mercredi 7 mars 2018

[RussEurope en Exil] Séisme politique en Italie

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir

tl sapir italie elections

Une défaite historique

Matteo Renzi

 

Les élections qui ont eu lieu en Italie le dimanche 4 mars ont donné lieu à un véritable séisme politique. Le parti du centre gauche (le PD) et son dirigeant ont été écrasés. Les partis euro-sceptiques ou qualifiés de “populistes” arrivent en tête. Il est probable que ce séisme se propagera, par effet de contagion et effets induits, dans d’autres pays de l’Union européenne dans les mois qui viennent. Ils convient d’en tirer les leçons. Il convient cependant de rappeler que le système électoral italien est complexe.

Si la Chambre des Députés contient 630 sièges, 232 sont élus à la majorité relative dans autant de circonscriptions uninominales tandis que 398 sont élus par la représentation proportionnelle nationale. Le Sénat de la République est, quant à lui, composé de 315 sièges. Sur ces 315 sénateurs, 116 sont élus à la majorité relative dans autant de circonscriptions uninominales tandis que 199 sont élus à la représentation proportionnelle dans des circonscriptions plurinominales régionales avec un seuil électoral de 20 % (régional) ou de 3 % (national). Aucun gouvernement ne pourra donc être constitué sans des systèmes d’alliances.

Vainqueurs et vaincus

Ces résultats font apparaître quatre phénomènes marquants[1]. Tout d’abord, la coalition menée par Berlusconi et composée de quatre partis, vire en tête avec environ 35% des voix. Ensuite, Le Movimente 5 Stelle (M5S), ce parti que l’on qualifie de populiste, fait une percée supérieure à ce qui était attendu et totalise environ 33% des suffrages. Cela met en lumière l’effondrement du Parti Démocrate (le PD) de Mattéo Renzi qui, avec environ 19% des suffrages (voire 22% si l’on y ajoute des petits partis dissidents) fait son plus mauvais résultat historique. Enfin, et c’est le quatrième point marquant de ces élections, la « Ligue du Nord » (Lega), qui a abandonné sa dimension séparatiste pour devenir un véritable parti national, fait mieux, au sein de la coalition de droite, que Forza Italia, le parti de Berlusconi.

Luigi Di Maio

Cela désigne deux vainqueurs à cette élection, M. Di Maio, qui a conduit la campagne du M5S, et M. Salvini, le chef de la Lega. Ajoutons à cela l’élection, sur les postes mis à la proportionnelle, de deux économistes bien connus pour leurs positions anti-Euro, Alberto Bagnai et Claudio Borghi. Cela indique les grands perdants ce cette élections : les partis « européistes ». C’est aussi la défaite, cinglante, de Mattéo Renzi, ce dirigeant du PD que l’on présentait comme la nouvelle étoile de la politique italienne et qui, comme Premier ministre, appliqua une politique pas si éloignée que cela de celle que conduit aujourd’hui Emmanuel Macron en France.

Matteo Salvini

Une campagne électorale polarisée

La campagne électorale avait été polarisée par deux problèmes clefs : la situation économique de l’Italie et le problème de l’afflux incontrôlé des migrants. Sur le premier point, il est clair que l’Euro a eu des effets dramatiques, tout comme en France, sur l’économie italienne. Cette dernière ne saurait cacher derrière une balance commerciale en excédent (mais un excédent dû essentiellement à la compression des importations), une situation générale catastrophique. Il faut signaler aussi que le fameux « job act » mis en place par Renzi, et dont la « loi travail » s’inspire en France, s’est avéré un échec spectaculaire, au point qu’il est question de l’abroger.

Mais, et on le voit bien tant à la poussée de la Lega qu’au changement d’attitude sur ce point du M5S, la question de l’immigration sauvage a été aussi un thème majeur de cette campagne. L’Italie, du fait de sa géographie, mais aussi de l’absence de réaction des autres pays de l’Union européenne, a été livrée à elle même face à des flux migratoires, dont une partie sont engendrés par la détestable situation en Lybie issue de l’intervention des pays de l’OTAN, qu’elle ne peut ni gérer ni maîtriser. La situation, sur ce point, est critique.

Deux hommes forts

Deux hommes émergent donc de cette élection, Luigi di Maio (M5S) et Matteo Salvini (Lega). Di Maio a beaucoup fait pour donner un visage acceptable par une partie des élites italiennes au M5S. Avec son apparence de jeune technocrate, il peut rassurer, et d’ailleurs les bourses européennes n’ont que modérément réagi aux résultats de la nuit du 4 mars. Il apparaît, en un sens, comme plus respectable que Beppe Grillo, le fondateur du Mouvement. Il reste à savoir de quelle autonomie disposera Di Maio par rapport au chef historique. Mais, le succès du M5S (32% des suffrages) doit aussi beaucoup à ses scores au sud de Rome, où ce parti écrase le PD. Ces scores s’expliquent tant par ses attaques contre un système corrompu, que par la place qu’il a donné au problème de l’immigration sauvage.

Salvini a aussi beaucoup fait pour transformer un parti régionaliste, qui à l’époque faisait 4% aux élections générales, en un véritable parti national. Il y a réussi au-delà de toute espérance. Le fait qu’il devance Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi (18% contre 13,9%), et qu’il talonne le PD (avec 18% contre 19%), est une preuve de son succès. Il écrase aussi le mouvement populiste et nationaliste « Fratelli d’Italia », qui faisait partie de la coalition de droite et qui ne réalise que 4,3% des voix. Il a pu récupérer une partie des électeurs du M5S, troublés par la récente modération du Mouvement sur l’Euro. C’est incontestablement une force avec laquelle il faudra compter dans le futur. Mais, si elle veut enraciner son succès, la Lega devra parfaire sa couverture nationale.

Uixerunt le PD

Quand Cicéron, au petit matin de l’écrasement de la conjuration de Catilina à Rome même (« Qusque tandem, Catilina, abutere patientia nostra… ») parut en armure sur le Forum, il s’écria « Ils ont vécu » (Uixerunt), signifiant par là que les conjurés avaient été mis à mort.

Et l’on peut reprendre le mot en ce qui concerne ce qui restait de la social-démocratie italienne. Car, la lourde défaite qu’elle a subie va même au-delà de la défaite personnelle de Mattéo Renzi. Si cette défaite consacre le rejet d’un programme politique, elle consacre aussi – et peut-être surtout – l’échec d’une stratégie, celle de l’accommodement avec le néo-libéralisme ses dogmes et ses règles. Cet échec n’est pas le fait de la seule Italie. En Allemagne, le SPD en éprouve les effets lui qui, autrefois grand parti social-démocrate dictant sa loi aux « frères » socialistes européens, se trouve aujourd’hui dépassé par l’AfD (16% contre 18% dans les récents sondages). Cet échec, paradoxalement, explique le vote des membres du SPD pour la Grande Coalition (ou GroKo) de ce même dimanche 4 mars. Appelés à approuver ou désapprouver un accord d’alliance avec Angela Merkel, mais conscients qu’un refus renverrait les électeurs allemands devant les urnes, avec des conséquences désastreuses pour le SPD, ses membres se sont donc prononcés pour la GroKo. Ce faisant, ils échangent une mort rapide contre les affres d’un trépas qui s’étendront sur plusieurs années, mais qui n’en sera pas moins inévitable.

L’écrasement des partis européistes

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Il reste une dernière chose à relever dans les résultats de cette élection du 4 mars, c’est l’écrasement des partis « européistes ». Quand on sait que même Berlusconi a fait preuve de réserves tant par rapport à l’Euro (il souhaite un système « à deux monnaies », système qui n’est pas praticable dans la réalité mais qui équivaut à une condamnation de l’Euro), et quand on se souvient des discours passés du M5S, ce sont plus de 68% des électeurs italiens qui se sont prononcés pour des partis peu ou prou eurosceptiques. De ce point de vue, ces élections ont valeur de référendum sur la question européenne aussi…

[1] https://www.leggo.it/politica/news/elezioni_2018_live_risultati_chi_ha_vinto_5_marzo_2018-3587165.html

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-seisme-politique-en-italie-par-jacques-sapir/

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Un référendum formel qu'on se gardera bien d'organiser, bien entendu...Reste aux eurocrates italiens la solution politicienne, comme en Allemagne: une alliance de partis minoritaires pour faire comme s' il ne s'était rien passé!         P.G.

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Gaz de schiste : la Soc Gen dénoncée pour son rôle actif dans l'exportation

Dans un rapport publié ce lundi, l'association des Amis de la Terre pointe du doigt "l'assaut engagé par la Société Générale sur un marché en pleine expansion", celui de l'exportation du gaz de schiste américain vers l'Europe sous forme de gaz liquide. Elle l'appelle à suivre l'exemple de BNP Paribas et à se retirer du projet texan controversé Rio Grande LNG.

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"Minimales", "insuffisantes" : les mesures annoncées par la Société Générale en décembre, notamment l'engagement à ne plus financer la production de pétrole issu de sables bitumeux, à la veille du One Planet Summit, avaient été jugées bien trop timides par l'association Les Amis de la Terre qui publie ce lundi matin un rapport à charge, "Société Générale, plein gaz sur les fossiles". L'ONG environnementale la qualifie de "super gazière" et de championne du gaz naturel liquéfié (GNL), du méthane refroidi à -161 °C pour atteindre son état liquide, souvent présenté comme "vert" alors que "le gaz est bel et bien une énergie fossile", dont la combustion produit certes moitié moins de CO2 que le charbon mais dont le bilan carbone sur 20 ans serait très mauvais. 

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L'association demande notamment à la banque de La Défense de se retirer de son mandat de conseiller financier du projet de terminal d'exportation de gaz de schiste liquéfié Rio Grande LNG au Texas et de double gazoduc Rio Bravo Pipeline, porté par l'entreprise américaine NextDecade.

"Ignorant les impératifs climatiques et injonctions scientifiques, la Société Générale persiste à financer à coup de milliards de dollars les énergies fossiles les plus polluantes dans le monde. Elle part à l'assaut d'un marché qui, en dépit du bon sens, est en pleine expansion : l'exportation de gaz, et notamment du gaz de schiste, sous la forme liquide.

La Société Générale se positionne en leader du secteur aux États-Unis, appuyant la construction de nouveaux mégaprojets de terminaux d'exportation de gaz de schiste liquéfié aux impacts climatiques dramatiques. Détournant les interdictions légales, la banque contribue ainsi à faire arriver le gaz de schiste états-unien en France" écrit l'ONG dans ce rapport.

Banque française la plus exposée

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Les Amis de la Terre étayent leur plaidoyer en rappelant que, parmi les clients de la banque, se trouve l'opérateur texan Cheniere Energy, "qui a déjà signé des contrats avec EDF et Engie pour une exportation en France." L'association cite aussi un communiqué de NextDecade qui relève que la Société Générale a été impliquée dans l'intégralité des projets de terminaux GNL autorisés aux États-Unis et a participé dans le monde à 45 opérations dans le secteur du gaz liquéfié. Sur la période 2014-2016, la banque française a "accordé plus de 2,4 milliards de dollars aux entreprises développant ces projets en Amérique du Nord".

"La Société Générale [...] est ainsi la septième banque internationale et la première française la plus exposée au secteur, loin devant BNP Paribas, Crédit Agricole et Natixis" observe l'ONG.

En décembre, en dévoilant ses engagements sur la production des pétroles issus des sables bitumineux (mais pas sur les activités d'exploration, de distribution, de marketing ou de trading de ce type de pétrole, dont le processus d'extraction est parmi les plus polluants), la Société Générale avait souligné qu'elle se classait "parmi les leaders mondiaux du financement de l'énergie". Or les plus grands contrats ne se trouvent guère dans les énergies renouvelables et peu polluantes. "Pour un banquier, il est toujours très difficile de renoncer à un client" nous confiait récemment le responsable du développement durable d'un établissement concurrent.

"Avec ces projets d'exportation, la Société Générale contribue à faire entrer en France le gaz de schiste que nous avons banni il y a déjà 7 ans. L'hypocrisie est totale : si nous refusons le gaz de schiste en France, ce n'est pas pour le voir arriver par bateau des États-Unis, et avec la complicité d'une banque française" s'indigne Lorette Philippot, chargée de campagne Finance privée aux Amis de la Terre.

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L'association espère faire jouer l'esprit d'émulation. Elle montre en exemple BNP Paribas, qui a pris en octobre dernier l'engagement de se retirer de tout le secteur du gaz de schiste, couvrant son exploration et sa production mais aussi son transport et son exportation sous forme liquéfié. En mai dernier, l'organisation écologiste s'était invitée aux assemblées générales d'actionnaires de ces grandes banques et avait organisé un happening devant une agence de la Société Générale à Paris. Au Climate Finance Day organisé début décembre à Bercy, des militants des Amis de la Terre avaient défilé déguisés en escargots en tenue rouge et noire, couleurs de la banque, tandis que d'autres portaient des banderoles "Société Générale à la traîne #StopRioGrandeLNG".

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/gaz-de-schiste-la-soc-gen-denoncee-pour-son-role-actif-dans-l-exportation-770592.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180305

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Les Suisses rejettent la suppression de la redevance

L'initiative populaire en faveur de la suppression de la redevance audiovisuelle suisse, l'une des plus élevées d'Europe, qui sert à financer à 75% la RTS, a été largement refusée ce dimanche.

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"No Billag" : c'était le slogan de cette initiative appelant les citoyens de la Confédération helvétique à se prononcer en faveur de la fin de la redevance audiovisuelle, en référence à Billag, le nom de la société chargée de la perception de cette taxe imposée à tous. Les Suisses ont largement rejeté cette proposition très controversée lors d'une votation ce dimanche. Selon les premières projections fournies par gfs.bern pour la chaîne publique SRF, le "non" l'a emporté à 71,6% des votants et la totalité des cantons. La marge d'erreur est de 3%.

La redevance en Suisse est l'une des plus chères d'Europe : elle s'élève actuellement à 451 francs suisses (392 euros). En 2019, son montant sera abaissé à 365 francs (319 euros) soit 1,2 milliard de francs suisses pour la Radio Télévisions Suisse (RTS), qui en tire 75% de ses ressources et emploie 6.000 personnes. Cette taxe sera désormais payée par tous, même ceux qui n'ont pas de poste de télévision ou de radio, les autorités ayant fait valoir que la télévision et la radio étaient désormais regardées et écoutées sur internet.

La proposition "No Billag" a été élaborée par le mouvement de jeunesse du parti Libéral radical, notamment au nom de la liberté de choix du consommateur :

"En forçant tout ménage à payer plus de 450 francs suisses chaque année pour une redevance radio et télévision, on porte atteinte à son droit à l'autodétermination" explique l'initiative sur son site, qui ajoute dans son argumentaire que "la suppression de la redevance permettrait de libérer un pouvoir d'achat de 1,35 milliard de francs suisses chaque année".

Autre critique : "Les privilèges accordés par l'Etat à la SSR (le groupe public propriétaire de la RTS) font d'elle une entreprise quasi-monopolistique qui possède de bien meilleures armes que la concurrence. Ce qui fausse le marché."

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Question de cohésion nationale

La RTS est la seule radio-TV nationale de la Confédération : elle diffuse des programmes dans les quatre langues officielles du pays (allemand, français, italien et romanche). Sa société-mère, la SSR, propose 17 stations radio et 7 chaînes tv : elle "distribue les recettes de la redevance et de la publicité à ses unités radio/tv des quatre régions linguistiques selon une clé de répartition qui soutient les régions linguistiques minoritaires" explique le groupe média sur son site, qui souligne qu'il s'agit d'une "question de cohésion nationale".

Le Parlement suisse avait recommandé le rejet de cette initiative populaire. Seule l'Union démocratique du centre, le premier parti de Suisse (droite populiste) avait apporté son soutien à cette proposition, très clivante, mais qui n'a pas fait ressortir d'antagonismes par canton.

"Le rejet le plus important de cette proposition revient à Neuchâtel avec 78,25% devant le Jura 78,09%. Côté romand, Fribourg dit non à 77,62%, Vaud à 76,47%, Berne à 75,10%, Genève à 74,80% et le Valais à 71,16%" détaille la RTS sur son site.

https://www.latribune.fr/economie/international/les-suisses-rejettent-la-suppression-de-la-redevance-770584.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180305

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Il s'agit donc d'un choix de société, dans un pays souverain (la Suisse n'est pas membre de l'UE): les citoyens suisses considèrent qu'il faut maintenir un service public, même si celui- ci a un coût important, dans un souci de cohésion nationale, et rejettent très majoritairement  le principe du "tout libéral", avec sa "concurrence libre et non faussée". Souveraineté, consultation populaire... démocratie, tout simplement.

 

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Des pions sur l’échiquier : une brève histoire de l’Amérique et des Kurdes

TRIBUNE LIBRE /  Ted Snider, Consortium News, 05-02- 2018

ARG KURDES US

Les Kurdes se retrouvent pris au milieu d’une lutte de pouvoir entre les États-Unis, la Russie, la Turquie, l’Iran et la Syrie – une situation familière qui fait suite à des décennies de conflits géopolitiques dans leur région, explique Ted Snider.

La seule chose qui ait jamais été fidèle aux Kurdes, c’est l’histoire : elle les a fidèlement, sans exception, trahis. Les Kurdes ont été plongés dans un rôle de pions dans les jeux d’échecs des pays puissants. Ils font une grande partie du dur boulot seulement pour être sacrifiés quand l’échec et mat est en vue.

Carte du Grand Kurdistan.

Plus récemment, les États-Unis ont redécouvert les Kurdes comme pions utiles dans la guerre contre l’État islamique. Mais, bien qu’étant l’une des forces les plus efficaces dans la lutte contre l’État islamique, maintenant que la fin est en vue, les Kurdes risquent à nouveau d’être abandonnés.

Contrairement à la Russie et à l’Iran, les États-Unis n’ont jamais été invités en Syrie. Les États-Unis ont toutefois insisté sur le fait qu’ils n’étaient là que pour sauver la Syrie de l’État islamique. Récemment, cependant, le secrétaire d’État Rex Tillerson a changé la donne américaine. L’Amérique n’a pas l’intention de quitter la Syrie une fois que l’État islamique sera maté, a-t-il dit. Les États-Unis resteront après la fin de la guerre, et ce séjour non sollicité concerne bien plus que le fait de contenir l’État islamique – il concerne le désir de tenir l’Iran à l’écart.

Conformément à l’axe stratégique actuel, qui va de la Syrie à l’Iran et au Hezbollah, le maintien des forces américaines en Syrie semble davantage orienté vers l’expulsion de l’Iran et son allié Bachar al-Assad hors de la Syrie plutôt que maintenir l’État islamique hors de la Syrie.

Mais pour faire échec à l’Ayatollah, l’Amérique doit employer ses pions, et ces pions, encore une fois, sont les Kurdes. La force frontalière de 30 000 soldats que les États-Unis déploieraient pour bloquer l’Iran serait composée principalement de Kurdes. Mais une présence kurde armée à la frontière nord avec la Turquie est une ligne rouge que, depuis longtemps, la Turquie a annoncé comme étant un pas qu’elle ne permettrait pas aux Kurdes de franchir. La décision américaine a donc provoqué la colère de la Turquie contre les Kurdes.

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Alors que la Turquie envahit et bombarde Afrin et les villages environnants, des experts de la région, comme Patrick Cockburn, préviennent que les villages kurdes seront « réduits à des amas de maçonnerie détruite ». Au fur et à mesure que le nombre de morts et de blessés augmente, et que les médecins de la région mettent en garde contre « une aggravation rapide de la situation humanitaire », le haut responsable politique kurde Aldar Khalil a déclaré que les États-Unis “doivent s’acquitter de leurs obligations envers cette force qui a coopéré avec eux”.

« Comment peuvent-ils rester là à regarder ? » a-t-il demandé.

Mais ce n’est pas la première fois que les Kurdes posent cette épineuse question. En mars 1975, les Kurdes désespérés ont supplié la Central Intelligence Agency : « Le sort de notre peuple fait face à un danger sans précédent. La destruction complète plane au-dessus de notre tête. Il n’y a aucune raison pour tout ça. Nous vous appelons, vous et le gouvernement américain, à intervenir selon vos promesses. »

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La promesse à laquelle ils faisaient référence était la promesse des États-Unis de soutenir les Kurdes s’ils fournissaient des troupes pour une action secrète contre Saddam Hussein – en fait s’ils seraient les pions du jeu des grandes puissances.

Dans les années 1970, l’Iran et l’Irak se querellaient à propos d’un certain nombre de litiges frontaliers. Dans l’espoir de garder les Irakiens préoccupés et occupés, le Shah a offert de l’argent et des armes aux Kurdes pour combattre Saddam Hussein. Mais les Kurdes, ne faisant pas confiance au Shah, ont subordonné leur acceptation à la garantie américaine que l’Iran ne détruirait pas la planche de salut du soulèvement kurde.

Selon l’expert iranien Trita Parsi, la CIA et le département d’État se sont prononcés contre cette action secrète en raison de l’inévitable trahison des Kurdes par le Shah. Mais Henry Kissinger a pris une position opposée et, à la suite d’une visite de Kissinger et du président Richard Nixon à Téhéran en 1972, les États-Unis ont promis le soutien des Américains au Shah pour les Kurdes : les Américains se sont engagés à soutenir les Kurdes.

Nixon a signé l’opération secrète le 1er août 1972; Kissinger a pris des dispositions pour cette guerre secrète et la CIA s’en est chargée. Le soutien a pris la forme de 5 millions de dollars et d’armes, mais l’année suivante, Kissinger a soutenu, et Nixon a approuvé, une aide accrue des États-Unis qui pourrait atteindre plus de 20 millions de dollars et plus de 1 250 tonnes d’armes et de munitions.

Mais en 1975, le soulèvement kurde soutenu par les États-Unis était en difficulté. Les États-Unis sont finalement arrivés à la conclusion que les Kurdes ne pouvaient être sauvés que par une intervention militaire iranienne. Le Shah fournissait beaucoup plus d’argent que les Américains, mais il n’était pas prêt à engager ses forces armées. Il a refusé et, au lieu de cela, a commencé à négocier un arrangement frontalier avec Saddam Hussein. Le Shah a reçu un territoire en échange de la fin du soutien aux Kurdes. Selon le journaliste d’investigation Robert Fisk, c’est Kissinger – l’un des garants de la promesse de soutien aux Kurdes – qui a forgé cet accord entre le Shah et Saddam, abandonnant ainsi les Kurdes.

L’aide financière et les armes ont cessé de parvenir aux Kurdes, et Saddam Hussein a massacré peut-être jusqu’à 182 000 Kurdes. Beaucoup d’autres se sont réfugiés en Iran. C’est alors que le premier appel kurde de 1975 a été lancé aux États-Unis. Le leader kurde, le mollah Mustapha Barzani ferait personnellement appel à Kissinger, l’un des auteurs de la garantie américaine, « nous estimons que les États-Unis ont une responsabilité morale et politique envers notre peuple qui s’est engagé envers la politique de votre pays ».

Kissinger n’a jamais répondu, cependant, selon l’expert de la CIA John Prados, son responsable en poste à Téhéran a fait valoir qu’il le devrait et lui a donné des choix. Kissinger a abandonné les Kurdes avec le fameux rappel que « l’action secrète ne doit pas être confondue avec un travail de missionnaire ».

Plusieurs années plus tard, lors de la première guerre du Golfe, les États-Unis ont demandé aux Kurdes de se soulever une deuxième fois contre Saddam Hussein. Cette fois, la demande venait de la CIA. Et, encore une fois, les Kurdes ont été abandonnés par les Américains. Et, encore une fois, des milliers d’entre eux sont morts sous les représailles de Saddam, et des dizaines de milliers d’entre eux ont été contraints de fuir.

Cette trahison des Kurdes fait suite à une longue histoire. Les Kurdes ont d’abord reçu leur propre terre lorsqu’un petit morceau de ce qui avait été la Turquie leur a été donné en 1920. Ils l’ont rapidement perdu en faveur d’Ataturk et des Turcs, et la communauté internationale les a délaissés. Les Kurdes se sont retrouvés dans la position vulnérable dans laquelle ils se trouvent aujourd’hui, dispersés à travers la Turquie, la Syrie, l’Iran et l’Irak.

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Depuis ces événements jusqu’à la situation actuelle en Syrie, l’Amérique utilise et abandonne ses pions kurdes dans un enchaînement continu. Des documents divulgués révèlent la volonté américaine d’acheter la coopération turque au détriment des intérêts et des vie kurdes.

Une fuite d’un câble de l’ambassade en 2006 a révélé que la secrétaire d’État Condoleezza Rice avait promis au gouvernement de Recep Tayyip Erdogan que « les États-Unis donneraient un nouvel élan aux discussions trilatérales (US-Turquie-Irak) sur la question (kurde) ». Le câble énumère plusieurs « efforts importants que le gouvernement américain entreprend pour améliorer la situation concernant la menace représentée par le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) ». Le câble s’enorgueillit de ce que « le partage de renseignements sensibles sur les activités du PKK en Turquie a permis le succès des opérations COIN (contre-insurrectionnelles). Il comprend également des opérations importantes telles que “les vols de surveillance au-dessus des camps du PKK dans le nord de l’Irak » et « une cellule de fusion des renseignements, qui se réunit chaque semaine à Ankara pour transmettre des informations aux militaires turcs sur les activités du PKK ». En d’autres termes, les États-Unis ont donné à la Turquie des renseignements à utiliser contre les Kurdes.

L’année suivante, en 2007, le président Bush « promettait de fournir à la Turquie des “renseignements exploitables” à utiliser contre le PKK » [Wikileaks CRS-RL34642]. Le même câble dit que les Turcs ont utilisé ce renseignement : « Depuis lors, les forces turques ont lancé des frappes aériennes et terrestres ciblées contre les camps du PKK et d’autres installations situées dans les montagnes du nord de l’Irak ». Il conclut avec cette phrase : « Ils se sont dits satisfaits des résultats. »

Selon John Prados, dès 1948, la CIA avait déclaré que « les tribus de montagne connues sous le nom de Kurdes sont et continueront d’être un facteur d’une certaine importance dans toute évaluation stratégique des événements au Proche-Orient ».

Soixante-dix ans plus tard, les Kurdes sont toujours déçus par la teneur des assurances américaines concernant les mesures prises sur la base de ces évaluations. On ne sait pas comment l’Amérique négociera d’être coincée entre son allié kurde dans la guerre en Syrie et son allié de l’OTAN en Turquie, mais l’histoire ne chuchote pas exactement des garanties à l’oreille des Kurdes.

Source : Ted Snider, Consortium News, 05-02- 2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/des-pions-sur-lechiquier-une-breve-histoire-de-lamerique-et-des-kurdes-par-ted-snider/

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Commentaires relévés sur le site d'Olivier Berruyer:

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« Rex Tillerson a changé la donne américaine. »

Il n’a rien changé, il a plutôt bêtement révélé ce qui avait toujours été prévu.

lire
Rex Tillerson a vendu la mèche

Rex Tillerson tipped the American hand
tip one’s hand, expression argotique, “to reveal a secret, often inadvertently”

La trahison US envers les Kurdes est en effet une constante, mais il y en a une autre qui n’est pas mentionée dans l’article: Le manque d’unité des Kurdes entre eux.
Entre les Kurdes des différents pays, les factions armées, les tendances politiques, les acronymes pleuvent. Parmis les YPG, Le PYD, Le PKK, les FDS, les PDK, les UPK, etc. on trouve un paquet de monde (armés pour beaucoup) qui ont un objectif commun mais qui ne se mettent jamais d’accord entre eux pour l’atteindre.
Alors évidemment que tous les autres protagonistes profitent de ces divisions.

@ sankukai. Accessoirement et même si ce n’est pas populaire de le dire on pourrait aussi mentionner les trahisons des kurdes eux mêmes envers leurs différents alliés de circonstance (les soldats syriens réfugiés à Afrin au début de la guerre et livrés aux jihadistes, les yazidis qu’une partie des kurdes à laissé crever avant qu’une faction concurrente fasse au contraire un exploit pour les sauver, sans compter le rôle joué par les kurdes d’Anatolie dans le génocide arménien). Il n’y a pas de gentils.

 

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PAC, crise du lait… Cet éleveur français plaque tout pour la Russie

Pris à la gorge, un agriculteur se suicide tous les deux jours en France et la politique agricole ne laisse guère entrevoir d’embellie pour la filière. Un éleveur laitier a décidé de tout plaquer pour déménager… en Russie. Il espère ainsi profiter de la pénurie de lait qui sévit actuellement dans le pays.

 

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674 agriculteurs se sont donné la mort entre 2007 et 2011. Près d’un suicide tous les deux jours, un excès de mortalité de plus de 20% dans le monde agricole par rapport à la population globale, telles sont les effarantes statistiques publiées en juillet 2017 par Santé publique France. En première ligne, la production laitière et l’élevage bovin, touchés de plein fouet par différentes crises, notamment celle du lait, endémique.

 

Une situation alarmante qui a poussé un éleveur laitier, Philippe Camus, à vendre une partie de son exploitation en France pour déménager… en Russie, accompagné de sa mère, âgée de 88 ans. L’agriculteur de 59 ans espère ainsi profiter de la pénurie de lait et produits laitiers que subit la Russie, due aux sanctions et contre-sanctions entre Moscou et lUnion européenne.

« Je vais produire du lait en Russie. La Russie a besoin de lait. Il faut donc apporter des vaches pour créer de la richesse. »

Pour Philippe Camus, outre l’opportunité commerciale qu’offre la Russie, une autre raison lui a donné des envies d’ailleurs : la politique agricole menée par le gouvernement français, qui étouffe, selon lui, les agriculteurs. Un secteur d’activité pourtant déclaré comme un « investissement stratégique dont dépend notre souveraineté » par Emmanuel Macron.

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« En France, c’est l’administration qui commande. Vous mettez les capitaux et c’est le fonctionnaire qui décide pour vous […] On ne décide de rien, on est les ouvriers agricoles de la DDA [Direction départementale de l’agriculture, ndlr], 365 jours par an, pour 500 € par mois. »

L’herbe serait-elle donc plus verte en Russie ? Oui, selon Philippe Camus, comparé à la France où « L’on décourage les gens de prendre des risques, d’investir, où tout est verrouillé. » Soit « Vous êtes bien placé. », soit « Vous n’êtes rien, suivant la formule de notre Président. »

L’agriculteur estime que : « La Russie est le pays de la liberté d’entreprendre […] On a plus de choix, on a moins de pression. » En effet, comme Philippe Camus le rappelle, « Quand votre marge est de 1 ou 2%, s’il vous arrive un incident climatique, vous êtes morts. »

Avec la volatilité des prix, l’accord Mercosur ou encore l’incertitude entourant la future réforme de la PAC (politique agricole commune), l’exemple de Philippe Camus va-t-il faire des émules ?

Source :

https://fr.sputniknews.com/international/201803051035393580-russie-agriculteurs-lait/

https://fr.sputniknews.com/economie/201802081035072376-normandie-lait-eleveur-russie-camus/

https://aphadolie.com/2018/03/06/cet-eleveur-francais-plaque-tout-pour-la-russie/

LA VÉRITÉ SUR LA DETTE GRECQUE

Si vous avez apprécié les articles d'Eric Toussaint publiées sur ce site, notamment ses révélations sur Varoufakis, vous serez peut- être intéressé par ce livre. Le résumé qui suit est plutôt bâclé, à mon avis, mais il donne une idée de son contenu.   P.G

 

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Créée le 4 avril 2015, à l’initiative de la Présidente du Parlement grec, Zoé Konstantopoulou, la Commission pour la Vérité sur la Dette publique grecque, coordonnée par Éric Toussaint, présente ce rapport préliminaire qui fait état de violations juridiques majeures en ce qui touche aux contrats d’emprunt et conclut en leur caractère illégal, illégitime, imposé et odieux. « À l’issue de ces premières investigations, la Commission considère que la Grèce a été et est toujours la victime d’une tentative de meurtre froidement préméditée par le trio que représente le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et la Commission européenne. »


Cet audit répond à une obligation crée par le Parlement et le Conseil européens, négligée par les gouvernements grecs précédents et les institutions de la Troïka.

Il s’avère que la dette publique grecque n’est pas la conséquence de déficits budgétaires élevés contrairement à ce qui est souvent affirmé, mais clairement celle des paiements croissants d’intérêts. Un « effet boule de neige », qui se déclenche lorsque le taux d’intérêt apparent est plus élevé que la croissance nominal du PIB, est responsable des deux tiers de l’augmentation de la dette entre 1980 et 2007.

 

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Les dépenses publiques de la Grèce ont été inférieures en proportion du PIB à celles des autres États membres de la zone euro. Le seul poste du budget, hors intérêts de la dette, où les dépenses ont été plus élevées est celui des dépenses militaires, impliquées dans plusieurs scandales de corruption. Elles ont contribué à la dette à hauteur de 40 milliards d’euros entre 1995 et 2009.


Les déficits publics sont le produit d’un faible rendement de l’impôt sur le revenu et des cotisations sociales patronales, nettement inférieur à celui observé dans les autres pays de la zone euro, en raison de la fraude fiscale et aux flux de capitaux illicites. Les seules sorties de capitaux ont engendré une perte de recettes fiscales de 30 milliards d’euros entre 2003 et 2009.
L’entrée de la Grèce dans la zone euro a fait passer la dette privée grecque de 74,1% du PIB e 2001 à 129,1% en 2009.

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La plupart des prêts de sauvetage consentis sous des conditions très sévères à la Grèce après 2010 ont été utilisés au bénéfice exclusif des banques privées, soit pour le remboursement des titres publics qu’elles détenaient, soit pour la recapitalisation des banques grecques. Le premier bénéficiaire des prêts de la Troïka n’est autre que le secteur financier privé.


Après les élections législatives d’octobre 2009, le nouveau gouvernement de Georges Papandréou procéda en toute illégalité à une révision des statistiques, une falsification de la dettes publiques, notamment du système public de santé, afin de convaincre l’opinion publique en Grèce et eu Europe, d’accepter le plan de « sauvetage » de l’économie grecque de 2010 avec toutes ses « conditionnalités » catastrophiques pour la population grecque.

 

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Le principal objectif du premier accord de financement de mai 2010, d’un montant de 110 milliards d’euros, provenant essentiellement des États membres de la zone euro et du FMI, était de venir au secours des banques exposées au risque de la dette publique grecque.


Le second accord prévoyait de prêts supplémentaires d’un montant de 130 milliards, dont 48 pour la recapitalisation des banques grecques. La dette publique initialement détenue par des créanciers privés fut, elle, transférée sur les États membres de la zone euro, la BCE et le FMI.

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Les grands perdants furent les organismes publics, dont les caisses de retraites à hauteurs de 14,5 milliards, et les petits porteurs, environ 15 000 familles qui ont perdu du sur au lendemain toutes leurs économies, tandis que les banques étaient indemnisées intégralement. Des mesures draconiennes durent également être décidées : réductions des salaires et des retraites, privatisations, démantèlement du dispositif des conventions collectives, suppressions massives d’emplois publics, etc.


La majorité de ces prêts accordés a été utilisée pour le remboursement des dettes existantes. Seulement 10% environ ont servi à financer le budget de l’État.

 

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Au prétexte d’encourager un remboursement rapide, les États prêteurs ont exigé des taux d’intérêt élevés. Certains, bénéficiants de coûts de financement plus faibles, se sont enrichis.


La BCE a acheté des titres grecs à une valeur inférieure à leur valeur nominale mais exige d’être remboursée en totalité, pour une différence estimée à 15 milliards. Par ailleurs, les États de la zone euro avaient convenu pour transférer tout profit dégagé sur la détention de sa dette à la Grèce, à condition qu’elle se plie aux conditions de son programme de surveillance. À ce titre, la BCE doit donc à la Grèce 2 milliards d’euros en restitutions des profits réalisés.


Un certains nombres de mécanismes financiers sont détaillés, démontrant qu’ils n’ont aucunement soutenu la Grèce mais servi les intérêts du secteur financier privé.

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Les projections économiques établies par le FMI malgré le scepticisme de plusieurs directeurs exécutifs, se sont révélés fausses puisque le PIB de la Grèce a chuté de 22% de 2009 à 2014 au lieu de stagner à -1,5% comme « prévu ». Le FMI découvre alors que l’austérité est mauvaise pour la croissance et à un effet récessionniste. Les politiques d’ajustement ont entravé durablement la capacité du pays à ‘engager dans la voie du développement et de la transition écologique.


Le rapport démontre comment les « conditionnalités » ont en définitive fait augmenter le ration dette/PIB. Par exemple, la baisse des salaires de 17,2% entre 2009 et 2014, a entrainé des pertes de recettes fiscales et donc une augmentation des intérêts payés et de la dette publique, évaluée à 7,8 point du ratio, soit plus d’un quart de son augmentation totale.

 

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Les scénarios de référence du FMI et de la Commission européenne continuent à postuler sur une croissance censée contribuer pour 27,3 points de PIB, grâce à la reprise de la demande intérieure malgré le chômage élevé et les bas salaires (...)


Sont ensuite listées les violations des droits humains, non comme dommages collatéraux mais comme résultats prévisibles et même parfois poursuivis par les créanciers avec la complicité des autorités grecques. Les réformes imposées par les mémorandum ont violé des normes inscrites dans des traités souscrits pas la Grèce ainsi que sa propre constitution, au mépris du droit du travail, des droits à la santé, à l’éducation, à la sécurité sociale, au logement, à l’autodétermination, à la justice.

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L’absence d’étude d’impact est pointée, en dépit des exigences élémentaires en droit international, et d’autres manquements au respect des procédures ont été dénoncés par le Parlement européen, notamment le défaut de transparence et de contrôle démocratique.
La négociation et la signature des conventions de prêt auraient du être adoptées par une majorité des trois cinquièmes des députés, selon la procédure prévue par la Constitution grecque. Elles n’ont même pas été communiquées au Parlement, ni bien sûr fait l’objet de débat. Elles sont donc inconstitutionnelles, tout comme le sont les clauses de délégation au ministre des Finances de l’autorité pour négocier et signer ces conventions.

Étant donnés les nombreux impacts spectaculaires sur la population grecque que nous ne reprendrons pas ici, la dette grecque est insoutenable puisqu’elle ne pas être honorée sans compromettre gravement la capacité du gouvernement de l’État emprunteur à remplir ses obligations en matière de droits humains fondamentaux.

 

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Les dettes envers le FMI, la BCE, le FSEF, les États de la zone euro et les créanciers privés, sont illégales car assorties de conditions contrevenants à la loi et à l’intérêt général.


Ces prêts sont illégitimes puisque leurs conditions incluent des mesures politiques qui violent les lois nationales et les standards internationaux en matière de droits humains.


Ces dettes sont odieuses car les prêteurs savaient que leurs prêts étaient déraisonnables et qu’ils auraient pour conséquence de bafouer les droits civiques, politiques, économiques, sociaux et culturels de la population.

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Le rapport présente ensuite les fondements juridiques des mécanismes visant la répudiation unilatérale des dettes illégitimes, odieuses et illégales sur la base de considérations impératives de justice et d’équité, de souveraineté et d’autodétermination.

Nous nous sommes contentés d’extraire les principales conclusions. De nombreux graphiques, parfaitement explicités, émaillent les démonstrations et les analyses des données collectées.

L’ensemble constitue un document accablant tant pour la Troïka que pour les gouvernements grecs successifs, indispensable pour comprendre la réalité des politiques européennes, anti-démocratiques et contraires aux intérêts des peuples.

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LA VÉRITÉ SUR LA DETTE GRECQUE
Rapport de la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque
210 pages – 9,90 euros
Éditions Les Liens qui Libèrent –  Paris – Septembre 2015

https://bibliothequefahrenheit.blogspot.fr/2018/02/la-verite-sur-la-dette-grecque.html#more

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