lundi 5 mars 2018

Italie : eurosceptiques et anti-immigration majoritaires, la coalition de Berlusconi en tête

Selon des résultats partiels, la coalition formée par Forza Italia, dominée en terme de voix par le parti anti-immigration la Ligue, arrive en tête (37%). Le parti antisystème Mouvement 5 étoiles est le premier du pays en terme de voix (32%).

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L'éditorialiste du quotidien de centre-droit a résumé en ces termes les premiers résultats des élections législatives italiennes du 4 mars : «Pour la première fois en Europe, les forces antisystème l'emportent.»

Le vent en poupe pour les eurosceptiques

Et pour cause, selon des résultats partiels portant sur 2/3 des bureaux de vote, le mouvement eurosceptique Mouvement 5 étoiles (M5S), emmené par Luigi di Maio, est le premier en terme de voix, avec un score de 32%. Fondé par l'humoriste Beppe Grillo en 2009, la formation, qui revendique la démocratie directe et refuse les coalitions, a connu un succès fulgurant. Elle se distingue notamment par des positions souverainistes et anti-immigration.

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Formellement pourtant, c'est la coalition formée par le parti Forza Italia de Silvio Berlusconi, la Ligue et le petit parti Fratelli d'Italia (Frères d'Italie), qui remporte le scrutin avec 37% des voix.

Si l'ancien chef du gouvernement italien, âgé de 81 ans, avait tenté de donner des gages à Bruxelles malgré des positions fortement anti-migrants, c'est bien la Ligue (ex-Ligue du Nord) de Matteo Salvini, plus méfiant vis-à-vis de l'Union européenne mais tout aussi favorable à l'expulsion d'immigrés clandestins, qui dominerait la coalition en terme de voix. Eurosceptique et anti-immigration, Fratelli d'Italia tournerait lui autour des 3%.

Revers pour Renzi

Le Parti démocrate de Matteo Renzi (centre-gauche), l’ancien président du Conseil italien, déçoit en réalisant un score inférieur à 20%. Il s'agit de la moitié du score réalisé aux élections européennes de 2014.

La fin du décompte des voix devrait s'achever vers 8h, le 5 mars. Les résultats définitifs devraient être publiés plus tard dans la journée.

Un taux de participation en hausse 

Les Italiens étaient plus nombreux à aller voter en 2018 qu'en 2013. A 19h le 4 mars, le taux de participation était estimé à 58,42%, contre 46,8% aux précédentes élections de 2013, même si le vote s’était alors déroulé sur deux jours.

Interrogés par Ruptly, l'agence vidéo de RT, des électeurs romains ont livré leur sentiment sur les conditions dans lesquelles se sont déroulées ces élections, les jugeant «compliquées», «incertaines» ou encore «honteuses».

Incertitude pour l'avenir

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L'absence de majorité pour la coalition de droite contraint les leaders politiques italiens à des calculs et des tractations, qui s'annoncent longs et complexes.

Une alliance du M5S et de la Ligue, est théoriquement la seule possible pour obtenir une majorité parlementaire, au vu des résultats partiels. Or, les dirigeants de ces deux formations ont jusqu'à présent catégoriquement rejeté cette éventualité.

Il appartiendra donc au président italien Sergio Mattarella de démêler l'écheveau de ces résultats, dans les semaines qui suivent, et de confier un «mandat exploratoire» à celui ou celle qui lui semblera en mesure d'obtenir une majorité devant le Parlement.

Mais ces consultations politiques officielles ne s'ouvriront pas avant la fin du mois au plus tôt, après l'élection des présidents des deux chambres, ouvrant une nouvelle période d'instabilité en Italie, qui pourrait déboucher à terme sur de nouvelles élections.

Lors des élections législatives du 4 mars, les Italiens étaient appelés à élire quelque 315 sénateurs et 630 députés, après la dissolution du Parlement prononcée le 28 décembre dernier, un peu plus d'un an après l'échec retentissant en décembre 2016 du référendum porté par l'alors président du Conseil, le pro-Union européenne (UE) Matteo Renzi.

https://francais.rt.com/international/48487-legislatives-italie-resultats

Voir aussi:

(...)

Inquiète, l'Union européenne active «en coulisses»

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Aussi, le retour de Silvio Berlusconi au premier plan paraît avoir, au-delà du chaos politique italien, une portée symbolique. Au moment de son départ en 2011, l'Italie, en pleine crise financière, échappait de peu au sort de la Grèce et du Portugal. Ce sauvetage s'est pourtant fait au prix d'une mise sous tutelle : la composition d'un gouvernement technique avait été confiée à Mario Monti, dont le profil était plus conforme aux attentes de Bruxelles : ex-commissaire européen, collaborateur de la banque Goldman Sachs et ex-président de la Commission trilatérale, think tank euro-atlantiste... C'est à cette période qu'a également commencé, en parallèle, la montée en puissance du Mouvement cinq étoiles de Beppe Grillo, assumant des positions résolument anti-européennes et anti-immigration.

Une poussée populiste qui n'est pas sans soulever des craintes. S'appuyant sur des «sources européenne», l'AFP rapporte ainsi que «certains œuvrent en coulisse» afin de favoriser une future alliance entre Silvio Berlusconi et Matteo Renzi, sur le modèle de la «grande coalition» allemande – la plus à même de mettre en place une politique conforme à la ligne politique de Bruxelles. Toujours selon l'agence de presse, les membres les plus influents de sa famille politique au Parlement européen, le Parti Populaire Européen (PPE), s'occuperaient de «traiter» le cas Silvio Berlusconi, dont la figure trop clivante pourrait compromettre les possibilités d'alliance avec le PD.

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A cette activité de lobbying s'ajoutent les déclarations du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. «Nous devons nous préparer au pire scénario qui pourrait être de ne pas avoir de gouvernement opérationnel en Italie», a-t-il lancé, alarmiste, le 22 février 2018, soulignant que ce même 4 mars, en Allemagne, l'accord de coalition arraché de haute lutte par Angela Merkel serait soumis au vote des militants du SPD, le parti social-démocrate allemand. «Si l'on combine toutes ces incertitudes, le SPD, les élections italiennes, les gouvernements minoritaires ici et là, nous pourrions avoir une réaction forte des marchés financiers dans la seconde semaine de mars», a encore prophétisé Jean-Claude Juncker.

Avec un système bancaire sous perfusion, à la merci d'une envolée des taux d'intérêt de sa dette souveraine, l'Italie, troisième puissance économique de la zone euro, va-t-elle à l'instar de l'Allemagne plonger à son tour dans une crise politique ?

https://francais.rt.com/international/48473-legislatives-italie-elections-tous-dangers-bruxelles

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L'ancien Premier ministre John Major plaide pour un second référendum sur le Brexit

imagesemoUn commentaire sur "facebook" significatif de l'exaspération montante face à l'attitude anti- démocratique des politiciens européistes:

Encore un de ces donneurs de leçons de démocratie qui n'apprécie pas le résultat d'un vote populaire. Si le peuple ne vote pas conformément aux souhaits de nos maîtres esclavagistes, refaisons les voter jusqu'à ce qu'il vote "bien" !
Comme Sarko en france,, ce kapo veut se passer de l'avis du peuple. Mais à part ça, c'est la Russie qui est une dictature dirigée par un président autoritaire n'écoutant pas son peuple ! Ces collabos sont à gerber et il est vraiment à espérer qu'un jour le vent de la révolte des peuples chassera définitivement ce genre d'infects personnages !
DEHORS LES PARASITES !
Sébastien Hairon, volontaire bénévole et indépendant à Donetsk (DNR)


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Après la sortie du Royaume-Uni de l'UE, "je crains que nous soyons plus faibles et moins prospères, en tant que pays et en tant qu'individus. Et, bien qu'il me déplaise de l'admettre, notre divorce avec l'Europe diminuera notre stature internationale. En fait, il l'a déjà fait", a dit John Major lors d'un discours à Londres deux jours avant un discours attendu de Theresa May sur les futures relations commerciales du Royaume-Uni avec l'UE après le Brexit.

"Je ne suis ni europhile ni eurosceptique" mais "réaliste", a affirmé l'ex- Premier ministre conservateur, qui avait fait campagne contre le Brexit mais dit s'être opposé à ce que le Royaume-Uni adopte l'euro ou rejoigne l'espace Schengen. "Je crois que risquer de perdre nos avantages commerciaux avec le marché colossal qui est à notre porte, c'est infliger des dommages économiques au peuple britannique", a-t-il ajouté.

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L'ancien dirigeant a aussi plaidé pour que les députés puissent "voter librement sur l'accord final du Brexit". "Cela doit être un vote décisif, dans lequel le Parlement peut accepter ou rejeter le résultat final, ou renvoyer les négociateurs pour chercher des améliorations, ou convoquer un référendum".

Induits en erreur

"Beaucoup d'électeurs savent qu'ils ont été induits en erreur: beaucoup d'autres commencent à s'en rendre compte et l'électorat a donc le droit de reconsidérer sa décision", a-t-il considéré.

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En outre, dans les négociations avec l'UE, "nos objectifs doivent être réalistes", a insisté John Major. "Nous ne pouvons tout simplement pas quitter l'UE, le marché unique, l'union douanière et la Cour européenne de justice, tout en nous attendant à avoir une entrée sur mesure sur le marché européen, profitable pour le Royaume-Uni. Ce n'est tout simplement pas crédible".

Theresa May a rejeté à plusieurs reprises la possibilité d'un deuxième référendum. La Première ministre a par ailleurs exclu de rester dans le marché unique et l'union douanière, affirmant rechercher un nouvel accord "sur mesure".

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_l-ancien-premier-ministre-john-major-plaide-pour-un-second-referendum-sur-le-brexit?id=9853559

Posté par UPR Creuse à 07:55 - - Permalien [#]
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Revivez les Rencontres de Ruptures en vidéo

La réunion-débat organisée le 9 février à l’ENS par le mensuel Ruptures a connu une forte affluence. Le thème en était : souveraineté… mais qui décide vraiment ? Et qui influence ?

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Deux brefs extraits sont en ligne :

– des idées clés exprimées par les invités : Marie-Françoise Bechtel, Jacques Sapir, Jean Bricmont, Bruno Drweski, John Laughland :

https://ruptures-presse.fr/actu/rencontres-ruptures-videos/

– ainsi qu’une partie de la conclusion prononcée par Pierre Lévy, rédacteur en chef de Ruptures :

https://ruptures-presse.fr/actu/rencontres-ruptures-videos/

Comme le journal s’y était engagé, l’intégrale des débats est maintenant disponible.

Les abonnés au mensuel peuvent la visionner gratuitement (le code d’accès qui leur est réservé figure dans l’édition papier arrivant le 1er mars)

Les non-abonnés peuvent accéder à cette intégrale moyennant une petite contribution, qui rémunère le travail de nos partenaires de la chaîne Guerre & Paix.

https://ruptures-presse.fr/actu/rencontres-ruptures-videos/

Posté par UPR Creuse à 05:00 - - Permalien [#]
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Un député LREM appelle à réformer le transport public… pour faire face aux chèvres !

Ralenti en raison de la présence de chèvres sur les voies, le député LREM Philippe Bolo parvient à faire un lien surprenant entre cet incident et le rapport Spinetta.

TL BOLO RUPTURES SNCF

La semaine est entamée. L’air est glacial en ce début de soirée. Philippe, quinquagénaire en costard, est satisfait d’être au chaud à bord de son train. Mais cet ingénieur agronome (et député LREM), ne sait pas encore ce qui l’attend. On l’imagine légèrement affalé sur son siège, côté fenêtre, la tempe appuyée contre la vitre, les paupières alourdies… De son esprit, disparaissent peu à peu les visages rencontrés en gare, «ce lieu où l’on croise ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien.» (Emmanuel Macron, 29 juin 2017)

Une gare

 

C’est alors qu’un ralentissement du convoi vient interrompre les rêveries du député. Il ouvre les yeux et se redresse lentement. Deux rotations du cou suffisent : clairvoyant, Philippe réalise qu’il est à l’arrêt dans un tunnel. Après plusieurs longues minutes d’attente, une annonce vient confirmer son intuition et apporter plus de précision : « la ligne est ralentie suite à la présence de chèvres sur les voies ». Contrairement aux autres passagers qui l’entourent, Philippe est emporté par un élan de sagacité. Dans le but de le faire partager à la France entière, il dégaine son smartphone et tweete…

https://twitter.com/phbolo/status/966343675621117952

Si la présence de bovidés sur les voies ferroviaires ne vous interpelle pas un minimum sur l’urgente nécessité de privatiser les transports publics, nous vous encourageons sans plus attendre à interpeller directement Philippe Bolo sur son compte twitter. Vous pourrez ainsi évaluer personnellement la pédagogie (complexe ?) d’un élu En Marche (fût-ce à vitesse réduite) !
Philippe Bolo compterait-il sur un opérateur privé peu scrupuleux prêt à foncer sur les malheureux caprins ? Resterait à trouver un slogan poétique pour une démarche peu éthique…

Au delà des herbivores ruminants… l’Union européenne !

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Si certains considèrent les chèvres comme un argument de taille dans la démarche de privatisation de la SNCF, il est important de rappeler le contexte de servitude (volontaire) de la France vis-à-vis de l’Union européenne concernant la rédaction du fameux rapport Spinetta évoqué par Philippe Bolo.


En effet, à travers une série de « paquets ferroviaires », c’est bien l’UE qui enjoint à la France de mettre en œuvre l’ouverture progressive de la SNCF à la concurrence.
Le rapport Spinetta s’inscrit précisément dans le « quatrième paquet » dont l’objectif est la libéralisation totale des transports de voyageurs par rail en Europe.

D’aucuns affirmeront que la « rigidité » du service public ne peut plus durer. D’autres ont commencé à ressentir la transition du public vers le privé, notamment avec les fameux « cars Macron » : au lieu de développer une politique d’accès pour tous au réseau ferroviaire national, en 2015, Emmanuel Macron encourage des compagnies de car privées (telles que flixbus) à proposer aux plus modestes un allongement des temps de trajet et un confort réduit pour organiser leur voyage en fonction de leur budget !
En 2017, la France se classait encore dans le top 5 parmi les pays dotés de la meilleure infrastructure ferroviaire dans le monde…

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Dans le cadre du rapport Spinetta, l’ouverture de la SNCF à la concurrence prévoit des fermetures de lignes secondaires : de quoi en devenir chèvre !

Fabien Rives

Posté par UPR Creuse à 04:45 - - Permalien [#]
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Réforme de la SNCF : un spécialiste, un inspirateur, et Jupiter à la manœuvre

TRIBUNE LIBRE / Ruptures

Après la « réforme » de l’Etat (*), celle de la SNCF. En matière d’annonces, Edouard Philippe ne chôme pas. Dans ce dernier dossier, l’intention désormais affichée de passer par la voie des ordonnances a cristallisé la colère de certains. Au risque de faire dévier le débat public de l’essentiel, comme si le recours à la procédure parlementaire normale eût constitué une circonstance atténuante…

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Quelques jours avant l’annonce gouvernementale, un rapport sur le rail français avait opportunément été rendu public. Un premier tir d’artillerie, en quelque sorte. A elle seule, la carte de visite de son auteur constituait tout un programme : ancien fondateur de la section CFDT de l’ENA, Jean-Cyril Spinetta fut haut fonctionnaire sous les gouvernements socialistes dans les années 1980, puis administrateur de sociétés indifféremment publiques et privées à partir des années 2000 (Alcatel-Lucent, Alitalia, La Poste, Saint-Gobain, Unilever, GDF-Suez, Areva…).

Mais c’est évidemment en tant que PDG du Groupe Air France, de 1997 à 2008, qu’il rendit les plus fiers services : il rapprocha la compagnie aérienne nationale de la firme néerlandaise KLM avant de procéder à sa privatisation. Il n’y avait donc pas de meilleur choix que cet « Européen convaincu » pour préparer le rapport souhaité par le premier ministre sur « l’avenir du transport ferroviaire », où sont remis en cause le statut des cheminots, celui d’établissement public de la SNCF, tout comme l’avenir des « petites lignes ».

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Déjà prévue par François Hollande

Le profil de M. Spinetta éclaire donc l’essence de la réforme du rail prévue. Pourtant, au regard de la vacuité de certaines critiques, on en viendrait à croire que c’est la méchanceté intrinsèque d’Emmanuel Macron qui explique le chamboule-tout annoncé. Et ce, alors même que le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a opportunément rappelé que ladite réforme était déjà prévue par François Hollande. Ce qui est tout à fait exact, et qui devrait mettre la puce à l’oreille.

Tout simplement parce que celle-ci est la conséquence directe des orientations orchestrées par l’Union européenne. S’il y a bien un dossier où ce constat est patent, caricatural même, c’est bien celui du rail, objet de quatre « paquets » successifs de directives et règlements européens.

Avec un maître-mot : l’introduction progressive de la concurrence. Les « gains de productivité » de même que la transformation de la SNCF en société anonyme qu’entend imposer le gouvernement sont en effet indissociables de l’arrivée de concurrents privés sur le réseau français programmée (par étapes) au niveau de l’UE.

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En outre, Emmanuel Macron ne s’en cache pas : il entend être le porte-étendard qui fait avancer l’Europe, et faire figure en la matière de premier de la classe vis-à-vis de ses pairs. Ce fut déjà le cas avec la « loi Travail » prescrite par Bruxelles.

Etrangement cependant, cette dimension qui crève les yeux semble échapper à certains dirigeants syndicaux, en tout cas si l’on en croit les premières déclarations publiques.

Cette impasse est redoutable, car elle porte le risque de désarmer le luttes à venir, et de couper celles-ci du soutien populaire. En effet, Edouard Philippe est habile : pour justifier les bouleversements annoncés, il part d’un constat hélas bien réel que les cheminots sont les premiers à dénoncer : le service public se dégrade.

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Or cette dégradation au fil des années est conséquence des politiques antérieures de même inspiration européenne. Faute de pointer celle-ci, on risque bien d’accréditer l’idée, notamment auprès d’usagers en colère, que seules la déréglementation et la privatisation permettraient de sortir du statu quo.

Est-ce que cet aveuglement – ou cette indulgence coupable – vis-à-vis de Bruxelles serait, pour certains, le prix à payer afin de faire subsister indéfiniment l’illusion de l’« Europe sociale » ? On raille, naturellement…

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(*) L’édition de Ruptures datée du 28 février analyse le projet de réforme de l’Etat à travers un entretien avec une syndicaliste CGT de la fonction publique. L’édition de mars reviendra sur les projets de réforme ferroviaire. Abonnez-vous sans attendre

https://ruptures-presse.fr/actu/reforme-sncf-spinetta-ue/

Réforme de la SNCF (2) : débats télévisés ou guets-apens pour syndicalistes ?

TRIBUNE LIBRE / par Frédéric Lemaire, Pauline Perrenot (ACRIMED)

Dans le premier volet de notre série sur le traitement médiatique du projet de réforme de la SNCF, nous évoquions l’accueil pour le moins favorable accordé aux grandes lignes du projet de mise en concurrence du transport ferroviaire, actuellement en préparation par le gouvernement. [Voir notre publication:  Réforme de la SNCF (1) : premiers tirs de barrage médiatiques]

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Nous revenons ici sur le traitement de ce dossier dans les débats télévisés. L’accueil réservé à la parole des cheminots et des syndicalistes sur les plateaux médiatiques confirme le diagnostic que nous posions au moment des mobilisations contre la Loi Travail : au cours de ces « débats », qui s’avèrent de véritables « tribunaux médiatiques », chroniqueurs et animateurs sont « durs avec les faibles, et faibles avec les puissants ».

Nous débutons cette revue des débats télévisés sur la réforme de la SNCF avec l’émission de débat emblématique de CNews, « L’heure des pros ». Le 20 février, Pascal Praud rassemble autour de la table Fabien Dumas, secrétaire fédéral Sud-Rail, Gérard Leclerc, éditorialiste politique CNews, Charlotte d’Ornellas, journaliste à Valeurs actuelles, Jean-Claude Dassier, présenté comme éditorialiste politique (!), nous y reviendrons, Jean-Louis Burgat, journaliste, et Clément Viktorovitch, docteur en science politique, spécialiste en rhétorique [1]. L’isolement de Fabien Dumas – qui ne pourra compter que sur le soutien ponctuel de Clément Viktorovitch – et l’hostilité avec laquelle il est accueilli se feront ressentir dès la présentation de l’émission par Pascal Praud :

C’est la grande réforme de la SNCF. Vous êtes contre a priori le changement (sic). Est-ce que le 22 mars vous serez en grève par exemple ? [...] Le spectre d’une grande grève de 1995 commence à planer. Est-ce qu’il est possible d’arriver dans un mouvement dur : pas de train pendant un mois ? […] C’est un enjeu pour les syndicats hein ? Il faut montrer que vous existez toujours.

Ou comment discréditer d’emblée, avant même que le sujet soit en « débat », le syndicaliste invité. Un ton que viendra confirmer la seconde entrée en matière de Pascal Praud :

Bon on parle de la SNCF ! [ ...] Réforme de la SNCF qu’on annonce « révolutionnaire » Alors moi j’ai retenu, vous allez me dire si je me trompe, trois choses qui ne me paraissent pas très révolutionnaires. La première, c’est le changement du statut de cheminot c’est ça qui est en cause [Fabien Dumas : La fin du statut.] La fin, bon… Vous avez, comment dire, l’emploi garanti à vie donc ça peut être remis en cause pourquoi pas. La deuxième chose, ça serait la fermeture des petites lignes non rentables. Et je citais l’exemple tout à l’heure de certaines lignes où il y a 30 voyageurs par semaine, donc là encore chacun pense ce qu’il en veut, mais 30 voyageurs par semaine, c’est vrai que ça pose question sur la ligne. Peut-être qu’il faut mettre un car ou autre chose qu’une ligne. Et la troisième chose, c’est l’ouverture à la concurrence. Nous sommes d’accord : c’est les trois choses sur lesquelles la réforme se met en place ? Ecoutez franchement ça ne me paraît pas très révolutionnaire votre affaire !

« Chacun en pense ce qu’il veut », mais Pascal Praud prend tout de même grand soin de minimiser les différents points de désaccord – et ce au gré d’un exposé que nous qualifierons d’indigent – tout en disqualifiant par avance les positions du syndicaliste. Du grand art d’éditocrate ! Durant le « débat », les questions du présentateur, l’hostilité voire l’agressivité des autres chroniqueurs en plateau, et de Jean-Claude Dassier en particulier, ne feront que dégrader les conditions d’expression et perturber les prises de parole de Fabien Dumas [2].

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La morgue voire le mépris de classe (en particulier de Jean-Claude Dassier) rendent impossible toute expression, tant on a l’impression que « dézinguer un syndicaliste » est devenu un véritable jeu médiatique. Si Fabien Dumas peut en théorie s’exprimer, il le fait au péril d’interjections intempestives, d’interruptions constantes et de prises à partie agressives, qui perturbent constamment son expression dans ce qui n’a plus lieu de s’appeler « débat » : le syndicaliste s’exprime 7’53 sur 23’53 d’émission et il est interrompu/coupé 66 fois, soit en moyenne une fois toutes les 7 secondes.

D’autres bénéficient en revanche de conditions d’expression optimales sur le plateau au moment de dérouler leurs éditos (tous favorables aux propositions Spinetta et manifestement hostiles aux positions syndicales). C’est notamment le cas de Charlotte d’Ornellas ou de Gérard Leclerc, qui réussit à expliquer combien le statut de cheminot est un privilège durant une minute sans être interrompu une seule fois.

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Spécialistes de ce « jeu » médiatique, les chroniqueurs ont l’habitude des plateaux et de leurs codes, et sont invités en leur qualité de… chroniqueur multicartes. Ainsi de Charlotte d’Ornellas, s’exprimant régulièrement sur tout et n’importe quoi dans cette émission comme dans l’hebdomadaire Valeurs actuelles ; ou encore de Jean-Claude Dassier, revenant des hautes sphères médiatiques et des débâcles judiciaires, qui pérore en qualité d’« éditorialiste politique » n’ayant pourtant aucune qualification particulière pour s’exprimer sur la réforme de la SNCF [3]...

Un « jeu » médiatique disions-nous donc, qui se double pour finir d’une suspicion constante envers le syndicaliste. Ainsi, et alors que ce dernier aborde le manque d’effectifs à la SNCF, notamment parmi les conducteurs de train, Pascal Praud n’en revient pas… et doute un peu :

- « M. Dumas, je ne peux pas vérifier ce que vous avez dit : vous maintenez qu’il y a mille propositions de [postes] de conducteurs de train [non pourvus] ? »

Et de reposer au prévenu la question un peu plus tard, le doigt levé :

- « Alors c’est toujours intéressant de vous écouter (sic) parce que vous êtes sur le terrain. Vous disiez cette chose absolument incroyable : mille postes qui ne sont pas pourvus, ce qui fait quand même sens. Mille postes de conducteur hein ! Moi je ne peux pas vérifier ce que vous avez dit hein, mais je vous fais confiance... »

Dommage que cette prudence n’ait pas « fait sens » très longtemps chez Pascal Praud. Si la mise à distance des propos est en soi une qualité journalistique à défendre, il serait bon que Pascal Praud en fasse usage à l’égard des affirmations de chacun de ses interlocuteurs. Car au moment où Jean-Claude Dassier affirme catégoriquement que la responsabilité de l’État à l’égard de la dette de la SNCF est « un prétexte des syndicats », on cherche encore l’intervention de l’animateur lui rétorquant qu’il « ne peut pas vérifier ce qu’il dit »… Tout à son autosatisfaction éditocratique, Pascal Praud n’est sans doute même pas conscient de cette pugnacité à géométrie très variable, comme il n’est pas conscient du déséquilibre abyssal des « échanges » qui ont cours sur son plateau, bien au contraire :

La parole circule le matin, c’est ça qui est intéressant. D’un côté il y a toujours des théories qu’on peut avoir, de dire « plus de rentabilité », « société anonyme », et puis il y a vos témoignages, ce que vous vivez sur le terrain. Et il y a confrontation forcément de ces idées, et chacun se fait son opinion.

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes… !

Mille et une merveilles du « modèle britannique » sur Arte

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Notre revue des débats télévisés se poursuit avec l’émission du 19 février de « 28 minutes » sur Arte. Elisabeth Quin et son équipe proposent un débat sur la réforme de la SNCF : « Peut-on tout changer sans dérailler ? » et là encore, la composition du plateau n’est pas équilibrée loin s’en faut : y figurent Jean-Marc Daniel, seul « expert » du plateau, farouche partisan de la privatisation (y compris dans l’Éducation nationale) ; Bruno Gazeau, président de la FNAUT (Fédération nationales des associations d’usagers des transports) et favorable à la mise en concurrence de la SCNF ; et enfin Charlotte Girard de la France Insoumise, opposée au rapport Spinetta.

Déjà désavantagée par la composition du plateau, Charlotte Girard va être sévèrement mise en difficulté par les deux animatrices de l’émission. Après quelques échanges introductifs, la chroniqueuse Nadia Daam dresse en quelques minutes une présentation enchantée du « modèle britannique » de privatisation du rail, basée sur un article du Monde, lui-même beaucoup moins caricatural. La journaliste retient le seul constat dressé par un ancien directeur d’une société privée : le « modèle » britannique de privatisation du rail serait une « success story ». Les premiers errements de la privatisation auraient été « corrigés » et « aujourd’hui on peut le dire, c’est très clairement un succès » sur tous aspects : satisfaction des usagers, rentabilité, sécurité, etc. Bref, le paradis ferroviaire.

Problème : ce constat est loin d’être largement partagé. Un article de La Tribune daté de janvier 2017 évoque ainsi le « déraillement » de la privatisation des chemins de fer au Royaume-Uni. Il relaie une étude selon laquelle près de deux Britanniques sur trois seraient favorables à une renationalisation du rail. Comme nous l’évoquions dans notre précédent article, d’autres émissions, comme C dans l’air sur France 5, n’ont quant à elles pas manqué d’évoquer le bilan catastrophique de la privatisation du rail en Grande-Bretagne : accidents multiples – plus de 70 morts entre 1995 et 2005 – retards fréquents, suppressions d’effectifs, coût exorbitant et particulièrement pour les passagers avec l’augmentation des prix (jusqu’à 300€ par mois pour un abonnement mensuel sur une ligne régionale contre 90€ auparavant).

Mais de tout cela, il ne sera pas question dans la présentation de Nadia Daam qui conclut en prenant à partie la représentante de la France Insoumise avec une certaine malice : « Charlotte Girard du coup est-ce que c’est tant un épouvantail que ça, cet exemple britannique, quand on voit ce qui marche, et comment on peut s’en inspirer ? » Alors que son interlocutrice tente de se défendre, les deux animatrices en rajoutent : « L’ouverture à la concurrence a eu des effets bénéfiques sur la qualité du service », rappelle Nadia Daam. « Les usagers sont satisfaits en Grande-Bretagne. Alors qu’en France 42 % sont mécontents », ajoute Elisabeth Quin. À la surprise de Jean-Marc Daniel, qui n’a plus grand-chose à ajouter : ce soir les deux avocates de la privatisation du rail étaient les animatrices de l’émission !

« Macron doit-il casser le service public ? »

Autre plateau, même ambiance. Celui de « 24h Pujadas » sur LCI, animé le lundi 19 février par Marie-Aline Méliyi. On peut dire que la présentation de l’émission annonce la couleur :



Les intervenants de l’émission sont, d’un côté, Dominique Bussereau, ancien ministre des Transports de Nicolas Sarkozy, Jean-Baptiste Djebbari, député LREM spécialiste des transports et Sophie Fay, du service économie de L’Obs, tous trois favorables à quelques nuances (ténues) près, à la libéralisation du rail ; de l’autre, Benjamin Amar de la CGT. Celui-ci va passer le temps de l’émission à se défendre (avec un certain panache) contre les trois autres invités, mais également face aux questions peu amènes de l’animatrice ainsi qu’aux charges des deux « témoins » invités dans l’émission. Excusez du peu…

L’émission commence – grand classique – avec une présentation à charge du statut « avantageux » des cheminots, qui « date de plus d’un siècle […] et qu’on a tenté de réformer une bonne dizaine de fois sans succès » : emploi à vie, retraite à 52 ans, nombre imposant de jours de congés… Autant de « privilèges » qui mériteraient cependant d’être nuancés (comme le note cet article sur le site de France info). Et qui mériteraient surtout de ne pas être exagérés… Car lorsque la journaliste annonce, avec un sourire entendu, que les cheminots ont « plus de vacances que les autres Français » elle évoque, dans un calcul qui donne le tournis, le chiffre surprenant de 164 jours de congés. Un chiffre gonflé à l’envi, mais qui circule depuis longtemps sur les plateaux, si l’on en croit cette démonstration de Libération datée de 2016.



Bref, le message est passé dès l’introduction : les cheminots sont des nantis [4]. Le débat démarre alors sur les chapeaux de roue avec une question à peine orientée de l’animatrice : « Sur le constat, est-ce que vous êtes tous d’accord pour dire que l’entreprise est au bord du gouffre, raison de plus pour tout transformer, ou au contraire est-ce qu’il ne faut rien changer ». La réforme (libérale) ou le néant, le refrain bien connu sera développé au fil de l’émission. Florilège des échanges de l’animatrice avec Benjamin Amar :

- « Laissons parler la dette, est-ce que c’est une entreprise qu’il faut réformer ? »
- « On pourrait vous rétorquer que le monde a changé, que les privilèges ne se justifient plus. »
- « Mais est-ce qu’on peut continuer comme avant ? »
- « Mais est-ce que vous pensez avoir le soutien de l’opinion publique ? »
- « On sait qu’à chaque fois que les prédécesseurs d’Emmanuel Macron ont tenté de s’attaquer à une réforme de la SNCF, ils ont dû affronter des blocages, est-ce que la SNCF est une entreprise irréformable ? »
- (à un sondeur) « Est-ce que ça veut dire que les Français sont mûrs pour la réforme envisagée par le gouvernement ? »


Le déséquilibre du plateau étant encore vraisemblablement insuffisant, les « témoins » qui interviennent ponctuellement dans l’émission vont ajouter de nouvelles attaques contre Benjamin Amar. Le premier est un « représentant des usagers de la ligne Paris-Chartres » qui se lance dans une surprenante charge contre les petites lignes « peu rentables », défendues par Benjamin Amar, qui priveraient les lignes plus importantes des investissements nécessaires. Mais ce n’est rien à côté du second « témoin » qui verse carrément dans la caricature. Présenté comme entrepreneur, essayiste, et auteur d’un post de blog au titre évocateur : « Les cheminots CGT principaux ennemis de la sécurité sociale », le témoin s’en prend à la SNCF, à ses salariés, et même aux chibanis... On croit rêver.

Enfin pour les téléspectateurs qui n’auraient pas saisi le propos de l’émission, les bandeaux donnent également le ton…



Le retour des « prises d’otage »

Le 26 février, soit une semaine plus tard, David Pujadas remet le couvert avec un plateau à l’image du premier… si ce n’est pire ! L’invité ? Louis Gallois, ayant « dirigé la SNCF pendant 10 ans », selon les mots de David Pujadas, ce qui inspire au présentateur le commentaire suivant : « sa parole est respectée ».

En plateau, Bruno Poncet, secrétaire fédéral Sud-Rail, défendra seul un point de vue contre la réforme. Les trois autres invités (voir le détail en annexe) seront en effet unanimes : unanimes pour « réformer » coûte que coûte, unanimement pour les ordonnances, qui ne relèvent selon eux pas d’un passage en force et qui seront mises en place « si les gens ne prennent pas leurs responsabilités » (Emmanuelle Ducros), unanimes enfin contre les « privilèges » et les « avantages » des cheminots vénaux !

Même type de débat, mêmes effets : le pluralisme est piétiné. Il l’est même doublement quand, en plus de l’unanimisme de trois invités sur quatre, David Pujadas choisit deux questions de téléspectateurs allant strictement dans le sens des trois invités défendant la réforme...



On croit rêver… Et pourtant ce n’est pas terminé. François de Closets se livre à une longue tirade qui résume à elle seule l’ambiance sur le plateau :

Lorsqu’une corporation a un avantage, c’est pas parce qu’elle est utile, c’est pas parce qu’elle est malheureuse, c’est parce qu’elle fait peur ! En France on ne rémunère que le pouvoir de nuisance. Et si les cheminots ont aujourd’hui ce statut, ce n’est pas parce qu’ils sont compétents ou dévoués, ce qu’ils sont, c’est parce qu’ils ont la possibilité grâce au monopole ferroviaire de bloquer le pays, et qu’ils font peur. C’est tout ! Tout le reste, c’est du pipeau ! Et aujourd’hui quand on est en train de parler du problème du statut, en arrière-plan, il y a la grève, la grève ! Et vraiment, si la France doit faire un mois de grève pour cette histoire de statut, c’est scandaleux pour qui aime la France. […] Quand je pense qu’on nous parle d’un mois de grève pour la France ! […] Voyez ce que sont ces rigidités ! […] Dans la mesure où ça bloque et ça interdit à la France d’entrer dans l’avenir, c’est terrible !

Et de poursuivre sa tirade en fustigeant les syndicats qui menaceraient de « prendre en otage les Français » :

Vous savez très bien que si vous, pardon les syndicats, menacent de nous prendre en otage dans des conditions scandaleuses, c’est uniquement pour défendre leur statut, et pas pour défendre le service public ! […] C’est scandaleux de même envisager de prendre dans ces conditions les Français en otage !

On le sait, la « prise d’otage » est une accusation récurrente dans les grands médias pour dénoncer les mobilisations sociales. Cette fois-ci, son caractère outrancier tombe particulièrement mal, puisque Bruno Poncet a lui-même été victime d’une prise d’otage, comme il s’en explique :

N’employez jamais le mot de preneur d’otages [Ah ! bah si, je le prends et je me sens pris en otage !] Non, non ! Moi j’ai été pris en otage pendant une heure et demie, je peux vous garantir, ça n’a rien à voir avec être bondé dans une voiture de voyageurs quand il y a une grève. Il y a des mots à employer surtout à votre âge et je pense que vous devriez faire attention aux mots que vous employez. Beaucoup de gens l’emploient, c’est pas si facile à entendre ! […] Moi j’étais au Bataclan donc moi aujourd’hui les discussions de preneurs d’otages et de terroristes, je sais ce que c’est. Autour de cette table où on parle du statut des cheminots, je trouve que c’est un peu déplacé [5].


***


En résumé, sur CNews, Arte ou LCI, on assiste aux biais classiques, exacerbés ici, des débats télévisés en période de mobilisations sociales, avec des mécanismes qui sont sensiblement les mêmes à chaque fois. Les représentants syndicaux ou leurs soutiens [6], simples cautions journalistiques servant à marquer le souci du terrain (dans le meilleur des cas), ou alibis pluralistes destiné à jouer le rôle de punching-ball (dans le pire des cas), évoluent dans des dispositifs particulièrement hostiles.

Au programme : présentations des faits tronquées (qu’il s’agisse du modèle britannique ou du statut des cheminots), des plateaux déséquilibrés au niveau des invités (avec souvent le rôle « d’expert » réservé à des économistes à gages) et surtout un ton général d’hostilité à l’égard des trouble-fête de la « réforme » qui ont droit à l’irrévérence des journalistes, tandis que les membres de la majorité et leurs soutiens sont traités avec une grande complaisance.

Les contraintes générales des formats « débat » empêchent une vraie circulation des propos et le développement d’une pensée critique, tant les animateurs ne jouent pas leur rôle de répartiteur de parole – quand ils n’endossent pas tout simplement celui d’éditocrate – et tant la présence en plateau de quatre, voire cinq invités parfois, réduit considérablement le temps des interventions, du reste sans cesse interrompues.

Bref, ces plateaux télévisés se présentent comme des « débats », mais fonctionnent en réalité comme de véritables guet-apens. Ce constat s’ajoute à celui de notre précédent article sur la couverture favorable de la réforme de la SCNF par la presse et les JTs. Et ce n’est pas terminé ! Interviews en forme d’interrogatoires, experts à gages, nous poursuivrons notre série sur la réforme de la SNCF dans de prochains articles…


Pauline Perrenot et Frédéric Lemaire


Post-scriptum : Jamais deux sans trois ! Au moment où nous finissions d’écrire ces lignes, David Pujadas consacrait une troisième émission à la réforme de la SNCF (le 27 février). Et ça monte en puissance :



L’invité principal était Christophe Castaner [7]...


Annexe : LCI le 26 février, un plateau encore bien équilibré

En plus de Louis Gallois et de Bruno Poncet, trois autres invités de choix étaient présents sur le plateau de 24h Pujadas le 26 février. François de Closets d’abord, que Pujadas présente en ces termes :

François de Closets, vous êtes journaliste et essayiste et auteur de ce livre dont voici l’édition originale, l’édition d’époque ! Toujours plus !, 1982, où vous dénonciez et listiez, François, ces petits ou grands privilèges, ces petits ou grands avantages, et où vous faisiez la liaison avec le pouvoir de nuisance de ceux qui en bénéficiaient , et où se trouvaient bien entendu les cheminots et leur statut si particulier.

Toujours plus en effet… On ne saurait que trop conseiller à David Pujadas de penser à renouveler ses lectures ! Autre invité, François Ecalle que le présentateur introduit ainsi :

François Ecalle, ancien magistrat de la Cour des comptes, spécialiste des finances publiques, fondateur du site Fipeco dédié aux finances publiques. Et on vous a invité parce qu’il y a une dizaine d’années, vous aviez rédigé, vous aviez supervisé un rapport sur la SNCF qui reprenait pour l’essentiel ce qui est dit aujourd’hui dans le rapport Spinetta qui inspire les arbitrages du gouvernement.

Cerise sur le gâteau, c’est une journaliste de L’Opinion qui est invitée, Emmanuelle Ducros, très favorable au gouvernement et à la réforme. Un enthousiasme qu’elle a eu tout le loisir d’exprimer dans son article « En voiture ! À Édouard Philippe, la concurrence reconnaissante » (27 février) et débutant ainsi : « Les nouveaux entrants sur le marché du ferroviaire se réjouissent de voir le gouvernement prendre le dossier ferroviaire à bras-le-corps ».

http://www.acrimed.org/Reforme-de-la-SNCF-2-debats-televises-ou-guets

Le jury de l'ENA décrit des candidats moutonniers, incapables de penser par eux-mêmes

En 1967, Jean-Pierre Chevènement pointait dans un essai offensif les membres de "l'énarchie" comme des "mandarins de la société bourgeoise". Un demi- siècle plus tard, sans aller jusque-là, l'Ecole nationale d'administration - la fameuse ENA - se préoccupe enfin de la question du conformisme de ses étudiants. Ses craintes transpirent du rapport publié par l'école faisant le bilan de son concours d'entrée 2017.

ARG CONFORMISME

Coordonné par la préfète Michèle Kirry, le jury y dresse sans langue de bois un bilan des épreuves écrites et orales sur lesquelles ont planché les 1.368 candidats aux différents concours d’entrée à l'ENA. Et le bilan n'est pas rose, malgré le haut degré d'exigence requis pour intégrer l'institution qui donne accès aux postes les plus prestigieux de la haute fonction publique.

Uniformité et références hors-sol

Concernant l'épreuve de droit, le jury pointe ainsi "une certaine unicité de vues entre les candidats", et même une "frilosité" qui empêcherait les aspirants énarques de "proposer une réflexion, une vision personnelle du sujet". Les correcteurs relèvent l'uniformité des candidats, qui préparent quasiment tous les concours dans les mêmes établissements, utilisent les mêmes références… et régurgitent donc les mêmes connaissances lors des épreuves. En clair : des clones ânonnant une pensée unique. "D’une manière générale et très regrettable, les candidats ont fortement tendance à construire leur devoir à partir de fiches toutes préparées par thèmes", regrette le jury, qui se désespère de "traquer l'originalité comme une denrée rare", alors que les candidats ambitionnent de devenir l'élite administrative de la nation.

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Parfois, les correcteurs s'amusent même du caractère monochrome des copies : ils croient parfois trouver une référence sortant du lot… "jusqu'au moment où elle apparaît dans les mêmes termes sous la plume de plusieurs candidats, trahissant la fiche de lecture". Lors de l'épreuve de questions européennes, pas moins de cinq individus ont ainsi utilisé l'interrogation de Henry Kissinger : "L'Europe, quel numéro de téléphone ?". Sauf que plusieurs se sont montrés "ensuite incapables d'expliquer et de justifier leur affirmation" !

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Peut-être craintifs à l'idée de froisser le jury d'une école déjà réputée pour son conformisme, les candidats à l'ENA ont également été très prudents à l'heure de donner leur avis sur les sujets pourtant éminemment politiques qui leur ont été soumis. Jusqu'à totalement escamoter l'actualité lors de l'épreuve de questions contemporaines, qui portait pourtant sur un sujet tout chaud : la confiance envers les pouvoirs publics. Il en ressort l'impression que "le candidat [imagine] la copie idéale comme un texte éthéré, où n'apparaîtraient surtout pas les sujets délicats", poursuit la préfète, qui parle "d'autocensure".

CICE, Europe, voies sur berge... ils pensent tous pareil

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Cela ne surprendra peut-être pas mais les candidats ont également fortement rechigné à critiquer le crédit d'impôt en faveur des entreprises mis en place par François Hollande… "Il est tout à fait possible de penser et d'écrire [...] que le bilan du CICE est très en deçà des ambitions d'origine ou même que l'accorder à toutes les entreprises sans s'assurer de son utilisation a été une erreur", se voient obligés d'insister les membres du jury ! Même tendance à l'uniformité au moment de traiter l'Union européenne, considérée par les candidats "comme un ordre établi qui ne pourrait être différent". Lors de l'oral consacré à des questions d'actualité, "la fermeture des voies sur berge a quasi systématiquement donné lieu à une réponse d'adhésion totale, sans prise en compte des inconvénients possibles", regrettent encore les examinateurs. Pas de quoi modifier l'image d'une technocratie hors-sol…

FA ENTR

Pour remédier à ces problèmes, le jury indique qu'il a choisi de mettre en avant les critères d'authenticité, de sincérité et de sens critique dans sa sélection des 80 lauréats du concours. "Une tête bien faite valant mieux, dans tous les univers professionnels et sous tous les cieux, qu’une tête trop pleine", le jury explique avoir privilégié les individus capables de penser par eux-mêmes plutôt que des singes savants de la technocratie. Et Michèle Kirry d'exhorter les ambitieux voulant intégrer l'ENA à l'avenir au "courage qui consiste à faire une analyse personnelle", loin des "raisonnements formatés". Allez, les futurs énarques : courage, pensez !

Hadrien Mathoux

https://www.marianne.net/societe/le-jury-de-l-ena-decrit-des-candidats-moutonniers-incapables-de-penser-par-eux-memes

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Il aurait été souhaitable que le jury mette plus tôt en pratique ces critères "d'authenticité", cela nous aurait peut-être épargné bien des déconvenues, cela nous aurait peut-être valu de nombreux "Asselineau" et cela nous aurait certainement évité un jupiteux ! S.R.

Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
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