samedi 2 juin 2018

Le ridicule ne tue pas, Emmanuel Macron peut le certifier

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir,

TL SAPIR MACRON MATTARELLA

Le ridicule ne tue pas. Du moins, c’est habituellement ce que l’on dit…

Emmanuel Macron, notre Président de la République, s’était réjoui du véto mis par le Président italien, M. Mattarella, sur le nom d’un eurosceptique notoire, M. Paolo Savona qui devait figurer dans le gouvernement proposé par M. Giuseppe Conte. Cela apparaissait comme un coup d’arrêt donné aux deux partis, le M5S et la Lega, qui étaient sortis gagnants de l’élection du 4 mars 2018. Il avait même salué le « courage » et le « sens des responsabilités » de Mattarella[1]. Et tout ce beau monde des européistes béats, ceux que l’on surnomme en Italie les « euroïnomanes », de se réjouir du geste de Mattarella.

Las, le jeudi 31 mai en début de soirée, l’homme désigné par Mattarella pour former un autre gouvernement renonçait, et Mattarella n’avait d’autre choix que d’accepter à nouveau Giuseppe Conte, qui proposait un gouvernement, où figurait Paolo Savona….

Le Président de la République italienne, M. Mattarella

Il a l’air malin, Emmanuel Macron, et il doit se mordre les doigts de ses déclarations intempestives. Oh, si cela peut le consoler, il ne sera pas le seul. On a, parmi ceux qui se sont révélés odieux dans leur attitude ouvertement anti-démocratique le commissaire européen au Budget, Günther Oettinger qui a avait déclaré «Les marchés vont apprendre aux Italiens à bien voter» dans une interview à la radio publique allemande Deutsche Welle[2]. On a aussi eu Markus Ferber, député au Bundestag de la CSU, le parti allié à Mme Merkel, qui déclarait quant à lui que la « Troïka » (de sinistre mémoire en Grèce) devrait sans doute envahir l’Italie et prendre le contrôle du Trésor italien[3]. Bref, entre les apôtres d’une tyrannie des marchés et les nostalgiques de l’opération Alaric (la prise de contrôle par les armées du IIIème Reich de l’Italie en septembre 1943), Emmanuel Macron est en bonne compagnie.

Ce que signifie le retournement du jeudi soir

Il faut cependant revenir à ce que signifie le retournement de situation de jeudi soir. Il était évident, dès le départ, que Carlo Cottarelli, ancien haut responsable du FMI et l’homme désigné par Mattarella pour succéder à Conte, n’avait aucune chance d’être investi par le Parlement. Dans ces conditions, un retour devant les urnes était certain. Sauf que de nouvelles élections auraient donné encore plus de sièges au M5S et à la Lega, peut-être même les deux-tiers. Certains, à Bruxelles comme à Rome ont donc du faire leurs comptes. Mattarella a dû se rendre à l’évidence, et accepter le gouvernement Conte. En un sens, le Président, comme jadis Mac Mahon, s’est soumis.

savona

On dira, et ce n’est pas faux, que ce n’est pas exactement le même gouvernement et que Conte a transigé. Si Paolo Savona figure bien en son sein, c’est cette fois en temps que Ministre des Affaires Européennes, et non plus comme Ministre des finances. Ce dernier poste est dévolu à Giovanni Tria, un homme connu pour ses positions économiques plutôt orthodoxes. Mais, il faut noter qu’il a soutenu l’idée d’un fort déficit budgétaire, directement financé par la BCE, pour relancer l’économie italienne, et qu’il est, dans le contexte actuel, opposé à plus d’austérité. Ce sont des positions qui vont directement à l’encontre des recommandations de Bruxelles et Francfort. Dans un autre sens, la nomination de Enzo Moavero Milanesi, un ancien responsable de l’UE et un ancien Ministre de Mario Monti comme Ministre des affaires étrangères, est de nature à rassurer certains à Bruxelles comme à Francfort. Mais, telle est peut-être justement le but de cette nomination.

Car, dans le même temps que se déroulaient ces péripéties au Quirinal, on apprenait que deux institutions financières parapubliques italiennes s’étaient mises à racheter systématiquement des bons du Trésor italien. C’est, peut-être, une réponse devant les spéculations sur les marchés financiers, mais peut-être aussi le début de la construction d’instruments pour parer au choc financier d’une sortie de l’Euro, voire mettre en place une monnaie parallèle à l’Euro.

Les ambiguïtés italiennes

5af6e16b488c7bbe438b4568

Il est donc clair que la défaite du Président Mattarella reste entourée d’un certain nombre d’ambiguïtés quant à la volonté de Conte, mais surtout de Luca di Maio et Matteo Salvini, d’engager un bras de fer décisif avec Bruxelles et Francfort. Car, et il n’en faut pas douter, nous allons connaître une longue période de tensions entre Rome et Bruxelles, mais aussi Francfort. Cependant, sauf à avoir dans ses tiroirs un plan d’ores et déjà prêt pour une sortie de l’Euro, cette ambiguïté est nécessaire. Surtout si, dans les semaines qui viennent, se précise la possibilité d’utiliser les bons du Trésor comme un instrument de paiement, ceci débouchant sur l’établissement d’une monnaie parallèle en Italie avec l’Euro. C’est une route sur laquelle les difficultés seront nombreuses, il n’en faut pas douter[4].

Il convient donc de prendre ce gouvernement comme il est. Il sera jugé sur ses actes.

6405485lpw-6407675-article-italyflag-jpg_3946886_660x281

Mais, sa formation représente, déjà, une première victoire de la démocratie sur les pratiques anti-démocratiques du Président Mattarella. Ces pratiques ont été dénoncées en France, mais aussi dans la presse internationale[5]. Elles font ressortir d’autant plus le ridicule du soutien emphatique d’Emmanuel Macron au Président italien.

Pour la suite, on peut regretter que l’on n’aille pas à de nouvelles élections, qui auraient pu être organisées à la fin du mois d’août ou au début de septembre. Elles auraient clarifié la situation, et sans doute donné à la coalition M5S-Lega une légitimité incontestable, tout comme le nombre requis de députés, pour changer la Constitution, ce qui aurait considérablement réduit les possibilité d’actions de ceux que l’on nomme les « euroïnomanes ».

Notes

[1] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/05/28/97001-20180528FILWWW00171-macron-salue-le-courage-du-president-mattarella.php

[2] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/29/la-gaffe-du-commissaire-allemand-gunther-oettinger-qui-enflamme-l-italie_5306622_3214.html

[3] http://www.dailymail.co.uk/news/article-5790389/German-MEP-says-Brussels-control-Italys-finances.html

[4] Sur la question des monnaies parallèles voir ma contribution à l’ouvrage collectif de Beker V. et Moro B., Sapir J., « Parallel currencies, Varoufakis’ plan B and the ongoing debate on euro » in Beker V. et Moro Beniamino, The European Crisis, WEA Book n°7, College Publications, Londres, 2016.

[5] https://www.telegraph.co.uk/business/2018/05/28/europes-soft-coup-detat-italy-watershed-moment/

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-le-ridicule-ne-tue-pas-emmanuel-macron-peut-le-certifier-par-jacques-sapir/

Posté par UPR Creuse à 07:01 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , ,

Les grandes dates de la retraite en France

BASE 14 995X225

Le parti pris de cet article est de présenter des faits de manière neutre, ce qui, de toute évidence, est une tromperie: il laisse entendre que les différentes réformes ont été mises en place pour des raisons techniques (vieillissement de la population, problèmes de financement...) et bien sûr, aucune mention n'est faite de la responsabilité des traités européens, qui devient écrasante à partir de 1991-92, date de l'entrée en vigueur du traité de Maastricht.   P.G.

HIST RETRAITES GOPE

Sommaire

1. Introduction à l'histoire de la retraite en France

CNR 1

En France, l'apparition du premier système de retraite est celui des marins. Si certaines tentatives de développement d'une assurance-vieillesse ont eu lieu au début du siècle dernier, il faudra attendre 1945 et la création de la Sécurité sociale pour que le système de retraite se développe réellement.

Le régime général des salariés du privé est alors créé. Certaines professions s'organisent également de leur côté et développent leur propre régime de retraite.

Depuis, l'assurance-retraite est devenue une institution obligatoire et encadrée qui a beaucoup évolué au fil des décennies. Découvrez les grandes dates et les réformes qui ont marqué son histoire et devenez incollable sur la retraite en France !

2. Les grandes dates qui ont marqué l'histoire de la retraite en France

    • Avant 1945 : les premiers régimes de retraite

      Le premier régime de retraite, celui des marins, remonte à Louis XIV. Il faudra attendre 1910 pour que l'on s'efforce, sans succès, d'établir en France un régime de retraite pour les plus démunis.

      De 1928 à 1930, de nouvelles impulsions iront dans ce sens, sans résultat non plus. Une décennie plus tard, en 1941, une allocation aux vieux travailleurs salariés est créée. Elle s'inscrit aujourd'hui comme l'ancêtre du minimum vieillesse, qui existe encore actuellement.

      A partir de 1945, plusieurs régimes professionnels commencent à coexister mais de façon disparate. La majorité de la population n'est pas encore réellement couverte face au risque-vieillesse.

    • 1945 : naissance de la Sécurité sociale

      CNR 2

      Les ordonnances d'octobre 1945 créent la Sécurité sociale, dont l'assurance-vieillesse constitue l'une des principales branches (avec la maladie, la famille et les accidents du travail).

      C'est alors la naissance du régime général des retraites, qui s'applique à l'époque à tous les salariés du secteur privé, hors agriculture. Le principe de fonctionnement du régime est de créer un système qui fonctionne par répartition : les cotisations des actifs servent à financer la même année les pensions des retraités.

      A l'époque, l'âge minimum pour percevoir une retraite complète est alors fixé à 65 ans. A la création de ce régime, l'idée était de créer un régime unique pour tous. Cependant, certaines professions et organismes ont préféré conserver leur propre régime : c'est l'origine des régimes spéciaux.

    • 1947 : création de l'Agirc

      L'Association générale des institutions de retraite des cadres (Agirc) est créée en 1947 et suit également un fonctionnement par répartition. Ce régime complémentaire, dédié aux cadres, s'ajoute au régime de base de tous les salariés. La différence est qu'il fonctionne en points.

    • 1949 : création des caisses de retraite des professions indépendantes

      4 ans après la création du régime général des salariés du privé, les professions indépendantes se dotent de leur propre caisse de retraite :

      • La CNAVPL pour les professions libérales,
      • La Cancava pour les artisans,
      • L'Organic pour les commerçants et les industriels
    • 1956 : naissance du minimum vieillesse

      Afin d'assurer un revenu minimal aux personnes n'ayant pas suffisamment cotisé, le minimum vieillesse est créée en 1956. Ce dispositif est réservé aux personnes âgées de plus de 65 ans. Il est financé par l'impôt et géré à l'époque par le Fonds national de solidarité qui deviendra, en 1993, le Fonds de solidarité vieillesse (FSV).

    • 1961 : création de l'Arrco

      L'Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés (Arrco) coordonne désormais la retraite complémentaire pour l'ensemble des salariés, cadres et non-cadres. Les cadres conservent toujours une retraite complémentaire à l'Agirc.

      Comme pour l'Agirc, les pensions Arrco s'ajoutent à la retraite du régime de base et le régime fonctionne en points.

    • 1971 : réforme Boulin

      georges-pompidou-2

      Afin de mieux partager les fruits de la croissance des Trente Glorieuses, cette première réforme vise à relever sensiblement le niveau des pensions. Les règles de calcul des retraites du régime général sont modifiées :

      • La retraite complète à taux plein à 65 ans passe de 40 à 50 % du revenu des 10 meilleures années (et non plus des 10 dernières).
      • La durée d'assurance requise pour la pension complète est allongée de 30 à 37,5 ans (120 à 150 trimestres).
    • 1972 : La retraite complémentaire devient obligatoire

      Dès 1972, l'affiliation à un régime de retraite complémentaire (Arrco-Argic) devient obligatoire pour les salariés et anciens salariés de l'agriculture. La retraite obligatoire des salariés a désormais deux volets : la retraite de base et la retraite complémentaire.

    • 1982 : la retraite à 60 ans

      François Mitterrand instaure la retraite à 60 ans, contre 65 ans auparavant, sous réserve d'avoir cotisé 37,5 années. Pour rappel, le taux plein permet, à cette époque, de percevoir 50% des 10 meilleures années de salaire.

      PSD-rocard

    • 1991 : le livre blanc sur les retraites

      Le Livre blanc sur les retraites, préfacé par le Premier ministre de l'époque Michel Rocard, pose pour la première fois la question des conséquences du vieillissement de la population sur l'équilibre du système de retraite. Plusieurs pistes de réformes sont proposées :

      • allongement de la durée de cotisation,
      • allongement de la durée de référence pour le calcul des pensions (au-delà des 10 meilleures années),
      • indexation des pensions sur les prix,
      • création de mécanismes de retraite supplémentaire par capitalisation.

      Ces propositions ont toutes été mises en oeuvre par la suite et servent toujours de base à la réflexion lors de chaque nouvelle réforme du système des retraites.

    • 1993 : réforme Balladur

      La-guerre-Chirac-Balladur-c-etait-quoi

      Cette réforme s'inscrit dans la continuité du « Livre Blanc » de 1991 et prévoit notamment pour les salariés du privé :

      • l'allongement progressif de la durée minimum de cotisation de 37,5 ans à 40 ans (soit 150 à 160 trimestres),
      • le changement du mode de calcul des pensions, dont la période de référence pour le calcul des retraites passe des 10 meilleures années de salaire aux 25 meilleures années,
      • l'indexation des pensions versées aux retraités sur les prix et non plus sur les salaires,
      • la création du Fonds de solidarité vieillesse (FSV) qui prend en charge l'ensemble des dépenses de solidarité (minimum vieillesse, prise en compte des trimestres de chômage, majoration pour enfants à charge...).
    • 1999 : création du Fonds de réserve des retraites

      Le gouvernement Jospin crée le Fonds de réserve pour les retraites (FRR). Ce fonds d'investissement est destiné à aider le système des retraites à affronter le choc démographique du papy-boom. Il vise à assurer la pérennité du régime par répartition. Il est alimenté par une taxe sur les revenus du patrimoine et des placements, et par des dotations exceptionnelles.

    • 2000 : création du COR

      JOSPIN 1

      Le Conseil d'orientation des retraites (COR) a pour mission d'assurer le suivi du système des retraites et d'éclairer l'action publique par son expertise et ses propositions. Il est composé d'élus, d'experts, de représentants de l'Etat, des partenaires sociaux et de la société civile.

 

    • 2003 : réforme Fillon

      En 2003, cette réforme prévoit notamment :

      • l'allongement de la durée de cotisation à 41 ans (164 trimestres) en 2012,
      • l'alignement progressif de la durée de cotisation du public sur celle du privé,
      • l'instauration d'un système de surcote pour encourager le report de la date de départ en retraite,
      • la création de nouveaux produits d'épargne retraite par capitalisation (Perp, Perco, PERE),
      • la mise en place de rendez-vous réguliers tous les 4 ans pour décider de l'évolution future du système en fonction de l'accroissement de l'espérance de vie.
      • la création de la retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP) qui sera mise en place en 2005.

 

11328436-18872182

    • 2007 : réforme des régimes spéciaux

      La plupart des régimes spéciaux s'alignent progressivement sur le régime de la fonction publique :

      • la durée de cotisation est alignée sur celle du public,
      • un mécanisme de surcote / décote est instauré,
      • la période de référence pour le calcul de la pension devient les 6 derniers mois de carrière au lieu du dernier mois,
      • la revalorisation des pensions est indexée sur les prix et non plus sur les salaires.

 

    • 2010 : réforme Woerth

      Une nouvelle réforme est mise en place en 2010 pour 2 raisons :

      • les précédentes réformes n'ont pas permis de résorber le besoin de financement du système des retraites,
      • le déficit s'aggrave en 2010 (32 milliards d'euros) suite à la crise de 2008.

      De plus, la crise a généré de la part des acteurs internationaux [!!] une attente forte en matière de maîtrise des finances publiques. La réforme Woerth de 2010 prévoit donc :

      • l'allongement progressif de la durée d'assurance et un recul de l'âge de départ à 62 ans,
      • le report à 67 ans de l'âge automatique de la retraite à taux plein,
      • des restrictions sur les conditions d'accès au dispositif « carrière longue ».

      woerth-au-revoir

      Parallèlement, le COR publie 2 rapports importants début 2010 :

      • en janvier, son 7ème rapport est consacré aux différents scénarios possibles de remise à plat du système de retraites,
      • en avril, le 8ème rapport actualise les projections financières à l'aune des conséquences de la crise économique.

 

  • 2014 : réformes Ayrault et Touraine

    1026623273

    Les réformes Ayrault et Touraine de 2014 prévoient :

    • l'instauration d'un compte pénibilité à points pour les emplois difficiles, permettant de partir plus tôt à la retraite,
    • un nouvel allongement progressif de la durée d'assurance,
    • l'abaissement de la valeur d'un trimestre à 150 fois le smic horaire brut,
    • de nouvelles possibilités de rachat de trimestres,
    • la fin de l'ouverture de nouveaux droits à la retraite issus des cotisations versées dans le cadre d'un cumul emploi-retraite.

https://www.la-retraite-en-clair.fr/cid3191514/les-grandes-dates-retraite-france.html

AFFICHE KESSLER

Unédic. Les évadés fiscaux font leur beurre sur l’argent des chômeurs

Des citoyens ont retracé le circuit très opaque de la dette de l'assurance-chômage française. Leur enquête montre que les détenteurs de cette créance, auxquels l'Unédic verse 400 millions d'euros d'intérêts par an, opèrent dans les paradis fiscaux.

ARG UNEDIC DETTE

Ce vendredi matin, au moment même où le Conseil des ministres se penche sur les réformes de la formation professionnelle, de l’apprentissage et du système d’indemnisation du chômage qui constituent le projet de loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » – un titre pour le moins décomplexé –, une quinzaine de membres du Groupe d’audit citoyen de la dette de l’assurance-chômage (Gacdac) rendent public un premier rapport sur la dette de l’Unédic. Ils dénoncent l’opacité du financement de l’organisme chargé de la gestion des cotisations de 16,5 millions de salariés, un « système-dette » volontairement mis en place par ses dirigeants avec le soutien de l’État et des investisseurs sur les marchés financiers, détenteurs de 35 milliards d’euros de titres de créances sur l’assurance-chômage. Des investisseurs dont certains flirtent avec les paradis fiscaux, et se trouvent en bonne place sur les listings des Panamas et Paradise Papers révélés dans la presse.

Où va l’argent de l’Unédic ? Quel est le niveau d’évasion fiscale tiré des cotisations des salariés et de la CSG, l’impôt payé par les salariés et les retraités pour financer une partie de la protection sociale ? Après plusieurs semaines d’enquête dans les méandres de la comptabilité et des opérations financières de l’Unédic, ce que les membres du Groupe d’audit citoyen de la dette de l’assurance-chômage (Gacdac) ont découvert les a laissés pantois. D’autant que plus d’un chômeur sur deux n’est pas indemnisé.

129902_600

Si le montant de la dette du gestionnaire des allocations-chômage, estimée entre 34 et 37 milliards d’euros, n’a pas vraiment surpris les membres du Gacdac, la proximité de l’Unédic avec certains créanciers adeptes de l’optimisation, voire de l’évasion fiscales les a, en revanche, stupéfiés. « L’opacité du système ne nous a pas aidés. Nous ignorons précisément où sont les titres (de dette de l’Unédic), mais nous savons avec certitude que les entités qui les détiennent sont présentes dans les listings des Paradise ou Panama Papers (ces fichiers de comptes cachés dans les paradis fiscaux qui ont fuité dans la presse – NDLR). Sur cinquante investisseurs que j’ai réussi à repérer, la moitié est présente sur ces listes », révèle Louise Ferrand, qui a conduit les recherches ­documentaires pour le groupe d’audit.

Pour emprunter sur les marchés financiers, l’Unédic, via des banques dites « placeuses », émet des titres, des obligations, pour l’essentiel assez encadrés. Pour ses besoins de financement à court terme, elle recourt à des Euro Medium Term Notes (EMTN) imaginés aux États-Unis, des prêts très flexibles en taux, durée et peu réglementés, donc très prisés des « investisseurs », qui peuvent les échanger sans trop de contraintes. Pour ses affaires, l’Unédic fait appel à une vingtaine d’établissements financiers : les banques françaises BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, Bred et ­Natixis, les britanniques Barclays et HSBC, la suisse Crédit suisse, ou encore l’italienne Unicrédit, les allemandes Commerzbank AG, Nord/LB, Landesbank Baden-Württemberg, DZ Bank AG et Helaba, les américaines Citigroup et J.P. Morgan, la canadienne Scotiabank et la japonaise Daiwa Capital.

«Nous ignorons qui sont les vendeurs et les acheteurs »

lobbying_0

« Aucune de ces banques, quel que soit le montant des titres qu’elle achète, n’a à rougir puisqu’on estime qu’elles pratiquent toutes, avec plus ou moins de dextérité, l’évasion fiscale », notent les auteurs de l’audit, déçus de n’avoir pu présenter un tableau exhaustif des acteurs de la dette de l’assurance-chômage. Notamment ceux du marché dit secondaire, où se joue le gros de la partie, et qui, grâce à des réformes des Codes du commerce, monétaire et financier de 2002, bénéficient de véritables paravents qui garantissent leur anonymat.

Une fois acquis par les banques, les titres de l’Unédic sont en effet revendus sur un autre marché, le marché secondaire, en échange d’une commission, bien sûr, via une chambre de compensation, institution financière qui joue les intermédiaires dans les transactions en assurant leur bonne exécution. En l’occurrence, Euroclear, l’une des deux chambres européennes ; la seconde, Clearstream, avait défrayé la chronique dans les années 2000. Selon le Gacdac, l’Unédic verserait autour de 400 millions d’intérêts aux investisseurs sans les connaître vraiment, expliquait son directeur, Vincent Destival, auditionné par les sénateurs en 2015 : « Nous n’avons pas de suivi précis sur la manière dont notre dette est renégociée sur les marchés entre détenteurs primaires et des investisseurs intéressés. Nous savons à quel prix mais nous ignorons qui sont les vendeurs et les acheteurs. » L’un d’eux a pourtant été repéré par les auteurs du rapport : Sicav-Fis, adepte de l’optimisation fiscale. « En fouillant, je suis tombée sur ce fonds de compensation privé. Il a été créé pour gérer la réserve du régime général des pensions de retraite des Luxembourgeois. En 2016, il possédait pour 7,95 millions d’euros de titres de l’Unédic », précise Louise Ferrand.

La dette équivaut à un an de recettes de cotisations

Dette-300x300

Les citoyens auditeurs ont ainsi retracé le circuit d’une partie de la dette de l’assurance-chômage française passant par le Luxembourg : le Crédit suisse (sous le coup d’une enquête pour blanchiment aggravé, pour ne pas avoir déclaré des milliers de comptes au fisc français) gère pour Sicav-Fis un emprunt de 252 millions d’euros qu’il a lui-même placé avec HSBC (un champion des placements dans les paradis fiscaux, qui vient d’éviter un procès en versant 300 millions à l’État français pour compenser les impôts dus) sur le marché primaire pour le compte de l’Unédic. « Nous demandons que la clarté soit faite sur l’identité des créanciers. Nous voulons savoir où passe l’argent de la collectivité », explique Pascal Franchet, du Gacdac. Lui ne se fait pas d’illusions sur la réponse attendue à la longue liste de questions que les auditeurs posent, dans une lettre jointe à leur rapport, à la ministre du Travail, aux administrateurs et à la direction de l’Unédic. « Les dirigeants ont fait le choix du système-dette, de l’endettement pour financer l’assurance-chômage avec le soutien de l’État qui garantit les emprunts. Cet aval de l’État permet à l’Unédic d’obtenir des taux d’emprunt très bas auprès des banques. Mais, si les taux remontent, ce qui est probable, ce sera une catastrophe pour le système d’assurance-chômage », poursuit Pascal Franchet.

310x190_un-stand-pole-emploi-dans-un-salon-sur-l-emploi-le-28-mai-2015-a-lille

La dette équivaut désormais à un an de recettes de cotisations. Des cotisations dont le taux stagne depuis maintenant quinze ans, alors que le nombre de chômeurs a, lui, doublé. « En fait, les allocations-chômage sont une variable d’ajustement. D’où la nouvelle course à la radiation qui s’annonce », déplore Pascal Franchet.

Journaliste
http://gacdac.canalblog.com/

Posté par UPR Creuse à 04:45 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

La ligne aérienne Limoges-Paris fait désormais l'objet d'une obligation de service public

Dans un tweet publié en fin de matinée ce jeudi, le député de la Haute-Vienne, Jean-Baptiste Djebbari annonce que la ligne aérienne Limoges-Paris fait désormais l'objet d'une obligation de service public. Il en est de même pour la ligne Limoges-Lyon. L'entrée en vigueur est fixée au 1er janvier 2019.

ACT AEROPORT LIMOGES

Une demande en ce sens avait été déposée il y a quelques mois pour ces deux lignes jugées « primordiales » mais dont le taux de remplissage moyen est d'environ 40 %. Les rotations sur la ligne Limoges-Paris sont assurées, depuis 2012, par la société Twinjet. C'est Chalair qui gère les rotations vers Lyon depuis 2014.

En terme de cadence, Lyon gagne un aller-retour, le dimanche (le planning des vols à partir du 17 septembre inclut déjà une rotation le dimanche soir), quand l’offre pour Orly demeure quasiment identique (deux allers-retours par jour en semaine, plus un le dimanche). 

Les OSP revoient la capacité minimale d’accueil des avions assurant les liaisons. « Les appareils seront plus grands, plus confortables », précise le président de la CCI, Pierre Massy. Le communiqué du ministère parle de « nombre de sièges doublés » pour le Limoges-Orly et d’une offre « calquée sur les capacités actuelles » pour Limoges-Lyon. Soit 29 places contre 19 auparavant pour Paris et 46 sièges pour Lyon.

Avec ses ATR 42 et 72, Chalair qui assure la ligne vers Lyon, possède les capacités de répondre. Ce qui n’est pas le cas, en l’état, pour la compagnie Twin Jet dont les Beechcraft ne peuvent transporter que 19 passagers vers Orly. De quoi l’exclure de fait du nouvel appel d’offres que le syndicat mixte devrait passer, selon sa présidente Andréa Brouille, « d’ici la fin de l’année ou le début de l’année prochaine » ? « Peut-être ce sera les mêmes compagnies. Ou peut-être pas, élude la vice-présidente du Conseil régional. Mais pour l’instant, rien ne bouge. » « En plus, les avions, ça se loue, avance Pierre Massy. D’évidence, ça n’exclut personne. »

https://www.lepopulaire.fr/limoges/economie/tourisme/2018/05/31/la-ligne-aerienne-limoges-paris-fait-desormais-l-objet-d-une-obligation-de-service-public_12868482.html

Obligation de service public pour deux lignes de l'aéroport de Limoges : première victoire d’En Marche ou succès collectif des élus de Haute-Vienne ?

aeroport-de-bellegarde-resultats-de-frequentation-de-laeropo_3798943

L’annonce, via Twitter, de Jean-Baptiste Djebbari (*), à propos des obligations de services publics, a « choqué » la présidente du Syndicat mixte de l’aéroport.

« Évidemment, on est satisfait, avance Andréa Brouille, mais sur la forme, l’apprendre par un tweet de M. Djebbari, ça me fait râler. Ça me choque car c’est un travail de long terme, mené par les élus de terrain. C’est peu agréable de voir qu’au bout de six mois de mandat, il tire la couverture à lui, alors que la région finance à 50 % l’aéroport. »

Alors que l’efficacité de l’action des parlementaires macronistes du département était notamment remise en cause sur le dossier épineux du désenclavement, cette annonce via les réseaux sociaux est tout sauf anodine. Le débat sur la RN 147 vers Poitiers est toujours ouvert, tout comme la question de l’amélioration de la desserte ferroviaire. « La pression constante des députés, notamment, a permis d’obtenir cette OSP », se satisfait le référent LREM 87, Pascal Guiennet. La proximité, entretenue lors de la réforme ferroviaire, entre le député En Marche Jean-Baptiste Djebbari et la ministre a son importance. « Si c’est le cas, tant mieux pour le territoire », balaie Guillaume Guérin, maire adjoint de Limoges, qui insiste « le rôle clé » de la CCI et de Pierre Massy. « Ça montre que quand les collectivités s’entendent sur un consensus, on y arrive, avance l’élu LR. Il faut qu’on arrête de vouloir tout récupérer. »

Dans la perspective des élections locales, la question du désenclavement s’annonce comme un sujet majeur de débat. « Les autres sujets sont davantage sur le long terme, conclut Pascal Guiennet. Et même si c’est moins grand public, l’aéroport est un moyen pour les entreprises de se développer. »

(*) Jean-Baptiste Djebbari n’a pas pu être joint, ce jeudi.

Sébastien Dubois

https://www.lepopulaire.fr/limoges/economie/politique/2018/06/01/obligation-de-service-public-pour-deux-lignes-de-l-aeroport-de-limoges-premiere-victoire-den-marche-ou-succes-collectif-des-elus-de-haute-vienne_12868759.html

BASE 14 995X225

Djebarri !!!
Avec lui, les semaines passent et se ressemblent !
Parachuté en Haute-Vienne (mais normal pour un petit pilote), il cumule prétention, arrogance, mépris pour le Limousin, incompétence et mensonges !

Le Limousin serait-il pour lui un tremplin et viserait-il des fonctions "plus nobles" ?
En tout cas, récupérer l'action des élus qui se remuent depuis très longtemps n'est pas très "noble" !   S.R.

Posté par UPR Creuse à 04:30 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

Loi contre les fausses informations

Une loi qui ne nous protégera pas des « fake news » répandues essentiellement par l’appareil médiatique du « bloc occidental »; comme on l’a vu dans toutes les guerres d’ingérence récentes: en Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Ukraine, en Palestine, en Syrie… Cette loi servira uniquement à museler les journalistes indépendants [hors système] et les blogs alternatifs qui ont une autre manière de voir les choses et qui s’attachent justement à dévoiler les mensonges des médias intitutionnels.

TL MACRON LOI FAKE NEWS

TRIBUNE LIBRE / p

Source: 

Les pièges de la définition :

Le projet de loi sur les « fake news » change d’intitulé. Ce mauvais anglicisme est remplacé dans l’intitulé de la loi sur la « manipulation de l’information » et dans le corps du texte, la fausse information, celle à combattre, est décrite comme « toute allégation ou imputation d’un fait dépourvu d’élément vérifiable de nature à le rendre vraisemblable ». Pour mémoire, la loi de 1881 punissait déjà la publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler… .

1033625035

Ce pinaillage sémantique est-il vraiment important ? Oui, car dès qu’il s’agit de définir le vrai, le faux et l’interdit, les mots comptent. Accordons que « fake news » est un mauvais anglicisme qui souffre de deux défauts principaux :

– la confusion avec des notions comme désinformation, intoxication, rumeur sans oublier le canular, la parodie, le sensationnel des pièges à clics, etc.

– son usage devenu totalement polémique et dont témoigne  la situation américaine : les démocrates accusent les trumpistes d’avoir gagné les élections sur de fausses nouvelles et les seconds accusent les premiers de tenter de déstabiliser le président et de défendre le pouvoir idéologique de la bien-pensance à grands coups de "fakes".

Donc il est bien d’avoir traduit en français en se référant à la notion de fausses informations, sous réserve qu’il s’agisse bien d’informations au sens des nouvelles, c’est-à-dire le récit ou la représentation d’événements passés qui se sont ou pas déroulés comme on le prétend.

En revanche, la définition du « faux » montre un singulier glissement. La loi de 1881 parle bien de fabriquer, de falsifier ou d’attribuer mensongèrement, trois actes délibérés, trois choses qui ne peuvent se faire innocemment (au moins chez le premier falsificateur qui lance une nouvelle destinée à être reprise). À l’origine des fausses nouvelles, il y a toujours forcément un initiateur qui a inventé une fait, ou qui a imité ou truqué un document, éventuellement photographique ou numérique. Le mot ancien de forgerie traduit bien cette idée de fabriquer : c’est un acte dont il faut prouver l’effectivité. Un fait qui peut être ou pas établi.

aliens-et

En revanche, la nouvelle définition proposée par la loi commence bien (allégation ou imputation d’un fait) mais se termine dans le flou. Est-ce une loi anti-crétins destinée à punir les gens qui croient des choses invraisemblables ? Ou contre les paresseux qui reprennent une information sans avoir pris la peine de la vérifier ?

Surtout comment le juge des référés fera-t-il pour évaluer le dégré de vraisemblance d’une information venue de l’étranger, comme un crime de guerre en Syrie, l’existence d’un compte au Bahamas ou l’assassinat du journaliste Babchenko ?

Pour reprendre des exemples récents et bien français : comment juger de la vraisemblance d’un cas d’étudiant matraqué dans le coma ou d’un faux tweet anti-immigré de Dupont-Aignan en toute objectivité politique ? De la démonstration d’un acte on passe à l’évaluation d’une autorité ou d’une cohérence – choses éminemment subjectives voire idéologiques. Car il n’y a rien de plus idéologique que de décider ce qui doit être tenu pour vraisemblable et énonçable.

ob_f07afc_fake-news-2

À l’évidence la loi servira moins à protéger l’opinion, en démontrant des manœuvres ou des maquillages (la probabilité qu’une fausse nouvelle grossière ne soit pas très vite repérée par les internautes et les nombreux dispositifs de fact-checking est faible) qu’à creuser le fossé idéologique entre médias classiques et contestation sur les réseaux sociaux. Ce qui est peut-être l’effet rhétorique recherché.

François-Bernard Huyghe  | 30 mai 2018

Source: https://www.huyghe.fr/actu_1537.htm

https://arretsurinfo.ch/loi-contre-les-fausses-informations/

Posté par UPR Creuse à 04:15 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,