jeudi 12 avril 2018

«Prépare-toi, Russie !» : Donald Trump défie Moscou d'arrêter ses «tout beaux» missiles

Ce 11 avril, Donald Trump s'est dit toujours prêt à lancer des frappes contre la Syrie.

ACT TRUMP GUERRE

«La Russie promet de descendre tout missile tiré sur la Syrie. Prépare-toi Russie, parce qu'ils vont venir, tout beaux, tout nouveaux et "intelligents"», a-t-il lancé sur Twitter. Une allusion sans doute au dévoilement en mars dernier par le président russe Vladimir Poutine de toute une série de nouvelles armes sophistiquées«Vous ne devriez pas vous associer à un animal qui tue avec du gaz, qui tue son peuple et aime cela», a-t-il poursuivi, continuant à prendre pour acquise l'implication supposée de Damas dans l'attaque chimique présumée à Douma le 7 avril.

Un peu plus de 40 minutes plus tard, Donald Trump a publié un tweet semblant adoucir sa position. «Notre relation avec la Russie n'a jamais été aussi mauvaise, et cela inclut [la période de] la guerre froide. Il n'y a pas de raison pour ça [...] Nous avons besoin que toutes les nations travaillent ensemble. Pourrions nous stopper la course aux armements ?», a-t-il tweeté.

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Pour rappel, au début de l'année était annoncé que l'armée américaine allait bénéficier d'une dotation budgétaire record pour 2019, avec une  augmentation de 54 milliards de dollars par rapport à l'année précédente. Avec 686 milliards de dollars, le budget 2019 représente, à quelques milliards près, l'équivalent du PIB de la Suisse ou de l'Arabie saoudite. Autres ordres de grandeur : la Russie consacrait, selon les chiffres du Forum économique mondial, l'équivalent de 66 milliards de dollars à ses armées en 2015, la France 55 milliards.

Moscou conseille à Donald Trump de viser plutôt les groupes armés djihadistes

Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères n'a pas tardé à réagir à la déclaration du président américain. «Les missiles "intelligents" devraient frapper les terroristes, pas le gouvernement légitime [de la Syrie]», a-t-elle souligné. «[La mise en œuvre de] ces missiles intelligents pourraient constituer une tentative de détruire des preuves au sol de l'attaque chimique en Syrie», a déclaré Maria Zakharova. «Les inspecteurs n'auront plus rien à trouver en termes de preuves», a-t-elle ajouté, alors que les accusations d'attaque chimiques ont été relayées par certains groupes liés aux rebelles, dont les controversés Casques blancs, ainsi que le pro-occidental Observatoire syrien des droits de l'homme, qui s'appuie sur des informations des mêmes rebelles, parmi lesquels Jaïch al-Islam.

Alexandre Zassypkine, l'ambassadeur russe au Liban, a déclaré la veille 10 avril que si des missiles américains étaient tirés sur la Syrie, ils seraient détruits. Il a précisé que les sites de lancement de ces missiles seraient également visés. «S'il y a une frappe des Américains, alors... les missiles seront détruits et même les sources à partir desquelles les missiles ont été tirés», a-t-il ainsi déclaré à la chaîne al-Manar du Hezbollah.

Le chef du comité de défense de la Douma (chambre basse du Parlement russe) et ancien commandant des troupes aéroportées russes a également signalé le même jour que Moscou prendrait toutes les mesures, y compris militaires, en réponse à une éventuelle attaque américaine contre les forces gouvernementales en Syrie.

https://francais.rt.com/international/49644-prepare-toi-russie-donald-trump-d%C3%A9fie-moscou

Crise en Syrie : Vladimir Poutine «espère que le bon sens finira par l'emporter»

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S'exprimant sur la confrontation avec l'Occident sur le dossier syrien, le président russe a déploré des relations internationales «de plus en plus chaotiques». Il a toutefois espéré que le système mondial deviendrait, à terme, plus stable.

Sur fond de tensions extrêmes entre la Russie et l'Occident qui accuse Damas d'avoir mené une attaque chimique dans la Ghouta, le président russe Vladimir Poutine a donné sa propre interprétation des événements.

«La situation dans le monde devient de plus en plus chaotique. Nous espérons néanmoins que le bon sens finira par prévaloir, que les relations internationales reprendront un aspect constructif et que l'ensemble du système mondial deviendra plus stable et plus prévisible», a-t-il déclaré lors d'un discours devant des diplomates étrangers ce 11 avril 2018. «Nous allons poursuivre un agenda positif et tourné vers l'avenir pour le monde. Nous allons aussi travailler à garantir un développement stable, la prospérité et l'épanouissement de l'humanité», a-t-il ajouté.

(...)

L'Occident va-t-il frapper la forces syriennes plutôt que les rebelles djihadistes ? 

Au Conseil de Sécurité de l'ONU, la Russie et les Etats-Unis ne sont pas parvenus à un accord sur les conditions dans lesquelles une enquête pourrait être menée à Douma. La proposition russe visant à établir un mécanisme d'enquête indépendant sur l'utilisation des armes chimiques en Syrie a été rejetée, n'ayant pas recueilli la majorité de neuf voix nécessaires à son adoption. Ce texte a été approuvé par six pays, dont la Chine, alors que sept se sont prononcés contre et deux ont choisi l'abstention.

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Au cours des derniers jours, les signaux d'une probable intervention des Etats-Unis, appuyée par la France, contre Damas se sont multipliés. L'Agence européenne pour la sécurité aérienne (EASA) a ainsi émis le 10 avril un message clair de mise en garde, invoquant «de possibles frappes aériennes en Syrie [...] dans les 72 heures à venir». L'alerte précise encore aux pilotes de se tenir prêts à recevoir des NOTAM (messages aux navigants aériens) spécifiques, concernant les risques en vol dans la région

Le destroyer lance-missile USS Donald Cook a quitté le 10 avril le port chypriote de Larnaca, où il faisait escale, et se trouve dans une zone d'où il peut facilement frapper la Syrie. D'après Reuters, le Pentagone a annoncé ce 11 avril avoir planché sur les différentes options militaires et s'est dit prêt à les présenter à Donald Trump.

https://francais.rt.com/international/49658-crise-syrie-vladimir-poutine-espere-bon-sens-emporter

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Quels effets aurait une intervention occidentale en Syrie ?

Quand le journal La Croix ("catholique") soutient une intervention militaire occidentale en Syrie; décryptage:

TL LA CROIX VIVE LA GUERRE

Quelques jours après une présumée attaque chimique dans la ville de Douma, les tensions internationales sont palpables ce mardi 10 avril. Les États-Unis et la France semblent en effet sur le point de mettre à exécution leurs menaces de frappes conjointes contre le régime de Damas.

La ville de Douma le 7 avril. ZOOM

La ville de Douma le 7 avril. / Stringer / AFP

Ce ne serait pas la première fois que le régime syrien franchit la ligne rouge de l’usage d’armes chimiques.

[affirmation mensongère: aucune preuve à ce jour!]

Mais, après l’attaque présumée « au gaz toxique » qui a fait des dizaines de mort à Douma samedi 7 avril, Paris et Washington ont promis cette fois-ci de répondre « avec force ». Une décision de la part des deux pays est attendue dans les heures à venir qui pourrait donner lieu à des frappes occidentales contre les positions du régime de Damas.

► Quelles pourraient être les conséquences diplomatiques de telles frappes ?

[La question en elle- même est révélatrice: on pourrait s'attendre, dans un journal "catholique", que la première question portât sur les conséquenes HUMAINES de telles frappes...]

« Cela dépend de la nature des frappes, estime Ziad Majed, politologue et professeur à l’université américaine de Paris.

[Un "expert" dont la neutralité est assurée d'emblée...]

S’il s’agit d’une petite frappe, comme l’année dernière avec l’envoi de missiles Tomahawks contre la base syrienne d’al-Chaaryate (après l’attaque chimique contre le village de Khan Sheikhun), ça n’aura pas de grandes conséquences. Le régime pourra continuer de crier au complot et les Russes en sortiront gagnants. Si les frappes sont d’envergure, le rapport de force ne va pas être modifié sur le terrain, mais cela pourrait pousser vers une sortie de crise. »

[Oui, vous avez bien lu, c'est un appel au meurtre, en toute tranquillité, présenté comme la solution à une "sortie de crise"!]

« Actuellement, les Russes ne rencontrent pas vraiment d’opposition armée sérieuse face à eux. Cette dernière n’a que des armes légères, ajoute Ziad Majed.

[traduisez: les jihadistes sont des amateurs, presque des touristes...]

Avec des frappes d’ampleur de la part des Américains et des Français, il y aurait un message comme quoi les choses ne peuvent pas continuer, que la guerre doit respecter certaines contraintes. Ils peuvent montrer qu’ils sont capables de fermeté s’ils le veulent. »

[Qu'importe le nombre de morts potentiel, l'important, c'est le message!]

Par le passé, plusieurs cas d’utilisation d’armes chimiques ont été imputés au régime de Damas. Après le massacre de la Ghouta en août 2013, les États-Unis et la France avaient failli intervenir, avant que les Américains ne fassent marche arrière. Bachar Al Assad avait nié avoir fait usage de gaz sarin, avant de finalement en livrer 1 million de tonnes à l’OIAC, dans le cadre d’un accord international. « Le régime en avait probablement gardé ou en a refait plus tard, poursuit Ziad Majed. Par la suite, il y a eu des attaques au chlore. Dans l’attaque du 7 avril, il semblerait qu’il s’agisse d’un mélange de chlore et de gaz sarin. »

[Attention, là, ce n'est pas du complotisme, c'est un universitaire qui parle!]

INFOGRAPHIE – Syrie : sept années d’impuissance internationale face aux armes chimiques

► Les Occidentaux ont-ils intérêt à attendre que la preuve soit faite de l’utilisation d’armes chimiques ?

L’intervention occidentale pourrait attendre le vote d’une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU. La Russie, indéfectible soutien du régime de Damas, nie le fait qu’il y ait eu une attaque chimique et demande qu’une enquête soit effectuée. Elle a d’ailleurs rédigé son propre projet de résolution à l’ONU, en concurrence avec celui déposé peu avant par les États-Unis et qui vise à l’instauration d’un mécanisme d’enquête internationale sur le recours des armes chimiques en Syrie.

Moscou n’en est plus à une contradiction près, comme le rappelle Ziad Majed : « À cause du veto russe, le Mécanisme conjoint d’enquête sur l’utilisation présumée d’armes chimiques en Syrie (JIM) a été arrêté l’année dernière. Il avait prouvé la responsabilité du régime syrien dans les attaques chimiques précédentes. Maintenant, les Russes veulent une enquête. »

["Le JIM présente « des lacunes fondamentales », avec le recueil de témoignages douteux, des approximations dans le travail d'enquête, a rétorqué l'ambassadeur russe, Vassily Nebenzia/ http://www.rfi.fr/moyen-orient/20171117-syrie-onu-jim-enquetes-armes-chimiques-russie]

Et pour cause, ces derniers ont tout intérêt à jouer la montre : « En fait, cela leur servirait à gagner du temps et nourrir une théorie du complot comme ils en ont l’habitude, reprend le politologue. Les Russes, qui contrôlent le terrain, sont sûrement déjà en train de camoufler les preuves et de modifier la scène de crime. Les Occidentaux ont intérêt à agir au plus vite car, s’il faut attendre les résultats d’une commission d’enquête, ils montreront tout autre chose de la réalité. »

 

Le régime syrien a d’ailleurs invité l’Organisation internationale pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) à venir enquêter sur les lieux de la supposée attaque chimique. « Je pense que les preuves de la responsabilité du régime syrien dans cette attaque existent déjà. Il a été prouvé qu’il avait déjà fait utilisation de gaz sarin par le passé et il est le seul à avoir une aviation qui survole cette zone. »

Eddie Rabeyrin
https://www.la-croix.com/Monde/Moyen-Orient/Quels-effets-auraient-intervention-occidentale-Syrie-2018-04-10-

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En résumé, pour faire passer un message (évangélique?), rien de tel que des frappes d'une "certaine ampleur", le plus vite possible, une version "moderne" et "progressiste" de la formule "aimez vous les uns les autres", sans doute.   P.G.

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Vidéo « Jeu de société » : Une percutante métaphore de notre aliénation économique

Le studio Les Parasites a publié un court métrage, intitulé « Jeu de Société ». Sous la forme d’une allégorie de la société, le groupe de jeunes producteurs dénonce un système dominé par l’argent et les rapports de force tout en se penchant sur la violence que les structures provoquent sur les relations humaines. Un petit chef d’œuvre à découvrir absolument.

VID PARASITES JEU DE SOCIETE

Les Parasites est un groupe constitué de jeunes passionnés par la réalisation de courts métrages. Leurs montages interrogent la société et la vie quotidienne, entre humour et critique engagée. Selon Guillaume Desjardins, l’un des membres, leur travail s’inspire d’une phrase de Théodore Monod « L’utopie n’est pas l’irréalisable, mais l’irréalisé ». Malgré un budget limité, ils publient une vidéo par semaine et un court métrage par mois sur leur chaîne YouTube.

 

À ce jour, leur principal outil de médiatisation est internet. Cependant, à leur échelle, ils ont déjà connu des succès sur le grand écran.  Leur production « Symptômes d’amour », a été récompensé à l’occasion du concours "48 hour film project" [sic] de Montpellier. Pour sa part, la vidéo « Jeu de société » dont il est question dans cet article a été diffusée dans un cinéma parisien, avant d’être publiée sur le web. Elle y a d’ailleurs rencontré un succès immédiat, puisque la production a été visionnée près de 100 000 fois en l’espace de 48 heures. Parmi les acteurs, on remarquera la présence d’Antoine Basler, qui a joué dans le film 99 francs (autre chef d’œuvre critique par ailleurs).

Jeu de société – Les Parasites - 2

 

Dans ce court métrage, Nicolas (Bastien Ughetto) rencontre la  famille de sa fiancée, Victoire (Roxane Bret). Pour plaire et s’intégrer, il va devoir jouer à un jeu de société qui dure depuis des générations dans sa nouvelle famille. Pourtant, un conflit apparait bientôt entre Nicolas et son futur beau-père. Alors que le premier dénonce l’absurdité du jeu, le second nie la possibilité de changer les règles du « jeu » qui a vocation à durer l’éternité. Référence voulue au conservatisme, cette opposition renvoie à la difficulté qu’il existe de combattre les structures anciennes, restées parfois légitimes uniquement parce qu’elles perdurent depuis longtemps, sans que l’on ne discute leur fond ou leur raison d’être. Le procédé employé est bien évidemment caricatural, mais il dépeint avec beaucoup de réussite les relations dans le modèle dominant ainsi que les vices qui y sont associés, d’autant que le jeu des acteurs est tout juste brillant et digne de grandes productions.

Ce « jeu », dont la forme n’est pas sans rappeler celle du Monopoly sans le nommer, est une allégorie de la société moderne. Le spectateur est interpellé puisque se succèdent humour noir, cynisme, engagement critique et poésie. Chaque scène fait référence au choix auquel fait face chaque être humain quand il doit s’intégrer dans un monde qu’il ne comprend plus. Ici, c’est non seulement le rôle de l’argent qui est questionné, mais également les relations de pouvoir entre les individus possédants et dépossédés, ainsi que les vices humains tels que la cupidité, la manipulation ou encore la violence pour conserver les structures actuelles en place.

Allégorie de la société et critique des rapports individuels

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Chacun des membres de la famille représente une idée. Dans une société capitaliste, le père symbolise ceux qui détiennent les richesses (banques, grandes entreprises) et influencent les décideurs, quitte à changer les règles au dernier moment, lorsque cela s’avère nécessaire pour préserver des intérêts personnels. La mère peut être considérée comme étant le législateur, dont les décisions sont largement soumises au pouvoir du capital. Les enfants, eux, symbolisent chacun des acteurs différents de ce système, qui se sont adaptés avec plus au moins de réussite, sans toutefois s’opposer à la règle principale : toutes les relations sont basées sur l’achat et la vente de biens. Enfin, la grand-mère a été exclue, non seulement du jeu mais aussi de la famille : elle a perdu tout son argent et ne se pliait pas aux règles. Cette exclusion fait également référence à l’exclusion des personnes âgées au prétexte qu’elles ne sont plus assez productives pour le capital.

Si chacun des personnages peut être regardé comme représentant un symbole qui le dépasse, un autre niveau d’interprétation est à considérer : celui des individus, pris en tant que tels dans une situation qui n’est finalement pas si étrangère à notre vie de tous les jours. Vue sous cet angle, la vidéo des Parasites n’est pas plus tendre : le pouvoir et l’argent peuvent déstructurer une famille, rompre des liens amicaux ou encore rendre violent physiquement et moralement vis à vis du prochain. Toute tentative d’innover, de gagner sa liberté, est lourdement condamnée dans les familles les plus conservatrices. Dans cette perspective, le sentiment de malaise que suscitent les scènes est important : là où des sentiments d’entraide et d’amour caractéristiques de la sphère familiale devraient prévaloir, se sont imposés la suspicion, la cupidité et l’égoïsme.

 


 

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« Il faut surtout que ton jeu soit compatible avec le nôtre… »

 


 

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Source :

https://www.tipeee.com/les-parasites

https://mrmondialisation.org/jeu-de-societe/

https://positivr.fr/jeu-de-societe-court-metrage-les-parasistes/

http://stopmensonges.com/jeu-de-societe-percutante-metaphore-de-notre-alienation-economique/

https://aphadolie.com/2018/04/11/video-jeu-de-societe-une-percutante-metaphore-de-notre-alienation-economique/

Voir la vidéo également sur YouTube:

https://www.youtube.com/watch?time_continue=1217&v=EwK9glIxIoo

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On peut aussi, bien sûr, y voir une allégorie de l'Union européenne avec ses règles qu'on "ne peut pas changer". la scène finale qui suggère des "jeux alternatifs" mis de côté est savoureuse de mon point de vue. A voir absolument, ça dure 20 minutes.   P.G.

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Pourquoi la France ne doit pas s’associer aux frappes en Syrie

TRIBUNE LIBRE / Source : Le Figaro, Caroline Galactéros, 10-04-2018

FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors que la France s’apprête vraisemblablement à frapper la Syrie, en représailles aux attques chimiques supposées, Caroline Galactéros plaide pour un sursaut d’indépendance nationale. Selon elle, la France ne doit pas s’aventurer dans une nouvelle coalition.

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Docteur en sciences politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros dirige le cabinet d’intelligence stratégique Planeting. Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a notamment publié Guerre, Technologie et société (éd. Nuvis, 2014).


La messe semble dite et une atmosphère de veillée d’armes plane sur Paris, tandis que le jeune prince d’Arabie Saoudite quitte la capitale et que notre président est en étroit dialogue avec son homologue américain. La France pourrait, en coordination avec Washington, frapper de manière imminente les forces du régime syrien en représailles d’une nouvelle attaque chimique imputée de manière «très probable» mais en amont de toute enquête, aux forces de l’abominable tyran Assad soutenu par les non moins affreux régimes russe et iranien.

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Il faudrait agir vite, se montrer ferme, intraitable, juste! Il s’agirait là d’un «devoir moral»! On a bien entendu et lu. Le discours moralisateur sur la sauvegarde des civils innocents, pourtant inaudible après sept ans de guerre et de déstabilisation de la Syrie, est toujours le même. C’est là le comble du cynisme en relations internationales, que nous pratiquons pourtant sans états d’âme depuis des décennies. Pendant ce temps, la guerre silencieuse du Yémen continue. Ces civils-là n’existent pas, ne comptent pas.

Mais certaines images de guerre et de civils otages d’une sauvagerie généralisée irritent plus que d’autres nos consciences lasses d’Européens déshabitués de la violence et gonflés d’une prétention à connaître, dire et faire le Bien. Soit.

Mais agir contre qui? Qui faut-il punir? Le régime de «l’animal Assad», comme l’a appelé Trump? L’Iran? La Russie? Vraiment? Et si ce trio noir que l’on désigne exclusivement depuis des mois à la vindicte populaire internationale n’était qu’un leurre, proposé à notre indignation sélective pour ne pas réfléchir à nos propres incohérences?

Quel serait l’intérêt de la Russie de laisser perpétrer une telle attaque ?

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Personne ne se demande pourquoi cette nouvelle attaque chimique arrive maintenant, au moment même où la Ghouta orientale repasse sous contrôle gouvernemental syrien et parachève sa reconquête territoriale, face à des groupuscules rebelles rivaux globalement en déroute et plus que jamais prêts à se vendre au plus offrant pour survivre et espérer compter? Personne ne s’autorise à douter un instant, quand le ministre russe des affaires étrangères rapporte que les observateurs du Croissant rouge syrien envoyés sur place n’ont rien vu ressemblant à une attaque? Serguei Lavrov ment-il carrément au Conseil de Sécurité des Nations unies ou bien faut-il penser que Moscou ne contrôle pas tout ce qui se fait au plan militaire sur le théâtre? Ou que des éléments de l’armée syrienne elle-même agiraient en électrons libres ou auraient été «retournés»? À qui profite le crime? C’est cette vieille question, mais toujours pertinente, qui paraît désormais indécente.

Quel serait pourtant l’intérêt de la Russie de laisser perpétrer une telle attaque, alors que, ne nous en déplaise, bien davantage que notre «Coalition internationale», elle cherche la paix, l’organise pragmatiquement, et est la seule depuis sept ans à engranger quelques résultats qui évidemment contreviennent à nos intérêts et à ceux de nos alliés régionaux?

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On semble aussi avoir totalement oublié une donnée fondamentale du conflit: les malheureux civils de la Ghouta, comme ceux des ultimes portions du territoire syrien encore aux mains des «rebelles» djihadistes ou de Daech, sont des boucliers humains, peut-être même, en l’espèce, sacrifiés par ces mêmes apprentis démocrates suppôts d’al-Qaïda et consorts pour entraîner l’Occident dans une guerre ouverte avec Moscou et Téhéran.

Car si l’on quitte le microscope pour la longue-vue, il est permis de décrire à partir de cette dernière séquence syrienne un contexte stratégique global infiniment préoccupant pour l’Europe, et singulièrement pour la France, qui risque de prendre les avant-postes d’une guerre qui n’est pas la sienne, dont elle fera les frais et qui neutralisera durablement l’ambition présidentielle affirmée de prendre le leadership politique et moral de l’Union européenne. Nos amis allemands ou italiens sont d’ailleurs moins cynico-idéalistes, mais plus prosaïques que nous. Ils avancent prudemment, vont et viennent entre Beyrouth et Damas pour pousser leurs pions en cette phase douloureuse et recueilleront les fruits de notre marginalisation radicale quand la reconstruction syrienne arrivera.

La guerre en Syrie a été gagnée militairement par l’armée gouvernementale. Militairement, mais pas politiquement.

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La ficelle est si grosse et la pelote si bien déroulée depuis des mois qu’on ne la voit plus en effet. On punit la Russie. On la punit d’être la Russie, déjà, et d’avoir réussi son retour sur la scène mondiale. On la punit de vouloir la paix en Syrie et de chercher à la mettre en musique politiquement à Astana ou à Sotchi. On la punit d’avoir sauvé Damas et son régime diabolisé du dépècement qu’on leur promettait et qui s’est fracassé sur la résilience populaire et gouvernementale syrienne et a déjoué partiellement au moins la confessionnalisation des affrontements politiques et sociaux que l’Occident encourage, sans en comprendre le danger insigne pour ses propres sociétés, et notamment en Europe.

La guerre en Syrie a été gagnée militairement par l’armée gouvernementale. Militairement, mais pas politiquement. Cette victoire sur le terrain au prix d’une guerre brutale (comme toutes les guerres, même celles menées depuis les airs et qui n’ont de chirurgicales que le nom), nous est proprement insupportable car cela nous force à faire la paix, ce que nul ne veut mis à part… Moscou. Ah, Moscou! L’impudent Vladimir Poutine trop bien réélu qui nous nargue avec sa coupe du monde, où des millions de gens vont découvrir un visage de la Russie qui ne les terrifiera pas.

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Et puis derrière Moscou, on vise évidemment Téhéran, dont l’allié israélien, en pleine idylle officielle avec le centre mondial du salafisme – l’Arabie saoudite – qui a toutefois opportunément décidé de faire peau neuve, ne peut tolérer l’émergence régionale, tant le niveau sociétal, culturel, technologique et commercial de ce pays lui fait de l’ombre bien au-delà de la seule crainte d’un (dés)équilibre stratégique modifié par sa nucléarisation ultime.

Bref, nous sommes en train de tomber dans un vaste piège qui se joue sur plusieurs fronts, et de nous ruer, en croyant ainsi exister, sur le premier os qu’on nous jette. De ce point de vue, l’affaire Skripal pourrait bien n’avoir été que le hors-d’œuvre de la séquence actuelle. Elle a posé le premier étage d’une repolarisation politique et sécuritaire de l’Europe autour de Londres, et surtout sous la bannière de l’OTAN*. Car c’est là l’ultime manœuvre: remettre au garde-à-vous les Européens qui, depuis l’arrivée de Donald Trump et le Brexit, s’étaient pris à rêver d’une autonomie européenne en matière de politique et de défense… Péril suprême pour le leadership américain sur le Vieux Continent, heureusement contrebalancé par les rodomontades de quelques nouveaux européens qui refusent leur arasement identitaire et mettent à mal tout projet d’affranchissement sécuritaire collectif. Le Secrétaire américain à la défense, le général Mattis, a d’ailleurs été très clair: les Européens doivent en effet consacrer 2 % de leur PIB à la défense, mais pour acheter des armes américaines et demeurer dans l’orbite otanienne évidemment, l’Alliance constituant le cadre naturel et nécessaire de la défense de l’Europe. Fermez le ban!

Nous sommes en train de tomber dans un vaste piège qui se joue sur plusieurs fronts.

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Nous sommes donc en train d'être clairement repris en main par l'OTAN, mais on ne s'en rend pas compte car on nous vend la nécessité d'une solidarité sans failles, donc manichéenne, face à une «offensive russe» pour diviser l'Europe (comme si nous n'étions pas assez grands pour nous diviser nous-mêmes) et dominer le Levant. C'était probablement l'objet de l'affaire Skripal comme de la présente montée au front sur la Syrie. La volte-face aujourd'hui même d'Angela Merkel sur le projet Northstream-2 ne fait qu'amplifier cette polarisation. Moscou est poussé à se crisper donc à s'isoler par tous les moyens. Par les sanctions, par les vrais faux empoisonnements d'espions en plein Londres et jusqu'à cette décision allemande qui ne peut que durcir la position russe en Syrie et assurer la montée des tensions, le Kremlin n'ayant plus d'autre alternative que de jouer le tracé Qatari qui passe par la Syrie… Redoutable manœuvre anglo-américaine donc, à laquelle Paris et Berlin semblent ne voir que du feu.

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Il faut donc s'y résoudre: l'Amérique d'Obama a vécu. Celle de Trump et de ceux - néoconservateurs de toutes obédiences - qui l'environnent très fermement désormais, a radicalement changé de posture. Certes le président américain annonce son souhait de quitter la Syrie, mais il avoue pouvoir changer d'avis si l'Arabie saoudite payait le coût de cette présence! On ne peut être plus clair et c'était aussi tout le sens de son premier voyage à Riyad au printemps dernier: réassurer l'allié du Quincy (dont le Pacte éponyme était rendu caduc par la nouvelle indépendance énergétique américaine) contre 400 milliards de dollars de contrats pour l'économie américaine. Et puis, tandis qu'il déclare au grand dam de ses généraux et pour tromper son monde qu'il veut partir, il se consolide une vaste zone d'influence américaine à l'est de l'Euphrate avec les FDS arabo-kurdes.

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Washington, dans le vaste mouvement de repolarisation du monde, entend en tout état de cause demeurer le môle principal d'arrimage d'un Occident qui doute face à une Chine qui structure à son rythme et via un affrontement de basse intensité mais tous azimuts, un véritable «contre-monde». L'Amérique, fébrile, joue son va-tout pour renverser la vapeur d'un ordre international qu'elle ne contrôle plus mais qu'elle veut encore dominer coûte que coûte. Elle veut l'affrontement pour réinstaller sa préséance face à Moscou, Téhéran et Pékin, cible ultime de l'intimidation. C'est là pourtant un combat profondément à contresens de l'évolution du monde. Affligés du syndrome postmoderne de la vue basse et celui de l'hybris technologique, nous oublions que la vie est longue.

Au-delà, cette affaire, comme d'innombrables autres, met en évidence une évolution dangereuse: la substitution à la réalité non d'une image déformée, mais carrément d'une autre réalité et le retour de la tentation de la guerre préventive préemptive, qui évite d'enquêter. La question est vraiment très grave pour l'essence même de la politique internationale. Préfère-t-on l'image au réel, les fake news à l'analyse, le sensationnalisme à la rigueur?

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Alors que voulons-nous? Ce sera bientôt clair: si nous voulons sauver la Syrie, il nous faut surtout ne pas nous joindre à une coalition qui agira hors de tout mandat de l'ONU et qui portera le poids d'une guerre dont le peuple syrien est la dernière roue du carrosse et sera la victime immédiate. La grande question est donc: mais que vient faire Paris dans cette galère? On se trompe comme souvent d'ennemi, d'allié, de posture, de tout en somme. Et si l'on essayait l'audace, le courage et la singularité? Notre siège au Conseil de Sécurité, que guigne l'Allemagne de plus en plus ouvertement, en serait relégitimé. Nous posons-nous seulement la question de notre intérêt national (qui ne se réduit pas à des contrats d'armement) et des raisons pour lesquelles on nous sert ainsi l'injonction d'un alignement sur le thème du Bien contre le Mal et de la guerre préventive?

Dans ce nouveau grand jeu, la France a encore l'opportunité inespérée de compter plus que son poids démographique ou même économique ne le lui permet.

La France est désormais, en Syrie comme ailleurs, au pied du mur. Elle a l'occasion inespérée de faire valoir une approche prudente et rigoureuse, une voix pour la paix, une singularité. Nous avons déjà une influence au plus bas dans la région. Si nous voulons compter de nouveau, nous devons regarder la réalité dans les yeux et admettre que «nous avons eu tout faux» depuis 2011. Il n'est jamais trop tard et notre président peut encore choisir de compter véritablement au regard de l'Histoire et dans le cœur des peuples

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Une guerre contre l'Iran et la Russie n'est pas la nôtre. Elle ne correspond nullement aux intérêts stratégiques français, ni à ceux de l'Europe. Nous avons déjà si naïvement collé aux Britanniques qui veulent quitter l'Union, sans preuve et par principe, dans l'affaire Skripal. Pourquoi cette fuite en avant?

Dans ce nouveau grand jeu, la France a encore l'opportunité inespérée de compter plus que son poids démographique ou même économique ne le lui permet, en affirmant une singularité et une cohérence. Plus que jamais le réalisme, aux antipodes du cynisme, doit être le bouclier et la lance de notre nouvelle posture internationale. Il nous rapproche non d'une justice abstraite mais de l'équité et de la clairvoyance. La France n'a pas le droit et aucun intérêt à être malhonnête dans son interprétation des faits. Elle a tout à gagner à la lucidité et elle doit d'urgence montrer au monde comme aux peuples et pouvoirs du Moyen-Orient qu'on ne l'égare ni ne la soumet si facilement.

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/04/10/31002-20180410ARTFIG00277-pourquoi-la-france-ne-doit-pas-s-associer-aux-frappes-en-syrie.php?redirect_premium

https://www.les-crises.fr/pourquoi-la-france-ne-doit-pas-sassocier-aux-frappes-en-syrie-par-caroline-galacteros/

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*"repolarisation politique et sécuritaire de l’Europe autour de Londres, et surtout sous la bannière de l’OTAN" / "Nous sommes donc en train d'être clairement repris en main par l'OTAN": j'ai dû manquer un épisode! A part 2003, pour l'affaire irakienne, où seule la France avait pris ses distances...      P.G.

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Indignation mondiale parmi les journalistes après la mort d'un reporter palestinien, tué par Tsahal

Gaza, Rafah, Ramallah, Bethléem mais aussi New York : nombre de journalistes ont exprimé leur colère après la mort du reporter palestinien Yasser Mourtaja, tué alors qu’il portait un gilet presse et couvrait le rassemblement la «Marche du retour».

ACT JOURNALISTES PALESTINE

Les protestations contre la mort du jeune journaliste palestinien Yasser Mourtaja, tué par un tir de l'armée israélienne le 6 avril lors de la «Marche du retour» palestinienne, prennent une résonance mondiale. Le 7 avril à Ramallah à l’appel d’un syndicat de journalistes palestiniens, le 8 avril à Rafah et Bethléem, le 9 avril à New York, des reporters sont venus rendre hommage à leur confrère.

Banderoles, bougies, affiches ont été déployées pour rendre hommage au journaliste de trente ans tué dans l’exercice de ses fonctions alors qu’il arborait un gilet presse qui le rendait parfaitement identifiable en tant que représentant des médias.

JOURNALISTE PALESTINIEN TUE PAR TSAHAL

L’ONG internationale Reporters sans frontières (RSF) a condamné ce 7 avril «les tirs délibérés de l’armée israélienne contre des journalistes» et a demandé une enquête indépendante. «Le photoreporter Yasser Mourtaja portait un gilet “Presse” : il a manifestement été victime d’un tir intentionnel», a estimé  Christophe Deloire, le secrétaire général de RSF, sur son compte Twitter.

Journalistes français et britanniques rendent hommage à leur confrère

En France, de nombreux journalistes, tels que Jean-Baptiste Montvalon, collaborateur du Monde, Rosa Moussaoui de L'Humanité ou Aïda Touihri de CNews, ont rendu hommage à leur confrère sur Twitter.

Les journalistes britanniques ont également exprimé leur tristesse, comme Richard Colebourn, rédacteur en chef à la BBC ou Liam O'Hare, reporter pour The Guardian ou The Independant

Des milliers de personnes aux funérailles de Yasser Mourtaja

Des milliers de personnes s'étaient rendues aux funérailles du jeune reporter à Gaza le 7 avril. 

Le journaliste, qui officiait pour l'agence Ain Media, été mortellement touché à l’abdomen par une balle israélienne alors qu'il couvrait pacifiquement la «Marche du retour». Ce mouvement de protestation prévoit des rassemblements et campements durant six semaines à la frontière entre Gaza et Isrël, pour réclamer «le droit au retour» de quelque 700 000 Palestiniens, chassés de leurs terres ou ayant fui lors de la guerre qui a suivi la création d'Israël le 14 mai 1948.

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Des vidéos l'ont montré au moment de son évacuation, vêtu de son gilet où s'étale le mot «PRESS» en larges lettres blanches. Alors qu'il gît sur la civière, un homme tente de juguler l'hémorragie de son ventre.

Outre la mort de Yasser Mourtaja, huit autres Palestiniens ont été tués le 6 avril, et cinq journalistes ont été blessés. L'armée israélienne a fait savoir dans un communiqué qu’elle n’avait pas intentionnellement visé les journalistes et a annoncé procéder à une enquête. 

https://francais.rt.com/international/49555-indignation-mondiale-journalistes-apres-mort-yasser-mourtaja

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«Nouveau partenariat stratégique» : l'Arabie saoudite, toujours plus proche de la France ?

La tournée occidentale du prince héritier saoudien le mène des Etats-Unis à la France. Sur fond de polémique liée aux ventes d'armes et à la guerre au Yémen, cette visite doit être l'occasion de conclure un «nouveau partenariat stratégique».

ACT VISITE MBS PARIS

Le prince héritier et de facto dirigeant d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane (dit «MBS») est arrivé ce 8 avril en France, avant des rencontres officielles les 9 et et 10 avril. Un événement diplomatique que l'Elysée qualifie de majeur, bien que la durée du séjour du futur monarque n'ait rien de comparable avec son voyage de plusieurs semaines aux Etats-Unis.

«La qualité des relations franco-saoudiennes ne se jauge pas à l’aune de la durée du séjour du prince héritier sur notre territoire», a ainsi fait valoir l'Elysée. A en croire la diplomatie française, elle ne se jugera pas non plus au nombre de contrats signés avec la pétromonarchie wahhabite – qui devrait être relativement restreint – mais au «nouveau partenariat stratégique» que les deux Etats semblent décidés à nouer.

L'Elysée parle en effet d'une «nouvelle coopération» envisagée selon «une vision commune» avec le royaume, qui a entrepris de se donner une image plus libérale à l'international et souhaite transformer en profondeur son économie, trop dépendante de la rente pétrolière. «Il ne s'agit pas d'une visite d'Etat traditionnelle», confirme de son côté une source proche de la délégation du prince héritier, citée par l'AFP.

Jean-Yves Le Drian s'est dit impressionné par les efforts saoudiens

Le 16 novembre 2017, le ministre français des Affaires étrangères en visite à Riyad, déclarait déjà : «Nous sommes impressionnés par les réformes que vous menez aujourd'hui dans le cadre de la Vision 2030 qui porte un plan ambitieux de développement socio-économique pour le royaume.»

Une proximité renforcée sous François Hollande

En effet, au cours du précédent quinquennat, les relations étaient au beau fixe entre la France et l'Arabie saoudite – Paris trouvait dans le royaume wahhabite un marché florissant pour son industrie aéronautique, tandis que Riyad voyait en Paris un allié de choix dans sa lutte contre l'influence iranienne.

A l'occasion de la première réunion de la Commission conjointe franco-saoudienne en juin 2015, plus de 10 milliards de dollars de contrats avaient été conclus entre la France et l'Arabie saoudite : 23 hélicoptères multifonctions Airbus H145, pour un montant de 500 millions de dollars, 30 Airbus A320 et 20 Airbus A330 par la compagnie Saudi Airlines, pour un montant de 8 milliards de dollars, ainsi que l'étude de faisabilité de la construction de deux réacteurs nucléaires EPR dans le royaume.

Laurent Fabius et Mohamed ben Salmane, qui était à l'époque ministre saoudien de la Défense, avaient alors tenu à réaffirmer l'entente plus que cordiale qui régnait entre Paris et Riyad, précisant que ces relations stratégiques s'inscrivaient dans une longue histoire. Peu de temps auparavant, le prince avait d'ailleurs été reçu à l'Elysée par François Hollande, lequel avait déjà fait un déplacement à Riyad début mai.

Plus symboliquement, l'année suivante, en mars 2016 à l'Elysée, François Hollande avait remis, en toute discrétion, la légion d'honneur au prince saoudien Mohammed ben Nayef «pour tous ses efforts dans la région et dans le monde dans la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme» selon un communiqué de l'agence saoudienne SPA.

Un lien que ne semble pas compromettre la polémique yéménite

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La guerre au Yémen, qui a fait plus de 10 000 victimes civiles depuis mars 2015 et à laquelle l'Arabie saoudite prend part, à la tête d'une coalition accusée par des ONG et l'ONU de violations généralisées et systématiques du droit humanitaire, n'a semble-t-il en rien fait dévier l'amitié indéfectible entre les deux pays. Amnesty international et l'ONG de lutte contre la torture et la peine de mort ACAT, ont également pointé du doigt le fait que ces violations contredisent les traités internationaux sur les ventes d’armes tels le que le Traité sur le commerce des armes (TCA) et la Position commune du Conseil de l'Union européenne, auxquels la France a souscrit.

Interrogée à cet égard en février dernier, la ministre des Armées Florence Parly avait d'ailleurs dû botter en touche et, visiblement gênée, se contenter de déplorer «une épouvantable crise humanitaire» et «un drame humain», alors que la question du journaliste portait précisément sur les armes vendues par la France à l'Arabie saoudite.

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En outre, à l'approche de la visite du prince héritier saoudien en France, l'ONG Human Rights Watch, s'était indignée dans les colonnes de Libération du 7 avril que l'Elysée déroule «le tapis rouge» à l'Arabie saoudite – pays dirigé selon lui «d’une main de fer, en dépit de réformes de façade», «plongé son pays dans une répression accrue» et menant au Yémen «une intervention militaire implacable, entachée de crimes de guerre».

 

Un renforcement des relations Occident-Riyad sous l'impulsion de Donald Trump ?

La volonté franco-saoudienne d'établir un «nouveau partenariat stratégique» fait écho, en outre, à un spectaculaire renforcement des liens économiques et politiques entre Washington et Riyad – laissant imaginer, donc, une lune de miel plus globale entre l'Occident et le royaume wahhabite.

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Ainsi, aux Etats-Unis, si l'administration de Barack Obama entretenait un rapport compliqué avec Riyad (celui-ci l'accusant d'être trop conciliant à l'égard de l'Iran), celle du républicain Donald Trump se montre beaucoup plus ouverte à une collaboration de premier plan avec le royaume saoudien.

Pour son premier déplacement à l'étranger après son accession à la Maison Blanche, Donald Trump avait choisi de se rendre en Arabie saoudite, en mai 2017 ; à cette occasion , le royaume avait acheté pour 110 milliards de dollars d'armements américains, partie d'un contrat de 350 milliards sur 10 ans.

Un an plus tard, lors de la visite du prince héritier en mars à Washington, l'actuel locataire de la Maison Blanche a proclamé sa «grande amitié» avec Mohammed ben Salmane et a fixé sans ambages l'objectif de ce réchauffement des relations américano-saoudiennes : «L'Arabie saoudite est un pays très riche et vous allez, j'espère, donner une part de cette richesse aux Etats-Unis sous la forme d'emplois et d'achats du meilleur matériel militaire qui soit au monde.»

Confirmant l’espoir du président américain, le jeune prince a assuré que Riyad travaillait sur «un plan d’investissement de 200 milliards de dollars avec Washington», ajoutant que son royaume «souhait[ait] vivement renforcer les relations avec les Etats-Unis et les piliers d'une forte amitié entre les deux pays».

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La visite de Mohammed ben Salmane à Paris, qui intervient juste après un séjour au Royaume-Uni puis aux Etats-Unis, jouira-t-elle des mêmes auspices qui ont présidé à ces bons échanges diplomatiques et commerciaux ? Quels accords la France tirera-t-elle de sa rencontre avec Riyad, que les grandes puissances occidentales semblent si promptes à courtiser pour ses largesses ? Un renforcement des relations franco-saoudiennes s'opérerait-il à la faveur d'un ancrage de Paris dans un axe atlantiste sur la scène internationale ? Autant de questions qui ne manqueront pas de jalonner les rencontres de ben Salmane dans l'Hexagone.

https://francais.rt.com/international/49541-arabie-saoudite-partenaire-toujours-plus-proche-france

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mercredi 11 avril 2018

ONU : le projet russe pour un mécanisme d'enquête sur les armes chimiques en Syrie rejeté

La proposition russe visant à créer un mécanisme d'enquête sur l'usage d'armes chimiques a été refusée, lors d'un vote du Conseil de sécurité de l'ONU, sur fond de menace occidentale de recours à la force contre le gouvernement syrien.

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Le Conseil de sécurité de l'ONU a voté ce 10 avril sur trois propositions de résolution concurrentes, l'une américaine et deux russes, alors que l'Occident accuse Damas d'avoir mené une attaque chimique à Douma, dans la Ghouta orientale, en passe d'être reprise par l'armée syrienne.

La proposition russe visant à établir un mécanisme d'enquête indépendant sur l'utilisation des armes chimiques en Syrie a été rejetée, n'ayant pas recueilli la majorité de neuf voix nécessaires à son adoption. Ce texte a été approuvé par six pays, dont la Chine, alors que sept se sont prononcés contre et deux ont choisi l'abstention.

«Vous avez désigné les coupables avant l'enquête» : le projet américain rejeté par Moscou

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Lors de la séance, la Russie a par ailleurs mis son véto à une proposition américaine de résolution, concurrente de la russe, consistant à mettre en place un mécanisme indépendant d'enquête sur l'usage d'armes chimiques. [???]  Vassily Nebenzia, l'ambassadeur russe aux Nations unies a accusé les Etats-Unis d'avoir conçu le texte de manière à ce qu'il soit refusé, afin ainsi de «justifier» une action unilatérale, non-autorisée par l'ONU, en Syrie. La veille, l'ambassadeur des Etats-Unis Nikki Haley avait en effet déclaré que Washington agirait en Syrie, et ce peu importe la décision du Conseil.

«Si vous avez pris la décision de mener une action militaire illégale, nous espérons que vous reviendrez à vous. Vous en serez vous-même responsables», a mis en garde Vassily Nebenzia.

La proposition américaine a reçu 12 votes pour, deux contre (la Russie et la Bolivie), ainsi qu'une abstention (la Chine). Le véto russe a empêché la résolution d'être adoptée.

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«Vous avez déjà désigné les coupables avant même l'enquête», a souligné l'ambassadeur russe, estimant que Washington faisait «encore un pas vers la confrontation».

Moscou a par ailleurs soumis au vote du Conseil de sécurité une résolution apportant un plein soutien à une mission d'enquête de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), organisation internationale basée à La Haye, qui a annoncé qu'elle enverrait des enquêteurs en Syrie pour établir si des armes chimiques avaient ou non été utilisées. Damas, qui a détruit son arsenal chimique sous supervision internationale en 2014, avait envoyé une requête en ce sens à l'OIAC, et Moscou avait également réclamé une enquête de cette organisation liée à l'ONU. La séance du Conseil de sécurité a toutefois été suspendue le soir du 10 avril avant que le vote sur ce texte ne puisse avoir lieu.

https://francais.rt.com/international/49632-onu-projet-russe-pour-mecanisme-enquete-armes-chimiques-syrie-rejete

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Le texte américain, qui condamne l'attaque supposée, propose la création d'un nouveau «mécanisme d'enquête indépendant des Nations unies» sur le recours aux armes chimiques en Syrie. C'est ce que je crois comprendre du litige actuel, les Russes souhaitant utiliser l'OIAC, dans le cadre de l'ONU. L'enjeu semble donc tenir au choix des "enquêteurs". Difficile de s'y retrouver pour l'instant à cause du niveau de tension et de propagande. Pour la presse euro- atlantiste ce matin, l'affaire est pliée, naturellement: les russes s'opposeraient à une enquête sérieuse.

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Aux grandes réformes les grands experts : le cas de Pascal Perri

TRIBUNE LIBRE / ACRIMED

TL ACRIMED PERRI

Depuis l’annonce du projet de réforme de libéralisation du rail, Pascal Perri a un agenda médiatique très chargé. Régulièrement en plateau sur BFM et RMC – chaines pour lesquelles il travaille comme « consultant économique », « économiste » ou « grande gueule » selon les cas – mais également présent sur le service public, il déroule une partition bien connue qui se résume en un mot d’ordre : imposer la concurrence dans le secteur ferroviaire, ici et maintenant. Auteur d’un livre publié en 2009 intitulé SNCF : un scandale français, Pascal Perri est devenu, dans le circuit fermé des grands médias, l’un des « experts médiatiques » les plus en vue pour commenter la réforme du rail.

Précisons d’emblée que Pascal Perri n’est pas le seul « expert » ayant œuvré, depuis la mi-février, à la promotion du rapport Spinetta et de la réforme gouvernementale du secteur ferroviaire. Il est un exemple parmi d’autres de ce que nous avons appelé « les pros du commentaire » [1], au rang desquels Alain Duhamel, par exemple, défend toujours avec brio son rôle de chien de garde [2].

Un « expert » exemplaire

Mais Pascal Perri n’a rien à envier aux illustres anciens. Comme bon nombre d’experts épinglés dans le film Les Nouveaux Chiens de garde, il cumule tout à la fois les rôles d’éditocrate, d’expert et de communicant en se distinguant par des va-et-vient constants entre la sphère politique, les entreprises privées, les écoles de commerce [3] et les médias. Si nous nous attardons dans un premier temps sur ces éléments biographiques, c’est parce qu’ils éclairent cette catégorie d’éditorialistes qui, sous couvert d’« expertise », sont en réalité juges et partie : nombreux sont ceux qui, comme Pascal Perri, surfent sur leur exposition médiatique, défendent leurs intérêts personnels ainsi que ceux des dominants, en faisant la promotion des réformes qui leur profitent, directement ou indirectement.

Comme le résume la notice biographique du « Magazine économique de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Maine-et-Loire » (2014) :

Pascal Perri est économiste, spécialiste des questions de concurrence. Il a publié plusieurs ouvrages sur l’économie des prix, dont Toujours moins cher : low cost, discount et Cie en 2006. Il conseille par ailleurs des groupes industriels, des entreprises de la distribution et des fédérations professionnelles. Il a participé aux travaux de la commission Beigbeder « Le low-cost ; un levier pour le pouvoir d’achat » [4] et a été chargé, en 2005, par le ministre du Tourisme d’un rapport sur l’impact des compagnies aériennes à bas prix dans les territoires touristiques français. En 2009, il est nommé rapporteur de la commission « vie chère » des États Généraux de l’Outre-mer sous la responsabilité du Premier ministre [François Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. NDLR]. Doctorat es Economie et Géographie et DEA de géopolitique (Paris VIII), Pascal Perri anime un cycle de formation pour Les Échos formation. Il est un des auteurs de la Fondation pour l’innovation politique [5]. Il dirige PNC, cabinet de conseil en stratégie low-cost.

Sa familiarité avec les cercles du pouvoir (quels que soient les gouvernements) l’ont également conduit à rédiger d’autres rapports publics, ainsi que nous l’apprend le « groupe de travail et de recherche Oui à l’innovation ! » dirigé par… Pascal Perri lui-même : « En 2014, [il] a rendu un rapport sur l’impact social du numérique en France (Pellerin, Hamon, Montebourg) puis une étude sur la régulation des grands moteurs de recherche (mai 2015) dans le cadre du débat parlementaire sur le projet de loi de modernisation de l’économie. Il [a été] membre du groupe de travail « compétitivité du sport français » au ministère des sports. [6] »

Comme le souligne Les Échos, « il a lui-même dirigé des entreprises de l’agro-alimentaire et du transport aérien » et « conseille également des collectivités pour leur politique touristique, des entreprises sportives et de loisir pour leur développement commercial. [7] » Le quotidien d’information économique et financière ne pouvait se passer d’un tel potentiel : Pascal Perri propose des études pour des prix modiques, devenant ainsi, auto-consécration oblige, un expert dévoué au service de « l’expertise des Échos  », elle-même « au service de votre stratégie » ! À bien consulter ses « états de service », il y a pourtant beaucoup à redire sur l’expertise de Pascal Perri [8]...

Un « expert » omniprésent

C’est donc tout naturellement que Pascal Perri a mis son talent au service du rapport Spinetta dès sa parution – probablement enivré par les potentialités de développement du « low-cost » qu’il promet. Il faut dire que la demande médiatique n’a pas manqué, à commencer par Les Échos bien sûr, où il a eu tout le loisir de publier trois tribunes en l’espace d’un peu plus d’un mois :



Le dernier article – initialement titré « SNCF : l’entreprise a su évoluer, aux cheminots de rattraper le train » – joue en trois temps la partition de l’ultra-libéralisme béat que Pascal Perri déroule dans l’ensemble de ses interventions. D’abord, les acquis sociaux sont un archaïsme, privilèges engoncés dans la tête de travailleurs et de grévistes s’obstinant à vouloir vivre à l’âge de pierre :

Jusqu’à une période récente, une partie de l’opinion française pensait encore naïvement que les statuts pouvaient protéger de l’évolution. Les mirages de l’idéologie ont duré une bonne partie du XXe siècle. Par la force des choses, les changements d’usage des consommateurs ont balayé cette croyance absurde que certains modèles seraient éternels.

Ensuite vient le temps pour l’expert de révéler à tous les bienfaits de la concurrence, en expliquant aux plus pauvres pourquoi le low-cost est – non pas un traitement de classe discriminant – mais une chance :

La compétition est darwinienne. Elle va permettre à la SNCF de démontrer tout son savoir-faire. Et elle n’en manque pas. La concurrence stimule l’innovation, y compris marketing et commerciale, elle est efficace pour gagner de la productivité, pour mieux servir les clients et elle impose aux entreprises d’être plus agiles et plus imaginatives. Enfin, la concurrence, si elle est sobrement et honnêtement régulée, fait baisser les prix et élargit la demande. OuiGo a montré qu’il y avait une véritable élasticité de la demande au prix dans le ferroviaire.

Enfin surgit la prescription bénie de l’expert, confiant dans l’avenir radieux que vient ouvrir la réforme :

Heureusement, dans une société de liberté, les usages finissent toujours par l’emporter car ils traduisent les aspirations humaines. Réjouissons-nous de l’arrivée de nouvelles offres ferroviaires. La SNCF est beaucoup plus solide qu’on ne l’imagine et c’est en situation de concurrence que les clients s’en apercevront. Dans le ferroviaire comme dans le transport aérien appliquons une formule simple qui a fait ses preuves partout ailleurs [9] ; le marché autant que possible, l’État autant que nécessaire.

Rideau !

Et à en croire ses multiples invitations médiatiques, c’est un discours qui a plu et flatté ses compères éditocrates. En particulier ceux de BFM-TV et de RMC – chaines pour lesquelles il officie régulièrement en tant que consultant économique et « grande gueule » – mais pas seulement : le service public lui accorde également ses faveurs. Sur la SNCF, mais aussi sur bien d’autres sujets, tant les médias sont avides et suscitent les vocations d’experts-à-tout-faire. Illustration en vidéo :

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https://www.youtube.com/watch?time_continue=7&v=UaGtEXHGPvc

 

Récapitulons les prestations médiatiques de Pascal Perri sur la SNCF (et ce n’est peut-être pas exhaustif !) :

- 18 février – « Week-end direct » sur BFM-TV – « Économiste, auteur de SNCF : un scandale français ».

- 19 février – « Focus première » sur BFM-TV – « Consultant économique de RMC, spécialiste des transports ».

- 19 février – « Les décodeurs de l’éco » sur BFM-TV – « Économiste, auteur de SNCF : un scandale français ».

- 19 février – JT de 20h sur France 2 – « Économiste » (interviewé dans un reportage).

- 26 février – « Les Grandes Gueules » sur RMC – « Économiste ». On lui doit une sortie des plus distinguées : « On ne meurt plus dans les chemins de fer à 60 ans intoxiqués par l’oxyde d’azote » [10].

- 27 février – « News et compagnie » sur BFM-TV – « Économiste ».

- 3 mars – « Priorité au décryptage » – « Économiste ».

- 15 mars – « C dans l’air » sur France 5.

- 22 mars : « Les décodeurs de l’éco » sur BFM Business.

Un chien de garde dans un vaste chenil

Pascal Perri n’est qu’un exemple d’une éditocratie en roue libre depuis l’annonce de la réforme, rivalisant d’arrogance et de mépris [11].

Alain Duhamel, déjà vent debout contre les grèves de 1995 (et contre toutes celles qui ont suivi !), squatte les plateaux de RTL, en compagnie notamment de Marc-Olivier Fogiel, pour dire tout le bien qu’il pense de la réforme. Le 19 et le 20 février, soit quelques jours après la publication du rapport Spinetta, il expliquait comme à son habitude que la réforme était « indispensable financièrement », qu’« on ne peut pas attendre », que pour les cheminots et « pour d’autres professions, la technique humaine et raisonnable, c’est pour les nouveaux contrats d’avoir des contrats qui ne soient plus dans le statut ». Un porte-parole gouvernemental des plus efficaces, soucieux de relayer la pédagogie macroniste : « [Macron essaie de] créer un choc, une dynamique, un mouvement, mais disons que c’est un pari sur la capacité des Français d’avaler autant de réformes. »

« Les Grandes Gueules », déjà épinglées sur le sujet choisissaient quant à elles une question élégante à poser à leurs auditeurs suite à l’annonce des grèves : « Les cheminots se foutent-ils du monde ? »

Éric Brunet, pour finir, n’hésite pas à tancer le gouvernement : « M. le Premier ministre, vous vous êtes couché devant les élus locaux : il fallait supprimer les petites lignes avec des TER quasiment vides et très coûteux ! » [12] Force de propositions, cet énième partisan du « ça-ne-va-pas-assez-loin » partage ses modèles sans réserve, lui qui baptisait Napoléon III le « vrai réformateur français » ! (Éditorial de Valeurs actuelles, 16 février) :

Quoi qu’il en soit, grâce à Napoléon III, la France fut, jusqu’en 1914, la première puissance économique du monde, au côté de la Grande-Bretagne. Alors oui, vive l’empereur !

 

***


Exemple édifiant de ces experts à gages, Pascal Perri saute à cloche-pied du monde des médias à celui de l’entreprise, en passant par la sphère politico-administrative et l’enseignement privé. Ces multiples casquettes lui confèrent une influence que décuplent les médias en lui déroulant le tapis rouge en plateau ou en tribune, afin qu’il fasse valoir un point de vue ultra-libéral, au diapason de l’engouement des éditocrates pour la réforme de la SNCF [13]. Un point de vue tranché et totalement partial que camouflent bien mal les titres fourre-tout dont il est affublé (comme « consultant économique ») et qui lui permettent de s’exprimer sur tout et n’importe quoi. En ce sens, l’omniprésence de Pascal Perri est le symptôme de l’anémie du pluralisme dans les grands médias. Elle rend compte de la circulation circulaire du discours dominant, et de la consécration médiatique des pseudo-experts qui en sont les porte-voix.


Pauline Perrenot et Frédéric Lemaire

http://www.acrimed.org/Aux-grandes-reformes-les-grands-experts-le-cas-de#top

« Hallucinant. Comme les gens votent mal, supprimons le vote !! Les Pays-Bas suppriment le référendum… »

TRIBUNE LIBRE / par

TL PAYS BAS REFERENDUMS

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

C’est une information surréaliste en provenance des Pays-Bas qui nous arrive.

Comme vous le savez, le problème en demandant aux peuples leur avis, c’est qu’ils pourraient avoir l’outrecuidance de ne pas être d’accord avec la façon dont certaines élites au pouvoir ont décidé de les ruiner et de les mener vers la misère.

Lorsque l’on a demandé aux Français de voter pour ou contre la constitution européenne, ces vilains citoyens ont décidé que finalement, ils préféraient somme toute conserver leur constitution à eux, et puis tant qu’à faire, leur souveraineté plutôt que de tout déléguer à des mamamouchis européens planqués bien loin d’eux, dans un autre pays, et travaillant pas forcément uniquement à leur profit.

Je sais, c’est égoïste, petit, cela manque de « vision » et on sait tous que l’Europe c’est la paix machin toussa-toussa.

Mais ce n’est pas tout, voici que les Néerlandais se sont mis à avoir le même genre d’idée saugrenue. Du coup, la défiance des peuples à l’égard de « l’UERSS » a fini par se voir au grand jour, et ce n’est évidemment pas bon… pour les affaires de nos mamamouchis europathes.

Comme la démocratie c’est pénible, supprimons le vote !

Les députés néerlandais ont adopté par 76 voix contre 69, jeudi, un projet de loi qui prévoit la suppression du référendum consultatif. Jusqu’à maintenant, lorsqu’une pétition avait récolté plus de 300 000 signatures, le gouvernement se voyait contraint d’organiser un scrutin. Un référendum de ce type sur le pouvoir des services de renseignements est prévu le 21 mars. Ce pourrait bien être le dernier.

Le texte préparé par la ministre des Affaires intérieures, Kajsa Ollongren, met en fureur une partie de l’opposition.

De 1952 à 2015, seuls deux référendums, dont celui qui a vu le rejet de la Constitution européenne en 2005, avaient été organisés aux Pays-Bas. Mais depuis peu, les consultations se multipliaient. En 2016, les Néerlandais ont dû répondre « oui » ou « non » à l’accord d’association entre l’Union européenne et l’Ukraine. Et en mars, ils doivent se prononcer sur les pouvoirs accordés aux services des renseignements néerlandais.

Dans le cas du référendum sur l’Ukraine, le « non » l’avait emporté. Pendant des mois, le gouvernement néerlandais avait traîné le résultat comme un boulet, avant de décider de ne pas remettre en cause l’accord entre Bruxelles et Kiev.

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Je vous disais, comme la démocratie est un truc assez emmerdant pour pouvoir faire ce que l’on veut, le mieux c’est tout de même d’abolir la notion de vote et de démocratie tant qu’on y est.

Certes, pour le moment, il va subsister l’illusion des élections régulièrement convoquées, ou le choix qui vous sera laissé sera tout simplement de ratifier l’élection du gus (chez nous c’est Macron) que le système a choisi pour préserver ses intérêts à lui, et pas les vôtres.

Ce qu’il y a de remarquable, c’est que l’Europe finit, par la force des choses, par apparaître ce qu’elle devient réellement, à savoir un régime malsain et autoritaire.

L’Europe ce n’est pas la paix. C’était déjà la misère, et cela devient la dictature.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/hallucinant-comme-les-gens-votent-mal-supprimons-le-vote-les-pays-bas-suppriment-le-referendum-ledito-de-charles-sannat/

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Élections en Hongrie : comment Le Figaro prend ses désirs pour des réalités et se prend les pieds dans le tapis

Les lecteurs du Monde et du Figaro représentent sans doute des univers différents. Pourtant, sur certains sujets, les deux grands quotidiens nationaux se rejoignent. En particulier sur les sujets de politique étrangère, comme la victoire électorale éclatante de Victor Orbán en Hongrie le 8 avril 2018.

TL OJIM HONGRIE ELECTIONS

Quand Blaise Gauquelin, envoyé spécial du Monde à Budapest, interroge un analyste hongrois (de l’opposition bien sûr), ce dernier explique ainsi la victoire d’Orbán « la majorité des électeurs n’a pas accès à toutes les informations pour voter. » Sous entendu, ceux qui ont les bonnes informations (par exemple, celles du Monde) votent contre Orbán. Les crétins sous-informés votent Orbán. Une version recyclée pour la circonstance des fake news qui ont permis la victoire de Trump et celle du Brexit.

Pour la Hongrie, Laure Mandeville, envoyée spéciale du Figaro à Budapest, est sur la même longueur d’onde que son confrère du quotidien du soir, elle le dépasse même d’une brasse puissante et régulière.

Laure Mandeville du Figaro laisse entrevoir la défaite d’Orbán

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La malheureuse correspondante, dans la première édition papier du Figaro, laissait prévoir (avec espoir) la défaite d’Orbán avec le titre : Hongrie, Orbán perd de sa superbe (titre calqué mot pour mot sur un article de L’Humanité ?). Mieux « un fort taux de participation menaçait de transformer en revers, voire même en défaite cinglante… son parti le Fidesz ». Le reste – pour la décidemment malchanceuse journaliste (stagiaire peut-être ?) – est de la même eau. Nous citons : autoritarisme croissant, scandales de corruption, campagne très manichéenne, exaspération croissante de la population qui n’aime pas les mensonges. Bien entendu une forte participation pouvait permettre d’augurer d’une victoire de l’opposition « si la participation devait atteindre 70% un éventuel basculement pourrait même se produire, ce qui serait un tremblement de terre politique » Fin de citation.

Les électeurs hongrois ont voté : retour au réel

Las, la participation est supérieure à 69% (en hausse de 7 points), Orbán obtient près de la moitié des voix (imaginons un parti en France qui raflerait 50% des suffrages…), progresse de quatre points par rapport aux élections précédentes et obtient les 2/3 des sièges.

PINOCCHIO

La dernière édition papier tente de rattraper la boulette en titrant Un troisième mandat pour Orbán. Mais le sous-titre s’emmêle tout de suite les pinceaux. « Malgré une mobilisation historique de près de 70% qui avait poussé l’opposition à espérer une percée, le premier ministre est reconduit confortablement ». Il n’est pas nécessaire d’être un expert en interprétation des chiffres électoraux pour comprendre le contraire : Orbán n’a pas gagné malgré la participation massive mais grâce à celle-ci. C’est la participation électorale massive qui a permis la victoire d’Orbán. Mais ne tirons pas sur une ambulance déjà en bien mauvais état.

La lecture de la première édition (modifiée en urgence ensuite sur la dernière édition papier et sur le web) laisse une étrange impression : s’agit il d’un poisson d’avril à retardement ? D’un article humoristique sous forme de pastiche reprenant les poncifs lus habituellement sur la Hongrie ? D’un aveuglement à caractère compulsif ? Ou bien d’une incompétence si remarquable qu’elle devient un cas d’école pour les étudiants en journalisme ? Nous laissons nos aimables lecteurs trancher.

https://www.ojim.fr/elections-en-hongrie-comment-le-figaro-prend-ses-desirs-pour-des-realites-et-se-prend-les-pieds-dans-le-tapis/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=observatoire_du_journalisme_les_dernieres_publications&utm_term=2018-04-10

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« la majorité des électeurs n’a pas accès à toutes les informations pour voter. »: notons au passage que ce fut le cas pour l'élection présidentielle en France où Macron et ses soutiens, ainsi que certains de ses concurrents, rebaptisés par la presse "grands candidats" ont eu l'essentiel du temps de parole au détriment d'autres qualifiés, eux, de "petits candidats", notamment François Asselineau qui, lui, fut crédité de 1% d'antenne pendant une très courte période (dite "d'équité" !) et de 0% pendant les mois précédant la campagne. Sans même parler des commentateurs, "experts" et autres "éditorialistes" qui assènent leur propagande à longueur d'année...

Et même pendant cette courte période, il ne fut pas possible au candidat d'exposer clairement son programme. Il eut à subir des accusations répétées de "complotisme" et des calomnies. Sans parler de l'absence de véritable débat démocratique...Et c'est cette presse- là, complice et partie prenante d'une démocratie de façade, qui a le culot de fustiger ce qui se passe en Hongrie ou en Russie...    P.G.

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