mercredi 4 juillet 2018

Après Parcoursup, le projet de réforme de la licence fait craindre une université à deux vitesses

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La mise en oeuvre du programme de l'ERT (European Round table)* en matière d'éducation se poursuit et s'accélère inéluctablement. L'article de Marianne ci- dessous fait la part belle aux critiques de certains syndicats "de gauche" qui se gardent bien d'expliquer les causes des conséquences qu'ils déplorent à juste titre, c'est pourquoi j'ai complété l'article par d'autes explications.   P.G.

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Après les modalités d'entrée à l'université, le gouvernement s'attaque à la licence. Selon un projet d'arrêté, chaque établissement va pouvoir personnaliser le contenu, la durée du cursus et les règles d'évaluation à appliquer aux étudiants. Certains syndicats craignent de voir s'installer une concurrence entre établissements.

Le chantier de l'enseignement supérieur se poursuit. Après la loi relative à l'orientation et à la réussite des étudiants (ORE), réformant les modalités d'entrée à l'université avec notamment la mise en place de la plateforme Parcoursup, c'est au tour de la licence d'être bousculée. Ce diplôme universitaire, jusqu'ici délivré en trois ans, pourrait bientôt prendre la forme… que voudra bien lui donner chaque établissement.

Un projet d'arrêté du gouvernement, que Marianne a pu consulter et qui sera examiné par le Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) le 9 juillet, prévoit en effet de laisser aux universités plus de liberté pour déterminer le contenu et la durée des licences qu'elles proposeront aux étudiants. Selon les plans du gouvernement, cette réforme doit être mise en œuvre "au plus tard le 1er septembre 2019". Pour plusieurs syndicats, celle instaure "une autonomie à outrance" qui pourrait créer un "enseignement supérieur à deux vitesses".

Des licences en deux, trois ou quatre ans

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Dans ce projet d'arrêté "relatif au diplôme national de licence", le gouvernement prétend garantir "la valeur nationale des diplômes" en proposant la mise en place d'un "contrat de réussite pédagogique" qui doit permettre une "personnalisation" des parcours "en tenant compte de la diversité et des spécificités des publics étudiants accueillis". Concrètement, il laisse énormément de latitude aux universités. Celles-ci pourront ainsi proposer des parcours "différenciés" en deux, trois ou quatre ans, selon le profil de ses étudiants. Et les "blocs de connaissances et de compétences" seront définis par les différents départements de chaque établissement.

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Si le nombre obligatoire d'heures "d'enseignement et d'encadrement pédagogique" ne change pas sur le papier (1.500 heures sur toute la formation, selon les normes européennes), elles ne devront plus uniquement comprendre des séances "face à un enseignant", comme c'est le cas aujourd'hui. Désormais, les universités pourront aussi proposer dans ce cadre des "enseignements à distance mobilisant les outils numériques". Faisant craindre à certains syndicats une baisse du nombre de professeurs à moyen terme, ainsi que la création de licences aux heures de classe limitées dans les universités à faibles moyens.

Enfin, les "modalités de l'évaluation" seront également fixées par les établissements. Fini, l'incontournable loi des partiels, les universités seront libres de proposer à leurs étudiants différentes possibilités d'obtenir leur licence : système de contrôle continu, examens, rendu de travaux, de projets… Les choix des universités devront néanmoins être validés par les commissions de la formation et de la vie universitaire (CFVU).

Seule nouvelle règle qui devrait s'appliquer à tous : en cas d'échec, il ne faudra plus compter sur le principe national de compensation des notes (qui permettait de rattraper un 9/20 dans une matière par un 11/20 dans une autre, par exemple). Il faudra désormais par une "seconde chance" pour valider une unité d'enseignement. En clair, un examen de rattrapage.

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Du côté des organisations représentatives, deux camps s'opposent. Il y a d'un côté les satisfaits : la Fage, premier syndicat étudiant, ou la CPU (Conférence des présidents d'université), qui n'y voient qu'une suite logique à l'autonomie des universités mise en place en 2007. Parmi les mécontents, on trouve la Snesup-FSU, un des principaux syndicats d'enseignants du supérieur, ou l'Unef, deuxième syndicat étudiant. Pour ces derniers, l'arrêté marque une "déréglementation totale des cadrages nationaux des diplômes". "On se dirige de plus en plus vers des diplômes d'établissements qui n'auront plus grand chose à voir les uns avec les autres. Avec des maquettes, un encadrement et un nombre d'heure différents… L'université va-t-elle encore servir ses missions de service public ?", s'interroge auprès de Marianne Hervé Christofol, secrétaire général du Snesup-FSU.

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Lilâ Le Bas, présidente de l'Unef, craint que l'université devienne une entreprise comme une autre, qui façonnera et vendra ses diplômes comme des produits. "Cette réforme va créer une concurrence entre les universités, entre les diplômes. Une licence de droit à tel endroit n'aura pas la même valeur qu'une autre selon l'université qui la proposera. Ça ne sera pas les mêmes enseignements, ni la même façon d'obtenir son diplôme", analyse-t-elle pour Marianne.

Selon ces sceptiques, l'offre sera si variée entre les différentes facultés de France que les lycéens pourraient encore plus s'y perdre au moment de faire leur choix d'orientation. Et les premières victimes du système seraient à nouveau ceux issus des milieux populaires. "A vouloir tout faire à la carte, ça ne peut que profiter aux initiés, observe Hervé Christofol. Il y aura ceux qui sauront quelle licence intégrer pour ne pas se barrer la route vers tel master, et les autres qui hériteront d'une place dans une autre licence, qui aura certes le même nom mais qui proposera un enseignement déficient…".

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"C'est la même logique qui a mené le gouvernement à mettre en place Parcoursup, reprend la présidente de l'Unef. Pour promouvoir la plateforme, ils ont mis en avant une volonté de mieux orienter, de faire réussir… pour au bout du compte sélectionner ceux qui ont le droit de faire des études. Là, on supprime tout cadrage, toute lisibilité de l'offre de formation, pour permettre aux étudiants qui auront les moyens de la décrypter d'intégrer les 'bonnes' licences", déplore-t-elle.

Une "vision élitiste" que certains, dont le Sgen-CFDT, ont d'ailleurs cru voir assumée au grand jour par le gouvernement, dans l'article 22 de son arrêté. Celui-ci indique que tous "les établissements publics" seront "habilités à délivrer les diplômes nationaux de licence". Ce que le syndicat a lu comme une annonce… "Il s'agit d'une incompréhension, nous assure le ministère de l'Enseignement supérieur. Le texte sera amendé, une école ne délivrera pas de diplôme de licence". Maladresse ou acte manqué ?

https://www.marianne.net/societe/apres-parcoursup-le-projet-de-reforme-de-la-licence-va-t-il-creer-une-universite-deux?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==


 

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*La Table ronde des Industriels européens (European Round Table, ERT) est un groupe de lobbying créé en 1983 par Pehr G. Gyllenhammar (président de Volvo), Wisse Dekker (président de Philips) et Umberto Agnelli (président de Fiat)1. L'ERT, qui rassemble les 49 plus grandes entreprises européennes, situées dans 18 pays de l'UE, est le principal commanditaire et auteur du traité constitutif de l'Union européenne.

L'ERT s'est donné pour objectif de « stimuler la compétitivité mondiale de l'industrie européenne », notamment en prônant la baisse du salaire minimum, la réduction des dépenses de sécurité sociale et la privatisation de services publics.

Pour réaliser sa mission l'ERT mène un intense lobbying auprès des institutions européennes (Commission européenne, Conseil des ministres, Parlement européen, ...). Dès la création de l'ERT, le vicomte belge Etienne Davignon - alors Commissaire européen à l'Industrie et au Marché Unique - se proposa pour les y aider.

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L'ERT est inscrite depuis 2012 au registre de transparence des représentants d'intérêts auprès de la Commission européenne. Elle déclare en 2014 pour cette activité trois collaborateurs à temps plein et des dépenses d'un montant compris entre 800 000 et 900 000 euros.

L’ERT a nettement influé sur le texte de l’Acte unique européen de 1986 et sur le texte du Traité de Maastricht de 19924, traité fondateur de l'Union européenne. Ces faits illustrent de façon flagrante que, par rapport à la masse des citoyens, les lobbies industriels (dont les moyens financiers sont incomparablement plus élevés que ceux des ONG supposées représenter les citoyens) bénéficient d'une relation privilégiée auprès des pouvoirs législatif et exécutif de l'UE.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Table_ronde_des_industriels_europ%C3%A9ens


 

Bilderberg & Co : le lobbying de l’European Round Table à Bruxelles

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Pour rendre plus concrète l’influence de certains lobbies sur nos vies quotidiennes et notre avenir, il semble important d’examiner des cas concrets. Au niveau européen, la Commission européenne a l’initiative des lois, c’est donc auprès d’elle que la plupart actions de lobbying sont menées, sans que cela ne choque personne, bien au contraire. L’ERT est donc l’un de ces groupes de pression, encore que le terme « pression » semble inapproprié tant les liens avec la Commission sont étroits. Mais la construction européenne elle-même a été influencée par ce groupe de lobbies, dans un sens uniquement libéral, et ce, malgré les résultats économiques peu concluants de ces politiques.

L’éducation vue par l’ERT et consorts

Qui a cru que l’éducation était le problème des États, des enseignants et spécialistes de l’éducation ? Désormais ce sont les lobbies et les concentrations de lobbies telles que l’OCDE ou la Commission européenne qui s’en chargent, mais pas pour garantir un enseignement digne de ce nom et donner une culture aux élèves, non, juste pour répondre aux « besoins » des entreprises. Et comme par hasard, le principal protagoniste de cette « modernisation de l’enseignement » est un des lobbies les plus liés au Bilderberg, c’est-à-dire l’European Round Table (ERT)[1].

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Tout commence en 1989[2], quand l’ERT rédige un rapport intitulé « Éducation et compétence en Europe »[3], expliquant que « L’éducation et la formation sont considérés comme des investissements stratégiques vitaux pour la réussite future de l’entreprise ». Voilà une affirmation qui oriente dans une nouvelle direction le débat sur l’enseignement. L’objectif, donc, est l’avenir des entreprises. Plus loin dans le rapport, on déplore le fait que celles-ci n’ont pas assez d’influence sur les programmes et que les enseignants n’ont qu’une « compréhension insuffisante de l’environnement économique, des affaires et de la notion de profit ». Ce sont donc ces mêmes entreprises qui sont le plus à même d’éclairer les élèves sur cette « notion de profit », et non des enseignants pourtant formés à inculquer aux élèves une vision relativement globale du monde.

Enfin, l’idée d’un enseignement à distance est préconisée, reprise l’année suivante par la Commission européenne qui juge un tel enseignement plus « rentable ». À partir de là, toujours en suivant les préconisations faites par l’ERT dans ses « rapports », on équipe les établissements en ordinateurs, pas pour les former à l’informatique en elle-même, mais pour familiariser les élèves avec l’interface informatique. Conséquence non négligeable de cette introduction à grand frais de l’informatique à l’école, les élèves seront aptes à utiliser les nouveautés électroniques et informatiques lancées sur le marché.

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La même ERT revient à la charge dans un nouveau rapport en 1995, affirmant que « L’éducation doit être considérée comme un service rendu [...] au monde économique. », et que « Les gouvernements nationaux devraient envisager l’éducation comme un processus s’étendant du berceau au tombeau ». Vaste programme...

L’idée de « la formation tout au long de la vie » est immédiatement reprise par la Commissaire - socialiste - Édith Cresson en 1995[4], avec en prime une sorte de carte de compétences évaluées hors du contrôle de l’État, que chaque élève/futur salarié traînerait avec lui comme jadis le livret ouvrier. Bien évidemment, cette « formation » se fait via internet grâce à des logiciels spécialement conçus par des entreprises privées... De fait, on ne parle plus de savoirs mais de « compétences », quantifiables et immédiatement fonctionnelles quand l’élève/salarié arrive sur le marché (du travail)[5]. De même, la pédagogie est une notion à oublier, perçue comme inutile puisque le système éducatif sera uniquement destiné à effectuer un tri entre les futurs cadres, et la future main-d’œuvre.

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En 1998, l’OCDE considère[6] que les enseignants ne sont pas indispensables à « la formation tout au long de la vie », des « prestataires de services éducatifs » faisant l’affaire. La même année, la Commission, dans le rapport Reiffers, considère que « le temps de l’éducation hors école est venu et que la libération du processus éducatif rendue ainsi possible aboutira à un contrôle par des offreurs d’éducation plus innovants que les structures traditionnelles ». Plus loin dans le même rapport on peut lire : « Même à l’intérieur des établissements scolaires, l’individualisation plus marquée des modes d’apprentissage - qui sont flexibles et induits par la demande - peut être considérée comme supplantant les formules trop lourdes et dominées par l’offre. Elle annonce le déclin consécutif du rôle des enseignants, dont témoigne aussi le développement de nouvelles sources d’apprentissage, notamment par le biais des TIC (Technologies de l’information et de la communication, à savoir l’informatique) et de ressources humaines autres que le corps enseignant ». Cette analyse remet en cause l’école telle qu’on l’a toujours connue, avec un instituteur ou un professeur à qui on pouvait poser des questions, et qui suivait plus ou moins le parcours des élèves. Comment étudier les langues devant un ordinateur ? Comment apprendre la réflexion philosophique avec ses subtilités, face à un écran ? Comment récupérer à temps les élèves qui décrochent ?

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Ensuite, la notion de privatisation (on dit « autonomie » ou « partenariat public-privé ») s’installe avec ses corollaires : augmentation des frais de scolarité à la charge des étudiants, et retrait étatique dans la gestion du système scolaire. Tout est possible, puisque Maastricht a permis la libéralisation complète de la « prestation de services ». Mais il semble toutefois qu’avant même la signature de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS, qui prévoit la libéralisation complète des services), l’Europe - 1er exportateur de services à l’époque - ait poussé à la libéralisation de l’enseignement auprès du GATT (la première version de l’OMC), afin que ce secteur figure dans la liste des services visés par l’AGCS[7], la Commission s’engageant même à ne prendre aucune mesure qui puisse entraver l’arrivée de fournisseurs de services privés dans l’enseignement, du primaire au supérieur, tout en cherchant aussi à préserver le secteur public[8]...

Et de toute manière, la qualité de l’enseignement donné au commun des mortels importe peu, puisque les emplois qui seront crées seront en grande partie des emplois non qualifiés. Une étude prospective américaine a calculé que 60 à 65 % des futurs emplois ne nécessiteront aucune formation préalable, et sur les 30 emplois qui auront la plus grande croissance en volume d’ici à 2011, 19 ne nécessiteront aucune qualification, et 9 seulement requiéront un diplôme universitaire[9]. En France, le nombre d’emplois non qualifiés est reparti à la hausse depuis le milieu des années 90, d’où l’idée de Sarkozy de lancer l’apprentissage dès 12 ans pour ceux qui ne suivent pas bien dans le système scolaire...

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En 1998, l’OMC produit elle aussi un rapport, sur la libéralisation de l’enseignement, considérant comme une « barrière (...) l’existence de monopoles gouvernementaux et d’établissements largement subventionnés par l’État ». On commence même à avoir des facs IBM- Microsoft notamment en Belgique, ou en France des diplômes appelés « licences professionnelles » hyper spécialisés et dont les programmes, l’enseignement et le financement sont en partie assurés par les entreprises. Créées par Allègre lorsqu’il était à l’Éducation nationale et mises en place en septembre 2000 via un « partenariat » avec les entreprises, elles sont plus de 1 600 à l’heure actuelle avec un taux de réussite à plus de 80 % la première année, taux incroyablement élevé pour des études qualifiées de « supérieures ». En 2004, à Lille, il y en avait déjà 80 différentes, à Créteil, Metz, Lyon une soixantaine, et 34 000 élèves suivaient ces formations en 2004- 2005... À la rentrée 2006, il y avait 1 438 formations menant à 48 licences professionnelles, voilà pour l’ « harmonisation européenne », donc, même si au niveau national point d’harmonisation. Il n’y est bien sûr pas question de culture ou même d’un enseignement économique digne de ce nom. Où est la cohérence de diplômes aussi spécialisés alors que le discours ambiant est focalisé sur la « flexibilité » ?

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Il y a même en Angleterre un indice boursier de l’éducation (le « UK education and training index »), qui a augmenté de 240 % entre son lancement en 1996 et 2000, ce qui est bien supérieur aux indices évaluant les marchés traditionnels, preuve de l’importance des bénéfices potentiels dans le secteur.

En 2000, au sommet de Lisbonne[10] (qui fait de la compétitivité la priorité de l’Europe), l’objectif est clairement défini : « L’objectif central des systèmes éducatifs est d’aider l’Europe à devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive ». Cette notion de compétitivité a été si bien assimilée par certains que des PDG se retrouvent présidents d’université, à l’instar du PDG de Pétrofina, Patrick de Cornélis, membre de l’ERT et accessoirement président de la réputée université catholique de Louvain, en Belgique.

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Au final, ce processus est uniquement au service des entreprises qui pourront faire du chiffre dans l’éducation et formater les futurs consommateurs. À côté de cela, les inégalités vont se creuser davantage du fait des coûts de l’enseignement. L’éducation sera chère, et inabordable dans le supérieur pour une partie de la population. Pour les autres, il restera les licences professionnelles, et des cours formatés selon l’envie des entreprises. Si en plus de cela l’État n’investit plus du tout dans le système scolaire, les plus pauvres auront le choix entre se ruiner ou faire subir un enseignement minimaliste à leurs enfants, suivi essentiellement devant un ordinateur. Pour l’université, la recherche et les investissements privés seront bien évidemment orientés vers les filières jugées « rentables » à court et moyen terme, et il y a fort à parier que les thésards en sciences sociales et humaines auront beaucoup de mal à survivre (ce qui est déjà largement le cas)...
De plus, il faut rappeler que les besoins d’une entreprise à un moment donné ne sont pas les mêmes dix ans plus tard, et les formations risquent de devenir obsolètes. C’est déjà ce qui est arrivé en France avec certains BTS, lancés et promus en grande pompe pour fournir de la main-d’œuvre à peu près qualifiée à des entreprises qui, lorsque les étudiants ont terminé leur cursus en informatique, se sont retrouvées en pleine explosion de la bulle internet, les laissant sur le carreau.

Ainsi, l’école de demain formera des consommateurs prêts à utiliser les dernières trouvailles informatiques et électroniques, de futurs salariés ultra flexibles, mais certainement pas des citoyens conscients du monde qui les entoure.

(...)


[1] L’ERT représente 47 des plus importantes multinationales européennes. A sa création en 1983 par les PDG de Fiat, Volvo et Philips il n’y avait que 17 entreprises représentées. Une partie des membres de l’ERT est membre ou a été invitée par le Bilderberg, un lobbie chapeautant notamment la Trilatérale, qui a été fondée par deux de ses membres. Dans le sillage du Bilderberg, appliquant la même doctrine, on retrouve aussi le Council on Foreign Relations, qui travaille auprès du gouvernement américain, toujours avec la même orientation qui est d’établir un libéralisme sans entraves sur la planète, et de créer des institutions supranationales dans les domaines politique, économique et militaire.

[2] Cf. Gérard de Selys, « L’école, grand marché du XXIe siècle » in Le Monde Diplomatique, juin 1998.

[3] ERT, Education et compétence en Europe, Bruxelles, 1989, p. 27.

[4] Enseigner et apprendre ; vers la société cognitive. Livre blanc sur l’Education et la formation, Commission des Communautés européennes, Bruxelles, 29 novembre 95.

[5] Ce qu’a clairement dit Edith Cresson alors Commissaire européenne, citée par Benrard Berthelot de l’association Reconstruire l’école dans l’article « A propos de l’émission ‘Le cartable de Big Brother’ » : « Nous travaillons avec 40 branches professionnelles européennes : elles ont des besoins communs et nous essayons de les aider à mettre en place des systèmes d’accréditation des compétences communes [...]. Le test d’accréditation permettra de juger le candidat à un emploi, non sur les connaissances générales jugées par un diplôme, mais sur les compétences très pointues recherchées par les entreprises ».

[6] OCDE, 1998 « Analyse des politiques d’éducation ».

[7] Finalement l’AGCS prévoit la libéralisation de tous les services « à l’exception de ceux fournis dans l’exercice du pouvoir gouvernemental ».

[8] Cf. J. E. Charlier, S Croché « Le processus de Bologne, ses acteurs et leurs complices » in Education et société, décembre 2003.

[9] Cf. L’Ecole démocratique, n° 11, juillet- septembre 2002.

[10] Sommet de Lisbonne 2000.

(...)

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/bilderberg-co-le-lobbying-de-l-29446

La France doit se "plier" aux demandes de Bruxelles (Hulot)

Prix du gaz : forte hausse des tarifs réglementés au 1er juillet

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Le 1er juillet, les tarifs réglementés du gaz augmentent de 7,45%. "C'est la plus forte hausse depuis 6 ans. Concrètement, pour une famille qui se chauffe au gaz, cette augmentation représentera 90 € de plus sur la facture annuelle. Cette hausse des tarifs concerne 5 millions de ménages qui sont toujours soumis aux tarifs réglementés", explique la journaliste Justine Weyl. Les familles ayant contracté des offres alternatives, soit environ 6 millions de ménages français, sont également concernées.

Une augmentation dûe à la hausse du prix du pétrole et aux investissements

"Des investissements lourds ont été réalisés ces dernières années sur les infrastructures (...). La modernisation du réseau de transport coûte par exemple 600 millions d'euros par an, sur dix ans", détaille la journaliste. Ces tarifs réglementés devraient disparaître à l'horizon de l'année 2022 en France, pour se conformer au droit européen.

https://www.francetvinfo.fr/economie/prix-du-gaz-forte-hausse-des-tarifs-reglementes-au-1er-juillet_2827927.html

L'an dernier, voici ce que nous avions publié (18 juillet 2017):

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https://www.romandie.com/news/La-France-doit-se-plier-aux-demandes-de-Bruxelles-Hulot/816052.rom

La France va devoir appliquer les demandes de Bruxelles concernant la suppression des tarifs réglementés de vente de gaz et d'électricité et l'ouverture des concessions des barrages hydroélectriques, a estimé mardi le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot.

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La France ne pourra pas continuer à "repousser l'échéance" sur ces deux sujets, sources de désaccord ces dernières années entre Paris et la Commission européenne, défendant la concurrence, a affirmé le ministre, auditionné par la commission des affaires économiques du Sénat.

S'ils ont été supprimés pour les gros consommateurs, les tarifs réglementés de vente de gaz et d'électricité, sont toujours en vigueur en France pour les particuliers et les petits professionnels, malgré la libéralisation du marché depuis 10 ans.*

"On a des injonctions, on peut faire en sorte que ça soit lissé dans le temps, mais nous avons déjà repoussé l'échéance et il en va du gaz comme de l'électricité, à un moment ou à un autre, il faudra s'y plier", a déclaré M. Hulot devant les sénateurs.

Le Conseil d'Etat s'est pononcé mercredi sur un recours déposé par les fournisseurs alternatifs, concurrents d'Engie (ex-GDF Suez), contre les tarifs réglementés du gaz. [v. notre article d'hier, NDR]

Semblant anticiper la décision de la plus haute juridiction administrative, le ministre a aussi assuré que le gouvernement allait "faire en sorte que ça se fasse le moins douloureusement possible".

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Concernant l'hydroélectricité, la Commission européenne a mis en demeure la France d'ouvrir à la concurrence ses barrages, aujourd'hui essentiellement concédés par l'Etat à EDF, pour introduire plus de concurrence dans ce secteur.

Là encore, "on ne pourra pas repousser en permanence l'échéance", a jugé M. Hulot.

Pour répondre à Bruxelles, la loi sur la transition énergétique, votée en 2015, a introduit la possibilité créer des sociétés d'économie mixte (SEM), au capital partagé entre public et privé, et la possibilité de prolonger les concessions en contrepartie de la réalisation de travaux nécessaires.

Au delà de ces deux options, la France n'a "pas beaucoup d'autres marges de manoeuvre", a expliqué le ministre, estimant que sinon la France risquait "de rentrer dans des contentieux qui sont lourds", et qui pourraient porter préjudice à EDF, exploitant 85% de la puissance installée en France.

(©AFP / 18 juillet 2017 19h48)

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