mardi 10 avril 2018

Les indiscrétions de la semaine en Limousin et Nouvelle-Aquitaine

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Cette semaine, les "indiscrétions" sont très "intéressantes"!
Enfin si on peut parler comme ça !
En effet, elles prouvent que la casse de tout ce qui fait la France est en cours !

Le gouvernement fait tout pour que les étudiants des classes moyennes ou pauvres n'aient plus accès à l'enseignement supérieur (voir comment il s'y est pris pour casser la grève des étudiants à Montpellier).

Encore une fois, la fusion forcée des régions prouve que le but était de tout donner à la métropole au détriment des régions absorbées !

La ridicule obligation de scolarisation des enfants à 3 ans (et oui, 97% des enfants de 3 ans sont déjà scolarisés) prouve la fourberie de ce gouvernement qui avance masqué ; en réalité cette obligation vise à supprimer des enseignants en maternelle pour les transférer en zones sensibles et donc à faire payer les parents qui devront mettre les enfants de 2 à 3 ans en crèche !

Quant à Buzyn, et bien elle veut anéantir le formidable travail des parents d'enfants autistes en Limousin tout en constatant
« les résultats indéniablement positifs » de la structure !   S.R.


ACT LIMOUSIN INDISC

Les subtilités juridiques de Parcoursup

Un petit hommage aux candidats bacheliers qui ont souhaité postuler pour une licence de droit… Outre une lettre de motivation (comme pour toutes les filières), le nouveau logiciel chargé de décider de l’affectation des futurs étudiants leur imposait de cliquer sur un lien renvoyant vers un test national, obligatoire et spécifique à la filière. Hormis quelques questions de culture générale a priori accessibles à tous, des QCM (dont un en anglais) destinés à vérifier l’aptitude à dénicher les subtilités des textes juridiques, ont sans doute donné quelques fils à retordre à des élèves de 17 à 18 ans qui, rappelons-le, n’ont jamais étudié le droit. Et pour cause : celui-ci n’est pas au programme du secondaire, sauf dans le cadre d’une spécialité du bac L proposée dans de (trop ?) rares établissements (un seul à Limoges, le lycée Suzanne Valadon). Il se murmure donc que cet obstacle supplémentaire sur la route sinueuse de Parcoursup n’aurait eu d’autre but que de dissuader les candidats les moins favorisés (comprenez, ceux qui ne bénéficieraient pas d’un contexte socio-culturel et familial favorable) de postuler… 

Pas de trains pour le bac ?

Nul ne sait si le mouvement des cheminots sera toujours d’actualité dans deux mois, mais le calendrier des grèves, en tout cas, prévoit bel et bien une journée d’action le 18 juin, jour de la sacro-sainte épreuve de philosophie (et le lendemain également). Alors qu’en Limousin, une proportion non négligeable de lycéens est tributaire des TER (ou des bus de substitution…) pour se rendre aux épreuves, un vent d’inquiétude commence à souffler chez certains parents. « C’est un moyen de pression que les cheminots ont sans doute raison d’utiliser, souffle un syndicaliste enseignant. Mais il n’en sera rien : d’abord parce que de nombreux cheminots ont eux aussi un enfant qui passe le bac, ensuite parce qu’ils savent à quel point une telle action serait impopulaire… Et puis, ce sont tout de même des gens qui sont capables d’empathie… » 

Venir en train… et rester à Limoges ?

Si la question se pose pour les lycéens (ci-dessus), elle se pose aussi pour d’autres rendez-vous à venir. La grève de la SNCF, si elle dure plusieurs mois, pourrait bien avoir des conséquences inattendues. Prenons Lire à Limoges par exemple. Sur les 300 auteurs attendus, il y a ceux qui viennent en voisins et ceux qui viennent d’un peu plus loin. Il y a fort à parier que même s’ils habitent en Bretagne, en Provence, à Paris ou en Alsace, tous ne prennent pas le train. Mais quand même.
Chaque année, le vendredi soir ou le samedi à midi, la gare des Bénédictins est un point de passage obligé pour pas mal d’auteurs. Or la grève SNCF est prévue pour les 28 et 29 avril, deuxième et troisième jours de Lire à Limoges. Les auteurs adeptes du voyage en train pourront-ils venir, et surtout repartir ? Et s’ils venaient, et prolongeaient leur séjour ? Après tout, Limoges se classe régulièrement dans les premières places des palmarès des villes où il fait bon vivre et la grève pourrait dans ce cadre avoir des vertus insoupçonnées. 

Le CHU de Limoges dans le viseur

Paru cette semaine, le livre Hôpitaux en détresse, patients en danger (Flammarion) rassemble témoignages et récits sur des situations de maltraitance, harcèlement moral ou mise au placard au sein des hôpitaux français. Parmi les seize chapitres, l’un totalement à charge est consacré au CHU de Limoges. En une vingtaine de pages, intitulées « Au péril de la vie des patients, itinéraire d’une enfant (trop) gâtée », le docteur Florence Rollé, cardiologue-réanimatrice, qui n’avait pas souhaité s’exprimer dans nos colonnes sur le sujet (notre édition du 16 décembre 2017), y raconte ainsi à la première personne son parcours au sein de l’établissement public limousin, sa « disgrâce » et sa « mise à l’écart », liées aux circonstances de l’arrêt de la greffe du cœur au CHU. L’ouvrage est signé notamment de Philippe Halimi, chef du service de radiologie de l’hôpital Pompidou et président fondateur de l’association nationale Jean-Louis Mégnien, du nom de ce médecin qui s’est suicidé il y a deux ans sur son lieu de travail. Le docteur Rollé et d’autres auteurs du livre ont fait la Une de L’Express mercredi. 

Pylônes

Promise par l’État en 2014, la fin des zones blanches ou grises de téléphonie mobile tarde. En haute Corrèze, Millevaches a bien été dotée d’un pylône, mais il n’est toujours pas raccordé à un réseau. Un peu plus loin, à Bellechassagne, près de Sornac, on cherche toujours un site pour accueillir l’installation. Les élus ont parfois bien du mal à gérer les contradictions de leurs administrés : tout le monde veut profiter du portable, mais personne ne veut d’un pylône à côté de chez lui.

La préscolarisation des moins de 3 ans compromise ?

Le fait de rendre obligatoire l’instruction à partir de 3 ans pourrait-il compromettre la préscolarisation des tout-petits de 2 ans ? C’est en tout cas un effet collatéral redouté par une partie de la communauté éducative, après l’annonce du ministre Jean-Michel Blanquer…  En fait, il s’agirait à la fois d’une question de moyens et de vases communiquants. Si 98 % des enfants de 3 ans sont déjà scolarisés, l’arrivée d’une petite part d’effectifs supplémentaires pourrait conduire les mairies à refuser des tout-petits, prétextant qu’il n’y a plus assez de places pour créer (ou pérenniser) une classe de TPS (« très petite section »).   En Haute-Vienne, où le taux d’encadrement dans les écoles est déjà l’un des plus bas de France (82e département sur 96), et où seuls 2,5 % à 5 % des moins de trois ans sont actuellement scolarisés (contre près de 10 % en Creuse et en Corrèze), au moins cinq classes maternelles devraient fermer à la rentrée prochaine en vertu de la carte scolaire 2018-2019. Pas besoin de sortir sa règle à calcul pour prédire que les tout-petits ne seront pas forcément les bienvenus partout… 

Agnès Buzyn sur le centre expert autisme

À l’occasion de la séance des questions orales du 3 avril à l’Assemblée nationale, la députée de Haute-Vienne, Sophie Beaudouin-Hubière, a profité de la présentation imminente du 4e plan autisme pour interroger la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, sur l’avenir du centre expert autisme en Limousin et faire part des inquiétudes des parents. Les réponses ne devraient guère rassurer les familles puisque la ministre, bien que saluant « les résultats indéniablement positifs » de la structure, a souligné la fragilité de sa gestion. « Ce centre expert peut et doit faire mieux compte tenu des moyens qui lui sont attribués », a-t-elle déclaré, insistant sur « la couverture territoriale insuffisante », et sur un modèle « fonctionnant trop sur lui-même ». S’appuyant sur le rapport de l’agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine, elle a notamment rappelé que le « financement important mais non pérenne » du dispositif doit désormais être élargi à l’ensemble du Limousin. Le dossier sera finalisé dans les semaines à venir. 

Et si le meilleur chauffeur-routier était limousin ?

Il existe des trophées pour tout et tout le monde. Les Trophées des routiers en sont ainsi à leur troisième édition. Les candidats ont jusqu’au 30 avril pour être inscrits par leur entreprise, dans la limite d’une personne par établissement. Une société de transport de la Haute-Vienne a déjà inscrit un de ses salariés : Merci à Limoges.
Les candidats en lice pour la région Nouvelle-Aquitaine participeront aux sélections régionales (épreuves pratiques et théoriques) le mardi 12 juin à Artigues-près-Bordeaux, dans la banlieue bordelaise. Le grand champion de la région sera ensuite opposé aux gagnants des onze autres régions dans une compétition finale nationale qui aura lieu le 27 septembre. À la clé : le titre de meilleur chauffeur routier de France. Et, aussi, un séjour d’une semaine pour deux dans le lieu de son choix pour le grand gagnant national et un week-end en Europe pour tous les gagnants régionaux. L’histoire ne dit pas s’ils s’y rendront au volant de leur camion. 

Rock en Marche, c’est prêt !

La programmation complète de Rock en Marche 2018 est connue. La septième édition se tiendra les 27 et 28 juillet, comme toujours au stade du Theil à Saint-Martin-Sainte-Catherine. Les têtes d’affiche : Le Peuple de l’Herbe, Pigalle Officiel, Karpatt, Sidilarsen, Prain, Carré-Court, Paris Désert et ParadoxyCall. Autres groupes sur la scène régionale gratuite : Truman, Mick Buck, Vendredis et une fin de soirée avec Le Son du Peuple.
La vente des billets commence maintenant avec le Pass deux jours en promo pendant deux semaines.

Les pompiers de l’urgence en colère contre la région

Pas contents du tout les Pompiers de l’urgence internationale. Lors des travaux de l’assemblée générale à Limoges, le président Philippe Besson s’en est pris à la région Nouvelle-Aquitaine. « À deux reprises, la région Nouvelle-Aquitaine a rejeté un projet innovant dans le domaine de la prévention des catastrophes naturelles, a-t-il déploré. Il est de plus en plus difficile de faire entendre notre voix et cela risque de nous pousser à renoncer ». L’ONG Les Pompiers de l’urgence internationale de Limoges a besoin de 500.000 € pour équiper un véhicule d’un simulateur de séismes. Cette innovation unique en Europe permettrait d’aller au plus près des populations pour mener des opérations de sensibilisation dans les zones à risques.

https://www.lepopulaire.fr/limoges/opinion/sante/2018/04/08/les-indiscretions-de-la-semaine-en-limousin-et-nouvelle-aquitaine_12804905.html

Bonus (ce n'est pas dans Le Populaire!): des affiches UPR à Aubusson (et Felletin) ce lundi:

DSCF1626Entrée du "parking" de Pôle Emploi

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Devant le Lycée professionnel...(très visible depuis la route).

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mercredi 4 avril 2018

Le Désastre de l’école numérique

Pendant que certains cadres de la Silicon Valley inscrivent leurs enfants dans des écoles sans écrans, la France s’est lancée, sous prétexte de « modernité », dans une numérisation de l’école à marche forcée – de la maternelle au lycée. Un ordinateur ou une tablette par enfant : la panacée ? Parlons plutôt de désastre.

TL ECOLE NUMERIQUE

« L’école numérique est un désastre », affirment Philippe Bihouix (ingénieur centralien et auteur d’un ouvrage sur les low tech) et Karine Mauvilly, prof en collège, dans un essai critique de la démarche gouvernementale initiée depuis 2013 avec la loi pour la refondation de l’école. N’ayant pas peur « de passer pour des ringards ou des réacs », les auteurs de l’ouvrage s’insurgent contre une vision technocentrée, une gadgétisation de l’apprentissage où les outils numériques sont vus comme un pilier de la lutte contre le décrochage et les inégalités scolaires. Leurs propos s’appuient notamment sur l’étude Pisa 2015 qui observe que « les niveaux d’utilisation des outils numériques supérieurs à la moyenne des pays de l’OCDE sont associés à des résultats scolaires significativement plus faibles ».

Selon Karine Mauvilly et Philippe Bihouix, les responsables politiques aveuglés par la technologie, négligent les impacts environnementaux et sanitaires des écrans sur l’enfant : myopie, ondes, manque de sommeil… Dans ce plaidoyer pour une école sans écrans, l’essai préconise l’interdiction de la présence des portables dans les établissements, le retour au tableau noir et « l’innovation non numérique en investissant sur l’acquisition du langage ».

L’école numérique, c’est un choix pédagogique irrationnel, car on n’apprend pas mieux – et souvent moins bien – par l’intermédiaire d’écrans. C’est le gaspillage de ressources rares et la mise en décharge sauvage de déchets dangereux à l’autre bout de la planète. C’est une étonnante prise de risque sanitaire quand les effets des objets connectés sur les cerveaux des jeunes demeurent mal connus. C’est ignorer les risques psychosociaux qui pèsent sur des enfants déjà happés par le numérique.

 

Le numérique à l'école - 4

 


 

Le numérique à l'école - 1

 

 

Intervenants et auteurs :

Karine Mauvilly, 38 ans. Historienne et juriste de formation, diplômée de Sciences Po Paris, elle a été journaliste puis enseignante en collège public, poste d’observation privilégié de la mutation numérique en cours.

 

Philippe Bihouix, 44 ans. Ingénieur centralien, il a travaillé dans différents secteurs industriels comme ingénieur-conseil ou à des postes de direction. Il est l’auteur de L’Âge des low tech, vers une civilisation techniquement soutenable.

 


 

Le numérique à l'école - 2

 


 

Source :

https://www.scienceshumaines.com/le-desastre-de-l-ecole-numerique_fr_37143.html

http://www.seuil.com/ouvrage/le-desastre-de-l-ecole-numerique-philippe-bihouix/9782021319187

 

Livre :

Le Désastre de l’école numérique. Plaidoyer pour une école sans écrans – Philippe Bihouix, Karine Mauvilly (2016)

https://aphadolie.com/2018/04/02/le-desastre-de-lecole-numerique/

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mardi 3 avril 2018

Le Parlement durcit les règles pour les écoles hors contrat

Les députés ont voté « conforme » le 29 mars une proposition de loi centriste qui encadre plus strictement l’ouverture des établissements hors contrat.

ACT ECOLES MUSULMANES

Ce texte, soutenu par le gouvernement, vise à éviter que ces écoles ne deviennent des foyers de radicalisation.

Dans une école privée musulmane dans le quartier du Mirail à Toulouse, en janvier 2015. ZOOM

Dans une école privée musulmane dans le quartier du Mirail à Toulouse, en janvier 2015. / Remy Gabalda/AFP

Que prévoit le texte ?

La proposition de loi de la sénatrice UDI d’Ille-et-Vilaine Françoise Gatel prévoit un durcissement des règles d’ouverture des écoles hors contrat. Contrairement à la réforme voulue en 2016 par le gouvernement socialiste, qui avait finalement été invalidée par le conseil constitutionnel, elle ne revient pas sur le principe d’un régime de déclaration, proche de celui qui prévaut pour les associations.

En revanche, elle unifie les dispositions qui s’appliquent aux premier et second degrés et instaure un « guichet unique », l’autorité académique devant transmettre le dossier au maire, au préfet et au procureur.

Surtout, elle allonge à trois mois (contre parfois un seul) la période pendant laquelle ces instances peuvent s’opposer à une ouverture. De quoi permettre un véritable examen du dossier. Elle complète également la liste des motifs que les autorités peuvent invoquer, notamment l’ordre public.

De même, si un établissement passe outre une opposition, ses responsables encourent une fermeture de l’école, une amende de 15 000 € et six mois de prison ferme. Enfin, le texte pose le principe d’un contrôle annuel par les services de l’éducation nationale, tenus de prévenir les autorités si l’enseignement dispensé est contraire à la moralité ou aux lois.

Comment se sont déroulés les débats à l’Assemblée ?

Les débats, qui ont débuté le 28 mars, entre l’hommage aux victimes des attentats de l’Aude et la marche blanche à la mémoire de Mireille Knoll, ont été vifs. « Le contexte actuel doit nous donner encore plus d’ardeur à voter une loi comme celle-ci », a estimé Jean-Michel Blanquer.

Pour le ministre de l’éducation, la proposition Gatel doit permettre de combattre « l’embrigadement » islamiste. Il était devenu nécessaire de modifier un système « complexe », « incomplet » et « obsolète », face à la « hausse exponentielle » des ouvertures d’écoles hors contrat (+ 15 % dans le primaire à la rentrée dernière) et aux « nouvelles menaces », a-t-il fait valoir.

Durant l’examen, plusieurs élus ont évoqué la difficulté d’obtenir après-coup la fermeture d’un établissement en se référant au cas de l’école musulmane Al Badr à Toulouse, qui a fait l’objet d’un bras de fer judiciaire. Comme la majorité LREM-MoDem, saluant un « juste équilibre », les LR ont soutenu la « savante combinaison entre la liberté d’enseignement, protégée par la Constitution et le contrôle ».

 

De leur côté, les groupes de gauche ont plaidé, en vain, pour un régime d’autorisation dans lequel l’école devrait obtenir le feu vert des autorités pour ouvrir. Mais voyant tout de même dans cette proposition des « avancées », la Nouvelle gauche a finalement elle aussi voté le texte, adopté à main levée dans les mêmes termes qu’au Sénat fin février.

Pour revenir à la version sénatoriale, le gouvernement a fait supprimer un amendement ajouté en commission visant à empêcher une personne inscrite au fichier des personnes recherchées de diriger un établissement. Les autorités administratives pourront recourir au motif d’ordre public dans un tel cas, a cherché à rassurer Jean-Michel Blanquer.

Denis Peironhttps://www.la-croix.com/Famille/Education/Le-Parlement-durcit-regles-ecoles-hors-contrat-2018-03-29-1200927814?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20180329&utm_campaign=newsletter__crx_alert&utm_term=971824&PMID=ac29e5cafb071c987471f76e2c454018

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lundi 26 mars 2018

Barbara Lefebvre : "La génération J'ai le droit, ce sont les incivilités du quotidien"

Barbara Lefebvre, professeur, dénonce l'abandon culturel de toute une génération.

Vous utilisez le terme de génération “J'ai le droit”. Qu'appelez-vous ainsi ?

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C'est une expression qui tente de résumer la tyrannie de l'individualisme dans nos sociétés occidentales modernes. C'est une génération de parents et d'élèves qui considère que leurs droits individuels prévalent sur l'intérêt général. “J'ai le droit de penser et de dire ce que je veux”. Ce sont les incivilités du quotidien, ceux qui hurlent dans leur téléphone ou écoutent leur musique sans écouteurs dans les transports en commun.

Beaucoup de gens ont aujourd'hui une grande difficulté à supporter les cadres, les codes sociaux ou comportementaux. Bien sûr, la grandeur des sociétés occidentales, c'est de reconnaître la singularité des individus, mais c'est initialement pour le projeter dans le commun. Aujourd'hui, on glorifie les identités particulières au détriment du bien commun. Ce triomphe du “Moi” fait le jeu à la fois du modèle ultralibéral, avec le culte du consumérisme et du communautarisme qui détermine l'individu par une identité de naissance à préserver absolument.

Comment cela se manifeste-t-il à l'école ?

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Les élèves, et pas que dans les établissements difficiles, ont du mal à être dans un rapport vertical face à l'enseignant. Ils se lèvent en plein cours, interrompent les professeurs. Or, l'école est le premier lieu de la contrainte sociale. L'élève doit y vivre selon des principes et des règles qui construisent un collectif. Hélas, cet idéal craque sous nos yeux. L'école souffre de deux rejets : une double crise de l'autorité et de la culture. La récusation de l'autorité est le résultat d'un long processus né avec les utopies des Lumières, mais elle a éclaté au moment de mai 1968. Les enfants gâtés du baby-boom, aveuglés par les promesses des Trente Glorieuses ont cru qu'ils pouvaient tout envoyer valser…

Depuis 20 ou 30 ans, on a encouragé l'idée que la société est au service de l'individu et que l'individu n'est plus au service de la société. Dans les Territoires perdus de la République lorsqu'on soulignait la contestation de certains enseignements à l'école, cela illustrait déjà cette crise du consentement. Si la parole du maître n'a plus valeur de vérité, tout enseignement devient impossible. L'explosion des réseaux sociaux a accentué la domination du “je” tout-puissant et du complotisme. Et l'école est malheureusement devenue le lieu où les croyances prennent le pas sur le savoir.

Vous dénoncez une faillite culturelle généralisée, et celle de l'Éducation nationale en premier lieu. À qui la faute ?

Aux théories pédagogiques issues des années 60/70 qui ont renoncé à transmettre un héritage classique. Ce phénomène né à l'université et érigé en science a décrété que la culture était l'outil de domination de la classe bourgeoise. Cette lecture politique a conduit à la déconstruction des savoirs, des rapports hiérarchiques, tout ce qui faisait l'autorité. Depuis 30 ans, la formation des enseignants est sous le joug de ses pseudos scientifiques au langage jargonnant et prétentieux.

L'enseignement du français a été le premier instrument de ce déracinement culturel. On l'apprend désormais comme une langue de communication et non plus comme une langue littéraire. Cela a conduit beaucoup d'élèves à l'illettrisme, et plus globalement à une acculturation générale qui fait que les jeunes ne peuvent plus entrer dans la littérature. Quand votre champ lexical se réduit comme peau de chagrin et que vous ne maîtrisez plus l'orthographe et la syntaxe, vous ne pouvez pas accéder à une identité commune.

Avec ce livre, on vous accuse de “délire réac”. Pourtant vous militez pour l'égalité des chances à l'école. N'est-ce pas paradoxal ?

J'ai tenté de témoigner de vingt ans d'expérience sur le terrain, et je ne suis pas une prof qui s'est mise à l'abri en université. Les conservateurs sont ceux qui se prétendent progressistes. Car leur modèle a échoué et envoie au casse-pipe les enfants des catégories populaires et défavorisées qui n'auront pas les clés pour avancer dans un monde de plus en plus compétitif. Au fond, ces gens ont une vision très élitiste de la culture alors que la culture sert à émanciper le peuple.

L'école est le lieu de la conservation, et conservation ne signifie pas putréfaction. L'école ne doit servir d'idéologie, sa priorité doit être la culture. Mais à l'allure où l'on va, la culture classique restera l'apanage de l'élite. Car ne vous leurrez pas, cette acculturation ne touche pas les enfants de ceux qui ont détruit l'école.

L'école actuelle organise l'inégalité des chances, mais pas dans le sens qu'on voudrait nous le faire croire. Je sais que Jean-Michel Blanquer défend l'idée de la culture classique, mais il est dans un gouvernement qui a des objectifs économiques. Tous les ministres de l'éducation nationale ont été défaillants. Avec Najat Valaud-Belkacem, on avait une école à visée morale et malheureusement Emmanuel Macron en a une vision utilitariste qui ne regarde l'école que comme le moyen de façonner les actifs de demain.

“Génération J'ai le droit – la Faillite de notre éducation” (Éditions Albin Michel), 18 euros, 236 pages.

http://www.midilibre.fr/2018/02/25/barbara-lefebvre-la-generation-j-ai-le-droit-ce-sont-les-incivilites-du-quotidien,1632384.php#fT717xZmrTFYPxMi.99

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dimanche 11 mars 2018

Suppression d’options, de postes, de classes, d’écoles : nécessité financière ou mutation imposée ?

Un article d’Anne Limoge, responsable nationale pour l’Éducation

ARG ANNE LIMOGE

Le candidat Macron avait annoncé la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires et 60 milliards d’économies sur le budget de l’État, ce qui avait révolté le Landerneau sans plus d’effet. En parallèle, étaient annoncés la volonté d’augmenter le budget de l’Éducation nationale, celle de ne pas supprimer de postes, de ne pas dépasser 12 élèves par classe de CP pour les écoles du réseau d’éducation prioritaire, de remettre en place un enseignement en langues anciennes, de renforcer l’enseignement de la musique, les devoirs maison, une réforme d’envergure du baccalauréat… toutes mesures nécessitant un investissement tant humain que financier important.

Leurrés par cette impression première, et bercés par les promesses de M. Blanquer, nous pouvions espérer que l’école au moins, à défaut d’aller mieux, serait au pire épargnée.

C’était oublier que ce nouveau ministre, bien que présenté par les médias comme un homme de l’art avant tout, n’en était pas moins passé déjà, de 2009 à 2012, par la case ministère, puisqu’il a été directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco) aux côtés de Luc Chatel, sous Sarkozy, où il avait appliqué une politique de suppression de postes.

Il n’aura guère fallu attendre, même s’il en est peu fait étalage dans la presse, pour que s’amplifie, en plus des diminutions de moyens alloués aux lycées français de l’étranger annoncés l’année dernière, le mouvement déjà amorcé les années précédentes, de fermeture de classes, d’écoles, de collèges, de diminution des « dotations horaires globales » des établissements, ou de fermeture d’options (1).

La douche est froide pour beaucoup, qui ne savent que penser, là où tant d’autres passent tout simplement à côté du problème, persuadés que ce nouveau ministre, enfin, va appliquer une politique qui permettra de remettre à niveau notre système scolaire.

Mais c’est oublier aussi que depuis le protocole de Lisbonne (2) des 23 et 24 mars 2000 l’éducation, qui reste formellement au nombre des compétences des États, est soumise à la pression de la Commission par le biais de la « méthode ouverte de coordination ». Selon celle-ci la Commission met au point « des lignes directrices » incluant des objectifs, des priorités, des indicateurs, des échéances, etc. , qui finiront par s’imposer. On reconnaît là une approche analogue à la méthode des GOPE, qui ne sont que des recommandations, mais que les États ne peuvent ignorer très longtemps, sous peine de réprobation de leurs pairs, puis de sanctions financières! Bien entendu, il s’agit d’amener les États à mettre en œuvre une politique éducative qui s’inscrive dans la vision du monde de l’Union européenne : à la fois la marchandisation de chacun des aspects de la vie sociale, ici l’instruction publique, et l’assujettissement de tous les travailleurs aux desiderata des multinationales, renommé « employabilité ».

 

Pilotage par la contrainte budgétaire

Pour promouvoir ces objectifs, l’U.E. s’appuie aussi sur la contrainte budgétaire, qui s’exerce tant au niveau des communes qu’au niveau de l’État. En effet, les recommandations du conseil de la Commission européenne (3), « concernant le programme national de réforme de la France pour 2016 et portant avis du Conseil sur le programme de stabilité de la France » sont claires : « […] La France affiche […] une dette publique élevée et croissante couplée à une compétitivité dégradée. Le risque de retombées négatives sur son économie et, compte tenu de la taille de celle-ci, sur l’Union économique et monétaire est particulièrement important […]. Le déficit devrait atteindre, à politiques constantes, 3,2% du PIB, […]. Le niveau des dépenses publiques en France est l’un des plus élevés de l’UE et ne cesse d’augmenter depuis 2010. La France a présenté un plan visant à réduire les dépenses publiques de 50 milliards d’euros sur la période 2015-2017 à tous les niveaux de l’État, mais ce plan pourrait être insuffisant pour réduire significativement les dépenses publiques. »

Les recommandations des années suivantes sont toutes sur le même mode, en se montrant plus insistantes. Il y est demandé d’« assurer une correction durable du déficit excessif », d’« accentuer les efforts pour accroître les montant des économies, […] y compris en ce qui concerne les collectivités locales » ou, dans le cadre d’« importants efforts budgétaires pour 2018 », de « prendre en considération l’objectif d’une orientation budgétaire qui contribue aussi bien à conforter la reprise actuelle qu’à garantir la viabilité des finances publiques de la France. »

Le budget du ministère de l’Éducation nationale représente le premier budget de l’État, avec plus de 51 milliards, auquel il faut ajouter celui mis en œuvre par les collectivités locales. Ces deux acteurs sont donc sur la sellette.

→ Attaque du budget des collectivités locales

Les collectivités locales sont en charge de la gestion des locaux scolaires, écoles depuis 1886, collèges et lycées depuis les premières lois sur la décentralisation, de l’accueil, de la restauration, voire si besoin est de l’hébergement, du transport scolaire (4). Les communes sont chargées des écoles, les départements des collèges, et les régions des lycées. Il n’est pas étonnant que certaines collectivités, fragilisées par la baisse constante de la dotation de l’État, peut-être endettées ou anticipant la suppression de la taxe d’habitation, acceptent la suppression de postes et donc les fermetures de classe lors des modifications de la carte scolaire proposées par le Directeur académique, ici bras armé de l’État, sur prévision du nombre d’élèves (5). Ces suppressions peuvent conduire à la fermeture d’établissements, du fait des coûts importants par élève pour leur maintien, par exemple en zone rurale ou peu peuplée. Ces fermetures se multiplient actuellement, au détriment bien entendu des élèves, qui voient augmenter les temps de transport, comme la population générale, puisque ce mouvement contribue par ailleurs puissamment à la désertification rurale. On enregistre ainsi cette année par exemple une cinquantaine de cas de classes fermées dans la Sarthe, une cinquantaine dans les Vosges, une centaine en Seine-Maritime, etc. qui dans certains cas vont conduire à la suppression d’écoles.

Notons que si la suppression de postes d’enseignants du primaire relève de la compétence de l’État, et non de la collectivité locale qui ne peut donc s’y opposer, la mobilisation de la population et des acteurs locaux peut faire évoluer les situations, comme par exemple dans les Vosges où sur les 113 classes concernées au départ, seules 51 seront effectivement fermées. Les problèmes budgétaires des territoires concernés sont donc bien au cœur du problème.

 

 

→ Etat : Réduction des heures d’enseignement, et du coût de la masse salariale

Au niveau de l’État, avec plus de 860 000 enseignants, les coûts de personnel, enseignants ou non, sont une cible majeure des coupes budgétaires possibles. Mais la réduction brutale du nombre d’enseignants étant trop risquée, c’est à la fois par la modification de la carte scolaire pour l’enseignement maternel et primaire, par le mécanisme de la « Dotation horaire globale », la DHG, des établissements du secondaire (6) et par la pression sur la masse salariale que la contrainte budgétaire est mise en place.

La DHG est une enveloppe horaire donnée à chaque établissement scolaire du second degré par l’Inspection académique ou par le Rectorat, qui en déterminent le montant en fonction des effectifs prévus d’une année sur l’autre, des options ou des spécialités proposées et des diverses voies d’orientation. Chaque directeur d’établissement répartit ces heures en fonction des besoins pédagogiques spécifiques de son établissement.

Diminuer la DHG revient à devoir mettre moins d’enseignants devant autant d’élèves à qui l’on doit le même nombre d’heures… Pour résoudre ce casse-tête, il est souvent proposé devant l’incompressibilité des horaires de certaines matières, de supprimer des options ou, comme dans le cas des écoles rurales ci-dessus, de fermer des classes pour regrouper les élèves, les professeurs déjà en poste étant déplacés dans les établissements qui conservent l’enseignement de la matière visée. Si cette dotation diminue plus que le nombre d’élèves ne l’autoriserait, et l’on sait que l’évolution du remplissage des classes d’âge en France ne conduit pas à une diminution du nombre d’élève global, il finira par manquer des enseignants. On recrutera alors des contractuels.

Représentant 4% des enseignants en 2005, ces contractuels étaient 7,5% en 2013, selon les estimations syndicales, et occupent souvent des postes pérennes, sur lesquels des professeurs titulaires ne sont pas nommés, suite à un départ en retraite par exemple. Leur nombre augmentant, c’est la porte ouverte à un glissement du statut de fonctionnaire des enseignants, du choix de leur recrutement et de leur formation. Ce marché en cours de formation a déjà attiré une société américaine, Teach for all, qui, par l’intermédiaire de sa filiale française Teach for France (7), sélectionne et accompagne des étudiants pour qu’ils soient recrutés en tant que contractuels pendant deux ans… Nous sommes bien là à plein dans le double processus que dénonce l’UPR, de « marchandisation » d’un secteur central de la vie publique, l’instruction, et de délégitimation de l’État par amenuisement de son rôle.

L’autre volet de la cure d’amaigrissement porte sur la masse salariale. De nombreuses études, telles celles de l’OCDE ou Eurydice pour la Commission européenne, ont montré que le salaire d’un professeur, en France, est un des plus bas de l’Union européenne, juste au-dessus des salaires de l’Europe de l’Est, les plus mal lotis étant les professeurs des écoles, le salaire se rapprochant de la moyenne des pays de l’OCDE lorsqu’on étudie le cas des professeurs du secondaire. Dans un rapport de 2010, l’OCDE écrivait « Le salaire des enseignants a augmenté, en valeur réelle, dans la plupart des pays dont les données sont disponibles entre 1995 et 2009. La France et la Suisse font figure d’exception : le salaire des enseignants y a diminué en valeur réelle durant cette période ». Et dans « Regards sur l’éducation », 2016, « Les salaires des enseignants restent peu attractifs » – ce qui a un impact sur le niveau de recrutement.

Dans l’optique d’un arrêt de la dégradation de l’état de l’éducation, loin de réduire la masse salariale, il serait donc logique de revaloriser la carrière des enseignants, comme annoncé par le précédent gouvernement avec la réforme PPCR , Parcours professionnel, carrières et rémunérations, qui laissait penser à une revalorisation du salaire mensuel des professeurs. Il n’en est rien. En effet, avec cette réforme, le salaire augmente effectivement légèrement pour les professeurs des écoles, par exemple, mais la hausse couvre à peine le gel des indices qui avait eu lieu sur les années précédentes. D’autant qu’il faut intégrer l’effet de la hausse de la CSG, qui ne sera pas compensée intégralement, le mécanisme utilisé pour les salariés du privé n’étant pas appliqué pour les fonctionnaires. Par contre, en fonction des situations personnelles, cette réforme peut conduire à des salaires inférieurs sommés sur la totalité d’une carrière. La réforme PPCR ne coûtera donc quasiment rien à l’État car les agents autofinancent les nouvelles grilles par des carrières plus longues, un avancement ralenti et des promotions limitées… Qui plus est, ce PPCR, s’il est actuellement déjà appliqué pour ce qui est de son mode de fonctionnement qui supprime toute notion de valorisation du mérite professionnel, a vu son volet revalorisation des grilles indiciaires repoussée d’un an. Encore une économie de faite, dans une démarche annoncée à grands renforts de déclarations médiatiques démagogiques comme une amélioration conséquente…

Toutes ces économies de bouts de chandelles ne contribueront qu’à dégrader encore plus la qualité de l’enseignement que pourront donner des professeurs déjà peu considérés et dévalorisés, et mettre encore plus à mal l’égalité de traitement et de formation des enfants sur tout le territoire.

 

Objectifs « éducatifs » et « employabilité »

Le deuxième pôle sur lequel est mis l’accent, c’est l’adéquation de la formation de l’enfant au marché de l’emploi. (...)

Cette adéquation entre formation scolaire et emploi est réclamée depuis plus de trente ans par le patronat par le biais de rapports tels ceux de l’ « European Round Table of Industrialists », « Education et Compétence en Europe », (ERT ) (8) qui dans « Education et Compétence en Europe » (9) affirme que « Le développement technique et industriel des entreprises exige clairement une rénovation accélérée des systèmes d’enseignement et de leurs programmes » et que « l’éducation et la formation sont considérées comme des investissements stratégiques vitaux pour la réussite future de l’entreprise. » Or « l’entreprise n’a qu’une très faible influence sur les programmes enseignés » et les enseignants ont « une compréhension insuffisante de l’environnement économique, des affaires, et de la notion de profit.[…ils] ne comprennent pas les besoins de l’industrie. »

De nombreux textes suivront, que l’on peut consulter avec profit sur le site de l’ERT rubrique « skills and employment »…

Ces demandes sont, bien entendu, au cœur même du « projet européen ». Déjà lors du conseil européen de Lisbonne de 2000 (2), on trouvait dans les rapports un encouragement à ce que les jeunes ne poursuivent pas trop longtemps leurs études et que celles-ci soient surtout « utiles » pour trouver un emploi, augmentant « l’employabilité » de tous et le niveau de qualification requis par l’économie de la connaissance. Dans le cadre de la « stratégie européenne pour l’emploi », l’éducation doit se subordonner aux réformes structurelles du marché du travail, pour des raisons de compétitivité et d’emploi.

On retrouve l’écho du protocole de Lisbonne dans les recommandations de la Commission européenne de 2016 : « Le passage de l’école au monde du travail reste difficile, surtout pour les jeunes les moins qualifiés. […] La coopération insuffisante entre les différents acteurs de la formation professionnelle continue empêche toute répartition efficace des ressources »

« le Conseil […] RECOMMANDE que la France s’attache, au cours de la période 2016-2017, à : renforcer les liens entre le secteur de l’éducation et le marché du travail […] »

Et en 2017 : « Les réformes de la gouvernance qui sont en cours sont essentielles pour faire coïncider les possibilités de formation avec les besoins économiques et les perspectives d’emploi. […] Mais l’offre d’enseignement et de formation professionnels initiaux qui est proposée, en particulier dans certains secteurs tertiaires et lorsque cet enseignement se déroule en milieu scolaire, n’est pas suffisamment liée aux possibilités d’emploi. »

L’abandon de l’objectif de transmettre une culture va bien dans cette direction… Et si supprimer des options artistiques (cinéma, arts plastiques, musique), sportives ou de langues étrangères permet de donner plus d’heures aux enseignements directement liés aux besoins du marché du travail sans augmenter, voire diminuer, le nombre d’enseignants, le deuxième effet de cette évolution, en plus de permettre des économies, est de limiter l’ouverture culturelle des futurs employés.

Il faut noter que ces suppressions étaient déjà préconisées dans le rapport Longuet (10) fin 2016 : « l’encadrement du secondaire en France est plus coûteux que dans les autres pays de l’OCDE car il y a une dispersion des classes et une diversité de l’offre», et sont également mises en avant par M. Mathiot, auteur du rapport précurseur à la réforme du baccalauréat envisagée par M. Blanquer. (11)

Il est bien clair que tout doit être fait pour que la formation des jeunes, qu’elle soit primaire, secondaire ou supérieure, leur permette de s’insérer sur le marché du travail. Dans l’état du système éducatif français aujourd’hui, cet objectif passe par une réflexion approfondie portant tant sur les pratiques enseignantes proprement dites, que sur la forme et la diversité de tous les modes de formation, de l’apprentissage au cursus uniquement scolaire, et sur leur articulation. Cette réflexion amènera probablement à des révisions douloureuses des pratiques antérieures.

Il ne faut pourtant pas dans cette réflexion oublier la mission essentielle confiée à notre système scolaire : former des citoyens capables d’exercer leurs droits et leurs devoirs en conscience, pour maintenir la démocratie et la faire évoluer, bref former un peuple capable d’exercer sa souveraineté.

Si, à la sortie de leur parcours scolaire, le premier souci de l’élève et de sa famille est de trouver un emploi, l’ouverture intellectuelle et la culture sont des briques essentielles à son développement, comme à sa capacité à s’adapter aux mutations professionnelles qu’il sera amené à effectuer. Bien souvent il ne trouvera ces briques culturelles, et ne pouvait les trouver, que dans le contexte scolaire. Si, dans le cas de certaines formations (CAP, BEP…), l’école peut fournir directement les connaissances nécessaires à l’entrée dans le monde du travail, il ne s’agit pas de toutes les formations, et ce n’est pas leur unique objectif.

Conclusion

Certes, une réforme en profondeur de l’Éducation nationale est nécessaire, on s’est trop acharné à la détruire depuis 40 ans pour ne pas devoir reconstruire. Mais, actuellement, nous continuons sur le chemin de la destruction, pour des raisons qui tiennent à la nature des motivations qui sous-tendent la démarche suivie. Ni la volonté de faire du système éducatif un marché rentable pour des firmes privées, ni celle de plier les contenus scolaires, au sens large, aux desiderata des entreprises, alors que ceux-ci sont souvent aussi mal justifiés que peu pérennes, ne sont à même de répondre par nature aux besoins réels de formation des acteurs de l’économie comme à ceux de la société. Les réformes nécessaires, ainsi que le fonctionnement global de notre système éducatif, nécessitent une revalorisation du statut social des enseignants, peut-être même en premier lieu, une redéfinition des cursus, des méthodes et des exigences à tous les niveaux et, in fine, des investissements financiers. Tous ces éléments ne peuvent être dosés et mis en œuvre de façon optimale sans une réflexion ouverte sur les besoins, les solutions possibles et les moyens à dégager. L’étranglement budgétaire mis en œuvre sous la houlette de la Commission européenne ne saurait en tenir lieu, pas plus que l’idéologie intrinsèque aux textes fondateurs de l’Union européenne n’est à même d’assurer l’acceptabilité des solutions que celle-ci met en avant.

Sources :

(1) Fermeture de classes et écoles, baisse de la dotation horaire globale (exemples)
Les fermetures ont lieu sur tout le territoire malgré la promesse de Macron de ne plus fermer de classes, au désavantage des communes rurales, et pour permettre de tenir la promesse de « 12 élèves par classe de CP et CE1 en classe REP » :
https://www.lexpress.fr/actualites/1/societe/fermeture-de-classes-la-fronde-des-ecoles-rurales-qui-s-estiment-sacrifiees_1983800.html
http://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/carte-scolaire-en-seine-maritime–l-heure-des-arbitrages-NC12238306?utm_source=lien_interne&utm_medium=equipe-numerique
Inscription de ces fermetures dans une évolution sur le long terme, il suffit de reprendre un article de 2011 sur les promesses de Sarkozy par rapport aux fermetures de classes :
http://archive.francesoir.fr/actualite/politique/pas-fermetures-classes%E2%80%A6-en-2012-112043.html
Aisne : https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/picardie/aisne/carte-scolaire-20162017-51-fermetures-classe-aisne-962531.html
Allier : https://www.lamontagne.fr/montlucon/education/2017/06/08/les-syndicats-redoutent-la-fermeture-decoles-en-2018_12434577.html
Ardèche : https://www.francebleu.fr/infos/education/ouvertures-fermetures-la-carte-scolaire-de-l-ardeche-pour-2018-2019-1517504907
Creuse : https://www.francebleu.fr/infos/education/carte-scolaire-11-fermetures-de-classe-a-la-rentree-2018-en-creuse-les-parents-en-colere-se-1517271500
Eure et Loire : https://www.lechorepublicain.fr/chartres/education/2018/01/22/une-semaine-d-actions-contre-les-fermetures-de-classe-ou-d-ecole-en-eure-et-loir_12709794.html
Lot : https://www.ladepeche.fr/article/2018/01/30/2732009-suppression-postes-ecoles-actions-multiplient-tout-lot.html
Val de Marne : https://94.citoyens.com/2018/colere-enseignants-val-de-marne-contre-carte-scolaire-2018,25-01-2018.html
Vosges : https://www.vosgesmatin.fr/edition-de-la-plaine/2018/01/30/fermetures-d-ecoles-la-grande-hemorragie-dans-la-plaine
Baisse de la dotation horaire globale :
https://www.francebleu.fr/infos/education/a-dijon-les-enseignants-du-lycee-hyppolite-fontaine-manifestent-contre-la-suppression-d-heures-de-1517234992
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/02/09/97001-20180209FILWWW00270-paris-les-personnels-du-lycee-turgot-en-colere.php
(2) : Protocole de Lisbonne, Mars 2000
http://www.europarl.europa.eu/summits/lis1_fr.htm
(3) Recommandations 2016 de la commission pour la France :

outil gopé

http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:52016DC0330&from=EN
Recommandations 2017 de la commission pour la France :
https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/2017-european-semester-country-specific-recommendations-commission-recommendations_-_france-fr.pdf
(4) Rôle des collectivités locales dans la gestion des établissements scolaires :
https://www.collectivites-locales.gouv.fr/role-des-collectivites-territoriales-matiere-deducation
(5) Réglementation pour la fermeture de classes enseignement primaire et maternel
https://www.caissedesdepotsdesterritoires.fr/cs/ContentServer?pagename=Territoires/LOCActu/ArticleActualite&cid=1250269010582
(6) Dotation Horaire Globale (DHG) :
http://fcpe-dieppe.over-blog.com/pages/Dotation_Horaire_Globale_DHG-4351069.html
(7) Teach For France : http://www.teachforfrance.org/
(8) ERT : https://ert.eu/
(9) : Enseignement et compétences en Europe (notez bien les participants, première page…)
http://www.ert.eu/sites/ert/files/generated/files/document/education_and_european_competence_-_jan_1989.pdf
(10) Public Sénat : Rapport Longuet
https://www.publicsenat.fr/article/politique/suppression-d-options-temps-de-travail-les-propositions-du-rapport-longuet-sur-les
(11) :M. Blanquer la réforme du bac et les options :
http://www.europe1.fr/societe/baccalaureat-les-options-dans-le-viseur-du-gouvernement-3491498

Responsable nationale pour l’Éducation

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dimanche 11 février 2018

Vos enfants sont fichés dès la maternelle

TRIBUNE LIBRE / par Valérie Chénard

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Psychologue et spécialisée en Psychologie sociale et du travail et conférencière.  A travaillé de nombreuses années pour l’Association nationale pour la Formation Professionnelle des Adultes . Elle est spécialisée dans les causes des « risques » dits psychosociaux et sur les facteurs de bien-être social et individuel sous-jacents.

Valérie a été candidate UPR  dans l'Isère !!  S.R.

Au même titre que les services publics postaux nationaux déroulent le tapis rouge à Amazon et aux géants américain du numérique pour concurrencer de façon déloyale les commerces locaux, les écoles et les enseignants doivent instruire un livret d’évaluation des compétences, le LSUN (livret scolaire unique numérique), pour chaque élève en complète violation des droits de l’enfant.

TL ECOLE LIVRET

C’est du moins ce que le Comité de l’Enfant (ONU) a déclaré en réitérant ses préoccupations en 2016 vis-à-vis du stockage massif et à durée indéterminée de données personnelles en France; une traçabilité numérique obligatoire des élèves et apprentis et ce, jusqu’à… leur mort à l’insu même des enfants et de leurs parents et donc au mépris de leur droit les modifier et de les supprimer. Même la CNIL, à ce jour n’informe pas sur leurs droits à ce sujet et cache ainsi aux parents ce fichage national de ces données extrêmement sensibles.

Les enfants non scolarisés n’échappent pas à l’obligation car ils se voient imposer, depuis un  décret du 28 octobre 2016 (n° 2016-1452), une évaluation annuelle des compétences fixées dans les programmes et par décret.

Traçabilité à vie, en effet, car le livret scolaire LSUN  disposerait d’une passerelle « orientation » permettant la communication entre le LSUN et le CPA (compte personnel d’activité) dont chaque citoyen est également doté à son insu depuis 2016 (2018 pour les professions libérales); y sont consignées par les organismes concernés (sécu, employeurs, Pole Emploi, organisme de formation ou de bilan,…)  toutes les activités (salaires numérisés, formation, arrêt maladie,..) y compris bénévoles donc même après la retraite.


Quelles données personnelles dans le livret scolaire numérique ?

Adresse, profession des parents, téléphone, mail, absences, retards, activités périscolaires,… sont déjà renseignées depuis la mise en place du fichier Base Élève qui avait motivé le premier avertissement du comité de l’enfant de l’ONU en 2009 et qui est, il faut le souligner, à disposition également des maires de la commune pour le suivi des effectifs et des activités périscolaires.

Malgré ces recommandations d’anonymisation des données personnelles, depuis 2016, la violation de la vie privée des enfants a été renforcée par la mise en place du LSUN (livret scolaire unique numérique) qui effectue un fichage numérique généralisé de l’évaluation de leurs compétences de nature confidentielle et ce depuis le primaire.

… mais, sans rire le moindre du monde, les compétences ne seraient pas des données personnelles selon le porte parole du gouvernement français!

 « Non, le livret numérique n’a pas du tout le même objectif. Le livret numérique permet de voir, de suivre la scolarité de l’élève sur la maîtrise des compétences par rapport au socle commun. Mais ce n’est pas du tout un livret avec des données personnelles, c’est simplement sur la maîtrise des compétences. » […]Réponse de Mme P., représentante du ministère de l’Education Nationale,  aux objections du comité des droits de l’enfant –  enregistrement du 14 janvier 2016 à 11:15:24.

La plupart des données hautement sensibles personnelles qui avaient été retirées du fichier Base élèves suite aux mobilisations de 2007 et 2008, réapparaissent  en catimini dans le LSUN (acquis du socle commun, appréciations, difficultés, comportement, suivis particuliers, problèmes médicaux..).

Il devient  la seule source prise en compte (contrôle continu) pour l’obtention de brevet des collèges (Diplôme National du Brevet en fin de 3°) et pour l’affectation totalement  automatisée (logiciel Affelnet post 3ème) afin de décider de son orientation.

L’argument pédagogique de ce livret numérique est de plus, un leurre complet car c’est la négation même du droit à l’oubli et il permet la dépossession de son propre parcours qui appartient dorénavant à l’État.

Une des conséquences majeures est la transformation du livret scolaire personnel, propriété de l’enfant et de sa famille, en un livret électronique qui ne leur appartient plus et constitue la première brique d’un CV électronique, normé et de fait obligatoire, qui nous échappe également.

C’est ni plus ni moins, le retour du livret ouvrier (1803-1890) en vigueur sous Napoléon 1° : ce livret papier était bien dans l’esprit du législateur « un moyen de contrôle des déplacements des ouvriers, un moyen d’imposer la discipline et de lutte contre le vagabondage. Cependant il deviendra aussi un « brevet de capacité » attestant de la qualité et des compétences des ouvriers. »

Ainsi, dans sa droite ligne politique de formation et d’orientation tout au long de la vie, le Conseil de l’Union Européenne en 2012 recommande l’utilisation de l’Europass pour valider les acquis d’apprentissages officiels ou informels. Il s’agit d’harmoniser les pratiques entre États européens, la plupart ne disposant pas encore de « système de validation élaboré », afin que les compétences acquises hors du système éducatif puissent « profiter » aux individus comme à la compétitivité de l’Europe. Outil pour l’une des 4 libertés de l’UE « la libre circulation des personnes » et donc faciliter la réalisation de la politique des travailleurs détachés et du dumping social engendré.

C’est une étape clef vers un fichage des compétences européennes que préconise l’ERT (European Round table) depuis 1989 dans son rapport « Éducation et compétence en Europe », le plus grand lobby européen constitué de 47 des plus grandes sociétés (Renault, Nestlé, Volvo, Philips,..) ; recommandations copiées/collées dans le livre blanc de la Commission européenne « Enseigner et apprendre : vers la société cognitive »préfacé par Édith Cresson en 1995 qui annonçait un « système permettant de valider les compétences techniques et professionnelles, (…)  « cartes personnelles ». Ce système permettrait d’évaluer les qualifications de chacun tout au long de sa vie »

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Un milliard de budget (2016/2018) pour la transformation numérique de l’éducation nationale et renforcer donc l’addiction des enfants aux écrans alors même que l’introduction de matériel numérique à l’école est au mieux insignifiant sur les résultats scolaires, et même significativement nuisible comme en Espagne ou en Pologne. Ces derniers ont ainsi vu le niveau de leurs élèves baisser après avoir introduit des outils numériques dans les classes selon l’étude européenne PISA « Connectés pour apprendre? » (2015).

La connaissance de cet impact social nul voire négatif ne peut qu’éclaircir les réelles motivations de cet investissement financier énorme qui est une charge colossale pour la dette nationale et  par conséquent, au service de qui sont réellement les gouvernements membres de l’UE. D’autant plus que l’influence néfaste des écrans sur le cerveau humain est connue depuis les débuts de la télévision. Non point le contenu lui-même mais bien le bombardement d’électrons qui met le cerveau en état d’hypnose (ondes alpha) et le rend ainsi très malléable comme Herbert Krugman, professionnel de la publicité et au service du renseignement américain, en témoigne.

On peut souligner également le coût réel engendré en matières premières utilisées pour des produits aussi rapidement obsolètes et autant de pollution de déchets. S’y rajoute, le gouffre énergétique que constitue l’économie numérique … En effet, selon l’ADEME, l’envoi d’un mail avec une PJ représente l’équivalent des 25  kWh soit une heure de consommation d’une ampoule… Et en une heure, plus de dix milliards de courriels sont envoyés, soit l’équivalent de 4 000 tonnes de pétrole. Un volume de données (stockage dans le cloud, consultation internet,..) qui double tous les 2 ans.  A ce niveau, on peut parler d’un clair désastre écologique et environnemental et donc de santé publique prévisible pour les générations futures.

D’autant plus que Les consignes du ministère ouvrent clairement la porte aux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) et incitent les professionnels de l’éducation à utiliser leurs logiciels. Il y a 2 ans, Microsoft s’est d’ailleurs offert 850 000 enseignants et plus de 12 millions d’élèves pour 13 millions d’euros.

A partir de là, ce sont toutes les données relatives à l’utilisation du service par les élèves et les étudiants (blog et photos de classe, manuels et exercices numériques, réseau social pédagogique,…) qui sont collectées par eux.

Pourtant, le LSUN est vendu comme « pratique » aux parents car il leur donne accès aux notes et aux absences de leurs enfants sur internet ; discours tenu par les écoles elles-mêmes et les Associations de parents d’élèves. C’est en effet, le gouvernement français grâce à des subventions  achète la paix sociale notamment 150 000 euros en 2013 pour la FCPE –confédération des parents d’élèves du public.  Ainsi, aucun débat démocratique n’est rendu possible à propos les menaces, nuisances et l’impact réel de cet outil sur nos droits et libertés.

Cette présentation de l’outil utilise clairement les biais cognitifs de manipulation utilisés en marketing tels que le bais d’ancrage, le biais de petit nombre, de disponibilité en mémoire, de première impression,… ces techniques de manipulation ont pu être expérimentées avec la mise en place progressive de livrets numériques antérieurs : LPC en 2012, SCONET rebaptisé SIÈCLE, Affelnet 6ème.

Parallèlement, l’existence du collectif national de résistance à Base élève(CNRBE) qui continue son œuvre d’analyse, d’information et d’outils de résistance est passé sous silence.

Le LSUN et le plan école numérique dans son ensemble permettent donc clairement l’instrumentalisation économique de l’École grâce aux contribuables que l’on maintient dans l’ignorance de l’exercice de ses droits. Cela revient à un détournement des recettes fiscales des citoyens et donc des dettes engendrées pesant sur les générations futures.

 Par conséquent, la révolution digitale opère réellement une redéfinition du droit de propriété en captant nos données personnelles avec la complicité des États européens par l’utilisation des impôts des contribuables et sous l’influence directe de l’UE. Les états abandonnent ainsi la souveraineté de leur propre population en procurant aux multinationales américaines via les GAFA la pleine jouissance des données personnelles des individus ; nouveau gisement de richesses financières conçu comme le nouvel « or noir » du XXI° siècle.

Un droit inaliénable fondamental  disparait en catimini sous les auspices de la « modernité » : la disparition des États nations mis en œuvre par les géants du net américains. L’idéologie d’une civilisation où l’Homme devient intégralement transparent et immatériel et abandonnerait la maîtrise de son destin à la Silicon Valley.

Valérie CHÉNARD

Publié par Liliane Held-Khawam

https://lesmoutonsenrages.fr/2018/02/10/vos-enfants-sont-fiches-des-la-maternelle-par-valerie-chenard/

vendredi 9 février 2018

Massacre à la tronçonneuse ... ou comment on organise la fin du lycée

Il n’est pas toujours facile de comprendre ce qui sortirait de l’application du rapport Mathiot et les chiens de garde veillent au grain (y compris le SNALC définitivement rallié au pouvoir depuis qu’il a perdu une partie de ses effectifs). Certains font mine de croire que ce n’est qu’un rapport alors que Blanquer a annoncé que l’architecture ne changerait pas.

TL LYCEE

Il y aurait à faire des considérations terminologiques intéressantes. La LV1 n’existe plus, elle est remplacée par l’anglais et suivie non d’une LV2 mais de « la langue vivante ». Les langues anciennes ne figurent pas dans le répertoire (sauf peut-être dans les options) et les mathématiques s’appellent maintenant « mathématiques-informatique ». Ces détails (le diable est dans les détails) sont en eux-mêmes révélateurs. Comme est révélateur le fait que ce rapport reprend de nombreux éléments de la réforme Darcos (rejetée à l’époque) et … des propositions de « Terra Nova », un club qui servait de boîte à idées pour toute l’aile droite du PS.

Je vais essayer ici d’aborder le détail du projet et de montrer de quoi il s’agit en testant quelques cas.

Dans mon lycée, il y a actuellement 14 sections de terminale qui demandent 60 heures d’enseignement de philosophie. Parmi ces 14 sections, 3 sections de terminale littéraire avec 8 heures hebdomadaires. Avec le rapport Mathiot, les heures de philosophie feraient partie du « tronc commune » (unité 1) où 6 disciplines se disputent 12 heures d’enseignement. On peut donc estimer que la philosophie aurait 2 heures sur ces 12 heures. Pour mon lycée, cela ne ferait plus que 28 heures de philosophie par semaine. On peut donc supprimer 2 postes sur les 4 ! Admettons que, par extraordinaire, la philosophie bénéficie de 3 heures hebdomadaires, cela ferait 42 heures soit entre un poste et un poste et demi supprimé. Soyons fou ! Imaginons que l’on introduise la philosophie dans une majeure ou une mineure de l’unité 2. Imaginons que plus de 12 élèves choisissent cette majeure ou cette mineure, cela ferait encore 3 ou 4 de philosophie soit au total entre 45 et 46. C’est toujours 15 heures de moins par rapport à la situation actuelle (un service d’agrégé, par exemple). Et c’est une hypothèse très optimiste car compte-tenu du nouveau mode dit d’orientation (en fait de sélection), les élèves sont invités à s’orienter en fonction des « attendus » des établissements d’enseignement supérieur. Quel élève choisirait une discipline pour laquelle les attendus « philosophie » seraient seulement ceux des UFR de philosophie et des CPGE* littéraires (et encore, pas nécessairement) ? Dans le meilleur des cas, dans l’hypothèse la plus folle donc, seule une poignée d’élèves aurait 7 heures de philosophie au lieu de 8 aujourd’hui pour les 2000 classes de TL que comptent les lycées de ce pays. Pour tous les élèves des actuelles filières ES et S, le projet Mathiot détruit toute tentative de dispenser un enseignement élémentaire de philosophie.  En tout cas, dans les hypothèses les plus optimistes, on aboutit à la suppression d’un quart des professeurs de philosophie. Tout cela au nom de la promotion de la philosophie « discipline universelle ». Le rapport Mathiot est un exercice terrifiant de « novlangue ».  

*CGPE= concours de préparation aux grandes écoles/NdR

Poursuivons. Il y a 3 classes de TES. En mathématiques, cela fait 15 heures auxquelles il faut ajouter 2 heures pour la spécialité, soit 17 heures au total. Avec le projet Mathiot, on pourrait avoir des SES/math et des SES/histoire-géo. Admettons que les maths disposent encore de 4 heures dans le premier cas auxquelles on pourrait ajouter une mineure de maths de 3 heures. On aurait encore 7 heures pour une classe. Imaginons une deuxième SES/math sans mineure math mais avec une mineure complémentaire SES par exemple et enfin une troisième SES/histoire-géo avec un mineure math, on arriverait à 14 heures de maths (au lieu de 17). Mais si on espère conserver les heures de mathématiques, cela ne pourra se faire qu’au détriment de l’histoire … ou des SES. Autrement dit, dans une hypothèse optimiste pour les professeurs des mathématiques, on perd des heures dans cette discipline (environ 20%) et on perd des heures en histoire-géographie et en SES. Il y a un autre problème : les classes préparatoires ECE ont un horaire et un programme de mathématiques assez robustes. Le nouveau bac soit restreindrait drastiquement les possibilités d’accès au CPGE soit demanderait une refonte radicale (à la baisse) des programmes de mathématiques dans ces CPGE.

Il y a des dizaines de combinaisons à tester et il est bien difficile de se faire une idée précise des variations horaires. Mais la tendance générale est parfaitement claire : une baisse drastique du volume des enseignements et le montage d’une véritable usine à gaz de disciplines au choix du client, privée de toute cohérence. Il n’y aurait plus de classes (et donc plus de conseils de classe !), plus d’unité de travail pour les élèves.

Cette réforme nécessite aussi la réécriture de tous les programmes et l’articulation des programmes des troncs communs, des majeures et des mineures ; bref, l’organisation du chaos dans les enseignements disciplinaires.

Enfin la réforme a des conséquences directes sur l’enseignement supérieur. Les CPGE auront le plus grand mal à recruter des candidats ayant un « profil » un tant soit peu cohérent et devront donc s’adapter au chaos. Et comme les CPGE préparent le recrutement aux grandes écoles, on voit que c’est à un dynamitage complet du système que veut procéder le ministre, ce qui n’est pas surprenant, puisqu’il n’a jamais caché que son objectif était bien de faire sauter le système.

Cerise sur le gâteau : le rapport Mathiot préconise une large autonomie des établissements dans l’offre des majeures et des mineures et même la possibilité de proposer des enseignements qui ne figurent pas dans le « catalogue » national. Fin du caractère national des diplômes et fin de l’ « éducation nationale ». Et pour ceux qui s’inquiéteraient de la baisse générale de niveau des élèves, il y a une réponse toute prête : recours massive au « numérique », c’est-à-dire à l’enseignement par vidéos (MOOC).

Il n’y a rien à garder de ce rapport. Il doit être rejeté en bloc et en détail, non seulement parce qu’il affaiblira dramatiquement le niveau des élèves mais parce qu’il liquide toute la philosophie généralement de notre système d’enseignement qui gardait quelques restes de la tradition humaniste. De ce point de vue, la discussion sur sélection ou pas sélection à l’Université est une question assez secondaire. La sélection est simplement un élément du dynamitage global du système éducatif. Il y a d'autres aspects sur lesquels on reviendra et qui ne sont pas moins graves.

Denis Collin – 1 février 2018

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Une interview de Blanquer donnée à « SOS éducation » et subrepticement supprimée du net :

"Il faut simplement une méthodologie de la réforme." Qu’il développe ensuite :

« Pour commencer en douceur, il faut donner de la liberté à certains territoires, à certaines structures, sur la base du volontariat. Il faut faire réussir des initiatives à moindre échelle, avant de les généraliser.

Si on prend l’exemple de l’établissement autonome, on n’est pas obligé de le faire tout de suite à 100 %. Même en le voulant, de toutes façons, on n’y arriverait pas. Il faut commencer sur une petite base de 5 à 10 % d’établissements volontaires, montrer que c’est un jeu gagnant pour tout le monde, y compris pour les professeurs qui pourront choisir leur lieu de mutation. Par ailleurs, il faut aussi faire saisir qu’il y a des effets de système et que si un élément administratif est modifié, des éléments pédagogiques le seront aussi : si le recrutement des professeurs est modifié, leur formation le sera également, ainsi que le contenu des programmes. Tout se tient : il faut avoir une vision systémique, qui ne soit pas pyramidale et qui fasse confiance aux acteurs. »

Sur l'éventualité de voir apparaître "une offre scolaire autonome", M Blanquier explique : "Sans aller vers des logiques de privatisation, on peut aller vers des logiques de délégation, qui permettent d'accomplir mieux le service public en responsabilisant davantage les acteurs."

http://la-sociale.viabloga.com/news/massacre-a-la-tronconneuse

mercredi 24 janvier 2018

La réforme du BAC en période de soldes

Le lycée qui accueillera les élèves de seconde en septembre 2018 pour les préparer au baccalauréat  en  2021, ne ressemblera plus du tout à ce que vous avez connu ! Tout a commencé dès l’automne 2017 avec l’annonce de la nouvelle procédure d’affectation post-bac. Retour sur le hold-up du siècle.

TL PRCF LYCEE

L’effet domino.

Phase 1. Sous-dimensionner l’enseignement supérieur

L’enseignement supérieur étant notoirement sous-dimensionné pour accueillir le flot grossissant des lycéens, il fallait à tout prix ‘’réformer’’ le mode d’affectation des bacheliers vers les formations universitaires ( à lire ici notre article sur Admission Post-Bac et la sélection à l’Université). C’est chose faite depuis l’automne. Dès 2018, les lycéens auront le droit de ‘’choisir’’ les formations qui, en définitive, choisiront de retenir leur candidature (ou pas…).

Cette  sélection  dictée par la pénurie de places, sera donc désormais universelle, renforçant ainsi la marginalisation des classes populaires dans la population étudiante.

Phase 2. Supprimer l’examen national du baccalauréat

Le baccalauréat peut ainsi être « allégé » : réduction du nombre d’épreuves (réduisant par la même occasion les volumes horaires disciplinaires…), augmentation du contrôle local (renforçant les inégalités géographiques et donc sociales…).

Le bac cesse de facto d’être le premier grade universitaire  – examen dont la réussite donne un droit égal d’accès à l’enseignement supérieur – pour se réduire à un simple diplôme de fin d’études secondaires (simple condition nécessaire et non suffisante, de l’accès à la fac), diplôme dont le caractère national et identique est par ailleurs remis en cause.

Qui plus est, le BAC et les diplômes nationaux sont la base de l’égalité de droits et de salaires des salariés puisqu’ils sont le référentiel servant de base à l’établissement des grilles des conventions collectives et des statuts de la fonction publique.

Phase 3. Réformer le lycée en machine à sélectionner

Le lycée n’a donc plus qu’à s’adapter à son nouveau rôle : assurer officiellement la sélection (sociale) à l’entrée de l’enseignement supérieur, en  réduisant au passage le volume horaire d’ 1 / 6e comme cela est annoncé  et par la même occasion, en supprimant 24 000 postes ( soit 1 / 6e  des 142 000 enseignants en lycée)

, casse du bac : un processus de Bologne à l’échelle des lycées.

Lancé depuis l’université italienne de Bologne en 1999, l’UE s’est dotée d’un processus d’harmonisation de son enseignement supérieur (semestrialisation, LMD, crédits d’enseignements ECTS), visant à s’imposer dans une soi- disant économie internationale de la connaissance. Ce processus, aussi connu sous le nom de stratégie de Lisbonne (2000), prend sa source au début des années 80. Il s’agit alors de transformer le champ des savoirs (à vocation émancipatrice) en un supermarché des compétences (permettant des profits). Depuis 1983, la table ronde des industriels européens (l’ERT) y joue, auprès de la commission européenne, un rôle majeur – comme le soulignent depuis bientôt 30 ans, quelques observateurs avertis.  Ce processus en apparence généreux (offrant la possibilité aux étudiants de voyager), cherche de nouvelles marchandises à se mettre sous la dent. L’enseignement à distance, la formation tout au long de la vie, la certification payante de compétences, sont ses véritables objectifs, offrant ainsi des cerveaux employables, mobiles, et déjà endettés… au marché du travail. L’autonomie des universités (loi LRU), la réforme du collège, la sélection à l’entrée de la fac (loi Vidal) et bientôt, la libéralisation des frais d’inscription… parachèvent le dispositif.

Reste à décliner la chose au niveau des lycées, ce à quoi s’emploie notre ministre actuel en alignant le lycée et le baccalauréat sur les standards internationaux et européens :  semestrialisation, recentrage sur 4 épreuves terminales, contrôle continu à l’allemande, modularité à l’anglaise, grand oral à l’italienne, un zeste de philosophie à la française et tri social universel… Le lycée de demain sera donc euro-compatible, quoi de plus naturel en somme pour un gouvernement euro-constructif ? D’où les hésitations syndicales actuelles, devant un projet qui risque de faire passer la ligne de faille, non pas entre, mais au sein même des appareils syndicaux, à l’instar de ce qui s’est produit en 2017 dans le paysage politique français.

Réduire les enseignement de près de 20% : un effet de seuil dramatique pour les lycéens

La réduction des horaires disciplinaires au lycée, dans la continuité de la dernière , risque de produire un effet de seuil (un saut qualitatif) encore plus radical que celui engendré par la montée en charge des effectifs des élèves dans les classes depuis que les politiques d’austérité s’invitent rue de Grenelle. Par exemple, la philosophie qui constitue une spécificité française héritée des lumières, semble préservée, elle ferait partie des 4 épreuves universelles maintenues à l’issue de la terminale. Mais on nous annonce dans le même temps que le volume horaire obligatoire qui lui serait alloué (dans un tronc commun), risque fort d’être anecdotique, laissant le choix aux lycéens d’approfondir cet enseignement sur un mode optionnel. Mais le choix des options (appelées  majeures ou mineures dans un enseignement de spécialisation), sera dicté par les attendus de l’enseignement supérieur, lui même déjà largement gagné à une logique utilitariste. Bref, c’est un enterrement de première classe pour toutes les disciplines émancipatrices qui ne rentreront pas dans une stratégie efficace de poursuite d’études…

Gageons que la riposte des intellectuels sera à la hauteur des enjeux, comme les états généraux de la philosophie à la Sorbonne en 1979 avaient su le faire. Alors à quand des états généraux interdisciplinaires ? 

Philophile

(*) pour des raisons que l’on comprend bien Philophile a souhaité s’exprimer sous pseudonyme

https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/reforme-bac-periode-de-soldes-casse-lycee-bac-marche/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

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lundi 15 janvier 2018

De quels temps Macron est-il le nom?

Lorsque la Syrie commence à voir la fin de son calvaire, ce qui de toute évidence aurait été impossible sans un soutien réel du peuple à son président, Emmanuel Macron déclare que Bachar est l’ennemi du peuple syrien[1], appelant ainsi à prolonger l’ingérence, l’incendie, le malheur et la mort parce que la guerre, c’est la paix.

TL MACRON DE GAULLE ORWELL

Quand la robotisation douée d’intelligence artificielle fait planer l’ombre d’un séisme sur l’emploi et appelle une réflexion profonde et novatrice, Emmanuel Macron choisit les politiques ultra-conservatrices d’un autre âge en massacrant le code du travail sans aucune autre perspective que la précarité des salariés parce que la liberté, c’est l’esclavage.

A l’heure où la technologie rend possible la diversification des sources d’information permettant les débats contradictoires afin de mieux cerner les faits, Emmanuel Macron annonce des outils de censure contre les médias qui n’adopteraient pas la ligne éditoriale de ceux possédés par l’Etat ou subventionnés par lui parce que l’ignorance, c’est la force.

Et c’est justement par un média d’Etat que l’on apprend que la promesse par le candidat Macron d’un service militaire obligatoire et universel pour les 18-21 ans – peut-être la seule qui valait de voter pour lui au premier tour de la présidentielle – est abandonnée pour un parcours citoyen pour collégiens. Ce remplacement, aussi valide que celui d’une voiture par une cafetière, prévoit notamment une semaine en partenariat avec des associations caritatives. Pour ne pas souligner l’irresponsabilité de cette gouvernance, on n’évoquera pas ici l’absurdité du projet de trouver chaque année suffisamment de telles associations pour prendre en charge plus d’un demi-million d’adolescents pendant une semaine.

Ce qui est inquiétant dans cette décision, c’est qu’à l’expérience du réel par de jeunes adultes, on préfère un formatage théorique des enfants. Car plutôt que l’excellent projet de confronter des jeunes gens à la réalité en faisant cohabiter – en particulier dans des dortoirs et des cantines – des blancs des beaux quartiers et des immigrés coiffés d’une capuche, on fera réciter ad nauseam dans les collèges, là où n’existe aucune mixité, le catéchisme habituel du vivre-ensemble citoyen (...). Mais pour ne pas souligner l’amateurisme de cette gouvernance, on ne rappellera pas qu’un parcours citoyen existe déjà à l’école depuis juin 2016.

Ainsi, après avoir ingéré les formations civiques et morales républicaines, les ABC de l’égalité, les stages en entreprise, l’antiracisme, les EPI, les itinéraires de découverte, les accompagnements personnalisés, la sécurité routière, la lutte contre l’homophobie et la semaine du goût, l’école va se charger d’une nouvelle mission, donc se donner une nouvelle raison d’échapper à la sienne. Notre ministre de l’Education tient des discours très encourageants sur la promesse d’un retour du bon sens et de l’instruction, mais la catastrophique réforme du collège de son prédécesseur a été maintenue. Alors quand Emmanuel Macron tient pour moderne l’orientation prise par l’école il y a plus de quarante ans, orientation ayant mené au désastre que l’on sait, notre ministre pourra-t-il s’y opposer ?

C’est en 1949 que Georges Orwell écrivait son 1984 alors finalement, on ne voit plus très bien ce qu’il y a de jeune chez le président Macron à part son âge. Peut-être parce que dans sa vision du monde, le passé, c’est le futur.

Par Michel Segal

Michel Segal est professeur de mathématiques. Auteur de trois essais sur l’école Autopsie de l’école républicaine (2008) – Violences scolaires, responsables et coupables (2010) – Collège unique, l’intelligence humiliée (2011). Et de Ukraine, histoires d’une guerre (2014) qui analyse la guerre qui déchire l’Ukraine en se fondant sur sa connaissance approfondie du contexte et des enjeux internationaux.

[1] Est-ce par fraternité que Macron fait référence au président syrien en l’appelant par son prénom ?

Source: https://arretsurinfo.ch/de-quels-temps-macron-est-il-le-nom/

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samedi 6 janvier 2018

« Les élèves ne savent pas ce que sont les mathématiques »

Avec douze médailles Fields – l’équivalent du prix Nobel en mathématiques –, la France se classe au deuxième rang mondial derrière les Etats-Unis. Depuis peu, elle se distinguait aussi dans les concours internationaux de mathématiques réservés aux lycéens. Mardi 29 novembre, l’étude « Trends in Mathematics and Science Study » (Timss) venait jeter un froid sur ces beaux succès.

ACT MATHS

Une partie de l’enquête s’intéresse aux performances en mathématiques des élèves de terminale S. Et le constat est sans appel : la France est le pays qui accuse la plus forte baisse (de 106 points), passant d’un score de 569 en 1995 à un score de 463 en 2015. Pis, des trois niveaux scolaires – « avancé », « élevé » et « intermédiaire » – que l’étude distingue, les élèves français ne sont, en 2015, que 1 % à atteindre le niveau « avancé » en mathématiques, et 11 % le seuil « élevé ». Il y a vingt ans, ils étaient respectivement 15 % et 64 %.

Des professeurs peu surpris

« Le programme de mathématiques en terminale S ne prépare plus à l’arrivée dans l’enseignement supérieur. Nous sommes souvent atterrés du niveau des étudiants en première année de licence scientifique. Ils ne savent pas ce que sont les mathématiques, ils ont juste appris des recettes de cuisine pour passer le bac », déplore Aviva Szpirglas, professeur de mathématiques à l’université de Poitiers. Interrogée avant la parution de l’étude Timss 2015, mais informée de la baisse très nette du niveau des élèves depuis 1995.

Martin Andler n’est pas plus étonné. Professeur à l’université de Versailles-Saint-Quentin, président d’Animath, une association qui promeut les mathématiques chez les jeunes, il affirme même que « tous les mathématiciens savent que le niveau a diminué, ils en ont la confirmation avec cette étude très sérieuse ». Selon lui, la France a certes ses « meilleurs élèves, ceux qui participent aux compétitions internationales, mais ils sont la pointe extrême de l’iceberg. Mais nos bons élèves, eux, sont très loin d’être au niveau des bons Anglais ou Américains ». « Ils sont incapables de raisonner, appuie Denis Monasse, qui accompagne des jeunes de terminale qui se destinent à une classe préparatoire scientifique, après avoir enseigné les mathématiques, tant en terminale qu’en prépa, au lycée Louis-Le-Grand à Paris. Ils ne savent plus ce qu’est une démonstration mathématique. On leur apprend à aligner des calculs stéréotypés. »

De l’avis de ces trois professeurs de mathématiques, l’étude Timss enfonce une porte ouverte. Preuve par l’absurde : « Les professeurs des lycées élitistes essaient de maintenir un enseignement parallèle en se raccrochant aux anciens programmes de maths, explique Denis Monasse. A Louis-Le-Grand, par exemple, de septembre à avril, nous préparions les élèves aux études supérieures, puis on les préparait au bac. » Ceux qui n’ont pas la chance de bénéficier d’un tel soutien le paient cher et l’écart se creuse entre les élèves de « lycée normaux » et ceux des « grands lycées », aggravant l’impact du déterminisme social sur les performances scolaires.

Le ministère de l’éducation nationale impute cette baisse du niveau aux programmes scolaires français : ils ne seraient pas « en phase » avec ce qui est demandé dans une évaluation telle que Timss. Il rappelle également que la terminale S attire aujourd’hui des élèves ayant moins « d’appétence » pour les mathématiques qu’il y a vingt ans. Les professeurs interrogés font eux directement le lien avec les réformes du lycée menées depuis vingt ans. D’abord celle des spécialités quand, en 1995, les filières C et D ont été fondues dans une filière S (scientifique) regroupant des élèves de niveaux plus disparates en mathématiques.

Autre explication avancée par ces professeurs, l’obsession des gouvernements, de droite comme de gauche, de fabriquer des « honnêtes hommes », à l’image des savants de la Renaissance dotés d’une large culture générale. « Dans un contexte d’enseignement massifié, cela condamne les lycéens à être superficiels dans tous les domaines », estime Martin Andler. « On a choisi de former des citoyens plutôt que des scientifiques. Voici le résultat », tranche Denis Monasse.

http://www.lemonde.fr/bac-lycee/article/2016/11/29/les-eleves-de-terminale-s-ne-savent-plus-ce-qu-est-une-demonstration-mathematique_5040022_4401499.html#ZIHVURdOd6pvGk9B.99

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A mon avis, il n'y a eu aucune obsession ces dernières années des gouvernements à former des "honnêtes hommes" dotés d'une large culture générale, contrairement à ce que prétend Martin Andler, bien au contraire. La superficialité vient davantage (entre autres) du fait qu'on a remplacé la culture générale par un "catéchisme citoyen" insipide avec une multitude d'activités inutiles, tout en dévalorisant les enseignements disciplinaires...   P.G.

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