lundi 13 novembre 2017

Vive la mondialisation heureuse, vive la fraude fiscale !

Depuis le 6 novembre 2017, les médias français et occidentaux bruissent d’une affaire de paradis fiscaux, baptisée de façon incompréhensible, même en anglais : « Paradise papers ».

ARG VEAU D OR DOLLAR

La belle affaire ! À lire les journaux et écouter nos hommes politiques, comment ne pas songer à la formule de Bossuet : « Dieu se rit de ceux qui déplorent des effets dont ils continuent de chérir les causes » ?

Des documents confidentiels ont été dérobés dans un cabinet d’avocats fiscalistes et de grands quotidiens se sont empressés de les publier par souci de moralité. Qu’apprend-on ? Que des multinationales, des multimilliardaires et même des cinéastes utiliseraient toutes les ficelles légales et même contourneraient les lois pour payer le moins possible d’impôts et dissimuler leurs avoirs dans des îles exotiques ? Qui l’eut cru ? Qui l’eut imaginé possible ?

Devant les députés – et sous l’œil des caméras – le ministre français de l’Économie a crié son indignation : « C’est intolérable ! »

Le même, il y a quelques semaines, s’était félicité avec tous ses collègues et le président de la République de la mise en application du traité entre l’Union européenne et le Canada (CETA). Or, c’est la même idéologie qui sous-tend ce traité et les pratiques d’« optimisation fiscale .

Adopté en catimini, sans vote parlementaire - si ce n’est celui du Parlement européen, qui ne pèse pas lourd en matière démocratique -, ce traité de libre-échange de « nouvelle génération » restreint les droits des États européens au profit des multinationales. Il permet à celles-ci de contester des décisions gouvernementales y compris lorsqu’elles concernent exclusivement les citoyens de l’État concerné.

Ainsi s’éloigne-t-on à grandes enjambées du modèle démocratique inventé il y a trois siècles, qui plaçait au cœur du pacte social le « peuple souverain » (Jean-Jacques Rousseau).

S’il vient à s’exprimer sur l’affaire des paradis fiscaux (« Paradise papers » en novlangue), nul doute que le président Emmanuel Macron criera son indignation aussi fort que son ministre.

Mais le même oppose « ceux qui réussissent », autrement dit qui se donnent pour objectif de gagner un maximum d’argent, à « ceux qui ne sont rien », autrement dit l’immense majorité des citoyens : les paysans, les ouvriers et employés, les ingénieurs, chercheurs, enseignants et aussi parents « au foyer » qui cherchent leur satisfaction dans l’accomplissement de leur travail quotidien au bénéfice de la collectivité et de leurs proches, sans se soucier d’accumuler du superflu.

L'Adoration du veau d'or (Nicolas Poussin, 1633, National Gallery, Londres)Le président lui-même pilote l’État comme une entreprise, en manager seulement soucieux d’efficacité et de résultats comptables. Comme ses deux prédécesseurs, il a été nourri par l’idéologie de la performance, avec un seul étalon qui vaille : l’argent.

S’il y a lieu de s’indigner des millionnaires qui dissimulent leurs avoirs ou s’exilent dans des pays fiscalement modérés, comme la Suisse ou la Belgique, que penser des présidents de la République Nicolas Sarkozy et François Hollande qui, à peine sortis de l’Élysée, n’ont eu d’autre hâte que de marchander leur carnet d'adresses sous couvert de conférences grassement rémunérées ? L’aurait-on imaginé de la part de la précédente génération, de Mitterrand, Giscard ou Pompidou ?

Cette dérive témoigne d’un basculement de l’Occident dans une nouvelle hiérarchie de valeurs, qui place l’individu et ses intérêts particuliers au-dessus de l’intérêt général et du dévouement à la chose publique.

De la société de confiance à la société de défiance

« Aussi riche que l’on soit, on ne fait jamais que trois repas par jour », observait avec bonhomie Marcel Dassault, un ingénieur de génie qui avait par son talent bâti un empire industriel et par voie de conséquence accumulé une grande fortune.

C’était au temps où la prospérité générale était le fruit du travail productif et de l’innovation technique, rendus possibles par l’État de droit et une société de confiance. Car, comme l’observait un maître ès-tromperies : « On est plus souvent dupé par la défiance que par la confiance » (Cardinal de Retz).

Depuis deux siècles, voire cinq ou dix, c’est sur ces bases que l’Europe occidentale a pu sortir de la stagnation néolithique, engager la révolution industrielle et diffuser ses recettes dans le monde entier… parfois par des moyens que la morale réprouve (conquêtes et colonisation).

Les années 1980 ont amorcé une rupture historique avec l’émergence aux États-Unis d’une idéologie dite « néolibérale » selon laquelle les actionnaires seraient les meilleurs juges de la santé d’une entreprise et, bien plus que l’État, les garants de la prospérité générale.

Le président américain Ronald Reagan avait exprimé l’idée en une formule-choc : « L’État n’est pas la solution à notre problème, l’État est le problème ».

Ce propos, repris de toutes les façons possibles par les dirigeants occidentaux depuis trois décennies, a instillé l’idée qu’après tout, contourner la loi ou duper les agents du fisc n’est pas si grave que ça ! Comment s’en vouloir de tromper un Léviathan réputé obèse, incompétent, corrompu et illégitime ?

Les élus eux-mêmes s’appliquent à démanteler les États-Nations, accusés de tous les maux. Le mouvement a pris une ampleur sans égale en Europe continentale avec l’avènement de la zone euro et le renoncement de ses membres à leur souveraineté budgétaire.

Fidèle à sa réputation révolutionnaire, la France s’est immédiatement installée à l’avant-garde du mouvement, oublieuse des enseignements de Lacordaire : « entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit » (16 avril 1848).

Par contre, faut-il s’en étonner ? la Chine et le Japon demeurent réfractaires aux nouvelles « Lumières » et s’accrochent à une conception obscurantiste de l’État. En Chine, en particulier, c’est le gouvernement qui contrôle d’une main de fer la monnaie et les grandes entreprises. C’est lui aussi qui est à la manœuvre pour s’emparer des technologies de pointe occidentales.

Cela ne saurait remettre en question l’idéologie néolibérale. Comme au bon vieux temps du communisme, quand, devant l’évidente faillite de celui-ci, ses promoteurs (et profiteurs) n’avaient qu’un mot : « C’est que nous ne sommes pas allés assez loin. Accélérons le rythme. »

Sauf improbable chamboulement, nous sommes invités à observer de loin les joutes politiciennes avec le sentiment qu’elles ne changeront rien au nouvel ordre social, fondé sur la primauté de l’individu, de préférence riche et apatride. Bienvenue dans la mondialisation heureuse.

Joseph Savès
https://www.herodote.net/Vive_la_mondialisation_heureuse_vive_la_fraude_fiscale_-article-1682.php

samedi 4 novembre 2017

Réforme du bac : le gouvernement envisage la suppression des séries S, L et ES

Le ministère de l’Éducation nationale lance une mission pour moderniser l’examen et réformer le lycée.

ACT BAC

La réforme de l’université à peine annoncée, le gouvernement lance un nouveau chantier de grande ampleur. Pierre Mathiot, ancien directeur de Sciences Po Lille, a été officiellement nommé lundi dernier à la tête d’une mission pour réformer le baccalauréat, dans le cadre d’une réflexion globale sur le lycée. Il va devoir s’attaquer à ce dossier très sensible en respectant le calendrier fixé par le premier ministre Édouard Philippe: une refonte du lycée progressive, au cours des trois prochaines années, pour une mise en œuvre de la nouvelle formule du bac en 2021.

Le seul objectif énoncé publiquement est de créer un baccalauréat «moins épais, plus concentré», a résumé le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Le nombre d’épreuves pourrait être réduit à quatre matières obligatoires et le diplôme accorderait une part plus importante au contrôle continu. En partant de ces maigres indications, Pierre Mathiot a toute latitude pour mener une réforme en profondeur. «Il ne s’agit pas de faire seulement une réforme technique du bac, mais bien une réorganisation du lycée conduisant en 2021 à un bac réformé», confirme l’universitaire. Entouré d’une équipe de spécialistes, il débutera dès le 13 novembre une longue série d’auditions de «toutes les parties prenantes». Il a déjà «près de soixante-dix entretiens prévus». Pierre Mathiot souhaite également mener un travail de terrain, en visitant plusieurs académies, et prévoit également un déplacement à l’étranger. De tout cela, lui et son équipe tireront un rapport, rendu au cours du mois de janvier 2018.

Des parcours plus souples, voire à la carte

La principale nouveauté de la réforme pourrait être la déconstruction du lycée général divisé en séries: scientifique, économique et social, et littéraire. «On peut imaginer une autre manière de délivrer le bac, avec des intitulés plus précis», indique Pierre Mathiot. Les trois années précédant l’examen seraient composées de parcours plus souples, voire à la carte, pour permettre «une relative individualisation des parcours». Une mesure à laquelle le Syndicat national des lycées et collèges (Snalc) se déclare favorable. Ayant écrit un programme pour «une vraie réforme du lycée», le vice-président du syndicat, Jean-Rémi Girard, appelle à «une spécialisation des lycéens dès la classe de seconde». Pour Claire Guéville, responsable des questions lycée au Syndicat national des enseignements de second degré (Snes), l’ambition gouvernementale de remodeler le lycée s’apparente à «une réforme à marche forcée». Un possible abandon des séries lui inspire une «volonté d’arrimer le lycée au supérieur en l’organisant sous forme de modules» et des propositions qui ont un air de «déjà-vu».

Selon Jimmy Losfeld, président du syndicat étudiant la Fage, le gouvernement doit aller «plus loin». «Il faut sortir de la logique des séries, qui créent des inégalités entre les différents bacs», analyse-t-il, lui qui souhaite la mise en place d’«un système en majeure-mineure» et d’un lycée «à la carte». Sur l’examen en lui-même, Pierre Mathiot souhaite que les notes obtenues au bac retrouvent un sens. «Un 18 doit redevenir un 18», lance celui qui s’interroge sur la pertinence d’un diplôme parfois délivré avec une moyenne supérieure à 20 voire 21 sur 20. Un constat que partage Jean-Rémi Girard, qui souhaite que l’examen «garantisse à nouveau qu’un élève ait réellement le niveau attendu». Cela pourrait passer par la réduction du nombre d’épreuves. «On est ouvert à un bac à quatre épreuves, si ces dernières sanctionnent vraiment le niveau attendu à l’entrée de l’enseignement supérieur», explique le vice-président du Snalc.

«Si on écoute ce qui est proposé, on découvre une réforme qui se veut “simplificatrice” car le bac serait trop lourd, trop cher», regrette au contraire Claire Guéville. Selon son syndicat, «le contrôle continu n’est pas acceptable sans épreuves terminales» car elles forment «un horizon commun qui contraint le programme». La crainte du Snes est de voir se développer «autant de bacs qu’il y a de lycées», ce qui «accentuera les inégalités entre les établissements». «Beaucoup de lycéens ne s’intéressent pas suffisamment à leur orientation parce qu’ils ont les yeux rivés sur le bac», regrette quant à lui Jimmy Losfeld. Le président de la Fage réclame… la suppression complète de l’examen.

http://etudiant.lefigaro.fr/article/reforme-du-bac-le-gouvernement-envisage-la-suppression-des-series-s-l-et-es_07f0ccb2-bfee-11e7-958b-f112d7d03f16/?utm_term=Autofeed&utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Facebook#link_time=1509653288


 

BASE 14 995X225"que l’examen «garantisse à nouveau qu’un élève ait réellement le niveau attendu. Cela pourrait passer par la réduction du nombre d’épreuves": ou l'art de faire de la qualité en diminuant la quantité!

On l'aura compris, l'objectif réel est de faire des économies et de retirer au baccalauréat son statut de 1° diplôme universitaire, afin de favoriser la sélection à l'entrée des universités: c'est contraire aux principes républicains (l'accès de tous au meilleur niveau sur des bases méritocratiques) déjà entamés par des décennies de réformes démagogiques, mais c'est conforme aux orientations exigées depuis longtemps par l'Union européenne, à travers les lobbies tels l'ERT ("European Round Table")...

P.G.