vendredi 25 mai 2018

Pourquoi les patients des hôpitaux de la Creuse ne sont pas près de manger des produits locaux

Les trois chambres consulaires creusoises (agriculture, commerce, artisanat) ont mobilisé leur force de frappe pour faire augmenter rapidement la part de produits locaux dans la restauration collective.

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Or, d'autres forces sont en oeuvre: les gestionnaires hospitaliers expliquent comment la recherche de la réduction des coûts et la mutualisation des achats favorisent les produits venus d'ailleurs proposés à bas-coût par l'industrie agro-alimentaire. 

 Mardi, à l’occasion de la signature, à la Maison de l'économie de Guéret, de la charte des filières viande et lait Made in Creuse pour la restauration collective, les gestionnaires hospitaliers ont pointé ce paradoxe : « Tous les établissements creusois sont intégrés désormais dans le groupement hospitalier territorial du Limousin. Tous nos achats doivent faire l’objet d’un appel d’offres lancé depuis le CHU de Limoges », a expliqué Marie-Thérèse Vialle, directrice du centre hospitalier d’Évaux-les-Bains et des trois Ehpad qui lui sont rattachés.

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Le gestionnaire du CHS La Valette, à Saint-Vaury, a confirmé qu’il n’avait plus la maîtrise des commandes : « On aimerait acheter local, mais désormais, le pain est livré depuis Limoges et la viande vient du Tarn ».

Jean-Christophe Dufour, le président de la coopérative Celmar, à La Souterraine, a témoigné que même un opérateur important de la viande limousine n’est pas compétitif en terme de prix sur ces gros appels d’offres lancés par des établissements publics.

Pourtant, comme l’a rappelé le président de la chambre d’agriculture de la Creuse, Pascal Lerousseau : « 50 % d’alimentation locale ou bio en restauration collective, c’est la proportion que l’on doit atteindre en 2022 pour répondre aux exigences de la future loi sur l’agriculture et l’alimentation ».

Les territoires se mobilisent pour réussir cette conversion vers le local, tandis que d’autres réformes ne répondent qu’à des logiques de réduction des coûts et d’éloignement des centres de décision.

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À l’échelle d’un collège creusois, la marche vers la qualité peut être aussi une équation impossible lorsqu’ « on a un budget d’1,80 euro par repas et qu’on nous enlève des agents en cuisine. Les bons légumes, c’est aussi plus de temps d’épluchage que les légumes calibrés », a illustré Agnès Guillemot, principale du collège de Parsac et conseillère départementale.

Le moins-disant semble partout conserver l’avantage sur le mieux disant : « Un collège de Creuse a refusé notre offre car elle représentait 100 euros de plus sur l’année », a expliqué Pascal Leclercq, représentant en Creuse du groupement de producteurs Montlait. Sébastien Brousse a suivi cette négociation pour la Chambre d’agriculture : « Il s’agissait dans ce cas de payer le litre de lait 0,003 euros de plus. Bizarrement, on nous dit que les budgets sont contraints mais on trouve toujours de l’argent pour faire des études sur l’intérêt de développer des circuits courts. »

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Julien Rapegno

https://www.lamontagne.fr/gueret/economie/sante/2018/05/23/pourquoi-les-patients-des-hopitaux-de-la-creuse-ne-sont-pas-prets-de-manger-des-produits-locaux_12856896.html

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Mondialisation, UE et libre concurrence !!
Les politiques, et notamment Macron récemment, font des promesses de 50% de bio ou d'alimentation locale, mais c'est si l'UE le veut !! Or, ne pas oublier que le système européen, c'est l'éviction des politiques publiques au profit de décideurs technocrates locaux "indépendants", pétris de "rationalisation économique" et de nouveau "management", dont l'efficacité se mesure à Bruxelles et conditionne les futures subventions...européennes (avec l'argent des contribuables français d'ailleurs...)
Et ne pas oublier que les appels d'offres sont eux- mêmes régis par l'UE !

Le "en même temps" macronien va se révéler de plus en plus compliqué pour les acteurs locaux qui souvent chérissent les causes dont ils déplorent les effets...

S.R./P.G.

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mercredi 23 mai 2018

Pourquoi la gauche devrait se rallier au Brexit

TRIBUNE LIBRE / Source : Jacobin, 29-04-2018

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Les partisans du maintien dans l’UE prétendent que Brexit sera une apocalypse économique. Mais il donne aussi l’occasion d’une rupture radicale avec le néolibéralisme.

Rien ne reflète mieux la confusion mentale de la gauche européenne dominante que sa position sur le Brexit. Chaque semaine on voit apparaître un nouveau chapitre de l’effrayante histoire du Brexit : le retrait de l’UE sera une catastrophe économique pour le Royaume-Uni ; des dizaines de milliers d’emplois seront perdus ; les droits de l’homme seront massacrés ; les principes de protection du justiciable, de liberté d’expression et de droit du travail seront tous menacés. En résumé, le Brexit transformera la Grande-Bretagne en une dystopie, un État en déliquescence – ou pire, un paria international – coupé du monde civilisé. Dans ce contexte, on comprend aisément pourquoi le leader du Parti travailliste Jeremy Corbyn est souvent critiqué pour sa réticence à adopter un programme pro-maintien dans l’UE.

L’hystérie anti-Brexit de la gauche, cependant, repose sur un mélange de mauvaise économie, de mauvaise compréhension de l’Union européenne et de manque d’imagination politique. Non seulement il n’y a aucune raison de penser que le Brexit serait une apocalypse économique, mais, plus important encore, l’abandon de l’UE offre à la gauche britannique – et plus généralement à la gauche européenne – une occasion unique de montrer qu’une rupture radicale est possible avec le néolibéralisme et avec les institutions qui le soutiennent.

Modéliser la dystopie

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Pour comprendre pourquoi la position anti-Brexit de la plupart des progressistes européens est infondée, et même nuisible, il faut commencer par examiner le mythe le plus répandu lié au Brexit : l’idée qu’il conduira à un apocalypse économique. Pour de nombreux critiques, il s’agit d’une affaire entendue, prouvée tout simplement en citant un rapport très médiatisé qui a fuité du Département pour la sortie de l’Union européenne (DExEU) du gouvernement britannique. Le document conclut que, quelle que soit la forme prise par le Brexit, qu’il s’agisse de rester dans le marché unique, d’un accord de libre-échange ou de l’absence d’accord, il y aurait un coût pour le Royaume-Uni en termes de PIB. Les estimations pour les quinze prochaines années vont d’une baisse de 2 % du PIB et 700 000 emplois à une baisse de 8 % du PIB et 2,8 millions d’emplois.

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Cette argumentation figure dans un article récent du commentateur anti-Brexit Will Denayer, pour qui le fait que le rapport ait été produit par un « gouvernement pro-Brexit » est une preuve de sa fiabilité. Toutefois, il ne reconnaît pas que ces prévisions souffrent d’un biais néolibéral qui est intégré dans les modèles de prévision eux-mêmes. Les modèles mathématiques utilisés par le gouvernement britannique sont très complexes et abstraits, et leurs résultats sont sensibles au calibrage numérique des relations dans les modèles et aux hypothèses faites sur, par exemple, les effets des progrès technologiques. Les modèles sont notoirement peu fiables et facilement manipulables pour atteindre n’importe quel résultat désiré. Le gouvernement britannique a refusé de publier les aspects techniques de leur modélisation, ce qui suggère qu’ils ne veulent pas que des analystes indépendants examinent les hypothèses de leur « boîte noire ».

Les préjugés néolibéraux intégrés à ces modèles comprennent l’affirmation selon laquelle les marchés se régulent automatiquement et que leur efficience est optimale quand ils ne sont pas entravés par l’intervention publique ; que le « libre-échange » est sans ambiguïté positif ; que la capacité de financement public est restreinte ; que les facteurs liés à l’offre sont beaucoup plus importants que ceux liés à la demande ; et que les individus fondent leurs décisions sur des « attentes rationnelles » au vu des variables économiques, entre autres. Bon nombre des hypothèses clés utilisées pour construire ces simulations n’ont aucun rapport avec la réalité. En termes simples, les modèles de prévision – à l’instar de la macroéconomie en général – reposent sur une série de mythes interdépendants. Paul Romer, qui a obtenu son doctorat en économie dans les années 1980 à l’Université de Chicago, le temple de l’économie néolibérale, a récemment lancé une attaque cinglante contre sa propre profession dans un article intitulé The Trouble With Macroeconomics, [Le problème avec la macroéconomie]. Romer décrit les approches de modélisation standard utilisées par les économistes traditionnels – qu’il appelle « post-réelles » – comme le point final d’une régression intellectuelle de trois décennies.

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Il n’est donc pas surprenant que ces modèles aient échoué à prédire la crise financière et la Grande Récession, et qu’ils ne parviennent pas aujourd’hui à produire des prévisions fiables sur quoi que ce soit. Le Brexit en est un exemple évident. Dans les mois qui ont précédé le référendum, le monde a été noyé sous les avertissements – du FMI, de l’OCDE et d’autres bastions de l’économie contemporaine – affirmant qu’un vote en faveur de la sortie de l’UE au référendum aurait des conséquences apocalyptiques immédiates pour le Royaume-Uni, qu’il provoquerait un effondrement financier et plongerait le pays dans une profonde récession. La prévision la plus embarrassante sur « l’impact économique immédiat pour le Royaume-Uni d’un vote pour quitter l’UE » a été publiée par le gouvernement conservateur. L’objectif de « l’étude » en question, publiée en mai 2016 par le Trésor britannique, était de quantifier « l’impact… sur la période immédiate de deux ans suivant un vote en faveur du Brexit ».

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Dans les deux ans suivant un tel vote, le Trésor a prédit que le PIB chuterait de 3,6 à 6 % et que le nombre de chômeurs augmenterait de 820 000. Les prévisions de « l’étude » de mai 2016 semblaient terribles et visaient clairement à avoir le maximum d’impact sur le vote qui allait se tenir un mois plus tard. Quelques semaines avant le référendum, le chancelier de l’époque, George Osborne, a cité le rapport pour avertir que « un vote en faveur du Brexit représenterait un choc immédiat et profond pour notre économie » et que « le choc entraînerait notre économie en récession et conduirait à une augmentation du chômage d’environ 500 000 personnes ».

Néanmoins, la majorité des électeurs ont opté pour le Brexit. Ce faisant, ils ont prouvé, une fois de plus, que les économistes avaient tort, car aucun des scénarios catastrophes prédits avant le référendum ne s’est produit. Larry Elliott, rédacteur de la rubrique économie du Guardian, a écrit : « L’Armageddon post-Brexit était une perspective terrifiante – mais cela ne s’est tout simplement pas produit ». Alors que près de deux ans se sont écoulés depuis le référendum, les données économiques provenant du Royaume-Uni tournent en dérision ces avertissements pessimistes – et en particulier le rapport gouvernemental susmentionné. Les données de l’Office for National Statistics (ONS) montrent que fin 2017, le PIB britannique était déjà plus élevé de 3,2 % par rapport à son niveau au moment du vote – bien loin de la profonde récession à laquelle on nous avait préparés.

Source: Office of National Statistics [Bureau des statistiques nationales] et calculs de l’auteur.

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En fait, entre juin 2016 et janvier 2018, le taux de chômage a chuté de 4,9 % à 4,3 %, tandis que le nombre de chômeurs a baissé de 187 000, atteignant son plancher depuis quarante-trois ans. Le nombre des inactifs – qui ne travaillent pas et qui ne cherchent pas d’emploi – a connu sa baisse la plus massive depuis près de cinq ans et demi. Voilà pour ce qui est des innombrables travailleurs qui étaient censés perdre leur emploi suite au vote sur le Brexit.

Les données sur l’industrie britannique, au cours des deux dernières années, sont particulièrement embarrassantes pour ces prophètes de malheur professionnels. Malgré l’incertitude concernant les négociations avec l’UE, « l’industrie manufacturière connaît sa plus forte croissance depuis la fin des années 1990 », selon The Economist ainsi que selon la Fédération Britannique des Industries (EEF). Cela s’explique en grande partie par une demande croissante à l’exportation, dynamisée par la baisse de la livre sterling et l’amélioration de la situation économique mondiale. Selon un rapport de l’aéroport de Heathrow et du Centre for Economics and Business Research (CEBR), les exportations britanniques atteignent leur sommet depuis 2000. Comme The Economist l’a publié récemment : « Les industriels britanniques, après une longue période de souffrance, bénéficient d’un boom qui n’arrive qu’une fois en une génération », car les changements consécutifs au Brexit engendrent un « rééquilibrage » bien nécessaire de la croissance, depuis les services financiers vers l’industrie manufacturière. Cela stimule également l’investissement. La dépense totale d’investissement au Royaume-Uni – publics plus privés – a crû en 2017 plus que dans aucun autre pays du G7 : +4% par rapport à l’année précédente.

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Les prédictions selon lesquelles une victoire du vote pro-Brexit broierait l’économie britannique suite à un effondrement du cours de la livre sterling se sont révélées tout aussi infondées : oui, la livre sterling a effectivement perdu du terrain par rapport aux autres grandes monnaies depuis le référendum, mais non seulement cela n’a pas détruit l’économie britannique – bien au contraire, en fait, comme nous l’avons vu – mais son cours est à nouveau à la hausse depuis début 2017.

Le Saint marché unique

Donc, puisque rien n’est venu confirmer que le Brexit pouvait déclencher un effondrement économique, qu’est-ce qui se cache derrière la certitude aveugle des commentateurs de l’actualité ? Un élément important de l’idéologie qui sous-tend l’ensemble du débat sur le Brexit est l’idée que la Grande-Bretagne a tiré d’énormes avantages économiques de son adhésion à l’UE (ou CEE comme on l’appelait en 1973). Cette affirmation est-elle étayée ? Comme le montre une étude récente du Centre for Business Research (CBR) de l’Université de Cambridge (voir graphique ci-dessous), « La croissance du PIB britannique par habitant après 1973 n’a pas été supérieure à celle des décennies précédentes. En fait, le PIB par habitant a augmenté bien plus lentement après l’adhésion qu’au cours de la décennie précédant l’adhésion ».

Source : Centre de recherche sur le commerce, Université de Cambridge.

Les chercheurs concluent que « rien ne prouve que l’adhésion à l’UE a amélioré le taux de croissance économique au Royaume-Uni ». L’établissement du sacro-saint marché unique, en 1992, n’a pas changé les choses – ni pour le Royaume-Uni ni pour l’UE dans son ensemble. Même lorsque nous nous limitons à évaluer le succès du marché unique sur la base de paramètres économiques généraux – productivité et PIB par habitant – il y a très peu de raisons de penser qu’il a tenu les promesses de ses partisans ou les prévisions officielles. Le graphique suivant fournit une comparaison à long terme entre l’UE-15 et les États-Unis en termes de PIB par heure travaillée (une mesure de la productivité du travail) et de PIB par habitant.

Source: US Conference Board [Fédération patronale des USA, NdT], Total Economy Database.

Les données montrent clairement que non seulement le marché unique (à partir de la ligne verte) n’a pas réussi à améliorer les économies de l’UE15 par rapport aux États-Unis, mais qu’il semble même les avoir pénalisées.

Plus intéressant encore, la création du marché unique n’a même pas stimulé les échanges au sein de l’UE. Le graphique suivant montre le pourcentage que représentent les exportations entra pays de l’UE et l’UEM [l’Union monétaire européenne, qui se développe dans la zone euro] rapportées aux exportations totales de l’UE et de l’UEM. Après avoir connu une hausse régulière tout au long des années 1980, cette proportion a effectivement stagné entre la création du marché unique au milieu des années 1990 et le milieu des années 2000, puis a suivi une tendance à la baisse (avec une légère reprise après 2014). Une note de Bruegel ajoute que « la zone euro a suivi à peu près le même schéma que l’Union européenne dans son ensemble, ce qui donne à penser que la monnaie commune n’a peut-être pas eu l’effet escompté sur le commerce entre membres de la zone euro ».

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Il en va de même pour la part des exportations britanniques vers l’UE et l’UEM, qui stagne depuis la création du marché unique et décline même depuis le début des années 2000 (retour au niveau du milieu des années 1970), les marchés d’exportation hors UE croissant beaucoup plus rapidement que celle vers l’UE et la zone euro.

Fonds monétaire International, Direction des statistiques du Commerce et calculs de l’auteur

Comme le notent les chercheurs de l’Université de Cambridge, cela suggère « un bénéfice négligeable, pour le Royaume-Uni, à être membre de l’UE ». En outre, cela montre que la Grande-Bretagne diversifie ses exportations depuis un certain temps et qu’elle dépend beaucoup moins de l’UE aujourd’hui qu’il y a vingt ou trente ans. Une autre observation tirée de la base de données de la Direction des Statistiques du Commerce du FMI est que, alors que les exportations mondiales ont quintuplé depuis 1991 et que celles des économies avancées ont été multipliées par 3,91, les exportations de l’UE et de l’UEM n’ont augmenté que d’un facteur 3,7 et 3,4 respectivement.

Ces résultats sont cohérents avec d’autres études qui montrent que la libéralisation des tarifs douaniers, en elle-même, ne favorise pas la croissance, ni même le commerce. En fait, le contraire est souvent vrai : comme l’a montré l’économiste de Cambridge Ha-Joon Chang, tous les pays riches d’aujourd’hui ont développé leur économie à l’abri de mesures protectionnistes. Cela jette de sérieux doutes quant à l’affirmation largement répandue selon laquelle quitter le marché unique signifierait nécessairement « une productivité plus faible et un niveau de vie plus bas ». Il révèle également comme totalement « invraisemblable », selon les mots des chercheurs de Cambridge, l’affirmation du Trésor selon laquelle la Grande-Bretagne a connu une augmentation de 76 % de ses échanges commerciaux en raison de l’adhésion à l’UE, tendance qui pourrait s’inverser en quittant l’UE. Les économistes de Cambridge concluent que les tarifs douaniers moyens sont déjà si bas pour les pays non membres de l’UE qui cherchent à commercer au sein de l’UE que, même dans le cas d’un « Brexit dur », les pertes commerciales seraient vraisemblablement limitées et temporaires.

La gauche et la libéralisation

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Cela rend encore plus ridicule le soutien de la gauche contemporaine en faveur du « libre-échange ». Nous devrions frémir à l’idée que les historiens du futur se feront des aberrations telles que la campagne du Parti Travailliste en faveur du marché unique, celle de ses alliés Yanis Varoufakis avec son groupe DiEM25. Surtout si l’on considère que même les économistes orthodoxes, comme Dani Rodrik, disent maintenant explicitement que la libéralisation du commerce « cause plus de problèmes qu’elle n’en résout », qu’elle est l’une des causes profondes des réactions anti-establishment qui se développent en Occident, et que le moment est venu de « mettre des grains de sable dans les roues de la mondialisation ». En ce sens, on s’attendrait à ce que la gauche voie dans le Brexit une opportunité parfaite de « réécrire[les] règles multilatérales », comme le conseille Rodrik, au lieu de s’accrocher bec et ongles à un système en faillite.

En outre, on oublie souvent dans le débat sur Brexit que le marché unique dépasse largement la simple libéralisation du commerce. L’un des principes fondamentaux du marché unique était la déréglementation des marchés financiers et l’abolition du contrôle des capitaux, non seulement entre les membres de l’UE, mais aussi entre les membres de l’UE et d’autres pays. Comme nous le soutenons dans notre récent livre, Reclaiming the State [Réhabiliter l’État, NdT], cet aspect du marché unique reflète le nouveau consensus qui avait émergé, même au sein de la gauche, dans les années 1970 et 1980. Selon ce consensus, l’internationalisation économique et financière – ce que nous appelons aujourd’hui « mondialisation » – a rendu l’État de plus en plus impuissant face aux « forces du marché ». Dans cette lecture, les pays n’avaient donc pas d’autre choix que d’abandonner les stratégies économiques nationales et tous les instruments traditionnels d’intervention dans l’économie, et d’espérer, au mieux, des formes transnationales ou supranationales de gouvernance économique.

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Il en est résulté une dépolitisation progressive de la gestion de l’économie, qui a été un élément essentiel du projet néolibéral, en visant, d’une part, à établir des barrières étanches entre les politiques macroéconomiques et les aspirations de la population et, d’autre part, à éliminer les obstacles aux flux de capitaux. Le marché unique a joué un rôle crucial dans la néolibéralisation de l’Europe, ouvrant la voie au traité de Maastricht, qui a fait pénétrer le néolibéralisme au sein même de l’Union européenne. Ce faisant, il a établi de facto un ordre constitutionnel supranational qu’aucun gouvernement, seul, n’est en mesure de changer. En ce sens, il est impossible de séparer le marché unique de tous les autres aspects négatifs de l’Union européenne. L’UE est de nature structurellement néolibérale, antidémocratique et néocoloniale. Elle est politiquement dominée par son membre le plus important et les politiques qu’elle a menées ont eu des effets sociaux et économiques désastreux.

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Alors pourquoi la gauche de gouvernement a-t-elle tant de mal à accepter le Brexit ? Les raisons, comme nous l’avons noté, sont nombreuses et liées les unes aux autres : la croyance fausse, à gauche, selon laquelle l’ouverture et le commerce apportent la prospérité ; son acceptation des mythes économiques dominants, en particulier en ce qui concerne les déficits et les dettes publiques ; son incapacité à comprendre la véritable nature du marché unique et de l’Union européenne en général ; l’illusion que l’UE peut être « démocratisée » et réformée dans une direction progressiste ; l’idée, erronée, que la souveraineté nationale n’est plus pertinente dans une économie internationale de plus en plus complexe et interdépendante, et que le seul espoir d’obtenir un changement significatif est que les pays “mettent en commun” leur souveraineté et la transfèrent à des institutions supranationales.

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L’une des raisons essentielles du ralliement de la gauche à la panique anti-Brexit a été la diversion qui a opportunément permis de ne pas s’atteler à un problème plus substantiel : le système économique qui sous-tend l’Occident en général est en grave déclin. Une autre étude de la CBR de l’Université de Cambridge a révélé que l’impact du Brexit serait probablement beaucoup plus limité que prévu par le gouvernement « même dans l’hypothèse où le Royaume-Uni n’obtiendrait pas d’accord de libre-échange ni d’accès privilégié au marché unique de l’UE » – c’est-à-dire même dans le cas d’un « Brexit dur ». Dans l’ensemble, les chercheurs de Cambridge ont trouvé :

Les perspectives économiques sont en demi-teinte plutôt que sombres, mais cela aurait été le cas, à notre avis, même sans Brexit. La réalité, plus profonde, est la poursuite d’une croissance faible, tant de la production que de la productivité qui a marqué le Royaume-Uni et d’autres économies occidentales depuis la crise bancaire. La croissance lente du crédit bancaire, dans un contexte d’endettement déjà élevé et d’austérité du secteur public, empêche la demande globale de croître significativement.

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En d’autres termes, le Royaume-Uni continue d’être confronté à de graves problèmes économiques – demande intérieure insuffisante, bulle de la dette privée, infrastructures sur le déclin et désindustrialisation – qui n’ont rien à voir avec Brexit, mais qui résultent plutôt des politiques économiques néolibérales menées par les gouvernements britanniques successifs au cours des dernières décennies, y compris le gouvernement conservateur actuel.

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Ces idées néolibérales sont ancrées tellement profondément qu’elles ne pourront être remises en question que par une révolution démocratique dans la politique britannique – mais là encore, le débat sur le Brexit a bridé tout progrès, et révélé une profonde défiance à l’égard de la démocratie. Ceci est illustré par les affirmations selon lesquelles, sans la « protection » du marché unique, le Royaume-Uni sombrerait dans un cauchemar dystopique, où il aurait à faire face à « des aliments génétiquement modifiés, du poulet au chlore et à la privatisation des secteurs protégés comme les soins de santé » et où, comme l’écrit Denayer, les droits de l’homme seraient réduits à la portion congrue, et les « principes de procès équitables, de liberté d’expression et de normes de travail décentes » seraient compromis. S’il est vrai que, dans certains domaines, les précédents gouvernements britanniques, de droite, ont été contrariés – dans le bon sens – par l’UE dans leurs tentatives de déréglementation et de marchandisation, l’idée que le peuple britannique est incapable de défendre ses droits en l’absence d’une certaine forme de “contrainte extérieure” est condescendante et réactionnaire.

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Tout comme les déboires économiques actuels de la Grande-Bretagne ont beaucoup plus à voir avec les politiques économiques nationales qu’avec le résultat du référendum, l’avenir du pays dépendra largement des politiques nationales suivies par les futurs gouvernements britanniques, et non du résultat des négociations du Royaume-Uni avec l’UE. Comme l’écrit John Weeks, professeur émérite à l’Université de Londres : « La douloureuse vérité est que la grande majorité des ménages britanniques seront mieux lotis hors de l’Union européenne avec un gouvernement travailliste dirigé par Jeremy Corbyn que dans l’Union européenne sous le joug d’un gouvernement conservateur dirigé par n’importe qui. »

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En effet : un gouvernement socialiste démocratique dirigé par Corbyn est la meilleure option pour la majorité des citoyens britanniques et pour l’économie du pays. D’où une conclusion évidente : pour un gouvernement travailliste dirigé par M. Corbyn, ne pas être membre de l’Union européenne « résout plus de problèmes qu’il n’en crée », comme le fait remarquer M. Weeks. Il fait référence au fait que de nombreux aspects du programme de Corbyn – tels que la renationalisation des services postaux, des chemins de fer et des entreprises du secteur de l’énergie, ainsi que le soutien au développement de certaines entreprises – ou d’autres politiques qu’un futur gouvernement travailliste pourrait décider de mettre en œuvre, comme l’adoption de contrôles des capitaux, seraient difficiles à mettre en œuvre en vertu du droit communautaire et seraient presque certainement contestées par la Commission européenne et la Cour de justice des Communautés européennes. Après tout, l’UE a été créée avec l’intention précise d’interdire définitivement des politiques aussi « radicales ».

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C’est pourquoi Corbyn doit résister aux multiples pressions – d’abord et avant tout au sein de son propre parti – qui l’incitent à soutenir un « Brexit doux ». Au contraire, il doit trouver tisser autour du Brexit une histoire radicalement progressiste et émancipatrice. Une fenêtre de tir unique s’est ouverte pour la gauche britannique – et la gauche européenne en général – pour montrer qu’une rupture radicale avec le néolibéralisme, et avec les institutions qui le soutiennent, est possible. Mais elle ne restera pas ouverte éternellement.

Thomas Fazi est écrivain, journaliste, traducteur et chercheur. Il est le coauteur de Reclaiming the State : A Progressive Vision of Sovereignty for a Post-Neoliberal World [Réhabiliter l’État : une vision progressiste de la souveraineté pour un monde post-néolibéral] (Pluto Press ; 2017).

William Mitchell est le co-auteur de Reclaiming the State : A Progressive Vision of Sovereignty for a Post-Neoliberal World (Pluto Press ; 2017). Il est professeur d’économie et directeur du Centre of Full Employment and Equity [Centre de plein emploi et d’équité] à l’Université de Newcastle, en Australie.

Source : Jacobin, Thomas Fazi & William Mitchell, 29-04-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/pourquoi-la-gauche-devrait-se-rallier-au-brexit/

Guerre commerciale : la Chine lâche du lest aux Etats-Unis

La Chine a accepté de prendre des mesures pour importer davantage de produits américains afin de réduire le déficit commercial des Etats-Unis. Les surtaxes douanières sur le fer et l'acier notamment sont suspendues, a annoncé le secrétaire américain au Trésor.

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La Chine et les Etats-Unis ont décidé de renoncer à toute guerre commerciale et à l'augmentation des droits de douane respectifs, ont annoncé dimanche les médias officiels chinois. Dans un communiqué commun, Washington et Pékin ont fait état d'un "consensus" sur le fait de prendre des mesures pour réduire de manière significative le déficit des Etats-Unis sur les échanges de marchandises avec la Chine.

Les deux pays ne mentionnent toutefois pas l'objectif de 200 milliards de dollars de réduction de l'excédent chinois, avancé un peu plus tôt par la Maison blanche. Ils promettent de poursuivre leurs discussions sur la réduction de cet excédent, proche de 335 milliards de dollars par an, qui menace de donner lieu à une guerre commerciale.

"Pour répondre aux besoins de consommation croissants des Chinois et à la nécessité d'un développement économique de qualité, la Chine augmentera considérablement ses achats de biens et de services aux Etats-Unis, ce qui contribuera à soutenir la croissance et l'emploi aux Etats-Unis", déclarent les deux pays dans le communiqué.

Droits de douane suspendus

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Le texte ne précise pas si l'échéance de mardi sur une possible entrée en vigueur de nouvelles mesures frappant pour 50 milliards de dollars de marchandises chinoises, était dès lors suspendue. Cependant, le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a déclaré dimanche sur Fox News que "pour le moment, nous nous sommes mis d'accord pour suspendre les taxes pendant que nous nous efforçons de mettre en œuvre ce cadre". Il a précisé que si la Chine ne tenait pas ses engagements, le président Donald Trump "pouvait toujours décider de remettre en œuvre ses taxes".

"Les deux parties sont parvenues à un consensus, ne s'engageront pas dans une guerre commerciale et n'augmenteront pas les droits de douane respectifs", a déclaré le vice-Premier ministre chinois Liu He, selon l'agence officielle Xinhua.

https://www.latribune.fr/economie/international/guerre-commerciale-la-chine-lache-du-lest-aux-etats-unis-779007.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180521

OUTIL EUROPE PUISSANCE GEOPOLITIQUE

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dimanche 20 mai 2018

BlackRock: ce Léviathan de la finance qui pèse sur les choix européens

TRIBUNE LIBRE/  par JORDAN POUILLE (INVESTIGATE EUROPE) - www.mediapart.fr et publié depuis Overblog

TL BLACKROCK

BlackRock: ce Léviathan de la finance qui pèse sur les choix européens

8 MAI 2018 PAR JORDAN POUILLE (INVESTIGATE EUROPE)

BlackRock est l’institution financière la plus puissante au monde, gérant plus de 6 000 milliards de dollars d’actifs. À la fois conseiller des banques centrales et principal actionnaire de fleurons industriels nationaux, BlackRock murmure désormais à l’oreille des États européens. Ses combats : contrer toute régulation financière et imposer la retraite par capitalisation pour tous.

C’est une anecdote rapportée par une ancienne salariée de BlackRock, de celles que l’on se raconte à la machine à café. Larry Fink, le PDG du plus puissant fonds mondial, est dans son avion, destination l’Europe. Au-dessus de l’Atlantique, il demande au commandant de bord de faire cap sur l’Allemagne. Il appelle son responsable régional à Francfort et exige un entretien avec Angela Merkel. Si possible dans cinq heures, dès son atterrissage.

Le subalterne s’agite comme un beau diable mais n’obtient pas ce rendez-vous espéré. Il lui propose un lot de consolation : le vice-président du constructeur BMW, rien que pour lui. La rencontre démarre, les palabres se succèdent, quand Larry Fink dégaine de nouveau son téléphone et prépare son prochain rendez-vous, laissant son interlocuteur sans voix.

 

Larry Fink, fondateur et PDG de BlackRock © Reuters.Larry Fink, fondateur et PDG de BlackRock © Reuters.

 

Cette désinvolture du fondateur illustre la toute-puissance de l’entreprise. Fils d’un marchand de chaussures et d’une professeure d’anglais, l’homme a fondé sa société il y a trente ans, avec une dizaine de collègues, après avoir fait ses gammes dans une banque d’affaires new-yorkaise. À 65 ans, il est multimilliardaire. Et son fonds gère 6 280 milliards de dollars d'actifs, dont un tiers en Europe.

Cet argent est d’abord celui de fonds de pension, notamment des fonctionnaires californiens et new-yorkais. Tous ont des retraites par capitalisation et espèrent voir fructifier leur propre épargne, complétée par l’employeur, par une gestion active de BlackRock sur les marchés financiers.

Le fonds emploie 13 900 personnes, réparties dans une trentaine de pays, chargées de vendre des produits financiers, d’investir dans de nouvelles sociétés. Mais au fil des ans, surtout depuis la crise financière, il a accru sa puissance bien au-delà de la gestion d’actifs : on le retrouve comme auditeur des banques à la demande des autorités de régulation, comme conseiller des États pour la privatisation. À l'automne 2017, il a été invité par le gouvernement français à siéger au « comité Action publique 2022 » (CAP 2022), une sorte de deuxième commission Attali, censée dessiner les futurs contours de l’État. Et dans les coulisses européennes, il s’active beaucoup pour contrer toute tentative de régulation.

En Europe, BlackRock est un nom qui n’évoque rien au-delà du monde financier. L’univers des gestionnaires d’actifs et leurs obscurs fonds indiciels semblent réservés aux initiés. Mais sa puissance impressionne : interroger les acteurs de la finance sur BlackRock, qu’ils soient administrateurs, petits et grands porteurs, gestionnaires de patrimoine, c’est courir le risque de se voir opposer d’innombrables refus, plus ou moins civils.

Rien qu’en France, ce fonds est actionnaire, via une ribambelle de filiales, entre 5 et 10 %, d’Eiffage, Danone, Vinci, Lagardère, mais aussi de Renault, Peugeot, Société générale, Axa, Vivendi, Total, Sanofi, Legrand, Schneider Electric, Veolia, Publicis, etc. BlackRock est l’actionnaire, souvent principal, d’au moins 172 des 525 sociétés françaises cotées en Bourse. Et de 17 000 sociétés dans le monde, à chaque assemblée générale desquelles il ne manque pas de voter.

« Dès que BlackRock apparaît parmi vos actionnaires, votre entreprise sort du lot et acquiert énormément de prestige », résume le journaliste Grégoire Favet, habitué à voir défiler tout le petit monde de la finance française sur le plateau de son émission sur BFM Business. « Quand vous êtes Larry Fink, vous pouvez parler d’égal à égal avec la directrice du FMI ou un chef d’État. » M. Fink a déjà été reçu deux fois à l’Élysée depuis l’élection d’Emmanuel Macron.

Ambulancier de la crise financière

Créé en 1988, BlackRock a acquis son pouvoir actuel à la faveur de la crise financière de 2008. Avec la chute de Lehman Brothers, Wall Street est en pleine perdition : plus personne ne sait ce que recèlent les milliers de portefeuilles financiers, ce qui se cache derrière les dérivés, ce qui est toxique ou non, dangereux ou non.

BlackRock comprend vite tout le parti qu’il peut tirer de cette situation. Depuis sa création, la firme a développé en interne son propre outil de gestion des risques, Aladdin. « Il est capable d’analyser les risques d’investissement dans n’importe quelle action, de mettre en évidence où il faut vendre des obligations pour en tirer le meilleur prix, de suivre toutes les transactions, de combiner toutes les données pour trouver les informations essentielles pour les investisseurs », explique le Financial Times                                                             Profitant de la panique, BlackRock propose à d’autres financiers de mettre son outil de gestion des risques à leur disposition, moyennant finances naturellement. Mais le fonds offre aussi ses services aux autorités financières. Celles-ci le sollicitent donc pour évaluer la santé de grands établissements bancaires considérés comme systémiques : la banque d’investissement Bear Stearns, le géant de l’assurance American International Group et le conglomérat financier Citigroup. BlackRock décroche aussi un contrat pour surveiller Fannie Mae et Freddie Mac, ces établissements publics spécialistes du crédit hypothécaire que le gouvernement fédéral vient alors de sauver.

Dès 2009, des élus pourtant s’interrogent. « Comment se fait-il qu’une seule société soit qualifiée pour gérer ces actifs récupérés par le gouvernement ? », demande alors le sénateur républicain Charles Grassley. Auditer pour le public et investir dans le privé : deux casquettes a priori incompatibles… Un mélange des genres que BlackRock reproduit désormais savamment à travers toute l’Europe.

Conseiller des banques centrales européennes

En 2011, la banque centrale d’Irlande décide ainsi de solliciter, sans appel d’offres, BlackRock Solutions, la branche conseil du fonds, pour évaluer l’état des six principales banques irlandaises. Trois d’entre elles viennent juste d’être renflouées en catastrophe par l’État pour éviter la faillite. Croulant sous les dettes, l’Irlande a dû faire appel à l’Europe et au FMI dans le cadre d’un plan de « sauvetage » de 85 milliards d’euros et veut conduire des « stress tests » pour vérifier la solidité du paysage bancaire en cas de nouveaux pépins.

Plus tard, devant des députés irlandais dubitatifs, le ministre des finances de l’époque a expliqué avoir fait appel à BlackRock sous la pression des institutions internationales ayant prêté de l’argent à l’Irlande, la fameuse « Troïka » de la crise de l'euro : la Banque centrale européenne (BCE), l’Union européenne et le FMI. Ce fut une « mission gigantesque », a reconnu Larry Fink, « la plus grande qui nous ait jamais été confiée par un gouvernement ».

BlackRock Solutions, la branche conseil, acquiert ainsi de nouvelles références. Elle sera à nouveau sollicitée en 2012 puis en 2013 pour évaluer les besoins en capitaux des banques irlandaises. Le 4 novembre 2013, le fonds BlackRock achète 3 % de l’une de ces banques, Bank of Ireland, et indique détenir 162 milliards d’euros d’actifs domiciliés en Irlande.

Un ancien conseiller de Chirac à la tête de l'antenne française

En Grèce, également sous pression de la Troïka, la banque centrale de Grèce a aussi fait appel à BlackRock Solutions pour disséquer les portefeuilles de prêts de dix-huit banques en 2011, puis des quatre plus grosses en 2013. Prudente, BlackRock utilisa un faux nom, Solar, loua des bureaux modestes dans un quartier résidentiel d’Athènes, et fit escorter ses employés par des vigiles armés. Une dernière mission fut menée en 2015. Aujourd'hui, le gestionnaire fait construire à Athènes un centre commercial pour 300 millions d’euros. Et possède des parts dans deux banques, chez le principal fournisseur d’énergie et dans la loterie nationale, en voie de privatisation.

« Rien n’indique que les employés de BlackRock venus tester nos banques aient transmis des infos à d’autres de leurs équipes, tempère un investisseur à Athènes, sous le sceau de l'anonymat. BlackRock n’aurait pas risqué de démolir sa réputation pour si peu ! » Pour lui, le problème se situe plus haut. « Lorsque vous grimpez l’échelle hiérarchique, vous finissez par atteindre un niveau où vous accédez aux informations de toute l’entreprise, aussi bien le conseil que l’investissement. » Alors, quand Larry Fink rencontre un chef d’État grec, espagnol ou irlandais, que choisit-il d’aborder ? La partie audit ou la partie investissement ? Et pourquoi pas les deux, au gré de ses intérêts ?

Cette ambivalence finit par créer des remous. En Espagne, quatre des plus gros promoteurs immobiliers comptent aujourd’hui BlackRock parmi leurs investisseurs, tout comme les six plus grosses banques espagnoles. Or en mai 2012, l’État avait sollicité la firme pour évaluer les créances douteuses et les actifs immobiliers de ses établissements de crédit et leurs besoins de recapitalisation. Des parlementaires espagnols y ont vu de possibles conflits d’intérêts, poussant le ministre de l’économie Luis de Guindos, aujourd’hui vice-président de la BCE, à faire volte-face et à opter pour le cabinet allemand Roland Berger.

Même gêne aux Pays-Bas quand, en décembre 2012, la banque centrale demande à BlackRock Solutions d’analyser le portefeuille de prêts du géant bancaire national ING, puis, en juillet 2013, le patrimoine immobilier de l’ensemble des banques néerlandaises. À l’époque, BlackRock possédait déjà plus de 5 % d’ING, au travers d’une vingtaine de filières. Interpellé par un député, le ministre des finances Jeroen Dijsselbloem, également président de l’Eurogroupe à l’époque, s’était justifié en invoquant l’existence d’une muraille de Chine entre les activités de conseil et de gestion de fonds chez BlackRock. Ironie du sort, pour éviter elle-même tout conflit d’intérêts, la banque centrale hollandaise avait décidé en 2007 de confier la gestion du fonds de pension de ses salariés à… BlackRock.

Pantouflage et lobbyisme

Pour étendre son influence en Europe, BlackRock s’est entouré de personnalités connues. George Osborne, 46 ans et ministre des finances britannique de 2010 à 2016, sous David Cameron, dirige aujourd’hui la rédaction du quotidien The Evening Standard et se rend un jour par semaine chez BlackRock, comme conseiller. Sa rémunération est à la hauteur de sa notoriété : 650 000 livres (739 600 euros) par an.

Au cours des deux dernières années à son ministère, George Osborne a rencontré à cinq reprises des cadres de BlackRock… tandis qu’il réformait les retraites et permettait aux gestionnaires d’actifs d’accéder à un marché annuel de 25 milliards de livres. Rupert Harrison, son chef de cabinet, a lui aussi été débauché par le fonds. « Compte tenu de son expérience dans la mise en place de la récente réforme des retraites au Royaume-Uni, il jouit d’une position unique pour nous aider à développer notre offre aux retraités », déclarait sans ambages l’entreprise américaine dans un communiqué.

En Allemagne, c’est Friedrich Merz, l’ancien chef du CDU au Parlement, le parti d’Angela Merkel, qui gère actuellement l’antenne locale du gestionnaire d’actifs. En Suisse, c’est Philippe Hildebrand, l’ancien patron de la banque centrale de Suisse, qui a été recruté. En Grèce, BlackRock opte pour Paschalis Bouchoris, l’ex-responsable d’un programme gouvernemental de privatisation.

Quant à la France, son président s’appelle Jean-Francois Cirelli, ancien conseiller économique de Jacques Chirac, puis directeur de cabinet adjoint de Jean-Pierre Raffarin. Cet énarque a dirigé GDF à partir de 2004 en menant le groupe vers la privatisation. Puis, lors des dernières élections présidentielles, il a rejoint le comité de campagne d’Alain Juppé, tout comme l’actuel premier ministre Édouard Philippe.

Et à Bruxelles ? Depuis 2010, BlackRock est installé au premier étage du 35, square de Meeûs, face à un parc où se pressent, le midi en semaine, quand le soleil est au rendez-vous, les fonctionnaires européens. D’après le registre de transparence de l’Union européenne, BlackRock a déclaré avoir dépensé en 2012 quelque 150 000 euros pour son activité bruxelloise. Mais dix fois plus dès 2014.

Entre novembre 2014 et mars 2018, le gestionnaire américain a sollicité à 33 reprises – et obtenu – une rencontre avec des membres de la Commission européenne. D’après une source au Parlement européen, BlackRock organise aussi des « journées d’information »à destination des assistants parlementaires. « Pour leur expliquer le fonctionnement d’un produit ou comment des fonds passifs peuvent servir à améliorer la croissance économique. Au bout du compte, ces assistants parlementaires sauront conseiller les députés au mieux… », précise-t-elle.

 

Christine Lagarde (FMI), Haruhiko Kuroda (banque du Japon), Philip Hammond, ministre britannique des finances, Larry Fink (BlackRock) et Wolfgang Schäuble, ministre allemand des finances, à Davos en 2017. © Reuters © ReutersChristine Lagarde (FMI), Haruhiko Kuroda (banque du Japon), Philip Hammond, ministre britannique des finances, Larry Fink (BlackRock) et Wolfgang Schäuble, ministre allemand des finances, à Davos en 2017. © Reuters © Reuters

 

Contre toute régulation 

Professeur de macroéconomie à l’Université de l’ouest de l’Angleterre (UWE) à Bristol, Daniela Gabor, a suivi bien des débats bruxellois sur la régulation de la finance dès 2013, quand le commissaire européen au marché intérieur Michel Barnier promettait de renforcer les règles du système financier. « Le commissaire britannique voulait que la commission travaille main dans la main avec les financiers et à chaque fois qu’un débat, qu’une audition était organisée, les gens de BlackRock étaient là », se souvient Daniela Gabor.

« J’ai alors compris que ce n’étaient plus les banques qui avaient le pouvoir mais les gestionnaires d’actifs. On nous répète souvent qu’un gestionnaire est là pour placer notre argent, pour nos vieux jours… mais c’est bien plus que ça, poursuit-elle. Selon moi, BlackRock reflète le renoncement de l’État-providence. Sa montée en puissance va de pair avec des changements structurels en cours : des changements dans la finance mais aussi dans la nature du contrat social qui unit le citoyen et l’État. »

Daniela Gabor explique que la Banque centrale européenne, qui sollicite BlackRock pour auditer les banques, n’a aucun pouvoir sur cette société. « L’argument de BlackRock est simple : nous ne faisons pas de leverage, nous n’agissons pas comme les banques donc nous n’avons pas besoin d’être régulés comme une institution systémique. » De fait, BlackRock passe sous tous les radars. « Ils peuvent être régulés pour des raisons dites microprudentielles, pour protéger leurs clients, mais pas en tant qu’institution financière en vue de garantir une stabilité financière globale. »

AMF et BlackRock, deux compagnons de route

Côté français, comme tout gestionnaire d’actifs, BlackRock doit déclarer auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF) le franchissement de certains seuils – 5 % puis 10 % – lors d’une prise de participation dans une société cotée à la Bourse de Paris. En outre, l’AMF vérifie les brochures commerciales de ses produits financiers adressés aux clients potentiels. Et rien d’autre. Un cadre du gendarme de la Bourse s’étonne de nos questions sur la faiblesse des contrôles autour de ce gestionnaire. « Pour ses activités en Europe, BlackRock a son siège en Angleterre, c’est avec eux qu’il faut voir. Nous ne donnons qu’un coup de tampon. »

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Quand, par exemple, BlackRock déclare à l’AMF détenir 5,16 % du groupe Casino à travers deux filiales, la base de données financières Thomson One, du groupe Thomson Reuters, comptabilise pour sa part, à la même période, déjà 9,66 % via six filiales différentes. Idem chez Safran avec un enregistrement de 6,22 % à l’AMF, soit moins que les 9,03 % indiqués par Thomson One. Devant cette incohérence de chiffres, le régulateur français ne livre aucun commentaire. Mêmes bizarreries auprès du régulateur allemand à propos de sociétés comme Deutsche Wohnen, Vonovia, Deutsche Post, Bayer AG. L’autorité promet une « clarification ».

 

Si l’AMF semble peu regardante vis-à-vis de BlackRock, celui-ci ne se prive pas en retour de lui donner quelques conseils. « Nous invitons l’AMF à réduire les barrières juridiques » ou « nous serons heureux d’aider l’AMF à développer une approche adaptée » sont quelques-unes des formules figurant dans une lettre adressée en 2013 aux autorités boursières. L’objectif est simple : éviter toute régulation.

Régulièrement, des enquêtes de BlackRock figurent dans les publications de l’AMF. La Lettre mensuelle de l’observatoire de l’épargne donne des sondages « BlackRock » sur les comportements des épargnants français. Les Français sont-ils suffisamment confiants pour investir (juin 2016) ? Les Françaises épargnent-elles plus que les Français (avril 2016) ? Les Français sont-ils plus nombreux à préparer leurs vacances ou leur retraite (décembre 2013) ? BlackRock a réponse à tout.

En novembre dernier, l’AMF organisait une table ronde où le président de BlackRock France comptait parmi les intervenants. Jean-François Cirelli a souligné leurs atomes crochus : « Nous tenons à ce que les régulateurs nationaux gardent cette proximité de terrain. […] Comment renforcer l’idée auprès de nos autorités publiques, auprès de nos clients qu’il faut investir pour la retraite dans les marchés de capitaux ? Comment peut-on profiter du post-Brexit ? L’AMF a publié un rapport sur [la façon de bien] investir à long terme sur les actions et cela va dans ce sens aussi. »

Attentif à une réforme française de l’épargne-retraite en sa faveur, dont les contours ont été distillés par le ministre Bruno Le Maire, BlackRock peut déjà compter sur le zèle de Valdis Dombrovskis sur le front européen. Ce Letton est commissaire européen à la stabilité financière, mais aussi l'un des vice-présidents de cette commission. Il est à l’origine du produit paneuropéen d’épargne-retraite individuelle (PEPP), une nouvelle catégorie de produits d'épargne-retraite annoncée pour l’an prochain au sein de l’Union et actuellement en phase d’expérimentation auprès des salariés chercheurs, du privé comme du public. Fondé sur le volontariat, le programme s’appelle Resaver… et c’est à BlackRock que Valdis Dombrovskis a confié la tâche de gérer l’épargne des participants.

Conflit d’intérêts

Le pouvoir d’influence qu’a acquis BlackRock en quelques années sur les États finit par interroger. Ses multiples rôles aussi. Un point notamment pose question : le pouvoir« horizontal » qu’il a construit dans certains secteurs – aéronautique, construction, spiritueux, petit appareillage électrique… – au travers de ses investissements dans les sociétés. Il se retrouve vite actionnaire de tous les grands du même secteur. En chimie par exemple, BlackRock domine de chaque côté de l’Atlantique avec des participations importantes – entre 5 et 10 % – dans tous les grands groupes mondiaux de chimie : Bayer, BASF, DuPont, Monsanto, Linde et les français Arkema et Air Liquide. Ces entreprises a priori en concurrence se retrouvent de fait avec un même actionnaire qui peut, au gré de ses intérêts, pousser à des concentrations, des spécialisations, des cessions.

Cette situation ne faisait pas débat jusqu’à ce que deux économistes, José Azar et Martin Schmalz, de l’université du Michigan, publient un rapport sur le « common ownership » (« propriété commune ») en 2016. D’après eux, les clients de BlackRock n’auraient rien à gagner à ce que des entreprises dans lesquelles le gestionnaire est actionnaire se mènent un combat sans merci. Les deux chercheurs se sont penchés sur le secteur de l’aviation commerciale et ont constaté un alignement du prix des billets à la hausse parmi les cinq principales compagnies aériennes américaines, dans lesquelles BlackRock et son rival Vanguard ont des participations.

En Allemagne, l’autorité de la concurrence a exprimé des doutes : « Il existe un risque potentiel significatif de déformer la concurrence à travers des actionnariats horizontaux, entre des sociétés du même secteur économique. »  En France, l’Autorité de la concurrence botte en touche : « Nous n’avons pas de travail de réflexion spécifique en cours sur ce sujet en ce moment. » Mais le 16 février dernier, la commissaire européenne à la concurrence Margrethe Vestager a prononcé un discours sur ce thème et promis le lancement d’une étude pour mesurer l’ampleur de cet actionnariat horizontal.

Naturellement, BlackRock préférerait rester éloigné de ces polémiques et offrir le visage d’une entreprise engagée pour le bien-être de l’humanité. Dans une lettre envoyée le 12 janvier aux patrons des entreprises dont il est actionnaire, Larry Fink invitait à travailler plus activement au service du bien commun. Ce à quoi s’emploierait âprement son représentant français.

Jean-François Cirelli est quant à lui membre du « comité Action publique 2022 », créé par le premier ministre Édouard Philippe pour réfléchir aux services publics de demain. Quand on lui demande la nature de sa contribution, il désigne le service public pour l’accès à l’emploi et le mécanisme du financement des retraites complémentaires. « Je réfléchis sur deux points. 1) Que faut-il faire pour que Pôle emploi réponde encore mieux aux évolutions de l’emploi et permette de mieux orienter les chômeurs. 2) Est-ce que les cotisations Agirc Arrco devraient être prélevées par l’Urssaf qui en collecte déjà plus de 400 milliards plutôt que de laisser l’Agirc Arrco les collecter eux-mêmes. » Puis ajoute : « Et je vous le confirme, il n’y a rien de BlackRock là-dedans. D’ailleurs, j’ai fait exprès de prendre des sujets sans conflits d’intérêts… »

http://www.rallumerlesetoiles.com/2018/05/blackrock-ce-leviathan-de-la-finance-qui-pese-sur-les-choix-europeens.html

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samedi 19 mai 2018

Mariage du prince Harry et de Meghan Markle : que reste-t-il des républicains britanniques ?

A l’heure des noces du Prince Harry et de sa dulcinée Meghan Markle le 19 mai, le mouvement antimonarchiste Republic est plus inaudible que jamais et la frange jadis républicaniste du Labour a mis de l'eau dans son vin.

ACT MARRIAGE HARRY

Après le mariage du prince William et de Kate Middleton en 2011, c’est au tour de l’enfant terrible de la Couronne, le prince Harry, de convoler en justes noces avec l'actrice Meghan Markle, le 19 mai dans le château des Windsor dans le Berkshire. Alors que le pays en émoi s’apprête à célébrer l’événement, la cause dite républicaniste ne fait plus beaucoup d’éclats. Un des derniers sondages sur la monarchie, mené en 2016 par Ipsos, en témoigne : 75% des Britanniques interrogés pensent que la monarchie a un rôle important à jouer pour le futur du pays. 

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Le principal mouvement antimonarchiste Republic, qui dit reposer sur une base de 30 000 membres, a bien du mal à se faire entendre. A l'image d'un tweet récent qui s'élève contre le financement par le contribuable du mariage princier, leurs publications ne récoltent actuellement que quelques maigres likes.

Ce mouvement, institué en groupe de pression en 2006, s’est fait remarquer par ses contre-événements organisés lors des grandes célébrations de la Couronne et par des enquêtes et des révélations d’affaires défavorables à la famille royale. Il a su s’attirer à sa création le soutien de députés conservateurs, travaillistes, libéraux-démocrates ou verts. Mais leur soif de révolution institutionnelle ne trouve aujourd’hui que peu d’écho. Leur dernière pétition pour que la BBC assure une couverture fiable et objective des noces princières n’a rassemblé que moins de 5 000 signatures au 18 mai.

Les antimonarchistes lâchés par Jeremy Corbyn

Même un des plus farouches opposants à la monarchie, le leader travailliste Jeremy Corbyn, s’est dédit au fil des années. Pourtant, il avait bien appuyé la proposition de loi sur l’abolition de la monarchie, le Commonwealth of Britain Bill, proposé par le député travailliste Tony Benn en 1991. 24 ans plus tard, en 2015, dans une déclaration au tabloïd anglais Mirror, il faisait cette fois profil bas et revoyait ses ambitions à la baisse. Entendant toujours réformer la chambre des Lords ou placer un citoyen à la tête du Commonwealth, il n’affichait plus la volonté de se battre contre le statut de la reine.

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Un sondage de YouGov montrait la même année que 68% des Britanniques pensaient que la reine était une bonne chose pour le pays. Sans doute ces chiffres auront-ils eu raison de sa position. «Ecoutez, je suis profondément républicain, comme vous le savez», déclarait ainsi le leader travailliste. «Mais ce n’est pas le combat que j’entends mener, ce n’est pas un combat qui m’intéresse. Je suis plus intéressé par la réduction des inégalités, à gérer les problèmes, à protéger l’environnement», avait-il expliqué.

Le désintérêt des Britanniques pour le mouvement républicain n’est pas une surprise, à la suite d’une série de coups médiatiques orchestrés par le palais de Buckingham pour redorer son blason après les années de désamour consécutives à la mort de Diana, marquées par un pic d’impopularité en 1997. Les déconvenues de cette princesse, objet de la ferveur populaire, avec la famille royale, avaient révélé les failles et la dureté de la dynastie. Dès lors, la reine s'est privée de son yacht le Britannia, a accepté de payer des impôts, de réduire son train de vie, et a supprimé le financement des membres de la famille royale. De son côté, le prince Charles a officialisé sa liaison avec Camilla Parker Bowles et l’a épousée. Les grandes célébrations comme le Jubilé d'or en 2002, la commémoration de la victoire contre le nazisme et le Japon, et les funérailles de la reine-mère en 2002 ont aussi aidé la monarchie à regagner un soutien populaire.

La monarchie, sans cesse contestée depuis Cromwell, garde le cap

Le glas de la monarchie britannique n’a sonné qu’une fois, en 1649, sous l’impulsion du militaire Oliver Cromwell, qui avait alors proclamé la République et créé un nouveau parlement. Agissant lui-même tel un monarque aux pouvoirs iniques, dissolvant trois parlements successifs, il fut contesté par la troisième assemblée qui lui demanda de rétablir la royauté. Il avait souhaité confier les rênes du pouvoir à son propre fils, Richard. Mais Charles II, fils du défunt roi décapité, avait vite repris la Couronne en 1661, soutenu par le gouverneur d’Ecosse.

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Depuis, l’opinion britannique oscille entre désamour vis-à-vis de la famille royale et affection pour une monarchie qui assure une forme de stabilité et de continuité. Le sentiment républicaniste a culminé dans les années 1840, au moment de la seconde révolution française de 1848, mais n’a jamais véritablement menacé les monarques.

Aujourd'hui, si les républicanistes britanniques contestent les privilèges héréditaires, ils dénoncent aussi la nature de la constitution britannique. Elle s'appuie sur un recueil de textes et de traités servant de base aux principes et lois en cours dans le pays. Les républicains souhaitent la rédaction d’une constitution unifiée composée d’un seul document. Ils se battent aussi pour que cesse l’influence de la Couronne qui, censée n’occuper que des fonctions symboliques, interfère avec le pouvoir politique. La reine est ainsi chargée de la nomination du Premier ministre (non pas de son choix), et signe les traités internationaux. Elle ouvre les sessions du Parlement, tient des réunions hebdomadaires avec le Premier ministre, qui s’entretient avec elle de questions de politique intérieure et extérieure. 

Les opposants à la monarchie souhaitent en outre que les finances royales soient examinées par un organisme indépendant. Si en 2009, le palais de Buckingham prétendait que les frais de la monarchie s’élevaient à 41,5 millions de livres, le mouvement Republic a fait une réévaluation en estimant le chiffre réel à 334 millions, en tenant compte des dépenses de sécurité. Mais il faut mettre ce chiffre en balance avec les profits réalisés par la Couronne et reversés à l’Etat. Elle possède et administre des biens qui forment le Crown Estate, et touche 15% de ces revenus, dit le Sovereign Grant. Grâce à la gestion de ce patrimoine, le Trésor britannique a réalisé un profit de 329 millions de livres en 2016. Cette dotation devrait être augmentée pour atteindre 25% afin de financer les nombreux travaux du palais de Buckingham.

En outre, les bénéfices engrangés par l'activité économique liée au mariage princier promettent d'être colossaux. La manne touristique est notamment estimée à 2 milliards de livres par VisitBritain, l'Office du tourisme britannique.

https://francais.rt.com/international/50804-mariage-prince-harry-meghan-markle-que-reste-republicains-britanniques

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lundi 14 mai 2018

La Creuse ( New Colorado) s'apprête à innover...

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Faute de s'attaquer aux causes du délabrement rural actuel, et afin de poursuivre la fuite en avant européenne de mise à mort de l'agriculture française, les fossoyeurs sont priés d'avancer des idées afin de ralentir le désastre et contenir le mécontentement populaire. C'est ainsi que Macron a demandé aux élus creusois de mettre en place une copie « innovante » sous l’autorité du préfet et d’un délégué interministériel, afin de faire de la Creuse un laboratoire de l'hyperruralité.   P.G.


ACT CREUSE CANABIS

Selon Jean-Baptiste Moreau, Emmanuel Macron lui a "promis" de venir en Creuse "d'ici la fin de l'année" et de rencontrer les GM&S, ceux-là même qu'il avait accusés de "foutre le bordel" l'année dernière.

"C'est une promesse qu'il ma faite, et il me l'a redit au salon de l'Agriculture", explique Jean-Baptiste Moreau. (...)

Enfin une rencontre avec les GM&S après l'épisode du "bordel" ?

macron ussel

Selon le député de la Creuse, le président de la République rendra également, pour la première fois, visite aux salariés de l'ex-usine GM&S sur le site de production, aujourd'hui LS Industry.

La dernière fois que les salariés ont vu Emmanuel Macron, c'était lors de la visite du président de la République à Bellac en juin 2017 en Haute-Vienne. "Je ne suis pas le Père Noël", avait alors affirmé Emmanuel Macron face à une salariée qui lui disait : "A La Souterraine, sans cette usine, on va mourir"

Plus tard, en octobre 2017 à Egletons, le président de la République avait accusé les GM&S de "foutre le bordel" au lieu de "regarder s'il y a des places [de reclassement]"

Une "impulsion" pour le plan de revitalisation

Le président de la République viendra aussi faire la promotion du plan particulier pour la Creuse, qu'il a annoncé vouloir transformer en laboratoire de la ruralité du futur.

Le projet de faire de la Creuse une base arrière pour l'entraînement des athlètes de VTT aux JO 2024 à Paris, lancé par l'envoyé spécial pour la Creuse Philippe Ramon, est "sur le bureau de Laura Flessel", même s'il n'y a "encore rien d'officiel" selon le député.

https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/emmanuel-macron-viendra-en-creuse-d-ici-la-fin-de-l-annee-il-ira-pour-la-premiere-fois-sur-le-site-1522046811


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Crédits : La Creuse/Flickr/Ulyces.co

D’après Libération, Eric Correia, élu socialiste, a demandé une autorisation à la préfecture de la Creuse afin de pouvoir cultiver du cannabis médical dans le département de Nouvelle-Aquitaine.[sic] Selon lui, la culture du chanvre pourrait permettre de redynamiser le secteur agricole et l’économie de la région.

Eric Correia, soignant de profession, est président de la communauté d’agglomération du Grand Guéret et conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine. Dans le cadre du Plan Particulier pour la Creuse (PPC), il a demandé au préfet début avril l’obtention d’un statut dérogatoire pour « expérimenter une filière dédiée au cannabis thérapeutique ». Le PPC a démarré en octobre afin de relancer l’activité économique de ce territoire rural, et Correia considère que lancer une filière de cannabis médical pourrait être l’une des meilleures options.

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Il appuie ses propositions avec des chiffres concrets, grâce aux mesures réalisées par le think tank Terra Nova*« 1,6 milliard d’euros de recettes fiscales et une baisse de 500 millions annuels de la dépense publique » si le pays venait à légaliser sous monopole public. En outre, cela permettrait de créer environ 180 000 nouveaux emplois et de « revitaliser la Creuse », a-t-il expliqué sur Nova. Trois fermes de la région ont ainsi déjà fait part de leur volonté d’expérimenter ce projet pilote suite à la proposition de l’élu. Pour Jouany Chatoux, un des agriculteurs : « C’est à mon sens un débouché à ne pas négliger pour l’agriculture française qui souffre tant. »

Correia milite notamment pour un changement de considération du CBD, ou cannabidiol, le deuxième composant principal du chanvre derrière le THC. En évoquant publiquement cette solution pour dynamiser la région rurale, il s’attaque toutefois à un énorme tabou français, qui reste à contre-courant du mouvement européen de dépénalisation du cannabis. La Suisse et l’Angleterre, par exemple, viennent d’autoriser pleinement son usage thérapeutique. En France, le cannabis est toujours classé comme un stupéfiant, même si le gouvernement a annoncé qu’il allait alléger les sanctions des consommateurs dans les prochains mois avec de simples contraventions. Il refuse pour autant de dépénaliser, même au niveau médical.

Source : Libération, Nova

https://www.ulyces.co/news/cet-elu-ps-veut-faire-de-la-creuse-le-paradis-du-cannabis-medical/

*Terra Nova est un "think tank" libéral "de gauche" proche du Parti socialiste et de Macron:

Parmi les personnalités connues participant ou ayant participé à Terra Nova entre 2008 et 2010, se trouvent notamment:

Voir aussi:

L'Insee accepte d'intégrer le trafic de drogue dans son calcul du PIB... mais pas la prostitution

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Conformément aux demandes de l'institut européen des statistiques Eurostat, le calcul du PIB français intègrera désormais les ventes illégales de drogue, au motif que ce sont des transactions commerciales librement consenties.

Faut-il intégrer l'économie souterraine dans le calcul du produit intérieur brut (PIB) français ? Après plusieurs années de débat, l'institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a tranché en décidant d'appliquer une demande en ce sens de l'Union européenne, qui pourrait entraîner une révision du PIB se traduisant par une légère hausse, d'après l'AFP. «[Le nouveau calcul du PIB] va tenir compte de la consommation de stupéfiants et des activités liées à cette consommation sur le territoire national», a annoncé ce 30 janvier 2018 l'organisme public de statistiques, dans un communiqué consacré à une série de modifications comptables actées par l'institut. 

Interrogé par l'AFP, le chef du département des comptes nationaux de l'Insee, Ronan Mahieu, a assuré que ces nouvelles données seraient intégrées aux chiffres du PIB révisés et détaillés, qui seront publiés en mai 2018. Afin de maintenir la continuité des mesures du PIB, la révision portera sur l'ensemble des résultats publiés par l'Insee, c'est-à-dire depuis 1947. «Il s'agira de révisions à la marge», a toutefois assuré Ronan Mahieu, en évoquant un ordre de grandeur de «quelques milliards» d'euros, à rapporter aux 2 200 milliards d'euros du PIB français. «Ça n'influera pas sur le chiffre de la croissance [en 2017]», a-t-il par ailleurs prévenu.

La prostitution écartée du calcul du PIB en raison de la question du consentement

Cette prise en compte, faite à la demande de l'institut européen des statistiques Eurostat, est destinée à aligner les statistiques françaises sur celles des autres pays européens. En 2013, Eurostat avait en effet demandé aux Etats membres d'intégrer le trafic de drogue et la prostitution dans leur calcul de la richesse nationale, estimant qu'il s'agissait de transactions commerciales consenties librement.

L'Insee avait toutefois refusé de comptabiliser la prostitution relevant des réseaux, comme le préconisait Eurostat, estimant que le consentement des prostituées était difficile à garantir.

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Se conformant à la demande d'Eurostat, l'Espagne, le Royaume-Uni et l'Italie ont déjà décidé d'intégrer ces nouvelles normes. Ce nouveau mode de calcul s'est à chaque fois traduit par une révision à la hausse du produit intérieur brut. L'objectif est d'harmoniser les données fournies par les pays européens, ces activités étant considérées comme légales dans certains Etats, à l'image des Pays-bas, ce qui gonfle leur PIB, et illégales dans d'autres.

https://francais.rt.com/economie/47718-insee-accepte-integrer-trafic-drogue-prostitution

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dimanche 13 mai 2018

Le nouveau budget de l’UE : une nouvelle trahison de nos intérêts nationaux...

Le nouveau budget de l’UE : une nouvelle trahison de nos intérêts nationaux et un coût d’appartenance à l’UE qui ne cesse d’exploser !

ARG BUDGET UE

La proposition du nouveau budget de l’UE pour la période 2021-2027 est tout simplement ahurissante [1]. La Commission européenne propose d’augmenter le budget de 192 milliards d’euros, le faisant passer de 1 087 milliards d’euros à 1 279 milliards d’euros, soit une hausse de 18 % !

Il est utile de rappeler que toute hausse du budget de l’UE est en réalité payée par les pays contributeurs nets, dont la France est le deuxième.

À pays constants, la hausse donne le vertige puisque Jean-Claude Juncker lui-même estime que la sortie du Royaume-Uni créera un trou de 15 milliards d’euros par an dans le budget de l’UE, soit 105 milliards d’euros sur sept ans. Cela donne par conséquent une hausse réelle de 297 milliards d’euros, soit 30 %.

                                                                          Évolution du budget de l’UE à pays constants

À l’heure actuelle, la France paie 17,4 % du budget [2]. Le Royaume-Uni, environ 12 % grâce au rabais dont il bénéficiait. Toutes choses égales par ailleurs, pour compenser la sortie du Royaume-Uni, la part de la France dans le budget de l’UE devrait passer à environ 20 %.

Le calcul est vite fait, cela veut dire que la France financerait 59,4 milliards d’euros en plus sur sept ans, soit 8,5 milliards d’euros de plus par an !

On nage en plein délire.

Explosion de la contribution nette de la France

Évidemment, il va y avoir un retour en France d’une partie de cette hausse de budget, la seule différence non négligeable est que nous n’aurons pas le choix de son emploi ! C’est un peu comme si je prenais 500 euros à quelqu’un et que je lui en rendais 300 en lui disant qu’avec ces 300 euros il devra acheter obligatoirement tel et tel produit, et qu’il devrait me dire merci ! Le fonctionnement de l’UE, c’est exactement cela.

Rappelons qu’en 2016 la France a donné 20,5 milliards d’euros à l’UE (19,5 milliards d’euros directement et au minimum 1 milliard d’euros de droits de douanes qui ont été ponctionnés pour faire baisser artificiellement la contribution apparente des États membres), laquelle lui en a restitué 11,3. Cela donne une perte nette de 9,2 milliards d’euros [3]. Pour donner un ordre de grandeur qui parle mieux, c’est 26 millions d’euros par jour donnés en pure perte à l’UE !

Avec un budget en hausse de 30 %, la contribution va mécaniquement passer de 9,4 milliards d’euros à 12 milliards d’euros.

Avec la sortie du Royaume-Uni, la contribution va passer de 17,4 % à 20 % du budget européen, et la réception de fonds de 9,6 % à 10,1 %. Le déficit fiscal annuel se situera entre 15 et 18 milliards d’euros, soit entre 41 et 49 millions d’euros par jour.

 

                                            Estimation basse de l’évolution de la contribution nette de la France

La situation sera d’ailleurs peut-être pire que cela puisque le budget alloué à la PAC devrait se réduire de 5 %. Non seulement la part reçue par la France dans le budget global risque de diminuer mais c’est l’ensemble du monde agricole qui est mis en danger et qui va peut-être enfin se rendre compte que l’UE l’entraîne à la mort.

Austérité exigée par l’UE et — en même temps — milliards illimités pour l’UE

Emmanuel Macron disait récemment à nos compatriotes d’outre-mer qu’il n’était pas le Père Noël [4]. On ne trouve pas d’argent pour l’outre-mer, pour nos hôpitaux [5], pour nos écoles [6], pour le chemin de fer [7], pour nos forces de l’ordre [8]. Rappelons que toute cette politique d’austérité découle directement de notre appartenance à l’UE et à l’euro. Elle est même exigée par les fameuses Gopé (« grandes orientations des politiques économiques »), comme François Asselineau l’a inlassablement rappelé pendant la campagne présidentielle [9].

Quelle triste ironie de voir que la Commission européenne, non élue, qui exige l’austérité pour les budgets nationaux, veuille faire exploser le budget européen de 30 % ! C’est d’autant plus scandaleux et antidémocratique qu’un sondage récent effectué par l’institut YouGov montre que seulement 21% des Français souhaitent que plus d’argent soit levé et dépensé par l’Union européenne plutôt que par les États membres [10]. C’est une constante, l’UE se construit toujours contre l’avis des peuples et sans les consulter (ou en violant leur vote comme en 2005).

Emmanuel Macron est bien évidemment partisan de ce budget qui est totalement contraire aux intérêts nationaux de la France. Nous ne sommes pas loin de la haute trahison, à ce niveau-là.

Pour conclure, les euro-fanatiques et la propagande parlent souvent du coût éventuel en cas de sortie de l’UE. Il convient plutôt de se rendre compte du coût réel de notre appartenance à l’UE et du boulet que cela représente pour l’économie française.

Rappelons la totalité des coûts chaque année de notre appartenance à l’UE avec ce nouveau budget.

Coûts directs : 19,6 milliards d’euros

— 15 milliards d’euros de contribution nette au budget de l’UE (hypothèse basse)

— 4,6 milliards d’euros de cofinancements obligatoires et d’amendes pécuniaires

Coûts indirects : 38,7 milliards d’euros

— 30 milliards d’euros de coût d’application des normes européennes pour les entreprises (d’autant plus absurde que 97 % des entreprises françaises n’opèrent que sur le territoire national !)

— 8,7 milliards d’euros de coût d’application des normes européennes pour les administrations publiques

Coût total annuel de notre appartenance à l’UE : 58,3 milliards d’euros, soit 160 millions d’euros par jour !

Vivement le Frexit ! comme le proposent avec lucidité et courage depuis plus de 11 ans François Asselineau et l’Union populaire républicaine !

 

                                                                               Aujourd’hui : coût total = 52,5 milliards d’euros

                                              Extrait de ma conférence « Les illusions économiques de l’Union européenne »

 

                                                                                  Demain : coût total = 58,3 milliards d’euros

 

[1] https://www.challenges.fr/monde/la-commission-europeenne-prevoit-un-budget-2021-2027-inedit_584523

[2]http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/union-europeenne/action/financement/comment-france-participe-t-elle-au-financement-union-europeenne.html

[3] https://www.touteleurope.eu/actualite/budget-europeen-pays-contributeurs-et-pays-beneficiaires.html

[4] https://www.huffingtonpost.fr/2017/10/27/je-ne-suis-pas-venu-en-pere-noel-lance-macron-aux-guyanais_a_23257888/

[5]https://www.challenges.fr/economie/malgre-les-promesses-d-emmanuel-macron-l-hopital-fera-bien-pres-d-un-millard-d-economies-en-2018_584177

[6]https://www.20minutes.fr/societe/2231967-20180305-rentree-2018-jean-michel-blanquer-annonce-fermeture-300-classes-interdiction-portable-college

[7]https://www.upr.fr/actualite/france/sncf-le-sabotage-conscient-des-services-publics-a-bretigny-sur-orge-la-sncf-connaissait-parfaitement-letat-desastreux-des-voies

[8] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/la-gendarmerie-pourrait-perdre-des-dizaines-de-brigades_579198.html

[9]https://www.upr.fr/actualite/sera-politique-economique-sociale-de-france-2017-francois-asselineau-nest-elu-president-de-republique-gope-grandes-orientation-de-politique-economique

[10] https://d25d2506sfb94s.cloudfront.net/cumulus_uploads/document/6qz917s9ky/EUIResults_Europe_April2018_Toplines_FINAL_180430_w.pdf

Trésorier et responsable national de l’Économie de l’UPR

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samedi 12 mai 2018

Total, Renault, PSA... les entreprises françaises dans la panade après le retrait des Etats-Unis de l'accord iranien

Donald Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis de l'accord iranien, et avec lui le rétablissement des sanctions contre les entreprises qui continueront de commercer avec Téhéran. Les grands groupes français comme Renault, Total ou encore PSA en craignent les répercussions, comme les PME françaises installées en Iran.

ACT IRAN US SANCTIONS

Cette fois, il n'y aura pas d'allers-retours avec le Congrès : Donald Trump a annoncé avoir déchiré l'accord iranien ce mardi 8 mai, retirant les Etats-Unis du texte signé en juillet 2015 à Vienne. C'est après son allocution, par l'intermédiaire de John Bolton, que les implications économiques d'une telle décision ont pris tout leur sens. Sa grande moustache blanche frémissante, le nouveau conseiller à la sécurité nationale a annoncé les sanctions auxquelles s'exposeront les entreprises qui garderont un lien avec Téhéran. Les quelque 300 entreprises françaises qui ont afflué à Téhéran depuis la signature de l'accord en 2015 sont en première ligne. Surtout, elles ont toutes en mémoire un souvenir douloureux : celui de la banque BNP-Paribas, qui, en 2014, est tombée sous le coup d'une amende de 9 milliards de dollars pour avoir contourné les précédentes sanctions américaines.

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Comme l'a expliqué John Bolton, ces sanctions seront "immédiates" pour les nouveaux contrats. Toute entreprise en lien avec les Etats-Unis tombera sous le couperet de lourdes amendes à la moindre signature d'un accord commercial avec l'Iran à partir de ce mardi 8 mai. Pour ce qui est des entreprises déjà en relation avec Téhéran, Bolton a précisé qu'elles bénéficieraient d'un peu de répit pour "sortir" de leurs engagements. La durée de ces "quelques mois" accordés par les Etats-Unis ? Une simple période de transition pouvant durer entre 90 et 180 jours, selon le Trésor américain. Mais le temps laissé par Washington n'est évidemment pas innocent. La machine législative américaine en a besoin pour se mettre en branle : "Il faut que le Congrès américain puisse revoter l'ensemble des sanctions qui avaient été prises par le passé, décrypte Régis Bismuth, professeur à l'école de droit de Sciences Po. Il sera nécessaire que les parlementaires adaptent les textes à la situation internationale actuelle… Tout ça va prendre du temps". D'autant que, comme Bolton l'a ajouté, les autorités américaines n'hésiteront pas à se pencher sur l'hypothèse de sanctions "beaucoup plus larges".

Une situation "très dangereuse" pour les grands groupes français

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En attendant, les entreprises françaises se retrouvent dans une position très délicate : depuis la signature de l'accord iranien, les projets d'exportation vers ce pays sont passés de 400 millions à 1,5 milliard d'euros selon un rapport de la banque publique d'investissement. Des fleurons français ont largement profité de l'opportunité de l'accord et sont aujourd'hui menacés : "Si les Américains vont au bout de leurs sanctions, la situation peut vite devenir très dangereuse pour des grands groupes français s'étant engouffrés dans l'accord", analyse Thierry Coville, chercheur à l'Iris et spécialiste de l'Iran.

Au premier rang desquels l'avionneur européen Airbus : "Airbus a signé la vente d'une centaine d'avions à des compagnies iraniennes", rappelle Fereydoun Khavand, spécialiste des relations économiques internationales et maître de conférences à l'Université de Paris-V. De juteux contrats pour un coût total de 17,5 milliards de dollars… aujourd'hui compromis par les étroites relations de la firme européenne avec les Etats-Unis. Car depuis 2015, l'entreprise a implanté plusieurs usines d'assemblage dans le pays : "L'entreprise s'est mise singulièrement en danger, car les avions qu'elle livre sont dotés d'une technologie américaine : 10% des pièces qui les constituent viennent des Etats-Unis ! Elle tombe directement sous le coup des nouvelles sanctions", poursuit Fereydoun Khavand.

La tentative d'une dérogation pour le pétrolier Total

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Le pétrolier Total est également dans les entreprises visées par les sanctions : en juillet 2017, le groupe tricolore a conclu un contrat pour un investissement initial de 1,5 milliard de dollars visant à exploiter le plus grand gisement de gaz naturel au monde, South Pars. Un investissement total de 5 milliards a été avancé, dont l'entreprise française, avec ses 50,1% des parts (aux côtés du Chinois CNPC (30%) et de l'Iranien NIOC (19,9%)), devra payer la moitié. Plusieurs millions de dollars ont déjà été dépensés pour cette opération d'envergure, qui ne seront certainement pas remboursés à Total en cas de sanctions américaines : "Si Total, en dehors de la mise en oeuvre de sanctions du Conseil de sécurité (de l'ONU), annonce qu'il a l'intention de renoncer au contrat, aucun capital ne sera rendu à cette entreprise et aucune somme ne sera transférée à l'entreprise", avait déclaré Biian Zanganeh, ministre du pétrole iranien.

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Le pétrolier se trouve donc entre le marteau et l'enclume : soit il continue de commercer avec l'Iran et subit les sanctions américaines, soit il arrête et perd l'ensemble de son investissement. L'entreprise compte néanmoins avoir une porte de sortie, à savoir une demande de dérogation auprès du gouvernement américain. Une solution que le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, avait déjà évoquée en mars dernier : "Total explique que, le contrat d'investissement s'étant conclu pendant la période de validité de l'accord iranien, il ne peut pas être considéré comme illégal par les Etats-Unis, et qu'ils devraient donc bénéficier d'une dérogation, explique Fereydoun Khavand. Mais rien n'est moins sûr".

Dans une moindre mesure, il en va de même pour l'hôtelier Accor. Le Français devra lui aussi choisir entre ses établissements américains et l'hôtel iranien qu'il a ouvert en 2015. Les groupes automobiles PSA et Renault sont eux aussi concernés : "Ces deux entreprises ont une longue histoire de commerce avec l'Iran, avec des liens commerciaux complexes", rappelle Fereydoun Khavand. Comme Airbus et Accor, les deux entreprises ont à la fois des intérêts en Iran et aux Etats-Unis. Renault a par exemple vendu plus de 160.000 véhicules l'an dernier sur le territoire iranien. Le groupe de Carlos Ghosn serait handicapé par les sanctions américaines, son partenaire, Nissan, étant implanté aux Etats-Unis. Son concurrent français ne s'en sort pas mieux : s'il s'est retiré du pays depuis 1991, il avait indiqué en janvier vouloir y retourner en 2016, dans un plan de reconquête étalé jusqu'en 2026. Mais PSA devra probablement renoncer à ce projet, alors que 30% de ses parts de marché dépendent de ses partenaires iraniens.

Les PME aussi touchées par les sanctions

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Les grands groupes français ne sont pas les seuls à être menacés par la décision des Etats-Unis. Dans l'administration française, sous couvert de off, on admet sentir le danger que peuvent courir les centaines de PME présentes actuellement sur le territoire iranien. "Le tableau d'Épinal que l'on dépeint souvent où seules les entreprises du CAC 40 sont mises en difficulté par les sanctions américaines est une illusion, surenchérit Régis Bismuth. Par obliques, les petites et moyennes entreprises présentes sur le territoire vont elles aussi être touchées : il suffira qu'elles fassent des affaires en Iran et que l'un de leurs fournisseurs ou clients soit américain pour qu'elles en subissent les conséquences". Dans quelle mesure pourraient-elles être affectées par d'éventuelles sanctions américaines ? Nul ne le sait. Chaque dossier, dit-on, devra être consulté au cas-par-cas.

La solution dans l'après-dollar ?

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Depuis de nombreuses années, Téhéran tente de marginaliser la devise américaine dans ses échanges commerciaux à l'international. Mais la majorité de ces échanges se fait toujours en dollar, ce qui les rend d'autant plus vulnérables aux sanctions américaines. L'Iran avait anticipé ces dernières semaines la décision de Donald Trump. Le 18 avril dernier, le conseil des ministres iranien a pris la décision d'utiliser l'euro à la place du dollar : "Ce remplacement peut être une solution pour se passer du dollar, remarque Fereydoun Khavand. Mais le processus risque d'être très long". Une autre piste de substitution est également envisagée par certains spécialistes : celle du yuan, la monnaie d'un des principaux partenaires commerciaux de l'Iran, la Chine.

https://www.marianne.net/economie/total-renault-psa-les-entreprises-francaises-dans-la-panade-apres-le-retrait-des-etats-unis?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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Il est tout de même surprenant que tant d'entreprises françaises n'aient pas anticipé cette décision de Trump qui avait clairement annoncé ses intentions pendant la campagne électorale américaine...   P.G.

mardi 8 mai 2018

Iran-Occident : vers un nouveau rendez-vous manqué ?

Une nouvelle fois, Washington menace d'enflammer le Moyen-Orient en reniant son engagement dans les accords de Genève laborieusement conclus en 2013...

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Depuis le « Grand Jeu » et la découverte du pétrole au début du XXe siècle, l'Iran (ou Perse) fait l'objet d'un partage d'influence entre les Anglo-Saxons et les Russes, au détriment des Iraniens eux-mêmes. Ceux-ci l'ont éprouvé avec le renversement du Premier ministre réformiste Mossadegh par la CIA en 1953. 

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Les relations entre les États-Unis et l’Iran se sont tendues après la révolution islamique de 1979. Washington n'a pas craint de soutenir l'agression de Saddam Hussein contre son voisin, lequel n'avait alors comme allié qu'Israël ! La tension est remontée en 2002 lorsque l'Iran a été accusé de développer son programme nucléaire à des fins militaires et non pas seulement civiles, en violation du traité de non-prolifération nucléaire de 1968 qu'il avait signé.

Les accords de Genève ont laissé espérer un retour du pays dans le concert des nations, Téhéran s'engageant à ne plus développer le nucléaire pour un usage autre que civil et Washington à lever les sanctions économiques.

Mais en accusant l'Iran de ne pas respecter les accords, sans préciser sur quels points exactement, le président Donald Trump menace de retirer la signature des États-Unis. Il doit rendre sa décision d'ici le 12 mai 2018. L’Iran a officiellement répondu qu’il n’accepterait aucune modification du traité. Les Européens, de leur côté, souhaiteraient préserver l’accord, et même, selon le président Macron, « préparer une négociation plus large ». Allons-nous vers un nouveau rendez-vous manqué de l'Iran avec l'Occident ? Une nouvelle catastrophe n'est plus à exclure.

Avec 80 millions d'habitants et un rayonnement sur tout l'arc chiite qui va du Liban aux marges du Pakistan, en passant par la Syrie, l'Irak et Bahrein, l'Iran est un acteur incontournable du Moyen-Orient et, depuis mille ans, un rival de la Turquie et des Arabes sunnites.

Mais depuis le « pacte qu Quincy »  conclu par Roosevelt et Ibn Séoud en 1945 (armes contre pétrole), Washington a fait le choix de soutenir vaille que vaille ces derniers. Un choix aberrant d'un point de vue géopolitique... et moral. 

L'Arabie séoudite est l'un des États les plus archaïques de la planète. Elle finance généreusement depuis quarante ans les mouvements islamistes et le terrorisme. Elle s'est engagée dans une guerre d'agression contre le Yémen voisin, loin des caméras occidentales mais avec des armes fournies par les Européens (avions français, chars allemands).

À l'opposé, l'Iran, en dépit de la poussée de fièvre islamiste de 1978-1979, se présente comme la société la plus « moderne » du Moyen-Orient, Turquie comprise au regard de tous les indicateurs pertinents : éducation, statut des femmes, indice de fécondité, rapport à la laïcité...

Au vu de ses choix contre nature, la « diplomatie » de Washington demeure un mystère insondable*.

André Larané et Soline Schweisguth
https://www.herodote.net/Iran_Occident_vers_un_nouveau_rendez_vous_manque_-article-1724.php

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*C'est nettement moins un mystère si on inclut dans la réflexion un autre allié des Etats- Unis dans la région: Israël, et si on replace le début de cette affaire (le renversement de Mossadegh) dans le contexte géopolitique de l'époque (guerre froide):

19 août 1953

Renversement de Mossadegh en Iran

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Le 19 août 1953, le Premier ministre du chah d'Iran, Mohammad Mossadegh (73 ans), est démis de ses fonctions sous la pression des Britanniques. Ces derniers l'accusent d'être à la solde des Soviétiques.

Ils lui reprochent surtout d'avoir nationalisé les gisements pétroliers d'Iran et exproprié la puissante compagnie pétrolière Anglo-Iranian OilCompany. Celle-ci avait été fondée en 1908 par William d'Arcy, suite à l'obtention d'une concession pétrolière en Perse en 1901. Il faudra attendre vingt ans avant qu'un autre pays ose nationaliser son pétrole. Ce sera l'Algérie...

L'enjeu pétrolier

Nationaliste farouche, Mossadegh arrive à la tête du gouvernement en avril 1951 avec la ferme intention de chasser les compagnies étrangères.

Il rejette une offre de l'Anglo-Iranian Oil Company de partager par moitié les profits tirés de l'exploitation du pétrole et, dès le 1er mai 1951, fait voter la nationalisation des puits iraniens et l'expropriation de l'Anglo-Iranian.

Il expulse dans la foulée les techniciens britanniques. Mais son pays manque cruellement de cadres qui pourraient les remplacer et n'a pas de pétroliers pour transporter le pétrole. Qui plus est, le Royaume-Uni menace en représailles de saisir les «bateaux pirates» transportant du «pétrole rouge».

Pour ne rien arranger, des experts français révèlent alors les colossales malversations de l'Anglo-Iranian : corruption massive, dissimulation de recettes....

Mossadegh rompt en octobre 1952 les relations diplomatiques avec Londres. La réaction internationale est immédiate : les marchés se ferment au pétrole iranien, occasionnant une grave crise dans le pays et un conflit aigu entre le Premier ministre et le souverain, Mohammed Réza chah Pahlévi (33 ans).

Un an de luttes à couteaux tirés

Mossadegh doit démissionner du poste de Premier ministre sous la menace d'un coup d'État militaire mais le peuple s'insurge en sa faveur et il reprend ses fonctions au bout de quatre jours d'émeutes sanglantes ! La confiance n'est pas pour autant restaurée entre le souverain et son Premier ministre. Un projet d'assassinat de celui-ci, conduit par le chah, des militaires et des ministres, échoue en mars 1953.

En août 1953, suite à un référendum qui donne quitus au gouvernement pour poursuivre les réformes, Mossadegh dissout le Majlis (le Parlement iranien) et annonce de nouvelles élections.

Mais le 16 août 1953, Mohammed Réza chah envoie ses gardes au domicile de son Premier ministre pour l'arrêter. Surprise ! les gardes de Mossadegh désarment ceux du roi... et ce dernier doit fuir son pays pour l'Italie dans la précipitation. Dans les deux jours qui suivent, les habitants de Téhéran manifestent bruyamment leur joie et déboulonnent les statues du chah et de son père, Réza chah Pahlévi (on écrit aussi Pahlavi), le fondateur de la dynastie.

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Le chah déchu peut heureusement faire confiance aux services secrets occidentaux. La CIA américaine, dirigée par Allan Dulles, et le MI6 britannique apportent leur soutien au général Fazlollah Zahedi qui organise le 19 août un coup d'État dans les règles.

La résidence de Mossadegh est bombardée et le Premier ministre ne doit son salut qu'à une fuite par une échelle.

Le chah peut bientôt revenir et faire juger Mossadegh. Celui-ci est condamné à mort mais n'effectuera au final que trois ans de prison.

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L'Anglo-Iranian Oil Company retrouve ses biens, en changeant son nom pour celui de British Petroleum (BP), et tout rentre dans l'ordre ! Tout ou presque. Les compagnies américaines, autour de la puissante Standard Oil, profite de l'affaire pour faire leur entrée sur le marché iranien.

L'éviction de Mossadegh consacre l'échec de la première tentative d'un pays du tiers monde d'acquérir la maîtrise de ses richesses naturelles. L'événement a nourri de profonds ressentiments chez les Iraniens jusqu'à la révolution islamiste de 1978-1979.

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lundi 7 mai 2018

6 mai 1840 Naissance du timbre-poste

HIST TIMBRE POSTE

Le timbre-poste naît à Londres le 6 mai 1840. Avant cette date, il était habituel que le port des lettres soit payé par le destinataire en fonction de la distance.

Un inventeur au coeur sensible

Un jour de 1837, si l'on en croit une pieuse légende, un éducateur d'avant-garde, Rowland Hill (42 ans), voit une jeune femme qui pleure à chaudes larmes après le passage du facteur. Elle lui explique qu'elle a dû refuser une lettre de son amoureux faute d'argent pour payer le port.

L'imaginatif Anglais, qui a des entrées au gouvernement, rédige un mémorandum et le transmet au Premier ministre, lord Melbourne.

Dans ce texte intitulé : Postal Reform ; its Importance and Practicability (La réforme postale : importance et faisabilité), il propose le paiement du port à l'avance avec un prix identique quelle que soit la distance dans le pays. Le paiement est garanti par un timbre adhésif et un tampon d'oblitération.

La réforme est inscrite au budget du Parlement en août 1839. Hill la met aussitôt en oeuvre avec le concours d'artistes et de milliers de correspondants anonymes qui lui font part de leurs suggestions.

Le « Penny Black »

Le penny black de 1840 Le premier timbre-poste permet pour un penny d'envoyer une lettre d'un maximum de 14 grammes (moins d'une « half-ounce »).

Surnommé « Penny Black », il recueille un succès immédiat parce qu'il montre sur fond noir le joli profil de la reine Victoria à 15 ans et surtout parce qu'il simplifie l'envoi du courrier et le rend meilleur marché.

Les premières planches de timbres-poste ne comportent pas de perforations et doivent être découpées aux ciseaux par les postiers. Comme tous les timbres du Royaume-Uni jusqu'à ce jour, le Penny Black ne comporte pas l'indication du pays. Sa diffusion et l'expansion du courrier sont facilitées par l'apparition du chemin de fer.

Succès mondial

Les cantons suisses de Zurich et Genève ainsi que l'empire du Brésil adoptent à leur tour le timbre-poste en 1843. Bâle emboîte le pas en 1845. Les philatélistes français doivent attendre quant à eux l'avènement de la IIe République.

Le premier timbre français est émis le 1er janvier 1849 à l'initiative du directeur général des Postes de France, l'agitateur républicain Étienne Arago, frère cadet du savant François Arago. Il porte le profil de la déesse Cérès, déesse romaine des moissons. Sa valeur est de 20 centimes pour l'envoi d'une lettre de moins de 7,5 grammes partout en France.

timbre louis napoléon

En décembre 1848 est élu à la présidence de la République le prince Louis-Napoléon Bonaparte. En exil à Londres, le neveu de Napoléon 1er a vu comment le timbre-poste pouvait servir la popularité du chef de l'État en diffusant partout son portrait. Il ne tardera pas à mettre à profit ce nouveau média pour diffuser non plus le profil de l'antique déesse mais le sien.

 

 

 

Joseph Savès
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