Nous présentons ici des arguments politiques, géopolitiques historiques ou philosophiques; et également des débats entre personnalités politiques, pour leur intérêt, même si leurs opinions sont différentes des nôtres. L'objectif est d'apporter des éléments de réflexion, d'approfondir certains thèmes et de susciter un débat de qualité.

samedi 21 octobre 2017

Information et désinformation, une expérience de journaliste

Avec sincérité et une grande sensibilité, Frédéric Saillot nous parle ici d’une expérience qui est aussi la nôtre : la lutte éprouvante contre la désinformation de la presse traditionnelle. Il s’agissait alors du Kosovo. De la Libye à la Syrie, tant d’autres pays allaient suivre. [ASI]

ARG OTAN YOUGORetranscription de l’exposé de Frédéric Saillot à la conférence sur “La société civile, les médias et le pouvoir”, organisée à Moscou le 2 novembre 2016 par l’Association des Fondations internationales pour la paix, la Fondation des perspectives historiques et l’Université des sciences humaines de Russie, avec le soutien du Syndicat des retraités de Russie.

Source: Eurasiexpress

(...)

 

 

Tout d’abord je voudrais vous dire que mon expérience de la désinformation, dont je vais vous parler aujourd’hui, est une expérience très ancienne, parce qu’une partie de ma famille vient de Russie, via la Pologne. Ce qui fait que comme beaucoup de gens en France, à l’Ouest, qui sont dans cette situation, nous étions sensibles à la façon dont l’information était faite sur ce qui se passait à l’Est, notamment du fait qu’il y avait le mur, il y avait le rideau de fer, il n’y avait pas internet à cette époque-là, et donc nous étions d’une certaine manière formés à la lecture et au décryptage des informations qui nous parvenaient de là-bas, ou qui nous parvenaient “sur là-bas”, avec tous les prismes idéologiques, culturels, etc, que nous avons appris à prendre en compte.

Ce qui fait que lorsque l’éclatement de la Yougoslavie a commencé au début des années 90, c’est avec une extrême méfiance que j’ai reçu les informations qui étaient données sur cette situation, notamment dans le journal Le Monde, que je lisais depuis l’adolescence, qui était un excellent journal d’informations internationales, mais qui à cette époque-là a commencé à donner de fausses informations, de mauvaises informations sur ce qui se passait là-bas, diabolisant notamment les Serbes, leur faisant porter la responsabilité de tout ce qui se passait de conflits d’abord en Croatie, ensuite en Bosnie et enfin au Kosovo.

Toute une génération de journalistes français ont été formés à véhiculer la propagande de l’OTAN dans ces années-là, ce qui explique le diagnostic qui a été porté par certains d’entre vous sur l’état de la presse française.

A cette époque-là j’étais dans l’Education nationale, j’étais professeur de français, dans un milieu très particulier, qui à mon sens est une sorte de goulag idéologique, qui véhicule le politiquement correct, l’information déformée par le politiquement correct, ce qui participe de cette désinformation au sens large – j’en parlerai plus précisément tout à l’heure – qui commence à se faire à cette époque. Jusqu’aux bombardements du Kosovo, qui ont été terribles pour ceux qui avaient un lien avec cette partie de l’Europe, avec les Balkans et avec l’Est en général. Nous étions non pas sous les bombes mais nous ressentions les bombardements de façon très charnelle, très sensible, et nous subissions le matraquage de la presse. Ca a été une période de deux mois et demi qui a été épouvantable et qui a changé la vie de beaucoup de gens à ce moment-là, dont la mienne.

Et c’est en lisant un livre, un roman, le roman de Vladimir Volkoff qui s’intitule L’Enlèvement, que j’ai commencé à lire l’envers du décor. Vladimir Volkoff a écrit ce livre qui se passe en Bosnie, c’est une fiction, mais j’ai su plus tard qu’il avait recueilli l’expérience d’un officier français du renseignement qui avait opéré en Bosnie et qu’il avait aussi recueilli pas mal de témoignages sur ce qui se passait notamment dans les camps dans lesquels les Musulmans enfermaient les Serbes.

En 2003, après avoir vainement lutté contre la réforme de l’Education nationale qui coupe la jeunesse française de ses racines aussi bien historiques que culturelles et littéraires, puisque c’était le domaine que j’enseignais, je décide de démissionner, en septembre 2003, pour m’occuper de ce qui commençait à m’intéresser de plus en plus, à savoir la culture de l’Est et notamment polonaise à cette époque-là.

J’écris un livre, je ne trouve pas à le publier, et en mars 2004 éclatent les émeutes au Kosovo, où la population albanaise, les franges radicalisées de la population albanaise, s’en prennent aux monuments religieux et à la population serbe, faisant des morts et détruisant des villages et des édifices religieux. Recommence à ce moment-là la campagne médiatique qui avait eu lieu pendant les bombardements de 99. Comme je n’ai pas réussi à vendre mon livre et qu’il faut que je trouve quelque chose, et que de toutes façons je suis motivé par un intérêt pour ce qui se passe, et pour vérifier ce qui se dit dans la presse, à savoir : “si on avait donné l’indépendance plus tôt aux Albanais, tout cela ne serait pas arrivé”, je décide d’aller là-bas pour faire un premier reportage qui va me conduire quinze jours au Kosovo et à interviewer un certain nombre d’anciens responsables de la mission  internationale lorsque je rentre du Kosovo.

Je me rends compte alors que ce qui est raconté dans la presse est totalement faux : on raconte dans la presse que les bombardements ont été nécessaires parce que les Serbes s’apprêtaient à faire une purification ethnique des Albanais au Kosovo, je me rends compte qu’au Kosovo des Serbes survivent, ils sont persécutés par la majorité albanaise. Ils ne survivent que grâce à des institutions qu’ils maintiennent comme les écoles, les hôpitaux et certaines municipalités. Par contre, du côté majoritairement serbe, c’est à dire à Mitrovica et au nord de Mitrovica, des Albanais vivent, alors peut-être pas en parfaite bonne entente avec la population serbe, mais ils peuvent y vivre, alors que les Serbes sont chassés du sud de Mitrovica. Leur cimetière est vandalisé alors que le cimetière musulman qui est au nord de Mitrovica, dans la partie serbe, a été respecté, car les Serbes respectent les morts.

Quand je rentre du Kosovo j’essaie de vendre mon reportage qui est, pardonnez-moi mon manque de modestie, relativement bien ficelé, qui me prouve en tout cas à mes yeux que je suis capable de faire un reportage, ce qui n’était pas évident au départ. Je vais alors à la librairie de l’Âge d’homme, à côté de la place Saint-Sulpice, qui est un lieu connu de ceux qui s’intéressaient au monde slave, je parle au passé parce que cette librairie n’existe plus, Vladimir Dimitrijevic qui la tenait et qui était le directeur des éditions de l’Âge d’homme est malheureusement décédé il y a de cela quelques années. Et là je trouve conseil de placer mon article chez B.I.(Balkans Infos) ou chez Spectacle du monde, une revue assez luxueuse, mensuelle, alors que B.I. est un journal de réinformation sur les événements de Yougoslavie depuis 1996. Il a été fondé par Louis Dalmas et par d’autres personnages assez prestigieux comme Vladimir Volkoff que je citais tout à l’heure, le général Gallois, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air française et géopolitologue, ou comme Kosta Christitch, ancien grand reporter au Point pour les Balkans et l’Europe de l’est. Spectacle du monde refuse mon article mais me dit qu’à l’automne 2004 ils allaient me faire commande d’un article pour plusieurs centaines d’euros sur les Albanais du Kosovo, à l’occasion des élections locales dans la perspective de la discussion du futur statut du Kosovo. Donc moi je suis tout content, parce que j’ai pas un sou. Je publie mon article dans Balkans Infos, je fais connaissance de Louis Dalmas qui me reçoit très chaleureusement et au mois de novembre j’ai la commande de l’article par Spectacle du monde sur les Albanais du Kosovo.

J’écris donc un article dans la perspective de la discussion du futur statut, où je montre ce que je viens de vous dire à propos de mon premier reportage et où je dis qu’étant donnée la situation dans cette région, où sévit une mafia très puissante, basée sur l’organisation clanique de la société albanaise, et où la guérilla séparatiste désarmée pour la forme fait régner la terreur, l’indépendance ce sera l’épuration ethnique totale des Serbes qui vivent au sud du Kosovo, ce n’est pas une solution dans la mesure où ils ont déjà beaucoup de mal à y vivre.

Lorsque cet article est publié au mois de janvier 2005, je me rends compte qu’il a été déformé, qu’il a été falsifié, et que sur plusieurs points, Spectacle du monde ajoute des éléments que je n’ai pas écrits et qui sont : les Serbes auraient pratiqué une sorte d’apartheid dans leurs structures parallèles, à savoir que leurs écoles, leurs hôpitaux et leurs municipalités étaient réservés à eux seuls et qu’ils en excluaient les Albanais, et Spectacle du monde excuse d’une certaine manière les émeutes de 2004 en disant qu’il s’agit d’un “nettoyage ethnique à l’envers”, à savoir que les Serbes auraient pratiqué auparavant le nettoyage ethnique, ce qui justifie a posteriori les bombardements de l’OTAN. Donc on me paie l’article plusieurs centaines d’euros et je suis confronté à un choix : soit j’accepte l’article tel qu’il a été déformé par la rédaction de Spectacle du monde sans m’en informer et je conserve un moyen d’exercer une activité dans laquelle je pourrai glisser un minimum de vérité sur les reportages que je ferai, soit je refuse et j’attaque en justice la rédaction de Spectacle du monde mais je m’expose, déjà à un échec, et à une sorte de mise à l’écart sur le plan professionnel. Je suis tellement dégoûté par la façon dont la rédaction a agi, me mettant au pied du mur, m’obligeant à pratiquer un journalisme mercenaire ou de faire autre chose, que je décide d’attaquer en justice la rédaction de Spectacle du monde. Grâce à Louis Dalmas je suis défendu par maître Roland Dumas, et par sa très efficace collaboratrice, maître Agathe Denis, qui obtient la condamnation de Spectacle du monde pour atteinte à mon droit moral d’auteur, jugement confirmé en appel qui fait jurisprudence dans la presse française.

Lorsque l’on pratique le journalisme, on est en effet face à un choix : celui d’accepter ou non la situation que vous imposent les rédactions. Pour Spectacle du monde quelqu’un a dit tout à l’heure que l’oligarque qui détient le groupe Valmonde dont fait partie Spectacle du monde, il s’agit du groupe Dassault, est plutôt favorable à la Russie. Il s’est avéré dans l’enquête que j’ai faite après pour comprendre pourquoi mon article avait été falsifié, qu’il avait été l’objet d’une opération de désinformation : Spectacle du monde entérinait d’une certaine manière les bombardements et  promouvait un parachèvement du règlement de la question yougoslave par la partition ethnique, ce qui était contre les principes affichés des bombardements, qui étaient précisément de défendre le multiethnisme qu’on accusait les Serbes de mettre à mal, alors que les Serbes sont les seuls dans la région à pratiquer un multiethnisme réel, concret, dans les parties où ils vivent.

Je vais conclure en disant qu’après cela, j’ai rencontré Vladimir Volkoff : je lui ai envoyé mon premier reportage, et il m’a tout de suite proposé d’écrire un livre sur les massacres falsifiés de l’histoire, dont Katyn et Racak, pour sa collection sur la désinformation qu’il dirigeait aux éditions du Rocher. J’accepte et je travaille sur le massacre de Katyn. Vous savez tous que c’est un massacre ordonné par Staline, Molotov et ses collègues, et le fait de l’attribuer aux Allemands après la guerre a participé au règlement de Yalta, dans la mesure où, si la vérité avait éclaté sur le massacre de Katyn, à savoir que c’était un crime du NKVD commandé par Staline, il n’aurait pas été aussi facile à Staline d’imposer la domination soviétique sur l’Europe centrale.

Quant à Racak, c’est la façon dont un certain nombre de cadavres sont présentés par la mission internationale, l’OSCE, un petit matin de janvier 99 dans le centre du Kosovo à toute la presse internationale en présentant ces cadavres comme étant le fait d’une épuration ethnique pratiquée par les troupes serbes dans un village albanais, les morts sont présentés comme des villageois assassinés. Et cette désinformation, parce qu’il s’agit d’une désinformation, je vais un peu vite mais c’est au terme d’une véritable enquête journalistique que je suis arrivé à cette conclusion, cette désinformation devait servir à un casus belli pour faire entrer l’aviation de l’OTAN en action. Je fais une enquête très poussée, notamment grâce à Renaud Girard, qui est grand reporter au Figaro, une des rares exceptions dans le paysage médiatique français. Il me briefe sur ce qui s’est réellement passé à Racak dans la mesure où il y avait un journaliste présent le jour de la prétendue descente de l’armée serbe pour y assassiner des villageois, alors qu’il s’agissait de combats à proximité contre une unité séparatiste, il s’agit de Christophe Châtelot du journal Le Monde. Renaud Girard apprend qu’il était ce jour-là à Racak, et il l’incite à témoigner. Il se trouve qu’il y avait aussi une équipe de télévision ce jour-là AP (Associated Press) TV news. Donc je me rends compte qu’on a affaire à une véritable opération de désinformation.

Car la désinformation ce n’est pas seulement dire autre chose que la vérité, ça n’est pas seulement dire une vérité biaisée, comme on le conçoit généralement, c’est une véritable opération qui est sourcée dans l’Etat qui la réalise à l’aide de ses services, qui utilise le média de la presse internationale de façon à convaincre l’opinion publique. Vous savez que dans les démocraties, lorsqu’une décision stratégique est à prendre, il faut que l’opinion publique adhère à la décision qui va être prise, comme aujourd’hui on cherche à faire croire que la Russie et Assad massacrent la population syrienne de façon à justifier une intervention des forces occidentales. Donc en investiguant sur le cas Racak, je me suis rendu compte que la CIA, pour ne pas la nommer, était intervenue dans la polémique qui a surgi au lendemain du “massacre de Racak” et du témoignage des journalistes français, pour faire passer cette désinformation, au sens fort du terme.

Eurasiexpress

Publié le 5 novembre 2016

Source: http://www.eurasiexpress.fr/information-et-desinformation-une-experience-de-journaliste/
http://arretsurinfo.ch/information-et-desinformation-une-experience-de-journaliste/

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La criminelle complicité de l’Occident avec le régime Saoudien

Le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), vient de publier un ouvrage qui dénonce sans ambiguïté le rôle de l’Arabie saoudite dans le développement de l’islam radical et du terrorisme djihadiste. Nous avons rencontré son directeur, Eric Denécé, qui a piloté cet ouvrage (*).

ARG ARABIE SAOUDITE LIVREQ : QU’EST-CE QUI VOUS A CONDUIT À CIBLER AINSI L’ARABIE SAOUDITE ? CET ETAT REPRÉSENTE-T-IL RÉELLEMENT UN DANGER POUR LA FRANCE ET LE MONDE ?

Par sa volonté d’imposer sa vision sectaire de l’islam, par son autoritarisme interne, son soutien direct ou indirect au terrorisme, sa politique étrangère dangereuse et son intervention armée chez ses voisins, cet Etat est un facteur majeur de déstabilisation du Moyen-Orient et du monde. Pourtant, cette réalité indéniable est occultée par la quasi-totalité des dirigeants occidentaux. Etonnamment, alors que leurs Etats sont les cibles de la haine et de la violence wahhabites qui s’attachent à saper les fondements de leurs sociétés démocratiques, ils poursuivent, voire accroissent, leur coopération avec Riyad et ferment les yeux sur ses agissements coupables.

Q : DANS VOTRE OUVRAGE, VOUS INSISTEZ NOTAMMENT SUR LES LIENS ÉTROITS ET CONTRE-NATURE QUI UNISSENT LES OCCIDENTAUX ET LE ROYAUME SAOUDIEN.…

Ce n’est pas la première fois qu’une alliance est conclue entre les Occidentaux et les islamistes ; la première date de la Guerre froide, afin de contrer l’Union soviétique qui soutenait les régimes laïcs et nationalistes arabes. Puis d’autres furent conclues lors de la guerre d’Afghanistan en 1979, des « printemps » arabes – notamment afin de renverser Muhammad Kadhafi – et de la guerre en Syrie. Et chaque fois que le régime des Saoud a été en danger, il a fait appel aux Occidentaux. Cela a été le cas en 1979, lorsque des gendarmes français du GIGN ont libéré la grande mosquée de La Mecque occupée par des islamistes radicaux, ou en 1991, lorsque les Américains, les Britanniques et les Français sont intervenus à l’occasion de l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein.

Mais il y a aujourd’hui plus grave que ces alliances contre-nature qui ont pu avoir un temps une certaine justification. C’est la volonté des Occidentaux d’empêcher que Riyad soit critiqué et que l’opinion ne prenne conscience de la nature réelle de cet Etat infréquentable. Ainsi, à l’occasion de ses enquêtes sur le financement du terrorisme par l’Arabie saoudite, Richard Labévière[[1]] , s’est heurté aux injonctions du Quai d’Orsay – sous Alain Juppé comme sous Laurent Fabius – qui ne souhaitait pas que soit mis en lumière le financement de l’islam radical par l’Arabie saoudite. De même, Pierre Conesa a insisté sur l’ostracisme dont a été l’objet en France son dernier ouvrage[[2]] qui a le mérite de dénoncer haut et fort la diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite et qui plaide pour la levée des ambiguïtés qui sous-tendent nos relations avec ce royaume de l’extrémisme. En revanche, peu de gens s’offusquent – ou savent –  que dans notre pays, pas moins de cinq agences de conseil en communication se chargent de « corriger » l’image des Saoud dans l’opinion.

Q : LE ROYAUME SAOUDIEN CONTINUE-T-IL DE DIFFUSER SES IDÉES RELIGIEUSES RADICALES ET DE FINANCER LES MOSQUÉES ET GROUPES ISLAMISTES DANS LE MONDE ?

Absolument. Aujourd’hui, l’Arabie saoudite dépense à peu près autant pour sa diplomatie religieuse que pour ses achats d’armements, soit entre 5 et 8 milliards de dollars par an. Comme l’a mis en lumière Pierre Conesa,, la diplomatie religieuse de Riyad est un modèle d’endoctrinement et de prosélytisme, une véritable usine à propager le racisme, la misogynie, l’homophobie et la haine du dissemblable. Elle bénéficie d’une totale impunité auprès de la communauté internationale corrompue par les achats de pétrole et les ventes d’armes. Elle s’appuie sur le formidable réseau d’influence de la Ligue islamique mondiale, une ONG qui dispose d’un budget annuel estimé à 5 milliards de dollars.

En conséquence, chaque jour, nous observons les effets dévastateurs de son influence partout dans le monde, notamment en France – tant à travers la radicalisation de certains de nos concitoyens et de mosquées, que par les actes terroristes qui ont frappé notre pays -, comme au Moyen-Orient ou en Asie du Sud-Est.

Récemment encore, l’Allemagne a averti que des prédicateurs saoudiens étaient en train de propager le Jihad dans les Balkans. Et un récent rapport du Think Tank britannique Henry Jackson Society a mis également en lumière le fait que, de tous les États du Moyen-Orient – Iran compris -, l’Arabie saoudite était le principal bailleur de fonds de l’extrémisme en Grande-Bretagne et dans le monde. Il affirme que, depuis les années 1960, Riyad « a dépensé des dizaines de millions de dollars pour exporter l’islam wahhabite dans le monde islamique, y compris dans les communautés musulmanes occidentales[[3]]. Le rapport attribue implicitement la responsabilité de la violence politique perpétrée par les musulmans à l’idéologie extrémiste propagée par les Saoudiens. Il ajoute que ces derniers « contribuent à la diffusion d’interprétations extrémistes et illégitimes de l’islam dans la communauté musulmane britannique dans son ensemble » et énumère une impressionnante liste de mosquées fondées au Royaume-Uni par l’Arabie qui sont très clairement des repaires d’extrémistes.

Q : PENSEZ-VOUS QU’UNE ÉVOLUTION DE LA POLITIQUE OCCIDENTALE À L’ÉGARD DES SAOUDIENS SOIT POSSIBLE À COURT TERME ?

Je crains que non. Pourtant, seize ans après les attentats de septembre 2001, ni la radicalisation islamiste ni la menace terroriste n’ont diminué en dépit des mesures énergiques prises par la majorité des Etats. Les actes barbares des organisations djihadistes ne cessent d’ensanglanter le monde et la France n’a pas été épargnée.  Après ces attentats, les autorités gouvernementales ont accru les moyens accordés à la lutte antiterroriste et ont mis en place, avec plus ou moins de réussite, un dispositif destiné à lutter contre la radicalisation. Mais force est de constater que rien de concret n’a été fait pour lutter contre l’idéologie néfaste qui fonde la dynamique terroriste actuelle : le wahhabisme.

Surtout, les Etats-Unis n’ont aucunement intérêt à ce que Riyad soit déstabilisé. Ils ont d’ailleurs une responsabilité essentielle dans la situation chaotique à laquelle est parvenue la région avec le concept géopolitique de « Grand Moyen-Orient » cher aux néoconservateurs de l’administration de George W. Bush. Ce plan – dont le point d’orgue a été l’invasion de l’Irak en 2003 – avait pour objectif de transformer le paysage politique de la région en redessinant largement les frontières, afin d’y apporter « la paix, la stabilité et la démocratie », mais surtout d’assurer la protection des intérêts politiques et économiques américains et la sécurité d’Israël vis-à-vis de ses voisins arabes. Il n’a contribué qu’à déstabiliser durablement la région.

Propos recueillis par NLTO

[[1]]: Les Dollars de la terreur – Les Etats-Unis et les islamistes. Grasset, Paris, 1998.

 

[[3]]: Ibid. Traduction de l’auteur

 

 

http://arretsurinfo.ch/la-criminelle-complicite-de-loccident-avec-le-regime-saoudien/

 

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Seule la souveraineté est progressiste

Lors du 25ème sommet des pays membres de l’Organisation de l’unité africaine, le 26 juillet 1987, le président du Conseil national révolutionnaire de Burkina Faso dénonçait en ces termes le nouvel asservissement de l’Afrique : “Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme. Ceux qui nous ont prêté de l’argent, ce sont ceux-là qui nous ont colonisés, ce sont les mêmes qui géraient nos Etats et nos économies, ce sont les colonisateurs qui endettaient l’Afrique auprès des bailleurs de fonds.” La dette du tiers-monde est le symbole du néo-colonialisme. Elle perpétue le déni de souveraineté, pliant les jeunes nations africaines aux desiderata des ex-puissances coloniales.*

ARG AFRIQUE SANKARAMais la dette est aussi l’odieuse martingale dont se repaissent les marchés financiers. Prélèvement parasitaire sur des économies fragiles, elle enrichit les riches des pays développés au détriment des pauvres des pays en voie de développement. “La dette (…) dominée par l’impérialisme est une reconquête savamment organisée pour que l’Afrique, sa croissance, son développement obéisse à des normes qui nous sont totalement étrangères, faisant en sorte que chacun de nous devienne l’esclave financier, c’est-à-dire l’esclave tout court de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie de placer les fonds chez nous avec l’obligation de rembourser.”

Décidément, c’en était trop. Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est tombé sous les balles des conjurés au grand bénéfice de la “Françafrique” et de ses juteuses affaires. Mais le courageux capitaine de cette révolution étouffée avait dit l’essentiel : un pays ne se développe que s’il est souverain et cette souveraineté est incompatible avec la soumission au capital mondialisé. Voisine du Burkina Faso, la Côte d’Ivoire en sait quelque chose : colonie spécialisée dans la monoculture d’exportation du cacao depuis les années 20, elle a été ruinée par la chute des cours et entraînée dans la spirale infernale de la dette.

Le marché du chocolat pèse 100 milliards de dollars et il est contrôlé par trois multinationales (une suisse, une étatsunienne et une indonésienne). Avec la libéralisation du marché exigée par les institutions financières internationales, ces multinationales dictent leurs conditions à l’ensemble de la filière. En 1999, le FMI et la Banque mondiale exigent la suppression du prix garanti au producteur. Le prix payé aux petits planteurs étant divisé par deux, ils emploient pour survivre des centaines de milliers d’enfants-esclaves*. Appauvri par la chute des cours liée à la surproduction, le pays est également contraint de diminuer les taxes sur les entreprises. Privé de ressources, esclave de la dette et jouet des marchés, le pays est à genoux.

La Côte d’Ivoire est un cas d’école. Un petit pays à l’économie extravertie (le cacao représente 20% du PIB et 50% des recettes d’exportation) a été littéralement torpillé par des étrangers qui ne visent qu’à maximiser leurs profits avec la complicité des institutions financières et la collaboration de dirigeants corrompus. Thomas Sankara l’avait compris : s’il est asservi aux marchés, l’indépendance d’un pays en développement est une pure fiction. Faute de rompre les amarres avec la mondialisation capitaliste, il se condamne à la dépendance et à la pauvreté. Dans un livre prophétique paru en 1985, Samir Amin nommait ce processus de rupture “la déconnexion du système mondial”.

Lorsqu’on analyse l’histoire du développement, un fait saute aux yeux : les pays les mieux lotis sont ceux qui ont pleinement conquis leur souveraineté nationale. La République populaire de Chine et les nouveaux pays développés d’Asie orientale, par exemple, ont mené des politiques économiques volontaristes et promu une industrialisation accélérée. Ces politiques reposaient – et reposent encore largement – sur deux piliers : la direction unifiée des efforts publics et privés sous la houlette d’un Etat fort et l’adoption à peu près systématique d’un protectionnisme sélectif.

Un tel constat devrait suffire à balayer les illusions nourries par l’idéologie libérale. Loin de reposer sur le libre jeu des forces du marché, le développement de nombreux pays résulta au XXème siècle d’une combinaison des initiatives dont l’Etat fixait souverainement les règles. Nulle part, on ne vit sortir le développement du chapeau de magicien des économistes libéraux. Partout, il fut l’effet d’une politique nationale et souveraine. Protectionnisme, nationalisations, relance par la demande, éducation pour tous : la liste est longue des hérésies grâce auxquelles ces pays ont conjuré – à des degrés divers et au prix de contradictions multiples – les affres du sous-développement.

N’en déplaise aux économistes de salon, l’histoire enseigne le contraire de ce que prétend la théorie : pour sortir de la pauvreté, mieux vaut la poigne d’un Etat souverain que la main invisible du marché. C’est ainsi que l’entendent les Vénézuéliens qui tentent depuis 1998 de restituer au peuple le bénéfice de la manne pétrolière privatisé par l’oligarchie réactionnaire. C’est ce qu’entendaient faire Mohamed Mossadegh en Iran (1953), Patrice Lumumba au Congo (1961) et Salvador Allende au Chili (1973) avant que la CIA ne les fasse disparaître de la scène. C’est ce que Thomas Sankara réclamait pour une Afrique tombée dans l’esclavage de la dette au lendemain même de la décolonisation.

On objectera que ce diagnostic est inexact, puisque la Chine a précisément connu un développement fulgurant à la suite des réformes libérales de Deng. C’est vrai. Une injection massive de capitalisme marchand sur sa façade côtière lui a procuré des taux de croissance faramineux. Mais ce constat ne doit pas faire oublier qu’en 1949 la Chine était un pays misérable, dévasté par la guerre. Pour sortir du sous-développement, elle a consenti des efforts colossaux. Les mentalités archaïques ont été ébranlées, les femmes émancipées, la population éduquée. Au prix de multiples contradictions, l’équipement du pays, la constitution d’une industrie lourde et le statut de puissance nucléaire ont été acquis sous le maoïsme.

Sous l’étendard d’un communisme repeint aux couleurs de la Chine éternelle, ce dernier créa les conditions matérielles du développement futur. Si l’on construit annuellement en Chine l’équivalent des gratte-ciels de Chicago, ce n’est pas parce que la Chine est devenue capitaliste après avoir connu le communisme, mais parce qu’elle en réalise une sorte de synthèse dialectique. Le communisme a unifié la Chine, il lui a restitué sa souveraineté et l’a débarrassée des couches sociales parasitaires qui entravaient son développement. De nombreux pays du tiers-monde ont tenté d’en faire autant. Beaucoup ont échoué, généralement à cause d’une intervention impérialiste.

En matière de développement, il n’y a aucun modèle. Mais seul un pays souverain qui s’est doté d’une voilure suffisante peut affronter les vents de la mondialisation. Sans la maîtrise de son propre développement, un pays (même riche) s’installe dans la dépendance et se condamne à l’appauvrissement. Les firmes transnationales et les institutions financières internationales ont pris dans leurs filets de nombreux Etats qui n’ont aucun intérêt à leur obéir. Dirigeant l’un de ces petits pays pris à la gorge, Thomas Sankara clamait le droit des peuples africains à l’indépendance et à la dignité. Il renvoyait les colonialistes de tous poils à leur orgueil et à leur cupidité. Il savait surtout que l’exigence de souveraineté n’est pas négociable et que seule la souveraineté est progressiste.

Par Bruno Guigue | 17 octobre 2017

Source: Bruno Guigue

http://arretsurinfo.ch/seule-la-souverainete-est-progressiste/


 

LOGO FL A5*"ils emploient pour survivre des centaines de milliers d’enfants-esclaves" : 

Faisons crédit à l'auteur et considérons que la formulation est maladroite: on a l'impression d'une forme de justification, voire d'une excuse...

Rien ne saurait justifier la mise en esclavage de qui que soit, pas même l'exploitation économique ou "coloniale".

Il est d'autant plus important de le préciser qu'en Afrique, il est parfois de bon ton de s'abriter derrière la colonisation pour justifier des politiques condamnables...

P.G.

 

 

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Migrants et médias, Macron tient ses promesses, approbation discrète

Promesses tenues ! Avec discrétion. Une nouvelle sobre tombe sur les prompteurs des salles de rédaction le 9 octobre 2017 peu avant minuit. Le Figaro et Le Point sont les premiers à réagir en ligne : « La France va accueillir 10 000 réfugiés » d’ici 2019. Comment cette nouvelle est-elle relayée dans les médias entre le 9 et le 12 octobre ?

ARG MIGRANTS OJIMLe sujet est évidemment très sensible

La question se pose ou devrait se poser tant le sujet des migrants est sensible depuis deux ans. Chacun ayant pris conscience des omissions volontaires relatives à l’origine de la majorité des migrants. Omissions au niveau de l’Union Européenne et des États, largement relayées par une presse sous influence. Tous l’affirmaient comme un seul homme : les migrants seraient tous des « réfugiés ». Des personnes obligées de fuir des pays en guerre que nous aurions le devoir d’accueillir. Il s’agissait pourtant et avant tout d’hommes jeunes, migrant pour des raisons économiques. L’Europe aurait un tel besoin de bras jeunes, masculins et corvéables, qu’un petit mensonge… La donne a un peu changé : un effet des récentes élections, en France comme en Allemagne. Nombre d’observateurs le notent, par exemple en France : la transformation du paysage ethnique des villes ne va pas sans poser de problèmes. Alors, comment maintenir la fable ?

Les faits ? La France va ouvrir 10 000 places

L’information tombée le 9 octobre au soir et relayé ensuite jusqu’au 12 octobre ? Le Figaro a dégainé le premier, suivi de peu par Le Point : « La France va démarrer “dans les prochaines semaines” des missions au Niger et au Tchad pour identifier des personnes pouvant bénéficier du droit d’asile, sur des listes proposées par le Haut Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés (HCR), a annoncé Emmanuel Macron lundi. Ces missions menées par l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) visent aussi à “mieux prévenir la situation depuis le Niger et le Tchad pour prévenir un afflux de migrants économiques” non éligibles au droit d’asile, a expliqué le président, après avoir reçu à l’Élysée le président du HCR, Filippo Grandi. Au total, la France “ouvrira sur les deux prochaines années 10.000 places” pour ces réfugiés “réinstallés” depuis le Niger, le Tchad, mais aussi de Turquie, du Liban et de Jordanie, a annoncé le président ». C’est à peu de différences près ce que l’ensemble des médias relaient dans les jours suivants. Peu de choses, mais des nuances de taille.

Un seul mot vous manque et tout est…

Dès le 10 octobre, le mot « réfugiés » apparaît sur les sites de la plupart des médias. Il est parfois, mais rarement, remplacé par l’expression « migrants réinstallés ». BFMTV répercute l’information telle que fournie par la présidence de la République, introduisant cependant une première nuance de taille. D’après la chaîne d’informations en continue, ce sont toujours des « réfugiés » et non des migrants – mais ce sont aussi des « réfugiés supplémentaires ». Ce que l’immense majorité des autres médias passe sous silence. Par contre, à l’instar de l’ensemble des journaux, la chaîne répercute aussi l’élément de langage voulu par l’Élysée, sans esprit critique : il s’agit de « prévenir l’afflux de migrants économiques ». Cet élément de langage est présent dans tous les médias : de Franceinfo au Monde en passant par La Croix ou RFI. L’information est rarement dans les pages papier des quotidiens, jamais en Une. Sur les sites internet surtout. Une information de peu d’importance en somme. Résumons-nous : La France s’engage à accueillir 10 000 « réfugiés », autrement dit des personnes menacées pour cause de guerre, en plus de ceux déjà prévus – mais cela on ne le dit pas. Et ces « réfugiés » sont accueillis dans le but de restreindre l’arrivée de migrants économiques sur le territoire français. La pensée du président semble en effet bien complexe.

Complexe ? Comme une entourloupe ?

Ainsi, tout semble fait pour ne pas inquiéter une population française qui montre des signes d’agacement devant les flux migratoires. Ce n’est pas la réalité de l’inquiétude ou du risque accru de tensions que les médias relaient. Plutôt la simple parole officielle du président et de son gouvernement. Ainsi, en prolongement de l’annonce d’Emmanuel Macron, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a indiqué dans un communiqué que 3000 de ces migrants seront « issus des missions avancées de Ofpra au Niger et au Tchad ». Autrement dit : un tiers des « réfugiés » sont des réfugiés. 70 % seront des migrants ne venant pas d’espaces sous tensions. Le 10 octobre, lors des matinales de France Inter ou d’Europe 1, ce sont les mêmes éléments de langage. L’information disparaît ensuite des médias, et n’est du reste pas relayée par les principaux hebdomadaires en fin de semaine – ni dans L’Obs ni dans L’Express par exemple. Seuls les versions internet des hebdomadaires et quotidiens papier s’en sont fait l’écho. Une information reléguée au second plan pour cause de Catalogne et de mouvements sociaux ?

Conclusion ?

L’État français va accueillir plus de migrants que prévu et continuer d’imprimer dans l’opinion publique cette idée que la majorité d’entre eux sont des « réfugiés ». Avec l’aide de médias qui ne s’interrogent ni sur les éléments de langage fournis par le pouvoir politique ni sur la réalité du terrain, autrement dit sur ce qui est vécu par les populations amenées à concrètement accueillir ces migrants. Tout se passe comme si pouvoirs politiques et médiatiques avaient entériné ce fait que les migrations seraient devenues la norme. Une prétendue norme jamais questionnée par les médias. Par contre, le 12 octobre L’Obs se pose d’autres questions urgentes : « Pourquoi les nationalismes progressent ? » ou « Qui veut la peau d’Anne Hidalgo ? ». Drôle d’époque pour une presse qui ne paraît plus à même de faire de liens entre différents faits, ni de hiérarchiser les informations par rapport au Pays réel. À moins que ce ne soit délibéré ?

https://www.ojim.fr/migrants-medias-macron-tient-promesses-approbation-discrete/?utm_source=Newsletter&utm_campaign=a317b1bbf7-mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_ca15a58a97-a317b1bbf7-71509009


 

BASE 14 995X225Quelle que soit l'opinion qu'on ait sur les questions migratoires, force est de constater une fois de plus que la presse en France n'est pas l'expression d'une information diversifiée et pluraliste mais fonctionne avant tout au service de la communication des pouvoirs en place. Quitte à se décrédibliser toujours un peu plus. Voire déservir la cause défendue en renforçant l'agacement des lecteurs. Une telle stratégie ne peut fonctionner qu'avec des subventions, échange de bons procédés...  P.G.

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vendredi 20 octobre 2017

Gabriel Galice: « Il faut soutenir Astana, ramener la paix. Les Occidentaux n’en ont pas été capables »

Alors que la bataille de Rakka touche à sa fin, qu’avec la perte annoncée de Mayadine l’Organisation de l’État islamique (OEI) n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut, nous avons souhaité obtenir les analyses de Gabriel Galice – spécialiste, entre autres, des conflits – sur les événements qui agitent la région du Levant, et les idées qui gravitent autour du concept de Grand Moyen-Orient.

VID GALICE CDVCe dernier a mis à jour, à travers la théorie du chaos qui lui fut associée, les thèses défendues , entre autres, par le think tank néoconservateur Project for the New American Century (PNAC) [1] à partir de sa création en 1997, mis en avant par l’administration Bush au sommet du G8 de Sea Island en 2004, et intégrés à la doctrine Bush définie dans le rapport The National Security Strategy of the United States of America [2].

Passé par l’Institut d’études politiques (IEP) de Grenoble, et docteur de l’université de Grenoble, Gabriel Galice est économiste et politologue. Ses thèmes de prédilection sont la nation, l’Europe, ainsi que les questions tournant autour de la guerre et de la paix. Il est auteur ou directeur de plusieurs ouvrages et articles, notamment La guerre est-elle une bonne affaire ? (L’Harmattan, 2008) [3], Les causes des guerres à venir(L’Harmattan, 2009) [4] ou encore Penser la République, la guerre et la paix sur les traces de Jean-Jacques Rousseau (Slatkine, 2012). Il a été Conseiller régional de la région Rhône-Alpes de 1986 à 1992, chercheur puis directeur au GIPRI [5], qu’il préside actuellement.

Le GIPRI est l’Institut international de recherches pour la paix à Genève, un institut de recherche et une fondation indépendante qui réunit toutes celles et ceux qui ont la paix à cœur, en tentant d’en clarifier les enjeux.

[1] Le rapport Rebuilding America’s Defenses est un document de 90 pages portant sur la stratégie militaire des États-Unis et présentant la doctrine du PNAC.

[2] The National Security Strategy of the United States of America, septembre 2002.

[3] La guerre est-elle une bonne affaire ? aux éditions L’Harmattan.

[4] Les causes des guerres à venir aux éditions L’Harmattan.

[5] Site internet et page wikipédia du GIPRI.

[6] Grand Moyen-Orient sur wikipédia.

[7] Tempête sur le Grand Moyen-Orientprésentation du livre de Michel Raimbaud par Gabriel Galice sur Le Monde diplomatique et livre disponible aux éditions Ellipses.

Source: http://www.cercledesvolontaires.fr/2017/10/14/grand-moyen-orient-gabriel-galice/

Voir la vidéo:

Entretien avec Gabriel Galice réalisé par Cercle des volontaires  

ou aussi:

Moyen-Orient - Entretien avec Gabriel Galice

Ajoutée le 14 oct. 2017
https://www.youtube.com/watch?v=uNUTGTrqIfI

http://arretsurinfo.ch/gabriel-galice-il-faut-soutenir-astana-ramener-la-paix-les-occidentaux-nen-ont-pas-ete-capables/

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Laurent Lafforgue, mathématicien : « L’Education nationale est devenue un vaste mensonge »

Brillant mathématicien, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, Laurent Lafforgue a été lauréat de la prestigieuse médaille Fields en 2002 (l’équivalent du prix Nobel en mathématiques). Il est professeur permanent à l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques (IHES).

ARG EDUCATION CDG CALCULTrès sensibilisé à l’état du système éducatif français, il a coordonné en 2007, avec Liliane Lurçat, la publication de l’ouvrage La débâcle de l’école, fruit d’un colloque sur l’état alarmant de l’école en France et qui a réuni de nombreux enseignants du primaire, du collège, du lycée et de l’université. Un ouvrage passionnant, d’une clarté et d’une précision remarquables que je vous recommande vivement (et qui n’a malheureusement pas du tout vieilli…)

Quelques années auparavant, il avait été nommé en 2005 au HCE (Haut Conseil de l’Education) chargé de préparer le « socle commun » prévu par la loi Fillon. S’étant exprimé de façon ferme contre les experts de l’Education nationale, responsables des réformes mises en place depuis des années qu’il juge catastrophiques, le président du Haut Conseil lui avait alors demandé de démissionner, dix jours à peine après l’installation officielle du HCE.

(...)

[N.B. L'entretien date d'avant l'élection de M. Macron, mais reste d'actualité... NDR]

« L’Education nationale est devenue un vaste mensonge »

 

A partir de 2004, vous vous êtes engagé dans un combat pour la défense de l’école républicaine. Pour quelles raisons ?

Mes parents, mes frères et moi devons beaucoup à l’école, à un système scolaire qui, pendant longtemps, a été d’une très grande valeur et qui nous a permis de faire des études supérieures. Mes parents ont été les premiers, chacun dans sa famille, à pouvoir faire des études longues. Nous sommes en grande partie le produit d’un système scolaire qui nous a appris les enseignements de base, avant de nous donner accès à la culture et à des connaissances de plus en plus fines et complexes.

Il y a presque 10 ans, j’ai été amené à découvrir l’évolution de l’école depuis que je l’avais quittée. J’ai été catastrophé en constatant qu’elle avait changé du tout au tout. Et pourtant, le système était déjà dégradé lorsque j’y étais par rapport à l’époque de mes parents…

En 2004, j’ai signé une pétition pour la sauvegarde de l’enseignement du latin et du grec (qui a d’ailleurs recueilli plus de 70 000 signatures si mes souvenirs sont bons). On m’a demandé de m’exprimer sur ce sujet lors du colloque qui a marqué la fin de la campagne de pétition. C’est à cette occasion que j’ai entendu d’autres professeurs, de lettres notamment, et j’ai été abasourdi. A partir de ce jour là, j’ai décidé d’enquêter en interrogeant des professeurs autour de moi, en collectant des informations, en analysant les manuels… J’ai été effaré par ce que je découvrais. Un monde auquel je devais une grande partie de ce que j’étais était en voie de destruction très avancée.

J’ai alors commencé à intervenir lors de colloques et à rédiger des textes sur le sujet de l’école. Appelé au HCE en 2005, on m’a demandé d’en démissionner au bout de 10 jours en raison de mes propos sur l’état actuel de notre système éducatif et sur la responsabilité de ses instances dirigeantes et de ses « experts ». J’ai continué à prendre publiquement position et à m’engager dans ce combat encore quelques années, puis j’ai souhaité me recentrer sur mes travaux de recherche.

Rétrospectivement, je me rends compte que j’ai été assez naïf dans les premières années de mon engagement ! Ce que je découvrais était tellement absurde que je pensais qu’il suffirait de prononcer quelques phrases de bon sens pour rétablir la situation. Mais je suis revenu de cette illusion… Le problème est venu des plus hautes sphères de l’Education nationale mais aujourd’hui le mal est fait à tous les étages, et l’état d’esprit général nécessaire à l’instruction et à la transmission des connaissances est largement perdu.

La situation est catastrophique et l’inertie est énorme. Ce ne sont plus seulement des écoliers qui ont subi de mauvais enseignements, mais aussi des professeurs issus de ces mauvais enseignements. Comment en sortir ?

Il ne reste plus qu’à soutenir des initiatives à toute petite échelle : des personnalités, des écoles, des associations… Désormais, on peut seulement oeuvrer à ce que des petites flammes continuent de briller ici et là.

Il faut savoir toutefois qu’au moment de ma démission du HCE, j’ai reçu des milliers de réactions de professeurs, parmi lesquels des jeunes, qui dénonçaient l’absurdité du système qu’on leur avait inculqué à travers les IUFM notamment. Ainsi, même parmi ceux qui ont subi un système d’enseignement très dégradé, il existe une conscience partielle de cette dégradation. Certains conservent les moyens d’exercer un esprit critique que la plupart n’ont plus aujourd’hui. Malheureusement cette prise de conscience est très minoritaire dans tous les milieux (professeurs, parents).

Depuis 2007, vous vous exprimez moins sur ces sujets là. Quel regard portez-vous sur les réformes menées sous Nicolas Sarkozy et celles menées actuellement par François Hollande et son ministre de l’Education, Vincent Peillon ?

Globalement, un regard très négatif. La seule chose relativement positive a été la révision par Xavier Darcos des programmes de primaire, meilleurs que les précédents, même s’ils sont loin d’être idéaux. Ils ont le mérite d’être plus concis, plus précis et relativement recentrés sur les enseignements fondamentaux, alors que le programme précédent de primaire comprenait 350 pages, où tout était dit et son contraire, avec des phrases incompréhensibles (même par ceux qui l’avaient écrit, je pense…). Mais ces nouvelles directives se sont heurtées à une résistance de beaucoup d’enseignants.

Il faut bien comprendre que l’on est confronté sans cesse à un mur idéologique. On a persuadé les instituteurs que les méthodes syllabiques par exemple étaient de droite, tandis que la méthode globale était de gauche, ce qui est absurde. Dans d’autres pays, tels que les Etats-Unis, on constate cette même sur-interprétation idéologique.

Dans l’ouvrage La débâcle de l’école, l’ensemble des contributeurs incriminent le constructivisme et dénoncent la déstructuration des enseignements. Pouvez-vous expliquer ces points fondamentaux ?

Le constructivisme est l’idée que l’enfant doit construire lui-même son savoir et que l’on ne doit plus lui dispenser d’enseignement explicite . C’est un point de vue très séduisant pour des universitaires, et j’estime qu’ils ont une grande responsabilité dans le désastre de l’école.

Comme leur métier consiste à élaborer de belles théories sophistiquées, ils oublient trop souvent qu’ils ont commencé par être des enfants et par apprendre des choses simples, qu’ils ont dû apprendre par cœur. C’est ainsi que de fins lettrés peuvent en arriver à estimer que l’orthographe est la science des imbéciles. Beaucoup ont voulu remplacer les enseignements de base, trop simples à leurs yeux, par des choses plus « intelligentes ».

En parallèle, est venue la remise en cause du principe d’autorité du professeur et de l’instituteur dans sa classe. Celui qui prétend disposer de savoirs exercerait un pouvoir abusif sur les enfants.

Quant à la déstructuration, elle concerne le contenu des enseignements. Elle touche à la fois la matière (la grammaire par exemple), la structuration et l’organisation des savoirs. En histoire, on a supprimé la chronologie des événements et en français, l’histoire littéraire. On se contente de coups de projecteur sur telle ou telle période.

On a voulu des enseignements transversaux, beaucoup plus compliqués pour les élèves, et non plus l’étude par éléments : orthographe, conjugaison, grammaire, où, à chaque fois, on partait des choses simples pour aller progressivement vers les choses complexes. On a supprimé tout cela : le principe de progression ou encore le principe de distinction. Certes, il est intéressant de mettre en relation les enseignements à la condition que les bases soient installées, sinon c’est la confusion la plus totale.

On se retrouve avec des élèves qui ont passé 20 à 30 heures par semaine pendant 12 ans à l’école et qui ne savent presque rien. Quel gaspillage ! Les enfants sont noyés sous un flot d’informations mais rien ne s’accroche du fait du défaut de structure. Ils ont entendu parler de beaucoup de choses mais n’ont rien retenu de précis. L’image générale qui se dégage est celle d’une déstructuration générale des enseignements.

Sur quels principes devrait-on se réunir et se baser pour réformer le système scolaire ?

Lors de mon enquête, j’ai été frappé que des gens étonnamment différents se soient retrouvés sur ce constat simple que l’école ne remplissait plus sa mission de transmission des connaissances : des militants d’extrême-gauche et des conservateurs, des catholiques et des libres-penseurs, des gens connus ou de simples citoyens. Le véritable choix politique n’est pas de droite ou de gauche mais celui de la qualité de l’enseignement et celui de l’étendue et de la profondeur des connaissances que nous voulons transmettre.

Le cœur du problème est bel et bien le contenu de ce que l’on enseigne, qui doit obéir à des principes très simples.

Rappelons que la mission première de l’école est l’instruction et non pas la socialisation. C’est l’instruction qui, par bénéfice collatéral, va produire de la socialisation. Jamais l’école n’a été aussi soucieuse qu’aujourd’hui d’engendrer la paix et pourtant elle est beaucoup plus violente que l’ancienne.

Il faut également rappeler la raison d’être  du professeur : il sait des choses que les élèves ne savent pas, et sa mission est de transmettre ses connaissances de la manière la plus efficace possible.

Dès l’école primaire, puis au collège et au lycée, les élèves doivent apprendre véritablement à écrire, ce qui suppose, d’abord, de maîtriser l’orthographe (cela passe par des dictées régulières), la grammaire (qui s’apprend sous forme de règles) et les conjugaisons des verbes, puis de se rompre aux exercices de la rédaction et de la dissertation. Il faut aussi travailler la mémoire par l’apprentissage de textes par cœur.

Le français est à mon avis l’enseignement le plus important au primaire, même dans la perspective des sciences car tout texte scientifique est un genre de rédaction et plus profondément, toute réflexion se construit en écrivant. Les moyens d’expression sont aussi les moyens de formation de la pensée. J’ai reçu de nombreux témoignages de professeurs de mathématiques ou de physique à l’université qui disent que le premier problème de leurs étudiants est le défaut de connaissance de la langue française, leur difficulté à comprendre et à formuler des phrases abstraites, différentes du langage courant oral. Pour un usage plus élaboré de la langue, une connaissance de sa structure, plus réfléchie, est nécessaire. Par ailleurs, l’apprentissage de la grammaire est le premier apprentissage de la logique.

La dégradation de l’enseignement en français a été évoquée à plusieurs reprises sur mon blog, notamment par Loys Bonod, professeur de français. Que pensez-vous de l’enseignement en mathématiques et de l’avenir des filières scientifiques en France ? 

En mathématiques, j’insiste sur l’importance des connaissances élémentaires et de la familiarité avec les nombres : additionner, soustraire, multiplier, diviser. Ces quatre opérations étaient auparavant abordées dès le CP, maintenant seule l’addition y est enseignée. La progressivité doit être celle de la complexité des opérations mises en jeu, et non pas, comme dans les programmes actuels, une succession étalée dans le temps de l’addition puis des trois autres opérations. Il faut apprendre ses tables d’addition, de multiplication, la règle de trois. Un autre apprentissage important est celui de la mesure des grandeurs et le repérage dans l’espace.

Cela semble tout bête mais il faut savoir qu’à l’université, il n’est pas rare que les étudiants ne sachent même pas additionner deux fractions. Il existe un très gros contraste entre le gros des étudiants et une toute petite élite qui bénéficie de la recherche mathématique française qui est d’un très bon niveau. Parmi les jeunes mathématiciens d’aujourd’hui, une proportion importante sont des fils ou filles de mathématiciens. Sauf erreur de ma part, lorsque j’étais à l’ENS, il n’y en avait aucun. Pourquoi ? Parce que, l’école se dégradant, le milieu familial est devenu indispensable pour apprendre !

Les responsables des programmes ont réussi à déstructurer les enseignements mathématiques, à réduire, par exemple, quasiment à néant la géométrie qui est pourtant très formatrice pour l’esprit. Au collège et au lycée, le niveau est très mauvais. Les manuels d’aujourd’hui ne demandent plus de démonstrations. Les cours sont très flous alors que l’un des buts principaux de l’enseignement des mathématiques doit être l’apprentissage du raisonnement et de la rigueur.

De mon point de vue, les anciens humbles problèmes d’arithmétique du certificat d’études primaires étaient de beaucoup préférables aux actuels problèmes de terminale S.

Ils consistaient en une seule question tenant en une phrase qui nécessitait pour sa solution un raisonnement en plusieurs étapes qu’il fallait rédiger. Maintenant l’épreuve de mathématiques en terminale S est constituée de 4 exercices, dont un QCM, et les trois autres sont découpés en de multiples questions, avec souvent des énoncés plus longs que les solutions.

On a prétendu rendre les élèves plus créatifs, faire d’eux des chercheurs dès leur plus jeune âge, mais le résultat est que, quand ils parviennent à l’âge adulte, on ne peut leur demander autre chose que des automatismes, un savoir pré-mâché.

Il existe donc à la fois un problème d’horaires, de contenu des programmes, de méthodes et d’exigence. 

Le contenu est comme je le disais plus haut déterminant, il faut savoir bien le choisir et bien le structurer. De manière générale, l’enseignement doit procéder de l’élémentaire à l’élaboré (et non l’inverse), avec des progressions cohérentes et bien construites. Cela passe par une revalorisation qualitative bien plus que quantitative.

Ensuite, il faut cesser de prétendre que l’élève est capable de « construire » seul ses savoirs ou d’analyser d’emblée des situations complexes pour en tirer des éléments particuliers utilisables. Cela n’a pas de sens d’inviter les enfants et les jeunes à s’exprimer eux-mêmes sans leur avoir appris à maîtriser la langue. Cela n’a pas de sens de les appeler à la créativité sans leur avoir transmis ni technique ni culture. Il faut au contraire mettre les élèves en situation d’appréhender des notions fondamentales à partir de la culture et du savoir tels qu’ils ont été patiemment construits et reconstruits au cours des siècles – sans oublier néanmoins de leur laisser une marge d’initiative, de réflexion et d’exploration. Il ne s’agit pas de ne faire que des cours magistraux, mais de faire participer les élèves et de multiplier les façons d’enseigner.

Il faut également revenir à des apprentissages systématiques : en mathématiques : les nombres et leurs opérations, la géométrie, les énoncés rigoureux, les démonstrations, et en français : la grammaire, l’orthographe, les conjugaisons, les listes de vocabulaire, les rédactions, les dissertations – toutes choses qui ont été de plus en plus délaissées depuis au moins trente ans, réforme après réforme, à un point hallucinant.

Concernant les méthodes, il est temps de reconnaître que certaines sont meilleures que d’autres. Ainsi, concernant la lecture et l’écriture, la méthode alphabétique syllabique est bien plus efficace que les méthodes globales ou dites semi-globales. Pourquoi ne pas mettre en place un organisme indépendant de toutes les structures de pouvoir de l’Éducation nationale, spécialement chargé de ces comparaisons et évaluations entre les méthodes ?

J’ai rencontré une institutrice qui avait d’abord utilisé plusieurs années une méthode « semi-globale », avant de la remettre en cause et d’utiliser la méthode syllabique. Dès la première année, elle a obtenu des résultats bien meilleurs et à la fin de l’année, tous ses élèves savaient lire et écrire correctement alors que ce n’était pas le cas les années précédentes. Elle est allée voir les parents de certains de ses anciens élèves, leur a déclaré avoir pris conscience d’avoir mal enseigné ces enfants en utilisant de mauvaises méthodes et a proposé de reprendre à zéro leurs apprentissages de base, en plus de son travail normal, pour réparer les erreurs commises.

Il existe également un problème d’horaires. Il y a eu une diminution vertigineuse des horaires en français et en mathématiques en 50 ans. Avant 1960, il y avait par exemple 15 heures de français en CP, aujourd’hui, il y en a 9. Or le français est, rappelons-le, une priorité absolue. Quant à un élève de terminale S, il a perdu plus d’une année de mathématiques par rapport à un terminale C d’il y a 30 ans.

Or, il faut un minimum d’heures pour transmettre correctement les savoirs. La réforme actuelle sur les rythmes scolaires est loin d’aller dans le bon sens puisque les volumes horaires restent inchangés. Je pense qu’il serait plus judicieux d’avoir davantage de jours d’école mais avec des journées plus courtes et d’autres activités l’après-midi. Je pense qu’il faudrait également rétablir les études assistées en primaire qui étaient très importantes et très bénéfiques.

Il y a aussi le problème de la perte d’autorité des professeurs. Comment la rétablir ?

Dans l’ouvrage sur La débâcle de l’école, un chapitre est consacré à la vie au jour le jour de professeurs qui rencontrent des situations impossibles, sans pouvoir de sanction, qui les empêchent d’enseigner, au détriment de tous les élèves. Résultat : tout le monde coule…

Ces incivilités, intimidations et violences dont les professeurs et les élèves qui voudraient travailler sont la cible dans beaucoup d’établissements, n’ont pris une grande ampleur qu’à la faveur de décisions structurelles qui ont affaibli l’autorité des enseignants, et corrélativement, ont mené à une réduction du nombre des surveillants et des adjoints d’enseignement.

On a voulu remettre en cause l’autorité des professeurs, comme une concession faite aux enfants, pour rééquilibrer la balance des pouvoirs. Mais les élèves en sont les principales victimes.

L’École ne peut bien fonctionner que si les instituteurs et les professeurs sont respectés et si leur autorité est solidement établie. Par exemple, le passage à la classe supérieure ne doit être apprécié que par des personnes qui ont compétence pour cela, à savoir les professeurs. Les parents ne peuvent avoir qu’une voix consultative.

Par ailleurs, il est nécessaire que, dans la société, et particulièrement dans les familles, l’étude soit valorisée dans l’esprit des enfants, et que ceux-ci puissent prendre conscience que l’École est destinée à leur apporter les meilleures chances. Par exemple, il est important que, dans les familles, les parents veillent à ce que les enfants ne tombent pas sous l’empire de la télévision, des jeux vidéo ou des ordinateurs, et qu’ils les encouragent à apprendre et à étudier.

Enfin, je pense que les enseignants doivent retrouver une très grande liberté dans leurs choix pédagogiques et qu’ils doivent être évalués, c’est-à-dire inspectés et notés, uniquement d’après la progression et les résultats de leurs élèves, et en aucune façon d’après la conformité de leurs méthodes avec les dogmes de l’Éducation nationale.

Vous estimez que les principaux responsables de cette débâche sont les experts de l’Education nationale. Mais comment une telle dégradation a-t-elle pu se propager sans plus de résistance de la part des professeurs et des parents ?

Je ne sais pas, je suis très étonné que les professeurs et les parents n’aient pas davantage résisté.

L’Education nationale est devenue un vaste mensonge, accepté par la plupart des gens. Les enfants ne se rendent pas compte (ou alors une minorité) qu’on leur enseigne mal, et les parents sont contents du moment que leurs enfants passent dans la classe supérieure et ont de bonnes notes. Je caricature, mais à peine.

D’autre part, il faut comprendre que ces réformes ont été menées au nom du Progrès, de la Modernisation. Le pédagogisme a été présenté comme scientifique. Comment résister à cela ? On se sent coupables de lutter contre ce qui est présenté de cette façon, d’où peut-être cette passivité, ce manque de résistance…

Enfin, les Français sont plus soumis qu’on ne le pense aux fonctionnaires, ce qui est revêtu de l’autorité de l’Etat provoque peu de résistance.

Cependant certains instituteurs et professeurs se sont rendu compte que les résultats de ces réformes étaient déplorables alors qu’ils s’étaient lancés dans l’enseignement pleins de confiance dans leur hiérarchie et dans les méthodes modernes. Ceux qui avaient conservé un esprit critique ont exprimé naïvement à leur hiérarchie leur désarroi et leurs doutes. Mais la simple expression de leurs doutes leur a souvent valu de se voir mis au ban de l’école, ce qui n’a fait qu’augmenter leur méfiance. Certains ont même été « persécutés » de façon brutale.

Comment résister en tant que parent, une fois que l’on a fait ce triste constat de l’abaissement du niveau et des exigences  ?

A mon avis, la solution ne viendra pas de l’école privée sous contrat qui souffre des mêmes maux que l’école publique, mais plutôt des écoles hors contrat, indépendantes de l’Etat. Beaucoup proposent un très bon enseignement et elles ne cessent de se développer.

Internet a joué un rôle important dans la résistance à la destruction de l’école car a permis de mettre en contact des professeurs, instituteurs ou parents qui étaient devenus conscients de cette destruction, qui voulaient réagir mais qui, souvent, se trouvaient isolés.

De plus en plus de parents cherchent à fonder leur école pour offrir à leurs enfants un enseignement de bonne qualité, mais c’est un parcours long et compliqué et qui suppose de lourds sacrifices financiers.

Je connais des institutrices et instituteurs qui ont décidé de quitter l’Education nationale et de créer leur école pour pouvoir enseigner correctement et être en paix avec leur conscience. De bonnes volontés existent. Nombreux sont les professeurs et les instituteurs remarquables de dévouement mais, pour se lancer dans de telles initiatives, il faut aussi une grande force intellectuelle et morale.

Une autre stratégie adoptée par certains parents est de recommencer l’école le soir. Leurs enfants ont donc école deux fois, l’école en journée est considérée comme une activité de socialisation, pour voir les copains, et l’école en fin de journée est faite pour transmettre les savoirs. Mais cela implique une fatigue énorme pour les parents et pour les enfants. De plus, ce n’est pas à la portée de tous les parents.

Enfin, il est nécessaire d’utiliser de bons manuels classiques. Parmi les initiatives de résistance menées ces 10 dernières années, on peut signaler le travail remarquable mené par l’éditeur Jean Nemo, fondateur de La librairie des écoles qui propose des manuels de grande qualité.

Je trouve que c’est l’une des initiatives les meilleures de ces dernières années, avec la Fondation pour l’école d’Anne Coffinier qui soutient la création et le développement d’écoles indépendantes (NDLR : il en existe environ 500 en France : des écoles confessionnelles ou non, des écoles Montessori, des écoles appliquant la pédagogie Steiner…Elles sont recensées dans cet annuaire).

Aux parents d’essayer de faire ce qu’ils peuvent, même si ce n’est pas parfait. Ils réparent un peu le désastre mais ils ne peuvent malheureusement pas remplacer à eux seuls un système scolaire entier.

On a justifié les réformes par un souci d’égalité des chances. Mais l’on constate que les inégalités n’ont jamais été aussi élevées.

Les réformes menées depuis les années 70 ont effectivement été justifiées par l’obsession de l’égalité et du social. On a dit que l’école deviendrait plus juste, mais c’est le contraire qui est vrai. Il suffit de voir les filières et les écoles où on délivre encore une véritable instruction, elles recrutent plus que jamais dans les milieux favorisés. L’itinéraire que mes parents issus de milieux modestes ont suivi n’existe plus. Or, seule une nourriture intellectuelle de qualité éveille l’esprit des élèves doués pour cela, et ce, dans toutes les classes sociales. Quand l’école ne les nourrit pas, les élèves ne peuvent plus compter que sur leur environnement familial.

L’égalité des chances a donc pris un énorme coup.  On a rabaissé les programmes et les niveaux d’exigence au nom des « nouveaux publics » notamment. Mais c’est un contre-sens total. Un enfant qui apprend n’enlève rien à aucun autre. C’est pourquoi le principe d’égalité ne doit jamais être invoqué pour abaisser les programmes et les niveaux d’exigence. Il ne doit pas plus être invoqué pour empêcher de créer, à partir du collège, des filières diversifiées, les unes plus abstraites où les élèves manifestant le plus d’ardeur et de dons pour le travail intellectuel recevraient un enseignement à la mesure de ce qu’ils peuvent apprendre, les autres où les élèves manifestant davantage d’aptitudes manuelles ou artistiques (voire sportives) recevraient une formation adaptée susceptible de leur redonner le goût de l’étude, et soigneusement construite pour prendre plus tard une véritable valeur sur le marché de l’emploi.

Enfin, le principe d’égalité ne doit pas non plus empêcher l’évaluation des élèves ; au contraire, il est d’autant mieux respecté que les élèves sont évalués suivant des règles claires pour tous, à savoir qu’on obtient de bonnes notes si on apprend bien et de mauvaises notes si on apprend mal.

Tant que l’Éducation nationale sera très centralisée et quasiment impossible à réformer en raison de ce mur idéologique que vous évoquiez, les choses peuvent-elles vraiment changer. Quelle organisation imaginer ?

L’organisation est importante mais elle n’est pas le plus important. Le problème du système éducatif n’est pas tant un problème de moyens, ni d’organisation, que d’état d’esprit.

Je ne pense pas que les problèmes actuels disparaîtraient si l’éducation était décentralisée. Je crains que si un dispositif tel que le chèque éducation se mettait en place, les organisations commerciales s’y engouffreraient avec la même démagogie. Il suffit de voir tout le monde applaudir lorsqu’un directeur équipe son école d’ordinateurs, comme si cela allait régler quoi que ce soit. Personnellement, je freine des quatre fers à l’entrée du numérique à l’école. Je n’y suis pas absolument opposé, mais à la condition que les élèves maîtrisent déjà parfaitement l’écriture, la lecture et toutes les connaissances de base et qu’ils aient déjà acquis une maturité certaine. Au lycée, ce qui serait judicieux serait de développer un enseignement sérieux de la programmation qui possède une véritable valeur intellectuelle.

Je pense que le système scolaire actuel ne sait plus faire la différence entre les âges. C’est ainsi que l’on se retrouve à introduire l’informatique ou la philosophie en primaire…

L’école, le collège ou même le lycée n’ont pas à courir après les derniers développements de la technique ou de la science, ni après les dernières évolutions de la société. L’École est amenée à évoluer pour inclure des nouveaux acquis fondamentaux du temps présent ; mais elle doit le faire lentement, après longue et mûre réflexion, en se gardant des effets de mode.

Vous estimez que l’école n’est pas seule en crise et que le débat sur l’école républicaine nécessiterait un débat public plus large sur la place accordée par la société française au savoir et à la culture. Qu’entendez-vous par là ?

La destruction de l’école est venue en partie des universitaires, détenteurs de savoirs qu’ils auraient dû défendre. Cela signifie que les intellectuels de notre temps ont des doutes très profonds sur la valeur de ce qu’ils font.

Par ailleurs, en France, tout le monde se dit favorable à la culture et à la science, alors que la culture anglo-saxonne est davantage teintée d’anti-intellectualisme, et pourtant, on est sidéré par la différence de traitement accordé à nos universités et aux grandes universités américaines ou anglaises. Les Anglais et les Américains, même s’ils ne leur laissent qu’une petite place, ont su créer des îlots de savoir remarquables, alors que nous, qui sommes censés honorer la culture, traitons nos campus universitaires de la pire manière possible. Il y a plus de Prix Nobel qui sortent de Cambridge que de la France et de l’Allemagne réunies. On mesure la distance entre ce que disent nos élites et ce qu’elles font.

D’autre part, il suffit de comparer la vie intellectuelle française contemporaine par rapport à celle de la première moitié du 20ème siècle pour constater que la différence est abyssale. Il y a un assèchement d’un certain terreau. Certes il y a quelques décennies, une minorité d’élèves allait au lycée mais elle bénéficiait d’une étude très poussée des langues classiques et des grands auteurs, qui constituaient pour eux des exemples. Le standard de qualité est aujourd’hui perdu : la qualité de la production éditoriale actuelle est inversement proportionnelle à la quantité de livres publiés. Désormais tout le monde estime avoir des choses intéressantes à dire, personne n’est plus capable de s’évaluer justement soi-même et de s’abstenir de publier ce qui ne mérite pas de paraître, le volume de la production éditoriale rend impossible de reconnaître ce qui a de la valeur, ce qui signifie que nous avons une censure d’un genre nouveau, la censure par ensevelissement sous la masse.

NDLR : Vous pourrez retrouver l’ensemble des documents que Laurent Lafforgue a recueillis sur l’école, des textes sur l’éducation qu’il a rédigés et des interviews qu’il a données sur son site (ainsi que ses travaux scientifiques bien évidemment). Une mine d’informations…(personnellement, j’y ai passé des heures et des heures).

http://www.en-aparte.com/2013/06/28/laurent-lafforgue-mathematicien-leducation-nationale-est-devenue-un-vaste-mensonge/

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jeudi 19 octobre 2017

Elections en Autriche : encore des soucis pour Bruxelles

Pour Pierre Lévy, du magazine Ruptures, la victoire de la droite conservatrice et le score important du FPO aux élections législatives du 15 octobre, bien qu’attendus, n’en ont pas moins constitué une douche froide pour les dirigeants européens.

ARG AUTRICHE RUPTURESLes électeurs autrichiens étaient appelés aux urnes le 15 octobre pour des élections législatives anticipées. 70% des 6,4 millions d’inscrits s’y sont rendus, soit une participation en hausse de 2,4 points par rapport à 2013.

La forte progression du Parti populaire (ÖVP, droite conservatrice) et celle du FPÖ (généralement classé à l’extrême-droite) étaient attendues. Elles n’en ont pas moins constitué une douche froide pour les dirigeants européens qui, il y a quelques mois encore, fêtaient la victoire de l’ex-écologiste Alexander Van der Bellen (53,8%) sur son concurrent du FPÖ, Norbert Hofer (46,2%) lors du second tour de la présidentielle de décembre 2016. Tant à Bruxelles qu’à Paris et à Berlin, on avait alors fort imprudemment salué ce signal censé annoncer partout un retour de flamme populaire en faveur de l’UE et une baisse de l’«euroscepticisme»

Eurosceptique, le FPÖ l’est en réalité de manière très relative. Il ne demande pas la sortie de l’UE, ni même désormais un référendum sur l’euro, comme c’était encore le cas il y a deux ans. En revanche, il a imposé son hostilité à l’immigration, en réalité à l’«islamisation», thème qui a dominé toute la campagne. En obtenant 27,1% des suffrages, il progresse de 5,9 points par rapport à 2013, ce qui le laisse cependant en troisième position.

Son leader, Heinz-Christian Strache, triomphait au sortir du dépouillement, affirmant que ses idées avaient recueilli les faveurs de 60% des électeurs. Un chiffre obtenu en additionnant ses propres suffrages à ceux obtenus par l’ÖVP, tant la campagne menée par le jeune chef de ce parti a également été centrée sur l’immigration.

Avec 31,5% des voix (+7,6 points), Sebastian Kurz a en tout cas réussi le pari de sortir de l’ornière la vieille formation conservatrice, qui menaçait d’être engluée dans une «grande coalition» avec les sociaux-démocrates au pouvoir depuis dix ans (une configuration récurrente depuis la fin de la seconde guerre mondiale).

Monsieur Kurz, qui avait été nommé à 24 ans secrétaire d’Etat à l’intégration avant d’être promu ministre des Affaires étrangères à 27 ans, en 2013, a créé la surprise en prenant la tête de son parti en mai dernier. Il a alors choisi de rompre l’accord de coalition avec le SPÖ, ce qui a provoqué ces élections anticipées.

Si sa jeunesse et sa carrière fulgurante ont été largement commentées, c’est bien son orientation politique qui préoccupe les chancelleries européennes. Certes, officiellement, son parti est toujours membre du très européiste Parti populaire européen, où siègent notamment la CDU allemande et Les Républicains français.

Mais sur nombre de questions, il se rapprocherait volontiers des positions du «groupe de Visegrad» (Pologne, République tchéque, Slovaquie et Hongrie), soit exactement à l’opposé des velléités intégrationnistes affichées par Emmanuel Macron. Il n’a pas caché sa sympathie pour le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, bête noire de Bruxelles.

Quant au Parti social-démocrate (SPÖ), auquel appartient le chancelier sortant, Christian Kern, il limite les dégâts en rassemblant 26,8% des suffrages, soit un très léger recul de 0,3 point. Or il pouvait non seulement craindre de souffrir du discrédit d’une «grande coalition» arrivée à bout de souffle, mais aussi des scandales qui ont jalonné la campagne, où l’un de ses proches conseillers a été accusé de manœuvres sordides de diffamation contre ses adversaires.

Par ailleurs, le SPÖ lui-même a durci sa tonalité en matière migratoire. Il est vrai que, lors de la vague de 2015, ce pays de 8,7 millions d’habitants avait vu arriver 130 000 demandeurs d’asile – la deuxième plus forte proportion après la Suède.

Les Verts ont été la seule formation vantant l’accueil. Ils dégringolent de 11,6% en 2013 à 3,4% cette fois-ci, et sont ainsi éliminés du parlement. Il est vrai qu’ils ont subi la concurrence de listes dissidentes (4,1%). Enfin le parti Neos, «centriste» et ultralibéral, passe de 4,8% à 5%. 

Quelle nouvelle coalition ?

Les discussions commencent donc en vue de la formation d’une nouvelle coalition gouvernementale. Arrivé en tête, monsieur Kurz va entamer des pourparlers avec d’une part le FPÖ, d’autre part le SPÖ. L’éventualité de la reconduction d’une grande coalition étant fort peu probable, c’est la première hypothèse qui semble tenir la corde.

Sur le plan programmatique, aucune incompatibilité ne devrait se faire jour. Il est en revanche probable que des pressions européennes s’exerceront discrètement pour faire échouer cette tentative.

Cependant, la situation n’est plus du tout celle qui avait prévalu en 2000, lorsqu’une première alliance droite/extrême droite avait été conclue. L’UE (à quinze) avait alors mis l’Autriche en quarantaine, avant de constater que cette sanction contre un pays membre avait scandalisé nombre d’électeurs, pas seulement du FPÖ, et avait finalement renforcé celui-ci.

Les obstacles à une majorité ÖVP-FPÖ se situeraient plutôt du côté du FPÖ lui-même. Ce dernier peut être tenté de faire monter les enchères en exigeant nombre de postes ministériels important. Car il est dans une position clé : sans lui, l’ÖVP ne peut que renouveler la grande coalition sortante, ce qui serait interprété comme une trahison par beaucoup de ses électeurs ; ou bien former un gouvernement minoritaire, une hypothèse totalement contraire aux habitudes autrichiennes.

Si les pourparlers devaient s’enliser, il resterait alors une ultime hypothèse : une alliance entre le FPÖ et… le SPÖ. Elle serait décrite comme contre-nature par beaucoup de commentateurs européens, mais n’est pas impensable : les deux partis sont déjà associés au gouvernement régional du Burgenland, ainsi qu’au Conseil de la ville de Linz (capitale de la Haute-Autriche). Et, du point de vue des élus des deux formations, cela ne se passe pas si mal.

Du reste, des personnalités social-démocrates avaient plaidé pour ne pas exclure une telle configuration, notamment le président de la centrale syndicale unique, l’ÖGB.

Cet apparent paradoxe traduit peut-être le malaise qui règne dans le pays, qui s’est cristallisé sur la question migratoire, mais dont les véritables racines sont plus profondes. L’Autriche affiche certes des statistiques économiques plus flatteuses que la moyenne européenne (chômage officiel à 5,6%, croissance prévue à 2,8% en 2017), mais les inégalités sont montées en flèche depuis 2000. Désormais, 1% de la population possède 40% du PIB.

Ce débat a réussi à surgir pendant la campagne lorsque les sociaux-démocrates, pourtant au pouvoir depuis 2007, ont pensé qu’ils pouvaient en faire un thème électoral. Reste à savoir ce qu’il va devenir une fois l’échéance électorale passée.

Source : www.ruptures-presse.fr

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Sept idées fausses sur les médias

Les gardiens de nos médias CAC 40 ont une rhétorique bien rodée pour se garder de toute critique, et continuer à passer pour des héros des libertés publiques tout en oeuvrant à verrouiller le système d’information français. Demi-vérités, mythes éculés ou mensonges éhontés, certains de leurs arguments s’avèrent hélas encore très efficaces auprès du public. Voici comment s’armer intellectuellement contre ces pseudo-évidences en sept leçons.

ARG LIBERTE PRESSELes journalistes ont-ils trahi, au sens où Julien Benda pu parler en son temps d’une trahison des clercs ? On pourrait le penser, à voir avec quelle ardeur certains d’entre eux défendent les pouvoirs en place, mordent les mollets des quelques réfractaires, et se satisfont globalement d’un fonctionnement où leurs seuls interstices de liberté sont pourtant condamnés à demeurer sans vraie portée. L’idée de trahison est toutefois peu adaptée, la plupart des journalistes n’ayant pas une claire conscience de l’idéal professionnel qu’ils sacrifient en se faisant les défenseurs d’un système des médias devenu profondément vicieux dans son fonctionnement, et dangereux dans ses implications démocratiques. La plupart n’agissent pas avec l’intention de nuire. Eux-mêmes sont en effet devenus, via l’instruction reçue dans les écoles de journalisme, ou la formation sur le tas dans les open spaces des rédactions contemporaines, le produit d’une vision javélisée de ce métier qui ne leur permet plus d’accéder au sens que celui-ci pouvait avoir, lorsque la grande presse d’opinion existait encore. Accompagnateurs enthousiastes de la ruine de leur profession, beaucoup de journalistes ont l’impression sincère de défendre un système actionnarial certes pas parfait, mais suffisamment bon, au sens où la psychanalyste Mélanie Klein, parlait de soins maternels suffisamment bons pour ne pas trop amocher un psychisme. Lorsqu’ils interviennent dans l’espace public pour patrouiller en faveur de leurs actionnaires, qualifier de complotistes les détracteurs d’un système d’information gardienné dans sa quasi-totalité par les entreprises du CAC 40, et certifier la liberté d’expression dont ils jouissent, certains d’entre eux ont même réellement le sentiment de s’inscrire dans un glorieux combat historique en faveur de la vérité des faits. Si on les attaque, n’est-ce pas d’ailleurs le signe qu’ils gênent ? Si on les malmène dans les meetings, si on les insulte sur les réseaux, n’est-ce pas la preuve qu’ils ont mis leurs pas dans les traces des deux Albert, Londres et Camus ?

A cela, ajoutons que l’idée de traîtrise ne convient pas davantage à la sociologie nouvelle de ce métier, aux nouvelles lignes de front que celle-ci commence malgré tout à esquisser, et aux espoirs qui peuvent tout de même en naître. Plutôt que des Judas, beaucoup de journalistes sont en effet désormais des estropiés de ce système. Si on laisse de côté la fine pellicule des éditorialistes surpayés et fanatiquement dévoués à la perpétuation de ce dernier, la précarisation galopante de la profession est désormais une réalité. Il s’agit désormais d’un milieu où, pour parler crûment, on peut obtenir la sacro-sainte « carte de presse », et donc être déclaré journaliste professionnel, pour un revenu mensuel correspondant à la moitié d’un Smic. Lorsque l’on sait que, malgré cela, le nombre de cartes de presse a pour la première fois reculé en France depuis 2015, cela en dit long sur la réalité salariale d’un métier que la destruction en cours du code du travail va bien sûr encore considérablement contribuer à dégrader. Ainsi beaucoup de journalistes sont-ils en train de changer de classe, c’est un fait. Seulement voilà, même chez ces gens-là, et à cet égard la puissance de l’idéologie ne laisse pas d’impressionner, vous en trouverez encore très peu à cette heure pour remettre en question le système général de possession des médias pourtant en grande partie responsable de leur situation. Ou pour quitter le domaine de la plainte purement locale, et réclamer autre chose que des « chartes éthiques », c’est-à-dire de bonnes paroles de leurs actionnaires, des promesses vertueuses de non-intervention, et autres airs de flûte grandioses qui n’engagent que ceux qui les écoutent.

Autant de raisons pour lesquelles, aujourd’hui, il est plus que jamais important d’identifier les différentes idées fausses qui empêchent le public de prendre conscience de la nécessité de s’emparer de la question des médias, et d’en faire une question politique prioritaire. Ces verrous-là, je viens de le dire, ils sont souvent entretenus par les journalistes eux-mêmes. Parfois ce sont de pseudo-évidences en réalité erronées, parfois des mensonges éhontés, parfois des mythes consolateurs pour la profession, mais tous ont en tout cas un très fort pouvoir de neutralisation, et entretiennent le public dans l’idée que finalement, il y a quelques brebis galeuses dans ce métier, mais que globalement tout ne va pas si mal, que tout pourrait même être pire, et surtout que l’on ne voit pas comment cela pourrait aller beaucoup mieux. J’en ai listé sept au total. Il est absolument indispensable d’avoir ces sept idées trompeuses en tête, et de s’armer intellectuellement face à elles. Car désormais, c’est bien le drame, nous ne retrouverons pas une véritable vie démocratique tant que, d’une façon ou d’une autre, la situation dans les médias n’aura pas été déverrouillée.

1/ Première idée fausse : les actionnaires de médias « n’interviennent » pas

Ils n’exigent rien des directeurs de rédaction, qu’ils ont pourtant choisis pour la plupart, parmi les plus zélés du cheptel. Ils découvrent donc dans le journal, comme n’importe quel lecteur, le travail de leurs soutiers qui, par une espèce d’harmonie préétablie leibnizienne, se trouve être à l’unisson de leur vision du monde. Ainsi les actionnaires de médias, Bernard Arnault, Xavier Niel, Patrick Drahi et les autres, seraient donc les seuls actionnaires, tout secteur confondu, à n’attendre aucun retour sur investissement d’aucune nature, et ce en dépit d’injections substantielles de fonds dans une activité notoirement déficitaire.

Alors évidemment, c’est une insulte à l’intelligence des gens. Mais c’est pourtant un discours couramment tenu, et pas seulement par les managers de ces groupes, par les journalistes eux-mêmes, dont certains ferraillent dur sur les réseaux sociaux pour défendre l’incorruptibilité de leurs patrons. Ainsi, pour ne prendre que des exemples récents, on a pu entendre le directeur général de BFM TV expliquer dans une récente édition de « Complément d’enquête » sur France 2 qu’il avait rencontré une seule fois Patrick Drahi dans sa vie. Etait-ce vraiment la question ? Ou encore, on a pu voir le responsable du Decodex au journal « le Monde », sorte d’index Vatican mis au point par un organe de presse privé pour trier les sites fréquentables des poubelles de l’information, expliquer que les actionnaires ne les appelaient pas, je cite, avant la parution des papiers, affirmation à la fois peu contestable et puissamment comique. Mais l’on a pu aussi voir le même personnage batailler inlassablement sur les réseaux pour se porter garant du fait qu’aucun de ses patrons n’avaient jamais soutenu publiquement la candidature de Jupiter redux Macron (ce qui est factuellement faux), et que des chartes d’indépendance intraitables leur servaient en tout état de cause de ceinture de chasteté éditoriale (ce qui est simplement ridicule). Il semblerait en tout cas que cela suffise à rassurer pleinement ledit responsable du Décodex quant à la marche vertueuse du système, ce qui au minimum ne témoigne pas d’une grande curiosité de la part d’un « décodeur » professionnel.

L’actuel directeur de la rédaction de ce même quotidien, « Le Monde », a aussi pu, dans un éditorial publié à l’occasion de la mort d’un de ses actionnaires, Pierre Bergé, assimiler les gens qui prêtaient la moindre influence sur la ligne aux actionnaires à des « complotistes ». Face à ce verrou-là, les gardiens des médias ne prennent même pas la peine de répondre par des arguments. Ils se bornent à discréditer les personnes, voire à les psychiatriser. Car qu’est-ce qu’un complotiste sinon un paranoïaque et un malade mental à la fin des fins ? On voit en tout cas à quel point il est important pour le système de neutraliser tout individu cherchant à révéler au public le poids que pèsent les actionnaires de médias sur la vie d’un journal, et le genre de catastrophe démocratique qu’ils peuvent organiser à l’échelle d’un pays quand leurs vues convergent, c’est-à-dire très souvent, notamment quand le coût du travail est en jeu. Il est pourtant assez évident que dans une société démocratique, où le suffrage universel existe encore, et cela même s’il est en passe de devenir une farce organisant l’impuissance collective, le contrôle capitalistique des médias est une question politique cruciale. Il est évident que ce constat-là n’a rien à voir avec un propos conspirationniste, et que prêter des arrière-pensées aux géants des télécoms quand ils investissent dans les médias n’a rien à avoir avec le fait d’être agité par les Illuminati ou une quelconque autre société secrète horrifique du type Skulls and Bones. Celui qui ne comprend pas cela, le responsable du Decodex par exemple, est-il équipé dans ces conditions pour décoder quoi que ce soit au champ de pouvoir capitalistique extraordinairement violent dans lequel il se meut semble-t-il en toute inconscience? On peut au moins se poser la question.

Tout cela est d’autant plus inquiétant à observer que ce qui se passe chez nous aujourd’hui s’est produit il y a exactement vingt ans aux Etats-Unis avec des conséquences dramatiques quant à l’indépendance de la presse et à la persistance même de l’existence d’un espace public. L’ex-rédacteur en chef du « Chicago Tribune », James Squires, un ancien Prix Pulitzer qui rompit avec le système et en fit un livre (1), soutenait ainsi en 1993, que la prise de contrôle intégrale des médias par les grandes compagnies états-uniennes avait entraîné la « mort du journalisme », je cite ses mots. En deux décennies, ainsi qu’il l’établissait, la mainmise de la « culture Wall Street » sur les médias, soit l’équivalent de notre presse CAC 40, avait réussi à détruire entièrement les pratiques et l’éthique de ce métier, réduisant les responsables de journaux à être des cost killers plutôt que des intellectuels, des managers plutôt que des artisans de l’intelligence collective. James Squires, un autre indécrottable paranoïaque sans doute.

Je citerai pour finir sur ce point Robert McChesney, autre spécialiste de ces questions aux Etats-Unis, notamment auteur d’un texte aussi alarmant qu’important paru en 1997, qui s’intitulait « Les géants des médias, une menace pour la démocratie ». McChesney y énonçait la chose suivante, dont on aimerait qu’elle devienne un jour une évidence, au moins pour les gens de bonne volonté: « L’idée que le journalisme puisse en toute impunité présenter régulièrement un produit contraire aux intérêts primordiaux des propriétaires des médias et des annonceurs est dénuée de tout fondement. Elle est absurde ».

2/ Deuxième idée fausse : on ne peut pas se passer de ces grands capitaux privés

Ils ont même sauvé la presse, entend-on ad nauseam, dans la bouche des factoctums qui sont leurs relais dans les médias. Seule l’injection massive de capitaux qu’ils ont pratiquée était en mesure de venir à bout des gouffres financiers créés par le journalisme, corporation inefficace et passéiste. Dans le même ordre d’idées, on vous dira que ça se passe pareil à l’étranger. Regardez les Etats-Unis, voyez Jeff Bezos qui a racheté le Washington Post, impossible de ne pas en passer par là, on vous le dit. Or tout cela est en réalité inexact. Et l’on oublie aussi soigneusement au passage de rappeler que ledit patron d’Amazon a commencé à s’intéresser au vénérable Post quand il s’est trouvé dans le viseur de l’administration fédérale, autant pour sa sale manie de contourner l’impôt, qu’en raison des pratiques monopolistiques de sa compagnie.

L’irruption d’Internet, de Google et autres Gafas, a bien sûr changé les équilibres financiers de la presse, c’est une évidence. Mais elle n’a pas créé les problèmes financiers de la presse. Il faut en avoir conscience, le financement a toujours été un problème pour cette dernière : le web n’a rien introduit de nouveau sur ce point, contrairement à ce qu’on tente de faire croire au public pour justifier l’injustifiable, à savoir le contrôle intégral de l’espace public par de grands conglomérats. Ainsi « l’Humanité » fondée en 1904 avait déjà des problèmes d’argent, et plus tard, aux lendemains de la guerre, « Le Monde » et « Combat » connurent eux aussi régulièrement de très mauvaises passes financières. Leurs fondateurs allèrent-ils pour autant se jeter aux pieds des grands industriels, tendirent-ils la sébile auprès de banquiers d’affaires déjà à l’affût de leur dépouille ? Evidemment non, je les citerai sur ce point. Jaurès au sujet de « l’Humanité » : « Toute notre tentative serait vaine si l’entière indépendance du journal n’était pas assurée et s’il pouvait être livré, par des difficultés financières à des influences occultes ». Notons au passage que celui-ci, pour qualifier les intérêts industriels pesant sur la presse parlait « d’influences occultes ». Sans doute Jaurès était-il la proie de tentations complotistes, écrirait aujourd’hui le directeur du Monde. Mais l’on pourrait aussi citer Hubert Beuve-Méry, exactement dans la même veine, cinquante ans plus tard: « Bien que les journaux ne soient pas toujours prospères, tant s’en faut, l’argent sous une forme ou sous une autre, ne cesse d’affluer. Comment expliquer que tant de gens aient tant d’argent à perdre, et d’où peut donc provenir cet argent ? ». On sent également derrière cette dernière formule interrogative une forte pente au complotisme le plus débridé, soupçonneraient aujourd’hui les nouveaux responsables de son propre journal.

Ainsi, si les géants des télécoms, Xavier Niel et Patrick Drahi, ont désormais élu pour terrain de jeu les médias depuis les années 2010, ce n’est pas parce qu’eux seuls étaient en état de supporter les coûts soi-disant astronomiques de la presse. C’est parce qu’ils y avaient un intérêt stratégique majeur, et que, avec la complicité du pouvoir politique, et à la faveur d’un affaiblissement de la culture démocratique chez les journalistes autant que chez les citoyens, ils ont commis un véritable raid sur la circulation des opinions dans notre pays. Là encore, tournons nos regards vers les Etats-Unis, où les géants des télécoms comptent également parmi les groupes de pression les plus redoutés et les plus influents de tous ceux qui cherchent à avoir les faveurs du Capitole. Une fois encore, je le répète, nous vivons avec vingt ans de retard le désastre du journalisme américain, et nous en franchissons patiemment toutes les étapes, commettant les mêmes erreurs.

Dernière remarque sur cette affaire de financement. Pour ce qui est de la faisabilité de lancer un titre sans ces magnats des télécoms, du béton ou de la banque d’affaires, nul besoin d’épiloguer davantage. Après tout, la création d’entreprises de presse en ligne comme Mediapart, devenu en moins de dix ans l’une des plus lucratives et actives rédactions du pays, est de facto une preuve que le désir des lecteurs peut suffire à faire vivre un titre, même si cela ne va pas sans épreuves. La liberté ne va jamais recréer sans ses propres servitudes.

3/ Troisième idée fausse : critiquer les médias c’est attaquer les personnes

On connaît cette forme de chantage grossier, hélas très commun, j’en rappellerai la teneur. Dès que les médias se voient mis en cause, ils brandissent le rayon paralysant: les journalistes font de leur mieux, certains travaillent très bien, avec les meilleures intentions du monde, si vous persistez à dénoncer agressivement le système de financement des médias, vous aurez des journalistes agressés sur la conscience demain. Variante de l’argument : critiquer les médias, c’est déjà avoir un pied dans le fascisme ou le bolivarisme – vice politique presque plus grave encore.

Ce chantage est inacceptable pour plusieurs raisons.

D’abord, il est pernicieux de faire reposer sur des individus, leur résistance et leur intégrité isolées, le devoir de contrebalancer la puissance de groupes entiers. Quand le CAC 40 a fait main basse sur les médias, quand toutes les chaînes d’informations en continu pesant de tout leur poids sur une présidentielle sont entre les mains d’un Drahi et d’un Bolloré, on ne peut pas se contenter de dire : il y a des petites mains qui travaillent très bien dans leur coin, certains journalistes ont une vraie éthique, il n’y a pas que des idiots utiles ou des vendus. Nul n’en doute à vrai dire, mais ce n’est pas la question. On ne peut pas tabler sur l’héroïsme ordinaire d’un salarié, si tant est qu’il soit praticable, pour aller à l’encontre de l’orientation politique générale de ses employeurs, supérieurs hiérarchiques et autres bailleurs de fond. D’autant moins que les réductions d’effectifs drastiques dans la presse, en dégradant le marché de l’emploi pour les journalistes, ont totalement déséquilibré le rapport de force avec les directions. Là encore, comme aux Etats-Unis dans les années 90, l’autonomie de la profession est en passe d’être détruite par le chantage à l’emploi.

C’est donc au niveau systémique qu’il faut agir, les individus ne peuvent rien seuls contre des forces aussi écrasantes. Une poignée de journalistes, même de valeur, est nécessairement impuissante face à la marée montante de leurs confrères qui, eux, acceptent les règles du jeu, et produisent un journalisme insipide défendant les intérêts de l’oligarchie. Tout au plus cette petite poignée de gens à la sensibilité politique différente peut-elle ponctuellement servir d’alibi, mais elle est en réalité toujours maintenue dans la position du minoritaire. Or, par définition, un alibi ne débloque jamais le système. Tout au contraire, il sert de force d’ajustement pour empêcher que le système ne soit un jour débloqué.

Ensuite, ce sont précisément dans les pays où l’on a laissé la culture démocratique se dégrader constamment, que les journalistes se voient aujourd’hui emprisonnés, comme en Turquie, victimes « d’agressions de rue », comme on dit pudiquement en Russie, voire d’assassinats. C’est justement dans les pays où le despotisme de l’argent et de l’Etat a à ce point gagné la bataille qu’il n’a plus rien à redouter de la justice, que ces choses-là arrivent. A l’inverse de ce qu’on nous raconte pour dissuader toute critique, c’est donc précisément afin de garantir à l’avenir la sécurité des personnes qu’il faut se battre aujourd’hui pour sauver l’indépendance des médias.

 4/ Quatrième idée fausse : la diversité existe, « les médias » ça n’existe pas

Combien de personnes pour vous dire hardiment, et parfois même de bonne foi : on peut tout de même choisir entre « le Figaro », « les Echos » ou « Libération », et leurs lignes ne sont pas les mêmes, voyons ! Ou encore : « Moi je pioche ici et là, je fais mon marché à différentes sources, je suis informé de manière tout à fait pluraliste ». Les mêmes vous diront généralement qu’ils le sont au demeurant gratuitement. Et les journalistes d’abonder : « les médias » en soi ça n’existe pas, entre autres bla-blas. Evidemment c’est illusoire là encore. Il y a même ici plusieurs erreurs encastrées l’une dans l’autre à vrai dire.

Première remarque à ce sujet : si vous ne payez pas, c’est que quelqu’un d’autre, quelque part, paye à votre place pour que vous ayez ce que vous lisez sous le nez, et il s’agit généralement d’annonceurs. Or les annonceurs ont tendanciellement les mêmes intérêts politico-oligarchiques que les actionnaires des médias. Donc il se trouve qu’en vous informant uniquement à l’oeil, non seulement vous détruisez les chances de survie d’un journalisme de qualité, mais en plus vous contribuez à renforcer l’homogénéité idéologique de l’information produite.

Plus généralement, lorsque les médias appartiennent à des groupes d’affaires, il existe toutes sortes de sujets sur lesquels leur communauté de vue est totale. Sur la loi Travail XXL par exemple, vous n’aurez pas de vision différente si vous lisez les « Echos » de Bernard Arnault, ou « le Figaro » de Serge Dassault, ou « L’Obs » de Monsieur Niel, ou « le Point » de Monsieur Pinault, hebdomadaire de la droite libérale dont l’un des éditoriaux de rentrée commençait par la phrase suivante : « Emmanuel Macron est notre dernier espoir ». Tous propagent comme par enchantement les mêmes idées quand la restriction du droit des salariés et le montant des dividendes actionnarial est en jeu. L’existence même d’un phénomène politique comme Emmanuel Macron, véritable media darling de toute cette presse CAC 40 pendant la présidentielle, prouve que ce qu’on appelle la « diversité » idéologique de ces titres est bidon. La possibilité même de quelque chose comme le macronisme a révélé la vérité définitive sur cette affaire : la droite LR et la gauche PS étaient en réalité deux factions d’un même « parti des affaires » qui vient officiellement de se réunifier.

On pourrait bien sûr citer d’autres exemples que celui de la réforme du code du travail pour illustrer le fait que, via leurs médias, les milieux d’affaires réussissent à vitrifier l’opinion publique sur certains sujets cruciaux lorsqu’ils le veulent. Ainsi en France après 2005, on a assisté à une neutralisation complète de la question européenne après le référendum, où le peuple s’était pourtant prononcé clairement. L’euroscepticisme, invariablement criminalisé dans l’ensemble des médias, a rendu cette discussion entièrement « taboue » dans le débat public, au mépris de la démocratie la plus élémentaire. C’est la raison pour laquelle lorsque, participant à certains plateaux de télévision, vous entendez des journalistes entièrement ventriloqués par ces mêmes milieux CAC 40, aller jusqu’à remettre en question l’idée d’un « système » médiatique, et qualifier bien sûr au passage cette représentation de « complotiste », il y a là de quoi rire longtemps, et même très longtemps.

Autre argument fréquemment entendu pour ménager l’idée de pluralité et démentir le fait que les journalistes pencheraient systématiquement du côté de la ligne néolibérale de leurs actionnaires… L’idée selon laquelle les journalistes seraient plutôt spontanément rebelles à l’ordre établi. L’idée selon laquelle les journalistes auraient des affinités électives « de gauche », et seraient notoirement « liberals » comme on dit aux Etats-Unis. Ce point est important, car il constitue également un verrou très puissant du système. La perversité de la chose c’est bien sûr de faire mine de confondre les opinions sociétalement de gauche, mollement pro-migrants, favorables aux libertés publiques, ou encore gay friendly, et les opinions politiquement de gauche, anticapitalistes, « radicals » comme on dit aux Etats-Unis.

Les premières ne gênent en rien l’actionnariat, qui aura plutôt tendance à les encourager. Cette comédie du journalisme spontanément « de gauche » est même nécessaire à la bonne marche du système. Elle fournit en effet, je citerai une fois encore Robert McChesney sur ce point, l’apparente « preuve de l’existence d’une opposition loyale ». L’illusion qu’il existe encore un journalisme combatif, animé par de puissantes valeurs démocratiques. Ainsi a-t-on pu voir au cours de l’été 2017 pas moins de 20 sociétés des rédacteurs, parmi lesquelles les plus macroniennes d’entre toutes, s’assembler bruyamment pour se plaindre du fait que l’Elysée entendait désormais choisir les reporters embedded avec le Président Macron. Quels maquisards ! Quelle prise de risque ! Il fallait certes le faire, marquer le coup, mais typiquement c’est le genre de posture qui non seulement ne nuit en rien au système général, mais induit à tort l’idée que les journalistes restent des vigies de la démocratie. Je laisserai chacun juge de la réalité sur ce point.

Dans le même esprit qui prête aux journalistes des médias mainstream une vision culturellement « de gauche » sur le plan des libertés publiques, vous trouverez bien sûr aussi toute la droite dure, leurs trolls et leurs pantins médiatiques, qui voient derrière chaque journaliste, homme ou femme, une « gauchiasse » ou une « journalope », oeuvrant dans les « merdias » contre les intérêts supérieurs de la nation. Chacun a déjà croisé ce vocabulaire délicieux sur les réseaux sociaux. Evidemment, il s’agit là encore d’un leurre complet. Dans cette affaire, la droite extrême joue ni plus ni moins que le rôle « d’idiote utile » du milieu des affaires. Ainsi les Zemmour, Finkielkraut ou les Elisabeth Lévy vous expliqueront que tous les journalistes sont de gauche. Ce n’est même pas un mensonge dans leur bouche. C’est une croyance qu’ils ont. Une persistance rétinienne, résistant à toute expérience. Il est vrai que, vu du Sirius réactionnaire, toute personne qui ne milite pas pour jeter les Arabes à la mer est à mettre dans la catégorie « gauchiasse ». De Jean-Luc Mélenchon à Pierre Arditi en passant par Harlem Désir, le monde est ainsi peuplé de « gauchiasses ». Sauf qu’il est bien évidemment grotesque de soutenir en 2017 que la population journalistique penche massivement à gauche.

Bien au contraire, on ne compte quasiment plus aucun journaliste « radical » au sens américain dans ce pays. Ils ont tous été éliminés, placardisés, et l’on trouve même toutes sortes de tricoteuses sur les réseaux sociaux pour trouver ça parfaitement normal puisque ce sont, je cite, des « extrémistes ». Cette affaire de journalistes aux humeurs spontanément « de gauche » est donc une commode imposture, qui arrange en réalité beaucoup de monde. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si beaucoup de salariés de la presse la plus néolibérale exhibent fièrement ces insultes comme une légion d’honneur sur les réseaux sociaux – retweetant même frénétiquement la moindre injure à eux adressée par le plus insignifiant troll lepéniste. Cette comédie flatte leur amour-propre et, au passage, protège leurs actionnaires.

5/ Cinquième idée fausse : les journalistes doivent être neutres

C’est le premier commandement enseigné dans les écoles de journalisme. Au harem des idées, le journaliste est nécessairement cantonné dans le rôle de l’eunuque. Il doit rester neutre. Sinon c’est un militant, et ce n’est pas bon pour son avancement, pas du tout même. Militant, ça sent le couteau entre les dents, l’intransigeance, voire l’agenda secret. Si le journaliste a des combats, ça ne peut donc être soit que de grandes généralités concernant les libertés publiques, qui souvent hélas ne mangent pas de pain, soit le fact checking compulsif qui tient trop souvent lieu de seule colonne vertébrale aujourd’hui à la profession, de « Décodeurs » en « Désintox ». Entre les deux, on observe un véritable trou noir des combats admissibles. Alors ce point-là est évidemment très important. Et mon propos ne sera pas en la matière de renvoyer chacun à « sa » vérité, ou à sa commune absence d’objectivité. D’abord parce que la vérité est une, factuellement parlant, il faut tout de même partir de là. Ensuite parce que c’est un très mauvais angle d’attaque sur cette question. Ce dont il faut se convaincre, au contraire, c’est que l’on peut à la fois respecter scrupuleusement les faits et avoir des combats véritables. On met dans la tête du public et des journalistes en formation que c’est inconciliable, qu’engagement et scrupule factuel sont incompatibles. Mais ce puissant verrou mental-là, il faut le faire sauter d’urgence justement. Seule notre presse contemporaine, revenue peu à peu dans le poing du capital depuis la Libération, tend à rendre ces deux choses inconciliables.

J’en appellerai à nouveau sur ce point au Jaurès de « l’Humanité ». Ce qui frappe en relisant son premier éditorial, c’est de quelle façon sa très haute conception du journalisme nouait le souci de l’exactitude factuelle à la radicalité de l’engagement, sans que les deux choses apparaissent nullement comme contradictoires. Extrait : « La grande cause socialiste et prolétarienne n’a besoin ni du mensonge, ni du demi-mensonge, ni des informations tendancieuses, ni des nouvelles forcées ou tronquées, ni des procédés obliques ou calomnieux. Elle n’a besoin ni qu’on diminue et rabaisse injustement les adversaires, ni qu’on mutile les faits. Il n’y a que les classes en décadence qui ont peur de toute la vérité. » Il n’y a que les classes en décadence en effet qui diabolisent les adversaires, qui trafiquent la vérité continûment sous couvert de chasse aux fake news, qui parlent Venezuela quand on leur parle droit du travail. Ce texte d’il y a plus de cent ans devrait être une source d’inspiration constante, aux antipodes de l’idéologie journalistique contemporaine qui revendique à l’inverse une neutralité absolue, une absence totale d’engagement partisan. La chose dissimulant au demeurant le plus souvent la mise en place d’un contrôle politique violent.

Je terminerai sur ce point en rappelant que cette idéologie de la neutralité a une histoire qui est consubstantielle à celle de la presse sous perfusion capitalistique. Aux Etats-Unis, elle naît avec les écoles de journalisme, et cela dès les années 1920. Le journaliste professionnel diplômé est censé acquérir un système parfaitement « neutre » de valeurs – mais évidemment, la grande maestria de ces écoles, c’est d’arriver à faire passer les médias « capitalistes friendly » pour la seule source objective, et de leur fournir au passage les petits soldats adéquats à cette tâche. Il faut observer que ce journalisme-là a pleinement et activement contribué à la dépolitisation entière de la société américaine. Lorsque vous videz de tout contenu politique un journal télévisé, par exemple, vous le rendez ennuyeux et indéchiffrable, simple litanie d’anecdotes sans intérêt ni sens quelconque.

Notons aussi, pour finir, qu’en période de mobilisation guerrière aux Etats-Unis, prenons par exemple le cas de la première Guerre du Golfe ou celui de l’invasion de l’Irak en 2003, on a pu voir de quel genre de respect viscéral des faits le journalisme « neutre » et strictement « objectif » était en réalité animé.

6/ Sixième idée fausse : les journaux sont par définition des forces démocratiques, à défendre quoiqu’il arrive

Sinon c’est le Venezuela où l’on ferme des médias, sinon c’est le trumpisme où un Président injurie des éditorialistes, sinon c’est le poutinisme où l’on retrouve des journalistes morts dans leur cage d’escalier. Cette vision-là d’un journalisme « rempart de la démocratie » s’avère très utile pour couvrir toutes sortes de méfaits des médias dans des pays où les journalistes ne risquent nullement leur peau. Il s’agit vraiment d’un bouclier en carton, un peu obscène même car se cacher derrière des cadavres et des héros quand on ne risque rien est d’une obscénité avérée, mais redoutablement efficace. On l’utilise beaucoup contre la « France Insoumise » en ce moment, qui se serait rendue coupable d’attaques verbales innommables contre les lanceurs d’alerte nés que sont les journalistes français. L’un des rares programmes de la présidentielle à avoir proposé une refonte démocratique ambitieuse de tout le système des médias*, plutôt que de se borner à réclamer le pansement des chartes éthiques sur la jambe de bois des médias corporate, eh bien c’est justement ce programme-là, celui de la « France Insoumise », que l’ensemble la presse perfusée au CAC 40 a présenté comme potentiellement liberticide et menaçant. Ce retournement-là, aussi stupéfiant qu’il soit, est très classique en fait, là encore l’exemple américain nous précède.

Ainsi les journaux, quoiqu’ils fassent ou disent, revendiquent le statut de remparts démocratiques. L’expérience montre pourtant, à l’inverse, qu’ils peuvent ponctuellement devenir exactement l’inverse. A savoir de véritables nuisances démocratiques. Mais là encore, le mythe perdure, le public ayant soigneusement été entretenu dans cette idée depuis de longues années. Ainsi la majorité de la population croit-elle encore en l’existence d’une « presse libre ». Elle n’est presque jamais exposée dans l’espace public à un discours qui, au-delà de quelques attaques ad hominem contre certains éditorialistes, lui montre que l’information est faussée à la source par sa mise sous tutelle financière. En contribuant à décomposer l’espace public, ces médias-là préparent pourtant le terrain à de futures violences politiques. J’achèverai ce sixième point par une remarque de Noam Chomsky qu’il ne faut jamais perdre de vue, quand on essaie de se rassurer à peu de frais sur l’innocuité de la presse : « La propagande est à la société démocratique ce que la matraque est à l’Etat totalitaire. » Lorsqu’une presse démocratique verse ouvertement dans la propagande, il n’y a donc aucune raison de ne pas en mener la critique impitoyable.

7/ Septième et dernière idée fausse : les médias ne peuvent pas grand-chose

Lorsqu’un éditocrate est totalement acculé, c’est généralement la dernière cartouche qu’il tire. Arrêtez avec « les médias » ! Les gens, on ne peut pas leur mettre n’importe quoi dans le crâne. Ils ont « leur libre arbitre » comme le disait un matin avec solennité la responsable de la revue de presse de France Inter, peu après l’élection de Macron. Là encore c’est du complotisme voyons, d’ailleurs « les médias » ça n’existe pas, et puis les médias vous le savez bien, ils sont très divers, et caetera, et caetera, et caetera. Evidemment, on reconnaîtra synthétisées ici, dans cette seule idée, toutes les idées fausses précédemment passées en revue.

Quel sens cela peut-il avoir pourtant de parler de « libre arbitre » pour des individus isolés qui subissent un tel tapis de bombes ? Où trouver les informations pour exercer son discernement quand de tels flux d’opinions vous sont infligés à de si hautes doses? Il existe certes une grande conscience chez toutes sortes de gens de la menace que fait peser sur leurs libertés un espace public dévitalisé, manœuvré en coulisses par toutes sortes de grandes fortunes du CAC 40 déguisées en philanthropes. Beaucoup plus que chez certains journalistes hélas. Mais au point où nous en sommes, cela ne suffit plus.

Abreuvés de rasades entières de mensonges, et de communication politique, les gens sont en proie à un sentiment d’immense découragement. Beaucoup retournent donc à leur « petite affaire » pour reprendre les mots de Gilles Deleuze (2), et tournent purement et simplement le dos à la politique. C’est ainsi que cinquante ans de luttes sociales peuvent se trouver arasées en un été, la machine médiatique étant là en appoint pour administrer une immense péridurale au pays, à base de boucles de langage vidées de sens, et autres héroïsation d’une fonction présidentielle en réalité dépassée. L’élection de Macron a donné le sentiment à beaucoup, en grandeur nature, de se trouver pris dans une gigantesque souricière. En amont les médias ont expliqué qu’il n’y avait d’autre choix possible que Macron, et qu’il serait antidémocratique de ne pas voter pour lui. En aval les médias ont expliqué qu’il n’y avait rien à faire contre les mesures de Macron, qu’il les avait au demeurant annoncées sans ambiguïté avant son élection, et qu’il serait donc antidémocratique de lutter contre elles. Donc oui les médias peuvent beaucoup, et même tout en réalité quand il s’agit de décourager les gens. Et oui, la presse indépendante peut un jour entièrement disparaître. Pas seulement parce qu’un Etat autoritaire fermerait les médias. Mais parce qu’une démocratie aurait laissé sa presse entièrement dévorée par les intérêts privés. Nous pouvons un jour tomber dans un coma semblable à celui des Etats-Unis. Être un journaliste ou un intellectuel de gauche là-bas ne relève même pas de l’héroïsme, plutôt de l’excentricité sans conséquence politique. Il est très difficile de ressusciter un espace intellectuel démocratique quand il a été entièrement dévasté, mieux vaut faire en sorte qu’il ne meure jamais. Il est grand temps.

Aude Lancelin | 11 octobre 2017

Ce texte est une version augmentée de l’intervention prononcée le 13 septembre 2017 au colloque « Penser l’émancipation », qui s’est tenu à l’université de Vincennes, sur le thème : « Médias, la nouvelle trahison des clercs ». Merci aux organisateurs de la revue Période.

 Notes

(1) “Read all about it ! The corporate takeover of America’s newspapers”, par James D. Squires, Random House (non traduit en français).

(2) ”L’Abécédaire”, par Gilles Deleuze et Claire Parnet, téléfilm produit par Pierre-André Boutang.

Source: https://audelancelin.com/2017/10/11/sept-idees-fausses-sur-les-medias/amp/

http://arretsurinfo.ch/sept-idees-fausses-sur-les-medias/


*"L’un des rares programmes de la présidentielle à avoir proposé une refonte démocratique ambitieuse de tout le système des médias", l'autre étant bien sûr le celui du candidat de l'Union populaire républicaine, qui, lui, contrairement à d'autres, n'a eu pratiquement aucun accès aux médias, sauf pendant la période dite d'"égalité du temps de parole", puisqu'on ne pouvait faire autrement, et ce sous forme caricaturale. Précisons que depuis l'élection, plus aucun média "CAC 40" ne lui donne la parole.

LOGO FL A5Cela étant, le prisme "de gauche radicale" de l'ensemble de l'article n'enlève rien à la force des arguments présentés ici. D'autant que l'auteur a la décence de mentionner le traitement de la question européenne, même si on aurait aimé des développements sur ledit traitement...

Nous pensons pour notre part que le traitement des questions économiques et celui de la question européenne sont consubstantiellement liés. Ce qui explique de mon point de vue pourquoi Jean- Luc Mélanchon, ou Marine Le Pen, disposent d'une tribune, quitte à être descendus en flèche, et pas François Asselineau, qui fait le lien, justement.

P.G.

mercredi 18 octobre 2017

Uber über alles !

La revue Eléments mérite vraiment qu’on en parle.

ARG ELEMENTS ROBOTSMieux, elle mérite d’être lue, partagée, et relue. Collectionnée peut-être. Alain de Benoist, le philosophe anarchiste*, bon bougre et mauvais coucheur, qui veille sur sa destinée et y produit tous les deux mois des éditos vengeurs et des articles ravageurs (et vice versa), a bien voulu répondre à quelques questions à peine orientées, suscitées par le solide dossier du dernier numéro sur l’ubérisation à marches forcées à laquelle on soumet aujourd’hui la société française mondialisée, et qui nous prépare de jolis lendemains qui chanteront faux.

Jean-Paul Brighelli. Voilà que vous détournez le « grand remplacement » ethnique cher à Renaud Camus par un « grand remplacement » économique : l’ubérisation de l’ensemble des sociétés libérales — française, entre autres. Pouvez-vous expliquer en quoi consiste cette mutation ?

Alain de Benoist. Le « grand remplacement économique », ce n’est pas tant l’ubérisation que le remplacement de l’homme par la machine, voire par l’intelligence artificielle, à laquelle conduit l’évolution même du travail, évolution dont l’ubérisation ne représente qu’un aspect.

« On l’oublie trop souvent : le capitalisme, ce n’est pas seulement le capital, c’est également le salariat. C’est aussi le système qui repose sur la force de travail, base de la valorisation du capital, et la transformation du travail concret en travail abstrait, concomitante de la transformation de la valeur d’usage en valeur d’échange. La transsubstantiation du travail en argent, puis de l’argent en capital, produit l’autovalorisation de la valeur. Le travail au sens moderne est une catégorie capitaliste. La généralisation du salariat fut une révolution silencieuse, mais une mutation énorme. Hier on avait un métier, aujourd’hui on cherche un emploi. Le métier et l’emploi, ce n’est pas la même chose. L’avènement du marché où l’on peut vendre et acheter contre salaire de la force de travail implique à la fois la destruction des anciennes formes sociales et la séparation du travailleur d’avec les moyens de production.

« La contradiction principale à laquelle se heurte aujourd’hui le capitalisme est directement liée à l’évolution de la productivité. Cette contradiction est la suivante. D’un côté, le capital recherche en permanence des gains de productivité lui permettant de faire face à la concurrence, ce qui entraîne des suppressions d’emploi et une diminution du temps de travail global (on produit de plus en plus de choses avec de moins en moins d’hommes). De l’autre, il pose le temps de travail comme seule source et seule mesure de la valeur. La contradiction tient au fait que les gains de productivité aboutissent à supprimer des emplois, alors que c’est justement la forme « emploi » qui a permis au travail d’être le moteur de l’expansion du capital. La contradiction entre le marché actuel du travail et la production réelle de survaleur fait que le système capitaliste est aujourd’hui menacé, non pas seulement d’une baisse tendancielle du taux de profit, mais d’une dévalorisation généralisée de la valeur.

« Avec la révolution informatique et le développement de la robotique, la production de richesses se découple par ailleurs toujours davantage de la force de travail humaine, et pour la première fois on supprime davantage de travail qu’on ne peut en réabsorber par l’extension des marchés.

« L’argument libéral classique est de dire que tout cela n’a rien de nouveau, que le progrès technique a toujours détruit des emplois, mais qu’il en a créé d’autres. On cite l’exemple de la révolte des canuts lyonnais contre les métiers à tisser, celui des luddites anglais ou celui des tisserands silésiens de 1844. On rappelle aussi la façon dont les emplois du secteur tertiaire ont remplacé ceux des secteurs primaire et secondaire. C’est oublier qu’aujourd’hui tous les emplois ne sont pas substituables, et qu’ils le sont même de moins en moins compte tenu de l’importance prise par les connaissances et de l’inégale distribution des capacités cognitives. Si dans le passé un paysan a pu se reconvertir en ouvrier sans grand problème, un ouvrier du bâtiment aura beaucoup plus de mal à se reconvertir en programmateur informatique. C’est pourquoi la robotique détruit aujourd’hui plus d’emplois qu’elle n’en crée.

« Mais c’est oublier surtout que nous sommes en train de sortir de l’époque où les machines faisaient les choses aussi bien que l’homme pour entrer dans celle où les machines font beaucoup mieux. Cela change tout, car cela signifie que les machines peuvent désormais entrer en compétition avec des fonctions qui ne sont plus seulement manuelles ou répétitives, ce qui pose le problème de la décision : la machine est mieux placée pour décider puisqu’elle peut traiter mieux qu’un humain les informations dont elle dispose. C’est ce qu’avaient déjà biens vu Hannah Arendt et Günther Anders. Voilà pour le « grand remplacement » !

JPB. Vous reprenez le terme de « précariat », introduit en économie alternative par des alter-mondialistes et des anarchistes (italiens à l’origine) à la fin des années 1970 — quelques années à peine après le départ de la crise structurelle dont se nourrit depuis cette époque le libéralisme. En quoi consiste-t-il ?

AdB. La précarité, aujourd’hui, tout le monde la constate autour de soi. Face à la montée d’un chômage devenu structurel (et non plus seulement conjoncturel), la tendance actuelle, parallèlement au remplacement des activités productives par des emplois inutiles, qui sont en dernière analyse des emplois de contrôle, destinés à désamorcer les velléités de révolte sociale[1], est de chercher à diminuer le chômage en augmentant la précarité. C’est la mise en application du principe libéral : « Mieux vaut un mauvais travail que pas de travail du tout ». D’où l’idée de « flexi-sécurité », qu’il faut comprendre ainsi : la flexibilité c’est pour tout de suite, pour la sécurité on verra plus tard. Le refrain mille fois répété par le Medef est bien connu : plus on pourra licencier facilement, moins on hésitera à embaucher. Mais comment expliquer alors que la précarité ait constamment progressé en même temps que le chômage ?

« C’est cette montée de la précarité qui a abouti en Angleterre à la multiplication des « travailleurs pauvres » (working poors) et aux contrats « à zéro heure » (on en compte aujourd’hui plus de 1, 4 million), et en Allemagne, depuis les réformes Harz, aux « minijobs » (450 euros sans cotisations et sans couverture sociale) qui, en 2013, concernaient 7 millions de travailleurs, soit près de 20% de la population allemande active, parmi lesquels un grand nombre de retraités.

« Mais la précarisation, c’est aussi de façon beaucoup plus générale la destruction de tout ce qui dans le passé était solide et durable, et se trouve aujourd’hui remplacé par de l’éphémère et du transitoire. Dans ce que Zygmunt Bauman a très justement appelé la société liquide, tout est à la fois liquéfié et liquidé. Que ce soit dans le domaine professionnel, sentimental, sexuel, éducatif, politique, social ou autre, nous vivons à l’ère du zapping : on « zappe » d’un partenaire à l’autre, d’un métier à l’autre, d’un parti politique à l’autre, comme on « zappe » d’une chaîne de télévision à une autre. Et dans tous les cas, le changement n’aboutit qu’à donner le spectacle du même. On est toujours déçu parce que, sous diverses guises, c’est toujours le même chose qui se donne à voir. L’idéologie du progrès joue évidemment son rôle : avant, par définition, c’était moins bien. Le politiquement correct (qu’il vaudrait mieux appeler l’idéologiquement conforme) joue le sien : en transformant les mots, la « novlangue » transforme les pensées. L’individualisme ambiant fait le reste.

JPB. Un chauffeur de taxi « ubérisé » gagne fort mal sa vie, en moyenne. Serait-ce là l’un de ces « bullshit jobs » nommés pour la première fois par David Graeber pour désigner des « boulots à la con » dans la sphère administrative (privée ou publique) et désormais étendus à l’ensemble de la sphère économique ? À une époque où les employés des grandes surfaces ne sont plus jamais embauchés à temps plein, afin de les tenir en laisse en les faisant vivre avec 800 euros par mois, où un prof débutant touche après 5 à 6 ans d’études 1400 euros par mois, en quoi la précarité concertée est-elle la solution la plus adaptée trouvée par le néo-libéralisme contemporain ?

AdB. Les promesses du « travail indépendant » (l’« ubérisation » de la société) sont de leur côté trompeuses, car la précarité y est la règle plus encore que dans le salariat. Dans le monde post-industriel, qui privilégie les connaissances plus que les machines, chacun se voit convié à « devenir sa propre entreprise » (à être « entrepreneur de soi-même ») pour valoriser ses « actifs incorporels », quitte pour les anciens salariés à devenir des travailleurs multitâches, courant d’une activité à l’autre, cherchant de nouveaux clients tout en s’improvisant juristes ou comptables. L’ubérisation n’est alors qu’un nouveau nom de la parcellisation et de l’atomisation du travail. La précarité devient la règle, car les résultats recherchés se situent sur un horizon de temps de plus en plus court. Plus que jamais, on perd sa vie en tentant de la gagner.
« Sous couvert de « flexibilité » on recherche des hommes taillables et corvéables à merci, qui doivent sans cesse s’adapter aux exigences d’une économie dont on estime qu’ils doivent être les serviteurs, sinon les esclaves. La généralisation de la précarité, c’est l’avènement de l’homme substituable, interchangeable, flexible, mobile, jetable. C’est l’entière réduction de la personne à sa force de travail, c’est-à-dire à cette part de lui-même qui peut être traitée comme une marchandise. C’est la soumission à l’impératif de rendement, la vente de soi s’étendant à tous les aspects de l’existence.

JPB. Sur l’ensemble du dossier présenté par votre revue, je vous trouve terriblement marxiste — « le facteur économique est bien déterminant en dernière instance ». Peut-on cependant tisser un lien entre la réalité économique à laquelle on est en train de convertir l’ensemble de l’économie mondialisée, et l’homo festivus inventé par Philippe Muray ? Ou si vous préférez, dans quelle mesure l’ubérisation tous azimuts se conforte-t-elle de la société du spectacle — et vice versa ?

AdB. Pas du tout marxiste, mais marxien pourquoi pas ! Deux cents ans après sa naissance, il serait peut-être temps de lire Marx en étant capable de faire le tri entre les nombreuses facettes de sa pensée – en oubliant les « marxismes » et les « antimarxismes » qui n’ont fait qu’accumuler les contresens sur son œuvre. La philosophie de l’histoire de Marx est assez faible, mais il n’y a pas besoin d’être marxiste pour constater, avec lui, que notre époque est tout entière plongée dans les « eaux glacées du calcul égoïste ». Marx est à la fois l’héritier d’Aristote et celui de Hegel. Il a tort de ramener toute l’histoire humaine aux luttes de classes, mais il décrit à merveille celles de son temps. Ce qu’il écrit sur le fétichisme de la marchandise, sur la « réification » des rapports sociaux, sur l’essence de la logique du Capital (sa propension à l’illimitation, au « toujours plus », qui n’est pas sans évoquer le Gestell heideggérien), sur la théorie de la valeur, va très au-delà de ce qu’on a généralement retenu chez lui.

« L’homo festivus dont parlait le cher Philippe Muray est en effet comme un poisson dans l’eau dans l’économie libérale aujourd’hui déployée à l’échelle mondiale. L’homo festivus ne cherche pas seulement à faire la fête tout en aspirant à se vider le crâne (il ne faut pas se prendre la tête !) grâce aux mille formes de distraction contemporaine, au sens pascalien du terme. Il est aussi celui qui a remplacé le désir de révolution par la révolution du désir, et qui pense que les pouvoirs publics doivent faire droit, y compris institutionnellement, à toute forme de désir, car c’est en manifestant ses désirs, quels qu’ils soient, que l’homme manifeste pleinement sa nature.

« Cela s’accorde parfaitement à l’idéologie libérale, qui conçoit l’homme comme un être présocial, cherchant à maximiser en permanence son seul intérêt personnel et privé. Comme l’a si bien montré Jean-Claude Michéa, c’est parce que le libéralisme économique et le libéralisme « sociétal » (ou libertaire) sont issus du même socle anthropologique qu’ils ne peuvent à un moment donné que se rejoindre. La société du spectacle, où le vrai n’est plus qu’un moment du faux et où lêtre s’efface totalement derrière le paraître, est le cadre idéal de cette rencontre.

C’est la société de l’aliénation volontaire, qui croit que les rapports sociaux peuvent être régulés seulement par le contrat juridique et l’échange marchand, mais qui ne débouche que sur la guerre de tous contre tous, c’est-à-dire sur le chaos.

JPB. Vous notez qu’Emmanuel Macron est le chantre de cette ubérisation généralisée. Mais comment diable l’a-t-on élu ? Par un malentendu ? Grâce à l’écran de fumée médiatique ? Par un désir profond d’en arriver à un salaire universel garanti (le seul candidat qui le proposait était Benoît Hamon : un hasard ?) qui permettrait de vivoter dans la précarité sans plus poser de problème à un capitalisme financiarisé qui pourrait alors s’épanouir ? Mais alors, qui achètera les merveilleux produits fabriqués demain par les quelques travailleurs encore en exercice et une noria de machines « intelligentes » ? Bref, l’ubérisation serait-elle le premier pas vers la fin du libéralisme — l’ultime contradiction interne du système ?

AdB. Dans une démocratie devenue elle aussi liquide, Macron a su instrumentaliser à son profit l’épuisement du clivage droite-gauche et l’aspiration au « dégagisme » d’un électorat qui ne supportait plus la vieille classe politique. Il a également compris que l’alternance des deux anciens grands partis de gouvernement ne mettait plus en présence que des différences cosmétiques, et que l’heure était venue de les réunir en un seul. C’est ce qui lui a permis de l’emporter avec au premier tour moins d’un quart des suffrages exprimés.

« Macron est avant tout un contre-populiste au tempérament autoritaire et à l’ego hypertrophié. Il reprend à son compte le clivage « conservateurs » contre « progressistes », mais c’est pour choisir la seconde branche de l’alternative : réunir les partisans de l’« ouverture » (en clair : les élites libérales de tous bords) contre les tenants de la « fermeture » (en clair : ceux qui s’opposent, instinctivement ou intellectuellement, à l’idéologie dominante). Contre ceux « d’en bas », il est le représentant de la Caste « d’en haut ». On voit bien aujourd’hui qu’il ne supporte pas qu’on lui résiste, qu’il n’aime pas les corps intermédiaires, qu’il est insensible aux aspirations populaires, qu’il n’a rien à dire à la France qui va mal. A un moment où les classes moyennes, menacées de déclassement et de paupérisation, sont en train de rejoindre les classes populaires, il démontre ainsi son intention de construire une « start up nation », en parfaite conformité avec une religion économique qui exige l’absorption du politique par la gouvernance. Cela augure plutôt mal de l’avenir. »

Alain de Benoist et Jean-Paul Brighelli

http://blog.causeur.fr/bonnetdane/


 

OUTIL LOGO FREXIT LIMOUSIN*"le philosophe anarchiste", voilà une étiquette audacieuse pour Alain de Benoist, qui ne me serait pas venue à l'idée de prime abord...Mais bon, comme je ne cesse de le répéter, les articles sont choisis pour leur intérêt, leur niveau académique, leur apport intellectuel sur des thématiques qui nous intéressent etc, quelles que soient les orientations idéologiques des auteurs, mais ils n'engagent que ceux- ci, dont nous respectons, par principe, le point de vue, dès lors qu'il est argumenté.

Par souci d'honnêteté envers nos lecteurs, surtout ceux qui ne connaîtraient pas cette école de pensée appelée "nouvelle droite" par la bien- pensance officielle, nous recommandons la fiche "wikipedia" d'Alain de Benoist (source qu'on ne pourra pas caractériser comme proche de nous), dont voici un extrait:

Parmi les fondateurs, en 1968, du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (GRECE), principal mouvement du courant que les médias ont baptisé « Nouvelle Droite », il a, entre autres, collaboré aux revues Nouvelle École, Éléments, Krisis (revue qu'il fonde en 1988 et se définissant7 comme « de gauche, de droite, du fond des choses et du milieu du monde », celle-ci pratiquant en effet l'ouverture vers plusieurs courants d'idées et penseurs extérieurs au milieu néodroitier, comme Jean Baudrillard, Régis Debray, Jean-François Kahn ou Michel Jobert, voire engagés au sein de la gauche antilibérale, tels Bernard Langlois et Ignacio Ramonet), ainsi qu'au Figaro magazine, qu'il dut quitter au début des années 1980.

Son livre Vu de droite obtient le grand prix de l'Essai en juin 1978 par l'Académie française.

De 1970 à 1982, il travaille également au Spectacle du Monde, et y collabore de nouveau épisodiquement depuis les années 2000. Alain de Benoist s'est aussi fait connaître en participant à l'émission Panorama sur France Culture de 1980 à 1992.

En 1986, le « chef de file » de la Nouvelle Droite publie Europe, Tiers monde, même combat — dont le bandeau donne à lire : « Décoloniser jusqu'au bout ! » —, ouvrage qui prône le soutien aux luttes pour l'autonomie des peuples du Tiers monde et l'alliance avec celui-ci8 contre l'impérialisme. Une vision déjà en germe dans les écrits antérieurs de l'auteur9 et qui restera la sienne. Pour Christian Savés (du CNRS), Alain de Benoist a en effet conduit une « remarquable entreprise de démystification » de l'« idéologie ethnocidaire de l'Occident10. »[pas clair] Il a par ailleurs été fortement influencé par les penseurs liés à la Révolution conservatrice allemande comme Ernst Jünger et Armin Mohler11."

 


 

[1] " remplacement des activités productives par des emplois inutiles, qui sont en dernière analyse des emplois de contrôle, destinés à désamorcer les velléités de révolte sociale": un des reproches majeurs que l'on peut faire à cette approche plus "marxiste" que "marxienne": une conception strictement utilitaire (et pas seulement en terme de "classes sociales") de l'économie: facile de tomber dans le piège de l'"économisme" sans parfois s'en rendre compte, et c'est de surcroît un point commun avec les libéraux (le "même socle anthropologique", comme dirait Michéa), qui m'a améné personnellement, à prendre mes distances avec ce type d'approche, même si c'est parfaitement valide à un certain niveau. Question bête, c'est quoi, un emploi inutile? Le débat est ouvert, à vos plumes les amis!

P.G.

Pénurie de beurre : les entreprises en danger

Le prix du beurre flambe à cause d’une demande plus importante dans le monde et d’une production en baisse. Cette pénurie a mis au chômage technique des salariés dans plusieurs entreprises.

ARG BEURRELes étals, les chariots, les plans de travail, vides ou presque depuis la rentrée. Alors quand la livraison de beurre arrive le travail peut enfin commencer. Cette entreprise du Cher fabrique des pâtes haut de gamme, feuilletées, sablées, brisées. À cause de cette pénurie de beurre, la majorité des 10 employés est au chômage partiel depuis deux semaines déjà. La perte est nette pour les salariés. Conséquence directe : les clients ne sont plus approvisionnés. En janvier cette boutique parisienne a vendu les 1 500 pâtes livrées par l’entreprise du Cher. Le mois dernier, elle en a reçu tout juste 500.

Des causes multiples

En cause, plusieurs facteurs. La demande internationale pour le lait explose, du coup certaines coopératives exportent et fournissent moins les entreprises françaises. En cause aussi, une moins bonne production l’an dernier, et les éleveurs sont de moins en moins nombreux. Aujourd’hui, l’entreprise de pâte feuilletée François est en danger, comme beaucoup d’autres PME en France qui ont besoin de beurre pour travailler.

http://www.francetvinfo.fr/sante/alimentation/penurie-de-beurre-les-entreprises-en-danger_2419789.html


 

Voir aussi:

Pénurie de beurre dans les épinards… L’énorme mensonge que l’on vous cache !

par | 17 Oct 2017

Le prix du beurre flambe à cause d’une demande plus importante dans le monde et d’une production en baisse. Cette pénurie a mis au chômage technique des salariés dans plusieurs entreprises… Voilà ce que nous explique officiellement France Télévision dans son reportage ci-dessus.

Pourtant, à y regarder de plus près, je ne vois aucune donnée financière, je dis bien aucune qui impliquerait une pénurie de beurre.

Certes les cours du lait montent, mais ils ne sont pas plus élevés qu’il y a 3 ans, et s’il y avait véritablement pénurie de lait alors les prix monteraient beaucoup plus.

Alors question : pourquoi les rayons des supermarchés se vident-ils en beurre ?

À mon sens, les industriels préfèrent tout simplement vendre le beurre à l’étranger car cela rapporte plus.

Vous avez là sous les yeux des rayons vident faute à la “mondialisation” et à la libre circulation des produits.

Vous n’aurez plus de beurre parce qu’il est plus rentable de le vendre ailleurs. Voilà le bilan de politiques économiques absurdes menées depuis des décennies.

Mais on continuera à vous faire vomir le “protectionnisme” en hurlant au fascisme.

Voilà donc les graphiques que je voulais vous montrer et la source c’est le site Web-agri.fr ici.

Des cours du lait qui montent mais qui n’explosent pas… 

Des cours du beurre qui explosent… au niveau international !

Plus grave, ce qu’il se passe avec le beurre aujourd’hui se passera avec la viande, les volailles et tout ce qui constitue votre alimentation quotidienne, car si on laisse le marché totalement libre, y compris pour quelque chose d’aussi essentiel que l’alimentation, alors la nourriture ira forcément aux plus offrants… et vous n’aurez plus rien à manger.

Voici donc un autre signal faible mais réel de la fragilité de notre modèle et qui montre bien que nos systèmes sont au bord de la rupture.

Imaginez… Et si la famine n’était pas qu’un lointain souvenir ?

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/penurie-de-beurre-dans-les-epinards-lenorme-mensonge-que-lon-vous-cache/