mercredi 2 mai 2018

ENVIRON 3000 PERSONNES ONT PARTICIPÉ À PARIS À LA PREMIÈRE GRANDE MANIFESTATION DE L’UPR LE 1er MAI 2018.

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Un premier aperçu en attendant le document définitif...

UN SUCCÈS QUI A GALVANISÉ LES PARTICIPANTS ET STUPÉFIÉ LES PASSANTS !

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Un monde fou pour la manifestation de l’UPR – Union Populaire Républicaine à #Paris ! #1erMai #Frexit #FêteDuTravail #FêteDuTravailFaitesLeFrexit #MacronDestitution

Pendant que quelques centaines de mystérieux « casseurs » amusaient la galerie du côté de la manifestation Mélanchon-syndicats et captaient 100% de la couverture médiatique, ce sont environ 3000 personnes qui ont défilé à Paris, paisiblement mais résolument, sous les couleurs de l’UPR.

Les mots d’ordre étaient notamment
« Europe : soumission ! Frexit : solution ! »,
« Le Frexit pour les services publics »,
« Asselineau président pour le Frexit ! »
« Otan imposture, Bruxelles dictature »….

Même si la plupart des grands médias ont gardé le silence sur ce succès qui en annonce d’autres, l’UPR vient ainsi de franchir un nouveau cap historique et spectaculaire.

Un grand merci à tous les participants et à tous les organisateurs !

Il s’agit d’une vidéo hébergée sur Facebook, il se peut qu’elle soit bloquée par votre navigateur. Lien vers celle-ci :
https://www.facebook.com/upr.charleshenrigallois/videos/1809638219102648/

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Retrouvez également le direct intégral de la manifestation du 1er mai de l’UPR :


https://www.facebook.com/upr.francoisasselineau/videos/10156335820042612/
https://www.upr.fr/actualite/un-succes-qui-a-galvanise-les-participants-et-stupefie-les-passants-environ-3000-personnes-ont-participe-a-paris-a-la-premiere-grande-manifestation-de-lupr-le-1er-mai-2018

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Comment la dette de la SNCF enrichit les marchés financiers, au détriment des cheminots et des usagers [réédition]

En raison de la mobilisation sociale et militante autour du 1° mai, l'équipe de Frexit-Limousin.fr représente des articles de fond publiés sur ce site à des fins d'argumentaire. Merci de votre compréhension. P.G.

AFFICHE ARG 1MAI

TRIBUNE LIBRE / par

TL SNCF SOBRE

 

Sous prétexte de sauver la SNCF, endettée de près de 50 milliards d’euros, le gouvernement Philippe prépare une profonde réforme du secteur ferroviaire, ouvrant la porte à sa privatisation de fait. Présentée comme la conséquence de performances insuffisantes de l’entreprise, cette dette résulte pourtant très largement de choix politiques et organisationnels antérieurs. Loin des fantasmes sur le statut des cheminots, Basta ! retrace l’histoire de cet endettement, qui constitue aussi une rente annuelle de plus d’un milliard d’euros pour les marchés financiers. Pour en venir à bout, d’autres solutions sont possibles.

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Lors de l’inauguration de la ligne grande vitesse Paris-Rennes, en juillet dernier, Emmanuel Macron a évoqué une offre : l’État pourrait prendre en charge la dette de la SNCF en échange d’un « nouveau pacte social » au sein de l’entreprise publique, qui verrait le statut des cheminots progressivement supprimé. Emmanuel Macron faisait ainsi implicitement le lien entre l’endettement colossal de la SNCF – 46,6 milliards d’euros – et le « coût du statut » des cheminots, qui leur donne notamment la possibilité de partir en retraite plus tôt. Le rapport Spinetta, remis le 15 février dernier au gouvernement en vue d’une loi réformant la SNCF, reprend cette thèse d’un coût du travail trop élevé qui viendrait grever les finances du système ferroviaire français.

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« C’est une escroquerie intellectuelle de laisser penser cela, s’insurge Jean-René Delépine, représentant du syndicat Sud-rail au conseil d’administration de SNCF réseau, la branche qui gère les voies ferrées. Cette dette, c’est d’abord la contre-valeur d’un bien commun : un réseau de chemin de fer. Elle est visible parce qu’elle se trouve au sein d’une seule société. Si une entreprise avait, à elle seule, la charge de maintenir et de développer le réseau routier, sa dette serait infiniment supérieure ! L’État, qui se présente comme la victime d’un endettement non maîtrisé de la SNCF, est en fait le premier responsable de l’explosion de la dette. »

Une dette « mise sous le tapis » il y a vingt ans

Dans les années 80, la politique du « tout TGV », vers lequel les investissements sont essentiellement dirigés, se traduit par une diminution continuelle des budgets de maintenance et de renouvellement du reste du réseau – dessertes des agglomérations, lignes rurales, lignes inter-cités – qui aboutit à un état de délabrement alarmant d’une partie des voies. « En 2005, un audit sur l’état du réseau français réalisé par l’école polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse) à la demande de Réseau ferré de France (RFF) et de la SNCF alertait sérieusement sur le vieillissement du réseau et pointait la responsabilité de l’État », souligne la CGT dans un récent rapport sur l’avenir du service public ferroviaire. Plus de 9000 kilomètres (sur un total de 30 000) sont considérés comme vétustes voire dangereux [1]. À certains endroits, les rails sont si dégradés que les trains doivent ralentir. Tout cela oblige l’État à engager un important et très coûteux programme de travaux au début des années 2000.

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En 1997, pour répondre aux critères du traité de Maastricht qui conditionne le passage à l’euro à la maîtrise du déficit public, la France choisit de loger sa dette ferroviaire dans un nouvel établissement public, séparé de la SNCF : Réseau ferré de France (RFF, renommé SNCF réseau en 2014). « C’est une façon de masquer la dette publique, estime Jean-René Delépine. À la même époque, l’Allemagne a de son côté décidé de reprendre la dette du système ferroviaire, alors qu’elle était en pleine réunification ! »

La dette de 46,6 milliards d’euros qui plombe actuellement le système ferroviaire est celle de SNCF réseau, mise sous le tapis il y a vingt ans [2]. « RFF puis SNCF réseau se retrouvent à porter, seules, des investissements qui doivent normalement revenir à l’État, poursuit Jean-René Delépine. C’est pourtant lui qui prend les décisions d’aménagements ! »

Dix milliards ponctionnés par les marchés financiers

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À la fin des années 2000, le gouvernement de Nicolas Sarkozy décide de lancer un vaste programme de travaux, mais sans y allouer les finances nécessaires. À la remise en état des voies vieillissantes, s’ajoute la construction de quatre nouvelles Lignes à grande vitesse (LGV) [3]. En 2010, SNCF réseau investit 3,2 milliards d’euros tout en percevant 2,2 milliards de subventions. Il faut donc emprunter sur les marchés pour trouver le milliard manquant. En 2012, les investissements s’élèvent à 4,3 milliards d’euros quand les subventions de l’État plafonnent à 1,2 milliard. Nouvel emprunt. En 2015, rebelote : alors que SNCF réseau doit débourser 5,3 milliards, il ne reçoit que 1,1 milliard de l’État. Cette année là, les subventions ne couvrent que 23 % des besoins d’investissement. Le recours à l’emprunt augmente encore. Depuis, les subventions consenties par l’État restent bien inférieures aux montants de travaux... pourtant engagés à sa demande ! « En 2017, 5,4 milliards d’euros ont été investis pour la régénération du réseau. 2,2 milliards ont été versés par des subventions. Le reste a été emprunté », illustre Jean-René Delépine.

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À ce système structurellement déficitaire, s’ajoute le fait qu’« SNCF Réseau doit payer les intérêts de sa dette passée, comme l’explique Adrien Coldrey, économiste au sein du cabinet d’expertise Degest [4]. Or, il n’a plus aucune ressource pour payer ces intérêts puisque celles-ci ont été utilisées pour l’investissement : il doit donc s’endetter pour les payer. C’est un effet boule de neige, qui ressemble à une situation de surendettement pour un particulier. »

Ces dix dernières années, cette charge de la dette – 10,3 milliards d’euros seulement pour les intérêts – pèse plus lourd que l’entretien et le développement du réseau – 7,2 milliards d’euros ! « Quand la SNCF emprunte 100 euros pour le réseau, il ne peut en utiliser que 41. Les 59 restant sont ponctionnés par le système financier », détaille Arnaud Eymery, le directeur du cabinet Degest. Soit les banques, assurances et fonds d’investissement qui prêtent à la SNCF [5].

« On travaille pour financer les banques »

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« Pour le dire autrement, afin d’investir 100 euros sur la modernisation des voies, la SNCF doit emprunter 243 euros ! Le surcoût est considérable. C’est une rente pour les marchés financiers, même si les taux sont actuellement très bas. » Si les taux devaient remonter, l’absurdité de ce choix économique serait encore plus flagrante. « La charge de la dette avale les trois quarts de la performance économique de l’outil industriel, assène Jean-René Delépine, de Sud-rail. On travaille pour financer les banques. C’est une honte. » Et plus le temps passe, plus la dette se creuse. « Si l’État l’avait reprise en 2010, seulement 7,2 milliards d’euros d’endettement auraient été générés, contre 17,5 milliards actuellement », calcule Arnaud Eymery du cabinet Degest.

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Autre choix politique absurde : en 2006, le gouvernement de Dominique de Villepin privatise les autoroutes, ce qui provoque un gros manque à gagner pour le système ferroviaire. Une partie des subventions versées par l’État à la SNCF provient de l’agence de financement des investissements de transports de France, qui était alimentée par les redevances des concessions d’autoroutes...

Pour se faire une idée des sommes dont est aujourd’hui privé le système ferroviaire, il suffit de regarder le montant des dividendes que se sont partagés les actionnaires des sociétés concessionnaires d’autoroute (SCA) en 2016 : 4,7 milliards d’euros [6] ! « La suppression du projet d’écotaxe en octobre 2014 [par le gouvernement de Manuel Valls, ndlr], également prévue par le Grenelle de l’environnement pour financer la construction des LGV, vient à nouveau gréver les finances et donc le report des trafics de la route vers le train », ajoute Arnaud Eymery.

Pour les usagers, le prix des billets explose

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Le report de la route vers le train constitue un défi crucial face au réchauffement climatique et à l’aggravation de la pollution atmosphérique. Mais pour les usagers, le coût du train s’envole. Car pour faire face à sa situation financière, le tarif facturé par RFF aux sociétés exploitants les trains – et donc principalement à la SNCF – a été considérablement augmenté (+26 % entre 2007 et 2013). « La hausse est aussitôt répercutée sur le prix des billets, qui augmente de 20% entre 2008 et 2013 », souligne Arnaud Eymery. Résultat : les Français délaissent le train jugé hors de prix.

Dès 2010, la fréquentation des TGV est en baisse. Un cercle infernal se met en place : les gens prennent moins le train, le nombre de trains diminue, les péages augmentent, de même que les billets, ainsi que les investissements nécessaires. Entre 2010 et 2016, le trafic ferroviaire enregistre une hausse de 1 % quand la voiture bondit de 7 % et le transport aérien de 17 %.

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Plutôt que de taxer la route pour financer le transport ferroviaire, beaucoup moins polluant, l’État prétend que celui-ci peut s’autofinancer à condition que les cheminots travaillent plus et mieux. Pourtant, d’importants efforts ont déjà été consentis. « Chaque année, on demande à la SNCF d’économiser 1,5 milliard d’euros. Et la principale source d’économies, c’est l’emploi », poursuit Arnaud Eymery. Entre 2004 et 2014, les effectifs cheminots ont chuté. Ces derniers passent de 175 000 à 154 000 salariés, soit 2000 emplois supprimés chaque année.

Productivité élevée, espérance de vie réduite

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Selon le cabinet Degest, une étude des gains de productivité laisse apparaître, entre 2004 et 2014, une progression plus forte pour les cheminots (+3,2% par an) que pour l’économie française dans sa globalité (+1,9%). Une tendance qui devrait se prolonger ces prochaines années du fait des contrats de performance signés entre l’État et la SNCF. Néanmoins, le coût de cette pression sur le travail est élevé. À la SNCF comme ailleurs, les salariés sont écartelés entre des objectifs sans cesse accrus et des moyens revus à la baisse. Au point que certains ne peuvent plus assurer correctement la sécurité sur les voies (lire notre enquête sur l’accident de Brétigny en 2013). Et que d’autres sont sommés de proposer aux voyageurs les billets les plus chers [7].

Pour que les trains puissent rouler en continu, la maintenance est davantage assurée de nuit, alors que le travail nocturne a des effets importants sur la santé. « Les indices de morbidité [le nombre de jours d’absence des salariés pour maladie ou accident du travail, ndlr] ont augmenté au fur et à mesure que des gains de productivité étaient enregistrés », remarque Arnaud Eymery.

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L’espérance de vie des cheminots est inférieure à la moyenne nationale, notamment pour les personnels de l’exécution et de la traction. Ces derniers meurent quatre ans plus tôt que le reste de la population [8]. La fédération Sud-rail, à qui la direction refuse de fournir des chiffres, estime qu’une cinquantaine de cheminots se suicident chaque année.

1269 euros, le salaire de base d’un chef de bord

En parallèle, les réorganisations et le déploiement de nouvelles technologies entraînent une hausse de l’encadrement. « En créant trois entités en 2014, on a créé trois états-majors différents, illustre Jean-René Delépine. Cela augmente automatiquement la masse salariale puisque les cadres sont plus nombreux et mieux payés. » L’augmentation exponentielle de la sous-traitance a également entraîné une augmentation du taux d’encadrement. Pour réaliser des économies, il serait ainsi possible de regarder du côté de l’organisation du travail, ou encore... de la direction.

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En 2017, les onze membres du comité exécutif de SNCF Réseau se sont ainsi partagés une rémunération nette imposable de 2,5 millions d’euros, assortis de 38 000 euros d’avantages en nature, soit une moyenne de 19 000 euros par mois et par personne. En 2017, Florence Parly, l’actuelle ministre des Armées, a été payée 52 000 euros par mois en tant que directrice générale chargée de SNCF voyageurs. Par comparaison, le traitement de base d’un chef de bord, qui assure les trajets à bord d’un train corail, est de 1269 euros nets, assortis de plusieurs primes.

(...)

Nolwenn Weiler

Photo : CC Renaud Chodkowski

- Lire aussi : Comment la SNCF a créé des centaines de filiales pour mieux préparer le démantèlement du transport ferroviaire.

Notes

[1L’audit réalisé par l’école polytechnique de Lausanne est disponible ici.

[2Les deux autres établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC) du groupe n’ont pas de dettes « inquiétantes » pour le moment. On parle là de l’« Epic de tête » (la holding qui chapeaute l’ensemble) et de SNCF mobilités qui fait rouler les trains (et qui possède par ailleurs des centaines de filiales).

[3Paris-Strasbourg, Paris-Bordeaux, Paris-Rennes, contournement Nîmes-Montpellier.

[4Le Cabinet Degest a rédigé en 2013 un rapport très documenté pour la SNCF en vue de la réforme ferroviaire de 2014. Les principales conclusions de ce rapport sont à lire ici. Le rapport est consultable .

[5Voir ici l’analyse de Degest sur le coût de la dette.

[6Pour consulter la synthèse des comptes des concessions autoroutières, voir ici.

[8Espérance de vie à l’âge de 60 ans : 24,9 ans pour la France entière ; 20,3 ans pour les personnels d’exécution à la SNCF, 22 pour les personnels de traction.

[9La TICPE est la quatrième recette fiscale de l’État derrière la TVA, les impôts sur le revenu et sur les sociétés.

https://www.bastamag.net/Comment-la-dette-de-la-SNCF-enrichit-les-marches-financiers-au-detriment-des

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Les méthodes de management centrées sur le ’savoir être’ des salariés [réédition]

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TRIBUNE LIBRE / Danièle Linhart : « Les méthodes de management centrées sur le ’savoir être’ des salariés ne sont qu’une application exacerbée du taylorisme »

TL MANAGEMENT

Les nouvelles méthodes de management se prétendent au service de l’épanouissement des salariés, de leur « savoir être » et de la « réalisation de soi » en entreprise. Danièle Linhart, spécialiste de l’évolution du travail et de l’emploi, démonte ces impostures et montre comment le management moderne s’inscrit dans la lignée du travail à la chaîne théorisé par Taylor et Ford pour toujours mieux asservir les salariés. Objectif : déposséder les travailleurs de leurs savoirs et de toute forme de pouvoir dans l’entreprise. « Le patronat ne veut surtout pas que la contestation massive qui s’est exprimée en 1968 ne se reproduise », explique-t-elle. Entretien.

L’histoire du travail salarié est celle, dites-vous, d’une dé-professionnalisation systématique des travailleurs. Taylor a initié cette dynamique avec son « organisation scientifique du travail » au XIXe siècle qui, loin d’être neutre, visait à contrôler les ouvriers. Comment cette dé-professionnalisation a-t-elle été imposée ?

Danièle Linhart [1] : Taylor avait identifié le fait qu’au sein des entreprises, le savoir, c’est aussi le pouvoir. Sa théorie : si on laisse entièrement le savoir aux ouvriers dans les ateliers, alors les employeurs sont privés du pouvoir. Ce qui, bien entendu, serait dommageable à la profitabilité des entreprises. A l’époque, c’est à dire à la fin du XIXe siècle, lorsqu’un capitaliste décide de monter une entreprise, il possède l’argent, mais pas la connaissance ni les savoir-faire. Pour produire, il fait donc appel à des ouvriers et des compagnons qui organisent eux mêmes le travail.

La grande invention organisationnelle de Taylor consiste à ce que la direction puisse réunir – et s’approprier – l’ensemble des connaissances détenues par les ouvriers, les classer, en faire la synthèse, puis en tirer des règles, des process, des prescriptions, des feuilles de route. Bref, in fine, à ce que la direction puisse dire aux ouvriers en quoi consiste leur travail. Il s’agit d’un transfert des savoirs et du pouvoir, des ateliers vers l’employeur, et d’une attaque en règle visant la professionnalisation des métiers.

Quelles sont les conséquences de ce processus ?

Cette réorganisation fait émerger de nouveaux professionnels, des ingénieurs et des techniciens. Ceux-ci ont une masse de connaissances et d’informations à gérer et à organiser, afin de mettre en place des prescriptions de travail, à partir des connaissances scientifiques de l’époque. On a donc pris l’habitude de présenter le taylorisme comme une organisation « scientifique » du travail, sachant qu’à partir du moment où la science décide, ce qui en ressort est nécessairement impartial et neutre.

C’est évidemment faux : l’organisation du travail proposée par Taylor, qui était consultant au service des directions d’entreprises, est profondément idéologique. Elle a systématiquement et sciemment dépossédé les ouvriers de ce qui fonde leur force, leur identité, et leur pouvoir : le métier et ses connaissances. L’objectif est d’installer une emprise sur les ouvriers, de façon à ce qu’ils ne travaillent pas en fonction de leurs valeurs et de leurs intérêts, mais en fonction de ce qui est bon pour les profits de l’entreprise et l’enrichissement de leur employeur.

Il semble pourtant décisif pour Taylor de faire apparaître cette dépossession comme juste et honnête. Henry Ford, qui instaure le travail à la chaîne quelques années plus tard, se présente lui aussi comme un bienfaiteur de l’humanité. Quels arguments avancent-ils pour convaincre l’opinion publique ?

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Taylor a toujours prétendu se situer du côté du bien commun : il affirme avoir permis une augmentation de la productivité dont toute la nation américaine a profité, alors même qu’il préconise de répartir les énormes gains de productivité obtenus grâce à son organisation du travail de manière très inégalitaire : 70 % pour l’entreprise – c’est à dire pour les actionnaires – et 30 % pour les salariés. Il dit aussi avoir « démocratisé » le travail, en l’éloignant des syndicats de métiers. Selon lui, grâce aux prescriptions définies par la hiérarchie, n’importe quel paysan pourrait désormais devenir ouvrier. Il assume totalement le fait d’avoir dépossédé les ouvriers de leur travail. Et donc, d’une partie de leur dignité.

Quelques années plus tard, Ford se présente aussi comme un bienfaiteur de l’humanité, alors qu’il propose un système technique et organisationnel encore plus contraignant. Le travail à la chaîne, c’est un pas supplémentaire vers l’asservissement. Les salariés sont non seulement tenus par des prescriptions et feuilles de route produites par la direction et sur lesquelles ils n’ont pas de prise. Ils sont désormais tenus par le rythme – infernal – imposé par la chaîne. Ford disait : « Grâce à moi, tout le monde pourra avoir sa voiture. Je participe à la cohésion sociale, et c’est un progrès formidable. »

Pourtant, chez Ford, les ouvriers étaient exploités encore plus durement qu’au sein des autres usines...

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Effectivement. Le rythme y était tel qu’ils étaient très nombreux à jeter leurs outils sur la chaîne, en assurant qu’il était impossible de travailler à de telles cadences. En 1913, plus de 1300 personnes par jour doivent être remplacées ! Le taux de rotation avoisine les 380 %, ce qui est trop élevé pour assurer la production et tirer les profits escomptés. Pour fixer les ouvriers, il décide alors d’augmenter les salaires, jusqu’à ce qu’ils restent. Résultat : les paies sont multipliées par 2,5. Ce qui est énorme pour l’époque, évidemment. Ford présente cette augmentation de salaire, mise en place pour faire supporter des conditions insupportables, comme un véritable progrès social. Il fait croire à un scénario « win win », comme disent les managers aujourd’hui : tout le monde serait gagnant, l’employeur comme les salariés.

Ford pousse la logique d’exploitation plus loin que Taylor. Y compris à l’extérieur de l’atelier. Il se préoccupe d’entretenir et de reproduire « la force de travail » jusque dans la vie quotidienne des ouvriers. Quelle forme cette stratégie prend-t-elle ?

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Pour tenir le coup lorsqu’ils travaillent à la chaîne, les ouvriers doivent littéralement mener une vie d’ascète. Henry Ford créé un corps d’inspecteurs chargés d’aller vérifier qu’ils se nourrissent bien, qu’ils dorment correctement, qu’ils ne se dépensent pas inutilement, qu’ils ont un appartement bien aéré... Ford, qui était végétarien, propose même des menus à ses ouvriers. Il exerce une véritable intrusion dans la vie privée, officiellement pour le bien des salariés.

On retrouve le même discours dans le management du XXIe siècle, qui prétend répondre aux aspirations les plus profondes des salariés : « Vous allez être contents de travailler chez nous. Vous verrez, nous allons vous faire grandir. » Il faut avoir du courage, être audacieux. Entretenir son corps. Dans certains bureaux, on peut désormais travailler sur ordinateur tout en marchant, grâce à des tapis roulant ! Les DRH parlent de bienveillance et de bonheur, comme Ford le faisait avec ses inspecteurs. La volonté de prise en charge de la vie des salariés perdure.

Comment se manifeste cette intrusion, dans l’entreprise du XXIe siècle ?

On leur propose par exemple des massages, de la méditation, des activités destinées à créer des relations avec leurs collègues. Certaines entreprises distribuent des bracelets pour que les salariés puissent comptabiliser leurs heures de sommeil. C’est très intrusif. L’organisation moderne du travail est un perfectionnement des méthodes de Taylor et de Ford : les directions s’occupent de tout, tandis que les salariés s’engagent totalement pour leur entreprise, avec l’esprit « libéré ».

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Il s’agit toujours de faire croire aux salariés que cela est réalisé l’est pour leur bien. La logique du profit, la rationalité capitaliste deviennent l’opportunité pour les salariés de faire l’expérience de leur dimension spécifiquement humaine. D’ailleurs, les qualités qui leur sont demandées relèvent de dimensions qui vont au delà du professionnel : il s’agit de l’aptitude au bonheur, du besoin de se découvrir, de la capacité à faire confiance, à mobiliser son intuition, son sens de l’adaptation, à faire preuve de caractère, d’audace et de flexibilité…. La notion de « savoir être » est d’ailleurs devenue l’un des axes forts de la nouvelle gestion des salariés préconisée par le Medef.

La dépossession professionnelle mise en place par Taylor plonge les salariés dans un état de soumission et de dépendance hiérarchique inouï pour l’époque, dites-vous. Le management contemporain impose-t-il la même chose ?

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Avec le taylorisme, les salariés ne peuvent plus travailler sans les préconisations de leurs supérieurs, comme les gammes opératoires, les délais alloués... On retrouve cela dans le management actuel, bien entendu, puisque le travail reste défini par les directions, assistées de cabinet de conseils qui élaborent des procédures, des protocoles, des « bonnes pratiques », des méthodologies, des process… Les salariés n’ont aucune prise sur cette définition. La dictature du changement perpétuel accentue même cette dépendance. Dans toutes les entreprises – que ce soit dans l’industrie ou dans les services – on change régulièrement les logiciels, on recompose les services et départements, on redéfinit les métiers , on organise des déménagements, on externalise, puis on ré-internalise... Ce faisant on rend les connaissances et l’expérience obsolètes. On arrive même à transformer de bons professionnels en apprentis à vie ! Les gens sont perdus.

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Les salariés le disent d’ailleurs de manière très explicite : « Je ne sais plus où je suis dans l’organigramme. Je ne sais pas de qui je dépends. » Ils sont totalement déstabilisés, se sentent en permanence sur le fil du rasoir et se rabattent sur les procédures et les méthodes standard, comme sur une bouée de sauvetage. Mais ces procédures et méthodes standard ne sont définies et maîtrisées que par les directions… Les salariés se retrouvent en proie à des doutes terribles. Ils se sentent impuissants, incompétents. Ils sont obligés de mendier des aides techniques. Leur image de soi est altérée. Ils ont peur de la faute, de faire courir des risques à autrui. Ces méthodes les jettent dans une profond sentiment d’insécurité.

Face à cette exigence du changement permanent, les anciens apparaissent comme embarrassants. Vous expliquez que leur expérience est disqualifiée et leur expertise oubliée. Comment cette disqualification se met-elle en place ?

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Il faut éviter, quand on est manager, d’avoir des gens capables d’opposer un autre point de vue en s’appuyant sur les connaissances issues d’un métier ou de leur expérience. Si un salarié revendique des connaissances et exige qu’on le laisse faire, c’est un cauchemar pour une direction. Or, les seniors sont les gardiens de l’expérience, ils sont la mémoire du passé. Ça ne colle pas avec l’obligation d’oublier et de changer sans cesse. Il y a donc une véritable disqualification des anciens. On véhicule l’idée qu’ils sont dépassés, et qu’il faut les remplacer.

Il s’agit en fait de déposséder les salariés de leur légitimité à contester et à vouloir peser sur leur travail, sa définition et son organisation. L’attaque contre les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) se situe dans cette même idéologie de dépossession. Ils constituaient en effet des lieux de constitution de savoirs experts opposables au savoir des directions. Les seuls savoirs experts qui doivent désormais « légitimement » exister sont ceux portés par les équipes dirigeantes où se trouvent des gens issus des grandes écoles, secondés par des cabinets de consulting internationaux.

La destruction des collectifs de travail, et le développement de l’individualisation dans la gestion des « ressources humaines », s’inscrivent-ils dans cette même ligne idéologique ?

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Évidemment. C’est particulièrement vrai en France où l’individualisation systématique de la gestion des salariés a été enclenchée par le patronat au milieu des années 1970, avec toujours cette excuse officielle de la prise en compte des aspirations profondes des salariés et de leur besoin d’autonomie. Cela s’est fait en réaction aux mobilisations de 1968. Il y a eu du côté du patronat une peur très forte de la capacité de contestation massive qui s’est exprimée en 1968, sous la forme de trois semaines de grève générale avec une occupation des usines. Ce moment a été d’une violence inouï pour les chefs d’entreprise qui ne veulent surtout pas que cela se reproduise.

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Depuis, tout a été mis en place pour individualiser la relation entre les entreprises et les salariés, et la relation de chacun à son travail. On a instauré des primes et des augmentations de salaire individualisées, ainsi que des entretiens individuels qui mettent le salarié seul face à son employeur pour définir des objectifs individuels – assiduité, disponibilité, qualité de la coopération avec les autres, attention aux ordres, implication, augmentation de la productivité, et j’en passe...

Il y a une mise en concurrence systématique des salariés entre eux, qui auront en retour tendance à se méfier des autres, considérés comme responsables d’une situation générale défavorable. Sans le recours possible aux autres, sans leur complicité et leur aide, voire en concurrence avec eux, les salariés auront à affronter seuls les pénibilités, la dureté de ce qui se joue au travail. Le travail n’est plus une expérience socialisatrice, il devient une expérience solitaire. L’équation « à travail égal salaire égal » est terminée. À des postes semblables, on retrouve désormais des gens qui ont des formations différentes, des statuts différents, des salaires différents. Il n’y a plus cette logique collective reliée au fait que l’on subit les mêmes conditions.

Vous ajoutez que, en mettant en avant les « aspirations » profondes des salariés, qui iraient supposément dans le même sens que les besoins de l’entreprise, on met de côté l’enjeu politique que recèle le travail. En quoi cette mise de côté, qui a commencé avec l’avènement du taylorisme, persiste-elle aujourd’hui ?

Avec son organisation « scientifique » du travail, Taylor prétendait éradiquer toute une partie de la réalité, à savoir l’existence d’intérêts divergents entre salariés et patrons, l’existence de rapports de force, et la nécessité pour les ouvriers de disposer de contre-pouvoirs afin d’échapper à la domination et de faire valoir leurs intérêts. « Mon but unique, disait-il, est d’en finir avec la lutte stérile qui oppose patron et ouvriers, d’essayer d’en faire des alliés. » On est dans la dictature du consensus.

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En France, à partir des années 1980, on s’est mis à parler de consensus dans l’entreprise, avec l’idée de la « pacifier ». Il faut « créer une communauté » et que tout le monde se sente solidaire, rame dans le même sens. Il s’agit là d’une escroquerie idéologique, puisqu’il est évident que les salariés ont des intérêts à défendre, qui divergent de ceux des employeurs : la prise en compte de leur santé, la préservation de leur temps de vie privée, le fait de travailler dans des conditions qui correspondent à leurs valeurs et à leur éthique. Aujourd’hui, on tente d’effacer l’idée même du conflit. Toute idée de controverse, de contradiction, d’ambivalence est désormais disqualifiée. Il s’agit, là encore, de discréditer l’idée même de contestation et d’opposition, voire de la supprimer.

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Les nouvelles méthodes de management qui se déversent dans les entreprises ne se fondent pas sur une logique innovante, mais sur une application stricte et exacerbée du taylorisme. Chacun doit faire usage de lui-même selon des prescriptions édictées par les directions. Le « lean management » [littéralement gestion « maigre », souvent traduit par gestion « au plus juste », ndlr], qui sévit de l’hôpital aux usines, a cette ambition : faire toujours mieux avec moins en utilisant des procédures et des protocoles pensés en dehors de la réalité du travail. On demande un engagement personnel maximal, avec la menace permanente de l’évaluation, dans un contexte où la peur du chômage pèse lourd. Tout cela crée beaucoup de souffrances. Qui persistent durant la vie hors travail, entravant le repos, la détente, les loisirs, en occupant sans cesse l’esprit.

Cet « enfer », dites vous, est très difficile à critiquer, notamment à cause de la théorie du changement incessant, pourquoi ?

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Dans le management moderne, la critique est par définition archaïque. On vous oppose le fait que vous ne comprenez pas, que tout change sans cesse. Les gens qui n’adhèrent pas sont considérés comme étant dépassés. Ou bien comme des lâches qui n’acceptent pas de se remettre en question, de prendre des risques. D’ailleurs, le modèle militaire est très inspirant pour les managers. Des hauts gradés sont régulièrement invités dans leurs colloques et formations.

Mais l’archaïsme aujourd’hui, à mon sens, réside au contraire dans le modèle de subordination du salariat. Les citoyens ont une ouverture d’esprit, des compétences et un niveau d’information qui se sont démultipliés ces dernières années. Pourtant, aujourd’hui comme hier, dès que vous mettez les pieds dans l’entreprise, vous devenez assujetti d’office à la direction. Les syndicats ne semblent pas vouloir se risquer à remettre en question ce rapport de subordination, parce qu’ils ont intériorisé l’idée que c’est lui qui oblige les employeurs à respecter les droits, les protections et les garanties arrachés au cours des luttes. Mais, devrait-on objecter, si les salariés ont des droits c’est parce qu’ils travaillent, et que cela présente des risques. Il y a là une déconstruction à faire : il ne s’agit pas de remettre en cause le salariat, bien au contraire, mais d’exiger des droits et protections plus forts encore tout en revendiquant la suppression du lien de subordination qui est une entrave insupportable et injustifiée, qui étouffe la qualité, l’efficacité et la créativité du travail.

Propos recueillis par Nolwenn Weiler

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Photo : CC jaimebisbal

Danièle Linhart, La comédie humaine du travail. De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale, Paris, Erès, coll. « Sociologie clinique », 2015, 158 pages.

[1Sociologue, auteure de nombreuses enquêtes et ouvrages (dont le dernier, La comédie humaine du travail.
De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale
, est paru en 2015 aux éditions Érès), Danièle Linhart est directrice de recherche au CNRS, professeure à l’université de Paris-Nanterre.

http://multinationales.org/Daniele-Linhart-Les-methodes-de-management-centrees-sur-le-savoir-etre-des

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[RussEurope-en-Exil] Mondialisation, démondialisation, et les dérives d’une idéologie [réédition]

En raison de la mobilisation sociale et militante autour du 1° mai, l'équipe de Frexit-Limousin.fr représente des articles de fond publiés sur ce site à des fins d'argumentaire. Merci de votre compréhension. P.G.

AFFICHE ARG 1MAI

TRIBUNE LIBRE / J. SAPIR

TL SAPIR MONDIALISATION

Le livre de Philippe Moreau Defarges[1] entend nous brosser un tableau général des logiques de mondialisation et de démondialisation. Le débat est important, voire d’actualité. Un sondage d’OpinionWay vient en effet d’être réalisé sur la « mondialisation » et ses résultats sont sans appels[2]. Les français rejettent dans leur grande majorité cette « mondialisation » et se prononcent même, à près de 66%, pour une forme de retour au protectionnisme. Ce livre, pourtant, se présente comme un mélange étrange d’histoire, de réflexions pertinentes et d’idéologie.

Mondialisation et Démondialisation

Moreau Defarges, et il faut l’en remercier, a écrit un livre dense, qui entend brasser les différents problèmes issus de la dynamique de la mondialisation. Il commence son livre par une analyse des différences qui existent entre l’alter-mondialisme et les discours de démondialisation. Cette distinction est importante. Elle permet de cerner ce qui sépare ceux qui contestent l’état actuel des processus de mondialisation et ceux qui considèrent que le processus lui-même est, sans doute, arrivé au bout de ses possibilités. De ce point de vue, l’articulation entre les situations présentes et les processus, entre le « statique » et la « dynamique » est, naturellement, au cœur du débat. De fait, nul ne nie l’ampleur des interactions économiques et politiques, ni ne veut revenir à des Etats ne fonctionnant que sur leurs ressources nationales, un rêve autarcique qui n’a jamais existé.

Ce qui oppose les altermondialistes et les partisans de la démondialisation n’est pas non plus le constat des effets néfastes de la mondialisation. C’est, plutôt, l’analyse des constantes politiques. Le fonctionnement des organisations et des forums internationaux renvoie toujours aux Etats qui y adhèrent. Et il n’y a pas de « souveraineté » mondiale, dont on comprend bien que la base ne pourrait être que biologique, en raison de l’extrême différence des cultures politiques des différents peuples. Le discours de la démondialisation, du moins celui auquel il est raisonnable d’adhérer, prend acte de ces distinctions et, plutôt que de chercher à les nier, entend les coordonner. Mais, pour qu’une coordination soit possible, il faut que la souveraineté des Etats soit respectée.

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C’est, d’emblée, l’un des points sur lesquels on se sépare de la thèse centrale de ce livre. Car, Moreau Defarges a écrit une mise en garde contre la démondialisation. Et, cette démondialisation pour lui, s’incarne dans le personnage du Président des Etats-Unis, Donald Trump. Que ce dernier s’oppose au cadre actuel est une évidence. Mais, on peut se demander s’il représente une rupture aussi radicale que Moreau Defarges le prétend. En effet, tous les présidents américains depuis, et y compris, Bill Clinton, ont cherché à s’abstraire du droit international ou à le reformuler suivant les principes des seuls Etats-Unis. Il faut, sur ce point, rappeler la guerre du Kosovo, qui fut une rupture nette du droit international, tout comme le fut l’invasion de l’Irak en 2003 par George W. Bush[3]. Ajoutons y les mesures légales prises par les Etats-Unis qui aboutissent à donner une extra-territorialité aux lois américaines. Ces politiques, qui furent poursuivies par Barack Obama, ont entraîné la dislocation du cadre légal qui aurait pu permettre, peut-être, de construire des formes différentes de coordination. De fait, on peut avancer l’hypothèse que nul ne croit dans cette grande entité que serait une « humanité politique », mais que sont nombreux ceux qui s’en servent pour avancer, de manière cachée, leurs projets étatiques.

La naturalisation des processus

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Ce discours de la mondialisation opposé à celui de la démondialisation met en évidence la différence entre les constats, que l’on peut partager, et les représentations. On peut regretter que ce discours ne s’accompagne pas de la distinction nécessaire entre le mouvement des flux de marchandises et de capitaux, flux qui sont une réalité, mais qui ont connu de nombreuses évolutions dans l’Histoire, et l’idéologie de la mondialisation. A cela, il y a une raison évidente : Philippe Moreau Defarges reprend en réalité très souvent de manière a-critique ce discours idéologique dont il ne se distingue pas assez.

Revenons un instant sur la distinction entre l’alter-mondialisme et la démondialisation. La première accepte la mondialisation non comme un fait social mais comme un fait naturel. Elle s’inscrit en réalité dans une logique de naturalisation des processus que l’on peut appeler de « mondialisation ». En ce sens, l’alter-mondialisme, tel qu’il s’exprimait à la fin des années 1990 et au début des années 2000, est bien partie-prenante de l’idéologie de la mondialisation.

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Les altermondialistes entendent mettre en place de nouvelles formes de mondialisation mais jamais il ne s’interrogent sur ce que représentent socialement et politiquement ces processus car ils considèrent que ces processus sont « naturels ». Or, de ce point de vue, il y a bien communauté avec le discours des « pro-mondialisation » qui eux aussi affectent de considérer ces processus comme « naturels ». On le voit bien dans le discours que tient Moreau Defarges qui donne une place décisive aux techniques et aux technologies, présentés littéralement comme des Deus ex-Machina qui échapperaient aux actions humaines[4]. De même construit-il tout un chapitre (le chapitre 2) autour de l’idée d’une « réunification biologique ». Mais, les sociétés humaines, sauf dans les délires des racistes, ne sont jamais des réalités biologiques mais toujours au contraire des réalités sociales, politiques et culturelles. Connaissant Moreau Defarges, il n’est pas dans mes intentions de l’accuser de racisme, car je sais qu’il est fort éloigné de cette idéologie nauséabonde qui lui fait profondément horreur. Mais, on doit constater que l’idéologie de la mondialisation, et plus précisément la volonté de construire un cadre idéologique naturalisant les phénomènes qui peuvent relever de ce que l’on appelle la « mondialisation », aboutit à mobiliser des concepts et des notions qui elles renvoient à un imaginaire raciste débridé. Disons-le, c’est le cas de toute tentative pour « naturaliser » des phénomènes qui sont tout saufs « naturels ». Car, cette naturalisation, par contre, elle est bien à l’œuvre dans le livre. Ainsi, il y a dans les propos écrits par Moreau Defarges comme une résurgence des discours techniciste de naturalisation du social tels qu’ils étaient constitués dans le socialisme soviétique de la fin des années 1950 et des années 1960.

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Plus globalement, Moreau Defarges soutient que les hommes sont mus par des forces qui leurs sont étrangères. Or, et sauf à vouloir donner une place dominante à la biologie – avec tous les risques de dérive que cela entraînerait – il convient de rappeler que l’histoire de l’humanité est une histoire essentiellement sociale et politique ; c’est l’histoire des institutions que les hommes se sont donnés. Alors, que cette histoire ne corresponde pas aux intentions des acteurs, que ses résultats soient souvent paradoxaux (les « ruses de l’histoire »[5]), bref que les hommes ne sachent pas quelle histoire ils font, et qu’ils passent une histoire différente de celle qu’ils ambitionnaient de faire, est une évidence. Mais les hommes sont la force motrice et ne sont pas des atomes mus par des forces qui les dépassent. Il y a là une divergence majeure et fondamentale avec le livre de Moreau Defarges.

Une vision largement idéologique

Quand Moreau Defarges parle donc des discours de la démondialisation (et ces discours peuvent être divers) il les assimile à des discours idéologiques, autrement dit à des représentations mystifiées du monde réel. Libre à lui de défendre cette position. Mais, pour être un petit peu crédible, il faudrait d’une part l’établir de manière rigoureuse et d’autre part que lui-même ne sombre pas dans un discours largement idéologique. Ainsi, l’identification de la démondialisation avec la « fermeture » et le « repli » est à l’évidence une construction idéologique. Les discours critiquant le libre échange et l’idéologie de la « mondialisation » appellent à des formes de maîtrise des mouvements de biens et de capitaux, et nullement à l’interruption totale de ces derniers. Cette confusion idéologique, car c’est bien de cela qu’il s’agit, renvoie à la confusion entre protectionnisme et autarcie. Il s’agit pourtant de processus très largement différents, et bien distincts. La confusion entre les deux signe la nature idéologique du livre.

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De même, les repères temporels qu’il se donne (XVème-XXIème siècles) sont hautement discutables. Les échanges internationaux existaient sous la Rome impériale, voire bien avant. Les cités italiennes furent à la pointe tant du commerce international que des pratiques bancaires. Il y a donc quelque chose de profondément faux dans la manière qu’à Moreau Defarges de segmenter l’Histoire, de ne retenir que ce qu’elle peut fournir à l’appui de ses thèses sans reconnaître la présence d’éléments pouvant tout aussi bien nourrir les thèses inverses.

Un autre problème se pose quand il s’agit de mobiliser des références historiques pour soutenir sa thèse. Ainsi, il n’hésite pas à présenter le Nazisme comme une force en apparence rationnelle, réagissant à l’interruption des échanges. Manière de dire que le Nazisme est le produit du protectionnisme. Mais, cette thèse fait fi des recherches récentes sur la question. On peut discuter de l’assimilation du nazisme aux discours nationalistes, et de ces discours nationalistes aux discours socialistes[6]. Toute une série de travaux montrent que le nazisme était tout le contraire d’un nationalisme. Le point est ici important car, outre un argument relevant à l’évidence du « point Godwin », il y a une profonde incompréhension dans la radicalité particulière de l’Allemagne hitlérienne. La caractéristique du comportement de Hitler mais aussi des autres chefs nazis résulte du filtre « racial »[7]. L’État Nazi régresse alors vers un modèle archaïque, semi-féodal[8], alors qu’il doit gérer une économie et un système militaire développés. De ce point de vue, il est important de noter que si l’Allemagne nazie a pu donner l’illusion avant 1939 d’être un système « rationnellement organisé » pour faire la guerre[9], cette perception de la réalité a été mise à mal par les travaux exploitant les archives et les témoignages des acteurs. De ce point de vue, le travail de Berenice Caroll[10], a été pleinement confirmé par les recherches historiographiques des trente dernières années.

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Le système nazi n’était pas seulement monstrueux par sa finalité, il l’était dans son fonctionnement quotidien, qui est profondément pathologique. On est en présence d’une régression vers une forme étatique et administrative « pré-moderne » (au sens de Max Weber) appliquée sur une société et une économie « moderne ». Cette dimension pathologique du système nazi (dont Hitler est une des sources, mais qui va largement au-delà de la personne du dictateur) a été bien analysée par Ian Kershaw, aujourd’hui reconnu comme la référence sur Hitler[11]. L’Allemagne nazie n’est nullement une suite, radicalisée de l’Allemagne de Guillaume II. En réalité le nationalisme allemand s’est effondré quand il a capitulé devant l’idéologie raciale du national-socialisme[12].

La manière dont Moreau Defarges traite (et maltraite) l’Histoire, et il y en a de multiples exemples dans son livre, est ici révélatrice de son projet global : déconsidérer les discours de démondialisation. Alors, peut-on sérieusement faire le reproche d’idéologie à ces discours quand on est soi-même si profondément et si complètement au cœur d’une idéologie ?

De la mondialisation au mondialisme

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On trouve dans ce livre un a-priori très négatif tant à l’égard de la Nation que du nationalisme. Mais, dans le cas français, il semble ignorer la profondeur du sentiment national qui s’exprime de Jeanne d’Arc[13] à Valmy, en passant par Henri IV et le combat de Fontaine-Française[14]. Il méconnait l’histoire même de la constitution symétrique de la Nation et du Peuple[15]. De fait, cela interdit à Moreau Defarges toute intelligence du processus révolutionnaire français qui opposa une haute noblesse cosmopolite au sentiment national. Cela lui interdit aussi de comprendre comment l’ancienneté de la construction de la Nation dans le cas français va de pair avec celle du peuple compris non pas comme une communauté raciale ou religieuse, mais comme une communauté politique et culturelle.

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On comprend alors qu’il ne soit pas à l’aise avec les concepts de souveraineté, d’Etat Souverain, et de souveraineté populaire[16]. Pourtant, ces concepts sont fort anciens[17]. On les retrouve à l’œuvre dans la formule de la République Romaine Senatus Populus Que Romanum. Les différents contresens que l’on trouvera dans l’ouvrage renvoient tous à un problème bien plus général : l’ignorance de l’importance et de l’autonomie du politique. C’est la conséquence naturelle du discours de naturalisation des processus de mondialisation. Cela conduit alors Moreau Defarges à porter des jugements que l’on peut trouver comme relevant pour le moins d’une grande légèreté et plus probablement comme traduisant une forme de mépris produits d’une vision autocentrée, sur des pays comme le Japon[18] ou la Russie[19]. Et l’on est alors conduit au paradoxe suivant : l’auteur défend la « mondialisation » mais sur la base d’a-priori culturels que ne renieraient pas le plus endurcis et le plus arriérés des nationalistes. C’est le prix à payer pour ce mépris de l’instance politique, mais aussi de l’instance culturelle. Car, en réalité, les deux sont intimement liées. On ne peut avoir de conscience politique sans une conscience culturelle, et cette dernière intègre, en réalité, l’histoire inconsciente des luttes et des compromis politiques passés.

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On comprend bien ici ce qui est en jeu. Dans le discours idéologique du « mondialisme », discours qui correspond à la naturalisation des processus réels de mondialisation, deux agents opposés se voient attribuer des caractéristiques très particulières : l’élite financière et économique, apatride et mondialisée, et la plèbe, elle aussi mondialisée, mais sur la base d’une perte radicale de sa culture et de son identité politique. De fait, suivant les points de vue, on mettra l’accent sur l’une et sur l’autre, sans comprendre que la première n’est que la reformulation de la haute noblesse d’ancien régime et que l’autre est une masse qui a été privée de sa culture politique et qui se raccroche, et on peut le comprendre sans pour cela l’approuver, à des éléments religieux, comme c’est le cas avec l’islamisme.

Libre-échange, mondialisation et développement économique

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Il reste la dimension économique de la mondialisation. Ici encore, l’affirmation selon laquelle la compétition a toujours été un facteur de progrès est, pour le moins, rapide[20]. On pourrait conseiller à Moreau Defarges de lire l’ouvrage publié par Bruno Amable et Ivan Ledezma[21]. Il est vrai que l’on a pu avoir en l’impression, et peut-être l’illusion, que c’était par l’abolition des barrières aux échanges que l’on avait obtenu la croissance très forte. Des travaux, parmi lesquels on doit inclure ceux de Dollar, en 1992[22], de Ben-David, en 1993[23], de Sachs et Warner, en 1995[24], et de Edwards en 1998[25], ont cherché à établir ce fait.

Mais, de manière générale, les tests statistiques et économétriques pratiqués donnent des résultats qui sont pour le moins très ambigus. On peut en déduire que, pour certains pays, l’ouverture a eu des résultats positifs, mais non pour d’autres. Cependant, on peut aussi en déduire que si une politique qui associe l’ouverture à de bonnes mesures macroéconomiques est meilleure qu’une politique associant le protectionnisme à des mauvaises mesures macroéconomiques, ceci tient bien plus à la qualité des dites mesures macroéconomiques qu’à celle de l’ouverture[26]. De fait, les pays qui ont associé des politiques protectionnistes à des bonnes politiques macroéconomiques connaissent des taux de croissance qui sont largement supérieurs à ceux des pays plus ouverts, ce qui invalide le résultat précédent sur l’ouverture[27]. Ceci nous ramène à la problématique du développement, qui s’avère être autrement plus complexe que ce que les partisans d’un libre-échange généralisé veulent bien le dire.

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Les travaux d’Alice Amsden[28], Robert Wade[29] ou ceux regroupés par Helleiner[30] montrent que dans le cas des pays en voie de développement le choix du protectionnisme, s’il est associé à de réelles politiques nationales de développement et d’industrialisation[31], fournit des taux de croissance qui sont très au-dessus de ceux des pays qui ne font pas le même choix. Le fait que les pays d’Asie qui connaissent la plus forte croissance ont systématiquement violé les règles de la globalisation établies et codifiées par la Banque mondiale et le FMI est souligné par Dani Rodrik[32].

En fait, le protectionnisme s’avère bien souvent une voie plus efficace et plus rapide vers la croissance que le libre-échange et, ce point est d’ailleurs régulièrement oublié par les thuriféraires du libre-échange, c’est la croissance dans chaque pays qui porte le développement des échanges internationaux et non l’inverse. De même, quant on regarde les suites de la crise de 1929, il est souvent affirmé que les mesures de sauvegarde monétaires et commerciales prises à la suite de la crise de 1929 ont contribué à aggraver celle-ci en provoquant un effondrement du commerce international[33]. La contraction de ce dernier est une évidence, mais elle succède à la contraction de la production qui se manifeste dès le choc de la crise boursière au lieu de la précéder. La crise qui affecte l’économie et entraîne une baisse de la production, qui engendre alors une baisse du volume du commerce international. Par ailleurs, les causes de la chute de ce dernier sont nettement plus complexes que ce qui est généralement affirmé. Une étude systématique des données réalisées par des chercheurs du National Bureau of Economic Research (NBER) montre que les droits de douane (le protectionnisme) n’ont eu pratiquement aucun rôle dans l’effondrement du commerce international à partir de 1930. Ces mêmes chercheurs indiquent que les deux facteurs déterminants dans son effondrement furent l’accroissement des coûts de transport et l’instabilité monétaire[34]. La hausse des coûts de transport est par ailleurs signalée dans une autre étude comme l’un des facteurs ayant eu une responsabilité importante dans la contraction du commerce international[35]. Il convient de souligner le rôle de la contraction de la liquidité internationale dans la contraction du commerce international. Foreman-Peck montre bien que la contraction du crédit est une cause majeure de contraction du commerce. Les faillites bancaires ont aussi atteint les compagnies d’assurance. Les conditions d’assurance du trafic maritime se sont détériorées et les moyens financiers des négociants maritimes se sont contractés brutalement. La question de la liquidité, et non celle d’un retour au protectionnisme, fut donc bien centrale[36].

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La légèreté avec laquelle Philippe Moreau Defarges traite de l’Histoire, que ce soit l’Histoire économique ou l’Histoire politique et sociale, est le signe le plus évident et le symptôme le plus robuste du caractère profondément idéologique de son argumentation. On ajoutera, mais la faute là en incombe à son éditeur, que ce livre apparaît à de nombreuses reprises comme une sorte de brouillon, voire des têtes de chapitres qui ne sont pas développés, avec des retours en arrière qui en rendent la lecture difficile. Ajoutons une bibliographie générale mais aucune note de bas de page. Les arguments des ouvrages cités à la fin du livre sont rarement repris et discutés, ce qui est plus que gênant dans le cas d’un essai. La question des conséquences écologiques des processus de mondialisation est ainsi largement passée sous silence, alors qu’elle constitue un des arguments les plus importants des partisans de la démondialisation.

Notes

[1] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation (XVème-XXIème siècles), Paris, Odile Jacob, mars 2018.

[2] https://www.opinion-way.com/fr/component/edocman/opinionway-pour-le-printemps-de-l-economie-les-francais-et-la-mondialisation-mars-2018/viewdocument.html?Itemid=0

[3] Sapir J., Le Nouveau XXIè siécle, Paris, le Seuil, 2009.

[4] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation op.cit., p. 37 et 150.

[5] Voir G.F.W. Hegel, La Raison dans l’histoire, Paris, UGE, 1965, p. 129. Ou encore Nicolas Machiavel : Le Prince, Paris, PUF 2000

[6] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation op.cit., p. 18.

[7] Burleigh M. et W. Wippermann, “The Racial State – Germany 1933-1945”, Cambridge University Press, 1991.

[8] Koehl R., “Feudal Aspects of National-Socialism”, in American Political science Review, vol. 54, 1960, n°3, pp. 921-33.

[9] Thèse défendue par O. Nathan, “The Nazi Economic System”, Duke University Press, Durham, NC., 1944, et par L. Hamburger, “How Nazi Germany has Controlled Business”, The Brookings Institution, Washington, D.C., 1943.

[10] Caroll B.A., “Design for Total War”. Arms and Economics in the Third Reich, Mouton, The Hague, 1968.

[11] Kershaw I., Hitler, a Profile in Power, Londres, 1991 ; Nazi Dictatorship : problems and Perspectives of Interpretation, Londres Oxford UP, 1993 ; “Working towards the Führer”, in I. Kershaw et M. Lewin (eds.) Stalinism and Nazism – Dictatorships in Comparison, Cambridge Univ. Press, 1997.

[12] W. Sheridan Allen, “The Collapse of Nationalism in Nazi Germany”, in J. Breuilly (ed), The State of Germany, Londres, 1992.

[13] Bensaïd D., Jeanne de guerre lasse, Paris, Gallimard, « Au vif du sujet », 1991.

[14] Berger H., Henri IV à la bataille de Fontaine-Française, Dijon, 1958. Et l’on se souvient de l’apostrophe d’Henri IV dans le courrier qu’il envoya au Duc de Biron « pends toi, brave Biron… ».

[15] Flori J., Philippe Auguste – La naissance de l’État monarchique, éditions Taillandier, Paris, 2002.

[16] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation, op.cit., p. 163 et suivantes.

[17] Carré de Malberg R., Contribution à la Théorie Générale de l’État, Éditions du CNRS, Paris, 1962 (première édition, Paris, 1920-1922), 2 volumes.

[18] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation op.cit., p. 60.

[19] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation op.cit., p. 100.

[20] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation op.cit., p. 151.

[21] Amable B. et Ledezma I., LIBÉRALISATION, INNOVATION ET CROISSANCE , Paris, Editions Rue d’Ulm, 2015.

[22] Dollar D., « Outward-Oriented Developeng Economies Really Do Grow More Rapidly: Evidence From 95 LDC, 1976-1985 », Economic Developemnt and Cultural Change, 1992, p. 523-554.

[23] D. Ben-David, « Equalizing Exchange: Trade Liberalization and Income Convergenge », Quarterly Journal of Economics, vol. 108, n° 3, 1993.

[24] Sachs J., A. Warner, « Economic Reform and The Process of Global Integration », Brookings Paper on Economic Activity, n° 1, 1995, p. 1-118.

[25] Edwards S., « Opennes, Productivity and Growth: What We Do Really Know? », Economic Journal, vol. 108, mars 1998, p. 383-398.

[26] Voir Ben-David D., « Equalizing Exchange: Trade Liberalization and Income Convergenge », op. cit.

[27] Voir Chang H.-J., « The Economic Theory of the Developmental State » in M. Woo-Cumings (dir.), The Developmental State, Ithaca, Cornell University Press, 1999 ; Kicking away the Ladder: Policies and Institutions for Development in Historical Perspective, Londres, Anthem Press, 2002.

[28] Amsden A., Asia’s Next Giant, New York, Oxford University Press, 1989.

[29] Wade R., Governing the Market, Princeton (N. J.), Princeton University Press, 1990.

[30] Helleiner G. K. (dir.), Trade Policy and Industrialization in Turbulent Times, Londres, Routledge, 1994.

[31] Voir C.-C. Lai, « Development Strategies and Growth with Equality. Re-evaluation of Taiwan’s Experience », Rivista Internazionale de Scienze Economiche e Commerciali, vol. 36, n° 2, 1989, p. 177-191.

[32] Rodrik D, « What Produces Economic Success? » in R. Ffrench-Davis (dir.), Economic Growth with Equity: Challenges for Latin America, Londres, Palgrave Macmillan, 2007. Voir aussi, du même auteur, « After Neoliberalism, What? », Project Syndicate, 2002 (www.project-syndicate.org/commentary/rodrik7).

[33] C’est la thèse de C. P. Kindleberger, « Commercial Policiy Between the Wars » in P. Mathias, S. Pollard (dir.), The Cambridge Economic History of Europe, vol. 8, Cambridge, Cambridge University Press, 1989 ; et de H. James, The End of Globalization: Lessons from the Great Depression, Cambridge, Harvard University Press, 2001.

[34] Estevadeordal A., B. Frants, A. M. Taylor, « The Rise and Fall of World Trade, 1870-1939 », NBER Working Papers Series, n° 9318, Cambridge, National Bureau of Economic Research, 2002.

[35] Findlay R., K. H. O’Rourke, « Commodity Market Integration: 1500-2000 » in M. D. Bordo, A. M. Taylor, J. G. Williamson (dir.), Globalization in Historical Perspective, Chicago, University of Chicago Press, 2003.

[36] Foreman-Peck J., A History of the World Economy: International Economic Relations since 1850, New York, Harvester Wheatsheaf, 1995, p. 197.

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-mondialisation-demondialisation-et-les-derives-dune-ideologie-par-jacques-sapir/

Aux grandes réformes les grands experts : le cas de Pascal Perri [réédition]

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TRIBUNE LIBRE / ACRIMED

TL ACRIMED PERRI

Depuis l’annonce du projet de réforme de libéralisation du rail, Pascal Perri a un agenda médiatique très chargé. Régulièrement en plateau sur BFM et RMC – chaines pour lesquelles il travaille comme « consultant économique », « économiste » ou « grande gueule » selon les cas – mais également présent sur le service public, il déroule une partition bien connue qui se résume en un mot d’ordre : imposer la concurrence dans le secteur ferroviaire, ici et maintenant. Auteur d’un livre publié en 2009 intitulé SNCF : un scandale français, Pascal Perri est devenu, dans le circuit fermé des grands médias, l’un des « experts médiatiques » les plus en vue pour commenter la réforme du rail.

Précisons d’emblée que Pascal Perri n’est pas le seul « expert » ayant œuvré, depuis la mi-février, à la promotion du rapport Spinetta et de la réforme gouvernementale du secteur ferroviaire. Il est un exemple parmi d’autres de ce que nous avons appelé « les pros du commentaire » [1], au rang desquels Alain Duhamel, par exemple, défend toujours avec brio son rôle de chien de garde [2].

Un « expert » exemplaire

Mais Pascal Perri n’a rien à envier aux illustres anciens. Comme bon nombre d’experts épinglés dans le film Les Nouveaux Chiens de garde, il cumule tout à la fois les rôles d’éditocrate, d’expert et de communicant en se distinguant par des va-et-vient constants entre la sphère politique, les entreprises privées, les écoles de commerce [3] et les médias. Si nous nous attardons dans un premier temps sur ces éléments biographiques, c’est parce qu’ils éclairent cette catégorie d’éditorialistes qui, sous couvert d’« expertise », sont en réalité juges et partie : nombreux sont ceux qui, comme Pascal Perri, surfent sur leur exposition médiatique, défendent leurs intérêts personnels ainsi que ceux des dominants, en faisant la promotion des réformes qui leur profitent, directement ou indirectement.

Comme le résume la notice biographique du « Magazine économique de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Maine-et-Loire » (2014) :

Pascal Perri est économiste, spécialiste des questions de concurrence. Il a publié plusieurs ouvrages sur l’économie des prix, dont Toujours moins cher : low cost, discount et Cie en 2006. Il conseille par ailleurs des groupes industriels, des entreprises de la distribution et des fédérations professionnelles. Il a participé aux travaux de la commission Beigbeder « Le low-cost ; un levier pour le pouvoir d’achat » [4] et a été chargé, en 2005, par le ministre du Tourisme d’un rapport sur l’impact des compagnies aériennes à bas prix dans les territoires touristiques français. En 2009, il est nommé rapporteur de la commission « vie chère » des États Généraux de l’Outre-mer sous la responsabilité du Premier ministre [François Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. NDLR]. Doctorat es Economie et Géographie et DEA de géopolitique (Paris VIII), Pascal Perri anime un cycle de formation pour Les Échos formation. Il est un des auteurs de la Fondation pour l’innovation politique [5]. Il dirige PNC, cabinet de conseil en stratégie low-cost.

Sa familiarité avec les cercles du pouvoir (quels que soient les gouvernements) l’ont également conduit à rédiger d’autres rapports publics, ainsi que nous l’apprend le « groupe de travail et de recherche Oui à l’innovation ! » dirigé par… Pascal Perri lui-même : « En 2014, [il] a rendu un rapport sur l’impact social du numérique en France (Pellerin, Hamon, Montebourg) puis une étude sur la régulation des grands moteurs de recherche (mai 2015) dans le cadre du débat parlementaire sur le projet de loi de modernisation de l’économie. Il [a été] membre du groupe de travail « compétitivité du sport français » au ministère des sports. [6] »

Comme le souligne Les Échos, « il a lui-même dirigé des entreprises de l’agro-alimentaire et du transport aérien » et « conseille également des collectivités pour leur politique touristique, des entreprises sportives et de loisir pour leur développement commercial. [7] » Le quotidien d’information économique et financière ne pouvait se passer d’un tel potentiel : Pascal Perri propose des études pour des prix modiques, devenant ainsi, auto-consécration oblige, un expert dévoué au service de « l’expertise des Échos  », elle-même « au service de votre stratégie » ! À bien consulter ses « états de service », il y a pourtant beaucoup à redire sur l’expertise de Pascal Perri [8]...

Un « expert » omniprésent

C’est donc tout naturellement que Pascal Perri a mis son talent au service du rapport Spinetta dès sa parution – probablement enivré par les potentialités de développement du « low-cost » qu’il promet. Il faut dire que la demande médiatique n’a pas manqué, à commencer par Les Échos bien sûr, où il a eu tout le loisir de publier trois tribunes en l’espace d’un peu plus d’un mois :



Le dernier article – initialement titré « SNCF : l’entreprise a su évoluer, aux cheminots de rattraper le train » – joue en trois temps la partition de l’ultra-libéralisme béat que Pascal Perri déroule dans l’ensemble de ses interventions. D’abord, les acquis sociaux sont un archaïsme, privilèges engoncés dans la tête de travailleurs et de grévistes s’obstinant à vouloir vivre à l’âge de pierre :

Jusqu’à une période récente, une partie de l’opinion française pensait encore naïvement que les statuts pouvaient protéger de l’évolution. Les mirages de l’idéologie ont duré une bonne partie du XXe siècle. Par la force des choses, les changements d’usage des consommateurs ont balayé cette croyance absurde que certains modèles seraient éternels.

Ensuite vient le temps pour l’expert de révéler à tous les bienfaits de la concurrence, en expliquant aux plus pauvres pourquoi le low-cost est – non pas un traitement de classe discriminant – mais une chance :

La compétition est darwinienne. Elle va permettre à la SNCF de démontrer tout son savoir-faire. Et elle n’en manque pas. La concurrence stimule l’innovation, y compris marketing et commerciale, elle est efficace pour gagner de la productivité, pour mieux servir les clients et elle impose aux entreprises d’être plus agiles et plus imaginatives. Enfin, la concurrence, si elle est sobrement et honnêtement régulée, fait baisser les prix et élargit la demande. OuiGo a montré qu’il y avait une véritable élasticité de la demande au prix dans le ferroviaire.

Enfin surgit la prescription bénie de l’expert, confiant dans l’avenir radieux que vient ouvrir la réforme :

Heureusement, dans une société de liberté, les usages finissent toujours par l’emporter car ils traduisent les aspirations humaines. Réjouissons-nous de l’arrivée de nouvelles offres ferroviaires. La SNCF est beaucoup plus solide qu’on ne l’imagine et c’est en situation de concurrence que les clients s’en apercevront. Dans le ferroviaire comme dans le transport aérien appliquons une formule simple qui a fait ses preuves partout ailleurs [9] ; le marché autant que possible, l’État autant que nécessaire.

Rideau !

Et à en croire ses multiples invitations médiatiques, c’est un discours qui a plu et flatté ses compères éditocrates. En particulier ceux de BFM-TV et de RMC – chaines pour lesquelles il officie régulièrement en tant que consultant économique et « grande gueule » – mais pas seulement : le service public lui accorde également ses faveurs. Sur la SNCF, mais aussi sur bien d’autres sujets, tant les médias sont avides et suscitent les vocations d’experts-à-tout-faire. Illustration en vidéo :

acrimed perri 2

https://www.youtube.com/watch?time_continue=7&v=UaGtEXHGPvc

 

Récapitulons les prestations médiatiques de Pascal Perri sur la SNCF (et ce n’est peut-être pas exhaustif !) :

- 18 février – « Week-end direct » sur BFM-TV – « Économiste, auteur de SNCF : un scandale français ».

- 19 février – « Focus première » sur BFM-TV – « Consultant économique de RMC, spécialiste des transports ».

- 19 février – « Les décodeurs de l’éco » sur BFM-TV – « Économiste, auteur de SNCF : un scandale français ».

- 19 février – JT de 20h sur France 2 – « Économiste » (interviewé dans un reportage).

- 26 février – « Les Grandes Gueules » sur RMC – « Économiste ». On lui doit une sortie des plus distinguées : « On ne meurt plus dans les chemins de fer à 60 ans intoxiqués par l’oxyde d’azote » [10].

- 27 février – « News et compagnie » sur BFM-TV – « Économiste ».

- 3 mars – « Priorité au décryptage » – « Économiste ».

- 15 mars – « C dans l’air » sur France 5.

- 22 mars : « Les décodeurs de l’éco » sur BFM Business.

Un chien de garde dans un vaste chenil

Pascal Perri n’est qu’un exemple d’une éditocratie en roue libre depuis l’annonce de la réforme, rivalisant d’arrogance et de mépris [11].

Alain Duhamel, déjà vent debout contre les grèves de 1995 (et contre toutes celles qui ont suivi !), squatte les plateaux de RTL, en compagnie notamment de Marc-Olivier Fogiel, pour dire tout le bien qu’il pense de la réforme. Le 19 et le 20 février, soit quelques jours après la publication du rapport Spinetta, il expliquait comme à son habitude que la réforme était « indispensable financièrement », qu’« on ne peut pas attendre », que pour les cheminots et « pour d’autres professions, la technique humaine et raisonnable, c’est pour les nouveaux contrats d’avoir des contrats qui ne soient plus dans le statut ». Un porte-parole gouvernemental des plus efficaces, soucieux de relayer la pédagogie macroniste : « [Macron essaie de] créer un choc, une dynamique, un mouvement, mais disons que c’est un pari sur la capacité des Français d’avaler autant de réformes. »

« Les Grandes Gueules », déjà épinglées sur le sujet choisissaient quant à elles une question élégante à poser à leurs auditeurs suite à l’annonce des grèves : « Les cheminots se foutent-ils du monde ? »

Éric Brunet, pour finir, n’hésite pas à tancer le gouvernement : « M. le Premier ministre, vous vous êtes couché devant les élus locaux : il fallait supprimer les petites lignes avec des TER quasiment vides et très coûteux ! » [12] Force de propositions, cet énième partisan du « ça-ne-va-pas-assez-loin » partage ses modèles sans réserve, lui qui baptisait Napoléon III le « vrai réformateur français » ! (Éditorial de Valeurs actuelles, 16 février) :

Quoi qu’il en soit, grâce à Napoléon III, la France fut, jusqu’en 1914, la première puissance économique du monde, au côté de la Grande-Bretagne. Alors oui, vive l’empereur !

 

***


Exemple édifiant de ces experts à gages, Pascal Perri saute à cloche-pied du monde des médias à celui de l’entreprise, en passant par la sphère politico-administrative et l’enseignement privé. Ces multiples casquettes lui confèrent une influence que décuplent les médias en lui déroulant le tapis rouge en plateau ou en tribune, afin qu’il fasse valoir un point de vue ultra-libéral, au diapason de l’engouement des éditocrates pour la réforme de la SNCF [13]. Un point de vue tranché et totalement partial que camouflent bien mal les titres fourre-tout dont il est affublé (comme « consultant économique ») et qui lui permettent de s’exprimer sur tout et n’importe quoi. En ce sens, l’omniprésence de Pascal Perri est le symptôme de l’anémie du pluralisme dans les grands médias. Elle rend compte de la circulation circulaire du discours dominant, et de la consécration médiatique des pseudo-experts qui en sont les porte-voix.


Pauline Perrenot et Frédéric Lemaire

http://www.acrimed.org/Aux-grandes-reformes-les-grands-experts-le-cas-de#top

Vidéo « Jeu de société » : Une percutante métaphore de notre aliénation économique [réédition]

En raison de la mobilisation sociale et militante autour du 1° mai, l'équipe de Frexit-Limousin.fr représente des articles de fond publiés sur ce site à des fins d'argumentaire. Merci de votre compréhension. P.G.

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Le studio Les Parasites a publié un court métrage, intitulé « Jeu de Société ». Sous la forme d’une allégorie de la société, le groupe de jeunes producteurs dénonce un système dominé par l’argent et les rapports de force tout en se penchant sur la violence que les structures provoquent sur les relations humaines. Un petit chef d’œuvre à découvrir absolument.

VID PARASITES JEU DE SOCIETE

Les Parasites est un groupe constitué de jeunes passionnés par la réalisation de courts métrages. Leurs montages interrogent la société et la vie quotidienne, entre humour et critique engagée. Selon Guillaume Desjardins, l’un des membres, leur travail s’inspire d’une phrase de Théodore Monod « L’utopie n’est pas l’irréalisable, mais l’irréalisé ». Malgré un budget limité, ils publient une vidéo par semaine et un court métrage par mois sur leur chaîne YouTube.

 

À ce jour, leur principal outil de médiatisation est internet. Cependant, à leur échelle, ils ont déjà connu des succès sur le grand écran.  Leur production « Symptômes d’amour », a été récompensé à l’occasion du concours "48 hour film project" [sic] de Montpellier. Pour sa part, la vidéo « Jeu de société » dont il est question dans cet article a été diffusée dans un cinéma parisien, avant d’être publiée sur le web. Elle y a d’ailleurs rencontré un succès immédiat, puisque la production a été visionnée près de 100 000 fois en l’espace de 48 heures. Parmi les acteurs, on remarquera la présence d’Antoine Basler, qui a joué dans le film 99 francs (autre chef d’œuvre critique par ailleurs).

Jeu de société – Les Parasites - 2

 

Dans ce court métrage, Nicolas (Bastien Ughetto) rencontre la  famille de sa fiancée, Victoire (Roxane Bret). Pour plaire et s’intégrer, il va devoir jouer à un jeu de société qui dure depuis des générations dans sa nouvelle famille. Pourtant, un conflit apparait bientôt entre Nicolas et son futur beau-père. Alors que le premier dénonce l’absurdité du jeu, le second nie la possibilité de changer les règles du « jeu » qui a vocation à durer l’éternité. Référence voulue au conservatisme, cette opposition renvoie à la difficulté qu’il existe de combattre les structures anciennes, restées parfois légitimes uniquement parce qu’elles perdurent depuis longtemps, sans que l’on ne discute leur fond ou leur raison d’être. Le procédé employé est bien évidemment caricatural, mais il dépeint avec beaucoup de réussite les relations dans le modèle dominant ainsi que les vices qui y sont associés, d’autant que le jeu des acteurs est tout juste brillant et digne de grandes productions.

Ce « jeu », dont la forme n’est pas sans rappeler celle du Monopoly sans le nommer, est une allégorie de la société moderne. Le spectateur est interpellé puisque se succèdent humour noir, cynisme, engagement critique et poésie. Chaque scène fait référence au choix auquel fait face chaque être humain quand il doit s’intégrer dans un monde qu’il ne comprend plus. Ici, c’est non seulement le rôle de l’argent qui est questionné, mais également les relations de pouvoir entre les individus possédants et dépossédés, ainsi que les vices humains tels que la cupidité, la manipulation ou encore la violence pour conserver les structures actuelles en place.

Allégorie de la société et critique des rapports individuels

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Chacun des membres de la famille représente une idée. Dans une société capitaliste, le père symbolise ceux qui détiennent les richesses (banques, grandes entreprises) et influencent les décideurs, quitte à changer les règles au dernier moment, lorsque cela s’avère nécessaire pour préserver des intérêts personnels. La mère peut être considérée comme étant le législateur, dont les décisions sont largement soumises au pouvoir du capital. Les enfants, eux, symbolisent chacun des acteurs différents de ce système, qui se sont adaptés avec plus au moins de réussite, sans toutefois s’opposer à la règle principale : toutes les relations sont basées sur l’achat et la vente de biens. Enfin, la grand-mère a été exclue, non seulement du jeu mais aussi de la famille : elle a perdu tout son argent et ne se pliait pas aux règles. Cette exclusion fait également référence à l’exclusion des personnes âgées au prétexte qu’elles ne sont plus assez productives pour le capital.

Si chacun des personnages peut être regardé comme représentant un symbole qui le dépasse, un autre niveau d’interprétation est à considérer : celui des individus, pris en tant que tels dans une situation qui n’est finalement pas si étrangère à notre vie de tous les jours. Vue sous cet angle, la vidéo des Parasites n’est pas plus tendre : le pouvoir et l’argent peuvent déstructurer une famille, rompre des liens amicaux ou encore rendre violent physiquement et moralement vis à vis du prochain. Toute tentative d’innover, de gagner sa liberté, est lourdement condamnée dans les familles les plus conservatrices. Dans cette perspective, le sentiment de malaise que suscitent les scènes est important : là où des sentiments d’entraide et d’amour caractéristiques de la sphère familiale devraient prévaloir, se sont imposés la suspicion, la cupidité et l’égoïsme.

 


 

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« Il faut surtout que ton jeu soit compatible avec le nôtre… »

 


 

Jeu de société – Les Parasites - 1

 


 

Source :

https://www.tipeee.com/les-parasites

https://mrmondialisation.org/jeu-de-societe/

https://positivr.fr/jeu-de-societe-court-metrage-les-parasistes/

http://stopmensonges.com/jeu-de-societe-percutante-metaphore-de-notre-alienation-economique/

https://aphadolie.com/2018/04/11/video-jeu-de-societe-une-percutante-metaphore-de-notre-alienation-economique/

Voir la vidéo également sur YouTube:

https://www.youtube.com/watch?time_continue=1217&v=EwK9glIxIoo

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On peut aussi, bien sûr, y voir une allégorie de l'Union européenne avec ses règles qu'on "ne peut pas changer". la scène finale qui suggère des "jeux alternatifs" mis de côté est savoureuse de mon point de vue. A voir absolument, ça dure 20 minutes.   P.G.

Posté par UPR Creuse à 04:30 - - Permalien [#]
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Macron contre les services publics - Quel rôle pour l'Union européenne ? (vidéo) [réédition]

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Comment les manifestants mobilisés contre les réformes visant les services publics voient-ils le rôle joué par l'Union européenne ?
Nous sommes allés à leur rencontre pour le savoir.

ALORS EUREUX SERVICES PUBLICS

Sur Youtube : https://youtu.be/zM3481Q90hA

== SOURCES ==
- Article du Monde mentionné en introduction : http://www.lemonde.fr/…/sncf-que-signif…
- Politique européenne des transports ferroviaires : https://fr.wikipedia.org/…/Politique_eu…
- Analyse de l'article 106 du TFUE : https://resume.uni.lu/…/article-1062-du…

== SUIVEZ-NOUS ==
Sur Youtube : https://www.youtube.com/AlorsEureux
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ALORS EUREUX SERVICES PUBLICS2

ART106 VERSION 2

 

 

 

 

 

 

 

 

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Il semblerait que la propagande "alter- européiste" ait affiné sa critique du Frexit: effectivement, l'alinéa 2 de l'article 106 prévoit une sorte de "clause de sauvegarde". Sauf que la formulation est tellement vague qu'elle ne tient pas la route en termes juridiques. Par ailleurs, le calendrier de mise en oeuvre des directives européennes est, lui, contraignant, comme le souligne fort justement notre "reporter". En outre, la simple mise en concurrence, avec ou sans limites, en admettant qu'on arrive à négocier ces dernières au terme d'un long et difficile procès,  est par nature contradictoire avec l'esprit même d'un service public "à la française": sans monopole, comment redistribuer les activités rentables vers celles qui, par définition, ne le sont pas, mais sont jugées nécessaires quand même pour des raisons supérieures d'intérêt national? En introduisant délibérément le "ver dans le fruit", l'article 106 nous contraint bel et bien au démantèlement de nos services publics. On notera d'ailleurs que ceux- ci sont rebaptisés en novlangue européenne "services d'intérêt économique général", ce qui n'est pas du tout la même chose...   P.G.

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Posté par UPR Creuse à 04:15 - - Permalien [#]
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1968 dans le monde: une année brûlante (réédition)

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L'année 1968 s'est traduite par une inflexion majeure dans l'hémisphère occidental comme dans l'hémisphère communiste. Gardons-nous de la réduire aux revendications sociétales des étudiants parisiens. À San Francisco, Berlin, Rome, Bruxelles, Pékin... comme à Paris, il y eut l'avant et l'après-68.

HIST 68 COHN BENDIT

En Europe comme en Amérique, l'opposition massive à la guerre du Vietnam domine la vie sociale et politique. Les États-Unis connaissent aussi, un siècle après l'abolition de l’esclavage, une soudaine exacerbation des tensions raciales. À l’Est, la contestation du communisme soviétique et la faillite du maoïsme ébranlent les régimes en place (*).

Brûlures

À l'aube de 1968, le monde entier bouillonne et frémit. Mais ce qui va déclencher les brûlures de 1968 tient principalement à un fait, la guerre du Viêt-nam

- Un tournant dans la guerre :

L'engagement américain au Viêt-nam s'est brutalement intensifié en 1966 avec le bombardement aérien des villes du Nord en 1966. Mais dans un premier temps, l'opposition à la guerre est restée cantonnée aux campus universitaires et auxmilieux intellectuels.

Capture d'un Vietcong près de l'ambassade américaine de Saigon (offensive du Têt, 1968) (DR)Tout bascule le 30 janvier 1968, quand les forces nord-vietnamiennes et vietcongs (communistes du sud-Viêt-nam) déclenchent l'offensive du Têt (Nouvel An vietnamien).

Une centaine de villes, dont Saigon et Hué, la capitale historique de l'Annam, sont simultanément assaillies par plusieurs centaines de milliers de combattants. Les Sud-Vietnamiens et leurs alliés américains se ressaisissent rapidement.

Échec militaire, l'offensive du Têt, menée en direct sous les caméras des journalistes occidentaux, n'en constitue pas moins pour les communistes un succès médiatique. Elle fait basculer l'opinion américaine contre la guerre. Les désertions se multiplient. Des dizaines de milliers de jeunes Américains s'établissent à l'étranger pour échapper à la conscription.

Les manifestations de protestation deviennent quasi-quotidiennes dans toutes les grandes villes étudiantes d'Amérique mais aussi d'Europe.

- L'opposition à la guerre traverse l'Atlantique :

En Italie, les étudiants dénoncent tout à la fois la guerre du Viêt-nam et la raréfaction des débouchés professionnels !... Ils se distinguent de leurs homologues français par le fait qu'ils réussissent dès le début de l'année 1968 la jonction avec les syndicats ouvriers et à mener de concert des grèves de solidarité autour de l'emploi et des conditions de travail.

Les premiers affrontements sérieux avec la police se produisent le 1er mars 1968 à Rome, dans le parc de la Villa Borghese, devant la faculté d'architecture dont les autorités ont ordonné la fermeture.

Cette agitation va faire plusieurs victimes et perdurer jusqu'à l'automne 1969, justifiant le qualificatif de « Mai rampant »...

À Berlin-ouest, l'opposition à la guerre  se manifeste dès le week-end des 16 et 17 février 1968 avec la tenue d'un Congrès international sur le sujet. Il rassemble trois mille délégués de différents pays à l'appel du syndicat des étudiants socialistes allemands (SDS) dirigé par Rudi Dutschke (28 ans), dit « Rudi le Rouge ».

Rudi Dutschke et Alain Krivine (à sa gauche) lors d'une manifestation à Berlin-Ouest les 16-17 février 1968 (DR)

Tout s'accélère le 11 avril 1968 quand Rudi Dutschke est atteint de deux balles dans la tête. Il va s'en tirer péniblement mais ses partisans mettent immédiatement en cause la presse populaire et conservatrice du groupe Axel Springer qui ne tarit pas d'insultes à son égard et a probablement influencé son meurtrier.

Dans toutes les villes allemandes se multiplent les manifestations dirigées contre le groupe de presse et les institutions américaines. Parmi les étudiants arrêtés par la police figure le fils du social-démocrate Willy Brandt, alors ministre des Affaires étrangères !

À Londres, le 17 mars 1968, 25 000 personnes marchent sur l'ambassade américaine en sautillant sur place et scandant : « Ho Ho Ho Chi Minh ! » Ils sont accueillis à coup de matraques par la police. Le meneur du mouvement est un étudiant pakistanais, Tariq Ali. 

Affiche de soutien au Vietnam (DR)Les manifestations vont se prolonger jusqu'à la fin de l'été, avec un facteur aggravant : la question raciale.

Le 20 avril 1968, en effet, Enoch Powell, un député conservateur de très grande érudition, prononce à Birmingham un discours magistral sur les méfaits présumés de l'immigration, resté connu sous le nom de Rivers of Blood speech (« Discours des Rivières de sang »).

En France, tout débute le 22 mars 1968 dans une faculté de la région parisienne, à Nanterre, avec l'arrestation de six militants du Comité Viêt-nam. La faculté est perturbée pendant quelques semaines, jusqu'à ce que son recteur prenne la décision de la fermer, le 2 mai 1968. Aussitôt, les étudiants se transportent au coeur de Paris, à la Sorbonne.

Les autorités, dans l'affolement, décident de fermer celle-ci. Il s'ensuit de violentes échauffourées avec la police. Le mouvement étudiant culmine en intensité et fait l'objet d'une tentative de récupération par l'opposition politique et les syndicats le 13 mai, dixième anniversaire du vrai-faux coup d'État qui a ramené le général de Gaulle au pouvoir.

Finalement, ce dernier, après avoir donné l'impression de défaillir, reprend les choses en main. Il annonce solennellement à la télévision la dissolution de l'Assemblée nationale. Aussitôt, le 30 mai, un million de ses partisans descendent en masse les Champs-Élysées. La fête est finie. On ne déplore que deux morts : un commissaire de police tué par un camion-bélier et un jeune manifestant tombé dans la Seine.

- La fracture raciale aux États-Unis :

La guerre du Viêt-nam a réveillé la fracture raciale aux États-Unis en dépit de l'abolition définitive des lois ségrégationnistes par le président Lyndon Baines Johnson.

C'est que les jeunes Noirs, du fait de leur condition modeste, sont en première ligne parmi les conscrits appelés à combattre en Indochine. Ils ont moins de facilités que les étudiants blancs des classes moyennes et supérieures à contourner la loi, se faire réformer ou  affecter dans la Garde nationale.

Martin Luther King pointe cette injustice. En avril 1967, devant une foule immense réunie à New York sur la place des Nations, il se demande pourquoi envoyer des jeunes Noirs défendre à 16 000 km de chez eux des libertés « qu'ils n'ont jamais connues dans le sud-ouest de la Géorgie et dans l'est de Harlem » et pourquoi envoyer des garçons blancs et noirs se battre côte à côte « pour un pays qui n'a pas été capable de les faire asseoir côte à côte sur les bancs des mêmes écoles » ?

C'est dans ce contexte que le pasteur est assassiné sur le balcon d'un motel à Memphis (Kentucky) un an plus tard, le 4 avril 1968. Son assassin se dénoncera plus tard. C'est un repris de justice blanc, James Earl Ray.

Révulsés par la mort du pasteur, les ghettos noirs des grandes villes américaines sombrent aussitôt dans des émeutes d'une extrême violence.

Cet Holy Week Uprising (« Soulèvement de la Semaine Sainte ») fait 39 morts et des dégâts comme les États-Unis n'en ont pas connu depuis la guerre de Sécession. Il est exploité par des extrémistes noirs adeptes de la violence et clairement racistes, tels les Black Panthers de Stokely Carmichael et Eldrige Cleaver.

Les enjeux raciaux prennent un tour inattendu aux Jeux Olympiques qui s'ouvrent à l'automne à Mexico.

Tommie Smith et John Carlos aux JO de Mexico le 17 octobre 1968 (DR)Le 17 octobre 1968, les athlètes américains Tommie Smith et John Carlos, respectivement 1er et 3e de l'épreuve du 200 mètres, baissent ostensiblement la tête et lèvent leur poing ganté de noir alors qu'ils sont sur le podium et que retentit l'hymne américain. Par ce geste de défi, ils affichent leur soutien aux Black Panthers !

Après Martin Luther King, voilà que les États-Unis pleurent également Robert Kennedy (43 ans).

Le populaire sénateur était donné favori pour les élections présidentielles de la fin de l'année. Le 5 juin 1968, alors qu'il sort d'un hôtel de Los Angeles où il vient de remporter les primaires démocrates de Californie pour les prochaines élections présidentielles, il est touché de deux balles tirées à bout portant par un jeune Palestinien, Sirhan Sirhan, qui lui reprochait son soutien à Israël.

- À l'Est et au Sud, ça bouge aussi mais pour d'autres raisons :

Au-delà du « rideau de fer » qui coupe l'Europe en deux, on ne se soucie ni du Viêt-nam ni des Afro-Américains mais l'on commence à penser que la tutelle soviétique a assez duré, d'autant que Moscou a perdu de sa superbe depuis la reculade de Cuba.

En Tchécoslovaquie, l'un des pays les plus étroitement soumis à Moscou depuis le « coup de Prague » de 1948, une révolution de palais survient le 5 janvier 1968 avec le remplacement d'Antonín Novotný par Alexander Dubcek (47 ans) au secrétariat général du Parti communiste tchécoslovaque.

Dès le mois d'avril, défiant les Soviétiques et poussé de l'avant par les milieux intellectuels, Dubcek tente d'instaurer un « socialisme à visage humain ». Il supprime la censure, autorise les voyages à l'étranger et fait même arrêter le chef de la police. Beaucoup de Tchécoslovaques se ruent à la découverte de l'Occident sans prendre garde aux manoeuvres prémonitoires du pacte de Varsovie.

Au matin du 21 août 1968, les Européens se réveillent en état de choc. Des troupes blindées d'un total de 300 000 hommes ont envahi le pays dans la nuit sur décision de l'autocrate soviétique Leonid Brejnev. Des dizaines de milliers de parachutistes ont aussi atterri sur l'aéroport de Prague. Fin du Printemps de Prague.

Sans qu'il y paraisse, les Polonais n'étaient pas en reste et les milieux intellectuels s'agitaient tout comme à Prague. Mais le secrétaire général du Parti ouvrier unifié polonais Władysław Gomułka ne se laisse pas faire. Classé comme réformateur et libéral à son accession au pouvoir en octobre 1956, il est prêt à toutes les compromissions pour conserver le soutien des Soviétiques. 

Le 30 janvier 1968, la police arrête à Varsovie une cinquantaine d'étudiants qui manifestaient contre l'interdiction d'une pièce du répertoire classique (Les Aïeux d'Adam Mickiewicz) pour cause d'allusions antirusses ! C'est le début d'une agitation estudiantine qui culmine en mars avec la grève des universités et des échauffourées dans les rues, tout cela pour réclamer des droits triviaux qu'au même moment les étudiants occidentaux vouent aux gémonies ! 

Dans un discours au Palais de la culture, le 19 mars, Gomulka organise la contre-offensive en mettant en cause les menées de quelques étudiants « sionistes » (juifs). Il va dès lors réveiller l'antisémitisme résiduel de la population polonaise en mettant à pied les professeurs juifs et en conseillant aux juifs qui « aimaient Israël » (autant dire tous les juifs) de quitter le pays. Enfin, en août, il participe à l'invasion de la Tchécoslovaquie. Ainsi sauve-t-il momentanément sa place.

Répression de Tlatelolco (Mexico, 2 octobre 1968)Le reste du monde n'est pas épargné par l'agitation, qu'il s'agisse du Japon ou du Mexique. C'est dans ce dernier pays que surviennent les événements les plus sanglants de l'année, guerres et invasions mises à part.

Le 2 octobre 1968, soit une dizaine de jours avant l'ouverture des Jeux Olympiques de Mexico (12-27 octobre), des étudiants manifestent au centre de la capitale mexicaine, sur la place des Trois Cultures et dans le quarter avoisinant, dit Tlatelolco.

Les policiers, de façon délibérée, ouvrent le feu. On compte une vingtaine de morts selon le gouvernement, plus sûrement quelques centaines. Par cette répression brutale, le président Díaz Ordaz a voulu mettre un terme aux manifestations estudiantines avant l'ouverture des Jeux.

Cendres brûlantes

L'amateur d'Histoire peut s'amuser d'un parallèle entre l'année 1848 et l'année 1968. La première a été marquée dans toute l'Europe par des révolutions autrement plus violentes et meurtrières qu'en 1968. Mais dans les deux cas, on retrouve les mêmes aspirations utopiques et généreuses... et les mêmes échecs. Partout le retour à l'ordre a prévalu.

Mais sous cet apparent retour à l'ordre, le « printemps des peuples » de 1848 a suscité des aspirations nationales inédites, autour du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » et de la réinvention des langues et des identités nationales.

Les contestations étudiantes de l'année 1968 ont tout autant changé les sociétés européennes et dans une moindre mesure le reste du monde développé.

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L'individu-roi soucieux de ses droits a supplanté le citoyen pénétré de ses obligations sociales. Il a entraîné les institutions traditionnelles dans un irrésistible déclin, qu'il s'agisse des Églises, des syndicats ou des partis politiques. Il s'est aussi accommodé de l'émergence d'une nouvelle doctrine économique, née à Chicago autour du professeur Milton Friedman, qui va déboucher sur le néolibéralisme et le désengagement des États de la régulation économique...

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Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
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