samedi 3 février 2018

A PROPOS DU COMPTEUR LINKY

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Un adhérent de l'Allier, ingénieur maîtrisant les arcanes du droit, ce dont il se défend modestement, livre dans cet article spirituellement rédigé le résultat de ses investigations sur un aspect méconnu lié à l'installation du compteur que l'on cherche à nous imposer. [Ahmed Glamallah, UPR 03] Je précise qu'il s'agit d'une simple réflexion, et non d'une quelconque position officielle de l'UPR! C'est le cas d'ailleurs de toutes les "tribunes libres" présentées sur ce site.   P.G.


 

LES COMPTEURS ÉLECTRIQUES.

TL LINKY DROIT

Bien que n'étant pas juriste, j'ai eu, durant mon expérience professionnelle à comprendre le fonctionnement des collectivités, et c'est sous cet angle que je voudrais faire part de mes réflexions. Tout un chacun peut analyser les éléments dont j'ai eu connaissance, les vérifier et y réfléchir.

Premier point


L'article L324-1 du code de l'énergie dit que les installations de basse tension, dont les compteurs appartiennent aux communes ou à leurs groupements.

Cela a été rappelé au moins deux fois en réponses à des parlementaires en 2016 (JO Sénat du 03/03/2016, page 829, et JO du 02/02/2016, page 906). La Fédération Nationale des Collectivités Concédantes et Régies a contesté la régularité du renouvellement d'un contrat de concession, transférant la propriété des compteurs à ERDF (aujourd'hui Enedis).


Une majorité de communes, ne disposant pas des compétences nécessaires pour gérer les installations de basse tension, a transféré les compétences à des syndicats qui eux-mêmes ont passé des conventions de délégation de service public avec Enedis, ex ERDF (quelques communes en France font appel à des régies créées dans ce but et Enedis n'intervient pas).

Les conventions de transfert de compétences aux syndicats prévoient la mise à disposition des installations basse tension, dont les compteurs, aux syndicats pour qu'ils puissent effectuer leurs missions. La mise à disposition d'un bien ne change pas sa propriété (Association des Maires de France ; Référence BW7618, 31 mars 2003).


Les compteurs sont donc des biens communaux. Enedis est prestataire des communes par l'intermédiaire des syndicats.


L'article L2141-1 du Code général des Collectivités Locales stipule :


« Le droit des habitants de la commune à être informés des affaires de celle-ci et à être consultés sur les décisions qui les concernent, indissociable de la libre administration des collectivités territoriales, est un principe essentiel de la démocratie locale. ». (relevons le terme « consulté » qui est autrement plus contraignant que « informé »).


Par ailleurs, le remplacement des compteurs actuels par des nouveaux appareils devrait être précédé d'une procédure de déclassement des anciens compteurs. On pourrait supposer que remplacer un compteur par un autre ne change rien, mais on cite des durées de vie de 50 à 60 ans pour les compteurs actuels et de 15 ans pour les Linky. Convenir que le remplacement ne change rien devient un procédé un peu sommaire sur le plan de la gestion des biens communaux. Vous échangeriez votre C5 contre une C1 ? La procédure de déclassement doit être précédée d'une enquête publique, ouverte par définition aux observations des habitants.


Voilà donc au moins deux dispositions gravées dans les textes de lois, l'exercice de la démocratie locale et le déclassement des biens communaux, par lesquelles la loi exige que les habitants des communes aient leur mot à dire, dans de vraies consultations. Les réunions avec Enedis pour seul meneur de jeu, et pour justifier une décision déjà prise ne sont pas des consultations ni, à fortiori, des enquêtes publiques. Pourtant, quasiment partout, c'est le silence des élus locaux comme s'il était interdit de discuter du sujet. Or nos représentants devraient connaître la loi. C'est curieux cette frilosité quand il s'agir de demander leur avis aux habitants-usagers.

Deuxième point


Les nouveaux compteurs permettent d'enregistrer la « courbe de charge » des utilisateurs, ce qui est à peu près leur consommation de manière quasi continue. La délibération de la Commission nationale Informatique et Liberté du 15 novembre 2012 dit « Les gestionnaires de réseau sont en effet capables d'assurer la maintenance […] de leur réseau sans avoir à analyser la courbe de charge de façon systématique. » Et comme c'est bien la gestion des réseaux et leur maintenance qui est l'objet des conventions de délégation de service public, on voit apparaître une fonction qui se situe apparemment en dehors de l'objet de la convention. Enedis déclare aussi vouloir mettre à disposition de tiers, les données des usagers. Ne vous inquiétez pas puisqu'on vous dit que le commerce des données personnelles des usagers est un service public. Et le mode de rétribution ne vous regarde pas.

Troisième point


Poursuivons. L'une des fonctionnalités du Linky est l'injection de fréquences additionnelles (environ 70 KHz) sur le courant électrique « normal » (50 Hz) qui devient alors « porteur ». Cette injection se fait, en particulier, sur les installations à l'intérieur du logement. Pourquoi vouloir absolument injecter ces fréquences dans le domicile de chaque usager ? Il semble que la seule explication à ce jour soit de permettre la communication via le réseau avec de futurs objets domestiques qui seront équipés de puces informatiques appropriées. Voilà une nouvelle fonction mise en place sous le terme de délégation de service public. Il ne faut donc pas douter que c'est un nouveau service public qui arrive. On ne nous a pas expliqué pourquoi la mise en œuvre de cette activité est réservée à Enedis, donc la raison pour laquelle tout industriel qui voudrait développer la même activité avec d'autres méthodes va se trouver défavorisé. On ne nous explique pas pourquoi Enedis dispose d'un apparent monopole et de facilités inexpliquées sur ce sujet. Vraiment, les conventions de délégation se service public permettent de faire beaucoup de choses. Donc il n'y a pas d'anomalies, voire d'irrégularités au sein de ces conventions. C'est pratique.


Ajouter des fréquences additionnelles au courant « normal » qui est modifié afin de « communiquer » avec des objets domestiques est une nouvelle utilisation des ouvrages basse tension qui sont des biens communaux (cette activité dégrade par ailleurs la qualité de l'énergie électrique telle qu'elle est prévue dans les conventions de délégation de service public, mais passons, nous ne sommes que les usagers). Nous pouvons raisonnablement supposer que cette activité ne se fera pas à titre gratuit. Sauf erreur, cette nouvelle utilisation présente toutes les caractéristiques d'une activité commerciale classique. Il est très étonnant que les biens communaux soient utilisés à un usage commercial sans que les communes perçoivent une indemnisation appropriée pour l'utilisation de leurs biens. Ce qui veut dire, autre sujet d'étonnement, qu'une commune qui ne veut pas de cette nouvelle fonction aurait bien le droit de refuser. De plus, quand une commune veut passer un contrat commercial avec un industriel ou un commerçant, il paraît qu'il faut respecter un certain code des marchés publics. Ne le répétez pas.

Arrêtons-nous à ces quelques remarques, on pourrait en trouver d'autres. Si vous trouvez que cela fait beaucoup de services publics qui débarquent d'un seul coup, de zones d'ombre et de questions pratiques qui surgissent autour de ce projet, c'est que vous pourriez bien être un peu trop tatillon. Si l'exercice de la démocratie locale a été abandonnée à un triste sort par un grand nombre de responsables locaux, ce n'est pas pour qu'ils se retrouvent dans des situations inconfortables à cause de vos questions. Faites comme si vous n'aviez rien vu.

Pour terminer et se détendre, en guise de résumé, une petite histoire :
J'hérite d'une voiture.
Je n'ai jamais appris à conduire.
Je vais voir une agence d'intérim qui me trouve un chauffeur.
Dans les premiers temps, tout se passe bien, le chauffeur me conduit où je veux aller.
Dans un second temps, mon chauffeur prétend changer le compteur kilométrique et la montre de la voiture pour des modèles qui lui plaisent mieux.
Et puis j'apprends que mon chauffeur veut se servir de ma voiture pour transporter des colis et se faire payer à mon insu.
Vous trouveriez ça normal ?

https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=562202290807039&id=100010518185504

« Un plan de départs volontaires proposé aux fonctionnaires et rémunération au mérite !! … »

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La réforme annoncée de la Fonction Publique par le gouvernement va faire couler beaucoup d'encre, et nous allons sans doute y revenir. L'article proposé ici, l'éditorial de Charles Sannat (que les habitués du site connaissent bien car nous aimons bien relayer ses "coups de gueule" et ses impertinences, sans forcément partager ses convictions, loin s'en faut même parfois) est particulièrement pessimiste et fataliste, ce qui n'est, de toute évidence pas notre point de vue, sinon, à quoi bon militer à l'UPR? Mais ce fatalisme affiché reflète bien un climat et une résignation que nous rencontrons souvent lors de nos discussions avec la population au cours de nos activités militantes. A intégrer donc à notre réflexion!  P.G.


 

TRIBUNE LIBRE / Charles Sannat

TL SANNAT FONCTIONNAIRES

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Je consacre une grande partie de mon “temps libre” ces derniers mois à travailler autour de la notion d’employabilité. Ce n’est pas un hasard. C’est la réponse concrète à un besoin majeur qui va aller en se développant, hélas, toutes ces prochaines années, à savoir celui de se préparer à faire face à un marché du travail complexe, violent et dégradé.

Ce sont tous les repères traditionnels du peuple français et nos “habitudes”, fussent-elles bonnes ou mauvaises, qui sont en train de disparaître ou de changer.

La France ce n’est pas uniquement de jeunes “geeks” de moins de 20 ans. C’est tout un ensemble de vieux comme moi de 43 ans, ou d’encore plus vieux. N’y voyez évidemment rien de péjoratif. Ces vieux, dont je fais partie, ont appris à écrire avec des stylos, à taper avec des machines à écrire et à téléphoner avec des cadrans qu’il fallait “tourner”… Nous sommes d’un autre temps. Un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Nous sommes du temps des francs, des frontières de Giscard et de Mitterrand.

Beaucoup sont du temps de la SNCF et de ses cheminots, ou encore de la sécurité de l’emploi et du plein emploi, bien que ce dernier ait, disons-le, disparu depuis longtemps mais finalement progressivement.

Imaginez un seul instant la réalité du titre de cet édito même quand Chirac était Président ? Impossible ! Imaginez un plan de départs volontaires pour les fonctionnaires sans que cela ne bloque le pays et ne jette les foules sur le pavé parisien !

Pourtant, nous y sommes !

“Le gouvernement français a proposé jeudi de lancer un plan de départs volontaires pour les fonctionnaires qui souhaiteraient partir en raison des réformes qu’il compte engager, Edouard Philippe disant assumer de pouvoir heurter des “sensibilités”.

Gérald Darmanin a dit possible d’imaginer avec les agents publics un plan de départs volontaires pour ceux qui souhaiteraient partir en conséquence de la réforme de l’État”, dans le cadre de discussions, jusqu’à fin 2018, avec les syndicats de fonctionnaires.

Le Premier ministre a également annoncé que la rémunération au mérite des fonctionnaires et le recours aux contractuels seraient nettement développés dans les prochaines années.

“Il ne s’agit pas d’un plan de départs volontaires pour tout le monde, bien évidemment. Il s’agit d’adapter le fonctionnement de nos services publics”, a-t-il ajouté

“Nous sommes déterminés à avancer, déterminés à dialoguer, déterminés à transformer la façon dont on produit les services publics dans notre pays”, a dit Edouard Philippe aux journalistes.

“Nous n’avons aucun doute sur le fait que (…) nous puissions heurter la sensibilité ou des équilibres auxquels certains se sont habitués”, a-t-il ajouté. “On ne répare pas un pays, on ne vise pas haut sans avoir conscience qu’il faut parfois bousculer et modifier ces équilibres”.”

Nous allons heurter la sensibilité ou les équilibres… et c’est comme ça !

Si je termine tous mes éditos par la formule “il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous”, ce n’est pas un hasard. Cette formule est le résumé de ce que nous devons individuellement faire pour être le plus robuste et le plus solide face aux changements qui s’imposent à nous. Certains diront qu’on nous les impose. Certes.

Aujourd’hui, je ne veux pas débattre politiquement. Il y a deux volets. La lutte collective et les comportements et stratégies individuelles.

Ceux qui veulent porter le combat dans une énième manif et marcher entre République et Bastille peuvent y aller. Il ne faut pas attendre d’une manifestation, grand moment d’exutoire collectif, les conséquences d’une révolution dont on sait toujours où elle commence et aussi, contrairement à ce que dit l’adage, où elle finit, c’est-à-dire dans un bain de sang.

Les Français ne semblant pas partisans ni favorables à une révolution violente, il y a objectivement peu à attendre de la résistance des corps constitués sur le front politique.

Il ne vous reste donc plus que la préparation et l’adaptation individuelle aux nouvelles réalités que l’on nous impose. Il n’y a pas ni bien ni mal, mais un contexte qui s’impose à vous. Qu’allez-vous faire ? Comment vous y préparer ? Comment faire face ?

Il n’y aura plus de “sécurité de l’emploi”, et vous allez devoir gérer votre employabilité.

L’effort et le courage, comme la souffrance ou la douleur, sont des émotions et des réalités individuelles. Les résultats de votre travail seront de plus en plus individualisés, et vous pourrez de moins en moins vous “cacher” derrière les augmentations “générales” du point d’indice ! Même pour les fonctionnaires ce sera la rémunération au mérite donc l’individualisation de la rémunération. Cette individualisation est assez logique en termes philosophiques, et la phrase “à travail égal salaire égal” est une ineptie dans le monde réel.

Entre Pierre, Paul, et Jacques, à travail égal… il n’y a jamais le même travail ! Pourquoi ?  Parce que Pierre, Paul et Jacques sont 3 personnes différentes, avec 3 vies et contextes différents. Pierre peut avoir un enfant en bas âge alors que Paul est un jeune célibataire et très ambitieux. Jacques, lui, le “vieux”, travaille peu mais bien… Ils sont tous les 3 commerciaux, leur rémunération va de 1 à 4 !!! Travail “égal” en façade, mais résultat bien différent matérialisé par des commissions très variées.

On ne vous le dit que progressivement, mais c’est tout cela qui change, toutes ces habitudes qui volent en éclat, et tout l’égalitarisme à la française qui, sous vos yeux, va se faire trucider.

Pour la tranquillité d’esprit des masses, on remplace progressivement l’égalitarisme économique (travail égal salaire égal, augmentation collective, sécurité de l’emploi, etc.) par un égalitarisme social et sociétal “une femme = un homme” en montant ce type de sujet à un niveau d’intensité de combat hallucinant. Non pas qu’une femme vaille un homme, c’est une évidence, et dans bien des cas, elle vaut bien plus, mais parce que l’on pousse l’égalitarisme sociétal pour vous faire oublier que l’on vous supprime l’égalitarisme économique.

Que toutes les femmes du monde et de France se rassurent, elles seront exploitées équitablement et de la même façon que les hommes. Ni plus ni moins. Ce sera moins pour “toutes et tous” !!!

Il ne vous reste plus que la mise en place et le développement de vos stratégies d’adaptation personnelles. C’est le sens du dossier de 140 pages consacré à l’employabilité, à la recherche d’emploi, à la formation, à la préparation de vos enfants et à leur orientation que je viens de terminer. (...)

Les plus “fragiles” sont les fonctionnaires…

Que nos amis fonctionnaires ne le prennent pas mal. Il n’y a pas plus inadapté de façon générale (avec toutes les exceptions que l’on peut trouver) que les fonctionnaires au marché de l’emploi. Non pas qu’ils ne soient pas bons ! Ils sont largement aussi bons que les autres en moyenne. Telle n’est pas la question.

Ils ont simplement été formatés dans une culture, dans un mode de fonctionnement et de rémunération qui n’est pas celui du secteur marchand.

Enfin, pour beaucoup d’entre eux, ils sont rentrés jeunes généralement, sur concours, et ne savent pas ou peu ce qu’est une démarche de recherche d’emploi dans le privé, et ce n’est en aucun cas une critique. C’est assez normal qu’un jeune passe son CAPES et devienne prof… mais il est assez loin des réalités du marché de l’emploi !

Lorsque je vois que même les fonctionnaires auront leur plan de départ volontaire, cela confirme l’analyse que je fais depuis des années et qui, progressivement, se confirme et se met en place.

Ceux qui dépendent de la dépense publique dans un État en quasi faillite ont du souci à se faire.

La solution est d’anticiper ces nouvelles réalités avant les autres. Je sais cela peut sembler trop individualiste, mais le collectif a déjà perdu depuis bien longtemps et nous avons collectivement abdiqué notre ambition collective de peuple. Alors…

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/un-plan-de-departs-volontaires-propose-aux-fonctionnaires-et-remuneration-au-merite-ledito-de-charles-sannat/

vendredi 2 février 2018

Pentagon Papers Steven Spielberg en petite forme

Nous avons publié le point de vue de Charles Gave sur ce film, voici un autre point de vue. A vous de juger!  P.G.

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28 janvier 2018 : bourré de bons sentiments comme le sont en général les films de Steven Spielberg, Pentagon Papers hésite entre plusieurs cibles et n'en atteint finalement aucune (ou presque)...

TL SPIELBERG 2

Chaque film de Steven Spielberg est un événement et celui-ci ne manque pas à la règle. Mais il est douteux qu'il s'inscrive dans l'histoire du cinéma tant il pèche dans sa représentation de l'Histoire tout court. C'est une déception après le très subtil Lincoln du même réalisateur, en 2012.

La faute au scénario qui multiplie les angles d'attaque et se trompe sur presque tous.

L'histoire des Pentagon Papers

Pentagon PapersLe titre français du film fait référence à un rapport confidentiel de 7000 pages rédigé en 1967 par quelques dizaines de fonctionnaires du Pentagone à la demande du Secrétaire d'État Robert McNamara. Celui-ci soutenait en public l'engagement du président Johnson au Vietnam tout en le condamnant en privé.

Songeant déjà à démissionner de son poste - ce qu'il fera l'année suivante -, il voulait un historique des relations entre les États-Unis et le Vietnam depuis la première guerre d'Indochine conduite par les Français, afin de servir à l'édification des historiens du futur.

Dès le 31 mars 1968, le président Johnson lui-même comprend l'inanité de sa politique vietnamienne et promet l'ouverture prochaine de négociations avec les parties concernées. Son successeur Richard Nixon, brutal, vulgaire, cynique mais réaliste, annonce un désengagement militaire américain le 25 juillet 1969. Avec son Secrétaire d'État Henry Kissinger, il ouvre dans le même temps des négociations pour la paix à Paris. Dans le même temps, il engage des pourparlers avec l'URSS comme avec la Chine ! 

Près de deux ans plus tard, enfin, en juin 1971, le New York Times, le quotidien de référence des élites américaines, réussit à se procurer le rapport de McNamara et entame sa publication. Les lecteurs se jettent sur ces récits dont certains remontent à près de vingt ans et les plus récents à quatre ans. Ils ne concernent que les présidences Eisenhower, Kennedy et Johnson, en aucune façon la présidence Nixon, laquelle, au contraire des précédentes, fait tout son possible pour se désengager du Vietnam.

Bien que sans conséquence sur la politique de l'heure, la publication du New York Times soulève l'ire du président Nixon, lequel nourrit de très mauvaises relations avec les journalistes en général et ceux de la côte Est en particulier. Un procureur enjoint au Times de cesser la publication d'un document réputé confidentiel défense. Le journal ne peut faire autrement que d'obéir. C'est alors que le Washington Post, jusque-là de modeste réputation, prend le relais. Un vent de fronde souffle aussitôt dans la presse américaine et la Cour Suprême est appelé à légiférer sur le conflit entre le Times et le gouvernement. Elle donne raison à la presse au nom du premier amendement de la Constitution (Bill of Rights, 1791).

L'année suivante, porté par ses succès tant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur, et malgré la détestation des élites de la côte Est, Richard Nixon sera triomphalement réélu avec 60% des voix. Mais trop sûr de lui, il laissera ses hommes de main commettre une grosse bêtise, l'espionnage des bureaux du parti démocrate dans l'immeuble du Watergate. L'enquête de police remontera en 1973 jusqu'au bureau ovale, obligeant le président lui-même à une honteuse démission. Dans cette affaire du Watergate, ce sont les journalistes du Washington Post qui seront à l'avant-scène, damant le pion à leurs rivaux du Times.

Le regard biaisé de Steven Spielberg

Le cinéaste a curieusement traité cette affaire de presse comme une affaire politique, ce qu'elle n'est pas. La publication des Pentagon Papers n'a eu strictement aucune incidence sur la guerre ni sur la présidence Nixon, à la grande différence des reportages photographiques du New York Times en 1968 ou des révélations du Washington Post sur le Watergate en 1973.

Oublieux du contexte, Steven Spielberg a qui plus est trahi les faits en faisant passer Nixon pour non seulement un type vulgaire - ce qu'il était - mais aussi un sombre incapable et un fou de guerre, ce qu'il n'était pas, bien au contraire ! 

Par ailleurs, notons le choix bizarre du cinéaste de centrer l'affaire des Pentagon Papers sur le Washington Post alors que tout le mérite de la publication revient au New York Times. C'est comme si l'on attribuait à ce dernier la révélation du Watergate

La raison tient sans doute à ce que Spielberg a voulu surajouter à cette histoire un portrait de femme peu ordinaire, en résonance avec les débats actuels sur la place des femmes dans la société. C'est ainsi qu'il organise le film autour du conflit entre le rédacteur en chef du Post, interprété par Tom Hanks, et l'héritière du journal, interprétée avec superbe par Meryl Streep, laquelle a beaucoup de mal à résister à la pression des banquiers et des actionnaires qui, tous, veulent la dissuader de publier les Pentagon Papers.

Faut-il l'avouer ? Ce dilemme (publier? pas publier ?) paraît excessivement plat quand on a vu auparavant le film britannique Les Heures sombres et l'affrontement féroce entre Churchill et Halifax sur la question de résister coûte que coûte ou négocier avec Hitler.  

André Laramé
https://www.herodote.net/Pentagon_Papers-article-1707.php

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Il n’y a plus d’herboriste diplômé en France

Marie Roubieu vient de décéder à l’âge de 97 ans. Elle était la dernière survivante des herboristes titulaire du diplôme supprimé en 1941. Il n’a jamais été rétabli depuis.

TL HERBORISTE

Son nom est inconnu du grand public. Seul un petit cercle de spécialistes des plantes médicinales la connaissait. Marie Roubieu avait obtenu son diplôme officiel d’herboriste avant que le régime de Vichy ne l’abolisse en 1941, au profit des pharmaciens. « Elle apprenait aux autres à reconnaître les plantes, les sentir, les goûter, les cueillir, avec une rigueur très scientifique. On faisait des sorties sur le terrain et des voyages botaniques aux Caraïbes pour trouver des arbres à épices », raconte Clotilde Boisvert, botaniste, qui a fondé en 1980 « L’École des Plantes CB » à Paris.

En dépit des promesses des gouvernements successifs, la France reste le seul pays de l’Union européenne à ne pas reconnaître la profession d’herboriste. « L’herboristerie se meurt », regrette Michel Pierre, auteur de nombreux livres sur les bienfaits des plantes (1) et patron de la célèbre Herboristerie du Palais-Royal (à Paris). Car depuis une quinzaine d’années, explique le spécialiste, 143 plantes bénéfiques pour la santé sont en vente libre dans les grandes surfaces. Quant aux autres plantes médicinales, elles ne peuvent être vendues qu’en pharmacie. Un marché qui n’intéresse pas forcément les officines, si bien qu’on a du mal à les trouver.

Une industrialisation de la phytothérapie

Les pharmaciens préfèrent commercialiser des produits confectionnés à partir de molécules de plantes qui occupent moins de place et coûtent plus cher que des sachets de thym ou d’ortie. « On assiste clairement à une industrialisation de la phytothérapie. Environ 500 plantes – et bientôt près d’un millier – peuvent ainsi être utilisées comme compléments alimentaires sous forme de gélules, ampoules ou concentrés. Mais on n’a pas pour autant le droit de les vendre comme plantes pour tisane », déplore Michel Pierre, qui persiste à vendre de la bruyère en tisane, quitte à se mettre hors-la-loi.

Faut-il rétablir le métier d’herboriste ?

De la passiflore, qui aide à mieux dormir, aux feuilles de cassis, qui soulagent les douleurs articulaires, en passant par celles du noisetier qui stimulent la circulation sanguine, les irréductibles qui continuent à proposer ces remèdes de grand-mère sont de plus en plus rares. Il n’existe plus qu’une cinquantaine d’herboristes en France. Ils se sont récemment regroupés au sein d’un syndicat, Synaplante, pour réclamer que la loi change. Une situation paradoxale, alors que l’engouement pour les plantes n’a jamais été aussi fort.

Christine Legrand
https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sante/Il-dherboriste-diplome-France-2018-01-29-1200909621

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Varoufakis s’est entouré de tenants de l’ordre dominant comme conseillers

TRIBUNE LIBRE / Eric Toussaint

TL VAROUF

Si vous n’avez pas encore lu Conversations entre Adultes de Yanis Varoufakis, commandez-le à votre libraire. Cela se lit comme un polar politique, il y a du suspense, des rebondissements, des trahisons… L’immense intérêt de ce livre c’est que l’auteur donne sa version d’évènements qui ont influencé et influencent encore la situation internationale, en particulier en Europe mais aussi au-delà car la déception provoquée par la capitulation du gouvernement de la gauche radicale grecque marque profondément les esprits.

La série d’articles que je consacre au livre de Varoufakis constitue un guide pour des lecteurs et des lectrices de gauche qui ne souhaitent pas se contenter de la narration dominante donnée par les grands médias et les gouvernements de la Troïka ; des lecteurs et des lectrices qui ne se satisfont pas non plus de la version donnée par l’ex-ministre des Finances. En contrepoint du récit de Varoufakis j’indique des évènements qu’il passe sous silence et j’exprime un avis différent du sien sur ce qu’il aurait fallu faire et sur ce qu’il a fait. Mon récit ne se susbtitue pas au sien, il se lit en parallèle.

[Articles déjà relayés par ce site, NdR]

Lire les 3 précédents articles de la série :

La critique de la politique qui a été suivie par le gouvernement grec en 2015 ne consiste pas principalement à déterminer les responsabilités de Tsipras ou de Varoufakis en tant qu’individus. Il est essentiel de prendre le temps d’analyser la politique mise en pratique par Varoufakis et le gouvernement Tsipras car, pour la première fois au 21e siècle, un gouvernement de gauche radicale a été élu en Europe. Comprendre les failles et tirer les leçons de la manière dont celui-ci a affronté les problèmes qu’il rencontrait sont de la plus haute importance si on veut avoir une chance de ne pas aboutir à un nouveau fiasco. Dans d’autres pays d’Europe, une majorité d’électeurs et d’électrices pourrait porter au gouvernement des forces de gauche qui promettent de rompre avec la longue nuit néolibérale. Ces pays ne sont certes pas nombreux mais ils existent. De toute façon, même là où les chances d’arriver au gouvernement sont très limitées, il est fondamental de présenter un programme cohérent de mesures qui devraient être prises par un gouvernement aussi fidèle au peuple que le sont les gouvernants actuels à l’égard du grand capital.

La critique que je fais des choix de Varoufakis est précise et elle est dure, sans concession. Il n’en demeure pas moins que Varoufakis a pris la peine de communiquer ce qu’il considère être sa part de vérité. Il a pris des risques en le faisant. S’il n’avait pas écrit ce livre, bien des faits importants seraient restés inconnus. Il ne faut pas s’attendre à ce que Tsipras livre sérieusement sa version de ce qui s’est passé. Il lui est impossible de relater son action et de la justifier. Si un jour il lui arrive de signer un récit, il aura été écrit par quelqu’un d’autre et il sera rempli de lieux communs.

Il faut aussi faire une distinction entre Tsipras et Varoufakis : l’un a signé le 3e mémorandum et l’a fait passer au parlement grec, l’autre s’y est opposé, a quitté le gouvernement le 6 juillet et, en tant que député, a voté contre le mémorandum le 15 juillet 2015.

Ce qui est fondamental, c’est de réaliser une analyse de l’orientation politico-économique qui a été mise en pratique afin de déterminer les causes de l’échec, de voir ce qui aurait pu être tenté à la place et d’en tirer des leçons sur ce qu’un gouvernement de gauche radicale peut faire dans un pays de la périphérie de la zone euro.

Dans cette partie, nous présentons les conseillers dont s’est entouré Varoufakis. Force est de constater que, dès l’étape de sélection de ses principaux conseillers, Yanis Varoufakis s’est entouré de personnes peu disposées à réaliser les promesses de Syriza (c’est le moins qu’on puisse dire) et à mettre en œuvre des politiques alternatives afin de sortir la Grèce de l’emprise de la Troïka.

Les conseillers de Yanis Varoufakis comme ministre

Dans son ouvrage, Varoufakis décrit l’équipe de ses conseillers directs et lointains. La manière dont l’équipe a été composée est terrible. La logique qui a présidé aux choix des personnes explique en partie l’échec qui allait suivre. Ce n’est pas l’élément déterminant mais cela a joué un rôle.

Pour désigner un vice-ministre des Finances en charge de superviser le Trésor, un poste de la plus haute importance, Varoufakis raconte qu’il a consulté Alekos Papadopoulos, un ancien ministre des Finances des années 1990, issu du Pasok. Varoufakis explique qu’il avait collaboré avec Papadopoulos pour rédiger le programme économique que Georges Papandréou a présenté aux élections de 2004 remportées par les conservateurs de la Nouvelle démocratie. Syriza qui se présentait pour la première fois à des élections avait obtenu 6 députés avec 3,3 % des voix. Nouvelle démocratie de Karamanlis avait obtenu 45,4 % des voix et le Pasok conduit par Papandreou avait récolté 40,5 % des suffrages.

Varoufakis écrit : « Papadopoulos était dans l’opposition par rapport à Syriza, mais il était prêt à me soutenir personnellement et m’a promis de me trouver quelqu’un. (…) Le soir-même il m’a envoyé un sms en me donnant le nom de Dimitris Mardas  » |1|. Varoufakis contacte Mardas directement et lui propose le poste de vice-ministre des Finances.

Il faut savoir que le 17 janvier 2015, huit jours avant la victoire de Syriza, Mardas a publié un article particulièrement agressif contre la députée de Syriza Rachel Makri sous le titre « Rachel Makri vs Kim Jong Un et Amin Dada ». L’article se concluait par la très éloquente question (soulignée parlui-même) « Sont-ce ceux-là qui vont nous gouverner ? ». Dix jours plus tard, ce même Mardas devenait, grâce à Varoufakis, ministre suppléant des Finances. Varoufakis explique dans son livre qu’après un mois comme ministre il s’est rendu compte qu’il avait fait un mauvais choix. Signalons que Mardas, qui a soutenu la capitulation en juillet 2015, a été élu député Syriza aux élections de septembre 2015. Papadopoulos a lui aussi soutenu le 3emémorandum de juillet 2015 |2|.

Varoufakis explique qu’en second lieu il devait choisir le Président du Conseil des économistes. Il se rend compte que ce poste avait été pourvu en son nom par le vice-premier ministre Dragasakis. Ce dernier avait en effet choisi George Chouliarakis, un économiste d’une trentaine d’années qui avait enseigné à l’Université de Manchester avant d’être transféré à la Banque centrale de Grèce. Chouliarakis a joué un rôle néfaste dès l’entrée en fonction de Varoufakis et pourtant celui-ci l’a gardé jusqu’à la fin. Son nom reviendra plusieurs fois dans le récit des évènements.

Ensuite Varoufakis a intégré à son équipe Elena Panaritis, parce qu’elle connaissait bien le langage et le modus operandi de la Troïka. Panaritis, en tant que députée du Pasok, avait voté en faveur du premier mémorandum de 2010. Avant cela, elle avait travaillé à Washington, surtout à la Banque mondiale, où elle s’était construit, selon Varoufakis, un excellent réseau de personnalités proches des institutions basées à Washington. Notamment l’ancien Secrétaire du Trésor, Larry Summers, à qui elle a présenté Varoufakis. Panaritis, dans les années 1990, a travaillé pour la Banque mondiale au Pérou où elle a collaboré avec le régime néolibéral, corrompu et dictatorial d’Alberto Fujimori. Varoufakis raconte : « Quand je l’ai revue avant les élections, je n’ai pas hésité une seconde à lui demander de me rejoindre. Il n’y a pas mieux pour se battre contre le diable que quelqu’un qui l’a servi et qui est devenu son pire ennemi. » |3| La suite a montré que loin d’être devenue son pire ennemi, elle a continué à collaborer avec lui.

Sa nomination comme conseillère du ministre des Finances a provoqué dès le début des remous dans Syriza et Tsipras a essayé de convaincre Varoufakis de s’en défaire. Ensuite, il s’en est très bien accommodé. Plus tard, quand Varoufakis, en mai 2015, a fait nommer, avec l’accord de Tsipras, Panaritis représentante de la Grèce au FMI, cela a provoqué une telle levée de boucliers dans Syriza et au parlement, qu’elle a finalement dû renoncer à ce poste le 1er juin 2015 |4|.

Dans son équipe, Varoufakis a également incorporé Glenn Kim, spécialiste des marchés financiers et en particulier du marché des dettes souveraines. En 2012, il avait collaboré à la mise en œuvre de la restructuration de la dette grecque notamment comme consultant des autorités allemandes. Quand Varoufakis a pris contact avec Glenn Kim, celui-ci lui a dit qu’il travaillait comme consultant pour le gouvernement islandais, qu’il aidait à mettre fin au contrôle des capitaux en vigueur depuis 2008. Cela convenait très bien à Varoufakis qui, à tort, ne voulait surtout pas recourir à un contrôle des mouvements de capitaux, alors qu’il aurait dû prendre en compte les résultats positifs obtenus en Islande.

Varoufakis écrit : « Un cynique dirait que les experts genre Glenn travaillent exclusivement pour l’argent et pour leur carrière personnelle. Peut-être. Mais être entouré de personnes comme lui, qui connaissent toutes les arcanes du pouvoir, est un atout précieux. » Précisons que Glenn Kim a continué à conseiller Tsipras après la capitulation de juillet 2015 |5|.

Varoufakis se félicite d’avoir accepté les services de la Banque Lazard et de son directeur, le Français Matthieu Pigasse |6|. La banque Lazard avait collaboré, en échange de dizaines de millions d’euros de commission, à la restructuration de la dette grecque réalisée par la Troïka en 2012. Selon Varoufakis, Matthieu Pigasse et Daniel Cohen (professeur à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm à Paris et conseiller de Lazard |7|) qui l’accompagnait « ont réussi à me convaincre en me vantant les avantages de leur complicité, en s’excusant et me proposant leurs précieux services pro bono pour remettre la Grèce debout. Avec des transfuges de cette trempe à nos côtés, notre force technique était décuplée, voire plus. » |8|

Dans l’équipe internationale dont s’est entouré Varoufakis, il faut citer James Galbraith qui lui a apporté un soutien constant et qui a fait plusieurs séjours à Athènes pendant les six premiers mois de l’année 2015. Parmi les personnes que mentionnent Varoufakis comme l’ayant aidé de très près, James Galbraith est le seul à être digne de confiance même s’il a soutenu une orientation beaucoup trop conciliatrice à l’égard des créanciers. James Galbraith est un économiste néokeynésien des États-Unis, proche du Parti démocrate, connaisseur de la politique internationale. En 2009, il avait eu des contacts étroits avec le gouvernement de Georges Papandréou. Galbraith a travaillé principalement sur le plan B et cela dans le plus grand secret. Il témoigne lui-même de cela dans l’ouvrage Crise grecque, tragédie européenne |9|. De tous les membres de l’équipe que mentionne Varoufakis, Galbraith est le seul à propos duquel on peut considérer qu’il pouvait réellement apporter une aide constructive aux autorités grecques. Il a défendu, aux côtés de Varoufakis, une orientation trop modérée qui ne correspondait pas aux défis qu’il fallait relever et il le reconnaît partiellement |10|. Daniel Munevar, un collaborateur de Galbraith, a apporté activement son soutien à Varoufakis dans la négociation avec les créanciers à partir de mars 2015 mais Varoufakis ne mentionne pas son nom |11|.

Varoufakis préfère mentionner des personnalités étrangères faisant partie directement de l’establishment : « Outre Norman (Lamont), mes partisans d’outremer comprenaient Jeff Sachs, économiste à l’Université de Columbia, Thomas Mayer, de la Deutsche Bank, Larry Summers, et Jamie Galbraith » |12|. Des personnalités avec lesquelles il ne fallait surtout pas s’allier, à part Galbraith, si on voulait réellement promouvoir une solution favorable au peuple grec. En voici quelques exemples.

Larry Summers, Jeffrey Sachs et d’autres : Varoufakis continue avec des choix incompatibles avec le programme de Syriza

Le parcours de Lawrence ‘Larry’ Summers comporte un certain nombre de taches qui auraient dû être indélébiles… et empêcher toute collaboration. Varoufakis a pourtant cherché systématiquement celle-ci et en est très satisfait. Il déclare dans l’introduction de son livre : « Nous étions largement d’accord sur l’essentiel, et ce n’était pas rien d’avoir le soutien du formidable Larry Summers (…) » |13|.

Le passé de Summers mérite qu’on souligne quelques étapes importantes.

En décembre 1991, alors économiste en chef de la Banque mondiale, Summers écrit dans une note interne : « Les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico. Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays moins avancés. Une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. […] L’inquiétude [à propos des agents toxiques] sera de toute évidence beaucoup plus élevée dans un pays où les gens vivent assez longtemps pour attraper le cancer que dans un pays où la mortalité infantile est de 200 pour 1 000 à cinq ans |14| ». Il ajoute même, toujours en 1991 : « Il n’y a pas de […] limites à la capacité d’absorption de la planète susceptibles de nous bloquer dans un avenir prévisible. Le risque d’une apocalypse due au réchauffement du climat ou à toute autre cause est inexistant. L’idée que le monde court à sa perte est profondément fausse. L’idée que nous devrions imposer des limites à la croissance à cause de limites naturelles est une erreur profonde ; c’est en outre une idée dont le coût social serait stupéfiant si jamais elle était appliquée |15| ».

Devenu vice-secrétaire au Trésor sous Clinton en 1995, Summers pèse de tout son poids avec son mentor, le secrétaire d’État, Robert Rubin, pour obtenir l’élimination en 1999 de la loi qui séparait les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement et la remplacer par une loi dictée par les banquiers |16|. En 1998, avec Alan Greenspan, directeur de la Réserve fédérale et Robert Rubin, Summers avait aussi réussi à convaincre l’autorité de contrôle des bourses des matières premières, la Commodity Futures TradingCommission (CFTC), d’abandonner toutes les barrières qui « entravaient » le marché des dérivés de crédits vendus de gré à gré (Over The Counter – OTC). La porte est alors grande ouverte pour une accélération de la dérèglementation bancaire et financière qui a abouti à la crise de 2007-2008 aux États-Unis et qui a eu des retombées en Grèce en 2009-2010.

Ajoutons qu’en 2000, Summers fait pression, en tant que secrétaire d’État au Trésor, sur le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, pour que celui-ci se débarrasse de Joseph Stiglitz, qui lui a succédé au poste d’économiste en chef et qui est très critique sur les orientations néolibérales que Summers et Rubin mettent en œuvre aux quatre coins de la planète où s’allument des incendies financiers. Après l’arrivée du président républicain George W. Bush, il poursuit sa carrière en devenant président de l’université de Harvard en 2001, mais se signale particulièrement en février 2005 en se mettant à dos la communauté universitaire après une discussion au Bureau national de la recherche économique (NBER) |17|. Interrogé sur les raisons pour lesquelles on retrouve peu de femmes à un poste élevé dans le domaine scientifique, il affirme que celles-ci sont intrinsèquement moins douées que les hommes pour les sciences, en écartant comme explications possibles l’origine sociale et familiale ou une volonté de discrimination. Cela provoque une grande polémique |18| tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’université. Malgré ses excuses, les protestations d’une majorité de professeurs et d’étudiants de Harvard l’obligent à démissionner en 2006.

En 2009, Summers est devenu membre de l’équipe de transition du président élu Barack Obama et a dirigé le Conseil économique national. En septembre 2010, Summers a quitté l’équipe d’Obama et a repris sa carrière à l’université d’Harvard tout en jouant un rôle dans les coulisses de la politique notamment à Washington. Varoufakis raconte qu’il a demandé à Helena Panaritis de le mettre en contact avec Summers en 2015 afin de pouvoir avoir une influence sur Obama d’une part et sur le FMI d’autre part.

Varoufakis a demandé également à Jeffrey Sachs, spécialisé lui aussi dans les jeux d’influence dans les coulisses de Washington, de collaborer de manière rapprochée, ce que celui-ci a accepté en se rendant plusieurs fois à Athènes, à Bruxelles, à Londres, à Washington en 2015, afin de renforcer l’équipe de Varoufakis. Jeffrey Sachs, comme Lawrence Summers, est lié au parti démocrate, et est présenté dans les médias dominants comme favorable à une solution douce aux crises de la dette en tenant compte des intérêts des pauvres |19|. Pourtant, Jeffrey Sachs a été conseiller de gouvernements néolibéraux qui ont appliqué la politique de la thérapie du choc dans leur pays : Bolivie (1985), Pologne (1989), Russie (1991). Dans son livre La Stratégie du choc. Montée d’un capitalisme du désastre (2008), Naomi Klein a dressé un réquisitoire implacable contre Jeffrey Sachs et les politiques qu’il a recommandées en collaboration avec le FMI, la Banque mondiale et les classes dominantes locales.

Varoufakis mentionne également le soutien indéfectible qu’il a reçu de Lord Norman Lamont qui a été Chancelier de l’Échiquier (ministre des Finances de Grande-Bretagne) dans le gouvernement du conservateur John Major de 1990 à 1993. « Mon amitié avec Lord Lamont of Lerwick, Tory et eurosceptique pur jus, le Chancelier qui avait permis à la Grande-Bretagne d’échapper au Système monétaire européen, s’accordait mal avec mon image d’extrême-gauchiste. » Varoufakis souligne l’importance de la collaboration avec Norman Lamont : « J’ai passé 162 jours à la tête du ministère des Finances et Norman a toujours été un soutien inébranlable, notamment pour finaliser la dernière version de mes propositions de réforme de la dette et de la fiscalité à soumettre à l’UE et au FMI » |20|.

Parmi les autres experts étrangers auxquels Varoufakis a eu recours et qui ont participé à l’élaboration des propositions qu’il a faites aux créanciers : Willem Buiter, qui a rejoint la banque Citigroup en 2010 comme économiste en chef, et Thomas Mayer, ex-économiste en chef de la Deutsche Bank.

Si l’on s’en tient au récit de Varoufakis, le rôle de ces personnalités n’a pas été anodin. Se référant au énième plan qu’il a proposé en mai 2015 aux créanciers, il écrit : « Le temps que j’atterrisse, le Plan pour la Grèce était finalisé. Jeff Sachs avait brillamment rectifié la version que je lui avais envoyée deux jours plus tôt. Norman Lamont avait effectué des ajouts importants ; l’équipe de Lazard avait affiné la proposition d’échange de dettes et Larry Summers avait avalisé l’ensemble. » |21|

Spyros Sagias, un autre exemple d’un défenseur de l’ordre dominant faisant partie du cercle étroit de Tsipras et de Varoufakis

Varoufakis explique qu’il a établi une relation étroite avec Spyros Sagias qui est devenu le conseiller juridique du Premier ministre Tsipras, avec qui il a fait connaissance quelques jours avant les élections. Le choix de Sagias par Tsipras en dit également long sur les priorités de Tsipras au moment de choisir son entourage en tant que chef du gouvernement. Il voulait autant que possible s’entourer de personnages pouvant établir des ponts avec l’establishment, avec le patronat, avec les créanciers. Sagias avait conseillé le gouvernement du socialiste Simitis dans les années 1990 au moment où celui-ci entamait un important programme de privatisations.

Varoufakis décrit Sagias de la manière suivante : « Sagias n’était pas un homme politique mais, comme il se présenta plus ou moins en riant, un avocat systémique. (…) Pas un seul grand contrat d’affaires où étaient en jeu intérêts privés et secteur public n’échappait à sa sagacité : privatisations, vastes projets immobiliers, fusions, il dominait tout. Il avait conseillé Cosco, le conglomérat chinois qui avait acheté des parts du Pirée et rêvait d’en acquérir la totalité, une privatisation à laquelle Syriza était farouchement opposé ». Il ajoute : « Le jour où Pappas m’avait dit que Sagias serait sans doute secrétaire de cabinet, j’avais été heureusement surpris : on aurait un as du droit parmi nous, un conseiller sachant rédiger des projets de loi imparables et déterrer les secrets honteux de l’ancien régime ». « Je l’aime bien, Sagias, pensais-je. Il avait conscience de fricoter avec l’oligarchie et ne s’en cachait pas » |22|. Sagias, comme le montre Varoufakis plus loin dans son livre, a soutenu les choix successifs qui ont amené à la capitulation définitive.

Ajoutons que pendant le gouvernement Tsipras I, il a aussi aidé Cosco à acquérir les parties du Port du Pirée que l’entreprise chinoise ne possédait pas encore |23|. C’est d’ailleurs la firme de Sagias qui avait rédigé la première convention avec Cosco en 2008. Après avoir quitté ses fonctions de secrétaire du gouvernement, Sagias s’est remis encore plus activement à son cabinet d’affaires |24|. Il est redevenu le conseil attitré de grands intérêts étrangers pour favoriser de nouvelles privatisations. Il a servi les intérêts de l’Émir du Qatar en 2016 qui souhaitait acquérir une île grecque, l’île d’Oxyas à Zakinthos, appartenant à une zone Natura. Sagias a également été le conseil de Cosco en 2016-2017 dans un litige avec les travailleurs du port du Pirée, quand il s’est agi de trouver une formule de départ anticipé (ou de licenciement déguisé) pour plus d’une centaine de travailleurs proches de l’âge de la retraite.

Dans la cinquième partie nous aborderons les évènements de janvier-février 2015 : les journées qui ont précédé la victoire attendue de Syriza le 25 janvier, la création du gouvernement Tsipras, le programme de Syriza, l’entrée en fonction de Yanis Varoufakis comme ministre des Finances et les négociations qui conduisent à l’accord funeste du 20 février 2015.

Par Eric Toussaint |  18 janvier 2018

Notes

|1| Y. Varoufakis, Conversations entre adultes. Dans les coulisses secrètes de l’Europe, Les Liens Qui Libèrent, Paris, 2017, Chapitre 5, p. 127.

|2| Voir Vice, « The Former Finance Minister Who Tried to Warn Greece About the Crisis », publié le 15 juillet 2015, consulté le 12 novembre 2017

|3| Y. Varoufakis, op.cit., Chapitre 5, p. 129.

|4| Adea Guillot, « Grèce : l’ex-députée socialiste Elena Panaritis renonce au FMI », publié le 1er juin 2015, Le Monde

|5| Alors que, sous Varoufakis, il avait été défrayé de manière modeste, il a remis, en août 2015, une facture de 375 000 euros pour la période antérieure à juillet 2015. Cela a provoqué des remous et a alimenté la campagne de discrédit lancé par la presse dominante grecque contre Varoufakis. GRReporter, « A Korean adviser of Varoufakis claims a fee of €375,000 », publié le 9 août 2017, consulté le 12 novembre 2017

|6| La Banque Lazard est un groupe mondial de conseil financier et de gestion d’actifs. Entreprise franco-américaine à sa création en 1848, Lazard est aujourd’hui cotée à la bourse de New York et est présente dans 43 villes dans 27 pays. Son dirigeant le plus connu en France est Matthieu Pigasse. Sous sa conduite la banque a conseillé différents gouvernements en matière de dette ou de gestion d’actifs (entendez privatisations) : l’Équateur en 2008-2009 en ce qui concerne la dette, la Grèce en 2012 et en 2015, le Venezuela en 2012-2013. M.Pigasse a des intérêts directs dans le quotidien Le Monde, dans Huffington Post et dans le magazine Les Inrockuptibles. À la fin de l’année 2017, Matthieu Pigasse et la Banque Lazard se sont rangés aux côtés du régime corrompu et répressif du président congolais Denis Sassou-Nguesso pour l’aider dans ses relations avec les créanciers.

|7| Spécialiste de la dette souveraine, il est conseiller à la banque Lazard, avec laquelle il a conseillé le Premier ministre grec Georges Papandréou et le président équatorien Rafael Correa pour la renégociation de la dette de leurs pays. Il a participé, avec la Banque mondiale, à l’« initiative de réduction de la dette des pays pauvres très endettés » (initiative PPTE). Il est éditorialiste au quotidien Le Monde. Daniel Cohen a également été conseiller de François Fillon, Premier ministre de Nicolas Sarkozy de 2010 à 2012. Puis il a soutenu François Hollande, président de 2012 à 2017.

|8| Y. Varoufakis, op.cit., chapitre 5, p. 131.

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jeudi 1 février 2018

«L'OTAN, mécanisme américain pour le contrôle géopolitique de l'Europe»

Cet entretien date de 2017, mais il est toujours d'actualité...  P.G.


 

L'OTAN existe pour les mêmes raisons que lorsqu'elle a été fondée : assurer la présence américaine en Europe, écarter les Russes et limiter les possibilités des Allemands, juge l'ancien diplomate américain Jim Jatras.

arg otan disparition

Donald Trump est arrivé à Bruxelles pour rencontrer les dirigeants de l'OTAN dans le cadre de ce qu'on appelle des pourparlers informels. La visite du président des Etats-Unis a provoqué une grande protestation de 6 000 personnes dans la capitale belge, les militants de divers groupes ayant marché à travers la ville.

RT : Qu'est-ce que l'OTAN cherche à faire, à votre avis, en organisant cette énorme réception pour Donald Trump dans son nouveau siège ayant coûté 1,1 milliard ? Cherche-t-elle à impressionner Donald Trump ?

Jim Jatras (J. J. ): Soyons clairs sur ce que l'OTAN veut dire pour les Etats-Unis. Les autres pays ne sont pas de vrais alliés – ce sont des satellites. Sans l'engagement des Etats-Unis, il n'y a pas d'OTAN. Donald Trump a clairement expliqué pendant sa campagne qu'il considérait l'OTAN obsolète, qu'elle n'avait pas vraiment contribué à la sécurité américaine... Bien sûr, c'est la vérité. Regardez ce qui s'est passé à Manchester il y a quelques jours – c'est la véritable menace pour l'Europe. Comment l'OTAN fait-elle face à cette situation ? Je pense que ce que font les responsables de l'Alliance, c'est célébrer le virage à 180 degrés de la position qu'il [Donald Trump] a prise par rapport à sa campagne. Au lieu de critiquer l'OTAN, ou de considérer l'OTAN comme obsolète et probablement dangereuse pour la sécurité américaine, il semble qu'il a adopté la position de l'establishment. Et je suis sûr qu'ils en sont très, très heureux.

RT : L'opinion de Donald Trump sur l'efficacité de l'OTAN a changé. Précédemment, il avait qualifié l'OTAN d'«obsolète». Quel est votre point de vue sur le rôle de l'OTAN dans le monde et considérez-vous que l'Alliance atlantique ne remplit aucune fonction importante actuellement?

J. J. : Je ne pense pas qu'elle accomplisse des fonctions positives importantes, mais elle remplit certainement des fonctions négatives. L'OTAN aurait dû disparaître en 1991, lorsque l'Union soviétique et le pacte de Varsovie ont cessé d'exister. Nous n'avions pas besoin de l'OTAN après cela. Mais malheureusement, au lieu de se retirer des affaires, elle s'est orientée vers la Yougoslavie en intervenant en Bosnie et au Kosovo et en aggravant encore plus les choses. Elle a causé encore plus de préjudices, si on considère son rôle dans la renversement de Mouammar Kadhafi en Libye en 2011 et c'est pourquoi il y plus de terrorisme dans la région maintenant. Si l'on pense à Manchester, ce jeune homme, Salman Abedi, a été formé et a reçu de l'assistance par le biais des conséquences de l'opération de l'OTAN en Libye. Dites-moi en quoi cela correspond à l'intérêt de la sécurité américaine ou européenne ?

RT : Des manifestations contre l'OTAN ont été organisées à Bruxelles lors de la visite de Donald Trump. Cette frange de la population a-t-elle raison d'être en colère ?

J. J. : Ces gens ont des raisons d'être en colère. Je ne sais rien sur les groupes qui protestent. Il y a peut-être des groupes avec lesquels je serais d'accord... Mais le fait est qu'il y a un consensus des partis centristes en Europe – ces mêmes partis qui s'opposaient au Brexit, à l'élection de Marine Le Pen et de Donald Trump quand il était candidat, les partis qui contrôlent tous les leviers du pouvoir dans les pays européens et seraient heureux de livrer leur souveraineté à l'Etat profond de Washington et de laisser l'Amérique – ou plutôt les gens qui dirigent l'establishment en Amérique – décider de leurs questions de sécurité, même si cela ne respecte pas leur intérêt national.

Leur ordre du jour n'entend pas lutter contre le terrorisme. L'OTAN existe pour les mêmes raisons que lorsqu'elle a été fondée : assurer la présence américaine en Europe, écarter les Russes et limiter les possibilités des Allemands. L'OTAN est un mécanisme américain pour le contrôle géopolitique et sécuritaire du continent européen. Elle n'a qu'une raison, celle de s'opposer à la Russie. La Russie est l'ennemi. Et encore une fois, en quoi cela correspond-il aux intérêts de la sécurité américaine ?

https://francais.rt.com/opinions/38904-otan-mecanisme-americain-pour-controle-geopolitique-europe

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mercredi 31 janvier 2018

The Pentagon Papers : un très beau film, d’actualité

TRIBUNE LIBRE / Charles Gave

Soyons clairs : Steven Spielberg est un génie.

Personne ne sait raconter une histoire comme lui. Je viens de voir son dernier film, et même si je connaissais l’histoire, j’étais suspendu au bord de mon siège, dévoré d’inquiétudes : les bons allaient-ils gagner et les méchants allaient-ils être punis ?

TL PENTAGON PAPERS

Et il sait choisir ses acteurs : Meryl Streep dans le rôle de Katherine Graham, la propriétaire du Washington Post, et Tom Hanks dans celui de Benn Bradlee, le rédacteur en chef mythique du WP, sont prodigieux.

L’histoire est assez simple.

Comme d’habitude, les plus intelligents de la classe, sous la conduite de Robert McNamara, l’homme le plus brillant de sa génération, avaient foutu leur pays dans une situation impossible, cette fois-là en envoyant des troupes là où elles n’avaient rien à faire. Il s’agissait du Vietnam et des États-Unis bien sûr.

McNamara, l’homme qui dans l’Histoire des USA est resté le plus longtemps secrétaire d’État à la Défense, quelque peu inquiet de la tournure que prenaient les événements, demanda un rapport à une société de consultants, la « Rand Corporation », sur la probabilité d’une victoire militaire.

Le rapport arrive et la conclusion est sans appel : les chances de l’emporter sont quasiment nulles et tous les présidents américains successifs, c’est-à-dire Kennedy, qui commence la guerre, Johnson qui fait envoyer jusqu’à 550 000 hommes et enfin Nixon, sont non seulement informés mais partagent cette conviction.

Ce qui ne les empêche pas de continuer à envoyer des centaines de milliers de soldats américains au Vietnam, en proclamant que la victoire est quasiment acquise, que la lumière brille au bout du tunnel et que sais-je encore, tout cela parce qu’aucun de ces hommes ne voulait être le premier président des États-Unis à connaître une défaite militaire, ce qui aurait été mauvais pour leur réélection sans aucun doute.

Et donc, ils font tuer des milliers et des milliers de jeunes soldats plutôt que de reconnaître qu’eux ou leurs prédécesseurs ont commis une erreur… et sans qu’il y ait le moindre espoir que les choses s’améliorent, au contraire.

Heureusement, un journaliste courageux, ancien de la Rand Corporation, prend sur lui de voler le rapport et le fait passer au NY Times qui commence à le publier et se voit promptement interdit par un juge proche du pouvoir toute nouvelle divulgation.

Entre alors en scène le Washington Post qui réussit à se procurer le rapport et entreprend de le révéler au grand public.

Drame cornélien pour la propriétaire du WP, amie très proche de Kennedy, Johnson et McNamara, mais qui déteste Nixon : doit-elle trahir ses amis ou publier la vérité ?

Elle prend la décision de publier, contre tout son conseil d’administration, le journal est attaqué par le département de la Justice du président Nixon et remporte un triomphe quand la Cour Suprême, convoquée en urgence, rend un arrêt décrétant que la liberté de la presse est plus importante que de sauver la réputation des anciens ou actuels présidents du pays.

Fin du film, la salle applaudit et tout le monde rentre à la maison, satisfait que la Justice l’ait emporté et que les méchants soient punis.

Et c’est là où les choses deviennent intéressantes pourtant.

Spielberg, bon démocrate et grand copain des Clinton, a réalisé son film en moins de six mois tant il était inquiet des attaques que le nouveau président, le remarquable monsieur Trump, portait contre les journalistes, la nouvelle vache sacrée intouchable de nos démocraties.

Ce film se veut donc une démonstration que le personnel politique est mauvais dans son essence et que les journalistes, eux, sont bons et ne veulent que le bien commun.

Et donc, comme dans tout bon western, nous avons d’un côté les bons (les journalistes) et de l’autre les salopards, les hommes d’affaires et les politiciens, surtout s’ils sont républicains…

La routine en quelque sorte puisque tous les présidents républicains ont toujours été attaqués par la presse démocrate sous prétexte qu’ils étaient idiots ou corrompus, l’un n’empêchant pas l’autre d’ailleurs.

Pour le journaliste de base aux USA, et cela depuis le Watergate, les méchants sont donc toujours les républicains et les gentils, les démocrates et le chevalier blanc, c’est lui.

Être courageux après les événements est assez facile. Depuis la Libération par exemple, il est tout à fait certain que tous les hommes de gauche qui prospèrent en France se seraient courageusement opposés au nazisme s’ils avaient vécu à cette époque, tant ils sont prêts à s’élever contre la dictature, à condition que ce soit sans danger immédiat. L’héroïsme rétrospectif est celui qui fait le plus de carrières et le moins de morts, comme l’ont montré les exemples de monsieur Mitterrand et de Sartre.

Eh bien aujourd’hui, tous les journalistes américains sont prêts à lutter contre Nixon, puisqu’il est mort depuis longtemps et qu’il n’y a plus aucun danger.

Mais notre journaliste « chevalier blanc » a aujourd’hui deux gros problèmes.

Le premier est que le nouveau président, en bon chrétien qu’il est, préfère donner que recevoir et ne se laisse pas taper dessus sans répondre allègrement, ce qui, chacun en conviendra, n’est pas convenable.

La moindre des choses, quand un homme de droite se fait taper dessus par les journalistes, tous de gauche, serait de s’excuser d’être de droite et de suivre une politique de gauche, comme ont su si bien le faire Giscard, Chirac, Juppé ou Sarkozy.

Ne pas reconnaître qu’être de droite est honteux, c’est refuser le magistère moral de la gauche, ce qui est la preuve que l’on est un fasciste.

Le deuxième est que l’administration du président Obama et les époux Clinton ont commis toute une série d’irrégularités et de crimes couverts par le ministère de la Justice et le FBI qui avaient été soigneusement noyautés par leurs soins (voir mes articles précédents sur le sujet).

Et que ces crimes sont au moins aussi graves que ceux commis par Nixon, Johnson ou Kennedy. Mon journaliste va se voir obligé de dénoncer des crimes commis par des démocrates, alors que tout le monde sait que par essence, seuls les républicains sont des criminels. Voilà qui pourrait désespérer Billancourt, et le plus simple est de ne pas faire de vagues et de prétendre que tout est en ordre… Les chevaliers blancs que sont les journalistes ne voient donc aucune raison de faire la moindre enquête que ce soit sur les pratiques, pourtant fort douteuses des démocrates. Leur mot d’ordre, en ce qui concerne les turpitudes démocrates, est « circulez, il n’y a rien à voir », ou bien alors « la question ne sera pas posée ».

Et donc nous avons un remarquable manque de curiosité journalistique sur les pratiques des Clinton, des Obama, du FBI, du ministère de la Justice, de la CIA, du parti démocrate, accompagné cependant d’une insatiable curiosité sur les relations que monsieur Trump aurait eue avec monsieur Poutine.

Mais voilà que monsieur Trump demande que des enquêtes soient diligentées sur toutes ces saloperies, ce qui paraît bien normal après tout. Les Clinton, les Obama, ne sont pas au-dessus des lois. Mais curieusement, le ministère de la Justice, toujours truffé de responsables mis là par les Clinton ou Obama, ne semble pas très pressé de s’y mettre, car cela pourrait les amener – eux – en prison, et on les comprend. Les choses avancent donc, mais très, très lentement…

Heureusement, aux USA en tout cas, il existe des gens courageux que l’on appelle des « journalistes indépendants » qui n’hésitent pas à aller gratter partout pour déterrer des secrets que d’aucuns croyaient parfaitement enfouis et ici deux noms me viennent à l’esprit.

Peter Schweizer, qui serait le petit fils du fameux docteur Schweizer, et qui a écrit un livre (The Clinton Cash) fort bien documenté, en expliquant comment les Clinton, pauvres comme Job en sortant de la Maison Blanche, avaient accumulé plusieurs centaines de millions de dollars en pratiquant une corruption inimaginable dans un pays comme les USA. L’auteur n’a pas été poursuivi en justice pour diffamation par les Clinton, ce qui semble bien indiquer que la recherche était de qualité…
Sara Carter, qui elle s’est fait une spécialité de repérer les arrangements entre FBI, ministère de la Justice, fondation Clinton (la pompe à fric des Clinton), parti démocrate, milieux d’affaires étrangers un peu douteux… et qui a sorti depuis deux ans des dossiers plus accablants les uns que les autres sur une grosse partie de l’administration Obama, les équipes Clinton et les cadres du parti démocrate. Et, dit-elle à chaque interview, elle en a beaucoup d’autres dans ses tiroirs.
Et ces deux personnes, avec l’aide de certains journalistes du groupe de media « Fox », sont en train de faire le boulot que le Washington Post ou le New York Times ont fait au moment des dossiers du Pentagon et du Watergate.

Ceux qui ont du courage aujourd’hui ce sont donc les journalistes indépendants ou républicains. Les journalistes de sensibilité démocrate préfèrent leur parti à la vérité, ce qui est bien triste. Mais comme ils sont très bien payés par les grands groupes financiers qui contrôlent les media aujourd’hui, ils se consoleront rapidement.

Car la grande différence entre l’époque du film et la nôtre est tout simplement que les media, aujourd’hui, ne sont plus indépendants des pouvoirs économiques. À l’époque de madame Graham, la SEULE qui pouvait prendre la décision de publier ou non c’était elle puisqu’elle était PROPRIÉTAIRE du Washington Post. Elle prit la bonne décision. Qu’elle aurait été la décision si le WP avait été détenu par General Electric ou Lockheed ? Je crois deviner qu’un coup de téléphone aurait été donné par le président en exercice à qui de droit et que nul n’aurait jamais entendu parler de ces fameux dossiers.

Aujourd’hui, le WP est détenu par Amazon, les chaînes de télévision, par General Electric ou Walt Disney tandis qu’en France, nos journaux sont possédés par des marchands d’armes, de ciment ou de téléphonie et aucun d’entre eux ne vivrait sans des ‘’arrangements » avec le pouvoir en place.

Que le lecteur se convainque d’une chose : le capitalisme de connivence, la plaie de notre époque, ne peut survivre que si la presse n’est pas libre et pour que la presse reste obéissante, le plus facile est encore d’en acheter la propriété. On ne gagne pas beaucoup d’argent, voire on en perd, mais c’est fou comme cela rend les négociations plus faciles avec les camarades de promotion qui sont au gouvernement.

Et ne restent dans les médias que ceux qui savent obéir…

Les autres, vous les trouverez sur Internet.

http://institutdeslibertes.org/the-pentagon-papers-un-tres-beau-film-dactualite/

https://insolentiae.com/the-pentagon-papers-un-tres-beau-film-dactualite-le-billet-de-charles-gave/

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Sur Europe 1, Pascal Lamy, Pierre Lévy, Catherine Mathieu et Nicole Fontaine polémiquent sur le Brexit et l’Europe

Europe 1 a diffusé le 23 janvier un débat animé par Frédéric Taddéï, qui a opposé Pascal Lamy, ancien commissaire européen et ancien directeur de l’OMC, et Pierre Lévy, rédacteur en chef de Ruptures. Nicole Fontaine, ancienne présidente de l’europarlement, et Catherine Mathieu, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques, y ont également pris part.

ARG LEVY LAMY BREXIT

La station et Frédéric Taddeï ont ainsi permis un échange véritablement pluraliste et contradictoire sur le Brexit, et plus généralement sur l’Union européenne, ce qui n’est pas si courant dans l’actuel Paysage audiovisuel français…

Le thème proposé était : « le Brexit, qui y gagne, qui y perd ? ».

Mais c’est autant le fondement et la légitimité de la sortie du Royaume-Uni que ses conséquences qui ont été au coeur des échanges, toujours courtois, mais particulièrement polémiques.

Brexit, qui y perd, qui y gagne : découvrez le podcast en entier

https://ruptures-presse.fr/actu/lamy-levy-brexit-europe1/

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Echange pluraliste certes, mais sur le plateau Pierre Lévy est bien seul...Mais bon, au moins il a eu droit à la parole, ce qui n'est toujours pas le cas de François Asselineau sur Europe 1 comme sur l'ensemble des chaînes françaises, service public inclus. On remarquera au passage l'arrogance et les certitudes de ceux qui savent mieux que les peuples ce qui est bon pour eux, leurs prédictions pessimistes de leur point de vue sur les conséquences du Brexit et leur conviction partagée que les Britanniques finiront par les supplier de revenir en arrière et de les accepter à nouveau dans le paradis européen, mais le méritent- ils vraiment, eux qui n'ont pas écouté leurs élites éclairées, notamment la présidente du patronat ou encore la City de Londres? Pas de doute, ils vont mordre la poussière avant de réaliser leur erreur tragique. Et en prime, l'Union va profiter de leurs errements pour se renforcer, enfin débarrassée de ce peuple encombrant, insoumis  et empêcheur de tourner en rond.   P.G.

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A Versailles, Macron exhibe des avantages affriolants

Les 42 personnes les plus riches de la Terre possèdent autant que la moitié la moins nantie de l’humanité. Ce rappel fait partie des informations livrées, comme à l’accoutumée, à la veille de l’ouverture du « sommet économique mondial » qui se tenait à Davos du 23 au 26 janvier. Cette année cependant, tout change : lors de leur austère rencontre monacale prévue dans la modeste station helvète, les élites mondialisées, économiques et politiques, l’ont promis : ils vont mettre cette petite anomalie – ce qu’on nomme généralement « les inégalités » – au centre de leurs travaux.

TL RUPTURES CHOOSE FRANCE

140 parmi les plus nécessiteux de ces gueux de la planète en route pour la Suisse ont eu de la chance : ils ont été invités au passage par le président français sous les ors du Château de Versailles pour un dîner d’apparat. Ces damnés de la terre ont ainsi pu bénéficier, lundi 22 au soir, d’un moment pour oublier l’enfer de leur quotidien. Un dîner « Grand siècle », selon les gazettes. Tenue de soirée et langue anglaise de rigueur. On n’en voudra pas au gardien des institutions de faire ainsi une petite entorse à l’article II de la Constitution : on ne va tout de même pas exiger de la brochette des « leadeurs globaux » les plus puissants de la planète de parler le dialecte local. Parmi les heureux élus : les PDG, pardon, les CEO de Goldman Sachs, de JP Morgan, de Bank of America, de McKinsey, de Coca-Cola, de Manpower, de Cisco, de Facebook, de Google, de McDonald (dont la chronique ne précise pas s’il avait amené son propre casse-croûte maison).

Le maître de l’Elysée était aux anges, et renouait ainsi avec ses copains de son job précédent. Chacun comprend qu’il faut courtiser ces héros modernes, ceux-là même qui peuvent distribuer leurs investissements dans l’Hexagone, et gratifier ainsi notre malheureux pays de milliers d’emplois. Car, c’est une chose entendue : avec la libre circulation des capitaux – ce commandement suprême sur lequel est fondé l’Union européenne – ces hommes (et ces femmes, car ces gens-là sont des progressistes) ont un pouvoir quasi-magique : ils créent des emplois. Et les répandent, tel le père Noël, sur notre contrée. A condition, bien sûr, de rendre celle-ci plus attrayante que ses voisines. En faisant valoir ses « atouts » – au Grand siècle, on disait ses « appâts ».

Bref, la République – et son président – font le trottoir. Parmi les dessous affriolants suggestivement exhibés, le maître de cérémonie a promis un dégrèvement fiscal sur les « impatriés ». Comprendre : ceux qui acceptent de sacrifier leur vie en s’établissant dans l’Hexagone.

Moyennant ces petites douceurs, on peut raisonnablement compter sur une pluie de bienfaits octroyés par les philanthropes multinationales. Comme le disent les communicants de la Cour (sans toujours bien comprendre leur propre propos), il faut bien « vendre » le pays. Du reste, Emmanuel Macron a trouvé lui-même le slogan du jour dans la langue de Shakespeare, ou plutôt de Disney, inscrit virtuellement au fronton du Palais du Roi-soleil : « Choose France ».

Il a probablement mis un « o » en trop.

https://ruptures-presse.fr/actu/macron-versailles-davos/

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«En tant qu'homosexuels, il est de notre devoir de prendre position contre la PMA et la GPA»

FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que les opposants à l'extension de la PMA sont souvent accusés d'homophobie, plusieurs homosexuels refusent de «servir de caution morale» pour justifier la «réification de la femme et de l'enfant». Pour eux, la question n'est pas celle de l'égalité, mais du risque d'aliénation de l'humain par la technique.

TL PMA HOMOS

Le jeudi 18 janvier se sont ouvert les États généraux sur la bioéthique où il sera officiellement discuté de l'ouverture de la PMA aux couples de femmes, c'est-à-dire une PMA sans père, et officieusement de la question de la légalisation de la GPA (qui, bien que concernant tous les couples, devrait aussi permettre aux couples homosexuels hommes de «concevoir» un enfant). C'est en tant qu'homosexuels que nous souhaitons aujourd'hui prendre position contre ce que nous estimons être de graves dérives, réalisées au nom d'un individualisme exacerbé et contre ce qui n'est rien d'autre qu'une tentative de briser l'interdit entourant la réification du corps humain. Notre démarche s'inscrit par ailleurs dans une volonté de briser le monopole des associations dites LGBT, représentantes autoproclamées des personnes homosexuelles, dans leur prétention à incarner l'ensemble des voix de celles-ci. Face à la gravité de la situation et des enjeux éthiques soulevés, nous estimons qu'il est de notre devoir de citoyens et de notre responsabilité morale de prendre publiquement position afin de faire entendre une voix alternative et raisonnable.

Homosexualité et procréation

Le désir d'enfant chez les personnes homosexuelles est éminemment légitime, mais ne peut cependant se réduire à une question d'accès à l'égalité, à des droits, et à la lutte contre les discriminations. Une telle vision simpliste implique en effet qu'il existerait une inégalité dans l'accès à la procréation pour les homosexuels, que cette inégalité serait le fruit d'une discrimination, et qu'il appartiendrait donc à l'État de corriger cette situation en ouvrant la PMA aux couples de femmes et en légalisant la GPA. Or, cet argument est fallacieux. En effet, deux hommes ou deux femmes ensemble ne peuvent intrinsèquement concevoir un enfant et cette impossibilité de procréer est une donnée objective qui n'est pas le fruit d'une quelconque action discriminante de la société ou de l'État ; elle est de nature, et propre à la condition homosexuelle. En ce sens, les personnes homosexuelles ne peuvent prétendre à une réparation de l'État afin de pallier une discrimination puisque cette dernière n'existe pas. Dire cela n'est pas de l'homophobie, mais simplement un rappel objectif des faits. Ce constat est peut-être difficile à entendre pour certains, mais nous pensons pour notre part qu'assumer pleinement son homosexualité revient aussi à accepter les limites qui en découlent.

Dans ce débat, nous remarquons que la plupart des arguments avancés par les défenseurs de ces pratiques sont du registre du subjectif et de l'émotion (désir d'enfant, souffrance de ne pas pouvoir en avoir, sentiment de discrimination, etc.). Or, nous pensons que face à l'ampleur des enjeux, l'État ne devrait pas fonder son action sur les émotions et les inclinaisons subjectives de chacun, mais devrait au contraire la fonder en raison. Or, celle-ci appelle clairement au maintien de l'interdiction de la PMA pour les couples de femmes et de la GPA, que cette dernière s'adresse aux couples hétérosexuels ou homosexuels.

PMA pour couples de femmes et GPA pour tous

Certains avancent comme argument qu'il est discriminatoire d'autoriser la PMA aux couples hétérosexuels et de la refuser aux couples de femmes. Nous réfutons cet argument. En effet, la PMA pour les couples hétérosexuels entre dans le cadre de l'Assistance médicale à la procréation (AMP). Elle est donc un traitement médical qui permet de pallier une condition médicale d'infertilité d'un couple hétérosexuel. Effectivement, l'ordre naturel des choses implique qu'un couple hétérosexuel soit normalement fertile. L'infertilité peut donc s'assimiler dans ce cas-ci à une maladie, il est alors normal qu'un traitement médical soit offert. Or, un couple de femmes est objectivement et par définition infertile. Celles-ci ne souffrent donc d'aucune condition médicale ou maladie qui justifierait qu'elles aient accès à la PMA. Nous irons même plus loin en affirmant que, la PMA étant un traitement médical, permettre son accès aux couples de femmes reviendrait à sous-entendre que les femmes homosexuelles seraient malades, ce qui constituerait bien entendu un retour en arrière considérable.

Nous nous opposons aussi à la légalisation de la PMA pour les couples de femmes, car elle ouvre une boîte de Pandore qui mènera tout naturellement à la légalisation à terme de la GPA (bien que la GPA concerne tous les couples, homosexuels comme hétérosexuels, elle est notamment promue par des associations dites LGBT comme un moyen de permettre aux couples d'hommes de «concevoir» un enfant). En effet, bien que de natures différentes, la PMA pour les couples de femmes et la GPA sont revendiquées au nom d'un prétendu nouveau droit pour les couples homosexuels, le droit à l'enfant. Or, au nom du principe d'égalité, il sera impossible d'interdire la GPA une fois la PMA pour les couples de femmes légalisée. En effet, au nom de quoi les homosexuels hommes n'auraient-ils pas, eux aussi, le droit d'avoir accès à une nouvelle technique leur permettant de «concevoir» un enfant?

L'enjeu principal ici est la réification de la femme vue comme «moyen» au service d'un couple qui louerait son utérus pour porter son enfant. Or, après des décennies de féminisme, il est difficilement concevable qu'aujourd'hui la réification du corps de la femme apparaisse par le biais du discours libéral. En ce sens, l'argument selon lequel la mise à disponibilité par certaines femmes de leur utérus serait éthique parce qu'elles le feraient de manière libre et consentie nous semble irrecevable. Ce serait en effet nier toute la dimension d'un principe moral fondamental et caractéristique de notre civilisation occidentale, résumé notamment par l'impératif pratique kantien: «Agis de telle sorte que tu traites l'humanité comme une fin, et jamais simplement comme un moyen

Cet impératif est au cœur du principe de dignité humaine que l'on est en droit d'exiger de l'autre, mais aussi de tout être humain envers lui-même. En ce sens, il existe une multitude d'exemples où la loi interdit certains comportements et pratiques, quand bien même cela ne concernerait personne d'autre que soi: ne pas porter sa ceinture de sécurité en voiture est dangereux seulement pour soi et pourtant illégal (on ne peut invoquer sa liberté individuelle pour ne pas la porter), le lancer de nains est interdit (indépendamment du consentement des intéressés), je n'ai pas le droit de consommer de la drogue (même si en le faisant je ne porterais atteinte qu'à moi-même), et si je porte atteinte à mon intégrité physique en m'automutilant, il est possible que je sois interné de force en hôpital psychiatrique. Ainsi, pourquoi la société devrait-elle accepter que certaines femmes réifient leur propre corps en louant leur utérus au prétexte qu'elles seraient consentantes?

Ensuite, le caractère éthique de la GPA serait supposément garanti par l'interdiction de rémunérer la gestatrice et par le caractère altruiste qui motiverait sa décision de louer son utérus. Argument irrecevable, encore une fois, puisque l'absence de rémunération ou l'altruisme de la démarche n'enlèvent rien au fait que le corps serait tout de même réifié, la grossesse n'étant pas une activité, mais un état.

Enfin, à la réification de la femme s'ajoute celle de l'enfant: objet d'une transaction contractuelle, ce dernier devient donc lui aussi un objet, et non plus une personne. Nous estimons, en outre, inadmissible que des individus contournent l'interdiction de la GPA en France en faisant appel à des gestatrices à l'étranger et demandent, une fois de retour en France, la reconnaissance par l'état civil de leurs droits parentaux sur l'enfant qu'ils ont obtenu. Nous voyons là une façon malhonnête et mesquine de mettre l'État français au pied du mur. Ces personnes se sont volontairement mises hors la loi, elles ne peuvent donc pas ensuite demander un accommodement à l'État français puisque la pratique de la GPA est illégale en France. En ce sens, l'existence en France d'enfants nés par GPA à l'étranger ne peut en aucun cas motiver une adaptation ou une modification de la législation française puisqu'on ne fonde pas la règle sur l'exception ni sur la légalité de tel ou tel acte à l'étranger. Nous reconnaissons cependant ici la précarité de la situation de ces enfants qui subissent les conséquences de l'irresponsabilité de leurs «parents» d'intention. Nous reconnaissons aussi l'importance de trouver des solutions dans l'intérêt supérieur de ces enfants. Nous refusons cependant que l'unique réponse à apporter soit celle d'une trahison par l'État français de l'esprit de ses propres lois en reconnaissant les droits parentaux d'individus ayant eu recours à une GPA à l'étranger.

Ainsi, le maintien de l'interdiction de la GPA en France (à l'instar de l'Allemagne, de l'Italie, de la Suisse, de l'Espagne, du Danemark, de la Suède, de la Finlande, des Pays baltes, du Québec, etc.) va dans l'intérêt de la protection d'une conception humaniste de la procréation, soucieuse de la défense des plus vulnérables, et qui respecte l'interdit de toute exploitation et réification de l'être humain. Dans cette perspective, le rôle de l'État n'est pas d'assurer l'accès à toujours plus de droits individuels, mais bien de protéger les plus faibles contre les excès de l'individualisme et de préserver une certaine conception de l'Homme.

Progrès technique et usage moral

La PMA pour les couples de femmes et la GPA, présentées faussement comme des avancées permettant aux femmes et aux hommes homosexuels de «concevoir» un enfant, ne sont que des avancées techniques. Or, des avancées techniques ne sont pas nécessairement des progrès sur le plan moral. En ce sens, elles sont axiologiquement neutres et ne nous disent rien de l'usage moral qui en sera fait. Les partisans de la PMA pour les couples de femmes et de la GPA se parent de la vertu de la lutte contre l'homophobie pour les faire accepter. Nous refusons de servir de caution morale à une vision archaïque et régressive de l'humain, fût-ce au nom de la liberté.

Pour finir, face à ceux qui affirmeraient que nos positions empêchent toute possibilité pour les homosexuels de devenir parents, là encore nous répondons que cela est faux. En effet, il n'existe, aujourd'hui en France, aucune loi qui interdise aux personnes homosexuelles de devenir parents (ce ne sont que les moyens par lesquels elles souhaitent le devenir, c'est-à-dire la PMA pour les couples de femmes et la GPA, qui sont interdits). En ce sens, le maintien de l'interdiction de la PMA pour les couples de femmes et de la GPA n'épuise pas, par ailleurs, la possibilité d'une réflexion de fond sur les alternatives éthiques dont disposent les homosexuels pour avoir des enfants.

Jean-Mathias Sargologos, Sébastien de Crèvecoeur et Jacques Duffourg-Müller.

Jean-Mathias Sargologos est diplômé en science politique et de HEC-Montréal, étudiant aux cycles supérieurs en histoire de l'art, et journaliste.

Sébastien de Crèvecoeur est normalien (Ulm), ancien professeur de philosophie, chercheur en management, et consultant en art.

Jacques Duffourg-Müller est critique musical.

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/01/26/31003-20180126ARTFIG00197-en-tant-qu-homosexuels-il-est-de-notre-devoir-de-prendre-position-contre-la-pma-et-la-gpa.php