jeudi 11 janvier 2018

De quoi 2017 est-il le nom? (2/2)

Que nous aura apporté l'année qui vient de s'écouler? Poursuite d'un inventaire sous forme de rêverie philosophique.

Tribune libre/ LE BRUIT DU TEMPS par Slobodan Despot

(...)

Les «fake news» en guise de matraque

TL ANTIPRESSE

L'année 17 a été marquée par une lutte titanesque. La corporation journalistique s'est dressée comme un seul homme contre le nouveau président des États-Unis, dont elle n'avait pas su anticiper ni par conséquent prévenir l'élection. Laquelle élection avait été un retentissant camouflet au système d'information global.

Le rouquin roublard lui a bien rendu son hostilité. S'en est suivie une empoignade, peut-être un peu mise en scène, dont la principale victime fut l'objectivité de l'information. Pour discréditer le président-voyou qui les vilipendait — et fédérait du même coup tous les «ennemis du système» — les médias de grand chemin lui ont collé ainsi qu'à ses alliés l'accusation de «fake news». Un peu comme si le patron d'un McDo dénonçait le kebab du quartier pour malbouffe.

Le «hashtag» #FakeNews est devenu le mantra d'un règlement de compte avec toute forme de pensée déviante. Le «journal de référence» français, Le Monde, a ainsi créé son «Décodex» un outil informatisé d'«évaluation» des sources d'information francophones (mais fourni par les laboratoires Google). Lancé en grande pompe, l'index du Monde s'est avéré un outil superficiel et calamiteux, éthiquement injustifiable et, de plus, contre-productif.

L'expérience est néanmoins représentative d'une double évolution des médias de grand chemin. D'une part, elle signe la transformation de leur mission d'information en une mission d'éducation. D'autre part, elle consacre le putsch des géants de l'informatique sur la scène médiatique et le remplacement à venir des rédacteurs humains — de plus en plus mentalement uniformisés — par des algorithmes d'intelligence artificielle. Étant progressistes par (dé)formation professionnelle, les zélateurs du système se sentent en devoir d'applaudir les outils de leur propre élimination.

La surréalité, c'est plus gérable

Le nivellement médiatique est le symptôme d'un processus plus profond initié depuis au moins une quarantaine d'années dans tout le monde industrialisé, URSS comprise. L'hypernormalisation — telle que décrite dans le documentaire exceptionnel d'Adam Curtis [1] est du reste un terme soviétique. Elle désigne la stabilisation d'une société en proie à une dérive foncièrement irrécupérable par l'élaboration d'un «clone» de réalité plus simple et plus maniable que la réalité brute. Ce qui implique avant tout le transfert du pouvoir des structures élues (et donc chaotiques) vers les technostructures rationnelles de l'argent et de l'information.

Le «management de la perception» prend donc le pas sur la politique. Les stratégies de communication prennent un rôle déterminant. Elles se sont particulièrement illustrées dans la gestion du phénomène majeur qui a frappé l'Europe ces dernières années: le flux migratoire.

Face à ce phénomène, on a vu se développer en Europe deux univers parallèles. D'un côté, la réalité: la raison froide, économique et démographique, justifiant cet apport de population, mais aussi le contexte stratégique de la déstabilisation du Moyen-Orient par le néocolonialisme occidental et les problèmes concrets posés par ce mélange forcé des populations et des mentalités. De l'autre, la surréalité: la construction d'un monde parallèle où ces nécessités et ces problèmes n'existent pas. Plus exactement: un monde où il est impossible — tout comme dans un rêve — de relier les effets à leurs causes évidentes.

La fracture s'est étendue à l'échelle des États. A l'est de Vienne: les partisans de la réalité, en gros réunis autour du «groupe de Višegrad». A l'ouest et au nord: les bâtisseurs de la surréalité.

Si les réalistes s'occupent avant tout de sauvegarder leurs repères à l'intérieur du périmètre qu'ils peuvent contrôler, les surréalistes, eux, s'attribuent une mission globale. On ne tolère aucune «altérité» à la surréalité.

L'importation de populations déracinées déborde les calculs socio-économiques qui l'ont initiée, notamment en Allemagne. Elle sert également de levier à un déracinement général portant sur tout ce qu'il y a en nous de déracinable. La propagande pro-migration se déploie partout, jusque sur les emballages de sucreries, sans qu'aucune limite n'y soit posée. L'ensemble du mobilier millénaire européen est retiré pour faciliter le flux. Comme le notait le grand metteur en scène (de gauche) allemand Botho Strauss, «grâce à l'arrivée en masse de déracinés, on met enfin un terme à la nation et, y compris, à une littérature nationale» [2]. Le conditionnement comportemental est si puissant qu'on ne songe même plus que d'autres attitudes face à cette nouvelle donne soient possibles, encore moins légitimes. «On nous ôte le pouvoir d'être contre», clame Botho Strauss. Le concept même d'opposition est en train de se vider de son sens, ainsi que le démontre la spectaculaire montée en insignifiance des partis d'opposition institutionnels.

La surréalité n'est pas un régime stable. Elle est dynamique, circulaire et exponentielle, telle une spirale. Elle remet sans cesse les mêmes sujets sur le tapis, mais d'une manière chaque fois plus appuyée. La migration n'est en l'occurrence que la tête de pont. Sur ses arrières, les populations hébétées découvrent tout l'arsenal du «reformatage» anthropologique auquel on entend les soumettre. Si l'an 1 vous avez été «sensibilisés» aux sexualités alternatives à l'école, vous serez invités l'an 2 à approuver leur mariage, on vous persuadera l'an 3 que l'adoption d'enfants est leur droit le plus élémentaire et, l'an 4, vous trouverez révoltant que des homosexuels à barbe n'aient pas le «droit» de porter des enfants.

Le conditionnement des masses est si efficace que des sujets à peine apparus dans le buzz médiatique deviennent des injonctions aussi naturelles que la loi de la gravité. Quelques semaines à peine séparent le lancement des hashtags #metoo ou #balancetonporc de la censure de La Belle au bois dormant ou de la réécriture de Carmen à l'opéra de Florence. Aucun pilier de notre héritage culturel n'est plus à l'abri des perquisitions policières. Aucune personnalité en vue n'est à l'abri d'inculpations ahurissantes devant le tribunal de meute des médias et des réseaux sociaux. La stupidité grégaire est devenue aussi obligatoire dans les fonctions publiques que l'était jadis la cravate.

Et alors?

(...)Il y a une dangereuse forme d'osmose à trop se pencher sur les «problèmes généraux» du monde: on finit par les intérioriser. Par transformer des craintes ou des possibilités en une réalité psychologique. Les «ingénieurs sociaux» des régimes totalitaires du XXe siècle auraient rêvé des outils de la technologie moderne. Le téléscripteur des guerres, des attentats et des catastrophes climatiques cliquette en permanence dans notre poche, sur nos tablettes ou nos ordinateurs. Le transformisme universel est un mouvement hypnotique. Il nous fait prendre la fabrication d'une réalité parallèle pour la vie elle-même. Si nous nous prenons au jeu, nous tombons en prostration.

C'est ce qui m'est arrivé ces dernières semaines. En réfléchissant par concepts, j'ai abouti à la post-humanité. Si j'avais réfléchi à partir de mon expérience personnelle, j'aurais conclu à un festival d'humanité. Durant l'année 2017, j'ai vécu l'aventure unique d'un mois de jeûne sur le lac Baïkal, découvert le vaste Orient russe, le cœur de l'Eurasie, la prodigieuse gentillesse empreinte de spiritualité des Bouriates. J'ai publié chez le meilleur éditeur un roman difficile et pourtant bien accueilli, récompensé même. J'ai aimé, ronchonné, fait la noce, voyagé, rêvé. J'ai entassé des bonnes bouteilles dans la cave d'un ami, «pour le cas où». Où que je sois allé, je n'ai vu que des humains, jamais des androïdes préconditionnés.

Les gens de mon entourage ne sont pas plus dupes que moi des illusions du temps. Mais ils leur accordent moins d'importance.

Car comme les ruisseaux de janvier continuent de chuinter sous leur croûte de glace, la vie continue. Qui se serait attendu à voir arriver en 2017 une œuvre littéraire aussi mûre, aussi puissante que l'Homme surnuméraire de Patrice Jean (présenté dans ce même numéro par le Cannibale lecteur), venant oblitérer des décennies de littérature onaniste? Qui aurait parié, au tournant du millénaire, sur la possibilité d'une agriculture non industrielle et d'un réel commerce de proximité?

Puis je songe à la vie que mènent mes filles et leurs amis, dans leur milieu ni défavorisé, ni surprotégé. Les années d'études se succèdent, les flirts d'adolescence se consolident en couples solides et respectueux, bientôt en mariages. On cherche un travail pas trop prenant pour se ménager une vie à soi. On entretient ses cercles d'amis. On regarde des séries, on joue de la musique, on économise pour voyager. On lit. Je découvre dans cette génération de surprenants témoignages de responsabilité et de miraculeuses zones de silence. Je comprends alors que leur indifférence aux idées est peut-être, comme sous l'ex-URSS, le signe d'une ironique sagesse. Cette folie passera elle aussi. On en viendrait à oublier que toutes les expériences de Frankenstein se heurtent à une limite infranchissable: l'imperfection de notre condition humaine et l'imprévisibilité du destin. (...)

NOTES
  1. Voir «Pourquoi il ne se passe rien?», Antipresse n° 101 du 5.11.2017.
  2. Botho Strauss, «Une tragédie qui enfle» (Anschwellender Bocksgesang), traduction exclusive dans l'Antipresse N° 14 du 6.3.2016.

Souce: Antipresse (Slobodan Despot)

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mercredi 10 janvier 2018

Limitation à 80km/h : Larcher réclame à Philippe les résultats de l'expérimentation

Le président du Sénat Gérard Larcher (LR) a demandé "solennellement" dimanche à Edouard Philippe de publier les résultats de l'expérimentation sur l'abaissement à 80 km/h de la limitation de vitesse sur les routes secondaires, pour voir si la mesure est efficace.

ACT VITESSE

 

"Il faut que le Premier ministre réponde aux parlementaires qui lui ont demandé (...) de leur transmettre les conclusions de l'expérimentation pendant deux années", a déclaré M. Larcher dans l'émission "Le Grand jury" RTL-Le Figaro-LCI, indiquant que 50 sénateurs ont fait une telle demande sur cette expérimentation lancée en 2015.

Mobilité en territoire "abandonnée"

"Je le demande solennellement ce matin (dimanche), c'est d'ici mardi comme président du Sénat, d'avoir accès à un dossier qui n'est pas un secret d'Etat. Car, si réellement, ça doit sauver des vies, alors il faut y aller", a-t-il ajouté, alors que pour tenter d'enrayer la hausse persistante du nombre de morts sur les routes, le gouvernement doit annoncer mardi l'abaissement à 80 km/h de la vitesse maximale sur 400.000 km de routes secondaires. [C'est fait!]

Pour le président du Sénat et sénateur des Yvelines, "il faut se poser la question parce que ceci va s'appliquer dans des territoires qui sont en déficit d'équipement, des territoires souvent ruraux, des territoires qui ont le sentiment d'être abandonnés".

"Et au lieu de conduire des investissements dans ces territoires, on leur dit: votre mobilité sera entravée en quelque sorte", a poursuivi M Larcher, insistant sur le fait que "la meilleure façon" de savoir si la limitation de la vitesse est utile est "de voir les résultats de l'étude".

Une mesure impopulaire

Dans un entretien au Journal du dimanche, Edouard Philippe défend la probable réduction de la vitesse à 80km/h, même s'il "comprend les arguments, et même la mauvaise humeur", disant accepter d'être "impopulaire" au besoin "pour sauver des vies".

"Je sais que si nous annonçons cette mesure je serai critiqué. Mais je sais qu'elle va sauver des vies, et je veux sauver des vies. Je comprends les arguments, et même la mauvaise humeur, mais je ne le fais pas pour augmenter les recettes de l'État - d'ailleurs, nous annoncerons des choses à ce sujet. Et si pour sauver des vies il faut être impopulaire, j'accepte de l'être", plaide le Premier ministre.

Aux journalistes lui demandant s'il faut toujours en France passer par des interdictions pour obtenir des résultats, le chef du gouvernement rétorque qu'"il y a 3.500  morts et 70.000 blessés par an, 70.000 ! Après des décennies de progrès, nos résultats se sont dégradés. Eh bien je refuse de considérer cela comme une fatalité. Chaque fois qu'un responsable politique a eu le courage de s'engager, les résultats ont été spectaculaires".

Plusieurs personnalités, dont l'ex-Premier ministre socialiste Manuel Valls, qui s'est rallié à la majorité LREM, ont signé vendredi un appel pour soutenir la réduction de la vitesse à 80km/h sur les routes secondaires, une mesure contre laquelle "il n'y a aucun argument". En 2016, un total de 3.477 personnes ont perdu la vie sur les routes de France, un bilan bien éloigné de l'objectif de passer sous la barre des 2.000 morts en 2020 fixé en 2012 par Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur.

Cette disposition s'inscrit dans un plan de mesures qui sera officialisé à l'issue d'un Conseil interministériel de sécurité routière (CISR).

https://www.latribune.fr/economie/france/limitation-a-80km-h-larcher-reclame-a-philippe-les-resultats-de-l-experimentation-763779.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180108

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Voilà une mesure qui ne va pas inciter les licenciés de La Souterraine à se déplacer en Corrèze pour travailler (comme le souhaitait Macron), déjà que l'état des routes en Creuse...Pour une fois que je suis d'accord avec Larcher! Par contre, Valls ne loupe jamais une bonne occasion pour se faire détester, tant mieux...    P.G.

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Présidentielle russe : l’économie éclipsée par la politique étrangère ?

TRIBUNE LIBRE

Source : IRIS, Jean de Gliniasty, 21-12-2017

TL POUTINE ELECTIONS

Alors que les élections présidentielles russes auront lieu le 16 mars 2018, Vladimir Poutine a récemment confirmé son intention de se porter candidat à sa propre succession. En cas de victoire, l’homme fort du Kremlin pourrait se maintenir au pouvoir jusqu’en 2024. Si la stagnation économique touche le pays depuis peu et la faible croissance est structurelle à la Russie, les questions internationales tendent à minorer l’impact électoral de la question économique. L’analyse de Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS, ancien ambassadeur de France en Russie.

 

Vladimir Poutine bénéficie d’une popularité et d’un taux d’intention de vote exceptionnels. Est-ce à dire qu’il s’agit d’une élection sans enjeux ?

Effectivement, le taux de popularité de Vladimir Poutine est resté très élevé. On impute cela à « l’effet Crimée » ou au « consensus de Crimée ». De fait, l’écrasante majorité de la population considère que le président a géré habilement le dossier. D’une manière générale, les dossiers de politique étrangère sont au bénéfice du régime. Il y a une conjonction particulière à laquelle s’ajoute le contexte économique qui, jusqu’à ces deux derniers mois, laissait prévoir une croissance de 2% avec nombre d’indicateurs positifs en matière de salaires, d’investissements et d’exportations.

Le président a bénéficié jusqu’à ces dernières semaines d’un ensemble de facteurs qui fait qu’effectivement il sera réélu sans problème. La seule véritable interrogation est le taux de participation et, sur ce point, on voit émerger au sein de l’Etat-major politique une préoccupation. A partir du moment où les jeux sont faits, même les personnes décidées à voter pour Vladimir Poutine ne seront finalement pas très incitées à se déplacer. Or, si le taux de participation passe sous la barre des 50%, cela serait considéré comme un élément négatif voir une critique de l’actuelle présidence et donc Vladimir Poutine verrait sa légitimité érodée pour son prochain mandat.

Comment se porte le pays sur le plan socio-économique ? La période de stagnation économique qui touche actuellement le pays peut-elle avoir un impact dans les urnes ?

2017 a été l’année de la reprise pour l’économie russe. Cela s’est traduit par un retour à la hausse des investissements, des salaires réels, une diminution de l’inflation jusqu’aux alentours de 3% permettant une progression du pouvoir d’achat. C’est un ensemble d’éléments qui, appuyé sur la remontée du prix du baril de Brent, a conduit à penser que l’économie nationale aller croître de plus de 2% en 2017.

En fait cette embellie s’est arrêtée assez vite et ces deux derniers mois ont été plutôt négatifs. Les revenus réels ont continué à décroître, l’investissement a stagné ainsi que la consommation et les ventes de détail ont même eu tendance à diminuer. Actuellement nous sommes dans une phase qui infirme les espérances que les économistes plaçaient dans le développement du pays.

Mais cela ne jouera pas lors des élections car, comme l’a rappelé Vladimir Poutine lors de sa conférence de presse, les performances économiques depuis son accession au pouvoir en 2000 sont telles que cela lui donne matière à faire face à ses contradicteurs. Le PIB a augmenté de 75%, la production industrielle de 70%, les salaires ont été multipliés par 3,5, les retraites par 3,6, la mortalité infantile a été divisée par 3,6, l’espérance de vie est passée de 65 à 73 ans.

Tous ces indicateurs lui donnent un crédit suffisant pour passer cette période décevante. Le problème c’est qu’elle s’annonce ainsi mais personne ne sait exactement pourquoi. Les prix du pétrole ont augmenté, le budget russe a été calculé avec un baril de Brent à 40$ alors qu’il est actuellement proche des 65$ ce qui devait constituer une marge de manœuvre appréciable.
Mais le rouble reste très bas, l’économie ne redémarre pas et pour des économistes comme Alexeï Koudrine, ministre des Finances, la cause de cette atonie est l’absence de réformes structurelles. Il s’agira donc d’en mettre en place pour sortir de cette période de croissance faible qui, comme le ministre se plaît à le faire remarquer, avait une existence antérieure à la baisse du prix du baril et la crise ukrainienne.

Toute la question sera donc de savoir si pour son dernier mandat, Vladimir Poutine lancera des réformes structurelles ou non. S’il ne le fait pas, beaucoup de spécialistes considèrent que la Russie restera sur des taux de croissance très modestes.

Quel peut être l’impact des questions internationales sur la campagne électorale ?

Vladimir Poutine a déclaré, peu avant l’annonce de sa candidature, que les troupes russes se retireraient de Syrie hormis une couverture non chiffrée qui restera sur place. Cela correspond à une demande de l’opinion publique car les opérations en Syrie sont perçues différemment de celles en Ukraine.

Pour les Russes, l’Ukraine c’est affectif et émotionnel, la Crimée ayant toujours été russe depuis le début du 18ème siècle. Pour la plupart de l’opinion russe, c’était une erreur commise par Khrouchtchev que de céder la Crimée à l’Ukraine en 1954, puis par ses successeurs de ne pas être revenus sur ce décret ; le président ne sera donc pas critiqué. En revanche, que des citoyens russes aillent mourir en Syrie, c’est moins évident pour l’opinion russe. En annonçant le rappel des troupes, Vladimir Poutine donne un signal très clair : la guerre a été gagnée et le processus diplomatique de sortie de crise est en marche.

Ainsi, les dossiers internationaux jouent incontestablement un rôle important dans la popularité de Poutine. Pour les Russes le président a rendu à la Russie son statut de grande puissance. Pour l’heure, il s’agit d’un élément important et positif de la popularité de Vladimir Poutine.

Source : IRIS, Jean de Gliniasty, 21-12-2017

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Macron décodeur-en-chef, par Frédéric Lordon

TRIBUNE LIBRE/ Frédéric Lordon

TL PRESSE FAKE NEWS

Par un effet de retour, que deux innocents grecs, Jocaste et Laïos, avaient bien expérimenté en leur temps, voilà donc les Décodeurs victimes du tragique destin qu’ils ont eux-mêmes consciencieusement œuvré à mettre en branle. L’histoire commence comme la charge de la brigade légère (ou lourde ?). La vérité est en danger, elle appelle à la rescousse. Mais qui pour lui venir en aide ? Qui sinon des vocations pures ? La presse libre et indépendante, la presse démocratique. Elle vole au secours.

On en était là de l’épopée, les Décodeurs assuraient la maintenance de la vérité en régime de croisière, bref les choses allaient gentiment leur train, quand plus sérieux qu’eux arrive leur indiquer d’autres manières : la distribution des gommettes faisant un peu léger, on y mettra maintenant les moyens de l’État.

Et voilà comment on se retrouve avec un projet de loi sur les fake news (1).

Il n’était pas besoin d’être grand clerc pour apercevoir dès le départ que tout s’était mis de travers dans cette histoire, et poursuivrait de même. Il fallait d’abord que la presse de service s’abuse considérablement quant à son propre crédit dans la population pour s’imaginer en rempart de correction, elle dont la mission d’intoxiquer n’est même plus vécue comme une mission tant elle est devenue une nature seconde. Il fallait ensuite ne pas craindre les balles perdues du fusil à tirer dans les coins, les médias rectificateurs, à défaut d’avoir songé à se blinder le fondement, étant voués à se retrouver eux-mêmes rectifiés par derrière, c’est-à-dire systématiquement interrogés pour leur substantielle contribution au faux général de l’époque. Ce qu’un minimum de décence réflexive – ou de régulation du ridicule – a manqué à produire : un réveil, il se pourrait que la loi anti fake news de Macron y parvienne, mais trop tard et avec quelques effets rétroactifs pénibles. En tout cas, et c’est le moins qu’on puisse dire, l’annonce n’a pas fait pousser des cris de triomphe dans les rédactions, même les plus en pointe dans la croisade du vrai – où, pour la première fois, on perçoit comme un léger sentiment d’alarme. On aurait pu imaginer une sorte d’exultation à la reconnaissance suprême du bien-fondé de la cause. L’ambiance est plutôt à une vague intuition du péril. De fait, le pas de trop est celui qui jette d’un coup une lumière un peu blafarde sur tout l’édifice.

Égoutiers de l’Internet ?

Car il devient de plus en plus difficile de se déclarer soldat de la vérité. L’enrôlement plus ou moins crapoteux au service du grand capital numérique n’était déjà pas bien glorieux – on ne s’était d’ailleurs pas trop précipité pour faire la publicité de ces collaborations. On apprend en effet depuis peu que bon nombre de rédactions touchent de Google et Facebook pour mettre à disposition des équipes de journalistes-rectificateurs aidant à purger les tuyaux. Il faut vraiment que l’argent manque pour accepter ainsi de se transformer en égoutiers de l’Internet pour le compte des Compagnies des Eaux qui prospèrent en surface. Bien sûr ça n’est pas de cette manière qu’on présente les choses, cependant même ré-enjolivée en cause commune de la vérité démocratique, l’association normalisatrice avec les grossiums de la donnée produit déjà un effet bizarre.

Il faut sans doute être un Décodeur, ou en l’occurrence un Désintoxicateur (Libération), pour se promener dans cet environnement en toute innocence, et même casser le morceau avec une parfaite candeur : « Nous, par exemple, on travaille pour Facebook, comme un certain nombre de médias en France travaillent pour Facebook et rémunérés par Facebook pour faire le ménage dans les contenus qui circulent », déclare Cédric Mathiot avec une complète absence de malice (2) – on voit très bien Hubert Beuve-Méry ou Sartre envisageant de « faire le ménage dans les contenus » en compagnie d’IBM ou de (la nommée avec préscience) Control Data Corporation.

On voudrait donc éclairer l’égoutier heureux sur les commanditaires pour qui il pousse le balai : Google News par exemple a considéré récemment qu’un site comme le World Socialist Website (WSW) méritait d’être évacué comme de la déjection ordinaire. C’est que Chris Hedges y a donné un entretien avertissant des risques de censure par Google – qui n’a pas plu à Google. Le malheureux Hedges a donc aussitôt disparu des référencements par Google News. Quant au WSW, il a vu sa fréquentation acheminée par Google chuter de 74 %. Comme le nettoyage est général, treize des principaux sites de gauche étatsuniens dégringolent de 55 % (3). À Libération donc, pour le compte de Facebook, ou de qui voudra (paiera), et au nom de la vérité, les Désintoxicateurs « font le ménage » – des mots parfaitement choisis pour signifier une tonique promesse de démocratie.

C’est toujours le même étonnement, éternellement renouvelé, que d’entendre un Décodeur ou assimilé prendre la parole pour livrer sa philosophie du métier, à chaque fois la même confirmation performative du naufrage de pensée en quoi consistent les idées mêmes de fake news ou de post-vérité. Plus qu’un étonnement en fait, une sorte de vertige : le Désintoxicateur ne voit même pas le problème. On notera à sa décharge que ses employeurs semblent ne pas l’avoir vu davantage. À moins que leur situation de trésorerie les ait dissuadés de le regarder trop longtemps. Mais alors pourquoi, en si bon chemin, se mettre à toussoter au moment de recevoir les consécrations de la loi ? Un rude objecteur remarquerait qu’à l’inverse de Google et Facebook, la loi, elle, ne paye pas. Ne restent que les incommodités de la compromission – rachetés par rien. Ça n’est pas faux.

… ou attachés de bureau au ministère de l’intérieur ?

C’est même si vrai que, jusque dans les directions de médias les plus fanatiques, on pressent confusément la mauvaise affaire symbolique de se retrouver trop visiblement absorbées dans le processus en cours de fusion organique des puissances : capital, État, médias. Les distinctions institutionnelles purement nominales – « les entreprises », « les médias », « le gouvernement » –, devenues entièrement factices, feuilles de vigne recouvrant une indifférenciation déjà perceptible de tous, n’en étaient que plus dramatiquement précieuses, précisément parce que c’est tout ce qu’il reste : des noms usités, pour travestir le réel, au travers desquels on commence quand même à voir a giorno, mais vitaux pour tenter de préserver les derniers semblants. Libération passe la loque pour Facebook, c’est déjà un peu lourd – si c’est rémunérateur. Mais couler cet attelage dans un ministère de l’intérieur étendu, ça va devenir trop – et finir par se voir.

Car voilà toute l’affaire : c’est qu’à un processus de fusion externe, en répond un autre, interne – à l’appareil d’État. Et les deux entrent en coalescence pour produire un résultat tout à fait inédit. Le processus interne est celui qui voit la différenciation fonctionnelle de l’appareil d’État s’effacer tendanciellement pour le menacer de s’effondrer en un double ministère sec – dont un gigantesque ministère de l’intérieur. De quoi en effet l’État s’occupe-t-il essentiellement désormais ? De deux choses : le service du capital, et le contrôle des populations. Les inégalités en fusée et l’État social conduit au délabrement par paupérisation délibérée du côté du Ministère des amis, il ne reste forcément plus que des solutions de « maintien de l’ordre » du côté du Ministère des inconvénients. De ce côté-là, la fusion justice-police est déjà bien avancée – il suffit de se repasser les exploits des procureurs, de leurs réquisition, de leurs appels, depuis l’affaire Adama Traoré jusqu’à celle du quai de Valmy, et chaque fois qu’il s’agit de prendre le parti de la police ou d’avoir affaire à quelque forme de contestation. Comme il se doit, l’ensemble coercitif est parachevé par l’état d’urgence qui, converti en droit ordinaire, offre les moyens d’une toute nouvelle politique de « prévention » : surveiller les opposants politiques, si besoin est frapper ou intimider les éléments un peu remuants.

La prévention remonte maintenant d’un cran quand elle envisage de surveiller non pas des agités déclarés, mais la circulation des idées qui pourraient en conduire d’autres à l’agitation. C’est en ce point précis que les deux processus de fusion, interne et externe, se rencontrent, au moment où les médias se retrouvent intégrés dans la grande division du travail de surveillance, et comme délégataires d’une nouvelle mission de maintien de l’ordre – de l’ordre des esprits. Mais sans avoir rien demandé, et en se trouvant un peu embarrassés, forcément, de cette attribution de fait, sinon de droit. C’est que l’image de soi en défenseur de la liberté en prend un vieux coup de se voir « rouage externe » du grand ministère de l’intérieur, par ailleurs en train de réduire à lui une bonne moitié de la structure gouvernementale.

Si elle est oxymorique, l’idée de « rouage externe » dit pourtant bien ce qu’il y a à dire : l’effacement des frontières institutionnelles et l’intégration progressive de tous les pouvoirs dans un complexe unique. L’absorption complète des médias dans le capital est déjà une évidence quand dix milliardaires contrôlent 90 % de la diffusion des quotidiens nationaux (4). Mais leur satellisation par un appareil étatique de contrôle de l’information vraie fait partie de ces variations de degré qui menacent d’une modification qualitative de la perception.

Voilà donc le tragique destin. Les médias ont cru se sauver de la misère et de la déconsidération en jouant comme dernière cartouche la croisade contre les fake news. Mais plus puissant et plus opportuniste qu’eux vient ramasser la mise et s’établir comme le Parrain de la vérité – en les vassalisant de fait. Ça n’est pas que les médias n’aient pas déjà largement pris le pli de la vassalité : quand Le Monde ou L’Obs se retrouvent dans la main de Xavier Niel qui ne cache rien de son idée générale de la presse – « quand des journalistes m’emmerdent, je prends une participation dans leur canard et ensuite ils me foutent la paix » (5) –, quand Libération ou L’Express se voient en équivalent numérique de l’ancien radio-réveil offert avec un abonnement, en l’occurrence à un fournisseur d’accès, on ne se sent pas exactement fouetté par le grand vent de la liberté.

Mais, signe des temps, si, nécessité faisant loi, l’on s’est très bien accommodé du dernier degré de vassalisation économique, on continue de faire des mines au moment d’entrer dans l’orbite de l’État. C’est qu’on tentait de survivre en trayant la rente morale offerte par des Erdoğan, Orban, Poutine et des Kim Jong variés. L’exercice de la posture va devenir plus difficile dans ces conditions où soi-même on consulte au ministère. On était Samuel Laurent ou Cédric Mathiot quand même, c’est-à-dire pas n’importe quoi, et voilà qu’on se réveille comme chef de bureau à la sous-direction de la vérité au ministère de l’intérieur. Technicien de surface chez Facebook à la rigueur, mais cadre B de la fonction publique, non !

La vérité de « la vérité »

Ça n’est pas tant, ici, que le changement de degré produise le changement de nature, mais qu’il le révèle – car il était acquis depuis un certain temps déjà. En réalité la perception commençait d’être acquise elle aussi, mais il est indéniable que le patronage étatique dans la certification de la vérité lui fait connaître un fameux progrès. Et, coïncidence malheureuse, en venant miner la stratégie résiduelle même que déployaient les médias pour planquer la merde au chat : quand on croule sous le poids de ses propres manquements, qu’on est sous le feu de la critique, et qu’on n’a aucune intention de rien changer, il reste toujours la possibilité de reprendre l’initiative en inventant des croisades subalternes : le complotisme et les fake news.

Choix terriblement mal inspirés en fait puisqu’ils étaient l’un comme l’autre susceptibles de se retourner en incrimination des incriminateurs. L’obsession du complotisme en dit au moins aussi long sur l’existence réelle de délires conspirationnistes que sur un certain tour d’esprit propre aux hommes de pouvoir qui vivent objectivement dans l’élément du complot, et dont les journalistes, quoique demi-sels d’antichambre, ont fini par s’imprégner à force de proximité. Si bien que la chasse aux complotistes a tout d’une manifestation de mauvaise conscience projective (6) – mais évidemment parfaitement méconnue comme telle.

Le cas de la fake news est plus désespérant encore. Il y a d’abord l’indigence intrinsèque de la notion, révélée par ses philosophes mêmes : « fake news », nous avertit Cédric Mathiot, « a un sens très particulier »– qui justifie donc l’intervention d’intellectuels spécifiques – : il s’agit d’« une véritable volonté de tromperie, (d’)une information fausse, fabriquée à dessein pour tromper ». L’idée, d’une nouveauté littéralement terrassante, méritait bien de recevoir son concept à part entière, et surtout d’être dite en anglais. Car on n’avait jamais rien vu de tel – même pas en français. « Un sens très particulier » donc. Pour commencer.

Mais si c’était là le seul problème de la fake news… Hélas son inconvénient principal est ailleurs : là encore, dans sa traîtresse réversibilité. Car évoquer la propagation de fausses nouvelles fait immanquablement revenir en mémoire l’édifiant bilan de la presse officielle en cette matière, depuis ce qu’Acrimed appelle assez justement le journalisme de préfecture (7) jusqu’à la préparation du terrain pour des guerres à morts par milliers (8) (mais le compte Twitter de BHL ne risque rien). De même, donc, que pour le complotisme de l’anticomplotisme, la chasse à la fake news est la mauvaise conscience renversée de la fake news institutionnelle. Reproduisant par-là le système général des autorisations différentielles propre aux inégalités sociales, système par lequel le même acte est jugé différemment selon la position sociale des commettants, la dénonciation de la fake news des gueux a pour objet de faire oublier la fake news des puissants (ou des bons puissants contre les mauvais), la fake news protégée par les habitudes de la respectabilité et les tolérances de l’entre-soi.

Mais elle vise plus encore à substituer sa question secondaire à une question principale, par le projet de réorganiser tout le débat sur les médias autour du problème somme toute inepte de la « vérité » – car il est inepte une fois qu’on a accordé cette trivialité que tout commence avec l’établissement correct des faits –, quand le seul problème important est celui de la détention – actionnariale. Que le fonctionnement général de l’information soit infiniment moins affecté par quelques cinglés qui délirent, ou quelques officines qui intriguent, que par le fait massif de la propriété capitaliste concentrée, c’est ce que peinent visiblement à comprendre les demeurés du fact-checking qui font la chasse aux mouches pendant que le gros animal est dans leur dos.

Ça n’est donc même pas que la diversion « fake news » tourne court, c’est qu’elle revient façon manivelle. Mais la foirade est complète quand le nouveau partenariat des médias et du parquet (si les premiers ne s’y trouvent pas embarqués de leur complet aval) achève de mettre en pleine lumière l’indésirable vérité de la « lutte pour la vérité ». Il n’y avait plus que l’idéologie professionnelle de la corporation pour croire à cette vaste blague de la presse contre-pouvoir, quand tout atteste qu’elle est passée entièrement du côté des pouvoirs. Au moins restait-il ce qu’il fallait de distinctions formelles pour faire perdurer l’illusion auprès des moins avertis. Évidemment, si les médias installent leurs « cellules » quelque part entre le palais de justice et la préfecture de police, tout ça va devenir plus compliqué.

Politique-fake news

Que tout se voit davantage, c’était bien une prévisible némésis pour les médias du macronisme. Car s’il y a une maxime caractéristique du macronisme, c’est bien moins « En marche » que « Tout est clair ». Avec Macron tout est devenu très clair, tout a été porté à un suprême degré de clarté. L’État est présidé par un banquier, il offre au capital le salariat en chair à saucisse, il supprime l’ISF, il bastonne pauvres et migrants, dix ans plus tard et après n’avoir rien compris, il rejoue la carte de la finance. Tout devient d’une cristalline simplicité. En même temps – comme dirait l’autre – il n’a pas encore complètement rejoint son lieu naturel, le lieu du cynisme avoué et du grand éclat de rire ; et la guerre aux pauvres ouverte en actes ne parvient pas encore à se déclarer en mots. Il faut donc prétendre l’exact contraire de ce qu’on fait, scrupule résiduel qui met tout le discours gouvernemental sous une vive tension… et, par conséquent, vaut à ses porte-parole un rapport disons tourmenté à la vérité. Se peut-il que le schème général de l’inversion, qui rend assez bien compte des obsessions anticomplotistes et anti-fake news, trouve, à cet étage aussi, à s’appliquer ? C’est à croire, parce que la masse du faux a pris des proportions inouïes, et qu’il n’a jamais autant importé d’en rediriger l’inquiétude ailleurs, n’importe où ailleurs. On doit prier dans les bureaux pour que se fassent connaître en nombre de nouveaux fadas, des équivalents fonctionnels de la Pizzeria Comet Ping Pong (9), des hackers russes, des allumés des chemtrails ou de n’importe quoi pourvu qu’on puisse dire que le faux, c’est eux. Mais qu’heureusement l’État de médias veille.

En attendant que ces faux adversaires et vrais renforts arrivent, et qu’on puisse lancer contre eux la brigade très légère des fact-checkers, éventuellement accompagnée d’un panier à salade, il faut bien parler quand on est ministre et qu’on n’a pas réussi à éviter tous les micros (vraiment, on comprend qu’ils se planquent). Muriel Pénicaud explique sans ciller que la nouvelle disposition des ruptures conventionnelles constitue « un atout pour les salariés » (10). La même, qui a constitué une partie de son patrimoine par des plus-values sur stock-options consécutives à ses licenciements, est bien partie pour économiser 49 000 euros d’ISFet l’on se demande ce qui, de ce fait ou de la fausse nouvelle d’un compte de Macron aux Bahamas, offense le plus l’esprit public. En tout cas Benjamin Griveaux n’en jure pas moins que « le gouvernement ne fait pas de cadeaux aux riches » (11). Gérard Collomb affirme, lui, qu’avec la loi antiterroriste « nous sortons de l’état d’urgence ». Éduqués à faire où on leur dit de faire, les médias ont répété à l’unisson. Avec évidemment un niveau de dissonance à y laisser la santé mentale : « sur le fond, les mesures d’exception vont devenir la norme » écrivent ainsi Les Échos – qui n’en titrent pas moins « Macron tire un trait sur l’état d’urgence » (12). On rapporte que Collomb en a marre de « passer pour le facho de service ». Mais c’est qu’il lui revient fonctionnellement le mauvais bout dans la ficelle de la double vérité – allez, c’est le bout où l’on récupère quand même l’admiration de l’extrême droite. Le bon bout, Macron se l’est gardé pour lui : « nous devons accueillir les réfugiés, c’est notre devoir et notre honneur ».

Tout ça fait déjà beaucoup, mais le mensonge s’élève pour ainsi dire au carré quand il est celui d’un discours qui porte sur le mensonge. Élevant tout cet ensemble à un point de perfection, et se rendant elle-même au tréfonds de l’abaissement, la ministre de la culture n’hésite pas à déclarer que la future loi sur les fake news vise « à préserver la liberté d’expression » (13). Boucle bouclée – et le ministère de l’intérieur a maintenant également absorbé une direction de la culture rectifiée.

S’il faut conserver quelque chose de la philosophie du Désintoxicateur, accordons-lui que le concept de la fake news est bien là, dans sa pureté : nous avons affaire à un ensemble de dires outrageusement faux, « fabriqués à dessein pour tromper ». Prévisible ironie, la loi sur les fake news est bien le terminus de la vérité – mais rejoint au nom de la lutte contre la post-vérité. Que la némésis de la presse macronienne advienne par Macron lui-même, n’est-ce pas finalement dans la logique des choses ? Ce n’est plus un gouvernement, c’est une fanfare à fake news. Tous les instrumentistes semblent bourrés, en tout cas cornent à tout va. Mais en fait sous la férule et dans la crainte du chef d’orchestre. Et, comme le veut cette forme renversée de cohérence désormais familière, le tout selon une partition attaquant les libertés au nom de la lutte contre « l’illibéralisme ».

Remarquable trajectoire, même si elle n’est faite que pour étonner les « faiseurs de barrage ». Prétextée par les outrances de Trump, la course à la vérité s’achève dans un devenir-Trump de Macron, qui plus est embarquant la presse des vraies-news dans ce grand huit d’où l’on aura sans doute à ramasser quelques désorientés. Que Macron se mette à avoir des airs de Trump, ce sont leurs politiques fiscales semblables qui l’ont déjà laissé entrevoir (14). Voilà qu’ils se ressemblent maintenant par leur commune obsession pour les fake news, simultanément propagateurs – bien sûr pas encore au même degré de grossièreté – et promettant de les éradiquer. Comme l’autre, Macron a visiblement envie d’être quelque chose in chief. Pourquoi pas Decoder in chief alors ?

On devrait tenir pour un symptôme sérieux qu’un gouvernant se prenne d’obsession pour les fake news : le symptôme de celui qui, traquant les offenses à la vérité, révèle qu’il est lui-même en délicatesse avec la vérité. Nous en savons maintenant assez pour voir que la politique entière de Macron n’est qu’une gigantesque fake news – parachevée, en bonne logique, par une loi sur les fake news. Entre le parquet et les cellules de Décodeurs, il y a de la catastrophe logique dans l’air, et de la souffrance au travail qui s’annonce. Ou peut-être pas.

Obsessions complotistes, obsessions anticomplotistes

On comprend sans peine que Libération et Le Monde, mais parmi tant d’autres, se soient fait une joie de l’étude Fondation Jean-Jaurès-Ifop sur les tendances complotistes de la population. Les deux principales écuries à Décodeurs n’allaient tout de même pas laisser passer ce caviar d’une justification en quelque sorte ontologique. Ni la presse en général manquer une occasion de réaffirmer que le monopole de l’information vraie comme de la pensée juste lui appartient. On notera au passage comme est bien conçue cette « étude », qui accole les 75 % de la population manifestant une défiance envers les médias avec le reste de la benne à complotistes, l’idée étant de suggérer, comme il se doit, que douter des médias et battre la campagne conspirationniste, c’est tout un. À l’évidence, ce qu’on pourra maintenant appeler le « massif du pouvoir », attaqué de toutes parts, n’est plus capable, pour se maintenir dans son monopole de la direction générale, de trouver d’autre solution que… la disqualification de la population même : elle est économiquement illettrée, politiquement errante, et d’une crédulité vicieuse.

On sait donc maintenant avec une certitude scientifique au moins égale à celle de l’institut Ifop que le massif du pouvoir a perdu tout moyen de comprendre ce qui lui arrive – état de stupidité qui fait pressentir les conditions dans lesquelles, incapable de la moindre rectification de trajectoire, il finira : mal (car il finira bien un jour). Il a notamment perdu les moyens de comprendre ce qui se joue avec l’inflammation conspirationniste – dont il reste à prouver, tous effets de loupe des réseaux sociaux mis à part, qu’elle a effectivement crû. C’est que Rudy Reichstadt et la Fondation Jean Jaurès se seraient sans doute empressés de comptabiliser comme complotistes les « satellites détraquant la météo » qui faisaient les beaux jours des comptoirs des années 60 – et les satellites étaient russes !

Que la pensée publique erre dans le mouvement naturel de faire sens de ce qui lui arrive, c’est un fait dont la nouveauté historique demanderait à être beaucoup discutée. Que, par un effet paradoxal, l’ampleur des élucubrations ait crû à proportion de l’élévation du niveau général d’étude, c’est-à-dire du nombre des gens s’estimant autorisés à « avoir des idées » sur le cours du monde, et à les dire, maintenant même à les publier, c’est probablement une piste plus robuste. Que l’obstination des pouvoirs à confisquer la conduite des affaires publiques en en dissimulant à peu près tout des gouvernés, fouette la production populaire des conjectures, qui plus est dans un contexte d’illégitimité croissante des gouvernants, et avec nécessairement la croissance, là encore simplement proportionnelle, de sa part égarée, ce serait aussi une piste à creuser. Mais on comprend que ni Le Monde ni Libération n’en aient la moindre envie. Quant à la cabane de jardin de la rue de Solférino (la Fondation Jean Jaurès) il y a beau temps qu’elle a perdu le dernier outil qui lui permettrait de creuser quoi que ce soit.

Frédéric Lordon

Source : Le Monde diplomatique, Frédéric Lordon, 08-01-2018

https://www.les-crises.fr/recommande-macron-decodeur-en-chef-par-frederic-lordon/

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Dans une tribune, 100 femmes, dont Catherine Deneuve, défendent la "liberté d'importuner" des dragueurs

"Nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité" : dans une tribune publiée par Le Monde, mardi 9 janvier, cent femmes signataires prennent la défense de la "liberté d'importuner", après ce qu'elles qualifient de "campagne de délation" visant des hommes accusés de harcèlement sexuel dans la foulée de l'affaire Weinstein.

ACT BALANCE

Le texte a été écrit par cinq auteures [sic] reconnues, parmi lesquelles Catherine Millet et Catherine Robbe-Grillet, et signé par des personnalités comme l'actrice Catherine Deneuve et la journaliste Elisabeth Lévy.

"Ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou"

"Cette libération de la parole se retourne aujourd’hui en son contraire", écrivent-elles, comparant au "puritanisme" et à une "campagne de délation" la dénonciation du comportement d'un certain nombre de personnalités accusées publiquement de harcèlement, notamment lors des campagnes #balancetonporc et #metoo sur les réseaux sociaux.

"Cette justice expéditive a déjà ses victimes", estiment les signataires : des hommes dénoncés et sanctionnés "lorsqu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses 'intimes' lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque". 

Elles déplorent également les conséquences de ce mouvement sur la culture, comme l'annulation d'une rétrospective Roman Polanski à la Cinémathèque française.

"La drague insistante n'est pas un délit"

Le texte dénonce enfin ce qu'il considère comme un enfermement des femmes dans un statut de victimes : une femme "peut veiller à ce que son salaire soit égal à celui d’un homme", mais "ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro" voire l'envisage comme "l’expression d’une grande misère sexuelle" ou "un non-événement".

"Nous pensons que la liberté de dire non à une proposition sexuelle ne va pas sans la liberté d’importuner", concluent ces femmes, qui débutent leur texte en estimant que "la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste".

https://www.francetvinfo.fr/societe/harcelement-sexuel/cent-femmes-dont-catherine-deneuve-et-catherine-millet-defendent-la-liberte-d-importuner-des-dragueurs-dans-une-tribune_2552731.html

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mardi 9 janvier 2018

Le sentiment d’isolement des Limousins grandit en Nouvelle-Aquitaine

Deux ans après la création de la grande région, nombre de Limousins expriment un sentiment de délaissement territorial. Entre ressenti et réalité, il y a certainement une grande différence qu’il faudra du temps pour quantifier de manière scientifique. Mais à coup sûr le centre de décision n’est plus Limoges…

ACT REFORMES TERR

Le grand débat sur l’avenir de la Cour d’appel de Limoges a mis en lumière un pan, jusqu’alors resté silencieux, des sentiments des Limousins, quant à l’intégration de l’ex-région dans la Nouvelle-Aquitaine.

Abandon, délaissement, mise en marge : quelle que soit la terminologie employée, le résultat est à peu près le même. À tel point d’ailleurs, que les élus de tous bords se sont emparés de la question.

Alain Rousset a ainsi convié les élus de l’ex-Limousin à un dîner à Bordeaux lors de la dernière séance plénière du Conseil régional afin de leur rappeler son souhait « d’équité entre les territoires » dans les politiques régionales engagées.

À Limoges, Emile Roger Lombertie, le maire, et Gérard Vandenbroucke, le premier vice-président du Conseil régional et président de Limoges Métropole se disent prêts à financer une étude afin de mesurer l’impact réel de la réforme territoriale.

« La science dans cette question est prématurée »

Interrogé sur la faisabilité d’une telle étude par Gérard Vandenbroucke, Frédéric Richard, maître de conférences en géographie au Géolab de la faculté des lettres et des sciences humaines de Limoges, reconnaît l’intérêt pour le chercheur qu’il est, d’une telle étude. « Mais ce n’est pas notre cœur de métier et nous ne sommes pas des spécialistes. Mettre de la science dans ces questions-là, aujourd’hui, n’aurait aucun sens. Ce ne serait que des éléments impressionnistes, de l’intuition confortée par quelques faits et des expériences partagées. Il faut du recul même si le sentiment est un fait et le regard que l’on porte au fait est déjà une valeur. Il faut des outils d’approche quantitative des politiques publiques. »

Pour autant, selon lui, il y a bel et bien un « un sentiment de marginalisation. Il est logique qu’il s’exprime aujourd’hui. C’est assez mécanique du point de vue du géographe. Le Limousin est ce que nous appelons une marge de l’intérieur du pays. Quand il était en périphérie de Paris, il existait une sorte de compensation, pas que symbolique, qui était l’existence d’un statut de région et pour Limoges de métropole régionale qui était fondé, presque exclusivement, sur l’exercice du pouvoir. Cela nous mettait au même rang que Bordeaux, Nantes, etc. C’était complètement artificiel mais offrait le privilège d’être, ce que j’appelle, une métropole du vide. Ce pouvoir a été supprimé au profit d’une capitale régionale avec laquelle, du point de vue des flux, de l’orientation des appareils productifs, il n’y avait que très peu de liens. On est donc en marge de Paris et d’une capitale régionale très éloignée, que les gens ne connaissent pas et étrangère à leur mentalité ».

Infographie : Philippe Chapelle

Généralement, ce sentiment de mise en marge est particulièrement vrai dans les territoires ruraux mais il est aussi le propre des zones qui manquent d’une identité forte. « La décentralisation des années 1980 a construit une relation de centre périphérie entre Limoges-Haute-Vienne et le reste du Limousin. Sauf que l’accès ou la proximité au pouvoir était tout autre. Il y a une identité limousine et les contours collaient aux limites historiques ».

 

Près d’un Français sur trois estime vivre dans un territoire délaissé



Ce n’est pas propre aux Limousins. Près d’un Français sur trois (*) s’estime délaissé par les pouvoirs publics : 20 % ont « plutôt » le sentiment de l’être et 8 % en sont convaincus. 33 % estiment ne « pas du tout » habiter dans un territoire délaissé et 39 % « plutôt pas ». Malgré tout, près de neuf sur dix sont satisfaits de leur cadre de vie quotidien.

Cette étude réalisée en octobre 2017 par le Credoc, le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie pour le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), montre en outre que ce sentiment de délaissement est particulièrement prégnant dans les communes situées en dehors des zones d’influence des grandes aires urbaines.

Le délaissement lié aux conditions sociales

Il est aussi lié à la situation sociale et économique des individus. Les plus pauvres (36 %), les non diplômés (33 %) et les chômeurs (39 %) ont plus souvent ce sentiment, y compris lorsqu’ils vivent dans les territoires les plus favorisés.

Pour autant, les personnes estimant vivre dans un territoire délaissé par les pouvoirs publics n’envisagent pas plus que les autres de déménager : 35 % aspirent à changer de ville dans les cinq prochaines années. 39 % pensent qu’il leur serait plus facile de mener à bien leurs projets de vie s’ils vivaient dans une autre ville, un autre département, ou une autre région.

Paradoxe, 72 % des personnes interrogées se disent très attachées à leur région. Envisager un déménagement est également très lié à la confiance en l’avenir que chacun porte. Parmi ceux qui pensent que leurs conditions de vie vont beaucoup se « dégrader », la part de celles qui souhaitent déménager dans une autre est près de deux fois moins moindre par rapport aux optimistes. Or, à sexe, âge et niveau de diplôme égal, changer de département n’est pas un atout au retour à l’emploi.

S’ils ont le choix, les Français optent pour « un développement du territoire permettant à chacun de réaliser ses projets de vie là où ils résident ». Un quart des interrogés privilégie des aides à la mobilité. Quant aux attentes des Français ayant le sentiment de vivre sur un territoire délaissé, elles sont nombreuses : favoriser l’installation de nouvelles entreprises (44 %), améliorer l’offre de santé (40 %), améliorer l’offre de services publics (33 %), construire davantage d’équipements de loisirs et de culture (28 %), augmenter l’offre de commerce (27 %). 

(*) L’étude du Crédoc a été menée auprès de 2.000 personnes, âgées de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

https://www.lepopulaire.fr/limoges/politique/2018/01/08/le-sentiment-disolement-des-limousins-grandit-en-nouvelle-aquitaine_12692503.html

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On se demande bien quel serait l'intérêt de financer une étude spécifique sur l'impact des réformes territoriales pour aboutir à ce que tout le monde sait: c'est un désastre! D'autant qu'on n'a pas jugé utile de consulter les populations AVANT de les mettre en oeuvre.

Le point de vue que nous défendons depuis le début est que ces réformes n'ont été motivées que par des impératifs idéologiques et géostratégiques émanant des institutions bruxelloises. L'objectif, démanteler progressivement les nations européennes et favoriser l'émergence de nouvelles identités territoriales au détriment de toutes les identités locales d'origine et, bien sûr, nationales.  SR/P.G

OUTIL FL EUROREGIONS

Facebook paie Le Monde et ses “Décodeurs” pour traquer les “fake news”

Libération avec Libé/Désintox et d’autres médias français sont aussi concernés.

ACT MONDE FB

Vous avez dit indépendance ? Alors que Le Monde, dans un éditorial publié ce jeudi, redoute « les risques » du futur projet de loi contre les « fake news » annoncé par Emmanuel Macron, le Canard enchaîné révèle que Facebook collabore avec le quotidien du soir pour faire le ménage sur le réseau social, fréquenté par 33 millions d’abonnés en France. Moyennant finance. Titre de l’article : « Entre “Le Monde” et Facebook, un beau conte de “fake” ».

Le Monde, « dans le cadre d’un partenariat avec Facebook, a été mandaté par le réseau social […] pour épousseter ses pages », écrit l’hebdomadaire satirique. « Julien Codorniou, le vice-président de Facebook chargé des partenariats, qui vit à Londres, est membre du… conseil de surveillance du « Monde » ! », précise le palmipède. Ce dernier est aussi un « grand ami de Xavier Niel – le coproprio du quotidien ».

« La romance entre Facebook et « Le Monde », elle, a réellement démarré en février 2017 », rappelle le Canard. À l’époque, le géant du Net demande aux journalistes de l’aider à traquer les « fausses nouvelles » sur ses pages. Un temps « pris d’un doute » éthique, Le Monde « a soulagé illico sa conscience »,écrit l’hebdomadaire, qui parle de « pragmatisme financier ».

« Car Facebook paie désormais les journaux traqueurs de contenus sales »,affirme le palmipède, qui a demandé sans succès au quotidien le prix du service rendu« Mais c’est bien toute une équipe Web du journal (celle des « décodeurs ») qui a été mise au turbin pour le compte du réseau social ». Le Décodex du Monde a ainsi repéré 2 865 infos bidon sur Facebook et 147 pages sur les 1 198 épinglées ont été fermées, le plus souvent, en réalité, du fait de leurs contenus haineux ou racistes.

https://www.valeursactuelles.com/societe/facebook-paie-le-monde-et-ses-decodeurs-pour-traquer-les-fake-news-92092

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SUSHIS ATOMIQUES – Le Conseil bafoue la position du Parlement européen

Le 25 septembre 2017, la section « nouveaux aliments et sécurité toxicologique de la chaîne alimentaire » du Comité permanent du Conseil européen a approuvé la proposition de la Commission européenne de réduire les contrôles sur les importations de produits alimentaires venants de la région de Fukushima. Le Conseil n’a pas pris en compte l’objection du Parlement européen voté le 7 septembre en plénière.

 

ARG SANTE UE

Réaction de Michèle Rivasi, députée européenne et membre de la Commission environnement et santé publique :

« C’est un déni démocratique. Le Standing Committee n’a pas tenu compte de l’objection votée par 543 députés européens représentants tous les groupes politiques. Le Parlement s’est opposé à la proposition de la Commission européenne qui va à l’encontre du principe de précaution. Ce projet prévoit de réduire le nombre de municipalités et le nombre d’aliments contrôlés, en excluant notamment le riz exporté de Fukushima, des espèces de poissons, les crustacés et les mollusques.

Réduire les contrôles ne réduit pas la radioactivité !  On ne peut prendre ce genre de décisions à la légère. Par exemple, en supprimant l’obligation de contrôle du riz et de produits dérivés de la municipalité de Fukushima, cette proposition supprime le contrôle du riz utilisé dans les aliments pour bébés et destinés aux jeunes enfants. Aucun niveau de contamination n’est acceptable pour ces groupes particulièrement vulnérables.

En outre, cette proposition laisse des questions sans réponses. Elle aborde les isotopes Cs-134 et Cs-137, mais ne dit rien sur le strontium-90 (Sr -90), qui est un angle mort dans le système de surveillance au Japon. Le manque de surveillance de Sr-90 est très préoccupant, d’autant plus que cet isotope pourrait également être présent dans les 770 000 tonnes d’eau de refroidissement qui peuvent être déchargées dans la région de Fukushima et contaminer ainsi les fruits de mer.

Enfin, notre objection avait pointé le manque de transparence. La proposition de la Commission se base sur des données fournies par les autorités japonaises sans analyse globale, sans données brutes précises indiquant les becquerels par kilo, ni des précisions sur la méthodologie utilisée.

Outre l’opacité, nous sommes dans le déni démocratique. Le Conseil piétine l’objection des représentants des peuples européens. Il ne semble aussi pas tenir compte des actualités et des potentielles évolutions qui peuvent avoir un impact sur l’alimentation. On peut penser à la déclaration de Tepco de l’impact nul de la libération d’eau tritiée dans l’océan, ou aux négociations commerciales UE-Japon qui pourraient augmenter l’importation de riz. »

http://www.michele-rivasi.eu/a-la-une/sushis-atomiques-le-conseil-bafoue-la-position-du-parlement-europeen/

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S.R (UPR 87)

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Echec total de Minsk II - C’est au peuple du Donbass de décider de son avenir

Fin décembre, plusieurs déclarations importantes ont été faites en République Populaire de Donetsk (RPD) et en Russie concernant l’avenir du Donbass.

TL DONBASS UKR

Actant les déclarations venant de Kiev qui annoncent plus ou moins officiellement la mort des accords de Minsk, et les actes du Canada et des États-Unis qui jettent de l’huile sur le feu du conflit, il semble que la Russie, la RPD et la RPL (République Populaire de Lougansk), devant l’évidence d’une reprise plus ou moins rapide de la guerre, ont décidé d’officialiser le fait que le Donbass ne retournera pas sous le giron ukrainien.

Le premier à ouvrir le bal fut le secrétaire d'État, et ministre adjoint des Affaires étrangères de la fédération de Russie, Grigori Karassine, qui a déclaré, lors d’une interview pour RIA Novosti, que les habitants de la RPD et de la RPL doivent déterminer eux-mêmes la forme de leur nouvelle coexistence avec leurs voisins.

« Quant à l'avenir des Républiques de Donetsk et de Lougansk, cela devrait être, tout d’abord,le choix des personnes qui y vivent. Ce sont les habitants qui doivent décider des formes de coexistence étatique, politique, économique et sociale avec leurs voisins qui seront acceptables et confortables pour eux », a déclaré monsieur Karassine.

Cette réponse a été faite à la question de savoir si au vu de l’échec patent des accords de Minsk depuis plusieurs années, la Russie ne devrait pas purement et simplement reconnaître l’indépendance de la RPD et de la RPL.

Le fait que le journaliste de RIA Novosti pose cette question en premier, est un bon indicateur du fait que celle-ci se pose de plus en plus dans la société russe.

Après avoir rappelé l’attachement de la Russie au respect des accords de Minsk, Grigori Karassine ne peut qu’énoncer une vérité dite à de nombreuses reprises ces deux dernières années, à savoir que l’Ukraine sabote totalement ces accords.

Et même pire, il a rappelé que les autorités ukrainiennes faisaient tout pour pousser le Donbass hors du pays au lieu de réintégrer la région.

« Au lieu de la réintégration de la région dans un espace politico-économique commun, les dirigeants ukrainiens repoussent en fait de leurs propres mains le Sud-Est du pays. Kiev utilise tous les moyens possibles, y compris en ne dédaignant pas des méthodes franchement cruelles et cyniques, allant de la cessation des paiements sociaux et des pensions de retraite, à la coupure de l'eau, de l'électricité et jusqu'aux tentatives d'isoler le Donbass en introduisant un blocus presque total. Tout est fait dans un seul but : provoquer un mécontentement généralisé et forcer la région à se rendre, quelle que soit l'opinion de la majorité de sa population qui ne veut pas accepter la politique de Kiev », a déclaré monsieur Karassine.

Juste après cette déclaration, c’est Alexandre Zakhartchenko, le chef de la RPD, qui a déclaré lors d’une émission télévisée, que les actions de Kiev contre le Donbass sont loin de susciter l’envie de retourner sous le contrôle du gouvernement ukrainien.

« L’État qui, par tous les moyens, essaye d’occuper, de détruire, d’encercler avec du fil de fer barbelé, envoie des chars d’assaut, l’aviation, des unités de l’armée régulière pour détruire un peuple qui ne reconnaît pas le pouvoir de Kiev, vous pensez qu’il est possible de retourner dans ce pays ? D’y retourner par une sorte d’obligation contractuelle ? Non. L’abîme qui est entre nous est un gouffre creusé dans le sang de notre peuple, » a déclaré Zakhartchenko.

Il a ensuite poursuivi en répondant à la question d’une éventuelle intégration de la RPD et de la RPL au sein de la fédération de Russie, en rappelant que cela devait se faire avec l’aval du peuple.

« Nous devons avoir gagné notre indépendance. Et nous l’avons gagnée. Seul un peuple indépendant peut être libre. Mais avec qui nous voulons vivre ensemble, rejoindre la fédération de Russie, comme la Crimée l’a fait, cela sera décidé par notre peuple lors d’un référendum général, » a-t-il souligné.

Grigori Karassine, tout comme Alexandre Zakhartchenko ont rappelé un principe démocratique qui paraît évident, mais qu’il semble nécessaire de rappeler à la « communauté internationale ».

Dans une démocratie, c’est au peuple de choisir comment il veut vivre. Ce n’est pas à Kiev ou à Washington de décider si le Donbass doit retourner au sein de l’Ukraine ou non. C’est à la population du Donbass de décider pour elle-même, comme l’indique très clairement la charte de l’ONU, dans son deuxième point de l’article 1, sur le droit à l’autodétermination des peuples.

Et au vu de la guerre que Kiev a lancée contre le Donbass depuis bientôt quatre ans, et des menaces constantes de génocide formulées par des officiels ukrainiens, il serait criminel d’obliger le Donbass à retourner sous le giron ukrainien, sous prétexte que la région a fait partie de l’Ukraine durant une courte période (à l’échelle historique).

Le précédent yougoslave, avalisé par l’Occident celui-là, car il convenait à leurs plans, sera très certainement rappelé par la Russie le moment venu pour rendre la mémoire aux représentants occidentaux amnésiques adeptes du deux poids deux mesures, qui crient à la sainteté de l’intégrité territoriale ou au droit à l’indépendance de telle ou telle région selon ce qui les arrange.

Le peuple du Donbass a payé le prix du sang et sacrifié des milliers de vies, pour faire valoir son droit inaliénable à décider de la façon dont il veut vivre. L’obliger à retourner sous le giron ukrainien, sous prétexte d’inviolabilité des frontières, reviendrait à cracher sur ceux qui sont morts pour avoir réclamé et défendu le droit du peuple à décider de son avenir.

Christelle Néant

https://dnipress.com/fr/posts/eventuelle-integration-federation-de-russie-face-a-echec-total-de-minsk-ii-c-est-au-peuple-du-donbass-de-decider-de-son-avenir/

Posté par UPR Creuse à 04:46 - - Permalien [#]
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Mélenchon et le drapeau Européen : Symbole d’une trahison.

Pour ceux qui n'ont pas suffisamment prêté attention à cette affaire: le revirement de Mélanchon sur la question du drapeau européen, présent dans l'hémicycle en violation de la constitution, mais ce n'est pas l'argument qui fut retenu...  P.G.

TL TF



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