dimanche 8 avril 2018

Comment la dette de la SNCF enrichit les marchés financiers, au détriment des cheminots et des usagers

TRIBUNE LIBRE / par

TL SNCF SOBRE

Sous prétexte de sauver la SNCF, endettée de près de 50 milliards d’euros, le gouvernement Philippe prépare une profonde réforme du secteur ferroviaire, ouvrant la porte à sa privatisation de fait. Présentée comme la conséquence de performances insuffisantes de l’entreprise, cette dette résulte pourtant très largement de choix politiques et organisationnels antérieurs. Loin des fantasmes sur le statut des cheminots, Basta ! retrace l’histoire de cet endettement, qui constitue aussi une rente annuelle de plus d’un milliard d’euros pour les marchés financiers. Pour en venir à bout, d’autres solutions sont possibles.

596b44f809fac24e7a8b4567

Lors de l’inauguration de la ligne grande vitesse Paris-Rennes, en juillet dernier, Emmanuel Macron a évoqué une offre : l’État pourrait prendre en charge la dette de la SNCF en échange d’un « nouveau pacte social » au sein de l’entreprise publique, qui verrait le statut des cheminots progressivement supprimé. Emmanuel Macron faisait ainsi implicitement le lien entre l’endettement colossal de la SNCF – 46,6 milliards d’euros – et le « coût du statut » des cheminots, qui leur donne notamment la possibilité de partir en retraite plus tôt. Le rapport Spinetta, remis le 15 février dernier au gouvernement en vue d’une loi réformant la SNCF, reprend cette thèse d’un coût du travail trop élevé qui viendrait grever les finances du système ferroviaire français.

Dette-300x300

« C’est une escroquerie intellectuelle de laisser penser cela, s’insurge Jean-René Delépine, représentant du syndicat Sud-rail au conseil d’administration de SNCF réseau, la branche qui gère les voies ferrées. Cette dette, c’est d’abord la contre-valeur d’un bien commun : un réseau de chemin de fer. Elle est visible parce qu’elle se trouve au sein d’une seule société. Si une entreprise avait, à elle seule, la charge de maintenir et de développer le réseau routier, sa dette serait infiniment supérieure ! L’État, qui se présente comme la victime d’un endettement non maîtrisé de la SNCF, est en fait le premier responsable de l’explosion de la dette. »

Une dette « mise sous le tapis » il y a vingt ans

Dans les années 80, la politique du « tout TGV », vers lequel les investissements sont essentiellement dirigés, se traduit par une diminution continuelle des budgets de maintenance et de renouvellement du reste du réseau – dessertes des agglomérations, lignes rurales, lignes inter-cités – qui aboutit à un état de délabrement alarmant d’une partie des voies. « En 2005, un audit sur l’état du réseau français réalisé par l’école polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse) à la demande de Réseau ferré de France (RFF) et de la SNCF alertait sérieusement sur le vieillissement du réseau et pointait la responsabilité de l’État », souligne la CGT dans un récent rapport sur l’avenir du service public ferroviaire. Plus de 9000 kilomètres (sur un total de 30 000) sont considérés comme vétustes voire dangereux [1]. À certains endroits, les rails sont si dégradés que les trains doivent ralentir. Tout cela oblige l’État à engager un important et très coûteux programme de travaux au début des années 2000.

GOPE-Grandes-Orientations-de-Politique-Economique-feuille-de-route-économique-de-Matignon

En 1997, pour répondre aux critères du traité de Maastricht qui conditionne le passage à l’euro à la maîtrise du déficit public, la France choisit de loger sa dette ferroviaire dans un nouvel établissement public, séparé de la SNCF : Réseau ferré de France (RFF, renommé SNCF réseau en 2014). « C’est une façon de masquer la dette publique, estime Jean-René Delépine. À la même époque, l’Allemagne a de son côté décidé de reprendre la dette du système ferroviaire, alors qu’elle était en pleine réunification ! »

La dette de 46,6 milliards d’euros qui plombe actuellement le système ferroviaire est celle de SNCF réseau, mise sous le tapis il y a vingt ans [2]. « RFF puis SNCF réseau se retrouvent à porter, seules, des investissements qui doivent normalement revenir à l’État, poursuit Jean-René Delépine. C’est pourtant lui qui prend les décisions d’aménagements ! »

Dix milliards ponctionnés par les marchés financiers

finance_rl89dg

À la fin des années 2000, le gouvernement de Nicolas Sarkozy décide de lancer un vaste programme de travaux, mais sans y allouer les finances nécessaires. À la remise en état des voies vieillissantes, s’ajoute la construction de quatre nouvelles Lignes à grande vitesse (LGV) [3]. En 2010, SNCF réseau investit 3,2 milliards d’euros tout en percevant 2,2 milliards de subventions. Il faut donc emprunter sur les marchés pour trouver le milliard manquant. En 2012, les investissements s’élèvent à 4,3 milliards d’euros quand les subventions de l’État plafonnent à 1,2 milliard. Nouvel emprunt. En 2015, rebelote : alors que SNCF réseau doit débourser 5,3 milliards, il ne reçoit que 1,1 milliard de l’État. Cette année là, les subventions ne couvrent que 23 % des besoins d’investissement. Le recours à l’emprunt augmente encore. Depuis, les subventions consenties par l’État restent bien inférieures aux montants de travaux... pourtant engagés à sa demande ! « En 2017, 5,4 milliards d’euros ont été investis pour la régénération du réseau. 2,2 milliards ont été versés par des subventions. Le reste a été emprunté », illustre Jean-René Delépine.

87984654_o

À ce système structurellement déficitaire, s’ajoute le fait qu’« SNCF Réseau doit payer les intérêts de sa dette passée, comme l’explique Adrien Coldrey, économiste au sein du cabinet d’expertise Degest [4]. Or, il n’a plus aucune ressource pour payer ces intérêts puisque celles-ci ont été utilisées pour l’investissement : il doit donc s’endetter pour les payer. C’est un effet boule de neige, qui ressemble à une situation de surendettement pour un particulier. »

Ces dix dernières années, cette charge de la dette – 10,3 milliards d’euros seulement pour les intérêts – pèse plus lourd que l’entretien et le développement du réseau – 7,2 milliards d’euros ! « Quand la SNCF emprunte 100 euros pour le réseau, il ne peut en utiliser que 41. Les 59 restant sont ponctionnés par le système financier », détaille Arnaud Eymery, le directeur du cabinet Degest. Soit les banques, assurances et fonds d’investissement qui prêtent à la SNCF [5].

« On travaille pour financer les banques »

finance-market

« Pour le dire autrement, afin d’investir 100 euros sur la modernisation des voies, la SNCF doit emprunter 243 euros ! Le surcoût est considérable. C’est une rente pour les marchés financiers, même si les taux sont actuellement très bas. » Si les taux devaient remonter, l’absurdité de ce choix économique serait encore plus flagrante. « La charge de la dette avale les trois quarts de la performance économique de l’outil industriel, assène Jean-René Delépine, de Sud-rail. On travaille pour financer les banques. C’est une honte. » Et plus le temps passe, plus la dette se creuse. « Si l’État l’avait reprise en 2010, seulement 7,2 milliards d’euros d’endettement auraient été générés, contre 17,5 milliards actuellement », calcule Arnaud Eymery du cabinet Degest.

vinci autoroutes

Autre choix politique absurde : en 2006, le gouvernement de Dominique de Villepin privatise les autoroutes, ce qui provoque un gros manque à gagner pour le système ferroviaire. Une partie des subventions versées par l’État à la SNCF provient de l’agence de financement des investissements de transports de France, qui était alimentée par les redevances des concessions d’autoroutes...

Pour se faire une idée des sommes dont est aujourd’hui privé le système ferroviaire, il suffit de regarder le montant des dividendes que se sont partagés les actionnaires des sociétés concessionnaires d’autoroute (SCA) en 2016 : 4,7 milliards d’euros [6] ! « La suppression du projet d’écotaxe en octobre 2014 [par le gouvernement de Manuel Valls, ndlr], également prévue par le Grenelle de l’environnement pour financer la construction des LGV, vient à nouveau gréver les finances et donc le report des trafics de la route vers le train », ajoute Arnaud Eymery.

Pour les usagers, le prix des billets explose

cochon-dons

Le report de la route vers le train constitue un défi crucial face au réchauffement climatique et à l’aggravation de la pollution atmosphérique. Mais pour les usagers, le coût du train s’envole. Car pour faire face à sa situation financière, le tarif facturé par RFF aux sociétés exploitants les trains – et donc principalement à la SNCF – a été considérablement augmenté (+26 % entre 2007 et 2013). « La hausse est aussitôt répercutée sur le prix des billets, qui augmente de 20% entre 2008 et 2013 », souligne Arnaud Eymery. Résultat : les Français délaissent le train jugé hors de prix.

Dès 2010, la fréquentation des TGV est en baisse. Un cercle infernal se met en place : les gens prennent moins le train, le nombre de trains diminue, les péages augmentent, de même que les billets, ainsi que les investissements nécessaires. Entre 2010 et 2016, le trafic ferroviaire enregistre une hausse de 1 % quand la voiture bondit de 7 % et le transport aérien de 17 %.

photo-d-archives-du-logo-de-la-sncf-sur-un-tgv-stationne-gare-de-lyon-a-paris-le-15-fevrier-2018_6020118

Plutôt que de taxer la route pour financer le transport ferroviaire, beaucoup moins polluant, l’État prétend que celui-ci peut s’autofinancer à condition que les cheminots travaillent plus et mieux. Pourtant, d’importants efforts ont déjà été consentis. « Chaque année, on demande à la SNCF d’économiser 1,5 milliard d’euros. Et la principale source d’économies, c’est l’emploi », poursuit Arnaud Eymery. Entre 2004 et 2014, les effectifs cheminots ont chuté. Ces derniers passent de 175 000 à 154 000 salariés, soit 2000 emplois supprimés chaque année.

Productivité élevée, espérance de vie réduite

banniere_temps_modernes-653x310

Selon le cabinet Degest, une étude des gains de productivité laisse apparaître, entre 2004 et 2014, une progression plus forte pour les cheminots (+3,2% par an) que pour l’économie française dans sa globalité (+1,9%). Une tendance qui devrait se prolonger ces prochaines années du fait des contrats de performance signés entre l’État et la SNCF. Néanmoins, le coût de cette pression sur le travail est élevé. À la SNCF comme ailleurs, les salariés sont écartelés entre des objectifs sans cesse accrus et des moyens revus à la baisse. Au point que certains ne peuvent plus assurer correctement la sécurité sur les voies (lire notre enquête sur l’accident de Brétigny en 2013). Et que d’autres sont sommés de proposer aux voyageurs les billets les plus chers [7].

Pour que les trains puissent rouler en continu, la maintenance est davantage assurée de nuit, alors que le travail nocturne a des effets importants sur la santé. « Les indices de morbidité [le nombre de jours d’absence des salariés pour maladie ou accident du travail, ndlr] ont augmenté au fur et à mesure que des gains de productivité étaient enregistrés », remarque Arnaud Eymery.

000_s13zw

L’espérance de vie des cheminots est inférieure à la moyenne nationale, notamment pour les personnels de l’exécution et de la traction. Ces derniers meurent quatre ans plus tôt que le reste de la population [8]. La fédération Sud-rail, à qui la direction refuse de fournir des chiffres, estime qu’une cinquantaine de cheminots se suicident chaque année.

1269 euros, le salaire de base d’un chef de bord

En parallèle, les réorganisations et le déploiement de nouvelles technologies entraînent une hausse de l’encadrement. « En créant trois entités en 2014, on a créé trois états-majors différents, illustre Jean-René Delépine. Cela augmente automatiquement la masse salariale puisque les cadres sont plus nombreux et mieux payés. » L’augmentation exponentielle de la sous-traitance a également entraîné une augmentation du taux d’encadrement. Pour réaliser des économies, il serait ainsi possible de regarder du côté de l’organisation du travail, ou encore... de la direction.

love-of-money

En 2017, les onze membres du comité exécutif de SNCF Réseau se sont ainsi partagés une rémunération nette imposable de 2,5 millions d’euros, assortis de 38 000 euros d’avantages en nature, soit une moyenne de 19 000 euros par mois et par personne. En 2017, Florence Parly, l’actuelle ministre des Armées, a été payée 52 000 euros par mois en tant que directrice générale chargée de SNCF voyageurs. Par comparaison, le traitement de base d’un chef de bord, qui assure les trajets à bord d’un train corail, est de 1269 euros nets, assortis de plusieurs primes.

(...)

Nolwenn Weiler

Photo : CC Renaud Chodkowski

- Lire aussi : Comment la SNCF a créé des centaines de filiales pour mieux préparer le démantèlement du transport ferroviaire.

Notes

[1L’audit réalisé par l’école polytechnique de Lausanne est disponible ici.

[2Les deux autres établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC) du groupe n’ont pas de dettes « inquiétantes » pour le moment. On parle là de l’« Epic de tête » (la holding qui chapeaute l’ensemble) et de SNCF mobilités qui fait rouler les trains (et qui possède par ailleurs des centaines de filiales).

[3Paris-Strasbourg, Paris-Bordeaux, Paris-Rennes, contournement Nîmes-Montpellier.

[4Le Cabinet Degest a rédigé en 2013 un rapport très documenté pour la SNCF en vue de la réforme ferroviaire de 2014. Les principales conclusions de ce rapport sont à lire ici. Le rapport est consultable .

[5Voir ici l’analyse de Degest sur le coût de la dette.

[6Pour consulter la synthèse des comptes des concessions autoroutières, voir ici.

[8Espérance de vie à l’âge de 60 ans : 24,9 ans pour la France entière ; 20,3 ans pour les personnels d’exécution à la SNCF, 22 pour les personnels de traction.

[9La TICPE est la quatrième recette fiscale de l’État derrière la TVA, les impôts sur le revenu et sur les sociétés.

https://www.bastamag.net/Comment-la-dette-de-la-SNCF-enrichit-les-marches-financiers-au-detriment-des

Posté par UPR Creuse à 08:58 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

Comment la SNCF a créé des centaines de filiales pour mieux préparer le démantèlement du transport ferroviaire

TRIBUNE LIBRE / par 5 juillet 2017

TL SNCF FILLIALES

En 2020, le transport ferroviaire en Europe sera totalement ouvert à la concurrence. En France, ce sera la fin du monopole de la SNCF sur le transport de voyageurs. L’opérateur public historique se prépare depuis de longues années aux affres de la « concurrence libre et non faussée ». Des myriades de filiales ont été créées, en France comme à l’étranger, réduisant les salaires, flexibilisant l’organisation, entamant le contingent des cheminots sous statut. Malgré les discours enthousiastes sur les bénéfices de ce basculement pour les « consommateurs », la réalité qui se profile ressemble davantage à un service de transport au rabais, ainsi qu’à des conditions de travail fortement dégradées pour les salariés.

 

5ac4dfff09fac28c068b4567

Keolis, Geodis, Ouigo, Ouibus, Voyages-sncf, Effia, Altameris, Arep, Systra... La liste des filiales de la SNCF, en France et à l’étranger, pourrait être déroulée à l’infini, ou presque. Au nombre de 187 il y a dix ans, elles sont plus d’un millier aujourd’hui. À travers elles, la SNCF est présente dans 120 pays. En 2016, l’opérateur historique du train français réalisait un tiers de son chiffre d’affaires à l’international, contre 12 % il y a dix ans. « Le décollage a été rapide et la perspective, d’ici à 2022, est d’atteindre 50 % de l’activité de la SNCF en France, 25 % en Europe et 25 % dans le reste du monde », annonçait le 1er mai 2017 Guillaume Pépy, le président du groupe, aux micros d’Europe 1.

Depuis le 1er janvier 2015, le groupe est divisé en trois établissements publics à caractère commercial (EPIC) : SNCF réseau, qui gère les infrastructures, notamment les voies ferrées et la circulation des rames, SNCF mobilités, qui transporte les voyageurs et les marchandises sur ses trains, et SNCF tout court, la holding qui chapeaute l’ensemble. Chacun possède et crée ses propres filiales au gré de sa stratégie de développement, et du transfert d’une partie de ses activités vers ces sociétés privées.

Privatisation larvée et vente à la découpe

OUTIL ART106

Les filiales sont tout aussi présentes sur le territoire national, où elles couvrent des domaines d’activité très variés. Les travaux et la maintenance des voix sont confiés à Sferis, une filiale créée en 2012, tandis que l’aménagement et l’administration des gares reviennent à Gares et connexions. Effia gère 115 000 places de parking en France, pendant qu’une dizaine de filiales labourent le marché de la logistique de marchandise. De cette myriade de sociétés émergent deux mastodontes : Keolis (SNCF Mobilités) et Geodis (SNCF Réseau). Ces deux géants emploient plus de 50 000 salariés chacun et possèdent à leur tour leurs propres filiales, créant un « mille-feuille » organisationnel difficile à cerner.

« La SNCF monte des filiales en face de chacune de ses activités », détaille Eric Meyer, secrétaire fédéral du syndicat Sud-Rail. Pour le syndicaliste, la stratégie de l’opérateur public est de « mettre en concurrence la maison mère avec ses propres filiales, et de contourner la réglementation du travail ». Prêt de la moitié des 30,5 milliards de chiffre d’affaires du groupe est déjà réalisé dans les filiales. « Au sein de la SNCF, il n’y a plus d’actifs. Les wagons, les machines ou l’immobilier sont basculés vers des sociétés privées. Dans l’entreprise publique, il ne reste que la dette et le personnel. » Une drôle de répartition. Pour la maison mère, les coûts de la dette de 50 milliards d’euros, et de la rémunération du personnel. Pour les sociétés privées dépendant du groupe, la conquête des marchés et des bénéfices. Un indice révélateur d’une privatisation larvée, qui accompagne la libéralisation progressive du secteur.

Course aux marges bénéficiaires

15253376_1818394025113163_3628835857080125702_n

Pour la CGT cheminot, l’affaire ne fait pas de doutes non plus : « Les filiales se multiplient dans le monde entier, elles atteignent le chiffre record de 1 250, le recours à la sous-traitance explose, les externalisations sont nombreuses » dénonçait le syndicat dans un tract du 23 mai 2017. Pour la Confédération générale du travail, le syndicat historique du chemin de fer, la SNCF est bel et bien sur les rails de la privatisation.

L’ouverture à la concurrence commence avec le fret, puis s’étend au trafic international de voyageur en 2009. En 2020, les lignes à grande vitesse pourront être commercialisées par de nouveaux opérateurs, suivies en 2023 des lignes TER et Intercités. La décision a été entérinée à une courte majorité par le Parlement européen à dominante conservatrice, le 16 décembre 2016*. L’opérateur public y voit « une opportunité » et ambitionne de devenir le numéro un des mobilités en Europe. À cette fin, l’entreprise se diversifie, rachète ou crée des sociétés privées comme Ouicar et Ouibus, lancées pour couvrir les marchés de la location de voitures entre particuliers, et du transport en autocar. Pour Véronique Martin, secrétaire fédérale de la CGT Cheminot, la direction cherche « l’augmentation des marges bénéficiaires, loin des préoccupations de développement du réseau ferroviaire et des besoins de transport des populations. »

Moins de cheminots, plus de droit privé

« Il y a une stratégie de la direction visant à filialiser de plus en plus d’activités qui pourraient être réalisées par des cheminots », explique la responsable fédérale CGT, prenant pour exemple Sferis (travaux et maintenance des voies). En jeu, la baisse des coûts de production. Les personnels de la filiale ne bénéficient pas du statut de cheminot et ne sont pas soumis aux mêmes réglementations. Tout cela est à l’avantage du groupe SNCF, dont les bénéfices pour 2016 s’élèvent à 567 millions d’euros.

 

outil gopé

« La direction justifie la baisse des coûts et la course à la rentabilité par l’arrivée de la concurrence. Limitée par le statut des cheminots, elle filialise pour réduire leur effectif. » Leur nombre n’a cessé de baisser depuis quinze ans, passant de 178 000 en 2003 à 148 000 en 2016. Les filiales emploient de leur côté autour de 115 000 salariés hors statut, un nombre en constante augmentation. Le recours à des emplois précaires se généralise à travers l’emploi de CDD, d’intérimaires, y compris dans la maison mère. Le recours massif à la sous-traitance notamment sur le réseau, complète le tableau de la précarité à la SNCF.

« Les conditions de travail et la qualité du service rendu aux usagers se dégradent. Les cheminots se sentent dépossédés de leur métier », dénonce Véronique Martin. Un malaise que confirme Eric Meyer de SUD-Rail : « Les salariés ne voient plus d’utilité à leur travail, ils n’ont plus de perspectives. On leur dit qu’ils coûtent trop cher, alors que la productivité a augmenté de 40 %. » Suite à de nombreux accidents graves et à plusieurs suicides en début d’année, les fédérations syndicales CGT, CFDT, SUD-Rail et UNSA ont déposé une alarme sociale après de leur direction au début du mois de juin.

Keolis, filiale XXL au management rugueux

Au 1er juillet 2017, Transkeo – filiale de Keolis et SNCF participation – exploitera la ligne de tram-train T11 express, destinée à relier la gare du Bourget à celle d’Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Capable de circuler à la fois sur des voies de tramway et celles du train, la T11 express sera la première ligne SNCF du réseau Transilien à rouler sans cheminot. Annonçant des coûts réduits de 40 %, le Syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif) a attribué le marché à la SNCF, qui l’a ensuite confié à sa filiale de droit privé. Les conducteurs seront polyvalents, la vente des billets s’ajoutant à la conduite des rames et à la sécurité des voyageurs. Une inflation de tâches pour une déflation salariale, la centaine de salariés de Transkeo étant moins payée que les cheminots à statut.

cover-r4x3w1000-5a9437336077a-l-avenir-des-petites-lignes-sncf-dependra-des-regions

La maison mère de Transkeo, Keolis, exploite déjà 240 km de métro, 660 de tramways et 5800 de trains dans 16 pays. Elle possède une flotte de 23 000 bus et investit dans d’autres modes de déplacements : vélo, covoiturage ou navettes maritimes et fluviales. Avec 58 300 salariés, c’est une filiale géante détenue à 70 % par la SNCF, avec une participation de la Caisse des Dépôts du Québec à hauteur de 30 %. Avec la ligne T11 express, Keolis prend des parts de marché à l’entreprise publique, et se positionne en vue des autres projets du Grand Paris. Elle convoite les lignes T12 et T13 (tram express à l’ouest et au sud de la région parisienne), prévues pour 2021.

Cet appétit se double d’une gestion managériale rugueuse, avec un recours immodéré aux conseils de discipline. Les comparutions de salariés devant ces instances auraient ainsi augmenté de 500 % dans les transports urbains d’Orléans, selon le syndicat Sud-TAO, pour qui « les conducteurs avec de l’ancienneté et adhérents à un syndicat sont visés ». Les syndicalistes pointent des situations ubuesques, comme ce chauffeur convoqué à un conseil de discipline pour avoir transgressé un ordre. En cause : un changement de chemise tachée de sang, après avoir secouru un enfant percuté par un tram.

Ouibus, ou la sous-traitance totale

La situation des salariés de SNCF C6, filiale gérant la marque Ouibus, n’est pas meilleure. Créée en 2012 pour occuper le marché du bus, la compagnie offre dans un premier temps des conditions attractives pour attirer les chauffeurs recrutés chez ses concurrents. Depuis, l’entreprise s’est développée en faisant appel à la sous-traitance pour exploiter des liaisons transnationales. Une tendance accentuée depuis 2015 et le vote de la loi Macron déréglementant les lignes de ville à ville. « Plus de 80 % des lignes Ouibus sont exploitées par des sous-traitants », relève Rémy Haddad, délégué syndical CGT au hub de Lille. Inquiet de voir se développer le recours à des franchises, il prophétise une évolution de Ouibus vers un modèle de type plateforme. Les lignes pour les sous-traitants et les franchisés, la vente des billets et l’administration pour SNCF C6.

12297_750750_k3_k1_1782823

Des craintes confirmées par la décision de Ouibus fin 2016, de transférer son activité lyonnaise vers Faure Express, un exploitant franchisé. Les lignes, les bus et les chauffeurs font partie du voyage. Les sites restants à Lille et Paris pourraient suivre. À Lyon, la direction s’est donné les moyens de liquider l’activité et surtout ses conducteurs. Démission préalable afin d’intégrer une formation en vue d’un reclassement pour les uns, prime de départ volontaire de 6 000 euros pour d’autres, et injonction à se présenter chez Faure Express le 5 juin pour les derniers irréductibles. Refusant les pertes de salaires d’environ 600 euros consécutives à leur basculement chez un franchisé, ils font maintenant l’objet de la part de Faure Express d’une procédure de licenciement. La CGT Cheminot a alerté les présidents de SNCF C6, de la SNCF... et de la République. Elle envisage, avec les salariés, de saisir les prud’hommes. Mais la déréglementation en cours dans le droit du travail ne devrait pas les aider dans leur combat.

Stéphane Ortega / Rapports de force

https://www.bastamag.net/Comment-la-SNCF-a-cree-des-centaines-de-filiales-pour-mieux-preparer-le

BASE 14 995X225

*"La décision a été entérinée à une courte majorité par le Parlement européen à dominante conservatrice, le 16 décembre 2016": comme si ça avait une quelconque importance face à l'article 106 qui inscrit dans le marbre la mise en concurrence des services publics...Le démantèlement en cours n'est pas le fruit de majorités parlementaires qui pourraient être changées, mais le produit de traités qui ne peuvent être modifiés qu'à l'unanimité des états membres de l'Union européenne!    P.G.

23674896_10155892770337612_4971545130397341684_o

Macron: son énergie et son dévouement pour le progrès au Kosovo

TRIBUNE LIBRE / Par Bruno Adrie

TL MACRON THACI 2

C’est avec une joie à peine contenue que le mandaté du mois de mai s’est fait photographier main dans la main, épaule contre épaule, comme pour un mariage, avec le parrain kosovar Hashim Thaçi. Non content de trottiner à la remorque de ses maîtres étasuniens et allemands qui furent les architectes de l’implosion de la Serbie en 1999, le petimetre[1] de l’Elysée semble donc s’être entiché de celui que le Conseil de l’Europe soupçonne d’être ou d’avoir été un trafiquant d’organes (voir l’article « Macron et son invité Hashim Thaçi » sur le site Les Crises d’Olivier Berruyer).

En agissant de la sorte, le penseur printemps vient confirmer la trahison de la Serbie par la France, d’une Serbie qui se dressait comme un roc sur le chemin de la mondialisation et que les artificiers de l’OTAN ont fait sauter pour que le les flux financiers ne connaissent plus d’entraves et apportent bonheur et prospérité aux peuples des Balkans (en n’oubliant pas d’isoler Belgrade de ses débouchés sur l’Adriatique et de la priver de marine de guerre)[2].

Thaci.png

J’ignore ce que se sont dit les deux hommes en prenant leur petit goûter entre les ors immondices de ce palais anachronique, j’ignore quels mots ont laissé filer leurs crocs devant le grand miroir prétentieux, plein d’échos oubliés et de secrets inavouables, mais je suis certain que cette réunion de travail – mais de quel travail parle Hashim Thaci ? – s’est faite les pieds dans le sang – et ça devait bien clapoter sous la table dressée cristal et porcelaine –, dans le sang des Serbes écrasés sous les bombes d’un Occident en croisade furieusement humanitaire, dans le sang des vieillards traînés hors de chez eux et exécutés froidement par l’Armée de Libération du Kosovo, dans le sang humilié des religieuses violées par des « criminels de guerre parés par M. Kouchner du titre d’héroïques résistants kosovars » (voir la vidéo : « Le colonel Jacques Hogard sur le Kosovo », Cercle Aristote, vers 15 mn).

On voit bien qu’elle a changé la politique avec l’emmarchisme et son candidat, on voit bien qu’elle est devenue belle la France sous le talon des petits maîtres de l’administration qui surplombent le troupeau bêlant et l’ignorent même – oubliant presque de le mépriser – pris qu’ils sont dans leurs bas calculs et dans les compromissions qui font leur succès, leur fortune et les font se dandiner dans leurs ego distendus.

Notes

[1] Terme espagnol désignant un personnage qui se veut élégant et qui est excessivement soigné.

[2] C’était en petit ce que l’OTAN a cherché à faire en grand à la Russie en organisant son coup d’Etat à Kiev en février 2014. Devant le danger, la Russie a occupé la Crimée afin de rester maîtresse des lieux et de sa flotte stationnée à Sébastopol.

https://www.levilainpetitcanard.be/articles/ailleurs/macron-son-energie-et-son-devouement-pour-le-progres-au-kosovo_495183834

Les Palestiniens ne cesseront jamais d’exiger la justice

TRIBUNE LIBRE / Par Basem Naim, à Gaza - ancien ministre de la Santé et conseiller du Premier ministre palestinien sur les relations internationales.

TL PALESTINE WALL

Depuis trop longtemps, l'Occident applaudit au spectacle de la répression de dizaines de milliers de manifestants sans armes, qui ne font que réclamer la justice, par une force impitoyable lourdement armée.

Aujourd'hui, des centaines de milliers de manifestants pacifiques ont marché, sans armes, vers la frontière imposée par Israël à la bande de Gaza assiégée. Ils n’ont pas pu l’approcher car, d’une distance de plusieurs centaines de mètres, des tireurs d'élite israéliens leur ont tiré dessus, faisant dix morts et des centaines de blessés parmi les Palestiniens.

Ce n'est pas du cinéma. C'est Gaza. C'est la Palestine.

Balfour-Roundtable-1-1024x699

Cela fait plus de soixante-dix ans que nous, Palestiniens, essayons par tous les moyens possibles et imaginables d'obtenir les droits que nous garantit normalement le droit international et humanitaire.

Au cours de ces décennies, des dizaines de Résolutions ont été adoptées par un large éventail d'organismes internationaux, d'associations et d'ONG en faveur de nos droits fondamentaux à la liberté, à l'autodétermination et au retour dans les maisons dont nous avons été expulsés par la force en 1948.

Contredisant le mythe romantique de la création de l’Etat hébreu, des dizaines d'historiens et de journalistes respectables, y compris des Israéliens comme Ilan Pappe et Gideon Levy, ont prouvé que l'attaque sioniste coordonnée de 1948 contre des centaines de villages palestiniens ancestraux était bien le début d'un projet réfléchi de nettoyage ethnique qui se poursuit sans relâche jusqu’à aujourd'hui.

59e8cc2d488c7beb768b4567

Prétendre que près d'un million de Palestiniens ont volontairement quitté leurs maisons, leurs écoles, leurs mosquées et leurs églises en 1948 n’a pas plus de sens que d’affirmer que la terre est plate. La fuite massive et désespérée des Palestiniens devant l'assaut paramilitaire sur nos communautés ancestrales est une réalité que personne ne peut honnêtement contester.

Malgré la quasi-unanimité des juristes internationaux à propos de notre cause, la communauté mondiale n'a pas pu ou n'a pas voulu rendre justice au peuple palestinien qui vit dans des bantoustans entourés de murs dans son propre pays, ou a été contraint de fuir dans la diaspora et de devenir des réfugiés apatrides éparpillés dans le monde entier.

5971da3609fac2f36e8b4567

Et pendant toutes ces décennies, les États occidentaux ont ouvertement adopté des politiques qui non seulement favorisent et protègent Israël, mais lui donnent les moyens de poursuivre son occupation illégale des territoires palestiniens.

Aucun État n'a davantage contribué à cette injustice historique que les États-Unis. Non satisfaits d’octroyer plus de 250 milliards de dollars d'aide gouvernementale directe à Israël, les États-Unis ont utilisé leur droit de veto plus de 70 fois au Conseil de sécurité pour empêcher l'adoption de Résolutions condamnant les politiques israéliennes.

585f807fc361880c208b456f

Dans le soutien financier sans précédent des États-Unis à Israël, il y a des dizaines de milliards de dollars d'aide et d'équipement militaires qui donnent à Israël les moyens de piétiner les droits et les aspirations légitimes de millions de Palestiniens et de semer la mort et la destruction dans nos communautés. Des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie, beaucoup d'autres ont été blessées ou mutilées et plus encore ont été mises en prison pendant toutes ces années, dans un système de "justice" militaire qui prive les Palestiniens de la moindre justice.

Récemment, pour punir toujours plus les Palestiniens de manifester une volonté politique, l'administration américaine a coupé plus de 360 millions de dollars d'aide sur sa part annuelle de 1,2 milliard de dollars à l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). Ce programme d’aide internationale fournit des prestations en matière de santé, d'éducation et d'alimentation à quelque 5 millions de réfugiés palestiniens dans le monde, ce qui représente environ 40 % de la population totale de 11,5 millions de Palestiniens à l'intérieur et à l'extérieur de la Palestine.

5ab0203d488c7bd0138b4568

Au cours des 25 dernières années, les Palestiniens ont vainement essayé, en toute bonne foi, de réaliser leurs aspirations légitimes en participant à un processus de négociation long, complexe, et contre-productif.

En raison du déséquilibre fondamental du rapport de force sur le terrain et d'un immuable parti pris international pro-israélien, Israël a utilisé cette " négociation " comme couverture de son programme d'annexion illégale des terres palestiniennes en Cisjordanie.

Non content d'inonder la Cisjordanie de centaines de milliers de "colons" illégaux, Israël a poursuivi son attaque systématique contre les droits fondamentaux des Palestiniens dans tous les territoires occupés, y compris Gaza.

597a018909fac2a50b8b4567

Quel a donc été le résultat de ce blocage unilatéral israélien de 25 ans ? Nous avons assisté, comme on pouvait s'y attendre, au sabotage de toutes les opportunités réelles de stabilité et/ou de désescalade de la violence et la propagation de la violence dans toute la région, n’est-ce pas ?

Le blocage du processus avait pour objectif d’annihiler tout espoir de liberté, tout espoir d'un État indépendant et d'un retour dans les foyers dont ils nous avaient chassés au cours de toutes ces nombreuses années, n’est-ce pas ? Et qu'en est-il de la vie quotidienne des Palestiniens sous occupation, que ce soit en Cisjordanie divisée en cantons contrôlés, ou dans la bande de Gaza assiégée ? Les deux territoires ont été transformés en l’enfer insupportable que tout le monde voit et que nous, nous vivons. Meurtre, emprisonnement, siège, saisie de terres, démolition de maisons, misère, chômage, privation de soins médicaux et interdiction de voyages, voilà le lot quotidien de millions de Palestiniens.

gaza-pénurie-2015

Comme les autres peuples du monde, les Palestiniens aiment la vie, leur communauté et leur famille, et tout ce que nous voulons, c’est que nos enfants aient un meilleur avenir que nous. Cependant, il semble que notre aspiration collective et légitime soit inacceptable pour beaucoup de pays du monde qui font tout au plus semblant de s’intéresser à nous, mais sans jamais rien faire, pendant que l'Occupation et l'injustice se perpétuent au vu et au su de tous.

Peu de nations, semble-t-il, ressentent le besoin de s’opposer à l'agression israélienne et à son occupation qui violent pourtant toutes les normes de la décence et du droit international de quelque point de vue que l’on se place.

5abe2634488c7b46358b4567

Après avoir étudié nos différentes options, et forts de notre droit légitime de résister, nous, Palestiniens de Gaza, nous avons décidé d’organiser des marches pacifiques aux abords des clôtures de ségrégation qui nous interdisent la moindre velléité d'autodétermination. Nous exigeons la fin de l'occupation, la fin du siège de Gaza, et la reconnaissance du droit des Palestiniens à revenir chez eux conformément à la résolution 194 de l'ONU, publiée en décembre 1948.

Ces événements commencent aujourd'hui pour coïncider avec l'anniversaire de la "Journée de la Terre", au cours de laquelle six Palestiniens ont été tués en 1976, alors qu'ils défendaient leur terre saisie par les autorités israéliennes dans la région de Galilée.

5abe27a7488c7b0f368b4569

Dans la tradition de la résistance passive, nos activités seront pacifiques et se poursuivront aux abords de la frontière jusqu'au 15 mai, date du 70e anniversaire de la "Nakba", au cours de laquelle plus d'un million de Palestiniens ont été expulsés de leurs foyers.

Tous les Palestiniens de notre patrie et de la diaspora, y compris les hommes, les femmes et les enfants, participeront à ces marches et aux manifestations qui revendiquent toutes la justice, la liberté, et le droit de vivre. Nos activités seront supervisées par un comité national qui représente toutes les forces et les factions palestiniennes ainsi que la société civile, les personnalités et les sympathisants palestiniens.

5abe284009fac2c74d8b4567

Le Comité a diffusé de nombreuses publications et instructions à l'intention des participants aux marches, qui soulignent le caractère pacifique de ce mouvement particulier et la nécessité d'éviter la violence et les provocations d'Israël qui ont pour objectif l’escalade la violence. Le Comité a également désigné divers représentants sur le terrain pour superviser nos efforts collectifs et veiller à ce que notre message soit répandu par des moyens puissants et pacifiques.

Nous nous attendons à ce que, quoique nous fassions, Israël se livre à des provocations pendant nos manifestations, et nous ferons tout ce que nous pouvons pour que leurs efforts pour mettre le feu restent sans réponse.

Aujourd'hui, une fois de plus, nos pires craintes se sont malheureusement matérialisées quand Israël s’est mis à tirer des centaines de balles réelles et de grenades lacrymogènes à la vue des manifestants pacifiques, armés de leur voix et de leur autodétermination.

Palestine-Israel

Israël a longtemps craint, et tenter de contrecarrer de son mieux, tous les efforts déployés par les Palestiniens pour révéler au monde la réalité de l'occupation et du siège de Gaza qui prouvent la fausseté de la prétention israélienne d'être le seul État démocratique de la région : un État qui respecterait et protègerait les droits de l'homme et honorerait le droit fondamental à la liberté d'expression.

Contre ce mantra se dresse la pratique quotidienne des forces d'occupation qui montre une réalité complètement différente . . . une réalité pétrie de racisme, de violence et de violations systématiques des droits de l'homme.

5a3908e909fac2d2718b4567

Récemment, l'arrestation et la détention d'Ahed Tamimi, aujourd'hui âgée de 17 ans, en Cisjordanie, parce qu'elle avait giflé un soldat israélien lourdement armé qui s'était introduit chez elle, n'est qu'une des centaines d'événements qui montrent ce qu’est la vie et la mort en Palestine. Il n'y a pas si longtemps, Ibraheem Abu Thuraya en fauteuil roulant a été tué par un tireur d'élite israélien pour avoir simplement brandi un drapeau palestinien, à la frontière de Gaza, devant les soldats israéliens qui contrôlent qui peut entrer ou sortir de la demeure assiégée d'environ deux millions de personnes.

Compte tenu d'une longue histoire bien documentée des violences de l'Occupation, les Palestiniens craignent avec raison que, malgré la nature pacifique de ces marches, Israël ne s'en serve comme prétexte pour tuer et blesser encore plus de nos concitoyens.  Dans le passé, les forces d'occupation n'ont jamais tardé à provoquer des manifestations non violentes pour les faire dégénérer en affrontements violents au cours desquels nos communautés et nos enfants ont payé le prix fort pour avoir essayé de faire entendre leurs voix.

59faf7ab09fac2b66c8b4567

L'attaque israélienne d'aujourd'hui contre notre peuple pacifique prouve, une fois de plus, que l'histoire se répète et qu’elle permet souvent de prévoir ce qui va arriver.

Néanmoins, nous ne laisserons pas décourager par les agressions israéliennes, car nous exerçons notre droit fondamental de résister à l’oppression et de manifester pour garantir à nos enfants un avenir meilleur, un avenir empreint de justice et d’égalité.

Basem Naim, qui réside à Gaza, est l'ancien ministre de la Santé et conseiller du Premier ministre palestinien sur les relations internationales.

https://www.levilainpetitcanard.be/articles/ailleurs/les-palestiniens-ne-cesseront-jamais-dexiger-la-justice_184899094

Xi Jinping et Kim Jong-un : pour la réunification de la Corée !

La visite en Chine de Kim Jong-un en dit long sur les tactiques qui seront utilisées dans les négociations entre le dirigeant coréen et le président étasunien ; elle consolide également la relation historique entre Pyongyang et Beijing

TL KIM IJUNG UN

Par Federico Pieraccini – Le 30 mars 2018 – Source Strategic Culture

La récente réunion à Beijing entre les dirigeants suprêmes de la RPDC et de la Chine a retenu l’attention du monde entier. Le sommet est resté discret pendant toute sa durée et ne fut révélé par le dirigeant chinois que lorsque la visite fut terminée et que le dirigeant coréen fut de retour dans son pays.

 

Les rumeurs de la rencontre ont continué à être démenties par le ministre chinois des Affaires étrangères jusqu’à mardi, jour où elle fut officialisée. Les dénégations avaient beaucoup à voir avec le fait qu’un résultat positif au sortir de cette première réunion, ne pouvait pas être garanti. Les déclarations finales, l’atmosphère détendue, les nombreuses images montrant des sourires et la reconnaissance mutuelle révèlent que les deux dirigeants du Parti communiste chinois et du Parti du Travail de Corée sont sur la même longueur d’ondes. Malgré le vœu pieux des États-Unis, qui ont interprété l’absence de réunions les années précédentes comme un changement d’attitude envers la Corée du Nord, la réunion a souligné les impressions positives de la part de Xi Jinping quant à l’évolution de la péninsule coréenne et confirmé la pensée stratégique de Kim Jong-un.

05908625

La stratégie de Kim Jong-un mérite une attention particulière. La capacité de dissuader l’agression des États-Unis et de la Corée du Sud existait bien avant le développement de la dissuasion nucléaire par Pyongyang, grâce notamment à l’énorme quantité d’artillerie dirigée contre Séoul. Un éventuel conflit aurait causé des millions de morts, détruit les forces étasuniennes sur la péninsule (leurs bases auraient été les premières éliminées, bien qu’elles ne servent que comme un fil piège) et contrecarrer l’alliance avec Séoul, qui aurait supporté un dommage inacceptable. Kim Jong-un et son père avaient déjà mis en place un moyen de dissuasion assez puissant pour parer à l’agression contre leur pays. La stratégie de développement des armes nucléaires devient plus claire suite à la rencontre avec Xi Jinping.

463538252

La volonté de Kim Jong-un de rencontrer Donald Trump dans des négociations bilatérales, et la possibilité que Pyongyang renonce à son arsenal nucléaire, feront date. La rencontre avec Xi Jinping était probablement axée sur leurs revendications auprès de Trump : le retrait des forces militaires étasuniennes du sud du pays. C’est un sujet à propos duquel la Chine et la RPDC sont totalement en accord. Le résultat souhaité par Pékin et Pyongyang − mais aussi par Moscou − serait que Washington retire ses forces de la Corée du Sud en échange de l’ouverture des sites nucléaires nord-coréens aux inspections internationales. La Chine et la Russie seraient heureuses de voir éliminée la menace de dissuasion nucléaire étasunienne (même si, avec les dernières armes hypersoniques révélées par Poutine, le problème ne semble plus se poser). Cela apporterait également de grands avantages à Séoul, qui pourrait s’engager dans un rapprochement avec le Nord, à commencer par une éventuelle réunification de la péninsule ; et sous l’égide économique et énergétique de la Russie et de la Chine, la péninsule pourrait être incluse dans le projet « Une ceinture Une route » (OBOR) mais aussi bénéficier du gaz russe.

57464978

Bien sûr, ce scénario se heurte aux récentes nominations de Mike Pompeo et de John Bolton au sommet de l’administration étasunienne, confirmées par la menace de dissolution du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA) conclu avec l’Iran, revenant ainsi sur un accord conclu suite aux efforts de plusieurs pays. Les conséquences seraient significatives, les États-Unis apparaitraient comme un État peu fiable dans ses relations internationales.

Cet aspect, pour Pyongyang, Pékin, Moscou et même pour Séoul, est important. Le message diplomatique extraordinaire que Kim Jong-un et Xi Jinping ont envoyé aux alliés et aux adversaires est la possibilité de la paix et de la réunification de la péninsule coréenne. Kim Jong-un est apparemment prêt à renoncer à ses armes nucléaires, son moyen de dissuasion le plus important. Mais il est intéressant de noter que, de toute façon, la Corée du Nord a toujours pu compter sur son formidable moyen de dissuasion conventionnel pour garantir sa sécurité.

59a7a0b0488c7b32038b4568

Pour la survie de Kim Jong-un et de son entourage [Sic – NdT], des milliers et des milliers de pièces d’artillerie destinées à Séoul suffisent pour éloigner tout agresseur potentiel. Une autre considération évidente est que toute utilisation par Kim Jong-un de ses armes nucléaires contre les États-Unis ou ses alliés entraînerait l’anéantissement total de la RPDC. La question qui reste est donc la suivante : si la Corée du Nord a toujours garanti sa survie grâce à sa dissuasion conventionnelle, pourquoi a-t-elle eu besoin de développer aussi la dissuasion nucléaire ? La réponse la plus logique à cette question est la volonté d’amener les États-Unis à la table des négociations.

Le coup de génie diplomatique et stratégique de Pyongyang est de pousser les États-Unis à quitter la péninsule coréenne en échange de la renonciation, par la Corée du Nord, à son arsenal nucléaire.

montage corée du nord trump

Cette hypothèse place Kim Jong-un du côté positif de la négociation, apparaissant comme un partenaire raisonnable et sérieux prêt à trouver un moyen de garantir la paix sur toute la péninsule. Si Kim Jong-un est prêt à renoncer à son arsenal nucléaire, ce qui apparemment jusqu’à hier semblait impossible, dans l’intérêt d’un accord pour assurer la survie des deux Corées, alors Pyongyang se présente comme le garant de la paix pour Séoul. Le message que Moon Jae-in pourrait retenir des négociations est qu’un ennemi tel que la Corée du Nord est prêt à abandonner son arme la plus importante, au moment où les Étasuniens introduisent dans le jeu Bolton et Pompeo, prêts à frapper du poing sur la table des négociations, refusant de faire toute concession.

corée-Sud-président

Alors que Kim Jong-un a bien l’intention d’accuser les Étasuniens pour l’échec des négociations et semble avoir en mains toutes les raisons pour le faire ; la rencontre entre Kim Jong-un et Xi Jinping semble viser à jeter les bases d’une rupture de l’alliance entre Séoul et Washington. Nous pouvons déjà imaginer la scène, avec Pyongyang prête à renoncer à ses armes nucléaires, Séoul prête à entamer un dialogue sur la réunification du pays, la Chine et la Russie heureuses de voir la dénucléarisation du Nord, et surtout, l’élimination des perspectives d’une guerre terrible sur la péninsule. Dans ce climat, Washington, en refusant toute perspective de retrait de la péninsule, serait complètement isolé. Grâce à ses relations moins que parfaites avec ses alliés européens, et à son intention d’annuler le JCPOA iranien, Washington se montrerait incapable de tenir ses promesses ni d’entretenir une posture diplomatique crédible.

38

La réalité est qu’un accord global entre la Corée du Nord et les États-Unis est pratiquement impossible pour une raison fondamentale : les États-Unis utilisent l’excuse de devoir protéger la Corée du Sud,  pour contenir la Chine et la Russie, en maintenant sur la péninsule à la fois une défense antimissile et une présence militaire près de leurs frontières. Pour cette raison, alors que Moscou et Pékin ont de multiples raisons de rechercher un accord entre Pyongyang et Washington, tous deux sont conscients que les États-Unis n’ont aucune intention d’abandonner leur présence en Corée du Sud. La rencontre entre Kim Jong-un et Trump est un piège bien conçu préparé par Moscou, Pékin et Pyongyang, peut-être sur plusieurs mois, voire plusieurs années. Les objectifs les plus réalistes sont d’isoler davantage Washington dans la région, de rapprocher Beijing et Séoul et de creuser un fossé entre Séoul et Washington. Moscou utiliserait l’échec de ces négociations pour gagner plus de poids auprès de ses partenaires européens, tous désireux de trouver une solution à la crise coréenne. En outre, Moscou pourrait accroître ses opportunités d’entrer dans le marché de l’énergie en Corée du Sud grâce à la diversification des sources d’énergie de Séoul. Pékin a bien l’intention d’éviter une guerre sur la péninsule, ce qui serait désastreux à bien des égards, non seulement humanitaires, mais aussi en donnant la possibilité à Washington de camper sur la frontière chinoise à la suite de la destruction de la RPDC.

ob_4e30f6_moon-jae-in-donald-trump-conference-de

Moon Jae-in, le président de la Corée du Sud regarde anxieusement, prêt à conclure un accord avec le Nord. La maestria de la diplomatie sino-coréenne a créé une situation gagnant-gagnant pour Pyongyang, dans laquelle l’échec final des négociations avec Washington aurait des répercussions négatives auprès de ses alliés dans la région. C’est probablement la raison pour laquelle de nombreux membres de l’administration étasunienne ont accueilli négativement la décision de Trump d’accepter les discussions avec Kim Jong-un.

 

Accepter d’engager des pourparlers indique une disposition à négocier. Mais comme il est prévisible, le refus des Étasuniens d’accéder aux demandes de la Corée du Nord de quitter la péninsule voue ces pourparlers à l’échec. En même temps, si l’offre de Pyongyang d’abandonner ses armes nucléaires échouait à obtenir une réciprocité de la part de Washington, les États-Unis porteraient la responsabilité de l’échec. Pour cette raison, Trump a ingénieusement décidé de faire appel à deux fauteurs de guerre comme Pompeo et Bolton, dans l’intention d’effrayer Kim Jong-un en le mettant dans une position de négociation plus favorable à Washington, une stratégie qu’il entend poursuivre également en ce qui concerne l’Iran.

ob_6ea895_donald-trump-kim-jong-un-sommet-mai-20-1728x800_c

La vérité est que la diplomatie étasunienne n’a aucune marge de manœuvre et puisque la guerre est impensable, ce n’est même pas une réelle menace. Cela laisse Trump avec beaucoup de fanfaronnades et un tas de faucons hargneux, abandonnant les atouts dans les mains de Pyongyang et de Pékin. Tout deviendra clair dans les semaines à venir lorsque toutes les cartes seront posées sur la table des négociations.

 

Federico Pidraccini

http://lesakerfrancophone.fr/xi-jinping-et-kim-jong-un-pour-la-reunification-de-la-coree

Posté par UPR Creuse à 07:05 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

Castres : comment une polémique sur les migrants est créée et entretenue par les médias locaux

TRIBUNE LIBRE / OJIM

Tout est parti d’un éditorial du maire de Castres (et président de la communauté de communes Castres Mazamet), en mars 2018 dans le journal municipal. Pascal Bugis, premier édile de la commune du Tarn (droite locale) s’y interroge sur le coût de la prise en charge de mineurs étrangers hébergés dans une commune voisine, Lagarrigue, alors que « l’argent public est une denrée rare ».

TL OJIM CASTRES

Le maire y fait état d’une dotation de 160 euros par jour et par mineur versés à l’association organisant la prise en charge, « à l’instar de toutes celles qui encadrent des migrants mineurs sur le territoire français ». Ceci alors que « par le fruit de son travail un salarié rémunéré au SMIC perçoit environ 53 € nets par jour ». Il n’en fallait pas plus pour déclencher une bronca très médiatisée.

Bronca unanime des médias locaux

La Dépêche se range aux arguments des détracteurs du maire : « l’édito du maire serait «mensonger et dangereux ». Le quotidien estime que le maire a bien fait d’utiliser le conditionnel sur le coût de l’hébergement, « le coût serait de 85 euros par jour et par mineur selon le conseil départemental ». Les élus de gauche de l’opposition municipale, le premier secrétaire du PS du Tarn et une élue Les Verts sont interrogés et font part de leur indignation face à ces basses considérations matérielles.

Le Tarn libre titre sobrement sur « Castres, polémique concernant l’éditorial du maire Pascal Bugis sur l’accueil des jeunes migrants ». Mais pour argumenter le débat, le journal donne la parole aux élus de « la gauche rassemblée » et titre un chapitre sur « Des propos irresponsables » (sous-entendu : du maire).

Pour 100% Radio, le sujet est « la polémique après l’éditorial du Maire de Castres ». La radio détaille les différents coûts et le financement de l’accueil des mineurs migrants dans le Tarn. On y apprend que les mineurs reconnus « intègrent le dispositif d’aide sociale à l’enfance, (c’est le cas des mineurs de Lagarrigue) et le coût est ici de 85 euros par jour ».

La vérité des chiffres

pinocchios

De qui le maire et les journaux locaux ainsi que 100% Radio tirent-ils leurs chiffres ? Personne ne le saura précisément, les communiqués des médias ne font mention que du conseil départemental (PS). À défaut de le savoir, on peut toujours se référer à des sources a priori fiables, comme le rapport d’information du Sénat du 28 juin 2017 sur la prise en charge sociale des mineurs non accompagnés. On peut y lire que « l’Assemblée des départements de France, de même que les responsables associatifs, estiment le coût financier annuel moyen d’un jeune admis à l’aide sociale à l’enfance à environ 50 000 euros, à savoir 140 euros par jour ». Des chiffres plus proches de ceux du maire et très éloignés de ceux cités par les médias locaux. Et un rapport superbement ignoré par ces médias.

Alors que le nombre de mineurs étrangers arrivés en France explose et que des filières de faux mineurs sont mises à jour, la bronca médiatique qu’ont suscité les propos du maire de Castres l’amènent à affirmer que si on ne peut plus poser de questions, « on ne peut plus parler de transparence, on ne peut plus parler de liberté, il faut parler d’autre chose ». Une omerta encouragée par les médias mainstream quand il s’agit de relayer un concert de protestations outragées, visant à empêcher tout débat. La Dépêche, Le Tarn libre comme 100% Radio véhiculent bien des fake news sur le sujet. Volontairement ?

https://www.ojim.fr/castres-comment-une-polemique-sur-les-migrants-est-creee-et-entretenue-par-les-medias-locaux/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=observatoire_du_journalisme_les_dernieres_publications&utm_term=2018-04-06

BASE 14 995X225

Au- delà de savoir si l'accueil des mineurs tel qu'il est conçu est la bonne politique, la question du coût se pose naturellement à une époque où les pouvoirs publics (droite et gauche) prétendent depuis des années tailler dans les budgets sociaux et mettre fin "aux privilèges" de certaines catégories de travailleurs. Surtout dans un contexte de diminution des budgets des collectivités locales...Pris au piège de leur rhétorique, certains laissent à penser que ce qu'il reste de générosité sociale non contestable en France ne concernerait plus que les migrants. On voudrait faire monter les tensions qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Mais peut- être est- ce là justement l'objectif de certains...    P.G.

Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,