mardi 14 novembre 2017

BAC et diplômes nationaux, statuts, université, code du travail, conventions collectives, salaires, sécu, retraite = même combat

Profitant de la riposte très insuffisante et routinière que lui opposent les états-majors syndicaux euro-formatés (journées « saute-mouton » sans perspective, dialogue social bidon avec le MEDEF et/ou avec son appendice jaune, la CFDT, allégeance à cette courroie de l’UE qu’est la C.E.S., refus d’organiser une manifestation nationale de combat ouverte à tous les militants (syndicaux, politiques et associatifs) du progrès social et appelant à la grève inter-pro reconductible…), Macron amplifie son offensive euro-thatchérienne ; son but est de mettre hors-de-combat le mouvement populaire pour liquider d’un coup tout ce qui subsiste des acquis sociaux et démocratiques conquis de haute lutte par les travailleurs au cours des deux derniers siècles…

ARG FREXIT EDUCATION PRCF

La destruction du BAC dans le viseur de MACRON UE MEDEF

Parmi ses cibles figure au premier rang le baccalauréat national, cette exception française très POSITIVE ; comme on sait, le « bac » est un examen national anonyme premier grade universitaire et qui, comme tel, donne directement accès à l’. C’est l’inverse dans nombre de pays européens, notamment en RFA et dans les pays de tradition anglo-saxonne, où un tri rigoureux à base d’hyper-sélection sociale et financière barre l’entrée du Supérieur à la majorité des ex-lycéens, dont beaucoup sont précocement envoyés vers la vie active, l’apprentissage sous domination patronale ou… le chômage. Voulue par Macron et par Blanquer, la prochaine « réforme » du bac, devrait s’adosser à celle, très proche, du lycée public. Alors qu’il faudrait consolider le bac et l’Université en donnant à la seconde les moyens d’accueillir dignement tous les étudiants qui le souhaitent et en rendant au bac sa vraie signification, érodée par des années de barèmes sciemment laxistes*, la réforme Blanquer visera clairement – seules certaines directions syndicales feignent encore de croire que « la discussion est possible » – à transformer le bac en diplôme local, totalement dévalué et distribué principalement sur contrôle continu établissement par établissement, ce qui en ferait en réalité un diplôme sans valeur nationale, pour ne pas dire stigmatisant (car un tel « examen » vaudrait ce que vaut, dans les classements médiatiques, l’établissement concerné sur le « marché » éducatif). De la sorte, il serait facile

  • d’engager en grand la dénationalisation de l’enseignement secondaire public, d’aggraver la concurrence entre lycées publics et entre système public et système privé, que d’ores et déjà, des « présidents de grande Région » comme le sinistre Wauquiez privilégient grossièrement ;
  • de détruire le statut national des professeurs et des autres personnels de l’Education nationale, statut qui est un héritage du CNR (très précisément, du ministre d’Etat et ancien mineur Maurice Thorez, auquel on doit aussi le statut des personnels du sous-sol…), autrement dit de priver les personnels de la sécurité de l’emploi, de les livrer à l’arbitraire total (recrutement, missions, renvoi…) de leur chef d’établissement et, par leur intermédiaire, de les soumettre à la bourgeoisie locale comme c’est déjà le cas en pays anglo-saxons où les associations réactionnaires de parents d’élèves font souvent la pluie et le beau temps dans les écoles : fin de la laïcité scolaire, chape de plomb idéologique tombant sur une école publique déjà largement en voie, hélas, de caporalisation par l’idéologie dominante quand ce n’est pas directement par le MEDEF; bref, le devoir des syndicalistes véritables est d’expliquer que diplôme national, statut national, Education nationale et laïcité scolaire garantissant au moins dans le principe l’accès aux « lumières communes », forment un bloc institutionnel progressiste (sinon dans leur réalité, très dégradée par des décennies d’attaques diverses, du moins dans leur « philosophie ») dont la cohérence clairement républicaine, laïque et nationale, doit être globalement défendue ; en réalité, certains dirigeants syndicaux enseignants se montrent plus soucieux de leur image bien-pensante et « européennement correcte » que de l’intérêt des personnels et, de ce fait, ils accompagnent la dissolution euro-maastrichtienne de l’Etat-nation français, socle des , des diplômes et de l’Education « nationale ». Une telle attitude voue les enseignants et la jeunesse à une défaite sociopolitique historique… du moins si rien n’est fait pour bousculer ces états-majors décaféinés qui confondent l’internationalisme des peuples avec l’allégeance à l’UE supranationale, patronale et atlantique ;
  • Ce sont en dernière analyse les salariés du privé, donc le prétendu « coût du travail », surtout les jeunes salariés et futurs salariés que cible la casse programmée du lycée et du . En effet, depuis le Front populaire, qui imposa les premières , et le gouvernement de la Libération issu de la Résistance, où le ministre communiste, ex-dirigeant de la fédération CGT de la Métallurgie Ambroise Croizat généralisa les conventions de branche, les contrats de travail du privé sont ancrés nationalement sur les diplômes et qualifications garantis par l’Education nationale et par l’Université (laquelle dispose encore du « monopole de la collation des grades », un principe qu’a déjà ébréché Sarkozy au profit des « universités » privées). Les conventions collectives sont en effet adossées aux grades scolaires et universitaires, CEP, CAP, brevet, bac, bac + 2, + 3, + 4, etc. et c’est à partir de cela que le salaire, lié à la qualification, est nationalement cadré, ce qui donne évidemment un avantage majeur aux travailleurs. Le lien à échelle nationale qualification/Salaire, que complète le principe de la cotisation sociale qui fonde la Sécu et les retraites par répartition (elles aussi instituées par Croizat) solidarise ainsi l’Education nationale, ses diplômes, les agents publics, notamment les enseignants, et par leur entremise, tous les agents publics, aux travailleurs du privé ; la destruction du bac national et, dans la foulée, n’en doutons pas, des statuts nationaux, serait un coup terrible pour tous les travailleurs. Elle serait aussi un coup majeur contre l’unité de combat des jeunes en formation et de la classe laborieuse (en France, cette unité est stratégique pour notre classe, comme on l’a vu en 68, en 86 ou lors des luttes anti-CPE de 2006) ; ce n’est donc pas pour rien que le MEDEF, la droite et le gouvernement ne cessent d’attaquer l’école, les diplômes, le bac, l’Université publique, les grandes écoles scientifiques et les classes préparatoires (issues, dans leur principe, de la Révolution française) pour instituer un système à l’anglo-saxonne de « compétences rechargeables tout au long de la vie » ; ce qui signifie en réalité une intense précarité pour les salariés auxquels plus rien ne serait d’emblée reconnu en terme de valeur professionnelle… pendant que ledit MEDEF bénéficie de la sollicitude de l’Etat-Providence… patronal ! Derrière le thème alléchant de la « formation tout au long de la vie », du retour à l’apprentissage « dès 16 ans » (13 ans, disait la constitution européenne…), on imagine la PRESSION permanente que les futurs salariés devront subir au détriment de leur santé, de leur vie privée, de leur capacité de dire non aux patrons et de leurs obligations familiales… surtout à l’heure de l’ « ubérisation » générale chère à Macron, de la « libéralisation du marché du travail » et de « l’économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée » qui définit, de par ses traités, ce féroce empire patronal qui a nom Union Européenne !
  • Il n’est donc pas difficile d’articuler la casse scolaire massive qui s’annonce aux autres contre-réformes visant à casser le , DONC LES CONVENTIONS COLLECTIVES, DONC LES DES TRAVAILLEURS DE FRANCE, donc de la cotisation sociale et de la Sécu, des retraites et des indemnités chômage (de tout le salaire indirect des travailleurs !). Les directions de syndicats enseignants qui ne sonnent toujours pas clairement le tocsin contre la contre-réforme Blanquer du lycée (annoncée pour janvier !!!) et contre la casse du bac, qui ne font pas le lien entre la casse de l’école, de la fonction publique et les « lois Travail » successives, préparent ainsi, volontairement ou pas, le démantèlement du second degré français. Car ce dernier ne pourra pas être sauvé par les enseignants seuls, pas plus que les salariés du privé ne pourront seuls arrêter la casse du code du travail et des conventions collective qu’elle annonce.

Pour défendre les travailleurs, défendre le cadre national des conquêtes sociales contre les attaques de l’Union Européenne du Capital

Mais pourquoi, idéologiquement parlant, les directions euro-formatées des syndicats refusent-elles de dénoncer publiquement ce lien patent, évident, entre casse de l’école et casse du contrat de travail privé ? Serait-ce parce qu’elles n’ont pas le courage de défendre le cadre national, en voie d’euro-dissolution néolibérale avancée ? Il est vrai qu’une grande partie de la gauche politique, voire de l’ « extrême » gauche, refuse de distinguer, d’une part, entre le nationalisme raciste de Le Pen et la défense hautement légitime de la nation, cadre politique de la souveraineté populaire, d’autre part entre l’internationalisme populaire et le supranationalisme bourgeois que portent le Parti de la Gauche Européenne (auquel adhèrent le PCF et le PG), la Confédération Européenne des Syndicats, sans parler du Parti Socialiste Européen. Mais aussi et surtout, faire le lien que nous soulignons entre la défense de l’Education Nationale d’une part (et de tous ses appendices institutionnels énumérés ci-dessus) et la défense des conventions collectives et du Code du travail, ce serait montrer la dimension de CLASSE anticapitaliste d’une défense conséquente de l’école publique, et symétriquement, ce serait montrer qu’il est impossible de mettre le capital sur la défensive tant qu’on ose pas lier la défense des travailleurs à celle de l’indépendance nationale, comme osaient hier le faire le PCF ou la CGT d’Henri Krazucki. Bref, nos dirigeants euro-béats, qui n’ont à la bouche que le slogan suicidaire de l’ « Europe sociale » (pendant qu’on attend sans fin cette Arlésienne, l’UE détruit ICI ET MAINTENANT nos acquis ancrés dans l’histoire nationale et internationaliste du prolétariat !), ne veulent pas construire les conditions du tous ensemble des travailleurs du public, du privé, de ces travailleurs en formation que sont les lycéens et étudiants, de ces vieux travailleurs que sont les retraités, de ces travailleurs privés d’emploi que sont les chômeurs.

Pour cela il faut oser lier, comme le PRCF est quasiment le seul à le faire systématiquement en France, le drapeau rouge internationaliste du Travail au drapeau tricolore de la nation souveraine (comme ce fut le cas lors du Front populaire et de la Résistance, notamment à l’initiative de Jacques Duclos et de Benoît Frachon) pour démasquer l’euro-destructeur en chef de la France, E. Macron, dénoncer le dialogue social PERDANT et ses vecteurs délétères, CES et CFDT notamment, affronter durement l’UE du capital et l’euro, mettre en cause toutes les politiques (institutionnelles, territoriales, linguistiques…) qui désarticulent l’Etat-nation au profit de l’Union euro-atlantique des Grandes Régions, bref, retrouver la route GAGNANTE, même si nul ne prétend qu’elle soit semée de roses, du combat de classe contre le grand capital et son UE, ennemi commun des services publics, du « produire en France » industriel et agricole, et de l’émancipation intellectuelle et sociale de notre jeunesse.


*Quand un examen universitaire permet d’approcher d’année en année 90% de réussite, cela après que – sans réels moyens de rattrapage pour les jeunes en échec – on a quasiment supprimé les redoublements, cette pseudo-« bienveillance » envers les futurs bacheliers montre son vrai visage pervers : il s’agit de dévaluer totalement l’examen pour disqualifier le second degré, abaisser la culture et le savoir des jeunes générations, réserver le Supérieur aux enfants de la bourgeoisie. La vraie bienveillance est de doter le Second degré et le Supérieur (mais on peut ajouter l’école primaire) des moyens humains et pédagogiques leur permettant REELLEMENT de donner aux jeunes générations un haut niveau culturel. C’est cela la véritable démocratisation du lycée et de l’Université que nous défendons.

PRCF.

https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/bac-diplomes-nationaux-statuts-universite-code-travail-conventions-collectives-salaires-secu-retraite-meme-combat/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)


 

BASE 14 995X225Pour la reconstitution d'un CNR 2.0, on a déjà des communistes dignes de ce nom, ça fait plaisir. Et sur cette question du bac, nous sommes largement d'accord!

P.G.

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vendredi 20 octobre 2017

Laurent Lafforgue, mathématicien : « L’Education nationale est devenue un vaste mensonge »

Brillant mathématicien, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, Laurent Lafforgue a été lauréat de la prestigieuse médaille Fields en 2002 (l’équivalent du prix Nobel en mathématiques). Il est professeur permanent à l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques (IHES).

ARG EDUCATION CDG CALCULTrès sensibilisé à l’état du système éducatif français, il a coordonné en 2007, avec Liliane Lurçat, la publication de l’ouvrage La débâcle de l’école, fruit d’un colloque sur l’état alarmant de l’école en France et qui a réuni de nombreux enseignants du primaire, du collège, du lycée et de l’université. Un ouvrage passionnant, d’une clarté et d’une précision remarquables que je vous recommande vivement (et qui n’a malheureusement pas du tout vieilli…)

Quelques années auparavant, il avait été nommé en 2005 au HCE (Haut Conseil de l’Education) chargé de préparer le « socle commun » prévu par la loi Fillon. S’étant exprimé de façon ferme contre les experts de l’Education nationale, responsables des réformes mises en place depuis des années qu’il juge catastrophiques, le président du Haut Conseil lui avait alors demandé de démissionner, dix jours à peine après l’installation officielle du HCE.

(...)

[N.B. L'entretien date d'avant l'élection de M. Macron, mais reste d'actualité... NDR]

« L’Education nationale est devenue un vaste mensonge »

 

A partir de 2004, vous vous êtes engagé dans un combat pour la défense de l’école républicaine. Pour quelles raisons ?

Mes parents, mes frères et moi devons beaucoup à l’école, à un système scolaire qui, pendant longtemps, a été d’une très grande valeur et qui nous a permis de faire des études supérieures. Mes parents ont été les premiers, chacun dans sa famille, à pouvoir faire des études longues. Nous sommes en grande partie le produit d’un système scolaire qui nous a appris les enseignements de base, avant de nous donner accès à la culture et à des connaissances de plus en plus fines et complexes.

Il y a presque 10 ans, j’ai été amené à découvrir l’évolution de l’école depuis que je l’avais quittée. J’ai été catastrophé en constatant qu’elle avait changé du tout au tout. Et pourtant, le système était déjà dégradé lorsque j’y étais par rapport à l’époque de mes parents…

En 2004, j’ai signé une pétition pour la sauvegarde de l’enseignement du latin et du grec (qui a d’ailleurs recueilli plus de 70 000 signatures si mes souvenirs sont bons). On m’a demandé de m’exprimer sur ce sujet lors du colloque qui a marqué la fin de la campagne de pétition. C’est à cette occasion que j’ai entendu d’autres professeurs, de lettres notamment, et j’ai été abasourdi. A partir de ce jour là, j’ai décidé d’enquêter en interrogeant des professeurs autour de moi, en collectant des informations, en analysant les manuels… J’ai été effaré par ce que je découvrais. Un monde auquel je devais une grande partie de ce que j’étais était en voie de destruction très avancée.

J’ai alors commencé à intervenir lors de colloques et à rédiger des textes sur le sujet de l’école. Appelé au HCE en 2005, on m’a demandé d’en démissionner au bout de 10 jours en raison de mes propos sur l’état actuel de notre système éducatif et sur la responsabilité de ses instances dirigeantes et de ses « experts ». J’ai continué à prendre publiquement position et à m’engager dans ce combat encore quelques années, puis j’ai souhaité me recentrer sur mes travaux de recherche.

Rétrospectivement, je me rends compte que j’ai été assez naïf dans les premières années de mon engagement ! Ce que je découvrais était tellement absurde que je pensais qu’il suffirait de prononcer quelques phrases de bon sens pour rétablir la situation. Mais je suis revenu de cette illusion… Le problème est venu des plus hautes sphères de l’Education nationale mais aujourd’hui le mal est fait à tous les étages, et l’état d’esprit général nécessaire à l’instruction et à la transmission des connaissances est largement perdu.

La situation est catastrophique et l’inertie est énorme. Ce ne sont plus seulement des écoliers qui ont subi de mauvais enseignements, mais aussi des professeurs issus de ces mauvais enseignements. Comment en sortir ?

Il ne reste plus qu’à soutenir des initiatives à toute petite échelle : des personnalités, des écoles, des associations… Désormais, on peut seulement oeuvrer à ce que des petites flammes continuent de briller ici et là.

Il faut savoir toutefois qu’au moment de ma démission du HCE, j’ai reçu des milliers de réactions de professeurs, parmi lesquels des jeunes, qui dénonçaient l’absurdité du système qu’on leur avait inculqué à travers les IUFM notamment. Ainsi, même parmi ceux qui ont subi un système d’enseignement très dégradé, il existe une conscience partielle de cette dégradation. Certains conservent les moyens d’exercer un esprit critique que la plupart n’ont plus aujourd’hui. Malheureusement cette prise de conscience est très minoritaire dans tous les milieux (professeurs, parents).

Depuis 2007, vous vous exprimez moins sur ces sujets là. Quel regard portez-vous sur les réformes menées sous Nicolas Sarkozy et celles menées actuellement par François Hollande et son ministre de l’Education, Vincent Peillon ?

Globalement, un regard très négatif. La seule chose relativement positive a été la révision par Xavier Darcos des programmes de primaire, meilleurs que les précédents, même s’ils sont loin d’être idéaux. Ils ont le mérite d’être plus concis, plus précis et relativement recentrés sur les enseignements fondamentaux, alors que le programme précédent de primaire comprenait 350 pages, où tout était dit et son contraire, avec des phrases incompréhensibles (même par ceux qui l’avaient écrit, je pense…). Mais ces nouvelles directives se sont heurtées à une résistance de beaucoup d’enseignants.

Il faut bien comprendre que l’on est confronté sans cesse à un mur idéologique. On a persuadé les instituteurs que les méthodes syllabiques par exemple étaient de droite, tandis que la méthode globale était de gauche, ce qui est absurde. Dans d’autres pays, tels que les Etats-Unis, on constate cette même sur-interprétation idéologique.

Dans l’ouvrage La débâcle de l’école, l’ensemble des contributeurs incriminent le constructivisme et dénoncent la déstructuration des enseignements. Pouvez-vous expliquer ces points fondamentaux ?

Le constructivisme est l’idée que l’enfant doit construire lui-même son savoir et que l’on ne doit plus lui dispenser d’enseignement explicite . C’est un point de vue très séduisant pour des universitaires, et j’estime qu’ils ont une grande responsabilité dans le désastre de l’école.

Comme leur métier consiste à élaborer de belles théories sophistiquées, ils oublient trop souvent qu’ils ont commencé par être des enfants et par apprendre des choses simples, qu’ils ont dû apprendre par cœur. C’est ainsi que de fins lettrés peuvent en arriver à estimer que l’orthographe est la science des imbéciles. Beaucoup ont voulu remplacer les enseignements de base, trop simples à leurs yeux, par des choses plus « intelligentes ».

En parallèle, est venue la remise en cause du principe d’autorité du professeur et de l’instituteur dans sa classe. Celui qui prétend disposer de savoirs exercerait un pouvoir abusif sur les enfants.

Quant à la déstructuration, elle concerne le contenu des enseignements. Elle touche à la fois la matière (la grammaire par exemple), la structuration et l’organisation des savoirs. En histoire, on a supprimé la chronologie des événements et en français, l’histoire littéraire. On se contente de coups de projecteur sur telle ou telle période.

On a voulu des enseignements transversaux, beaucoup plus compliqués pour les élèves, et non plus l’étude par éléments : orthographe, conjugaison, grammaire, où, à chaque fois, on partait des choses simples pour aller progressivement vers les choses complexes. On a supprimé tout cela : le principe de progression ou encore le principe de distinction. Certes, il est intéressant de mettre en relation les enseignements à la condition que les bases soient installées, sinon c’est la confusion la plus totale.

On se retrouve avec des élèves qui ont passé 20 à 30 heures par semaine pendant 12 ans à l’école et qui ne savent presque rien. Quel gaspillage ! Les enfants sont noyés sous un flot d’informations mais rien ne s’accroche du fait du défaut de structure. Ils ont entendu parler de beaucoup de choses mais n’ont rien retenu de précis. L’image générale qui se dégage est celle d’une déstructuration générale des enseignements.

Sur quels principes devrait-on se réunir et se baser pour réformer le système scolaire ?

Lors de mon enquête, j’ai été frappé que des gens étonnamment différents se soient retrouvés sur ce constat simple que l’école ne remplissait plus sa mission de transmission des connaissances : des militants d’extrême-gauche et des conservateurs, des catholiques et des libres-penseurs, des gens connus ou de simples citoyens. Le véritable choix politique n’est pas de droite ou de gauche mais celui de la qualité de l’enseignement et celui de l’étendue et de la profondeur des connaissances que nous voulons transmettre.

Le cœur du problème est bel et bien le contenu de ce que l’on enseigne, qui doit obéir à des principes très simples.

Rappelons que la mission première de l’école est l’instruction et non pas la socialisation. C’est l’instruction qui, par bénéfice collatéral, va produire de la socialisation. Jamais l’école n’a été aussi soucieuse qu’aujourd’hui d’engendrer la paix et pourtant elle est beaucoup plus violente que l’ancienne.

Il faut également rappeler la raison d’être  du professeur : il sait des choses que les élèves ne savent pas, et sa mission est de transmettre ses connaissances de la manière la plus efficace possible.

Dès l’école primaire, puis au collège et au lycée, les élèves doivent apprendre véritablement à écrire, ce qui suppose, d’abord, de maîtriser l’orthographe (cela passe par des dictées régulières), la grammaire (qui s’apprend sous forme de règles) et les conjugaisons des verbes, puis de se rompre aux exercices de la rédaction et de la dissertation. Il faut aussi travailler la mémoire par l’apprentissage de textes par cœur.

Le français est à mon avis l’enseignement le plus important au primaire, même dans la perspective des sciences car tout texte scientifique est un genre de rédaction et plus profondément, toute réflexion se construit en écrivant. Les moyens d’expression sont aussi les moyens de formation de la pensée. J’ai reçu de nombreux témoignages de professeurs de mathématiques ou de physique à l’université qui disent que le premier problème de leurs étudiants est le défaut de connaissance de la langue française, leur difficulté à comprendre et à formuler des phrases abstraites, différentes du langage courant oral. Pour un usage plus élaboré de la langue, une connaissance de sa structure, plus réfléchie, est nécessaire. Par ailleurs, l’apprentissage de la grammaire est le premier apprentissage de la logique.

La dégradation de l’enseignement en français a été évoquée à plusieurs reprises sur mon blog, notamment par Loys Bonod, professeur de français. Que pensez-vous de l’enseignement en mathématiques et de l’avenir des filières scientifiques en France ? 

En mathématiques, j’insiste sur l’importance des connaissances élémentaires et de la familiarité avec les nombres : additionner, soustraire, multiplier, diviser. Ces quatre opérations étaient auparavant abordées dès le CP, maintenant seule l’addition y est enseignée. La progressivité doit être celle de la complexité des opérations mises en jeu, et non pas, comme dans les programmes actuels, une succession étalée dans le temps de l’addition puis des trois autres opérations. Il faut apprendre ses tables d’addition, de multiplication, la règle de trois. Un autre apprentissage important est celui de la mesure des grandeurs et le repérage dans l’espace.

Cela semble tout bête mais il faut savoir qu’à l’université, il n’est pas rare que les étudiants ne sachent même pas additionner deux fractions. Il existe un très gros contraste entre le gros des étudiants et une toute petite élite qui bénéficie de la recherche mathématique française qui est d’un très bon niveau. Parmi les jeunes mathématiciens d’aujourd’hui, une proportion importante sont des fils ou filles de mathématiciens. Sauf erreur de ma part, lorsque j’étais à l’ENS, il n’y en avait aucun. Pourquoi ? Parce que, l’école se dégradant, le milieu familial est devenu indispensable pour apprendre !

Les responsables des programmes ont réussi à déstructurer les enseignements mathématiques, à réduire, par exemple, quasiment à néant la géométrie qui est pourtant très formatrice pour l’esprit. Au collège et au lycée, le niveau est très mauvais. Les manuels d’aujourd’hui ne demandent plus de démonstrations. Les cours sont très flous alors que l’un des buts principaux de l’enseignement des mathématiques doit être l’apprentissage du raisonnement et de la rigueur.

De mon point de vue, les anciens humbles problèmes d’arithmétique du certificat d’études primaires étaient de beaucoup préférables aux actuels problèmes de terminale S.

Ils consistaient en une seule question tenant en une phrase qui nécessitait pour sa solution un raisonnement en plusieurs étapes qu’il fallait rédiger. Maintenant l’épreuve de mathématiques en terminale S est constituée de 4 exercices, dont un QCM, et les trois autres sont découpés en de multiples questions, avec souvent des énoncés plus longs que les solutions.

On a prétendu rendre les élèves plus créatifs, faire d’eux des chercheurs dès leur plus jeune âge, mais le résultat est que, quand ils parviennent à l’âge adulte, on ne peut leur demander autre chose que des automatismes, un savoir pré-mâché.

Il existe donc à la fois un problème d’horaires, de contenu des programmes, de méthodes et d’exigence. 

Le contenu est comme je le disais plus haut déterminant, il faut savoir bien le choisir et bien le structurer. De manière générale, l’enseignement doit procéder de l’élémentaire à l’élaboré (et non l’inverse), avec des progressions cohérentes et bien construites. Cela passe par une revalorisation qualitative bien plus que quantitative.

Ensuite, il faut cesser de prétendre que l’élève est capable de « construire » seul ses savoirs ou d’analyser d’emblée des situations complexes pour en tirer des éléments particuliers utilisables. Cela n’a pas de sens d’inviter les enfants et les jeunes à s’exprimer eux-mêmes sans leur avoir appris à maîtriser la langue. Cela n’a pas de sens de les appeler à la créativité sans leur avoir transmis ni technique ni culture. Il faut au contraire mettre les élèves en situation d’appréhender des notions fondamentales à partir de la culture et du savoir tels qu’ils ont été patiemment construits et reconstruits au cours des siècles – sans oublier néanmoins de leur laisser une marge d’initiative, de réflexion et d’exploration. Il ne s’agit pas de ne faire que des cours magistraux, mais de faire participer les élèves et de multiplier les façons d’enseigner.

Il faut également revenir à des apprentissages systématiques : en mathématiques : les nombres et leurs opérations, la géométrie, les énoncés rigoureux, les démonstrations, et en français : la grammaire, l’orthographe, les conjugaisons, les listes de vocabulaire, les rédactions, les dissertations – toutes choses qui ont été de plus en plus délaissées depuis au moins trente ans, réforme après réforme, à un point hallucinant.

Concernant les méthodes, il est temps de reconnaître que certaines sont meilleures que d’autres. Ainsi, concernant la lecture et l’écriture, la méthode alphabétique syllabique est bien plus efficace que les méthodes globales ou dites semi-globales. Pourquoi ne pas mettre en place un organisme indépendant de toutes les structures de pouvoir de l’Éducation nationale, spécialement chargé de ces comparaisons et évaluations entre les méthodes ?

J’ai rencontré une institutrice qui avait d’abord utilisé plusieurs années une méthode « semi-globale », avant de la remettre en cause et d’utiliser la méthode syllabique. Dès la première année, elle a obtenu des résultats bien meilleurs et à la fin de l’année, tous ses élèves savaient lire et écrire correctement alors que ce n’était pas le cas les années précédentes. Elle est allée voir les parents de certains de ses anciens élèves, leur a déclaré avoir pris conscience d’avoir mal enseigné ces enfants en utilisant de mauvaises méthodes et a proposé de reprendre à zéro leurs apprentissages de base, en plus de son travail normal, pour réparer les erreurs commises.

Il existe également un problème d’horaires. Il y a eu une diminution vertigineuse des horaires en français et en mathématiques en 50 ans. Avant 1960, il y avait par exemple 15 heures de français en CP, aujourd’hui, il y en a 9. Or le français est, rappelons-le, une priorité absolue. Quant à un élève de terminale S, il a perdu plus d’une année de mathématiques par rapport à un terminale C d’il y a 30 ans.

Or, il faut un minimum d’heures pour transmettre correctement les savoirs. La réforme actuelle sur les rythmes scolaires est loin d’aller dans le bon sens puisque les volumes horaires restent inchangés. Je pense qu’il serait plus judicieux d’avoir davantage de jours d’école mais avec des journées plus courtes et d’autres activités l’après-midi. Je pense qu’il faudrait également rétablir les études assistées en primaire qui étaient très importantes et très bénéfiques.

Il y a aussi le problème de la perte d’autorité des professeurs. Comment la rétablir ?

Dans l’ouvrage sur La débâcle de l’école, un chapitre est consacré à la vie au jour le jour de professeurs qui rencontrent des situations impossibles, sans pouvoir de sanction, qui les empêchent d’enseigner, au détriment de tous les élèves. Résultat : tout le monde coule…

Ces incivilités, intimidations et violences dont les professeurs et les élèves qui voudraient travailler sont la cible dans beaucoup d’établissements, n’ont pris une grande ampleur qu’à la faveur de décisions structurelles qui ont affaibli l’autorité des enseignants, et corrélativement, ont mené à une réduction du nombre des surveillants et des adjoints d’enseignement.

On a voulu remettre en cause l’autorité des professeurs, comme une concession faite aux enfants, pour rééquilibrer la balance des pouvoirs. Mais les élèves en sont les principales victimes.

L’École ne peut bien fonctionner que si les instituteurs et les professeurs sont respectés et si leur autorité est solidement établie. Par exemple, le passage à la classe supérieure ne doit être apprécié que par des personnes qui ont compétence pour cela, à savoir les professeurs. Les parents ne peuvent avoir qu’une voix consultative.

Par ailleurs, il est nécessaire que, dans la société, et particulièrement dans les familles, l’étude soit valorisée dans l’esprit des enfants, et que ceux-ci puissent prendre conscience que l’École est destinée à leur apporter les meilleures chances. Par exemple, il est important que, dans les familles, les parents veillent à ce que les enfants ne tombent pas sous l’empire de la télévision, des jeux vidéo ou des ordinateurs, et qu’ils les encouragent à apprendre et à étudier.

Enfin, je pense que les enseignants doivent retrouver une très grande liberté dans leurs choix pédagogiques et qu’ils doivent être évalués, c’est-à-dire inspectés et notés, uniquement d’après la progression et les résultats de leurs élèves, et en aucune façon d’après la conformité de leurs méthodes avec les dogmes de l’Éducation nationale.

Vous estimez que les principaux responsables de cette débâche sont les experts de l’Education nationale. Mais comment une telle dégradation a-t-elle pu se propager sans plus de résistance de la part des professeurs et des parents ?

Je ne sais pas, je suis très étonné que les professeurs et les parents n’aient pas davantage résisté.

L’Education nationale est devenue un vaste mensonge, accepté par la plupart des gens. Les enfants ne se rendent pas compte (ou alors une minorité) qu’on leur enseigne mal, et les parents sont contents du moment que leurs enfants passent dans la classe supérieure et ont de bonnes notes. Je caricature, mais à peine.

D’autre part, il faut comprendre que ces réformes ont été menées au nom du Progrès, de la Modernisation. Le pédagogisme a été présenté comme scientifique. Comment résister à cela ? On se sent coupables de lutter contre ce qui est présenté de cette façon, d’où peut-être cette passivité, ce manque de résistance…

Enfin, les Français sont plus soumis qu’on ne le pense aux fonctionnaires, ce qui est revêtu de l’autorité de l’Etat provoque peu de résistance.

Cependant certains instituteurs et professeurs se sont rendu compte que les résultats de ces réformes étaient déplorables alors qu’ils s’étaient lancés dans l’enseignement pleins de confiance dans leur hiérarchie et dans les méthodes modernes. Ceux qui avaient conservé un esprit critique ont exprimé naïvement à leur hiérarchie leur désarroi et leurs doutes. Mais la simple expression de leurs doutes leur a souvent valu de se voir mis au ban de l’école, ce qui n’a fait qu’augmenter leur méfiance. Certains ont même été « persécutés » de façon brutale.

Comment résister en tant que parent, une fois que l’on a fait ce triste constat de l’abaissement du niveau et des exigences  ?

A mon avis, la solution ne viendra pas de l’école privée sous contrat qui souffre des mêmes maux que l’école publique, mais plutôt des écoles hors contrat, indépendantes de l’Etat. Beaucoup proposent un très bon enseignement et elles ne cessent de se développer.

Internet a joué un rôle important dans la résistance à la destruction de l’école car a permis de mettre en contact des professeurs, instituteurs ou parents qui étaient devenus conscients de cette destruction, qui voulaient réagir mais qui, souvent, se trouvaient isolés.

De plus en plus de parents cherchent à fonder leur école pour offrir à leurs enfants un enseignement de bonne qualité, mais c’est un parcours long et compliqué et qui suppose de lourds sacrifices financiers.

Je connais des institutrices et instituteurs qui ont décidé de quitter l’Education nationale et de créer leur école pour pouvoir enseigner correctement et être en paix avec leur conscience. De bonnes volontés existent. Nombreux sont les professeurs et les instituteurs remarquables de dévouement mais, pour se lancer dans de telles initiatives, il faut aussi une grande force intellectuelle et morale.

Une autre stratégie adoptée par certains parents est de recommencer l’école le soir. Leurs enfants ont donc école deux fois, l’école en journée est considérée comme une activité de socialisation, pour voir les copains, et l’école en fin de journée est faite pour transmettre les savoirs. Mais cela implique une fatigue énorme pour les parents et pour les enfants. De plus, ce n’est pas à la portée de tous les parents.

Enfin, il est nécessaire d’utiliser de bons manuels classiques. Parmi les initiatives de résistance menées ces 10 dernières années, on peut signaler le travail remarquable mené par l’éditeur Jean Nemo, fondateur de La librairie des écoles qui propose des manuels de grande qualité.

Je trouve que c’est l’une des initiatives les meilleures de ces dernières années, avec la Fondation pour l’école d’Anne Coffinier qui soutient la création et le développement d’écoles indépendantes (NDLR : il en existe environ 500 en France : des écoles confessionnelles ou non, des écoles Montessori, des écoles appliquant la pédagogie Steiner…Elles sont recensées dans cet annuaire).

Aux parents d’essayer de faire ce qu’ils peuvent, même si ce n’est pas parfait. Ils réparent un peu le désastre mais ils ne peuvent malheureusement pas remplacer à eux seuls un système scolaire entier.

On a justifié les réformes par un souci d’égalité des chances. Mais l’on constate que les inégalités n’ont jamais été aussi élevées.

Les réformes menées depuis les années 70 ont effectivement été justifiées par l’obsession de l’égalité et du social. On a dit que l’école deviendrait plus juste, mais c’est le contraire qui est vrai. Il suffit de voir les filières et les écoles où on délivre encore une véritable instruction, elles recrutent plus que jamais dans les milieux favorisés. L’itinéraire que mes parents issus de milieux modestes ont suivi n’existe plus. Or, seule une nourriture intellectuelle de qualité éveille l’esprit des élèves doués pour cela, et ce, dans toutes les classes sociales. Quand l’école ne les nourrit pas, les élèves ne peuvent plus compter que sur leur environnement familial.

L’égalité des chances a donc pris un énorme coup.  On a rabaissé les programmes et les niveaux d’exigence au nom des « nouveaux publics » notamment. Mais c’est un contre-sens total. Un enfant qui apprend n’enlève rien à aucun autre. C’est pourquoi le principe d’égalité ne doit jamais être invoqué pour abaisser les programmes et les niveaux d’exigence. Il ne doit pas plus être invoqué pour empêcher de créer, à partir du collège, des filières diversifiées, les unes plus abstraites où les élèves manifestant le plus d’ardeur et de dons pour le travail intellectuel recevraient un enseignement à la mesure de ce qu’ils peuvent apprendre, les autres où les élèves manifestant davantage d’aptitudes manuelles ou artistiques (voire sportives) recevraient une formation adaptée susceptible de leur redonner le goût de l’étude, et soigneusement construite pour prendre plus tard une véritable valeur sur le marché de l’emploi.

Enfin, le principe d’égalité ne doit pas non plus empêcher l’évaluation des élèves ; au contraire, il est d’autant mieux respecté que les élèves sont évalués suivant des règles claires pour tous, à savoir qu’on obtient de bonnes notes si on apprend bien et de mauvaises notes si on apprend mal.

Tant que l’Éducation nationale sera très centralisée et quasiment impossible à réformer en raison de ce mur idéologique que vous évoquiez, les choses peuvent-elles vraiment changer. Quelle organisation imaginer ?

L’organisation est importante mais elle n’est pas le plus important. Le problème du système éducatif n’est pas tant un problème de moyens, ni d’organisation, que d’état d’esprit.

Je ne pense pas que les problèmes actuels disparaîtraient si l’éducation était décentralisée. Je crains que si un dispositif tel que le chèque éducation se mettait en place, les organisations commerciales s’y engouffreraient avec la même démagogie. Il suffit de voir tout le monde applaudir lorsqu’un directeur équipe son école d’ordinateurs, comme si cela allait régler quoi que ce soit. Personnellement, je freine des quatre fers à l’entrée du numérique à l’école. Je n’y suis pas absolument opposé, mais à la condition que les élèves maîtrisent déjà parfaitement l’écriture, la lecture et toutes les connaissances de base et qu’ils aient déjà acquis une maturité certaine. Au lycée, ce qui serait judicieux serait de développer un enseignement sérieux de la programmation qui possède une véritable valeur intellectuelle.

Je pense que le système scolaire actuel ne sait plus faire la différence entre les âges. C’est ainsi que l’on se retrouve à introduire l’informatique ou la philosophie en primaire…

L’école, le collège ou même le lycée n’ont pas à courir après les derniers développements de la technique ou de la science, ni après les dernières évolutions de la société. L’École est amenée à évoluer pour inclure des nouveaux acquis fondamentaux du temps présent ; mais elle doit le faire lentement, après longue et mûre réflexion, en se gardant des effets de mode.

Vous estimez que l’école n’est pas seule en crise et que le débat sur l’école républicaine nécessiterait un débat public plus large sur la place accordée par la société française au savoir et à la culture. Qu’entendez-vous par là ?

La destruction de l’école est venue en partie des universitaires, détenteurs de savoirs qu’ils auraient dû défendre. Cela signifie que les intellectuels de notre temps ont des doutes très profonds sur la valeur de ce qu’ils font.

Par ailleurs, en France, tout le monde se dit favorable à la culture et à la science, alors que la culture anglo-saxonne est davantage teintée d’anti-intellectualisme, et pourtant, on est sidéré par la différence de traitement accordé à nos universités et aux grandes universités américaines ou anglaises. Les Anglais et les Américains, même s’ils ne leur laissent qu’une petite place, ont su créer des îlots de savoir remarquables, alors que nous, qui sommes censés honorer la culture, traitons nos campus universitaires de la pire manière possible. Il y a plus de Prix Nobel qui sortent de Cambridge que de la France et de l’Allemagne réunies. On mesure la distance entre ce que disent nos élites et ce qu’elles font.

D’autre part, il suffit de comparer la vie intellectuelle française contemporaine par rapport à celle de la première moitié du 20ème siècle pour constater que la différence est abyssale. Il y a un assèchement d’un certain terreau. Certes il y a quelques décennies, une minorité d’élèves allait au lycée mais elle bénéficiait d’une étude très poussée des langues classiques et des grands auteurs, qui constituaient pour eux des exemples. Le standard de qualité est aujourd’hui perdu : la qualité de la production éditoriale actuelle est inversement proportionnelle à la quantité de livres publiés. Désormais tout le monde estime avoir des choses intéressantes à dire, personne n’est plus capable de s’évaluer justement soi-même et de s’abstenir de publier ce qui ne mérite pas de paraître, le volume de la production éditoriale rend impossible de reconnaître ce qui a de la valeur, ce qui signifie que nous avons une censure d’un genre nouveau, la censure par ensevelissement sous la masse.

NDLR : Vous pourrez retrouver l’ensemble des documents que Laurent Lafforgue a recueillis sur l’école, des textes sur l’éducation qu’il a rédigés et des interviews qu’il a données sur son site (ainsi que ses travaux scientifiques bien évidemment). Une mine d’informations…(personnellement, j’y ai passé des heures et des heures).

http://www.en-aparte.com/2013/06/28/laurent-lafforgue-mathematicien-leducation-nationale-est-devenue-un-vaste-mensonge/

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dimanche 24 septembre 2017

Le mythe BLANQUER

Il est désespérant de voir se répandre dans la « Grande Presse » et jusque dans les commentaires de personnalités de qui l’on serait en droit d’attendre un plus grand discernement, tous les commentaires élogieux qui accueillent – « avec soulagement » vont même jusqu’à dire certains – la nomination au poste de ministre de l’Education Nationale de Jean-Michel BLANQUER ainsi que les premières mesures annoncées ou prises.

 

ARG BLANQUERCette véritable psychose collective est d’autant plus désespérante qu’elle induit en erreur l’ensemble du public en attente de celui qui va restaurer la qualité du système éducatif qu’il pense avoir trouvé à tort en lui (...)

Comment se fait-il que ce mythe se répande au sujet d’un ministre  dont le lourd passé au sein de l’administration de l’Education Nationale ait laissé tant de marques durables et préjudiciables à l’avenir de notre société ?

Comment se fait-il également que les premières mesures annoncées ou prises de ce ministre qui s’inscrivent dans le prolongement de ses actions antérieures, reçoivent un accueil empressé alors qu’elles sont toutes porteuses d’excellence uniquement pour les élèves des REP et REP+ (réseaux d’éducation prioritaire) –(...) ?

RAISONS DE LA MEPRISE

Le public se méprend parce qu’il n’appréhende pas la question de l’Education Nationale dans son ensemble et sur un temps long . En conséquence, beaucoup ne saisissent pas les tenants et aboutissants de la situation, ni l’impact des décisions annoncées et parfois prises,

Egalement parce que la désinformation est omniprésente, notamment dans les grands medias, à cela s’ajoutant le langage subversif de nos gouvernants qui nous porte à ne pas percevoir la toxicité des mesures et à considérer qu’elles sont bénéfiques pour nos enfants, les intentions étant toujours louables, à l’opposé de l’effet prétendûment recherché,

Egalement parce que beaucoup se contentent d’une lecture rapide des discours de nos gouvernants et que, « le diable étant dans les détails », la réalité apparaît souvent de façon incidente au détour d’une phrase ou en fin de discours : « in cauda venenum »,

Par surcroît, beaucoup ignorent le passé de Jean-Michel BLANQUER.

Sa carrière professionnelle ?

Au sein de l’Education Nationale…entre autres…

De 2006 au 21 mars 2007, JM.BLANQUER devient directeur adjoint du Cabinet de Gilles de Robien, époque à laquelle le ministre a voulu rétablir la méthode alphabétique de lecture. Quand on sait, de l’aveu même de Gilles de Robien qu’il a été court-circuité par son administration dont faisait partie Jean-Michel BLANQUER, on peut être en droit de se poser quelques questions…

Puis, de 2007 à 2009, il devient recteur de l’Académie de Créteil et c’est lui l’initiateur des 20000 places d’internats d’excellence réservées aux élèves issus de l’immigration, politique mise en cause à la fois par l’Inspection générale  et par la Cour des comptes, d’une part en raison de l’atteinte au principe d’égalité, d’autre part en raison du coût prohibitif du projet, les dépenses induites dépassant tous les délires – JM.BLANQUER proposait même de rémunérer les élèves !

Toujours à ce poste, il est à l’origine des « conventions d’éducation prioritaire » qui dispensent les élèves relevant de la politique de la ville et des ZEP du concours de recrutement pour intégrer Sciences Po, l’admission se faisant – pour eux seulement – sur dossier.

A la suite de controverses sur cette politique, il abandonne ce poste en 2009 et devient directeur général de l’enseignement scolaire au ministère de Luc Chatel jusqu’en 2012.

Dans cette fonction, Jean-Michel BLANQUER supprime 80 000 postes d’enseignants et met en œuvre la réforme du lycée qui constitue une véritable révolution culturelle puisqu’elle repose entre autres, sur :

  • Un appauvrissement des contenus matérialisé par une réduction importante des horaires de cours remplacés par des pédagogies de projet ….

  • Une autonomie des établissements scolaires non plus dans le cadre d’une déconcentration mais d’une décentralisation où il n’y a pas d’obligation de résultat mais seulement de moyens, à savoir des activités en remplacement des cours,

  • Une désagrégation de la transmission de la culture française avec une survalorisation de la LVE au détriment du français,

  • Une valorisation de l’engagement lycéen dans et hors établissement…

Ce qui explique que JM BLANQUER veuille modifier le  bac …basé essentiellement sur le contrôle continu, véritable « auberge espagnole ».

De 2013 à 2016 , il devient directeur général de l’ESSEC, Ecole en pointe pour la politique d’ « éducation prioritaire » et à l’origine d’une multitude de dispositifs en faveur des élèves des ZEP. 500 000 d’entre eux ont déjà bénéficié de ces différents dispositifs.

Outre ce cursus, il faut signaler que JM.BLANQUER est très proche de l’Institut Montaigne , Institut proche du CAC 40 et des cercles mondialistes dont le club  Bilderberg.

D’ailleurs, il appartient au comité directeur d’ « Agir pour l’école » , organisation satellite de l’Institut Montaigne dédié à l’école élémentaire qu’il a aidée pour lancer un projet « lecture » dans les écoles des quartiers populaires « voulant sauver les gamins des banlieues  en contournant – ce qu’il considère comme – les « archaïsmes  de l’école publique » !

(...)

La Grande Presse en délire…

Si l’on se reporte aux manchettes de différents journaux, nous aurions enfin trouvé l’homme de la situation pour sauver le système éducatif :

VALEURS ACTUELLES du 1er juin 2017 :« Un hussard noir rue de Grenelle  » !…Excellence au programme… le projet éducatif éloigne de la sempiternelle démagogie égalitariste, retour aux fondamentaux, condamnation franche de la méthode globale, retour de la chronologie dans les cours d’histoire, revalorisation de l’épreuve du bac…

Le PARISIEN DU 08/0617 : « Le redoublement fait surface »… BLANQUER à l’Education nationale, c’est une vraie rupture idéologique, le pédagogisme progressiste n’est pas son truc…retour aux fondamentaux…efface le tableau du quinquennat précédent…éclatement du cadre national pour les rythmes scolaires, inflexion importante pour le redoublement, stages de remise à niveau, devoirs faits au collège…

LIBERATION du 08/06/17 : parle de « casse »et de « revirement » : « rythmes scolaires à la carte, réforme du collège assouplie, autonomie des établissements…

« LE POINT » 22/06/2017 : JM.BLANQUER serait« l’ homme qui veut arrêter les bêtises », serait également celui du « détricotage », du rétablissement des classes bi-langues et du retour du redoublement, souhaiterait « que tout le monde maîtrise l’orthographe »…

WIKIPEDIA : La première action de JM.BLANQUER serait est de revenir sur une partie de la réforme du collège en publiant un décret qui rétablirait les classes bi-langues, renforcerait les langues anciennes, rendrait facultatifs les E.P.I., augmenterait l’autonomie des établissements

REVENANT SUR TERRE….

QUELLES DECISIONS ? QUELLES REALITES ?

A l’Ecole primaire :

Pour cette année, les classes de CP (cours préparatoire) sont dédoublées mais pour les REP+ seulement, sachant que les REP+ sont les « réseaux d’éducation prioritaire renforcés » dans lesquels sont scolarisés ceux que nos gouvernants appellent les « migrants » et ce que le système éducatif appelle  les « élèves allophones nouvellement arrivés ». 2500 classes et 2500 postes sont redéployés, à raison de 12 élèves par classe, ce qui fait un total de 60 000 élèves, sachant qu’à la rentrée 2018, seront également dédoublées les classes de CP (cours préparatoire) et de CE1 des REP et des REP+ (1100 en tout sur le territoire national) : 12000 classes seront concernées, à raison de 12 élèves par classe, ce qui donne un total de 144000 élèves.

Dans ces classes seulement, ce dédoublement est accompagné du maintien du dispositif « plus de maîtres que de classes » et de « la qualité de la pédagogie déployée dans ces classes …enjeu majeur » a bien précisé JM. BLANQUER, son objectif étant de « garantir pour chaque élève, à la sortie du CP, l’acquisition des savoirs fondamentaux ».

Rappelons que, pour [lamajorité de] nos enfants, cet objectif doit être atteint seulement fin de 3ème !

Pour ce qui est de la méthode de lecture sur laquelle JM.BLANQUER reviendrait , dit-on . En réalité, le 28 août, sur BFM-TV-RMC, il a simplement dit : « …il y a une vieille querelle entre méthodes globales et syllabique qui a été tranchée en faveur de la syllabique » – et non « qui est désormais » – ce qui veut dire « circulez, il n’y a rien à voir » ; il considère donc que la méthode utilisée est syllabique et qu’il n’y a rien à changer : les méthodes de nature globale sont et seront donc toujours utilisées mais « vendues » aux parents comme syllabiques.

En ce qui concerne les « rythmes scolaires », JM.BLANQUER confère davantage de liberté dans l’organisation de la semaine scolaire, ce qui est une pure question de forme.

Par contre, il ne revient nullement sur la question de fond à savoir, pourquoi y a-t-il eu changement des rythmes scolaires ? tout simplement pour introduire des activités périscolaires dans l’horaire scolaire au détriment des heures de cours et transformer l’école en lieu de vie(...). De cela, il n’est nullement question.

Pour ce qui est du redoublement, JM. BLANQUER le réserve aux R.E.P. car il précise que « ce redoublement n’est possible … qu’en complément d’autres mesures de lutte contre l’échec scolaire… ». Or, les « autres mesures de lutte contre l’échec scolaire » – accompagnement toute l’année, stages de soutien – concernent uniquement les élèves des R.E.P.

A cet égard, en juin, JM.BLANQUER avait annoncé des stages de remise à niveau pour fin août – « au moins dans les REP » avait-il bien précisé.

D’ailleurs, le redoublement ne se justifierait absolument pas dans le système « refondé » pour [la majorité de ] nos enfants puisque basé sur une obligation de moyens – des activités en remplacement des cours – et non de résultat.

2 – Au collège

JM.BLANQUER prévoit d’instaurer le programme « devoirs faits » qui consiste à proposer aux collégiens volontaires  « un soutien gratuit après la classe, l’objectif étant de s’appuyer sur les expériences qui fonctionnent, notamment en éducation prioritaire », dit-il

Ce système fonctionne donc déjà dans les REP et non pour [tous] nos enfants et continuera à fonctionner ainsi, car dans le collège « refondé » (...), le principe de l’ « interdisciplinarité » est maintenu, – « interdisciplinarité » signifiant activité se substituant au cours et dont JM .BLANQUER estime qu’elle « va dans le bon sens » – pour nos enfants – ce qu’il faut traduire « dans le sens d’une école lieu de vie » ! Dans cette perspective, il n’y a pas de transmission de savoir, simplement la construction d’un projet par l’élève, il n’y a donc pas de devoirs et en disant « devoirs faits », on laissera croire aux parents qu’ils l’ont été à l’école.

JM.BLANQUER prétend vouloir donner davantage de liberté aux équipes pédagogiques mais c’était déjà prévu dans le système éducatif « refondé »(...)  où il s’agit d’activités à réaliser et non plus de transmission de savoir, les activités se feront en fonction du contexte local. Cela n’apporte rien de plus à la qualité du système éducatif.

 

JM.BLANQUER rétablirait les classes bi-langues ?

 

En réalité, elles n’avaient pas été supprimées mais au contraire élargies, puisque toutes les classes de collèges le deviennent en vertu de la circulaire de rentrée 2017 de N. VALLAUD .BELKACEM : «…les EILE (Enseignement International de Langues Etrangères) sont ouverts à partir du CE1…au collège, la continuité est assurée principalement dans le cadre de dispositifs bi-langues…pour l’année scolaire 2017-2018, l’objectif est le passage de tous les pays de langue arabe au nouveau dispositif EILE … »(...)

 

JM.BLANQUER rétablirait un véritable enseignement du latin et du grec ? En réalité, Il n’a pas dit qu’il revenait sur l’incorporation, par N. VALLAUD BELKACEM, du latin et du grec dans les « enseignements pratiques interdisciplinaires » , il a simplement déclaré : « les établissements qui le souhaitent peuvent faire évoluer l’organisation par la mise en place d’un véritable enseignement du latin et du grec », c’est-à-dire qu’en réalité, ceux qui veulent continuer à faire cours peuvent le faire, il s’agit d’un simple assouplissement : il n’organise pas le rétablissement du latin et du grec, il ne prend aucune décision à cet égard et notamment, il n’envisage pas le rétablissement du CAPES de lettres classiques supprimé en 2015.

 

Au cours de son entretien à « Valeurs actuelles » du 31 août 2017, nous apprenons que « des cérémonies de remise des prix existent dans certains cas, » dit JM.BLANQUER «  pudiquement » au journaliste qui l’interroge…il oublie seulement de préciser que c’est uniquement dans les REP puisque c’est uniquement dans ce cadre, que l’excellence est recherchée.

 

CONCLUSION :

 

La politique éducative de JM BLANQUER est la continuité de la politique éducative de N. VALLAUD BELKACEM et de celle engagée depuis des années par tous les ministres de l’Education.

 

Toutes les mesures cohérentes et porteuses d’excellence sont pour les REP et non pour [tous] nos enfants. D’ailleurs, JM.BLANQUER le révèle dans son entretien à « Valeurs actuelles » du 31 août 2017 :

 

«… L’Ecole doit apporter une attention spécifique aux plus fragiles et donner plus à ceux qui ont besoin de plus. C’est la clé de la véritable égalité…donner des savoirs solides et une culture générale…  toute ma philosophie consiste à tirer le système vers le haut au bénéfice des plus fragiles, car c’est d’abord à eux que bénéficie une telle approche … »,

(...)

La destruction du système éducatif pour nos enfants se poursuit et s’amplifie pendant que dans le même temps, les mesures prises visent à amplifier l’excellence des résultats [uniquement] dans les REP et REP+.

Nous avons donc tout intérêt à nous pencher, à la fois sur le passé de JM BLANQUER et sur l’impact des mesures prises pour comprendre la réalité de la situation et ne pas nous laisser abuser.

http://www.medias-presse.info/le-mythe-blanquer/80313/

 


 

Article proposé par une de nos adhérentes de Haute- Vienne. Ici  l'auteur suggère que la priorité à l'éducation prioritaire est avant tout un choix idéologique ("pro- immigration", mondialiste...), alors qu'il s'agit surtout, à mon sens de choix budgétaires et d' effets d'annonces pour camoufler une grande continuité dans les politiques éducatives pour l'immense majorité des enfants.  J'ai volontairement "censuré" les éléments qui me semblaient contraires à la charte de l'UPR; pour le reste, il y a des éléments intéressants, notamment sur le parcours du ministre, qui méritent d'être connus. Merci à cette adhérente pour sa contribution.

P.G.

 

mercredi 20 septembre 2017

ECOLE | Sus aux tableaux noirs!

Ce doit être l’influence du vin local, chaleureux et charpenté: Gaillac est aussi un pays où il reste encore des professeurs indépendants d’esprit. L’affaire pourrait être une parodie concoctée par le Gorafi, mais elle est bien vraie.

 

AP PROF TABLEAU NOIRPour avoir voulu sauver du rebut les tableaux noirs de leur collège, six professeurs du cru ont été accusés de vol. Leurs arguments semblaient pourtant irréfutables.

Dès le mois de décembre, ils avaient adressé un courrier à la cheffe d'établissement, pour sauver «leur outil de travail», faisant valoir l'intérêt pédagogique pour le tableau noir plutôt que le tableau blanc mais aussi des arguments écologiques (pas de solvant) et financier (faible coût de la craie).

Comme on n’avait pas daigné répondre à leur requête, «les enseignants aidés par des parents d'élèves sont venus chercher les tableaux avec des camionnettes. La gendarmerie est alors intervenue, et les tableaux laissés sur place.»

Des domiciles ont donc été perquisitionnés et une pétition lancée en défense des voleurs. Quels obscurantistes rétrogrades! Vouloir enseigner à la craie plutôt qu’au marker à l’heure où les écoliers sont massivement équipés de tablettes. Comment fera-t-on pour écerveler les jeunes générations (et enrichir d’autant les fabricants de haute technologie) si les enseignants commencent à s’accrocher à des outils dépassés d’un autre siècle comme les moules à leur rocher?

Au fait, tout cela se passe au collège Albert Camus. L’auteur de l’Etranger doit tourner comme une toupie dans son cercueil de vieux bois.

http://log.antipresse.net/post/ecole-sus-aux-tableaux-noirs

 

Posté par ddupr à 08:38 - - Permalien [#]
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