Jeudi 1er mars, Donald Trump a annoncé une taxe de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium. Cette déclaration s’inscrit dans son programme protectionniste. Le locataire de la maison blanche cherche en effet à relancer l’industrie sidérurgique de son pays.

TL TRUMP JUNCKER

Alors que l’an passé, les Etats-Unis ont connu leur plus haut déficit commercial de la décennie (évalué à 566 milliards de dollars pour l’année 2017), l’initiative du président américain vient confirmer le slogan « America first », un des axes majeurs de sa campagne présidentielle. Par définition, le protectionnisme consiste à mener une politique économique dans le but de protéger les producteurs locaux contre la concurrence des fabricants étrangers.

L’annonce de Washington a immédiatement fait réagir nombre de ses partenaires commerciaux, dont l’Union européenne. En marge d’une réception à Hambourg vendredi 2 mars, après avoir brandi la menace d’une réaction ferme, Jean-Claude Juncker a évoqué une potentielle contre-offensive douanière sur des marques américaines telles que Harley-Davidson, Levi’s ou encore sur le Bourbon (dans ce dernier cas, un vrai crève-cœur pour Jean-Claude, si l’on en croit les mauvaises langues).

Dans cette « escalade des tensions », Donald Trump s’est quant à lui fendu d’un nouveau tweet dans lequel il a menacé de « simplement taxer les voitures européennes » si Bruxelles souhaitait entraver « le business des compagnies américaines en Europe » !

On comprend ô combien la contrariété de Bruxelles face à cette arrogante insulte adressée au religieux concept d’une concurrence libre et non-faussée. On conçoit d’autant plus la frustration de l’élite européenne qu’elle tentait elle-même, quelques semaines plus tôt à Davos, de relancer l’idée d’un prétendu regain d’enthousiasme planétaire pour la mondialisation. Visiblement conscient de l’entrain limité des peuples européens sur ce point, Emmanuel Macron avait d’ailleurs cyniquement rappelé à ses semblables, l’enjeu essentiel du XXIème siècle : « Il faut convaincre la classe laborieuse que la mondialisation est bonne pour elle. »

Après la sortie des Etats-Unis du TPP (l’accord de partenariat transpacifique) début 2017, Donald Trump touche donc une nouvelle fois au cœur le club des « libre-échangistes » avec une nouvelle offensive protectionniste. Face aux valeurs de la « mondialisation heureuse », il serait en effet inacceptable de vouloir protéger les producteurs/travailleurs ! A ce sujet, les chantres du CETA ont d’ailleurs fait part de leurs craintes :

« Il n’y aura que des perdants » s’était immédiatement affolé Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie et des Finances.

« Une mesure inacceptable [qui pourrait avoir des conséquences] importantes et graves » avait quant à lui déploré Justin Trudeau, Premier ministre du Canada.

Si de telles déclarations se sont multipliées après l’annonce de Donald Trump, rappelons que, sur le Vieux continent, les Etats membres de l’UE n’ont, eux, aujourd’hui aucune possibilité de prendre un tel tournant protectionniste, même s’ils le souhaitaient. Du fait des traités européens, ils ne peuvent légiférer en matière douanière dans leur cadre national respectif car il s’agit d’un domaine de compétence exclusif de la commission européenne.

Ainsi, après la décision du locataire de la Maison-Blanche, c’est bien de Bruxelles qu’est annoncée une « riposte » : venant étoffer les propos de Jean-Claude Juncker, Cecilia Malmström, le commissaire européen au Commerce international, confirme pouvoir prendre des mesures de rétorsion. La liste de produits américains pouvant faire l’objet de sanctions douanières serait déjà établie depuis plus d’un an… La commission européenne se réunissait le 7 mars pour décider d’une contre-offensive qui pourrait également porter sur les importations métallurgiques et agricoles. Décidément, la concurrence libre et non-faussée est menacée, même par ses plus fervents défenseurs…

Fabien Rives

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