Huit pays ont publié une position commune, prenant leur distance avec les ambitions de la France. Macron est obligé de revoir ses plans à la baisse, d'autant qu'il risque de perdre son allié italien. 

ACT MACRON UEM

En matière de réformes financières, il n'y aura pas que l'Allemagne à convaincre. Alors qu'Emmanuel Macron  attendait que la coalition allemande soit en place pour pousser son agenda réformateur au sujet de la zone euro, il sait depuis mardi qu'au-delà de Berlin, un front de vigilance se dresse face à ses projets. Huit pays du Nord de l'Union ont en effet publié un communiqué commun qui peut se lire comme une critique en règle des projets français.

Les ministres des Finances danois, estonien, finlandais, irlandais, letton, lituanien, néerlandais et suédois amorcent leur prise de position commune par une mise en garde : « Les discussions sur l'avenir de l'Union économique et monétaire (UEM) devraient se dérouler dans un format inclusif », estiment-ils en rappelant, en écho au Brexit, que « l'unité est un atout fondamental ». Une allusion claire aux projets de la France et de l'Allemagne qui entendent donner l'impulsion sur les grands sujets.

4_ASSELINEAU_UPR-2-230x180

Paris en ligne de mire

Mais sur le fond, c'est surtout Paris qui en prend pour son grade. Premier point : « Une UEM plus forte nécessite avant tout des actions décisives au niveau national et une conformité totale vis-à-vis des règles communes ». Autrement dit, pas question de créer de nouveaux mécanismes de transferts financiers entre pays tant que chaque gouvernement n'aura pas balayé devant sa porte au plan budgétaire.

Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais, avait tenu des propos similaires la semaine dernière. « Chacun doit faire le ménage dans sa maison. [...] Les fonds européens sont un dernier recours, pas un kit de premier secours », avait-il estimé.

Pousser à la réforme

Les huit pays appellent, d'ailleurs, à utiliser le prochain budget pluriannuel de l'Union européenne pour créer des incitations à la réforme structurelle. Une vieille idée allemande. « Croit-on vraiment qu'on va faciliter les réformes structurelles difficiles en les estampillant du sceau de Bruxelles ? », rétorque une source bruxelloise.

Le projet français d'un  budget de la zone euro en bonne et due forme est donc mal parti. Une source allemande proche du pouvoir résume l'état des discussions : « Il n'y a pas d'objection de principe face à l'idée, mais la véritable question est celle du montant ». Elle balaye l'hypothèse d'un budget élevé, faute de financement : « Abstenons-nous de relever encore un peu plus la pression fiscale dans l'Union européenne ».

Vieux refrain

Quant à  l'union bancaire , les mêmes pays entonnent à son sujet un refrain bien connu sur la nécessité de limiter les risques financiers avant d'envisager de les mutualiser : encadrement plus strict du niveau de prêts bancaires non performants, mécanismes pour empêcher les banques d'un pays d'être trop exposées à la dette souveraine émise par celui-ci, amélioration des procédures pour encadrer les faillites. Le projet d'une assurance commune des dépôts bancaires ne devrait faire, selon eux, que l'objet de « discussions techniques ». Une musique qui agace une source proche du gouvernement français, selon laquelle « sur ce sujet, on recule au lieu d'avancer, en courant après un risque zéro qui n'existe pas dans la vie ».

4_ASSELINEAU_UPR-4-230x180

Tout au plus les pays du Nord de l'Europe admettent-ils la nécessité de réformer le Mécanisme européen de stabilité (MES) mais à condition que celui reste « fermement dans les mains des Etats-membres ».

Face à ce front commun, Emmanuel Macron pouvait tout au plus compter, jusqu'à présent, sur une solidarité des pays du Sud de l'Union. Avec les élections italiennes, il a probablement perdu un de ses précieux alliés.


En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/monde/europe/0301383797415-reforme-de-la-zone-euro-macron-face-a-la-fronde-des-pays-du-nord-2158846.php#4FuTRtIZU2Suf03l.99

113060627_o