Ici on s'intéresse aux techniques de propagande ... et on tourne en dérision le boniment de l'UE.

mardi 16 janvier 2018

vidéo: les origines du carcan européen

Brexit, Frexit, Vallsit et Colegram 1 - Annie Lacroix-Riz

VID ALR CARCAN UE

https://www.youtube.com/watch?v=6KPZ1yGYOXE

Jean Monnet, Robert Shumann, une belle paire de pères fondateurs, agents américains après et avant/pendant la fidélité allemande...

L'UE depuis la 2° guerre mondiale, la tutelle américaine, relais de la tutelle allemande: l'objectif est vieux mais il prend des formes nouvelles...

Le rôle du Royaume- Uni et du Commonwealth. L'Europe centrale et orientale face au "monde européen libre".

Les élites françaises préparent l'avenir de la "pax americana" dès 1941...L'avenir européen de la France.

De Gaulle et la solution française: le cauchemar des Américains.

Les visées américaines sur l'Empire colonial français: le rôle de Jean Monnet.

Du "soft power" allemand au "soft power" américain.

Les historiens d'aujourd'hui et les "contraintes académiques", les sujets tabous, malgré les archives américaines...

La censure sur les questions européennes (quand on sort de la "doxa").

Le Brexit et la rivalité souvent méconnue entre le Royaume- Uni et les Etats- Unis.

Etc.


Tels sont les thèmes abordés par Annie Lacroix- Ritz, historienne communiste de talent.

3 parties à suivre sur You Tube, un moyen passionant de mieux comprendre comment est née la tyrannie que nous subissons et par quels moyens elle se maintient.

P.G.

 

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mardi 9 janvier 2018

SUSHIS ATOMIQUES – Le Conseil bafoue la position du Parlement européen

Le 25 septembre 2017, la section « nouveaux aliments et sécurité toxicologique de la chaîne alimentaire » du Comité permanent du Conseil européen a approuvé la proposition de la Commission européenne de réduire les contrôles sur les importations de produits alimentaires venants de la région de Fukushima. Le Conseil n’a pas pris en compte l’objection du Parlement européen voté le 7 septembre en plénière.

 

ARG SANTE UE

Réaction de Michèle Rivasi, députée européenne et membre de la Commission environnement et santé publique :

« C’est un déni démocratique. Le Standing Committee n’a pas tenu compte de l’objection votée par 543 députés européens représentants tous les groupes politiques. Le Parlement s’est opposé à la proposition de la Commission européenne qui va à l’encontre du principe de précaution. Ce projet prévoit de réduire le nombre de municipalités et le nombre d’aliments contrôlés, en excluant notamment le riz exporté de Fukushima, des espèces de poissons, les crustacés et les mollusques.

Réduire les contrôles ne réduit pas la radioactivité !  On ne peut prendre ce genre de décisions à la légère. Par exemple, en supprimant l’obligation de contrôle du riz et de produits dérivés de la municipalité de Fukushima, cette proposition supprime le contrôle du riz utilisé dans les aliments pour bébés et destinés aux jeunes enfants. Aucun niveau de contamination n’est acceptable pour ces groupes particulièrement vulnérables.

En outre, cette proposition laisse des questions sans réponses. Elle aborde les isotopes Cs-134 et Cs-137, mais ne dit rien sur le strontium-90 (Sr -90), qui est un angle mort dans le système de surveillance au Japon. Le manque de surveillance de Sr-90 est très préoccupant, d’autant plus que cet isotope pourrait également être présent dans les 770 000 tonnes d’eau de refroidissement qui peuvent être déchargées dans la région de Fukushima et contaminer ainsi les fruits de mer.

Enfin, notre objection avait pointé le manque de transparence. La proposition de la Commission se base sur des données fournies par les autorités japonaises sans analyse globale, sans données brutes précises indiquant les becquerels par kilo, ni des précisions sur la méthodologie utilisée.

Outre l’opacité, nous sommes dans le déni démocratique. Le Conseil piétine l’objection des représentants des peuples européens. Il ne semble aussi pas tenir compte des actualités et des potentielles évolutions qui peuvent avoir un impact sur l’alimentation. On peut penser à la déclaration de Tepco de l’impact nul de la libération d’eau tritiée dans l’océan, ou aux négociations commerciales UE-Japon qui pourraient augmenter l’importation de riz. »

http://www.michele-rivasi.eu/a-la-une/sushis-atomiques-le-conseil-bafoue-la-position-du-parlement-europeen/

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S.R (UPR 87)

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dimanche 7 janvier 2018

Le récit discutable de Varoufakis des origines de la crise grecque et ses étonnantes relations avec la classe politique

Tribune libre/Eric Toussaint

Dans son dernier livre Adults in the Room(https://www.theguardian.com/books/2…), Yanis Varoufakis donne sa version des raisons qui ont conduit à la capitulation honteuse du gouvernement Tsipras en juillet 2015. Il analyse essentiellement la période 2009-2015 tout en faisant des incursions dans des époques plus lointaines.

TL GRECE VAROUFAKIS

Dans un premier article au sujet de ce livre (http://www.cadtm.org/Les-propositio…), j’ai analysé de manière critique les propositions faites par Varoufakis avant de participer au gouvernement de Tsipras en janvier 2015, en montrant qu’elles menaient à l’échec. Ce deuxième article porte notamment sur les liens entretenus par Yanis Varoufakis avec la classe politique dirigeante grecque (tant le PASOK historiquement lié à la social-démocratie, que le parti conservateur Nouvelle Démocratie) depuis plusieurs années.

Yanis Varoufakis met l’accent à plusieurs reprises sur le large éventail de ses relations dans le milieu politique grec. Il insiste sur son amitié passée avec Yanis Stournaras (l’actuel directeur de la banque centrale de la Grèce, allié de Draghi et des banquiers privés grecs et étrangers), sur ses bons rapports en 2009 avec Georges Papandréou (qui a mis en œuvre la politique conduisant au premier mémorandum), sur ses relations avec Antonis Samaras (qui a dirigé le gouvernement grec après le deuxième mémorandum) et il consacre une partie importante des 4 premiers chapitres du livre à relater la construction de rapports étroits de collaboration et à certains moments de complicité avec 3 dirigeants de Syriza. Il s’agit d’Alexis Tsipras (qui a conduit le peuple grec au troisième mémorandum), Nikos Pappas (l’alter ego de Tsipras, devenu ministre d’État dans le gouvernement Tsipras I) auquel s’est ajouté, en cours de route, Yanis Dragasakis (avant que celui-ci devienne vice-premier ministre des gouvernements Tsipras I et II). Dans cette deuxième partie, je vais aborder le récit du début de la crise grecque ainsi que les relations de Varoufakis avec la classe politique traditionnelle grecque.

Varoufakis relate de manière très discutable l’enchaînement des événements qui ont conduit à l’imposition du premier mémorandum de mai 2010. Tout en s’en défendant, il conforte la narration officielle selon laquelle la cause de la crise réside dans l’incapacité de l’État grec à faire face à la dette publique. Bien qu’il dénonce l’état lamentable dans lequel les banques privées grecques s’étaient placées |1|, il met l’accent sur l’incapacité de l’État grec à faire face à la situation et déclare que celui-ci aurait dû se déclarer en faillite. Il écarte la possibilité qui était “offerte” à l’État de refuser d’assumer les pertes des banques. Son raisonnement sur la faillite de l’État grec tient au fait que, selon lui, le passif (=les dettes) des banques privées était, qu’on le veuille ou non, à charge de l’État. Le passif des banques privées était tellement élevé que l’État grec était incapable d’y faire face. Pourtant, à différents moments de l’histoire, des États ont refusé d’assumer les pertes des banques privées. L’Islande l’a fait à partir de 2008 lors de l’effondrement de son secteur bancaire privé et s’en est très bien tirée. Elle a su faire face victorieusement aux menaces de la Grande-Bretagne et des Pays-Bas |2|.

Il ne suffit pas de dire que la Grèce n’est pas l’Islande, il ne suffit pas d’affirmer que la Grèce fait partie de la zone euro et devait y rester pour mettre fin au débat. Varoufakis adopte une attitude en réalité conservatrice du point de vue économique et social. Il dénonce les banquiers grecs mais la solution qu’il a proposée à Alexis Tsipras à partir de juin 2012 consistait à transférer la propriété des banques grecques à l’Union européenne |3|.

Par ailleurs, il est évident qu’il fallait remettre en cause le paiement de la dette publique qui avait fortement augmenté principalement dans les années 1990 du fait de la poursuite d’objectifs illégitimes (dépenses militaires excessives, financement des cadeaux fiscaux aux grandes entreprises et aux plus riches, financement par la dette de la baisse des cotisations sociales qui étaient à charge du patronat…) ou du financement de cette dette à des conditions illégitimes (taux d’intérêt abusif prélevés par les banques), et suivant des modalités qui étaient marquées par la corruption et d’autres facteurs d’illégalité (voir le chapitre 1 de http://www.cadtm.org/Rapport-preliminaire-de-la).


Varoufakis et le gouvernement de Georges Papandreou (PASOK) 2009-2011

“En automne 2009, un nouveau gouvernement grec a été élu avec la promesse suivante : dépenser plus pour aider la montagne du revenu de la nation à se reconstruire. Sauf que le nouveau Premier ministre et son ministre des Finances, issus du parti social-démocrate, le Pasok, n’ont pas compris. La faillite de l’État était déjà là, avant même qu’ils prêtent serment. |4

Il est faux d’affirmer que l’État était en faillite. Ce discours conforte la présentation mensongère donnée par la Troïka et les médias dominants.
Ce que ne dit pas Varoufakis, c’est que Papandréou a dramatisé la situation de la dette publique et du déficit public au lieu de faire supporter le coût de cette crise bancaire aux responsables, tant étrangers que nationaux (à savoir les actionnaires privés, les administrateurs des banques, les banques étrangères et autres sociétés financières qui avaient contribué à générer la bulle spéculative). Le gouvernement de Papandréou a fait falsifier les statistiques de la dette grecque, non pas dans les années précédant la crise pour la réduire (comme la narration dominante le prétend) mais en 2009 pour l’augmenter. C’est ce que démontre très clairement la Commission pour la Vérité sur la dette publique grecque dans son rapport de juin 2015 (voir le chapitre II, p. 17 de http://www.cadtm.org/Rapport-preliminaire-de-la). Varoufakis ne dénonce pas la falsification, il prend pour argent comptant les affirmations de Papandréou, de son ministre des Finances sur l’état dramatique des finances publiques.

Après les élections législatives du 4 octobre 2009, le nouveau gouvernement de Georges Papandréou procéda en toute illégalité à une révision des statistiques afin de gonfler le déficit et le montant de la dette pour la période antérieure au mémorandum de 2010. Le niveau du déficit pour 2009 subit plusieurs révisions à la hausse, de 11,9 % du PIB en première estimation à 15,8 % dans la dernière. Andréas Georgiu, directeur en 2009-2010 de l’office grec des statistiques ELSTAT (alors qu’il occupait encore un mandat au FMI) a été condamné en août 2017. Sous le titre : « En Grèce, condamnation de l’ancien chef des statistiques, qui avait maquillé les chiffres du déficit public », voici ce qu’en dit le quotidien Le Monde dans son édition du 1er août 2017 : « Andréas Georgiou, ancien chef de l’office des statistiques grecques, Elstat, au cœur de la saga des faux chiffres du déficit public au début de la crise de la dette, a été condamné, mardi 1er août, à deux ans de prison avec sursis. Le tribunal correctionnel d’Athènes l’a jugé coupable de « manquement au devoir », selon une source judiciaire. Cet ancien membre du Fonds monétaire international était poursuivi pour s’être entendu avec Eurostat (l’office européen de statistiques, dépendant de la Commission) afin de grossir les chiffres du déficit et de la dette publique grecs pour l’année 2009. Le but supposé : faciliter la mise sous tutelle financière du pays, avec le déclenchement, en 2010, du premier plan d’aide internationale à la Grèce – on en est au troisième, depuis août 2015. |5| »

Par ailleurs, contrairement à ce qu’affirme Varoufakis, les banques privées n’ont pas stoppé les crédits à l’État grec en 2009 |6|, ce sont les crédits aux secteurs privés grecs qui ont été interrompus au cours de cette année. A l’automne 2009, l’Etat grec réussissait sans difficulté à lever des fonds. L’arrêt des crédits des marchés financiers à l’État grec a eu lieu en 2010, après que Papandréou a dramatisé la situation et au moment du lancement du processus du 1er mémorandum.

Varoufakis explique à plusieurs endroits du chapitre 2 qu’il entretenait, malgré des divergences évidentes, de bons rapports avec Papandréou :
« En janvier 2010, au cours d’un entretien à la radio, j’ai prévenu le Premier ministre, que je connaissais personnellement et avec qui j’avais des rapports plutôt amicaux, en lui disant : « Quoique tu fasses, ne va pas chercher des emprunts d’État chez nos partenaires européens pour essayer, en vain, d’éviter la banqueroute. |7| »

Sur ce dernier point, Varoufakis a raison : il ne fallait pas aller chercher des crédits du côté de la Troïka. Par contre, Varoufakis a tort quand il affirme que l’État grec aurait dû se déclarer en faillite. Une alternative, opposée à la politique mise en pratique par Papandréou et différente de celle avancée par Varoufakis (= mise en faillite de l’État), était pourtant possible et nécessaire. Suite à sa victoire électorale de 2009 obtenue grâce à une campagne dénonçant les politiques néolibérales menées par Nouvelle Démocratie, le gouvernement de Papandréou, s’il avait voulu respecter ses promesses électorales, aurait pu et aurait dû socialiser le secteur bancaire en organisant une faillite ordonnée des banques et en protégeant les déposants. Plusieurs exemples historiques attestent qu’une faillite était tout à fait compatible avec le redémarrage rapide des activités financières au service de la population. Il fallait s’inspirer de ce qui se faisait en Islande depuis 2008 |8| et de ce qui avait été réalisé en Suède et en Norvège dans les années 1990 |9|. Papandreou a préféré suivre l’exemple scandaleux et catastrophique du gouvernement irlandais qui a sauvé les banquiers en 2008 et allait en novembre 2010 devoir accepter un plan d’aide européen qui a eu des effets dramatiques pour le peuple irlandais. Il fallait aller plus loin que l’Islande et la Suède avec une socialisation complète et définitive du secteur financier. Il fallait faire supporter les pertes de la résolution de la crise bancaire par les banques étrangères et par les actionnaires privés grecs tout en poursuivant en justice les responsables du désastre bancaire. Une telle démarche aurait permis à la Grèce d’éviter la succession de mémorandums qui ont soumis le peuple grec à une crise humanitaire dramatique et à l’humiliation sans pour autant assainir véritablement le système bancaire grec.


Varoufakis et Antonis Samaras

A plusieurs reprises Varoufakis se réfère aux contacts qu’il entretenait avec des personnalités de premier plan de la classe politique grecque qu’elle soit du PASOK ou du principal parti conservateur, la Nouvelle Démocratie.

« Un soir (de 2011, NDLR), en rentrant chez moi après une émission de l’ERT, la radio et la télévision publiques grecques, le fixe a sonné. J’ai décroché et j’ai reconnu la voix d’Antonis Samaras, dirigeant de la Nouvelle Démocratie, le parti conservateur, qui, à l’époque, représentait l’opposition officielle. (…) « On ne se connaît pas, M. Varoufakis, me dit-il, mais je viens de vous regarder à la télévision et il fallait absolument que je vous appelle. Je crois que je n’ai jamais entendu des propos aussi profonds et touchants sur un plateau de télévision. Je voulais vous remercier pour votre prise de position. » Samaras n’est pas le seul membre de l’establishment grec à avoir pris contact avec moi. Ma croisade m’avait amené à avoir de nombreuses discussions en aparté avec des ministres socialistes, des députés conservateurs de l’opposition, des dirigeants de syndicats et autres, qui sentaient bien que je représentais autre chose. Dès que je leur avais fait part de mon analyse, ils étaient d’accord, tous sans exception. (…) Les conservateurs, en tout cas jusqu’en novembre 2011, étaient un peu plus audacieux : comme leur dirigeant, Antonis Samaras, avait adopté un point de vue anti-austérité et anti-renflouement, ils étaient plus libres pour me suivre. |10| »

Après avoir reçu un coup de téléphone comme celui de Samaras, d’aucuns se seraient posé la question : « N’est-ce pas inquiétant de recevoir des compliments d’un des dirigeants clés du parti conservateur ? ». Cela n’a pas été le cas de Varoufakis.


L’amitié entre Stournaras et Varoufakis

Varoufakis ne consacre pas moins de quatre pages à la relation d’amitié qu’il a liée avec Yanis Stournaras |11|. Entre la fin des années 1990 et la période des mémorandums, Yanis Stournaras est passé du PASOK à la Nouvelle Démocratie. Varoufakis explique : « C’est lui qui avait réussi à convaincre Bruxelles et Berlin d’intégrer la Grèce à la zone euro. Une fois le pays définitivement admis, en 2000, le Premier ministre, membre du Pasok, l’avait remercié en lui offrant le poste de PDG et Président de la Banque commerciale de Grèce |12|. C’est à cette époque que nous avions fait connaissance. En dépit de son emploi du temps bousculé, Stournaras se rendait toujours disponible pour enseigner, avec plaisir et avec dévouement. Nos points de vue d’économiste et nos opinions politiques divergeaient, mais son engagement à l’université et nos affinités naturelles ont donné naissance à une profonde amitié. »

Varoufakis raconte qu’ils ont passé ensemble, dans l’appartement de Stournaras, la soirée électorale du 4 octobre 2009 qui a vu la victoire du PASOK. À cette époque, Stournaras était un des hauts conseillers des « socialistes » et avait épousé l’orientation pro-mémorandaire de Papandréou. Varoufakis poursuit : « En 2010, année cruciale pour la Grèce, Stournaras a fait un choix qui en a surpris plus d’un en devenant président d’un think-tank d’économistes créé à l’origine par la Confédération nationale des industries de Grèce, l’organisation patronale la plus puissante et la plus établie du pays, traditionnellement liée à la Nouvelle Démocratie. » Cela n’a pas affecté leur amitié. Un mois avant les élections de mai 2012, Varoufakis de passage à Athènes a appelé Stournaras : « je l’ai retrouvé le lendemain dans le café d’un hôtel situé au pied de l’Acropole. Nous sommes tombé dans les bras l’un de l’autre (…). Puis nous sommes passés aux choses sérieuses et je l’ai briefé sur les discussions que j’avais eues à Berlin avec des représentants de la BCE et du gouvernement allemand, avec des journalistes financiers et d’autres. J’ai également mentionné une conversation que j’avais eue avec George Soros. Qui était d’accord avec mon analyse de la situation de la Grèce et avec l’essentiel de mes propositions de politique économique pour l’Europe en général. » Varoufakis explique que Stournaras et lui ne sont pas tombés d’accord sur la viabilité du mémorandum mais qu’ils se sont quittés en se promettant de conserver intacte leur amitié. Les choses se sont gâtées quand Stournaras quelques mois plus tard a accusé Varoufakis de spéculer avec Soros sur les titres de la dette grecque. C’est à ce moment que leur relation s’est interrompue. Entre-temps, Stournaras était devenu ministre de la Compétitivité (mai-juin 2012). Après les élections de juin 2012, il est devenu ministre des Finances du gouvernement d’Antonis Samaras. Ensuite, à partir de juin 2014, Samaras l’a placé à la tête de la banque centrale de la Grèce où il se trouve encore.

J’ai pris la peine de résumer ce passage du livre de Varoufakis, parce qu’il est révélateur de l’aisance avec laquelle il évoluait dans les milieux de la classe politique grecque. Même si à l’époque il n’occupait aucune fonction officielle, il entretenait des relations avec des dirigeants clés et certaines de ses idées n’étaient pas rejetées par les dirigeants conservateurs, loin de là. Manifestement, cela ne le gênait pas puisqu’il en fait largement état dans son livre.


Partie 1 : Les propositions de Varoufakis qui menaient à l’échec
Partie 3 : Comment Tsipras, avec le concours de Varoufakis, a tourné le dos au programme de Syriza

 

Notes

|1| De mon côté j’ai analysé la crise des banques grecques dans « Grèce : Les banques sont à l’origine de la crise » http://www.cadtm.org/Grece-Les-banques-sont-a-l-origine Voir aussi Patrick Saurin, “La « Crise grecque » une crise provoquée par les banques”, http://www.cadtm.org/La-Crise-grecque-une-crise

|2| CADTM – Le tribunal de l’AELE rejette les réclamations « Icesave » contre l’Islande et ses habitants, publié le 29 janvier 2013, http://www.cadtm.org/Le-tribunal-de-l-AELE-rejette-les

|3| Y. Varoufakis, Adults in the Room, Bodley Head, London, 2017, chap. 3, p. 65. Je reviendrai là-dessus dans le prochain article.

|4| Y. Varoufakis, Adults in the Room, Bodley Head, London, 2017, chap. 2, p. 31. Le livre va paraître à l’automne 2017 en français chez l’éditeur Les Liens qui Libèrent. N’hésitez pas à passer commande chez votre libraire.

|5| En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/europe/articl… A signaler que ce type d’article est très rare dans le quotidien Le Monde. La presse conservatrice grecque (notamment le quotidien Kathimerini) souligne le mécontentement de la Commission européenne. La porte-parole de la Commission, Mme Annika Breidthardt, a déclaré le 1er août 2017, que la décision du tribunal n’est pas conforme aux décisions précédentes de la justice et réitéré que « la Commission est pleinement confiante dans l’exactitude et la fiabilité des données de l’ELSTAT au cours de la période 2010-2015 et au-delà »

|6| Je publierai un nouvel article sur la question avant la fin de l’année 2017. Je montrerai que plusieurs graphiques publiés par des organismes officiels, notamment le FMI, sont faux.

|7| Y. Varoufakis, Adults in the Room, Bodley Head, London, 2017, chap. 2, p. 31. A la page suivante, Varoufakis écrit : « Convaincu que la faillite était certaine, quelles que soient nos paroles apaisantes, j’ai continué à enfoncer le clou. Par ailleurs, le fait que j’avais rédigé des discours pour le Premier ministre Papandreou a retenu l’attention de la BBC et d’autres organes de presse étrangers. »

|8| Renaud Vivien, Eva Joly, « En Islande, les responsables du naufrage bancaire n’ont pas pu acheter leur procès », publié le 20 février 2016, http://www.cadtm.org/En-Islande-les-responsables-du

|9| Mayes, D. (2009). Banking crisis resolution policy – different country experiences. Central Bank of Norway.

|10| Y. Varoufakis, Adults in the Room, Bodley Head, London, 2017, chap. 2, p. 38-39.

|11| Y. Varoufakis, Adults in the Room, Bodley Head, London, 2017, chap. 2, p. 68 à 72.

|12| Cette banque a ensuite changé de nom, elle s’est appelée Emporiki et a été achetée par la banque française Crédit Agricole.

Source : CADTM, Eric Toussaint, 17-08-2017

https://www.les-crises.fr/le-recit-discutable-de-varoufakis-des-origines-de-la-crise-grecque-et-ses-etonnantes-relations-avec-la-classe-politique-par-eric-toussaint-23/

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mercredi 3 janvier 2018

Robert Schuman un homme de paix ? Vous voulez rire !

TRIBUNE LIBRE

par Jean-Pierre Combe

TL SHUMAN FASCISME

(...)

Qui était Robert Schuman ?

 

Qui était Robert Schuman ? Dans son ouvrage aux origines du carcan européen ( 1900-1960 ), publié par les éditions DELGA en 2 016, Annie Lacroix-Riz présente une relation très documentée de sa carrière, que je résume ici :

 

Robert Schuman est né sujet allemand en 1886 ; il accomplit toutes ses études scolaires et universitaires dans l’empire allemand ( le Deuxième Reich ) ; en 1914, il est mobilisé dans un service auxiliaire de l’armée impériale ( la Reichswehr ) ; en 1915, il est détaché dans l’administration civile à Boulay-Moselle. Jusqu’en 1918, il a vécu comme un bon sujet allemand catholique et loyal à l’Empereur ( Guillaume II ), tenant d’une Europe vaticane principalement appuyée sur l’Allemagne. Selon un de ses biographes ( Roth ), aucun membre de sa famille n’a jamais opté pour la France.

Aussitôt que Robert Schuman fut devenu français, les de Wendel et Seillières le mandatent pour une carrière politique impliquant de diriger en Moselle leur Action catholique lorraine ( ACL ) ; il est élu député dès 1918 ; l’Action catholique lorraine est tout-à-fait comparable, pour son antimaçonnisme, son antilaïcité, son antisémitisme, son anticommunisme, et à partir de 1936, son franquisme, aux ligues fascistes qui vont marquer l’entre-deux guerres.

Robert Schuman adhère dès leur fondation à deux des premières ligues fascistes ( la ligue des Droits du Religieux Ancien Combattant – DRAC, et la Fédération Nationale Catholique du général Castelnau – FNC ), soutient en Alsace le « Heimatbund » financé par le troisième Reich, soutient les séparatismes croates, allemands des monts Sudètes, etc… ; comme député, il pourfend les lois laïques, qu’il qualifie d’« infâmes » et attise sans cesse la question scolaire dans les trois départements revenus à la France en 1 918.

Il accompagne activement les complots que Philippe Pétain et ses complices fomentent contre la République, devient secrétaire d’Etat aux réfugiés dans le cabinet de Paul Reynaud le 21 mars 1 940 et le restera jusqu’au 13 juillet suivant.

Donc, Robert Schuman sert le gouvernement Pétain lorsqu’il adresse à l’Etat-major allemand une demande d’armistice, le 17 juin 1940, ainsi que lorsque le traité d’armistice est signé, le 22 juin 1940. Le 10 juillet 1940, il vote, comme tous les siens ( 569 parlementaires contre 80 ), les pleins pouvoirs demandés par Pétain.

Le 13 juillet, ses mandants et protecteurs de Wendel adressent au chef d’Etat-major allemand un requête de économique dont la conclusion est : « Le but que nous nous proposons correspond entièrement aux vues du gouvernement allemand ».

En août 1940, les autorités du Troisième Reich ont de nouveau annexé l’Alsace-Lorraine ; elles autorisent Robert Schuman à revenir en Moselle ; à partir de cette date, sa vie s’entoure d’un épais mystère qui dure deux ans. Il semble avoir été arrêté à Metz et assigné à résidence surveillée en Allemagne. Au début de 1941, il aurait plaidé sa cause par lettres auprès des chefs hitlériens de Moselle, en les assurant n’avoir rien fait contre l’Allemagne ni contre le Deutschtum avant ou après 1933, ainsi qu’en arguant de sa formation acquise dans les universités allemandes et de sa tendance naturelle au rapprochement et à la coopération pacifique, etc …

Ce mystère débouche en août 1942 sur son arrivée à Lyon, où il est présumé « évadé » ou « réfugié » ; il participe alors à une institution créée dans le cadre de la politique de collaboration pétainiste par le groupement des chambres de commerce d’Alsace et de Lorraine ; un vice-président de cette institution est Hubert de Wendel.

Lors de la Libération, malgré tout ce passé et le mystère qui en cache une grande partie, Robert Schuman, tout comme le chef d’industrie et de presse Jean Prouvost, fut soustrait aux instructions diligentées par la Haute Cour de Justice et laissé en liberté ; le 15 septembre 1945, il fit l’objet d’un non-lieu et entreprit alors une ascension vertigineuse : ministre des finances dans le gouvernement Ramadier après juin 1946, il participe le 4 mai 1947 à l’éviction des ministres communistes, ce grâce à quoi sont relancées les procédures judiciaires initiées jadis par le gouvernement de Philippe Pétain contre les Résistants, mais que la Libération avait arrêtées ; président du conseil des ministres le 24 novembre 1947, il organise avec son ministre de l’intérieur Jules Moch la sanglante répression des grandes grèves ; ministre des Affaires étrangères de juillet 1948 à septembre 1952, ministre de la justice et garde des sceaux de février à décembre 1955, président d’un « Mouvement européen » de 1955 à 1961, président de l’Assemblée européenne de 1958 à 1960. En 1958, le général De Gaulle redevient président de la République : c’est lui qui met fin aux poursuites pétainistes relancées après juin 1947 contre les anciens résistants.

Pendant toute cette période, Robert Schuman apparaît comme un agent de la grande bourgeoisie capitaliste attaché à refondre les organes du gouvernement politique de notre pays de telle manière qu’ils s’intègrent bien dans les organes du futur gouvernement européen eux-mêmes en chantier ; les principales caractéristiques de cette refonte ont été :

  • la substitution de l’hégémonie états-unienne à l’empire allemand sans préjudice de la domination économique du capital allemand sur toute l’Europe ;
  • le renforcement dans toute l’Europe de la répression policière et judiciaire de tous les mouvements populaires de libération qui avaient combattu les armées fascistes et nazies ;
  • l’encadrement de l’évolution des Etats restés capitalistes dans une intention d’hostilité guerrière à l’encontre de l’URSS et des autres pays socialistes, ainsi que dans une représentation de l’humanité fondée dans l’intégrisme catholique et la fidélité vaticane.

Pour quels motifs, à l’approche de la victoire, les Etats-majors anglo-américains ont-ils tenté en l’absence d’un représentant de l’URSS de signer avec celui du Reich nazi un document qui, en l’absence de la signature soviétique, aurait pu devenir un traité de paix séparée ?

Le fait est que la guerre avait multiplié la puissance de l’industrie des Etats-unis d’Amérique, et dans une moindre mesure de la Grande-Bretagne, en leur permettant de se débarrasser des machines et des technologies désuètes, ainsi que de serrer au maximum les contraintes matérielles et idéologiques dans leurs empires.

C’est encore un fait que, tant en Grande Bretagne qu’aux Etats-unis d’Amérique, la guerre avait renforcé les liens étroits tissés entre les « capitaines d’industrie » et les gouvernements : par ces liens, les plus puissants chefs d’industrie transmettaient à leurs gouvernements, et à leurs Etat-majors, la tentation qu’ils éprouvaient de conquérir les territoires de l’Est européen ; la première raison de cette tentation était évidemment la puissance donnée par la guerre au système militaro-industriel des Etats-unis d’Amérique ;

la deuxième raison était que la guerre avait produit sur l’économie de l’URSS, parce qu’elle était socialiste, des effets exactement contraires à ceux-là : les vingt-trois millions de morts étaient autant de femmes et d’hommes dans la force de l’âge et que rien ni personne ne remplacerait jamais ; les destructions dues à la guerre dans l’ouest de l’Union soviétique furent telles que la crise du logement qui en résultait dans toute l’URSS ne fut pas résolue avant 1973, et qu’il a fallu y reconstruire de toutes pièces une industrie dans les territoires dévastés en y remontant d’urgence des machines démontées de l’Allemagne de l’est au titre de la réparation des dommages de guerre ; il faut noter que les territoires soviétiques dévastés étaient ceux où l’agriculture produisait le plus, et ceux où avait été développée l’industrie depuis l’empire des Tsars et jusqu’en 1941 ( veille de l’invasion-surprise de l’URSS par les armées de la coalition nazi-fasciste ).[invasion "surprise" du fait du pacte germano- soviétique! NdR]

Au début de la guerre, l’Union soviétique avait heureusement accompli le véritable exploit de déporter dans l’Oural l’essentiel de l’industrie métallurgique située en Ukraine, puis de bâtir autour d’elle et en Sibérie une puissante industrie sidérurgique et métallurgique tournée vers la production d’armements ; mais les combats coûtaient cher en personnel et en matériel, et parvenue en Allemagne, l’armée soviétique devait combattre pour chaque mètre carré de terrain, pour chaque maison, pour chaque rez-de-chaussée, pour chaque cave ; au lendemain de la victoire, les tâches de la reconstruction de l’ouest de l’Union soviétique imposaient comme une urgence brûlante de bâtir une industrie de paix, ce qui nécessitait de reconvertir vers la paix une grande part de l’industrie de guerre, alors même que les femmes et les hommes nécessaires à toute production manquaient cruellement …

De sorte qu’une seule conclusion s’imposait aux synthèses de renseignements militaires que produisaient les services occidentaux d’espionnage les mieux informés : l’URSS arrivait au bout de tous ses efforts de guerre possibles, et ne pourrait continuer d’exister que dans la paix.

L’Union Européenne, une création belliqueuse pour défendre le système capitaliste et attaquer l’Union Soviétique

Des atouts de poids confirmaient la tentation anglo-américaine de continuer la guerre en renversant leurs alliances : les forces armées allemandes, aussi bien la Wehrmacht que la SS, n’étaient pas entièrement détruites : la cessation de toute défense contre les armées anglo-américaines après qu’elles eurent franchi le Rhin n’a pas seulement permis à celles-ci de parvenir en quelques jours et sans pertes sur l’Elbe, où avait été fixé le rendez-vous avec l’armée soviétique : elle a surtout permis à un certain nombre de régiments allemands de se rendre ; ces régiments n’ont en général pas été immédiatement désarmés.

L’impérieuse tentation ressentie par les capitaines d’industrie des Etats-unis et de Grande-Bretagne devait faire que les Etats-majors anglo-américains évaluent comme une intention du commandant suprême l’éventualité de repartir en guerre contre l’URSS en intégrant les restes des armées hitlériennes : le premier facteur de l’étude, le rapport des forces armées en présence, leur serait évidemment favorable, et défavorable à l’armée soviétique.

Les Etats-majors devaient alors examiner un autre facteur important dans toute guerre : l’état d’esprit des populations qui habitent les théâtres de la guerre envisagée, tous situés en Europe ; c’est là que le beau projet des capitaines d’industrie a capoté !

Les populations d’Europe en effet étaient opposées à toute reprise de la guerre ; leurs raisons étaient que beaucoup des membres des peuples de l’Europe connaissaient très bien la contribution majeure de l’Armée Rouge, puis de l’Armée Soviétique à la victoire sur l’empire nazi-fasciste ; que dans l’ouest européen aussi, on avait un besoin vital de reconstruire en paix les pays dévastés, plutôt que d’ajouter les dévastations aux dévastations, et l’injustice profonde au malheur !

Les bourgeoisies européennes elles-mêmes avaient été diversement affectées par la guerre, par l’action de leurs gouvernements alliés à l’empire nazi-fasciste et par leur participation à son effort de guerre : si la bourgeoisie franquiste espagnole en sortait sans grand dommage, la bourgeoisie italienne avait sauvé les meubles en mettant fin au gouvernement de Mussolini remplacé par le comte Ciano.

Avant-guerre, la solidarité capitaliste avait porté les plus puissants chefs de la bourgeoisie financière et industrielle française vers une coopération aussi étroite que possible avec leurs collègues allemands et s’était encore resserrée lorsque ceux-ci ont revêtu l’uniforme des dignitaires de la SS ; à l’approche de la défaite du Troisième Reich, la solidarité capitaliste s’approfondissant et s’étendant vers le niveau mondial, la grande bourgeoisie française passait progressivement sous l’égide ( sous le bouclier ) de la grande bourgeoisie états-unienne ; ce faisant, elle ne renonçait pas à gouverner notre pays.

Mais la bourgeoisie française s’était divisée ; pendant que ses membres économiquement les plus puissants se compromettaient gravement dans la collaboration avec l’empire nazi, quelques-uns sauvaient leur honneur en préférant suivre le général De Gaulle jusque dans la « belle et bonne alliance » avec l’Union soviétique.

Divisée avant-guerre, la bourgeoisie britannique s’était regroupée derrière Winston Churchill, sauvegardant sa discipline de classe afin de sauver l’empire de Sa Majesté, c’est-à-dire son empire colonial.

Quant aux bourgeoisies allemande et autrichienne, privées du bouclier de leurs Etats, elles ne pouvaient plus se refaire que sous la protection du plus puissant de leurs alliés naturels, la bourgeoisie capitaliste des Etats-Unis.

L’autorité des bourgeoisies européennes sur les peuples de leurs pays était donc diversement et gravement compromise …

Pour toutes ces raisons, les services d’espionnage états-uniens et britanniques ont estimé que les populations européennes s’opposeraient partout, à des degrés divers, à une nouvelle guerre dont le but serait de détruire le pays qui avait supporté l’effort principal dans la guerre contre le nazi-fascisme : en France, la puissance du mouvement progressiste issu de la Résistance est attestée par les résultats électoraux obtenus par le parti communiste français lors des élections politiques qui ont suivi la Libération de notre territoire, par la persistance de ces résultats après la démission du général De Gaulle ( janvier 1946 ) et pendant quelques années ensuite, ainsi que par le retentissement de l’appel à la création d’un grand mouvement pacifiste lancé en 1947 par dix résistants français de grand renom et par l’immense mobilisation populaire au sein de ce mouvement.

Dans les autres pays d’Europe, divers mouvements d’opinion prenaient des orientations progressistes, notamment celle de défendre la paix ; la défense de la paix prit bientôt la force d’un mouvement mondial, comme le confirme le succès que nous pouvons aujourd’hui considérer comme extraordinaire de la campagne de signatures au bas de l’Appel de Stockholm contre la bombe atomique.

Tout cela était évidemment observé de semaine en semaine par les états-majors occidentaux pour évaluer l’attitude négative qui serait celle des peuples d’Europe et notamment du peuple de France, en cas de relance de la guerre contre l’URSS ; au mieux, les peuples ralentiraient les mouvements des troupes au point de condamner toute offensive à l’échec, et au pire, ils les immobiliseraient complètement ; aucun général ne peut envisager de faire la guerre dans de telles conditions.

Il fallait d’abord rétablir la discipline capitaliste dans les territoires européens ; tel était l’objet du Plan Marshall, qui fut aussi le moyen politique d’une première tentative de reconquête énonomique des pays libérés par l’Armée soviétique ou avec son aide ( Bulgarie, Roumanie, Hongrie, Tchécoslovaquie, Pologne, Yougoslavie ).

Aux origines de l’Union Européenne

Le Plan Marshall fit l’objet d’une grande campagne de propagande dans toute l’Europe occidentale et centrale ; cette campagne flamboyante avait deux effets : obtenir l’adhésion des gouvernements aux termes d’échanges tout-à-fait inégaux du Plan Marshall, et masquer les premières mesures d’élaboration de l’empire occidental, qui étaient clandestines ; l’élaboration de cet empire aux vues et au su du public était impossible tant que les peuples éprouvaient de la gratitude envers l’ennemi désigné ; les maîtres du capitalisme devaient donc d’abord réprimer cette gratitude et faire naître la haine de l’URSS, tout en encadrant fermement les populations.

S’est alors développée dans chacun des pays d’Europe occidentale une intense propagande visant à créer l’illusion d’une menace soviétique et communiste pesant sur chacun de ces pays ; il fallait donner à cette illusion une dimension telle qu’elle justifie l’élaboration prochaine d’un Etat capitaliste encadrant l’Europe occidentale, et ayant vocation à encadrer l’Europe entière ; il fallait aussi masquer aux yeux des peuples l’élaboration des premières structures de cet Etat.

En premier lieu, cette campagne définissait le croquemitaine :

  • elle reprenait et intensifiait le dénigrement de l’URSS que les partis bourgeois développaient avant-guerre, en mettant une très lourde emphase sur la transfiguration des soviets en organes de pouvoir de la dictature personnelle de Staline ;
  • elle relatait de façon mensongère les évènements qui avaient lieu dans les pays qui refusaient d’adhérer au Plan Marshall ( Tchécoslovaquie, Roumanie, Hongrie, Pologne, Bulgarie )
  • elle caricaturait les partis communistes en décrivant faussement leurs principes de fonctionnement :
  • elle interprétait le centralisme démocratique comme un principe d’obéïssance au chef,
  • elle interprétait le matérialisme dialectique comme une forme de jésuitisme ;
  • elle niait absolument l’indépendance des partis communistes, faisant d’eux autant de services extérieurs de "diable" sait quel ministère du gouvernement soviétique.

En second lieu et au moins en France, cette campagne étendait la définition du croquemitaine, en accusant toutes les associations et autres organisations démocratiques de notre pays de dépendre organiquement du parti communiste français, et donc, d’être autant de services extérieurs de ministères soviétiques ; il suffisait pour subir cette accusation que des communistes soient membres de ces associations ou organisations, et que l’un de ces communistes soit élu dans son bureau ; cela visait :

  • parmi les mouvements de résistance : la CGT, le Front national ( celui de la Résistance ), les FTP-F et FTP-MOI ;
  • dans le mouvement ouvrier : Tourisme et Travail ;
  • dans le mouvement pacifiste : l’ARAC, les associations d’amitié avec les peuples d’Europe centrale et orientale, le Mouvement de la Paix ;
  • parmi les associations de vulgarisation scientifiques : l’Association française des Amis de Mitchourine et de Jean Daniel ;
  • parmi les mouvements d’enfance : l’Union des Vaillants et Vaillantes.

En troisième lieu, elle assurait au gouvernement bourgeois la liberté de gouverner dans l’intérêt de la grande bourgeoisie capitaliste en adjoignant à tout cela des actes, processus et moyens de répression suivants, qui ont tous commencé de fonctionner au cours des mois qui ont précédé et suivi notre Libération et n’ont pas cessé de produire leurs effets :

  • contre les mouvements de résistance : les militants réactionnaires, miliciens et autres, avaient toujours pris le relais de la diffusion des mensonges que publiaient la SS ou la Wehrmacht en même temps qu’elles accomplissaient leurs crimes de guerre ou leurs crimes contre l’humanité ; ces mensonges tendaient à accuser de ces crimes les communistes et les résistants ; diffuser ces mensonges était un moment essentiel du système de terreur nazi-fasciste, qui accompagnait chaque crime ; remarquons que cette diffusion terroriste a quelque peu diminué lors de notre libération, mais qu’elle n’a jamais cessé : en réalité, les tentatives actuelles de réécrire l’ pour glorifier le nazi-fascisme et le pétainisme en dénigrant la Résistance ne sont rien d’autre que la continuation du terrorisme idéologique dont les nazis accompagnaient chacun de leurs crimes de guerre et de leurs crimes contre l’humanité : elles prolongent la propagande de criminels qui n’ont pas été punis ;
  • contre la culture nationale : en signant les « accords Blum-Byrnes » Léon Blum met en place dès avant que la guerre soit finie un mécanisme qui va faire obstacle à la renaissance du cinéma français ; ce mécanisme bénéficie aussi aux sociétés capitalistes d’édition de disques, qui vont exploiter la sympathie que notre peuple éprouve pour les soldats américains en diffusant massivement leur musique, qui est en général un très bon jazz, mais en le diffusant au détriment des chanteurs français, de nos musiques de concert et de nos musiques à danser ( musette, « variété » et autres musiques nationales et régionales ) ;
  • contre l’instruction publique : une lourde propagande réactionnaire handicape la commission Langevin-Wallon chargée en novembre 1944 de définir selon le programme du CNR une rénovation complète de notre système scolaire et universitaire ; cette commission n’a pas pu produire le véritable plan de renouvellement que la Résistance espérait : elle n’a pu remettre au gouvernement, début juin 1947, qu’un schéma de principes théoriques ; après l’éviction des ministres communistes ( 4 juin 1947 ), le gouvernement cède à la pression réactionnaire, et renonce à réaliser la rénovation du système scolaire et universitaire, jette aux oubliettes les principes inscrits dans le programme du Conseil national de la Résistance ; on ne fera que quelques expériences limitées, sans véritables lendemains, et quelques changements partiels et de pure forme ;
  • au gouvernement : le 4 juin 1947, les ministres communistes sont évincés ;
  • depuis cette date, l’action du gouvernement français se développe contre le mouvement populaire français :
  • dans l’administration judiciaire de toute la France : les procédures diligentées pour faits de résistance par le gouvernement de Philippe Pétain et arrêtées lors de la Libération du territoire sont relancées à la faveur de l’éviction des ministres communistes ; elles accusent un millier de FTP ( une dizaine en moyenne par département ) et conduisent à leur emprisonnement ; ils resteront dix ans en prison, jusqu’à ce que le Général De Gaulle, revenu au pouvoir en 1 958, ordonne de les libérer ;

  • les industriels et beaucoup de hauts fonctionnaires collaborateurs de l’occupant sont amnistiés ;
  • dans la vie économique et sociale : le gouvernement réprime les grèves ouvrières en faisant arrêter et condamner les syndicalistes de la CGT ; il s’attache à aveugler la classe ouvrière et la paysannerie sur les possibilités d’évolution sociale ouvertes tant par la création du régime général de retraites par répartition que par les deux articles du statut d’EDF-GDF qui créent les Caisses d’action sociale de cette entreprise ; à cette fin, il brise l’unité du régime général proposée par Ambroise Croizat et détourne l’attention de tous les travailleurs du fait que le statut d’EDF-GDF aurait permis aux caisses d’aides sociales d’entrer en synergie avec les mouvements associatif, coopératif et mutualiste en vue de toutes sortes d’initiative communales, cantonnales et départementales de progrès tant culturel et social qu’économiques ;
  • en politique générale : les manifestations pacifistes contre le développement de l’OTAN sont réprimées avec la dernière violence, alors même que des groupes terroristes liés à l’OTAN ( « les armées secrètes de l’OTAN » ) commettent des attentats meurtriers, notamment en Belgique et en Italie ; on trouvera des études sans doute partielles de ces activités criminelles dans les ouvrages consacrée aux réseaux Gladio et Stay-behind par quelques auteurs, dont Daniele Ganser : à partir du moment où fut signé l’acte de capitulation des armées allemandes, ces réseaux ont causé de nombreux morts et blessés pour réprimer le mouvement progressiste que les peuples d’Europe de l’ouest avaient développé en prolongement de leurs mouvements de résistance à l’empire nazi-fasciste ;
  • en matière d’instruction publique et d’éducation nationale : au milieu du siècle, l’action gouvernementale met en chantier quatres sabotages : celui de la laïcité de l’école, celui de la cohérence humaniste de nos enseignements généraux héritée de la Troisième République ( notamment en effaçant l’unité de l’organisme vivant des programmes de sciences de la vie et de la terre, et en effaçant la chronologie des programmes d’histoire ), celui de tous les niveaux des enseignements diplômants, ainsi que celui des enseignements professionnels publics, … ;
  • en matière de relations civiques et humaines quotidiennes : depuis quelques années, l’ensemble des mesures par lesquelles nos gouvernements travaillent à généraliser l’enseignement et l’usage de la langue anglaise des affaires au détriment de l’enseignement et de l’usage de la langue française et des langues régionales se présente comme un véritable feu d’artifice du sabotage non seulement de l’enseignement public en France, mais de la culture française dans son ensemble, tant nationale que régionale et locale.

(...)

Il faut noter cependant, que lors de la Libération, certains chefs d’entreprise français refusaient la guerre de reconquête des territoires soviétiques : il faut les chercher parmi ceux qui s’étaient ralliés au gouvernement de la France libre présidé par le général De Gaulle ; dans l’après-guerre, ils auraient préféré faire vivre sur le plan économique la « belle et bonne alliance » franco-soviétique ; mais dans le concert tonitruant de la propagande réactionnaire, les liens économiques du capitalisme ne leur laissaient déjà plus la liberté de se faire entendre : peu après la Libération, les bourgeois gaullistes, je veux dire partisans de la « belle et bonne alliance » gaulliste avec l’URSS, ont dû se sentir bien seuls au sein de la bourgeoisie française …

Une institution supranationale pour renforcer la dictature de la classe capitaliste contre les peuples

(...)

Robert Schuman expose la ligne politique de tous ces évènements, que jalonnent d’incessantes provocations anticommunistes, dans un article publié en avril 1951 dans la Revue de Paris ; on lira cet article en annexe ci-après : Robert Schuman argue d’un danger devant lequel se trouveraient placés les pays d’Europe qu’il dit « libres » : ce danger serait « l’expansionnisme communiste », attesté selon lui par « la présence russe au cœur de l’Europe et plus spécialement au cœur de l’Allemagne, l’emprise brutale que le régime soviétique exercerait sur les populations et sur les économies des pays de l’Est ainsi que de la zone orientale d’occupation », ainsi que par les menaces que feraient peser sur tout l’Occident l’agitation du Kominform et les prétentions russes. Dans tous les pays situés à l’ouest de la Baltique et de l’Elbe, les mêmes problèmes résulteraient selon lui de tout cela.

En vérité, Robert Schuman ne croyait pas davantage que ses mandants à la « menace soviétique » ; il proclamait seulement, en 1951, que le communisme est violent, expansionniste et étranger à tous les pays dits « libres » ; contre lui, il préconise un Etat supranational, dont l’autorité serait indépendante, car dépendant des intérêts de la communauté supranationale qu’il pose en principe comme distincts des intérêts et des objectifs des nations encadrées par cet Etat.

Ce projet est en réalité un projet violent et antipopulaire, comme le montre la recommandation que fait Robert Schuman d’exclure tout arbitrage entre les intérêts nationaux et à cette fin, de les fusionner. Mais comment une autorité politique supranationale pourrait-elle fusionner les intérêts nationaux sans faire violence aux peuples ?

C’est dans ces circonstances que le député Maurice Thorez, qui était secrétaire général du parti communiste français, a prononcé son célèbre discours à l’Assemblée nationale dans lequel il dénonçait la calomnie antisoviétique et en appelait aux intérêts nationaux, lesquels sont portés par chacun des membres des peuples ; il déclarait notamment que le peuple de France ne ferait jamais la guerre au peuple de l’URSS, parce que l’URSS est le pays de la paix.

Dans un numéro du Social-Démocrate publié le 23 août 1915, Lénine examinait le contenu et la portée économiques du mot d’ordre socialiste des Etats-unis d’Europe ; il écrivait :

« Au point de vue des conditions économiques de l’impérialisme, c’est-à-dire des exportations de capitaux et du partage du monde par les puissances coloniales “avancées” et “civilisées”, les États-Unis d’Europe sont, en régime capitaliste, ou bien impossibles, ou bien réactionnaires. »

(...)

Depuis 1915, la guerre a ravagé toute l’Europe, y détruisant quatre empires ( allemand, austro-hongrois, ottoman et russe ) ; la Révolution socialiste s’est imposée dans les terres de l’ancien empire russe, y a instauré une Fédération ( l’URSS ) et apporté à l’être humain de très importants progrès, puis a été minée de l’intérieur du territoire fédéral par une contre-révolution qui a remis l’économie capitaliste en fonctionnement et disloqué l’URSS.

De sorte qu’aujourd’hui, l’impérialisme domine à nouveau presque toute la terre, sauf Cuba et la Corée du Nord, et sauf quelques pays tels la Chine, la Russie, le Vénézuéla et d’autres pays dans lesquels le mouvement populaire revendique au moins de limiter les pouvoirs politiques des propriétaires des plus gros capitaux : partout ou presque, l’impérialisme impose aux utopies socialistes les mêmes obstacles réels.

Nous pouvons donc, et nous devons considérer aujourd’hui comme Lénine le faisait en 1915, que dans les conditions économiques de l’impérialisme, qui consistent dans le régime capitaliste en l’exportation des capitaux et le partage du monde par les puissances riches qui se prétendent civilisées, les Etats-unis d’Europe sont ou bien impossibles, ou bien réactionnaires.

Un siècle d’expérience nous donne à constater que Lénine avait raison de réfuter le mot d’ordre des Etats-unis d’Europe : dans le territoire même de l’Union Européenne, l’élaboration de l’Etat supranational n’a jamais été et ne peut être que violence systématiquement faite aux peuples par le gouvernement capitaliste des sociétés.

Non, Robert Schuman n’était pas un homme de paix, et son œuvre, la construction européenne, n’a jamais assuré la paix : nous avons constaté de nombreuses preuves contraires, notamment en Yougoslavie et en Ukraine, où elle a soutenu et soutient le fascisme dans sa prise du pouvoir et dans la guerre civile par laquelle il tente de se maintenir …

 

Annexe

 

En avril 1951, La Revue de Paris publie l’article :

 

Faire l’Europe

 

par Robert Schuman

 

« Notre objectif est de réintégrer l’Allemagne dans le circuit productif et économique des pays démocratiques. Les Français, dans leur grande majorité, sont persuadés qu’il ne faut pas recommencer l’erreur commise au lendemain de la Première Guerre mondiale, c’est-à-dire nous obstiner à chercher une garantie contre la revanche ou contre l’hégémonie allemande dans l’isolement de l’Allemagne, qu’on tiendrait enserrée dans un système de restrictions et de prohibitions. (…)

« Dans un autre ordre d’idées, les nécessités de la défense des pays libres d’Europe nous amènent à une conclusion identique. Ces pays se trouvent placés devant un même danger : l’expansionnisme communiste. La présence russe au coeur de l’Europe et plus spécialement au coeur de l’Allemagne, l’emprise brutale que le régime soviétique exerce sur les populations et sur les économies des pays de l’Est ainsi que de la zone orientale d’occupation, les menaces que font peser sur tout l’Occident l’agitation du Kominform et les prétentions russes, tout cela pose les mêmes problèmes dans tous les pays situés à l’ouest de la Baltique et de l’Elbe. Il faut à ces pays une politique harmonisée. (…)

« Désormais, les traités devront créer non seulement des obligations, mais des institutions, c’est-à-dire des organismes supranationaux dotés d’une autorité propre et indépendante. De tels organismes ne seront pas des comités de ministres, ou des comités composés de délégués des gouvernements associés. Au sein de ces organismes, ne s’affronteront pas des intérêts nationaux qu’il s’agirait d’arbitrer ou de concilier ; ces organismes sont au service d’une communauté supranationale ayant des objectifs et des intérêts distincts de ceux de chacune des nations associées. Les intérêts particuliers de ces nations se fusionnent dans l’intérêt commun, comme ceux des citoyens se confondent avec l’intérêt national. »

https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/robert-schuman-homme-de-paix-voulez-rire-jean-pierre-combe/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

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Désolé pour ceux qui sont réfractaires à une approche marxiste, mais l'article m'a paru intéressant à plus d'un titre, et rejoint factuellement un certain nombre de nos analyses sur les origines de la "construction européenne" et ses différents protagonistes, dont le sinistre Robert Shuman (analyses que vous trouverez bien sûr sur notre site upr.fr).   P.G.

 

 

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samedi 30 décembre 2017

«C'est ce que font tous les pays» : qu'ont donné les «lois travail» chez nos voisins européens ?

Le 27 décembre, des flocons de neige dans les cheveux, alors qu'il se trouvait sur son lieu de vacances, le président Emmanuel Macron a réagi à l'annonce d'un probable durcissement des sanctions envers les chômeurs, froidement accueilli par l'opposition, rappelant vouloir tenir ses promesses de campagne. Le président défend plus largement une réforme du chômage qu'il a qualifiée de «normale», parce que mise en place par d'autres pays européens.

ACT MACRON LOI TRAVAIL

De fait, Bruxelles, notamment via ses «lignes directrices pour l'emploi», incite les Etats membres à suivre un cap commun en flexibilisant leur marché du travail pour lutter contre le chômage. Le calcul proposé est simple : en rendant plus mobiles les salariés, les entreprises pourront recruter plus aisément. La réforme du code du travail en France en est le plus récent avatar.

Le «plein emploi» outre-Rhin et son revers de la médaille

L'Allemagne peut s'enorgueillir d'un taux de chômage en baisse constante. Une évolution des chiffres qui ne vient cependant pas seule : la libéralisation du marché du travail allemand a en effet engendré une explosion du nombre d'emplois précaires. Depuis 2005, année de fin du vote des lois de flexibilisation du travail connues comme «réformes Hartz», le nombre de personnes exerçant en Allemagne un emploi «atypique», qu'il s'agisse des fameux «jobs à 1€», de temps partiels non-voulus ou d'emplois très précaires, a augmenté de près d'un million : 7,6 millions d'Allemands sont aujourd'hui concernés.

© Eurostat via google
Evolution chômage - Allemagne

Outre la précarité des emplois, le taux de pauvreté outre-Rhin inquiète aujourd'hui à gauche comme à droite. Selon l’institut de statistiques Destatis, plus de 20% de la population de la première puissance économique européenne était menacée par le risque de pauvreté ou d’exclusion sociale en 2016, soit 16,1 millions de personnes.

Dans un rapport publié en 2017, c'est le Fonds monétaire international (FMI) lui-même qui donnait l'alerte : «Malgré un filet de sécurité sociale bien développé et une forte progression de l’emploi, le risque de pauvreté relative [en Allemagne] demande une attention continue», écrivait le FMI au neuvième point de son rapport. 

L'Espagne et les conseils de Bruxelles

Chômage de masse et déficit public ne respectent pas les critères de l'UE : alors que Bruxelles exige davantage d'efforts de la part de Madrid, l'Espagne s'efforce de répondre aux demandes formulées par la commission européenne. C'est dans ce cadre que, dès 2010, le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero lance des réformes choc du marché du travail : Madrid simplifie notamment les procédures de licenciement. Par la suite, Mariano Rajoy met également en place une réforme du code du travail dès son arrivée au pouvoir en 2012, assumant une certaine continuité avec celle de son prédécesseur.

© Eurostat via google
Evolution chômage - Espagne

Outre un impact direct mitigé sur les chiffres du chômage, ces réformes s'accompagnent d'une augmentation de la précarité. En juillet 2016 par exemple, 1,8 millions de contrats de travail sont signés : seulement 7% d’entre eux sont à durée indéterminée. Par ailleurs, l’Institut national des statistiques espagnol révèle en 2015 que 10,6% de la population n’est pas en mesure de chauffer correctement son domicile, contre 5,9% en 2008. Le phénomène des travailleurs pauvres touche le pays de plein fouet, alors que son taux de chômage reste l'un des plus élevés de l'UE.

Royaume-Uni : Cameron et les chômeurs

En 2012, le Royaume-Uni (encore membre de l'Union européenne) adopte le «Welfare Reform Act». Initiée par l'européen convaincu David Cameron, alors Premier ministre, cette réforme implique directement les chômeurs puisqu'elle réduit considérablement leurs allocations ainsi que le montant des aides sociales auxquelles ils peuvent prétendre. Objectif : pousser les chômeurs à retrouver du travail.

© Eurostat via google
Evolution chômage - Royaume-Uni

Si le chômage semble avoir diminué dans la période qui suit la réforme (voir le graphique ci-contre), là encore, des effets «secondaires» se sont fait sentir. On note par exemple une multiplication des contrats «zéro heure» avec lesquels les employeurs ne sont plus tenus de donner des heures de travail chaque semaine à leurs employés qu'ils peuvent conserver «en réserve» tant que besoin est. Ce type de contrat a ensuite été étendu au secteur public depuis le «Welfare Reform Act».

Par ailleurs, en juin 2016, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies tire la sonnette d’alarme : les politiques d’austérité successives en Grande-Bretagne auraient porté atteinte aux droits de l’Homme. En effet, cette lutte coûte que coûte contre le chômage n'est pas doublée d'une augmentation des salaires. Le Comité souligne que de nombreuses personnes exerçant pourtant un emploi ne parviennent plus à se loger.

L'Italie, bonne élève mais...

Entré en vigueur le 7 mars 2015, le «Jobs Act» de Matteo Renzi permet à l’Italie de se présenter en bonne élève de l'Union européenne après avoir enfin mis en place une réforme du code du travail «recommandée» depuis 2011 par Bruxelles. Face à la contestation de la rue, le gouvernement italien a maintenu le cap, promettant une embellie économique rapide grâce à l'assouplissement des règles régissant notamment l'embauche et le licenciement.

© Eurostat via google
Evolution chômage - Italie

La baisse du chômage qui a suivi cette réforme est sensible mais loin d'être spectaculaire. Alors que le chômage dépasse toujours les 11%, les économistes demeurent divisés quant à l'interprétation des chiffres, certains facteurs externes ayant pu jouer, comme par exemple la sortie de récession ou encore la stagnation de la population active en 2015. 

La création très contestée d'un CDI avec période d'essai de 3 ans, la suppression pendant 3 ans de toutes les charges sociales et la possibilité de licencier sans motif ont en revanche considérablement accru la précarité du travail. Là encore, la baisse du chômage ne semble pas s'être accompagnée d'une baisse de la pauvreté. Bien au contraire : en 2017, l'Istat (équivalent italien de l'Insee) révèle qu'en 2016 le taux de pauvreté absolue a triplé depuis 2006.

Dans la plupart des cas, la flexibilisation du marché du travail dans les grandes puissances économiques de l'Union européenne s'accompagne d'une recrudescence de la précarité. Loin de n'être qu'une coïncidence, ce phénomène constitue un risque bien connu de ce genre de politiques publiques que les dirigeants européens se gardent bien de mentionner lorsqu'ils s'en font les promoteurs. Quant à Emmanuel Macron, il promet que sa réforme montrera ses effets d'ici 18 à 24 mois et assure qu'elle permettra une meilleure protection sociale des salariés.

https://francais.rt.com/economie/46898-cest-que-font-tous-pays-chomage-loi-travail

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Sebastian Kurz contre Soros : décryptage d’une fausse rumeur

Depuis les dernières élections législatives en Autriche qui ont vu la victoire du parti chrétien-démocrate (ÖVP) et de son jeune leader Sebastian Kurz, de nombreux sites ont repris en boucle l’information suivante : « Sebastian Kurz a informé le milliardaire mondialiste George Soros que sa fondation Open Society avait 28 jours pour cesser son activité en Autriche. » Annonce ainsi commentée par le site d’information catholique Médias-Presse-Info (proche de Civitas) : « Après la Hongrie, l’Autriche prend le chemin du grand nettoyage. »

TL SOROS KURZ FAKE NEWS

Propagation de la fausse rumeur

Une information reprise de manière convergente par le site laïc Résistance Républicaine, qui utilise quant à lui le conditionnel tout en citant des déclarations supposées du prochain chancelier autrichien. L’annonce de cette confrontation sera ensuite reprise en cascade sur de nombreux sites francophones et étrangers : depuis le fantasque MetaTv (article supprimé depuis, encore accessible via le cache de Google) jusqu’au très sérieux quotidien italien Il Giornale ainsi que par une foule de sites anglophones. Des vidéos étant réalisées par certains, dont quelques-unes ont déjà recueilli un nombre significatif de vues.

Cette information sur Kurz et Soros est en fait complètement fausse. En remontant vers l’origine de ces allégations, on tombe sur un article unique qui cite de prétendues déclarations de Sebastian Kurz ; déclarations dont on ne trouve aucune source dans l’article en question ni nul part ailleurs sur le web. Parmi les déclarations relatées on peut citer :

« La situation est devenue critique (…) Soros jette tous ses moyens dans sa poussée pour un contrôle global. La désinformation et la manipulation des médias ont déjà augmenté de façon exponentielle du jour au lendemain. Nous n’avons pas de place pour la complaisance. » (resistancerepublicaine.eu)

Ou encore :

« Le spectre de George Soros est le plus grand défi auquel l’humanité sera confrontée en 2017. Il est comme un grand calamar vampire enroulé autour du visage de l’humanité, enfonçant sans relâche son entonnoir dans tout ce qui sent l’argent ; utilisant cet argent pour corrompre les politiciens, les journalistes et le secteur public, et tenter de créer le monde à son image » (money.it)

La seule lecture de ces déclarations révèle immédiatement le côté irréaliste et grotesque de celles-ci, surtout prononcées par un ministre des affaires étrangères prochainement chancelier d’Autriche ! L’article poursuivant dans la même veine :

« Kurz, est un “truther” autoproclamé qui se dit avoir été éveillé (NDA : en anglais” red-pilled” en référence au film Matrix) par le film” Loose Change” sur les attentats du 11 septembre. Kurz affirme avoir pleinement compris l’agenda de Soros et déclare : “en aucune façon mon pays ne sera sa cinquième victime”. (money.it)

L’auteur de l’article – qui s’est visiblement bien amusé – prêtant enfin au futur chancelier une dernière citation bravache :

« Le peuple autrichien a rejeté le Nouvel Ordre Mondial, et c’est mon devoir et mon privilège de maintenir sa volonté. » (money.it)

Nous sommes ici confrontés à l’exemple type d’une fausse information relayée en cascade et non vérifiée aux multiples étapes de sa diffusion.

Kurz lié à Soros ?

Le plus étonnant dans cette histoire étant que Sebastian Kurz fait partie, ou bien a fait partie, de l’ECFR, un think tank influent lié à George Soros et à l’Open Society Foundations.

Citons ici un dossier publié sur le site geopolitica.ru intitulé : « quels liens unissent Sebastian Kurz et les réseaux Soros ? » Un article qui met en lumière le rôle des réseaux Soros au sein de l’ECFR :

« Le futur plus jeune chef d’État du monde appartient en fait à l’ECFR : European Council on Foreign Relations. Un think-tank européiste de haut niveau, fondé sous l’impulsion de George Soros lui-même et financé en grande partie par l’Open Society Foundation. Une information confirmée par la simple lecture du portail internet de l’ECFR où l’on retrouve son nom parmi la liste des membres autrichiens :
 http://www.ecfr.eu/council#austria – Sebastian Kurz – Federal Minister for Europe, Integration and Foreign Affairs ».

Un article de Jean Quatremer paru sur son blogue en octobre 2007, intitulé « Soros milite pour une politique étrangère européenne » expliquait ainsi les origines de l’ECFR :

« Le richissime financier américain d’origine hongroise, George Soros, estime nécessaire que l’Union européenne devienne un acteur de poids sur la scène mondiale (…) Il parraine donc le lancement, aujourd’hui, d’un “think tank” paneuropéen qui est aussi un lobby dont le but est de contribuer à créer une politique étrangère véritablement commune : le” European Council on Foreign Relations” (ECFR) »

Toujours sur geopolitica.ru :

« Parmi les membres de l’EFCR on retrouve aussi Wolfgang Schüssel, ancien chancelier fédéral d’Autriche, qui lui aussi avait réalisé en 1999 une entente gouvernementale entre libéraux conservateurs et populistes. Populistes dirigés à l’époque par le célèbre Jörg Haider. Une alliance qui avait fait grand bruit et avait entraîné une campagne médiatique massive contre l’Autriche. »

Le dossier de geopolitica.ru expliquant par ailleurs avec nuance :

« Mais il ne s’agit pas de tomber dans l’excès inverse et d’imaginer Sebastian Kurz comme un simple pion de George Soros, ceci dans une vision complotiste de la politique. En tant que ministre d’un gouvernement européen, il est assez logique que Sebastian Kurz participe de think-tanks d’importance comme l’ECFR. Pour autant, il est aussi crucial de rappeler le rôle central que jouent les réseaux Soros au sein de l’ECFR et plus encore le rôle que joue ce think-tank dans la politique européenne actuelle, notamment en matière d’immigration massive et imposée. »

Il est en fait assez troublant de constater que la nouvelle présentant Sebastian Kurz comme un opposant virulent de George Soros ne correspond pas du tout à la nature des liens qui unissent le futur chancelier à l’un des think tanks européistes les plus puissants de l’Union Européenne et par ailleurs proche de l’Open Society de Soros, ceci n’impliquant pas – excès inverse – que Kurz soit un obligé de Soros aux moyens quasi illimités.

Afin de comprendre le processus d’intoxication qui a eu lieu autour de cette nouvelle, il est intéressant de se pencher plus avant sur la source de ces rumeurs.

En remontant le fil de diffusion de cette véritable « fake news », on arrive à une source unique. Il s’agit d’un article écrit par un certain Dmitry Baxter publié sur le site yournewswire.com. Dmitry Baxter est l’un des principaux rédacteurs de yournewswire.com. Avec une page Facebook suivie par plus de 80 000 personnes, il s’agirait en fait d’un faux compte utilisé comme avatar par Sean Adl-Tabatabai, le propriétaire et rédacteur en chef de yournewswire.com.

yournewswire.com : l’artillerie lourde des « fake news »

yournewswire.com est un site spécialisé dans les effets d’annonce et les titres complotistes racoleurs. Avec des accroches telles que : « George Soros orchestre un plan dévastateur pour tuer 100 000 Haïtiens » ou encore « Trump mobilise les troupes américaines pour contrer une attaque chinoise de style “Pearl Harbor” sur la Californie », yournewswire.com navigue en fait entre le site « clikbait », la provocation ou le second degré et la dissidence médiatique. Un mélange des genres qui le rend difficile à classer tant le vrai se mêle au faux dans la production de masse d’informations « alternatives » que cherchent à diffuser yournewswire.com, dont le titre signifie : « votre fil de nouvelles ».

Il est à l’origine de nombreuses nouvelles non sourcées, telle celle affirmant que la Reine d’Angleterre aurait menacé d’abdiquer si le Royaume-Uni votait contre le Brexit. Le bobard ayant été partagé plus de 23 000 fois sur Facebook.

yournewswire.com est souvent présenté par les médias mainstream anglophones comme un site proche de l’Alt-Right américaine. Il est aussi régulièrement pointé du doigt comme un possible outil de la guerre proxy utilisé par la Russie dans le cadre de la nouvelle guerre froide médiatique en cours. C’est la version qu’en donnent des médias libéraux (au sens américain) tels que motherjones.com, un site pour le coup réellement lié à George Soros.

Dans un article consacré à yournewswire, le Times développait à son tour cette idée plus en détails :

« Joel Harding, un ancien officier de renseignement américain et expert en propagande au Kremlin, a déclaré que YourNewsWire.com est “utilisé par les Russes comme un site proxy pour répandre la désinformation, que son propriétaire soit au courant ou non”. YourNewsWire.com est l’un des plus grands, a déclaré Harding. “Il est prolifique. Il est vraiment très bon, en ce sens qu’il produit beaucoup d’histoires à gros volume qui sont en fait reprises par beaucoup d’autres, citées et référencées”. »

Selon cette logique, yournewswire.com a aussi été mis sur liste noire par un certain nombre d’organismes de contrôle des médias, comme par exemple le service diplomatique de l’Union européenne : l’EEAS – European External Action Service – organisme chargé des affaires extérieures et des relations publiques de l’union européenne. L’EEAS considérant que yournewswire publie des : « fausses nouvelles médiatiques soutenant la politique de la Russie ».

Début 2017, Google bannissait yournewswire.com de sa plateforme publicitaire. Le site rejoignant plus de 200 autres éditeurs interdits de recevoir des revenus publicitaires par Google.

Ce qui est certain, c’est que cette « théorie du complot russe » émane de médias et d’instances dirigeantes d’Occident préoccupées par l’érosion médiatique que connait la dominance cognitive américaine avec l’émergence d’acteurs géopolitiques non-alignés sachant utiliser l’arme de l’infoguerre à leur tour. Sean Adl-Tabatabai, le fondateur et propriétaire de yournewswire.com, infirmant de son côté complètement cette version et déclarant son site complètement indépendant de la Russie.

Sean Adl-Tabatabai, un curieux « conservateur »

Issu de milieux modestes, Sean Adl-Tabatabai a d’abord travaillé comme producteur de télévision pour la BBC et MTV avant de prendre la direction du site de David Icke, un ancien présentateur sportif de la BBC célèbre pour avoir diffusé massivement la théorie du complot reptilien. David Icke est à l’origine de l’idée délirante que le monde serait en fait secrètement dirigé par des reptiles extraterrestres déguisés en humains. David Icke ne faisant que reprendre certains archétypes de la culture populaire américaine contemporaine, telles qu’on a pu les voir dans la célèbre série télévisée « V » ou dans le film visionnaire « Invasion Los-Angeles » de John Carpenter. John Carpenter qui utilisait alors le complot extra-terrestre comme une métaphore de l’élite mondialiste et non de manière littérale. Arriviste et malin, David Icke reprendra à son compte de nombreux autres topos de la science-fiction comme Matrix mais aussi des conceptions de type new age ou issues de l’occultisme de bas-étage, produisant ainsi toute une littérature anxiogène pour les esprits en perte de repères face à l’avènement de la société liquide globalisée.

Le fondateur de yournewswire.com semble donc directement issu de cette complosphère-spectacle. Mais pas seulement, Sean Adl-Tabatabai s’est d’abord fait connaître comme l’un des premiers homosexuels à se marier au Royaume-Uni, posant complaisamment avec son compagnon. La propre mère de Sean Adl-Tabatabai, « experte en médecine holistique », participe aussi de l’aventure, étant l’une des principales rédactrices avec des milliers d’articles à son nom.

Un profil qui ne correspond pas vraiment à celui de l’activiste de l’Alt-Right tel que l’on se le représente habituellement ni même de celui de l’animateur vedette d’un nouveau konservintern anti-globaliste.

Tout indique dans l’origine et l’historique de Sean Adl-Tabatabai un possible montage médiatique visant à intoxiquer internet, mais dans quel but ? S’agit-il réellement d’un outil utilisé par la Russie ? Quel intérêt peut bien avoir la Russie à diffuser ainsi un tel brouillage médiatique alors qu’elle démolit plus surement la domination cognitive américaine par des outils plus conventionnels tels que Russia Today ou Sputnik et surtout par la foule de sites et de blogs pro-russes tels le Saker : outils d’un soft-power proliférant et asymétrique bien plus efficace dans la guerre mondiale de l’information contemporaine.

On pourrait dès lors imaginer le scénario inverse : yournewswire.com pourrait être issue d’officines chargées de diffuser un discours absurde et de mêler le vrai au faux afin de discréditer la réinformation sérieuse et sourcée. À l’image de l’ancien patron de Sean Adl-Tabatabai : David Icke. Icke qui discréditera pendant des années l’anti-globalisme conséquent de chercheurs reconnus par ses conceptions délirantes sur un complot d’hommes reptiles extra-terrestres. Les médias dominants pouvant alors recourir facilement à l’amalgame entre un discours quasi psychiatrique avec un véritable travail d’enquête sur des thématiques controversées.

Ou bien Sean Adl-Tabatabai et ses proches sont-ils simplement de malins arrivistes qui ont compris certaines tendances du moment et qui savent les exploiter pour de pures raisons financières en surfant sur la confusion généralisée des esprits ?

Toujours est-il que le plus problématique reste la reprise trop rapide de cette « fake news » sans aucun contrôle de la part des médias qui ont relayé cette rumeur. À l’heure du bombardement ininterrompu d’informations quotidiennes et de brèves via les réseaux sociaux, on ne saurait trop mettre en garde les acteurs professionnels ou bénévoles des médias – les officiels comme ceux de la réinfosphère – de toujours garder présent à l’esprit le critère premier de toute recherche d’information : la vérification des sources. Dans tous les domaines : historique, médiatique, médical ou autre, plus que jamais, le critère axial de la recherche d’information reste la vérification et la multiplicité des sources. Dans le tourbillon contemporain d’informations, ce critère est le seul gage d’une information/réinformation sérieuse et professionnelle.

Entre les médias de masse subventionnés et la complosphère délirante, il existe une troisième voie : celle de l’enquête sérieuse et sourcée. C’est celle de l’Observatoire du Journalisme.

« In medio stat virtus » disaient les anciens romains…

https://www.ojim.fr/kurz-soros-fake-news/?utm_source=Newsletter&utm_campaign=3f12af8472-mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_ca15a58a97-3f12af8472-71509009

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.[RussEurope en Exil] Le BREXIT, les médias et un sondage

Depuis plusieurs semaines une petite musique, diffusée par des chaînes de télévision (France2, TF1, etc…) insinue que les britanniques regretteraient leur choix de juin 2016 et que le BREXIT n’aurait plus la côte outre-manche.

TL SAPIR BREXIT

Un bon exemple de cela est le sujet diffusé dans le journal de France2 le 22 décembre dernier[1]. On a tendance à se dire qu’une chaîne publique, comme France2 ne va pas nous mentir. Cela se saurait, non ? C’était comme Colin Powell brandissant les « preuves » des armes de destruction massive détenues par Saddam Hussein en Conseil de Sécurité de l’ONU[2]. Un Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, cela ne ment pas, ou au mieux par omission…Bon, là, c’est loupé, car ces armes, nul ne les a trouvé et Colin Powell lui-même, dans une interview donnée à la chaîne ABC a reconnu que son discours devant le Conseil de Sécurité resterait comme une « tache » en raisons des mensonges qu’il avait été obligé de dire[3]. Colin Powell avait une excuse : il avait lu un texte préparé par le secrétariat du Vice-Président, le sinistre Dick Cheney. Seulement, sur la question du BREXIT, France2 n’a aucune excuse. Explications.

Les résultats du sondage YouGov

Un sondage réalisé par l’institut YouGov du 13 au 19 décembre, et portant sur 1692 personnes au Royaume-Uni[4], montre que 48 % des personnes interrogées sont en faveur du BREXIT et seulement 39 % lui sont opposées (avec 13% d’indécis ou de sans opinion). En fait, les opinions de 7 pays, dont 6 de l’Union européenne, ont été sondées (Royaume-Uni, Allemagne, France, Danemark, Suède, Finlande et Norvège). La comparaison de ces opinions est intéressante :

Tableau 1

Données en pourcentage

Vous préférez que le Royaume-Uni            
  Royaume-Uni Allemagne France Danemark Suède Finlande Norvège
Reste dans l’UE 39 55 37 62 59 54 37
Quite l’UE 48 21 36 15 18 23 34
Ne sait pas 13 24 27 23 23 23 29
                           

Source : https://d25d2506sfb94s.cloudfront.net/cumulus_uploads/document/xnnrrb0gi9/Euro track_December.pdf , p.3.

On constate que la France est le seul pays de l’UE a avoir une attitude relativement équilibrée sur le BREXIT. Les 4 autres pays de l’UE sont contre, et la Norvège, qui ne fait pas partie de l’UE, a une attitude relativement proche de la France.

Mais, c’est bien entendu le cas du Royaume-Uni qui nous importe ici. Avec un écart de 9 points, les partisans du BREXIT sont toujours largement en tête. Rappelons, cependant, que ces résultats ne sont que ceux d’un sondage, et qu’il n’y a pas eu de campagne. On ne peut en déduire mécaniquement le sens d’un vote, si par hasard on voulait forcer les britanniques à revoter.

Il reste que la nature de ce BREXIT est aussi un sujet important. Et de ce point de vue, le même sondage YouGov donne des résultats intéressants :

Tableau 2

Résultats en %

Si vous aviez à choisir préfèreriez vous que le Royaume-Uni quitte l’UE      
  Royaume-Uni Allemagne France Danemark Suède Finlande Norvège
Immédiatement

30

18 22 12 14 12 17
Après des négociations complètes 54 60 52 66 60 66 53
Ne sait pas 16 22 26 22 25 22 31

Source : Idem tableau 1

Une majorité se prononce pour un BREXIT « dans les règles » : mais, au Royaume-Uni, la proportion de ceux qui pensent que ces règles ne doivent pas être respectées et que le pays doit quitter l’UE immédiatement est particulièrement élevée, avec près d’un tiers des réponses.

Une opinion défavorable du fédéralisme européen

On peut alors interpréter ces résultats comme traduisant un certain euroscepticisme en France (et en Norvège). Mais, en fait, la question est bien plus complexe. Les pays d’Europe du Nord qui sont ceux qui désirent le plus que le Royaume-Uni reste dans l’UE sont aussi ceux qui sont le plus opposés à l’idée d’une Europe fédérale. En fait le « regret » par rapport au fait que le Royaume-Uni quitte l’UE semble bien traduire le fait que ces pays craignent de perdre un allié qui, lui aussi, refuserait la marche vers l’Europe fédérale.

Tableau 3

Résultats en %

Êtes-vous d’accord avec la proposition de M. Schulz pour transformer l’UE en des Etats-Unis d’Europe?    
  Royaume-Uni Allemagne France Danemark Suède Finlande Norvège
Oui 10 30 28 12 12 13 12

Non

43

33

26

48

48

56

55

Ni oui, ni non 18 21 27 15 13 11 12
Ne savent pas 28 17 19 24 27 20 20

Source : Idem tableau 1, p. 2.

En fait, à l’exception de la France et de l’Allemagne, les trois autres pays de l’Europe du Nord (et bien évidemment la Grande-Bretagne) sont fortement opposés à l’idée d’une transformation de l’Union européenne en des « Etats-Unis d’Europe ». En fait, on peut se demander si ce projet, qui est une partie importante de l’imaginaire de Bruxelles et des institutions européennes, n’a pas joué un rôle au moins aussi important que la question de l’immigration dans le vote britannique en faveur du BREXIT. Quoi qu’il en soit, et connaissant par ailleurs les positions des pays de l’Europe Centrale et Danubienne (Pologne, Hongrie, Slovaquie, République tchèque et maintenant Autriche), on peut penser que les opposants à ce projet d’Europe fédérale sont largement majoritaires. C’est un fait que notre Président de la République, M. Emmanuel Macron, ferait bien de prendre en compte et le plus rapidement possible.

Les Médias et le BREXIT

Il faut maintenant revenir sur la manière dont les médias comme France2 ou TF1 traitent le BREXIT. Ce sondage ayant eu lieu du 13 au 19 décembre, il était peut-être déjà connu quand France2 a fait son sujet, outrageusement orienté « anti-BREXIT » le 22 décembre. A tout le moins, on aurait pu s’attendre, dans une chaîne normalement « pluraliste » à ce que ce sondage bénéficie de la même couverture dans un journal suivant. Il n’en a rien été, et cela porte condamnation des méthodes de traitement et de présentation de l’information dans ces médias.

Dans le numéro 1 du Lab Eco sur RT France[5], Jean-Marc Sylvestre et moi-même n’avions pas connaissance de ce sondage quand l’émission fut tournée le 5 décembre. Rappelons qu’elle fut diffusée le lundi 18 décembre à 20h30. Il est clair que si nous en avions eu connaissance, nous l’aurions discuté et analysé.

Le « loupé » de France2 attire néanmoins l’attention sur la nécessité de faire des émissions pluralistes et qui ne soient pas à charge, sur un sujet ou sur un autre. C’est ce à quoi nous nous efforçons, et nous nous efforcerons avec Jean-Marc Sylvestre, n’en déplaise aux grincheux et aux jaloux[6], si prompt à parler de « propagande » quand il s’agit des autres et si satisfaits d’eux-mêmes…

Jacques Sapir

[1] https://mobile.francetvinfo.fr/monde/europe/la-grande-bretagne-et-l-ue/brexit-un-an-apres-le-doute-s-installe-chez-les-britanniques_2527547.html

[2] http://www.heraldtribune.com/news/20030605/bush-team-didnt-level-with-us

[3] Voir http://abcnews.go.com/2020/Politics/story?id=1105979&page=1

[4] https://d25d2506sfb94s.cloudfront.net/cumulus_uploads/document/xnnrrb0gi9/Euro track_December.pdf Sondage réalisé sur : 1692 adultes britanniques, 2032 adultes allemands, 1002 adultes français, 1018 adultes danois, 1018 adultes suédois, 974 adultes finlandais, 402 adultes norvégiens

[5] Voir l’émission à https://francais.rt.com/economie/46732-emission-ton-plus-libre-sylvestre-sapir-bousculent-economie-rt-france

[6] Voir https://francais.rt.com/france/46726-appel-interdire-chaine-rt-france-provoque-vive-levee-boucliers

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-le-brexit-les-medias-et-un-sondage/

 

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vendredi 29 décembre 2017

Brexit : Fin de première manche

Entre le décès de Jean d’Ormesson et celui de Johny Halliday dans la même semaine, les cérémonies commémoratives1 diffusées ad nauseam sur les chaînes d’abrutissement en continu, les médias ne réservent que la portion congrue à la fin de la première partie des négociations entre le Royaume-Uni et les Vingt-Sept (représentés par la commission européenne) consacrées à la mise en œuvre concrète du « Brexit » (référendum du 23 juin 2016) conclue le 8 décembre 2017.

TL BREXIT

Négociation inédite s’agissant du départ d’un des membres de l’Union européenne, hypothèse qui paraissant invraisemblable il y a quelques années encore pour la bienpensance intellectuelle ! Une fois l’effet de sidération passé, il a bien fallu se rendre à l’évidence. La communauté réduite aux acquêts devait être traduite en procédure de divorce entre l’Ile et le continent2. Comme souvent dans la pratique des relations internationales, il existe deux niveaux d’analyse d’un évènement qui nous est présenté à travers quelques extraits choisis de Jean-Claude Juncker (le président de la commission européenne), Donald Tusk (le président du conseil européen) et de Theresa May (le premier ministre britannique). La fin de première partie de négociation au long cours (plus d’un an pour débroussailler le terrain) sur le « Brexit ». n’échappe pas à la règle3. Nous pouvons distinguer un niveau médiatique et un niveau diplomatique.

LE NIVEAU MÉDIATIQUE : L’EUROPE EN NOIR ET BLANC

Portés par les éléments de langage (E.D.L.) et la pensée rapide (le prêt à penser), les médias ont tôt fait de tirer des conclusions hâtives et manichéennes de cette première phase de la négociation comme si la vie internationale était manichéenne : les bons et les méchants, les gagnants et les perdants, la morale et l’immoralité… Comme dans un combat de boxe, l’Union européenne est déclarée vainqueur de la première manche par K.O. de la Perfide Albion4. Comment pourrait-il en être autrement avec l’as de la négociation diplomatique qui a pour nom, Michel Barnier (« qui a jusqu’ici réalisé un sans-faute et dont l’expertise et la maîtrise de la diplomatie ont été précieuses… ») ? Malgré ses esquives permanentes, son alter ego britannique, David Davis n’a rien vu venir. Il est encore groggy dans les cordes sonné par les coups des Vingt-Sept. Il a dû faire sienne toutes les exigences du continent. Et tous les médias de faire chorus pour reprendre les trois points principaux de l’accord (il comporte quinze pages qu’aucun de nos perroquets à carte de presse n’a pris le temps de lire) : montant de la facture du divorce (50 milliards d’euros), statut des ressortissants européens au Royaume-Uni (protégés par la Cour de Justice de l’Union européenne), statut de l’Irlande (pas de rétablissement des frontières entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord). Nous pouvons dormir sur nos deux oreilles tant les Britanniques ont dû aller à Canossa et arrivent en position de faiblesse pour aborder la deuxième phase de la négociation portant sur les relations futures entre Londres et les Vingt-Sept rescapés5.

LE NIVEAU DIPLOMATIQUE : L’EUROPE EN DEMI-TEINTE

Comme souvent dans les relations internationales, pour celui qui dispose d’un minimum de pratique de la diplomatie multilatérale, les choses se présentent rarement de manière aussi tranchée que l’on veut bien le prétendre. Même s’il s’agit d’une vérité d’évidence, rien n’est définitivement agréé tant que tout n’est pas agréé (le fameux rien n’est décidé avant que tout soit décidé que connaissent bien les diplomates). La négociation sur le « Brexit » constitue un tout et il est hasardeux de pouvoir la saucissonner artificiellement. La découpe en phases est un artifice théorique destiné à en faciliter l’approche mais ne correspond qu’approximativement à la réalité. À ce jour, la conclusion de la première phase doit être appréhendée comme le signe d’une volonté politique des négociateurs de démontrer que la négociation avance et ne fait pas du surplace. Ni plus, ni moins. Car, si nous entrons plus avant dans le détail de l’accord du 8 décembre 2017, la victoire des Vingt-Sept est moins écrasante qu’il n’y paraît tant elle est l’archétype de l’application de la théorie de « l’ambiguïté constructive »6. Bien connue des négociateurs chevronnés, elle consiste à masquer des désaccords substantiels derrière des formules vagues, évasives permettant de s’accorder et de botter en touche (renvoyer au lendemain le traitement des différends). La ficelle est grosse mais elle est aussi vieille que le monde. De quoi s’agit-il dans le cas d’espèce ? Pour ce qui est des 50 milliards d’euros que Londres doit à Bruxelles, à y regarder de plus près, le montant n’a pas encore été arrêté de manière aussi précise. Ce pourrait être 40 ou 45 milliards d’euros. Diantre. Pour ce qui est de la protection des ressortissants européens au Royaume-Uni par la CJUE, elle ne vaudra que pour huit ans, sera facultative et n’empêchera pas une intervention des tribunaux britanniques. Quant à l’Irlande rien n’est réglé – il est vrai que le problème est d’une rare complexité -, nous apprenons que l’accord conclu le 8 décembre 2018 formule deux promesses contradictoires : changer et rien changer au statu quo actuel. Bravo les artistes ! Comme le déclare Donald Tusk : « il reste moins d’un an pour négocier un arrangement transitoire et le cadre de nos futures relations ». En termes peu diplomatiques, cela signifie que nous ne sommes pas sortis de l’auberge tant les questions pendantes sont multiples et complexes. Le plus dur reste à faire en une petite année, jusqu’au mois de mars 2019 pour conclure la négociation. À titre de comparaison, l’accord sur le nucléaire entre l’Iran et les cinq – plus limité et plus simple – a été négocié sur une période de treize ans. On comprend mieux ainsi pourquoi les rodomontades de nos journalistes incultes n’étaient que des farces. Dans la diplomatie, chevaucher des chimères ne conduit nulle part, au mieux, mais plus souvent dans le mur, au pire. L’histoire des négociations diplomatiques des dernières décennies nous apprend pourtant une chose : il ne faut pas sous-estimer les Britanniques.

L’accord du 8 décembre 2017 est un excellent texte au sens où l’entendait François Mitterrand lorsqu’il déclarait en 1989 : « C’est un excellent texte, car il exprime les arrière-pensées de tout le monde ». Surtout lorsqu’il s’agit des Britanniques. Tout reste encore à faire. Comme cela était largement prévisible, Theresa May a fait au mieux, dans le contexte actuel, pour défendre les intérêts de la Couronne. Comme le soulignait justement Winston Churchill : « Les Anglais ne fixent jamais une limite sans l’estomper ». Négocier est un métier, pas une posture. Cela s’appelle précisément la diplomatie, et il semblerait que nos dirigeants en manquent fichtrement. Avant de passer à la deuxième phase de la négociation, ils devraient profiter de la trêve des confiseurs pour méditer cette réflexion d’un ambassadeur de France dignitaire, l’un des meilleurs de sa génération, Gabriel Robin : « Hors de cette réalité, il n’y a que des mots et si les mots à eux seuls peuvent suffire à masquer une contradiction, il est vain de leur demander de la surmonter ».



1 Patrick Garcia, L’inflation des hommages aux grandes figures de la nation, Le Monde, 10-11 décembre 2017, p. 23.
2 Cécile Ducourtieux, Brexit : accord sur les préalables au divorce. Fin du premier acte, Le Monde, 9 décembre 2017, pp. 1-2.
3 Jean-Jacques Mével, Brexit : Londres et Bruxelles ont fixé les termes du divorce, Le Figaro, 9-10 décembre 2017, p. 7.
4 Éditorial, Brexit : avantage Bruxelles, Le Monde, 10-11 décembre 2017, p. 26.
5 Marion L’Hour, Boris Johnson, le ministre cauchemar de Theresa May, www.mediapart.fr , 9 décembre 2017.
6 Philippe Bernard, Brexit : un accord mais des ambiguïtés, Le Monde, 10-11 décembre 2017, p. 5.

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat

https://www.les-crises.fr/brexit-fin-de-premiere-manche-par-guillaume-berlat/

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jeudi 28 décembre 2017

UNE RÉVOLUTION SÉMANTIQUE : LE SURSAUT DE L’EUROPE

Les médias sont en manque de superlatifs pour caractériser cette dernière opération bruxelloise1. 23 États membres de l’Union européenne annoncent le 13 novembre 2017 leur accord sur une « coopération militaire renforcée ».

ACT UE DEFENSE US

Il s’agit des 27 sans l’Irlande (neutre), le Danemark (dispensé), le Portugal, Malte et le Royaume-Uni (pour cause de « Brexit »). Il s’agit d’un premier pas en direction d’une défense émancipée avec des projets d’équipement communs, des enveloppes militaires mutualisées et, à terme, peut-être si Dieu le veut, des déploiements de troupes conjoints. On nous explique également, qu’en période de fortes contraintes budgétaires, la dépense commune gagnerait en efficacité. La raison principale de ce coup de pouce donné à la défense européenne, tiendrait, selon la ministre allemande de la Défense (expédiant les affaires courantes), Ursula von der Leyen, aux foucades de Donald Trump, à son imprévisibilité, à son manque d’intérêt pour le machin otanien. Désormais, les Européens prendront leur destin militaire en main, en toute indépendance par rapport au grand frère américain2. La raison secondaire serait de se prémunir contre l’ours russe après son invasion de la Crimée mais aussi après toutes ses interventions intolérables dans les élections américaines, dans les référendums sur le « Brexit » et sur l’indépendance de la Catalogne. L’Europe se paierait de la sorte une assurance tout risque. Cette coopération renforcée pourrait déboucher sur la mise en place d’une plate-forme logistique opérationnelle, voire d’un quartier général pour les unités de combat de l’Union européenne. Plus raisonnablement, il s’agit de réaliser des économies d’échelle en termes de recherche et de développement et d’industrie de défense sur des projets concrets (50) alors que les budgets nationaux sont de plus en plus contraints3. La très charmante Federica Mogherini, Ersatz de ministre européenne des Affaires étrangères ne ménage pas sa peine en déclarant : « nous vivons un moment historique pour la défense européenne ». Un de plus, pourrait-on ajouter. Il nous semblait que, depuis le traité de Lisbonne (2009) qui célébrera bientôt son dixième anniversaire l’Union européenne disposait d’une politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Mais, nous avions dû rêver. Ceci n’était que de la posture !

UNE CONSTATATION OPÉRATIONNELLE : LA SURVIE DE L’OTAN

Pour ceux qui ne l’auraient pas compris, les exégètes de cet opus magnum se hâtent de préciser qu’il ne s’agit pas de créer une défense européenne ou de supplanter la sécurité collective organisée par l’OTAN. Face à la Russie, les observateurs avertis notent que les pays d’Europe orientale continuent d’afficher leur préférence pour la garantie de l’Alliance atlantique. Le projet est encore très éloigné de la vision française d’un petit groupe de pays rodés aux opérations militaires qui constituent le noyau dur et que les autres rejoindraient au fil du temps. Sans parler des projets à échéance de dix ans présentés par Emmanuel Macron dans son discours de la Sorbonne (26 septembre 2017) : force commune d’intervention, budget de défense commun et doctrine commune4. Tout ceci est renvoyé aux calendes grecques. Manifestement, les Européens restent encore, pour une durée indéterminée, sous tutelle de l’Oncle Sam. Les ministres de la Défense se réunissent régulièrement et collectivement à Evere pour pratiquer la liturgie otanienne et vont individuellement faire leurs dévotions au Pentagone. Cela ne changera pas encore malgré la grande décision du 13 novembre 2017. Au mieux, le « soft », c’est pour l’Europe, le « hard », c’est pour les Américains. Car, au-delà de la conception de la défense, un problème plus technique mais plus politique se pose à travers le concept d’interopérabilité. Pour être plus efficaces, parlons la même langue (l’anglais), achetons les mêmes matériels et les mêmes munitions (américaines), adoptons les mêmes manières de conduire la guerre (à l’américaine5)… Le Pentagone n’a aucune raison de voir les choses évoluer dans le sens d’une plus grande intégration militaire européenne au risque de perdre tous ses avantages industriels. La volonté européenne – si tant est qu’elle existe – se heurte à la réalité d’une Alliance dominatrice qui étend sa toile jusqu’aux confins russes. Au mieux, les États-Unis consentiraient à la mise en place d’une annexe européenne de l’OTAN (le fameux pilier européen qui n’a jamais existé) baptisée « défense européenne » pour tromper le gogo et augmenter la note payée par l’Union européenne (revendication chère à Donald Trump)6.

Avec la construction européenne, il n’y a souvent qu’un pas entre la réalité concrète que ressentent les citoyens et les chimères que chevauchent les dirigeants à coups de superbes photos de famille et de déclarations dithyrambiques. En un mot, il arrive régulièrement que l’on veuille nous faire prendre des vessies pour des lanternes en ces temps de « fake news » et autres informations bidon qui déferlent sur la toile mais aussi sur les médias « mainstream », sorte de Pravda des pays occidentaux (Cf. la vaste blague de l’adoption d’une liste des paradis fiscaux qui ne comporte pas les principaux pays concernés7). Quand on parle de « sécurité collective », qui reste du seul ressort de l’OTAN, de quoi parle-t-on en réalité ? De la vision coercitive de la sécurité collective (Cf. les guerres américaines en Afghanistan, en Irak, en Syrie…) ou de la vision coopérative de cette même sécurité collective, version gaullienne traditionnelle (Cf. le discours de Dominique de Villepin à l’ONU de 2003) ? La question est taboue. Reste à savoir si l’objectif des 23 est véritablement de défendre l’Europe ou, plus prosaïquement, de continuer ne variatur à défendre l’OTAN ?



1 Jean-Jacques Mével, 23 pays européens se lancent dans une coopération militaire inédite, Le Figaro, 14 novembre 2017, pp. 6-7.
2 Nicolas Baverez, Bilan de Trump : « China First », « America out », Le Figaro, 20 novembre 2017, p. 25.
3 La Cour des comptes bombarde la défense, Le Canard enchaîné, 29 novembre 2017, p. 2.
4 Guillaume Berlat, Jupiter se mue en Atlas, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 octobre 2017.
5 Jack Dion, Les victimes oubliées des bombardements en Irak et en Syrie, Marianne, 24-30 novembre 2017, p. 9.
6 Jack Dion, Le salut de l’OTAN, Marianne, 17-23 novembre 2017, p. 9.
7 Cécile Ducourtieux/Anne Michel, Bruxelles : la liste des paradis fiscaux déjà critiquée, Le Monde, 7 décembre 2017, p. 3.
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Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 08-12-2017

https://www.les-crises.fr/defendre-leurope-ou-defendre-lotan-par-guillaume-berlat/

dimanche 24 décembre 2017

Autriche: trois ministères régaliens pour l'extrême droite, pas de référendum sur l'UE

Le nouveau gouvernement autrichien formé par la droite et l'extrême droite, entrée en force avec trois ministères régaliens, a confirmé son "engagement européen" et exclu tout référendum sur une éventuelle sortie de l'UE, tout en revendiquant davantage de marge de manoeuvre pour les Etats membres.

ACT AUTRICHE ELECTIONS

La nouvelle majorité a "un engagement européen clair, avec l'objectif de renforcer la subsidiarité" au sein de l'Union européenne, a déclaré samedi le futur chancelier conservateur Sebastian Kurz (ÖVP), qui prendra ses fonctions lundi.

"Nous souhaitons une coopération européenne plus poussée dans les domaines où cela se justifie, comme la défense des frontières, mais davantage de compétences laissées aux Etats à chaque fois que c'est possible", a-t-il expliqué, lors de la présentation à Vienne du pacte de gouvernement scellé vendredi soir.

M. Kurz, 31 ans, qui deviendra le plus jeune dirigeant au monde, s'exprimait aux côtés du chef du parti d'extrême droite FPÖ, Heinz-Christian Strache, futur vice-chancelier.

Ce parti, qui signe son retour dans l'exécutif après une expérience mitigée dans les années 2000, décroche également les ministères régaliens de la Défense, des Affaires étrangères et de l'Intérieur. Ces deux derniers porte-feuilles lui avaient jusqu'à présent toujours échappé.

Cette alliance vient couronner une année faste pour l'extrême droite en Europe, avec une forte progression aux Pays-Bas, en France et en Allemagne, sans toutefois parvenir à s'y hisser au pouvoir.

- 'Evènement historique' -

"J'applaudis notre ami (Heinz-Christian Strache, ndlr)", a déclaré Geert Wilders, le patron du Parti néerlandais pour la Liberté, en marge d'une réunion des chefs de partis d'extrême droite européens à Prague. La Française Marine Le Pen a salué un "évènement véritablement historique".

M. Strache a toutefois admis qu'à la demande de M. Kurz, "la question d'une sortie de l'UE a été exclue" des points qui pourront être soumis à des consultations populaires, que le FPÖ souhaite promouvoir. " Nous aurions souhaité un champ plus large", a-t-il avoué.

Pour le politologue Anton Pelinka, même si le FPÖ, arrivé troisième aux législatives anticipées du 15 octobre, obtient davantage de prérogatives qu'il n'en a jamais eues jusqu'à présent, "l'ÖVP s'est imposée sur les points les plus importants, à commencer par la politique européenne".

M. Kurz conservera ainsi la haute main sur les dossiers européens alors que l'Autriche présidera l'UE au second semestre 2018.

Comme attendu, le programme de gouvernement comporte une série d'allégements fiscaux et de mesures destinées à combattre l'immigration illégale et à restreindre le bénéfice des aides sociales autrichiennes pour les étrangers.

"Nous voulons alléger la pression fiscale, nous voulons renforcer notre économie, ce qui améliorera notre système social", a promis M. Kurz. Mais "en premier lieu, nous voulons améliorer la sécurité dans notre pays, y compris en combattant l'immigration illégale".

Les questions de l'immigration et de l'islam ont dominé la campagne qui a mené à la victoire de M. Kurz aux législatives, deux ans après la grande vague de réfugiés en Europe en 2015.

Le jeune leader conservateur, qui se flatte d'être un des principaux artisans de la fermeture aux migrants de la route des Balkans en 2016, en tant que ministre des Affaires étrangères, s'est nettement rapproché des positions du FPÖ dans ce dossier, ouvrant la voie à la nouvelle coalition.

- Lieu de défaite des Ottomans -

La présentation du programme de gouvernement s'est déroulée sur le mont du Kahlenberg à Vienne, un site à haute portée symbolique car c'est de là que prit fin le siège de Vienne et que débuta la reconquête de l'Europe centrale par les forces chrétiennes contre les Ottomans en 1683.

Interrogé à ce sujet, M. Kurz a indiqué n'avoir "pas personnellement choisi le lieu", et estimé qu'il ne fallait "pas chercher à lui accorder une signification trop importante".

"Sans vouloir y accorder une importance disproportionnée", le choix de ce lieu "a une certaine signification, au moins pour le FPÖ", a toutefois souligné le politologue Thomas Hofer.

M. Strache avait durant sa campagne multiplié les allusions au risque d'"invasion de masse" et de "guerre civile" si l'immigration n'était pas jugulée. Il avait également estimé que "l'islam n'a pas sa place en Autriche".

Artisan d'une alliance du FPÖ avec le parti Russie unie de Vladimir Poutine, M. Strache est par ailleurs favorable à un rapprochement entre l'Autriche et le groupe de Visegrad, qui comprend des pays ouvertement eurosceptiques comme la Pologne et la Hongrie.

En 2000, l'entrée du FPÖ au gouvernement avait provoqué des sanctions européennes. Mais ce scénario est jugé très improbable aujourd'hui, dans un contexte général de montée des partis populistes et antimigrants, et alors que M. Strache, 48 ans, a veillé à lisser l'image de sa formation.

http://www.lavoixdunord.fr/282068/article/2017-12-16/autriche-trois-ministeres-regaliens-pour-l-extreme-droite-pas-de-referendum-sur#

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Les électeurs autrichiens vont pouvoir découvrir que les politiques migratoires ne dépendent pas des états membres mais de la Commission, avec sanctions à la clé en cas de désobéissance via la CJUE. Les politiciens de la nouvelle coalition le savent parfaitement, comme Marine Le pen d'ailleurs, mais l'important était de gagner les élections...  P.G.

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