mardi 24 juillet 2018

Frédéric Taddeï rejoindra l’antenne de RT France à la rentrée prochaine

Frédéric Taddeï : «En 2018, il faut aller sur une chaîne russe» pour de vrais débats

18 juillet 2016

Dans une interview accordée au Parisien, l’animateur emblématique Frédéric Taddeï détaille les motivations qui l’ont décidé à rejoindre l’équipe de RT France. Au menu de cet entretien, la question centrale de la liberté d’expression.

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Répondant à une interview du Parisien publiée ce 18 juillet, Frédéric Taddeï en a dit un peu plus sur les circonstances de son arrivée sur l’antenne de RT France. «C’est la seule chaîne qui m’ait donné carte blanche pour faire ce que je préfère à la télévision : une vraie émission culturelle avec de vrais débats, comme à l’époque de Ce soir (ou jamais!)», a-t-il fait valoir. Et d’ajouter : «La question que l’on devrait se poser, c’est pourquoi, en 2018, il faut aller sur une chaîne russe pour pouvoir le faire.»

Quand on lui a demandé s’il ne serait pas inquiet de «perdre [sa] liberté», Frédéric Taddeï a renversé la perspective. «Pas du tout. J’ai animé Ce soir (ou jamais!) pendant 10 ans sur une chaîne d’Etat [France 3 puis France 2]. Je n’ai pas fait la propagande du gouvernement pour autant», a-t-il argumenté.

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«Ça ne vous pose pas un problème de travailler pour un média financé et contrôlé par le Kremlin ?», lui  a demandé Le Parisien. Ce à quoi le présentateur emblématique de Paris Première et de l’audiovisuel public a répliqué : «Les gens qui me reprochent d’aller animer des débats sur RT sont ceux qui aimeraient bien qu’il n’y ait plus de débats du tout.»

«Le jour où il y aura un débat sur la Russie, j’inviterai des pro-Poutine, ce que j’ai toujours fait et que mes confrères ne font pas, et, bien entendu, des anti-Poutine», a encore taclé Frédéric Taddeï, rappelant qu’il avait une totale liberté dans le choix de ses intervenants.

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Frédéric Taddeï rejoindra l’antenne de RT France à la rentrée prochaine. Du lundi au jeudi à partir de 19h, il animera une émission d’une heure où alterneront actualité culturelle et débats de société. Les spectateurs qui regrettent la disparition d’émissions telles que Ce soir (ou jamais!) ou Hier, aujourd’hui, demain, devraient être comblés par cette nouvelle émission de Frédéric Taddeï.

https://arretsurinfo.ch/frederic-taddei-rejoindra-lantenne-de-rt-france-a-la-rentree-prochaine/

 

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INDEPENDANCE PRESSE PLN

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Un rapport accablant dénonce l'état des routes de France

Nous avons pu consulter un audit externe, réalisé à la demande du ministère des Transports, qui stigmatise la dégradation du réseau routier géré par l'Etat. Pour régler le problème, il va falloir mettre la main à la poche.

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Dans un tweet du 10 juillet, la ministre des Transports, Élisabeth Borne, publie des photos du chantier du viaduc de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), sur l'A15. Le pont s'était affaissé le 15 mai, causant la fermeture de l'autoroute, qui n'est encore que partiellement rouverte. "Ces dégâts sur l'A15 sont emblématiques de la situation dont souffre notre réseau routier du quotidien, qu'on a laissé depuis des décennies se dégrader faute d'entretien suffisant", écrit la ministre. Elle s'appuie alors sur l'audit commandé par la Direction des infrastructures de transport du ministère à NiBuxs et IMDM, des bureaux d'études suisses.

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Consacré à "l'état du réseau routier national non concédé" - les 12.000 km d'autoroutes et de routes nationales gérées par l'État où circule 18,5 % du trafic français - il se penche aussi sur "la politique d'entretien de ce réseau". Les conclusions de cette étude conduite entre octobre 2017 et février 2018, discrètement mise en ligne sur le site du ministère il y a quelques jours, sont accablantes. En effet, 17% du réseau présente aujourd'hui un état de dégradation plus ou moins important, et 7% des autres infrastructures (ponts, tunnels) nécessitent des travaux de rénovation, venant conforter une préoccupation ancienne. En 2015, l'association 40 millions d'automobilistes lançait l'opération participative "J'ai mal à ma route", invitant les usagers à signaler les voiries les plus dangereuses sur Internet. Il existe désormais une application pour smartphone.

Il faudrait un milliard d'euros par an

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Selon Pierre Chasseray, délégué général de l'association, "47% des accidents de la route mettent en cause la qualité ou l'entretien des infrastructures routières". Pierre Fayolle a récemment alerté l'association. Tous les jours, il emprunte "la route du pavé de Meudon, entre Chaville et la N118, qui passe dans la forêt, extrêmement fréquentée", et de profonds nids-de-poule l'obligent à "zigzaguer" sur cette route à double sens. Il y a quelques semaines, il a eu un accident, une voiture a heurté son scooter. Depuis peu, les trous "ont été un peu colmatés avec du goudron, peint en rose, fluo la nuit". "Le nid-de-poule est l'étape presque ultime de dégradation, commente Pierre de Thé, porte-parole de la Fédération des routes de France. C'est comme si vous attendiez la carie pour vous brosser les dents." Parmi les nombreux signalements, la route de la Ferme à Paris, dans le bois de Vincennes, mise hors service tant elle était dangereuse. A travers la France, les exemples sont légion : le tunnel de la citadelle, à Besançon, sera fermé jusqu'au 20 août : son plafond s'effondrait ; la route départementale 1212 des gorges de l'Arly (Savoie) a dû subir des travaux d'urgence en raison des fortes intempéries de cet hiver.

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Les auteurs de l'audit constatent "un sous-investissement chronique en matière d'entretien routier". L'étude teste cinq scénarios budgétaires, sur vingt ans, dont l'un correspond au cadre défini pour 2018-2023, à savoir 800 millions d'euros par an : "Seul le scénario prévoyant une hausse substantielle des ressources financières permet de garantir la pérennité des niveaux de service." En clair, pour que les routes restent praticables, l'Etat va devoir payer environ un milliard d'euros par an, jusqu'en 2037. Sur les ponts routiers, l'audit est particulièrement inquiétant : "Aucun scénario ne permet le maintien de l'état actuel du parc d'ici vingt ans." A l'heure actuelle, sur les 12.000 ponts que compte le réseau national non concédé, un tiers nécessite des réparations. "En France, un pont par jour disparaît de la liste des ponts sécurisés", indique Christian Tridon, du Syndicat des entrepreneurs spécialistes de réparation et de renforcement des structures.

Des voiries en mauvais état faute d'entretien

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Hervé Maurey, sénateur de l'Eure et président de la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable, est ravi de cette "prise de conscience des pouvoirs publics". "L'état des routes est quelque chose dont on s'était peu préoccupé, on a voulu tirer la sonnette d'alarme pour que ça ne devienne pas comme le ferroviaire. C'est une situation d'urgence que l'on découvre." Pourquoi ces années d'incurie sur les routes de France? "C'est facile : quand on a besoin de boucler un budget, on rabote sur l'état du réseau, poursuit le sénateur. C'est de la mauvaise politique, car plus on tarde à investir, plus les investissements seront importants. C'est comme si quelqu'un disait dans une maison : “La toiture n'est pas ma priorité, je préfère refaire le papier peint.”"

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Pour Pierre de Thé, pas de mystère : si les voiries sont en si mauvais état, c'est faute d'entretien : "Les entreprises de maintenance des routes ont perdu 30% de leur chiffre d'affaires en sept ans! Les départements font face à des dépenses sociales qui augmentent, des dotations qui baissent ; ils font des choix." Tout comme l'Etat : "Il faut que l'argent des routes revienne à l'entretien des routes. Les investissements, tous intervenants confondus, sont passés de 15,5 milliards en 2010 à à peine plus de 12 en 2017." L'audit pointe le mauvais état du réseau national, mais Hervé Maurey n'oublie pas les routes départementales : "Quand je circule dans l'Eure, il y a des portions où on ne risque pas de dépasser les 80 km/h!"

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Tous les professionnels de la route attendent la loi d'orientation des mobilités, qui devrait être présentée en Conseil des ministres à la rentrée, puis sa traduction budgétaire dès la loi de finances pour 2019, comme l'a indiqué Elisabeth Borne. "La clé, insiste Pascal Tebibel, du groupe Colas, leader mondial de la construction de routes, est que le coût de l'entretien curatif est vingt fois plus élevé que celui de l'entretien préventif." Mieux vaut prévenir que guérir, oui, mais ce stade est aujourd'hui dépassé.

https://www.lejdd.fr/societe/un-rapport-accablant-denonce-letat-des-routes-de-france-3716093

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Comment ça "Pour régler le problème, il va falloir mettre la main à la poche. " ?!!!!!!!
Mais nous payons des impôts pour que l'Etat entretienne nos routes !
ET puis, je croyais que c'était la vitesse qui était responsable des accidents !!!  S.R.

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lundi 23 juillet 2018

Et si on changeait l'école?

PUB PETROUCHINE

Nous l'avons rencontrée sur le marché de Felletin lors de notre dernière table d'information: elle s'appelle Aline Pétrouchine et elle est venue nous voir en tant qu'électrice de François Asselineau à la Présidentielle 2017.

Elle vient d'écrire un livre "Et si on changeait l'école ! 1001 idées". On peut lui écrire pour commander:

PETROUCHINE

aline.petrouchine@gmail.com

Elle reviendra en Creuse dont elle est originaire en août (elle habite actuellement La Rochelle) et elle nous communiquera ses dates de signature de dédicaces à Felletin.

C'est son côté sympatique et passionné qui nous incite à lui faire un peu de publicité pour un livre qu'elle finance sans aide, avec un objectif essentiel: rendre service à ses collègues (elle est institutrice spécialisée en retraite) et aux enfants "différents" et si mal pris en compte par l'institution.

Souhaitons- lui bonne chance pour cette aventure!

P.G.

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Quel rôle de la mondialisation dans le démantèlement de l’État social ?

En établissant une concurrence internationale des salaires, des fiscalités et des niveaux de dividendes, le libre-échange développe-t-il les points forts de chaque économie ou accroît-t-il les inégalités ? L’économiste Dany Lang et l’essayiste Aurélien Bernier sont les invités des Chroniques de Jacques Sapir.

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Le lien entre mondialisation et remise en cause des protections sociales, tracé d’ordinaire par les critiques hétérodoxes du capitalisme, fait irruption de façon surprenante dans la « pensée dominante »: « La globalisation économique et financière fait disparaître les politiques redistributives. », écrit sans détour Patrick Artus, économiste de la banque d’affaires Natixis, dans une note publiée début juillet. En cause, le fait que pour attirer les investisseurs, les différents pays, mis en concurrence entre eux, nivellent par le bas les salaires et les impôts sur les entreprises, et par le haut les taux de rémunération des actionnaires. Autrement dit, la vieille règle du « mieux-disant, moins-coûtant ». La vision libérale traditionnelle, au contraire, veut que la libre circulation des capitaux et des marchandises crée une division des tâches à l’échelle internationale, qui développe chaque pays en renforçant ses domaines de spécialité. L’État social est-il mis en péril par le fonctionnement même de l’économie ? L’Union européenne peut-elle être une protection contre ce phénomène, ou n’en est-elle qu’un rouage ?

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Jacques Sapir et Clément Ollivier reçoivent Dany Lang, membre des Économistes atterrés et maître de conférences à Paris 13, et Aurélien Bernier, collaborateur du Monde diplomatique, ancien membre du conseil d’administration d’Attac.

Jacques Sapir rappelle l’histoire de l’État social moderne : « Il s’agit d’une extension et d’un dépassement de ce qu’on appelle le système beveridgien, du nom de l’économiste britannique William Beveridge. Ça consiste à dire que les grands risques ne doivent pas être couverts au niveau de l’entreprise, comme c’était déjà le cas en Allemagne depuis la fin du 19ème siècle avec les lois Bismarck, mais au niveau de l’État : les trois grands risques sont la maladie, l’invalidité et la vieillesse, et on y rajoute le chômage, même s’il est très souvent géré par une caisse différente. À partir de 1945, ce qui se passe dans les pays d’Europe occidentale, c’est que même les capitalistes comprennent qu’ils peuvent réutiliser des instruments issus de l’économie de guerre, et une alliance se crée ainsi entre la question sociale et celle du développement économique. »

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Selon Dany Lang, « Depuis la chute du bloc de l’est, le capitalisme a de moins en moins besoin de la démocratie. À l’époque de l’Union soviétique, il y avait un face à face entre d’un côté la démocratie, doublée d’un État social, et de l’autre les dictatures communistes. Aujourd’hui, il n’y en a plus besoin depuis que le mur s’est effondré : on a un président qui représente les intérêts des plus riches, on nous explique en permanence qu’il n’y a pas le choix, que c’est la seule solution possible, que la globalisation nous impose ses politiques et que l’État social est obsolète. Avec Emmanuel Macron, on a atteint le point culminant de ce phénomène. Il y a en fait aujourd’hui un détournement de l’État social, avec une baisse des protections au profit d’une hausse des aides aux entreprises, par exemple les crédits d’impôts de François Hollande. C’est bien pour cela qu’on n’est plus dans le libéralisme mais dans le néolibéralisme. »

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Aurélien Bernier regrette que « L’Union européenne soit un rouage du libre-échange mondialisé, et même le tout premier rouage en ce qui nous concerne en France. L’UE s’est construite autour d’un marché commun, puis unique, et dès le départ un principe de libre-échange : d’abord entre les États membres puis vis-à-vis de l’extérieur. Les directives et traités successifs ont progressivement verrouillé le système, et on est aujourd’hui face à une construction politique toute entière vouée au libre-échange et à la libre concurrence, qui interdit de contrôler les capitaux, qui interdit le protectionnisme, qui interdit les déficits alors qu’ils pourraient servir à la relance, etc. D’un point de vue politique, ça pose une question particulière : l’UE est une construction politique qui n’existe nulle part ailleurs, et qui impose aux États membres un droit supranational. Pour les gens qui prétendent rompre avec la mondialisation néolibérale et reconstruire un État social, c’est un problème politique auquel aucun parti ne répond selon moi sérieusement. »

Source :

https://fr.sputniknews.com/radio_sapir/201807201037283903-mondialisation-etat-social-economie/

Voir la vidéo:

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Mondialisation et démantèlement de l’État social | JACQUES SAPIR | DANY LANG | AURÉLIEN BERNIER

https://www.youtube.com/watch?time_continue=2&v=uUSU-KzPHPc

https://aphadolie.com/2018/07/22/quel-role-de-la-mondialisation-dans-le-demantelement-de-letat-social/

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Soit on ne connait pas l'UPR au Monde Diplomatique, ce qui expliquerait pourquoi on ne lui donne jamais la parole..., soit Aurélien Bernier se moque du monde, car il utilise les arguments de l'UPR contre la stratégie de la France Insoumise (plan A-plan B).  On aurait aimé des réactions sur le plateau, mais non... Et on continue de faire croire que le fameux "Plan B" de Mélanchon serait une sortie claire de l'UE. Consolons nous avec un diagnostic partagé sur la supercherie de la promesse de "l'Europe sociale". Bienvenue au club!

Cela dit, pour le reste, la vidéo est très intéressante.  On notera particulièrement ce rappel: la mondialisation est le fruit d'un choix politique, elle n'est pas tombée du ciel !  P.G.

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Crise des migrants : l’éternel retour des années 30

TRIBUNE LIBRE / OJIM

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Connaissez-vous le point Godwin et l’argument « reductio ad hitlerum » ? L’OJIM a présenté cette théorie et ce concept que l’on peut résumer de la façon suivante : très rapidement dans une conversation, votre interlocuteur coupe court au débat, en ramenant les arguments adverses à ceux du nazisme. La discussion est interrompue par une pirouette grossière, sans avoir à poursuivre la moindre véritable argumentation. Il n’y a alors plus de choix possible : il faut éviter la comparaison avec les « heures les plus sombres de l’histoire » et rejeter le mal absolu qui se présenterait à nous.

Par médias interposés, la deuxième guerre mondiale est souvent convoquée pour nous convaincre que la maitrise de l’immigration est assimilable aux atrocités commises durant cette période. L’argument massue aboutit à faire comprendre qu’il n’y a pas de débat : il s’agit de choisir le bien et de se détourner du mal. Illustration par les termes utilisés dans les médias.

Les rafles

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Quand des clandestins sub sahariens sont expulsés d’Algérie, il s’agit pour RFI d’une « nouvelle rafle de migrants ». Au camp de migrants du nord de Paris, Houssam affirme à Libération en 2016 que « depuis le 31 juillet, c’est la 26e rafle, on dénombre 4 000 interpellations et 439 obligations de quitter le territoire français ». En janvier 2018, le gouvernement belge tente d’éviter qu’un parc dans le centre de Bruxelles se transforme en Calais bis. L’Obs nous informe à ce sujet que «  des "rafles" anti-migrants ont lieu ». Faire respecter le principe de nationalité et renvoyer ceux qui sont illégalement sur le territoire constituerait donc une « rafle » de sinistre mémoire. CQFD.

Les camps de concentration

Des centres ont été mis en place en Europe afin de permettre l’instruction des demandes d’asile et de ne pas laisser s’installer des clandestins aux motivations économiques qu’il sera très difficile, voire impossible, de renvoyer dans leur pays. En Libye, de nombreux migrants attendent de rallier clandestinement l’Europe par la méditerranée. Ces freins à la libre circulation déplaisent fortement à des personnes parfois éminentes et des médias qui utilisent le vocable de « camp de concentration ».

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Concernant la situation en Europe, Mediapart faisait état dès août 2013 d’un « révolte dans un camp de concentration pour migrants en Grèce ». En avril 2017, Ouest-France nous informe que « le souverain pontife est revenu sur sa visite l’année dernière d’un camp de migrants installé sur l’île grecque de Lesbos ». « Le pape François fustige les "camps de concentration" pour migrants ».

Le 5 juillet, Marianne évoque la « prise de tête chez les bureaucrates allemands pour ne pas dire le mot "camp" ». « Alors que l'Allemagne se prépare à introduire des centres de rétention de réfugiés, le pays est renvoyé à son passé. (…) comment parler de ces centres à la frontière sans évoquer le mot "camp", qui rappelle trop les camps de concentration nazis de la Seconde guerre mondiale ? ».

Le Monde mentionne le 11 juillet les propositions du ministre de l’intérieur autrichien M. Kickl de regrouper les demandeurs d’asile de "manière concentrée". « Cette expression plus que malheureuse, rappelant les camps de concentration nazis, lui avait valu un rappel à l’ordre du président de la République, Alexander Van der Bellen ».

Concernant la situation en Libye, France Info est catégorique et titre un article : « la Libye est devenue une sorte de camp de concentration à ciel ouvert ». La question posée par le journaliste de la radio publique à un « chercheur spécialiste des flux migratoires » semble déjà contenir la réponse : « Pourquoi les pays européens sont-ils responsables de la situation des migrants en Libye ? ». En écho, le site Infomigrants nous informe que « les conditions de vie des migrants (sont) comparables à celles des "camps de concentration" ».

L’exode des migrants comparable à celui des juifs dans les années 30

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Le site Arrêts sur images s’interroge : « Des milliers de réfugiés sur les routes franchissant les montages pour passer les frontières, refoulés par des nations recroquevillées qui craignent la submersion. Il y a exactement 80 ans, jour pour jour, en juillet 1938 s'ouvrait la conférence d'Evian, qui devait s'achever sur un constat implacable : personne dans le monde ne voulait accueillir les Juifs persécutés par Hitler, ni les opposants politiques anti-nazis. Quelles ressemblances, quelles différences, entre deux époques (1938 et aujourd'hui), entre les deux traitements médiatiques des réfugiés d'hier et des migrants d'aujourd'hui? ».

L’Obs donne le 29 juin la parole à un des spécialistes préférés des médias quand il s’agit d’avoir un avis « autorisé » sur les migrants, François Héran. Le sociologue affirme : « Les derniers arrivés servent toujours de boucs émissaires ». Evoquant l’Aquarius, « je songe aussi au "Saint-Louis", parti de Hambourg en mai 1939 avec 963 juifs allemands et qui tente vainement d'accoster à Cuba, aux Etats-Unis et au Canada ».

La déportation

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La Provence reproduit le 9 juillet une déclaration du Président de la République : « Jamais la France n'acceptera les solutions de facilité que d'aucuns aujourd'hui proposent qui consisteraient à organiser des déportations, à travers l'Europe, pour aller mettre dans je ne sais quel camp, à ses frontières ou en son sein ou ailleurs, les étrangers" non admis en France ». Le site Infomigrants donne la parole à une ONG pro-migrants au sujet des morts sur la route de l’Europe. La « déportation » est également mentionnée : « tous ces décès sont le résultat de la militarisation des frontières de l’Union européenne (UE), des lois sur l’asile, et des politiques de détention et de déportation ».

Les crimes de masse

La Provence interviewe un universitaire au sujet de l'Aquarius. Celui-ci affirme de façon sentencieuse : « Le processus de déshumanisation permet au pire d'arriver ». « Ce type de tragédie alerte car, dans l'Histoire, il est souvent annonciateur de malheur pour tous. On voit bien le chemin qui peut être pris par nos sociétés. L'engrenage qui se nourrit d'extrémisme identitaire conduit à la déshumanisation et - le passé est là pour nous le rappeler - aux pires crimes de masse ».

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Le refus de l’Italie d’accueillir l’Aquarius pourrait donc selon l’universitaire aboutir aux « pires crimes de masse ». Pas un mot par contre sur le « pont migratoire » en méditerranée où les passeurs et les ONG ont chacun un rôle bien défini, avec des embarcations de plus en plus précaires transportant des clandestins et avec les morts qui s’ensuivent.

Chantage éthique

À lire les termes employés, on pourrait penser que l’Europe s’est barricadée dans une forteresse. Oubliés les 750 000 migrants accostés sur les côtes italiennes depuis 2010 cités par Le Figaro. Oubliés les 1,6 millions clandestins arrivés depuis 2015 par la mer en Europe cités par Boursorama sur la base de chiffres de l’UNHCR.

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Rafles, camps de concentration, exode, crimes de masse : tous ces mots sont empruntés à la deuxième guerre mondiale, sans qu’il soit nécessaire de l’évoquer. Leur usage converge dans une forme de chantage éthique visant à disqualifier toute opposition aux flux incontrôlés d’immigration. Ces mots clefs sont lancés comme des arguments d’autorité pour venir à bout des réticences. Pour ne citer qu’un exemple, l’Aquarius a croisé à proximité immédiate des côtes de pays africains sans que les médias évoquent la possibilité d’y accoster. Le silence des accusateurs patentés a été éloquent. L’Aquarius comparé au navire le Saint Louis ne pouvait avoir qu’une seule destination : l’Europe. A défaut, la décision de refuser qu’il accoste dans un pays européen aurait relevé du totalitarisme.

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Rares sont les commentateurs qui remettent en cause le bien-fondé de la « grande migration ». Parmi les quelques voix qui détonnent, on peut citer celle de l’historien Pierre Vermeren dans une récente tribune dans le Figaro : «  Il est exceptionnel que les victimes de la faim ou des catastrophes climatiques prennent la route, car la migration est un processus économique coûteux qui doit être financé (par les gouvernements, les familles ou les mafias). La migration concerne des individus plutôt aisés des sociétés en développement ». « Cette politique, qui est à l’œuvre en dépit des réticences de plus en plus marquées des peuples d’Europe, n’améliore vraiment ni le sort de l’Afrique ni celui de l’Europe ». « La mobilité des hommes rebaptisés « migrants » est un des rouages de la grande machine économique mondiale. C’est une explication de la promotion d’un modèle, meurtrier, qui favorise si peu le développement du continent africain ».

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Mais élargir le champ de réflexion aboutit à remettre en cause une lecture unique de la crise migratoire, avec d’un côté les « résistants » favorables à l’ouverture des frontières, et de l’autre les collabos qui prônent le repli sur soi. Un procédé binaire mais efficace. Julien Dray ne justifiait-il pas sur BFM TV l’usage du terme « rafle » pour qualifier les expulsions de clandestins de centres d’hébergement par le fait qu’« en France, on est obligé de faire le "buzz", d'employer des mots provocateurs pour être entendu ». Efficace pour faire le buzz, peut-être, adéquat, peut-être pas…

https://www.ojim.fr/crise-des-migrants-leternel-retour-des-annees-30/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=observatoire_du_journalisme_les_dernieres_publications&utm_term=2018-07-19

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L'approche binaire est aussi un procédé commode en Europe pour ceux qui ont besoin de se refaire une image après des décennies de démantèlements des acquis sociaux des peuples. Pratiquer l'inversion accusatoire et fustiger à bon compte le "populisme" pour incarner le "camp du Bien" est aussi très prisé dans les médias, parfois les mêmes qui vous expliqueront qu'on n'a pas les moyens de financer les budgets sociaux...   P.G.

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dimanche 22 juillet 2018

Brexit : les Européens appelés à se préparer à une "rupture brutale" avec Londres

Bruxelles a appelé jeudi les pays de l'Union européenne à "intensifier" leur préparation à tous les scénarios possibles pour le Brexit, dont celui d'une "rupture brutale" avec Londres, de plus en plus redoutée face aux incessantes turbulences politiques fragilisant le gouvernement britannique.

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Londres et Bruxelles sont censés parvenir à un accord d'ici à octobre pour organiser leur divorce et jeter les bases de leur relation future. Mais les Européens s'inquiètent de l'enlisement des négociations et des remises en cause constantes au Royaume-Uni de la stratégie de la Première ministre, Theresa May.

Quel que soit le résultat des tractations, le Brexit "aura des répercussions sur les citoyens, les entreprises et les administrations, tant au Royaume-Uni que dans l'UE", a prévenu la Commission européenne dans un document publié jeudi.

Elle invite donc "les Etats membres et les acteurs privés à intensifier leurs préparatifs" en anticipant tous les scénarios possibles, y compris celui qualifié de "rupture brutale", c'est-à-dire sans accord de retrait ratifié avant le 30 mars 2019, date prévue du départ britannique.

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Dans ce cas de figure, les préparatifs sont d'autant plus nécessaires qu'"il n'y aura pas de période de transition" pour atténuer les effets du Brexit, souligne la Commission. Alors qu'un accord de retrait permettrait une transition jusqu'à fin 2020, avec des répercussions moins immédiates.

- Contestation -

Le gouvernement britannique se prépare lui aussi à tous les scénarios
, a réagi une porte-parole de Theresa May.

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"Nous avons toujours dit qu'en tant que gouvernement responsable, il est souhaitable de se préparer à un "no deal" et c'est ce que nous faisons", a-t-elle dit.

"Nous avons toujours dit que ce n'est pas quelque chose que nous voulons ou espérons, et les progrès des pourparlers jusqu'à présent suggèrent que ce n'est pas là où nous allons finir", a-t-elle ajouté.

Mais à Bruxelles et parmi les 27, l'inquiétude grandit face à la perspective d'une absence d'accord.

Les tractations ont connu des avancées décisives sur la question des droits des citoyens expatriés ou encore sur le "règlement financier" du divorce, mais elle achoppe toujours sur le sort de la frontière qui va séparer l'Irlande, entre le Nord, une province qui appartient au Royaume-uni, et le Sud, qui restera dans l'UE.

L'ancien ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, à la Chambre des communes à Londres le 18 juillet 2018 - Photo extraite d'une vidéo tournée par les services du Parlement (PRU) / © PRU/AFP / HO

La crainte d'un échec est accentuée par la contestation incessante au Royaume-Uni de la stratégie de Theresa May, qui a échappé mardi à une défaite au Parlement, avec le rejet de justesse d'un amendement contraire à ses objectifs pour la relation future avec l'UE, récemment formalisée dans un "Livre Blanc".

Mme May a aussi dû faire face aux récentes démissions de ses ministres des Affaires étrangères, Boris Johnson, et du Brexit, David Davis, dont le successeur, Dominic Raab, est attendu jeudi à Bruxelles pour y rencontrer le négociateur en chef du Brexit pour l'UE, le Français Michel Barnier.

- Situation "très volatile" -

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Boris Johnson, vu comme un candidat possible pour succéder à Mme May, lui a encore reproché mercredi d'avoir dévié vers un "Brexit qui n'en a que le nom" et lui a demandé de "changer de tactique" pour une rupture plus nette avec l'UE.

"La situation à Londres est très volatile", a jugé jeudi un responsable européen, estimant qu'il fallait "être prudent" côté européen et "ne pas jeter d'huile sur le feu". Mais les remises en cause de la stratégie de Mme May "sont un élément de complication" indéniable pour les négociations, a-t-il admis.

"Dans tous les cas, nous allons nous préparer pour qu'il n'y ait pas d'effondrement" en cas d'absence d'accord, a-t-il ajouté.

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"Faudra-t-il des visas pour aller de Bruxelles à Londres? Comment les avions continueront de voler entre l'UE et le Royaume-Uni si les règles actuelles ne s'appliquent plus d'un coup? Il faut préparer tout ça", a-t-il fait valoir.

Dans le document publié jeudi, la Commission européenne cite notamment la nécessité d'anticiper les conséquences du Brexit pour les contrôles aux frontières de l'UE, pour les échanges commerciaux, la reconnaissance des qualifications professionnelles de part et d'autre ou encore les échanges de données entre les deux entités.


(©AFP / 19 juillet 2018 16h07)

https://www.romandie.com/news/Brexit-les-Europ-ens-appel-s-se-pr-parer-une-rupture-brutale-avec-Londres/938034.rom

(...)

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C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’il ne faut pas oublier la dernière sortie de Trump lors de son passage en Angleterre où il a expliqué qu’il n’y avait rien à négocier avec l’Union européenne, et qu’il fallait que les Anglais fassent un Brexit « dur ».

Et c’est d’ailleurs sans doute ce qu’il se passera au bout du compte.

Les jours de Thérésa May sont comptés.

Je me demande juste quand Boris Johnson rentrera au 10 Downing Street !

Ce jour-là, Bruxelles tremblera.

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/bruxelles-invite-les-europeens-a-se-preparer-a-une-rupture-brutale-avec-londres/

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samedi 21 juillet 2018

Adrien Quatennens : "Un discours d'indépendance n'est pas un discours d'isolement"

TL QUATENNENS UE

Alors que les élections européennes n'auront lieu qu'en mars 2019, la France insoumise est déjà vivement critiquée par les autres leaders de gauche pour ses positions souverainistes. Le député insoumis Adrien Quatennens répond aux questions de "Marianne" sur le sujet, et s'explique également sur la stratégie "populiste" de son mouvement.

La bataille des européennes commence déjà, à une année du scrutin. A gauche, les fractures sont profondes sur ce sujet : la France insoumise (FI) propose de renégocier les traités et menace de quitter l’Union européenne (UE) en cas d’échec [1], alors que le Parti socialiste (PS), les écologistes et Génération.s refusent catégoriquement d’envisager un « Frexit ». Invité de Franceinfo le 12 juillet, Benoît Hamon a lancé une charge contre Jean-Luc Mélenchon, jugeant que la stratégie d’opposition à l’Union européenne des Insoumis relevait du « nationalisme de gauche » une tendance qui finirait irrévocablement selon lui « en nationalisme tout court ». L’ex-candidat du PS à la présidentielle a acté un « désaccord stratégique sur la question européenne » entre la France insoumise et son mouvement, Génération.s. Au Parti communiste (PCF) également, les critiques fusent, un cadre du parti ayant par exemple décrit la ligne des Insoumis comme "nationaliste ou chauviniste" au Figaro.

En position de force par rapport aux autres partis de gauche dans les intentions de vote, les Insoumis apparaissent cependant isolés dans leur camp, s’attirant de sévères critiques en raison de leur ligne souverainiste. Le député LFI Adrien Quatennens a répondu aux questions de Marianne – et à ces remises en cause – en marge de l’université d’été du média « Le Vent Se Lève», à laquelle il participait.

Sur la question européenne, la France insoumise propose une stratégie dite du « plan A – plan B » : changer les traités ou quitter l’UE. Cette ligne a été violemment critiquée par Benoît Hamon, et est rejetée par les socialistes et les écologistes. Que leur répondez-vous ?

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Adrien Quatennens : Je rappelle que la stratégie « plan A – plan B » a été pensée dans le cadre d'une conquête du pouvoir national, c'est-à-dire la campagne présidentielle. La campagne des élections européennes ne se jouera pas uniquement sur cet enjeu, mais le débat concernera tout de même la vision européenne en tant que telle, il est donc légitime.

Pour résumer à grands traits ce que nous disons : l'Europe est une réalité géographique, il ne s'agit pas de dire qu'on va décrocher la France du continent et la faire partir ! Nous dénonçons une certaine construction politique, qui donc, par définition, peut être changée : l'Union européenne telle qu'elle fonctionne aujourd'hui. Nous sommes passés d'un idéal de coopération entre les peuples à des traités qui ont été refusés démocratiquement, en violation de la souveraineté populaire. Or cette souveraineté populaire est notre boussole absolue, notre principale motivation d'action. Le cadre des traités de l'UE ne laisse plus de place à une souveraineté pleine et entière des peuples. [2] J'en veux pour preuve la déclaration de Jean-Claude Juncker selon laquelle il ne "peut pas y avoir de démocratie contre les traités européens". Y a-t-il une démocratie possible dans le cadre de ces traités ? Nous pensons qu'elle est très limitée.

Changer l'Europe, c'est une vieille antienne à gauche. Comment la France insoumise compte-elle s'y prendre ?

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On a des pays qui ne sont pas harmonisés socialement, pas harmonisés fiscalement, qu'on a empaquetés dans ces traités et à qui on a dit "battez-vous et que le meilleur gagne", dans le cadre d'une compétition généralisée. Comme la compétition - la concurrence libre et non faussée - se fait notamment sur l'argument du prix, le plus compétitif équivaut presque toujours au moins-disant social et environnemental. Un programme comme le nôtre n'est donc pas compatible avec les traités puisqu'il a des objectifs très ambitieux et très hauts, en matière de planification écologique et de partage des richesses.

A traités constants, on ne peut pas avoir de politique progressiste ambitieuse. A gauche, cela fait trente ans que certains disent "on veut l'Europe sociale, on veut l'Europe environnementale" : c'est de l'incantation. Il s'agit véritablement d'être conséquents dans la manière de faire les choses. La stratégie « plan A – plan B », traduit cela, mais elle est mal comprise. Le plan A, c'est essayer de convaincre par une renégociation l'ensemble de nos partenaires, c'est essayer de faire autrement avec tout le monde, sur un certain nombre de sujets : évasion fiscale, Smic européen, protectionnisme solidaire... Les autres pays de l’UE doivent pouvoir entendre raison, y compris l'Allemagne, qui n'a pas intérêt à ce que la France sorte. Si ce n'est pas le cas, si on doit choisir entre la souveraineté populaire et l'Union européenne à tout prix, on choisira l'application de notre programme avec les pays qui partagent nos objectifs. [3]

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C'est pour cela que l'on construit des alliances à l'échelle européenne (les Insoumis ont créé une alliance qui comprend Podemos en Espagne, le Bloco au Portugal, mais également des formations de gauche au Danemark, en Finlande et en Suède, ndlr) : un des arguments de l'adversaire, qui va devoir travailler un peu car ce n'est pas assez lourd, est de dire "vous êtes seuls, isolés". On veut faire la démonstration qu'un discours d'indépendance n'est pas un discours d'isolement.

Vous êtes isolés au sein de la gauche française, en tout cas. Mais la notion de gauche, qui n’est pas utilisée dans vos discours, veut-elle encore dire quelque chose pour la France insoumise ?

C'est une notion pertinente, au sens où l'on sait ce qu'elle a voulu dire et quel espace elle représente, mais aujourd'hui ce qui nous intéresse n'est pas d'exister au sein d'un espace politique mais de convaincre la majorité pour que nos idées puissent gouverner. Nous sommes ouverts à la discussion avec tout le monde. Contrairement à ce que peuvent percevoir ses potentiels partenaires à gauche, qui la regardent comme un mouvement venu pour les humilier, les écraser, s'exonérer de discuter avec eux, la France insoumise est assise sur un programme et une stratégie et est ouverte à la discussion. Mais notre objectif est de fédérer le peuple, pas de rassembler un camp - la gauche.

Ce dialogue serein a-t-il vraiment lieu ?

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On sait bien comment c'est. J'ai eu un débat au Parlement européen avec Guillaume Balas (proche de Benoît Hamon membre de Génération.s, ndlr) et je me suis rendu compte que vous avez beau essayer de convaincre quelqu'un, s'il a besoin pour exister politiquement de faire la démonstration d'un clivage... Tactiquement, ils ont besoin d'appuyer les désaccords. C'est tout. Mais je ne désespère pas, j'ai confiance en notre capacité à convaincre !

Tout cela donne quand même un drôle de spectacle. Dans les sondages, la gauche est représentée par une addition de formations aux scores très faibles, dont la somme atteint à peine 30% des suffrages potentiels...

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Je suis très lucide sur le paysage à gauche. Quand la gauche atteignait 40-41% dans ce pays, c'était déjà la débandade et on s'inquiétait. Et aujourd'hui elle pèse à peine 30%. Cela pose question, pour toutes et tous. Mais si nous n'avions pas fait la France insoumise, on aurait eu un vrai risque d'un paysage à l'italienne où tout disparaît. Le choix de la FI a permis l'existence d'une opposition populaire, écologiste et humaniste. Ce que j'ai envie de dire au PS, à Génération.s, aux écologistes, c'est que la France insoumise est passée devant la social-démocratie en 2017. Le rapport est de 1 à 3 maintenant. Je ne les contrains à rien, mais il faut peut-être qu'ils s'interrogent eux-mêmes. J'ai un profond respect pour eux dans les discussions ; s'ils sont en désaccord, ils n'ont pas à venir, c'est la noblesse de la politique de respecter les divergences. Nous ne faisons pas de l'unité un objectif en soi. Mais je veux savoir si au moins ils ont compris ce qu'on faisait. Il y en a plein qui ont tellement vécu la FI comme un mouvement qui cherchait juste à les écraser qu'ils n'ont même pas fait l'analyse de notre stratégie. Vu le paysage politique, vaut-il mieux continuer à nous détester et organiser les conditions d'une concurrence où ils pèsent peu, ou travailler en commun sur des bases opérationnelles ?

Votre position sur l'Europe s'apparente à du souverainisme. Peut-on défendre de telles idées à gauche sans subir l'accusation infamante de nationalisme ?

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Evidemment ! Il y a une confusion entre les fins et les moyens. Pour accomplir un programme comme le nôtre, il faut récupérer des leviers, dont nous sommes privés par les traités actuels. Une fois qu'on a récupéré des leviers, il y a la question du projet politique. Certaines forces politiques dans ce pays, très minoritaires comme Les Patriotes ou l'UPR, font exclusivement campagne sur la récupération de leviers face à l'Union européenne, et prônent le Frexit. [4]  A aucun moment ils ne disent quel est leur projet politique une fois les leviers repris. On ne fait pas de la récupération de leviers une fin en soi, mais on en a besoin pour appliquer un programme. Qui peut penser raisonnablement que certains partis qui se revendiquent du nationalisme aujourd'hui poursuivent un objectif humaniste, écologiste et social ? Il suffit de les écouter pour comprendre que ce n'est pas le cas. Mais je n'ai pas de mal à assumer que nous sommes souverainistes, au sens de la souveraineté populaire. C'est le peuple qui doit pouvoir décider, y compris en Europe quand il se prononce et qu'on bafoue son choix, comme on l'a vu en Grèce en 2015. Le mot m'intéresse en vérité moins que le contenu qu'on lui donne.

Un autre mot chargé d'enjeux est celui de "populisme". La France insoumise est souvent décrite comme mettant en œuvre une stratégie populiste. En quoi cela consiste-t-il ?

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Pour nous, le populisme consiste à coller aux intérêts du peuple, ni plus ni moins. Ce mot est souvent dévoyé pour rassembler les "extrêmes" et mettre dans le même panier la France insoumise et l'extrême droite. Il y a de ce point de vue une vraie confusion avec le terme de "démagogie", notamment entretenue dans les médias. On ne théorise pas notre stratégie populiste, mais on assume notre analyse : dans la théorie marxiste, il y avait deux classes, celle de ceux qui détiennent les moyens de production et celle de ceux qui ne les détenant pas n'ont que leur force de travail. Pour nous, aujourd'hui, il y a le 1% des possédants et le 99% de la grande masse du peuple. Il inclut la classe ouvrière, mais ne s'y résume pas.

Mais est-il possible de défendre les intérêts de 99% de la population ?

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Il y a la nécessité de résoudre un certain nombre de contradictions au sein de ces 99%. Comment le faire ? En aidant à déterminer ce qu'est l'intérêt général. On en a un exemple avec la question écologique : que vous soyez cadre supérieur d'une boîte ou en situation de grande précarité, la question du climat fait le lien entre vous. C'est pareil pour les désaccords religieux, dépassés par l'intérêt général humain qui lui ne connaît pas de frontière. Cette manière de voir les choses nous a permis de rompre une barrière, et de permettre à des gens qui se reconnaissent dans nos idées mais pas dans "la gauche" de voter pour nous. Glorifier certains codes ne nous intéresse plus. Nous voulons incarner le grand mouvement de l'intérêt général.

Cependant, lors des débats sur la loi Asile et immigration ou concernant la réforme de la sélection à l'université, on a parfois eu l'impression que la France insoumise renouait avec certains réflexes de la gauche contestataire...

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Ce n'est pas parce que certaines actions ou manières de faire sont associées à une certaine symbolique que nous allons y renoncer. On ne doit pas rompre avec tout, il ne s'agit pas de mettre à la poubelle tout ce qui nous a précédé mais de trouver la bonne recette ici et maintenant. Sur les deux thèmes que vous évoquez, nous avons été clairs et rassembleurs. Concernant l'université, la proportion de jeunes qui s'inscrivent en fac est la même depuis des années, mais le boom démographique du début des années 2000 n'a pas été anticipé. Le gouvernement s'emploie à adapter le nombre d'étudiants au nombre de places disponibles, alors que nous voudrions adapter le nombre de places au nombre d'étudiants. Sur la question migratoire, nous sommes les seuls à insister sur les deux piliers : l'organisation de façon coordonnée de l'accueil de ceux qui se présentent à nos portes, mais aussi l'angle mort des causes : comment faire en sorte que les gens ne soient pas obligés de partir de leur pays.

Quoi qu'il en soit, les "99%" semblent plus divisés sur ces sujets que sur l'écologie...

Sans doute. Notre devoir est de résoudre ces contradictions par l'action politique, par l'argumentation.

Cela peut-il passer par le fait de prendre des positions iconoclastes à gauche ?

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Il ne s'agit pas de dire le contraire de ce que nous voulons faire. Vous ne nous ferez pas dire qu'on doit renoncer à l'accueil des gens qui se présentent à nos portes ! Sur l'Aquarius, la majorité des Français était opposée à l'accueil d'après un sondage (56% de Français estiment que le gouvernement a fait le bon choix en n'offrant pas l'accueil à l'Aquarius d'après un sondage d'Opinionway, ndlr). Mais c'est quoi notre but, toujours coller à la majorité ou faire entendre raison au plus grand nombre ? C'est justement la différence entre démagogie et populisme.

Le discours des partis de gauche a parfois semblé déconnecté des aspirations des personnes issues des classes populaires...

Nous essayons de renouer ce lien. Dans les méthodes d'action, nous ne sommes pas dans une logique où le parti injecte la conscience dans le peuple, comme l'avait théorisé Lénine. Nous considérons que la conscience découle de la détermination d'intérêts communs. Nous essayons de coller aux aspirations du peuple, pas de former une avant-garde révolutionnaire. Il y a une disponibilité dans le pays, notre but est d'accompagner ce mouvement. Quand on parle du dégagisme, ce n'est pas nous qui le faisons émerger : il est là, il est présent dans la société. On tient compte d'un fait pour l'épouser.

Cette volonté d'écoute des aspirations populaires se traduit par l'adoption d'un langage assez dur, voire violent, dans l'opposition à Emmanuel Macron et sa politique...

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Et c'est ainsi que nous sommes considérés comme la première opposition de France dans l'opinion. Une fois que le vote est tranché, la dispute continue. Par ailleurs, la conflictualité crée de la conscience. En réalité, si tous les acteurs politiques se succèdent sur un plateau de télévision à raconter la même chose sur la même tonalité dans la même ambiance climatisée, on va s'endormir très vite, y compris pour des gens qui sont éloignés de la politique. La dispute (pas la violence), la polémique, la mise en scène d'une conflictualité d'idées, permet une meilleure détermination. Mais elle n'est jamais vaine, et assise sur autre chose que sur la crédibilité. Nous assumons les contradictions qu'il y a dans la société, mais nous proposons des contre-solutions crédibles.

https://www.marianne.net/politique/adrien-quatennens-un-discours-d-independance-n-est-pas-un-discours-d-isolement?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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[1] "la France insoumise (FI) propose de renégocier les traités et menace de quitter l’Union européenne (UE) en cas d’échec": ça commence mal: nous avons démontré à plusieurs reprises que le "Plan B" de Mélanchon ne constitue en aucun cas une volonté de quitter l'Union européenne...(voir par exemple nos publications La rupture avec l’UE, oui mais comment ? La France Insoumise ne sait toujours pas... / Assemblée : finalement, Jean-Luc Mélenchon accepterait un drapeau européen... à 29 étoiles  / Jean-Luc Mélenchon : « Je suis un indépendantiste français »  etc.)

[2] "Le cadre des traités de l'UE ne laisse plus de place à une souveraineté pleine et entière des peuples." : ceci laisse entendre qu'à l'origine, la souveraineté des peuples n'était pas menacée; c'est une différence majeure entre la FI et l'UPR: nous expliquons pour notre part que dès le départ, l'objectif délibérément caché aux peuples était d'en finir avec la souveraineté des nations européennes, car tel était l'objectif géopolitique des véritables concepteurs du projet au lendemain de la guerre, les Etats- Unis, ce qu'avaient très bien dénoncé d'ailleurs à l'époque les gaullistes et les communistes...Par ailleurs, l'assertion de Quatennens semble ignorer que la constitution d'un "marché commun" était déjà problématique en terme de souveraineté économique, en tous cas pour une partie de la gauche de l'époque.

[3] "on choisira l'application de notre programme avec les pays qui partagent nos objectifs.": voilà qui laisse supposer que d'autres pays membres de l'UE se laisseraient tenter par l'aventure de la désobéissance mélanchonnienne, mais en admettant que ce soit réaliste, ça ne répond pas à la question: pourquoi rester dans le cadre de l'UE, qui présente une contrainte maximale, alors qu'il serait plus simple d'en sortir? Et au bout du compte, pourquoi vouloir à tout prix un projet alternatif en Europe au détriment d'autres projets possibles de coopération? Le monde est vaste...

[4] "Certaines forces politiques dans ce pays, très minoritaires comme Les Patriotes ou l'UPR, font exclusivement campagne sur la récupération de leviers face à l'Union européenne, et prônent le Frexit." : Quatennens reprochait à ses amis "de gauche" de ne pas avoir analysé la stratégie de la FI, mais il n'a visiblement pas lu le programme de l'UPR. Celui de F. Asselineau pour la Présidentielle est disponible sur notre chaîne You Tube, il fait plus de 5 heures et ne se limite pas à la "triple sortie"... par ailleurs, si nous mettons l'accent sur le FREXIT, c'est parce que sans cet impératif, AUCUN programme autre que celui de la Commission européenne n'est applicable. La stratégie de "désobéissance aux traités" n'a pas de sens selon nous dans la mesure où il existe une porte de sortie juridique des traités: l'article 50 du TUE. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire plus simple? Si M. Quatennens et ses amis sont en manque de "mise en scène de la conflictualité", qu'ils observent ce qu'il se passe à propos du Brexit: même dans un cadre légal respectueux du droit international, les occasions ne manquent pas pour que certains rendent l'affaire très compliquée...   P.G.

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BANNIERE UPR JUIN18

vendredi 20 juillet 2018

Aujourd'hui 20 juillet: table d'information UPR à Felletin (Creuse)

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Peut- être une occasion de rencontrer les militants les plus actifs de l'UPR Creuse pour celles et ceux qui ne peuvent pas venir aux réunions le reste de l'année:

nous tenons une table d'information sur le marché de Felletin le

vendredi 20 juillet, de 8h à 13h environ.

Venez passer un moment avec nous, discuter, échanger...

Aidez- nous, participez!

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OUTIL TABLE INFO LIMOUSIN CREUSE

BANNIERE UPR JUIN18

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Petite démonstration d’impuissance acquise (Vidéo)

ARG HELPLESSNESS

Voici la vidéo d’une expérience intéressante qui nous aide à mieux comprendre comment la résignation peut être inculquée à une population. On y voit une psychologue (Charisse Nixon) qui réussit à provoquer dans sa classe, à travers l’angoisse et la frustration, un état de résignation et d’impuissance, le tout en moins de 5 minutes.

Il ressort de ce type d’expérience que dans des conditions de frustration ou d’angoisse permanente, l’être humain tend à se résigner et à considérer comme insurmontables des difficultés même légères.

En pratique, la répétition de l’échec amène l’être humain à penser de manière pessimiste et à se croire incapable de résoudre un problème, du coup il abandonne et le résultat est un échec complet. 

Si l’on pense seulement un instant au bombardement médiatique auquel nous sommes soumis en permanence, il n’est pas difficile de comprendre de quelle manière ces études sont utilisées et qui les manie à son avantage… En soumettant une personne à un sentiment d’angoisse et de frustration constant, on peut l’induire à penser qu’il n’y a rien à faire, que rien ne peut changer sa propre condition, et l’amener ainsi à un état d’apathie où il supportera n’importe quel méfait. À l’inverse, comprendre comment ces mécanismes fonctionnent permet de savoir comment réagir de manière positive à l’adversité. Certains disaient par le passé que lire pendant 15 minutes un magazine de mode fait baisser le taux d’estime pour soi d’environ 30%, mais aujourd’hui, la guerre contre l’estime de soi s’étend sur tous les fronts : radios, télés, journaux, publicités partout dans les rues, sur Internet et sur les réseaux sociaux qui te suivent où que tu ailles.

Imaginez ce que peut provoquer de s’entendre dire tout au long de son existence que quelque chose ne va pas dans votre vie, que votre voiture est vieille, que votre garde-robe est démodée, que vos dents ne scintillent pas, que vous avez de la cellulite, etc.

Autrement dit, à travers la frustration, l’estime de soi plonge sous le niveau zéro et la voie est alors ouverte pour faire accepter avec résignation et apathie n’importe quelle solution qui en général, sera proposée par ceux-là mêmes qui sont à l’origine du problème. [La suite en italien ici]

 

Femme - Désespoir

 


 

Source :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Impuissance_apprise

https://www.researchpress.com/authors/1105/dr-charisse-l-nixon

https://fr.sott.net/article/25126-Petite-demonstration-d-impuissance-acquise

https://nospensees.fr/le-bonnet-dane-ou-comment-fonctionne-limpuissance-apprise/

http://sydologie.com/2015/11/comment-ruiner-la-confiance-dun-apprenant-en-5-minutes/

https://byologik.wordpress.com/2013/05/24/perche-la-gente-non-reagisce-davanti-alle-ingiustizie/

https://aphadolie.com/2018/07/19/petite-demonstration-dimpuissance-acquise-video/

La vidéo:

Comment induire "l'impuissance apprise"

https://www.youtube.com/watch?time_continue=1&v=j9I95BJsINc

BASE 14 995X225Des méthodes qui fonctionnent pour dévaloriser des individus, mais aussi des peuples.

Pour le peuple français, ça donne "la France est trop petite", "on n'est plus en 1945", "le monde bouge", "le nationalisme, c'est la guerre" etc etc.   P.G.

affiche france en marche

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jeudi 19 juillet 2018

Communautarisme: lorsque la « Presse » fait du zèle et que la gauche signe son arrêt de mort.

TRIBUNE LIBRE /  Jacques Cotta • Actualités • Mercredi 11/07/2018

TL REPUBLIQUE COMMUNAUTARISME

Il est coutumier de dire que les phénomènes qui se produisent outre-Atlantique ne sont que le prélude de ce qui nous attend ici, avec un décalage dans le temps plus ou moins important. La mondialisation n’épargnant aucun domaine, les questions idéologiques, identitaires, civilisationnelles y sont soumises. Et la presse avec. Ainsi, au lendemain des assassinats de Charlie Hebdo en 2015, un journaliste noir américain de « The Atlantic », Ta-Nehisi Coatesde, par ailleurs militant noir des « black Panthers », interroge « Libération » sur la présence [absence] de journalistes arabes dans sa rédaction. La question semble tout autant anodine que les conseils proférés. « Aux Etats-Unis, il y avait un manque, mais il y avait des Latinos, des Noirs, dans toutes les rédacs » indique le confrère. Ce qui pouvait passer pour une simple réflexion anecdotique il y a trois ans, sans conséquence, a fait son chemin. En cet été 2018 le journal « Libération » nous indique que « cette question a été un sujet réel de réflexion au sein de la direction du journal ces dernières années ». « Sommes-nous une rédaction blanche »? Et comme si cela était un drame, le journal d’indiquer « on l’a été, on l’est encore. Ça a changé un peu. On part de loin ». La démarche est pour le moins étrange.

Recensement ethnique et communautarisme

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Pour répondre, le journal s’engage dans ce qui ressemble à un début de recensement ethnique. Voilà donc un des principaux quotidiens parisiens, chantre de « l’antiracisme », prêt à fustiger par exemple Robert Ménard le maire de Bézier lorsqu’il engage un décompte ethnique dans les écoles de la ville, qui lui emboite le pas sans même sembler s’en rendre compte. Mais quel est donc le cadre idéologique et intellectuel qui permet aux racistes et antiracistes d’afficher les mêmes méthodes ? Derrière l’anecdote, ce sont des choses très sérieuses qui sont en jeu.

Le Communautarisme s’appuie en général sur des faits précis, réels, qu’il ne s’agit pas de nier, mais dont l’exploitation à des fins politiques revient à la remise en cause des règles républicaines qui permettent de vivre ensemble. Les exemples abondent. La tyrannie que subissent des filles dans certains quartiers doit-elle être l’affaire de la seule « communauté féminine » ? L’homophobie que subissent certains jeunes doit-elle être la seule question de la « communauté homo » ? La discrimination que connaissent certains Noirs ou Algériens doit-elle être réduite aux seules « communautés noires et arabes » ?

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Évidemment, lorsque l’idéologie fascisante que porte notamment l’islamisme politique dans les quartiers frappe, c’est toute la république qui est concernée et ses principes universalistes qui sont attaqués. Cela pour les filles, les homos ou plus généralement pour l’embauche qui organise la discrimination au compte du capital. Contrairement à la République, les communautarismes enferment dans des ghettos les catégories concernées, tout en dénonçant la situation dans laquelle ils les ont eux-mêmes placées. La République a des règles qui permettent de vivre ensemble. Elle ne définit pas les citoyens en fonction de leurs différences mais en fonction des droits et devoirs qu’il leur revient de partager.

La démarche du journaliste américain et la préoccupation de Libération sont révélatrices d’une mise à mal de la tradition universaliste française, de la vie républicaine malmenées au profit d’un communautarisme qui pointe et qui progresse chaque jour. En réalité « Libération » répond aux attaques récurrentes qu’on peut entendre ici ou là, notamment dans les milieux d’une certaine « gauche », qui mettent en cause « cet odieux entre-soi d'ignobles petits blancs frileux qui refusent de se faire enrichir culturellement ». La problématique communautariste n’est pas de savoir combien il y a de journalistes dans une rédaction, ce que sont leurs compétences, la ligne éditoriale qui les conduit, les choix rédactionnels qui sont faits, mais leur sexe ou la couleur de leur peau. Le journaliste américain poursuit d’ailleurs de façon non équivoque. L’absence des Arabes et des Noirs dans les rédactions parisiennes serait un élément clé permettant de comprendre et d’expliquer « Je suis Charlie ». « Je suis Charlie » exprimait une détermination opposée à l’islamisme politique auteur des assassinats du journal satirique. Cette détermination était donc, à en croire la démarche de notre confrère américain, une affaire de Blancs. Sans l’écrire explicitement, un journaliste arabe aurait sans doute mieux compris la démarche des assassins. La question politique était donc reléguée en arrière-plan. Voilà une des premières conséquences de ce communautarisme étranger à nos traditions républicaines qui substitue aux qualités, aux positions, aux compétences la couleur de peau, sujet politiquement correct, dans les milieux de « gauche » notamment, et qui revient au fond à tempérer la critique des actes criminels, et à trouver une explication « raciale » à leurs auteurs.

Comment en est-on arrivé là ?

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Comment donc le pays de 1789 peut-il se trouver si perméable à ce qui est étranger à ses principes, à ses règles, à sa devise ?
Il existe une relation étroite entre la politique mise en œuvre et l’idéologie qui s’impose. Peu à peu, sous le coup de la destruction du bien commun, derrière les exigences du capital pour qui « le pognon » mis dans les aides sociales est une dépense superflue, ce sont les valeurs de solidarité, de fraternité, d’égalité qui ont été saccagées. Sans doute imparfaites jusque-là, ces valeurs avaient toutefois prise sur la société, incarnaient une conception de la vie commune. Aujourd’hui leur ont été substitués un individualisme forcené, un chacun pour soi et surtout personne pour les autres.

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Le mode de production capitaliste a transformé nos sociétés en sociétés d’individus, cherchant à atomiser toute problématique pour laisser le sujet seul face au corps dominant. Seul, donc impuissant. La question n’est plus, ne doit surtout plus être le rassemblement des opprimés contre leurs oppresseurs. L’individualisme revendiqué aboutit à exploser les communautés humaines. Tous les secteurs de la vie courante sont concernés. Sur le plan intime, la famille patriarcale par exemple est fustigée par tous ceux qui considèrent que cela coûte trop cher, que ça constitue une entrave à la mobilité et la flexibilité dont le capitalisme a toujours besoin, que ça incarne un lieu de solidarité contraire aux lois du marché idéal. Sur le plan social, l’individualisation est directement prônée contre le tout collectif. Les « lois Travail » de Hollande et Macron qui détruisent les conventions collectives, qui limitent les cadres de représentation des personnels, qui limitent ou liquident les garanties minimales n’ont d’autre but que de livrer le travailleur au bon vouloir de l’employeur, sans résistance collective possible. L’objet n’est plus l’antagonisme de classe entre capital et travail. Le salarié n’a plus comme ennemi que son collègue de travail. Pour tout « dégraissage », la question se résume à « qui passera à la trappe ». Le « lean-management », inventé dans le secteur automobile américain, et depuis propagé par la mondialisation dans tous les secteurs, revient à faire décider par un collectif de travail qui doit être viré. Telle est la loi du capital.

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Avec les valeurs, c’est le cadre national lui-même qui doit être balayé. La bouillie intellectuelle dominante aboutit à assimiler les nations aux nationalismes et à leur faire porter la responsabilité de tous les maux de la société. Elles seraient responsables, donc doivent être détruites. En Yougoslavie « les bombardements humanitaires » ont fait leur œuvre. Comme en Libye ou en Syrie. Le capital opère jusque dans les détails. Les langues sont bouleversées au profit du « Globish », expression du politiquement correct à la mode américaine dont le dernier avatar est l’écriture inclusive qui exprime une conception étrange de l’égalité homme femme, et qui rend tout texte illisible.

Le communautarisme ennemi de la communauté politique

Les revendications les plus absurdes mêlées à cette idéologie, produit de la mondialisation capitaliste, donnent naissance à ce communautarisme étranger à nos valeurs, mortifère pour la République elle-même. Dans les cantines scolaires on réclame du Halal ou du Casher, du végétarien ou du Vegan… La différence dés le plus jeune âge, plus rien de commun, voilà la consigne ! Le séparatisme et le différentialisme doivent ainsi s’imposer au républicanisme et à l’universalisme, érigeant les droits de l’individu-roi contre la communauté politique. Les exemples abondent. On pourrait ainsi parler des minorités sexuelles, des gays, des lesbiennes, des trans, des bi, et maintenant, dernier terme à la mode pour exprimer cette décomposition, des « genrés », des « cis », des « trans »… Une fois encore il ne s’agit pas ici de nier le malaise que peut connaitre un individu ou un autre sur toute question, alimentaire, identitaire, sexuelle. Mais de comprendre où nous mène la considération de catégories à part au-dessus de la communauté politique.

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La preuve par l’absurde. Nous sommes sur le plateau de Daniel Schneiderman. Celui-ci fait une émission sur les LGTB et remarque l’absence de femmes parmi ses invités qui rassemblent quatre représentants de ladite communauté gay.
- Je ne suis pas un homme, je ne sais pas ce qui vous fait dire que je suis un homme, mais je ne suis pas un homme, le coupe un barbu.
- L’apparence ?
- Il ne faut pas confondre identité de genre et expression de genre. Je refuse qu’on
me genre comme un homme. Je suis non binaire. Ni masculin, ni féminin.
Pour sa couleur de peau, l’homme se dira contre toute évidence « non blanc » car à moitié libanais.
Ainsi, partant d’un malaise personnel – indiscutable – et qu’il ne s’agit pas de nier, le malaise de s’être vu attribuer par la nature un sexe que l’on refuse, nous voilà sommés de ne « pas genrer » les individus, de ne pas reconnaitre un homme ou une femme là ou pourtant l’affaire ne fait pas de doute. Bref, de réduire le cadre collectif qui gère la communauté politique à une multiplicité de volontés individuelles.

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Curieusement le communautarisme réclame l’ouverture à l’autre alors qu’il n ‘est d’abord ouvert qu’à lui-même. Il en est ainsi des « racisés » nouveau terme à la mode, employé ici ou là, dont les porte-paroles seraient le CRAN, (conseil représentatif des associations noires) ou encore le PIR (le parti des indigènes de la république). Il y a là une des expressions les plus nettes de la décomposition politique. On commence par se victimiser, puis on fait haro sur le Blanc, coupable de porter sur ses épaules le colonialisme… Sur le plan pratique, c’est pour cette raison que sont organisées des « journées d’études décoloniales » patronnées par des universitaires, interdites aux Blancs. On y trouve des militants du NPA, du PCF, et parfois même de la FI. Expression d’une décomposition intellectuelle qui renoue avec le gauchisme soixante-huitard qui prônait la nécessité de gagner les prétendues « nouvelles avant gardes » dont la caractéristique était d’abord d’être étrangères au processus de production, aux salariés, aux ouvriers.

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Les dirigeants du PIR profèrent les plus abominables slogans racistes, revendiquent leur antisémitisme, les pétitionnaires attitrés n’y ont jamais trouvé à redire et pas un tribunal n’a eu à les juger. La remise au goût du jour des critères « raciaux » et le développement d’une « haine des blancs » qui serait nécessaire pour en finir avec l’oppression coloniale, tout cela ne gêne nullement le gratin du gauchisme universitaire. L’« intersectionnalité des luttes », c’est cette étrange alliance des LGBT, des « racialisés », et de tous les groupes porteurs des lubies du moment, totalement indifférents à la situation de la grande masse du peuple, satisfaits de la marginalisation et de la division du mouvement ouvrier et tout fiers de leur auto-promotion au rôle de nouvelle avant-garde de l’histoire.  Une farce qui accompagne le macronisme dont elle est l’autre visage.

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La dislocation du bien commun au profit du capital financier a besoin de ces leurres que le système exploite à merveille. Tout ce qui s’oppose à la nation, à la république, aux lois communes est élevé au rang de nouveau mouvement révolutionnaire. Ainsi, Edwy Pleynel qui dirige Mediapart s’est-il fait le chantre de Tariq Ramadan pendant que Houria Bouteldja, la « camarade » responsable du PIR se réjouissait des pendaisons d’homosexuels à Téhéran tout en recevant le soutien de groupes pro LGBT comme le NPA ou encore d’une frange au sein de la FI. Cette incroyable confusion – qui est sans doute une des formes de « l’intersectionnalité des luttes » – repose sur des mots d’ordre communs : feu sur la république, feu sur la laïcité, feu sur la liberté de penser et la raison, feu sur la nation. Mots d’ordre évidemment inoffensifs pour les classes dominantes mais qui entrent parfaitement dans leurs vues. N’y a-t’il d’ailleurs pas là une des faiblesses d’un mouvement défini comme gazeux, qui tolère en son sein des positions tellement diverses qu’elles peuvent aboutir à l’arrivée à une grande confusion et à quelques dramatiques contradictions.

Jacques Cotta
Le 10 juillet 2018

http://la-sociale.viabloga.com/news/republicanisme-et-universalisme-ou-communautarisme-et-differentialisme

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