jeudi 7 juin 2018

Espagne: le gouvernement pro-européen et majoritairement féminin de Sanchez devant le roi

Le gouvernement pro-européen et majoritairement féminin du socialiste espagnol Pedro Sanchez, arrivé au pouvoir après la chute du conservateur Mariano Rajoy, doit prêter serment jeudi devant le roi Felipe VI.

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Avec 11 femmes et six hommes, dont un astronaute au ministère des Sciences, ce gouvernement est le plus féminin que l'Espagne ait jamais connu.

C'est aussi le plus minoritaire depuis le rétablissement de la démocratie et il n'ira probablement pas jusqu'au bout de la législature en 2020. Pedro Sanchez a d'ailleurs remercié son équipe d'avoir "accepté de servir pendant les prochains mois".

Le Parti Socialiste ne dispose en effet que de 84 députés sur 350 et aura la marge de manoeuvre que voudront bien lui laisser le parti de gauche "radicale" Podemos, les nationalistes basques et les indépendantistes catalans, qui ont soutenu vendredi la motion de censure contre M. Rajoy. 

En pleins préparatifs du Brexit au Royaume-Uni, et alors que l'Italie vient de se doter d'un gouvernement eurosceptique, l'exécutif espagnol a volontairement un caractère pro-européen marqué.

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Pedro Sanchez, 46 ans et sans expérience du pouvoir, a ainsi nommé l'ancien président du parlement européen Josep Borrell aux Affaires étrangères et l'actuelle directrice du budget de l'UE Nadia Calviño à l'Economie. 

La composition de ce gouvernement est "le reflet du meilleur de la société" espagnole, "paritaire, intergénérationnel et ancrée dans l'UE", a-t-il déclaré.

Accordant une place prépondérante aux femmes, M. Sanchez a nommé Carmen Calvo, 60 ans, ancienne ministre de la Culture (2004-2007), comme vice-présidente du gouvernement. Elle dirigera un ministère de l'Egalité, une question prioritaire pour le gouvernement, trois mois après une "grève générale féministe" d'ampleur inédite le 8 mars.

L'ancienne procureure antiterroriste Dolores Delgado arrive à la Justice et l'ancienne juge de la Cour suprême Margarita Robles à la Défense. Isabel Celaa sera chargée de l'Education, Magdalena Valerio du Travail, Carmen Montón de la Santé.

Les femmes se sont vu confier tant de maroquins que la presse espagnole se demande si le Conseil des "ministros" (ministres au masculin) ne devrait pas être rebaptisé des "ministras" (au féminin).

- Respect des engagements -

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A côté de Nadia Calviño à l'Economie, Maria Jesus Montero prend le portefeuille des Finances. Assumant déjà cette responsabilité au gouvernement régional de l'Andalousie, elle avait ainsi dû pratiquer dans sa région les coupes claires dans les dépenses publiques ordonnées par le gouvernement conservateur*.

Cette équipe devra respecter les "engagements européens" en matière de déficit public, qui doit être ramené cette année à 2,2% du PIB. Au nom de "la stabilité", Pedro Sanchez s'est engagé à conserver le budget de l'Etat 2018 élaboré par les conservateurs, en passe d'être examiné par le Sénat.

"L'Espagne croît de 3% (par an) mais ne répartit pas la richesse", a souligné M. Sanchez en promettant de lutter pour l'égalité et contre la pauvreté infantile. 

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Sortie de la crise fin 2014, l'Espagne a enchaîné quatre ans de croissance supérieure à la moyenne de la zone euro mais son taux de chômage à 16,7% n'est dépassé que par celui de la Grèce. Et elle détient le record de contrats temporaires de l'UE (26,8% des emplois selon Eurostat).

Autre figure pro-européenne, le chef de la diplomatie, Josep Borrell, 71 ans, est un Catalan opposé fermement à l'indépendance de sa région. A l'étranger, il aura à contrer ce qu'il appelle "la propagande" des indépendantistes catalans.

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En interne, une autre Catalane sera chargée de dialoguer avec le gouvernement indépendantiste de Quim Torra: Meritxell Batet, Barcelonaise de 45 ans, nommée ministre de l'Administration territoriale.

Une nomination surprise, le ministère de l'Intérieur est confié au magistrat basque Fernando Grande-Marlaska, qui a instruit des dossiers contre l'organisation indépendantiste armée ETA.

https://actu.orange.fr/monde/espagne-le-gouvernement-pro-europeen-et-majoritairement-feminin-de-sanchez-devant-le-roi-CNT0000013Or53/

 

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*"les coupes claires dans les dépenses publiques ordonnées par le gouvernement conservateur"= la feuille de route habituelle de l'Union européenne (GOPE), ce que reconnait le journaliste dans le paragraphe suivant: "cette équipe devra respecter les "engagements européens" en matière de déficit public, qui doit être ramené cette année à 2,2% du PIB. Au nom de "la stabilité", Pedro Sanchez s'est engagé à conserver le budget de l'Etat 2018 élaboré par les conservateurs, en passe d'être examiné par le Sénat."

Pour résumer, un gouvernement minoritaire avec à sa tête un clone de Macron/Renzi/Tsipras/Trudeau... avec une tête de gendre idéal, qui mènera la même politique que l"équipe précédente, avec quelques changements superficiels et des effets d'annonce, la démocratie européenne telle qu'on la conçoit à Bruxelles, Paris & Berlin...   P.G.

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L’Italie et la question des « monnaies parallèles » : une voie de sortie de l’Euro ?

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir

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La politique de rachat massif de la dette publique italienne par des organismes publics, la Cassa Depositi e Prestiti (CDP) et Posta Italiana[1], ranime la possibilité de la mise en œuvre d’un scénario à deux monnaies pour ce pays. On sait que la question de la dette inquiétait beaucoup certains milieux[2]. Cette possibilité de sortir « en douceur » de la zone euro avait déjà été évoquée à de multiple reprise en Italie, et en particulier par Silvio Berlusconi[3]. Car, aujourd’hui, il n’en faut pas douter : le problème de l’Italie est bien l’Euro[4]. Au-delà de la question de l’Euro, on peut se demander si ce n’est pas tout simplement l’UE le véritable problème de l’Italie[5].

Il convient, alors, de rappeler que la possibilité de mettre en œuvre des devises parallèles avait déjà été présentée comme un outil pour résoudre le problème de la Grèce, tout en restant dans la zone euro ou pour gérer une éventuelle rupture avec la zone euro. Mais les devises parallèles ont une longue histoire en économie. Dans les temps historiques, les lingots émis par différents pays ont circulé librement dans un pays donné. La question a été soulevée en particulier lorsque le papier-monnaie a été introduit. Les expériences avec des monnaies parallèles ne sont pas abondantes au XXe siècle[6], et la dynamique d’un système à deux monnaies mérite attention[7].

L’exemple manqué de la Grèce en 2015

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Rappelons d’abord ce que voulait, ou prétendait vouloir, faire Yanis Varoufakis[8]. Un moyen possible d’éviter l’asphyxie de la Grèce en 2015 organisée par la Banque Centrale Européenne aurait pu reposer sur le fameux « plan B « de Varoufakis, plan qui a fait l’objet de nombreux débats depuis juillet 2015. Ce plan aurait impliqué la création d’un système de double circulation monétaire, avec la création d’une monnaie parallèle. L’intention n’était en aucun cas de sortir explicitement de l’Euro (ou plus précisément de l’Union monétaire européenne). Il est à rappeler que Yanis Varoufakis – et cela fait une grande différence avec d’autres économistes radicaux comme Costas Lapavitsas ou Heiner Flassbeck[9] – était, à l’époque, un fervent défenseur de l’euro. Cependant, une telle sortie aurait pu être envisagée à tout moment dans le cadre du dit « Plan B ».

Ce qui est ici intéressant est que le fameux “plan B” était assez sophistiqué et aurait induit des changements importants dans la situation de la Grèce. À ce stade, il est intéressant de voir ce que Varoufakis expliquait et ce qui a été dit lors de la discussion avec les gens de l’OMFIF sur ce plan[10]: «Ce que nous avions prévu de faire était le suivant. Il y a le site web du bureau des impôts, comme en Grande-Bretagne et partout ailleurs, où les citoyens – les contribuables qui vont sur le site – utilisent leur numéro de dossier fiscal et ils transfèrent des fonds bancaires du compte bancaire vers leur numéro de dossier fiscal afin de faire des paiements sur la TVA, sur l’impôt sur le revenu et ainsi de suite. Nous avions l’intention de créer, de façon clandestine, des comptes de réserve attachés à chaque numéro de dossier d’impôt sans en avertir qui que ce soit, juste pour que ce système fonctionne sous le boisseau. Au simple toucher d’un bouton, cela nous permettrait de donner des numéros d’identification aux détenteurs de numéros de fichiers d’impôt (contribuables). Prenons par exemple un cas où l’État devait un million d’euros à une société pharmaceutique pour des médicaments achetés pour le compte du National Health Service, nous pourrions immédiatement créer un virement dans ce compte de réserve du numéro de dossier fiscal de l’entreprise pharmaceutique, et leur fournir un numéro d’identification. Ils pourraient utiliser cela comme une sorte de mécanisme de paiement parallèle qui transfèrerait n’importe quelle partie de ces fonds numériques à n’importe quel numéro de dossier fiscal à qui ils devraient de l’argent. Ou alors, en effet, l’utiliser pour effectuer des paiements d’impôt pour l’Etat »[11].

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Il est évident que, dans l’esprit de Yanis Varoufakis, le système (appelé «Plan B») visait à alléger la pression de la Banque Centrale Européenne sur la Grèce et spécifiquement à résoudre la crise de liquidité orchestrée par la BCE par son «contrôle des capitaux» imposé. Ce plan qu’il avait élaboré avec Alexis Tsipras début décembre 2014, c’est-à-dire avant le succès de Syriza aux élections du 25 janvier 2015, a surtout été considéré comme une réponse technique à une éventuelle action de la BCE. Les implications politiques semblent être restées en grande partie tacites. Mais en réalité ce « plan B » allait bien plus loin que cela.

Aujourd’hui, avec le recul et les leçons qui peuvent être tirées de la « trahison » de Tsipras, il est évident que le principal échec de Tsipras et de Varoufakis fut de ne pas l’avoir compris. L’austérité était bien plus qu’une politique malavisée. L’austérité était le résultat d’un système de gouvernance qui était largement basé sur l’euro[12]. Quand ces deux hommes ont commencé à planifier un combat contre l’austérité, ils auraient dû comprendre immédiatement qu’un tel combat les mettrait en collision avec l’euro, ce que semblent avoir compris les responsables du nouveau gouvernement italien.

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A propos de la possibilité que le plan puisse conduire à une sortie de la Grèce de l’Euro Varoufakis devait ajouter: “Cela aurait créé un système bancaire parallèle alors que la banque était fermée suite à l’action agressive de la BCE pour nous donner un peu de répit[13]. On doit alors noter que ce dont il était question, du moins dans la conversation téléphonique avec les personnes de l’OMFIF, n’était pas techniquement une monnaie parallèle mais seulement un système bancaire parallèle. Cependant, dans le paragraphe suivant, Varoufakis admettait: “Et bien sûr, cela pourrait être libellé en euros, mais sur un claquement des doigts, il aurait pu être converti en une nouvelle drachme[14].

Il est alors clairement indiqué que le développement d’un système de paiement parallèle ne visait pas à sortir de l’UEM mais aurait pu devenir un instrument de cette sortie à court terme. Seulement, pour être prêt à le faire, le gouvernement grec, et en particulier Alexis Tsipras, aurait dû avoir compris ce qui était en jeu dès le départ, tant pour la Grèce que pour la zone euro. Le fait qu’il ne l’ait pas compris, ou qu’il n’ait pas voulu le comprendre, fait maintenant partie de l’histoire. Cependant, cela soulève bien sûr toute la question des devises parallèles et de leur rôle dans l’option possible d’un “Grexit”, et bien entendu aujourd’hui d’un « Italexit ».

La situation actuelle en Italie

Comme il a été dit en introduction, depuis la fin du mois de mai, deux organismes publics, la Cassa Depositi e Prestiti (CDP) et Posta Italiana rachètent massivement les bons du Trésor émis par le Trésor italien. Ces rachats sont effectués, pour ce qui concerne la Poste, par Poste Vita, le pôle assurance du groupe. Il faut savoir que Posta Italiana est un groupe qui dispose de beaucoup de liquidités et qui n’est pas soumis à la réglementation bancaire. Une explication possible est que le groupe entend profiter ainsi des prix bas, induits par la remontée des taux, pour investir la liquidité dont ils disposent[15]. Cette stratégie est aussi certainement liée à l’inquiétude des marchés financiers à la suite des péripéties qui ont entouré la constitution du gouvernement de M. Giuseppe Conte, un gouvernement soutenu par les deux partis dits « anti-système », le Movimenti Cinque Stelle et la Lega. Cette inquiétude et la spéculation qu’elle a engendrée ont été amplifiées par la décision de la Banque Centrale Européenne, de réduire de manière spécifique ses rachats sur le second marché, des titres publics italiens, comme l’indiquait une « Breaking News « du Financial Times. Ceci a fait l’objet d’une question écrite de deux députés italiens du parlement européen, MM. Marco Valli et Marco Zanni[16].

Document 1

 

On le sait, la dette italienne est aujourd’hui, en apparence, considérable. Elle atteint aujourd’hui autour de 130% du PIB.

 

 

 

Graphique 1

Source : Données du FMI

L’ampleur de cette dette est même selon Carmen M. Rheinart, sous-évaluée[17], car il faudrait lui ajouter la dette de la Banque Centrale d’Italie, qui peut être évaluée au travers du compte de compensation TARGET2. Madame Rheinart estime quant à elle la dette italienne à 160% du PIB. Ce compte montre en effet qu’il y a eu une fuite des capitaux hors de l’Italie, essentiellement vers l’Allemagne, fuite qui traduit les inquiétudes quant à la solidité des banques italiennes, mais aussi – et plus généralement – la méfiance de la grande bourgeoisie italienne par rapport aux institutions financières de son pays. Quant à savoir si, dans le cas d’une sortie de l’euro, l’Italie devrait rembourser ces sommes est là une question très théorique.

Graphique 2

Etat des comptes sur le système de compensation TARGET2

Source : BCE et Université d’Osnabruck

A l’inverse, on peut aussi considérer qu’il ne faudrait tenir compte que de la dette détenue par des agents non dépendant de l’Etat. Or, l’Etat (et la Banque Centrale italienne), détiennent une partie de cette dette. Le ratio, hors addition du solde TARGET2 se monterait alors à 105% et non autour de 130%, comme indiqué dans le graphique 1.

Mais, cette politique a aussi été interprétée comme le début d’une stratégie visant à promouvoir l’utilisation des bons du trésor comme un instrument de paiement.

On sait que plusieurs responsables italiens, le plus notoire étant M. Silvio Berlusconi, ont avancé l’idée d’une deuxième monnaie circulant en parallèle avec l’Euro en Italie. Dans son principe, le raisonnement est simple : les transactions immédiatement engendrées par l’activité économique, le paiement de salaires, les consommations intermédiaires des entreprises, mais aussi les loyers, et le paiement des impôts, pourrait se faire dans cette monnaie parallèle. Quand il faudrait recourir à un paiement transfrontière, cette monnaie serait convertie en Euro. L’idée sous-jacente est alors que le cours de la monnaie parallèle se déprécierait, évitant à l’Italie une pénible dévaluation interne car l’ensemble des paiements internes seraient alors dépréciés et non les seuls salaires et pensions. On doit noter que, ce dont il est question, n’est pas à strictement parler un « monnaie », car la question du crédit n’est pas posée, mais bien plus un système de transaction parallèle.

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Comment, et sur quelles bases, serait constituée cette « monnaie » parallèle ? Une possibilité, qui est discutée en Italie, serait d’utiliser les bons du trésor, soit des bons avec une valeur faciale importante, pour les règlements entre les entreprises, soit des bons avec une valeur faciale plus réduite, pour alimenter la consommation des ménages. Ces bons fonctionneraient comme des IOU[18]. On doit ici se rappeler que cette émission de IOU avait été aussi envisagée en Grèce au printemps 2015.

Le fait que deux organismes parapublics se soient mis à racheter des bons du trésor peut laisser penser qu’une stratégie de cette nature sera adoptée par le gouvernement italien. D’ailleurs, que ce soit Paolo Savona, le Ministre pressenti pour occuper le Ministère des Finances, et dont le nom avait été scandaleusement refusé par le Président Mattarella, ou que ce soit M. Tria, le Ministre des Finances actuel, tous les responsables conviennent que pour relancer l’économie un vaste plan de dépenses publiques concernant les infrastructures devra être établi. La tentation serait grande alors d’émettre des bons du trésor pour financer ce plan, et de les faire systématiquement racheter par la Cassa Depositi e Prestiti (CDP) et Posta Italiana, quitte à ce que ces organismes les proposent aux entreprises et particuliers quand ces derniers viendront retirer des fonds. Mais, si le mécanisme de mise en place de ce système parallèle de transaction peut s’imaginer facilement, il n’en va pas de même de la dynamique économique et monétaire qui pourrait être crée. Le problème central étant celui de la fongibilité[19] de ce nouvel instrument de transaction. A ce problème viendrait s’ajouter la question du rapport d’échange entre le nouvel instrument et l’Euro.

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Tout d’abord, les entreprises et les particuliers accepteraient-ils ces bons du trésor ? Il faudrait, à tout le moins, les qualifier de par la loi de moyens de circulation, en leur donnant la capacité de régler toute dette ou tout paiement à l’Etat (et en particulier les impôts). Mais, si la loi peut donner à n’importe quel papier le pouvoir de régler des paiements, elle ne peut obliger les agents à les utiliser, sauf si un monopole de transaction est institué. Mais, cela reviendrait à décréter le paiement en euros illégal en Italie… Si une loi se borne à garantir la capacité des bons du trésor à effectuer tout règlement, alors ces bons du trésor représenteraient un moyen de paiement créé à la discrétion de l’Etat tout comme les Euros sont émis à la discrétion de la BCE. Outre les problèmes politiques que cela provoquerait certainement, s’il y a une dépréciation de la valeurs des bons du trésor (libellés pourtant en euros) et l’Euro, verrait-on se manifester la « Loi de Gresham », et les bons du trésor rapidement évincer les euros dans la circulation monétaire, ou bien serait on confronté à un refus des agents économiques d’accepter ces bons du trésor ?

On le voit, les incertitudes économiques sont nombreuses, et cela sans même parler des incertitudes politiques. De fait, si l’on regarde les expériences historiques de systèmes monétaires avec des monnaies parallèles, on constate que les situations ont toujours été transitoires. Aucun système à monnaies parallèles n’a été stable dans le temps.

Les exemples historiques

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Un exemple qui est bien connu et très souvent cité dans la littérature économique d’un système de monnaies parallèles a été le système de coupons appelé «Dated Stamp Script», qui circulait concurremment avec les dollars canadiens, dans la province canadienne de l’Alberta en 1936-1937[20]. Cette tentative s’est soldée par un échec et la majeure partie de la population a refusé de l’utiliser ; le dollar canadien est donc resté la monnaie en circulation en circulation[21]. Toutefois, il est intéressant de le considérer car les problèmes économiques de l’Alberta reflétaient, à certains égards, ce qui se passe en Italie ou ce qui se passait en Grèce. L’Alberta avait connu sept années de dépression associées à la faiblesse des prix agricoles et aux mauvaises récoltes à la suite de la crise de 1929. Le chômage y était assez élevé en 1935. Le nouveau gouvernement élu aux élections provinciales n’était pas prêt à mettre en œuvre une réforme vraiment radicale, sur le modèle de la politique du New Deal de Roosevelt. Il a alors décidé de mettre en place un système de «timbres» afin de payer les travaux publics réalisés par des chômeurs, avec un délai de remboursement de deux ans. Mais, à la fin de 1936, il offrait aux Albertains la possibilité d’échanger leurs certificats contre des dollars canadiens[22], et la plupart des gens alors choisirent de le faire. C’était la preuve que la confiance dans ce système de paiement parallèle était assez faible. La raison principale de cette faible confiance était que la plupart des banques refusaient de prendre part à ce système. Irving Fisher avait prévu ce développement dans un livre qu’il avait écrit en 1933 sur le système des certificats ou des timbres[23]. En fait, nous étions confrontés à un type particulier de la loi de Gresham. Ce n’était plus le cas où la «mauvaise monnaie» chasse la bonne, mais au contraire un cas où la « mauvaise » monnaie est considérée si faible que l’on préfère s’en débarrasser. Coe lui-même est allé si loin pour écrire: «La mauvaise monnaie ne fait évidemment pas perdre beaucoup d’argent quand le gouvernement est prêt à racheter cette mauvaise monnaie avec beaucoup d’argent »[24].

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Une autre expérience de monnaie parallèle avait eu lieu dans les années 1920 en Russie soviétique lorsque le gouvernement a introduit le Tchervonetz[25]. Cette monnaie était gagée sur la récolte de seigle. La réforme monétaire qui a eu lieu au début de la NEP est d’un point de vue théorique (et aussi d’histoire économique), très intéressante. Le gouvernement soviétique introduisit donc une monnaie parallèle, nommée “Tchervonetz”, en 1922. Cette monnaie n’avait pas au départ un cours légal mais pouvait être librement échangée contre le Rouble puis le SovZnak. L’introduction du Tchervonetz parallèle au “SovZnak” était en réalité une tentative de remédier à l’énorme crise d’hyperinflation à la fin de la guerre civile[26]. Cela a bien fonctionné et a certainement permis de contrôler cette hyperinflation. Le Tchervonetz a donc certainement permis le redémarrage de l’économie soviétique au début de la NEP, mais progressivement le “SovZnak” a disparu et le Tchervonetz a été appelé simplement le Rouble. La période de double circulation n’a guère durée plus de trois années et, si l’expérience du Tchervonetz peut être qualifiée de réussite par rapport aux objectifs macroéconomiques (fin de l’hyperinflation et redémarrage de l’économie) on ne peut en dire autant du point de vue de la constitution d’un double circuit monétaire comme forme stabilisée.

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L’idée de monnaie parallèle est réapparue à différents moments depuis la Seconde Guerre mondiale. On connaît l’épisode de la monnaie en paquets de cigarettes dans l’Allemagne vaincue de l’immédiat après-guerre. Mais les cas d’introduction ou de constitution de monnaies parallèles ont été essentiellement pensés comme une solution possible à l’hyperinflation ou à la dollarisation dans les économies émergentes[27]. Il faut y ajouter comme raisons du développement de marchés monétaires parallèles des situations allant de l’afflux soudain des envois de fonds des travailleurs migrants[28] au développement du trafic de drogue[29]. Un tel développement brouille fréquemment la différence entre le légal et l’illégal, et conduit à une énorme fragmentation de la circulation du capital et de la monnaie[30].

Tous les exemples connus soulignent alors que le développement des marchés monétaires parallèles et de monnaies parallèles constitue des situations très instables. La participation du système bancaire est une condition sine qua non à l’existence, même pour une période de courte durée, d’un système de monnaies parallèles qui soit opérationnel.

Retour sur la question des monnaies parallèles dans le contexte de l’Euro

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L’idée de monnaies parallèles est donc réapparue dans le contexte de la crise de la dette souveraine dans la zone euro[31]. Deux problèmes étaient en réalité mélangés. Le premier était de savoir comment éviter de s’engager dans une dévaluation interne douloureuse et peu efficace. C’est pourquoi les devises parallèles ont été principalement proposées aux pays de la zone euro «du Sud»[32], car ce sont ces économies qui ont été contraintes par l’Allemagne et par les institutions en dépendant de s’engager dans des politiques de dévaluation interne. Mais une seconde question s’est alors posée: l’euro pourrait-il être transformé en une sorte de monnaie supplémentaire, à utiliser uniquement avec les pays hors zone euro? C’est l’idée de la « monnaie commune », opposée à la pratique de la « monnaie unique » qui prévaut jusqu’aujourd’hui. De fait, dans une zone Euro à N membres, on aurait N+1 monnaies. Chaque pays récupérerait sa propre monnaie pour le commerce intérieur et le commerce inter-zone, et n’utiliserait l’euro que pour le commerce (en biens et opérations financières) avec des pays n’appartenant pas à la zone euro[33]. Cette idée est intellectuellement élégante. Mais, elle exige des institutions adaptées. En effet, la « monnaie commune » ne doit pas circuler en interne. Cela implique de limiter son usage à une forme d’unité de compte utilisée avec les autres pays, voire une monnaie de transaction, mais avec des règles strictes de transformation des encaisses dans la monnaie du pays participant à cette monnaie commune. Dès lors se pose la question du taux de change entre la monnaie de ce pays et la monnaie commune. Il faudrait, alors, revenir à des systèmes de change fixes entre deux ajustements, comme cela avait existé avant 1971. Ce n’est pas impossible, mais cela implique un contrôle étroit des mouvements de capitaux. Si Elizabeth Guigou avait tort de prétendre qu’une monnaie commune ne pourrait pas fonctionner, on doit reconnaître que pour qu’elle fonctionne il faudra des institutions particulières[34]. Or, il n’y a pas d’accord à l’heure actuelle, entre un groupe de pays pour adopter les institutions qui permettraient à cette « monnaie commune » de fonctionner à long terme.

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En fait, c’est la première option, celle d’une monnaie parallèle conçue pour éviter le choc d’une dévaluation interne, qui a surtout retenu l’attention. Un grand nombre d’auteurs qui envisagent une proposition de monnaie parallèle se concentrent actuellement sur un mécanisme qui facilitera la reprise économique dans les pays frappés par la crise. L’introduction de monnaies parallèles est considérée comme susceptible de stimuler l’activité économique intérieure et de réduire la dépendance à l’égard des importations[35]. On s’attend alors à ce que, en retour, les devises parallèles augmentent les performances à l’exportation et la compétitivité de ces pays. Certains auteurs voient également l’introduction de monnaies parallèles comme un moyen de permettre aux États affectés de réduire les taux d’intérêt pour les prêts et les investissements et d’augmenter systématiquement la circulation monétaire, tant pour les dettes publiques que pour le secteur privé[36]. Une partie des économistes qui se sont prononcés en faveur d’une monnaie parallèle considère qu’il s’agit d’un système permettant de libérer des capacités de production non utilisées[37]. Une opinion importante est que, compte tenu des situations économiques extrêmement différentes dans les États membres européens, les monnaies parallèles pourraient être un outil d’auto-assistance économique et un moyen de stimuler la reprise économique[38]. On le voit, les avis en faveur de l’introduction d’une monnaie « parallèle » sont effectivement nombreux. Mais cela signifie implicitement que pour un grand nombre d’économistes, il n’y a pas d’espoir de reprise économique dans le système actuel de l’Euro. En fait, la comparaison de l’Euro et du « bloc-Or » de la fin des années 1920 faite par un ancien membre du Collège de l’Autorité des marchés financiers, Jean-Michel Naulot, dit bien ce qu’il faut entendre par création d’une monnaie parallèle[39]. Ce système est une étape dans un démantèlement de l’Euro, et rares sont les économistes qui croient en la valeur autre que transitoire d’une monnaie parallèle.

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Enfin, l’idée de monnaie parallèle soulève la question de savoir comment et par qui elle doit être introduite. Une possibilité est bien sûr que la monnaie parallèle soit mise en circulation via les canaux habituels du système bancaire à deux niveaux. Mais cela implique que le système bancaire soit d’accord avec une telle idée ou soit contraint, par une décision du gouvernement, de l’appliquer. L’autre possibilité étant que l’Etat joue lui-même le rôle de banquier et joue le rôle d’émetteur. Dans la grande majorité des plans, nous assistons à un processus de mise en circulation de la monnaie parallèle sur la base de prêts. C’était le cas du plan B de Varoufakis et ces prêts auraient été, au moins au début, libellés en euros.

Il est entendu que l’État serait l’émetteur, comme dans la proposition de reconnaissance de dette en Grèce, la question du rôle du système bancaire serait toujours en suspens. En fait, dans le plan B de Varoufakis, l’État aurait joué le rôle principal parce que le système bancaire grec a été désactivé par les actions de la BCE. La solution logique aurait été de faire une «réquisition» (dans le cadre d’une situation d’urgence) pour assurer le contrôle de la Banque centrale de Grèce et de la plupart des banques commerciales. Cependant, il était clair dès le départ qu’une telle démarche équivalait à une déclaration de guerre contre la BCE.

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Comme indiqué ci-dessus, Varoufakis lui-même admettait que le résultat aurait pu être une sortie grecque rapide de la zone euro. La raison principale est que la mise en œuvre d’un système de monnaie parallèle impliquerait une certaine forme de contrôle de l’État sur le système bancaire grec. Mais, ce contrôle n’aurait pu être mis en œuvre sans mettre la BCE hors-jeu et ainsi la priver de son pouvoir sur le système bancaire grec. La BCE aurait alors très probablement réagi en qualifiant l’euro circulant en Grèce de «fausse monnaie» et en coupant toutes les transactions (comptes Target – 2) avec la Grèce. La seule solution possible aurait alors été de renommer la monnaie “drachme” pour contourner l’action de la BCE.

Pour tous ses intérêts, réels et supposés, un système de monnaie parallèle est à la fois très dépendant du système bancaire et très instable. S’il est soutenu par un gouvernement fort et déterminé, il fera de la «seconde monnaie» la première dans un temps donné. C’est une leçon que nous pourrions tirer de l’Alberta. Le seul avantage de la monnaie parallèle pour un pays comme la Grèce ou comme l’Italie serait de permettre une sortie de l’UEM de manière ordonnée, en offrant une période transitoire. Mais, cette période pourrait s’avérer pleine de dangers si la BCE et les autorités de la Zone Euro se décidaient à entrer dans une logique de conflit ouvert avec les autorités du pays concerné. De fait, si le conflit doit éclater entre la BCE et les autorités du pays, la période de transition devra être la plus courte possible. L’un des collaborateurs les plus proches de Varoufakis avoue avoir changé d’avis en faveur du “Grexit” à la suite de la crise de 2015[40]. C’est une des leçons que les responsables du nouveau gouvernement italien se doivent de garder en mémoire.

Notes

[1] http://www.finanzareport.it/Detail_News_Display/News-e-Analisi/spread-lo-scudo-della-cdp-si-sostituisce-agli-acquisti-bce-

[2] https://www.capital.fr/entreprises-marches/litalie-va-t-elle-sombrer-en-emportant-la-france-et-la-zone-euro-1272560

[3]http://www.repubblica.it/politica/2017/02/12/news/silvio_berlusconi_votare_adesso_e_da_irresponsabili_salvini_non_sara

[4] Alberto Bagnai , Brigitte Granville , Christian A. Mongeau Ospina, « Withdrawal of Italy from the euro area: Stochastic simulations of a structural macroeconometric model », in Economic Modelling , Volume 64, August 2017, Pages 524-538.

[5] Natixis, L’Europe est-elle le problème de l’Italie, FlashEconomie, n° 271, 18 mars 2018.

[6] Voir l’exemple canadien : Coe V-F, “Dated Stamp Scrip in Alberta”, Canadian Journal of Economics and Political Science/Revue canadienne de economiques et science politique, 4, 1938 pp 60-91.

[6] http://jpkoning.blogspot.fr/2015/05/alberta-prosperity-certificates-and.html

[7] Agénor, P-R., Parallel Curencies Market e in Developing Countries : Theory, Evidence and Policy Implications, Essays in International Finance, n° 188, novembre 1992, Princeton University, Pinceton, NJ. Cohen-Setton J., « The economics of parallel currencies », June 8th, 2015, http://bruegel.org/2015/06/the-economics-of-parallel-currencies/ .

[8] Son récit de l’affrontement avec les autorités de l’UE et de la Zone Euro, quoiqu’intéressant, doit être pris avec une grande prudence. Varoufakis, Y., Adults In The Room: My Battle With Europe’s Deep Establishment, Londres, Bodley Head, 2017.

[9] Lapavitsas C., (eds) Crisis in the Eurozone, London, Verso, 2012; see also Lapavitsas C and Heiner Flassbeck, Against the Troika – Crisis and Austerity in the Eurozone, London, Verso, 2015

[10] Voir la conversation que Varoufakis a eu avec deux responsables du Official Monetary an Financial Institution Forum de Londres, Norman Lamont et David Marsh. Transcript ofTelephone conversation of July 16th, 2015, between Yanis Varoufakis and OMFIF senior adviser

[11] OMFIF Transcript of the phone conversation, page 3, §1

[12] Fusaro D., Il Futuro e Nostro, Milano, Bompiani, 2014.

[13] OMFIF Transcript of Varoufakis phone conversation, op.cit., page 3, §1.

[14] Idem.

[15] Rappelons que pour des obligations cotées comme les bons du trésor, la valeur de marché du titre baisse quand le taux s’élève, et inversement.

[16] Je remercie Marco Zanni de m’avoir transmis la copie de la question écrite.

[17] https://www.project-syndicate.org/commentary/italy-sovereign-debt-restructuring-by-carmen-reinhart-2018-05

[18] IOU pour I Owe You (Je vous doit).

[19] Notons la définition juridique de la fongibilité : on lit par dans des arrêts : ” si le caractère fongible d’un bien ne fait pas par lui-même obstacle à sa revendication, celle-ci ne peut aboutir que dans la mesure où le bien en cause n’a pas été confondu avec d’autres de même espèce ;”‘ chambre commerciale, 15 mai 2007, N° de pourvoi : 04-19418). https://www.dictionnaire-juridique.com/definition/fongible.php

[20] Coe V-F, “Dated Stamp Scrip in Alberta”, op.cit..

[21] Fisher, I., Stamp Scrip, New York, Adelphi Company, 1933.

[22] http://jpkoning.blogspot.fr/2015/05/alberta-prosperity-certificates-and.html

[23] Fisher, I., Stamp Scrip, New York, Adelphi Company, 1933

[24] Coe V-F, “Dated Stamp Scrip in Alberta”, op.cit., p. 88.

[25] Fitzpatick S, A. Rabinowitch and R. Stites (eds.), Russia in the Era of NEP, Indiana University Press, Bloomington, 1991.

[26] Goland, Diskussii ob economicheskoi politike v gody denezhnoi reformy 1921–1924, Moscow, Magistr,

[27] Agenor P-R, « Parallel currency markets in developing countries », op.cit..

[28] Banuri T., « Black Markets, Openness and Central Bank Autonomy », World Institute for Development Economies Research (WIDER), Working Paper n°62, Helsinki, 1989.

[29] Thomas C.Y., « Foreign Currency Black Markets : Lessons from Guyana », University of West Indies, Kingston, Jamaique, 1989.

[30] Lindauer D.L., “Parallel, Fragmented or Black ? Defining Market Structure in Developping Economies », in World Development, n°17, December 1989, pp. 1871-1880.

[31] Andresen, T (2012) What if the Greeks, Portuguese, Irish, Baltics, Spaniards, and Italians did this: high-tech parallel monetary systems for the underdogs? In: real-world economics review, issue no. 59, March 12th, 2012, pp 105-112. http://www.paecon.net/PAEReview/issue59/Andresen59.pdf

[32] Butler, M., « Parallel currencies could boost euro ». Comment in Financial Times, 10 Janvier 2011. Accessible à: http://www.ft.com/intl/cms/s/0/fdafbb0e-1cee-11e0-8c86-00144feab49a.html

[33] Flandreau M., « Monnaie commune, décentralisation et inflation : Hujus Regio, Cujus Pecunia ? », Revue de l’OFCE, no 52,‎ janvier 1995, p. 29-47. Riboud J., Un mécanisme monétaire avec l’euro constant, Paris, Revue Politique et Parlementaire, PUF, décembre 1996

[34] Guigou E., « Monnaie unique ou monnaie commune » in Revue d’économie financière Année 1992 H-S 2 pp. 157-160.

[35] Vaubel, R (2011) Plan B für Griechenland. Working paper, 19 Oct 2011. Download: http://vaubel.unimannheim.de/publications/plan_b_fuer_griechenland_19_10_11.pdf

[36] Goodhart, C et Tsomocos, D, « The Californian Solution for the Club Med ». In: Financial Times, 24 janvier 2010.

[37] Schuster L., Parallel Currencies for the Eurozone, The Veblen Institute, http://www.veblen-institute.org/IMG/pdf/schuster_parallel_currencies_for_the_eurozone_final.pdf

[38] Butler, M., « Parallel currencies could boost euro ». Comment in Financial Times, 10 Jan 2011. Accessible à: http://www.ft.com/intl/cms/s/0/fdafbb0e-1cee-11e0-8c86-00144feab49a.html

[39] http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2017/04/07/31007-20170407ARTFIG00271-euro-pour-un-passage-de-la-monnaie-unique-a-la-monnaie-commune.php

[40] Daniel Munevar, http://www.socialeurope.eu/2015/07/why-ive-changed-my-mind-about-grexit/

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-litalie-et-la-question-des-monnaies-paralleles-une-voie-de-sortie-de-leuro-par-jacques-sapir/

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CHU de Nice : un médecin écarté après avoir dénoncé des conditions déplorables

​Locaux délabrés, patients entassés et chambres sans fenêtre, le CHU de Nice a installé son service de "réanimation médico-chirurgicale, transplantations d'organes et surveillance continue" dans des locaux prévus… pour les archives. Une situation dénoncée par un médecin qui a depuis été écarté.

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Le tableau est surréaliste. Au sous-sol du site de L'Archet 2 du CHU de Nice se trouve le service de réanimation médico-chirurgicale, transplantations d'organes et surveillance continue. Depuis 22 ans, cette minuscule salle sans aucune fenêtre, initialement prévue pour abriter des archives, accueille des patients qui viennent de subir une opération chirurgicale, d'autres qui sortent du coma ou encore des femmes qui connaissent un accouchement difficile. Des cas sensibles qui nécessiteraient une attention toute particulière. Pourtant, tous sont entassés dans une salle délabrée, séparés par de simples paravents. Le docteur Pierre-Eric Danin, anesthésiste réanimateur appelé à prendre la tête du service, a haussé la voix pour dénoncer ces conditions déplorables. Son contrat n'a pas été renouvelé. Le personnel dénonce un "départ forcé".

Nice-Matin, qui rapporte cette situation ce lundi 4 juin, décrit des murs où la peinture tombe en lambeaux et un plafond qui prend l'eau chaque jour de pluie, jusqu'à dégouliner sur les patients. "C'est un service horrible. Un de mes proches y est décédé. Je suis allé le voir plusieurs fois et je n'avais qu'une envie : le sortir de là", confie anonymement au quotidien un professeur du CHU de Nice.

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Le personnel décrit un "enfer pour les patients et pour l'équipe". Auprès du journal, une soignante raconte le sort d'une dame "consciente" qui n'a "pas vu la lumière du jour depuis trois mois". Face à son lit de fortune, "un patient qui perd la tête et hurle sans cesse". "Dans la même chambre, on a des gens porteurs d'une poche de colostomie [une poche de recueil de matières fécales], des porteurs de bactéries hautement résistantes, tout est mélangé", déplore-t-elle. "C'est particulièrement difficile quand on accueille des familles endeuillées qui viennent se recueillir sur le corps d'un fils, d'un père, et qu'un autre patient demande la chaise pot. La douleur d'un côté du paravent, l'odeur et les bruits de l'autre, c'est indécent", raconte un autre salarié.

La direction promet des travaux

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Un médecin a décidé de parler pour alerter sur ces conditions de soins et de travail auprès de sa hiérarchie. Anesthésiste réanimateur, le docteur Pierre-Eric Danin devait prendre la tête du service. Mais après son coup de gueule, son contrat n'a pas été renouvelé. "J'ai un bel idéal pour l'hôpital public. Je ne pouvais pas me taire. On ne pouvait pas continuer à soigner des gens dans une cave ! Mais c'est plus facile de virer celui qui soulève le lièvre", regrette le praticien auprès de Nice-Matin.

Ce "départ forcé" a provoqué le mécontentement d'une centaine de soignants de l'établissement. Dans une lettre commune, ils s'insurgent de "l'éviction d'un médecin dont le seul tort aura été d'alerter activement sur les mauvaises conditions de travail et de soins". Et de dénoncer une "décision arbitraire, injuste et intolérable".

En retour, le directeur de l'hôpital, Charles Guepratte, a reconnu que les locaux "ne sont plus adaptés" et propose des "travaux de réfection" en attendant le schéma immobilier du CHU de Nice 2018. "Ce que propose la direction, c'est de mettre une couche de peinture, de changer les paravents, c'est du cache-misère, rejette responsable syndical CGT Laurent Gleizes. Ce qu'on demande, c'est d'étudier une relocalisation en urgence du service. On travaille sur de l'humain, pas sur du boulon ! Ce service est un service de haut vol que l'on ne peut laisser en souffrance".

https://www.marianne.net/societe/chu-de-nice-un-medecin-ecarte-apres-avoir-denonce-des-conditions-deplorables?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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JOLI MOIS UE

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Sous Trump, le lobby israélien s’est mué en hydre à plusieurs têtes

TRIBUNE LIBRE / par Jonathan Cook

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Depuis l’arrivée au pouvoir de Trump, le lobby israélien a mobilisé quatre autres puissants lobbies : les évangéliques chrétiens, la droite alternative, le complexe militaro-industriel et l’Arabie saoudite.

Les récentes mesures prises par l’administration Trump dans le conflit israélo-palestinien vont à coup sûr dissiper le moindre doute quant à l’énormité et la dangerosité de l’influence du lobby israélien à Washington.

Sous Trump, ce lobby a démontré un pouvoir d’influence sans précédent – même par rapport à ses propres normes – au mépris flagrant de toutes les plus évidentes priorités américaines.

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On a d’abord eu droit, en mai, au déménagement de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, non pas dans la plus grande discrétion, mais lors du 70eanniversaire du jour le plus sensible du calendrier palestinien : la Nakba. Ce jour-là, les Palestiniens commémorent leur expulsion massive de leur patrie en 1948.

En déplaçant l’ambassade, Trump a donné la bénédiction officielle des États-Unis pour mettre en pièces un processus de paix de 25 ans – et en choisissant la date de la Nakba pour organiser le transfert, il a provoqué les Palestiniens et, par extension, le monde arabe tout entier, en leur rappelant cruellement leur défaite.

Puis, la Maison-Blanche en a rajouté en félicitant les tireurs d’élite israéliens qui, le même jour, venaient de massacrer des dizaines de Palestiniens sans armes, qui protestaient contre la clôture du périmètre autour de Gaza. Il n’est pas exclu qu’une série de déclarations émanant de la Maison-Blanche ait été dictée par le Premier ministre israélien d’extrême droite, Benyamin Netanyahou lui-même.

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Aux Nations unies, les États-Unis ont bloqué une résolution du Conseil de sécurité réclamant que ce massacre fasse l’objet d’une enquête, tandis que Nikki Haley, l’envoyé de Trump à l’ONU, faisait observer aux autres délégués : « Aucun pays dans cette assemblée n’agirait avec plus de retenue qu’Israël ».

Aucune de ces mesures ne servait la moindre priorité nationale américaine, pas plus que la décision prise par Trump la semaine précédente de déchirer l’accord nucléaire de 2015 avec l’Iran – depuis longtemps critiqué par le gouvernement israélien.

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En fait, c’est tout le contraire : ces actions risquent d’enflammer les tensions jusqu’à provoquer une guerre régionale entraînant rapidement les grandes puissances, ou motiver des attaques terroristes sur le sol américain.

Mur du silence

Rappelons-nous qu’il y a deux décennies, il était impossible de suggérer l’existence d’un lobby israélien à Washington sans être taxé d’antisémite.

Paradoxalement, les partisans d’Israël ont exercé ce pouvoir même dont ils niaient l’existence, et soumis leurs opposants par l’intimidation, tout en prétendant que toute évocation d’un lobby israélien ne reposait que sur des « tropes* » antisémites du pouvoir juif.

Le mur du silence n’a été brisé qu’avec la publication en 2006 d’un essai fondateur – publié en livre par la suite – de deux éminents universitaires américains, John Mearsheimer et Stephen Walt.

Or, ces deux auteurs n’ont pas réussi à trouver un seul éditeur aux États-Unis, ce qui atteste de l’implacable emprise de ce lobby, alors même qu’on venait de le sortir de l’ombre. Pour trouver ses lecteurs, l’essai a dû être publié de l’autre côté de l’Atlantique, par la prestigieuse, quoique confidentielle, London Review of Books. L’un de ces écrivains, Stephen Walt, a publiquement admis que sa carrière en avait pâti.

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Il se présente depuis une petite marge de manœuvre sur le sujet. Même le chroniqueur du New York Times, Thomas Friedman, ardent défenseur d’Israël, a reconnu l’existence du lobby.

En 2011, il a expliqué un rituel bien établi, quoique stupéfiant, de la politique américaine : à chaque visite aux États-Unis d’un Premier ministre israélien, le Congrès l’accueille avec plus de ferveur que le président américain lui-même. Friedman fit observer : « J’espère que le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, comprend que, s’il a été gratifié de l’ovation reçue au Congrès cette année, ce n’était pas pour sa politique. Son ovation a été achetée et payée par le lobby israélien ».

Intimidation du Congrès

Friedman faisait allusion au réseau d’organisations du leadership juif et des comités d’action politique aux États-Unis, tous agressivement pro-israéliens, qui, au moment des élections, envoient régulièrement d’importantes sommes d’argent pour soutenir ou desservir tel ou tel candidat du Congrès.

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Non que ces organisations pro-israéliennes contrôlent le Congrès, mais elles maîtrisent les techniques d’intimidation politique. Elles comprennent et exploitent les failles du système américain où s’engouffrent les lobbies et leurs moyens financiers pour dicter les programmes de la plupart des législateurs américains. Chacun des membres du Congrès est vulnérable – non seulement parce qu’il risque de perdre de généreux donateurs, mais de se retrouver aussi face à un adversaire généreusement financé.

Le principe de « suivre la trace de l’argent » ne trouve pas meilleure illustration que dans le cas de Trump. Au début de sa course vers l’investiture du parti républicain pour la présidentielle – dans laquelle si peu d’observateurs lui donnaient une chance qu’il en était réduit à financer sa campagne sur ses deniers personnels – il tenait des propos relativement critiques à l’égard d’Israël.

Aussi difficile à croire que cela puisse paraître aujourd’hui, il avait promis de rester « neutre » sur la question israélo-palestinienne. Il avait exprimé des doutes quant l’opportunité et la logique d’offrir à Israël des milliards de dollars par an en aide militaire, soutenu une solution à deux États et refusé de s’engager à reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël.

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Tout cela a été abandonné dès qu’il a eu besoin de gros bailleurs de fonds pour mener jusqu’au bout sa candidature présidentielle. Le faiseur de rois du parti républicain, c’est Sheldon Adelson, milliardaire des casinos et champion de la politique israélienne ultranationaliste et anti-arabe, dans laquelle excelle Netanyahou. Adelson aime tellement Netanyahou qu’il lui a même acheté un journal, Israel Hayom, qu’Adelson a développé au point d’en faire le quotidien le plus diffusé en Israël.

Tout compte fait, Adelson a soutenu la campagne électorale de Trump à hauteur de 35 millions de dollars. C’est parce qu’il avait besoin du soutien d’Adelson que Trump a nommé David Friedman – bienfaiteur de longue date des colonies juives illégales en Cisjordanie – au poste (supposé non partisan) d’ambassadeur des États-Unis en Israël. Et lors de l’ouverture de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem la semaine dernière, Adelson faisait partie des invités d’honneur.

Le vilain petit canard de l’antisémitisme

Ceux qui accusent d’antisémitisme quiconque ose soulever la question du lobby israélien, soit comprennent de travers ce qui est revendiqué, soit en donnent, intentionnellement, une représentation fallacieuse.

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Personne, hormis les antisémites haineux, facilement identifiables, ne se livre à la réactualisation des Protocoles centenaires des Sages de Sion – un faux document célèbre rédigé par les partisans du tsar russe, censé prouver que ‘’les juifs’’ cherchaient à dominer le monde en faisant main basse sur banques et médias.

Pour commencer, l’argument sur l’existence d’un lobby israélien ne fait aucunement référence aux personnes juives. Est en cause un pays, Israël, et son influence démesurée sur les politiques nord-américaines.

D’autres pays ou groupes de citoyens américains tentent d’exercer ce genre d’influence, soit par le biais de lobbies similaires, soit en recourant à divers subterfuges.

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Personne n’oserait nier l’existence du lobby cubain – ce groupe de pression qui a contribué à orienter la politique américaine et cherché à évincer le leader révolutionnaire Fidel Castro. Encore actuellement, la quasi-totalité des législateurs américains écument de rage devant ce qu’ils interprètent comme des manœuvres occultes déployées par la Russie en vue d’orienter la politique américaine dans le sens de Moscou.

Pourquoi devrait-on croire qu’il en va tout autrement d’Israël ? La question n’est pas de savoir si le lobby existe, mais pourquoi le système politique américain ne fait rien pour se soustraire à son ingérence.

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Si la prétendue main invisible du leader russe Vladimir Poutine s’ingérant dans les affaires américaines fait peser une telle menace, pourquoi celle d’Israël serait-elle au-delà de tout soupçon ?

Cinq lobbies en un

Plutôt que démasquer et affronter le lobby israélien, les présidents américains se sont généralement volontiers ralliés à sa cause. Ce qui s’est clairement vu, entre autres, lorsque Barack Obama a rétropédalé lors de sa première confrontation avec Netanyahou, à qui il demandait de limiter l’expansion des colonies juives illégales en Cisjordanie.

Sous Trump, en revanche, le lobby israélien en est venu à exercer un pouvoir sans égal, parce qu’on a affaire désormais à bien plus qu’un seul et unique lobby. Il s’agit d’une hydre à cinq têtes, digne de la mythologie grecque, et une seule d’entre elles relève directement d’Israël ou des juifs américains organisés.

En fait, le pouvoir du lobby n’émane désormais plus d’Israël principalement. Depuis l’élection de Trump, le lobby israélien a réussi à absorber et à mobiliser quatre puissants lobbies supplémentaires – et ce dans des proportions inédites : les évangéliques chrétiens, la droite alternative, le complexe militaro-industriel et le lobby de l’Arabie saoudite.

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La victoire électorale de Trump dans son propre pays dépendait de sa capacité à rallier à sa cause deux groupes profondément engagés en faveur d’Israël, tout en étant largement indifférents, voire activement hostiles, aux juifs de ce pays.

Les dirigeants de l’extrême droite américaine – coalition peu structurée de groupes suprématistes blancs et néonazis – se sont entichés d’Israël, mais n’aiment généralement pas les juifs. Ce sentiment a été résumé par le leader d’extrême droite, Richard Spencer, qui se qualifie lui-même de « sioniste blanc ».

Bref, la droite alternative chérit Israël parce que ce pays a réussi à perpétuer un modèle, depuis longtemps décrié, de forteresse patriotique raciste et belliqueuse. Elle voudrait que les États-Unis deviennent un pays exclusivement réservé à une communauté « blanche » fantasmée, tout comme Israël se veut l’incarnation d’une communauté exclusivement juive.

Trump s’appuie sur le vote de l’extrême droite, comme en témoigne la nomination précipitée à son administration de plusieurs personnalités associées à ce courant, dont Steve Bannon, Stephen Miller, Michael Flynn, Julia Hahn et Sebastian Gorka.

Réaliser la prophétie divine

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Toutefois, le rôle des évangéliques est encore plus déterminant. C’est ainsi que le fervent chrétien Mike Pence a été désigné colistier de Trump. Son équipe avait compris que les voix de dizaines de millions d’Américains lui seraient acquises si Trump se conformait à leurs préjugés.

Pour le plus grand bonheur de Netanyahou, leur plus grand parti-pris se traduit par un soutien fanatique à Israël, non seulement à l’Israël restreint à l’intérieur de ses frontières actuelles internationalement reconnues, mais surtout au Grand Israël, qui englobe des dizaines de colonies juives illégales construites sur des terres palestiniennes.

Les sionistes chrétiens croient que les juifs doivent être regroupés au sein de leur patrie biblique afin que s’accomplisse la prophétie divine qui provoquera la seconde venue du Messie.

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C’est surtout par souci de plaire aux sionistes chrétiens que Trump a transféré l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. Et c’est aussi pourquoi deux pasteurs évangéliques connus pour leurs propos antisémites, John Hagee et Robert Jeffress, ont été appelés à gratifier de leurs bénédictions la cérémonie d’ouverture.

Trump est redevable envers les évangéliques – on a donc motif à s’inquiéter de sa politique dans la région. Les sionistes chrétiens ne s’intéressent pas aux principes d’équité, de justice ou de droit international. Ils sont au contraire prêts à attiser les tensions au Moyen-Orient – et même à déclencher l’Armageddon lui-même – s’ils y voient un moyen de renforcer Israël et de réaliser la prophétie divine.

Mise en garde d’Eisenhower

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Le complexe militaro-industriel jouit d’une influence de bien plus longue date, quoique plus masquée, sur la politique américaine. Déjà en 1961, un ancien général de l’armée américaine devenu président, Dwight Eisenhower, avait mis en garde contre la menace imminente d’un secteur privé de plus en plus envahissant, et dont les marges bénéficiaires sont tributaires de l’ampleur des guerres.

Depuis, le pouvoir de ces grandes sociétés s’est accru et étendu, exactement comme le craignait Eisenhower. Pour le plus grand bonheur d’Israël.

Dans son livre The Fateful Triangle, publié au début des années 1980, Noam Chomsky, intellectuel américain dissident, observait qu’Israël et États-Unis ne partageaient pas les mêmes perceptions du Moyen-Orient.

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Les États-Unis incarnaient alors ce que Chomsky appelait le « pouvoir du statu quo », avant tout soucieux de préserver l’ordre régional existant. Israël, au contraire, s’employait à la déstabilisation de la région – sa balkanisation – et en a fait sa stratégie, en vue d’étendre son hégémonie sur des États voisins divisés, chacun d’entre eux en proie à de constantes querelles intestines.

On constate sans peine aujourd’hui quelle vision du Moyen-Orient a prévalu. Les industries de guerre dont le siège social est aux États-Unis font pression en faveur d’une « guerre mondiale permanente contre le terrorisme », gourmande en jouets meurtriers coûteux – dont elles ont déjà largement profité. L’Occident a même réussi à présenter ses guerres d’agression contre d’autres États souverains sous l’étiquette « humanitaire ».

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Les avantages qu’en retire le complexe militaro-industriel se traduisent par les profits exponentiels enregistrés ces dix dernières années par les grands marchands de canons américains comme Lockheed Martin ou Raytheon.

Entretenir les peurs

Israël n’a pas seulement bénéficié des sanctions contre ses rivaux régionaux et de leur démembrement – Syrie, Irak et Iran – mais a également saisi cette occasion pour se rendre indispensable à la prospérité de ces industries de guerre.

Il a, par exemple, été la cheville ouvrière du développement et du perfectionnement de nouvelles façons d’exploiter la culture de la peur – dont la plus importante, l’industrie toujours en pleine expansion de la « sécurité intérieure ».

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Israël se sert des territoires palestiniens occupés à des fins d’expérimentation et s’est spécialisé dans le développement de nombreuses technologies : surveillance et biométrie, méthodes létales et non létales de contrôle des foules, systèmes complexes d’incarcération, profilage psychologique des populations assujetties, et redéfinitions très douteuses du droit international visant à la levée des sanctions en vigueur en cas de crimes de guerre et guerres d’agression.

Cette situation s’avère incommensurablement bénéfique aux industries militaires qui cherchent à tirer profit des nouvelles guerres et occupations au Moyen-Orient. De plus, l’expertise d’Israël en la matière s’en trouve désormais très recherchée par les élites politiques et sécuritaires américaines qui souhaitent pacifier et contrôler des populations nationales agitées.

La déstabilisation du Moyen-Orient encouragée par Israël fait peser de nouvelles menaces sur les États-Unis – protestations, immigration et terrorisme – pour lesquelles Israël fournit alors des solutions clé en main.

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Israël a contribué à rationaliser la militarisation des forces de police aux États-Unis et ailleurs, et assure leur formation. Il a aussi progressivement introduit – aux États-Unis comme dans d’autres pays occidentaux – le type de profilage racial et politique qui est, depuis longtemps, la norme en Israël.

C’est la raison pour laquelle l’universitaire israélien Jeff Halper vient de tirer la sonnette d’alarme : la « guerre contre le terrorisme » pourrait, en fin de compte, faire de nous tous des Palestiniens.

Alliance avec l’Arabie saoudite

Mais le plus gros coup de pouce qui a renforcé la puissance d’Israël à Washington est sans doute sa nouvelle alliance, à peine dissimulée, avec l’Arabie saoudite.

Pendant des décennies, le lobby pétrolier américain fut perçu comme contrepoids au lobby israélien. C’est pourquoi les partisans d’Israël ont toujours conchié le Département d’État américain, perçu comme l’incarnation d’un avant-poste arabisant.

Plus maintenant. Trump, en homme d’affaire fidèle à lui-même, a cultivé des liens encore plus étroits avec les Saoudiens dans l’espoir que les ventes d’armes et de technologies revitaliseront l’économie des États-Unis et feront advenir leur renaissance politique.

Lors d’une visite du prince héritier Mohammed ben Salmane aux États-Unis en mars, M. Trump a précisé : « L’Arabie saoudite, nation très riche, va, nous l’espérons, faire bénéficier les États-Unis d’une partie de son abondance, sous la forme d’emplois et en acquérant les meilleurs équipements militaires au monde ».

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Or, les liens étroits qu’entretiennent Washington et les Saoudiens ressemblent de plus en plus à une aubaine pour Israël, plutôt qu’à un obstacle. Ces deux pays se sont trouvé une cause commune : ils s’opposent fébrilement à l’Iran et à ses alliés chiites en Syrie et au Liban, et ils sont déterminés à les empêcher d’acquérir encore plus de pouvoir dans la région.

Israël est en quête d’une hégémonie militaire sur le Moyen-Orient, et l’Iran risque de la compromettre. De son côté, Riyad a besoin d’une hégémonie idéologique et financière, que l’Iran a les moyens de contrarier.

Quant aux Palestiniens – la seule question qui continue de diviser profondément Israël et l’Arabie saoudite – ils sont de plus en plus perçus par ben Salmane comme une pièce de jeu d’échecs qu’il est tout disposé à sacrifier en échange de la destruction de l’Iran.

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Trump a déchiré, avec l’enthousiasme incendiaire que l’on sait, l’accord nucléaire conclu entre Obama et l’Iran parce que ses deux alliés du Moyen-Orient le lui ont conjointement réclamé.

Et tout indique qu’il pourrait faire pire encore – jusqu’à attaquer l’Iran – si la pression d’Israël et des Saoudiens atteignait une masse critique.

L’heure est à un peu plus d’humilité

Tous ces différents lobbies exercent depuis longtemps un pouvoir considérable à Washington, mais ils restent profondément divisés. Ces dernières années, en revanche, leurs intérêts se sont considérablement entremêlés, de sorte qu’Israël devient de plus en plus incontournable en politique américaine.

Sous Trump, leurs priorités ont si bien convergé que ce lobby multicéphale a capté la présidence sur les questions qui le concernent le plus, et d’autant plus efficacement qu’il joue collectif.

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Je ne dis pas que le lobby israélien est à l’avenir à l’abri de tout défi. D’autres menaces émergent en réaction au pouvoir irresponsable du lobby israélien : notamment, les voix progressistes sur la scène politique américaine qui, pour la première fois, rompent avec le caractère, de longue date, bipartisan du débat sur Israël.

La progression inattendue de Bernie Sanders dans la course à l’investiture démocrate pour la présidentielle, la montée en puissance du mouvement international Boycott, désinvestissement et sanction (BDS), la désaffection croissante des jeunes juifs américains envers Israël, et la dénonciation grandissante des crimes israéliens par l’opinion publique américaine sur les réseaux sociaux sont autant de signes révélateurs de tendances lourdes, qu’Israël aura du mal à contrer ou à inverser.

Israël est en train d’obtenir en ce moment ce qu’il recherche depuis toujours. Mais contre le péché d’orgueil, nous avons été mis en garde depuis l’époque de la Grèce antique.Israël pourrait en venir à un peu plus d’humilité – par la manière forte.

Jonathan Cook

Jonathan Cook est un journaliste anglais basé à Nazareth depuis 2001. Il a écrit trois ouvrages sur le conflit israélo-palestinien et remporté le prix spécial de journalisme Martha Gellhorn. Vous pouvez consulter son site web et son blog à l’adresse suivante : www.jonatthan-cook.net.

Article original traduit par Dominique Macabies.

https://arretsurinfo.ch/sous-trump-le-lobby-israelien-sest-mue-en-hydre-a-plusieurs-tetes/

*TROPE, subst. masc.

A. − RHÉTORIQUE

1. [Dans l'anc. rhét.] Figure par laquelle un mot prend une signification autre que son sens propre. Les Tropes sont certains sens plus ou moins différens du sens primitif, qu'offrent, dans l'expression de la pensée, les mots appliqués à de nouvelles idées (P. Fontanier, Les Figures du disc., Paris, Flammarion, 1968, [1821], p. 39). (...)http://www.cnrtl.fr/definition/trope

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