« Madame la Ministre, les agents ne veulent plus parce qu’ils ne peuvent plus ! Ils ont peur de commettre l’irréparable. Les glissements de tâches sont institutionnalisés ». Faute d’avoir réussi à faire entendre la dégradation de leurs conditions de travail depuis 2013, la CFDT de l’hôpital de Périgueux (Périgord) a écrit cet automne à Agnès Buzyn, nouvelle locataire de l’avenue Duquesne. Ces deux pages serrées reflètent le même ras-le-bol qui s’exprime, partout en France, dans les blocages, les grèves et sur les réseaux sociaux à travers le hastag #BalanceTonHosto.

ACT HOPITAL BURN OUT

« Les effectifs journaliers ne correspondent pas aux besoins des services. Sans moyens en cohérence avec l’activité, les équipes continueront de souffrir », lâchent Corinne Gourvat et Catherine Autier, responsables CFDT. A l’hôpital de Périgueux, l’absentéisme de 8% chez le personnel soignant (soit 200 personnes absentes sur 2 400 tous les jours) désorganise constamment les équipes. Rappel incessant des agents chez eux « même la nuit », planning réécrit constamment, congés annulés, heures supplémentaires qui s’accumulent, mobilités imposées. Chaque jour, il alimente le même cycle de travail infernal et cette terrible impression de devoir faire « toujours plus avec moins », de ne parer qu’au plus pressé au détriment des malades. Sources d’épuisement et démotivation. Comme chez cette auxiliaire puéricultrice affectée, de nuit, auprès de nourrissons en néonatalogie, sans la formation demandée. Et aujourd’hui arrêtée.

Grève de la faim

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« On met les agents en difficulté, Cela alimente l’absentéisme. C’est un cercle sans fin », soufflent Corinne Gourvat et Catherine Autier, qui réclament juste que l’effectif minimum soit respecté, ne serait-ce que par le remplacement des agents en longue maladie (plus de deux mois) ou en congé maternité. Mais la direction du centre hospitalier, en déficit, diffère ces remplacements. « Elle est soumise à une injonction de l’Agence régionale de santé (ARS) d’économiser 3-4% annuels sur la masse salariale », poursuivent les syndicalistes.

A 100 kilomètres de là, dans la Haute-Vienne, les agents du CHU de Limoges, lui aussi en déficit, qui réclamaient les mêmes solutions minimales face au même mal (8% d’absentéisme) ont eu gain de cause. Mais au prix d’une grève de la faim, une semaine durant en mars 2017, de quatre agents CGT et SUD. Une première dans le milieu hospitalier. Le volume de remplacements obtenus (146) en dit long. « Mais la majorité des remplacements se font, au mois le mois », déplore Florence Metge, déléguée CGT.

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La masse salariale, principale variable d’ajustement

Certes, parmi les 830 centres hospitaliers publics dans l’Hexagone, la situation diffère d’un établissement à l’autre, certains manquent un peu de personnels, d’autres en ont terriblement besoin. Des services tournent en surchauffe, d’autres au ralenti. Reste que la masse salariale (l’hôpital public compte plus de 1 million d’agents dont près de 117 000 médecins), qui représente 70% en moyenne des dépenses des établissements, a été leur principale variable d’ajustement, depuis qu’ils se sont mis à partir de 2004 à l’heure de l’entreprise.

https://www.alternatives-economiques.fr/hopital-public-burn-out-a-etages/00083199