C'est dans cette section qu'on trouvera des éléments philosophiques ou politiques se rapportant à des faits anciens, des déroulements dans le temps, et des biographies. Celle de notre président monsieur Asselineau est à cette adresse:

http://www.frexit-limousin.fr/archives/2017/06/30/35432505.html

dimanche 8 octobre 2017

Histoire mondiale de la France: guerre au « roman national » !

Sortie en fanfare, soutien massif des médias, passages répétés de ses coordinateurs à la télévision et à la radio. Rien n'a manqué à cette Histoire mondiale de la France pour devenir un succès éditorial.

ARG HISSTOIRE DE FRANCE LIVRE

On annonce cinquante mille exemplaires vendus en quelques semaines. C'est exceptionnel pour un ouvrage collectif écrit par des universitaires pour la plupart inconnus du grand public.

La raison tient moins à la qualité de l'ouvrage qu'à son caractère militant et politique, en pleine campagne des présidentielles...

<em>Histoire mondiale de la France</em>

Publiée sous la direction de Patrick Boucheron, spécialiste du Moyen Âge italien et professeur au collège de France, l'Histoire mondiale de la France (Seuil, 2016) rassemble en huit cent pages les contributions de cent vingt-deux historiens.

Cela donne au total cent quarante-six chroniques de quatre page chacune. Elles traitent chacune d'un aspect de l'Histoire de France à travers une date de convenance, rarement l'une des dates que l'on a apprises à l'école. Ainsi, plutôt que de nous raconter la victoire de Charles Martel sur les Arabes près de Poitiers en 732, on nous présente un partage de butin par des pillards musulmans quelque part près de Perpignan en 719.

C'est le choix du directeur de publication qui a souhaité rompre avec l'histoire traditionnelle, que l'on a coutume d'appeler « roman national » et que lui appelle avec une moue de mépris « légendaire national ».

Le titre de l'ouvrage veut souligner que notre pays a toujours vécu en résonance avec le reste du monde. Est-ce vraiment une révélation ?

Du style gothique ou « français » à la laïcité et la séparation des Églises et de l'État, en passant par L'Esprit des Lois, la Déclaration des Droits de l'Homme et du CitoyenLa Démocratie en Amérique de Tocqueville et Les Misérables de Victor Hugo, la France a apporté à l'humanité des richesses immenses. Et parmi les héros du fameux « roman national » (saint Louis, Jeanne d'Arc, Jacques Cartier, Napoléon, Marie Curie...), en est-il un ou une qui ne soit pas l'expression en bien ou en mal de cette ouverture sur le monde ? Au demeurant, toutes les grandes nations ne sont-elles pas dans cette même ouverture, l’Angleterre comme l’Espagne, la Suède comme l'Italie, les Pays-Bas etc etc ?

Patrick Boucheron, professeur au Collège de France (DR)Pourtant, tous les exemples ci-dessus sont absents de L'Histoire « mondiale » de la France. Ce n'est pas un hasard.

Dès l'introduction, Patrick Boucheron annonce la couleur : son livre part d'une ambition politique, « mobiliser une conception pluraliste de l'histoire contre l'étrécissement identitaire qui domine aujourd'hui le débat. Par principe, elle refuse de céder aux crispations réactionnaires l'objet "histoire de France" et de leur concéder le monopole des narrations entraînantes ».

On l'aura compris. L'éminent professeur veut damer le pion aux Éric Zemmour, Stéphane Bern, Franck Ferrand, Max Gallo, Dimitri Casali et autre Laurant Deutsch, coupables de n'être pas issus de l'Université et de réaliser des ventes astronomiques avec des ouvrages qui s'inscrivent dans une tradition séculaire. Ces auteurs à succès se voient reprocher une orientation droitière, voire monarchiste. Intolérable dans la France du XXIe siècle, qui se veut ouverte et accueillante à l'Autre - à tous les autres.

Polémiques et enjeux

Dans un débat avec Patrick Boucheron, l'historien Patrice Guéniffey, connu pour ses travaux sur la Révolution, reproche à son entreprise de ne pas faire sens : « C'est une Histoire émiettée faite de fragments que rien ne relie. Elle est à l'image de la France souhaitée par Boucheron et ses pareils : en morceaux. Au lieu d'aider à l'intégration, elle contribue à la séparation des communautés. Elle nourrit le sentiment de la désaffiliation et le ressentiment qui en est le produit. »

En filigrane de cette polémique, de l'aveu des deux historiens, il y a la question migratoire : est-il encore possible d'intégrer en masse des populations d'autres continents ? Si oui, est-ce en leur faisant aimer le « récit national » ou au contraire en déconstruisant ledit récit ?

Pierre Nora (DR)L'académicien et grand historien Pierre Nora a discerné l'enjeu dans son commentaire de l'ouvrage : « Boucheron a parfaitement vu le retournement qui s'est opéré, en une trentaine d'années, entre le moment où la recherche de l'identité, comme l'apparition des mémoires, s'opérait dans le cadre d'une histoire nationale et celui où l'hégémonie des mémoires des groupes devenait muticulturalisée, tandis que l'attachement à l'identité se faisait défensif. Il en tire une conclusion militante. Pour l'exprimer d'une façon caricaturale mais qui dit les choses comme elles sont, cette conclusion consiste à insinuer qu'entre les habitants de la grotte Chauvet, cette humanité métisse et migrante, et la France des sans-papiers, même combat ! » (*).

Résultat inégal et souvent affligeant

Le résultat est très inégal comme il se doit pour un ouvrage collectif de cette ampleur. Chaque auteur s'exprime avec sa sensibilité et son style, lequel a rarement à voir avec celui de Jules Michelet, le grand ancêtre auquel se réfère curieusement Patrick Boucheron alors que l'approche cocardière et très « roman national » de l'historien romantique s'oppose à celle de nos auteurs New Age.

Parmi les contributions les plus singulières, notons l'article synthétique et lumineux de Jean-Paul Demoule sur l'apparition de l'agriculture en Europe vers 5800 av. J.-C., soit trois mille ans après sa naissance au Moyen-Orient.

Notons aussi celui de... Patrick Boucheron sur l'ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539. L'art. 111 de l'ordonnance exige que les arrêts notariaux et judiciaires soient, par souci de clarté, rédigés en « langage maternel français et non autrement ». Foin du latin, que peu de gens comprennent. S'agit-il pour autant de n'employer que le français de cour ? Non, soutient Patrick Boucheron, pour qui le « langage maternel » inclut aussi les langues régionales !

Dans un souci excessif de démonstration, l'article relatif à René Descartes est affligeant. Il ne dit rien de ce qui fait l'intérêt de sa pensée mais s'étend sur ses voyages d'Amsterdam à Stockholm pour conclure qu'il s'agit d'un philosophe avant tout européen, à l'image d'Érasme ! C'est oublier que son Discours de la Méthode (1637) est le premier ouvrage de philosophie écrit en français et non en latin, ce qui n'est pas rien.

Plus contestable encore l'article sur la Terreur révolutionnaire. L'auteur noie le concept dans un flou artistique, ce qui lui permet d'affirmer que tout est Terreur. Aussi bien les discussions de l'époque des Lumières sur le point de savoir si la justice doit être dissuasive ou simplement punitive que les opérations de police des Anglais dans leur colonie d'Irlande !

Laissons la conclusion à Shakespeare : « Beaucoup de bruit pour rien ».

André Larané
https://www.herodote.net/Guerre_au_roman_national_-article-1621.php

Extrait de l'édito de la Revue "Eléments" n°168:
L’idéologie du progrès a joué de ce point de vue (la déconstruction, ndr) un rôle essentiel, car elle véhicule avec elle le rejet méprisant du passé : ce qui est d’hier est nécessairement de moindre valeur que ce qui sera demain. Il faut donc donner tort à ceux dont le souvenir fait injure à ce que nous croyons. Comme à l’époque soviétique quand on retouchait les photos officielles, on réécrit les œuvres du passé, on censure Molière et Shakespeare, on change les noms des rues, on déboulonne les statues (Américains) ou on les fait sauter (djihadistes).

« Du passé, faisons table rase » : toutes les idéologies totalitaires ont formulé le vœu que le monde (re)commence avec elles. Dans cette optique, le passé constitue un constant reproche, un poids dont il faut se libérer. Parallèlement, on incite à ne se souvenir que de ce dont il faudrait se repentir.
(...)
http://www.revue-elements.com/elements-En-marche-vers-l-uberisation.html

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samedi 7 octobre 2017

Bernard-Henri Lévy, interlocuteur incontournable des présidents français ?

Les présidents sont éphémères à l'Elysée, pas Bernard-Henri Lévy. Le philosophe engagé a ainsi rencontré et éclairé de sa vision chaque président français depuis François Mitterrand. Retour non exhaustif sur ses visites à l'Elysée depuis 1993.

59708ea409fac254378b4567A l'occasion de la visite de Bernard-Henri Lévy, venu présenter en projection privée son dernier documentaire La Bataille de Mossoul à Emmanuel Macron, la rédaction de RT France vous propose un bref récapitulatif de la relation entre le philosophe, cinéaste et homme d'affaires avec les présidents français. 

Avec François Mitterrand


Au début des années 1990, alors que la guerre fait rage en ex-Yougoslavie, BHL, bien décidé à montrer qu'un philosophe peut aussi changer le cours de l'Histoire, essaie de convaincre François Mitterrand d'apporter son aide aux Bosniaques en se rendant lui-même sur place. Ce sera fait le 28 juin 1992, avec la visite surprise du président dans Sarajevo assiégée. Sur cet événement, Bernard kouchner dira selon France Info : «Bernard est allé voir le Président et l'a convaincu de ce que je n'avais pas réussi à faire».

Avec Jacques Chirac

Se positionnant lui-même à gauche à l'époque, BHL ne s'arrête pas à ces clivages lorsqu'il s'agit de défendre les causes qui lui tiennent à cœur. Il rencontre le président Chirac à l'Elysée en 2002 pour lui remettre un rapport sur l'Afghanistan, après une mission à Kaboul dont le président l'a chargé.

Avec Nicolas Sarkozy

En 2011, c'est sur l'affaire Libyenne que BHL aura été le plus influent auprès du président Nicolas Sarkozy. Sa plaidoirie pour l'intervention française contre Mouammar Kadhafi aurait, d'après l'intéressé dans son documentaire Le Serment de Tobrouk, été déterminante dans le choix du président. Modeste, BHL s'est cependant défendu d'être le seul artisan de cette intervention.

Avec François Hollande

L'urgence face aux problèmes d'un monde en perpétuel changement le contraignant à accélérer la cadence, nous retrouvons notre truculent intellectuel à l'Elysée en 2014 pour défendre le dossier Ukrainien. Le philosophe sera un soutien de poids pour les leaders des troubles d'Euromaïdan, qui ont provoqué le départ du président Viktor Ianoukovitch. François Hollande décidera de ne pas envoyer de ministre aux jeux paralympiques de Sotchi pour protester contre la position de la Russie dans cette crise.

Avec sa visite à l'Elysée du 18 juillet, BHL aura donc eu des relations officielles avec tous les présidents en exercice depuis François Mitterrand, sur des sujets géopolitiques très différents les uns des autres. Quel sera le prochain combat du philosophe auteur du livre La guerre sans l'aimer ? Le sait-il lui-même ?

https://francais.rt.com/france/41204-bernard-henri-levy-interlocuteur-incontournable-elysee


 Pour avoir une petite idée de la prochaine guerre, voir aussi:

Invité à l'Elysée, Bernard-Henri Lévy regarde son dernier documentaire avec Emmanuel Macron

Plusieurs personnalités ont pu assister à une projection en petit comité de La Bataille de Mossoul, dernier film en date du philosophe et cinéaste, acquis à la cause kurde. Etait notamment invité le chef de l'état-major particulier du président.

Dans la soirée du 18 juillet 2017, le dernier documentaire militant de Bernard-Henry Lévy, La Bataille de Mossoul, a eu les honneurs d'une projection privée à l'Elysée, en présence d'Emmanuel Macron et de quelques happy few triés sur le volet, selon L'Express.

Selon l'hebdomadaire, figuraient parmi les heureux élus invités à la leçon de géopolitique l'architecte Jean Nouvel, l'auteur de romans policiers Fred Vargas ainsi que Christine Angot, chantre de l'autofiction, contemptrice de François Fillon, et prochaine chroniqueuse de l'émission de Laurent RuquierOn n'est pas couché.

Outre ce beau monde étaient également invités une délégation de combattants kurdes authentiques, le neveu de Massoud Barzani, présenté comme président de la région autonome du Kurdistan irakien, ainsi que l'amiral Bernard Rogel, chef de l'état-major particulier d'Emmanuel Macron.

bhl kurdes

L'Express ne précise pas si, le chef d'état-major des armées Pierre de Villiers était invité à admirer ce documentaire sur l'épopée kurde. «Un film aux images magnifiques, porté par la voix off de l'écrivain philosophe, ode épique dédiée à la cause qu'il s'est choisie : celle des Kurdes d'Irak», écrivait Le Figaro en mars 2017, à l'occasion de la diffusion du documentaire sur Arte.

En 2016, la programmation du festival de Cannes avait été bousculée pour permettre la projection – hors compétition toutefois – du précédent documentaire du philosophe-cinéaste, Peshmergas.

https://francais.rt.com/france/41187-invite-elysee-bernard-henri-levy-projection


Rappel: le référendum kurde en Irak qui inquiète bon nombre d'Etats et d'observateurs, est soutenu par Israel. Voir à ce sujet les craintes formulées par Jean- Pierre Chevènement sur cette question (article précédent)   P.G.

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mardi 26 septembre 2017

Afrique du Sud : la France a joué un rôle central pour armer le régime de l'apartheid

Selon les travaux de l'ONG sud-africaine Open Secrets, la France a fourni des armes au régime raciste sud-africain pendant des décennies, en violation d'un embargo international.

ARG MANDELA PARISJuin 1990. La France est le premier pays occidental à recevoir Nelson Mandela, libéré de prison. Tout un symbole : le pays de naissance de la Déclaration des droits de l'Homme accueille le président du Congrès national africain (ANC) et héros de la lutte contre l'apartheid, comme un chef d'Etat.

Pourtant, la France est loin d'être exemplaire. Bien au contraire, depuis les années 1970, elle est l'une des pièces maîtresses d'un réseau international qui fournit des armes au pouvoir ségrégationniste blanc en Afrique du Sud, en violation de l'embargo international instauré en 1963 par les Nations unies.

Un bureau clandestin à Paris

C'est ce que révèle le chercheur sud-africain Hennie van Vuuren, directeur de l'ONG sud-africaine Open Secrets, dans son livre Apartheid, guns and money. Cette enquête de 600 pages menée sur la base de plus de 2 millions de documents d'archives et de nombreuses interviews dévoile l'un des volets les plus secrets de l'apartheid. 

C'est à Paris que Pretoria crée un bureau clandestin, au sein de son ambassade construite en 1974 qui sert de point de passage pour acheter des armes dans toute l'Europe occidentale. Une trentaine d'agents sud-africains y travaillent au service de l'organisme public sud-africain en charge des programmes d'armement, Armscor

Les autorités françaises sont au courant. Elles participent activement au système. Bien avant, la France avait déja posé les bases d'une relation avec le régime de l'apartheid pour lui vendre des armes. En visite en France en 1969, le ministre de la Défense sud-africain de l'époque est invité par l'entreprise française Thomson-CSF pour tester des missiles... et déguster du vin. Ce ministre n'est autre que Pieter Willem Botha, futur Premier ministre sud-africain sous l'apartheid de 1978 à 1984.

Entre le régime raciste et la France, une véritable alliance se noue, par le biais des services de renseignements, d'industriels et d'hommes politiques, dans le plus grand secret. Pour contourner l'embargo, la France propose à Pretoria de faire transiter les armes par le Zaïre, future République démocratique du Congo.

Autre exemple de la "bonne volonté" française, en 1987, Paris offre des prototypes de missiles Mistral dernier cri, dans l'espoir qu'ils soient testés par les Sud-Africains, en guerre en Angola.

En 1988, en plein coeur de Paris, la militante de l'ANC Dulcie September est exécutée de cinq balles dans la tête près des locaux de son parti. Un crime non élucidé. En fait, elle enquêtait sur le trafic d'armes illégal entre le régime de l'apartheid et la France.

Blanchiment d'argent à grande échelle

Le système mis en place par Prétoria pour contourner l'embargo international et obtenir des armes implique beaucoup d'autres acteurs, dont les 5 membres du Conseil de sécurité de l'ONU.

Selon Open Secrets, l'entreprise publique sud-africaine Armscor disposera de 844 comptes bancaires dans 196 banques d'au moins 27 pays, dont la Suisse et la Belgique qui jouent les premiers rôles au sein d'un des plus vastes schémas de blanchiment d'argent jamais élaborés.

http://information.tv5monde.com/afrique/afrique-du-sud-la-france-joue-un-role-central-pour-armer-le-regime-de-l-apartheid-191629

Interview. La France et l’apartheid : “une boîte noire que je voulais ouvrir”

Dans un article saisissant (traduit par Courrier international) le directeur d’Open Secrets, Hennie van Vuuren, apporte de nouvelles révélations sur les liens troubles entre la France et le régime de l’apartheid. Auteur du livre Apartheid, Guns and Money (Jacana Media, mai 2017), ce chercheur sud-africain nous a raconté les coulisses de son enquête.

Grâce à des archives inédites, Hennie van Vuuren raconte comment, installés à Paris, des agents du régime de l’apartheid (pouvoir ségrégationniste de la minorité blanche en Afrique du Sud, 1948-1991) ont pu acheter illégalement des armes avec l’aide des services français. La compagnie Thomson-CSF (devenue Thales) a été l’un des principaux bénéficiaires.

Courrier international : Qu’est-ce qu’Open Secrets ?

Hennie van Vuuren : C’est une organisation à but non lucratif, indépendante, basée en Afrique du Sud, qui a été créée en 2012. Elle travaille sur les crimes économiques du secteur privé qui ont un impact sur les droits de l’homme. Nous nous appuyons sur le droit pour faire en sorte que les auteurs de ces crimes rendent des comptes.

Pourquoi avoir travaillé sur le régime de l’apartheid ?

Je voulais savoir comment la jeune démocratie sud-africaine a pu se retrouver aussi vite engluée dans des affaires de corruption. Le scandale de l’“Arms Deal” en est une parfaite illustration [plusieurs hommes d’affaires et politiciens, dont l’actuel président Jacob Zuma, sont accusés d’avoir touché des pots-de-vin, notamment émanant d’une filiale de la compagnie française Thales, lors de la signature en 1999 du plus gros contrat d’armement depuis la chute de l’apartheid, d’un montant d’1,9 milliard d’euros].

Qu’avez-vous découvert ?

En réalité, les connexions entre les hommes d’affaires, les banques, les services de renseignement des pays impliqués et les compagnies d’armement sont anciennes. Elles ont été mises en place sous l’apartheid, notamment pour violer l’embargo sur les armes. Et ces réseaux, qui constituent “l’État profond” sud-africain, ont continué à fonctionner après l’arrivée de la démocratie.

C’est cette boîte noire que je voulais ouvrir et explorer. Son contenu montre que l’intérêt démocratique est largement entravé par le souci de tous ces acteurs, y compris des dirigeants de la “nouvelle Afrique du Sud”, de vouloir se faire de l’argent à tout prix.

Comment avez-vous eu accès à ces archives ?

Nous avons collecté pendant trois à quatre ans 40 000 pages d’archives en provenance de sept pays*, que nous avons sélectionnées à partir d’une base de 1,5 million de documents. Certaines archives étaient déjà disponibles, mais personne n’était encore jamais allé les lire. Pour les autres, nous avons fait des demandes de déclassification. Dans plusieurs pays occidentaux, comme la France, nous n’avons rien obtenu.

Ensuite, il a fallu assembler toutes les pièces disponibles du puzzle pour faire des découvertes. Car vous pouvez tomber sur un document intéressant, mais si vous n’en avez pas un deuxième qui vous donne le contexte, vous ne pouvez pas exploiter le premier.

Existe-il encore d’autres archives à exploiter ?

Juste avant l’arrivée de la démocratie en 1994, le gouvernement a détruit près de 44 tonnes d’archives pour faire disparaître des informations compromettantes. Mais il était impossible pour le régime de tout effacer, donc il reste des quantités de documents sur lesquels travailler.

Vos révélations ont-elles provoqué des réactions ?

Non, aucune. Ni du gouvernement démocratique sud-africain, ni des entreprises d’armement ou encore des banques pointées du doigt. Nous sommes profondément déçus. Il y a pourtant un fort intérêt du public. Mon livre Apartheid, Guns and Money, qui rassemble toutes ces informations, est dans les meilleures ventes en Afrique du Sud.

Mais nous allons poursuivre notre travail et bientôt porter plainte dans plusieurs pays européens, y compris en France, principalement contre des banques qui ont tiré profit de l’argent de l’apartheid.

Craignez-vous de nouveaux scandales en Afrique du Sud ?

Oui. Un seul exemple : depuis plusieurs années, le gouvernement sud-africain parle d’acheter des centrales nucléaires. En raison des liens personnels entre le président Jacob Zuma et Vladimir Poutine, les Russes semblent bien placés. Mais sur les rangs, il y a aussi les Chinois, les Américains, ainsi que la France avec Areva.

Nous avons appris de l’affaire de l’“Arms Deal” que ce type de méga-contrat, d’un coût de près de 1 000 milliards de rands [63 milliards d’euros] est plus propice à la corruption qu’à la transparence. Nous incitons les autorités sud-africaines à faire les choses dans les règles, et les gouvernements des pays vendeurs à s’assurer que leurs entreprises ne font rien d’illégal pour décrocher le contrat.

Avez-vous pu élucider l’assassinat en 1998 à Paris de la militante anti-apartheid Dulcie September ?

Nous n’avons pas le nom de l’assassin mais nous avons désormais une meilleure compréhension du contexte. Les services secrets du régime de l’apartheid et ceux de la France avaient des relations très étroites. Dulcie September, alors représentante de l’ANC[Congrès national africain, mouvement emblématique de la lutte anti-apartheid] en France, était en train d’enquêter sur ces liens.

Et si elle était tombée sur quelque chose de très préjudiciable pour les intérêts des uns et des autres, elle serait clairement devenue une cible. En France, parmi les sources potentiellement intéressantes, quasiment personne n’a accepté de me parler, même de façon anonyme.
* Afrique du Sud, Allemagne, Belgique, États-Unis, Royaume-Uni, Pays-Bas, Suisse

Propos recueillis par Sébastien Hervieu
http://www.courrierinternational.com/article/interview-la-france-et-lapartheid-une-boite-noire-que-je-voulais-ouvrir

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dimanche 13 août 2017

1950-1953: la guerre de Corée

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Mémoires de feu en Corée du Nord

Par Bruce Cumings — 12 août 2017

 

Quand les Etats-Unis détruisaient un pays pour le sauver

La Corée du Nord tenterait, sans raison, de s’équiper en armes de destruction massive, tandis que l’opposition de Washington à cette stratégie relèverait de l’innocence originelle. Pourtant, depuis les années 1940, les Etats-Unis ont eux-mêmes utilisé ou menacé d’utiliser ces armes en Asie du Nord-Est. Ils sont la seule puissance à avoir eu recours à la bombe atomique, et leur dissuasion repose sur la menace de les employer de nouveau en Corée.

La totalité de l'article est disponible sur:

http://arretsurinfo.ch/memoires-de-feu-en-coree-du-nord/

 

par Bruce Cumings | Décembre 2004 | Monde Diplomatique, pages 22 et 23

 

Extraits:

Plutôt que d’une guerre « oubliée », mieux vaudrait parler, s’agissant de la guerre de Corée (1950-1953), d’une guerre inconnue. L’effet incroyablement destructeur des campagnes aériennes américaines contre la Corée du Nord – qui allèrent du largage continu et à grande échelle de bombes incendiaires (essentiellement au napalm) aux menaces de recours aux armes nucléaires et chimiques (1) et à la destruction de gigantesques barrages nord-coréens dans la phase finale de la guerre – est indélébile. Ces faits sont toutefois peu connus, même des historiens, et les analyses de la presse sur le problème nucléaire nord-coréen ces dix dernières années n’en font jamais fait état.

 

La guerre de Corée passe pour avoir été limitée, mais elle ressembla fort à la guerre aérienne contre le Japon impérial pendant la seconde guerre mondiale, et fut souvent menée par les mêmes responsables militaires américains. Si les attaques d’Hiroshima et de Nagasaki ont fait l’objet de nombreuses analyses, les bombardements incendiaires contre les villes japonaises et coréennes ont reçu beaucoup moins d’attention. Quant aux stratégies nucléaire et aérienne de Washington en Asie du Nord-Est après la guerre de Corée, elles sont encore moins bien comprises, alors que ces stratégies ont défini les choix nord-coréens et demeurent un facteur-clé dans l’élaboration de la stratégie américaine en matière de sécurité nationale. (…)

 

Le napalm fut inventé à la fin de la seconde guerre mondiale. Son utilisation provoqua un débat majeur pendant la guerre du Vietnam, attisé par des photos insoutenables d’enfants qui couraient nus sur les routes, leur peau partant en lambeaux…

Une quantité encore plus grande de napalm fut néanmoins larguée sur la Corée, dont l’effet fut beaucoup plus dévastateur, car la République populaire démocratique de Corée (RPDC) comptait bien plus de villes peuplées que le Nord-Vietnam. (...)

 

(...)Le 6 août 1950, un officier américain donna l’ordre à l’armée de l’air « que soient oblitérées les villes suivantes » : Chongsong, Chinbo et Kusu-Dong. Des bombardiers stratégiques B-29 furent également mis à contribution pour des bombardements tactiques. Le 16 août, cinq formations de B-29 frappèrent une zone rectangulaire près du front qui comptait un grand nombre de villes et de villages, et créèrent un océan de feu en larguant des centaines de tonnes de napalm. Un ordre semblable fut émis le 20 août. Et le 26 août, on trouve dans ces mêmes archives la simple mention : « Onze villages incendiés (4) ».

 

Les pilotes avaient ordre de frapper les cibles qu’ils pouvaient discerner pour éviter de frapper des civils, mais ils bombardaient souvent des centres de population importants identifiés par radar, ou larguaient d’énormes quantités de napalm sur des objectifs secondaires lorsque la cible principale ne pouvait être atteinte. La ville industrielle de Hungnam fut la cible d’une attaque majeure le 31 juillet 1950, au cours de laquelle 500 tonnes de bombes furent lâchées à travers les nuages. Les flammes s’élevèrent jusqu’à une centaine de mètres. L’armée américaine largua 625 tonnes de bombes sur la Corée du Nord le 12 août, un tonnage qui aurait requis une flotte de 250 B-17 pendant la seconde guerre mondiale. Fin août, les formations de B-29 déversaient 800 tonnes de bombes par jour sur le Nord (5). Ce tonnage consistait en grande partie en napalm pur. De juin à fin octobre 1950, les B-29 déversèrent 3,2 millions de litres de napalm.

Au sein de l’armée de l’air américaine, certains se délectaient des vertus de cette arme relativement nouvelle, introduite à la fin de la précédente guerre, se riant des protestations communistes et fourvoyant la presse en parlant de « bombardements de précision ». Les civils, aimaient-ils à prétendre, étaient prévenus de l’arrivée des bombardiers par des tracts, alors que tous les pilotes savaient que ces tracts n’avaient aucun effet (6). Cela n’était qu’un prélude à la destruction de la plupart des villes et villages nord-coréens qui allait suivre l’entrée de la Chine dans la guerre.

 

Larguer trente bombes atomiques ?

L’entrée des Chinois dans le conflit provoqua une escalade immédiate de la campagne aérienne. A compter du début novembre 1950, le général MacArthur ordonna que la zone située entre le front et la frontière chinoise soit transformée en désert, que l’aviation détruise tous les « équipements, usines, villes et villages »sur des milliers de kilomètres carrés du territoire nord-coréen. Comme le rapporta un attaché militaire britannique auprès du quartier général de MacArthur, le général américain donna l’ordre de « détruire tous les moyens de communication, tous les équipements, usines, villes et villages » à l’exception des barrages de Najin, près de la frontière soviétique et de Yalu (épargnés pour ne pas provoquer Moscou et Pékin). « Cette destruction [devait] débuter à la frontière mandchoue et continuer vers le sud. » Le 8 novembre 1950, 79 B-29 larguaient 550 tonnes de bombes incendiaires sur Sinuiju, « rayée de la carte ». Une semaine plus tard, un déluge de napalm s’abattait sur Hoeryong « dans le but de liquider l’endroit »Le 25 novembre, « une grande partie de la région du Nord-Ouest entre le Yalu et les lignes ennemies plus au sud (…) est plus ou moins en feu ». La zone allait bientôt devenir une « étendue déserte de terre brûlée (7) ».

Tout cela se passait avant la grande offensive sino-coréenne qui chassa les forces de l’ONU du nord de la Corée. Au début de l’attaque, les 14 et 15 décembre, l’aviation américaine lâcha au-dessus de Pyongyang 700 bombes de 500 livres, du napalm déversé par des avions de combat Mustang, et 175 tonnes de bombes de démolition à retardement qui atterrirent avec un bruit sourd et explosèrent ensuite, quand les gens tentèrent de sauver les morts des brasiers allumés par le napalm. Début janvier, le général Ridgway ordonna de nouveau à l’aviation de frapper la capitale Pyongyang « dans le but de détruire la ville par le feu à l’aide de bombes incendiaires » (objectif qui fut accompli en deux temps, les 3 et 5 janvier 1951). A mesure que les Américains se retiraient au sud du 30e parallèle, la politique incendiaire de la terre brûlée se poursuivit : Uijongbu, Wonju et d’autres petites villes du Sud, dont l’ennemi se rapprochait, furent la proie des flammes (8).

(...)

Lors d’une célèbre conférence de presse, le 30 novembre, le président Truman agita la menace de la bombe atomique (10).

(...)

Peu de temps après, le 9 décembre, MacArthur fit savoir qu’il voulait un pouvoir discrétionnaire concernant l’utilisation des armes atomiques sur le théâtre coréen, et, le 24 décembre, il soumit une « liste de cibles devant retarder l’avancée de l’ennemi » pour lesquelles il disait avoir besoin de 26 bombes atomiques. Il demandait en outre que 4 bombes soient larguées sur les « forces d’invasion » et 4 autres sur les « concentrations ennemies cruciales de moyens aériens ».

(...)

 

La Chine en ligne de mire

Quelques mois plus tard, le député Albert Gore (le père d’Al Gore, candidat démocrate malheureux en 2000), qui s’opposa par la suite à la guerre du Vietnam, déplorait que « la Corée [fasse] détruise peu à peu la virilité américaine » et suggérait de mettre fin à la guerre par « quelque chose de cataclysmique », à savoir une ceinture radioactive qui diviserait la péninsule coréenne en deux de façon permanente. Bien que le général Ridgway n’ait pas parlé de bombe au cobalt, après avoir succédé à MacArthur en tant que commandant américain en Corée, il renouvela en mai 1951 la demande formulée par son prédécesseur le 24 décembre, réclamant cette fois 38 bombes atomiques (13). Cette demande ne fut pas acceptée.

Début avril 1951, les Etats-Unis furent à deux doigts d’utiliser des armes atomiques, au moment, précisément, où Truman révoquait MacArthur. Si les informations concernant cet événement sont encore en grande partie classées secrètes, il est désormais clair que Truman ne destitua pas MacArthur uniquement en raison de son insubordination réitérée, mais parce qu’il voulait un commandant fiable sur le terrain au cas où Washington décide de recourir aux armes atomiques.

(...)

Les chefs d’état-major envisagèrent de nouveau l’emploi des armes nucléaires en juin 1951 – cette fois, du point de vue tactique sur le champ de bataille (15) – et ce fut le cas à maintes autres reprises jusqu’en 1953. Robert Oppenheimer, l’ancien directeur du Projet Manhattan, travailla sur le Projet Vista, destiné à évaluer la faisabilité de l’usage tactique des armes atomiques. Au début de 1951, un jeune homme du nom de Samuel Cohen, qui effectuait une mission secrète pour le département de la défense, étudia les batailles ayant conduit à la seconde prise de Séoul et en conclut qu’il devait exister un moyen de détruire l’ennemi sans détruire la ville. Il allait devenir le père de la bombe à neutrons (16).

 

Des milliers de villages anéantis

Le projet nucléaire le plus terrifiant des Etats-Unis en Corée fut probablement l’opération Hudson Harbor. Cette opération semble avoir fait partie d’un projet plus vaste portant sur « l’exploitation ouverte par le département de la défense et l’exploitation clandestine par la Central Intelligence Agency, en Corée, de la possibilité d’utiliser les armes nouvelles » (un euphémisme désignant ce qu’on appelle maintenant les armes de destruction massive). (…)

Sans recourir aux « armes nouvelles », bien que le napalm ait été très nouveau à l’époque, l’offensive aérienne n’en a pas moins rasé la Corée du Nord et tué des millions de civils avant la fin de la guerre. Pendant trois années, les Nord-Coréens se sont trouvés face à la menace quotidienne d’être brûlés par le napalm : « On ne pouvait pas y échapper », m’a confié l’un eux en 1981. En 1952, pratiquement tout avait été complètement rasé dans le centre et le nord de la Corée. Les survivants vivaient dans des grottes. (…)

Au cours de la guerre, écrivit Conrad Crane, l’armée de l’air américaine « provoqua une destruction terrible dans toute la Corée du Nord. L’évaluation à l’armistice des dégâts provoqués par les bombardements révéla que sur les 22 villes principales du pays, 18 avaient été au moins à moitié anéanties. » Il ressortait d’un tableau établi par l’auteur que les grandes villes industrielles de Hamhung et de Hungnam avaient été détruites à 80 %-85 %, Sariwon à 95 %, Sinanju à 100 %, le port de Chinnamp’o à 80 % et Pyongyang à 75 %. Un journaliste britannique décrivit l’un des milliers de villages anéantis comme « un monticule étendu de cendres violettes ». Le général William Dean, qui fut capturé après la bataille de Taejon, en juillet 1950, et emmené au Nord, déclara par la suite qu’il ne restait de la plupart des villes et des villages qu’il vit que « des gravats ou des ruines couvertes de neige ». Tous les Coréens qu’il rencontra, ou presque, avaient perdu un parent dans un bombardement (17). Winston Churchill, vers la fin de la guerre, s’émut et déclara à Washington que, lorsque le napalm fut inventé à la fin de la seconde guerre mondiale, personne n’imaginait qu’on en « aspergerait » toute une population civile (18).

 

Telle fut la « guerre limitée » livrée en Corée. (...)

 

Bruce Cumings | Décembre 2004

Bruce Cumings, Directeur du département d’histoire à l’université de Chicago. Auteur de The Korean War : A History, Random House, New York.

Source: http://www.monde-diplomatique.fr/2004/12/CUMINGS/11732

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vendredi 4 août 2017

4 août 1789, abolition des privilèges et des droits féodaux

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4 août 1789

Abolition des privilèges et des droits féodaux

https://www.herodote.net/4_aout_1789-evenement-17890804.php

Dans la nuit du 4 août 1789, les députés de l'Assemblée nationale constituante, dans un bel élan d'unanimité, proclament l'abolition des droits féodaux et de divers privilèges. Ce moment de grande ferveur nationale s'inscrit parmi les grands événements mythiques de la Révolution française.

La Grande Peur

L'abolition des privilèges est la conséquence inopinée de la prise de la Bastille. Dans les semaines qui suivent celle-ci, les paysans s'émeuvent. Ils craignent une réaction nobiliaire comme il s'en est déjà produit dans les décennies antérieures, avec la réactivation de vieux droits féodaux tombés en désuétude.

Une Grande Peur se répand dans les campagnes. En de nombreux endroits, les paysans s'arment sur la foi de rumeurs qui font état d'attaques de brigands ou de gens d'armes à la solde des «aristocrates». Le tocsin sonne aux églises des villages, propageant la panique.

Les députés qui siègent à Versailles s'en inquiètent. «Le peuple cherche à secouer enfin un joug qui depuis tant de siècles pèse sur sa tête, s'exclame à l'Assemblée le duc d'Aiguillon, l'insurrection trouve son excuse dans les vexations dont il est la victime».

Le 3 août, une centaine de députés, ardents partisans de la Révolution, se concerte sur la stratégie à adopter. Plusieurs sont originaires de Bretagne. C'est le «Club breton» (futur club des Jacobins). Ils prennent la résolution de détruire tous les privilèges des classes, des provinces, des villes et des corporations.

Euphorie patriotique

Le lendemain soir, à huit heures, l'Assemblée, passablement troublée, se réunit et disserte sur les moyens de rétablir l'ordre. C'est alors que le duc d'Aiguillon (29 ans) propose d'offrir aux paysans de racheter les droits seigneuriaux à des conditions modérées. Ce libéral est aussi la deuxième fortune de France après le roi.

Le vicomte de Noailles, un cadet de famille sans fortune, surenchérit et propose d'en finir avec les droits seigneuriaux, «restes odieux de la féodalité» selon ses termes. Il suggère rien moins que d'«abolir sans rachat» les corvées seigneuriales et autres servitudes personnelles.

L'évêque de Chartres monte à la tribune et propose l'abolition des droits de chasse, ce qui ne lui coûte rien mais pèse sur les nobles. Le duc du Châtelet dit à ses voisins : «L'évêque nous ôte la chasse ; je vais lui ôter ses dîmes». Et, montant à la tribune, il suggère que les dîmes en nature (impôts payés à l'Église par les paysans) soient converties en redevances pécunières rachetables à volonté.

Là-dessus, voilà que sont attaqués les privilèges des provinces. Le mot privilège vient du latin et désigne une «loi particulière» : il fut longtemps synonyme de liberté. En effet, chaque fois qu’une nouvelle province était annexée, le roi promettait de respecter ses privilèges, c’est-à-dire ses libertés, les lois particulières traditionnelles, les coutumes et droits immémoriaux de ses habitants. C’est ainsi qu’au cours des siècles s’étaient imposés des droits garantissant les libertés locales.

Tout cela prend fin en cette nuit mémorable. Les représentants du Dauphiné, suivis par ceux de Bretagne et des autres pays d'État, provinces jouissant de privilèges, font don de ceux-ci à la Nation. Les représentants des villes font de même. Pour finir, un membre du Parlement de Paris proclame le renoncement à l'hérédité des offices (charges de magistrature).

Au milieu des applaudissements et des cris de joie, sont ainsi abattus les justices seigneuriales, les banalités, les jurandes et les maîtrises, la vénalité des charges, les privilèges des provinces et des villes.

Une application mesurée

Passé le moment d'euphorie, les députés prennent le temps de réfléchir. Ils décident que seuls les droits féodaux pesant sur les personnes seront abolis sans indemnité d'aucune sorte.

L'avocat Adrien Duport, ardent député, rédige le texte final. Il est voté et publié le 11 août au soir. Avec lui disparaissent à jamais certains archaïsmes comme la corvée obligatoire, de même que des injustices criantes comme la dîme ecclésiastique, uniquement payée par les pauvres.

Certains autres droits féodaux, ceux pesant sur les terres comme les cens et les champarts, devront toutefois être rachetés. À cette seule condition, les paysans pourront devenir propriétaires de plein droit de leurs terres.

Sitôt connue,  cette restriction suscite quelques désillusions dans les campagnes mais elle est abrogée quelques mois plus tard. L'ensemble des droits féodaux sera irrévocablement aboli sans contrepartie ni exception par le décret du 25 août 1792, quelques jours après la chute de la monarchie.

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samedi 29 juillet 2017

LE CHOC DU « QUÉBEC LIBRE » ET LE RICANEMENT SOUS CAPE DES MINISTRES DE DE GAULLE ...

MONTAGE C ETAIT DE GAULLE

 

LE CHOC DU « QUÉBEC LIBRE » ET LE RICANEMENT SOUS CAPE DES MINISTRES DE DE GAULLE – Un témoignage triste mais essentiel d’Alain PEYREFITTE.

https://www.upr.fr/actualite/france/choc-quebec-libre-ricanement-cape-de-ministres-raconte-alain-peyrefitte

L’indispensable témoignage d’Alain Peyrefitte : il y a 50 ans, de Gaulle revenait de son voyage au Canada et retrouvait ses ministres…

Les adhérents et sympathisants de l’UPR savent que je fais souvent référence à l’ouvrage C’était de Gaulle, d’Alain Peyrefitte, recueil de propos du général de Gaulle paru en trois tomes, les deux premiers en 1994 et 1997 et le dernier, quelques semaines après la mort de Peyrefitte, en 2000.  Si je cite souvent cet ouvrage réellement capital, c’est parce que c’est le meilleur de tout ce qui a paru sur de Gaulle pour comprendre, sur la période des années 60 et au jour le jour, la pensée et la personnalité du fondateur de la Ve République.

En juillet 1967, Alain Peyrefitte était ministre de l’Éducation nationale du gouvernement Pompidou et n’avait pas fait partie du voyage de Charles de Gaulle au Canada. Néanmoins, restant fidèle à l’habitude qu’il avait prise au cours des dernières années de prendre en note tout ce que de Gaulle lui confiait – souvent en tête-à-tête -, il nous raconte ce voyage et ses suites dans le tome 3 (pages 303 à 380 de l’édition originale parue aux Éditions de Fallois, Fayard, en 2000).

Je crois qu’il est utile de porter au lecteur le passage le plus captivant de cette narration.

  • D’une part pour découvrir la façon dont Peyrefitte a perçu le voyage vu de France où il était resté, à partir des dépêches de presse et des compte-rendus télévisés.
  • D’autre part pour apprendre ce qui s’est passé en France le 27 juillet 1967 au petit matin. C’était il y a 50 ans jour pour jour. Le témoignage de Peyrefitte, présent dans le Pavillon d’honneur où arrive de Gaulle, sortant de son avion, est bref mais capital. Ce qu’il nous apprend, c’est que la grande majorité des ministres, à commencer, on le devine, par Pompidou goguenard, ricanaient méchamment de l’Homme du 18 juin et de sa sortie « Vive le Québec libre ! »

Comme le lecteur va le constater, les ministres étaient presque tous ignorants de la situation réelle du Québec et portaient donc des jugements sans savoir. Mais d’où leur venaient ces jugements critiques ? De tous les médias – radios et presse écrite – qui tiraient déjà  à boulets rouges sur de Gaulle et sur sa volonté de briser l’hégémonie américaine..

De fait, je me rappelle personnellement (j’avais 9 ans à l’époque) que tout mon entourage familial, ou mes camarades d’école, ne parlaient que de ce qu’ils avaient entendu à la radio, à savoir que de Gaulle avait « perdu la boule »…

—-

La lecture de tout ce passage du livre de Payrefitte n’est donc pas seulement passionnante.  Elle nous donne aussi un sentiment mélangé, de grandiosité et de tristesse.

Un sentiment grandiose car ce témoignage de Peyrefitte nous confirme la hauteur de vues et la dimension réellement historique de Charles de Gaulle (dont le voyage renforça considérablement les mouvements favorables à l’autonomie du Québec). Il nous prouve encore une fois son courage et son aptitude à créer des scandales créateurs. Il nous montre un homme passionné par la défense de la France et de ses intérêts de puissance, indépendante et souveraine, et libre de toute sujétion à l’impérialisme américain.

Un sentiment de tristesse car ce témoignage nous confirme la relative médiocrité de la plupart des ministres qui l’entouraient. Au fond, à quelques exceptions près, ces ministres qui fréquentaient quotidiennement l’un des plus grands personnages de l’Histoire de France n’en avaient pas pris toute la mesure, et étaient davantage prompts à croire les critiques des médias assujettis aux intérêts anglo-saxons que de suivre de Gaulle.

En filigrane, on devine la suite.

Moins d’un an après,  ce fut mai 1968 – où le rôle des Américains et de la CIA reste encore à éclaircir – et l’on vit alors la débandade de tous ces ministres.

Moins de deux ans après, ce fut la démission de Charles de Gaulle – le 27 avril 1969 – suite au rejet de son référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation.

Puis ce fut le début de la longue descente de notre pays aux enfers : Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron….

Il suffit de penser qu’aucun des 7 présidents qui ont fait suite à Charles de Gaulle n’aurait poussé ce cri de « Vive le Québec libre ! » – et les derniers encore moins que les premiers –  pour comprendre à quel degré d’asservissement la France est tombée.

Du reste, le 50e anniversaire de ce geste d’éclat n’a été célébré nulle part en France officiellement – et très peu au Canada.

J’avais quant à moi projeté de faire le voyage pour aller faire des conférences sur les pas de Charles de Gaulle et prendre la parole dans des médias devant nos amis québécois. Hélas ! Malgré nos demandes insistantes, les autorités fédérale canadiennes et les autorités québécoises ont fait savoir qu’elles ne voulaient qu’aucun responsable politique français ne fasse le déplacement.

En fait, la voix indépendante de la France s’est progressivement tue sur la question québécoise, comme sur tout le reste. Le Canada anglais s’en félicite et le Québec en a pris acte.

Ce que nous montre de façon impitoyable le rappel de ces événements de 1967, c’est la lente trahison à laquelle les successeurs de Charles de Gaulle se sont livrés depuis 50 ans, par conformisme ou soumission à la pensée dominante, au détriment de la liberté de la France et de l’intérêt du peuple français.

Le seul pouvoir qui reste à nos dirigeants, c’est d’ânonner servilement les seules déclarations admises par l’oligarchie qui tient le pouvoir à Washington, Bruxelles et Francfort.

Il est grand temps que les Français le comprennent et se ressaisissent.

François Asselineau
27 juillet 2017

Extrait du C’était de Gaulle, d’Alain Peyrefitte,
Tome 3, pages 335 à 339,  Fayard, 2000.

A lire sur le site national de l'UPR.

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mercredi 19 juillet 2017

Devoirs de vacances

MONTAGE REFLEXION ARISTOTE

Norman Palma Penser avec Aristote

https://www.youtube.com/watch?v=4eP1EKTh6fA

 Chez Aristote, la monnaie c'est du droit objectivé, et le propre du droit c'est de se reproduire à partir de lui- même (jurisprudence), Le prêt avec intérêt, c'est la monnaie qui se reproduit elle- même, mais cette reproduction doit être encadrée par le droit ! D'où l'interdiction du taux d'usure dans les pays développés, inspirés par cette philosophie.

Le crédit encadré par le droit apparaît tardivement, car le crédit lui- même a été longtemps condamné par l'Eglise (jusqu'à la fin du XVIII°), d'après une interprétation erronée, selon l'auteur, d'Aristote précisément.

Celui- ci critiquait fermement l'usure, pas le crédit et surtout pas la monnaie; pour lui, il n'y a pas de vie sociale possible sans échanges dont la monnaie est la manifestation, le besoin que nous avons les uns les autres d'une mesure commune qui sauvegarde la vie sociale. (« Ethique à Nicomaque »).

Pour Marx, comme pour l'Eglise (!) au contraire, il faut détruire la monnaie, expression de la vénalité (valeur d'échange), Il faut revenir à la valeur d'usage.

Pour Aristote, le social et l'économique sont des manifestations du Droit. Ce qui se déroule à la base du politique et de l'économique, selon lui, c'est l'éthique: le politique est un processus d'accomplissement; l'être humain est le seul animal capable d'avoir le sentiment du bien et du mal, du juste et de l'injuste; c'est cette communauté de sentiments qui donne naissance à la famille et à la cité; l'éthique se manifeste dans le droit, qui par la suite se manifeste dans le politique et l'économie. Marx considère que c'est l'économie qui est le fondement du social [1] et que la politique et le droit font partie de la « superstructure ». Il n'y a pas pour Marx de processus d'accomplissement (qui doit aboutir par nature*), la négation de l'économie va donner la négation du droit (ou dépassement du droit bourgeois), la disparition de l'Etat etc.

Pour Aristote, l'idée fondamentale est la force de la justice; la justice s'objective dans le social d'abord sous la forme de justice corrective (droit civil, droit pénal...); par la suite la justice se manifeste au niveau de l'Etat et ça donne la justice contributive (contribution publique) et la justice distributive (aide sociale et dépense publique). Si on lit correctement Aristote, nous sommes égaux devant le droit, pas devant la chose publique: il est tout à fait normal qu'on ne paie pas tous la même chose. Il est normal de donner à ceux qui ont besoin, pas à ceux qui n'ont pas besoin. Il est logique de choisir les responsables selon leurs capacités à contribuer au bien- être général (critère éthique). Cette approche va inspirer bien des théories politiques et va favoriser des concepts à la base de la philosophie grecque, tels que « l'égalité en dignité » ou « égalité en puissance » (rapport singularité/universel) qui va justifier l'égalité en droit, qui va à son tour justifier l'égalité devant le Pouvoir (communauté d'égaux). Ce processus est au fondement de la démocratie grecque et apparaîtra progressivement dans la civilisation occidentale. Exemple: la déclaration des droits anglaise de 1689: « le roi n'est pas au- dessus des lois ». Pour Aristote, la communauté sociale existe en vue de l'accomplissement du Bien et non pas en vue de la vie en société [2]; et le bien n'est que le juste, c'est à dire l'intérêt général.

L'esclavage comme « droit naturel »: encore un passage mal compris. Aristote explique que l'homme est par nature un animal politique en puissance*. Destiné à vivre normalement en société, c'est à dire à s'intégrer dans une communauté politique. Toutes les sociétés ont vocation à devenir des sociétés politiques. Il n'a jamais dit que toute une population était esclave par nature!

Les interprétations qui ont été données viennent de l'Ancien Testament, pas d'Aristote. Sont esclaves les hommes qui ne forment pas une société politique.

 *la nature d'une chose est sa fin. C'est donc à la fin que nous constatons de la chose ce qu'elle doit être; l'être humain accompli, c'est l'être adulte; la fin du politique, c'est un pouvoir d'hommes libres et égaux.

 _______________________________________________

En conclusion de ce petit résumé, l'objectif d'Aristote n'est donc pas la négation du droit et du politique, mais au contraire une réflexion sur l'accomplissement de ces derniers: l'état de justice.

 A la mort d'Aristote, l'idée de « polis » (cité) va disparaître plus ou moins pendant des siècles, pour réapparaître avec la Renaissance, l'Humanisme et les Lumières, avec plus ou moins de bonheur selon les auteurs. D'où l'importance de se pencher sur ce grand philosophe pour enrichir notre propre réflexion, nous qui nous interrogeons sur le rapport entre monnaie et souveraineté autour de la question de l'euro, ou encore sur la problématique de l'indépendance nationale et de l'avenir de la cité...

Pour ceux qui souhaiteront raviver une querelle des anciens et des modernes, certains fustigeant un “idéalisme politique et philosophique” par essence “bourgeois”, rappelons que derrière la modernité d'apparence se cachent parfois des philosophies de l'histoire empreintes d'un millénarisme gnostique très ancien.

Les tragédies du XX° siècle ont fort heureusement ramené certains à plus de prudence, à défaut de modestie. L'heure n'est donc plus aux invectives, mais à une vraie réflexion car l'offensive que nous subissons est aussi culturelle et philosophique.

 

 

[1] un préalable partagé par tous les courants du libéralisme...V. Jean- Claude Michéa (« l'Empire du moindre mal » et autres). Primauté de l'économie, du calcul égoïste, de l'intérêt...

[2] le « vivre ensemble » par exemple, dont on nous rebat les oreilles.

 

P.G.

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dimanche 16 juillet 2017

Mossoul en paix

MOSSOUL EN PAIX

Florian Delafoi - Images: Library of Congress/American Colony

L'Etat islamique a été chassé de Mossoul. La deuxième ville irakienne est en partie détruite. En 1932, une équipe de photographes immortalisait la vie de ses habitants. Balade en noir et blanc dans une cité alors prospère

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Mossoul est libérée du joug de l’Etat islamique (EI). La reconquête de la ville irakienne est un symbole fort. C’est dans la mosquée d’al-Nuri qu’est né le «califat» d’Abou Bakr Al-Baghdadi, le leader du groupe djihadiste. Après une bataille de presque neuf mois, le bilan humain est terrible. Des milliers de civils sont morts et 700 000 personnes ont fui les combats.

La ville est ravagée. Il n'y a plus d'eau, ni d'électricité. Les hôpitaux et les écoles sont fermés. Selon les Nations unies, la reconstruction des seules infrastructures de base coûtera plus d’un milliard de dollars. Les images de dévastation qui ont fait la une des journaux du monde entier montrent la destruction effroyable de cette cité irakienne. 

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Il faudra du temps pour que la vie reprenne son cours normal. Aujourd'hui défigurée par de longues années de guerre, Mossoul a connu la paix dans son histoire. En 1932, une équipe de photographes immortalisait le quotidien de ses habitants. 

Ces archives exceptionnelles sont conservées à la bibliothèque du Congrès, aux Etats-Unis. Elles proviennent du département photo de l’American Colony, une communauté de pèlerins qui s’est installée à Jérusalem au XXe siècle. Ces passionnés de photographie ont documenté la vie quotidienne au Moyen-Orient.

 Les clichés de l’American Colony proposent une magnifique balade dans les rues de Mossoul. Plusieurs marchés animent la ville. Dans un souk, des commerçants vendent des fruits et légumes, notamment une variété locale de concombres. Sur un autre étal, les habitants peuvent s’offrir une paire de souliers.

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Cette Mossoul est prospère: une richesse grandement liée à la découverte de gisements de pétrole. A la fin des années 1920, la raffinerie d’Al-Qayyarah est construite. Le nom de la localité vient du mot arabe qui désigne le goudron. L'exploitation du pétrole permet justement de développer le réseau routier.

Des camions et des pipelines acheminent également l’or noir en Turquie et en Syrie. Des activités stratégiques qui ont servi à l’Etat islamique. L’organisation a exploité cette matière première pour alimenter sa «capitale» irakienne.

Dans les années 1930, le sunnisme est le courant religieux dominant en Irak. Mais plusieurs communautés cohabitent. Il y a notamment un grand nombre de chiites et de chrétiens.

La disposition des bâtiments dans le centre de Mossoul en témoigne. A cette époque, une mosquée fait face à un temple yézidi. Ce dernier a toutefois disparu, longtemps avant l’arrivée des djihadistes.

Sous la domination du groupe Etat islamique, ce peuple yézidi a vécu un épisode tragique de son histoire. Nombre d’entre eux ont été massacrés ou réduits en esclavage. En mars 2015, l’ONU a qualifié cet assaut de «tentative de génocide».

Les djihadistes ont également imposé leur lecture littérale du Coran. Résultat: des restrictions nombreuses, notamment pour les femmes qui doivent porter le niqab. Bien loin des habitudes de 1932. Un portrait montre d’ailleurs une habitante à visage découvert. Il s'agit d'une femme de la communauté assyrienne, une ancienne région du nord de la Mésopotamie.

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Pendant la bataille de Mossoul, le fleuve Tigre a été le théâtre de violents combats entre l’EI et l’armée irakienne. Un endroit stratégique: les troupes de Bagdad devaient prendre le contrôle des ponts pour conquérir la vieille ville.

En 1932, cette étendue d’eau n’était pas perturbée par les bombardements. Mais celle-ci a toujours joué un rôle important pour les Mossouliotes. De nombreuses activités se trouvaient sur les berges. Comme le montre une photo, les femmes s’y donnaient rendez-vous pour laver leurs vêtements.

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(...)

https://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:xA7tjufMC7sJ:https://www.letemps.ch/mossoul-en-paix+&cd=1&hl=fr&ct=clnk&gl=fr

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vendredi 14 juillet 2017

Que vive la République!

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Régis Debray et Alain Finkielkraut - La République est-elle en train de mourir?

https://www.youtube.com/watch?v=kQ3pBbMBfV8

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Autour du livre de Régis Debray: Que vive la République!

§ La République, après avoir vaincu l'alliance du Trône et de l'Autel, est menacée par une autre alliance, celle de l'Image (le spectacle) et de l'Argent.

Cette alliance contredit les principes fondamentaux de la République: l'Egalité et la Connaissance (l'Ecole).

§ Primat de l'économique sur le politique. Subordination de la conscience à l'intérêt ou de la Loi au pouvoir de fait: subversion.

§ La République n'est pas égalitariste: elle entend donner aux inégalités d'autres causes: ne plus les fonder sur l'hérédité ou la fortune mais sur le travail ou le talent ou le mérite. Cela suppose d'abord l'égalité devant la loi, et l'égalité devant le savoir. C'est ce qui rend la République une et indivisible: elle ne l'est plus quand elle devient une oligarchie.

§ Depuis 1984, l'éventail des revenus a augmenté.Si on peut admettre une hiérarchie des revenus de 1 à 5 ou de 1 à 10, une hiérarchie de 1 à 50 met en question le pacte républicain.

§ Pour servir l'intérêt général, il vaut mieux être désintéressé...Ne pas être aimanté, fasciné ou indexé dans la considération publique sur son niveau de revenus. Le service de la République, c'est l'abnégation.

§ L' Image contre la Connaissance.L'image comme facteur de séduction et non d'instruction.

§ La démocratie passe par l'éducation du Peuple. L'école laïque ne donne pas au gens une opinion, mais les moyens d'avoir une opinion: elle développe leurs facultés critiques, l'aptitude à distinguer le vrai d'avec le faux.

§ Gambetta: "je lis et je vous souhaite d'en faire autant".La République est fondée sur la lecture, sur les journaux d'opinion, et non pas sur le spectacle qui tend à réduire la Culture au divertissement. Il n'y a pas un marché de la connaissance: l'école est gratuite en France quand elle est publique.

§ La République est une culture délibérative: ça consiste à discuter de façon argumentée et rationnelle; la culture de l'image est une culture de révérence: martèlements, vérités assénées, posées de façon dogmatique.

§ La culture de l'image est une culture individualiste. Sur un écran de télévision, il n'y a pas de place pour le Peuple.Le culte de l'image est un culte anti- républicain.

§ L'école enseigne en français, la République est liée à la Nation.L'image est transnationale.

§ Subversion par l'affairisme, l'obsession américaine de l'argent et le culte du vedettariat.

§ Les professeurs et instituteurs font état d'ne concurrence déloyale entre la connaissance et l'image. La civilisation de l'audio- visuel fonctionne au pathos et à la nouveauté constante, à l'éphémère alors qu'eux font référence à l'ancien. Malaise. On leur répond: "votre souffrance est une chimère".

§ L'école veut former l'Homme et le Citoyen (Condorcet, Alain...): le trésor des humanités ne doit pas être réservé à une élite sociale, ni même intellectuelle.

etc.

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Le ton est donné. L'occasion de se pencher sur les fondements de notre République en ce jour de fête nationale.

Vive la République et vive la France!

P.G.

 

 

vendredi 30 juin 2017

ASSELINEAU en quelques mots, par Jean Humbert

MONTAGE ASSELINEAU LIVRE

ASSELINEAU en quelques mots, par Jean Humbert

Description
Présentation de l'éditeur
Pourquoi un livre sur François Asselineau ? N’étant pas politologue, ni journaliste ni chroniqueur on peut se demander pour quelles raisons j’écris ce livre. Election présidentielle oblige, j’ai suivi ce candidat atypique, singulier, sympathique et bienveillant qui force l’admiration. Car chez Asselineau, ce qui sidère et laisse de marbre, c’est la connaissance précise de ses sujets de discussion. Non seulement il sait, mais encore il veut transmettre son savoir, le partager, échanger et débattre. Non pas pour imposer, mais juste pour faire prendre conscience qu’une autre analyse existe et qu’elle mérite d’être entendue, pour le moins écoutée. Je prends la plume pour retranscrire les citations, proverbes et autres expressions utilisés par Asselineau. J’ai été surpris par leur nombre et leur opportunité lors des débats, pour soutenir, résumer et mettre en exergue ses analyses. Il les emploie avec passion souvent, avec ironie parfois. Mais c’est sans aucun doute un trait caractéristique de sa personnalité, une marque de fabrique. A elles seules, elles résument l’homme et ses analyses et c’est pour cette raison que j’ai voulu retranscrire les plus récurrentes. D’aucuns lui reprochent d’être prolixe, de ne pas aller à l’essentiel, de ne pas marketer ses idées comme le font tous ses concurrents. C’est son choix et il l’assume. Il faut reconnaître qu’il est difficile d’en appeler à l’intelligence des français sur des sujets complexes et vouloir résumer sa pensée par un slogan, comme on le fait pour vanter les mérites d’une marque de lessive. J’espère que cet ouvrage le fera mieux connaître.

En librairie
Précisions:

"ASSELINEAU en quelques mots" Broché – 31 mai 2017, de Jean Humbert (Auteur)

Broché: 153 pages
Editeur : Independently published (31 mai 2017)
Langue : Français
ISBN-10: 1521409625
ISBN-13: 978-1521409626
Dimensions du produit: 15,2 x 1 x 22,9 cm

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