jeudi 12 octobre 2017

Il est grand temps de réviser la directive sur les travailleurs détachés

Pour Patrick Bernasconi et Georges Dassis, du CESE, la révision de la directive sur les travailleurs détachés est urgente et et indispensable dans une union qui doit constamment viser une harmonisation vers le haut.

Patrick Bernasconi est le président du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Georges Dassis est le président du Comité social et économique européen, le CES européen.

ARG TRAVAILLEURS DETACHESLa Commission européenne a mis sur la table du Parlement européen et du Conseil de l’Union, en mars 2016, une proposition de révision de la fameuse directive 96/71/CE concernant le détachement de travailleurs effectué dans le cadre d’une prestation de services.

En août 2017, Emmanuel Macron, le président de la République française, a remis cette question des travailleurs détachés au cœur du projet européen. Lors de son déplacement en Europe centrale, il a relancé le débat autour de la réforme de cette directive, une condition, selon lui, du maintien de « l’unité européenne ».

Comme représentants de la société civile organisée en France et en Europe, nous nous en réjouissons. Depuis 2015, le Conseil économique, social et environnemental français et le Comité économique et social européen n’ont cessé de se mobiliser pour encourager une refonte du statut des travailleurs détachés, en y consacrant deux avis, en septembre 2015 et  en décembre 2016.

Chaque année, le nombre de travailleurs détachés n’a cessé de croître, engendrant des dysfonctionnements entre pays. Le CESE français, notamment, a mis en évidence des fraudes massives, le recours à une main d’œuvre sous-payée et privée de droits ou encore la création de fausses entreprises.

La révision de cette directive est donc urgente et indispensable, mais s’oppose encore à une certaine résistance. Au niveau européen, elle divise les entreprises, notamment parce qu’elle effraye celles des États membres où les salaires sont les plus bas.

En 2016, plusieurs ministres du Travail ont d’ailleurs repris des propositions formulées par le CESE français dans une tribune en faveur de conditions de vie et de travail décentes pour tous, d’une rémunération équivalente à celle des travailleurs du pays d’accueil dès le premier jour du détachement, et d’une lutte contre les entreprises créées uniquement pour profiter des écarts de coûts salariaux entre les pays de l’UE.

Mais le projet n’a pas pu voir le jour en raison d’une opposition vigoureuse des chefs d’État et de gouvernement de onze pays, au motif qu’il s’agissait, pour eux, d’une question d’ordre national. C’est pourtant bien d’une directive européenne qu’il s’agit.*

L’Union doit tendre à une amélioration constante, pour tous. Elle doit viser une harmonisation, mais vers le haut. Jamais vers le bas.*

Nous avons donc la conviction qu’il faut mettre en place une meilleure protection des travailleurs et réduire le dumping social, qui engendre aussi un dumping entrepreneurial. Le principe selon lequel un même travail effectué au même endroit devrait être rémunéré de manière identique est la clef de voûte du socle des droits sociaux en Europe.*

Nous encourageons le Conseil de l’Union et le Parlement européen à aller plus loin. Les partenaires sociaux et les conventions collectives doivent servir de point de référence pour déterminer le niveau de rémunération des travailleurs concernés. Nous réclamons que soit assuré le caractère temporaire du détachement. Nous voulons davantage de coopération entre les États, avec mise en commun des données dont ils disposent afin de déjouer les fraudes et d’empêcher la concurrence déloyale. Nous insistons pour que la directive demeure applicable au secteur routier. Nous voulons que des mesures concrètes soient prises pour que les travailleurs détachés soient affiliés à un régime de sécurité sociale en temps utile, c’est-à-dire un certain temps avant le détachement, et nous pensons qu’il serait opportun de créer une « carte européenne du travailleur détaché » afin de faciliter les contrôles et de simplifier les procédures.

Les pouvoirs publics nationaux, y compris quand ils se réunissent au niveau européen, devraient répondre aux attentes de la société civile organisée. Une ambition : changer la perception de l’Union par les citoyens.

Elle doit en effet cesser d’apparaître comme responsable ici de la régression et là de la stagnation des conditions de vie et de travail, pour être perçue, à nouveau, comme un facteur efficace de progrès économique, social et environnemental pour tous.

http://www.euractiv.fr/section/economie/opinion/il-est-grand-temps-de-reviser-la-directive-sur-les-travailleurs-detaches/


 

OUTIL LOGO FREXIT LIMOUSINComme l'avait dit Bossuet, "Dieu se rit de ceux qui déplorent les malheurs publics dont ils chérissent les causes". Ce plaidoyer pour une Europe impossible est pathétique. Les dysfonctionnements reconnus ici et déplorés à juste titre auraient pour cause une forme d'égoïsme des Etats, ce qui est méconnaître la nature réelle de l'UE: une juxtaposition d'intérêts nationaux divergents censée aboutir à un compromis, ce qui n'arrive jamais, sauf sous une forme insatisfaisante pour toutes les parties. Ces appels désespérés sont d'autant plus pathétiques que leurs auteurs ont bien conscience des effets désastreux des politiques communautaires sur l'opinion publique dans les pays membres, mais faute d'imagination, ils persistent à déplorer la situation et à en appeler à la sagesse des institutions européennes. Ce qui n'arrivera pas, bien sûr. Et ils feront partie, en bout de course, de ceux qui nous expliqueront qu'il faut, d'urgence, une "autre Europe", enfin sociale! Comme le disait François Asselineau: "c'est dormir toute sa vie que de croire à ses rêves". Avec de telles protestations, l'oligarchie peut dormir tranquille...

P.G.

 

 

« Haïr les riches ne rend pas moins pauvre »

L’édito de Charles SANNAT

Je vais ici tordre le cou à toutes les inepties économiques bien-pensantes aussi bien à l’égard des riches… que des pauvres !

Je tiens à préciser que je ne suis pas “riche” et que je m’en porte fort bien. Je ne suis pas franchement vénal, ni particulièrement ostentatoire, préférant la discrète sobriété et la simplicité volontaire dans un monde où beaucoup souffrent. Ceci étant posé…

ARG RICHESCommençons par les « riches ».

Dans ce bas monde, il est de bon ton de vomir les riches et de les taxer encore plus. Si cela peut être techniquement possible à défaut de l’être éthiquement dans un monde fermé, c’est totalement stupide et contre-productif dans un monde ouvert où le méchant riche peut aller se faire tondre où bon lui semble pour moins cher.

Évidemment, c’est exactement ce qu’il se passe et nos « riches » compatriotes partent par milliers se faire plumer vers des cieux au moins plus ensoleillés car quand on est légèrement vêtu, mieux vaut une bonne température ambiante.

 

Alors, nos riches votent avec leurs pieds. Certes, ce n’est pas très patriote, mais franchement, maintenant tout le monde s’en fiche de la patrie, d’ailleurs tout le monde veut que vous vous en foutiez, vous devez être un citoyen du « monde », un « européen », alors soyons cohérents. Vous ne voulez plus d’appartenance nationale. Dont acte, allons payer nos impôts là où ils sont le moins chers. Je ne dis pas que c’est bien. Je dis que cette attitude est la conséquence logique de la destruction des nations, du patriotisme dans ce qu’il a de positif et donc du pacte social où au sein des pays les gens tentent de prendre soin les uns des autres.

On vous dit aussi que plus il y a de riches mieux c’est car, selon la théorie du ruissellement, plus il y aura de riches plus les miettes seront grosses pour ceux d’en bas. C’est en partie vrai, mais en partie seulement. Soyons honnêtes, si on laisse les gens décider de ce qui va ruisseler, il y aura quelques gouttes, mais parfois, il faut aussi évidemment savoir imposer.

Sauf que tout est question de proportion !

Non les pauvres et les riches ne sont pas plus gentils les uns que les autres

Lorsque je regarde les débats, je vois surtout des pauvres qui cherchent sans vergogne à faire la poche de ceux qu’ils considèrent comme plus riches qu’eux, ce qui est très relatif, en essayant d’avoir le maximum pour le minimum d’effort, tandis qu’objectivement nos riches sont plutôt punis avec constance pour créer de la richesse en subissant des taux d’imposition hallucinants dont les « pauvres » n’ont aucune conscience et de surcroît, leur indifférence est totale.

Être pauvre ne fait pas de vous systématiquement un être sympathique. Être riche ne fait de vous le diable, et inversement ! Chaque catégorie ayant son lot de sombres imbéciles.

Et l’idée et la conclusion de tout cela c’est qu’il est impératif de trouver des solutions fiscales équilibrées et pragmatiques.

Nous avons besoin de nos riches et de nos petits bourgeois. Le débat sur les « yachts » de 30 mètres de long est un débat économiquement crétin et stupide pour la simple et bonne raison que ce n’est tout au plus que quelques centaines de personnes qui achètent ce genre de navire. Leur mettre une taxe ne permettra jamais de financer le RSA de tous nos pauvres. C’est aussi illusoire que bête.

La seule façon de redistribuer c’est de pouvoir collecter suffisamment. Tout le reste, c’est de la littérature. 

Pour collecter suffisamment, il faut qu’il y ait beaucoup de moutons à tondre pour avoir beaucoup de laine.

Si vous tondez trop vos moutons et qu’ils meurent tous de froid, vous serez bien avancés.

De la même façon, si vous les laissez choisir le paysan qui les tondra, ils iront chez celui qui leur laissera le plus de laine sur le dos.

Tout cela est d’une logique évidente, et nul n’est besoin d’être un prix Nobel d’économie pour le comprendre.

C’est dans cette optique que l’ISF est un impôt d’une crétinerie insondable dans un monde ouvert et dans un pays où les taxes atteignent déjà 80 % d’une création de richesse réalisée par un entrepreneur.

De surcroît, si l’ISF à 1,8 % peut être supportable avec des taux d’intérêt à 5 % quand les taux sont négatifs ou égaux à zéro, l’ISF est une taxe sur votre patrimoine de 2 % chaque année… c’est sûr qu’en 20 ans vous serez à peu près ruinés.

Alors oui, il faut tordre le coup à l’ISF qui est un impôt injustifié éthiquement parlant, stupide économiquement parlant et contre-productif dans un monde ouvert, et qui est une terrible punition dans un contexte de taux zéro.

Alors oui, il faut dire que les pauvres ne sont pas « que » des braves types, et que les riches ne seront pas forcément plus vertueux si on les laisse choisir le montant de leurs impôts.

Alors oui, il faut dire que l’un et l’autre, le riche et le pauvre, ne doivent pas être opposés car ils font tous partie d’une même communauté de destin, à ceci près que techniquement parlant, ce n’est pas le riche qui a besoin du pauvre, mais bien le pauvre qui a besoin des sous du riche !

Alors les pauvres de tous les pays, et du nôtre en particulier, seraient bien inspirés de se calmer un peu dans leur haine antiriches car il faut dire la réalité.

La réalité est que la France est un pays dans lequel il fait nettement moins bon vivre d’année en année, et je parle de tous nos problèmes sociaux qui s’empilent et qui vont des zones de non-droit, dirons-nous pudiquement, aux actes terroristes quasi quotidiens et réalisés par des « déséquilibrés isolés » mais de plus en plus nombreux…

Alors rajoutez en plus des impôts énormes, et les gens partent, les riches partent, et les pauvres, sans riches, finiront par se rendre compte qu’ils ont tué la poule aux œufs d’or.

Que personne ne veuille le comprendre et le dire me laisse pantois.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

https://insolentiae.com/hair-les-riches-ne-rend-pas-moins-pauvre-ledito-de-charles-sannat/


Ce qui est bien avec Charles sannat, c'est qu'il sait mettre les "pieds dans le plat", même si on ne partage pas toujours son point de vue: les débats sur riches/pauvres n'ont aucun sens si on ne réfléchit pas aux notions de "monde ouvert/monde fermé", de "patriotisme" et donc de valeurs des uns et des autres, de frontières et de contrôle des mouvements de capitaux...  P.G.

Quelques commentaires d'internautes:

OUTIL COMMENTAIRES D INTERNAUTES*Bien sûr,si personne n’achète de yacht,ce sera la fermeture de quelques chantiers et des ouvriers sans travail. Idem pour l’entretien et le personnel à bord .
Et les exemples sont multiples .La haute couture,les voitures de luxe,les stylos et montres hors de prix ,les résidences haut de gamme et leurs piscines,etc, etc. Il faut bien des “riches” pour consommer tout cela et par voie de conséquence faire vivre des “pauvres”.

*Haïr les riches ne rend pas moins pauvre mais qu’est-ce que ça fait du bien ! et puis… qui sait ?

“ce n’est pas le riche qui a besoin du pauvre, mais bien le pauvre qui a besoin des sous du riche”.
Oui, bien sûr, et les sous du riche viennent d’où ? Du travail des presque pauvres.
Alors nous faire croire que le riche est riche parce que c’est une sorte de droit divin, c’est aussi oublier de préciser que s’il y a tant de pauvres dans les pays industrialisés, c’est aussi à cause de la vénalité des riches qui veulent toujours plus de profits et ne se gênent pas pour licencier en masse même quand leur bénéfices sont records.
Il est loin le temps où Ford augmentait ses employés pour qu’ils puissent acheter ce qu’ils produisaient.

Ensuite, les 1,8% sortent de nulle part, c’est 1,5% pour 10 millions, une décote est appliquée en dessous allant jusqu’à 0,8%, donc on est loin des 100% même en 20 ans.

*Je serais d’accord avec vous si la redistribution était “pure”, c’est à dire gagnant gagnant. Les riches s’enrichissant et enrichissant les pauvres. Or ce n’est actuellement pas ce qui se passe, les riches s’enrichissent à une vitesse exponentielle, les pauvres sont de plus en plus nombreux et la petite classe moyenne s’appauvrit. J’oserais dire que plus on est riche plus on a de facilités à s’évader sinon de s’exonérer de la redistribution. C’est ce qui semble se passer en France, point besoin de s’expatrier hors de nos frontières, “l’évasion” fiscale légale est uns sport français. N’étant pas économiste je ne peux certifier l’exactitude de mon opinion, aussi j’aimerais connaître la votre sur cet aspect des choses.
Bien cordialement

*Bonjour Mr Sannat, je suis assidûment vos chroniques, et la dernière sur “les riches” provoque ma réaction. En effet, votre éloge du riche est une insulte à ces millions de travailleurs qui s’éreintent chaque jour et qui ne profitent que bien peu du fruit de leur labeur( je vis en Bretagne, “el dorado” de l’agroalimentaire, et je vous assure que les milliers de personnes qui y travaillent méritent mieux qu’un “smic”..).Vous savez fort bien que notre “modèle” économique accroît les inégalités! Je ne souhaite pas ruiner celui qui entreprend et qui réussit ( je parle des petites entreprises, y compris l’artisanat, même si cette activité est plutôt bien pénalisée fiscalement). Par contre les inégalités vont devenir insoutenables, cet écart qui ne cesse de se creuser entre une “minorité” très riche et la majorité atteindra un seuil de rupture. Les états ( ce qu’il en reste en effet..) ont aligné leurs exigences fiscales vers le bas, la “théorie” du ruissellement est mise en avant, la concurrence mondialisée achève l’édifice. Vous n’ignorez pas les mécanismes qui permettent aux riches d’échapper à l’impôt, et là, les états sont soudain impuissants! Le budget de notre état est alimenté en priorité par la TVA, c’est un vrai scandale! cette imposition par la taxe sur la consommation est une honte … cela est d’autant plus révoltant que les “riches” vont être exonérés de leur part à la solidarité. Quant à ceux qui quitteraient notre pays pour des cieux plus propices à leur patrimoine, un état vraiment souverain devrait pouvoir leur appliquer des sanctions à la hauteur de leur manque de respect de notre devise républicaine, gravée encore au fronton de nos bâtiments publics, mais pour encore combien de temps ?

*Les pauvres ont plus besoin des riches que les riches n’ont besoin des pauvres ?

Ce n’est vrai qu’en partie.
Tout homme a des besoins vitaux primaires : se nourrir, se vêtir, s’abriter des intempéries. Quand il n’y aura plus de pauvres ouvriers agricoles et de pauvres petits agriculteurs, ni non plus de petits artisans acculés à la faillite, le riche, à moins d’une reconversion complète, pourra se nourrir de ses pièces d’or et se vêtir de ses billets dans son manoir au toit percé. Le couvreur exerçant encore dans sa région préfèrera aller réparer le toit du seul paysan encore en activité, qui lui le paiera en grain ou en pommes de terre.

 

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Le déclin du courage

Extraits du discours prononcé par Alexandre Soljénitsyne, prix Nobel de littérature(1970) à Harvard le 8 juin 1978. Il condamne alors les deux systèmes économiques -le communisme et le capitalisme. Il dénonce surtout la chute spirituelle de la civilisation.


ARG SOLJENITSYNE« Je suis très sincèrement heureux de me trouver ici parmi vous, à l’occasion du 327ème anniversaire de la fondation de cette université si ancienne et si illustre. La devise de Harvard est « VERITAS ». La vérité est rarement douce à entendre ; elle est presque toujours amère. Mon discours d’aujourd’hui contient une part de vérité ; je vous l’apporte en ami, non en adversaire.

Il y a trois ans, aux Etats-Unis, j’ai été amené à dire des choses que l’on a rejeté, qui ont paru inacceptables. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui acquiescent à mes propos d’alors.(…)

Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque pays, et bien sûr, aux Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société toute entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel mais ce ne sont pas ces gens là qui donnent sa direction à la vie de la société. Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, leurs discours et plus encore, dans les considérations théoriques qu’ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d’agir, qui fonde la politique d’un Etat sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu’on se place. Ce déclin du courage, qui semble aller ici ou là jusqu’à la perte de toute trace de virilité, se trouve souligné avec une ironie toute particulière dans les cas où les mêmes fonctionnaires sont pris d’un accès subit de vaillance et d’intransigeance, à l’égard de gouvernements sans force, de pays faibles que personne ne soutient ou de courants condamnés par tous et manifestement incapables de rendre un seul coup. Alors que leurs langues sèchent et que leurs mains se paralysent face aux gouvernements puissants et aux forces menaçantes, face aux agresseurs et à l’Internationale de la terreur. Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant coureur de la fin?

Quand les Etats occidentaux modernes se sont formés, fut posé comme principe que les gouvernements avaient pour vocation de servir l’homme, et que la vie de l’homme était orientée vers la liberté et la recherche du bonheur (en témoigne la déclaration américaine d’Indépendance.)Aujourd’hui, enfin, les décennies passées de progrès social et technique ont permis la réalisation de ces aspirations : un Etat assurant le bien-être général. Chaque citoyen s’est vu accorder la liberté tant désirée, et des biens matériels en quantité et en qualité propres à lui procurer, en théorie, un bonheur complet, mais un bonheur au sens appauvri du mot, tel qu’il a cours depuis ces mêmes décennies.

Au cours de cette évolution, cependant, un détail psychologique a été négligé : le désir permanent de posséder toujours plus et d’avoir une vie meilleure, et la lutte en ce sens, ont imprimé sur de nombreux visages à l’Ouest les marques de l’inquiétude et même de la dépression, bien qu’il soit courant de cacher soigneusement de tels sentiments.

Cette compétition active et intense finit par dominer toute pensée humaine et n’ouvre pas le moins du monde la voie à la liberté du développement spirituel.

L’indépendance de l’individu à l’égard de nombreuses formes de pression étatique a été garantie ; la majorité des gens ont bénéficié du bien-être, à un niveau que leurs pères et leurs grands-pères n’auraient même pas imaginé ; il est devenu possible d’élever les jeunes gens selon ces idéaux, de les préparer et de les appeler à l’épanouissement physique, au bonheur, au loisir, à la possession de biens matériels, l’argent, les loisirs, vers une liberté quasi illimitée dans le choix des plaisirs. Pourquoi devrions-nous renoncer à tout cela ? Au nom de quoi devrait-on risquer sa précieuse existence pour défendre le bien commun, et tout spécialement dans le cas douteux où la sécurité de la nation aurait à être défendue dans un pays lointain ?

Même la biologie nous enseigne qu’un haut degré de confort n’est pas bon pour l’organisme. Aujourd’hui, le confort de la vie de la société occidentale commence à ôter son masque pernicieux.

La société occidentale s’est choisie l’organisation la plus appropriée à ses fins, une organisation que j’appellerais légaliste. Les limites des droits de l’homme et de ce qui est bon sont fixées par un système de lois ; ces limites sont très lâches. Les hommes à l’Ouest ont acquis une habileté considérable pour utiliser, interpréter et manipuler la loi, bien que paradoxalement les lois tendent à devenir bien trop compliquées à comprendre pour une personne moyenne sans l’aide d’un expert. Tout conflit est résolu par le recours à la lettre de la loi, qui est considérée comme le fin mot de tout.

Si quelqu’un se place du point de vue légal, plus rien ne peut lui être opposé ; nul ne lui rappellera que cela pourrait n’en être pas moins illégitime. Impensable de parler de contrainte ou de renonciation à ces droits, ni de demander de sacrifice ou de geste désintéressé : cela paraîtrait absurde. On n’entend pour ainsi dire jamais parler de retenue volontaire : chacun lutte pour étendre ses droits jusqu’aux extrêmes limites des cadres légaux.

J’ai vécu toute ma vie sous un régime communiste, et je peux vous dire qu’une société sans référent légal objectif est particulièrement terrible. Mais une société basée sur la lettre de la loi, et n’allant pas plus loin, échoue à déployer à son avantage le large champ des possibilités humaines. La lettre de la loi est trop froide et formelle pour avoir une influence bénéfique sur la société. Quand la vie est tout entière tissée de relations légalistes, il s’en dégage une atmosphère de médiocrité spirituelle qui paralyse les élans les plus nobles de l’homme.

Et il sera tout simplement impossible de relever les défis de notre siècle menaçant armés des seules armes d’une structure sociale légaliste.

Aujourd’hui la société occidentale nous révèle qu’il règne une inégalité entre la liberté d’accomplir de bonnes actions et la liberté d’en accomplir de mauvaises. Un homme d’Etat qui veut accomplir quelque chose d’éminemment constructif pour son pays doit agir avec beaucoup de précautions, avec timidité pourrait-on dire. Des milliers de critiques hâtives et irresponsables le heurtent de plein fouet à chaque instant. Il se trouve constamment exposé aux traits du Parlement, de la presse. Il doit justifier pas à pas ses décisions, comme étant bien fondées et absolument sans défauts. Et un homme exceptionnel, de grande valeur, qui aurait en tête des projets inhabituels et inattendus, n’a aucune chance de s’imposer : d’emblée on lui tendra mille pièges. De ce fait, la médiocrité triomphe sous le masque des limitations démocratiques.

Il est aisé en tout lieu de saper le pouvoir administratif, et il a en fait été considérablement amoindri dans tous les pays occidentaux. La défense des droits individuels a pris de telles proportions que la société en tant que telle est désormais sans défense contre les initiatives de quelques-uns. Il est temps, à l’Ouest, de défendre non pas tant les droits de l’homme que ses devoirs.

D’un autre côté, une liberté destructrice et irresponsable s’est vue accorder un espace sans limite. Il s’avère que la société n’a plus que des défenses infimes à opposer à l’abîme de la décadence humaine, par exemple en ce qui concerne le mauvais usage de la liberté en matière de violence morale faites aux enfants, par des films tout pleins de pornographie, de crime, d’horreur. On considère que tout cela fait partie de la liberté, et peut être contrebalancé, en théorie, par le droit qu’ont ces mêmes enfants de ne pas regarder er de refuser ces spectacles. L’organisation légaliste de la vie a prouvé ainsi son incapacité à se défendre contre la corrosion du mal. (…)

L’évolution s’est faite progressivement, mais il semble qu’elle ait eu pour point de départ la bienveillante conception humaniste selon laquelle l’homme, maître du monde, ne porte en lui aucun germe de mal, et tout ce que notre existence offre de vicié est simplement le fruit de systèmes sociaux erronés qu’il importe d’amender. Et pourtant, il est bien étrange de voir que le crime n’a pas disparu à l’Ouest, alors même que les meilleurs conditions de vie sociale semblent avoir été atteintes. Le crime est même bien plus présent que dans la société soviétique, misérable et sans loi. (…)

La presse, aussi, bien sûr, jouit de la plus grande liberté. Mais pour quel usage ? (…) Quelle responsabilité s’exerce sur le journaliste, ou sur un journal, à l’encontre de son lectorat, ou de l’histoire ? S’ils ont trompé l’opinion publique en divulguant des informations erronées, ou de fausses conclusions, si même ils ont contribué à ce que des fautes soient commises au plus haut degré de l’Etat, avons-nous le souvenir d’un seul cas, où le dit journaliste ou le dit journal ait exprimé quelque regret ? Non, bien sûr, cela porterait préjudice aux ventes. De telles erreurs peut bien découler le pire pour une nation, le journaliste s’en tirera toujours. Etant donné que l’on a besoin d’une information crédible et immédiate, il devient obligatoire d’avoir recours aux conjectures, aux rumeurs, aux suppositions pour remplir les trous, et rien de tout cela ne sera jamais réfuté ; ces mensonges s’installent dans la mémoire du lecteur. Combien de jugements hâtifs, irréfléchis, superficiels et trompeurs sont ainsi émis quotidiennement, jetant le trouble chez le lecteur, et le laissant ensuite à lui-même ? La presse peut jouer le rôle d’opinion publique, ou la tromper. De la sorte, on verra des terroristes peints sous les traits de héros, des secrets d’Etat touchant à la sécurité du pays divulgués sur la place publique, ou encore des intrusions sans vergogne dans l’intimité de personnes connues, en vertu du slogan : « tout le monde a le droit de tout savoir ». Mais c’est un slogan faux, fruit d’une époque fausse ; d’une bien plus grande valeur est ce droit confisqué, le droit des hommes de ne pas savoir, de ne pas voir leur âme divine étouffée sous les ragots, les stupidités, les paroles vaines. Une personne qui mène une vie pleine de travail et de sens n’a absolument pas besoin de ce flot pesant et incessant d’information. (…) Autre chose ne manquera pas de surprendre un observateur venu de l’Est totalitaire, avec sa presse rigoureusement univoque : on découvre un courant général d’idées privilégiées au sein de la presse occidentale dans son ensemble, une sorte d’esprit du temps, fait de critères de jugement reconnus par tous, d’intérêts communs, la somme de tout cela donnant le sentiment non d’une compétition mais d’une uniformité. Il existe peut-être une liberté sans limite pour la presse, mais certainement pas pour le lecteur : les journaux ne font que transmettre avec énergie et emphase toutes ces opinions qui ne vont pas trop ouvertement contredire ce courant dominant.

Sans qu’il y ait besoin de censure, les courants de pensée, d’idées à la mode sont séparés avec soin de ceux qui ne le sont pas, et ces derniers, sans être à proprement parler interdits, n’ont que peu de chances de percer au milieu des autres ouvrages et périodiques, ou d’être relayés dans le supérieur. Vos étudiants sont libres au sens légal du terme, mais ils sont prisonniers des idoles portées aux nues par l’engouement à la mode. Sans qu’il y ait, comme à l’Est, de violence ouverte, cette sélection opérée par la mode, ce besoin de tout conformer à des modèles standards, empêchent les penseurs les plus originaux d’apporter leur contribution à la vie publique et provoquent l’apparition d’un dangereux esprit grégaire qui fait obstacle à un développement digne de ce nom. Aux Etats-Unis, il m’est arrivé de recevoir des lettres de personnes éminemment intelligentes … peut-être un professeur d’un petit collège perdu, qui aurait pu beaucoup pour le renouveau et le salut de son pays, mais le pays ne pouvait l’entendre, car les médias n’allaient pas lui donner la parole. Voilà qui donne naissance à de solides préjugés de masse, à un aveuglement qui à notre époque est particulièrement dangereux. (…)

Il est universellement admis que l’Ouest montre la voie au monde entier vers le développement économique réussi, même si dans les dernières années il a pu être sérieusement entamé par une inflation chaotique. Et pourtant, beaucoup d’hommes à l’Ouest ne sont pas satisfaits de la société dans laquelle ils vivent. Ils la méprisent, ou l’accusent de plus être au niveau de maturité requis par l’humanité. Et beaucoup sont amenés à glisser vers le socialisme, ce qui est une tentation fausse et dangereuse. J’espère que personne ici présent ne me suspectera de vouloir exprimer une critique du système occidental dans l’idée de suggérer le socialisme comme alternative. Non, pour avoir connu un pays où le socialisme a été mis en oeuvre, je ne prononcerai pas en faveur d’une telle alternative. (…) Mais si l’on me demandait si, en retour, je pourrais proposer l’Ouest, en son état actuel, comme modèle pour mon pays, il me faudrait en toute honnêteté répondre par la négative. Non, je ne prendrais pas votre société comme modèle pour la transformation de la mienne. On ne peut nier que les personnalités s’affaiblissent à l’Ouest, tandis qu’à l’Est elles ne cessent de devenir plus fermes et plus fortes. Bien sûr, une société ne peut rester dans des abîmes d’anarchie, comme c’est le cas dans mon pays. Mais il est tout aussi avilissant pour elle de rester dans un état affadi et sans âme de légalisme, comme c’est le cas de la vôtre. Après avoir souffert pendant des décennies de violence et d’oppression, l’âme humaine aspire à des choses plus élevées, plus brûlantes, plus pures que celles offertes aujourd’hui par les habitudes d’une société massifiée, forgées par l’invasion révoltante de publicités commerciales, par l’abrutissement télévisuel, et par une musique intolérable.

Tout cela est sensible pour de nombreux observateurs partout sur la planète. Le mode de vie occidental apparaît de moins en moins comme le modèle directeur. Il est des symptômes révélateurs par lesquels l’histoire lance des avertissements à une société menacée ou en péril. De tels avertissements sont, en l’occurrence, le déclin des arts, ou le manque de grands hommes d’Etat. Et il arrive parfois que les signes soient particulièrement concrets et explicites. Le centre de votre démocratie et de votre culture est-il privé de courant pendant quelques heures, et voilà que soudainement des foules de citoyens Américains se livrent au pillage et au grabuge. C’est que le vernis doit être bien fin, et le système social bien instable et mal en point.

Mais le combat pour notre planète, physique et spirituel, un combat aux proportions cosmiques, n’est pas pour un futur lointain ; il a déjà commencé. Les forces du Mal ont commencé leur offensive décisive. Vous sentez déjà la pression qu’elles exercent, et pourtant, vos écrans et vos écrits sont pleins de sourires sur commande et de verres levés. Pourquoi toute cette joie ?

Comment l’Ouest a-t-il pu décliner, de son pas triomphal à sa débilité présente ? A-t-il connu dans son évolution des points de non-retour qui lui furent fatals, a-t-il perdu son chemin ? Il ne semble pas que cela soit le cas. L’Ouest a continué à avancer d’un pas ferme en adéquation avec ses intentions proclamées pour la société, main dans la main avec un progrès technologique étourdissant. Et tout soudain il s’est trouvé dans son état présent de faiblesse. Cela signifie que l’erreur doit être à la racine, à la fondation de la pensée moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident à l’époque moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident, née à la Renaissance, et dont les développements politiques se sont manifestés à partir des Lumières. Elle est devenue la base da la doctrine sociale et politique et pourrait être appelée l’humanisme rationaliste, ou l’autonomie humaniste : l’autonomie proclamée et pratiquée de l’homme à l’encontre de toute force supérieure à lui. On peut parler aussi d’anthropocentrisme : l’homme est vu au centre de tout.

Historiquement, il est probable que l’inflexion qui s’est produite à la Renaissance était inévitable. Le Moyen Age en était venu naturellement à l’épuisement, en raison d’une répression intolérable de la nature charnelle de l’homme en faveur de sa nature spirituelle. Mais en s’écartant de l’esprit, l’homme s’empara de tout ce qui est matériel, avec excès et sans mesure. La pensée humaniste, qui s’est proclamée notre guide, n’admettait pas l’existence d’un mal intrinsèque en l’homme, et ne voyait pas de tâche plus noble que d’atteindre le bonheur sur terre. Voilà qui engagea la civilisation occidentale moderne naissante sur la pente dangereuse de l’adoration de l’homme et de ses besoins matériels.Tout ce qui se trouvait au-delà du bien-être physique et de l’accumulation de biens matériels, tous les autres besoins humains, caractéristiques d’une nature subtile et élevée, furent rejetés hors du champ d’intérêt de l’Etat et du système social, comme si la vie n’avait pas un sens plus élevé. De la sorte, des failles furent laissées ouvertes pour que s’y engouffre le mal, et son haleine putride souffle librement aujourd’hui. Plus de liberté en soi ne résout pas le moins du monde l’intégralité des problèmes humains, et même en ajoute un certain nombre de nouveaux.

Et pourtant, dans les jeunes démocraties, comme la démocratie américaine naissante, tous les droits de l’homme individuels reposaient sur la croyance que l’homme est une créature de Dieu. C’est-à-dire que la liberté était accordée à l’individu de manière conditionnelle, soumise constamment à sa responsabilité religieuse. Tel fut l’héritage du siècle passé.

Toutes les limitations de cette sorte s’émoussèrent en Occident, une émancipation complète survint, malgré l’héritage moral de siècles chrétiens, avec leurs prodiges de miséricorde et de sacrifice. Les Etats devinrent sans cesses plus matérialistes. L’Occident a défendu avec succès, et même surabondamment, les droits de l’homme, mais l’homme a vu complètement s’étioler la conscience de sa responsabilité devant Dieu et la société. Durant ces dernières décennies, cet égoïsme juridique de la philosophie occidentale a été définitivement réalisé, et le monde se retrouve dans une cruelle crise spirituelle et dans une impasse politique.

Et tous les succès techniques, y compris la conquête de l’espace, du Progrès tant célébré n’ont pas réussi à racheter la misère morale dans laquelle est tombé le XXème siècle, que personne n’aurait pu encore soupçonner au XIXème siècle.

L’humanisme dans ses développements devenant toujours plus matérialiste, il permit avec une incroyable efficacité à ses concepts d’être utilisés d’abord par le socialisme, puis par le communisme, de telle sorte que Karl Marx pût dire, en 1844, que « le communisme est un humanisme naturalisé. » Il s’est avéré que ce jugement était loin d’être faux. On voit les mêmes pierres aux fondations d’un humanisme altéré et de tout type de socialisme : un matérialisme sans frein, une libération à l’égard de la religion et de la responsabilité religieuse, une concentration des esprits sur les structures sociales avec une approche prétendument scientifique. Ce n’est pas un hasard si toutes les promesses rhétoriques du communisme sont centrées sur l’Homme, avec un grand H, et son bonheur terrestre. A première vue, il s’agit d’un rapprochement honteux : comment, il y aurait des points communs entre la pensée de l’Ouest et de l’Est aujourd’hui ? Là est la logique du développement matérialiste. (…)

Je ne pense pas au cas d’une catastrophe amenée par une guerre mondiale, et aux changements qui pourraient en résulter pour la société. Aussi longtemps que nous nous réveillerons chaque matin, sous un soleil paisible, notre vie sera inévitablement tissée de banalités quotidiennes. Mais il est une catastrophe qui pour beaucoup est déjà présente pour nous. Je veux parler du désastre d’une conscience humaniste parfaitement autonome et irréligieuse.

Elle a fait de l’homme la mesure de toutes choses sur terre, l’homme imparfait, qui n’est jamais dénué d’orgueil, d’égoïsme, d’envie, de vanité, et tant d’autres défauts. Nous payons aujourd’hui les erreurs qui n’étaient pas apparues comme telles au début de notre voyage. Sur la route qui nous a amenés de la Renaissance à nos jours, notre expérience s’est enrichie, mais nous avons perdu l’idée d’une entité supérieure qui autrefois réfrénait nos passions et notre irresponsabilité.

Nous avions placé trop d’espoirs dans les transformations politico-sociales, et il se révèle qu’on nous enlève ce que nous avons de plus précieux : notre vie intérieure. A l’Est, c’est la foire du Parti qui la foule aux pieds, à l’Ouest la foire du Commerce : ce qui est effrayant, ce n’est même pas le fait du monde éclaté, c’est que les principaux morceaux en soient atteints d’une maladie analogue. Si l’homme, comme le déclare l’humanisme, n’était né que pour le bonheur, il ne serait pas né non plus pour la mort. Mais corporellement voué à la mort, sa tâche sur cette terre n’en devient que plus spirituelle : non pas un gorgement de quotidienneté, non pas la recherche des meilleurs moyens d’acquisition, puis de joyeuse dépense des biens matériels, mais l’accomplissement d’un dur et permanent devoir, en sorte que tout le chemin de notre vie devienne l’expérience d’une élévation avant tout spirituelle : quitter cette vie en créatures plus hautes que nous n’y étions entrés.

Il est impératif que nous revoyions à la hausse l’échelle de nos valeurs humaines. Sa pauvreté actuelle est effarante. Il n’est pas possible que l’aune qui sert à mesurer de l’efficacité d’un président se limite à la question de combien d’argent l’on peut gagner, ou de la pertinence de la construction d’un gazoduc. Ce n’est que par un mouvement volontaire de modération de nos passions, sereine et acceptée par nous, que l’humanité peut s’élever au-dessus du courant de matérialisme qui emprisonne le monde.

Quand bien même nous serait épargné d’être détruits par la guerre, notre vie doit changer si elle ne veut pas périr par sa propre faute. Nous ne pouvons nous dispenser de rappeler ce qu’est fondamentalement la vie, la société. Est-ce vrai que l’homme est au-dessus de tout ? N’y a-t-il aucun esprit supérieur au-dessus de lui ? Les activités humaines et sociales peuvent-elles légitimement être réglées par la seule expansion matérielle ? A-t-on le droit de promouvoir cette expansion au détriment de l’intégrité de notre vie spirituelle ?

Si le monde ne touche pas à sa fin, il a atteint une étape décisive dans son histoire, semblable en importance au tournant qui a conduit du Moyen-âge à la Renaissance. Cela va requérir de nous un embrasement spirituel. Il nous faudra nous hisser à une nouvelle hauteur de vue, à une nouvelle conception de la vie, où notre nature physique ne sera pas maudite, comme elle a pu l’être au Moyen-âge, mais, ce qui est bien plus important, où notre être spirituel ne sera pas non plus piétiné, comme il le fut à l’ère moderne.

Notre ascension nous mène à une nouvelle étape anthropologique. Nous n’avons pas d’autre choix que de monter … toujours plus haut. »

Alexandre Soljénitsyne, Le Déclin du courage, Harvard, 8 juin 1978

mercredi 11 octobre 2017

Après la Catalogne, un référendum en Italie pour l'autonomie de la Lombardie et de la Vénitie

Si le référendum en Catalogne demandait son indépendance totale, la consultation organisée le 22 octobre prochain en Lombardie et en Vénétie réclame une plus grande autonomie pour ces deux régions, notamment sur le plan fiscal.

Qualifiées d’essentielles pour les moteurs de l’économie italienne puisqu’elles participent à hauteur d’un quart du PIB transalpin, la Lombardie et la Vénétie versent l’équivalent d'environ 75 milliards d’euros par an à l’Etat. Une participation excessive pour la plupart des institutions régionales, toutes tendances confondues, qui souhaitent que la majeure partie de cette contribution reste dans les caisses lombardes et vénitiennes afin de financer l’économie régionale. Utilisée auparavant comme un slogan politique par la Ligue du Nord, parti régionaliste, eurosceptique et populiste de droite, l’idée d’un nord « saigné par les régions moins riches » n’est plus aussi répandue aujourd’hui. Mais avec ce référendum prévu pour le 22 octobre, le concept a été récupéré à des fins électorales.

FL LOMBARDIE

Une forte participation à cette consultation, autorisée par la Cour
constitutionnelle, permettrait aux organisateurs d’entamer des
discussions avec le pouvoir central. Selon un sondage publié ce lundi 2
octobre au matin, 51% des Italiens estiment que les régions devraient
négocier directement avec l’Etat une nouvelle répartition des rôles,
ressources et pouvoir. Toujours selon cette enquête, quatre électeurs
sur dix de la Ligue du nord seraient plutôt sceptiques quant au
bien-fondé de cette consultation notamment en raison de son coût, estimé
à 50 millions d’euros. Un mauvais signal pour les dirigeants du parti
qui considèrent ce référendum comme une sorte de test politique à six
mois des législatives.

https://www.marianne.net/monde/apres-la-catalogne-un-referendum-en-italie-pour-l-autonomie-de-la-lombardie-et-de-la-venitie


 

Mêmes causes, mêmes effets... Le démantèlement des états- nations se poursuit inexorablement, petit à petit, sous l'effet conjugué de l'euro, des politiques d'austérité imposées par Bruxelles (GOPE), et de la compétition des territoires. Les réformes territoriales s'enchaînent, l'objectif étant, en France comme ailleurs en Europe, d'obtenir une "souveraineté" fiscale pour les euro- régions, qui pourront progressivement négocier directement avec la Commission européenne, sans passer par l'échelon national. Une politique bien plus habile que les déclarations unilatérales d'indépendance de certains.

P.G.

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Le FN opère un tête-à-queue sur l’Europe

Le parti frontiste tente d’infléchir sa position en termes de souveraineté monétaire mais la rhétorique utilisée traduit un net retour à une vision identitaire de l’UE.

1019456355Elle paraît bien loin, au Front national, l’époque des discours accusant l’Union européenne (UE) de tous les maux et prônant l’indispensable sortie de l’euro. Depuis quelques semaines, dans toutes les bouches frontistes, les mêmes mots concertés les ont remplacés : chacun se vit désormais « européen mais » – pour l’Europe, mais contre l’UE ; pour la « civilisation » européenne, mais contre celle de Bruxelles.

A force de se le répéter, le FN semble désormais pris d’un sentiment européen bien à propos, au point de vouloir « élaborer un projet de traité simplifié », dixit sa présidente, Marine Le Pen. Celle-ci a même offert à son ex-meilleure ennemie, l’Europe, une grande part de son discours de Poitiers, le 1er octobre, avec un mot d’ordre nouveau : réformer, de l’intérieur à présent, la bête tant honnie.

Une ligne de crête difficile à tenir, estime le politologue Jean-Yves Camus : « Comment organisent-ils la préférence nationale ou établissent-ils la souveraineté monétaire sans sortir ? Et comment gèrent-ils les flux migratoires en restant dans l’Europe, tout en disant qu’ils ne feront pas ce qu’elle nous dit ? »

Sans compter, ajoute le spécialiste du parti d’extrême droite, qu’il sera bien plus compliqué pour la France de s’affranchir des règles européennes, comme le font la Pologne ou la Hongrie – sur le plan de l’économie, des frontières, des droits humains… –, sans un ferme retour de bâton de Bruxelles contre l’un des moteurs de sa construction.

« Clarification »

A ces arguments de taille, les réponses manquent encore dans les tirades frontistes en construction. Reste que le parti se devait de revoir sa position après la défaite présidentielle. Le nouveau secrétaire général, Steeve Briois, l’admet : « On avait des progrès à faire sur certains sujets. » En première ligne des failles de la dernière campagne, justement : le discours sur l’Europe.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/10/07/le-fn-et-l-europe-je-t-aime-moi-non-plus_5197568_823448.html#l5fSEdBQYKGGO4Yv.99


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Macron veut reconnaître le statut du drapeau européen

En réponse aux critiques émises par Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron a annoncé que la France allait reconnaître officiellement le statut de l’étendard européen.

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La France va reconnaître solennellement le statut du drapeau européen lors du prochain Conseil européen les 19 et 20 octobre, a promis Emmanuel Macron, mardi 10 octobre, en réaction aux critiques émises par Jean-Luc Mélenchon sur la présence du drapeau à l’Assemblée.

« Au moment où certains en France sont en train d’avoir des débats () et voudraient enlever le drapeau européen, je voudrais vous dire que lors du prochain Conseil européen, je ferai la déclaration solennelle qui fera que la France rejoindra seize autres Etats qui l’ont déjà fait. »

« J’affirmerai officiellement que la France reconnaît le statut de l’hymne européen et du drapeau européen, ce qui ne permettra pas à certains d’enlever le drapeau européen de l’hémicycle français ou de tout autre lieu », a-t-il dit lors d’un débat à l’université Goethe de Francfort, en Allemagne. « Il sera bien maintenu parce que je ferai cette déclaration () Le combat que nous menons le mérite largement », a-t-il ajouté.

« Franchement, on est obligé de supporter ça ? »

Le 20 juin, au lendemain de son élection, le député de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, en visite à l’Assemblée nationale, avait dénoncé la présence du drapeau à douze étoiles sur fond bleu. « Franchement, on est obligé de supporter ça ? », avait-il lancé. « C’est la République française ici, pas la Vierge Marie. Je ne comprends pas », avait-il ajouté.

Au début du mois d’octobre, le groupe LFI avait demandé le retrait du drapeau de l’Union européenne, installé à côté du français derrière le fauteuil du président de l’Assemblée nationale depuis 2007. Un amendement rejeté le 4 octobre par la commission des lois de l’Assemblée.

A l’heure actuelle, seuls seize des vingt-huit pays de l’Union européenne ont reconnu officiellement le drapeau et l’hymne européens en signant une déclaration commune – la 52e – annexée au traité de Lisbonne. Ils y déclarent que le drapeau et l’hymne européens, entre autres, « continueront d’être, pour eux, les symboles de l’appartenance commune des citoyens à l’Union européenne et de leur lien avec celle-ci ».

http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/10/10/macron-veut-reconnaitre-le-statut-du-drapeau-europeen_5199031_823448.html?

Quelques jours après le dépôt de l'amendement, le président de l'Assemblée nationale, François De Rugy (LREM) avait ainsi fait applaudir le drapeau, sous l'œil agacé de l'ancien candidat à la présidentielle. Dans la foulée, une députée de la formation d'extrême droite la Ligue du Sud avait par ailleurs suggéré qu'on remplace la bannière étoilée par le drapeau de la monarchie, rapporte Le Figaro.
http://www.francetvinfo.fr/politique/la-republique-en-marche/macron-va-reconnaitre-le-drapeau-europeen-pour-qu-il-ne-puisse-pas-etre-retire-de-l-assemblee-nationale_2412827.html#xtor=CS2-765-[facebook]-

18301780_1501995639842927_6409346040458797019_nMacron s'apprête donc à violer la constitution...

FREXIT!

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Le maire de Bourganeuf n'autorise pas une table de l'UPR sur le marché

Contrairement aux maires de Felletin et de Boussac, le maire de Bourganeuf, Jean- Pierre JOUHAUD n'autorise pas les militants de l'UPR en Creuse à tenir un modeste stand sous forme de table de camping avec quelques tracts dessus, afin de leur permettre d'échanger avec la population.

 

ARG CREUSE TABLE MARCHEVoici le message que nous avons reçu:

"Monsieur,

Par courrier en date du 21 septembre dernier, vous avez sollicité la permission de poser une table de camping sur le marché municipal hebdomadaire de notre commune.

Je suis au regret de vous informer que le règlement intérieur de notre marché hebdomadaire, dans son article 13, interdit « les étals à vocation politique, religieuse ou sectaire ».

Vous comprendrez par conséquent que je ne peux  pas accéder à votre demande.

Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

Jean-Pierre  JOUHAUD

Maire de Bourganeuf"

Ce n'est pas très élégant de s'abriter derrière un règlement dont on est responsable, directement ou indirectement (je ne connais pas le statut juridique de ce marché, communal ou privé par concession). Quoiqu'il en soit, il est facile pour un maire, même quand le règlement est un peu trop strict, de faire preuve de bienveillance: nous ne sommes ni une secte, ni une religion. C'est ce qu'a fait Franck Foulon, maire de Boussac, sachant que de notre côté, nous veillons à ne pas déranger les commerçants. Par ailleurs, je rappelle que, selon notre constitution, les partis politiques participent à la "vie démocratique de la nation". 

Au- delà se pose la question de savoir comment on fait pour s'adresser aux gens quand on n'a pratiquement aucun accès aux médias.

Une occasion manquée à mon avis  pour ce maire "de gauche" de montrer qu'il peut être aussi tolérant et ouvert que les autres maires cités plus haut, plutôt classés "à droite".

N.B. Nous avons fait la même demande au maire de La Souterraine, et à ce jour, nous n'avons reçu aucune réponse.

Philippe Gombert, délégué UPR de la Creuse.

 

 

 

 

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Gauche révolutionnaire : la grande manipulation

Depuis une dizaine d’années, les courants libertaires, trotskistes, «antifas» qui forment la gauche révolutionnaire ont été retournés pour servir des objectifs de guerre.

Vincent Lenormant | 4 Octobre 2017

 

ARG ANTIFA JIHAD BREIZLa gauche révolutionnaire désigne l’ensemble des formations politiques qui sont en principe favorables à une révolution pour mettre fin au capitalisme, en s’appuyant sur des précédents historiques comme la Commune de Paris ou la Guerre d’Espagne ; en France, ces groupes se nomment NPA, Alternative Libertaire, CNT, Fédération Anarchiste… Leurs militants ne sont pas très nombreux, mais ils bénéficient d’une bonne image chez toute une population sensible aux idées libertaires, trotskistes, antifascistes, révolutionnaires. Nous allons voir comment ces groupes ont été manipulés, épurés, restructurés pour servir des objectifs de guerre, de la simple propagande jusqu’au recrutement de combattants.

La guerre en question, c’est avant tout celle de Syrie, qui a commencé par ce qu’on n’ose plus appeler « Printemps Arabe », tant ces événements furent une catastrophe pour le monde Arabo-musulman, avec l’arrivée au pouvoir des Frères Musulmans en Tunisie et en Egypte et la destruction de la Lybie et du Yémen. Au début des années 2000, la gauche révolutionnaire était encore fidèle à ses positions traditionnelles : anti-capitalisme, anti-impérialisme, anti-sionisme. La guerre d’Iraq en 2003 avait été l’occasion de manifestations qui la dénonçaient pour ce qu’elle était : une guerre d’agression, sous des prétextes mensongers. Et les manifestants ne se faisaient traiter d' »Husseinistes », d’admirateurs de Saddam, que par les néoconservateurs habituels. En 2004, le journal d’Alternative Libertaire dénonçait les projets étasuniens pour le « Grand Moyen-Orient », c’est-à-dire « la déstabilisation, la chute des régimes locaux, et un « remodelage » des territoires. Citation : «Bush a précisé la portée de la guerre qui se préparait : “ Un Irak libéré pourra montrer comment la liberté peut transformer cette région qui revêt une importance extrême, en apportant espoir et progrès à des millions de personnes (…) Pour d’autres nations de la région, un nouveau régime en Irak servirait d’exemple spectaculaire et impressionnant de la liberté. En ce qui concerne les pouvoirs en place, l’avertissement est clair : […] La question qui se pose maintenant est “qui sera le suivant ?”  L’extrême droite chrétienne milite pour un règlement définitif de la question palestinienne qui passe par l’installation de régimes à la botte des USA en Syrie et au Liban, et qui donne carte blanche à la droite israélienne pour organiser la purification ethnique des territoires occupés. »

Un tel article serait aujourd’hui inimaginable dans ce journal, son auteur serait traité de conspirationniste, d’ami des dictateurs, de « rouge-brun » ou carrément de fasciste. En 2004 toujours, le même journal dénonçait un début de collusion entre extrême-gauche et « islamisme », sans vraiment comprendre toutefois ce que signifiait cet « islamisme ». Ce mot est utilisé par ceux qui ne comprennent pas la nature du phénomène, comme par ceux qui veulent semer la confusion entre l’islam et la secte wahhabite. Le wahhabisme a été rendu tout-puissant au cours du XXème siècle par les Etats-Unis, qui ont fait de la famille Saoud leur principal allié arabe au Moyen-Orient. Dans le silence général en Occident, les Saoud ont cherché à se poser en leader du monde arabo-musulman ; ils ont construit des mosquées dans le monde entier où est enseignée leur doctrine obscurantiste et dévoyée, leur logique sectaire. Depuis des décennies, ils modifient les consciences, détruisent les cultures. Cela n’a rien à voir avec la religion : il s’agit d’impérialisme culturel et de fascisme.

Les Occidentaux se sont alliés aux Saoud car ils étaient les plus anti-communistes, les plus fanatiques, les plus à même de mettre les musulmans au pas, et les plus serviles. Parallèlement, les Frères Musulmans et Al Qaïda, tous deux liés à la CIA, ont tissé un réseau international, politique pour le premier et militaire pour le second. Les Frères Musulmans sont une sorte de franc-maçonnerie musulmane, ils ont été abondamment financés par le Qatar et la Turquie (Erdogan lui-même en est membre).

On peut se gratter la tête et traiter de fou celui qui dénonce la collusion entre les groupes terroristes pseudo-islamistes et le Pentagone, tant les media dominants font tout pour nous empêcher de comprendre, mais au bout d’un moment les faits et les preuves s’accumulent, et la plus évidente est la complicité et l’alliance totale entre l’OTAN, les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et Israël (les Saoud et Israël ne font même plus semblant de ne pas s’entendre), sous le commandement des Etats-Unis. Les militants dévoyés de la pseudo-gauche ont adopté le réflexe de protéger les Etats-Unis en disant que la Russie ou la Chine sont, eux aussi, des pays impérialistes, et qu’ils ne sont pas moins dangereux. C’est tout simplement faux. Le budget militaire des Etats-Unis est égal à la somme de tous les budgets militaires de tous les autres pays du monde. Ils possèdent des bases partout (plus de 800 hors de leur territoire), et il serait bon de prendre conscience qu’ils mettent le monde à feu et à sang, qu’ils sont les seuls à avoir utilisé l’arme atomique, qu’ils n’hésitent pas à utiliser des armes chimiques ou radioactives, et que rien que depuis les début les années 2000 ils ont détruit des pays, massacré des millions de personne, pour le seul profit de l’oligarchie qui contrôle l’armée impériale qu’est l’OTAN. Ils ont clairement la prétention de dominer le monde et ils ont clairement choisi la guerre comme moyen d’y parvenir. Et pourtant en France les gens ne tremblent pas d’effroi à la simple évocation de la CIA. Le mot «CIA» évoque le mystère, le cinéma, le complot et immédiatement l’autocensure vient : il ne faut pas croire aux théories du complot. Il s’agit de conditionnement et de contrôle de la pensée. Personne ne veut s’avouer manipulé, même si tout le monde peut comprendre l’intérêt du «neuro-marketing» par exemple, et assister à sa mise en œuvre.

Il va de soi que les gens qui nous gouvernent et les chefs militaires s’intéressent de près à la manipulation des consciences et des opinions, et qu’ils financent la recherche scientifique allant dans ce sens. La guerre mondiale en cours au Moyen-Orient est l’occasion pour eux de faire des essais grandeur nature. Certaines choses ont marché, en particulier l’autocensure qu’ils ont réussi à installer au sein de la gauche révolutionnaire.

PHASE I : L’EPURATION

5 ans après les articles précités, en 2009, Alternative Libertaire avait adopté une nouvelle ligne : la tendance était à "la chasse aux «conspis". Le journal publie donc une série d’articles désolants d’ignorance et/ou de mauvaise foi, dans lesquels sont amalgamés les gens qui remettent en cause la version officielle du 11 septembre et ceux qui croient aux illuminatis ou aux extra-terrestres : tous des imbéciles qui dérivent vers l’extrême-droite.

A cette époque, de nombreux sites apparaissent, des sites étranges qui dressent des listes. Le mouvement «antifa», bizarrement, ne s’intéresse plus vraiment au FN ou aux néo-nazis, mais décide d’opérer un tri au sein de la gauche ; des gens comme Etienne Chouard, Michel Collon, Annie Lacroix-Riz ou Jean Bricmont sont soudainement considérés comme des fascistes, les «antifas» viennent faire le coup de poing lors de leurs apparitions publiques, ils sont calomniés, leurs auditeurs insultés et ridiculisés, traités de «conspirationnistes», «confusionnistes», «campistes», «rouge-bruns», «amis des dictateurs»… Le point commun entre toutes les personnalités incriminées, c’est bien sûr leur anti-impérialisme et leur critique des media dominants. Dans une logique pour le coup véritablement confusionniste, les faux «antifas» vont répandre l’idée que si vous vous opposez à la guerre en Libye, c’est que vous êtes un admirateur de Qadhafi. Si vous n’êtes pas avec les «rebelles syriens», c’est que vous adorez Assad. Si vous critiquez les Etats-Unis, vous êtes un idolâtre de Poutine. Dans tous les cas vous êtes assimilé au fascisme. Le site « confusionnisme.info » va exceller dans ce registre, jusqu’à ce que l’UPR, cible de leurs calomnies, révèle le vrai visage de l’animatrice de ce site, et sa proximité avec les néoconservateurs étasuniens.

Il a suffi aux manipulateurs d’aller dans le sens d’un sectarisme déjà présent dans ces milieux : «pas de dialogue avec l’extrême-droite». C’est un véritable terrorisme intellectuel qui fut instauré, et internet a été très utilisé dans ce but ; il est certainement moins cher et plus simple de troller des forums que d’infiltrer des agents. Résultat : toute parole dissidente fut assimilée à l’extrême-droite. C’est une stratégie de la boule puante. Le dialogue devint impossible, et de nombreux militants furent mis de côté, tandis que les autres surveillaient leur langage. Sur les forums internet affiliés à la gauche révolutionnaire, comme le forum anarchistele forum anarchiste révolutionnairele forum libertaire, la chasse était ouverte. Bientôt le simple fait d’évoquer la CIA devint impossible ; ça tombait bien : la guerre allait commencer.

On pourra objecter que c’est une vision complètement farfelue et paranoïaque d’imaginer que la CIA ou d’autres puissent s’intéresser aux groupuscules libertaires français, qui ne représentent que quelques centaines de militants. Mais si on considère le projet global, qui est de faire passer des guerres d’agression impérialistes pour des révolutions, on comprend mieux l’intérêt : il s’agit de prendre le contrôle de tous les groupes de gauche révolutionnaire, dans tous les pays occidentaux, pour y rendre inaudible l’anti-impérialisme et, par solidarité révolutionnaire, leur faire applaudir la guerre. Car le mouvement révolutionnaire brise un tabou intéressant : il rend acceptable le fait que dans un pays, une minorité prenne le pouvoir par la violence. La violence et la destruction y sont considérés comme un mal nécessaire pour passer à une société censée être plus juste. Quant à savoir si les responsables de cette manipulation sont la CIA, le Mossad, le MI6 ou tout simplement les Opérations Psychologiques de l’armée étasunienne (qui ne cachent pas du tout leurs buts et leurs moyens), impossible de le savoir, mais c’était dans l’intérêt de l’alliance OTAN/Saoud/Israël qui a provoqué cette guerre.

 

ob_7e81fb_buck2Au sujet du 11 septembre, est-il vraiment si farfelu de se demander pourquoi les États-Unis maintiennent avec l’Arabie Saoudite des liens aussi étroits, alors que toute l’enquête incrimine ce pays ? Et pourquoi l’ensemble des pays occidentaux qui se prétendent en « guerre contre le terrorisme » ne cessent d’étaler leur amitié et de vendre des armes au principal pourvoyeur idéologique et financier du terrorisme pseudo-islamiste ?

PHASE II : LA RÉVOLUTION DES FRÈRES MUSULMANS

L’immolation par le feu d’un commerçant tunisien en décembre 2010 est-elle le fruit d’un complot ? Sans doute pas, mais ce qui est sûr et certain, c’est que ce fut le prétexte au lancement d’une opération préparée de longue date (le remodelage du Grand Moyen-Orient, comme le dénonçait Alternative Libertaire en 2004). Toute la pseudo-gauche, du PS à la Fédération Anarchiste, va s’enthousiasmer pour le « Printemps Arabe ». Seuls quelques grincheux déjà mis au ban de la gauche, ostracisés, ridiculisés, vont être sceptiques, se demander si les États-Unis ne seraient pas encore en train de rejouer l’air des Révolutions de Couleur (Ukraine, Géorgie, Kirghizistan…). Et ceux, très rares, qui comprenaient un peu ce que signifiait l’«islamisme», ne pouvaient que craindre l’arrivée au pouvoir des Frères Musulmans ou d’autres forces alliées au fascisme wahhabite.

Les groupes de gauche révolutionnaire, NPA et Alternative Libertaire en tête, ne vont pas se contenter d’applaudir les révolutions, ils vont réclamer une solidarité internationale et distiller une propagande insidieuse. Comme pour Milosevic, Hussein, Qadhafi il s’agit d’abord de faire passer Bachar al-Assad, l’ophtalmologue, pour le nouvel Hitler, un sadique prenant plaisir à mutiler des enfants. Il suffira pour cela d’emboîter le pas à la gigantesque machine de propagande destinée au grand public, à partir d’attentats sous faux drapeau, d’images fabriquées… Ce n’est pas l’objet de cet article de décortiquer la fabrication du récit officiel de la guerre syrienne, cet article-là s’y intéresse plus en profondeur.

Dans les media de la gauche révolutionnaire, la propagande va s’articuler autour de plusieurs idées-force :

1) La banalisation des Frères Musulmans et la relativisation de la menace sectaire.

Pour les besoins de la propagande, il va falloir dire que les Frères Musulmans ne sont pas si dangereux, qu’ils peuvent même être des alliés. En mars 2011, dans un article hallucinant avec le recul historique, Alternative Libertaire nous apprend qu’ils «semblent aujourd’hui sur la voie sinon d’une sécularisation, du moins d’une scission très nette entre démocrates et partisans d’un mouvement islamiste plus strict». En Egypte et en Tunisie, les Frères sont présentés comme composante indispensable de la révolution, tiraillés entre conservatisme et démocratie. Alternative Libertaire accepte et fait accepter l’idée que les Frères peuvent faire partie d’un révolution démocratique, sociale et libertaire.

Il est bon de rappeler que dans les années 70, ils ont mené une vaste campagne de terrorisme en Syrie, faisant des centaines de morts. C’était déjà l’expression de l’impérialisme des Etats-Unis et des Saoud. La réponse du pouvoir au début des années 80 syrien fut brutale : c’est ce qu’on appelle aujourd’hui le massacre de Hama. Une note de la DIA évoque 2000 victimes dans les rangs des Frères Musulmans, mais les chiffres ont été gonflés pour les besoins de la propagande de guerre. Les propagandistes vont donc régulièrement parler du massacre de Hama comme du massacre de 40000 civils, par sadisme de la part du pouvoir syrien, sans jamais évoquer les crimes des Frères Musulmans qui en sont la cause : « Hama, ville syrienne, théâtre en 1982 d’un massacre de sa population perpétré par Hafedh El Assad », « Le régime de Bachir al Assad utilise tous les moyens, militaires et policiers, pour liquider les opposants, comme à Hama en 1982 », etc, etc… Comment dire que les Frères étaient « individuellement présents » mais « discrets » au début des événements alors qu’il s’agissait de la principale force d’opposition dans le pays, une force internationale avec des financements internationaux ? Fin 2012, alors que les djihadistes ont depuis longtemps fait leur apparition en Syrie, le NPA dira encore que « les islamistes ou frères musulmans » n’ont que « peu d’écho et de présence militante sur le terrain. »

Certains auteurs n’hésiteront pas à qualifier d’« islamophobes » ceux qui pointent du doigt le danger pseudo-islamiste, et Gillbert Achcar, en 2013, ira jusqu’à dire que « même si le soulèvement était guidé par des forces islamiques, cela ne devrait pas changer notre position ». Voilà le NPA prêt à soutenir la victoire des barbus.

Rappelons-nous que la Syrie n’est pas peuplée uniquement de sunnites, mais que sa population est une mosaïque de peuples et de croyances diverses, Chiites, Druzes, Chrétiens… Par conséquent l’arrivée d’un pouvoir religieux et sectaire serait une catastrophe pour les Syriens. Dès 2012, à Alep, les « insurgés » ont mis en place des tribunaux islamiques. Quel peut-être le sort d’un chrétien devant un tribunal d’inspiration wahhabite ? Combien de Chiites, d’Alaouites, de Chrétiens ont été massacrés par les « rebelles » ?

Dans une stratégie de renversement de situation qui est une constante pour les propagandistes, ils ont également cherché à dire que le sectarisme était du côté du pouvoir baathiste, et ils ont même martelé qu’Assad était allié à Daech pour écraser la révolution. La libération de prisonniers politiques issus des Frères par Assad, à des fins de négociation, a été l’occasion pour eux de dire qu’Assad avait créé de toutes pièces le djihadisme. Sur le site Juralib, un article totalement halluciné présentera Daech comme une création d’Assad et de Poutine, tout en regrettant que la France n’ait pas participé à la Guerre d’Iraq. Rappelons que Daech a commencé à perdre du terrain seulement au moment ou l’armée russe est venue en aide à la Syrie, en septembre 2015. Jusque là, la Coalition menée par les États-Unis n’a rien fait contre eux, ils ont été soignés par Israëlsoutenus quasi-ouvertement par la Turquie elle même membre de l’OTAN, et il y a de plus en plus de preuves de la complicité entre les forces spéciales américaines et Daech.

Cette stratégie d’inversion des faits a atteint son paroxysme dans une interview de Robin Yassin Kattab où celui-ci dit en substance :
géopolitique = conspirationnisme.
Impérialisme = Russie et Iran.
Dire que la rébellion syrienne c’est Al Qaida = islamophobie.
Lutter contre le terrorisme = être de droite. Anti-impérialisme = soutien aux dictatures. Révolution syrienne = guerre d’Espagne. Assad = djihadisme = fascisme. Dans la même publication, sur le site Lundi Matin, on pourra lire également qu’Assad est pire que Daech. Il faudra le demander aux Syriens confrontés aux attentats aveugles qui ensanglantent tous les jours leur pays.

2) L’appel à la violence, le refus du dialogue

Dès le mois d’avril 2011, sur le site du NPA, on pourra lire que « certains opposants et observateurs estiment qu’il est trop tard pour ces tentatives [de dialogue]. » « La population ne se laissera plus amadouer par la dictature en place, alors même qu’une partie du peuple syrien se méfiait jusqu’ici de la perspective d’une révolution violente ». Pas de place pour le dialogue donc, la gauche révolutionnaire veut que le sang coule en Syrie. Les éditorialistes ne vont cesser de nous dire ce que veut le peuple syrien : la chute du régime. Le peuple n’a plus peur, il accepte de verser son sang. « Ceux qui sont aujourd’hui dans la rue ne reviendront jamais en arrière et ne veulent rien négocier. Pour eux, le seul mot d’ordre reste «le peuple veut la fin du régime». A partir de là, les propagandistes vont demander des armes pour les « rebelles » : « nous avons besoin d’armes, d’entraînement aussi « , mais il faudra éviter de dire d’où viennent ces armes et à qui exactement elles vont être distribuées. Fin 2012, alors que des dizaines de milliers de djihadistes du monde entier affluent vers la Syrie, qu’ils sont entraînés aux frontières turques et jordaniennes, le NPA dira que " Les prétendues aides militaires ne proviennent que du Qatar, d’Arabie saoudite et de la Libye. Elles sont infimes et destinées aux petits groupes «islamistes» marginalisés" . La CIA vient tout juste d’arrêter son programme d’aide aux « rebelles », et quand bien même évoquer ce programme était impossible à cette époque sans être taxé de conspirationnisme, c’est à présent tout à fait officiel. Mais nous sommes en 2012 et le NPA veut des armes pour les « rebelles » : « On ne saurait pas être contre, à condition toutefois de préciser certaines conditions. […] Des systèmes d’armement sophistiqués exigent parfois un personnel hyperspécialisé et créent donc une forme de dépendance extérieure. Ce n’est pas ce que demandent les rebelles syriens, qui ont avant tout besoin d’armes antichar et de missiles antiavions pour se protéger des assauts meurtriers de l’artillerie et des avions de chasse du régime. Ces conditions étant précisées, on pourra dire: chiche! »

Chiche. Les armes ont été livrées, les « rebelles » entraînés, la guerre de Syrie atteint les 500000 morts. Le NPA est-il satisfait ? En 2014, Gilbert Achcar, celui qui sait mieux ce que « le peuple veut » que les Syriens eux-mêmes, va se lancer dans un appel à la guerre totale : en Syrie selon lui,
« 
il est illusoire d’espérer provoquer le renversement du despote par de simples manifestations « , la famille régnante « ne peut être renversée que par les armes ». Il faut donc « une révolution qui l’emporte au moyen d’une insurrection populaire armée débouchant sur une guerre civile avec formation de zones libérées qui s’étendent progressivement jusqu’à la victoire finale ». « La révolution syrienne ne pourra se développer qu’en se transformant en guerre civile ». « La grande faillite des démocrates et progressistes de l’opposition syrienne, c’est qu’ils n’ont pas saisi d’emblée l’inéluctabilité de la guerre civile« .


La guerre civile, la pire horreur qui puisse arriver à un pays, devient vertueuse dans la bouche d’Achcar. Il faudra lui payer un voyage à Alep, pour qu’il explique directement aux Syriens que c’était pour leur bien.

3) Protéger les Etats-Unis, Israël et les Saoud

Les propagandistes ont tout fait pour cacher et protéger les véritables responsables de la guerre, l’alliance OTAN/Israël/CCG. Au début des événements, ils ont d’abord voulu faire croire que celle-ci protégeait Assad, afin de semer la confusion chez les anti-impérialistes. Alternative Libertaire savait en 2011 que les puissances occidentales « ne maîtrisaient plus rien ». Le NPA, lui, nous expliquait « la relative prudence des puissances occidentales, des saoudiens et surtout d’Israël face aux événements. Pour eux, Assad est un « mal connu », et, malgré tout, un pilier de l’ordre régional. Ce qui peut venir après lui est beaucoup plus terrible pour eux« . Par conséquent, " le maintien du régime syrien est la meilleure option possible pour Israël" . Le NPA ira jusqu’à présenter ce mensonge comme une évidence : " pourquoi l’Occident et Israël craignent-ils tellement de perdre le régime de Bachar al-Assad? " . La réponse arrive quelques mois plus tard : " La victoire de la Révolution syrienne ouvrira un nouveau front de résistance contre les puissances impérialistes, alors que sa défaite les renforcerait" . Le mois suivant : " Sous prétexte qu’Assad s’est moins aligné sur les USA et Israël que d’autres régimes arabes […], ou craignant une montée de l’intégrisme religieux, certains à gauche ne soutiennent pas l’insurrection syrienne. C’est un contre-sens ! La place des anti-impérialistes et anticapitalistes, c’est d’agir aux côtés des révolutionnaires arabes" .

Achcar toujours, va prétendre en 2012 que « les événements en cours signalent un fort déclin de l’hégémonie américaine », " L’influence que peuvent avoir les États-Unis sur le processus en cours en Libye est très limitée " . L’année suivante, il déclare sans rire « Washington ne souhaite le démantèlement d’aucun Etat. Il veut une « transition ordonnée » – que le pouvoir change de mains, mais en garantissant la continuité fondamentale de la structure de l’Etat » (après que les États-Unis aient détruit les États somalien, afghan, iraquien, libyen…). Et bien sûr, " Les puissances occidentales ne vont apporter de soutien substantiel – en particulier militaire – à aucune force de l’opposition, parce qu’elles ne font confiance à aucune de ses composantes" .

Les auteurs précités ne sont évidemment pas tous des agents, même si en ce qui concerne Gibert Achcar, Ghayat Naisse, Joseph Daher ou l’hystérique Ziad Majed on est en droit de le penser. Ce qu’on peut constater et tenter d’étudier, avec le recul historique, c’est un édifice immense de contrôle de la pensée, d’interdiction de la parole dissidente par la censure et par l’autocensure, un édifice qui dépasse largement le cadre de notre étude (la gauche révolutionnaire en France), puisqu’il s’est avant tout manifesté dans les media dominants, à destination du grand public. C’est dans Le Monde qu’on trouvera la propagande la plus vile, en particulier sous la plume de Jean-Pierre Filiu, qui a par ailleurs écrit le scénario d’une bande dessinée de propagande (la bande dessinée est un bon angle pour toucher le public de gauche.) On sait maintenant que Le Monde prenait ses ordres directement de l’Élysée ou du quai d’Orsay, mais est-ce une surprise ? Un militant de gauche devrait pouvoir comprendre que les media subventionnés par l’État sont au service de l’État, et qu’en cas de guerre, la liberté de la presse n’a plus aucun sens puisque c’est la sécurité nationale et le secret défense qui priment.

Cela n’empêchera pas bien sûr les groupes de gauche révolutionnaire de se référer exclusivement aux media dominants pour étayer leur argumentation, et de rejeter tout point de vue alternatif. Chez le NPA, AL et consorts, il est de bon ton de considérer toute info provenant de Russia Today comme mensongère (la voix du Kremlin, quelle horreur !), mais de ne jamais douter d’une info provenant du Monde ou du New York Times.

Le paroxysme de l’absurdité a été atteint en décembre 2016, quand tous les media dominants ont hurlé au génocide de la population alépine par les sauvages armées « de Bachar et de Poutine ». A ce moment-là, Philippe Poutou lui-même a été mis a contribution pour s’indigner devant ce « massacre » : « les massacres ont commencé dans Alep-est. Toutes les informations sont concordantes. » Le NPA ne manquera de culpabiliser la gauche : « la vérité choquante est que le peuple syrien dans sa lutte pour son émancipation n’a pas trouvé une solidarité internationale à la hauteur de ses sacrifices. Il reste seul devant l’enfer des armes d’un régime sanguinaire, et il montre un courage extraordinaire, de ses jeunes, des masses populaires révoltées, qui font face à la barbarie extrême du régime et de ses alliés. » Ces jeunes, ces masses populaires révoltées, c’était en fait des milliers de djihadistes venus des quatre coins de la planète, qui tenaient la population d’Alep-Est en otage, avaient mis en place des tribunaux pseudo-islamiques, volé, violé, torturé, massacré, terrorisé. Mais pour le NPA, ce sont des « héros« . Il faudra donc aussi leur payer un voyage à Alep, pour qu’ils puissent demander directement aux Alépins s’ils regrettent le temps où des barbus semaient la terreur dans leurs quartiers et violaient leurs filles.

Le NPA, Alternative Libertaire mais aussi l’UJFP, Cedetim, Émancipation, Ensemble, le Forum Palestine Citoyenneté, L’Insurgé, Nasskoune, l’Union syndicale Solidaires se sont réunis en 2013 au sein d’un collectif : « Avec la Révolution Syrienne » afin d’aider activement les « rebelles syriens » qu’ils présentent comme des militants pacifiques et démocrates, alors que les combattants sont payés avec des fonds provenant de l’étranger, qu’ils possèdent des tanks, et que les plus puissants d’entre eux sont des djihadistes prêts à mourir pour Dieu. Le collectif ARS va répandre la bonne parole de propagandistes comme Joseph Daher pour faire croire à une administration libertaire des zones rebelles ; il faut pour cela réussir à imaginer des zones libres habités par des libertaires progressistes qui font vivre la démocratie directe en harmonie avec les djihadistes coupeurs de têtes qui les protègent.

C’est en 2013-2014 que l’idéologie communiste libertaire va commencer à être vraiment mise à contribution. Une certaine Leila « Shrooms » Shami, se présentant comme militante anarcho-féministe, va faire l’éloge d’Omar Aziz, présenté comme une anarchiste syrien ayant théorisé le fonctionnement de conseils locaux en s’inspirant de Rosa Luxembourg ou de la Commune de Paris. Pourtant, si on lit le texte en question, l’auteur reconnaît l’autorité du Conseil National Supérieur créé par les Frères Musulmans en Turquie, et demande aux conseils de s’y soumettre et de se mettre au service de l’Armée Syrienne Libre. On aura vraiment du mal à y trouver la moindre trace d’anarchisme. On trouve sur Youtube une interview où la caméra ne vient jamais filmer le visage de Leila Shami, mais on peut entendre sa voix, la voix d’une anglophone ne sachant pas prononcer l’arabe, aux côtés de Charles Lister, intermédiaire entre les Etats-Unis et les groupes armés rebelles d’une part et propagandiste dans toute la presse mainstream, lié au Qatar. Le mythe des conseils démocratiques des « rebelles modérés » sera répété sans cesse par le collectif ARS ainsi que par les media qui y sont liés. Le collectif tient ses conférence sous le drapeau de l’ASL, le drapeau du colonisateur français (les Français ont peut-être oublié les massacres commis par la France en Syrie au temps du mandat, mais pas les Syriens. Et il faut être bien mal avisé pour imaginer que les Syriens voient dans l’état français un « libérateur ».)

PHASE III : LE ROJAVA

A partir de 2014 une nouvelle opération est lancée : le Rojava. Les militants libertaires, sans abandonner leur soutien à la rébellion islamo-communarde, vont devenir fascinés par les Kurdes des YPG-YPJ, la branche syrienne du PKK. Le leader du PKK, en prison en Turquie, est censé avoir adopté l’idéologie communiste libertaire, un « municipalisme » dont l’inspirateur serait l’anarchiste étasunien Murray Bookchin. La rébellion Kurde déclare mettre en place dans ses territoires une société libertaire, égalitaire, anticapitaliste et écologique. Dès lors, il est urgent de les soutenir et d’inciter les gens à partir se battre. A partir de 2014, des anarchistes du monde entier affluent vers la Syrie, empruntant le même chemin que les djihadistes qui les ont précédés. Il est difficile d’imaginer que cela représente plus de quelques milliers de combattants, mais, comme pour les djihadistes, cela permet aux États d’origine de se débarrasser d’un certain nombre de radicaux et de mettre leur colère à profit.

Or il est évident que le Kurdistan n’est rien d’autre que le Plan B des États-Unis, après l’échec des djihadistes. Un Kurdistan indépendant en territoire syrien et iraquien leur permettrait de démembrer et donc d’affaiblir ces deux états, et mettre la main sur de gigantesques ressources énergétiques. L’Iran, qui héberge une large population kurde, serait menacé. Il faut absolument garder en tête que les habitants du nord de la Syrie ne sont pas majoritairement Kurdes. Le Rojava est en dehors du Kurdistan, les Kurdes se trouvant essentiellement en Turquie. En Iraq les Kurdes sont soutenus par Israël. On peut penser que la Turquie est opposée à la création d’un Kurdistan mais on peut aussi penser qu’il pourrait en profiter pour y déporter ses Kurdes tout en en repeuplant le sud de la Turquie avec les Syriens. Et effectivement les YPG/YPJ sont soupçonnés de procéder à des déplacements de population.

Pour brouiller les cartes, les États-Unis ont créé les Forces Démocratiques Syriennes qui regroupent les Kurdes avec des combattants arabes, mais concrètement les YPG/YPJ sont largement majoritaires et procèdent à une « kurdisation » forcée de la région. Le pouvoir est au parti, le PYD. Le paradis libertaire est censé régner dans des zones organisées depuis toujours de manière tribale, en guerre, sous le contrôle de soldats armés et commandés par les États-Unis. C’est dur à avaler et de nombreux articles vont tenter de faire passer la pilule, au nom du réalisme et au moyen, encore et toujours, de la culpabilisation : « Il est incroyablement facile — sinon honteux, à certains égards — de s’asseoir dans le confort de nos maisons occidentales et de critiquer la « trahison » d’un mouvement au nom de sa « collaboration » avec l’impérialisme lorsque la vie de tant de personnes est, littéralement, en jeu. […] Le révolutionnarisme et la solidarité de fauteuil, uniquement conditionnés par les notions de « pureté » n’ont aucun sens dans le monde réel », pourra-t-on lire dans Ballast.

Les États-Unis ont implanté une bonne dizaine de sites militaires au sein des communes libres du Rojava, ils ont pu envoyer des milliers de soldats : ils ont donc envahi la Syrie, en toute discrétion. Les derniers événements montrent clairement que les Kurdes sont actuellement plus en guerre contre l’État syrien que contre Daech. Ils ont réussi à reprendre de vastes territoires riches en pétrole à Daech sans que ceux-ci ripostent, afin d’empêcher l’armée syrienne d’en reprendre possession. Daech a ensuite lancée une grande offensive contre l’armée-syrienne, permettant aux Kurdes de s’emparer d’encore plus de puits de pétrole et de gaz. On a vu un chef de tribu auparavant daechiste se mettre au service des Kurdes. Il est encore trop tôt pour savoir ce qui se passe vraiment au Rojava, mais il y a de quoi se méfier et être prudent.

Les groupes de gauche révolutionnaire vont déclarer apporter un soutien critique, mais dans les faits, ils promeuvent ultra-activement les YPG/YPJ, par des levées de fond et une propagande incitant les militants à franchir le pas et passer à l’action : aller se battre en Syrie, tirer sur des Arabes avec des armes étasuniennes.

On pourra suivre les aventures d’un communiste libertaire dans les YPG, rêver en voyant des combattants poser devant tous les symboles de l’anarchisme et de l’antifascisme, les drapeaux rouges et noirs, les A cerclés… Le site Lundi Matin nous expliquera précisément la marche à suivre pour s’engager et rejoindre le front.

Voilà comment les États-Unis ont réussi à envoyer des anarchistes du monde entier se faire tuer en Syrie pour leurs intérêts. C’est un tour de force qui ne doit pas faire une grande différence sur le plan purement militaire, mais qui est très intéressante pour eux sur le plan psychologique : soutien de la gauche « radicale » à la création d’un « nouvel Israël » où le PKK deviendra peut-être « la gauche Kurde », mais où le pouvoir sera toujours au mains des atlantistes et sionistes.

Reste à savoir ce que signifie le retournement de la gauche révolutionnaire pour la France. Il n’est effectivement pas rassurant de voir un site de propagande comme Lundi Matin se faire passer pour la voix des anarchistes et appeler à l’émeute et à la violence. Cette violence éclatera tôt ou tard du fait de la situation désastreuse de la France, et il est évident que dans les tiroirs du Pentagone, des plans sont déjà prêts.

Vincent Lenormant | 4 Octobre 2017

Source: http://www.librairie-tropiques.fr/2017/10/gauche-revolutionnaire-la-grande-manipulation.html

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mardi 10 octobre 2017

L'avenir de l'Europe se joue à Barcelone

Rarement l'Histoire a été aussi imprévisible qu'en cette veille de (non)-déclaration d'indépendance de la Catalogne.

ARG ESP CAT DRAPEAUXLe sort de l'Espagne et de l'Union européenne se joue sur la décision qu'annoncera le soir du 10 octobre 2017 le président de la Généralité, Carles Puigdemont, parfaitement inconnu il y a trois ans et devenu le chef de file des jusquauboutistes catalans.

Pour l'anthropologue Emmanuel Todd, la revendication identitaire catalane peut s'expliquer par une société anciennement organisée autour de la famille-souche : les garçons demeurent sous l'autorité du père de famille et l'aîné se réserve l'héritage. Ces principes d'autorité et d'inégalité débouchent dans le domaine politique sur de fortes revendications identitaires, comme en Suisse alémanique et en Écosse, autres pays de famille-souche.

 

Où l'on voit que la Catalogne n'est pas l'Écosse

Justement, le contraste est saisissant entre le déroulement du référendum du 1er octobre 2017 en Catalogne et celui du 18 septembre 2014 en Écosse, qui s'est déroulé dans le calme et le respect du droit et a abouti de justesse au rejet de l'indépendance.

C'est que le gouvernement de Londres est l'héritier d'une tradition libérale indéfectible et nul ne doute que si le référendum écossais avait été favorable à l'indépendance, il aurait accepté celle-ci sans ciller. Rien de tel avec le gouvernement de Madrid, héritier d'une tentation centralisatrice aussi ancienne. [1]

En 1707, c'est de de façon concertée que l'Écosse et l'Angleterre ont uni leurs destins au sein d'un Royaume-Uni de Grande-Bretagne. Sept ans plus tard, c'est à l'issue d'un siège éprouvant que les Barcelonais ont renoncé à leurs velléités autonomistes. 

Ces velléités vont ressurgir au XXe siècle avec la victoire électorale de la Lliga regionalista en 1901 et  la création d'une Généralité de Catalogne autonome en 1932. Pendant la guerre civile (1936-1939), les Catalans seront à la pointe du combat contre les nationalistes de Franco mais leurs anarchistes, « organisées » au sein du POUM, vont donner du fil à retordre aux brigades staliniennes engagées aux côtés des républicains espagnols. [2]

On peut heureusement douter d'une répétition de l'Histoire. Les indépendantistes et les légalistes d'aujourd'hui ne sont pas prêts à mourir pour leurs idées. Ils ont trop à perdre et l'enjeu n'en vaut pas la peine. Reste que la crise peut coûter très cher tout à la fois à la Catalogne, à l'Espagne et à l'Union européenne. L'annonce par la plus puissante banque catalane, la Caixa, de son départ pour Palma de Majorque donne un aperçu du désordre à venir. 

Comment en est-on arrivé là ? Comment la région la plus riche d'Espagne et l'une des plus prospères d'Europe a-t-elle pu tout d'un coup se ruer vers une indépendance à très hauts risques ?

La rançon d'une excessive rigueur

La chronologie est très éclairante :

Le 11 janvier 1980, la jeune démocratie espagnole a accordé une large autonomie à la Catalogne ainsi qu'à la Galice et au Pays basque. Ces autonomies se sont consolidées au fil des décennies, jusqu'au Statut de 2006, accordé à la Catalogne par le gouvernement socialiste de Luis Zapatero. L'Espagne vivait alors dans l'euphorie du crédit bon marché grâce à des taux d'intérêt alignés sur ceux de l'Allemagne. 

Miracle de la zone euro et de la monnaie unique instituée en 1999/2002 : malgré leurs faiblesses structurelles, l'Espagne et les autres États méditerranéens pouvaient emprunter à des taux très bas sur les marchés financiers car les investisseurs faisaient confiance à l'Allemagne et aux solides États de l'ancienne zone mark pour soutenir le taux de change de l'euro.

Mais en 2007, dans l'année qui suit le Statut d'autonomie de la Catalogne, patatras ! des firmes de prêt immobilier font faillite aux États-Unis. C'est la crise des « subprimes ». Tandis que les États-Unis et le reste du monde vont rapidement la surmonter, la zone euro la subit de plein fouet et manque d'y succomber. C'est que les difficultés des banques européennes mettent à nu l'anomalie congénitale de la monnaie unique.

Auparavant, les pays ayant une forte propension à consommer en étaient retenus par leur monnaie (celle-ci voyait sa valeur glisser jusqu'à ce que les exportations rééquilibrent les importations). Même chose en sens inverse pour les pays ayant une forte propension à exporter plutôt que consommer (l'Allemagne en premier lieu).

Désormais, avec la monnaie unique et la suppression du régulateur monétaire, les déséquilibres commerciaux explosent et s'installent dans la durée. Pour compenser la monnaie perdue en paiement des importations et préserver la paix sociale, les gouvernements n'ont d'autre recours que de s'endetter à l'étranger (c'est une façon de rapatrier cette monnaie).

Aveugles sur cette évidence qui contrevient à leurs croyances et à leurs envies, les gouvernants se convainquent que les déficits publics sont la cause de leurs maux. [3] Ils ne voient pas qu'ils sont simplement la conséquence d'un système monétaire anormal, ainsi que nous l'avons exposé et ainsi que s'obstinent à le répéter différents économistes de haut rang (Joseph Stiglitz, Paul Krugman...).

Revenons-en à l'Espagne : 

Déstabilisé par la crise, le gouvernement de Madrid met en place une très sévère politique de rigueur, tout comme les gouvernements d'Athènes, de Lisbonne, de Rome et de Paris. Il augmente la pression fiscale et coupe dans les dépenses (dans les années 1930, on appelait cela « déflation »). Il s'en prend aussi à l'autonomie fiscale accordée aux Catalans et obtient son abrogation par la Cour constitutionnelle en 2010. Dès lors, les impôts des riches Catalans peuvent être en partie réorientés vers les régions en souffrance. En 2016, on évalue ce transfert entre dix et seize milliards d'euros sur un PIB catalan de 224 milliards.

Et c'est ainsi qu'a ressurgi avec une vigueur renouvelée le spectre indépendantiste. Aux vieilles revendications culturelles et linguistiques, largement satisfaites, s'est ajoutée la revendication d'autonomie fiscale jusqu'à provoquer le référendum de ce 1er octobre 2017.

Entre insoumission et résignation

La Catalogne n'a pas été la seule à manifester son insoumission face au nouvel ordre européen. En 2013, en Bretagne, la révolte fiscale des Bonnets rouges a un moment ébranlé le gouvernement français, lui aussi soucieux de satisfaire les injonctions comptables de Bruxelles, Francfort et Berlin. Un peu plus tard, saignée à blanc par une troïka financière, la Grèce s'est révoltée mais craignant plus que tout d'être expulsée de l'Union européenne et renvoyée à un médiocre statut d'État balkanique ou oriental, elle s'est finalement inclinée. Plutôt mourir avec l'euro que vivre sans.

En France, les citoyens et les partis politiques, par lassitude, s'accommodent du système monétaire et de ses conséquences. [4] La révolte est désormais silencieuse et non moins brutale. C'est par dizaines de milliers que les jeunes Français diplômés quittent chaque année le pays pour des cieux plus cléments. L'Allemagne ? Que nenni. (...). Ce mouvement a pris une telle ampleur que, selon le démographe Hervé le Bras, le solde migratoire de la France serait désormais quasi nul !

Parions que l'Union européenne résorbera le choc catalan comme les autres. Elle en tirera la leçon qu'à tout prendre, de grands États dociles valent mieux que des régions insoumises. Elle sortira de l'épreuve simplement un peu plus affaiblie et un peu moins démocratique comme à chaque fois, jusqu'à décourager ses plus chauds partisans, comme le journaliste Jean Quatremer. Mais qu'importe pourvu que vive la monnaie unique.

Rappelons que tous les acquis européens (Parlement européen, zone Schengen, Erasmus, Arianespace, Airbus...) sont antérieurs à 1988.[5] Depuis cette date, l'Union européenne n'a rien réalisé d'autre que la monnaie unique, la déréglementation (on se souvient de la crise de la « vache folle » causée il y a vingt ans par l'assouplissement d'une norme sous la pression des industriels) et l'ouverture des marchés à la mondialisation (CETA). Toute son énergie est consacrée à ces tâches. Il est hélas normal qu'elle y réussisse. 

Joseph Savès
https://www.herodote.net/L_avenir_de_l_Europe_se_joue_a_Barcelone-article-1677.php

OUTIL LOGO FREXIT LIMOUSIN[1] "le gouvernement de Madrid, héritier d'une tentation centralisatrice aussi ancienne": la formule me semble maladroite à ce stade, c'est faire peu de cas des "tentations centralisatrices" de l'Angleterre, autrement redoutables à certains moments, sans même parler du rôle de la "City"...Demandez aux Irlandais ce qu'ils en pensent!

[2] 1° erreur historique: les anarchistes catalans n'étaient pas organisés au sein du POUM, mais de la CNT- FAI...
[3]"les gouvernants se convainquent que les déficits publics sont la cause de leurs maux": c'est surtout la Commission européenne qui les contraint à réduire ces déficits (la fameuse "règle d'or" des 3%)! L'auteur le reconnaît un peu plus loin: "le gouvernement français, lui aussi soucieux de satisfaire les injonctions comptables de Bruxelles, Francfort et Berlin".
[4]"En France, les citoyens et les partis politiques, par lassitude, s'accommodent du système monétaire et de ses conséquences": par lassitude ou soumission?
[5] 2° erreur historique: Airbus, Ariane et même l'Espace Schengen n'ont rien à voir avec la construction européenne. Voir les conférences de François Asselineau...
Conclusion: ce qui m'a semblé intéressant dans cet article est la thèse selon laquelle la monnaie "unique" détruit également et nécessairement la cohésion interne des états- membres.
P.G.

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Ruffin rassure Bourdin sur la sortie de l'UE !

"Ça veut pas dire qu'on sort de l'union Européenne, hein, quand on enlève un symbole !". Merci M. Monsieur Ruffin pour ce petit rappel en effet très cohérent avec la ligne incohérente des Insoumis

VID RUFFIN BOURDIN

Ruffin rassure Bourdin sur la sortie de l'UE !

Ajoutée le 7 oct. 2017
https://www.youtube.com/watch?sns=fb&v=IxOoR7syGYc&app=desktop

 

meluch 4

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