mercredi 1 août 2018

Tour de France : sur la route avec les "effaceurs", chargés de repeindre les graffitis gênants sur le bitume

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Voici pourquoi notre campagne pour le Tour de France a bien moins marché cette fois- ci: le gouvernement a fait appel à une société privée pour effacer les slogans, sous l'oeil ravi et avec la complicité des médias de l'oligarchie.  P.G.

ACT FREXIT TOUR DE FRANCE

Avant le passage du peloton (et des caméras), Patrick et Pierre parcourent à bord de leur camionnette le tracé de la Grande Boucle à la recherche d'inscriptions qui pourraient faire polémique pour les recouvrir. Franceinfo a passé une journée à leurs côtés.

Jeudi 19 juillet, 8 heures du matin. Le pied du col mythique de l'Alpe d'Huez, point d'orgue de la 12e étape du Tour de France, s'anime doucement. Quelques heures avant le passage du peloton, des anonymes s'essaient à l'ascension des 21 lacets. D'autres préfèrent la marche. Les supporters entassés dans les caravanes et les tentes se réveillent. Certains sont là depuis plusieurs jours pour trouver le bon spot pour voir les coureurs.

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Patrick et Pierre, eux, sont à pied d'œuvre depuis une bonne heure déjà. Dans leur camionnette siglée Doublet, du nom de la société qui les emploie, ils parcourent le col à la recherche de dessins obscènes, de messages politiques ou d'insultes. Le duo forme ce qu'on appelle l'"ambush" (car ils sont en "embuscade", à l'affût des tags gênants). "Mais on préfère 'effaceurs', c'est plus clair", corrige Patrick, 59 ans. Leur mission : nettoyer les routes de ses graffitis avant le passage de la caravane et des coureurs, grâce à 150 litres de peinture blanche et quelques rouleaux.

De l'art de détourner les graffitis

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"On remonte 100 km avant l'arrivée de l'étape en montagne et seulement 60 en plaine, puis on repart en sens inverse pour effacer les nouvelles inscriptions. Car on n'est pas à l'abri que les gens repeignent derrière nous", explique Patrick, un "effaceur" aguerri. Sous ses pinceaux, un tag "EPO" devient "888". Ni vu, ni connu. "On ajoute quelques traits, c'est facile", s'amuse-t-il. Ce Nordiste, passionné de vélo, cousin de l'ancien coureur Laurent Desbiens, n'en revient pas : c'est la première fois en huit ans sur la Grande Boucle que sa mission jouit d'une telle notoriété.

En lui réservant trois pages dans son édition annuelle, le magazine Pédale ! a mis en lumière ce rôle de l'ombre. Une publicité dont il se serait bien passé. "L'article nous a fait passer uniquement pour des 'effaceurs' de sexe, or ce n'est pas que cela", s'agace-t-il. D'ailleurs, en ce jour d'étape-reine dans les Alpes, Patrick et Pierre ne dissimuleront qu'un seul dessin de pénis dans les virages de l'Alpe d'Huez. Ils font parfois preuve d'originalité pour détourner les tags.

"Ça ne sert à rien de s'engueuler"

Pour Pierre, son accolyte, ce Tour de France est le premier. Et dix jours après le départ, ce Belge de 39 ans, féru de petite reine, ne souhaite qu'une chose : "Revenir l'année prochaine." Pour les deux hommes, ces trois semaines sont une parenthèse enchantée, malgré leur mission répétitive. "Ma plus grande joie, c'est de recevoir le mail en janvier où l'on me propose de faire le Tour", confie Patrick, croque-mort à Templeuve (Nord) le reste de l'année. "Onze mois par an, je travaille avec des gens allongés. Pendant un mois, je suis avec des bons vivants."

Pierre, 39 ans, vit son premier Tour de France en tant qu\'\"effaceur\".Pierre, 39 ans, vit son premier Tour de France en tant qu'"effaceur". (FRANCEINFO)

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Dans les lacets du col de la Croix de Fer, ils repèrent un partisan de François Asselineau, président de l'Union populaire républicaine (UPR), en train de blanchir le bitume. "On s'arrêtera au retour, ça ne sert à rien de s'engueuler maintenant", tranche Patrick. Le duo fait son travail en tâchant d'éviter la confrontation avec le public. En huit ans, l'agent funéraire ne se souvient que d'une seule mésaventure avec un supporter mécontent de voir son graffiti effacé. "C'était avec un Basque dans les Pyrénées, se rappelle-t-il. Le pot de peinture a terminé sur mes chaussures."

Messages grivois, politiques et insultants

"La plupart du temps, les gens nous remercient et nous applaudissent", assure-t-il. Au restaurant situé dans la descente du col de la Croix de Fer, la serveuse se montre reconnaissante des coups de pinceaux du duo sur des inscriptions à la gloire du micro-parti de François Asselineau et du "Frexit" (la sortie de la France de l'Union européenne). Mais quand il faut choisir entre effacer le nom de Marine Le Pen ou celui du président de l'UPR, c'est la première qui gagne. "Lui, peu de gens le connaissent. Marine Le Pen, non", justifie Patrick.

\"Frexit\" est une des inscriptions les plus courantes sur la route de la 12e étape du Tour de France entre Bourg-Saint-Maurice et l\'Alpe d\'Huez."Frexit" est une des inscriptions les plus courantes sur la route de la 12e étape du Tour de France entre Bourg-Saint-Maurice et l'Alpe d'Huez. (FRANCEINFO)

Les deux hommes se veulent garants d'une certaine idée du Tour de France qui "doit rester une fête", selon eux. Ils saluent les spectateurs qui peignent des messages d'encouragements – au palmarès de l'asphalte, les Français Romain Bardet et Warren Barguil, ou le Slovaque Peter Sagan font figure de chouchous – et s'arrêtent à la demande pour effacer un tag.

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"Cette année, les routes sont plutôt propres"

Cette année, le climat se révèle plus tendu que lors des dernières courses. "La présence de Chris Froome a mis le feu aux poudres", analyse Patrick. Dans les 21 lacets de l'Alpe d'Huez, la cote d'amour de l'équipe Sky et du coureur britannique, pourtant blanchi par l'Union cycliste internationale, n'est pas au plus haut. Noms d'oiseaux, allusions au dopage... La route devient une tribune à charge contre la formation, dont le leader est parfois pris à partie physiquement"L'idéal serait un Tour sans inscription, notamment celle faisant allusion au dopage car quand on aime le vélo, on ne veut pas de ça", regrette Pierre. Et de poursuivre, pragmatique :

En se rapprochant de la ligne d'arrivée, un "Sky tricheur" accompagné d'un dessin de seringue barre ainsi la route et fait tiquer les deux "effaceurs". "Ben non, il ne faut pas l'enlever !" insiste un spectateur, témoin de l'opération camouflage, à quelques heures du départ de l'étape. Pierre et Patrick préfèrent ne pas relever la remarque, effacent le message et remontent dans leur véhicule.

Pierre a maquillé un graffiti sur le barrage du Verney (Isère) et passe au suivant, jeudi 19 juillet 2018.Pierre a maquillé un graffiti sur le barrage du Verney (Isère) et passe au suivant, jeudi 19 juillet 2018. (FRANCEINFO)

Ce col mythique du Tour constitue LE rendez-vous des fous de vélo. Impatients, alcoolisés pour certains et sous un soleil de plomb, les spectateurs peuvent vite s'échauffer, ce qui complique leur mission. Avant que les coureurs ne s'élancent, le duo maquille des insultes envers Geraint Thomas, mais laisse de côté certains messages désobligeants.

Pour les messages laissés intacts, les "effaceurs" sont censés prévenir des endroits où ils ne sont pas intervenus. Le diffuseur de la course évite ensuite de les montrer à l'image, lors de la course. Ce jeudi-là, le bilan est celui d'une journée typique, estime Patrick: beaucoup de politique, du dopage et un seul dessin de pénis. "Cette année, les routes sont plutôt propres", constate le Nordiste. Un moindre mal pour un Tour de France mouvementé.

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Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
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