mardi 1 mai 2018

SNCF - Vers la fin des services publics [réédition]

En raison de la mobilisation sociale et militante autour du 1° mai, l'équipe de Frexit-Limousin.fr représente des articles de fond publiés sur ce site à des fins d'argumentaire. Merci de votre compréhension. P.G.

AFFICHE ARG 1MAI

Cet article date du 7 mars, mais est bien sûr de toute actualité!   P.G.

Sous la pression de Bruxelles, et dans le droit fil de la politique néolibérale désormais omniprésente, le président Macron entend mettre fin une fois pour toutes aux services publics en France.

TL TOUT DOIT PARTIR

TRIBUNE LIBRE /

Pour ou contre la grève SNCF, les usagers prennent parti [réédition]

ACT SNCF GREVE

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AFFICHE ARG 1MAI

Il y a les « pour » et bien sûr les « contre ». Mercredi 4 avril, après deux jours de grève éprouvants pour les usagers qui ont dû affronter les trains bondés ou tout simplement l’absence de trains, les avis divergent sur la suite de cette grève du personnel de la SNCF qui devrait reprendre dimanche 8 avril. D’un côté, certains usagers demandent à ce qu’on cesse de les prendre en otage ; de l’autre, certains sont prêts à mettre la main au porte-monnaie pour soutenir les grévistes.

 

 

L’association des usagers des transports d’Île-de-France réclame, par exemple, l’ouverture de « véritables négociations » entre gouvernement et syndicats de cheminot pour une fin rapide de la grève à la SNCF, dans un communiqué publié mercredi.

« Gêne insupportable pour les usagers »

« Les principales personnes touchées sont les plus vulnérables », a souligné auprès de l’AFP, Bernard Gobitz, le vice-président de cette association qui représente les usagers des transports en région parisienne, mais partage sur ce sujet les mêmes positions que sa fédération nationale (Fnaut).

L’association des usagers « attend du gouvernement et des syndicats qu’ils engagent de réelles négociations, en sortant d’une logique de surenchère, afin de limiter la durée de la grève et la gêne insupportable qu’elle entraîne pour de nombreux usagers », selon le communiqué.

 

 

« Nous considérons, comme les syndicats, qu’une reprise rapide de la dette ferroviaire est indispensable, pour permettre une baisse du niveau des péages (droit de passage payé à SNCF Réseau), un renforcement de l’offre ferroviaire et des investissements plus importants et plus rapides », explique aussi l’association.

L’association souligne que 70 % des voyageurs de la SNCF sont franciliens et que la région parisienne est donc particulièrement touchée par le mouvement social.

Près de 200 000 € récoltés pour soutenir les cheminots

D’autres usagers, eux, sont plus favorables à la perspective de maintenir le rapport de force avec le gouvernement. Leur soutien s’exprime notamment par une cagnotte en ligne, qui permet de soutenir financièrement les cheminots qui, faisant grève, ne touchent pas de revenu.

Lancée le 23 mars par une trentaine d’écrivains, réalisateurs ou encore universitaires, cette cagnotte avait presque atteint la barre des 200 000 €, mercredi en milieu de journée, avec plus de 5 800 contributeurs.

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« Tout l’argent déposé sur la cagnotte ira directement, sans intermédiaires, aux fédérations de cheminots », hors frais de transfert, a indiqué récemment le sociologue Jean-Marc Salmon, à l’origine du projet, sur la page Leetchi dédiée à la cagnotte.

D’autres cagnottes ont aussi été créées comme la traditionnelle « caisse de grève » lancée par SUD-rail (troisième syndicat à la SNCF) qui contenait près de 17 600 € à la même heure, avec environ 420 participants.

Des intellectuels en première ligne

« Nous avons de la sympathie pour les cheminots grévistes », ont écrit en mars, sur un blog de Mediapart, les fondateurs de la cagnotte, parmi lesquels figurent les écrivains Laurent Binet, Didier Daeninckx et Annie Ernaux, les philosophes Bernard Stiegler et Étienne Balibar, ou encore le réalisateur Robert Guédiguian.

« Ils défendent un de nos biens communs, une entreprise de service public que le gouvernement cherche à transformer en société anonyme », ont-ils écrit, en soulignant que « les journées de grève coûtent et que pour le succès de leurs revendications, il importe que le mouvement puisse durer ».

La Croix avec AFP
https://www.la-croix.com/Economie/Social/contre-greve-SNCF-usagers-prennent-parti-2018-04-04-1200929060?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20180404&utm_campaign=newsletter__crx_alert&utm_term=979156&PMID=ac29e5cafb071c987471f76e2c454018

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Rien à dire pour une fois sur un article de "La Croix" qui se contente d'informer. C'est reposant.
Une occasion pour rappeler que l'UPR invite à un grand rassemblement à Paris le 1°mai, pour la défense des services publics bien sûr, mais aussi pour expliquer et ré- expliquer encore et toujours l'origine des "réformes" et la nécessité du FREXIT.    P.G.

APPEL 1 MAI

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SNCF, à la recherche du mystérieux service minimum [réédition]

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Plusieurs personnalités politiques ont demandé l’instauration d’un réel service minimum lors des grèves des cheminots

Une mesure souhaitée par une majorité de Français.

Un quai de la gare de Lyon, le 3 avril dernier, premier jour de la série de grèves à la SNCF. 

Un quai de la gare de Lyon, le 3 avril dernier, premier jour de la série de grèves à la SNCF. / Christophe Simon/AFP

Trains supprimés ou bondés, bousculades, lignes non desservies pendant deux jours… L’ampleur des perturbations de la grève des cheminots a poussé Valérie Pécresse, présidente (LR) de la région Île-de-France, et à ce titre présidente de l’autorité organisatrice de transport « Île-de-France mobilités », à taper du poing sur la table.

« La présidente demande au gouvernement de tout mettre en œuvre pour faire respecter sans délai un vrai service minimum pour ne plus laisser aucun territoire francilien sans train », a communiqué l’organisme le 3 avril. Valérie Pécresse juge ainsi « inadmissible que le service minimum ne soit pas respecté sur plusieurs lignes aujourd’hui, comme les lignes P, R et U qui sont fermées ». Le contrat qui lie l’autorité organisatrice à la SNCF prévoit un trafic minimum de 33 % de trains sous peine de sanctions financières.

Pas de réelle obligation de circulation de trains

Cette question du service minimum est posée pratiquement lors de chaque grande grève des transports, par des élus mais surtout par les usagers du train, qui ont souvent entendu l’expression utilisée de manière impropre. Un sondage réalisé l’année dernière par l’Union des transports publics (UTP), qui regroupe les grandes entreprises de transport, révélait ainsi que 60 % des usagers croient qu’il existe bel et bien un service minimum dans le transport public. Or il n’en est rien.

 

 

La loi du 21 août 2007 sur le dialogue social et la continuité du service public dans les transports terrestres n’oblige pas la SNCF à faire circuler des trains. Elle la contraint cependant à établir un plan de transport prévisible et à en informer les voyageurs à temps. C’est pour cette raison que les cheminots indispensables à la circulation des rames ont obligation de se déclarer grévistes 48 heures avant le début du mouvement. Si 100 % des personnels faisaient grève, il n’y aurait de fait aucun transport possible.

Cela a d’ailleurs été le cas sur plusieurs lignes en l’Île-de-France. Des usagers se sont d’ailleurs étonné qu’aucun train ne circule sur leur ligne alors que d’autres étaient exploités sur une ligne voisine. « Cela peut arriver que nous concentrions nos forces sur une ligne plus fréquentée quand elle dessert pratiquement les mêmes stations », dit-on à la SNCF.

Les conducteurs doivent connaître la ligne pour y rouler

Le facteur le plus fréquent pour expliquer un trafic inexistant reste cependant l’insuffisance de personnel. Conducteurs bien entendu, mais aussi contrôleurs et surtout… aiguilleurs. « C’est ce qui se passe sur certaines petites lignes ou sur des branches de la ligne P ou R, explique Alain Krakovitch, directeur de Transilien (les trains d’Île-de-France). Les postes d’aiguillage sont de technologie assez ancienne et n’ont qu’un rayon d’action très limité. Il suffit qu’un seul ne puisse pas être tenu par un agent pour qu’une grande portion de la ligne doive être coupée. »

 

 

Quant aux conducteurs, il n’est pas forcément possible de les transférer d’une ligne à une autre pour équilibrer les fréquences. Le directeur des Transiliens précise qu’un conducteur doit être formé à la fois sur le bon type de locomotive mais aussi connaître la ligne…

Au cas où la mobilisation continuerait avec l’ampleur des 3-4 avril, les Français doivent donc encore s’attendre à de dures journées. Les responsables de la SNCF, à commencer par Guillaume Pepy, l’ont d’ailleurs répété : il n’y a pas de réquisition possible des cheminots grévistes.

86% des Français souhaitent un service minimum

Réquisitionner des professionnels ne peut être mis en œuvre, de manière générale, que par décision préfectorale et dans des situations exceptionnelles, « en cas d’urgence, lorsque l’atteinte constatée ou prévisible au bon ordre, à la salubrité, à la tranquillité et à la sécurité publique l’exige », selon le Code général des collectivités territoriales.

 

 

L’argument est-il recevable pour la grève des cheminots ? Sans doute pour le député UDI de Seine-et-Marne Yves Jego, qui a envoyé un message sur le réseau social Twitter : « À l’image des hôpitaux il est indispensable de créer un droit de réquisition des agents des transports pour un véritable service minimum dans chaque gare. » Dans une tribune de presse, le président (LR) du département de Seine-et-Marne Jean-Louis Thiériot évoque aussi la nécessité d’une telle possibilité.

En tout état de cause, selon le sondage de l’UTP, 86 % des ­Français disent souhaiter un service minimum.

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Les conducteurs mobilisés

Le trafic ferroviaire a été très perturbé le 4 avril, au deuxième jour de la grève des cheminots. Le taux global de grévistes en milieu de matinée communiqué par la direction était en légère baisse, à 29,7 % (contre 33,9 % la veille).
Les trois quarts des conducteurs restaient cependant très mobilisés (74 % contre 77 % mardi), de même que les contrôleurs (77 % contre 69 %) et les aiguilleurs (46 % contre 39 %).
En dépit de ce mouvement, le gouvernement va mener la « transformation » de la SNCF « jusqu’au bout, avec calme et avec une grande détermination », a déclaréle porte-parole ­Benjamin Griveaux à l’issue du conseil des ministres du 4 avril.

Michel Waintrophttps://www.la-croix.com/Economie/France/SNCF-recherche-mysterieux-service-minimum-2018-04-04-1200929091?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20180405&utm_campaign=newsletter__crx_alert&utm_term=987011&PMID=ac29e5cafb071c987471f76e2c454018

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Le sondage de l'UTP est répété en boucle, tel un mantra: En tout état de cause, selon le sondage de l’UTP, 86 % des ­Français disent souhaiter un service minimum. Un sondage commandité l'année dernière par une des parties, qui n'a donc qu'une valeur très relative...    P.G.

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Lutte 2.0 : comment les cheminots veulent gagner la bataille de l'opinion publique [réédition]

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Malgré les difficultés que subiront les usagers, les syndicats de cheminots veulent convaincre la population de la dimension collective du combat. En face, le gouvernement dénonce une grève que "personne ne peut comprendre". Sur les réseaux sociaux, les premiers sont pour l'heure beaucoup plus efficaces que les seconds.

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Quel que soit le camp, la conquête de l’opinion est une priorité. Souvent, c’est elle qui détermine le vainqueur du bras de fer. En 1995, alors que le Premier ministre Alain Juppé promet une réforme des régimes spéciaux de la SNCF, il est obligé de reculer face à une forte mobilisation des cheminots soutenue par deux Français sur trois. Pour remporter la bataille sociale, il faut donc mener - dans le même temps - une offensive de com' pour rallier la population à sa cause. Les organisations de cheminots l’ont bien compris. Ère des réseaux sociaux oblige, les syndicats et ses partenaires ont transformé la forme de leurs discours pour arriver à leurs fins. Jusqu’à voir, cette semaine, le hashtag “Je soutiens la grève des cheminots” au plus haut des sujets discutés sur Twitter. Faisant de la lutte une “tendance”.

“Face aux arguments fallacieux du gouvernement, il nous fallait mener une campagne ambitieuse”, explique à Marianne Gérald Briant, élu communiste mais aussi chargé de la communication du parti sur les réseaux sociaux. Le 22 mars, à l’occasion de la mobilisation nationale de la fonction publique et des cheminots, le Parti communiste lance la campagne “Mon train j’y tiens”. Le slogan sera repris en masse par les internautes, sous la forme d’un hashtag, évidemment.

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L'autre mot-clé très utilisé est #TeamSNCF, un hashtag "volé" à la SNCF qui, hors grève, avait l'habitude de l'utiliser pour communiquer sur ses services et tenter de se rendre sympathique et accessible. Pas de chance pour Guillaume Pépy, certains cheminots grévistes rompus à l’usage des réseaux sociaux s’en sont donc emparés dernièrement. A tel point qu’il est devenu une sorte de point d’information numérique sur les actions des cheminots lors de la dernière mobilisation. Amélie, plus connue sous le pseudo de @amelie_picardie sur Twitter, est cheffe de bord. Le 22 mars, elle était dans la rue pour manifester. Et ce 3 et 4 avril, elle ne travaillera pas. “J’utilise ce mot-clé pour faire preuve de pédagogie, pour expliquer notre action et nos revendications et, parfois, calmer les personnes les plus virulentes”, confie-t-elle à Marianne. Pour elle, les clichés et les idées reçues sont les ennemis numéro 1 du personnel de la SNCF. “Avec les annonces du gouvernement, les attaques ont été plus dures”, constate-t-elle. Alors, il a fallu ruser pour “montrer l’envers du décors”.

Parler d’un “choix de société” plutôt que d’un “statut”

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Car derrière l'outil, il y a surtout une stratégie : sortir d'un sujet très cheminots-centré et montrer qu'il concerne tout le monde. Selon Gérald Briant, le gouvernement a décidé “dès le départ” de prendre le parti d’un discours “dur” à l’encontre des cheminots “comme s’ils étaient la cause de tous les tourments de l’entreprise”. Avec, comme principal argument, leur statut “obsolète” et “coûteux” pour la SNCF. Une diabolisation des agents qui n’avait qu’un but selon lui : “jouer sur l’aversion des Français pour les privilèges”, de quelque nature qu’il soit. Il fallait alors jouer le contre-pied, choisir son “terrain de jeu” et “ses thèmes de débat”. Cette campagne a été la première pierre de cette stratégie.

“Sans statut, le train français est en danger. Il fallait alors remettre le train et ce qu’il représente au centre du jeu. Faire cesser ce cheminot bashing pour faire réfléchir la population sur la question du train comme service public.” Pour cela, quel meilleur outil que les réseaux sociaux ? “Le seul espace capable de rivaliser avec les médias traditionnels”, pour l’élu parisien.

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Un pari qu’assume François Grasa, secrétaire général de la fédération FO des cheminots. La stratégie du gouvernement était de réduire le sujet aux ‘avantages’ de travailleurs, déplore-t-il pour Marianne. Alors qu’il s’agit d’un sujet de société qui engage chaque citoyen.” Ainsi, plutôt que d’entrer dans le procès fait en égoïsme, les différents syndicats ont décidé de déplacer le curseur. En ouvrant les rails à la concurrence à partir de 2021 comme l’exige l’Union européenne, donc en soumettant le secteur ferroviaire aux lois du marché et de la productivité, c’est un service public que l’on va abîmer. Alors, en soutenant les cheminots, c’est d’une certaine façon tout le service public que l’on défend à son échelle. Un raccourci tiré par les cheveux, leur rétorque-t-on ? Qu’importe, pour François Grasa, c’est un argument qui “prend” dans l’opinion. “Les Français voient bien que le service public est attaqué de toute part. Pas un jour ne passe sans que les infirmiers, les surveillants de prison, les agents administratifs, ne fassent part de leurs difficultés face au manque de moyens et d’effectifs, rapporte le syndicaliste. La cause des cheminots doit devenir l’étendard de luttes annexes.”

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C’est pourquoi, sur les réseaux sociaux, les slogans de soutien aux cheminots sont désormais assortis à d’autres causes, même si peu de chose les relie. La Confédération nationale du logement (CNL) par exemple, a édité un tract “Mon train j’y tiens, mon HLM aussi”. Le syndicat “Solidaires” communique lui sur une “zone à défendre (ZAD) autour des services publics”, rattachant ainsi le sort des écoles ou des hôpitaux à celui des cheminots, montrés comme des éclaireurs. Difficile de dire si la méthode est efficace. Mais d’après un sondage Ifop pour le Journal du Dimanche, 46% des Français trouvent le mouvement de grève dans le ferroviaire “justifié”, contre 42% il y a deux semaines. “Quelque chose se passe”, se réjouit le représentant syndical. Il faudra cependant en juger sur la durée.

Du côté de la SNCF, on cale son discours dans les pas du gouvernement pour désamorcer un tel phénomène, toujours en insistant sur le tort causé aux usagers. Ce dimanche, à l’occasion d’une interview accordée au JDD, son président Guillaume Pépy a voulu se montrer ferme. Citant une “grève pénalisante” pour des usagers “choqués” par cette mobilisation perlée que “beaucoup de gens ne comprennent pas”. “Ils tentent de dresser les personnes les unes contre les autres alors que, nous, nous usons d’une communication inclusive. Tout le monde peut s’identifier à la cause des cheminots”, soutient Gérald Briant, à deux doigts de paraphraser la petite phrase d’Olivier Besancenot : “nous sommes tous le cheminot de quelqu’un d’autre.”

https://www.marianne.net/societe/lutte-20-comment-les-cheminots-veulent-gagner-la-bataille-de-l-opinion-publique?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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"Faisant de la lutte une “tendance”": dans les médias de l'oligarchie euro- atlantiste, la tendance est toujours la même, et elle est constante...L'argumentaire des grévistes et ceux qui les soutiennent ne peut être qu'une ruse, une simple stratégie plus ou moins habile, de communication. Déformation professionnelle...    P.G.

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Comment la SNCF a créé des centaines de filiales pour mieux préparer le démantèlement du transport ferroviaire [réédition]

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TRIBUNE LIBRE / par 5 juillet 2017

TL SNCF FILLIALES

En 2020, le transport ferroviaire en Europe sera totalement ouvert à la concurrence. En France, ce sera la fin du monopole de la SNCF sur le transport de voyageurs. L’opérateur public historique se prépare depuis de longues années aux affres de la « concurrence libre et non faussée ». Des myriades de filiales ont été créées, en France comme à l’étranger, réduisant les salaires, flexibilisant l’organisation, entamant le contingent des cheminots sous statut. Malgré les discours enthousiastes sur les bénéfices de ce basculement pour les « consommateurs », la réalité qui se profile ressemble davantage à un service de transport au rabais, ainsi qu’à des conditions de travail fortement dégradées pour les salariés.

 

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Keolis, Geodis, Ouigo, Ouibus, Voyages-sncf, Effia, Altameris, Arep, Systra... La liste des filiales de la SNCF, en France et à l’étranger, pourrait être déroulée à l’infini, ou presque. Au nombre de 187 il y a dix ans, elles sont plus d’un millier aujourd’hui. À travers elles, la SNCF est présente dans 120 pays. En 2016, l’opérateur historique du train français réalisait un tiers de son chiffre d’affaires à l’international, contre 12 % il y a dix ans. « Le décollage a été rapide et la perspective, d’ici à 2022, est d’atteindre 50 % de l’activité de la SNCF en France, 25 % en Europe et 25 % dans le reste du monde », annonçait le 1er mai 2017 Guillaume Pépy, le président du groupe, aux micros d’Europe 1.

Depuis le 1er janvier 2015, le groupe est divisé en trois établissements publics à caractère commercial (EPIC) : SNCF réseau, qui gère les infrastructures, notamment les voies ferrées et la circulation des rames, SNCF mobilités, qui transporte les voyageurs et les marchandises sur ses trains, et SNCF tout court, la holding qui chapeaute l’ensemble. Chacun possède et crée ses propres filiales au gré de sa stratégie de développement, et du transfert d’une partie de ses activités vers ces sociétés privées.

Privatisation larvée et vente à la découpe

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Les filiales sont tout aussi présentes sur le territoire national, où elles couvrent des domaines d’activité très variés. Les travaux et la maintenance des voix sont confiés à Sferis, une filiale créée en 2012, tandis que l’aménagement et l’administration des gares reviennent à Gares et connexions. Effia gère 115 000 places de parking en France, pendant qu’une dizaine de filiales labourent le marché de la logistique de marchandise. De cette myriade de sociétés émergent deux mastodontes : Keolis (SNCF Mobilités) et Geodis (SNCF Réseau). Ces deux géants emploient plus de 50 000 salariés chacun et possèdent à leur tour leurs propres filiales, créant un « mille-feuille » organisationnel difficile à cerner.

« La SNCF monte des filiales en face de chacune de ses activités », détaille Eric Meyer, secrétaire fédéral du syndicat Sud-Rail. Pour le syndicaliste, la stratégie de l’opérateur public est de « mettre en concurrence la maison mère avec ses propres filiales, et de contourner la réglementation du travail ». Prêt de la moitié des 30,5 milliards de chiffre d’affaires du groupe est déjà réalisé dans les filiales. « Au sein de la SNCF, il n’y a plus d’actifs. Les wagons, les machines ou l’immobilier sont basculés vers des sociétés privées. Dans l’entreprise publique, il ne reste que la dette et le personnel. » Une drôle de répartition. Pour la maison mère, les coûts de la dette de 50 milliards d’euros, et de la rémunération du personnel. Pour les sociétés privées dépendant du groupe, la conquête des marchés et des bénéfices. Un indice révélateur d’une privatisation larvée, qui accompagne la libéralisation progressive du secteur.

Course aux marges bénéficiaires

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Pour la CGT cheminot, l’affaire ne fait pas de doutes non plus : « Les filiales se multiplient dans le monde entier, elles atteignent le chiffre record de 1 250, le recours à la sous-traitance explose, les externalisations sont nombreuses » dénonçait le syndicat dans un tract du 23 mai 2017. Pour la Confédération générale du travail, le syndicat historique du chemin de fer, la SNCF est bel et bien sur les rails de la privatisation.

L’ouverture à la concurrence commence avec le fret, puis s’étend au trafic international de voyageur en 2009. En 2020, les lignes à grande vitesse pourront être commercialisées par de nouveaux opérateurs, suivies en 2023 des lignes TER et Intercités. La décision a été entérinée à une courte majorité par le Parlement européen à dominante conservatrice, le 16 décembre 2016*. L’opérateur public y voit « une opportunité » et ambitionne de devenir le numéro un des mobilités en Europe. À cette fin, l’entreprise se diversifie, rachète ou crée des sociétés privées comme Ouicar et Ouibus, lancées pour couvrir les marchés de la location de voitures entre particuliers, et du transport en autocar. Pour Véronique Martin, secrétaire fédérale de la CGT Cheminot, la direction cherche « l’augmentation des marges bénéficiaires, loin des préoccupations de développement du réseau ferroviaire et des besoins de transport des populations. »

Moins de cheminots, plus de droit privé

« Il y a une stratégie de la direction visant à filialiser de plus en plus d’activités qui pourraient être réalisées par des cheminots », explique la responsable fédérale CGT, prenant pour exemple Sferis (travaux et maintenance des voies). En jeu, la baisse des coûts de production. Les personnels de la filiale ne bénéficient pas du statut de cheminot et ne sont pas soumis aux mêmes réglementations. Tout cela est à l’avantage du groupe SNCF, dont les bénéfices pour 2016 s’élèvent à 567 millions d’euros.

 

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« La direction justifie la baisse des coûts et la course à la rentabilité par l’arrivée de la concurrence. Limitée par le statut des cheminots, elle filialise pour réduire leur effectif. » Leur nombre n’a cessé de baisser depuis quinze ans, passant de 178 000 en 2003 à 148 000 en 2016. Les filiales emploient de leur côté autour de 115 000 salariés hors statut, un nombre en constante augmentation. Le recours à des emplois précaires se généralise à travers l’emploi de CDD, d’intérimaires, y compris dans la maison mère. Le recours massif à la sous-traitance notamment sur le réseau, complète le tableau de la précarité à la SNCF.

« Les conditions de travail et la qualité du service rendu aux usagers se dégradent. Les cheminots se sentent dépossédés de leur métier », dénonce Véronique Martin. Un malaise que confirme Eric Meyer de SUD-Rail : « Les salariés ne voient plus d’utilité à leur travail, ils n’ont plus de perspectives. On leur dit qu’ils coûtent trop cher, alors que la productivité a augmenté de 40 %. » Suite à de nombreux accidents graves et à plusieurs suicides en début d’année, les fédérations syndicales CGT, CFDT, SUD-Rail et UNSA ont déposé une alarme sociale après de leur direction au début du mois de juin.

Keolis, filiale XXL au management rugueux

Au 1er juillet 2017, Transkeo – filiale de Keolis et SNCF participation – exploitera la ligne de tram-train T11 express, destinée à relier la gare du Bourget à celle d’Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Capable de circuler à la fois sur des voies de tramway et celles du train, la T11 express sera la première ligne SNCF du réseau Transilien à rouler sans cheminot. Annonçant des coûts réduits de 40 %, le Syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif) a attribué le marché à la SNCF, qui l’a ensuite confié à sa filiale de droit privé. Les conducteurs seront polyvalents, la vente des billets s’ajoutant à la conduite des rames et à la sécurité des voyageurs. Une inflation de tâches pour une déflation salariale, la centaine de salariés de Transkeo étant moins payée que les cheminots à statut.

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La maison mère de Transkeo, Keolis, exploite déjà 240 km de métro, 660 de tramways et 5800 de trains dans 16 pays. Elle possède une flotte de 23 000 bus et investit dans d’autres modes de déplacements : vélo, covoiturage ou navettes maritimes et fluviales. Avec 58 300 salariés, c’est une filiale géante détenue à 70 % par la SNCF, avec une participation de la Caisse des Dépôts du Québec à hauteur de 30 %. Avec la ligne T11 express, Keolis prend des parts de marché à l’entreprise publique, et se positionne en vue des autres projets du Grand Paris. Elle convoite les lignes T12 et T13 (tram express à l’ouest et au sud de la région parisienne), prévues pour 2021.

Cet appétit se double d’une gestion managériale rugueuse, avec un recours immodéré aux conseils de discipline. Les comparutions de salariés devant ces instances auraient ainsi augmenté de 500 % dans les transports urbains d’Orléans, selon le syndicat Sud-TAO, pour qui « les conducteurs avec de l’ancienneté et adhérents à un syndicat sont visés ». Les syndicalistes pointent des situations ubuesques, comme ce chauffeur convoqué à un conseil de discipline pour avoir transgressé un ordre. En cause : un changement de chemise tachée de sang, après avoir secouru un enfant percuté par un tram.

Ouibus, ou la sous-traitance totale

La situation des salariés de SNCF C6, filiale gérant la marque Ouibus, n’est pas meilleure. Créée en 2012 pour occuper le marché du bus, la compagnie offre dans un premier temps des conditions attractives pour attirer les chauffeurs recrutés chez ses concurrents. Depuis, l’entreprise s’est développée en faisant appel à la sous-traitance pour exploiter des liaisons transnationales. Une tendance accentuée depuis 2015 et le vote de la loi Macron déréglementant les lignes de ville à ville. « Plus de 80 % des lignes Ouibus sont exploitées par des sous-traitants », relève Rémy Haddad, délégué syndical CGT au hub de Lille. Inquiet de voir se développer le recours à des franchises, il prophétise une évolution de Ouibus vers un modèle de type plateforme. Les lignes pour les sous-traitants et les franchisés, la vente des billets et l’administration pour SNCF C6.

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Des craintes confirmées par la décision de Ouibus fin 2016, de transférer son activité lyonnaise vers Faure Express, un exploitant franchisé. Les lignes, les bus et les chauffeurs font partie du voyage. Les sites restants à Lille et Paris pourraient suivre. À Lyon, la direction s’est donné les moyens de liquider l’activité et surtout ses conducteurs. Démission préalable afin d’intégrer une formation en vue d’un reclassement pour les uns, prime de départ volontaire de 6 000 euros pour d’autres, et injonction à se présenter chez Faure Express le 5 juin pour les derniers irréductibles. Refusant les pertes de salaires d’environ 600 euros consécutives à leur basculement chez un franchisé, ils font maintenant l’objet de la part de Faure Express d’une procédure de licenciement. La CGT Cheminot a alerté les présidents de SNCF C6, de la SNCF... et de la République. Elle envisage, avec les salariés, de saisir les prud’hommes. Mais la déréglementation en cours dans le droit du travail ne devrait pas les aider dans leur combat.

Stéphane Ortega / Rapports de force

https://www.bastamag.net/Comment-la-SNCF-a-cree-des-centaines-de-filiales-pour-mieux-preparer-le

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*"La décision a été entérinée à une courte majorité par le Parlement européen à dominante conservatrice, le 16 décembre 2016": comme si ça avait une quelconque importance face à l'article 106 qui inscrit dans le marbre la mise en concurrence des services publics...Le démantèlement en cours n'est pas le fruit de majorités parlementaires qui pourraient être changées, mais le produit de traités qui ne peuvent être modifiés qu'à l'unanimité des états membres de l'Union européenne!    P.G.

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« Commémoration » et dépolitisation de mai 68 sur France Info

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TRIBUNE LIBRE / Acrimed, par Vincent Bollenot, mardi 3 avril 2018

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En 2008, la commémoration du 40e anniversaire de mai 68 avait été celle d’un mai 68 « consensuel », autrement dit « culturel » dont quelques figures (trop) bien connues avaient monopolisé l’interprétation. En ce début avril 2018, alors que Daniel Cohn-Bendit, Serge July ou Henri Weber ont à peine commencé leur marathon médiatique, la célébration s’annonce encore comme un océan de dépolitisation, de mièvreries et de récupération. « Sous les pavés 2018 », une série d’entretiens diffusés quotidiennement sur France Info n’est que l’une des vaguelettes de cet océan. Mais une vaguelette malheureusement représentative de biais récurrents lorsqu’il s’agit de traiter, dans les médias dominants, de la plus grande grève générale que la France ait connue depuis l’après-guerre.

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Du lundi au vendredi, Olivier de Lagarde propose dans « Un monde d’action », une interview de cinq minutes, diffusée cinq fois dans la journée, avec un « acteur de la vie publique qui vient défendre une idée, un projet ou une initiative pour changer le monde ». Le plus souvent des représentants de start-up branchés viennent présenter leur dernière application pour smartphone, à moins que ce ne soit un « associatif » perfusé de subventions publiques qui ne vienne expliquer comment il lance des actions en faveur du « développement durable » en partenariat avec des multinationales.

Une émission un peu convenue qui exalte donc la bonne-volonté et l’initiative individuelles pour « changer le monde »... Et comme mai 68 peut décidément être mangé à toutes les sauces médiatiques, nul ne sera surpris qu’Olivier de Lagarde rebaptise son entretien quotidien « Sous les pavés 2018 » et ajuste l’angle sous lequel il questionne son invité pour se demander : « S’il pouvait lancer un pavé, quel combat choisirait-il ? »

Cinquante ans après 68, en plein mouvement social, il n’était pas très difficile de dénicher des invités susceptibles d’entrer en résonnance avec les « évènements de mai ». Alors que de nombreuses universités sont bloquées, alors que les syndicalistes du rail, de la santé et de l’éducation s’organisent pour s’opposer dans la durée aux plans libéraux du gouvernement, alors que des collectifs organisent les luttes partout en France, on aurait pu penser – et ceci que l’on soit « pour » ou « contre » ces mouvements – qu’ils seraient les premiers invités pour évoquer des évènements qui représentent un acmé et une référence toujours vivante des luttes sociales en France.

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Mais alors que les opposants aux audacieux projets gouvernementaux n’ont pas vraiment le vent en poupe dans les médias, et que mai 68 y est tendanciellement ramené à une vaste kermesse de « la jeunesse », il ne fallait pas trop se prendre à rêver ! Et de fait, la première invitée avait beaucoup à dire sur les évènements de 68, mais depuis… l’autre côté de la barricade, puisqu’il s’agissait d’Élisabeth Lévy, directrice de la rédaction du magazine d’extrême-droite Causeur ! Un choix journalistique en forme de contre-pied (et de bras d’honneur), dont on ne saisit pas bien la logique sinon celle de la recherche de la polémique et du « buzz ».

L’émission se donne pour objectif d’inviter telle ou telle personnalité prestigieuse pousser un « coup de gueule », soi-disant digne de mai 68. Que mai 68 ait été un événement collectif, marqué par des partis, syndicats, associations, collectifs et coordinations en tous genre, que les événements n’aient rien eu d’un simple « coup de gueule » ou même d’un jet de « pavé » le journaliste s’en moque bien. Tout comme il n’a visiblement cure du rôle des organisations de gauche et d’extrême-gauche lorsqu’il multiplie les invitations de personnalités marquées par leur conservatisme.

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Ainsi de Nicolas Baverez, qui a commencé sa carrière dans des cabinets ministériels de droite, avant de la poursuivre comme avocat d’affaires, essayiste et médiacrate patenté, décoré de la légion d’honneur, dont l’un des principaux passe-temps est de diagnostiquer le « retard » français et de prescrire au pays « les réformes qui pourraient permettre de le combler […] pour réinventer un modèle français adapté au monde du XXIe siècle » [1]. Ainsi encore d’Alain Minc, économiste à gage, conseiller multicarte (mais toujours libéral), essayiste en tout genre et éditorialiste multiservice. Ainsi encore de Jacques Attali, dont le « pavé 2018 » consiste en un appel « à l’éducation des femmes à la création d’entreprises » (sic !) et dont le principal hobby est de profiter de son omniprésence médiatique pour faire la promotion du libéralisme économique. Que dire encore de l’invitation de Roselyne Bachelot, ministre des gouvernements Raffarin, Fillon et Sarkozy ?

Des invitations quelque peu saugrenues, à la pertinence journalistique plus que douteuse, mais qui témoignent d’un sens aigu du pluralisme dont on aimerait qu’il ait également cours lorsqu’il s’agit de rendre compte des mobilisations sociales ou de la politique du gouvernement… Quant au contenu des entretiens, on a grand peine à y retrouver ne serait-ce que l’écho des formes de politisation et de la radicalité qui imprégnaient les débats de mai 68.

De petites anecdotes moralisantes, des indignations toutes personnelles, ou au contraire si consensuelles qu’elles tournent à la platitude, sont montées en épingle, comme en témoignent les quelques titres qui suivent. Des phénomènes certes critiquables et préoccupants sont dénoncés par des invités qui prennent cependant bien soin de ne jamais sortir de la simple déploration et de ne jamais en évoquer les causes (politiques), ni les moyens (politiques) d’y mettre un terme :

On peine à voir ce qui dans ce robinet d’eau tiède pourrait évoquer en quoi que ce soit les évènements de mai 68… Alors même que certains de ces invités pouvaient avoir des choses plus percutantes et (im)pertinentes à dire, la titraille choisie par France Info révèle la ligne éditoriale d’une émission conçue pour être apolitique, individualisante et… consternante d’anachronisme !

***

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Les commémorations sont souvent l’occasion de construire des images ternes, dégradées puisque figées et mythifiées des évènements qu’elles célèbrent. Pire encore sont ces commémorations médiatiques de « mai 68 » qui chantent les louanges de l’ordre établi, qui s’approprient pour mieux le dissimuler un héritage de luttes collectives, et qui tendent le micro à des individus déjà ultra médiatisés, qui viennent clamer leur révolte face à la « censure », « la faim dans le monde », ou encore « les promesses politiques non-tenues »… Et que dire des promesses journalistiques non tenues d’un média de service public ?

Vincent Bollenot

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Privatisation de la FDJ : «Ce gouvernement applique très sèchement l’agenda néolibéral»

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Liêm Hoang-Ngoc est économiste. Ancien socialiste, il a été député européen encarté au Parti socialiste (PS) entre 2009 et 2014. Il est actuellement orateur national pour La France insoumise. Il a écrit plusieurs ouvrages comme La facture sociale : sommes-nous condamnés au libéralisme ? ou Les théories économiques : Petit manuel hétérodoxe.

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Alors que La FDJ a enregistré un bénéfice net de 181 millions d'euros, la privatisation de l'entreprise est toujours dans les cartons du gouvernement. Pour l'économiste et orateur national LFI, Liêm Hoang-Ngoc, cette vente «est tout un symbole».

RT France : La Française des jeux (FDJ) vient de communiquer ses chiffres. Ils sont bons, puisque la société a enregistré un bénéfice net en hausse de 2,8% à 181 millions d'euros l'an dernier. Quel est donc l'intérêt du gouvernement à souhaiter la privatisation de cette entreprise ?

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Liêm Hoang-Ngoc (L. H-N.) : Le gouvernement est dans une stratégie de privatisation des profits. Il se couvre derrière l’idéologie libérale selon laquelle le caractère public d’une entreprise qui «marche bien» ne se justifie pas. Cela dit, cette privatisation est évidemment discutable, parce que la FDJ collecte d’une certaine façon l’impôt, sa contribution fiscale – c'est-à-dire ce que la FDJ reverse à l'Etat – étant de 3,3 milliards d’euros par an. C’est donc une forme de privatisation de la collecte de l’impôt.

RT France : A l'inverse, qu'est-ce qui justifie que la FDJ demeure publique ?

L. H-N. : L'Etat a pour mission d’assurer la santé publique et cela justifie qu’il contrôle l’organisme qui est chargé de gérer les jeux. En effet, il y a une certaine forme d’addiction aux jeux qu’il faut combattre. Il est évident que la privatisation va conduire les actionnaires privés à rechercher un développement et une croissance de ce type d’activité. On sait que cette activité engendre des pathologies, et notamment des comportements addictifs. Or, c’est le rôle du service public que de réguler l’activité des jeux en ligne, mais également de garder la main sur un secteur aussi particulier.

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RT France : Des socialistes sous le précédent quinquennat, ou encore Nicolas Sarkozy avant eux, ont eu cette idée. La privatisation de la FDJ dépasse-t-elle les clivages politiques ?

L. H-N. : C’est tout un symbole. La Française des jeux est l’héritière de la loterie nationale, créée en 1933 pour abonder les caisses qui étaient destinées aux anciens combattants. Ce gouvernement est en train d’appliquer très sèchement l’agenda néolibéral pour lequel il a été élu et il fait feu de tout bois. La privatisation de la FDJ fait partie de la dernière vague de privatisation que le gouvernement pense mettre en place, au sein de laquelle il a déjà programmé des cessions d’actifs chez Aéroports de Paris [groupe ADP] et chez Engie.

La FDJ fait assez logiquement partie de la charrette. Cette privatisation se fait au nom de l’abondement d’une caisse pour l’innovation des entreprises mais cela reviendrait à, une nouvelle fois à céder les bijoux de famille que constitutent ces entreprises stratégiques à des intérêts privés. S’agissant d’Aéroports de Paris, par exemple, on sait déjà que Vinci est sur les rangs…

RT France : Vendre les «bijoux de famille» de l'Etat, n'est-ce pas une vision économique à court-terme ?

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L. H-N. : C’est un choix de société. Ce gouvernement revendique haut et fort son attachement à l’idéologie libérale. Il applique son agenda de façon tout à fait cohérente. Et l’agenda de ce gouvernement est de détricoter le modèle social français qui incluait des entreprises stratégiques contrôlées par l’Etat. La privatisation de la FDJ, héritière de la loterie nationale, je le redis, c’est tout un symbole.

RT France : Mais la vente de ces entreprises publiques n'est-elle pas aussi une bonne manière de gonfler les recettes, de rééquilibrer le budget de l'Etat ?

L. H-N. : Le problème des privatisations, c’est que c’est un one shot. L’objectif est clairement de confier à des intérêts privés la gestion d’entreprises qui devaient être contrôlées par l’Etat, par ses missions d’intérêt général, de santé publique, de collecte de l’impôt.  

RT France : Le gouvernement, par cette manœuvre, va montrer aux citoyens et au peuple qu'il peut récolter de l'argent par les ventes. A la fin, ne pourraient-ils pas être satisfaits ?

L. H-N. : Cela ne s’adresse pas au peuple. Le gouvernement s’adresse aux 20% d’électeurs libéraux qui votaient auparavant LR [Les Républicains] ou socialistes. Il essaie donc de les rassembler dans un projet libéral auquel ces gens-là faisaient semblant de s’opposer pendant des années. Ainsi, les gages, que le gouvernement donne sur de nombreux dossiers économiques, sont des gages qu’il donne à l’électorat LR, qu’il cherche à capter.

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Le peuple, quant à lui, est attaché à la FDJ, comme il l’était à la Loterie nationale, comme entreprise publique collectant une partie de l’impôt de façon indirecte. En effet, quand vous jouez, vous savez que vous versez de l’argent qui finira dans les caisses de l’Etat. Même si vous perdez, cela sert à quelque chose dans l’inconscient collectif. Désormais, avec la privatisation, cet argent ira dans les dividendes des actionnaires. Ces actionnaires seront plus nombreux, ils vont nécessairement demander à l’entreprise d'accroître la masse de dividendes à verser. Par conséquent, cela va conduire à accroître son activité et à dangereusement engendrer de l’addiction aux jeux, un phénomène qu'il s’agit de combattre. Je comprendrai que des députés à l’Assemblée nationale, notamment chez les Insoumis, s’opposent à la privatisation.

RT France :Toutefois, les Insoumis pourraient ne pas être seuls. A droite aussi cela peut faire débat...

L. H-N. : Oui, la privatisation devrait même remonter les gaullistes... s’il en reste.

https://francais.rt.com/entretiens/50030-privatisation-fdj-gouvernement-applique-tres-sechement-l-agenda-neoliberal

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Cet ancien socialiste, complice donc des politiques précédentes, passé à la France Insoumise, a "oublié" un détail lorsqu'il évoque la "feuille de route" de Macron et de son gouvernement. Saurez- vous le trouver?   P.G.

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Réforme de la SNCF (7) : les gardiens du consensus sont de retour

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C’est une tradition. À chaque fois qu’un gouvernement entreprend de « réformer », le bataillon des éditorialistes se range au garde-à-vous derrière les artisans de la réforme. A fortiori lorsque celle-ci est libérale. Les exemples sont légion : réforme de la sécurité sociale de 1995, réformes des retraites en 2003 et en 2007 et, plus récemment, réforme du code du travail en 2016. Le temps passe, mais les épisodes se ressemblent : les commentateurs se font tour à tour défenseurs de la « réforme », et arbitres du « dialogue social ». Pour le dire autrement : peu importent les effets de la réforme – tant que celle-ci est libérale –, les raisons avancées par ceux qui la contestent – forcément rétrogrades –, seules comptent les conséquences des mobilisations sociales qu’elle génère et la méthode employée par le gouvernement pour la faire avaler aux syndicats – grâce au « dialogue social » – et à l’opinion : c’est la fameuse « pédagogie »...

« On a besoin de cette réforme ! »

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En pleine période de grève à la SNCF, la présentatrice du journal télévisé de 13 h sur France 2 pose la question suivante – sous forme d’affirmation – à son invité : « Alors, on comprend par exemple que pour un conducteur de train à vapeur, il y a quelques décennies, la pénibilité du travail était effective, mais aujourd’hui, un conducteur de TGV, on ne peut pas dire que ce soit terriblement pénible ».

Deux jours plus tard, même heure, même endroit, elle va justifier son point de vue : « Dans son discours hier, le président de la République s’est interrogé sur l’injustice qui pouvait exister entre des métiers à forte pénibilité. Nous avons choisi de vous présenter deux exemples. Celui d’un ancien conducteur de train de la SNCF face à un retraité du bâtiment. » Un travail journalistique exemplaire d’objectivité qui consiste à s’appuyer sur les arguments du président pour dénigrer une catégorie professionnelle en l’opposant à une autre.

Un procédé qu’elle utilisera à nouveau une semaine plus tard : « Voyons concrètement les inégalités que le système a créées sur le terrain, avec plusieurs chauffeurs, de la RATP et d’entreprises privées ». Les reportages, qui se concluent implicitement par la nécessité d’une harmonisation des régimes de retraites, sont typiques de l’adhésion des médias dominants aux réformes. Réformes forcément « nécessaires » et « urgentes » car « modernes » et « justes », qui consistent à toujours s’aligner sur le moins-disant social mais qui ne constitueraient en rien des régressions sociales, puisqu’elles viseraient à abolir les privilèges d’un autre âge des cheminots.

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Cet exemple date de… septembre 2007. Et si l’intervieweuse de l’époque, Élise Lucet, a laissé son siège au 13 heures à d’autres, rien n’a changé dix années plus tard [1].

En effet, comme nous l’avons relevé à plusieurs reprises, les médias accompagnent (ou soutiennent) la réforme actuelle de la SNCF [2]. S’il existe quelques nuances, force est de constater que les voix dissidentes se font rares, surtout dans l’orchestre des éditorialistes et chroniqueurs. Il suffit par exemple de regarder des épisodes de « 24H Pujadas » sur LCI ou de « C dans l’air » sur France 5 pour s’en convaincre.

Sur BFMTV aussi, on appuie la réforme. Dans un débat qui n’en est pas un, tout le monde est d’accord, ainsi que le souligne Franz-Olivier Giesbert : « Dans ce débat on ne peut pas discuter parce que de toutes façons, on est d’accord. » (6 avril 2018) Et, en effet, pour Philippe Val, comme pour les autres éditocrates invités : « On a besoin de cette réforme ! ». « Il faut rendre le système un peu plus performant », surenchérit Giesbert. Ce sera d’ailleurs le leitmotiv des commentateurs. Sur BFM Business, Nicolas Doze explique quant à lui doctement que la réforme sert à « faire de la SNCF une entreprise normale, afin qu’elle puisse vivre dans un monde normal de concurrence » (4 avril). De là à dire que la concurrence est naturelle, il n’y a qu’un pas…

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Pour l’infatigable Alain Duhamel, la réforme de la SNCF est inéluctable : « Qu’une profonde réforme de la SNCF soit nécessaire, il est difficile de le nier : un endettement gigantesque, ingérable, une ouverture à la concurrence inéluctable et toute proche, un réseau ferré en état déplorable, les voies secondaires ayant été sacrifiées au tout TGV, des retards et des défaillances de plus en plus sensibles, un statut des cheminots aux particularités coûteuses, tout cela s’appelle bel et bien une crise. » (Libération, 22 mars 2018)

La réforme est aussi approuvée (et soutenue) au Figaro par le directeur des pages économie, Gaëtan de Capele : « Lorsque des sommes astronomiques deviennent nécessaires pour entretenir un système d’un autre temps, ce n’est plus acceptable. C’est tout l’enjeu de la bataille pour réformer la SNCF. » (16 mars) Et dans un savoureux éditorial intitulé « Tenir », Yves Thréard somme le président et son gouvernement de ne rien lâcher : « S’ils cèdent, ils pourront dire adieu, ou presque, au train de réformes qu’ils entendent conduire sur d’autres fronts. (…) Ils n’ont donc pas d’autre choix que de tenir. (…) S’il ne le franchit pas, il restera durablement immobile, sur une voie de garage. » Et de conclure : « Avec la réforme de la SNCF, notre pays est à un tournant. » (3 avril)

Cette convergence éditoriale au service de la réforme gouvernementale se double d’une attaque en règle contre les grévistes de la SNCF et la CGT en particulier. Jean Quatremer par exemple manie élégamment l’outrance et la caricature sur Twitter :



Dans Le Point, Pierre-Antoine Delhommais développe une thèse originale ; à savoir que « les cheminots sont moins des privilégiés que des rentiers. » (1er avril) Autrement dit, « des individus occupant en toute légalité des positions leur permettant d’avoir des revenus supérieurs à la valeur de leur travail. » Tout en finesse, le chroniqueur insiste (et amalgame) : « La concurrence et la réforme sont les ennemies de longue date des ultraconservateurs dans l’âme que sont les rentiers, que ces derniers soient rentiers de la terre, des emprunts d’État ou rentiers du rail. » Quant aux rentiers de la presse, profitant des aides publiques qui maintiennent artificiellement à flot les titres qui les font vivre, Pierre-Antoine Delhommais n’a pas un mot pour eux…

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Plus accablé, Eric Le Boucher va dans le même sens : « Si la CGT reste dans la résistance, elle mourra avec la SNCF et elle ne répondra pas à l’exigence d’efficacité des Français. » (Les Echos, 23 mars) Interprète des exigences des Français, conseil en stratégie pour la CGT, prophète de l’avenir de la SNCF, les talents d’Éric Le Boucher sont multiples.

Pour Christophe Barbier, il ne faut pas entendre les revendications des cheminots : « Parce qu’ils se trompent, et puis parce que certains de leurs leaders mentent : il n’y aura pas de privatisation de la SNCF ! » Insistant sur la « mauvaise foi des cheminots » il assène qu’« il n’y a pas de quoi mettre en grève le pays. » (BFMTV, 2 avril). Franz-Olivier Giesbert ne dit pas autre chose : « Ce qui est intéressant, c’est la désinformation. La CGT y va. Les fakenews, c’est incroyable ! Ils [le gouvernement] vont privatiser ? Le texte dit le contraire. » (BFMTV, 6 avril).

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Pourtant, Nicolas Doze sur BFM Business (4 avril), que l’on ne peut pas soupçonner de complaisance à l’égard de la CGT, nuance l’acharnement des duettistes : « Il faut être honnête, si dans dix ans un exécutif décide dans la loi, que le capital de la SNCF peut être dilué par augmentation de capital comme on a fait pour EDF, il y a moyen. Il y a des techniques si on veut vraiment ouvrir le capital » [3]. Tout comme il y a des techniques journalistiques si on veut vraiment aider le gouvernement à plaider pour une réforme et discréditer les syndicats qui s’y opposent.


« Un problème de méthode »

Le discours est toujours le même chez nos éditocrates : « Si la réforme est indispensable et qu’il n’existe pas d’autre réforme que la réforme, seule importe la “méthode [4]. » Et les débats tourneront autour de la « méthode », des « négociations », du « dialogue social », de la « pédagogie »...

« La méthode Macron en zone de turbulences » commente par exemple Dominique Garraud dans La Charente Libre le 19 mars 2018. Dans le même esprit, l’éditorial d’Aujourd’hui en France du 3 avril, intitulé « Expliquer et convaincre », montre que l’un « des défis pour le gouvernement sera de conserver ce soutien [de l’opinion publique]. En expliquant clairement en quoi la mise en concurrence de la SNCF, rendue obligatoire par l’Union européenne, garantira un meilleur service aux usagers. »

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Au départ les éditorialistes qui soutiennent la réforme sont séduits par la méthode. Ainsi, Gaëtan de Capèle encourage le gouvernement dans Le Figaro : « Si la colère gronde aujourd’hui chez les syndicats, c’est que la méthode du gouvernement Philippe rompt avec cette défausse institutionnalisée. Pour la première fois depuis bien longtemps, le politique reprend la main et tranche. » (28 février) Et d’ajouter : « Pour les réformes, tant de fois repoussées, c’est maintenant ou jamais. »

Mais attention, si la réforme est forcément bonne, il importe de l’expliquer. Dans Les Echos, Éric Le Boucher s’inquiète : « S’il mène ses réformes à grand train, le président peine à inscrire sa “révolution” dans les têtes. Ce trou entre l’action et l’explication risque, à terme, de lui jouer des tours. (…) Faute d’avoir trouvé l’explicabilité de son action, Emmanuel Macron va subir des bourrasques. » (30 mars 2018)

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Même son de cloche dans Ouest-France (14 avril) sous la plume de François-Xavier Lefranc : « Le président de la République s’est engagé sur la reprise par l’État d’une partie de la dette. (…) Là aussi, la dimension pédagogique du discours présidentiel devenait plus que nécessaire. » Et pour Dominique Seux sur France Inter, « le gouvernement a lui aussi un problème. Il n’a pas encore réussi à montrer en quoi sa réforme va apporter quelque chose aux voyageurs, sur la qualité de service, la ponctualité et les matériels. » (29 mars)

Dans une chronique fortement alambiquée, Thomas Legrand, sur France Inter attend plus d’écoute : « Imaginez l’état d’esprit d’un macroniste ancien électeur du PS par exemple. […] Ce n’est pas la réforme de la SNCF en elle-même qui lui pose problème mais bien la façon dont elle est défendue ! […] C’est étrange mais cette grande réforme structurelle est menée à l’ancienne, réactivant, par là même, des attitudes syndicales aussi à l’ancienne. Le gouvernement n’a pas écouté l’UNSA et la CFDT. […] Le tout donne une teinte autoritaire à une réforme, en réalité, équilibrée. » (4 avril)

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L’émission de « C dans l’air » du 3 avril 2018 sur France 5 est le parfait exemple du débat qui anime les commentateurs : en réunissant quatre invités favorables au libéralisme économique (Christophe Barbier, Raymond Soubie, Brice Teinturier et Fanny Guinochet - journaliste à L’Opinion), l’objectif n’est pas de discuter de la réforme puisque tout le monde est d’accord, mais bien de la façon – la méthode, donc – de la faire passer.

Dans Le Figaro, François Lenglet résume ainsi l’inquiétude des éditocrates : « Si la finalité de la réforme [de la SNCF] est bonne et sa nécessité non contestable, il demeure donc un problème de méthode. » (11 avril)

Nous avions compris.


***

 

MACRON BARBIER

On le voit, on le sait, les éditocrates orchestrent les débats et se posent en « gardiens du consensus ». Si la réforme de la SNCF est forcément « nécessaire » assènent-ils, elle doit être expliquée. Et bien expliquée pour mieux passer. Sinon le risque est d’échouer et de renoncer, comme met en garde Christophe Barbier : « Si le gouvernement reculait, Édouard Philippe perdrait toute crédibilité, et Emmanuel Macron perdrait une bonne part de son autorité. » (BFMTV, 3 avril) Heureusement pour eux – et tant pis pour le débat public –, quand les éditocrates radotent, plastronnent et prescrivent, ils ne perdent jamais leur magistère !


Mathias Reymond

http://www.acrimed.org/Reforme-de-la-SNCF-7-les-gardiens-du-consensus

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Une telle unanimité des chroniqueurs, éditorialistes..., ça ne vous rappelle rien?

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Sébastien, 32 ans, BAC +6, raconte avec force sa vie de chômeur (réédition)

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En 2018, on estime qu’un Français sur 7 vit sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 1 015 euros par mois. C’est le cas de Sébastien.

ACT CHOMAGE GOPE

 

Sébastien, 32 ans, bac + 6 et deux masters en poche, est au chômage, tout comme un jeune sur quatre en France. Ayant grandi dans une famille modeste, il a financé lui-même ses études, convaincu qu’elles lui permettraient de décrocher facilement du travail à l’avenir. Une promesse qui se confronte à une sacrée désillusion.

Le 11 avril, France 5 diffusait le documentaire Pauvres de nous réalisé par Claire Lajeunie. En France, la pauvreté contemporaine revêt de nombreux visages. Une précarité qui influe très concrètement sur le quotidien de ces êtres humains victimes du système, de l’enfance à la retraite.

Comme Sébastien, surdiplômé, qui survit avec moins de 7 euros par jour et vit dans un logement social à Strasbourg, après avoir dormi 6 mois dans sa voiture.

SEBASTIEN CHOMEUR

« Je m’appelle Sébastien. J’ai 32 ans, 33 cette année. J’ai bac + 6. J’ai deux masters. Le premier en développement social, intervention et conflit. Et le deuxième, que j’ai fait à Sciences Po, en politiques européennes et affaires publiques.

 

Il y a trois ans, concrètement, j’étais chef de service, un service médico-social. Du jour au lendemain, je suis débarqué, voilà. Je sais pas pourquoi. Donc je perds mon emploi, et là les ennuis commencent.

Ce serait faux de dire qu’on sort de là indemne. C’est sûr que c’est pas la grosse joie. Être précaire, c’est être dans une espèce d’antichambre de la vie, c’est à dire que t’es pas vraiment dedans, mais t’es pas vraiment en dehors. Quand tu dois attendre la journée, parce que t’as pas de boulot, parce que tu peux rien faire, c’est un peu comme si t’avais le bracelet électronique quoi, en gros. T’es chez toi mais tu peux rien faire, t’as pas de liberté. Pas de boulot, pas d’argent, pas de vie sociale. Et à côté, la vie s’arrête en fait.

Y’a un moment, quand vous sortez avec des potes, ils disent bon bah on va se boire un coup ? Bah ouais mais non les gars, on va pas aller se boire un coup parce que je suis un peu ric-rac. On est dans une société de paraître, aujourd’hui on n’existe qu’à travers sa bagnole, à travers ses fringues, à travers son statut. Comment exister quand on n’est rien ?

(…)

Se coucher avec le ventre vide, ça m’est arrivé un bon paquet de fois quand même. Et ça m’arrive de temps en temps. Et puis des amis je pense. Quand ils me disent, t’as besoin de quelque chose, tu me le dis, je leur dis ‘ouais ouais t’inquiète, je te dirai’, je le dirai pas. Mais du coup, ils vont faire des courses ils vont dire, écoute j’ai fait ça. C’est un peu dur d’accepter, t’en parles pas, tu le dis pas.

(…)

Franchement, à choisir entre un copain qui te file 10 balles et un copain qui te file un paquet de pâtes, je préfère un pote qui te file un paquet de pâtes. »


 

Pour (re)voir le documentaire Pauvres de nous dans son intégralité, rendez-vous sur le replayde France TV.

 


 

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« La pauvreté n’est pas un accident. Comme l’esclavage et l’apartheid, elle a été faite par l’Homme et peut être supprimée par des actions communes de l’humanité. »

 

Nelson Mandela

 


 

Source :

https://positivr.fr/temoignage-pauvrete-precarite-chomage-documentaire-pauvres-de-nous/

https://aphadolie.com/2018/04/22/sebastien-32-ans-bac-6-raconte-avec-force-sa-vie-de-chomeur/

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Idéologique, injuste, infaisable: Parcoursup, largement refusé, va-t-il imploser? Réédition

En raison de la mobilisation sociale et militante autour du 1° mai, l'équipe de Frexit-Limousin.fr représente des articles de fond publiés sur ce site à des fins d'argumentaire. Merci de votre compréhension. P.G.

AFFICHE ARG 1MAI

La plateforme « Parcoursup » d'admission à l'Université fait l’objet de fortes critiques. Au moment où les demandes sont transmises aux universités pour réponse sous 6 semaines, de nombreux universitaires, départements, UFR et même universités entières refusent de le mettre en œuvre, soutenus par la plupart des syndicats du secondaire et du supérieur. Pourquoi ? Et si « Parcoursup » implosait?

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La mise en place de la plateforme « Parcoursup » et de ses « critères d’orientation » par le gouvernement est présentée comme soutenue par trois arguments principaux :

  • il y a trop de demandes d’inscription dans certaines filières, localement ou nationalement, qui n’ont pas les « capacités d’accueil » suffisantes et que le gouvernement nomme « en tension » ;
  • du coup la plateforme précédente de préinscriptions nommée « Admission Post-Bac » (APB) aboutissait à ce que des bacheliers et bachelières ne trouvent pas de places, d’autres étant tiré·e·s au sort, procédés injustes ;
  • le taux d’inscrit·e·s en première année à l’université qui ne terminent pas cette première année est très élevé (environ 50% en moyenne) et on pourrait éviter ces inscriptions « erronées » ou « inutiles », pour réduire la charge des universités et « améliorer » l’orientation initiale des étudiant·e·s.

Or, cette analyse et le dispositif « Parcoursup » font l’objet de très fortes critiques, au point qu’aujourd’hui, au moment où les demandes sont transmises aux universités qui doivent constituer des commissions d’examens des vœux pour y répondre en six semaines maximum, de nombreux universitaires, départements, UFR et même certaines universités entières, refusent de le mettre en œuvre. La plupart des syndicats du secondaire et du supérieur ont d’ailleurs appelé à prendre cette position de refus.

 Pourquoi ?

 1. Une analyse de départ biaisée par l’idéologie : « en tension » ou « en manque de moyens » ?

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 Le fait d’avoir nommé « en tension » les filières où il y a plus, beaucoup plus, de demandes d’inscriptions que de possibilités de les accueillir est significatif d’un certain positionnement. En disant « en tension » on met l’accent sur l’inadéquation entre demandes et moyens, ce qui peut se régler soit en augmentant les moyens, soit en réduisant les demandes. En fait, au regard de la loi et de son esprit de démocratisation de la formation supérieure, avant sa modification fondamentale par la nouvelle loi nommée de façon un peu cynique « Orientation et Réussite des Étudiants » (ORE), le service public d’enseignement supérieur avait obligation d’accueillir les diplômé·e·s du bac et de fournir aux universités les moyens de les former, y compris d’accompagner leur réussite. Dès lors, l’ensemble du problème serait résolu par avance et ne se poserait même plus.

Mais l’idéologie néolibérale au pouvoir depuis plusieurs décennies a conduit les responsables politiques à ne pas donner aux universités publiques les moyens d’accueillir et d’accompagner suffisamment les étudiant·e·s, ni même, depuis la loi de 2007 dite « relative aux Libertés et Responsabilités des Universités » (LRU)[1] les moyens d’assurer ses missions de bases (enseignement et recherche) au point que nombre d’entre elles sont tombées en déficit, ont fermé des postes, des formations, des unités de recherche, etc.

La sélection à l’entrée de la licence vient compléter un système de réduction drastique de l’entrée en doctorat par instauration de quotas (depuis 2002 déjà...), puis de sélection à l’entrée en master. On voit bien le projet s’étendre à toute la formation universitaire.

2. Un projet profondément idéologique et pas uniquement technique

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Le fond du problème revenait donc (et reste de toute façon) un manque drastique de moyens, qui est la concrétisation d’une idéologie qu’on appelle communément « néolibérale » et qui consiste à détruire la société comme système de relations humaines et sociales de solidarité et de justice pour revenir en arrière, vers un état de jungle, où seule une compétition généralisée détermine qui est dominant et qui est dominé, qui réussit et qui est détruit. Avec en plus un point de départ faussé car les prédateurs ont déjà installé leur domination, leur captation des moyens économiques, politiques, éducatifs (précisément). Ils se sont préalablement assurés de vaincre (sauf quelques exceptions alibis) dans une société-jungle sur laquelle ils imposent déjà leur contrôle, y compris par les forces de leur ordre pour empêcher la contestation, voire le renversement, de leur domination.

Il ne faut pas se leurrer : la loi ORE et « Parcoursup » sont un élément d’un projet politique global que l’on voit déployer dans tous les domaines de ce qui est de moins en moins une société humaine. Mais c’est une stratégie commode et devenue courante de faire passer un dispositif politique sous un dispositif présenté comme technique. D’ailleurs, c’est sur l’aspect superficiel dit « technique » du dispositif que se concentrent les arguments et les pseudo-interrogations de ses partisan·e·s, à propos de « Parcoursup ». On se demande « comment on va le faire (bien) fonctionner » et pas, fondamentalement « si et pourquoi on va le faire fonctionner ou non ». Dans l’univers pyramidal et autoritaire qu’est devenu la société française, on n’est pas censé dire « non », mais seulement « oui » ou « oui si » aux grands chefs cravatés.

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Sauf que les universités sont autonomes et les universitaires statutairement indépendant·e·s... (mais le projet de les remplacer par des contractuel·le·s hors statut se développe depuis la LRU....). Sous APB, c’est le rectorat, donc le ministère de l’éducation, qui assumait une sélection moins sévère que sous « Parcoursup » et qui ne disait pas son nom. Aujourd’hui le gouvernement veut imposer aux universités et donc aux universitaires d’y collaborer. Mais voilà, soutenus par la quasi totalité des syndicats, beaucoup d’universitaires dont je suis (et d’enseignant·e·s du secondaire) refusent d’être des collabos d’un projet politique avec lequel ils et elles sont en désaccord absolu, parce qu’il est contraire à leurs missions, à leur déontologie, à leur intégrité intellectuelle (voir la question des critères ci-dessous). Et nous en avons le droit y compris sur le plan légal. 

3. Liberté de choix et droit au tâtonnement expérimental

 La loi ORE et le dispositif « Parcoursup » restreignent fortement la liberté de choix. Désormais, le bac n’est plus le diplôme d’entrée à l’Université. Du reste, la plupart ne l’a pas encore quand sa demande est examinée. Restriction parce que la possibilité d’inscription est subordonnée à un avis / accord du conseil de classe et du proviseur du lycée puis d’une commission d’examen des vœux à l’université (avis sur lesquels je reviendrai), d’autre part parce que si les « capacités d’accueil » de l’université de son secteur sont « saturées » et qu’on est refusé·e, on se verra proposer par le recteur d’académie et selon des critères flous dans les textes règlementaires, une autre affectation qu’on risque fortement de ne pas pouvoir accepter, parce que c’est une filière trop différente ou qu’elle est éloignée et occasionne un cout que les familles ne pourront pas supporter (dans mon université il y 40% de boursiers et boursières). En fait, c’est un « non » dissimulé sous un « oui ailleurs ». Et la saturation sera fréquente, probablement dans la moitié des départements des universités (par exemple dans la mienne, les vœux sont supérieurs et souvent de plusieurs centaines de %, dans presque tous les départements).

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Les nombreux inscrit·e·s qui ne terminent pas leur première année à l’université sont considéré·e·s comme « en échec ». C’est vite dit. Une partie se réoriente et poursuit à l’université ou ailleurs, une autre refait l’année, une autre reviendra plus tard après d’autres expériences, ce qui n’est pas forcément un échec, ni effectif ni ressenti. Célestin Freinet plaidait dans l’éducation pour un « tâtonnement expérimental », confirmé en cela par de nombreux travaux en psychologie cognitive (à la mode aujourd’hui au cabinet du ministre de l’éducation nationale), en sciences de l’éducation ou en didactique des disciplines. Ce tâtonnement, on doit y avoir droit aussi dans l’enseignement supérieur, dont on découvre à peu près tout en première année, y compris les disciplines souvent inexistantes ou très différentes dans le secondaire. On dira que « ça a un coût » (l’éternel argument économique à l’aune duquel on mesure tout dans l’idéologie néolibérale). On répondra, oui, mais proportionnellement très faible et quasi nul au regard des enjeux éducatifs pour les jeunes et pour le monde de demain. Mais pour les prédateurs économiques et les décideurs politiques à court terme, c’est autant d’argent qui resterait public pour une population de milieux moyens et populaires, et que l’on ne pourrait pas capter au profit des privilégié·e·s, dont l’éducation coute déjà énormément plus cher à la collectivité (voyez les dotations des grandes écoles...).

Bourdieu disait avec justesse que pour que les dominés consentent à leur domination, il faut qu’ils en tirent l’espoir d’un petit bénéfice. La loi ORE a prévu que les universités mettent en place un soutien pour les inscrit·e·s sous régime du « oui si », qui doivent le suivre obligatoirement. On prétend aider à réussir celles et ceux qu’on aura mieux orienté·e·s. C’est un leurre. Il ne concernera que les admis·e·s (dans mon département, il y a près de 2500 demandes et nous avons les moyens d’accueillir au maximum 400 personnes en L1 (dans des conditions déjà minimales) et les moyens octroyés pour ce soutien sont dérisoires : 10% des effectifs au maximum suivront l’année prochaine deux modules de 24h de soutien très général dont la moitié à distance (y compris des choses qui existaient déjà comme une présentation de la bibliothèque universitaire ou un renforcement en expression écrite), et l’année d’après 4 modules (idem) si le dispositif est maintenu (sachant qu’on manque presque partout d’enseignant·e·s pour les assurer).

4. Vous avez dit « orientation et réussite » ?

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Sur quels critères seraient donc mieux orienté·e·s les candidat·e·s pour recevoir un « oui » ou un « oui si » avec classement obligatoire (sauf quand les candidatures ne dépassent pas les capacités d’accueil, ce qui est rare), ou encore un « en attente » faute de place ? Via « Parcoursup », ils et elles fournissent :

  • un dossier administratif et de résultats scolaires,
  • une « fiche avenir » qui correspond en fait à un bulletin scolaire du lycée comportant un avis final sur la « cohérence du vœu avec le projet de formation » et sur la « capacité à réussir » donné par le chef d’établissement aux lycéens et lycéennes,
  • les notes de français aux épreuves anticipées du bac,
  • pour celles et ceux qui l’ont déjà (et qui ne sont plus au lycée), les résultats du bac ou du DAEU ou d’un diplôme étranger équivalent,
  • une lettre de motivation,
  • pour certaines formations seulement, un CV.

Ces informations doivent être évaluées par les commissions d’examen des vœux au regard d’« attendus » nationaux par discipline (qui ont été imposés par le ministère de l’enseignement supérieur après consultation opaque de « sociétés savantes » et non pas directement de la communauté universitaire (par exemple le Conseil National des Universités par discipline). Il y a également d’éventuels « attendus » locaux que beaucoup d’universités ont refusé d’établir pour ne pas collaborer à une sélection accrue et localement différenciée, donc plus inégalitaire, des candidat·e·s. De plus, de nombreux lycées ont refusé de donner des avis restrictifs à leurs élèves, soutenus par la quasi totalité des syndicats, et ont systématisés les avis favorables, par principe et par incapacité à « évaluer » a priori l’avenir possible de leur élève. Il y aussi des lycées où on saque les élèves et où on donne des assurances fausses aux parents d'élèves sur l'examen des dossiers à l'université; et des départements d'universités où on va faire un tri très sélectif, y compris sur critères douteux.

5. Orientation ou divination ? Entre algorithme absurde et boule de cristal

A l’examen, on s’aperçoit très vite de l’arbitraire et même de l’absurdité du dispositif, de ses critères et de sa mise en œuvre.

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Comme il est matériellement totalement impossible de traiter ces milliers de dossiers de façon précise dans les universités, le ministère de l’enseignement supérieur a élaboré un « outil d’aide à la décision » qui est un algorithme informatique. Si l’on estime à dix minutes l’examen de chaque dossier, ce qui est très peu et même bâclé, il faudrait par exemple dans mon département, environ 400h pour les 2400 dossiers transmis (pour 400 places), soit une semaine complète à plein temps pour dix personnes déjà épuisées (nous sommes 16 titulaires en tout et nous avons déjà 1300 étudiant·e·s cette année) qui doivent exactement sur la même période assurer les cours puis les examens et corriger les copies, dossiers et mémoires, recevoir les étudiant·e·s, tenir des jurys, faire fonctionner leur département et leur unité de recherche, participer aux commissions de recrutement des enseignant·e·s—chercheur·e·s, assurer leur mission de recherche, dormir quelques heures par jour, etc..., le tout avec un manque crucial de personnels administratifs et de moyens financiers et techniques (vieux ordinateurs souvent personnels, wifi saturé, mobilier non ergonomique, vu la pauvreté de nos universités...).

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Du coup, l’algorithme va « mouliner » les notes scolaires, des équivalents chiffrés des avis donnés par le lycée, et on l'envisage même de la lettre de motivation ramenée à un chiffre identique pour tous les dossiers (puisqu’évidemment son contenu qualitatif ne peut pas être mis en chiffres) et donc, au final, non prise en compte. Il en va de même pour le CV s’il est demandé. Et chaque commission de chaque département de chaque université peut paramétrer l’algorithme à sa guise, modifier les coefficients, annuler un ou plusieurs critères. L’examen des vœux sera donc vidé du peu de sens qu’il aurait pu avoir. Il sera injuste, inégal, inique, absurde.

Et ceci d’autant plus que les informations données sont peu fiables, inégalitaires et confinent à la divination. Jusqu’ici, les résultats étaient ceux du bac, qui valident une formation déjà reçue. Désormais, les résultats du bac seront inconnus, ce qui, soit dit en passant, conduira ensuite à ce que des personnes acceptées n’aient pas leur bac (donc ne pourront pas s’inscrire) et d’autres refusées l’obtiennent y compris brillamment (ce qui leur donnera une priorité d’admission a posteriori, autre inégalité). On sait que le CV et la lettre de motivation peuvent être rédigés par les parents ou des proches, et contenir davantage d’éléments favorables hors scolarité, dans les familles à plus fort capital culturel que d’autres.

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Il s’agira surtout d’une estimation a priori de la « cohérence du vœu avec le projet de formation » et sur la « capacité à réussir » sur la « fiche avenir ». Le problème, gravissime, c’est que personne n’est en mesure de déterminer de façon fiable ce que sera l’avenir... Il n’y a pas de prédictibilité rationnelle de la réussite éducative. On sait très bien que des lycéen·ne·s aux résultats scolaires médiocres se sont révélé·e·s en découvrant les disciplines et les contenus de l’enseignement supérieur. J’en ai parmi mes brillant·e·s collègues qui n’auraient pas franchi la barrière de « Parcoursup ». On sait tout aussi bien que de bons élèves du secondaires se sont retrouvé·e·s perdu·e·s face aux modalités non scolaires de travail et la méthode du doute scientifique à l’université. La seule chose dont on soit certain, hélas, c’est que tendanciellement les enfants de pauvres, de milieux populaires et d’immigrés sont mis en échec et souvent discriminés par le système éducatif français : va-t-on s’appuyer sur cette terrible tendance sociologique pour prévoir leur échec et les trier individuellement pour favoriser les enfants des milieux aisés de « bonnes familles françaises » ? Qui peut assumer de faire le pari de refuser quelqu’un·e qui aurait peut-être trouvé sa voie à l’université ? De refuser de donner une chance à quelqu’un·e qui le souhaite ? Et ceci d’autant plus que beaucoup de disciplines universitaires n’existent pas ou sous des formes très différentes dans le secondaire, sont inconnues des collègues du secondaire, qui disent ne pas savoir évaluer une « cohérence du projet » ni une « capacité de réussite » vers ces disciplines. Cela revient à lire dans une boule de cristal. Bref, c’est une loterie, un tirage au sort : on en prendrait 400 dont on a aucune assurance qu’ils et elles réussiront mieux que les 2000 autres qu’on n’aurait pas pris. On voit bien pourquoi la question technique (« comment faire ? » rejoint forcément la question politique (quoi faire ?) au croisement de la déontologie des enseignant·e·s.

6. « Parcoursup » va-t-il imploser ?

 

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Construit dans une grande précipitation, sans consultation, sans temps de discussion ni même d’expérimentation, fondé sur une analyse erronée et des critères inadaptés, biaisé par l’idéologie et l’arrogance, mis en place avant même que la loi l’y autorise, matériellement inutilisable et déontologiquement inacceptable, le dispositif « Parcoursup » va se retrouver confronté, et avec lui ses décideurs et décideuses, à son blocage dans les universités, où l’on refuse massivement d’y collaborer, à des recours très nombreux devant les tribunaux administratifs (voire au pénal pour discrimination). La règlementation prévoit que : « si les candidats en font la demande, l’établissement dispensant une formation de 1er cycle devra leur communiquer les informations relatives aux critères et modalités d’examen de leurs candidatures ainsi que les motifs pédagogiques qui ont justifié la décision prise ». Que va-t-on leur répondre ? Que c’est un algorithme neutralisant le contenu de leur dossier qui a décidé et qu’une commission fantoche a signé le PV ? Que les enseignant·e·s n’ont pas eu le temps d’étudier les dossiers et qu’on a tiré au sort? 

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Il va conduire à une rentrée chaotique en septembre prochain (qui pourra s’inscrire en première année, où et comment ?). Les départements qui refusent « Parcoursup » ont été menacés de fermeture de leur 1ère année à la rentrée prochaine, faute d’admissions / inscriptions. Comment pourrait-on fermer par exemple dans mon université, les licences de psychologie ou de communication qui attirent des milliers de demandes, qui sont parmi les trois ou quatre plus importantes en effectifs, dont il n’y a pas d’équivalent dans tout le grand ouest (communication), sans s’exposer à une crise majeure à haut risque pour le gouvernement ?

Beaucoup d’universitaires et d’étudiant·e·s, de collègues du secondaires et de lycéen·ne·s, le disent depuis le début de ce projet, en décembre dernier. On aura eu tort de ne pas les écouter. Ils et elles sont pourtant les mieux placé·e·s pour envisager la question.

Il est difficile (là aussi !) de prédire ce qui va se passer. Le gouvernement peut refuser de voir qu’on va dans le mur parce qu’il tient à son projet sur le fond et que l’idéologie aveugle. D’autres éléments portent d’ailleurs à penser qu’il veut continuer à détruire l’université comme service public ouvert avec l’ensemble des services publics. Il peut s’obstiner à vouloir détruire par tous les côtés l’ensemble d’un projet de société humaine et sociale, juste et solidaire, où l’éducation est offerte à toutes et à tous jusqu’au plus haut niveau, projet déjà bien mis à mal par les gouvernements précédents. Mais il peut aussi entendre les objections, faire valider toutes les demandes d'inscriptions de cette année, laisser les jeunes choisir, ajuster les moyens aux besoins à la rentrée, et reporter au moins d’un an l’élaboration d’un autre système d’inscription, plus juste et plus fonctionnel, acceptable pour tous et toutes, dans des universités correctement dotées des moyens de bien accompagner le plus grand monde possible vers la réussite.

7. Une fiche d’avenir à remplir?

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Le mouvement de protestation et de refus est en plein développement. On voir mal comment d’ici au 18 mai un changement complet de position pourrait intervenir. Dans tous les cas, l’avenir de « Parcoursup » est plus qu'incertain.

Et si pour l’instant on remplissait la « fiche avenir » du candidat nommé Parcoursup : « Avis défavorable, capacité à réussir très incertaine, projet incohérent » ? Ni « oui » , ni « oui si ». Vœu refusé. Il faut aussi savoir dire « NON », ça dépend à qui, à quoi et pourquoi.

 

 


[1] Autre nomination cynique, d’autant que la LRU a été médiatisée sous le nom d’« autonomie des universités », alors même que les universités étaient autonomes dans leurs missions depuis 1968 et 1984, que la LRU a réduit leur autonomie effective, et qu’il s’agissait juste de les abandonner en les laissant gérer des moyens inégaux et calculés de façon biaisée, moyens qu’on ne leur attribue pas de façon suffisante.

https://blogs.mediapart.fr/philippe-blanchet/blog/070418/ideologique-injuste-infaisable-parcoursup-largement-refuse-va-t-il-imploser#_ftn1

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Un point de vue très orienté idéologiquement (jusqu'à l'écriture inclusive!) mais qui a le mérite de refléter l'état d'esprit qui règne actuellement, au- delà des étudiants, avec un certain nombre d'arguments parfaitement recevables. Dommage que l'auteur ne mentionne pas une fois la responsabilité de l'Union européenne dans cette affaire, entre directives et lobbies, dont le célèbre lobby patronal ERT (European Round table), pourtant bien connu dans les milieux de gauche: voir les analyses remarquables de Nico Hirtt, et notamment Les Nouveaux Maîtres de l'École, l'enseignement européen sous la coupe des marchés, éditions EPO (Bruxelles) et VO-Éditions (Paris), 2000 (Disponible en ligne sur le site des Classiques des Sciences Sociales [archive]). Réédité en 2005 chez Aden, collection « La Petite Bibliothèque d'Aden », Bruxelles, 2005.   P.G.

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