mercredi 18 juillet 2018

Larmes, bousculades et gaz lacrymogènes à Felletin contre l'expulsion d'un jeune Soudanais

Affrontements devant la gendarmerie de Felletin. Les militaires ont fait appel à des renforts pour briser les barrages dressés par 150 manifestants devant leur bâtiment. Des habitants du plateau de Millevaches se sont opposés, en vain, à l'expulsion d'un jeune réfugié soudanais ce lundi 9 juillet.

ACT EXPULSION FELLETIN

Des cris, des larmes et une grosse bousculade devant la gendarmerie de Felletin. Ce lundi après-midi, environ 150 habitants venus de tout le plateau de Millevaches ont tenté de s'opposer à l'expulsion d'un jeune soudanais de 21 ans.

Nordeen E. a fuit son pays en guerre, et par le biais de hasard et de coups du sort, il a trouvé refuge à Faux-La-Montagne, commune connue pour son esprit d'entraide et d'accueil. Le jeune homme y séjourne depuis huit mois , mais ses papiers ne sont pas en règle. La France lui demande de retourner en Italie, le pays par lequel il est arrivé en Europe pour instruire son dossier de demande d'asile.  

Le jeune soudanais ne s'est jamais caché, et il s'est rendu de lui-même à une convocation de la gendarmerie de Felletin.  Ses amis, ses soutiens, convaincus de ne pas le voir ressortir ont dressé un barrage devant la caserne.

Environ 150 personnes se sont opposées à cette expulsion - Radio FranceEnviron 150 personnes se sont opposées à cette expulsion © Radio France - Olivier Estran

Larmes et cris de rage

Les habitants ont barré la rue de la gendarmerie avec un fourgon, des voitures.. prêts à passer la nuit sur place, en espérant que les autorités reviennent sur leur décision et laissent Nordeen compléter son dossier en France. 

Sur le coup de 20 heures, les gendarmes ont reçu d'importants renforts venus en fourgons immatriculés en Haute-Vienne ou en Corrèze.  Une brève sommation, et les gendarmes ont enfoncé le barrage des militants, utilisant des gaz lacrymogènes pour évacuer les récalcitrants.

Face à face tendu et bousculades - Radio FranceFace à face tendu et bousculades © Radio France - Olivier Estran

Coups, larmes et colère: le récit de l'évacuation du barrage de la gendarmerie

Les gendarmes ont découpé une portion du grillage de leur caserne pour évacuer le jeune soudanais loin des manifestants. Les habitants sont écœurés.  Les militaires ont fait face à leur colère et leur dégoût : "Je jouais au foot avec lui. En le renvoyant en Italie, c'est direction le Soudan, et vous le condamnez à l'abattoir," lâche un jeune homme, "ce n'est pas une question de légalité mais d'humanité "

"Comment allez vous expliquer à vos enfants ce que vous faites, là ?" demande un autre, certains sont à bout de nerfs, il y a des insultes, des appels à la démission, mais les militaires restent le plus souvent impassibles. "S'il y en a une qui doit avoir honte, c'est la préfète de la Creuse", assure un des habitants. Selon lui, à deux jours près, Nordeen aurait pu avoir le droit de compléter son dossier en France. 

"Actes de rébellion"

"A chaque fois qu'il y'aura une expulsion sur le plateau, vous serez là ? Eh bien, on sera là nous aussi. On va apprendre à se connaitre !" promet un des manifestants.

Le face-a-face des habitants et des gendarmes s'est prolongé jusqu'à 23 heures. Un des habitants est resté une partie de la soirée en garde à vue. Il est accusé d'avoir poussé une gendarmette, et pourrait répondre devant la  justice "d'actes de rébellion".

La préfète félicite les gendarmes

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Dans un communiqué de presse publié ce mardi matin, Magali Debatte, préfète de la Creuse "condamne ces actes de violence envers les forces de sécurité intérieure dans l’exercice de leur mission et salue le grand professionnalisme et le sang froid dont les gendarmes ont fait preuve lors de cette opération "

La préfète confirme que le jeune soudanais a été conduit en centre de rétention administrative. Elle affirme qu'elle n'a pas voulu en faire un exemple. Pas de zèle, et apporte les précisions suivantes : "La procédure de réadmission vers l’Italie est une procédure normale conduite au titre des accords de Dublin III qui permet à cet État européen, seul compétent désormais, de réexaminer sa demande d’asile déposée initialement par l’intéressé. Il n’y a donc aucune raison d’en dispenser M. Nordeen E et de retarder son retour vers l’Italie qui a accepté sa réadmission et l’instruction de sa demande d’asile. Dans cette situation, le droit s’applique dans le respect de la réglementation liée aux étrangers."

https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/larmes-bousculades-et-gaz-lacrymogenes-a-felletin-contre-l-expulsion-d-un-jeune-soudanais-1531176687

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Des logiques contradictoires s'affrontent dans ce genre de situations: la logique humanitaire, bien compréhensible, et que certains tendent à oublier: il s'agit d'abord de personnes, avec leur histoire, leur parcours et parfois des situations tragiques; en face, l'application de la loi, du droit international mais aussi en l'occurence des traités européens, souvent sous l'angle de "dossiers" à traiter. Au milieu, les manipulations des uns et des autres, l'intérêt du patronat à récupérer une main d'oeuvre "bon marché", certains lobbies dont les finalités géopolitiques sont diverses et bien loin de l'intérêt des gens concernés, les manoeuvres politiciennes et les récupérations idéologiques des uns et des autres... La situation actuelle est d'autant plus étonnante qu'on avait cru comprendre, lors du dernier sommet européen, qu'il était question de décharger l'Italie de la gestion quasi- unilatérale des "arrivants", mettant ainsi un terme de fait au traité de Dublin, mais les voies de LREM et des européistes sont impénétrables!  P.G.

mardi 17 juillet 2018

CGT : l'illusion mortelle d'une issue européenne à la crise actuelle

TRIBUNE LIBRE / Publié le 4 juillet 2018 par FSC (Front syndical de Classe)

TL FSC LUTTES UE

le communiqué de la cgt :

GUERRE COMMERCIALE  Indistinctement les salariés en sont les premières victimes

jeudi 28 juin 2018

Sortie de l’accord sur le nucléaire iranien, taxes sur l’acier et l’aluminium, la politique de Trump oblige à s’interroger sur les conséquences de décisions et sur la capacité de la France et de l’Europe à développer une politique industrielle. Les seuls perdants d’une guerre économique seraient les travailleurs de tous les pays.

Il est nécessaire d’agir pour impulser la construction d’une réponse, en France et en Europe, qui parte de la satisfaction des besoins des populations et de la prise en compte des défis environnementaux. C’est le seul chemin pour bâtir la paix ici et ailleurs.
La mise en compétition des pays, la mise en concurrence des travailleurs font que la politique industrielle européenne est inexistante. C’est encore plus vrai pour la France dont l’obsession à offrir aux actionnaires des dividendes toujours plus élevés a conduit à des sous-investissements massifs dans l’appareil productif, la recherche, la formation, les qualifications, les salaires. Cela rend notre système productif encore plus sensible aux politiques des autres pays en la matière avec des répercussions directes sur l’emploi.
L’arme de justice extraterritoriale américaine a déjà servi à liquider certains de nos fleurons industriels. Le scandale d’Alstom et de la vente de la branche énergie à Général Electric revient sur le devant de l’actualité avec le piétinement par Général Electric de son engagement à créer 1000 emplois en France.
Nous sommes dans un affrontement qui dépasse les enjeux commerciaux à court terme.
Pour résister, il est nécessaire d’avoir une véritable politique industrielle pour notre pays et que la France joue son rôle pour impulser la construction d’une politique industrielle européenne qui fait cruellement défaut.

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Pour la CGT, le moment est venu d’une mise à plat des questions fondamentales :

clarification de la logique des échanges. Multilatéralisme maîtrisé. Ni , ni fermeture des frontières ;

remise en ordre du système monétaire international et fin du privilège du dollar. Mobilisation de la création monétaire en euro au service d’un nouveau développement ;

élaboration d’une politique industrielle européenne et nationale ouverte aux coopérations mutuellement avantageuses ;

prise en compte des intérêts sociaux et climatiques dans les échanges.

Mesures en faveur des pays les moins développés ;

fin du privilège juridique d’extraterritorialité de la législation américaine.

AUTRE EUROPE 3

Loin d’un repli, la mise en place de mécanismes de coopération ainsi que de filtres aux frontières de l’Europe pour « avantager » les produits correspondants à des normes sociales, environnementales, fiscales dignes de ce siècle et la vérité des prix pour favoriser les produits issus d’une économie réellement circulaire avec des circuits courts constitueraient une ébauche de réponse.
 Au final, il s’agit d’impulser une autre construction européenne, sociale, solidaire et démocratique avec l’intervention des citoyens, des travailleurs, pour peser dans le sens de l’intérêt des peuples.

Montreuil, le 28 juin 2018


 

Le récent communiqué de la direction confédérale à propos des décisions de Trump sur la sortie de l’accord nucléaire iranien et de ses conséquences  pose de sérieuses questions.

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Les conséquences de cette sortie de l’accord sont évidemment extrêmement néfastes ET sur le plan de la paix et de l’équilibre mondial ET sur le plan économique.

Mais qu’attendre de l’Union européenne ?

Que dans leur réponse ses dirigeants partent “de la satisfaction des besoins des populations et de la prise en compte des défis environnementaux“?

Qu’ils impulsent ” une autre construction européenne, sociale, solidaire et démocratique avec l’intervention des citoyens, des travailleurs, pour peser dans le sens de l’intérêt des peuples” ?

Allons donc !

Laisser croire que cela puisse advenir c’est entretenir des illusions mortelles dans le monde du travail!

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C’est oublier qu’à la fois la politique macronienne, celle de l’oligarchie en France et celle de l’Union européenne depuis sa fondation est structurée sur la mise en concurrence des travailleurs et des peuples, sur le organisé pour peser sur les salaires, les dépenses sociales, les dépenses publiques.

Et sur la guerre économique mondiale qui traverse aussi les puissances occidentales par ailleurs coalisées contre les puissances émergentes qui contestent leurs prétentions unilatérales!

La crise d’hégémonie états-unienne accentuant considérablement la pression US sur ses vassaux et alliés!

Le bradage d’Alstom sous chantage extra-territorrial à General Electric avec la bénédiction de Macron alors ministre de l’économie de Hollande, le retrait actuel d’Iran de PSA, de Total, d’Accor … montrent à l’évidence, derrière les protestations sur le comportement erratique et imprévisible de Trump, que les classes dirigeantes européennes et françaises se comportent en vassales du grand suzerain atlantique et que pour des raisons de classe elles ne l’affronteront pas!

En tout cas pas sur le terrain de la politique sociale!

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Simplement elles utilisent la conjoncture inédite actuelle pour pousser les feux vers une Europe fédérale, une Europe de la défense consacrant d’énormes moyens en dépenses militaires au détriment par conséquent des dépenses utiles aux populations.

La politique réactionnaire macronienne de remise en cause systématique de TOUS les conquis de la Libération est donc totalement intégrée à sa politique européenne!

Et c’est au nom de sa capacité à “réformer” la France qu’il se présente au niveau européen en champion d’une Europe régénérée!

Dans la situation actuelle, partir “de la satisfaction des besoins des populations et de la prise en compte des défis environnementaux” ne peut résulter que des  luttes autonomes des travailleurs sur leurs propres objectifs sociaux, en les liant à la bataille pour une alternative politique authentiquement au service des travailleurs et par conséquent en dénonçant et en combattant les choix et les orientations du pouvoir français comme de l’Union européenne au service exclusif de l’oligarchie!

La nécessaire remise en cause des privilèges du dollar, des prétentions extra-territoriales des États-Unis, la nécessaire mobilisation monétaire pour l’investissement, une véritable politique industrielle, la prise en compte des intérêts sociaux et environnementaux … ne résulteront pas d’une impossible réorientation européenne que ses institutions et ses traités verrouillés ne permettent pas et que ses classes dirigeantes accrochées à leurs privilèges ne laisseront pas faire, l’exemple grec en atteste, MAIS résulteront donc d’un rassemblement populaire lucide sur les enjeux à la construction duquel le mouvement syndical et la CGT en particulier doivent contribuer!

https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/cgt-lillusion-mortelle-dune-issue-europeenne-a-la-crise-actuelle/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

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La bataille pour dénoncer l'imposture de "l'autre Europe" se mène aussi sur le terrain social et syndical, et c'est une excellente nouvelle!   P.G.

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lundi 16 juillet 2018

La France championne du monde de football 2018 – VIVE LES BLEUS, ET VIVE LA FRANCE !

Contrairement à la propagande incessante des européistes qui nous affirment que la France serait « trop petite dans le monde d’aujourd’hui » pour rester souveraine et indépendante, les Bleus viennent de confirmer ce soir le fameux dicton prêté à Napoléon : « Impossible n’est pas français ! ».

ACT VICTOIRE FRANCE

Issus de toutes les origines, les Bleus viennent de prouver ce dimanche 15 juillet 2018 que la France n’est jamais aussi grande que lorsqu’elle rassemble tous les Français dans l’amour de leur propre pays.

Tout au long de cette Coupe du monde, face au Danemark, face à la Belgique, face à la Croatie, les Français ne se sont jamais sentis « européens » mais bel et bien français, et ils ont placé tous leurs espoirs dans le drapeau de la République française.

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La Coupe du monde de football montre ainsi, de façon éclatante, que la « construction européenne » ne correspond à rien. Et que la France est encore et toujours la seule garante de notre puissance collective, de notre unité nationale et de notre gloire.

La résurrection de la France passe impérativement par le FREXIT, par la libération de notre pays de cette idéologie européiste mortifère et par le retour à notre indépendance et à notre liberté.

Comme vient de le déclarer Didier Deschamps, le talentueux entraîneur de l’équipe de France, ce soir « nous sommes tous fiers d’être Français ! »

Vive les Bleus et vive la France !

François Asselineau
15 juillet 2018

AFFICHE FRANCE 98 18

AFFICHE FL GRIEZMAN COUPE

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Solidarité, Fraternité, et la faute du Conseil constitutionnel

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir

TL SAPIR CONCON

Le Conseil constitutionnel, dont on rappelle que son rôle est de veiller à la conformité des lois avec la Constitution mais pas de faire les lois ni la Constitution, ce Conseil donc, qui se montre habituellement si prudent et mesuré dans le contrôle des prérogatives régaliennes de la Ve République vient de commettre un acte assez inouï en torpillant soudainement certaines des dispositions législatives réprimant la complicité d’entrée et de séjour irréguliers sur le territoire français. Ceci est en train de provoquer une levée de boucliers de la part des constitutionnalistes, comme en témoigne la tribune d’Anne-Marie Le Pourhier, professeur de droit public à l’université Rennes-I et vice-président de l’Association française de droit constitutionnel[1]. Bien sûr, les bonnes âmes de l’humanitaire vont se réjouir de cette décision. Mais, on doit considérer l’ampleur des bouleversements qu’elle introduit et qui menacent, directement et indirectement, nos libertés publiques.

Un constat

CC

Madame Anne-Marie Le Pourhier, commence sa tribune par ce constat : « Le juge constitutionnel a trahi sur au moins trois points la lettre et l’esprit de la Constitution qu’il est chargé d’appliquer: d’une part, la fraternité n’a jamais eu la moindre définition ni donc de contenu normatif ; d’autre part, elle n’a jamais évidemment concerné que les citoyens de la nation française réunis en «fratrie» symbolique ; enfin, l’article 2 de la Constitution distingue soigneusement la «devise» de la République de son «principe» qui n’est pas du tout celui que le Conseil constitutionnel prétend consacrer ». Ce constat, on le partage sur le premier et le dernier point.

Quand madame Le Pourhier dit que la fraternité n’a jamais eu de caractère normatif, elle exprime une évidence, maintes fois réaffirmée dans les textes constitutionnels tout comme dans la jurisprudence. La fraternité, tout comme l’égalité et la liberté, sont des idéaux auxquels on se réfère. Ce ne sont nullement, sauf quand le juge les encadre de précisions et en définit ce faisant le sens, des principes normatifs du droit. Et l’on rappelle ici que le droit, et en particulier le droit constitutionnel, est une chose précise. Il organise le cadre de nos vies, qu’il s’agisse de la vie de tous les jours ou de la vie politique. Il ne peut se prêter à des déclarations lénifiantes.

Madame Anne-Marie Le Pourhier décrit dans sa tribune les évolutions de la formule Liberté, Egalité, Fraternité, et elle montre bien que cette formule exprime un idéal. Cet idéal fut d’ailleurs contesté au début de la IIIème République où l’on songea à remplacer le mot « fraternité » par celui de « solidarité ».

L’universalisme et ses conséquences

conseil-constitutionnel

On diverge d’avec elle cependant sur un point : quand elle prétend que la fraternité ne s’adresse qu’aux Français. Que la Constitution ne puisse concerner QUE les Français est une évidence. Tout champ politique implique des frontières déterminant qui est « dedans » et qui est « dehors ». Mais, justement parce que la fraternité ici définit comme un idéal (tout comme la liberté et l’égalité), on peut penser qu’elle s’adresse à tous. La Révolution française s’inscrit dans un processus historique initié par la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique. Les constituants, quand ils affirment leurs idéaux (comme par exemple le « droit au bonheur ») s’adressent manifestement à tous et non pas seulement à ceux qui les élus ou désignés.

Mais, la contrepartie de cet universalisme, qui est évident dans ces formulations, est de leur enlever tout capacité normative dans le domaine du Droit. Cela, les membres du Conseil constitutionnel auraient dû le savoir. En décidant d’attribuer un contenu normatif à ces termes, ils modifient de fait la hiérarchie des normes et la Constitution. Ils se sont substitués au peuple souverain pour réécrire la Constitution et décider de choses qu’il n’appartient qu’au Peuple, que ce soit par référendum ou par l’élection d’une assemblée constituante, de décider. Ils nient, dans les actes et dans les faits, le principe de Souveraineté Populaire qui est la forme que prend l’application de la Souveraineté Nationale dans une démocratie[2]. Cela signifie qu’ils ont outrepassé leurs droits et leur fonction, et qu’ils ont commis ce qu’il faut bien appeler une forfaiture du même esprit que celle qu’avait commise en son temps le gouvernement de Vichy. Ils se sont constitués en Tyrannus ab Exercitio, c’est à dire en personnes qui arrivés au pouvoir de manière juste en font un usage injuste[3]. C’est en cela que cet acte, décidé de manière purement idéologique et politicienne, est d’une extrême gravité. C’est pourquoi il est temps de poser la question de la légitimité du Conseil constitutionnel[4].

Devise, principes et l’usurpation faite par le Conseil constitutionnel

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Madame Anne-Marie Le Pourhier rappelle aussi que si la devise de la République est bien «Liberté, Égalité, Fraternité», il ne s’agit ici nullement de principes. Il y a ici une interprétation fausse et mensongère de l’article 2 de la Constitution. À l’inverse de la liberté et de l’égalité, qui sont expressément précisées et définies acquérant ainsi à travers leur définition et leurs précisions un pouvoir normatif et qui font l’objet de nombreuses autres dispositions constitutionnelles essentielles, la fraternité d’ailleurs se survit que dans l’article 72-3 qui relève d’une formulation clairement néocoloniale.

Reprenons le texte d’Anne-Marie Le Pourhier : « (…) les constituants de 1946 et de 1958 ont, en revanche, délibérément changé la donne en spécifiant formellement, dans leurs articles 2 respectifs, que la trilogie n’est plus que la «devise» de la République tandis que son «principe» est désormais «Gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple». Le Conseil constitutionnel a donc délibérément triché avec le texte constitutionnel en affirmant qu’il «découle» de la devise que la fraternité est un «principe» à valeur constitutionnelle ». Le point est important car le préambule de la Constitution de 1946 fut inséré dans la Constitution de 1958. C’est bien là, la critique la plus radicale qui puisse être faite à cet arrêt du Conseil constitutionnel. Et l’on voit bien que, sauf à supposer que ses membres ont été tous atteints de stupidité brutale, ils savaient ce qu’ils faisaient en transposant une devise en principe.

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Mais, ce mouvement participe d’une autre usurpation : celle qui transforme l’état de droit (nous vivons dans un espace régi par le droit) en un Etat de Droit (l’Etat doit se soumettre à une Morale immanente ou transcendante). Les dirigeants prétendent ainsi se garder les « mains propres » et prétextent qu’ils obéissent à une Morale d’autant plus contraignante qu’elle est indéfinie[5]. Nous sommes en plein dans cette substitution de l’éthique à la politique dont parlait Carl Schmitt il y a près d’un siècle[6]. C’est une logique dangereuse, qui place Le politique sous la coupe d’une idéologie, et dont on ne voit que trop bien qu’elle suit la même pente que les fanatiques religieux, et DAECH en particulier.

Hubert Védrine dans une tribune récemment publiée dans Le Figaro, pointait récemment la responsabilité des juges nationaux et européens dans l’impuissance nationale à maîtriser l’immigration[7]. Ceci n’est pas nouveau. Dans les années 1990, George Vedel, sur la base de son expérience au Conseil constitutionnel, affirmait que « La Cour européenne des droits de l’homme tape avec désinvolture sur les doigts des législateurs nationaux »[8]. Mais, cet état de fait, ce remplacement du Droit par la Morale ou l’Ethique, est une des caractéristiques des sociétés dites « libérales », et surtout quand elles sont privées de leur souveraineté.

Fautifs aujourd’hui. Coupables, demain?

Une faute

Les membres du Conseil constitutionnel se sont trompés de place. Soit ils se prononcent en morale, mais alors on peut se demander de quel magistère ils se réclament, car telle n’est pas la fonction pour laquelle ils ont été nommés. Ils n’ont, à cet égard, quand on regarde la composition du Conseil, aucune dignité particulière. Soit ils agissent comme des juges mais en ce cas, ayant à juger d’un cas particulier, et ayant acquis l’intime conviction que l’accusé a commis les actes qui lui sont reprochés non pour en tirer bénéfice mais mu par un sentiment de fraternité, décident de lui accorder les circonstances atténuantes, voire de le dispenser de sa peine. Dans un état de droit (mais qui n’est pas l’Etat de Droit) telle aurait pu être la condition d’application de la fraternité. En agissant comme ils l’ont fait, les membres du Conseil constitutionnel se sont durablement déconsidérés mais, surtout, ils ont porté un coup très grave au principe de contrôle de constitutionnalité qui sort affaibli de leurs coupables errements[9].

Notes

[1] Que l’on peut retrouver sur le site du professeur Claude Rochet, https://claude-rochet.fr/fraternite-avec-les-migrants-illegaux-le-coup-detat-du-conseil-constitutionnel/

[2] Voir Carré de Malberg qui écrit que L’apport majeur de la Révolution française, est d’avoir consacré le principe de la souveraineté nationale. CARRÉ DE MALBERG R., Contribution à la théorie générale de l’État, 2tomes, Paris, 1920 et 1922, Librairie du Recueil Sirey (réimprimé par les éditions du CNRS en 1962) ; voir aussi Maulin E., « Carré de Malberg et le droit constitutionnel de la Révolution française », in Annales historiques de la Révolution française, n° 328 | avril-juin 2002, p. 5-25.

[3] Sapir J., Souveraineté, Démocratie, Laïcité, Paris, Michalon, 2016.

[4] Favoreu L., « La légitimité du juge constitutionnel » in Revue internationale de droit comparé, 1994, Vol : 46-2 pp. 557-581

[5] Bellamy R., « Dirty Hands and Clean Gloves: Liberal Ideals and Real Politics », European Journal of Political Thought, Vol. 9, No. 4, pp. 412–430, 2010

[6] Schmitt C., Légalité, Légitimité, traduit de l’allemand par W. Gueydan de Roussel, Librairie générale de Droit et Jurisprudence, Paris, 1936; édition allemande, 1932

[7] http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/04/25/31002-20180425ARTFIG00326-hubert-vedrine-les-europeens-ont-peur-de-la-puissance.php

[8] Vedel G., « Neuf ans au Conseil constitutionnel », Le débat n° 55 (mars-août 1989), entretien

[9] Et souvenons-nous des propos du Doyen George Vedel sur le contrôle de constitutionnalité : « Je ne peux pas dire en mon âme et conscience qu’il n’y a pas de démocratie sans contrôle de constitutionnalité, puisque les Anglais s’en passent fort bien et qu’on ne peut pas récuser leur démocratie. Mais je pense que le contrôle de constitutionnalité est un élément important du confort démocratique et c’est bien ainsi que les Français l’ont compris et adopté » in Vedel G., « Neuf ans au Conseil constitutionnel », Le débat n° 55 (mars-août 1989), entretien.

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-solidarite-fraternite-et-la-faute-du-conseil-constitutionnel-par-jacques-sapir/

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dimanche 15 juillet 2018

Brèves d'antipresse

BREVES ANTIPRESSEMEDIAS | Quand la RTS réécrit l'histoire ukrainienne

Le défenseur croate Domagoj Vida a été sanctionné par la FIFA pour sa provocation à la gloire de l'Ukraine après le match Croatie-Russie. Rendant compte de l'incident, la Radio-Télévision d'Etat suisse écrit:

"Gloire à l'Ukraine!" est un slogan du soulèvement pro-européen qui a conduit à la destitution du président ukrainien Viktor Ianoukovitch en 2014 et à une grave crise dans les relations entre les deux pays voisins.

L'affaire est ainsi réglée et la FIFA passe pour une vilaine mégère qui punit les victorieux européistes! En réalité, cette interprétation ne fait pas qu'illustrer l'inculture historique totale des journalistes «professionnels» et payés par le contribuable de la RTS. Elle dénote aussi un refus d'affronter la réalité contemporaine de l'Ukraine, où les idées, les slogans et les mouvements néonazis ont pignon sur rue.

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Dire que «Gloire à l'Ukraine» est un slogan pro-européen, cela équivaut à soutenir que le salut nazi n'est jamais qu'un héritage de l'ancienne Rome. Ou alors, que le nazisme — ce qui est au fond vrai — était une idée de l'Europe.

L'histoire de ce slogan remonte à 1917 et non à 2014 comme tend à le croire la mémoire de batraciens des journalistes «professionnels» payés par le contribuable de la RTS. Et elle est uniquement et exclusivement associée, dans toutes les circonstances historiques — en particulier le bandérisme et la collaboration — au nationalisme ukrainien.

En réalité, la salutation «Gloire à l'Ukraine! Gloire aux héros!», accompagnée du salut romain (bras droit levé) a surtout été rodée par l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) sur le modèle de la salutation nazie des partis fascistes ou fascisants d'Allemagne (NSDAP d'Adolf Hitler), Italie (Parti national fasciste de Benito Mussolini) et Croatie (Oustachis d'Ante Pavelić)...

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Cette mise en perspective éclairerait bien mieux la prise de position du footballeur croate que son adhésion hypothétique à des idées «pro-européennes». Mais il est vrai que de faire débuter l'histoire ukrainienne «racontable» en 2014 est un moyen commode d'escamoter toute une série de questions gênantes, dont celle-ci:

Si «Gloire à l'Ukraine» est à la fois le slogan de la révolution de l'«Euromaïdan» et celui des fascistes ukrainiens, cela suggère-t-il plutôt que les fascistes sont teintés d'européanisme ou que l'Euromaïdan est teinté de fascisme?

 <log.antipresse.net>...


 

La grande métamorphose

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«Il m'arrive même de tenir pour un privilège d'avoir pu assister sur place à un changement de civilisation, même pays, même population, disons au passage de la France-République à la France-entreprise, d'une nation tribunitienne et méditerranéenne à une province transatlantique et semi-anglophone, des sociétés de pensée aux think tanks. Aucun citoyen de l'Antiquité n'a pu voir en direct la Rome du forum devenir celle des basiliques. Je fais simplement le constat d'une inaptitude personnelle à me rendre utile dans ce nouveau bocal. Avec le sentiment, comme vous dites, d'avoir sauté en une vie de l'adolescence à l'obsolescence sans passer par la maturité, un peu comme ces villes du Brésil décrites par Lévi-Strauss qui passaient directement de l'état de chantier à l'état de vestige

— Régis Debray

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samedi 14 juillet 2018

Que vive la République!

Vidéo

ARCHIVES 2

 Régis Debray et Alain Finkielkraut - La République est-elle en train de mourir?

https://www.youtube.com/watch?v=kQ3pBbMBfV8

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Autour du livre de Régis Debray: Que vive la République!

§ La République, après avoir vaincu l'alliance du Trône et de l'Autel, est menacée par une autre alliance, celle de l'Image (le spectacle) et de l'Argent.

Cette alliance contredit les principes fondamentaux de la République: l'Egalité et la Connaissance (l'Ecole).

§ Primat de l'économique sur le politique. Subordination de la conscience à l'intérêt ou de la Loi au pouvoir de fait= subversion.

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§ La République n'est pas égalitariste: elle entend donner aux inégalités d'autres causes: ne plus les fonder sur l'hérédité ou la fortune mais sur le travail ou le talent ou le mérite. Cela suppose d'abord l'égalité devant la loi, et l'égalité devant le savoir. C'est ce qui rend la République une et indivisible: elle ne l'est plus quand elle devient une oligarchie.

§ Depuis 1984, l'éventail des revenus a augmenté.Si on peut admettre une hiérarchie des revenus de 1 à 5 ou de 1 à 10, une hiérarchie de 1 à 50 met en question le pacte républicain.

§ Pour servir l'intérêt général, il vaut mieux être désintéressé...Ne pas être aimanté, fasciné ou indexé dans la considération publique sur son niveau de revenus. Le service de la République, c'est l'abnégation.

§ L' Image contre la Connaissance.L'image comme facteur de séduction et non d'instruction.

§ La démocratie passe par l'éducation du Peuple. L'école laïque ne donne pas au gens une opinion, mais les moyens d'avoir une opinion: elle développe leurs facultés critiques, l'aptitude à distinguer le vrai d'avec le faux.

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§ Gambetta: "je lis et je vous souhaite d'en faire autant".La République est fondée sur la lecture, sur les journaux d'opinion, et non pas sur le spectacle qui tend à réduire la Culture au divertissement. Il n'y a pas un marché de la connaissance: l'école est gratuite en France quand elle est publique.

§ La République est une culture délibérative: ça consiste à discuter de façon argumentée et rationnelle; la culture de l'image est une culture de révérence: martèlements, vérités assénées, posées de façon dogmatique.

§ La culture de l'image est une culture individualiste. Sur un écran de télévision, il n'y a pas de place pour le Peuple.Le culte de l'image est un culte anti- républicain.

§ L'école enseigne en français, la République est liée à la Nation.L'image est transnationale.

§ Subversion par l'affairisme, l'obsession américaine de l'argent et le culte du vedettariat.

§ Les professeurs et instituteurs font état d'ne concurrence déloyale entre la connaissance et l'image. La civilisation de l'audio- visuel fonctionne au pathos et à la nouveauté constante, à l'éphémère alors qu'eux font référence à l'ancien. Malaise. On leur répond: "votre souffrance est une chimère".

§ L'école veut former l'Homme et le Citoyen (Condorcet, Alain...): le trésor des humanités ne doit pas être réservé à une élite sociale, ni même intellectuelle.

etc.

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Le ton est donné. L'occasion de se pencher sur les fondements de ce régime politique somme toute relativement stable mais si souvent trahi, né dans la douleur et maintenu dans les soubresauts et les incertitudes de l'histoire, avec différentes versions plus ou moins réussies et un avenir incertain dans sa dissolution progressive au sein d'un ensemble supranational, dont les principes sont de plus en plus visiblement contradictoires avec ses idéaux d'origine...A quoi sert la République sans souveraineté? Faut- il reprocher à Macron d'être un monarque comme le font certains (comme si on était encore au temps du Général) ou d'être un pantin au service d'intérêts géopolitiques étrangers et d'une oligarchie financière hostile aux fondements républicains de notre Nation?

P.G.

Les hymnes de la République

CHANT DU DEPART

Mes versions préférées de la Marseillaise et du Chant du Départ

Roberto Alagna "La Marseillaise"

https://www.youtube.com/watch?v=fqZ4GQ5ZPME

LE CHANT DU DÉPART ‍(« LE FRÈRE DE LA MARSEILLAISE ») (1794) | HYMNE DE GUERRE, RÉVOLUTION FRANÇAISE

https://www.youtube.com/watch?v=1gC_152tUQo

 

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La France, la patrie de nos ancêtres, elle n'est pas née en 1789, mais qui osera prétendre que la République ne l'a pas glorifiée? Au- delà de nos divergences, jacobins, girondins, monarchistes constitutionnels, légitimistes, bonapartistes, socialistes..., quels sont nos combats du jour? Nos priorités?

Nos rapports à l'Union européenne, à la mondialisation, au libéralisme, à la soumission géopolitique de notre pays? Débattons, échangeons...avançons... et libérons la France!

Bonne fête nationale à tous.

P.G.

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Identité, narcissisme et le besoin de souveraineté

TL SAPIR GAUCHE IDENTITAIRE

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir

La question de l’identité, réduite au narcissisme le plus nu, traverse les foules quand elles ne sont plus citoyennes. Ce constat, je l’écrivais il y a plus de deux ans[1]. Une nouvelle preuve nous est donnée par les dérives de ce que l’on peut appeler la « gauche identitaire » mais aussi de certains « intellectuels ». C’est le fruit amer des dénis de souverainetés successifs que notre pays a connu ces dernières années, dénis qui ont conduit à une remise en cause des fondements de la démocratie c’est à dire la capacité de tous de participer, d’élaborer et de discuter un projet commun. L’éclatement et la fragmentation de la société, processus dont le montée des fanatismes religieux mais aussi des mouvements cherchant à revendiquer à tout prix une « différence » sont des symptômes de la perte de ce sens du bien commun. Il est significatif que ceci ait touché la « gauche », avec l’émergence de la « gauche identitaire », alors qu’elle se caractérisait jusque là par son adhésion à l’universalisme. Mais, ceci ne doit pas faire oublier non plus le développement des formes du fanatisme religieux qui se prétendent, à un titre ou à un autre, des « dépassements » de la Nation et de la Démocratie. Il faut donc identifier avec précision le phénomène si on veut pouvoir y formuler des parades et des réponses.

Qu’appelle-t-on la « gauche identitaire » ?

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Le terme de « gauche identitaire » a été formulé par Alexis Carré dans une récente interview qu’il a donnée au Figaro[2]. Pour lui, cela désigne cette frange militante qui s’inspire des idées développées aux Etats-Unis dans les années 1990. On y trouve tant des militantes d’une féminisme que l’on peut trouver extrémiste que les militants dits « décoloniaux »[3]. Il s’agit d’une reformulation d’un terme que les analyses de Laurent Bouvet avaient mis sur le devant de la scène[4]. Mais, dans ce dernier contexte, le terme de « gauche identitaire » servait plus à désigner des militants de gauche acceptant de parler de la notion d’identité[5].

Dans l’interview d’Alexis Carré, il s’agit donc des militants de cette nouvelle forme d’activisme qui est d’abord apparue sur les campus universitaires américains. Cela a produit une génération de militants qui sont moins préoccupés par l’exercice du pouvoir que par la critique de la domination et la défense (ou plus exactement la pseudo-défense) des minorités dominées. J’y avais été d’ailleurs confronté lors d’une série de conférences donnée, à l’invitation du regretté Moshe Levine, à l’Université de Philadelphie au début des années 1990[6].

Ce mouvement, que l’on peut appeler le «progressisme identitaire» et qui prétend s’inspirer des travaux de Michel Foucaud, a également engendré une stratégie électorale particulière. Celle-ci a été illustrée en France par le fameux rapport Terra Nova de 2011[7]. Dans ce document, Olivier Ferrand, Romain Prudent et Bruno Jeanbart constataient l’érosion du soutien des classes populaires à l’égard du parti socialiste. Le constat était exact, mais les causes de ce désamour n’étaient pas analysées. Car, ce désamour provenait du ralliement progressif de la Social-démocratie, en France comme ailleurs, au néo-libéralisme. Il suffit d’ailleurs de voir les trajectoires hier du PASOK grec, et aujourd’hui du PD italien et du SPD allemand. Il s’aggravait de son comportement particulier qui l’avait conduit à s’opposer à la volonté populaire clairement affirmée dans le référendum de 2005[8], et de sa collusion avec la droite pour faire passer en Congrès à Versailles le Traité de Lisbonne qui reprenait largement le texte rejeté lors du référendum. Les auteurs de ce rapport invitaient donc le PS à se reconstituer une majorité par l’agrégation de segments électoraux minoritaires rassemblés autour de problèmes identitaires et sociétaux (multiculturalisme, mariage homosexuel, droits des femmes etc.) De fait, cela ouvrait aussi la porte à un clientélisme municipal éhonté qui fut analysé dans le premier livre de Céline Pina[9].

Les dangers de cette « gauche identitaire »

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Les dangers de cette prétendue « gauche identitaire » sont évidents, et sont bien analysés par Alexis Carré. Ils l’avaient été avant par Fatiha Agag-Boudjahlat dans son ouvrage Le Grand Détournement dont j’ai rendu compte en novembre 2017[10]. Alexis Carré montre en particulier que les mouvements ou partis progressistes ont, dans les faits, beaucoup soufferts de la présence ou de leur association avec ces nouvelles formes militantes. Ces dernières ont, petit à petit monopolisé l’attention et surtout le thème symbolique de la « contestation ». Ces associations, qu’il s’agisse de certains des « décoloniaux » ou du PIR voire du CCIF[11], dont les aspects néo-racistes du discours ont été établis[12], ont paralysé la capacité à organiser et à participer à des délibérations démocratiques en vue de diriger une véritable action collective. Elles ont construit en réalité une nouvelle forme de segmentation des espaces politiques, qui s’est traduite progressivement en une véritable ségrégation. Or, l’expérience des luttes sociales montre que la segmentation et la ségrégation profite toujours, en dernière analyse, aux dominants et aux forces sociales qui se tiennent du côté des exploiteurs.

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Cette paralysie a donc pris plusieurs formes, correspondant à des « stades » dans la progression de cette « gauche identitaire ». Dans un premier temps, comme le fait remarquer Alexis Carré « ces mouvements n’ont accordé leur soutien aux partis traditionnels qu’en échange de mesures dont leurs adversaires conservateurs ne pouvaient accepter l’application sans se couper de leur base ». De fait, si le point de départ de certaines mesures peut être juste (par exemple dans la revendication de droits démocratiques), elles dérivent rapidement vers des mesures bien plus contestables (le trop fameux « droit à l’enfant » opposé aux droits de l’enfant) voire condamnables (comme la GPA qui fait de l’humain une marchandise). Dans les pays où de tels compromis ont été passés apparaissent alors de nouvelles formations et un nouveau personnel politique qui cristallise l’opposition à ces réformes. Ce phénomène de bipolarisation fait alors disparaître les problèmes réels qui sont ceux du chômage, de la ségrégation sociale et territoriale. Ces problèmes ne trouvent plus dans la « gauche institutionnelle » les porteurs d’une contestation. Les populations concernées accélèrent alors leur désamour vis-à-vis des partis traditionnels et se tournent vers des partis qualifiés de « populistes », qu’ils soient de gauche ou de droite. On en voit un exemple parfait dans l’Italie actuelle, ou la « gauche » se trouve dévalorisée et réduite à une position qui consiste à taxer de « fascistes » ces dits mouvements, sans comprendre pourquoi ils l’ont supplanté.

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Pour Alexis Carré, ceci fut aggravé par « le langage accusateur et agressif, essentiellement anti-pluraliste, dans lequel étaient exprimées les revendications progressistes ». Il faut ici faire une mise au point. Si certaines des revendications portées par cette « gauche identitaire » sont effectivement progressistes, une autre partie, et qui tend à devenir majoritaire, est en réalité régressive, quand elle n’est pas extraordinairement réactionnaire. Si cette rhétorique a garanti aux tenants de la gauche identitaire bien des succès d’opinion auprès d’une partie de la population qui était plutôt urbaine, diplômée et cosmopolite, elle a rendu impossible à ceux qui étaient exclus (les déclassés et les ruraux) d’envisager avec elle une action, des intérêts ou un destin communs. De fait, l’action et la rhétorique de la gauche identitaire constituent fondamentalement une antipolitique qui divise au lieu d’unir. Mais, cette antipolitique ne tombe pas du ciel. Elle découle de la substitution de la morale au politique qui caractérise nos sociétés en proie au néo-libéralisme[13]. En fait, il vaudrait mieux parler d’une « pseudo-morale », d’une idéologie donc, qui ne recouvre à peine que l’expression la plus crue des intérêts des puissants. Et qui dit idéologie dit aussi les idéologues du pouvoir qui s’entendent à diffuser cette pseudo-pensée.

Le populisme est-il une réponse à cette « gauche identitaire » ?

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Michel Wieviorka, dans une interview donnée au journal Avanguardia et reproduite sur son carnet de recherches (ce qui ne lui a pas attiré les même foudres que moi pour avoir fait la même chose comme il convient de le souligner) présente alors ce qu’il prétend être un « constat » : « Ces forces populistes, nationalistes ou d’extrême-droite trouvent une bonne partie de leur clientèle électorale dans des secteurs que l’ouverture économique au monde contribue à décomposer ou à affaiblir, ou qu’elle inquiète confusément : ouvriers dont les usines ont fermé les unes après les autres, couches moyennes en chute sociale, et découvrant que les enfants vivront moins bien que les parents, jeunes pour qui l’accès aux études risque d‘être fermé, etc. Elles détestent les élites, qu’elles associent aux images de la globalisation, et sont convaincues que les migrants sont source de leur malheur; elles transforment leurs peurs et leurs difficultés économiques en hantise pour leur identité culturelle. Et leur poids politique est considérable. On leur doit le Brexit, la présidence de Trump, avec son hostilité aux migrants et la taxation de certaines importations, et divers régimes liés à l’extrême-droite en Europe centrale et, désormais en Italie.[14] »

Il identifie bien les catégories qui sont frappées par le choc de la mondialisation et qui se révoltent. Mais, si ces catégories détestent les élites, elles ne font pas des « migrants » la seule source de leur malheur. Par contre, elles associent bien le phénomène des migrations de masse à la mondialisation qu’elles rejettent. L’incapacité de Michel Wieviorka à comprendre que les « migrants » ne sont en tant que phénomène de masse qu’une main-d’œuvre à bas coûts, taillable et corvéable à merci que les élites mondialisées cherchent à importer dans leurs pays est frappante[15].

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Jean-Luc Mélenchon, lui, l’a compris, qui, dans la plate-forme électorale de la France Insoumise, a fait écrire : « Émigrer est toujours une souffrance pour celui qui part, (…). La première tâche est de permettre à chacun de vivre chez soi. » Pour cela, le candidat propose rien de moins qu’« arrêter les guerres, les accords commerciaux qui détruisent les économies locales, et affronter le changement climatique »[16].

En associant « populisme » et « nationalisme » à « extrême-droite », de plus Michel Wieviorka fait une faute, qui ne peut être attribuée à l’ignorance. Les travaux d’Ernesto Laclau ont montré les racines d’un populisme de gauche, qui s’appuie aussi sur la question nationale[17]. Que le populisme soit par ailleurs complexe, et puisse sous certaines formes, dériver vers des structures très autoritaires, est une évidence[18]. Mais, cela ne peut suffire à la classer à l’extrême-droite. On ne veut pas croire que ce grand sociologue ait oublié ce que Max Weber écrivait[19]. Faut-il qu’il soit bien aveuglé par l’idéologie et le fanatisme dans un combat politique douteux pour qu’il méprise ce que toute une tradition de la sociologie (et de la sociologie politique en particulier) avait établi.

Mais, il n’est pas le seul à sombrer dans le fanatisme. Il faut maintenant étudier la question des mouvements identitaires religieux.

L’identitarisme religieux, autre face de la gauche identitaire

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Car, Alexis Carré, et on peut le regretter, ne pousse pas son raisonnement jusqu’au bout de sa logique. La revendication des « identités » peut aussi avoir une autre forme, dont les conséquences aboutissent à mettre en cause tout aussi radicalement l’idéal républicain et démocratique. Et, cette limite dans son raisonnement vient du fait qu’il méconnait ou minimise la dimension narcissique dans la revendication identitaire.

Ainsi, les jeunes qui se tournent vers la religion, et pour certains vers un fanatisme monstrueux et criminel, révèlent en réalité une montée de ces affirmations identitaires et narcissiques. Au « nous » qui était proposé par la République, mais qui perd progressivement de sa crédibilité car la République n’est plus souveraine et la souveraineté du peuple ouvertement bafouée, se substitue tout d’abord le « je ». Mais, devant la vacuité de ce « je », devant aussi son impuissance, on cherche à reconstruire un « nous », mais un « nous » particulier, excluant les autres. On se cherche alors des traits communs au plus proche, et très souvent dans l’apparence. L’affirmation identitaire et narcissique fait ici le lit du fondamentalisme. Ainsi, derrière l’apparence d’une montée de la religiosité, c’est en réalité à une montée des affirmations identitaires et narcissiques que l’on assiste. Car, la connaissance des textes, des exégèses, est ici réduite au plus simple appareil d’une lecture littérale. Les crispations autour des tabous alimentaires et vestimentaires, sur les signes extérieurs (comme la question du voile chez les musulmans) ont avant tout pour but d’identifier brutalement un groupe pour que ce dernier puisse se constituer en une communauté. Cette affirmation sert aussi à le séparer du reste de la population et à l’enfermer sur des références mythifiées pour le plus grand profit de quelques uns.

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Ces pratiques, qui produisent naturellement des mouvements de réactions, font en réalité progresser la division des individus entre eux au lieu d’y mettre fin. Dans la quête de la pureté, et toute religion distingue le « pur » de « l’impur », il ne peut y avoir de mouvement collectif, si ce n’est celui de petites communautés en proie aux réactions violentes d’autres communautés. On croit ainsi se protéger de l’anomie et l’on s’y précipite tête baissée.

C’est donc à une course non vers l’autre mais à la revendication de soi que l’on assiste. Et l’on comprend bien que, dans cette course effrénée, les principes eux-mêmes sont manipulés, instrumentalisés, sacrifiés et perdus. Les fameuses « réformes sociétales », aujourd’hui promues au rang de substitut des réformes sociales par ceux-là mêmes qui ne font que pousser à la roue du « froid paiement au comptant » et de l’idéologie de marché[20], se font alors que dans la société un certain nombre de droits fondamentaux régressent. Le narcissisme forcené se révèle à chaque étape de ce que l’on veut nous présenter comme une lutte émancipatrice et qui n’est qu’une parade des intérêts individuels de certains. Ce n’est donc pas dans la parade des identités camouflée sous le masque du religieux (ou d’un athéisme militant), que l’on trouvera un principe permettant à des populations de faire cause commune; bien au contraire.

De fait, la forme politique de revendication du narcissisme identitaire n’est autre que l’acceptation d’une société anomique. Il faut donc reprendre les notions et les concepts que prétendent utiliser ceux qui se font les fourriers de cette anti-société.

L’imaginaire d’une société divisée

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Ceci implique de revenir sur la nature de la société que nous préparent, et pour certains nous promettent, les tenants de ces divisions et de ce « multiculturalisme » qui s’oppose en fait à la constitution d’une culture réellement nationale[21].

Il convient, tout d’abord, de revenir sur les notions d’Ethnie et de tribu, notions dont même la publicité s’est emparée. « Rejoignez votre tribu » disait une publicité des années 1990 pour un ancêtre du SMS et des réseaux sociaux, reprise maintes fois aujourd’hui.

Ce ne sont pas des faits « objectifs » qui amènent à la constitution d’une Ethnie, d’une Tribu ou d’un Peuple comme on le croit bien souvent mais des principes politiques. Ceci a été montré par un grand anthropologue, Maurice Godelier, dans son étude sur les Baruya[22]. Il insiste sur l’origine historique des clans et des ethnies. La définition ethnique n’est pas la solution à la constitution de la société : «L’ethnie constitue un cadre général d’organisation de la société, le domaine des principes, mais la mise en acte de ces principes se fait dans une forme sociale qu’on reproduit et qui vous reproduit, qui est la forme tribale »[23]. La distinction entre « tribu » et « ethnie » est essentielle si l’on veut comprendre comment se constituent les peuples. Avec la tribu nous sommes de plein pied dans des formes politiques d’organisation de la société. Et il faut rappeler l’étymologie du mot « tribun », un mot qui de nos jours désigne une personne douée pour les discours politiques, mais qui renvoyait autrefois à une réalité plus complexe. Ce mot renvoie en effet, dans la Rome républicaine, à la division politique de la société en « tribus »[24]. Or, ces « tribus » renvoient elles-mêmes plus à des divisions sociales qu’ethniques ou territoriales : la plèbe contre les patriciens.

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Il faut cependant faire une distinction nécessaire entre l’imaginaire et le symbolique pour ce qui est la constitution historique de ce corps social. Dans le domaine du symbolique, il apparaît l’importance de la part du dit corps dans la constitution de ce sujet social et sur la distinction entre les choses que l’on vend, les choses que l’on donne et celles qu’il ne faut ni vendre ni donner mais transmettre. On retrouve ici l’importance des règles, qu’elles soient explicites ou implicites, et qu’elles soient ou non adossées à un tabou. Si les règles symboliques, du fait de l’importance qui leur est conférée, ont bien un effet objectif (nul ne peut s’abstraire sans conséquences des liens familiaux particuliers ni rompre un tabou) leur origine est purement sociale (établir une domination ou organiser des formes de coopération). Le processus d’autonomisation par rapport aux conditions d’émergence et de production est bien de l’ordre du réel, et la situation créée par l’existence d’un mode symbolique en surplomb du monde réel constitue bien une contrainte pour la totalité des acteurs. Pourtant, cela n’empêche pas qu’historiquement, ce qui prime est le processus d’engendrement et de production de ces mêmes règles sociales. La vie en société est donc en réalité antérieure à la construction de l’ethnie. L’ethnie est une construction sociale[25] et non une réalité biologique, et il s’agit parfois d’un mythe discursif utilisé pour séparer une population d’une autre. C’est dans ce sens d’ailleurs que le terme ethnie est utilisé par les racistes de tout poil…

Retour à la question politique

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On voit ce qui est en jeu, tant dans les pratiques et le discours de la « gauche identitaire » tout comme dans les pratiques et les discours des autres identitaires ou des séparatistes religieux : c’est l’imposition d’une société divisée, obéissant à des règles morales, dont la contestation deviendrait dès lors impossible car relevant de la représentation du bien et du mal imposée aux individus par ces idéologies. On peut le constater avec la dernière décision du Conseil Constitutionnel[26]. Cette décision est scandaleuse car elle fait entrer un principe directement, sans médiation, dans le corps de la loi. La fraternité, principe fondateur de la République, ne peut être présentée sans médiations. Ainsi, la liberté, autre principe fondateur, est toujours accompagnée de médiations diverses qui permettent au Droit de s’en saisir. La plus célèbre d’entres elles étant bien entendu que la liberté individuelle s’arrête ou commence celle d’autrui. A vouloir établir la fraternité en principe non intermédié, le Conseil Constitutionnel risque de se trouver devant le cas suivant : une personne offre un logement gratuitement à des individus, exprimant ainsi sa fraternité ; ces individus commettent un crime dont la personne les logeant a connaissance ; cet individu ne pourrait donc être poursuivi. Tel est le risque de résultat paradoxal que le Conseil Constitutionnel a pris en faisant de la « morale » là ou on ne lui demandait de faire que du Droit. Et, cette évolution, quoi que typique de l’évolution de notre société, pose le problème de la légitimité du Conseil Constitutionnel[27]. Dans une telle société, la politique n’a plus sa place, et donc, naturellement, la souveraineté n’est plus nécessaire.

La souveraineté donc ; on a commencé par cela et c’est par cela que l’on finit. Une société privée de la souveraineté dépérit en tant que société. Dépérissant en tant que société, elle condamne les individus qui y vivent à la misère la plus atroce. Elle n’est plus capable de construire des « buts communs », ces « buts » qui ne préexistent pas aux êtres humains mais qui se définissent au travers des conflits sociaux, dans des débats sociaux, débats auxquels il convient d’associer tous les membres responsables de cette société. C’est ici que la Démocratie s’affirme comme un bien précieux. Mais, cette Démocratie ne saurait exister sans la souveraineté ni sans les frontières. Cela fut réaffirmé dans le droit de la Révolution française[28]. Un espace démocratique implique en effet que soit précisé qui et « dedans » et qui en est « dehors ».

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Cette question est trop souvent ignorée. L’existence d’une Démocratie implique les frontières pour que le corps politique souverain puisse fonctionner sans risque de dilution qu’il ne contrôlerait pas. Cela implique que puisse se constituer cette culture politique commune sans laquelle le débat ne peut fonctionner. Car, la culture fonctionne comme un langage ; c’est elle qui nous fait comprendre quand un locuteur dit une chose quelle est cette chose. Et, point encore plus important, qui nous permet de décrypter le non-dit des acteurs, de ne pas avoir besoin de communication explicite pour nous comprendre dans un certain nombre de cas. C’est aussi pour cela que le multiculturalisme, opposé à la pluralité des cultures d’origine, est un poison pour la démocratie. Quelles que soient nos cultures d’origines, avec lesquelles nous entretenons des liens d’ailleurs plus ou moins forts, il ne peut exister qu’une culture politique dans un pays donné.

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Il faut donc ici affirmer que l’enjeu du combat est essentiel : la survie de la démocratie dans un cadre souverain. Mais, ce combat peut passer par la réappropriation de formes dites « populistes ». A un espace segmenté et fragmenté par de petites communautés en conflit les unes avec les autres, ce que fut le système féodal au tant de la micro-seigneurie, le populisme oppose la constitution raisonnée de but communs capables d’unifier cet espace. C’est pourquoi on est en droit de considérer les formulations à l’emporte-pièce qui prétendent établir une identité entre extrême-droite et populisme comme une forme particulièrement pernicieuse de mensonge politique.

Revenons un instant sur la question du narcissisme. Il est fondamentalement un symptôme d’une société que se défait. Mais, il peut être aussi un facteur agissant de ce processus de destruction. C’est pourquoi, tout ce qui l’encourage est à proscrire. Au-delà, la « stigmatisation » du populisme par certains révèle une dangereuse complaisance envers les formes les plus mortifères de ce narcissisme. Cette complaisance peut être perçue comme un encouragement aux forces qui cherchent à défaire aujourd’hui la société.

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Contre ces forces, il faut « faire de la politique » et ne pas se placer sur le terrain de la morale, ce qui reviendrait à reconnaître leur victoire. Faire de la politique implique chercher à convaincre, passer des accords, autour de buts communs. Mais, la définition de ces derniers relève, elle, du politique, autrement dit de l’affrontement entre « eux et nous », qui implique une définition précise tant du « eux » que du « nous ». On peut considérer que font partie du « eux » tous ceux qui nient la souveraineté, qu’ils soient acteurs, théoriciens ou idéologues. Cela définit alors dans le « nous », tous ceux qui se fondent sur cette notion si importante de la souveraineté.

 

Notes

[1] Sapir J, Souveraineté, Démocratie, Laïcité, Paris, Michalon, 2016.

[2] http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/07/03/31002-20180703ARTFIG00205-comment-le-langage-de-la-gauche-identitaire-detruit-le-bien-commun.php

[3] Voir Verschuur C. et Destremau B., « Féminismes décoloniaux, genre et développement: Histoire et récits des mouvements de femmes et des féminismes aux Suds » in Revue Tiers Monde, 2012/1, n°209, pp. 7-18.

[4] Bouvet L., L’Insécurité culturelle : sortir du malaise identitaire français, Paris, Fayard, 2015.

[5] http://www.liberation.fr/france/2015/02/06/la-gauche-identitaire_1197259

[6] Je me souviens ainsi qu’à la fin de ma quatrième conférence destinée à des étudiants en Master2 et en thèse, l’un d’entre eux s’était levé pour me demander combien d’étudiants LGBT assistaient à mes cours à Paris. Je lui avais répondu que je ne savais pas, n’étant pas d’usage à ce que l’on demande aux étudiants leur orientation sexuelle, ni d’ailleurs à ce que les étudiants en fassent mention dans le cadre universitaire. La réaction outragée de l’étudiant nous avait beaucoup amusée Moshe Levine et moi….

[7] http://tnova.fr/rapports/gauche-quelle-majorite-electorale-pour-2012

[8] Voir Sapir J., Le fin de l’Eurolibéralisme, Paris, Le Seuil, 2006.

[9] Pina C., Silence Coupable, paris, Editions Kero, 2016. J’en ai rendu compte sur mon carnet RussEurope à l’époque : https://russeurope.hypotheses.org/4909

[10] Voir Agag-Boudjahlat, Fatiha, Le grand retournement, Paris, Le Cerf, 2017, et la recension : https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-detournement-de-sens-par-jacques-sapir/

[11] https://jean-jaures.org/nos-productions/radiographie-de-la-mouvance-decoloniale-entre-influence-culturelle-et-tentations

[12] https://blogs.mediapart.fr/lancetre/blog/261117/thomas-guenole-denonce-le-racisme-de-houria-bouteldja-et-du-pir , https://www.marianne.net/societe/interdit-aux-blancs-le-camp-d-ete-decolonial-remet-ca , http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/08/10/31003-20170810ARTFIG00080-un-camp-decolonial-interdit-aux-blancs-se-tient-a-nouveau-dans-l-indifference-generale.php

[13] Bellamy R., « Dirty Hands and Clean Gloves: Liberal Ideals and Real Politics », European Journal of Political Thought, Vol. 9, No. 4, pp. 412–430, 2010

[14] https://wieviorka.hypotheses.org/912

[15] Voir à ce sujet l’interview donnée par Diego Fusaro dans Le Figaro, http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2018/06/15/31001-20180615ARTFIG00394-entretien-avec-diego-fusaro-l-homme-qui-murmure-a-l-oreille-de-di-maio-et-salvini.php

[16] https://avenirencommun.fr/app/uploads/2017/03/Livret-migrations_vdef.pdf

[17] Laclau E., Politics and ideology in Marxist theory : capitalism, fascism, populism, Londres, LNB, 1977. Idem, La raison populiste, Paris, Le Seuil, 2008.

[18] Meny Y. et Surel Y., “The constitutive ambiguity of populism”, in Yves Meny et Yves Surel Democracies and the Populist Challenge, Londres, Palgrave, 2002.

[19] Et en particulier dans Weber M., Économie et société. Les catégories de la sociologie, Paris, Plon, [1921] 1995. Les notions de pouvoir charismatique et de patrimonialisme sont traitée aux pages 285-336

[20] Comme par exemple la Fondation Terra Nova

[21] https://russeurope.hypotheses.org/4960

[22] Godelier M., « Ethnie-tribu-nation chez les Baruya de Nouvelle-Guinée», in Journal de la Société des océanistes, N°81, Tome 41, 1985. pp. 159-168. Idem, La production des grands hommes : pouvoir et domination masculine chez les Baruya de Nouvelle-Guinée, Paris, Fayard, 1982.

[23] Godelier M., « Ethnie-tribu-nation chez les Baruya de Nouvelle-Guinée», op.cit., p. 163.

[24] Lanfranchi T., Les tribuns de la plèbe et la formation de la République romaine : 494-287 avant J.-C., Rome, École française de Rome, coll. « Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome » (no 368), 2015, 822 p.

[25] Isajiw W.W., « Definition of Ethnicity » in Goldstein J.E. et R. Bienvenue (edit.), Ethicity and Ethnic relations in Canada, Butterworths, Toronto, 1980, pp. 1-11.

[26] http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/07/07/31003-20180707ARTFIG00103-migrants-le-conseil-constitutionnel-en-guerre-contre-la-souverainete-populaire.php

[27] Favoreu L., « La légitimité du juge constitutionnel » in Revue internationale de droit comparé, 1994, Vol : 46-2 pp. 557-581

[28] Carré de Malberg écrit que L’apport majeur de la Révolution française, est d’avoir consacré le principe de la souveraineté nationale. CARRÉ DE MALBERG R., Contribution à la théorie générale de l’État, 2tomes, Paris, 1920 et 1922, Librairie du Recueil Sirey (réimprimé par les éditions du CNRS en 1962) ; voir aussi Maulin E., « Carré de Malberg et le droit constitutionnel de la Révolution française », in Annales historiques de la Révolution française, n° 328 | avril-juin 2002, p. 5-25.

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-identite-narcissisme-et-le-besoin-de-souverainete-par-jacques-sapir/

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Une illustration de cette "gauche identitaire" dans cet enregistrement où François Asselineau est vivement interpelé par une "politologue":

France Maghreb 2 - Le Grand Forum le 11/07/18 : Fatima Ouassak, Nadir Kahia et François Asselineau

FRANCE MAGHREB 2

https://www.youtube.com/watch?v=2QdKerEwlDg

P.G.

vendredi 13 juillet 2018

Au bout d'un an, la ministre de la Culture Françoise Nyssen reconnaît un conflit d'intérêts avec l'édition

Dans un décret paru au Journal officiel ce lundi 9 juillet, la ministre de la Culture Françoise Nyssen, qui dirigeait auparavant la maison d'édition Actes Sud, se retire de la régulation économique du secteur de l'édition littéraire.

ACT NYSSEN CONFLIT

Il lui aura donc fallu un an pour s'en rendre compte. Dans un décret paru au Journal officiel ce lundi 9 juillet, la ministre de la Culture Françoise Nyssen, issue de la maison d'édition Actes Sud, reconnaît que son ancienne profession lui pose un potentiel problème de conflit d'intérêts et se retire donc de la régulation de l'édition.

Concrètement, ce décret signé par le Premier ministre "sur la proposition de la ministre de la Culture" et relatif aux attributions de la ministre, retire à Françoise Nyssen trois domaines de responsabilité qui relèvent habituellement de son maroquin : "la régulation économique du secteur de l'édition littéraire", "l'exercice de la tutelle du Centre national du livre" et, bien sûr, "des actes de toute nature relatifs" à son ancienne société, Actes Sud, fondée par son père et qu'elle dirigeait jusqu'à son entrée dans le gouvernement d'Edouard Philippe.

Le précédent Buzyn

BUZYN PAROLES

Une clarification bienvenue, donc, dont on pourrait toutefois s'étonner qu'elle n'ait pas parue plus tôt nécessaire aux yeux de Françoise Nyssen. Pour sa collègue de la Santé, Agnès Buzyn, dont l'époux dirige l'Inserm, le gouvernement s'était réveillé dès le 29 mai 2017, via un décret stipulant que "la ministre des Solidarités et de la Santé ne connaît pas des actes de toute nature relatifs à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale".

Reste la question : qu'est-ce qui a soudain décidé Matignon à éclaircir la situation de Françoise Nyssen après un an ? Curieusement, l'intéressée a réagi comme si… elle n'avait pas pris part à ce décret pourtant présenté comme ayant été pris "sur la proposition de la ministre de la Culture". "Une décision est tombée, j'en prends acte et ce qui m'importe c'est de continuer à faire. Je suis là pour faire", a-t-elle ainsi déclaré à l'AFP, avec un enthousiasme manifeste…

https://www.marianne.net/politique/la-ministre-de-la-culture-francoise-nyssen-reconnait-un-potentiel-conflit-d-interets-avec-l?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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Pour en savoir plus sur cette étrange Mme Nyssen, voir ce blog intéressant:

https://labiodynamieaurisquedelanthroposophie.com/2018/06/01/mme-nyssen-dans-lobscurite-anthroposophique/

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Vidéo: l'UPR classée à l'extrême doite par "C à Vous" (France 5): réagissons!

Suite au compte- rendu de la réunion commune des délégations de Creuse & de Corrèze, voici la procédure à suivre pour intervenir auprès du CSA:

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On ne sera pas surpris de trouver ce genre d'amalgame sur le plateau de Patrick Cohen, mais tout de même! De toute façon, nous avons décidé de ne plus laisser passer ce genre de diffamation.

Le réveil de l'ultradroite en France - C à Vous 25/06/2018

https://www.youtube.com/watch?v=tY_JChGNV_g&feature=youtu.be

EMISSION C A VOUS EXTR DROITE 2

Un courrier de notre avocat va être envoyé à France 5, avec copie au CSA et au Comité d'éthique de France Télévisions.

En complément de cette action, nous vous invitons à saisir largement le CSA à partir de son formulaire dédié :

http://www.csa.fr/Services-en-ligne/Alerter-le-CSA-sur-un-programme

Les informations à indiquer sont fournies ici:

2018-06-29_23h13_14

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Tout citoyen peut intervenir pour dénoncer cette atteinte au code de déontologie des journalistes et la diffusion délibérée de fausses informations. Ne vous en privez pas!   

N'abandonnez l'opération de saisie que lorsque vous voyez apparaître ce message:

logo CSA RF

Merci de votre message.

Vous allez recevoir un courriel à l'adresse électronique que vous avez renseignée,
vous demandant de confirmer votre saisine du CSA en cliquant sur le lien indiqué.

Votre saisine sera alors prise en compte par le CSA.

Et n'oubliez pas ensuite de confirmer à partir de votre boîte mail!     P.G.

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