mardi 13 mars 2018

Ambassadeur russe à l'ONU : les terroristes d'al-Nosra ont fait usage d'armes chimiques à la Ghouta

L'ambassadeur russe à l'ONU a accusé les terroristes d'al-Nosra d'avoir mené des attaques chimiques à la Ghouta. Le même jour, l'armée syrienne a découvert un laboratoire de fabrication d'armes chimiques, dans une zone reprise aux djihadistes.

ACT GHOUTA JIHAD

La Russie a formellement accusé les combattants du Fatah al-Cham (ex-Front al-Nosra, branche locale d'al-Qaïda), opposés à Damas, d'avoir fait usage de gaz chimiques dans l'enclave de la Ghouta, près de la capitale syrienne.

«Selon les informations dont nous disposons, des militants d'al-Nosra ont utilisé une substance chlorée dans la Ghouta orientale, blessant 30 civils», a affirmé ce 12 mars l'ambassadeur russe auprès des Nations unies, Vassili Nebenzia.

«La banlieue de Damas ne peut rester un foyer de terroristes [et] servir pour des attaques continuelles de la part de terroristes dans le but de compromettre la cessation des hostilités», a-t-il martelé. Le représentant russe a en outre rappelé que l'opération de reconquête militaire menée par l'armée syrienne ne violait en aucune manière les résolutions des Nations unies. Et en particulier la résolution 2401, votée le 24 février, sur l'instauration d'un cessez-le-feu humanitaire, autorisant toutefois de continuer le combat contre les groupes terroristes Etat islamique et al-Qaïda et les personnalités et entités leur étant associées.

Selon Vassili Nebenzia, les groupes armés antigouvernementaux continuent d'attaquer hôpitaux et structures civiles. «Depuis le vote de la résolution [2401], plus d'une centaine de personnes [civiles] sont mortes», a-t-il précisé.

Ce même jour, un laboratoire clandestin de fabrication d'armes chimiques a été retrouvé dans une zone de la Ghouta libérée des groupes djihadistes, par l'armée syrienne. Damas soupçonne les rebelles de vouloir mener des attaques chimiques pour l'en accuser.

Boucliers humains

Alors que l'armée syrienne a reconquis près de la moitié de la région de la Ghouta, mi-urbaine, mi-agricole, plusieurs éléments laissent penser que les combattants des groupes islamistes tentent de retenir les civils afin de s'en servir comme boucliers humains.

Le 23 février dernier, les groupes rebelles eux-mêmes avaient rejeté un plan d'évacuation des civils de la Ghouta, au motif qu'un déplacement de population constituait à leur yeux rien de moins qu'un «crime de guerre». Selon Vladimir Zolotoukhine, porte-parole du Centre russe pour la réconciliation des parties en conflit en Syrie, une partie de la population, piégée dans l'enclave de la Ghouta, tente de s'organiser afin de contrecarrer le blocus que leur imposent les groupes djihadistes. «Il existe des preuves que certains civils s'unissent en petits groupes et s'arment dans le but de briser le blocus des combattants afin de rejoindre les territoires contrôlés par le gouvernement», a-t-il déclaré le 2 mars aux journalistes. RT dispose du témoignage de deux enfants, qui rapportent qu'ils ont essuyé des tirs rebelles alors qu'il fuyaient de la Ghouta.

Tenue par le Fatah al-Cham (anciennement Front al-Nosra) et ses affiliés Tahrir al-Cham, Faylaq al-Rahmane (Légion du Tout miséricordieux), Jaïch al-Islam (L'Armée de l'islam), ainsi que le groupe rebelle salafiste Ahrar al-Cham al-Islamyya (Mouvement islamique des hommes libres du Cham), la Ghouta est le dernier bastion islamiste dans la région de Damas. Un territoire d'où les différents groupes armés effectuent des bombardements récurrents sur la capitale syrienne, faisant de nombreuses victimes civiles. L'armée syrienne a lancé le 18 février une offensive de grande envergure pour y mettre fin.

https://francais.rt.com/international/48649-ambassadeur-russe-onu-terroristes-al-nosra-armes-chimiques-ghouta

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Information bien entendu non relayée par les médias de l'oligarchie euro- atlantiste, qui mérite donc d'être connue, ne serait- ce que pour relativiser le rouleau compresseur des affirmations péremptoires de certains selon lesquels c'est "le régime" syrien qui utilise des armes chimiques, bien qu'aucune preuve n'ait jamais été fournie à ce jour ...   P.G.

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La réforme de la SNCF jugée salutaire à l’unanimité des éditorialistes

TRIBUNE LIBRE / Samuel Gontier Samuel Gontier

HUM MEDIAS PROPAGANDE

Chez David Pujadas comme chez Bruce Toussaint ou Yves Calvi, les meilleurs experts, les plus grands éditorialistes se relaient pour saluer la réforme ferroviaire du gouvernement. Au nom d’un remarquable principe, l’égalité : il serait trop injuste que les cheminots ne puissent jouir de la précarité des salariés du privé.

« Le gouvernement a annoncé qu’il aurait recours aux ordonnances pour réformer la SNCF », avertit Bruce Toussaint lundi, en ouverture de C dans l’air. « L’idée d’aller vite et de réformer rapidement, c’est la marque de fabrique de Macron et c’est globalement attendu dans le pays. » Si c’est attendu, tout va bien se passer. « Bernard Vivier, aller vite, c’est la seule raison de ce choix ? » « Oui, il est des mesures qu’il faut prendre très vite quand le temps politique vous est favorable, et on y est. » Pas une minute à perdre pour sauver la SNCF.

 

C’est un expert qui parle, directeur de l’Institut supérieur du travail, aussi prestigieux (à la télé) que l’Institut français de recherches sur les administrations publiques d’Agnès Verdier-Molinié mais beaucoup plus ancien (il fut créé dans le contexte de la Guerre froide, notamment par d’anciens pétainistes, pour lutter contre l’influence de la CGT et nous préserver du stalinisme, grâce lui en soit rendue).

« L’ordonnance, poursuit Bernard Vivier, c’est aller vite pour être efficace. » Et qui donc peut s’opposer à l’efficacité ? « Or, les organisations syndicales, par nature, sont lentes. » Et archaïques, non ? « Et ça, évidemment, ça agace Emmanuel Macron qui est un puissant réformateur. » C’est mignon, Puissant Réformateur, ça pourrait lui faire un nouveau surnom. « Quand on a l’exigence du changement, dont il est habité, il faut tenir compte de la dialectique difficile entre cette exigence de changement et le besoin de conservation porté par les organisations syndicales. » Archaïques, c’est bien ce que je disais. « C’est pas péjoratif. » Pas du tout, juste dépassé.

 

« On sent bien que c'est un sujet sensible, s’inquiète Bruce Toussaint. Les cheminots ont déjà dit qu’ils allaient se révolter contre cette réforme. » Sans super-pouvoirs, ils vont se faire laminer par le Puissant Réformateur. « Il faut aller vite, insiste Brice Teinturier, et on peut aller vite à condition que l’opinion soit d’accord. » Or, l’opinion est d’accord : « Sur le statut des retraites des cheminots, développe le sondologue, les Français ont considérablement évolué, ils trouvent que c’est inéquitable, les régimes spéciaux. » Des privilèges, en gros. « Faire de la réforme des régimes spéciaux la tête de gondole des ordonnances, chez les salariés du privé, c'est quelque chose qui est très puissant, très fort. » Brice Teinturier sait de quoi il parle, il est lui-même salarié du privé.

« C'est un sujet sensible, s’inquiète à nouveau Bruce Toussaint, parce que les cheminots peuvent bloquer la France. » Ne parlons pas de malheur. « Ça peut se produire, là, dès le 12 mars, il peut ne plus y avoir de trains, c’est ça le danger. » Ça fait peur. « C'est pour ça qu’il faut aller très vite », admet Soizig Quémener, de Marianne, qui à elle seule doit représenter sur le plateau de C dans l’air pas moins de trois « minorités » : les femmes, les jeunes et les éditorialistes de « gauche ».

 

« Il faut aller vite et éviter qu'il y ait un enlisement du conflit, répète Brice Teinturier. Quand Emmanuel Macron dit au Salon de l’agriculture : “Y a des agriculteurs qui n’auront pas de retraite et des cheminots qui ont des régimes spéciaux et ce n’est pas normal”, là, il cible juste. » En effet, il est scandaleux que certains aient plus que rien quand d’autres se contentent de rien. « C’est quelque chose qui peut générer du soutien. » Moi, je soutiens. Personne en France ne devrait avoir une retraite supérieure à celle d’un agriculteur qui n’en a pas. Ce serait trop inéquitable.

« Ne confondons pas 1995 et 2018, conseille Bernard Vivier. En 1995, l’image de la SNCF et du service public n’est pas ce qu’elle est aujourd’hui. » C’est logique. Depuis vingt-trois ans, d’éminents experts et de dévoués présentateurs nous expliquent que le service public est d’abord et avant tout un coût, une charge, un gâchis, un handicap, un chancre, un parasite. J’ai fini par y croire. Comme Yves Thréard. « Il faut lutter contre les corporatismes. Il y a un souci chez les Français que tout le monde soit à peu près sur un pied d’égalité… » On peut donc être éditorialiste au Figaro et se montrer égalitariste… Quoique : « … Egalité, le mot est grand et c’est difficile, mais disons davantage d’équité» Ça paraît plus raisonnable.

 

« On dit qu’il y a la France des villes et la France des campagnes, poursuit Yves Thréard, mais il y a aussi la France des régimes spéciaux, c’est-à-dire les agents des services publics, et la France des gens qui vivent dans l’économie privée. Et les gens qui vivent dans l’économie privée, c’est beaucoup de la précarité, des CDD en pagailles, des salaires sans beaucoup de primes… » Yves Thréard sait de quoi il parle, il est lui-même salarié du privé.

« … Alors que quand vous êtes dans la fonction publique ou les services publics, vous avez les retraites, un comité d’entreprise qui n’a rien à voir avec celui des entreprises privés, beaucoup d’avantages… » C’est révoltant ! Moi qui suis bien plus de gauche qu’Yves Thréard et donc bien plus attaché à l’égalité, je réclame que cessent ces injustices, j’exige une stricte égalité entre public et privé. Les agents du public doivent bénéficier de la même précarité, des mêmes CDD, de la même absence de primes, de la même retraite (d’agriculteur) à 67 ans que les salariés du privé.

« Et ça, il sait, Macron, comme d’autres d’ailleurs, que les Français ne veulent plus de cette distinction. » Ah non, plus jamais. Vive l’égalité ! « Donc il joue là-dessus. » Loué soit le Puissant Réformateur. Et puis, de toute façon, on ne peut rien y faire, l’ouverture à la concurrence est imminente, « il faut mettre au carré cette société pour qu’elle soit concurrentielle face à celles qui vont arriver d’ici deux ou trois ans ».

 

Bruce Toussaint résume : « On a bien compris que les Français ne soutiendraient pas automatiquement et rapidement ce mouvement annoncé des cheminots. » Les Français invités sur le plateau, c’est certain. « Le gouvernement a reculé sur la privatisation, qui était suggérée dans le rapport. Ça, c’est abandonné. » C’est très dommage. Pour assurer l’égalité entre le public et le privé, rien ne vaut la privatisation du public.

« Non, ce n’est pas abandonné, me rassure Bernard Vivier. L’enjeu pour la SNCF, c’est de redevenir une entreprise performante ouverte à l’Europe, capable d’aller conquérir des marchés à l’extérieur. » Faire rouler le métro de Doha, c’est tout de même plus excitant que d’entretenir le Périgueux-Agen. Bernard Vivier prend l’exemple du « florissant Naval Group qui conquiert des marchés » sans préciser qu’il s’agit d’un constructeur de sous-marins et de navires militaires. Pour remporter des marchés, la SNCF devrait songer à miser sur des trains blindés, trains amphibies, trains lanceurs d’engins à propulsion nucléaire.

Bruce Toussaint évoque encore « cette petite poussée de fièvre syndicale », preuve que les syndicalistes sont des malades. « Ils ont un outil fabuleux de blocage, de paralysie du pays, alerte Yves Thréard. Les cheminots sont 130 000 mais ils peuvent bloquer le pays et ça a des conséquences sur l’économie. » Le plus simple, pour avoir la paix, serait de leur retirer leur fabuleux outil de blocage en le confiant au privé.

 

Pour avoir d’autres avis, je zappe sur LCI. Je suis servi : David Pujadas a invité Bruno Poncet, de Sud-Rail, un de ces syndicalistes qui militent pour la perpétuation des inégalités entre Français du public et Français du privé. Heureusement, et comme toujours en cas de présence d’un militant extrémiste, le dispositif de 24h Pujadas le place en situation d’accusé face au tribunal constitué du présentateur et d’invités comme lui pétris de bon sens et de pragmatisme. Il y a là François Ecalle, « spécialiste des finances publiques, auteur il y a une dizaine d’années d’un rapport sur la SNCF qui reprenait ce qui est dit aujourd’hui dans le rapport Spinetta ». Un visionnaire — qui loue la capacité d’écoute du gouvernement.

 

Il y a aussi Emmanuelle Ducros, de L’Opinion, qui justifie le recours aux ordonnances « si on en a ras-le-bol que tout le monde parle pour ne rien dire ». Enfin, il y a un habitué qui ne déçoit jamais, François de Closets, selon qui la « méthode Macron » (concertation et ordonnances) « ça me paraît beaucoup plus démocratique » que les négociations paritaires car « vous n’êtes pas élu démocratiquement ! », accuse-t-il le syndicaliste. « Les syndicats menacent de nous prendre en otage dans des conditions scandaleuses, uniquement pour défendre leur statut et pas pour défendre le service public. » Une prise d’otage, passe encore, on est habitué, mais dans des conditions scandaleuses, c’est… « C’est scandaleux de même envisager de prendre les Français en otage. » Le seul fait d’y penser devrait valoir la prison.

 

Acculé, le cheminot défend à François de Closets d’employer le terme « otage » sous prétexte qu’il l’a lui-même été le 13 novembre 2015 au Bataclan. Et alors ? Ce n’est pas parce qu’on a été pris en otage par des extrémistes islamistes qu’on doit légitimer les prises d’otage des extrémistes syndicalistes.

David Pujadas calme le jeu. « Depuis quelques années, on a le sentiment que la SNCF est presque appelée à la rescousse dès qu’il y a un conflit social. » C’est vrai, au moindre conflit dans les Ehpad ou chez Carrefour, les cheminots se mettent en grève et le pays se retrouve bloqué, paralysé, otagisé. « Parce qu’il y a une force syndicale de blocage et que, de fait, ces syndicats sont une force de blocage. » Au service de la perpétuation des inégalités.

 

Face à tous ces arguments de bon sens, le représentant de Sud-Rail en est réduit à répondre par l’ironie : « Je suis content, je suis entouré du fan-club de monsieur Macron, ça me fait plaisir. » C’est vrai, c’est gênant, cette unanimité. Pour un peu plus de diversité, je reviens sur France 5.

« Ce caractère très complémentaire du Président et du Premier ministre, c’est bien huilé, c’est bien rôdé, admire Bernard Vivier. Et puis il y a à l’Elysée, à Matignon, dans les cabinets ministériels, de grands techniciens, qu’ils soient ministres ou membres de cabinets, qui connaissent bien le sujet. » Brice Teinturier analyse : « On découvre un Emmanuel Macron plus bonapartiste, plus vertical. Attention, ça peut devenir insupportable pour des Français. » Horizontaux. « Il y a beaucoup de réformes tous azimuts, et ce qui était très épuré en octobre-novembre, notamment sur la réforme du marché du travail, aujourd’hui ça peut donner un peu le tournis. » Alors que l’épure du code du travail, c’était du grand art.

 

Bruce Toussaint enchaîne. « J’aimerais qu’on parle de celui qui est considéré comme la star du gouvernement, Nicolas Hulot. » Super, on va enfin parler des enjeux environnementaux de la réforme du système ferroviaire. « Il a annoncé qu’il n’irait pas au Salon de l’agriculture, il était déjà en retrait lors de l’évacuation de la ZAD de Bure. » Ah bon, il ne s’est pas joint aux zadistes pour lancer des boules de pétanques hérissées de lames de rasoir sur les forces de l’ordre ? Bref, « le ministre de la Transition énergétique est contraint de faire profil bas à cause d’une polémique sur des accusations de viol ». « A-t-il commis une erreur en renonçant à sa visite au Salon de l’agriculture ? » « A mon avis, c’est une erreur, juge Yves Thréard. Il n’est plus militant, il est ministre d’État. Il faut qu’il se débarrasse de sa casquette de militant. » Qu’il arrête d’appeler au boycott de Monsanto et de s’enchaîner aux convois de matières nucléaires tous les quatre matins.

 

« Voici maintenant vos questions SMS et Internet », annonce Bruce Toussaint. « Pourquoi les syndicats de cheminots estiment-ils normal de conserver leurs privilèges ? », demande l’une, pendant que l’autre interroge au contraire : « Les cheminots, des privilégiés ? Qui supporterait des horaires décousus pendant trente ans, l’embauche et la débauche à n’importe quelle heure ? »

Entre les deux avis, Brice Teinturier s’empresse de trancher. « Sur les difficultés de vie, le travail en horaires décalés, vous avez de plus en plus de Français qui connaissent cela, le travail le dimanche, des fonctions très précaires, rappelle le sondologue. Donc cet argument-là, il est de moins en moins recevable pour l’ensemble de la population. » L’ensemble de la population précaire réclame que l’ensemble de la population soit précaire, sinon ce ne serait pas égalitaire. « Un tiers des Français travaille le dimanche », précise Yves Thréard. Notamment grâce à Emmanuel Macron.

Nouvelle question : « Les cheminots en activité conservent leur statut. Pourquoi manifester ? » « Y a des élections à la SNCF à la fin de l’année, répond Yves Thréard, et il va y avoir une course à l’échalote entre les syndicats. » C’est toujours pareil. Je n’ai jamais vu de prise d’otage des Français qui ne soit motivée par de prochaines élections réveillant de puériles rivalités syndicales. « Vous allez avoir une lutte entre la CGT et le deuxième syndicat de la SNCF, Sud, qui est encore plus radical que la CGT. » Plus radical que les collectivistes de la CGT ? Mais c’est la Corée du Nord ! « La lutte pour le statut va être le prétexte à une course de drapeaux entre les syndicats. » Je comprends mieux. En fait, les syndicats se fichent du statut des cheminots. Et de la défense du service public.

 

Nouvelle question SMS : « Quels Français s’opposeront à une réforme de la SNCF alors que la dette est abyssale et qu’au final ce sont eux qui paient ? » « C’est le pari de communication que fait le gouvernement », note Soazig Quemeneur. Je me demande d’ailleurs si ce n’est pas lui qui envoie les questions, comme le prouve la suivante : « N’est-il pas d’une urgence extrême de réformer enfin la SNCF ? » « C’est quasiment les mots du Premier ministre », note Bruce Toussaint. « 45 millliards de dette, ça fait beaucoup. » Là, ce sont les mots de Bernard Vivier. « Rapporté à chaque Français, ça fait 700 euros. » Quoi ? J’ai une dette de 700 euros à cause de la SNCF ? « C’est beaucoup. Il faut crever l’abcès. » Je propose de virer tous les cheminots sous statut pour les remplacer par des travailleurs détachés philippins employés par des sous-traitants roumains, comme dans le bâtiment. Vive l’égalité !

Sur LCI, David Pujadas reçoit à présent le meilleur expert qui puisse exister, ancien PDG de la SNCF mais surtout « patron préféré des Français » en 2015, un patron « aimé et respecté », disait Audrey Pulvar à l’époque, provoquant mon émoi. A ma grande joie, un bandeau proclame « SNCF : Louis Gallois salue la réforme. »

 

Pour recueillir d’autres avis, je rejoins Yves Calvi. « A la CGT, on parle déjà d’un mois de grève. » Horreur ! Un mois de prise d’otage ! Pour ne rien arranger, l’animateur de Canal+ a invité un militant plus radical qu’un cégétiste, Fabien Villedieu, « délégué syndical Sud-Rail, troisième syndicat à la SNCF ».

 

Heureusement, et comme toujours en cas de présence d’un militant extrémiste, le dispositif de 20h l’événement, comme celui de 24h Pujadas, le place en situation d’accusé face au tribunal constitué du présentateur et d’invités comme lui pétris de bon sens et de pragmatisme. Il y a Carl Meeus, rédacteur en chef au Figaro Magazine, et Irène Inchauspé, de L’Opinion, pour qui « il est légitime de changer le statut des cheminots comme il sera légitime de le changer dans la fonction publique en général ». Pour qu’enfin la promesse d’égalité soit totalement réalisée.

« Fabien Villedieu, l’interpelle Yves Calvi, la SNCF a 80 ans, le premier train a roulé en France il y a cent quatre-vingts ans… et on se dit : Y a pas des choses qui peuvent évoluer ou changer ? » On n’est quand même plus en 1838 ! « Mais je suis sûr… enfin, vous êtes vous-mêmes un jeune visage des militants syndicaux… » « Merci, j’ai 40 ans. » « Nan mais ça veut dire que c’est en train de bouger, votre simple présence le prouve. On peut y toucher, non, à la SNCF !?! » Un jeune homme de notre temps ne va quand même pas défendre les somptueux privilèges acquis sous Louis-Philippe…

 

« Tous les systèmes ferroviaires du monde sont endettés », déclare un peu plus tard le syndicaliste, citant moult pays, jusqu’à la Chine et ses « 640 milliards » d’ardoise. « On va pas citer non plus les chiffres de la Corée du Nord ! » Il faut pourtant le craindre avec ce militant à l’extrême-gauche de la CGT. « Faut que je répartisse un peu la parole. » C’est vrai, le temps imparti à l’accusé est largement dépassé. Place aux avocats de la défense (du gouvernement).

« Comme il y a eu des ordonnances pour la réforme du droit du travail, plaide Irène Inchauspé, je trouve assez normal que si le privé, qui en prend tout le temps plein la tronche, le privé, il faut qu’il soit mobile, qu’il soit agile, il est délocalisé, on licencie… » Irène Inchauspé sait de quoi elle parle, elle est elle-même salariée du privé. « … Et on ne touche jamais au secteur public. Donc s’il fait des ordonnances pour le secteur public, c’est un peu d’équité sociale. » Bravo ! Vive l’égalité ! Il n’y a pas de raison que le service public et ses agents n’en prennent pas plein la tronche, ne soient pas mobiles, agiles, délocalisés, licenciés. « De toute façon, y aura les cheminots dans la rue. » Pour défendre leurs privilèges hérités du 19e siècle, on peut leur faire confiance pour bloquer la France.

 

Yves Calvi entrevoit déjà leur échec. « Le gouvernement vit sur l’idée que l’opinion va se radicaliser vis-à-vis d’une grève qui serait dure et compliquée  » Forcément, à force d’écouter les éditorialistes crypto-communistes, les Français vont devenir les ayatollahs d’un égalitarisme forcené et prendre d’assaut les piquets de grève des cheminots. « Le 14 mars, note Carl Meeus, les Français ne seront plus en vacances. Il ne va pas y avoir de prise d’otages de Français sur des lieux de vacances et qui ne pourraient pas en revenir. » Ouf, je suis rassuré. Les salariés du privé, mobiles, agiles, précaires, délocalisés, licenciés, pourront sans encombre rentrer des stations de ski.

Sur France 2, pendant ce temps, la rédaction du 20 heures a choisi pour préparer le terrain à Edouard Philippe, invité d’Anne-Sophie Lapix, de donner la parole à un expert reconnu (à la télé) :

 

Le lendemain, David Pujadas revient sur le risque de prise d’otage. « SNCF : peut-on bloquer la France ? » Et il pose la question qui fâche : « Pour éviter de bloquer la France pendant un mois, le gouvernement doit-il réformer le droit de grève ? » L’idéal serait de supprimer cet archaïsme incompatible avec l’image d’une start-up nation (a-t-on déjà vu les salariés d’une start-up bloquer la France ?.

 

Pour élargir encore mes sources d’informations sur cette réforme de la SNCF, je zappe sur une chaîne qu’on ne peut accuser d’être un fan-club d’Emmanuel Macron, Arte, et une émission réputée pour la qualité de ses invités, 28 minutes. Tiens, mais qui voilà ?

 

 http://www.telerama.fr/television/la-reforme-de-la-sncf-jugee-salutaire-a-lunanimite-des-editorialistes,n5504569.php

 

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« Trous noirs fiscaux » découverts au sein de l’UE : la bravoure d’un commissaire européen ?

Dans le contexte des révélations successives d’évasion fiscale aux quatre coins du globe, un commissaire européen s’indignait en début d’année de l’existence de « trous noirs fiscaux » au sein même de l’UE.  Quelques semaines plus tard, le même fonctionnaire européen regrette que les pratiques fiscales de certains Etats membres « nuisent à l’équité ».

TL MOSCOVICI PARADIS FISCAUX

La Commission européenne a publié le 7 mars son rapport annuel sur la situation économique et sociale des Etats membres (dans le cadre du « semestre européen »). On y « apprend » que sept pays de l’UE favoriseraient une « planification fiscale agressive ».

Commentant ce document qui épingle les Pays-Bas, le Luxembourg, la Belgique, l’Irlande, la Hongrie, Chypre et Malte, Pierre Moscovici a déploré le recours par ces États à des « pratiques qui empêchent une concurrence loyale dans le marché intérieur ».

Quelques semaines plus tôt, le commissaire européen à la fiscalité s’inquiétait de l’existence de « trous noirs fiscaux » au sein même de l’Union européenne. Alors que Pierre Moscovici est membre de la commission depuis près de trois ans et demi, d’aucuns assimilent son audace à des pirouettes survenant à l’approche de sa fin de mandat. Les plus soupçonneux pourraient même évoquer un coup de com’ de celui qui affiche sa potentielle ambition de briguer la présidence de la commission européenne

Quant à l’optimisation fiscale sur le Vieux continent, on ne saurait s’en offusquer sans pointer ce qui la rend possible : la libre circulation des capitaux. Cette « liberté » constitue l’une des valeurs fondatrices de l’Union européenne.

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Face à une potentielle remise en question de cette libre circulation, on notera que le rapport épinglant les sept Etats membres est rédigé par la même commission européenne qui salue les « progrès » réalisés par ces pays et qui affirme tout de même  qu’ils « ne sont pas des paradis fiscaux ».

Ouf, on respire.

Fabien Rives

https://ruptures-presse.fr/actu/trous-noirs-fiscaux-moscovici/

Le « péril protectionniste » menace : l’UE est prête à « réagir fermement »

Jeudi 1er mars, Donald Trump a annoncé une taxe de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium. Cette déclaration s’inscrit dans son programme protectionniste. Le locataire de la maison blanche cherche en effet à relancer l’industrie sidérurgique de son pays.

TL TRUMP JUNCKER

Alors que l’an passé, les Etats-Unis ont connu leur plus haut déficit commercial de la décennie (évalué à 566 milliards de dollars pour l’année 2017), l’initiative du président américain vient confirmer le slogan « America first », un des axes majeurs de sa campagne présidentielle. Par définition, le protectionnisme consiste à mener une politique économique dans le but de protéger les producteurs locaux contre la concurrence des fabricants étrangers.

L’annonce de Washington a immédiatement fait réagir nombre de ses partenaires commerciaux, dont l’Union européenne. En marge d’une réception à Hambourg vendredi 2 mars, après avoir brandi la menace d’une réaction ferme, Jean-Claude Juncker a évoqué une potentielle contre-offensive douanière sur des marques américaines telles que Harley-Davidson, Levi’s ou encore sur le Bourbon (dans ce dernier cas, un vrai crève-cœur pour Jean-Claude, si l’on en croit les mauvaises langues).

Dans cette « escalade des tensions », Donald Trump s’est quant à lui fendu d’un nouveau tweet dans lequel il a menacé de « simplement taxer les voitures européennes » si Bruxelles souhaitait entraver « le business des compagnies américaines en Europe » !

On comprend ô combien la contrariété de Bruxelles face à cette arrogante insulte adressée au religieux concept d’une concurrence libre et non-faussée. On conçoit d’autant plus la frustration de l’élite européenne qu’elle tentait elle-même, quelques semaines plus tôt à Davos, de relancer l’idée d’un prétendu regain d’enthousiasme planétaire pour la mondialisation. Visiblement conscient de l’entrain limité des peuples européens sur ce point, Emmanuel Macron avait d’ailleurs cyniquement rappelé à ses semblables, l’enjeu essentiel du XXIème siècle : « Il faut convaincre la classe laborieuse que la mondialisation est bonne pour elle. »

Après la sortie des Etats-Unis du TPP (l’accord de partenariat transpacifique) début 2017, Donald Trump touche donc une nouvelle fois au cœur le club des « libre-échangistes » avec une nouvelle offensive protectionniste. Face aux valeurs de la « mondialisation heureuse », il serait en effet inacceptable de vouloir protéger les producteurs/travailleurs ! A ce sujet, les chantres du CETA ont d’ailleurs fait part de leurs craintes :

« Il n’y aura que des perdants » s’était immédiatement affolé Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie et des Finances.

« Une mesure inacceptable [qui pourrait avoir des conséquences] importantes et graves » avait quant à lui déploré Justin Trudeau, Premier ministre du Canada.

Si de telles déclarations se sont multipliées après l’annonce de Donald Trump, rappelons que, sur le Vieux continent, les Etats membres de l’UE n’ont, eux, aujourd’hui aucune possibilité de prendre un tel tournant protectionniste, même s’ils le souhaitaient. Du fait des traités européens, ils ne peuvent légiférer en matière douanière dans leur cadre national respectif car il s’agit d’un domaine de compétence exclusif de la commission européenne.

Ainsi, après la décision du locataire de la Maison-Blanche, c’est bien de Bruxelles qu’est annoncée une « riposte » : venant étoffer les propos de Jean-Claude Juncker, Cecilia Malmström, le commissaire européen au Commerce international, confirme pouvoir prendre des mesures de rétorsion. La liste de produits américains pouvant faire l’objet de sanctions douanières serait déjà établie depuis plus d’un an… La commission européenne se réunissait le 7 mars pour décider d’une contre-offensive qui pourrait également porter sur les importations métallurgiques et agricoles. Décidément, la concurrence libre et non-faussée est menacée, même par ses plus fervents défenseurs…

Fabien Rives

https://ruptures-presse.fr/actu/le-peril-protectionniste-menace-la-paie-juncker-est-pret-a-reagir-fermement/

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Les dessous du fiasco du « vaccin miracle » contre la dengue de Sanofi

Lancé en fanfare en 2015, le vaccin contre la dengue Dengvaxia, développé et commercialisé par Sanofi, est aujourd’hui sur la sellette après plusieurs décès d’enfants aux Philippines. Le groupe pharmaceutique français est accusé aujourd’hui d’avoir mis ce vaccin trop rapidement sur le marché et d’en avoir minimisé les risques, alléché par les perspectives de profits juteux qu’il offrait.

ACT SANOFI

 

Le Monde revient en détail sur l’histoire de ce vaccin :

« Les enfants philippins ne sont pas des cobayes ». Les pancartes brandies par les parents d’enfants vaccinés contre la dengue ont fait le tour du monde en décembre 2017. Quelques semaines plus tôt, l’industriel pharmaceutique français Sanofi avait révélé que son vaccin, Dengvaxia, lancé fin 2015, présentait un risque pour les personnes n’ayant jamais contracté cette maladie tropicale – transmise par des moustiques et provoquant un syndrome de type grippal parfois sévère – avant d’être vaccinées. La campagne est arrêtée. Pour la population, cette révélation est un choc : 830 000 écoliers ont reçu une ou plusieurs injections dans le cadre d’un programme de vaccination publique lancé en mars 2016. Les Philippines devaient être le premier pays au monde à bénéficier d’une vaccination de masse contre la dengue. Il est aujourd’hui au cœur d’une polémique. Avec une question centrale : ­Sanofi a-t-il minimisé les risques et commercialisé son vaccin dans plusieurs Etats malgré de nombreuses incertitudes quant à son innocuité et ses conséquences à long terme ?

Tous les ingrédients d’un succès étaient pourtant réunis. En 2008, Sanofi acquiert pour 332 millions d’euros une petite biotech anglo-américaine, Acambis, qui a mis au point un vaccin prometteur contre la dengue. Créé à partir du virus de la fièvre jaune génétiquement modifié pour exprimer certaines protéines de la dengue, il se distingue des vaccins testés jusque-là sans succès, y compris par Sanofi. Le laboratoire français imagine alors avoir mis la main sur le Graal : un vaccin permettant d’éviter plus de 3 millions de cas de dengue sévère et environ 10 000 décès par an sur 100 millions de cas symptomatiques. Qui ferait économiser plus de 7,2 milliards d’euros annuels à des pays en développement. Et qui pourrait rapporter plus de 1 milliard d’euros par an au laboratoire.

Lire l’intégralité de l’enquête sur le site du Monde.

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Au-delà des problèmes d’évaluation insuffisante des risques, l’affaire semble surtout illustrer les dérives de la logique commerciale et financière qui gouverne désormais les géants pharmaceutiques comme Sanofi. Le groupe français a coupé dans ses propres effectifs de R&D pour miser sur des acquisitions de « start-up » biotechnologiques comme Acambis, censées apporter des innovations « de rupture », sources de futurs blockbusters rapportant à eux seuls des milliards de profits. Dans le cas de la dengue, l’échec de ce modèle est patent.

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Le Monde signale également de nombreux conflits d’intérêts : le premier pays à avoir autorisé le vaccin (d’ailleurs sous pression de la diplomatie française) a été le Mexique, dont le vice-ministre de la santé était alors un ancien cadre de Sanofi. Aux Philippines également, l’un des décideurs qui a favorisé Sanofi était lié financièrement à la firme chargée de la campagne de vaccination.

http://multinationales.org/Les-dessous-du-fiasco-du-vaccin-miracle-contre-la-dengue-de-Sanofi

Posté par UPR Creuse à 04:30 - - Permalien [#]
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Hôpital public : burn-out à tous les étages

« Madame la Ministre, les agents ne veulent plus parce qu’ils ne peuvent plus ! Ils ont peur de commettre l’irréparable. Les glissements de tâches sont institutionnalisés ». Faute d’avoir réussi à faire entendre la dégradation de leurs conditions de travail depuis 2013, la CFDT de l’hôpital de Périgueux (Périgord) a écrit cet automne à Agnès Buzyn, nouvelle locataire de l’avenue Duquesne. Ces deux pages serrées reflètent le même ras-le-bol qui s’exprime, partout en France, dans les blocages, les grèves et sur les réseaux sociaux à travers le hastag #BalanceTonHosto.

ACT HOPITAL BURN OUT

« Les effectifs journaliers ne correspondent pas aux besoins des services. Sans moyens en cohérence avec l’activité, les équipes continueront de souffrir », lâchent Corinne Gourvat et Catherine Autier, responsables CFDT. A l’hôpital de Périgueux, l’absentéisme de 8% chez le personnel soignant (soit 200 personnes absentes sur 2 400 tous les jours) désorganise constamment les équipes. Rappel incessant des agents chez eux « même la nuit », planning réécrit constamment, congés annulés, heures supplémentaires qui s’accumulent, mobilités imposées. Chaque jour, il alimente le même cycle de travail infernal et cette terrible impression de devoir faire « toujours plus avec moins », de ne parer qu’au plus pressé au détriment des malades. Sources d’épuisement et démotivation. Comme chez cette auxiliaire puéricultrice affectée, de nuit, auprès de nourrissons en néonatalogie, sans la formation demandée. Et aujourd’hui arrêtée.

Grève de la faim

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« On met les agents en difficulté, Cela alimente l’absentéisme. C’est un cercle sans fin », soufflent Corinne Gourvat et Catherine Autier, qui réclament juste que l’effectif minimum soit respecté, ne serait-ce que par le remplacement des agents en longue maladie (plus de deux mois) ou en congé maternité. Mais la direction du centre hospitalier, en déficit, diffère ces remplacements. « Elle est soumise à une injonction de l’Agence régionale de santé (ARS) d’économiser 3-4% annuels sur la masse salariale », poursuivent les syndicalistes.

A 100 kilomètres de là, dans la Haute-Vienne, les agents du CHU de Limoges, lui aussi en déficit, qui réclamaient les mêmes solutions minimales face au même mal (8% d’absentéisme) ont eu gain de cause. Mais au prix d’une grève de la faim, une semaine durant en mars 2017, de quatre agents CGT et SUD. Une première dans le milieu hospitalier. Le volume de remplacements obtenus (146) en dit long. « Mais la majorité des remplacements se font, au mois le mois », déplore Florence Metge, déléguée CGT.

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La masse salariale, principale variable d’ajustement

Certes, parmi les 830 centres hospitaliers publics dans l’Hexagone, la situation diffère d’un établissement à l’autre, certains manquent un peu de personnels, d’autres en ont terriblement besoin. Des services tournent en surchauffe, d’autres au ralenti. Reste que la masse salariale (l’hôpital public compte plus de 1 million d’agents dont près de 117 000 médecins), qui représente 70% en moyenne des dépenses des établissements, a été leur principale variable d’ajustement, depuis qu’ils se sont mis à partir de 2004 à l’heure de l’entreprise.

https://www.alternatives-economiques.fr/hopital-public-burn-out-a-etages/00083199

Destruction des services publics (2) : asphyxie financière, dégradation de la qualité et dette « insupportable »

Entrons dans les détails, en deux billets, de la stratégie de destruction résumée dans le précédent post. (SNCF et autres services publics : comment les détruire en prétendant qu’on veut les sauver (de dégradations qu’on a provoquées) )

TL TRAINS GOPE

Commençons par les premières armes de destruction, essentielles mais dont on verra qu’elles ne suffisent pas.

La première arme et la principale est l’asphyxie financière. En effet, s’agissant de services publics, le gros du financement est du ressort des décisions publiques (État, collectivités, Sécurité sociale). C’est très variable selon qu’il s’agit d’un côté des services publics non ou peu payants comme l’enseignement, les hôpitaux, la police, etc. ou, d’un autre côté, de (ce qu’il reste de) services publics de réseaux qui vendent leurs services : SNCF, Poste, RATP, auxquels on peut ajouter, en dépit de leur privatisation partielle, EDF/ERDF (devenue Enedis) et Engie/GRDF dans la mesure où l’État détient encore 85% de EDF et 25% de Engie.

Dans tous les cas l’asphyxie est une arme formidable car, même pour les services publics de réseau, le financement public (notamment des infrastructures) conditionne largement le respect des « obligations » de service public. J’y reviendrai mais ces obligations, variables selon la nature du service, renvoient aux grands principes qui fondent les services publics : égalité, continuité, mutabilité (ou adaptabilité) et accessibilité, qui ont valeur juridique. Les principes de transparence, de neutralité et de fiabilité se trouvent quant à eux dans la Charte des services publics de 1992.

ETAT SOCIAL

Cela peut se faire graduellement en espérant ne pas provoquer trop de vagues. On asphyxie, on réduit les financements, on supprime des classes ou des emplois, des lignes, des bureaux de poste, des maternités, mais en douceur, année après année, en prétendant qu’on « maintient les moyens globaux » et qu’on veut juste « équilibrer les comptes », et « rationaliser l’offre », dans une logique purement comptable. C’est entre autres ce qui est en cours depuis des années pour les hôpitaux et qui va encore s’aggraver en 2018, voir cette analyse précise du Monde. Titre : « Les hôpitaux publics craignent l’asphyxie après l’annonce de la baisse des tarifs ». Je ne suis donc pas le seul à parler d’asphyxie.

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Mais l’idéal est d’aller plus vite, en ayant nommé à la tête de ces services publics des « liquidateurs » rebaptisés réformateurs, voire sauveteurs. Il importe de confier parallèlement à un autre liquidateur ayant toute votre confiance le soin de rédiger un rapport "d'experts" dont les conclusions confirmeront les décisions que vous avez prises bien avant. On peut en particulier – quitte à se réfugier, parfois à tort, derrière l’argument des directives européenne « contraignantes » alors qu’on est prêt à les devancer ou à en rajouter - organiser une belle concurrence entre le service public existant et des dispositifs parallèles « modernes »* : des autocars, des camions, des services postaux privés, des cliniques privées lucratives à qui on confiera les pathologies les plus rentables, des établissements d’enseignement privés payants ou des universités privées, entre autres. Cela affaiblira les services publics, les privera de ressources, les usagers les plus aisés s’en détourneront, c’est tout bénéfice pour cette stratégie qu’avait décryptée dès 1970 le grand économiste Albert Hirschman dans son petit livre « Exit, Voice and Loyalty ».

L’un des exemples les plus frappants est la politique délibérée visant à favoriser le « tout camions » afin d’organiser la mise à mort du fret ferroviaire, sans prise en compte des « externalités négatives » (dommages collatéraux) sur la sécurité routière, les embouteillages, et bien entendu les émissions de gaz à effet de serre. Pour des précisions, chiffres et beaux graphiques, voir ce billet de décembre 2016 : « La casse du fret ferroviaire au profit du tout camion depuis 2000 : un « crime » écologique et social perpétré dans le silence des grands médias ». Mon usage du mot « casse » est-il excessif ? Voyez juste ce graphique :

La dégringolade du fret

Tout cela suppose malgré tout que le « grand dirigeant politique néolibéral » en question ait soit une majorité à sa botte, soit la possibilité de gouverner par ordonnances s’il veut passer vite et en force, soit les deux ce qui est encore mieux. Cela suppose aussi qu’il ne se heurte pas à un mouvement social puissant parvenant à mettre de son côté une bonne partie de « l’opinion ». C’est pour cela qu’il faut travailler « l’opinion » en utilisant les autres armes. J’y reviendrai dans le troisième et dernier billet.

La deuxième arme est la dégradation correctement organisée de la qualité des services et de leur accessibilité, associée si possible à la hausse des tarifs. Cela concerne aussi bien l’accessibilité spatiale que l’accessibilité financière pour tous, qui sont deux des principes historiques des services publics. À cet égard, la première arme, l’asphyxie financière, est un énorme atout : la qualité (ou le rapport qualité/prix) peut se dégrader très vite sans que les usagers (destinés à devenir des clients sur un marché concurrentiel) en saisissent les causes profondes. Cela peut les conduire à accuser en bloc le service public et ses agents lorsqu’ils subissent divers désagréments : incidents et retards, lettres qui n’arrivent pas ou facteurs qui changent sans cesse, queues pénibles aux guichets ou aux urgences, enseignants non remplacés, hausses des tarifs, etc. C’est pain bénit pour la stratégie de destruction car une partie de « l’opinion » peut se mettre à exiger « une réforme » pour améliorer les choses, sans forcément penser que la principale réforme serait de fournir des moyens à la hauteur des besoins sociaux et écologiques en services d’intérêt général pour la santé, l’éducation, la mobilité durable, etc.

La troisième arme résulte logiquement de l’usage des précédentes : la création programmée – du fait de l’austérité imposée - d’un endettement « insupportable ». On peut amplifier encore cette dette en décidant de lancer des investissements délirants sur des segments privilégiés par une technocratie liée à l’oligarchie et notamment à des multinationales du bâtiment et des « travaux publics à hauts rendements privés ». Un bon exemple est l’incroyable projet de liaison TGV Lyon-Turin, dont le coût, qui grimpe sans cesse (comme celui de l’EPR de Flamanville) atteindrait, selon la Cour des Comptes, 26 milliards d’euros. C’est dément ! Voir cet article récent.

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J’oubliais un autre facteur d’endettement curieusement absent du rapport Spinetta : les PPP (partenariats public-privé) fondés sur le principe de la socialisation des pertes et de la privatisation des profits. La SNCF y a eu recours pour de gros montants… de pertes programmées. Le 28 février 2017, était inaugurée la LGV Tours-Bordeaux, première ligne ferroviaire sous concession privée. Un investissement de 7,8 milliards dont le partenaire privé (Lisea, filiale de Vinci), n'a financé qu'un petit tiers alors qu'il va encaisser la totalité des recettes (sous forme de péages payés par la SNCF) pendant 44 ans, durée de la phase « exploitation » du contrat de concession. La SNCF devrait subir des pertes que certains évaluent à 100 millions € par an. Pour sa part, la rémunération annoncée des actionnaires est de 14 % ! Sur le site de la SNCF on trouve un autre mégaprojet de PPP avec Eiffage pour la LGV Bretagne-Pays de la Loire.

DEUX MOTS SUR L’ENDETTEMENT ET SUR LES COÛTS

Je termine ce billet par une petite réflexion sur cet endettement « insupportable » ou sur les coûts, argument utilisé dans la propagande officielle, entre autres par Gérald Darmanin déclarant que chaque Français payait en moyenne « 340 euros » par an pour la SNCF. Même en restant dans une logique purement comptable et en reprenant les chiffres discutables du rapport Spinetta, ce chiffre doit en réalité être ramené à environ 200 euros selon les décodeurs du Monde. Mais l’essentiel n’est pas là.

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Un service public coûte (aux finances publiques) parce que la collectivité estime que cela lui « rapporte » des bénéfices individuels et collectifs sur divers plans. Il s’agit de choix de société, pas de rentabilité financière. L’éducation, la santé, la police « coûtent » à chaque Français beaucoup plus que les 200 euros annuels (maxi) de la SNCF. Par exemple, les 51,3 milliards d’euros du budget de l’éducation nationale (hors pensions) divisés par les 67,2 millions d’habitant début 2018 cela fait 763 euros par an. Or peu de gens pensent que c’est trop, et beaucoup que ce n’est pas assez. C’est en tout cas moins que dans la plupart des pays ayant de meilleurs résultats éducatifs. Et d'ailleurs, comme le fait justement remarquer un commentateur de ce billet (Luc), l'ensemble des dépenses publiques pour l'éducation est plus proche de 150 milliards que de 51 milliards. Pour l’assurance maladie, ce montant est de 2.200 euros annuels par habitant. Au secours Gérald !!!

Qu’une bonne gestion vise à optimiser les ressources pour des finalités collectives données ou évolutives est certes recommandé. Qu’on manie, comme Darmanin, l’argument « ça coûte plus que ça rapporte » confirme juste que ces gens-là, imbibés d’idéologie néolibérale, souhaitent détruire les services publics ou les réduire à une peau de chagrin interdisant qu’ils remplissent leurs missions d’intérêt général.

Dernier argument, dans le cas de la SNCF. Elle se trouve en concurrence avec le transport routier (entre autres). Darmanin et ses amis se demandent-ils combien la construction et l’entretien du réseau public coûte par Français (voir ce rapport du Sénat de mars 2017, intitulé « un réseau en danger ») ? Se demandent-ils ce que ces transports coûtent en pollutions de l’air, accidents, embouteillages, émissions de gaz à effet de serre, etc. ? En Suisse, l’office fédéral de développement territorial a estimé à 9,4 milliards de francs suisses les coûts sanitaires et environnementaux des transports routiers en 2014. Il y a 8,4 millions d’habitants en Suisse. Cela ferait donc 1.200 francs suisses par habitant et par an, ou 1.040 euros…

A suivre, épisode 3 et fin : l’arme de la propagande sur les prétendus « privilèges » est à double tranchant

https://blogs.alternatives-economiques.fr/gadrey/2018/03/02/destruction-des-services-publics-2-asphyxie-financiere-degradation-de-la-qualite-et-dette-insupportable

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*La mise en concurrence des services publics est l'application stricte de l'article 106 du TFUE, contrairement à ce que prétend l'auteur...Même remarque que dans la publication SNCF et autres services publics : comment les détruire en prétendant qu’on veut les sauver (de dégradations qu’on a provoquées) .  

Une majorité non "imbibée d'idéologie néo- libérale", dans la mesure où elle resterait dans l'Union européenne, n'aurait d'autre choix que d'appliquer la même politique. Elle le ferait peut- être en traînant les pieds, avec moins de zèle que les macronistes LR/PS...mais ça ne changerait rien sur le fond.   P.G.

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