samedi 12 mai 2018

Les sorties scolaires organisées dans les magasins Apple proscrites par l'Education nationale

Des sorties scolaires organisées dans les magasins Apple avaient créé la polémique début avril. Joint par nos soins, le ministère de l'Education nationale dit les avoir désormais interdites.

ACT APPLE EDUC

Fini, les jeux sur Ipad et les formations de code des enfants dans les Apple Store. Les sorties de classe dans les magasins Apple n'auront plus lieu, promet le ministère de l'Education Nationale, car ces dernières contreviennent au "principe de neutralité du service public". Le 3 avril dernier, un reportage du 20 heures de France 2 démontrant les coulisses de sorties scolaires proposées gratuitement par la marque à la pomme avait créé la polémique."Le ministre a fermement condamné ces sorties scolaires dans les magasins Apple", explique-t-on à Marianne à quelques semaines de la fin de l'année scolaire.

Sur son site français, bien en évidence, l'entreprise américaine vante pourtant toujours "l'imagination et le travail d'équipe" qu'elle entend susciter chez les enfants grâce à des sorties dans ses magasins. Une manière, assure-t-elle de "faire vivre une expérience d’apprentissage inédite" aux élèves et enseignants grâce à des "sessions pratiques" qui "leur permettront de découvrir comment se servir des produits Apple pour les mettre au service de leur imagination." Pour s'inscrire, il suffit de sélectionner l'un des vingt apple stores répartis sur le territoire, d'inscrire l'identité de l'enseignant, le nombre de participants et les technologies utilisées en classe (Mac ? iPad ? Tablette ? PC ?... ou aucune ?) et le tour est joué.

Le ministère de l'Education nationale évoque des "évènements isolés"

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Officiellement, la marque organise ici des sessions d'initiation au code informatique, propose des cours de création de podcast ou d'affiche ou encore d'améliorer les compétences des élèves en lecture et écriture à l'occasion de sorties scolaires de soixante à quatre-vingt-dix minutes. Mais dans le reportage diffusé sur France 2, réalisé en caméra cachée, les élèves de CM2 étaient accueillis… exactement comme des clients. Pendant la suite de la visite, ils recevaient un tee-shirt et une clé USB, tous deux ornés du logo d'Apple. Une sacré technique commerciale, qui était même reconnue par l'un des formateurs de l'entreprise : "Ça fait une super pub pour nous. Si jamais ça peut déboucher sur des ventes d’iPad pour les classes, pourquoi pas. Forcément, c’est une vitrine pour nos produits", reconnaîssait-il derrière son visage flouté et sa voix modifiée.

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A l'occasion de ces sorties, Apple ne parie pas seulement sur le pouvoir de prescription des enfants sur leurs géniteurs. Ces derniers sont obligés de signer une autorisation de participation disponible sur le site de la marque. En donnant leur accord, les parents permettent à Apple de réutiliser les images, les photos ou les enregistrements de leurs enfants à des fins promotionnelles.

Présentées comme "des évènements isolés" par le ministère de l'Education nationale, ces visites ont notamment été dénoncées sur Twitter par une maître de conférence à l'université Sorbonne Nouvelle de Paris, Céline Largier Vié. Deux jours après la diffusion du reportage de France 2, elle indiquait s'être opposée à ce que son fils se joigne à une sortie scolaire en Apple Store, organisée la semaine suivante.

Najat Vallaud Belkacem avait refusé de les interdire, en appelant à la "liberté pédagogique" des enseignants

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Deux jours plus tard, elle signalait, encore sur Twitter, que la sortie avait tout simplement été annulée. "Dans un échange de mails, l'académie a reconnu qu'il n'était pas souhaitable qu'une activité scolaire ait lieu dans des locaux commerciaux", a-t-elle expliqué à Marianne. A ce moment-là, la crainte de la polémique semble plutôt avoir été la raison première de l'annulation de la sortie : "La directrice de l'école m'a expliqué qu'un inspecteur académique leur avait demandé d'arrêter car ces sorties étaient trop présentes dans la presse, qu'elles faisaient trop de bruit," a-t-elle poursuivi. Le ministère nous assure donc désormais que cette interdiction est généralisée.

Le problème n'est pourtant pas nouveau. La marque fait la publicité de ces sorties depuis au moins huit ans et des polémiques ont déjà eu lieu. Paul Devin, inspecteur de l'Education nationale, avait lui manifesté sa désapprobation au détour d'un billet de blog en 2016 : "L’enseignant qui accepterait de mettre en œuvre (ces sorties) permet à Apple d'instrumentaliser la mission de service public d'enseignement aux fins d’un intérêt commercial particulier", dénonçait-il. Deux ans plus tard, il s'agace toujours aujourd'hui de l'existence de ces sorties sur le site de la marque : "Apple ne fait pas ici oeuvre de charité en accueillant ces enfants, s'étrangle-t-il auprès de Marianne. L'école n'est pas le lieu de la stratégie commerciale d'une entreprise !"

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Il n'était à l'époque pas le seul à s'inquiéter de ces sorties : en décembre 2016, Paul Vannier, secrétaire national du Parti de gauche et orateur national de la France insoumise, s'en était aussi indigné dans un billet de blog. Il avait demandé à la ministre de l'Education de l'époque, Najat Vallaud Belkacem, de les interdire. L'équipe de cette dernière lui avait répondu sur Twitter : "Les enseignants utilisent leur liberté pédagogique de façon pertinente pour éviter les pièges commerciaux. Faisons-leur confiance".

Le successeur de Najat Vallaud-Belkacem n'a visiblement pas le même avis sur la question : la nouvelle de leur interdiction est maintenant officielle. "Elle vient après le travail d'alerte fait par la France insoumise et c'est une décision sage", salue Paul Vannier.

Apple et les autres

Cette dernière ne se limite plus aux seules sorties Apple. Car des initiatives semblables existent chez d'autres géants du net : depuis 2012, Microsoft propose une "classe immersive" aux enseignants de "CE1 à la 3e qui souhaitent venir y faire cours et faire vivre aux élèves de nouvelles expériences pédagogiques". Comme Apple, l'entreprise en fait la publicité sur son site Internet. Désormais, la Direction numérique pour l'éducation "a informé les délégués numériques académiques de toutes les académies de ne pas conduire d'opérations similaires à celle faite avec Apple", indique le ministère de l'Education nationale.

"Il faut maintenant que le ministère mène un audit de toutes les entreprises qui ont un partenariat dans le domaine de l'Education pour poursuivre ses efforts au-delà du numérique, remarque Paul Vannier. Je pense notamment au partenariat de l'Education nationale avec Microsoft, qui avait dévoué en 2015 plusieurs aspects de la formation des enseignants à l'entreprise". Ce partenariat, assigné devant la justice par un collectif d'associations et d'entreprises, avait été jugé légal en 2016 : "Mais ça ne veut pas dire qu'il ne peut pas être défait par une décision politique", réclame-t-il.

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MONTAGE VALLAUD APPLE

https://www.marianne.net/societe/les-sorties-scolaires-organisees-dans-les-magasins-apple-proscrites-par-l-education?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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Total, Renault, PSA... les entreprises françaises dans la panade après le retrait des Etats-Unis de l'accord iranien

Donald Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis de l'accord iranien, et avec lui le rétablissement des sanctions contre les entreprises qui continueront de commercer avec Téhéran. Les grands groupes français comme Renault, Total ou encore PSA en craignent les répercussions, comme les PME françaises installées en Iran.

ACT IRAN US SANCTIONS

Cette fois, il n'y aura pas d'allers-retours avec le Congrès : Donald Trump a annoncé avoir déchiré l'accord iranien ce mardi 8 mai, retirant les Etats-Unis du texte signé en juillet 2015 à Vienne. C'est après son allocution, par l'intermédiaire de John Bolton, que les implications économiques d'une telle décision ont pris tout leur sens. Sa grande moustache blanche frémissante, le nouveau conseiller à la sécurité nationale a annoncé les sanctions auxquelles s'exposeront les entreprises qui garderont un lien avec Téhéran. Les quelque 300 entreprises françaises qui ont afflué à Téhéran depuis la signature de l'accord en 2015 sont en première ligne. Surtout, elles ont toutes en mémoire un souvenir douloureux : celui de la banque BNP-Paribas, qui, en 2014, est tombée sous le coup d'une amende de 9 milliards de dollars pour avoir contourné les précédentes sanctions américaines.

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Comme l'a expliqué John Bolton, ces sanctions seront "immédiates" pour les nouveaux contrats. Toute entreprise en lien avec les Etats-Unis tombera sous le couperet de lourdes amendes à la moindre signature d'un accord commercial avec l'Iran à partir de ce mardi 8 mai. Pour ce qui est des entreprises déjà en relation avec Téhéran, Bolton a précisé qu'elles bénéficieraient d'un peu de répit pour "sortir" de leurs engagements. La durée de ces "quelques mois" accordés par les Etats-Unis ? Une simple période de transition pouvant durer entre 90 et 180 jours, selon le Trésor américain. Mais le temps laissé par Washington n'est évidemment pas innocent. La machine législative américaine en a besoin pour se mettre en branle : "Il faut que le Congrès américain puisse revoter l'ensemble des sanctions qui avaient été prises par le passé, décrypte Régis Bismuth, professeur à l'école de droit de Sciences Po. Il sera nécessaire que les parlementaires adaptent les textes à la situation internationale actuelle… Tout ça va prendre du temps". D'autant que, comme Bolton l'a ajouté, les autorités américaines n'hésiteront pas à se pencher sur l'hypothèse de sanctions "beaucoup plus larges".

Une situation "très dangereuse" pour les grands groupes français

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En attendant, les entreprises françaises se retrouvent dans une position très délicate : depuis la signature de l'accord iranien, les projets d'exportation vers ce pays sont passés de 400 millions à 1,5 milliard d'euros selon un rapport de la banque publique d'investissement. Des fleurons français ont largement profité de l'opportunité de l'accord et sont aujourd'hui menacés : "Si les Américains vont au bout de leurs sanctions, la situation peut vite devenir très dangereuse pour des grands groupes français s'étant engouffrés dans l'accord", analyse Thierry Coville, chercheur à l'Iris et spécialiste de l'Iran.

Au premier rang desquels l'avionneur européen Airbus : "Airbus a signé la vente d'une centaine d'avions à des compagnies iraniennes", rappelle Fereydoun Khavand, spécialiste des relations économiques internationales et maître de conférences à l'Université de Paris-V. De juteux contrats pour un coût total de 17,5 milliards de dollars… aujourd'hui compromis par les étroites relations de la firme européenne avec les Etats-Unis. Car depuis 2015, l'entreprise a implanté plusieurs usines d'assemblage dans le pays : "L'entreprise s'est mise singulièrement en danger, car les avions qu'elle livre sont dotés d'une technologie américaine : 10% des pièces qui les constituent viennent des Etats-Unis ! Elle tombe directement sous le coup des nouvelles sanctions", poursuit Fereydoun Khavand.

La tentative d'une dérogation pour le pétrolier Total

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Le pétrolier Total est également dans les entreprises visées par les sanctions : en juillet 2017, le groupe tricolore a conclu un contrat pour un investissement initial de 1,5 milliard de dollars visant à exploiter le plus grand gisement de gaz naturel au monde, South Pars. Un investissement total de 5 milliards a été avancé, dont l'entreprise française, avec ses 50,1% des parts (aux côtés du Chinois CNPC (30%) et de l'Iranien NIOC (19,9%)), devra payer la moitié. Plusieurs millions de dollars ont déjà été dépensés pour cette opération d'envergure, qui ne seront certainement pas remboursés à Total en cas de sanctions américaines : "Si Total, en dehors de la mise en oeuvre de sanctions du Conseil de sécurité (de l'ONU), annonce qu'il a l'intention de renoncer au contrat, aucun capital ne sera rendu à cette entreprise et aucune somme ne sera transférée à l'entreprise", avait déclaré Biian Zanganeh, ministre du pétrole iranien.

France-Usa-Iran

Le pétrolier se trouve donc entre le marteau et l'enclume : soit il continue de commercer avec l'Iran et subit les sanctions américaines, soit il arrête et perd l'ensemble de son investissement. L'entreprise compte néanmoins avoir une porte de sortie, à savoir une demande de dérogation auprès du gouvernement américain. Une solution que le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, avait déjà évoquée en mars dernier : "Total explique que, le contrat d'investissement s'étant conclu pendant la période de validité de l'accord iranien, il ne peut pas être considéré comme illégal par les Etats-Unis, et qu'ils devraient donc bénéficier d'une dérogation, explique Fereydoun Khavand. Mais rien n'est moins sûr".

Dans une moindre mesure, il en va de même pour l'hôtelier Accor. Le Français devra lui aussi choisir entre ses établissements américains et l'hôtel iranien qu'il a ouvert en 2015. Les groupes automobiles PSA et Renault sont eux aussi concernés : "Ces deux entreprises ont une longue histoire de commerce avec l'Iran, avec des liens commerciaux complexes", rappelle Fereydoun Khavand. Comme Airbus et Accor, les deux entreprises ont à la fois des intérêts en Iran et aux Etats-Unis. Renault a par exemple vendu plus de 160.000 véhicules l'an dernier sur le territoire iranien. Le groupe de Carlos Ghosn serait handicapé par les sanctions américaines, son partenaire, Nissan, étant implanté aux Etats-Unis. Son concurrent français ne s'en sort pas mieux : s'il s'est retiré du pays depuis 1991, il avait indiqué en janvier vouloir y retourner en 2016, dans un plan de reconquête étalé jusqu'en 2026. Mais PSA devra probablement renoncer à ce projet, alors que 30% de ses parts de marché dépendent de ses partenaires iraniens.

Les PME aussi touchées par les sanctions

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Les grands groupes français ne sont pas les seuls à être menacés par la décision des Etats-Unis. Dans l'administration française, sous couvert de off, on admet sentir le danger que peuvent courir les centaines de PME présentes actuellement sur le territoire iranien. "Le tableau d'Épinal que l'on dépeint souvent où seules les entreprises du CAC 40 sont mises en difficulté par les sanctions américaines est une illusion, surenchérit Régis Bismuth. Par obliques, les petites et moyennes entreprises présentes sur le territoire vont elles aussi être touchées : il suffira qu'elles fassent des affaires en Iran et que l'un de leurs fournisseurs ou clients soit américain pour qu'elles en subissent les conséquences". Dans quelle mesure pourraient-elles être affectées par d'éventuelles sanctions américaines ? Nul ne le sait. Chaque dossier, dit-on, devra être consulté au cas-par-cas.

La solution dans l'après-dollar ?

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Depuis de nombreuses années, Téhéran tente de marginaliser la devise américaine dans ses échanges commerciaux à l'international. Mais la majorité de ces échanges se fait toujours en dollar, ce qui les rend d'autant plus vulnérables aux sanctions américaines. L'Iran avait anticipé ces dernières semaines la décision de Donald Trump. Le 18 avril dernier, le conseil des ministres iranien a pris la décision d'utiliser l'euro à la place du dollar : "Ce remplacement peut être une solution pour se passer du dollar, remarque Fereydoun Khavand. Mais le processus risque d'être très long". Une autre piste de substitution est également envisagée par certains spécialistes : celle du yuan, la monnaie d'un des principaux partenaires commerciaux de l'Iran, la Chine.

https://www.marianne.net/economie/total-renault-psa-les-entreprises-francaises-dans-la-panade-apres-le-retrait-des-etats-unis?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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Il est tout de même surprenant que tant d'entreprises françaises n'aient pas anticipé cette décision de Trump qui avait clairement annoncé ses intentions pendant la campagne électorale américaine...   P.G.

Mai 68 : Gauchisme infantile et imposteurs joufflus

TRIBUNE LIBRE / Source : Vu du droit, Régis de Castelnau

HIST MAI68 GAUCHISTES

Pour le contemporain, ce que l’on appellera plus tard « les événements de 68 » ont véritablement commencé le vendredi 3 mai dans l’après-midi. J’en ai le souvenir très précis, puisque ce jour-là en début d’après-midi, je passais à la piscine Pontoise dans le Ve arrondissement de Paris, l’épreuve de natation du baccalauréat prévu pour le mois de juin. Pour me retrouver en sortant dans le quartier de la Sorbonne où commençait l’émeute. J’ai toujours eu l’impression de me rappeler les deux mois qui ont suivi heure par heure. Impression en partie illusoire, car les souvenirs sont sélectifs, et l’on retient surtout ce qui a fait sens, même si celui-ci est bien souvent apparu après. Chacun sait qu’il est plus facile de raconter l’Histoire quand on connaît la fin. C’est probablement pour cela que me sont pénibles les cérémonies du 50e anniversaire qui pour partie continuent à véhiculer un mensonge et à promouvoir les imposteurs.

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1968, ce fut l’année terrible dont le mai français ne fut qu’un épisode, et dont la nostalgie ne doit pas exagérer l’importance. Rappelons qu’elle avait commencé par l’incroyable événement de « l’offensive du Têt », ou les Bô-Doïs nord-vietnamiens et Viêt-congs, rassemblés en une armée régulière avaient fait trembler la première puissance du monde. Et démontré que celle-ci ne pouvait que perdre la guerre. Il y avait eu « le Printemps de Prague » avec un parti communiste voulant instaurer « un socialisme à visage humain ». Les luttes contre la guerre du Vietnam et pour les droits civiques des Noirs qui secouaient les États-Unis, ponctuées par de violentes et récurrentes émeutes et les assassinats de Martin Luther King et de Robert Kennedy. Les révoltes de la jeunesse en Allemagne et en Italie qui déboucheront au contraire de la France sur un terrorisme mortifère. Le massacre de « la place des trois cultures » au Mexique juste avant les JO marqués par la contestation des athlètes noirs américains. L’intervention soviétique pour mettre fin à l’expérience Tchèque au mois d’août, et pour terminer en beauté, l’envoi pour la première fois d’un vaisseau habité vers la Lune. Finalement, au regard de ce contexte, la dimension proprement hexagonale du mai français saute aux yeux, même si ses conséquences politiques et culturelles n’ont pas été négligeables pour notre pays.

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Pour en revenir à ma propre expérience, j’ai retenu le caractère étonnant de la première semaine qui suivra l’explosion du vendredi 3 mai et se terminera le 10 avec les affrontements de la rue Gay-Lussac. Un gigantesque et violent monôme, au sein duquel le marais des étudiants et lycéens avait rejoint les groupuscules gauchistes. Le tout au son de l’internationale (!). De retour d’Afghanistan, Georges Pompidou conscient que c’était les fils de bourgeois qui se faisaient matraquer, se rendit à la télévision pour capituler devant les revendications étudiantes. C’est là qu’à mon sens se situe la grande bifurcation entre le mai étudiant qualifié à juste titre par Michel Clouscard de « 14 juillet des couches moyennes » et le « Mai ouvrier » proprement dit. La classe ouvrière au sein de laquelle, quoi qu’on en dise aujourd’hui, le PCF et la CGT étaient hégémoniques, se mit en mouvement pour profiter de la faiblesse ponctuelle du pouvoir. Elle organise une grève générale aussi massive que stupéfiante. Malgré toutes les incantations gauchistes, il n’y aura jamais de convergence entre les ouvriers et les étudiants, les grilles des usines leur resteront fermées.

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La petite bourgeoisie va patauger pendant quelques semaines. Ses représentants politiques, de François Mitterrand à Pierre Mendès France en passant par Edmond Maire organisant conférences de presse absurdes et meetings hétéroclites vont manœuvrer et finasser pour tenter de restaurer ce parlementarisme propice aux arrangements dont ils raffolaient. En tenant soigneusement à l’écart les ouvriers et leurs organisations. Ils vont se ridiculiser. Lassés, les étudiants quitteront les facultés occupées et rentreront chez eux pour vaguement préparer les examens et surtout organiser les vacances d’été. Les gauchistes les plus obtus, rejoints parfois par un lumpen violent, poursuivront encore quelque temps leurs délires infantiles.

Charles de Gaulle avait rappelé le 30 mai quel était le rapport de force, les choses se sont donc remises en place avec la chambre introuvable de la fin du mois de juin. Le mouvement ouvrier, quant à lui, sachant qu’il ne devait rien attendre des phraseurs et ne pouvait compter que sur lui-même, entendit profiter de ce qu’il avait gagné et ne pas s’exposer à l’affaiblissement de ses forces politiques et syndicales. Le résultat de Jacques Duclos à la présidentielle de 1969 fut de ce point de vue une démonstration. Je fus personnellement impressionné par cette force et cette intelligence politiques et c’est ce constat qui a déterminé mes choix pour la suite. Qui se déduisent de ce que rien ne peut se faire sans les couches populaires, c’est-à-dire essentiellement les ouvriers et désormais les salariés d’exécution des services. Et qu’il n’y a rien à attendre, aujourd’hui comme hier, de ce gauchisme infantile, et de ces petits-bourgeois phraseurs et inconséquents.

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Je les ai tous connus, les Cohn-Bendit, les Goupil, les Glucksmann, les Kessler, les Kouchner, les Geismar, les July, les Plenel, et tant d’autres (1). Je les ai tous entendus ceux qui plastronnent aujourd’hui, petits valets du néolibéralisme, néoconservateurs militants, soutiens indéfectibles de la piraterie américaine au Moyen-Orient. Ayant fait pour certains, de leur vilain métier un apanage héréditaire. Qu’on ne vienne pas me dire qu’ils ont changé, ils ont toujours été comme ça, du côté du manche, pratiquant le diptyque rodé : provocation puis trahison. Le pire étant qu’ils sont tous devenus va-t-en-guerre et réclament régulièrement à grands cris le bombardement et le massacre de populations civiles. Beaucoup de photos de manifestations de 68 ressortent actuellement et j’invite à procéder à un petit jeu amusant. Essayer de reconnaître parmi ceux qui criaient le plus fort, qui encensaient la révolution culturelle, et vous donnaient des leçons de marxisme-léninisme toute la sainte journée, ceux qui ont accompli ensuite les trajectoires les plus goulues.

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Alors aujourd’hui, pendant ce conflit des cheminots qui se battent pour le service public de tous, ce combat des employés de Carrefour qui relèvent la tête, quand j’entends ces appels à la « convergence », quand je vois ces petits-bourgeois fragiles et pleurnicheurs, en appeler à la police qu’ils vilipendent par ailleurs, lorsqu’ils aperçoivent le front bas d’un identitaire, j’ai vraiment du mal. Quand j’entends leurs discours débiles, leurs revendications et leurs slogans ineptes, les mêmes que ceux leurs aînés, cela ne me rajeunit pas, mais je suis contraint de constater que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Il n’y a rien à attendre de ces gens-là, parce que je sais bien qu’on les retrouvera dans quelques années aux places occupées par tous les imposteurs joufflus qu’on nous ressort des tiroirs pour le 50eanniversaire.

L’opportunisme politique petit-bourgeois serait-il génétique ?

(1) À la notable et respectable exception d’Alain Krivine. Qui n’aura servi à rien mais sera resté fidèle.

Source : Vu du droit, Régis de Castelnau

https://www.les-crises.fr/mai-68-gauchisme-infantile-et-imposteurs-joufflus-par-regis-de-castelnau/

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Guerre 39/45: qui a le plus aidé à battre l’Allemagne ?

(...)

HIST COLONISATION IDEOLOGIQUE

Un sondage mené par l’Ifop en mai 1945, sur l’ensemble du territoire français désormais libéré (et confirmant un sondage de septembre 1944 auprès des Parisiens), a montré que les interviewés apparaissent bien conscients du rapport de force et du rôle des alliés dans la guerre, et ce malgré la censure et la difficulté sous l’occupation à accéder à une information fiable.

Ainsi, une très nette majorité (57 %) considèrent que l’URSS est la nation qui a le plus contribué à la défaite allemande alors que les États-Unis et l’Angleterre, pourtant libérateurs du territoire national, ne recueillent respectivement que 20 % et 12 %.

Mais ce qui est proprement sidérant est que cette vision de l’opinion publique s’est inversée de manière très spectaculaire avec le temps, comme l’ont montré deux sondages réalisés en 1994, en 2004 et en mai 2015 :

C’est tout de même formidable : en 1945, les Français qui ont vécu sous la censure ont bien compris qui a vraiment battu l’Allemagne, mais 70 ans plus tard, c’est une Histoire totalement différente qui est dans nos esprits !

Le sondeur britannique ICM a réalisé le même sondage en 2015 dans plusieurs pays d’Europe. Voici le résultat :

Interpellant sur la notion d’Histoire, non ?

“Les vainqueurs sont ceux qui écrivent l’Histoire. C’est celle-là qui est rédigée dans nos livres d’école, pas la vraie Histoire telle qu’elle s’est déroulée, mais une Histoire qui caresse le camp des gagnants. L’Histoire a cessé, depuis longtemps d’être la somme des humanités aujourd’hui elle n’appartient qu’à une poignée d’individus.” [Maxime Chattam, Les arcanes du chaos]

Petit rappel, complétant la série précédente :

Et mieux encore, le sondage de 2004 fournit des informations surprenantes quand on regarde en détail (c’est identique en 2015) :

Les plus désinformés sont les Cadres et les Ouvriers – ceux qui ont fait le plus et le moins d’études !

Et, finalement, l’orientation politique n’a pas une énorme influence…

Tristesse…

“La manipulation des élites est encore plus facile que celle des masses.” [Jean Yanne]

En effet, quelques rappels sur les 80 millions de morts de la seconde guerre mondiale :

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Soulignons que les 25 millions de Soviétiques morts se répartissent principalement par nationalité en :

  • Russie : 14 millions (13 % de la population de 1940) – 7 M de soldats, 7 M de civils ;
  • Ukraine : 7 millions (16 %) – 1,7 M de soldats, 5,3 M de civils (NB. Il s’agit surtout des civils Ukrainiens du Centre et de l’Est, hors Galicie – sauf pour les Juifs) ;
  • Biélorussie : 2,3 millions (25 %) – 0,6 M de soldats, 1,7 M de civils.

Les pertes militaires en Europe durant la deuxième guerre mondiale :

 morts de la seconde guerre mondiale décès pertes deuxième

Et en Asie :

 morts de la seconde guerre mondiale décès pertes deuxième

Et le total des morts militaires par pays :

Ainsi :

 morts de la seconde guerre mondiale décès pertes deuxième

Ceci est cohérent avec la répartition des divisons de l’armée allemande :

___Front Est _Front Ouest _Autres
1942: 179(79%) 38(17%) 9(4%)
1943: 187(73%) 50(20%) 19(7%)
1944: 165(60%) 86(31%) 23(9%)

(...)

https://www.les-crises.fr/la-fabrique-du-cretin-defaite-nazis/

Commentaire sur le site: Slavyanka

Quand je pense au fait que mon grand-père paternel a péri dans les rangs de l’armée Rouge pendant la Seconde guerre mondiale et mon père a connu par la suite une enfance orpheline malheureuse ce qui a influencé toute sa vie et s’est répercuté inévitablement sur nous ses enfants…
Mon grand-père maternel est revenu blessé de la guerre, sa santé en était diminué et il est mort avant de voir ses petits-enfants.
Je n’ai donc pas connu mes grand-pères et ce fut le cas de beaucoup d’enfants de ma génération. Nous avons grandi avec la conscience d’une énorme souffrance de notre peuple soviétique, de ses blessures, son sacrifice, son abnégation et du courage de ces millions de personnes qui ont donné leur vie pour que l’on puisse vivre dans un monde plus heureux, dans un monde sans fascisme…

Savoir que beaucoup de Français ont une mémoire si courte et une ingratitude lamentable vis-a-vis de l’URSS me désole au plus haut point !

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vendredi 11 mai 2018

Retour à la normale/ images du jour

Le site semble à nouveau fonctionner normalement, merci de me signaler toute anomalie.  P.G.

Les images du jour à partir du site "Les Crises":

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Dcvr7pCW4AA9y-3Et aussi quelques photos de la table d'information de l'UPR le 9 mai dernier à Brive:

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Documentaire publicitaire de France 3 sur Macron : Bertrand Delais, communicant officiel du Suprême Leader

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Ceux qui doutent encore que de simples interviews agrémentées d’une voix off puissent véhiculer un message politique puissant devraient regarder Macron président, la fin de l’innocence, le documentaire diffusé par France 3 ce lundi 7 mai. Tout au long des 1h 26 de ce film de belle facture technique réalisé par le documentariste Bertrand Delais, le téléspectateur est transporté sur un nuage où le monde semble tourner beaucoup plus rond depuis le 7 mai 2017, date d’élection d’Emmanuel Macron à l’Elysée. Comparaisons royales, commentaires élogieux, extraits flatteurs : tout y est, dans cette œuvre où la voix off n’est bien souvent là que pour ponctuer les longues interventions du chef de l’Etat.

VASSAL 2

Que le journaliste - qui semble se rêver en Serge Moati « nouveau monde » - manifeste son empathie pour Emmanuel Macron n’a rien d’étonnant : il n’a jamais caché être un proche du Président, présent à la Rotonde le soir du premier tour de la présidentielle. La majorité macroniste l’a d’ailleurs élu à la tête de La chaîne parlementaire (LCP), en mars dernier. Qu’une chaîne du service public se prête au jeu est en revanche difficilement compréhensible, sauf à y voir un hommage appuyé à l’ORTF, la chaîne unique au service du général de Gaulle dans les années 1960. Sur chaque thématique ou presque, le documentaire prend le chemin de l’hagiographie. Marianne vous a sélectionné trois moments parmi les plus spectaculaires. Nous aurions pu en choisir d’autres. Florilège.

Tout le film tourne autour d’une idée, résumée par la voix off de Bertrand Delais dès la deuxième minute : « Emmanuel Macron apparaît comme le dernier responsable politique à croire au poids de l’histoire ». Cette affirmation péremptoire a le bon ton de placer de prime abord le président de la République au-dessus de la mêlée des politiques. Dans la suite du documentaire, le réalisateur tente de démontrer en quoi Emmanuel Macron est un chef de l’Etat différent de ses prédécesseurs, comprendre plus profond et plus habité par sa fonction.

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Pour l’occasion, l’élection d’Emmanuel Macron à l’Elysée est revisitée, pour la délester des circonstances favorables - retrait de François Hollande, affaire Fillon - qui ont porté l’énarque au pouvoir. Au commentaire de ce moment politique, le journaliste convoque d’ailleurs…. le chef de l’Etat lui-même, qui a tout le loisir de décrire un vote consciemment historique des Français plutôt qu’un choix un peu confus dicté par les circonstances :« C’est les Français qui ont décidé. Ils sont quand même étonnants. Ce peuple que tout le monde regardait comme fatigué, impossible à réformer (…) s’est réveillé un beau matin et a décidé que ce serait quelqu’un qu’il ne connaissait pas deux ans plus tôt, qui a 39 ans, qui allait les diriger. Comment voulez-vous qu’on n’aime pas le peuple français ? »

Personne ne vient contextualiser cette version des faits, qui est donc validée. La scène suivante montre en effet Emmanuel Macron marchant seul dans la cour du Louvre, le soir de son élection. Commentaire en voix off : « Il emprunte à une histoire qu’on avait fini par oublier. Celle de nos monarques présidents ». L’analyse qui suit, signée Richard Werly, grand reporter au Temps, est dithyrambique. Extrait : « Cela incite surtout au respect. Le type, il est tout seul. Il a gagné tout seul, il marche tout seul et il prend la présidence de la France tout seul. »

L'"intellectuel en politique"

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Le documentariste dissémine à plusieurs endroits du film des références à l’intellect supposément supérieur du Président. Il revient ainsi sur l’épisode des « fainéants »… pour rendre grâce au chef de l’Etat. Pour rappel, Emmanuel Macron fait une déclaration tapageuse, le 8 septembre, à Athènes : « Je ne céderai rien, ni aux fainéants ni aux cyniques ni aux extrêmes. » Une phrase qui visait les « rois fainéants », fera ensuite savoir son entourage. L’explication n’est pas évidente.

Pour l’écrivain Sophie de Thalèse, seule à réagir sur le sujet dans le documentaire, la méprise s’explique tout simplement par… la pensée trop complexe du Président, pas adaptée à celle manifestement plus simpliste de la « génération Twitter » : « Il a parlé de fainéants et pas de feignants. Donc fainéants, c’est le terme un petit peu vieilli. Et surtout, fainéant faisait écho aux rois fainéants, aux Mérovingiens, et surtout aux hommes politiques des trente dernières années qui ont fait preuve de paresse (…) La pensée complexe, à l’heure de Twitter, elle n’est pas toujours bien reçue ».

Quelques minutes plus tard, l’éditorialiste Alain Duhamel enfonce le clou : « Il réfléchit comme Disraeli (Premier ministre du Royaume-Uni en 1868, ndlr.), c’est-à-dire un intellectuel en politique, et il fonce comme un rhinocéros. C’est assez inhabituel. Un rhinocéros intellectuel, c’est assez inhabituel ».

Le moment Hallyday

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Le film prend le parti de ne rien taire des colères auxquelles est confronté Emmanuel Macron. L’auteur appelle ça « les fractures françaises », desquelles le Président n’est pas responsable. A chaque fois, les résistances qui s’opposent au chef de l’Etat sont cependant balancées par… un récit de la manière dont le locataire de l’Elysée les surmonte.

La mort de Johnny Hallyday fournit un exemple un rien lunaire. Emmanuel Macron explique qu’il a d’abord été sifflé, le 9 décembre dernier, lors des funérailles du chanteur : « Au moment où je prends la parole, la réaction est négative ». Suivent des images des débuts de huées essuyées par le Président ce jour-là. Heureusement, il ne va écouter que son courage… et parvenir à retourner la foule : « Ça ne passe que parce que je raconte au début du discours ce que chacun qui a participé à un concert de Johnny Hallyday a vécu, c’est-à-dire cette espèce de litanie des temps qu’il organisait dans un discours, la montée de l’émotion et de la sensualité qui était la sienne. »

L’écrivain Sophie de Thalès est immédiatement convoquée pour confirmer et appuyer ce propos présidentiel : « Il s’adressait vraiment aux Français, pour ensuite évoquer ce qu’on appelle une hypotypose. C’est un procédé qui consiste à faire revivre quelqu’un ou une scène mais avec un luxe de détails. Là c’était très fort. (…) Le public était complètement ébahi en visualisant, par une sorte d’hallucination, Johnny qui arrivait… Il a réussi même à faire revivre Johnny pendant ce discours. » A croire que Bruno Roger-Petit avait raison en évoquant la thaumaturgie d’Emmanuel Macron…

Histoire de convaincre les derniers récalcitrants, Betrand Delais redonne la parole à Emmanuel Macron, qui commente positivement son propre discours : « Les gens s’étaient habitués à ce que les dirigeants ne vivent plus les émotions du pays (…) Dire "je suis triste avec vous, je sais votre peine, en voilà la couleur et en voilà les mots", c’est quelque chose qui a énormément soulagé ». L’éditorialiste Alain Duhamel confirme tout en sobriété, quelques secondes plus tard :« Il était à la fois le roi de France et le roi des Français ». Tout est dit.

https://www.marianne.net/politique/documentaire-publicitaire-de-france-3-sur-macron-bertrand-delais-communicant-officiel-du?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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La menace nucléaire iranienne relève actuellement du fantasme

TRIBUNE LIBRE / Par Philippe Migault

TL IRAN ISRAEL

Philippe Migault est directeur du Centre européen d'analyses stratégiques, analyste, enseignant, spécialiste des questions stratégiques.

La décision de Donald Trump de se retirer de l’accord sur le nucléaire conclu par l’Iran en juillet 2015 avec le Groupe des 5+1 (Etats-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Chine et Allemagne), poursuit essentiellement un objectif électoral. Donald Trump n’a jamais caché tout le mal qu’il pensait de l’accord conclu par l’administration Obama. Il n’a jamais fait mystère durant sa campagne présidentielle, et depuis son élection, de sa volonté de revenir sur la parole américaine. Trump a été propulsé à la Maison Blanche par le vote, notamment, des Chrétiens évangéliques.

Convaincus de la «destinée manifeste» du peuple américain, ceux-ci considèrent le peuple juif comme un autre «peuple élu» et le projet sioniste, comme une étape du projet divin pour l’humanité. Le président des Etats-Unis, empêché par le Congrès et son administration de mettre en place la plupart des réformes figurant dans son programme de campagne présidentielle, sait que, sur ce dossier, il a toutes les chances de ressouder le camp républicain derrière lui tout en satisfaisant son électorat. Benjamin Netanyahou vient de réaliser un show télévisé uniquement destiné à convaincre les Américains de la duplicité iranienne. Il n’y a pas à hésiter. Même si d’un strict point de vue militaire, il n’y a aucun nouvel élément justifiant de déchirer un nouveau traité international.

Que dit l’accord signé en juillet 2015 par le Groupe des 5+1 ? En échange d’une levée des sanctions internationales contre l’Iran, Téhéran s’engage à démanteler partiellement son outil nucléaire. Depuis sa conclusion l’Iran a divisé par deux le nombre des centrifugeuses lui permettant d’enrichir l’uranium à un niveau de qualité militaire. Il s’est aussi engagé à ne pas tenter de restaurer ses capacités initiales jusqu'en 2025. Le régime iranien a également ouvert ses sites nucléaires aux experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Téhéran, enfin, a accepté de modifier ses installations d’Arak, de telle sorte qu’elles ne soient plus en capacité de produire du plutonium permettant de fabriquer une arme atomique. L’AIEA l’a répété à plusieurs reprises : l’Iran a rempli sans jamais faillir ses obligations et tenu ses engagements depuis l’entrée en vigueur de l’accord, le 16 janvier 2016. Difficile, dans ces conditions, de produire la moindre petite ogive nucléaire… Du strict point de vue de l’atome, Washington ne peut donc pas avancer le moindre argument pour renier ses engagements. Certes, l’accord n’est valable que pour une durée de dix ans. Mais si les sanctions sont levées, quel intérêt aurait l’Iran à poursuivre ? Entre sa pleine réinsertion dans le jeu international et son programme nucléaire, la société iranienne préférerait sûrement la première option.

Reste la question du programme balistique iranien. Ce dernier n’est en aucun cas concerné par l’accord de juillet 2015. L’Iran est donc libre de continuer à mener des travaux de recherche et de développement sur de nouveaux missiles, y compris des engins capables d’atteindre Israël. Mais cela n’implique pas, non plus, que les Iraniens soient sur le point de réaliser une percée technologique extraordinaire, qui leur permettrait d’atteindre l’Etat Hébreu. Pour une raison toute simple : Israël est déjàà portée de tir des missiles iraniens, depuis au moins une demi-douzaine d’années. «Téhéran possède déjà plusieurs types de missiles balistiques en mesure de frapper l’Etat d’Israël et en développe d’autres», soulignaient plusieurs études réalisées pour, ou en coopération avec, le ministère français de la défense, en 2011-2012. Les différentes versions du missile Shabab, du Sejil, approcheraient ou dépasseraient déjà la portée des 2 000 kilomètres mettant l’ensemble du territoire israélien à portée de tir. Les missiles BM-25 nord-coréens, dont Téhéran aurait fait l’acquisition suivant les dites études, ont quant à eux une portée de 2 500 kilomètres, quasiment jusqu’à Moscou.  Qui ne s’en inquiète pas outre-mesure...

Théoriquement donc, l’Iran peut dès aujourd’hui frapper Israël. Mais avec des armes non-nucléaires d’une part, relativement imprécises de l’autre. On s’imagine mal les motifs qui pourraient conduire à une telle agression, malgré les relations très dégradées entre les deux Etats. D’autant que les capacités de riposte nucléaires israéliennes sont bien connues, elles. Même si les agents de l’AIEA n’auront jamais le droit d’y jeter un œil…

https://francais.rt.com/opinions/50470-menace-nucleaire-iranienne-releve-actuellement-fantasme

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En pleine remise du prix Charlemagne, Macron tente de faire pression sur Merkel pour réformer l'UE

Décidés à refonder une UE post-Brexit, Angela Merkel et Emmanuel Macron peinent à s'entendre. Alors qu'il recevait le prix Charlemagne des mains de celle-ci, le chef de l'Etat a eu des propos sévères contre son «fétichisme» de l'excédent budgétaire.

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Alors qu'il recevait à Aix-la-Chapelle ce 10 mai le prix Charlemagne des mains de la chancelière allemande Angela Merkel, Emmanuel Macron a tenté d'influencer celle-ci à propos de la réforme de l'Union européenne qu'il juge nécessaire – et dont il espère être l'incarnation sur la scène internationale.

«N'attendons pas. Agissons maintenant !», a lancé le président français, comme pour mieux souligner l'immobilisme qui semble caractériser le leadership allemand sur la scène européenne depuis une décennie. Se fendant d'une pique à l'égard du «fétichisme» allemand des excédents budgétaires, le chef de l'Etat a ainsi tenté de placer son homologue face à ses responsabilités... devant une foule de journalistes qui n'étaient initialement pas venus écouter un discours critique vis-à-vis de Berlin.

Alors qu'approche le sommet des dirigeants européens qui doit permettre de lancer une refondation de l'Union, européenne (UE) post-Brexit en juin prochain, Emmanuel Macron et Angela Merkel ne sont toujours pas parvenus à s'entendre sur le cap à suivre : les discussions achoppent notamment sur les propositions françaises visant à doter la zone euro d'un budget d'investissement pour doper la croissance. Une option que Berlin rechigne à considérer, tant il lui semble qu'elle se ferait au détriment des finances allemandes et au profit des pays du Sud.

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«Ne soyons pas faibles et choisissons», a martelé Emmanuel Macron lors de son discours. Nouveau récipiendaire du prix international Charlemagne d'Aix-la-Chapelle (Internationaler Karlspreis der Stadt Aachen, depuis 1988 Internationaler Karlspreis zu Aachen) récompensant chaque année des «personnalités remarquables qui se sont engagées pour l'unification européenne», le président français a poursuivi son allocution sur un ton étonnement sévère à l'encontre de celle qui venait de lui remettre la récompense.

«Je crois à un budget européen beaucoup plus ambitieux, je crois à une zone euro plus intégrée, avec un budget propre», a-t-il insisté. Dans des propos inhabituellement durs, Emmanuel Macron s'en est ensuite pris à la timidité de l'Allemagne concernant les dépenses et l'investissement. «En Allemagne, il ne peut y avoir un fétichisme perpétuel pour les excédents budgétaires et commerciaux, car ils sont faits aux dépens des autres», a-t-il lancé.

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En réalité, le volontarisme affiché par Emmanuel Macron est avant tout une tentative de faire peser la responsabilité de la stagnation des discussions avec l'Allemagne sur les seules épaules d'Angela Merkel. Objectif du président français : s'arroger le rôle du réformateur ambitieux, à un an des élections européennes, et faire passer la chancelière allemande pour l'incarnation du conservatisme frileux. «Nous avons des cultures politiques et des manières d'approcher les sujets européens différentes», a diplomatiquement et sobrement commenté cette dernière.

https://francais.rt.com/international/50545-pleine-remise-prix-charlemagne-macron-tente-faire-pression-merkel-reformer-union-europeenne

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Diplomatie : pour Macron, "l’heure est aux actes"

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Les convictions ultra européistes de ce diplomate dans l'entretien qui suit nous montrent à quel point la crise morale et patriotique de la France est profonde après des décennies de "construction européenne", jusqu'aux plus hauts sommets de l'Etat.  P.G.

TL MACRON BILAN

[Un an de présidence Macron] Le candidat Macron avait promis de repenser en profondeur la diplomatie – notamment économique – de la France afin de revitaliser sa réputation et son influence sur la scène internationale. Le président est-il en passe de réussir son pari, au-delà des effets d’image ? Claude Martin, ancien ambassadeur en Chine et en Allemagne, brosse un tableau contrasté, et attend du chef de l’État qu’il passe des paroles aux actes.

LA TRIBUNE - Les promesses de campagne d'Emmanuel Macron avaient créé l'espérance d'une action singulière sur le front diplomatique, en premier lieu pour restaurer une légitimité délitée sur l'échiquier international. Un an plus tard, a-t-il réussi ? Quels faits saillants peut-on mettre au crédit et au débit de la politique et des actes du nouveau président de la République ?

CLAUDE MARTIN - Emmanuel Macron a hérité d'une France peu visible et peu audible, affaiblie ces dix dernières années par sa situation économique - manque de compétitivité, instabilité politique et sociale -, par une vision erratique de sa politique à l'extérieur, par la santé vacillante de l'Europe. Ce contexte leste une autre réalité, elle, invariable : mener une action d'envergure est nettement plus difficile sur la scène internationale que sur le plan domestique. En politique étrangère, il faut faire preuve non seulement d'imagination et de volontarisme, mais aussi de clairvoyance, de compétence, de connaissance du terrain, et définir une stratégie. En la matière, il est encore trop tôt pour saisir les intentions et les dispositions du président de la République. Les premiers signes - discours à la Sorbonne et devant l'Acropole démontrant sa détermination européenne ; restauration du dialogue avec la Russie ; prises de position objectives à l'égard des États-Unis - ont été encourageants, car fondés sur le principe, essentiel en diplomatie, du réalisme. Il n'est pas dans le registre de ses deux prédécesseurs qui, en « choisissant » leurs interlocuteurs en fonction de leur degré de « fréquentabilité », ont affaibli l'influence internationale de la France. Dorénavant, l'heure est aux actes, et notamment dans le domaine de l'Europe. La France doit agir comme un guide. C'est véritablement « maintenant » que l'action d'Emmanuel Macron doit s'exprimer et va être jugée.

Vous avez exercé cinquante ans au Quai d'Orsay, et y avez cultivé une grande proximité avec la conception « gaulliste » de la politique internationale de la France. Les premiers pas diplomatiques d'Emmanuel Macron s'en inspirent-ils ?

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Le général de Gaulle l'a parfaitement incarné - et cela demeure une règle immuable - : l'Europe, c'est avant tout et fondamentalement un contrat entre la France et l'Allemagne, mobilisant les autres pays moteurs sur une stratégie axée autour de trois objectifs : une politique d'intégration des économies européennes, une politique de défense de l'identité et des spécificités de l'Europe, enfin une politique d'organisation de l'ensemble européen, dont l'élargissement a affaibli la cohésion. Il faut à l'Europe des politiques communes volontaristes. Une Europe de l'action contre celle de l'abstraction.

L'Europe porte des valeurs qui lui sont propres. Les Européens ont en commun une certaine conception de la démocratie, de l'ordre juridique et de la cohésion sociale, ou de la justice. Ils se distinguent par un attachement commun très fort à la nature, à l'environnement, à un art de vivre, qui se reflète jusque dans leur relation à la nourriture. Dans les négociations extérieures de l'Union, avec le Canada ou avec le Mercosur, certains éléments de cette « identité européenne » sont mis en cause. Faut-il y renoncer, pour nous fondre doucement dans le moule mondialiste ? Ou préserver ce qui fait notre différence, une différence à laquelle les Français et les Allemands notamment restent, dans leur majorité, très attachés ? C'est la question qui nous est posée, et à laquelle Emmanuel Macron doit apporter une réponse.

Que doivent entreprendre Angela Merkel et Emmanuel Macron pour que l'axe franco-allemand exerce pleinement son  rôle ?

Outre-Rhin, la fragile coalition au pouvoir et ce qu'incarne l'impressionnante poussée de l'extrême droite (l'AFD est la troisième formation au Bundestag) peuvent-ils, paradoxalement, le consolider ?

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Cette irruption de l'AFD au parlement allemand traduit une montée des peurs, mais surtout une frustration. Les citoyens de tous les pays craignent de perdre, au sein de l'Europe, leur identité. L'Union doit trouver la réponse appropriée à ces craintes, en permettant aux peuples européens de cultiver à la fois une fierté nationale et une fierté européenne, qui ne peut exister que si l'Union développe des politiques mettant en valeur une « identité européenne ». Identité nationale et identité européenne doivent pouvoir se compléter. Si l'Union ne parvient pas à créer un espace dans lequel les Européens éprouvent un sentiment d'appartenance à une même communauté de destin, c'est dans la seule revendication d'identité nationale que les citoyens chercheront refuge.

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Le « moteur » franco-allemand a très mal fonctionné depuis dix ans, et il faudra sans doute beaucoup plus que des déclarations chaleureuses pour le relancer. La France doit reconquérir toute sa place dans un tandem où elle n'était plus qu'un partenaire secondaire. Le déséquilibre qui n'a cessé de se creuser cette dernière décennie au fur et à mesure que l'économie allemande prenait le dessus sur sa voisine nous a placés dans une position d'infériorité. Les réformes institutionnelles catastrophiques opérées par le traité de Lisbonne et le « grand élargissement » ont fait le reste : dans le jeu européen, la France pèse aujourd'hui bien moins lourd que l'Allemagne, adossée aux petits pays européens du Nord. Il faut revenir à la parité entre Paris et Berlin, et reconstituer - notamment en rétablissant une relation de confiance avec l'Italie - un équilibre Nord-Sud sans lequel l'Union se brisera tôt ou tard. On ne pourra le faire sans tensions avec l'Allemagne, et le président français devra, pour replacer notre pays au cœur du dispositif européen, aller si nécessaire jusqu'à la crise. Y est-il préparé ? Les mois qui viennent permettront de mesurer sa détermination.

Partout en Europe progressent des mouvements eurosceptiques voire europhobes. Ils ont obtenu la sécession en Grande-Bretagne, sont au pouvoir en Autriche, en Pologne, en Hongrie, possiblement en Italie, constituent respectivement les deuxième et troisième forces politiques en France et en Allemagne. La pensée politique « européenne » d'Emmanuel Macron semble singulièrement isolée...

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La construction européenne a été imaginée en deux phases principales : celle d'abord de l'union économique, celle ensuite, à partir de 1973, d'une ouverture à des compétences nouvelles, notamment dans le domaine de la politique étrangère et de la défense. L'union économique peut se construire entre pays ayant, sur le plan politique intérieur, des sensibilités et des pratiques différentes, sous couvert d'un attachement de principe commun à la démocratie. L'union politique et diplomatique suppose un degré beaucoup plus élevé de convergence sur les « valeurs » et sur le fonctionnement concret du système constitutionnel des pays participants. On peut faire une union économique avec beaucoup de partenaires, mais une union politique ne peut s'envisager qu'avec peu de partenaires. L'erreur du traité de Maastricht a été de vouloir réunir les deux démarches dans une seule construction et de rassembler dans une seule maison des partenaires qui ne voulaient pas, selon les sujets, la même chose. L'élargissement aux pays de l'Est a encore aggravé la situation. On a admis au sein de l'Union, dans la précipitation, pour des raisons « morales », des pays qui n'étaient pas prêts à réaliser l'union économique telle que nous l'entendions, et qui étaient encore moins prêts à accepter les valeurs communes nécessaires à la construction de l'union politique. Il existe deux Europe, séparées par les différences d'histoires et de cultures politiques. Ce qui n'est pas pour arranger la vision et l'action européennes d'Emmanuel Macron.

Vous êtes un grand spécialiste de la diplomatie économique. Son passé professionnel, son ADN, sa pensée et ses inspirateurs politiques, enfin son passage à Bercy donnent d'Emmanuel Macron l'image d'un président en rupture avec ses prédécesseurs et plutôt pertinent dans ce domaine. La réalité correspond-elle à l'hypothèse ?

Qu'est-ce que la « diplomatie économique » ? Elle fait distinguer clairement le rôle de l'État et celui de l'entreprise. Le rôle de l'État (et donc de la diplomatie) est d'évaluer les intérêts politiques, économiques, culturels du pays dans le monde. Sur cette base, le ministère des Affaires étrangères et les ambassades apportent aux entreprises françaises un éclairage sur les situations et l'environnement des pays où elles ambitionnent d'investir ; mais ensuite, aux actionnaires et au management des entreprises - et à eux seuls - de décider de leur stratégie dans lesdits pays. Il est d'autant plus essentiel de respecter cette discipline qu'aujourd'hui la notion d'« intérêt national » est complexe à délimiter. Ainsi, ce dernier est-il de favoriser Renault, dont une partie des véhicules est fabriquée en Turquie, ou Toyota, qui investit massivement à Valenciennes ? Est-il de tout entreprendre pour aider au développement international de grandes marques « françaises » de luxe, dont les produits sont partiellement fabriqués hors de nos frontières et dont les propriétaires sont souvent installés à l'étranger ? Ce dilemme, entre la défense de l'emploi en France et la défense d'entreprises porteuses d'une image de la France mais ne participant pas à l'effort national, complique la réflexion. Tout concourt à la même conclusion. Plutôt que de se substituer aux entreprises, il faut les laisser agir. Nicolas Sarkozy et François Hollande ont commis l'un et l'autre l'erreur, pendant leurs déplacements en Chine, de bousculer les dirigeants d'entreprise qui les accompagnaient, pour que ceux-ci signent des contrats prématurés ou risqués. Lors de son voyage en Chine début janvier, Emmanuel Macron a heureusement rompu avec ces pratiques, s'abstenant d'interférer dans les négociations menées par les industriels.

Justement, son savoir-faire en matière nucléaire constitue un élément clé de la stratégie diplomatique de la France. Les vicissitudes financières, judiciaires et technologiques d'Orano (ex-Areva) - qui pénalisent l'ensemble de la filière nucléaire française - l'affectent-elles significativement ?

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C'est incontestable. Pourquoi, à l'origine, la Finlande a-t-elle jeté son dévolu sur l'EPR plutôt que sur la technologie russe ? Parce qu'il s'agissait d'un projet franco-allemand. La technologie de l'EPR devait beaucoup aux ingénieurs de KWU, c'est-à-dire de Siemens, fort prisés à Helsinki. Nicolas Sarkozy a tout entrepris pour que Siemens sorte du capital d'Areva, et nous nous sommes retrouvés seuls à porter le projet, face à des Finlandais un peu surpris et certainement amers. Nos divisions internes ont fait le reste. La guerre entre Areva et EDF, notamment sur les projets chinois, s'est développée, et EDF a peu à peu conçu, contre Areva, une stratégie d'alliance avec les partenaires chinois, qu'elle a amenés avec elle sur les projets britanniques. L'éclatement d'Areva, qui a payé les erreurs de gestion d'Anne Lauvergeon, laisse la place libre à une EDF aujourd'hui fortement liée à la Chine. Et en même temps, sur la partie conventionnelle des centrales, Alstom, également démantelé, a cédé ses turbines à General Electric plutôt qu'à Siemens, Une grande ambition européenne s'est évanouie.

Au-delà du nucléaire, comment jugez-vous les premiers pas d'Emmanuel Macron dans cette Chine culturelle, politique, diplomatique que vous connaissez si bien ? La visite qu'il a effectuée en janvier dernier annonce-t-elle un changement profond ou simplement cosmétique des rapports de la France avec Pékin ?

Un simple souvenir. C'était lors du Sommet du G20 à Hangzhou, en 2016. Sur la photo officielle, qui posait aux côtés de Xi Jinping ? Le représentant de la France, qui fut avec éclat le premier grand pays occidental à tendre la main et à sortir la Chine de son isolement ? Non. Le président chinois était entouré d'Angela Merkel, de Recep Tayyip Erdoğan et de Vladimir Poutine. François Hollande étant relégué plus loin. Le président français, m'a-t-on rapporté, en avait été blessé. Voilà la réalité dont hérite Emmanuel Macron. La France vue de Pékin pèse peu. Et elle est seule. Elle n'a pas su établir avec l'Allemagne, l'Italie, la Grande-Bretagne (qui reste, malgré le Brexit, un membre important de notre famille) le « pacte européen » qui nous permettrait de peser, ensemble, dans ce très grand pays.

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Emmanuel Macron peut-il rétablir la situation ? Pour l'heure, sa politique à l'égard de la Chine n'est pas lisible. Le voyage officiel qu'il a effectué en janvier était une prise de contact - généreusement couverte dans la presse française, au contraire de la presse chinoise. Il faudra de la part du nouveau président des paroles fortes, des actes concrets, des initiatives visibles, pour que les Chinois renouent avec la France un vrai dialogue stratégique.

Les propos d'Emmanuel Macron lors de ce premier déplacement laissent toutefois quelques raisons d'espérer : son attitude, donc, sur le dossier nucléaire ; son intention annoncée de mieux contrôler les investissements chinois dans les secteurs stratégiques ; sa prudence sur le projet des « nouvelles routes de la soie » dans lequel il a choisi, malgré les conseils de certains, de ne pas se précipiter, attendant que les modalités de mise en œuvre et les modalités de financement soient mieux connues. Tout cela reflète une lucidité, utile pour dialoguer sereinement avec Pékin.

Le tour de force constitutionnel de Xi Jinping, dorénavant « autorisé » à régner sans limite au-delà de son mandat actuel, peut-il modifier la stratégie diplomatique de la France à l'égard de la Chine et de ses autres partenaires ?

L'objet de la diplomatie est de servir l'intérêt du pays. La France ne peut définir son action extérieure en fonction des évolutions politiques ou constitutionnelles de ses partenaires. Elle doit considérer d'abord l'importance stratégique de chacun des États avec lesquels elle traite, son influence, ses poids économique, démographique, militaire, scientifique, culturel. Le Général de Gaulle s'est fixé cette règle de conduite dans les affaires internationales : la Chine est et restera, quel que soit son régime, un grand partenaire, parmi d'autres, dans un univers multipolaire.

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Or si la France a vu son influence décliner au cours des dernières années, c'est parce qu'elle a cessé de pratiquer ce jeu multipolaire, pour se ranger, comme au temps de la guerre froide, dans « un » camp. En se laissant entraîner dans la douteuse opération de « pacification » en Afghanistan, en réintégrant les structures militaires de l'Otan, en suivant plus souvent que nécessaire les initiatives de Washington, en s'amarrant à des « coalitions occidentales » mal définies, la France a renoncé à faire jouer à l'Europe un rôle spécifique. Et la voici aujourd'hui, en Corée ou ailleurs, enchaînée aux initiatives erratiques du président américain... Le retour à une véritable détente sur la planète passe par la reconstitution d'un monde véritablement multipolaire, dont l'Europe doit être un pilier essentiel. 

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Propos recueillis par Denis Lafay

https://www.latribune.fr/economie/international/diplomatie-pour-macron-l-heure-est-aux-actes-777484.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180507

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Pourquoi l’Iran a-t-il besoin de missiles balistiques?

TRIBUNE LIBRE / Par Sirous Amerian

TL IRAN DEFENSE

L’Iran a été au centre des actualités mondiales cette dernière décennie, avec son programme nucléaire devenu le centre d’attention. Cette question mise de côté, au moins temporairement, on pouvait s’attendre à ce que l’Iran cesse de polariser l’attention par la signature du Plan d’action global conjoint [ou Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, NdT] il y a trois ans, mais ce ne fut pas le cas.

Après avoir décrit l’accord de Vienne comme épouvantable et avoir promis de le déchirer une fois élu, le président Donald Trump s’efforce de focaliser l’attention et de maintenir la pression sur l’Iran. En plus de la question nucléaire, la présence de l’Iran en Syrie et son arsenal de missiles balistiques sont vendus comme des menaces majeures pour la sécurité régionale ainsi qu’internationale.

L’Iran a un vaste et compliqué arsenal de missiles balistiques, comprenant des missiles de courte portée tels que le Zeizal et des missiles plus lourds et de longue portée tels que le Shahab-3 ou le Sejil, qui peuvent atteindre 2000 kilomètres, ceux-ci existant en différents modèles avec propulsion liquide ou solide. En bref, les missiles balistiques sont à la fois l’arme défensive clé et l’élément offensif de la stratégie iranienne, pour lesquels Téhéran a investi beaucoup de temps, d’effectifs et d’argent dans le développement et l’amélioration. Pourquoi les mettraient-ils de côté sous la pression des États-Unis et de l’Europe ?

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L’Iran est situé au Moyen-Orient, dans une région volatile, où il a quelques amis et beaucoup d’ennemis. Ses ennemis, principalement l’Arabie Saoudite, Israël et les Émirats arabes unis, sont des pays avancés, riches et bien armés qui dépensent énormément pour conserver et améliorer leurs capacités militaires.

L’Arabie saoudite, selon les derniers chiffres, est aujourd’hui le troisième plus important acheteur du monde dans le domaine militaire. Avec 57 milliards de dollars, Riyad dépasse des pays comme l’Inde, la France, la Russie et le Japon. Israël est à la 14e place, selon la même source, et dépense environ 14 milliards de dollars par an pour son armée, quand les EAU [Émirats arabes unis, NdT] viennent en 16e position avec une dépense d’environ 14,3 milliards de dollars pour leur armée l’année dernière. Avec une dépense annuelle de 6,3 milliards de dollars, l’Iran est en 33e position.

Au vu de ce classement des dépenses militaires, les capacités militaires de l’Iran sont moindres et faibles comparées à celles de ses voisins. Les forces armées de l’Iran seraient mieux décrites comme un musée vivant. Et il en est ainsi de ses trois principaux corps.

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Les forces aériennes de la République islamique d’Iran comptent en grande partie des avions américains construits il y a 40-50 ans tels que des F-14, F-4F et des F-5 et un plus nombre d’avion soviétiques, le Mig-29A et Su-24, achetés il y a deux ou trois décennies – qui furent plus tard complétés par des avions de Saddam Hussein fuyant la guerre du Golfe Persique.

Comparés aux F-15 de pointe de l’Arabie saoudite et aux Eurofighter Typhoons, aux Mirages et F-16 des EAU et aux F-15, F-16 et nouveaux F-35 d’Israël – tous en nombre élevé et armés de radars et missiles dernier cri avec des capacités modernes AWACS – Les forces aériennes iraniennes sont une plaisanterie comparées à leurs adversaires modernisés.

La force terrestre et la marine ne font pas exception. Beaucoup de bataillons mécanisés sont armés de T-72 et de générations encore plus vieilles de tanks soviétiques, qui se sont avérés largement inefficaces il y a trois décennies contre les tanks modernes de l’Occident durant la première guerre du Golfe. Il y a eu quelques progrès avec l’amélioration des vieux tanks avec un nouvel équipement et blindage, mais ce fut lent et Téhéran n’a pas réussi à moderniser tous les systèmes obsolètes.

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Du côté des effectifs, environ deux tiers des forces terrestres et des autres branches sont remplies de conscrits, des hommes âgés de 18 et plus, qui ont pour obligation d’effectuer leur service militaire durant deux ans où ils sont alors sous forte pression : ces jeunes hommes ne reçoivent pas un salaire décent, sont humiliés en permanence par les officiers et commandants, et sont stationnés le long de frontières, loin de leur famille, ou dans des villes où ils effectuent des corvées telles que cuisiner et nettoyer les toilettes. La plupart ne reçoivent pas une alimentation correcte et un équipement tel que des uniformes.

Une série de photos récentes faites par des conscrits montre le triste visage de la conscription, qui affecte la santé mentale des jeunes hommes. Si vous vous asseyez et discutez avec eux, une majorité de ceux qui ont fait leur service et sont revenus n’auront pas de très bons souvenirs de cette période. Il ne faut donc pas s’attendre de leur part à un bon moral et à une efficacité au combat.

L’Iran, en réalité, n’a tout simplement pas la capacité de mener une offensive contre un pays de la région, excepté peut-être l’Afghanistan, ou un acteur mineur comme le Koweït.

Les nouveaux corps qui ont reçu un meilleur traitement et équipement sont les forces de missiles sous le commandement de la Garde révolutionnaire islamique, et la Base de défense aérienne Khatam al-Anbia. Comme l’indique son nom, la base de défense aérienne est un commandement en charge des systèmes sol-air et est défensive par nature.

Mais il est quand même improbable que l’Iran utilise ses missiles comme un élément offensif.

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Les missiles balistiques de l’Iran sont tous conventionnels et non armés de têtes nucléaires. Il ne peut les utiliser pour détruire un quelconque adversaire sans courir le risque d’une frappe en représailles. Si utilisés pour frapper en premier, ces missiles provoqueraient certainement de larges dommages à une ou deux cibles ou terroriseraient la population des villes, mais ils ne pourraient détruire toutes les bases et centres industriels qu’un adversaire pourrait avoir.

L’Iran sait que s’il prend l’initiative d’attaquer Israël ou les alliés arabes des Américains avec ses missiles balistiques, non seulement c’est une invitation à prendre le pays comme cible de représailles, mais que cela donnerait également à Trump et à son nouveau conseiller pour la Sécurité nationale, John Bolton, l’excuse nécessaire pour passer de la promotion d’un changement de régime en douceur à un changement de régime à la manière forte et à une guerre pure et simple contre l’Iran. Les ayatollahs à Téhéran peuvent peut-être haïr les Israéliens et les Saoudiens, mais ce sentiment est moins puissant que leur amour du pouvoir.

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Donc quel est l’objectif des missiles balistiques de l’Iran ? Ils servent à la fois un objectif dissuasif et défensif : en maintenant un nombre important de missiles balistiques prêts à frapper n’importe quel pays qui s’en prendrait à lui, l’Iran rend une frappe contre lui plus coûteuse pour ses adversaires.

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Israël, le premier ennemi de Téhéran, a déjà à deux reprises attaqué sans prévenir la Syrie et l’Irak, et n’a jamais subi de représailles, ces pays n’en ayant pas la capacité. La même chose ne pourrait pas arriver avec l’Iran car il a les moyens de répondre à une telle attaque. En appelant au retrait des missiles balistiques de l’Iran, les Européens et Trump veulent couper les griffes du chat et ôter à Téhéran sa seule option crédible de défense.

Rendre une frappe contre l’Iran plus sure et moins coûteuse pour les pays de la région est dangereux pour la stabilité de la région. Cela ferait de l’Iran une cible facile pour quiconque en ayant les capacités et la volonté, et le Moyen-Orient ne manque pas de prétendants. Ne laissons pas faire cela, et apprenons à vivre avec un Iran doté de missiles balistiques pour sa propre défense.


 

Sirous Amerian est doctorant et assistant diplômé au Centre for Defence and Security Studies de l’Université Massey en Nouvelle-Zélande. Pendant son séjour en Iran, il a travaillé comme analyste politique pour l’Institut iranien d’études eurasiennes (IRAS). Il tweete sur @AmerianS.

Source : The Defense Post, Sirous Amerian, 18-04-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Posté par UPR Creuse à 05:50 - - Permalien [#]
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