lundi 21 août 2017

N.Polony – «Petit éloge du mérite» & L.Ferry – «Rawls contre l’égalitarisme à la française»

ARG NATACHA

 

N.Polony – «Petit éloge du mérite» & L.Ferry – «Rawls contre l’égalitarisme à la française»

CHRONIQUE – Le mérite est une fiction, mais une fiction nécessaire, car une société qui ne valorise pas l’effort et la conscience professionnelle est condamnée à décourager toute volonté.

Quel est le mérite qui revient à chacun? À qui devons-nous ce que nous avons, ce que nous réussissons? La question est cruciale, tant elle est au cœur de toute notre conception de l’organisation sociale et de la répartition des tâches et des richesses. C’est toute la beauté de la démocratie que de permettre l’expression civilisée des opinions divergentes et des choix politiques opposés, et sur un sujet comme celui-ci, les différentes options déterminent nos priorités en matière d’éducation, de droit social et de fiscalité.

Ainsi, cette semaine encore, Luc Ferry nous proposait une réflexion éminemment intéressante sur ce fameux «égalitarisme français» dont nombre de commentateurs font la cause de cette crise qui frapperait plus la France que ses voisins. Passons sur le fait que cet égalitarisme a permis de limiter depuis 2008 les effets de la crise, qui s’est traduite ailleurs, aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, par des millions de travailleurs pauvres, et que la France est un des pays où les inégalités se sont le moins creusées ; c’est un autre sujet.

Il est étonnant de voir que la notion de mérite fait l’objet depuis quelques décennies d’un tir croisé de la part des libéraux et des tenants d’un égalitarisme béat

Mais à travers la théorie de la justice élaborée par John Rawls depuis les années 1970, ce qui se fait jour sous la plume de Luc Ferry est l’idée que le «mérite» n’aurait aucune valeur morale, puisque nous ne devons nos talents qu’à la chance, et que ce qui rend acceptables les inégalités ne peut se trouver que dans un système dans lequel les avantages supérieurs obtenus par un petit groupe concourent à l’amélioration des conditions des plus défavorisés. Pour le dire autrement, il n’y aurait aucune raison de s’émouvoir des bonus délirants d’un grand patron, du moment que cela fait tourner la machine économique et sort quelques malheureux du chômage. Tout le reste ne serait que ressentiment.

Il est étonnant de voir que la notion de mérite fait l’objet depuis quelques décennies d’un tir croisé de la part des libéraux et des tenants d’un égalitarisme béat. Tir croisé que rend possible une étrange définition du terme lui-même. Le mérite n’existerait pas car nous devons notre talent à la chance, disent les libéraux, pour qui les individus ne sont que des êtres rationnels, détachés de tout lien de solidarité, et ne devant déterminer leurs choix qu’en fonction de leur intérêt rationnellement évalué. Le mérite n’existerait pas, nous disent les égalitaristes, car il est toujours le fruit d’un déterminisme. Le bon élève n’a aucun mérite: il est forcément le bénéficiaire d’un capital culturel ou d’une domination symbolique.

Il ne s’agit pas de faire croire qu’on pourrait, en observant les places occupées dans l’échelle sociale, en conclure que le plus riche a le plus de mérite

Le talent, voire le génie, du pianiste virtuose évoqué par Luc Ferry à titre d’exemple n’a pourtant rien à voir avec la notion de mérite car il ne constituera jamais qu’une exception. En tirer la conclusion que nous devons tout à la chance et aux hasards de la naissance semble un peu cavalier. Il faudrait du moins l’expliquer à l’artisan qui se lève à quatre heures du matin ou à l’étudiant qui trime pour réussir ses examens. D’autant que le mérite ne peut être évalué que partiellement en fonction du résultat de nos actions. Il ne s’agit pas de faire croire qu’on pourrait, en observant les places occupées dans l’échelle sociale, en conclure que le plus riche a le plus de mérite. C’est bien pour répondre à ce sophisme tellement en vogue dans les pays anglo-saxons que John Rawls a élaboré sa théorie.

En revanche, bâtir une société sur l’idée qu’il faudrait que soient récompensés l’effort, le travail, l’utilité sociale et l’honnêteté, plutôt que l’esbroufe et l’exploitation systématique des failles de notre système de répartition, ne semble pas illégitime, du moins si l’on garde à l’esprit que nul ne compensera jamais totalement les inégalités de naissance et que celui qui échoue ne le doit pas forcément à sa paresse ou à son manque de volonté. Et plus que tout, bâtir une société qui ne reposerait pas sur la compétition mais sur l’incitation pour chacun à aller au bout de lui-même, à cultiver ce qui le rend précieux pour autrui, et qui enrichira la communauté dans son ensemble.

Ces inégalités ne seront acceptables que si elles sont limitées à des écarts raisonnables de salaire et si la société dans son ensemble récompense ceux qui œuvrent pour le bien collectif

Mais si l’on admet que, dans la mesure où nous sommes tous différents, que nos aspirations et nos priorités le sont, une part des inégalités de conditions persistera quoi qu’il arrive, ces inégalités ne seront acceptables que si elles sont limitées à des écarts raisonnables de salaire (Henri Ford, qui n’était pas un communiste furieux estimait «admissible» le rapport de 1 à 40 au sein d’une entreprise ; en France, la moyenne est aujourd’hui de 1 à 104) et si la société dans son ensemble récompense ceux qui œuvrent pour le bien collectif, si l’école, en usant de méthodes efficaces et en compensant les inégalités de condition par une redistribution qui met davantage de moyens là où les besoins sont les plus importants, valorise ceux qui travaillent et finissent par récolter le fruit de ce travail.

Le mérite est une fiction, mais une fiction nécessaire, car une société qui ne valorise pas l’effort et la conscience professionnelle est condamnée, soit à élaguer, à décourager toute volonté, soit à ne valoriser que la réussite et, comme c’est finalement le cas dans notre société de spectacle et de consommation, à n’attribuer les places et les rémunérations qu’en fonction du profit que génère un individu dans le cadre d’un système organisé autour de l’accumulation.

Il nous appartient donc de décider collectivement à quelles actions humaines nous accordons une valeur morale, car la neutralité et la régulation par le droit et le marché ont prouvé qu’elles ne récompensaient que l’égoïsme et la vacuité.

Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 19/08/2017.


SOURCE/ http://premium.lefigaro.fr/vox/politique/2017/08/18/31001-20170818ARTFIG00183-natacha-polony-petit-eloge-du-merite.php

Voir aussi l'article déclancheur de Luc Ferry:

Luc Ferry – «Rawls contre l’égalitarisme à la française»

https://sansapriori.net/2017/08/19/2093-n-polony-petit-eloge-du-merite-l-ferry-rawls-contre-legalitarisme-a-la-francaise/

 

 

 

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dimanche 20 août 2017

Démolir des statues, semer la division

arg statuesL'objectif de cet article est d'inciter à une réflexion sur ce que signifie la démolition de statues de personnages controversés, en fonction des idéologies du moment, et au- delà, de faire comprendre que c'est aussi un moyen d'effacer des pans entiers de l'histoire d'un pays...

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Démolir des statues, semer la division

Par Moon of Alabama

Après Charlottesville la ville de Baltimore fait retirer quatre statues confédérées. © Capture d’écran Twitter, @Alec MacGillis‏

À la suite des manifestations concurrentes de Charlottesville, la vague de destruction des statues confédérées s’est accélérée. La nuit dernière, quatre statues confédérées ont été mises par terre à Baltimore. (...) Ailleurs aussi, des statues ont été renversées ou dégradées.

Le conflit de Charlottesville lui-même portait sur le déboulonnage d’une statue du général Robert E. Lee, commandant des forces confédérées pendant la guerre civile américaine. Des militants de la droite politique protestaient contre le déboulonnage, les militants de la gauche politique manifestaient contre la manifestation de la droite. Selon des témoins cités par le LA Times il y avait des deux côtés des sous-groupes prêts à se livrer à la violence.

En 2003, un tank américain a démoli la statue de Saddam Hussein sur la place Firdos à Bagdad. Une image de télévision étroitement cadrée laissait penser que c’était des Irakiens qui faisaient tomber la statue. Mais ils n’étaient que de simples acteurs dans un spectacle de propagande américain. En démolissant la statue, les Etats-Unis manifestaient leur manque de respect envers ceux qui avaient combattu et travaillé avec Saddam Hussein ou qui l’avaient soutenu. Cela a contribué à stimuler la résistance à l’occupation des États-Unis.

Les cinglés de la droite ukrainienne qui, sous la direction des États-Unis, ont renversé par la force le gouvernement légitime d’Ukraine, ont abattu les centaines de statues de Lénine qui étaient encore debout dans le pays. Les anciens combattants qui se sont battus sous les Soviétiques dans la seconde guerre mondiale ont pris cela comme un manque de respect. D’autres encore y ont vu une attaque contre les bons souvenirs qu’ils avaient de temps meilleurs et ils ont essayé de les protéger. L’effacement forcé de l’histoire a divisé encore plus le pays (...)

Les statues situées dans les villes et les lieux sont bien plus que la vénération d’une personne ou d’un groupe. Ce sont des symboles, des repères et des fragments de souvenirs personnels

(...)

Robert Lee était un homme brutal qui se battait pour maintenir le racisme et l’esclavage. Mais il y a peu de figures historiques sans défauts. George Washington ne « possédait »-t-il d’esclaves? Lyndon B. Johnson n’a-t-il pas menti à propos de l’incident du Golfe du Tonkin et n’a-t-il lancé une gigantesque guerre injuste contre des non-blancs sous de faux prétextes? Il y a des gens qui y penseront en voyant leurs statues. Devraient-elles être aussi enlevées ?

La signification d’un monument change à mesure que le temps passe. Bien qu’il ait sans doute été érigé dans le cadre d’une idéologie ou d’un concept particulier, l’idée qu’on se fait de lui change au fil du temps.

Les racistes blancs qui venaient « protéger » la statue à Charlottesville ne l’ont certainement pas fait au nom de la réconciliation. Ni ceux qui sont venus s’opposer violemment à eux. Lee était raciste. Ceux qui sont venus  « défendre » la statue étaient principalement des racistes de la « suprématie blanche ». Il faut bien sûr s’opposer à eux.

Mais le problème ici est plus large. Nous ne devons pas oublier que les statues ont plusieurs significations et messages. Lee a aussi écrit:

Que la guerre est cruelle ! Elle sépare et massacre familles et amis, elle détruit les plus purs joies et bonheurs que Dieu nous a accordés dans ce monde; elle remplit nos cœurs de haine au lieu d’amour pour nos voisins et elle dévaste le beau visage de ce monde magnifique.

Ce n’est pas parce que Lee était raciste qu’il faut abattre sa statue. Le Lee Park, le parc de Charlottesville où se trouve la statue, a récemment été rebaptisé Emancipation Park. Il paraît logique d’y laisser la statue pour faire réfléchir sur le contraste entre elle et le nouveau nom du parc.

Les anciens monuments et statues ne doivent pas (seulement) être considérés comme une manière de célébrer les gloires de l’époque. Ils incarnent notre histoire. Avec un peu d’éducation, ils peuvent devenir de précieux enseignements.

George Orwell a écrit dans son livre 1984: « Le moyen le plus efficace de détruire les gens est de nier ou d’effacer la compréhension qu’ils ont de leur histoire ». Les gens ne veulent pas être détruits. Ils se battront contre ceux qui voudront les détruire. Le fait de déboulonner des monuments ou des statues sans un large consensus divise une société. Une grande partie des États-Unis a voté pour Trump. On a l’impression que la vague actuelle de déboulonnage de statues est ressentie comme une « punition » bien mérité à l’encontre de ceux qui ont mal voté, c’est-à-dire qui n’ont pas voté pour Hillary Clinton. De nombreux électeurs de Trump n’aiment pas les statues de Robert Lee, mais ils vont détester encore plus la campagne pour les déboulonner.

Il y a peut-être des intentions cachées derrière la querelle actuelle. La radicalisation des camps adverses a peut-être un but. Le camp de Trump peut l’utiliser pour couvrir ses plans de priver toujours plus les citoyens de leurs droits. La fausse « résistance » des partisans de Clinton a besoin de ces conflits culturels pour couvrir son manque de résistance politique aux projets de Trump.

En tout cas, tous ceux qui sont tentés d’attiser le feu de ces dissensions feraient bien d’y réfléchir à deux fois.

Moon of Alabama | 16 août 2017

Article original en anglais: Smashing Statues, Seeding Strife

Source: http://arretsurinfo.ch/demolir-des-statues-semer-la-division/

 

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L'Europe va légaliser le blocage des comptes courants

ARG BANKSTERS

 

L'Europe va légaliser le blocage des comptes courants

https://www.levilainpetitcanard.be/articles/actu/leurope-va-legaliser-le-gel-des-avoirs-bancaires_229821624

L'Europe planche actuellement sur l'idée d'une législation destinée à empêcher un Bank Run au cas où une banque se trouverait dans de telles difficultés financières qu'elle perdrait la confiance de ses clients.

Seul petit problème ?  C'est la quasi-totalité du système bancaire qui est au bord de l'effondrement.  Toutes les banques sont exposées à des degrés divers à des emprunts toxiques dont une bonne partie est composée de créances totalement irrécouvrables.  Depuis le déclenchement de la crise financière en 2007, et l'investissement massif par les États membres de l'UE dans le sauvetage des banques (avec votre argent), ce sont des centaines de milliards qui ont été investis... en pure perte.  Nous voilà dix ans plus tard et rien n'a changé sous le soleil.  En fait, la situation a même empiré, et des banques systémiques comme la Deutsche Bank sont au bord de la banqueroute.

Pendant ce temps, dans presque tous les médias on vous serine que « tout va très bien, Madame la Marquise... ».  Et si je dis presque tous, c'est parce que c'est l'agence Reuters qui a soulevé ce drôle de lièvre, dans un article du 28 juillet intitulé EU explores account freezes to prevent runs at failing banks  (L'Union Européenne envisage un gel des comptes pour prévenir la ruée dans des banques en difficulté).

Faillite de la Banco Popular

Début juin Santander rachetait pour un euro symbolique la 3ème banque privée du pays (100 milliards sous forme de prêts), la Banco Popular, après ce qu'il faut bien appeler un bank run (jusqu'à deux milliards en une seule journée).  Ne vous laissez pas endormir par les titres comme celui-ci : Santander sauve Banco Popular de la faillite (Figaro).  La banque est bel et bien terminée, finie, lessivée.  Après vous pouvez appeler ça comme vous voulez.  Les actionnaires sont en slip; une partie des créanciers, qui avait troqué des taux d’intérêt plus élevés (plus de 8 %) contre la possibilité de ne pas être remboursés en cas de problèmes, a tout perdu.

Pour avoir un avis plus objectif sur ce qui s'est réellement passé, je ne puis que vous conseiller la lecture de journaux situés en dehors de l'Union Européenne, comme par exemple cet article du New York Times.  Vous noterez au passage qu'on parle bien de « collapse », d'effondrement et non d'une sorte de merveilleuse concentration de deux fleurons européens.

Ne pas confondre gel des comptes bancaires et fonds de garantie

Le mécanisme dont je parle ici ne doit en aucune manière être confondu avec le mécanisme existant déjà garantissant les dépôts bancaires jusqu'à 100.000 euros (et vous garantissant aussi par voie de conséquence que vous ne verrez plus rien de ce qui excède ce montant).

Il s'agit d'un projet, en discussion depuis le début de l'année, visant à instaurer un mécanisme de blocage des comptes courants dès le premier euro pour une période de 5 jours ouvrables extensible à 20 jours, soit en gros, presque un mois.  Et comment ferez-vous pour vivre pendant cette période ?  Eh bien vous irez demander gentiment l'aumône à la banque qui vous donnera généreusement quelques euros par jour de vos propres fonds.  Pas belle la vie ?  Ce sera un peu des vacances, comme à Chypre, sans même avoir à vous fendre d'un billet d'avion.

Et comme Olivier Delamarche l'avait noté, si l'on applique ce gel des avoirs pour une durée de 20 jours ouvrables et que rien ne change par ailleurs, cela ne fera que repousser la ruée sur les guichets de 20 jours.  Et pour y retrouver quoi ?  Le risque n'est pas à négliger d'un haircut généralisé comme cela avait été le cas à Chypre, et nous n'aurions que nos yeux pour pleurer.

Ce qui se profile est un véritable hold-up bancaire au niveau européen.  Eh oui, si l'on doit croire ce qu'on nous raconte dans les médias, alors pas besoin de ce genre de loi scélérate, n'est-ce pas ?  Et si pareille loi est une nécessité, alors c'est que le système bancaire est bel et bien au bord de l'implosion et qu'on nous prend pour des jambons.

Votre argent ?  N'y pensez plus

Si vous croyez encore un peu naïvement que vos avoirs bancaires vous appartiennent, laissez-moi vous détromper.  Dès qu'il est versé sur votre compte, votre argent est converti créance au passif de la banque.  Vous n'êtes plus vraiment « propriétaire » de cet argent mais cela vous ouvre un droit de créance sur un montant équivalent, éventuellement augmenté des intérêts au moment ou vous choisirez de la recouvrer.  C'est à distinguer, par exemple, du dépôt d'un même montant en espèces dans un coffre de la même banque.  Dans ce cas, vous restez propriétaire du contenu qui n'est pas repris au passif de la banque. 

Et il est important de comprendre la distinction subtile qu'il y a entre « avoir une somme d'argent » et « avoir une créance ».  Dans le premier cas vous n'avez rien à perdre, dans le second vous êtes tributaire de la bonne santé financière de la banque.  Ah oui, j'oubliais, il y a la fameuse garantie sur les dépôts bancaires, on est sauvés...  Oui, sauf si c'est l'ensemble du système bancaire qui s'écroule, parce qu'en pareil cas, le fonds de garantie serait parfaitement insuffisant pour indemniser tout le monde.

Que peut-on faire pour se prémunir ?

Eh bien tout d'abord arrêter de mettre tous ses oeufs dans le même panier (percé).  Diversifiez vos investissements, investissez dans l'immobilier (maisons, appartements, terrains) si vous en avez les moyens.  Ne laissez sur votre compte que ce qui doit impérativement y être pour honorer vos domiciliations bancaires plus une petite marge pour les dépenses courantes.  Investissez une partie de vos avoirs sous forme de créance dans une devise non européenne, comme la livre sterling, par exemple.  Privilégiez les banques qui ne sont pas massivement exposées aux emprunts toxiques, et si possible qui ont clairement séparé la partie banque d'affaires de la partie banque privée.

Mais ça ne peut pas arriver !

Hum, j'aurais dit ça aussi il y a 20 ans, mais aujourd'hui, je n'ai plus aucune certitude, surtout à la lumière de ce qui s'était passé à Chypre, et plus encore de cette législation qu'on nous concocte.  Les belles promesses n'engagent que les idiots qui y croient, et lorsque vous prêtez de l'argent (quand vous le mettez à la banque, donc) il existe forcément un risque que vous ne revoyiez plus vos liards.  Mais cela, on ne vous le dit pas, et au contraire on vous berce avec des belles garanties qui sont d'autres belles promesses qui n'engagent que les idiots qui y croient...

Eh oui, l'Europe c'est cela : plus libérale que les États-Unis d'Amérique quand il s'agit de privatiser les bénéfices, et plus communiste que l'Union Soviétique quand il s'agit de faire éponger par l'ensemble des contribuables les dettes des banques qu'il aurait fallu laisser tomber en faillite.

Vous n'aviez quand même pas cru qu'on parlait d'argent « virtuel » quand on parlait de milliers de milliards d'euros qui s'étaient volatilisés en quelques semaines en 2007 ? 

La cigale et la fourmi
Jean de La Fontaine

La cigale , ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle
«Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'oût , foi d'animal,
Intérêt et principal .»
La fourmi n'est pas prêteuse ;
C'est là son moindre défaut.
«Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
- Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
Eh bien : dansez maintenant.»

Références: 

Reuters (28.07.17) - EU explores account freezes to prevent runs at failing b...

Alternatives Économiques (12.06.17) - Banco Popular ou comment Bruxelles tran...

Le Vaillant Petit Économiste - Reuters révèle les plans de l'Union Européenne...

 

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samedi 19 août 2017

Supremacisme idéologique (2)

ARG ALT RIGHT 2

 

Les suprématistes blancs n’étaient pas les seuls à saccager Charlottesville

Par Denise C. McAllister — 17 août 2017

 


Des dizaines d’années d’agressions armées réciproques et de recrutement ont intensifié le conflit entre les antifascistes et les fascistes.

La violence à Charlottesville ne révèle pas ce que nous sommes en tant qu’Américains, mais ce que nous pourrions bien devenir si nous laissions le radicalisme et le totalitarisme se normaliser. En Amérique aujourd’hui, ce danger ne vient sans doute pas de la Droite radicale, mais de la Gauche.

Pour comprendre cette évolution, il faut se pencher sur la nature des acteurs engagés dans les violences de ce week-end. Ceux qui ont organisé la manifestation et la contre-protestation n’étaient pas des Américains moyens, mais deux groupes extrémistes: anti-fascistes (Antifas) à gauche (les contre-manifestants) et les nationalistes suprématistes blancs à droite (les manifestants).

Ces groupes ne sont pas apparus soudainement avec l’investiture de Donald Trump. Ils existent depuis très longtemps. Comme l’explique Peter Beinart de The Atlantic:

Le mouvement Antifa est né dans les années 1920 et 1930, avec la lutte des militants gauchistes contre les fascistes dans les rues d’Allemagne, d’Italie et d’Espagne. Quand le fascisme s’est éteint après la Seconde Guerre mondiale, Antifa en a fait autant. Mais dans les années 70 et 80, les skinheads néo-nazis ont commencé à infiltrer la scène punk britannique. Après la chute du mur de Berlin, le néo-nazisme s’est également développé en Allemagne. En réponse, un groupe de jeunes gauchistes, dont de nombreux anarchistes et de punks, a relancé la tradition de la lutte de rue contre l’antifascisme.
À la fin des années 80, les punks de gauche aux États-Unis se sont ralliés aux Antifa, bien qu’ils aient d’abord appelé leurs groupes Anti-Racist Action, partant de l’idée que les Américains ont une meilleure connaissance de la lutte contre le racisme que contre le fascisme. Selon Mark Bray, auteur de l’excellent livre « Antifa: The Anti-Fascist Handbook », ces activistes participaient aux tournées de groupes de musique alternatifs populaires dans les années 90, pour essayer d’empêcher les néonazis de recruter. En 2002, ils ont interrompu un discours du chef de l’Église mondiale du Créateur, un groupe suprématiste-blanc de Pennsylvanie; 25 personnes ont été arrêtées pendant la bagarre. 
Au cours des années 2000, alors que l’internet facilitait le dialogue transatlantique, des activistes américains ont adopté le nom d’Antifa. Mais même dans la gauche militante, le mouvement n’était pas très connu. Pour la plupart des militants de gauche pendant les années Clinton, Bush et Obama, le capitalisme mondial dérégulé apparaissait comme une menace bien plus grande que le fascisme.

Comme Beinart l’a mentionné, en 2002, ces deux groupes se sont affrontés violemment à York, en Pennsylvanie, dans une bagarre de rue qui a conduit à l’arrestation de 25 personnes, toutes Antifa sauf deux. « On aurait dit une scène sortie de l’Allemagne de l’Est de jadis, peut-être, ou de l’un des centaines d’autres endroits en Europe où les « antifas » (anti-fascistes) et les néonazis se battaient avec des matraques, des couteaux et des cocktails Molotov », a écrit un journaliste. L’incident a laissé la ville de 40 000 habitants « en état de choc ».

Le Yin et Yang des combats de rue politiques

Cela fait des dizaines d’années que les antifascistes et les fascistes se tirent dessus, recrutent des militants, et se livrent à une guerre de mots sur Internet. L’arrivée de Barack Obama a pacifié la gauche radicale dans une certaine mesure, la majeure partie des conflits pendant sa présidence étaient reliés à d’Occupy Wall Street et aux anticapitalistes. Mais Antifa est resté en attente, sous l’aile de l’idéologie progressiste du Parti démocratique qui soutient indirectement son programme totalitaire et tolère sa violence.

Avec la campagne controversée et l’élection de Donald Trump, Antifa est arrivé sur le devant de la scène, avec son opposant traditionnel, les néo-nazis. La Droite radicale – un groupe minuscule et méprisable – a vu dans le programme de Trump : l‘Amérique d’abord, une occasion de se légitimer.

Malgré le fait que Trump et ses partisans condamnent le racisme, la Gauche a qualifié tous ceux qui l’ont soutenu de « Droite radicale ». Des liens informels et même niés ont été considérés comme des alliances scellées dans le sang. Peu importe qu’une grand-mère, qui veut un meilleur contrôle des frontières et aime Trump parce qu’il défend les intérêts américains, n’ait rien à voir avec un voyou néo-nazi. Elle, et tous ceux qui portent un chapeau rouge MAGA (Make America Great Again) ont été considérés comme des suprématistes blancs et des racistes par la Gauche.

Avec l’arrivée de Trump, une foule d’anarcho-activistes a rejoint les rangs secrets d’Antifa pour faire taire les légions de soi-disant néo-nazis qui venaient aux rassemblements de Trump. « Le Jour de l’Inauguration, un activiste masqué a frappé le chef de la suprématie blanche Richard Spencer », écrit Beinart. « En février, les manifestants ont empêché par la violence Milo Yiannopoulos, un ancien rédacteur en chef de Breitbart.com, de prononcer un discours à la l’Université de Californie de Berkeley. En mars, les manifestants ont poussé et malmené le politologue conservateur controversé Charles Murray qui faisait une conférence au Collège Middlebury, dans le Vermont. »

Une bagarre a éclaté à New York le 1er mai quand les Antifas se sont affrontés aux partisans de Trump à Times Square. Antifa a également participé à la violence lors d’un rassemblement Trump à San José, Californie. Le journal pro-Antifa It’s Going Down s’est félicité des attaques contre les partisans de Trump qu’il a qualifiées de « justes raclées ».

Un antifa a déclaré que la violence est justifiée parce que « la résistance n’est pas toujours sans danger ni belle, mais elle est immaculée en comparaison de notre monstrueux gouvernement ». Tous ceux qu’ils considèrent comme « fascistes, Alt Right, Nationalistes blancs, etc., sur la base des groupes dont ils font partie ou qu’ils soutiennent » sont ciblés. « Les nazis, les fascistes, les nationalistes blancs, les antisémites et les islamophobes sont des catégories spécifiques, même si elles se chevauchent ou sont des sous-ensembles les unes des autres. Nos principales cibles sont des groupes et des individus qui soutiennent les suprématistes blancs et les séparatistes blancs ou militent directement avec eux. Nous nous efforçons d’être très clairs et précis dans l’utilisation de ces termes. »

L’utilisation du terme « raciste » comme d’une arme

La violence d’Antifa est étroitement liée aux étiquettes que la Gauche colle sur les Républicains: c’est un point important que les politiciens, les intellectuels et les médias doivent prendre au sérieux. Pendant les années 1960, quand les conservateurs étaient traités de nazis pour avoir soutenu la loi et l’ordre, l’étiquette de raciste a été utilisée comme matraque par les démocrates pour réduire les Républicains à la soumission. Si vous êtes pour le contrôle aux frontières, vous êtes raciste. Si vous vous opposez à la discrimination positive, vous êtes raciste. Si vous prônez une plus grande opposition à l’islam radical, vous êtes raciste. Si vous ne croyez pas qu’il existe un racisme institutionnalisé en Amérique, vous êtes raciste. D’une manière générale, si vous n’êtes pas d’accord avec les Démocrates, vous êtes raciste.

C’est dans cette ambiance que Trump est arrivé quand il a concouru pour la présidence. Il s’est élevé contre elle. Il a été qualifié de raciste. Ses partisans ont été qualifiés de racistes. Bien sûr, cachés dans l’ombre il y avait les vrais racistes – les suprématistes blancs – qui étaient heureux que quelqu’un s’exprime en faveur des intérêts nationaux et du protectionnisme culturel. Ils se sont tournés vers Trump et l’ont revendiqué comme un des leurs. Pourtant Trump a dénoncé le Klu Klux Klan et a rejeté le racisme sous toutes ses formes. Il a ignoré la droite radicale, tout comme Hillary Clinton ignorait les gauchistes radicaux qui la soutenaient. Mais l’étiquette de raciste est restée.

La rhétorique selon laquelle Trump et ses partisans sont racistes a été véhiculée par les Démocrates – et ils sont particulièrement adroits en la matière car ils utilisaient cette rhétorique longtemps avant que Trump n’entre en scène. Ces accusations ont été relayées sans répit par les gauchistes sur les médias sociaux et reprises par des politiciens qui ont attisé les flammes du sentiment d’inégalité raciale, en qualifiant tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux de raciste. Pire encore, les Républicains du groupe « Jamais Trump » ont indirectement rejoint ces groupes en singeant leur étiquetage de Trump et de ses partisans.

La rhétorique anti-raciste a pris encore de l’ampleur avec les échauffourées de Charlottesville. Maintenant, où que vous vous tourniez, quelqu’un de la Droite est accusé de racisme. Ceux qui ne qualifient pas la violence de Charlottesville comme la Gauche le fait sont des racistes. Tous les groupes qui défendent les principes constitutionnels sont des racistes. La National Rifle Association est raciste. Tout le Parti républicain est raciste. Si un écrivain critique la violence de Black Lives Matter, il est raciste. On a le sentiment qu’il y a des racistes partout; Les blancs oppriment les noirs; Trump est dangereux!

Qu’en est-il de l’autre camp du conflit ?

Pendant ce temps on parle très peu des violents antifascistes que la gauche a tolérés et même encouragés. On  entend beaucoup de gens déplorer le clin d’œil que Trump fait à la Droite radicale, mais on n’entend quasiment pas parler du soutien avéré (qui n’est pas un simple clin d’œil) que les  Démocrates, les libéraux et la Gauche en général, apportent à la Gauche radicale violente.

« Lorsque l’activiste antifa masqué a été filmé en train d’agresser Spencer le Jour de l’Inauguration, un article de The Nation a dit que son coup de poing était un acte d’une « beauté cinétique », écrit Beinart. « Slate a publié un article  élogieux sur une chanson humoristique qui glorifiait l’assaut. Twitter a été inondé de versions de la vidéo accompagnées de diverses chansons moqueuses qui ont tourné en boucle et suscité ce tweet de l’ancien rédacteur des discours d’Obama Jon Favreau: « Quelque soit le nombre des chansons qui seront postées pour tourner Richard Spencer en dérision, elles me feront toutes rire. » La violence contre les Républicains et tous ceux qui sont considérés comme « racistes » par la Gauche est devenue courante. Maintenant que de vrais racistes apparaissent et que de la violence en découle, Antifa et ses partisans du Parti démocrate se sentent encore plus en droit d’attaquer tous ceux qu’ils jugent fascistes, et beaucoup en Amérique le tolèrent ou au moins en rejettent le blâme sur les Républicains.

Ce sont les libéraux qui ont mis le feu aux poudres en infectant l’Amérique avec l’idée que notre pays est intrinsèquement raciste – une idée qu’Obama a entretenue. C’est dans notre ADN, a-t-il dit. Nous sommes racistes même si nous ne savons pas que nous sommes racistes. Nous ne sommes pas jugés sur nos actions ou nos fautes personnelles, nous sommes jugés par ceux qui ont décidé de notre culpabilité collective pour des injustices passées, nos croyances conservatrices, notre politique et nos relations. Nous sommes le vrai danger, et pas les antifascistes qui se livrent pourtant à de réelles violences dans leur guerre contre la Droite radicale.

Les vrais racistes pourraient-ils se lever s’il vous plaît ?

Comme cela fait des décennies que tous ceux qui ne sont pas d’accord avec le Parti démocrate sont étiquetés comme racistes ou fascistes, beaucoup d’Américains ne savent plus à quoi ressemble le vrai racisme. Que se passe-t-il lorsque vous croyez que tous ceux qui soutiennent le président et ses politiques sont des racistes? Que se passe-t-il lorsque les racistes sont considérés comme une « menace intérieure »?

Le sénateur Ted Cruz a dit que le ministère de la Justice devrait, dans son enquête, considérer la violence à Charlottesville comme du terrorisme intérieur. Il a mentionné les néonazis, mais n’a pas parlé des anti-fascistes. Seuls les racistes sont considérés comme une menace. Les « racistes » sont désormais ceux qui veulent construire un mur et remettre l’Amérique à la première place sur la scène internationale. Serait-il possible que, dans ce climat hostile, ces Américains ordinaires en viennent à être considérés comme une menace intérieure alors que le danger réel est volontairement ignoré? Peut-être pas pour l’instant, mais ça pourrait arriver si un politicien qui croit en la rhétorique de la Gauche arrivait au pouvoir.

Les dirigeants de l’Amérique donnent de la légitimité à Antifa en minimisant ou en niant son rôle dans la violence. Les Républicains qui ne dénoncent pas les anti-fascistes et les étiquettes que ces derniers et les libéraux collent sur leurs opposants, jouent à nouveau les idiots utiles en essayant de se distancer des vrais racistes pour échapper eux-mêmes à l’étiquetage.

Les Démocrates ne dénoncent pas les Antifas parce qu’ils sont fondamentalement d’accord avec leur idéologie, sinon avec leurs méthodes. Ils veulent la destruction des conservateurs, des Républicains et des principes de liberté de notre nation. Si pour cela il faut déchaîner les démons de la Gauche radicale ou au moins minimiser leur violence, eh bien qu’il en soit ainsi !

D.C. McAllister | 14 Août 2017 | The Federalist

Denise C. McAllister est une journaliste basée à Charlotte, en Caroline du Nord, et une éminente contributrice de The Federalist.

Article original: White Supremacists Were Not The Only Thugs Tearing Up Charlottesville

Source: http://arretsurinfo.ch/les-suprematistes-blancs-netaient-pas-les-seuls-a-saccager-charlottesville/

 

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vendredi 18 août 2017

Un Schengen pour les militaires

PDV JUNKER OTAN

 

Un Schengen pour les militaires

Par Fernand le Pic — 15 août 2017

 

Antipresse  N° 89 | 13.8.2017

Par Fernand Le Pic


Ça circule beaucoup en Europe: libre circulation, migration… Mais voici que l’OTAN a décidé de ce joindre au mouvement. Ces «migrants en uniforme» réclament désormais une liberté de circulation totale sur le continent.

Le lieutenant-général Frederick «Ben» Hodges dirige encore pour quelque temps le corps d’infanterie de l’armée américaine stationné en Europe, l‘USAREUR pour les intimes, avec sous ses ordres un effectif permanent d’environ 30000 fantassins, paras et autres forces, notamment dans le renseignement et la désinformation militaires. Son quartier général se situe à Wiesbaden, haut lieu du pont aérien vers Berlin durant la Guerre froide.

Cela fait bientôt deux ans que notre général Ben Hodges trépigne. Il se plaint tous azimuts des très désagréables entraves administratives qui gênent le passage aux frontières intra-européennes de ses soldats et convois, tous bourrés d’armes et de munitions. Il en fit un long plaidoyer devant le bureau polonais du CEPA (Center for European Policy Analysis), un énième think-tank américain sponsorisé par Lockheed Martin, BAE Systems, ou encore Textron Systems (groupe offrant ses services, entre autres, dans la logistique et les infrastructures militaires).

Certes, il conçoit qu’il y ait bien ici ou là des résidus de souverainetés locales et même des frontières législatives, comme il en existe à l’intérieur des États-Unis, mais tout de même! Toutes ces formalités lui paraissent «étonnamment pesantes». Il faut donc que cela cesse, et vite.

Alors il exige des Européens que ces derniers lui accommodent fissa un statut de libre circulation militaire équivalent à celui de Schengen pour les civils. Rien que ça. Il va même jusqu’à prendre modèle sur les facilités offertes aux masses d’immigrants illégaux qui déferlent sur l’Europe depuis quelques années. «Plus que tout, nous avons besoin d’une zone militaire de type Schengen, ce qui permettrait à un convoi militaire de se déplacer à travers l’Europe aussi rapidement qu’un migrant» ose-t-il lancer sans vergogne. C’est vrai que, question réseaux migrateurs, on s’y connaît au sein de l’armée américaine. Même qu’on théorise. Par exemple, Kelly Greenhill, l’une de ces si discrètes têtes pensantes du Pentagone, a réussi à présenter à la prestigieuse Naval Postgraduate School de Monterey (Californie) toute l’efficacité de la «coercition par le déplacement de populations». Une étude dont elle a tiré un livre devenu un classique chez les généraux: L’Arme de migration massive. Un titre qui donne à méditer sur l’instrumentalisation militaire du phénomène.

Mais revenons à Ben Hodges. Pourquoi donc est-ce un général trois étoiles qui s’occupe ainsi de questions plutôt politiques et dévolues normalement au circuit diplomatique civil? C’est encore lui qui donne la réponse: parce que Trump n’a pas encore fini d’installer tous ses ambassadeurs en Europe et que les simples chargés d’affaires qui sont là en attendant n’ont pas les pouvoirs nécessaires pour traiter ce type de dossiers. “Ça fait mal de ne pas avoir d’ambassadeur” déclarait-il la larme à l’œil lors d’une inspection de ses troupes en Bulgarie, le 19 juillet dernier.

On peut au moins en tirer une première leçon (même si on le sait déjà): derrière tout sujet que le Département d’État impose à l’ordre du jour de ses «alliés», se cache un agenda du Pentagone. La preuve: dès que le Département d’État n’est plus là pour jouer les faux nez, c’est toujours une coupe militaire à la West Point qui surgit. Quoi qu’il en soit de ce rideau qui se décroche tous les jours un peu plus, Ben Hodges peut se réjouir. Les politiques européens ont obtempéré au quart de tour à ses injonctions.

A commencer par Radosław Sikorski, l’ancien ministre polonais de la défense puis des Affaires étrangères, un peu en disgrâce depuis qu’il s’est fait piéger par des enregistrements peu amènes envers Washington. Histoire de se racheter, il se fit prestement l’écho de cette exigenceNous avons besoin d’un espace Schengen pour les chars américains», confirma-t-il dès octobre 2015.

Le slogan est très vite repris par les «tanks» de résonance washingtoniens. La suédoise Elisabeth Braw, de l’Atlantic Council, pond un long article dans «Foreign Affairs» de juin 2016, soutenant le principe d’un «Schengen pour l’OTAN». Hannes Hanso, ministre de la défense d’Estonie emboîte le pas pour une «politique de portes ouvertes en faveur de l’OTAN». En février 2016, la Serbie, non-membre de l’OTAN, avait déjà accordé la liberté de mouvement à l’OTAN ainsi que l’immunité diplomatique à ses troupes, tandis qu’en mai, c’était au tour de la Suède, également non-membre de l’OTAN, de ratifier une loi permettant d’alléger les formalités de passages militaires à ses frontières.

En 2017, c’est à la «vieille Europe» de s’y colleter. Le message passera par l’une des plus fidèles supplétives du Pentagone: Jeanine Hennis-Plasschaert, notre fringante ministresse de la défense hollandaise, dont nous avons déjà eu l’occasion de parler (cf. Antipresse N° 79: «L’OTAN adore les femmes»). Elle déclara au mois de juin dernier, lors d’un énième sommet nuageux de l’OTAN, que les troupes européennes «devaient être en mesure de se déplacer rapidement partout où il existe une menace« . Elle reprenait évidemment à son compte la nécessité de créer un «espace Schengen militaire», ajoutant que devaient y être éligibles «tous les membres de l’OTAN» (Turquie incluse donc, ainsi que, vraisemblablement, les affidés «non-article 5» du «Partenariat pour la paix», dont la Suisse?), sans oublier «tous les alliés de l’Union européenne». Rien que ça! Voilà qui risque de faire pas mal de monde au portillon. On devrait bientôt se retrouver face à une belle quantité de militaires lâchés sur nos routes et nos campagnes, et provenant des horizons les plus divers. Des migrants en uniformes en quelque sorte.

En tirant le fil de cette information d’apparence plutôt technique et anodine, n’était la scandaleuse accélération du déni de nos frontières, on découvre que la Jeanine fait le job. Elle en a déjà touché un mot à l’Italienne Federica Mogherini (Haute représentante de l’UE pour la politique étrangère et de défense) et à l’Espagnol Jorge Domecq (chef de l’Agence européenne de défense), tout cela sous les yeux attendris de Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN. Évidemment, tout le monde va suivre, et c’est l’ami Juncker qui devrait l’entériner très officiellement dans sa déclaration annuelle sur «l’état de l’Union», le mois prochain, entre deux apéros. Une titraille («l’état de l’Union») dont on ne résiste toutefois pas, la mort dans l’âme, à relever à quel point elle singe, si piteusement, le jargon et la procédure du Congrès américain.

Mais ce «Schengen militaire» ne doit pas être confondu avec la reprise qu’en firent Roberta Pinotti, ministre de la défense (également une Nato’s girl évoquée dans l’Antipresse n°79) et Paolo Gentilini, ministre des affaires étrangères d’Italie, en août 2016. Face au Brexit qui venait de passer et à l’arrivée possible de Trump au pouvoir, dont la campagne anti-otanienne fit grand bruit, le Landerneau politico-militaire européen s’affola. Il craignit d’avoir à s’occuper de sa sécurité collective tout seul. Il fallut s’organiser au plus vite. C’est là que nos deux Italiens, fouillant dans le Traité de Lisbonne, y découvrirent qu’on pouvait monter une première force militaire commune avec seulement quelques pays bien équipés et volontaires, sans passer par la case d’unanimité à 27 (hors Royaume-Uni), et donc sans risque de véto intempestif. Après quoi, il suffisait d’y ajouter graduellement tous les autres pays candidats qui voudraient suivre le mouvement. Dans leur esprit, l’analogie avec Schengen ne visait que ce paramètre d’adhésion progressive. Alors que Merkel et Hollande commençaient à faire cavalier seul dans cette direction, ils s’empressèrent de se rappeler à leur bon souvenir via une tribune publiée par Le Monde. C’était il y a un an presque jour pour jour, et son titre était sans ambiguïté: « L’Italie appelle à un Schengen de la défense». Mais on ne pique pas comme ça ses idées au pragmatique soldat Ben Hodges, et comme en matière militaire européenne, c’est l’Amérique qui décide, le Schengen de la défense continuera de signifier qu’on doit laisser circuler le boss où il veut et quand il veut, un point c’est tout.

Oui mais pourquoi maintenant? On ne peut avancer que des hypothèses. La première est de continuer de nourrir la propagande antirusse dans la conscience collective otanienne. La seconde, c’est de vraiment préparer des opérations léthales. Mais il en existe sûrement une autre, beaucoup plus terre à terre. Explorons.

Le «Schengen militaire» façon Ben Hodges va nécessairement se traduire par de gros investissements d’harmonisation des infrastructures et d’achat de matériels de transport, le tout bien ficelé aux normes américaines, en particulier dans les anciens pays du Pacte de Varsovie. Interrogé le 20 juin 2017 sur la contribution obligatoire d’affidés de l’OTAN à concurrence des fameux 2% de leur PIB, Ben Hodges le confessait presque benoîtement. Pour lui, des contributions en nature pourraient fort bien y satisfaire: «Qu’ils [nous] achètent des systèmes de transport de matériel lourd (HETs ) afin de permettre le mouvement de nos équipements et matériels sur le continent européen, par exemple», proposa-t-il. «Qu’ils nous garantissent l’accès ferroviaire  (…) avec suffisamment de rails pour déplacer une brigade». «Qu’ils nous achètent du carburant, des munitions. Qu’ils nous fournissent des sites de stockage ». Et de conclure: «Je n’ai pas besoin de plus de chars allemands ni de bataillons d’artillerie britanniques supplémentaires. Mais qu’ils améliorent leurs infrastructures et garantissent notre liberté de mouvement. Voilà comment ils peuvent s’acquitter de leurs obligations vis-à-vis de l’Alliance ».

En deux mots: derrière la levée des entraves frontalières, on ne se contentera pas de déplacements dans les broussailles, comme le vulgus migrantum. Il nous faut nos voies romaines à nos normes, pour nos véhicules et des dépôts pour nos ressources et nos munitions. Toutes choses que nous vous exporterons à prix d’or bien entendu. D’une pierre deux coups: frontières réduites à la mode jivaro, souveraineté évaporée et fournitures made in USA par cargos entiers.

Décidément, pour quelqu’un qui part à la retraite dans quelques semaines, Ben Hodges se sera démené sans faillir depuis deux ans. Ce qui nous amène à la formulation de notre troisième hypothèse: notre lieutenant général se concocte tout simplement sa porte de sortie vers le privé. Pourquoi pas comme grand ponte de tel think-tank qui orientera si facilement ses sponsors-fournisseurs américains vers le terrain de jeu tout neuf que le soldat Hodges, bardé de décorations, vient justement de leur préparer?

Bingo! Le fameux Centre for European Policy Analysis, basé à Washington et Varsovie, qui avait accueilli en 2015 ses premières récriminations relatives aux entraves frontalières, annonce qu’il lui offre une belle chaire toute neuve, rien que pour lui. Il y dirigera notamment la recherche en matière de «défense territoriale et équilibre militaire» au sein de l’Europe. De quoi certainement arrondir douillettement ses 14’000 dollars mensuels de retraite d’officier.

Antipresse  N° 89 | 13.8.2017

Source: Antipresse

Lorsque les Etats-Unis soutenaient les islamistes radicaux en Bosnie et au Kosovo

PDV YOUGOSLAVIE

 

Lorsque les Etats-Unis soutenaient les islamistes radicaux en Bosnie et au Kosovo

Par Marc Jean — 17 juin 2017

 

http://arretsurinfo.ch/lorsque-les-etats-unis-soutenaient-les-islamistes-radicaux-en-bosnie-et-au-kosovo/

 

J’ai lu plusieurs ouvrages dénonçant le rôle des Etats-Unis dans la déstabilisation des Balkans et les conflits dévastateurs qui ont suivi. Alexandre del Valle dans  »Guerre contre l’Europe » (1) analyse la politique étrangère souvent cynique des Etats-Unis dans les Balkans, au plus grand profit de l’intégrisme islamiste. Un ouvrage plus récent,   »Guerre sainte de l’Amérique », de F. William Engdahl (2), révèle les complicités des Etats-Unis avec les radicaux islamistes dans les conflits depuis l’Afghanistan, en passant par le Caucase, jusqu’aux Balkans.

L’ambassadeur du Canada en Yougoslavie, James Bissett, écrivait en 2001 : « Depuis 1998, la Central Intelligence Agency (CIA) avec l’aide du Special Air Service (SAS) britannique livrait des armes à l’armée de libération du Kosovo (UCK) et leur assurait une formation militaire, dans le but d’une insurrection armée. […] et, une fois la région embrasée, l’intervention de l’OTAN deviendrait possible et justifiée » (3).

Effectivement, cela n’a pas tardé ; les événements allaient bientôt  » justifier » l’entrée en guerre de l’OTAN contre la Serbie, en violation de ses propres statuts, mais aussi de la charte des Nations Unies. (4)

Un prétendu  » nettoyage ethnique  »

Pour  » justifier » l’intervention de l’OTAN, le président Bill Clinton a prétendu que les Serbes avaient mis en œuvre un nettoyage ethnique et qu’une catastrophe humanitaire menaçait le Kosovo. Les Etats-Unis ont menti effrontément en comparant les événements du Kosovo à l’holocauste. La chaîne CNN soulignait que le « Président Clinton voulait convaincre l’opinion américaine du bien fondé de sa décision d’engager des militaires américains en Yougoslavie. Il a accusé les Serbes de procéder à un nettoyage ethnique au Kosovo, en le comparant à la destruction massive des Juifs pendant la seconde guerre mondiale. L’échec des efforts diplomatiques allait ainsi rendre l’engagement militaire inévitable ». (5)

La comparaison avec le nazisme est le moyen le plus efficace pour convaincre l’opinion publique de la nécessité pour les Etats-Unis d’intervenir militairement, alors même que la majorité des citoyens américains ignoraient jusqu’à l’existence même du Kosovo. Cet argument avait déjà été utilisé avec succès lors de la guerre bosno-serbe quelques années plus tôt. Comme nous l’explique Engdahl dans l’ouvrage mentionné plus haut.

Pendant la guerre civile bosno-serbe, le dirigeant bosniaque Iztbegovic chargea une société de lobbying américaine, PRRuder Finn, de convaincre l’opinion américaine du bien fondé de sa cause. La plupart des citoyens américains confondaient la Bosnie avec quelque lointain pays africain…

Le 23 juin 1992, le gouvernement d’Izetbegovic ratifia un contrat avec la société de relations publiques PRRuder Finn pour mettre en œuvre un lobbying auprès des médias états-uniens, britanniques et français ; mais aussi en direction des membres du Congrès et de personnalités influentes, comme Al Gore, Margaret Thatcher…ainsi que 17 sénateurs américains. Ruder Finn allait ainsi fournir les médias de l’establishment – tels le New York Times, le Washington Post, USA Today, le Wall Street Journal – en articles décrivant les Serbes comme les  » nouveaux nazis ». (6)

Enorme manipulation de l’ensemble des médias

Les organisations juives américaines représentaient la première cible à convaincre. La partie n’était pas gagnée d’avance. Le souvenir des atrocités commises envers les juifs pendant la seconde guerre mondiale par les unités fascistes croates oustachies et par les membres bosniaques musulmans de la division SS Handschar constituait à cet égard un obstacle qui aurait normalement dû inciter à manifester plus de sympathie envers les Serbes qu’envers les Bosniaques.

Cette remarque est d’ailleurs tout aussi valable pour les médias français qui, malheureusement, ont fait preuve d’un aveuglement anti-serbe déplorable. On se souvient des critiques virulentes de certains intellectuels, parmi eux Bernard Kouchner et l’inénarrable BHL, qui n’avaient de cesse de criminaliser les Serbes.

Ruder Finn va réussir un coup de communication extraordinaire en faisant paraître dans le quotidien new yorkais Newsday un reportage sur des prisonniers présentés comme preuve de l’existence de camps de concentration serbes. Ce reportage a réussi à faire définitivement basculer les organisations juives du côté des Bosniaques. Et l’ensemble des médias a bien entendu relayé cette narration des  » bons Bosniaques » victimes des  » méchants Serbes », assimilés aux nazis. Ainsi des expressions comme « épuration ethnique », « camp de concentration », ont immanquablement rappelé les images de l’Allemagne nazie et des chambres à gaz d’Auschwitz.

Dès lors, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe, l’opinion publique s’est majoritairement ralliée aux Bosniaques ; aucune voix discordante ne s’exprimerait plus sur ce sujet. Rendons néanmoins hommage à Jacques Merlino (6), rédacteur en chef Adjoint à France 2. Il fut le seul à défendre un point de vue objectif sur la question. Cette unanimité des médias dans la condamnation récurrente du  » méchant » serbe, en l’occurrence le Président Milosevic, nous rappelle leur condamnation unanime du président Assad dans le conflit syrien.

Les seuls  » méchants » sont les Serbes, les crimes des milices bosniaques et kosovares sont passés sous silence

Nos médias ne révéleront jamais la présence de mercenaires saoudiens, yéménites, algériens, égyptiens et pakistanais dans la guerre en Bosnie. Plusieurs unités de moudjahidines vont participer aux combats, dont une troupe de 6000 hommes désignée comme l’unité d’élite Handschar en souvenir de la 13ème division de montagne SS qui avait été formée en 1943 avec l’appoint des Bosniaques et avait massacré avec férocité, les Serbes, les Juifs et les Roms.

C’est ainsi que, au cœur de l’Europe, les Etats-Unis ont été complices d’une guerre confessionnelle dirigée contre les populations chrétiennes, serbes principalement. Cette politique criminelle de l’Administration Clinton, menée avec la complicité des Britanniques, et le laisser faire des autres dirigeants européens, aura des conséquences dramatiques pour les populations serbes du Kosovo.

Deux années après la guerre du Kosovo, l’ancien ambassadeur canadien en Yougoslavie pouvait écrire :

 » Après la campagne de bombardement de la Yougoslavie, l’OTAN est restée l’arme au pied et a assisté passivement aux massacres, aux exactions et au pillage commis par les bandes de l’UCK. C’est comme si on leur avait donné carte blanche. Un nettoyage ethnique visant les communautés non albanaises s’est déroulé sous les yeux des 40 000 militaires de l’OTAN. Par ailleurs, l’OTAN a refusé d’appliquer la résolution 1244 votée par le conseil de sécurité prévoyant le désarmement des miliciens de l’UCK. Elle s’est contentée de constituer avec ces bandes armées  un  »corps  de défense du Kosovo », chargé d’instaurer la paix et la sécurité dans la région ! ». (7)

Il faut relever le courage des militaires français qui sont venus en aide aux populations serbes en les protégeant des exactions de l’UCK. Le colonel Jacques Hogard (8) a dénoncé la collusion entre des militaires britanniques et des miliciens de l’UCK qui avaient tendu une embuscade à un convoi de civils serbes en fuite. Seule son intervention vigoureuse a permis de dégager le convoi. Nous renvoyons nos lecteurs à notre dernière contribution sur le sujet (9).

Aujourd’hui les Serbes rescapés de l’épuration ethnique de 1999, sont parqués dans des enclaves et entourés d’une population hostile. Ils sont en butte à de nombreuses tracasseries et menaces de la part de leurs voisins kosovars, sans que la police n’intervienne. Les défenseurs des droits de l’homme sont bien silencieux lorsqu’il s’agit des droits de la minorité serbe.

Le vrai objectif de la guerre du Kosovo

Nous savons aujourd’hui que la protection des Kosovars prétendument menacés d’un génocide n’était qu’un prétexte pour arracher ce pays à la Serbie et bien entendu y implanter une base américaine comme le démontre le colonel Hogard dans son ouvrage. F.Willian Engdahl confirme que le Pentagone, sitôt la Serbie à genoux, a engagé la construction de l’une des plus grandes bases militaires US : Camp Bondstell, à proximité de Gjilan, d’une superficie de plus de 3 km2. Y sont stationnés plus de 7000 militaires bénéficiant d’un aéroport et d’un centre ultra-moderne de communications. De quoi assurer une présence stratégique dans la région des Balkans à proximité des frontières russes. C’était le but de la guerre du Kosovo.

Il y a dès lors tout lieu de craindre que les engagements du ministre néerlandais des Affaires étrangères – selon un communiqué du 16 février 2016 – quant à la mise en place d’un  » tribunal spécial pour les crimes de guerre commis par des membres de la guérilla indépendantiste kosovare » resteront au stade des effets d’annonce.

Aujourd’hui, seule l’association française  » Solidarité Kosovo » manifeste son soutien aux Serbes du Kosovo en leur apportant une aide matérielle pour leur permettre de survivre dans leurs enclaves. (10)

Marc JEAN  | 14 juin 2017 | Droits réservés

(1)   Editions des Syrtes, 2000

(2) Amerikas heiliger Krieg, F. William Engdahl, Kopp Verlag, Rottenburg, 2014 (non traduit en français).

(3)  » We created a monster », Toronto Star, 31 Juillet 2001: http://web.archive.org/web/20080510052014/http://www.deltax.net/bissett/a-monster.htm

(4) Stephen Erlanger, Early Count Hints at Fewer Kosovo Deaths, The New York Times, 11/11/1999

(5) http://en.wikipedia.org/wiki/Ruder_Finn

(6) arretsurinfo.ch/jacques-merlino-les-verites-yougoslaves-ne-sont-pas-toutes-bonnes-a-dire/

(7) James Bissett,  » We created a monster », Toronto Star, 31 Juillet 2001

(8) L’Europe est morte à Pristina, Jacques Hogard, Editions Hugo&Cie,Paris,2014

(9) arretsurinfo.ch/la-faillite-de-leurope-au-kosovo-on-a-fait-la-part-belle-aux-kosovars-et-pietine-les-droits-des-serbes/

(10)­  Solidarité Kosovo : www.solidarite-kosovo.org

Articles du même auteur: http://arretsurinfo.ch/authors/marc-jean/

Source: http://arretsurinfo.ch/lorsque-les-etats-unis-soutenaient-les-islamistes-radicaux-en-bosnie-et-au-kosovo/

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Les conséquences d’une sortie de l’Euro

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Les conséquences d’une sortie de l’Euro

https://sansapriori.net/2017/08/16/2083-les-consequences-dune-sortie-de-leuro/

par Jacques Sapir · 16 août 2017

Le décalage entre le taux de change réel de l’Allemagne et celui de la France, tel qu’il a été mesuré dans les études du FMI[1] auxquelles ont a déjà fait référence[2], pose de nouveau le problème de l’Euro, et donc d’une possible sortie de ce dernier.
Si cette sortie s’accompagne d’une dissolution de la zone Euro, ce qui est la plus probable des solutions car on ne voit pas l’Italie et d’autres pays rester dans l’Euro une fois que la France en serait sortie, il convient d’envisager les conséquences économiques de la nouvelle situation.
Quels seraient les nouveaux taux de change ?

Dans le cas d’une dissolution de la zone Euro, que celle-ci soit consensuelle ou qu’elle soit provoquée par une sortie unilatérale de la zone Euro, on peut penser que les nouvelles parités de change s’établiraient, au bout de quelques mois, autour des niveaux des taux de change réels estimés par le FMI.

Ampleur des appréciations/dépréciations des taux de change en cas de dissolution de la zone Euro

 

Ajustement Moyen

Ajustement Maximal (avec overshooting)

Ecart avec Allemagne (normal – maxi)

Ecart avec France (normal – maxi)

France

-11,00%

-16,00%

26 – 43%

Italie

-9,00%

-20,00%

24 – 47%

+2% -4%

Espagne

-7,50%

-15,00%

22,5% – 42%

+3,5/+1%

Belgique

-7,50%

-15,00%

22,5% – 42%

+3,5/+1%

Pays-Bas

9,00%

21,00%

6% – 6%

+20/ +37%

Allemagne

15,00%

27,00%

+26/ +43%

Source : écart des taux de change réels dans le FMI External Sector Report 2017 et consultations d’experts des questions de change réalisées au début d’août 2017

 

Dans le cas d’une forte spéculation (qui pourrait être combattue par un contrôle des mouvements de capitaux à court terme*), l’Italie, en raison de la fragilité de son système bancaire, serait la plus touchée. De même, l’ampleur de la dette souveraine de la Belgique et la proximité avec la France, entraînerait un quasi-alignement des mouvements des taux de change avec la France.

Retenons de cela que les prix nominaux entre la France, l’Italie, l’Espagne et la Belgique et l’Allemagne seraient en forte variation, d’une moyenne de 23% à un maximum de 43%. Cette variation serait due en priorité à la réévaluation du « nouveau Deutschmark » bien plus qu’à la dépréciation des monnaies des 4 pays considérés. Les taux de change entre ces 4 pays ne bougeraient que peu. Par rapport au « reste du monde » (i.e. la « zone Dollar » et les pays n’utilisant pas l’Euro), le décalage serait bien moindre, de 10% à 15% en moyenne.

 

Effets économiques

 

Les effets de telles variations se divisent en 2. Un effet sur l’indice des prix, lié aux prix des produits importés et un effet sur le volume des exportations (qui s’accroît) et sur celui des importations (qui décroît). Ces effets ont été estimés dans le FMI World Economic Report d’octobre 2015, dans son chapitre 3[3].

Ici, il faut tenir compte de la différence entre la situation de la France et celle de l’Italie, l’Espagne et la Belgique. La France est un des pays les moins intégrés dans l’UEM. Elle ne réalise, en moyenne, que 55% de ses échanges avec les autres pays de l’UEM. Par contre, le niveau d’intégration de l’Italie, de l’Espagne et de la Belgique est bien plus élevé, variant entre 65% et 70%.

Dans ces conditions, la hausse des prix (sur 18 mois)

  • en France serait entre 3% et 4,5% (cumulés sur la période), hausse qui viendrait s’ajouter à l’inflation actuelle d’environ 1% (par an).

  • Pour l’Italie, le taux serait de 3,5% à 5,4% (toujours cumulé sur 18 mois).

C’est un pic d’inflation, mais qui reste transitoire, comme le montre l’évolution actuelle des prix au Royaume-Unis après une dépréciation de la Livre Sterling de près de 26% en un an[4].

Quant aux prix des carburants, rappelons que ceux-ci sont payés en Dollars des États-Unis et que les taxes représentent une grande partie du prix à la pompe. Même pour le carburant le moins taxé, et compte tenu du montant de ces taxes, la hausse ne serait que 1/3 du montant de la dépréciation vis-à-vis de la zone Dollar, soit environ 5%…

Les effets sur l’accroissement des exportations, et donc la croissance du PIB, seraient bien plus spectaculaires.

  • On peut estimer cet accroissement à +2,25% / + 3,5% du PIB.

  • Cet accroissement viendrait s’ajouter à la croissance actuelle, comprise entre 1% et 1,3%.

Nous aurions bien l’équivalent du « choc de compétitivité » tant cherché par les gouvernements successifs de ces dernières années via des baisses de charges, et qui ne s’est jamais manifesté.

  • Cet accroissement du PIB engendrerait une baisse importante du chômage avec des effets positifs sur l’UNEDIC et les régimes de retraites, qui permettrait de réduire progressivement les cotisation patronales et salariales, perpétuant alors le « choc de compétitivité » dans les années suivant la sortie de l’Euro.

 

Effets financiers

 

Les effets, ici, doivent être étudiés entre effets sur les entreprises et effets sur les ménages et bien entendu pour l’État.

Pour les entreprises, l’étude de Durand-Villemot de janvier 2017 montre que l’effet d’une dépréciation consécutive à la sortie de l’Euro est nul[5].

En ce qui concerne les ménages, la dépréciation aurait lieu après la conversion au taux de 1 pour 1 des montants en Euro en montant en « nouveau Franc ». L’impact pour les ménages serait donc uniquement celui du surplus d’inflation provoqué par la dissolution de l’Euro, donc compris entre -3% et -4,5% (sur 18 mois). On est donc très loin des estimations « à la louche » présentant une perte égale à la dépréciation. Et, la raison de cette différence, est que les ménages consomment des biens et services (loyers par exemple) qui ne seraient pas dépréciés car issus de production « en France ».

Pour les finances publiques, et l’on sait que le principe de la lex monetae s’appliquerait comme il s’est appliqué lors du passage à l’Euro[6], se poserait alors la question des taux d’intérêts des nouvelles dettes émises pour couvrir le déficit budgétaire et pour refinancer les emprunts arrivant à expiration.

 

Il est ici évident que, pour une période d’environ deux ans, la Banque de France, rétablie dans ses prérogatives, devrait assurer le financement de ces nouvelles dettes. Mais, au vu de l’importance des fonds en quête de placement, et du niveau actuel de la dette allemande (qui d’ailleurs se réduit progressivement), le retour des investisseurs sur la dette française peut être tenu pour acquis au-delà de ce délai de deux ans.

On le voit, les effets économiques et financiers d’une dissolution de la zone Euro (UEM) sont largement positifs. Le chômage, en particulier, baisserait de manière significative (de 1,5 millions à 2,5 millions) et l’équilibre des comptes sociaux serait rétabli sans qu’il soit utile et nécessaire d’imposer de nouveaux sacrifices aux salariés.
Le choix de rester dans l’Euro est un choix essentiellement politique, qui sous-tend un objectif implicite, jamais présenté aux Français, de dissolution de la Nation dans un cadre fédéral. Il est plus que temps de remettre en cause ce choix et de forcer le gouvernement à un débat honnête sur cette question, au nom de laquelle il sacrifie aujourd’hui la vie et le futur de millions de gens.

 

2017-08-16-recap

 

Notes

[1] Voir http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2017/07/27/2017-external-sector-report et http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2016/12/31/2016-External-Sector-Report-PP5057

[2] Voire la note publiée le 29 juillet 2017 sur Russeurope, https://russeurope.hypotheses.org/6180

[3] Voir : http://www.imf.org/en/Publications/WEO/Issues/2016/12/31/Adjusting-to-Lower-Commodity-Prices

[4] https://fr.news.yahoo.com/inflation-stable-en-grande-bretagne-094517610.html

[5] http://www.ofce.sciences-po.fr/blog/balance-sheets-effects-of-a-euro-break-up/

[6] Voir la directive de l’UE : http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex:31997R1103


source/ http://russeurope.hypotheses.org/6218

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*La durée du contrôle des mouvements de capitaux ne peut pas être estimée à ce stade et relève d'une décision souveraine dans le cadre bien sûr d'une sortie de l'UE, ce que J. Sapir n'envisage pas...Dommage. P.G.

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jeudi 17 août 2017

Les "néo- conservateurs" américains: origines et stratégies...

MONTAGE NEOCONS PDV

 

Extraits de l'article: 

L’histoire de la prise de contrôle par les néocons sur les États-Unis

Par Elizabeth Gould, Paul Fitzgerald — 09 juin 2017

http://arretsurinfo.ch/lhistoire-de-la-prise-de-controle-par-les-neocons-sur-les-etats-unis/

 

L’idéologie étrange, psychologiquement conflictuelle et politiquement créatrice de division, communément appelée néoconservatisme, peut revendiquer de nombreux parrains. Irving Kristol, le père de William Kristol, Albert Wohlstetter, Daniel Bell, Norman Podhoretz viennent immédiatement à l’esprit et il y en a beaucoup d’autres. Mais à la fois dans sa théorie et dans sa pratique, le titre de père fondateur du programme néoconservateur d’une guerre sans fin qui domine la pensée de la Défense et la politique étrangère américaines pourrait être attribué surtout à James Burnham.

Ses écrits des années 1930 ont fourni un vernis intellectuel oxfordien raffiné au Parti socialiste des travailleurs et, en tant que conseiller proche du communiste révolutionnaire Léon Trotsky et de sa Quatrième Internationale, il a appris les tactiques et les stratégies d’infiltration et de subversion politique de première main. Burnham s’est révélé dans son rôle d’« intellectuel trotskyste » jouant de sales tours à ses ennemis politiques, en concurrençant les mouvements marxistes, en détournant leur loyauté et en pillant leurs meilleurs talents.

Burnham a renoncé à son allégeance à Trotsky et au marxisme sous toutes ses formes en 1940, mais il emporterait avec lui leurs tactiques et leurs stratégies d’infiltration et de subversion et transformerait leur méthode du matérialisme dialectique pour l’utiliser contre eux. Son ouvrage de 1941, The Managerial Revolution, lui apportera célébrité et fortune, et l’établira comme un prophète politique astucieux, sinon tout à fait précis, relatant l’émergence d’une nouvelle classe de l’élite technocratique. Son ouvrage suivant, The Machiavellians, marque son éloignement de l’idéalisme marxiste au profit d’un réalisme très cynique et souvent cruel, dans sa croyance en l’inévitable échec de la démocratie et la montée de l’oligarchie. En 1943, il mettra tout cela dans une note pour le Bureau américain des services stratégiques, l’OSS, dans lequel son anti-stalinisme trotskyste trouvera sa voie dans la doctrine de l’agence. Et dans son livre de 1947, The Struggle for the World, Burnham développera sa dialectique de confrontation/d’antagonisme contre l’Union soviétique en une politique permanente, apocalyptique de guerre sans fin. En 1947, la transformation de James Burnham, passé d’un communisme radical à un conservatisme partisan du Nouvel Ordre mondial américain, était complète. Son Struggle for the World avait effectué un tournant français* sur la révolution communiste permanente de Trotsky et l’avait transformée en un plan de bataille permanent, en faveur d’un empire américain mondial. Tout ce qu’il fallait pour compléter la dialectique de Burnham était un ennemi permanent, et cela exigera une campagne psychologique sophistiquée pour maintenir la haine de la Russie en vie pendant des générations.

*tactique d'infliltration trotskyste de la SFIO (P.G.)

L’ascension des Machiavelliens

En 1939, Sidney Hook, collègue de Burnham à l’Université de New York et son camarade philosophe marxiste, avait contribué à fonder un Comité anti-stalinien pour la liberté culturelle comme élément d’une campagne contre Moscou. Pendant la guerre, Hook avait aussi abandonné le marxisme et, comme Burnham, il s’est retrouvé en quelque sorte dans l’étreinte chaleureuse de la communauté américaine du renseignement de droite, pendant et après la Deuxième Guerre mondiale. Hook était considéré par le Parti communiste comme un traître et une « vipère contre-révolutionnaire » pour ses activités et, en 1942, il transmettait des informations sur ses camarades au FBI.

La vente des vertus de la culture américaine aux élites européennes appauvries et dépossédées était fondamentale pour construire l’empire américain après la guerre et les écrits précoces de Burnham ont été la source d’inspiration à partir desquelles serait construite une nouvelle contre-culture de la « Liberté ». En tant que vétérans de la guerre trotskyste interne, Burnham and Hook étaient experts dans l’art de l’infiltration et de la subversion, et avec The Machiavellians : Defenders of Freedom de Burnham comme modèle, ils ont entrepris de peindre en couleurs sombres tout ce que faisaient ou disaient les Soviétiques.

Comme Burnham l’exprimait clairement dans ses Machiavellians, sa conception de la Liberté signifiait autre chose que la liberté intellectuelle ou les libertés définies par la Constitution américaine. Ce qu’elle signifiait vraiment était la conformité et la soumission. La Liberté de Burnham ne s’appliquait qu’aux intellectuels (les machiavelliens) désireux de dire au peuple la dure vérité sur les réalités politiques impopulaires auxquelles il faisait face. C’étaient les réalités qui inaugureraient le meilleur des mondes de la classe des entrepreneurs s’engageant à refuser aux Américains la démocratie même dont ils pensaient jouir déjà. Comme Orwell l’observait en 1946 dans ses Second Thoughts, à propos des croyances machiavelliennes de Burnham : « Le pouvoir peut parfois être gagné ou maintenu sans violence, mais jamais sans fraude, parce qu’elle est nécessaire pour utiliser les masses… »

En 1949, la CIA s’occupait activement à tromper les masses en soutenant secrètement la gauche soi-disant non communiste et se comportait comme si elle n’était que l’émanation spontanée d’une société libre. En mettant la gauche au service de son empire en expansion, la CIA exécutait un tournant français en son sein, en y choisissant les meilleurs et les plus brillants, ce qu’a institutionnalisé la création de l’État de sécurité nationale. Assisté par le Département britannique de recherche et d’information, l’IRD, la CIA a recruté d’anciens agents de désinformation soviétiques formés avant la guerre, qui avaient organisé des groupes activistes non communistes à Moscou, et les a mis au travail. Comme Frances Stoner Saunders l’écrit dans son livre, The Cultural Cold War [La Guerre froide culturelle], « ces anciens propagandistes en faveur des Soviétiques ont été recyclés, blanchis de toute tache de communisme, accueillis par les stratèges gouvernementaux qui voyaient dans leur conversion une occasion à ne pas manquer de saboter la machine de propagande soviétique dont ils avaient autrefois huilé les rouages ».

(...)

Le Congrès pour la liberté culturelle : coûte que coûte 

S’appuyant sur le pouvoir inexploité de la Quatrième Internationale, la campagne a débuté le 26 juin 1950, au Titania Palace dans Berlin occupé. Nommé d’après l’idée de Hook de 1939 d’une commission culturelle, le « Manifeste de la liberté » en quatorze points du Congress for Cultural Freedom (Congrès pour la liberté culturelle) visait à identifier l’Occident avec la liberté. Et puisque tout ce qui concerne l’Occident était dit libre, il allait sans dire que tout ce qui venait de l’Union soviétique ne l’était pas.

Organisée par Burnham et Hook, la délégation américaine représentait un who’s who des intellectuels américains de l’après-guerre. Les billets pour Berlin étaient payés par le Bureau de la coordination politique de Wisner, au travers d’organisations de premier plan ainsi que par le Département d’État, qui aidaient à organiser le voyage, les dépenses et la publicité. Selon l’historien de la CIA Michael Warner, le financeur de la conférence considérait que l’argent était bien dépensé avec un représentant du ministère de la Défense la qualifiant de « guerre non conventionnelle optimale ».

(...)

Brouillant les pistes des responsabilités d’une façon jamais vue depuis le sénateur McCarthy au sommet de la Peur rouge dans les années 1950, le Countering Disinformation and Propaganda Act [Loi sur la lutte contre la désinformation et la propagande], signé sans fanfare par Obama en décembre 2016, a officiellement autorisé une bureaucratie chargée de la censure, comparable seulement au Ministère de la Vérité décrit par George Orwell dans son roman 1984. Nommé The Global Engagement Center, [Centre d’engagement mondial], le but officiel de cette nouvelle bureaucratie est de « reconnaître, comprendre, mettre en lumière et contrer la propagande étatique et non étatique étrangère et les efforts de désinformation visant à saper les intérêts de sécurité nationale des États-Unis ».Le but réel de ce cauchemar orwellien est de déformer tout ce qui conteste le récit pro-guerre néoconservateur de Washington et d’intimider, harceler et emprisonner quiconque tente de le faire. Comme cela a été montré par le tir de missiles Tomahawk du président Trump sur une base aérienne du gouvernement syrien, c’est une recette pour la guerre mondiale et, qu’on le veuille ou non, cette guerre a déjà commencé.

Cette dernière attaque contre le récit prétendument faux de la Russie nous ramène en 1953 et aux débuts de la guerre culturelle entre l’Est et l’Ouest. Ses racines sont liées au Congrès pour la liberté culturelle, au passage de James Burnham de la Quatrième Internationale de Trotsky au conservatisme et à la montée des machiavelliens néoconservateurs comme force politique. Comme l’ouvrage de James Burnham, The Struggle for the World, le soulignait, la Troisième Guerre mondiale avait déjà commencé avec la révolte des marins grecs dirigée par les communistes de 1944. Dans la pensée manichéenne de Burnham, l’Occident était assiégé. La politique d’endiguement de la Guerre froide, menée par George Kennan, n’était pas différente de la politique d’apaisement de Neville Chamberlain. La détente avec l’Union soviétique revenait à se rendre. La paix n’était qu’un masque de la guerre et cette guerre serait menée par la politique, la subversion, le terrorisme et la guerre psychologique. L’influence soviétique devait être combattue dans la mesure du possible. Cela signifiait subvertir l’Union soviétique et ses intermédiaires et, si nécessaire, saper également les démocraties occidentales.

La véritable ironie des efforts déployés actuellement par Washington pour monopoliser la « vérité » et attaquer les récits alternatifs, ne manifeste pas seulement un mépris flagrant de la vraie liberté de parole. La véritable ironie est que tout le « Manifeste de la liberté » utilisé par les États-Unis et la Grande-Bretagne depuis la Deuxième Guerre mondiale n’a jamais été libre ; c’était un mélange du programme exhaustif de guerre psychologique tirée du Psychological Strategy Board (PSB) de la CIA [Bureau de stratégie psychologique], menée tant contre les amis que les ennemis.

(...)

Comme l’historien Christopher Lasch l’a écrit en 1969, à propos de la cooptation par la CIA de la gauche américaine, « l’État moderne […] est un moteur de propagande, fabriquant des crises tout en affirmant être le seul instrument capable de les traiter efficacement. Cette propagande, pour réussir, exige la coopération d’écrivains, d’enseignants et d’artistes, non pas comme des propagandistes payés ou des opportunistes de la censure d’État, mais comme des intellectuels ‘libres, capables de contrôler leurs propres instances et d’imposer des normes acceptables de responsabilité au sein des diverses professions intellectuelles ».

La clé pour tourner ces intellectuels « libres » contre leurs propres intérêts était le programme doctrinal de la CIA pour la transformation culturelle occidentale contenue dans le document PSB D-33/2. Le PSB D-33/2 prédit « un mouvement intellectuel à long terme pour briser les schémas doctrinaux mondiaux » en « créant la confusion, le doute et la perte de confiance » afin d’« affaiblir objectivement l’attrait intellectuel de la neutralité et prédisposer ses adhérents à l’esprit occidental » ; « prédisposer les élites locales à la philosophie défendue par les planificateurs », tandis qu’utiliser les élites locales « aiderait à masquer l’origine américaine de l’effort, de manière à ce qu’il apparaisse comme un développement local».

En se déclarant comme un antidote au totalitarisme communiste, un critique interne du programme, l’officier du PSB Charles Burton Marshall a vu le PSB D-33/2 lui-même comme effroyablement totalitaire, interposant « un large système doctrinal » qui « accepte l’uniformité comme substitut à la diversité », embrassant « tous les champs de la pensée humaine – tous les champs des intérêts intellectuels, de l’anthropologie aux créations artistiques, à la sociologie et à la méthodologie scientifique », concluant : « C’est presque aussi totalitaire que l’on puisse être. »

L’élitisme machiavellien de Burnham se cache dans tous les coins d’ombre du document. Comme l’a raconté Frances Stoner Saunder, dans son livre The Cultural Cold War, « Marshall a également exprimé son désaccord par rapport à la dépendance du PSB à l’égard de ‘théories sociales irrationnelles’ qui soulignaient le rôle d’une élite d’une manière ‘qui rappelle Pareto, Sorel, Mussolini, etc.’ Ne sont-ce pas là les modèles utilisés par James Burnham dans son livre The Machiavellians? Peut-être y avait-il une copie à portée de main, lorsque le PSB D-33/2 était en cours de rédaction. Plus vraisemblablement, James Burnham lui-même était utilement à portée de main. »

Burnham était plus que seulement à portée de main, lorsqu’il s’est agi d’implanter secrètement une philosophie fasciste d’élitisme extrême dans l’orthodoxie américaine de la Guerre froide. Avec The Machiavellians, Burnham avait composé le manuel qui a tissé ensemble la vieille gauche trotskyste et une élite anglo-américaine de droite. La descendance politique de cette union volatile serait appelée néoconservatisme, dont la mission secrète serait de renverser partout l’influence russe/soviétique.

(...)

Aujourd’hui, le traité politique de Dante, De Monarchia, utilisé par Burnham pour expliquer sa compréhension médiévale de la politique, pourrait être heureusement remplacé par la Divine comédie du même Dante, une comédie paranoïaque pleines d’erreurs, dans laquelle la porte de l’enfer s’ouvre devant chacun et devant tous, y compris les élites, peu importe leur statut. Ou, comme ils disent en Enfer, Lasciate ogne speranza, voi ch’intrate. Vous qui entrez ici, laissez toute espérance.

Par Paul Fitzgerald et Elizabeth Gould | 24-27 avril  2017 | Truthdig

Paul Fitzgerald and Elizabeth Gould sont les auteurs de Invisible History: Afghanistan’s Untold Story, Crossing Zero The AfPak War at the Turning Point of American Empire et The Voice. Leurs sites : invisiblehistory et grailwerk

Article original publié initialement par Truthdig:

Part 1: American Imperialism Leads the World Into Dante’s Vision of Hell
Part 2: How Neocons Push for War by Cooking the Books
Part 3: How the CIA Created a Fake Western Reality for ‘Unconventional Warfare’
Part 4: The Final Stage of the Machiavellian Elites’ Takeover of America

Traduit par Diane pour le Saker francophone

 

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mercredi 16 août 2017

Cannabis et santé mentale : les scientifiques sont inquiets

PDV CANNABIS

 

Cannabis et santé mentale : les scientifiques sont inquiets

Par Ian Sample — 14 août 2017

Culturellement, le débat sur le cannabis est un terrain miné : sa consommation s’inscrit dans l’hédonisme né dans les années soixante et aujourd’hui majoritaire, de sorte qu’il est très difficile de le remettre en question sans s’attirer les foudres des zélateurs des nouvelles libertés individuelles. Cela pousse les scientifiques qui en étudient l’impact sur la santé à toutes sortes de précautions oratoires quand il s’agit d’en dénoncer les méfaits ; malgré tout, ils signalent un développement des facultés cognitives entravé et une augmentation des cas de psychoses chez les jeunes utilisateurs réguliers. En cause, l’augmentation des niveaux de THC dans les variétés les plus communément vendues.

Selon certains, la légalisation du cannabis permettrait à l’Etat de surveiller ces niveaux et de les réguler, mais l’expérience des États des USA qui l’ont légalisé démontre qu’au contraire, la concurrence entre débitants les pousse à tenter de fidéliser leur clientèle en sélectionnant les variétés les plus fortes. De plus, le cannabis légal ne change rien au trafic illégal, puisqu’il est taxé et qu’en conséquence, il coûte plus cher que le cannabis de la rue – qui, étant donnée l’interdiction de vente aux mineurs du cannabis légal, reste de toutes façons le seul marché ouvert à la clientèle la plus vulnérable, les adolescents.

Ajoutons que toute tentative de régulation des taux de THC du cannabis légal par les autorités ne ferait que pousser les clients à retourner se fournir en drogue plus forte sur le marché noir. La seule solution : comme pour l’alcool et le tabac, une information nette, claire et accessible à tous sur les dangers du cannabis. De quoi refroidir le public et tuer les nouvelles perspectives d’un juteux marché légal ? Tant pis. Quand même une publication libérale-libertaire bon teint comme le Guardian britannique décide de tirer la sonnette d’alarme, c’est que les problèmes de troubles du développement et d’états psychotiques chez les fumeurs réguliers de cannabis deviennent trop importants pour être ignorés plus longtemps. [Entelekheia, 4 août 2017]

Par Ian Sample
Paru sur The Guardian sous le titre Cannabis: scientists call for action amid mental health concerns 

Traduction Entelekheia

L’avertissement reflète un consensus grandissant selon lequel un usage fréquent de cette drogue augmenterait les risques de psychose chez les personnes vulnérables

Selon des experts internationaux pour qui les jeunes sont particulièrement vulnérables, les risques du cannabis ‘skunk’ pour la santé mentale sont suffisamment sérieux pour justifier une campagne de santé publique.L’avertissement de scientifiques issus du Royaume-Uni, des USA, d’Europe et d’Australie reflète un consensus grandissant selon lequel un usage fréquent de cette drogue augmenterait les risques de psychose chez les personnes vulnérables.

Bien que la vaste majorité des fumeurs de cannabis ne développent pas de troubles psychiatriques, ceux à qui cela arrive peuvent voir leur vie détruite. La psychose se caractérise par des hallucinations, des idées délirantes et des comportements irrationnels, et bien que la majorité des patients arrivent à sortir d’épisodes psychotiques, quelques-uns d’entre eux développent une schizophrénie incurable. Le risque est plus grand chez les patients qui poursuivent leur consommation de cannabis, quel que soit leur état.



Les avertissements publics sur le cannabis ont été très limités jusqu’ici parce que la drogue est illégale dans la plupart des pays, et des questionnements subsistent sur son réel impact sur la santé mentale. Mais nombre de chercheurs pensent aujourd’hui que les preuves d’impact négatif sont suffisantes pour justifier des avertissements clairs.

« Il n’est pas raisonnable d’attendre une preuve formelle sur le cannabis en tant que composante des causes du développement d’une psychose », a dit Sir Robin Murray, professeur en recherche psychiatrique au King’s College de Londres. « Nous avons déjà assez d’indications pour demander une campagne d’éducation publique sur les risques liés à la consommation quotidienne de cannabis, notamment des variétés les plus fortes. Pour de nombreuses raisons, nous devons avoir des campagnes publiques d’avertissements. »

Les chercheurs sont soucieux ne pas exagérer la menace : à lui tout seul, le cannabis n’est ni nécessaire au déclenchement d’ un état psychotique, ni suffisant pour le causer. Mais la drogue occasionne clairement des dommages chez les plus vulnérables. [NdT : De plus, en psychiatrie, il est impossible de déterminer d’avance qui est psychologiquement vulnérable et qui ne l’est pas. C’est une loterie où peuvent intervenir non seulement la génétique, mais aussi un enchevêtrement d’autres facteurs prédisposants individuels, familiaux, sociaux, culturels, etc.] Les estimations suggèrent que l’arrêt de l’usage quotidien de cannabis pourrait réduire de 8 à 24% des admissions psychiatriques pour psychoses, selon les zones. A Londres, où la forme la plus commune de cannabis est le ‘skunk’, l’arrêt de son usage quotidien éviterait des centaines de cas d’hospitalisations pour états psychotiques.

Aux USA, le cannabis devient plus puissant et plus populaire. Au cours des vingt dernières années, la puissance du cannabis saisi par la DEA (Drug Enforcement Administration, l’unité de police américaine des stupéfiants) avait augmenté de 4 à 12% de THC. Dans le même temps, le nombre de consommateurs était passé de 14,5 millions à 22,2 millions en 2014.

Cette tendance à la hausse s’est accompagnée d’une baisse de la perception des risques liés à la consommation de cannabis chez les jeunes, une conséquence probable du débat public sur sa légalisation et de la libéralisation de son usage curatif, selon l’Institut national sur l’abus de drogue (National Institute on Drug Abuse, NIDA) du gouvernement des USA.

« Il est important d’éduquer le public sans plus attendre », a dit Nora Volkow, directrice du NIDA. « Les ados qui commencent à consommer des drogues au cours de leurs années formatives ne réaliseront peut-être jamais leur potentiel inné. Cela est également vrai à propos du risque de psychose. Le risque est significativement plus élevé chez les gens qui commencent à user de marijuana au cours de l’adolescence. Et malheureusement, aujourd’hui, la plupart des gens ne savent pas s’ils sont génétiquement prédisposés à la psychose ou aux addictions. »

Au Royaume-Uni, le cannabis est la drogue illégale la plus populaire, et selon les données britanniques de la santé publique, plus de jeunes appellent les centres de traitement pour des raisons liées au cannabis qu’à n’importe quelle autre drogue, alcool compris. Le nombre de jeunes âgés de moins de 18 ans en traitement pour consommation de cannabis a augmenté de 9000 en 2006 à 13400 en 2015. Cette drogue est aujourd’hui responsable des trois-quarts des hospitalisations de jeunes dans des centres de désintoxication. L’âge le pus fréquemment rencontré est 15-16 ans.

Les raisons de cette tendance à la hausse restent obscures. La baisse de popularité des drogues dures explique peut-être que les services cliniques reçoivent davantage de consommateurs de cannabis. Mais l’augmentation des jeunes en traitement semble liée au ‘skunk’, une forme puissante de cannabis qui a envahi le marché et supplanté les anciennes résines moins fortes.

Le ‘skunk’ et d’autres formes puissantes de cannabis dominent aujourd’hui le marché des drogues illégales dans de nombreux pays. De 1999 à 2008, le marché britannique du cannabis est passé de 15 à 81% de ‘skunk’. En 2008, le ‘skunk’ confisqué dans les rues contenait une moyenne de 15% de THC (delta-9 tetrahydrocannabinol), trois fois le niveau des anciennes résines saisies la même année. Le Ministère de l’intérieur n’a pas évalué la puissance du cannabis depuis.

« Aucun doute ne subsiste sur le fait que le cannabis à taux élevés de THC, comme le ‘skunk’, cause davantage de problèmes que les anciennes variétés de cannabis, et que le haschisch », a dit Murray au Guardian. « C’est le cas pour la dépendance, mais surtout pour la psychose. »

Ian Hamilton, un conférencier expert en santé mentale de l’université de York, dit qu’une surveillance détaillée de la consommation de cannabis est fondamentale pour s’assurer d’informations crédibles et utiles. La plupart des recherches sur le cannabis, notamment les études qui ont déterminé les politiques publiques, sont fondées sur les anciennes résines moins fortes, explique-t-il. « Dans les faits, nous avons une expérimentation de masse en cours, où les consommateurs sont exposés à des formes plus puissantes de cannabis dont nous ne comprenons pas complètement les risques à court et à long terme. »

En Australie, selon une étude de 2013, la moitié du cannabis confisqué dans les rues contenait plus de 15% de THC. Le professeur Wayne Hall, directeur du Centre de recherche sur l’abus de drogues de l’université de Queensland, a dit que, même si la plupart des consommateurs peuvent prendre du cannabis sans se mettre en danger de psychose, le public doit être mieux informé.

« Nous voulons une campagne de santé publique parce que, pour ceux qui développent la maladie, les conséquences sont désastreuses. Cela peut transformer une vie, pour le pire », a-t-il dit. « Les gens ne vont pas développer une psychose après deux joints au cours d’une soirée. C’est l’usage quotidien qui semble le schéma comportemental le plus dangereux : nous parlons de gens qui fument tous les jours, et plusieurs fois par jour. »

La preuve que le cannabis peut causer des états psychotiques n’est pas concluante à 100%. Il est également possible que les gens prédisposés à la psychose soient plus susceptibles de consommer cette drogue. La vérité est qu’une certitude de causalité de 100% ne peut pas être obtenue. Les dommages causés par le tabac ont été faciles à établir parce qu’ils sont physiques. Vous pouvez donner du cannabis à des animaux de laboratoire et voir ce qui se passe, mais comment reconnaître une souris psychotique ? Les scientifiques ne peuvent pas non plus donner du cannabis à fumer à des ados, et les comparer dix ans après à un groupe de contrôle de non-fumeurs de cannabis.

« Quand vous êtes confronté à une situation où vous ne pouvez pas déterminer la causalité, mon opinion personnelle est que le principe de précaution doit s’appliquer. Il s’agit de trouver des moyens de minimiser le danger », a dit Amir Englund, un chercheur spécialisé dans le cannabis du King’s College de Londres.

Dans les années 60, le cannabis des Pays-Bas contenait moins de 3% de THC, mais les variétés actuelles en contiennent 20% en moyenne. Jim van Os, professeur de psychiatrie au centre médical de l’université de Maastricht, dit que des campagnes de santé publique sont désormais justifiées. Ils pensent que les gens devraient être dissuadés de consommer du cannabis avant l’âge de 18 ans, avertis sur les dangers des variétés les plus fortes, et invités à ne pas consommer de cannabis seuls ou pour compenser des problèmes de vie.

(...)

Comme pour nombre de campagnes, la crédibilité est essentielle. « Nous devons transmettre le message aux plus vulnérables sans alarmer, sans être trop sensationnalistes et donc, sans danger d’être ignorés », a dit le Dr Wendy Swift de l’unité de recherches sur la drogue et l’alcool de l’université de la Nouvelle-Galles du Sud, en Australie. « Nous avons suffisamment de preuves de l’impact de la consommation de cannabis, particulièrement chez les jeunes qui en ont consommé tôt et de façon régulière, sur bon nombre de fronts liés au développement et à la santé mentale. A mon sens, c’est le groupe sur lequel nous devons cibler notre message, avec également ceux qui ont une histoire familiale de maladie mentale, et ceux qui souffrent eux-mêmes de troubles mentaux. »

Un porte-parole du gouvernement dit que sa position sur le cannabis est claire. « Nous devons prévenir la consommation de drogues dans nos communautés et aider les gens dépendants à guérir, tout en nous assurant de l’application de nos lois anti-drogue. Il y a des preuves scientifiques et médicales claires selon lesquelles le cannabis est une drogue nocive, qui peut nuire à la santé mentale et physique de la population, et qui nuit aux communautés. »

Ian Sample | 15 Avril 2016

Traduction et note d’introduction Entelekheia
Photo Pixabay

Lire aussi: http://www.entelekheia.fr/usa-6-effets-secondaires-majeurs-du-cannabis-legal-dont-personne-ne-parle/

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L’Union européenne finance une firme qui fournit à Israël des armes à sous-munitions prohibées

PDV CLUSTER BOMBS

 

 

L’Union européenne finance une firme qui fournit à Israël des armes à sous-munitions prohibées

Par Ali Abunimah — 13 août 2017

 

L’Union européenne dépense des millions de dollars pour financer la « recherche » d’une société qui aide Israël à contourner une interdiction internationale des armes à sous-munitions*.

 

Israël a spécifiquement choisi la société, Elbit Systems pour qu’elle lui fournisse de nouvelles pièces d’artillerie, du fait qu’un fabricant européen s’opposerait à ce qu’Israël utilise ces munitions prohibées.

Mais la Commission européenne, c’est-à-dire la bureaucratie exécutive de l’UE, se contente de hausser les épaules aux questions de The Electronic Intifada et lui répond en insistant sur le fait que le financement respecte des directives éthiques.

Un garçonnet rendu invalide par une bombe à sous-munitions. La photo a été prise en août 2007, à proximité de chez lui, dans le camp de réfugiés palestiniens de Rashidiya, près de Tyr. Un an plus tôt, Israël avait tiré plus d’un million d’obus à sous-munitions sur le Liban. [photo indisponible, ndr]

L‘UE affirme qu’elle soutient fermement les interdictions internationales concernant les armes à sous-munitions et les mines terrestres. En réponse à une demande émanant de The Electronic Intifada, un porte-parole de la Commission européennea salué ces interdictions comme des « réussites diplomatiques majeures » que le bloc des 28 membres tenait à voir appliquées dans leur intégralité.

Mais l’UE ne prévoit aucune action pour demander des comptes à Israël ou à Elbit.

« C’est démentiel et monstrueux »

Les projectiles à sous-munitions éparpillent de minuscules bombes sur un large périmètre, ce qui pose une menace immédiate et aléatoire pour les civils. Un grand nombre de ces munitions n’explosent pas au moment de l’impact mais continuent à provoquer des décès et des mutilations longtemps après avoir été lancées, se muant ainsi, selon les termes de Human Rights Watch, en « mines terrestres de facto ».

Lors de son invasion du Liban en 2006, Israël a lancé plus d’un million de projectiles à sous-munitions sur le pays. « Ce que nous avons fait était démentiel et monstrueux, nous avons couvert des villes entières de sous-munitions », a raconté un officier de l’armée israélienne dans le quotidien de Tel-Aviv, Haaretz.

Au Liban, ces armes continuent à poser un danger pour les gens. Depuis l’invasion israélienne de 2006, selon l’ambassade des EU à Beyrouth, plus de 40 personnes ont été tuées et plus de 300 blessées par des obus tombés sans exploser.

Les dirigeants israéliens menacent régulièrement de libérer une puissance de feu plus grande encore en ciblant les civils, lors d’une future guerre contre le Liban.

Les bombes à sous-munitions américaines, britanniques et brésiliennes ont également été utilisées par l’Arabie saoudite et ont tué, blessé et mis en danger de nombreux civils durant la guerre qui sévit actuellement au Yémen.

Près de 100 pays ont signé un traité pour éliminer les bombes à sous-munitions, mais les principaux producteurs (USA, Russie, Chine et Israël) restent à l’écart… 1) un conteneur lâché par avions (typiquement 454 kg)… 2) …s’ouvre et répand environ 200 sous-munitions d’environ 20cm chacune… 3) …qui planent grâce à un forme de parachute et couvrent donc une vaste surface. Lors de l’explosion, elles se fragmentent en petits éclats de métal qui causent des blessures très graves ou la mort. Un grand nombre n’explose pas tout de suite et représentent un danger pendant des années, principalement pour les civils et les enfants

Une interdiction internationale

La Convention sur les bombes à sous-munitions de 2008 en interdit la production, l’utilisation, le transfert et le stockage.

Plus d’une centaine de pays ont signé cette convention.

Le Parlement européen a également accordé son soutien complet au traité via une résolution pressant la Commission européenne « d’intégrer l’interdiction des projectiles à sous-munitions comme clause générale des accords avec des pays tiers » et « de faire en sorte que la lutte contre les projectiles à sous-munitions fasse partie intégrante des programmes d’aide extérieure [de l’UE] ».

Mais Israël n’a pas signé cette interdiction des sous-munitions et, loin d’aller en ce sens, cherche à contourner ces restrictions.

« Une totale indépendance »

Dans sa quête de nouveaux canons pour son artillerie, Israël était intéressé par des canons manufacturés par la firme allemande KMW.

Mais, au lieu de cela – selon un article publié dans Haaretz cette semaine –, Israël préférerait acheter des canons manufacturés par Elbit Systems, du fait qu’il craint que le fabricant allemand (l’Allemagne est l’un des pays signataires de l’interdiction) « n’impose des restrictions aux canons afin qu’ils ne puissent tirer des obus à sous-munitions ».

Un officier de l’armée israélienne à la retraite, qui connaît bien ce sujet, a expliqué à Haaretz que les Israéliens étaient embarrassés par le fait que les Allemandspourraient ne pas leur accorder « une totale indépendance » dans l’utilisation des armes.

« Nous aurions été plus que satisfaits d’avoir un appel d’offre ouvert, parce que cela fait baisser les prix », a déclaré l’officier, « mais nous voulions un canon qui puisse être utilisé sans la moindre condition ».

Selon Haaretz, Israël continue à manufacturer et à stocker des projectiles à sous-munitions, encore que ces derniers soient désormais censés n’avoir qu’un très faible taux de sous-munitions susceptibles de ne pas exploser.

Bien qu’Israël ne soit pas partie dans la convention sur les sous-munitions, Human Rights Watch dit qu’il serait préférable qu’Elbit cesse de manufacturer ces systèmes.

« Dans d’autres pays qui ne sont pas signataires de la Convention sur les sous-munitions, nombre de sociétés d’armement ont entrepris cette démarche », a expliqué à The Electronic Intifada Mary Wareham, directrice du plaidoyer de la division armes de Human Rights Watch.

Et de faire remarquer qu’en août dernier, la firme américaine Textron Systems a annoncé qu’elle mettait un terme à la production de projectiles à sous-munitions. De son côté, Singapore Technologies Engineering révélait en novembre 2015 qu’il ne manufacturait plus de mines anti-personnel ni de bombes à sous-munitions.

Des armes testées sur les Palestiniens

« Elbit Systems, la première firme d’armement israélienne, se vante d’avoir  »testé ses armes au combat », ce qui signifie qu’elles l’ont été lors des offensives militaires israéliennes contre les Palestiniens », a déclaré dans The Electronic Intifada Ryvka Barnard, responsable de campagne de l’association des droits de l’homme War on Want.

« Elbit a produit du phosphore blanc, des canons qui tirent des obus à sous-munitions et d’innombrables autres armes qui provoquent de lourdes pertes parmi les civils ; de plus, nombre de ces armes sont interdites par les traités internationaux signés par les pays de l’UE. »

L'UE défend le financement du fabricant d’armes

Elbit est également l’un des bénéficiaires des largesses de l’UE. La société reçoit près de 6 millions d’euros des contribuables européens dans le cadre d’Horizon 2020 et d’autres aides européennes à la recherche.

Mais l’UE défend ce financement, même après qu’il a été révélé qu’Elbit fournissait à Israël des canons à sous-munitions.

« Le financement de la recherche par l’UE dans le cadre d’Hoizon 2020 exclut spécifiquement la recherche à des fins militaires », déclarait le porte-parole de laCommission européenne dans un courriel adressé jeudi à The Electronic Intifada.

Et le porte-parole d’ajouter que « plusieurs mécanismes ont été mis en place pour empêcher les fonds de l’UE d’être utilisés dans des activités qui pourraient contrevenir aux lois internationales ». Parmi ces mécanismes figureraient des équipes chargées d’un contrôle poussé ainsi que des « évaluations éthiques ».

Toutefois, un groupe d’éminents experts juridiques internationaux a récemment critiqué les procédures d’évaluation d’Horizon 2020 en faisant remarquer que le programme ignore les réglementations de l’UE interdisant le financement d’individus ou d’entités responsables ou complices de graves manquements, tels torture, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Un « encouragement matériel » aux crimes israéliens

Les activistes en campagne ne veulent pas entendre parler de la distinction opérée par l’UE entre les activités militaires et non militaires d’une société comme Elbit et perçoivent tout financement des fabricants d’armes israéliens comme un renforcement de l’impunité dont bénéficie Israël.

« L’UE et les pays membres comme le Royaume-Uni reconnaissent qu’Israël viole systématiquement les lois internationales via son occupation militaire et ses attaques contre les Palestiniens », a déclaré Barnard, de l’association War on Want.

« N’empêche qu’ils continuent à récompenser le gouvernement et les sociétés d’armement d’Israël avec de l’argent destiné à la recherche ainsi qu’avec des contrats et des accords commerciaux qui alimentent sa machine de guerre. »

Barnard d’ajouter que l’UE « encourage matériellement les violations des droits palestiniens et les crimes de guerre israéliens en poursuivant son commerce d’armes avec Israël ».

« Il est temps que l’UE et tous ses pays membres prennent les lois internationales au sérieux et appliquent à Israël un embargo sur les armements et ce, dans les deux sens », a déclaré Barnard, tout en faisant remarquer que les pressions émanant de la base allaient continuer.

Elbit et ses succursales ont subi régulièrement les protestations de militants en campagne en Europe à propos de leur rôle dans les attaques israéliennes contre des civils palestiniens.

« La où les gouvernements n’appliquent pas leurs propres mesures et ne demandent pas des comptes à Israël, les citoyens ordinaires ont répondu affirmativement à l’appel des Palestiniens à lancer des campagnes de boycott, désinvestissement et sanctions contre Israël », a expliqué Barnard.

Dans un article décrivant les horreurs perpétrées à l’aide d’armes à sous-munitions, Gideon Levy écrit dans Haaretz que la détermination d‘Israël à ignorer l’interdiction internationale indique qu’il « veut tuer le plus grand nombre d’innocents possible ».

L’Union européenne, semblerait-il, est tout aussi déterminée à l’y aider.

*en anglais “cluster bombs”, aussi appelées parfois “bombes à fragmentation”, sauf erreur de ma part. P.G.

Ali Abunimah | 10/8/2017 | The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

Source:http://www.pourlapalestine.be/lunion-europeenne-finance-une-firme-qui-fournit-a-israel-des-armes-a-sous-munitions-prohibees/

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