

La crise qui ronge l’UE depuis plusieurs années a atteint ces derniers jours un nouveau stade. Devenant publique, s’étalant à la face de tous, elle est en train de muter, de changer de nature. Car, le fait que des choses soient dites par un certain nombre des acteurs officialise l’état de crise qui était jusqu’à maintenant en partie camouflé par les discours officiels. Mais, cette officialisation engendre à son tour une accélération, voire une radicalisation, de cette crise. De cette situation, il faut donc en dresser un rapide bilan.

Angela Merkel aux abois?

Victoire de l’Italie et paralysie de l’Allemagne

La question qui a monopolisé l’attention est celle des « migrants » et, sur cette question, il est clair que Giuseppe Conte, le Président du conseil italien, a remporté une victoire lors du sommet européen du jeudi 28 juin [1]. Il a obtenu que la notion de « volontariat » remplace celle de l’obligation des réglementations européennes et surtout il a obtenu que la question du rôle exact des ONG soit explicitement mentionnée dans le communiqué final. L’Italie sort confortée de ce conseil.

Giuseppe Conte

Ce qui est aussi clair, c’est que cette crise s’est invitée en Allemagne. Dans l’affrontement entre la Chancelière, Mme Angela Merkel et son Ministre de l’intérieur M. Horst Seehofer, c’est ce dernier qui sort vainqueur du compromis laborieusement établi dans la nuit de dimanche à lundi [2]. Près de 160 parlementaires de la CSU, le parti de M. Seehofer, mais aussi de la CDU (le parti de Mme Merkel) avaient menacé de voter contre cette dernière. C’est dire l’ampleur de la crise. Un compromis a été trouvé à la toute dernière minute. Mais, si ce compromis garantit, sans doute pour quelques mois, qu’Angela Merkel va rester la Chancelière, il porte en lui la fin des accords de Schengen [3]. Le fait que l’Allemagne reconnaisse la nécessité de places d’internement des migrants à ses frontières va faire tâche d’huile. L’Autriche déjà boucle les siennes et l’Italie en fera de même. On assiste bien à un basculement global de la scène politique, tant européenne qu’allemande. Or compte tenu du poids de l’Allemagne dans l’UE, ceci aura des conséquences importantes.

Au-delà, le conflit, même provisoirement éteint par un compromis de dernière minute, laisse les deux protagonistes en piteuse position. Le gouvernement allemand sera durablement paralysé pour les mois qui viennent. Alors, bien sûr, on peut penser à de nouvelles élections. Mais, ces dernières seraient une catastrophe pour le SPD (tombé à moins de 18% des intentions de vote, un score jamais atteint depuis 1949). On peut donc penser que ce dernier parti s’accrochera désespérément au pouvoir, renforçant en fait le blocage politique : le pays est dans une situation de paralysie politique. Cela signifie que l’Allemagne sera dans l’impossibilité d’imprimer sa marque sur la politique de l’UE. La France pourrait-elle se substituer à elle ? Les échecs que vient de subir Emmanuel Macron quant à sa politique européenne indiquent bien que non [4].

Une France impuissante

De fait, sur un autre front, on voit aussi se préciser aussi la crise qui vient. L’Allemagne et les Pays-Bas viennent de rejeter le système de garantie des dépôts bancaires, c’est-à-dire la garantie effective des dépôts de 100 000€ [5]. Or ce rejet frappe de caducité l’Union bancaire qui avait été, il convient de le rappeler, la SEULE avancée de l’UE depuis 2008 sur les questions bancaires et financières. La crise de l’Union bancaire touche aussi de plein fouet la position française car l’Union bancaire avait été le projet soutenu essentiellement par le gouvernement français. Bien entendu, de nombreuses critiques avaient pu être formulées sur l’Union bancaire, et mes lecteurs habituels s’en souviendront certainement [6]. Cette « union » était fragile et n’avait pas le budget suffisant pour faire face à une nouvelle crise bancaire. Ce qui s’est produit le 29 juin n’en est pas moins important. Aucun accord sur le « pot » commun destiné à aider les banques en faillite, ce que l’on appelle aussi le « backstop », et pour secourir les banques en difficulté n’a pu être trouvé. Bien sûr, la décision a été repoussée pour la fin d’année 2018, mais les divergences entre les pays membres sont désormais immenses. Il est désormais très peu probable que les pays de l’UE arrivent à s’entendre sur autre chose que le fait de ne pas s’entendre. Cela met à mal tous les projets et les rêves d’une Europe fédérale qui étaient ceux d’Emmanuel Macron.

Le grand perdant?

Or, c’est l’Allemagne qui va être désormais rapidement confrontée à une crise bancaire. La situation de la Deutsche Bank, incapable de passer les tests de robustesse mis sur pied par la Réserve Fédérale aux Etats-Unis [7], va exiger des actions importantes d’ici quelques mois, voire durant l’été. Il convient de se souvenir que l’Union bancaire avait été initialement conçue comme un moyen d’empêcher un pays d’agir à sa guise, en construisant un système de sécurité à l’échelle de l’UE. Mais, la faillite de fait de l’Union bancaire renvoie les pays de l’UE à la situation qui était la leur en 2008. On voit bien ici que la paralysie qui gagne l’UE va obliger l’Allemagne à « sauver » la DB (ce qu’elle fera certainement au vu de l’importance de cette banque pour son économie). Mais, ce faisant, elle donnera le signal pour que l’Italie procède à un sauvetage massif de ses propres banques en difficulté. Dès lors, au chacun pour soi qui prédomine sur la question des migrants, viendra s’ajouter un chacun pour soi sur la question bancaire, en attendant que ce chacun pour soi ne s’étende à la zone Euro [8]. Sur ce point, il convient de relire le récent article de Joseph Stiglitz qui est désormais fort pessimiste quant à l’avenir de la zone Euro [9].

[Voir sur le site upr.fr:]

Un par un, les économistes rejoignent discrètement les analyses de l’UPR sur l’euro – par Vincent Brousseau

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La deuxième phase de l’action du gouvernement italien

La crise de l’UE ne s’arrête pas là. Le gouvernement italien a décidé de passer à une deuxième phase de son action. Après avoir fait preuve de fermeté face aux « migrants » et à certaines ONG, il est en train de prendre des mesures favorables aux travailleurs, comme la pénalisation des CDD quand ils sont utilisés systématiquement [10]. Il est possible qu’il procède dans le cours de l’été à d’autres mesures, comme un relèvement général des salaires et une annulation – partielle ou totale – de la réforme des retraites mise en place par les précédents gouvernements. Cette perspective inquiète déjà la BCE, qui a adressé au gouvernement italien une mise en garde. Mais, porté par la popularité acquise par son attitude sur la question des « migrants » et renforcé par la crise que connaît l’UE mais aussi l’Allemagne, il est peu probable que le gouvernement italien soit véritablement sensible aux avertissements de la BCE.

Et ce d’autant plus qu’il se prépare à des mesures de fond, concernant notamment une importante relance des investissements publics, une réforme qui provoquera une forte montée de son déficit budgétaire.

La crise interviendra donc très probablement cet hiver. Et l’on comprend la stratégie de Giuseppe Conte : affaiblir les institutions de l’UE pour être dans la meilleure position pour négocier. Nul ne sait si cette stratégie sera gagnante, mais, en « portant la discorde chez l’ennemi » comme l’écrivait il y a presque un siècle celui qui allait devenir le Général de Gaulle, il a incontestablement marqué un point important. Il s’affiche désormais comme un dirigeant avec une véritable stratégie alors que Mme Merkel et Emmanuel Macron en restent, eux, à des effets de communication…

Une Union européenne discréditée ?

Plus globalement, il convient de se demander si l’UE n’est pas aujourd’hui profondément discréditée aux yeux des électeurs des différents pays. Cela se manifeste dans des attitudes qui vont du Brexit de 2016 en Grande-Bretagne à l’élection de partis eurosceptiques ou eurocritiques en Autriche, Hongrie et Italie. De même, en France, un sondage publié le 4 juillet dans la Tribune, et réalisé par BVA, indique que la politique de l’UE n’est pas ressentie par les personnes interrogées comme favorable. Ainsi, à la question « les orientations économiques de l’Union européenne sont plutôt une bonne chose pour… » les réponses des français sont édifiantes :

 

Les orientations économiques de l’Union européenne sont plutôt une bonne chose pour…

  Oui Non Ne se prononcent pas
Les entreprises françaises 38% 54% 8%
La situation économique en Europe 41% 52% 7%
L’emploi en Europe 39% 53% 8%
La situation économique en France 33% 60% 7%
L’emploi en France 27% 66% 7%

Sondage BVA-La Tribune du 4/07/2018

Plus de 60% des français considèrent donc la politique de l’UE comme mauvaise, que ce soit en ce qui concerne la situation économique en France ou l’emploi. Le désaveu est aujourd’hui massif.

Par ailleurs, dans un sondage réalisé au début du mois de juin par l’IFOP pour le site Atlantico, une majorité de personnes interrogées (58%) considéraient que dans dix ans l’UE serait plus fragile et plus faible qu’aujourd’hui [11].

Ces chiffres montrent que la crise actuelle est bien plus profonde que la seule question des « migrants ». L’UE apparaît comme durablement discréditée. Ses deux pays principaux sont aujourd’hui paralysés et les opinions dites « Eurosceptiques » progressent dans l’ensemble des pays. Giuseppe Conte a révélé une crise plus qu’il ne l’a provoquée. Mais, ce processus de révélation peut très bien avoir sa dynamique propre et entraîner un mouvement toujours plus puissant de défiance généralisée. En un sens, on peut considérer que le processus de déconstruction de l’UE a commencé. Pourtant, il ne deviendra irréversible que quand ses adversaires proposeront des formes institutionnelles de remplacement*.

Notes

[1] http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/06/29/31002-20180629ARTFIG00327-accord-sur-les-migrants-l-italie-et-l-autriche-nouveaux-chefs-de-file-de-l-europe.php

[2] https://www.ft.com/content/f1b50022-7e14-11e8-bc55-50daf11b720d

[3] Voir https://www.eurointelligence.com

[4] Voir l’excellent article d’Ambrose Evans-Pritchard, https://www.telegraph.co.uk/business/2018/06/29/macrons-euro-dream-lies-ruins-eu-summit-debacle/

[5] https://www.euractiv.fr/section/economie/news/eu-leaders-postpone-completion-of-banking-union/

[6] https://russeurope.hypotheses.org/5079

[7] https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/deutsche-bank-echoue-aux-stress-tests-de-la-fed-783505.html

[8] http://www.telegraph.co.uk/business/2018/05/23/eurozone-slowdown-raises-fears-will-no-economic-rebound/

[9] https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0301881720694-le-gouffre-qui-menace-dengloutir-la-zone-euro-2188018.php#

[10] https://www.boursedirect.fr/fr/actualites/categorie/economie/italie-le-gouvernement-adopte-des-mesures-pour-l-emploi-afp-67a15fd219e8e6eeff7151a0e4f7406124263d3f

[11] http://www.atlantico.fr/decryptage/sondage-exclusif-58-francais-pensent-que-dans-10-ans-ue-sera-plus-fragile-et-faible-qu-aujourd-hui-ifop-jerome-fourquet-3412650.html

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-union-europeenne-le-debut-de-la-deconstruction-par-jacques-sapir/

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*Commentaire sur le site (que nous aurions pu écrire):

Plim // 06.07.2018 à 08h16

Je ne vois pas l’intérêt de faire une autre Europe…
Si vous vous entendez bien avec vos voisins, ce n’est pas pour autant que vous aimeriez vivre dans le même appartement, à manger la même chose, à se coucher à la même heure et à avoir les mêmes loisirs ?
Soyons un État indépendant et souverain (ce n’est pas à la mode), respectons les différences de nos voisins (ça, ça devrait être à la mode) et faisons des alliances ciblées avec les États qui ont les mêmes intérêts que nous.
Bref, ce que l’on faisait déjà avant l’UE…
Sortons de cet apartheid, ouvrons-nous au Monde.

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jeudi 5 juillet 2018

Accord migratoire en Allemagne : Merkel sauve sa coalition, mais reste fragilisée

Voilà Angela Merkel réjouie. La chancelière allemande est parvenue à préserver sa coalition en concluant, lundi soir, à l'arraché, un compromis avec son ministre de l'Intérieur (rebelle) Horst Seehofer sur la politique migratoire. Il prévoit la mise en place de "centres de transit" à la frontière entre l'Allemagne et l'Autriche afin d'y installer les demandeurs d'asile arrivant dans le pays, mais déjà enregistrés dans un autre État européen, en attendant leur expulsion vers le pays d'entrée en Europe.

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Hier, l'Allemagne était au bord de la crise politique dès lors que Horst Seehofer, qui réclamait un durcissement des conditions d'accueil des migrants en Allemagne, a proposé de démissionner de son poste de ministre de l'Intérieur ainsi que de la présidence de la CSU. Cela aurait pu déclencher de nouvelles élections et mettre Angela Merkel sur la touche. Mais malgré cet accord, la chancelière reste fragilisée : les sociaux-démocrates, troisième force la coalition, hésitent encore à le soutenir.

Une victoire en demi-teinte

Contestée par son allié conservateur bavarois de la CSU, Angela Merkel a, en apparence, obtenu une victoire en sauvant son gouvernement - une coalition composée du centre-droit CDU, de la droite bavaroise CSU et des sociaux-démocrates -, et en se maintenant au pouvoir. Mais sur le fond, elle a accepté de fortes restrictions à l'immigration. Le compromis trouvé avec le chef de file de la droite conservatrice Horst Seehofer marque ni plus ni moins la fin de la politique migratoire généreuse inaugurée en 2015 par la chancelière. Cette année-là, Angela Merkel avait décidé de laisser entrer sur le territoire allemand des milliers de réfugiés syriens bloqués en Hongrie.

Pour l'un des proches du ministre de l'Intérieur, Markus Blume, l'accord conclu lundi constitue "un tournant de la politique d'asile" allemande. Si Horst Seehofer s'en est forcément félicité - "il s'agit d'un accord clair sur la façon d'empêcher l'immigration illégale aux frontières entre l'Allemagne et l'Autriche" -, le troisième partenaire de la coalition gouvernementale, le parti social-démocrate SPD, fait la moue. Ce dernier, hésitant, doit encore se prononcer en faveur ou non de cet accord. S'il le rejette, la coalition gouvernementale est à nouveau sérieusement menacée.

L'Autriche menace d'en faire de même avec ses frontières du Sud

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L'Autriche, première concernée par ce revirement de la politique migratoire allemande, a déjà fait savoir qu'elle ne se satisfaisait pas des termes du compromis.

Car en principe, les renvois de migrants doivent se faire en accord avec les pays d'entrée et non de manière unilatérale par l'Allemagne. Mais si des accords ne peuvent être trouvés, il est prévu de refouler les migrants vers l'Autriche. Le gouvernement autrichien, qui associe l'extrême-droite et les conservateurs, et qui vient de prendre la présidence tournante de l'Union européenne, a prévenu qu'en pareil cas, il prendrait des mesures identiques à ses propres frontières, notamment avec l'Italie et la Slovénie. Avec le risque d'un effet domino en Europe.

"Si l'Allemagne croit qu'ils peuvent simplement renvoyer des gens en Autriche, en bafouant le droit international, nous expliquerons aux Allemands que nous ne les accueillerons pas", a prévenu la semaine dernière le ministre de l'Intérieur autrichien Herbert Kickl.

 (avec AFP et Reuters)

OUTIL STRATAGEME

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mardi 19 juin 2018

La décomposition de l’UE

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir

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L’Union européenne se décompose. Très clairement, la question des « migrants » a joué le rôle d’un détonateur. Sur cette question s’additionnent les erreurs politiques, un discours à prétention morale qui s’avère être fondamentalement moraliste, et une énorme hypocrisie.

On en a la preuve avec le cas de l'Aquarius, ce navire affrété par l'ONG SOS-Méditerranée. Mais, sur le fond, cette question n'a fait que refléter les contradictions internes qui se sont développées au sein de l'UE. En un sens, on peut penser que rares sont les dirigeants qui « croient » encore en une UE fédérale.

Macron au Forum de Saint-Pétersbourg
© Sputnik . Ramil Sitdikov
Cette décomposition pourrait aboutir à diverses solutions, et même si le nom « Union européenne » devait survivre, il est clair que ce ne serait plus l'UE telle qu'elle fut imaginée et mise en pratique depuis le vote du fameux « Acte Unique » de 1986. Nous assistons à l'écroulement de plus de trente années de « construction européenne ».

Un contexte chargé

Il y a eu tout d'abord le Brexit, voté en 2016, et que d'aucuns espéraient voir inverser par on ne sait quel traquenard « légal ». Or, avec le vote récent au Parlement britannique où Mme Theresa May l'a emporté sur la fraction pro-UE, il est clair que le BREXIT aura bien lieu. Le Royaume-Uni quittera donc bien l'Union européenne (UE). Les élections générales de ces 6 derniers mois, en Hongrie, en Autriche, mais aussi en Slovénie, ont porté (ou maintenu) au pouvoir des gouvernements clairement eurosceptiques, souhaitant une modification profonde des règles de l'UE. Enfin, l'action de l'actuel gouvernement italien, résultant d'une coalition entre le M5S et la Lega a aboutit à mettre en lumière ces contradictions.

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La décision du Ministre de l'intérieur Italien, M. Matteo Salvini, de refuser au navire Aquarius, le droit de débarquer les migrants recueillis a causé un scandale. Les bonnes âmes se sont élevées contre cette décision. Mais, celle-ci a respecté d'une part le droit international maritime, et le fait que l'ONG en question n'ait pas attaqué le gouvernement italien en témoigne, et d'autre part les cas d'urgences humanitaires ont été respectés. En dépit de déclarations souvent fracassantes, M. Salvini a accepté que les femmes enceintes et les personnes gravement malades soient débarquées, et les Garde-Côtes italiens continuent leurs missions de sauvetage. L'Aquarius est escorté par un navire des Garde-Côtes italiens, ce que reconnaît l'ONG SOS-Méditerranée elle même.

Hypocrisies franco-allemandes

Ce qui est donc en cause, c'est une politique caractérisée par un aveuglement au réel et une immense hypocrisie de l'UE, mais aussi de l'Allemagne et de la France. C'est cette hypocrisie en particulier qui a fait porter à l'Italie le poids presque exclusif de l'accueil des « migrants » depuis ces trois dernières années.

La reculade du Président français, M. Emmanuel Macron, qui — après avoir dénoncé l'attitude de l'Italie en des termes de morale plus que de politique — a été obligé de baisser de ton est significative. Il est revenu à une position plus raisonnable, mais au prix d'une humiliation internationale. Les deux dirigeants ont affiché une entente d'autant plus cordiale que l'on sait que l'on était passée au bord de la crise.

Drapeau de l'UE
© REUTERS / Tony Gentile
Mais, cette crise s'est invitée en Allemagne où Angela Merkel a été obligée de composer avec son propre Ministre de l'intérieur M. Horst Seehofer. Ce dernier, soutenu par une majorité des députés de la CDU-CSU, souhaite que l'Allemagne passe un accord avec la Grèce et l'Italie sur la question des migrants, un accord qui permettrait à l'Allemagne de rejeter tous migrants non préalablement enregistrés. On apprenait une réunion des trois ministres de l'intérieur de l'Allemagne, de l'Autriche et de l'Italie sur la question de l'immigration illégale. Cela montre la volonté des gouvernements de se coordonner. Mais, et cela n'aura échappé à personne, il s'agit d'une coordination inter-gouvernementale entre des Etats souverains, coordination qui contourne allègrement les procédures et les habitudes de l'UE et qui, probablement, mettra en cause ses règles. Signe des temps?

Le poids de l'économie dans cette décomposition

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On pourrait croire que la question des « migrants » épuise l'ordre du jour de l'UE. Ceci est loin d'être le cas. Le gouvernement italien, toujours lui, vient d'annoncer qu'il proposerait au Parlement de na pas ratifier le CETA, ce traité de Libre-Echange signé entre le Canada et les pays de l'UE. Une décision qui pourrait bien provoquer à terme l'annulation de ce traité. Cette décision du gouvernement italien, contradictoire avec la volonté de la Commission Européenne de décider, en lieu et place des Etats, sur les questions commerciales, réaffirme le rôle premier, et fondateur, de la souveraineté des Etats. De même, le gouvernement italien a laissé entendre qu'il pourrait s'opposer au renouvellement des sanctions contre la Russie. Ici encore, on est en présence d'une décision prise au consensus. Si un pays brise ce consensus, d'autres suivront.

Les questions économiques, et commerciales, tiennent donc une place importante dans le processus de décomposition de l'UE. Un processus qui a été mis en exergue par la décision de l'Allemagne de refuser la plus grande partie des propositions faites par le Président Français, Emmanuel Macron. La publication récente par l'OFCE d'un texte sur le rôle délétère de l'Euro vis-à-vis des économies tant françaises qu'italiennes le confirme (1). De fait, on constate que le « couple franco-allemand » n'existe pas, si ce n'est dans les délires des éditocrates français. [ce qu'explique François Asselineau depuis des années! NdR] Les formes prises par les « récits » de la crise engendrée par l'Italie, au premier lieux desquels les scandaleuses « unes » de la presse allemande mais aussi les lots extrêmement blessants qu'Emmanuel Macron avait utilisés, sont à la fois un symptôme de la décomposition de l'Union européenne, mais en constituent aussi une de ses causes.

De la souveraineté des Nations

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Cette décomposition de l'UE est cependant un processus de long terme. Dans ce contexte, le geste de Matteo Salvini à propos de l'Aquarius, que l'on l'approuve où non, a provoqué une césure importante. Il a démontré qu'un pays pouvait s'affranchir des règles de l'UE* et démontré tout à la fois l'inexistence de la « souveraineté européenne », ce mythe si cher à Emmanuel Macron et l'existence de sa propre souveraineté.

Ce geste aura des conséquences. Il contribue à redonner aux italiens une confiance dans le gouvernement de leur pays et dans les capacités de ce dernier. Mais, ce geste est aussi important pour les autres pays de l'Union européenne. Car, si l'Italie peut recouvrer sa souveraineté, peut dans un moment de crise décider que c'est elle qui fixe l'ordre du jour des problèmes à traiter tout autant que la nature des solutions, ce qui est une définition de la souveraineté, alors d'autres pays retiendront la leçon.


(1) Villemot S., Ducoudré B., Timbeau X., « TAUX DE CHANGE D'ÉQUILIBRE ET AMPLEUR DES DÉSAJUSTEMENTS INTERNES À LA ZONE EURO », in, Revue de l'OFCE, n°156 (2018)

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201806161036825136-unionne-europeenne-migrants/

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*"Il a démontré qu'un pays pouvait s'affranchir des règles de l'UE": la conclusion me semble un peu rapide, attendons quand même de voir la suite. L'affaire des "migrants", n'en déplaise à certains, n'est pas l'élément central des difficultés à venir, ce que Sapir reconnait par ailleurs. Par contre, on voit bien que les temps changent, et c'est une très bonne nouvelle.  P.G.

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samedi 16 juin 2018

Défense européenne, l’éternelle rêverie française [réédition]

COMMUNICATION REEDITION

Le spécialiste de la défense Philippe Migault analyse le projet de défense européen, maintes foi soutenu et débattu, mais toujours voué à l'échec.

TL EUROPE DEFENSE

A chaque départ du Tour de France, on se prend à rêver. «Nous allons vers un tour toujours plus propre», «le dopage n’a plus droit de cité dans le peloton»… Chacun sait qu’il est physiologiquement impossible de maintenir une vitesse moyenne de 40 km/h pendant trois semaines de course, jalonnée d’obstacles redoutables, en marchant à l’eau claire et au courage. Mais qu’importe. Cyclistes, organisateurs, sponsors et médias, pas dupes pour un sou, récitent chaque année la même fable. Avec le même enthousiasme, le même optimisme de façade. Cette fois, allez, c’est la bonne !

Il en va à peu près de même entre les dirigeants européens et la presse dès que l’on traite de l’Europe de la défense. Chacun sait que le projet du moment va capoter comme les précédents mais chacun fait mine d’y croire. Par militantisme européen. Parce que le politiquement correct l’exige. L’accord donné par l’Allemagne à la constitution d’une force commune européenne d’intervention, salué par les médias français, n’échappe pas à la règle. Il finira, comme les autres, aux oubliettes.

Il suffit de lire entre les lignes pour le comprendre.

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Qu’a dit Angela Merkel ? Qu’elle était prête à engager des moyens allemands au sein d’une «force d’intervention européenne», permettant à l’Union européenne de s’engager militairement sur des «théâtres d’opérations extérieurs.» Formidable ! Cela va dans le sens des missions de Petersberg, concept défini par l’Union de l’Europe Occidentale (UEO) en 1992, repris par l’UE ensuite, notamment dans le cadre du Traité de Lisbonne. Les 27 réaffirment donc leur volonté d’être en mesure de conduire des opérations de maintien ou de rétablissement de la paix, similaires à celles qui ont été conduites dans les Balkans dans les années 1990, mais aussi de pouvoir conduire des missions humanitaires ou d’évacuation de ressortissants dans des zones de crise. Les «nombreuses armées européennes», que Madame Merkel espère intégrer au sein de cette «force d’intervention européenne, vont donc venir renforcer la «force de réaction rapide» européenne décidée en 1999 et opérationnelle depuis 2003. Forte de 100 000 soldats, de 400 avions de combat, de 100 navires de guerre, celle-ci a déjà belle allure. Avec ce renfort, elle devrait nous permettre d’intervenir en Afrique, au Moyen-Orient, partout où la paix et la liberté l’exigent. Reste à régler les questions de synergie et de commandement entre les deux forces, l’ancienne et la nouvelle.

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Ce qui devrait être facile puisque la «force de réaction rapide» en question n’a en fait, jamais vu le jour. Comme tous les autres projets européens de ce type. Après l’échec de la «force de réaction rapide», peut-être trop ambitieuse, les Européens ont bien essayé de construire une capacité d’intervention européenne à leur niveau. Ils ont constitué des Groupements tactiques interarmées (GTIA) multinationaux de 1 500 hommes chacun, fédérant, souvent sur une base régionale, les moyens de différents Etats. De «gros régiments» susceptibles d’être déployés rapidement sur un théâtre d’opérations et n’exigeant pas de moyens trop lourds. Théoriquement opérationnels depuis onze ans, aucun d’entre eux n’est jamais allé au feu. Pourquoi ? Parce qu’aucun Etat européen en dehors de la France ne veut combattre en dehors du cadre Otanien.

Pour les Allemands, l'enjeu est industriel 

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Il ne faut d’ailleurs pas se leurrer. Si l’équipe Macron affiche son volontarisme, les militaires français, s’ils font mine de s’enthousiasmer pour ce genre de projet, n’ont surtout pas envie qu’une telle usine à gaz voit jamais le jour. Pour eux aussi, particulièrement pour les marins et les aviateurs, habitués depuis 1949 à coopérer étroitement avec les forces armées américaines et britanniques, l’Alliance Atlantique est l’Alpha et l’Omega. Constituer un énième machin européen, qui ferait doublon, n’aurait aucun sens… Du point de vue de l’armée de terre, on sait pour d’autres raisons à quoi s’en tenir. Habituée à voir tomber ses hommes en première ligne au Mali pendant que les Allemands s’occupent de la logistique et de l’entraînement des autochtones à l’arrière, elle sait qu’en dehors des Britanniques, les autres Européens ne sont pas prêts à se battre, c’est-à-dire à tuer en s’assumant, et à mourir pour sa patrie autrement que dans un cadre de stricte défense territoriale.

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Angela Merkel l’admet parfaitement en filigrane, lorsqu’elle rappelle que la Bundeswehr, par ailleurs totalement inopérationnelle, restera dans le cadre de cette «force d’intervention européenne» sous le «commandement du Parlement» allemand. L’Allemagne, gouvernée par une coalition CDU-SPD ayant la religion du pacifisme, n’acceptera une fois de plus de déployer ses militaires qu’à condition qu’ils ne prennent part à aucun engagement, sauf – et encore – par accident. On peut d’ailleurs soupçonner Madame Merkel de se moquer discrètement des Français lorsqu’elle évoque la future «culture militaire stratégique commune» de la future force. Car il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de culture commune de ce type entre la France et l’Allemagne. Encore moins entre les 27.

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Pour les Allemands, l’enjeu, comme d’habitude n’est pas militaire. Il est industriel. «La défense européenne est très importante. A partir des 180 systèmes d'armement qui coexistent actuellement en Europe, nous devons parvenir à une situation similaire à celle des Etats-Unis, où il y a seulement 30 systèmes d'armement», a déclaré la chancelière allemande. Avec en tête un objectif très clair : faire du marché européen de l’armement, chasse gardée américaine, une chasse gardée allemande. Sous-marins, blindés…etc : l’Allemagne multiplie les projets de programme communs tout en constituant, peu à peu, une armée multinationale équipée d’armements allemands.

Paris rêve d’une Europe puissante. Berlin rêve, de la Ruhr à Hambourg, de Brême à la Bavière, d’une industrie de défense puissante, vendant ses produits comme des petits pains à des clients à son image, respectueux des droits de l’homme, pacifistes, n’acceptant le combat qu’en cas d’agression contre l’Europe.

Après la guerre à l’arrière, l’armement pour du vent en somme.

https://francais.rt.com/opinions/51369-defense-europeenne-eternelle-reverie-francaise

mardi 12 juin 2018

Italie : l’union par la souveraineté

TRIBUNE LIBRE/ Source : Monnaie Prix, 03-06-2018

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L’Italie s’est donc finalement dotée du gouvernement de coalition qu’on prétendait lui interdire. Ce gouvernement s’est finalement formé avec Paolo Savona, l’économiste anti-euro qui fut refusé par le Président Mattarella au poste de Ministre des Finances, qui a été nommé aux affaires européennes. Aux finances, c’est finalement Giovanni Tria, un économiste à l’origine assez libéral mais devenu euro-critique et favorable à une relance des investissements publics par le financement de la création monétaire, qui a été nommé. Tria, c’est vraiment le plus important, est tout à fait conscient du dysfonctionnement de l’euro, il a compris que l’euro désindustrialisait les pays qui l’ont adoptés au bénéfice de l’Allemagne, parce que ces pays ne peuvent plus ajuster leur compétitivité par le taux de change, comme il le faisaient avant le traité de Maastricht.

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Or l’Italie et la France, pour ne parler que de ces deux pays, ont un fonctionnement social très différent de l’Allemagne, et ont notamment une organisation plus favorable aux salariés. Cela ne les a pas empêché, jusque dans les années 90, de se développer aussi bien et même plus rapidement que l’Allemagne au plan industriel, parce que leur productivité était meilleure, et que, grâce à une monnaie un peu plus faible, leurs produits étaient plus compétitifs à l’étranger. Il faut souligner que le niveau d’une monnaie, son taux de change donc, n’a pas une cause unique. Il y a des avantages et des inconvénients à avoir une monnaie plus ou moins forte. Dans le cas de la France et de l’Italie, cela produisait un peu plus d’inflation qu’en Allemagne, avec des conditions sociales plus favorables aux salariés, et une meilleure compétitivité prix des produits. Fondamentalement, le niveau du taux de change était plus favorable à l’investissement et au développement industriel et moins favorable aux épargnants. Inversement, l’Allemagne menait et mène encore une politique moins favorable aux salariés, ce qui lui permet d’avoir moins d’inflation tout en restant compétitive au niveau des prix. C’est une politique plus favorable aux possesseurs de capital, et qui permet l’investissement seulement dans la mesure où elle gagne des parts de marché sur ses voisins. Avec l’euro qui empêche la régulation entre les pays par le taux de change, l’Allemagne l’emporte systématiquement sur ses voisins et défait donc l’équilibre économique et social européen qui prévalait jusque dans les années 90.

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Cela Tria l’a compris, aussi ne sera-t-il pas surpris que l’Allemagne défende bec et ongle l’euro, quitte à utiliser la BCE pour cela. On peut donc penser que Tria saurait répondre à une telle attaque, comme elle a eu lieu en Grèce en 2015, qui consiste, rappelons-le, à couper l’alimentation en euro d’un pays. Il est d’ailleurs possible que l’administration italienne ait déjà commencé à s’organiser pour répondre à une telle attaque en se préparant faire circuler les bons du trésor, c’est-à-dire la dette italienne, comme une monnaie nouvelle. C’est la philosophie des mini-BOTS, dont on a parlé en Italie pendant la campagne. Si cette méthode était mise en oeuvre de façon massive, elle permettrait de faire circuler une monnaie parallèle à l’euro à partir du Trésor public italien, qui se transformerait alors en banque, comme il l’a souvent été dans l’histoire des différents pays du monde. De plus dans ce cas, les investissements publics pourraient être naturellement financés à taux zéro, cela permettrait donc de déconnecter la dette italienne nouvellement émise des marchés financiers. Mais cette question ne se posera qu’au moment où les Italiens décideront de mettre en place une politique d’investissement contra-cyclique, ce qui est dans leur accord de gouvernement. Alors la crise de l’euro commencera, car ils devront défendre leur souveraineté face à l’Allemagne. Ce sera l’heure de vérité.

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Pour l’heure, c’est plutôt sur la politique migratoire que Matteo Salvini, le nouveau Ministre de l’Intérieur, ouvre un premier front en désirant remettre en cause l’accord de Dublin sur la politique migratoire de l’UE. Il affirme que pour sauver les vies en Méditerranée, il faut empêcher les départs de bateaux depuis le Maghreb, et augmenter le nombre de rapatriements d’illégaux, sauf pour les migrants venant de pays en guerre. Il veut réduire les fonds d’aide européens dédiés à l’accueil des migrants, et s’attaque aux ONG qu’il accuse d’être complices des passeurs. Sur ce dossier, il risque dores et déjà d’y avoir une première confrontation avec l’Allemagne, mais un compromis sera certainement trouvé, contrairement au problème de l’euro.

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Mais de façon intéressante, il faut noter l’excellent accueil qui est réservé à Salvini, l’ancien sécessionniste du Nord de l’Italie, en Sicile, en plein coeur de ce Mezzogiorno qu’il voulait « larguer » dans sa jeunesse, et qui a voté massivement pour le M5S. A Catane, Salvini a été accueilli par des foules compactes qui ont applaudi avec enthousiasme à ses discours. Cela n’est pas un fait anodin. A un moment où les régionalismes semblent plus puissants que jamais en Europe, que ce soit en Ecosse, en Catalogne ou en Corse, on constate que les deux Italie (pour ne pas parler de la troisième Italie entre Gênes et Rome) sont plus unies que jamais elles ne l’ont été depuis la fin de la guerre civile, depuis « la victoire mutilée » lors de la Première guerre Mondiale ou le Risorgimento et l’unification au 19ème siècle par Garibaldi et Cavour. Elle sont unies derrière ce gouvernement de coalition, à contre-courant de ce qui se passe en Europe, parce que ce gouvernement défend la souveraineté de l’Italie toute entière, face aux forces qui la remettent en question. Voilà une autre leçon, et pas la moindre, que nous adresse l’actualité en Italie : c’est la lutte pour la souveraineté et la justice sociale qui peuvent seules venir à bout des divisions politiques et culturelles du peuple.

Source : Monnaie Prix, 03-06-2018

https://www.les-crises.fr/italie-lunion-par-la-souverainete/

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On aimerait partager l'optimisme de l'auteur, mais le maintien de l'Italie dans l'UE et dans l'OTAN risque de montrer très vite les limites de la coalition, à moins que la confrontation ne les amène à tenter d'aller plus loin, mais à quel prix? Il y a une différence entre une sortie ordonnée et concertée et une sortie sur fond ce crise économique, financière, politique et géopolitique. D'autant qu'il n'y a pas, à ma connaissance, de "plan B"...   P.G.

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lundi 11 juin 2018

Vidéos du jour

VIDS NATACHA SIGE PENSEUR SAUVAGE

Réponse à Tatiana Ventôse (le Frexit, et après ?)

Notre ami "Penseur sauvage" répond à une "youtubeuse" qui affirmait que l'UPR n'avait pas de programme, en dehors de la triple sortie.

https://www.youtube.com/watch?v=7OXavqICbtM&feature=share&app=desktop

 

Vincent Lapierre à l'UPR – ouille !

Il a raison au moins sur un point: l'intervention des "représentants du BN" est très peu professionnelle et donne une image désatreuse de l'UPR. Ce qu'il ne dit pas, c'est que le groupe "Egalité & Réconciliation" a insulté ouvertement François Asselineau par la voix de son président Alain Soral. Difficile dans ces conditions de se présenter comme un média bienveillant, même s'il est vrai que Vincent Lapierre n'est pas Soral, et que son travail est connu pour être plutôt honnête, quoiqu'on pense de l'orientation idéologique d'E&R.  Avant de se poser en victime de la "liberté d'expression", il devrait comprendre que les réactions intempestives de son patron peuvent provoquer des gênes, voire de l'hostilité!

Mais il est vrai qu'il y a la manière, comme on dit. De même pour ces militants qui s'enflamment sur les réseaux sociaux, donnant une image sectaire de notre parti: on doit pouvoir expliquer ses positions avec courtoisie et respect, franchise et fermeté, en respectant ses interlocuteurs. A plus forte raison quand on est responsable. A leur décharge, rappelons que nos militants ne sont pas des professionnels de la politique et que les gens ne se bousculent pas pour prendre des responsabilités. Facile ensuite de critiquer. Bref, il faudra faire mieux la prochaine fois, en terme de communication. Nous en parlerons sans doute lors de notre prochain conseil national, qui se tient le 16 juin, ça tombe bien.   P.G.

https://www.youtube.com/watch?v=5pvEWXMXmek

REPORTAGE VINCENT LAPIERRE 3

L'UPR - Les Reportages de Vincent Lapierre

https://www.youtube.com/watch?v=p9sjlhtJr2Q

 

 

Plus sérieusement, une vidéo dans laquelle Natacha Polony met les pieds dans le plat sur la question du rapport des Allemands à l'euro.

POLONY SANS FILTRE

N. Polony - L’Allemagne prépare la sortie de l'Euro ?

https://www.youtube.com/watch?v=FQDnlPnyjng

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lundi 4 juin 2018

« Trump ne veut plus aucune Mercedes sur la 5ème Avenue ! Il déclare la guerre à l’Europe !! »

TRIBUNE LIBRE / par | 1° Juin 2018

TL CS MERCEDES

Ha, Trump, mon bon Trump, mon brave Trump… Je sais, on n’a pas le droit de faire des compliments au président américain que l’on se doit d’insulter et de traiter d’abruti et de populiste pour être bien vu dans les médias.

D’une part, les « médias » ne demandant pas mon avis, ce qui me laisse une immense liberté de parole dont je ne peux que les remercier, et étant d’autre part très versé aussi bien dans la doctrine de Sun Tzu que de Machiavel, et n’ayant pas la moindre crainte à évoquer la raison d’État (et je parle du nôtre), je dois vous avouer que les dernières saillies (économiques et pas avec les call-girls) du président américain me ravissent l’esprit.

Vous connaissez l’adage « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ».

En voici une version moderne et adaptée avec le trio USA-Allemagne-France.

Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais les hauts fourneaux dans notre pays se font plutôt rares, et puis l’acier français n’est plus ce qu’il était… Demandez à Monsieur Mittal qui fait du métal avec Arcelor. Non, la hausse des taxes sur l’acier européen aux États-Unis ne va pas provoquer chez nous des insomnies irréparables.

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Allons même un poil plus loin. Comme nous n’avons pas de Mercedes, et qu’il n’y a bien que le Mentalist pour rouler aux États-Unis dans une voiture française (de collection et des années 60), notre auguste industrie automobile est largement à l’abri des droits de douane de la seigneurie de la Maison Blanche !

En revanche, la grosse Bertha d’outre-Rhin fait grise mine, et c’est là que je me marre !

Charles arrête d’écrire de cette façon-là, ce n’est pas sérieux, me glisse ma tendre épouse dans l’oreille. Je sais, je sais, mais j’aime parler de sujets très sérieux de manière fort badine. Cela dédramatise les choses pourtant importantes pour notre avenir collectif.

Trump à Macron !

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« Trump aurait déclaré à Macron qu’il s’emploierait à ce que plus aucune Mercedes ne roule sur la Cinquième Avenue à New York, selon un hebdomadaire économique allemand. Si l’enquête demandée mi-mai par le président américain sur les importations automobiles débouchait sur une augmentation de 25 % des droits de douane, comme le craignent notamment les constructeurs allemands, cela pourrait provoquer pour la voiture haut de gamme allemande, une charge de 4,5 milliards d’euros.

Le président américain Donald Trump, engagé dans une lutte sans merci contre son déficit commercial, a dit en avril à son homologue français Emmanuel Macron qu’il interdirait les voitures de luxe allemandes aux États-Unis, écrit le Wirtschatswoche jeudi, citant plusieurs diplomates américains et européens. »

C’est d’ailleurs quasi-officiel avec à la manœuvre des fuites « franco-américaines », toujours cette histoire de « les ennemis de mes ennemis sont mes amis », et les relations internationales mes amis, sont très retors !

Angela la mondialiste face à Trump le souverainiste !

Souvenez-vous, il y a quelques mois, quand Trump accédait à la Maison Blanche sous les huées et les quolibets de l’élite mondialiste mondiale (je sais, c’est un tantinet redondant) la Merkel, la grande, la belle mondialiste devenait la héro.e (mon écriture inclusive pointe juste le ridicule de l’écriture inclusive) en étant bombardée de facto « leader du monde libre ».

Oui, vous comprenez mes amis, il y a le monde libre, le nôtre. Il y a donc par opposition le monde occupé… par des forces d’occupation je suppose, vu que si on est occupé c’est par une force d’occupation, Français et Allemands en sachant quelque chose. Je pense que ceux qui occupent le monde occupé sont les souverainistes, les nationalistes et par-là même disons-le les fascistes xénophobes et atteints de toutes les phobies les plus terribles, ayant appris récemment par notre Schiappa nationale que certains de mes compatriotes souffraient d’une pathologie appelée « transphobie ». Oui sont transphobes les parents d’enfants dont on a annoncé un lundi que le mardi il conviendrait d’appeler Monsieur le prof de français, Madame la prof de français, ce qui n’est pas la manière la plus diplomate et la plus fine d’annoncer un changement de sexe. C’est ce qui arrive quand on fait de l’idéologie et des actes militants au lieu d’actes de bienveillance, de générosité et d’amour, mais l’amour du prochain est une idée nauséabonde.

Bref, tu t’égares, me susurre ma moitié, reviens à tes moutons.

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Mes moutons, enfin plutôt ceux de Merkel, qui est UNE mondialiste par opportunisme et parce qu’elle représente l’une des nations qui gagne le plus depuis 20 ans dans la mondialisation actuelle.

La fin du modèle allemand, c’est le début de la fin de la crise pour la France.

Pour nos politiquement corrects cucul-gnangnan qui ne comprennent rien, j’aime l’Allemagne, les Allemands et leur sublime culture.

Mais de la même manière qu’Obama ou Trump n’ont jamais été autre chose que les présidents des États-Unis d’Amérique, servant les intérêts exclusifs des États-Unis d’Amérique et de leur toute-puissance, Merkel, la chancelière allemande, n’est pas au service de l’Europe, pas plus qu’elle n’est au service des Français.

Angela Merkel poursuit une politique au service exclusif de la nation allemande et des intérêts de l’industrie et de l’économie allemande, avec une volonté farouche d’asseoir la domination germanique et son leadership sur l’Europe.

Ce sont les faibles qui hurlent « l’Europe, de l’Europe, il nous faut plus d’Europe », les faibles dirigeants français qui ont la trouille au ventre de devoir prendre de vraies décisions et de mener une véritable politique pour la nation française.

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Merkel, elle, fait vendre ses produits partout dans le monde en ayant annihilé les capacités industrielles des autres pays européens en les étouffant à petits et grands feux avec la monnaie unique, la force de l’euro, par une utilisation habile des institutions européennes et de la doctrine de libre-échange.

Les Allemands n’ont plus de concurrents à part la Chine.

Je pensais que la fin de l’industrie allemande viendrait de la montée en gamme de la Chine, ce qui est déjà le cas, avec depuis 1 an, les Chinois qui rachètent les entreprises allemandes.

Et ne voilà-t-y pas que le Donald s’y met aussi ! Qu’il vient donner le coup de pied au cul de l’âne à la Merkel en lui expliquant que ses Mercedes vont devoir payer 25 % de droits de douane.

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Je sais, il ne faut pas se moquer des malheurs des autres, ce n’est pas très charitable, mais que voulez-vous, les Allemands vont trouver nettement moins drôle la mondialisation en se faisant tailler des croupières par les Chinois et en se faisant taxer leurs exportations par les Américains.

À titre personnel, je trouve cela exquis. Il est essentiel de rééquilibrer les déséquilibres ! Sauf que pour ceux qui se font rééquilibrer, les rééquilibrages sont toujours des moments pénibles à vivre.

Ce Trump a quand même quelques bons côtés !

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Je sais, on n’a pas le droit de dire cela, mais même Macron le pense au moment où j’écris ces lignes (mais il ne le dira pas comme ça). Pensez donc, Macron, il se marre dans le Palais. Trump vient de lui servir sur un plateau d’argent de quoi négocier avec Merkel qui ne négocie jamais rien avec la France, tant le différentiel de puissance est évident.

Si Merkel veut des sanctions contre les USA, il faudra l’aval de Macron !!!

Voilà donc notre petit Manu qui a enfin autre chose qu’une main faible dans cette effroyable partie de poker menteur qui se joue en Europe et dans le monde !

Savoir ce qu’il en fera est une autre question.

Dernier élément de réflexion, le titre de cet article, vous l’aurez compris, est en réalité erroné. Trump n’a pas déclaré la guerre à l’Europe, il a déclaré la guerre commerciale à l’Allemagne. Et je crois que je vous l’ai déjà dit, mais « les ennemis de mes ennemis sont mes amis » !

Vive la France.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/trump-ne-veut-plus-aucune-mercedes-sur-la-5eme-avenue-il-declare-la-guerre-a-leurope-ledito-de-charles-sannat/

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samedi 2 juin 2018

Le ridicule ne tue pas, Emmanuel Macron peut le certifier

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir,

TL SAPIR MACRON MATTARELLA

Le ridicule ne tue pas. Du moins, c’est habituellement ce que l’on dit…

Emmanuel Macron, notre Président de la République, s’était réjoui du véto mis par le Président italien, M. Mattarella, sur le nom d’un eurosceptique notoire, M. Paolo Savona qui devait figurer dans le gouvernement proposé par M. Giuseppe Conte. Cela apparaissait comme un coup d’arrêt donné aux deux partis, le M5S et la Lega, qui étaient sortis gagnants de l’élection du 4 mars 2018. Il avait même salué le « courage » et le « sens des responsabilités » de Mattarella[1]. Et tout ce beau monde des européistes béats, ceux que l’on surnomme en Italie les « euroïnomanes », de se réjouir du geste de Mattarella.

Las, le jeudi 31 mai en début de soirée, l’homme désigné par Mattarella pour former un autre gouvernement renonçait, et Mattarella n’avait d’autre choix que d’accepter à nouveau Giuseppe Conte, qui proposait un gouvernement, où figurait Paolo Savona….

Le Président de la République italienne, M. Mattarella

Il a l’air malin, Emmanuel Macron, et il doit se mordre les doigts de ses déclarations intempestives. Oh, si cela peut le consoler, il ne sera pas le seul. On a, parmi ceux qui se sont révélés odieux dans leur attitude ouvertement anti-démocratique le commissaire européen au Budget, Günther Oettinger qui a avait déclaré «Les marchés vont apprendre aux Italiens à bien voter» dans une interview à la radio publique allemande Deutsche Welle[2]. On a aussi eu Markus Ferber, député au Bundestag de la CSU, le parti allié à Mme Merkel, qui déclarait quant à lui que la « Troïka » (de sinistre mémoire en Grèce) devrait sans doute envahir l’Italie et prendre le contrôle du Trésor italien[3]. Bref, entre les apôtres d’une tyrannie des marchés et les nostalgiques de l’opération Alaric (la prise de contrôle par les armées du IIIème Reich de l’Italie en septembre 1943), Emmanuel Macron est en bonne compagnie.

Ce que signifie le retournement du jeudi soir

Il faut cependant revenir à ce que signifie le retournement de situation de jeudi soir. Il était évident, dès le départ, que Carlo Cottarelli, ancien haut responsable du FMI et l’homme désigné par Mattarella pour succéder à Conte, n’avait aucune chance d’être investi par le Parlement. Dans ces conditions, un retour devant les urnes était certain. Sauf que de nouvelles élections auraient donné encore plus de sièges au M5S et à la Lega, peut-être même les deux-tiers. Certains, à Bruxelles comme à Rome ont donc du faire leurs comptes. Mattarella a dû se rendre à l’évidence, et accepter le gouvernement Conte. En un sens, le Président, comme jadis Mac Mahon, s’est soumis.

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On dira, et ce n’est pas faux, que ce n’est pas exactement le même gouvernement et que Conte a transigé. Si Paolo Savona figure bien en son sein, c’est cette fois en temps que Ministre des Affaires Européennes, et non plus comme Ministre des finances. Ce dernier poste est dévolu à Giovanni Tria, un homme connu pour ses positions économiques plutôt orthodoxes. Mais, il faut noter qu’il a soutenu l’idée d’un fort déficit budgétaire, directement financé par la BCE, pour relancer l’économie italienne, et qu’il est, dans le contexte actuel, opposé à plus d’austérité. Ce sont des positions qui vont directement à l’encontre des recommandations de Bruxelles et Francfort. Dans un autre sens, la nomination de Enzo Moavero Milanesi, un ancien responsable de l’UE et un ancien Ministre de Mario Monti comme Ministre des affaires étrangères, est de nature à rassurer certains à Bruxelles comme à Francfort. Mais, telle est peut-être justement le but de cette nomination.

Car, dans le même temps que se déroulaient ces péripéties au Quirinal, on apprenait que deux institutions financières parapubliques italiennes s’étaient mises à racheter systématiquement des bons du Trésor italien. C’est, peut-être, une réponse devant les spéculations sur les marchés financiers, mais peut-être aussi le début de la construction d’instruments pour parer au choc financier d’une sortie de l’Euro, voire mettre en place une monnaie parallèle à l’Euro.

Les ambiguïtés italiennes

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Il est donc clair que la défaite du Président Mattarella reste entourée d’un certain nombre d’ambiguïtés quant à la volonté de Conte, mais surtout de Luca di Maio et Matteo Salvini, d’engager un bras de fer décisif avec Bruxelles et Francfort. Car, et il n’en faut pas douter, nous allons connaître une longue période de tensions entre Rome et Bruxelles, mais aussi Francfort. Cependant, sauf à avoir dans ses tiroirs un plan d’ores et déjà prêt pour une sortie de l’Euro, cette ambiguïté est nécessaire. Surtout si, dans les semaines qui viennent, se précise la possibilité d’utiliser les bons du Trésor comme un instrument de paiement, ceci débouchant sur l’établissement d’une monnaie parallèle en Italie avec l’Euro. C’est une route sur laquelle les difficultés seront nombreuses, il n’en faut pas douter[4].

Il convient donc de prendre ce gouvernement comme il est. Il sera jugé sur ses actes.

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Mais, sa formation représente, déjà, une première victoire de la démocratie sur les pratiques anti-démocratiques du Président Mattarella. Ces pratiques ont été dénoncées en France, mais aussi dans la presse internationale[5]. Elles font ressortir d’autant plus le ridicule du soutien emphatique d’Emmanuel Macron au Président italien.

Pour la suite, on peut regretter que l’on n’aille pas à de nouvelles élections, qui auraient pu être organisées à la fin du mois d’août ou au début de septembre. Elles auraient clarifié la situation, et sans doute donné à la coalition M5S-Lega une légitimité incontestable, tout comme le nombre requis de députés, pour changer la Constitution, ce qui aurait considérablement réduit les possibilité d’actions de ceux que l’on nomme les « euroïnomanes ».

Notes

[1] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/05/28/97001-20180528FILWWW00171-macron-salue-le-courage-du-president-mattarella.php

[2] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/29/la-gaffe-du-commissaire-allemand-gunther-oettinger-qui-enflamme-l-italie_5306622_3214.html

[3] http://www.dailymail.co.uk/news/article-5790389/German-MEP-says-Brussels-control-Italys-finances.html

[4] Sur la question des monnaies parallèles voir ma contribution à l’ouvrage collectif de Beker V. et Moro B., Sapir J., « Parallel currencies, Varoufakis’ plan B and the ongoing debate on euro » in Beker V. et Moro Beniamino, The European Crisis, WEA Book n°7, College Publications, Londres, 2016.

[5] https://www.telegraph.co.uk/business/2018/05/28/europes-soft-coup-detat-italy-watershed-moment/

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-le-ridicule-ne-tue-pas-emmanuel-macron-peut-le-certifier-par-jacques-sapir/

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