samedi 3 mars 2018

Entretien spécial Guyane – Retour sur la campagne de Georges Mignot, le candidat UPR de la 2ème circonscription.

François Asselineau et Vincent Brousseau sont en Guyane pour soutenir la candidature de Georges Mignot, le candidat UPR de la 2e circonscription de Guyane pour les élections législatives partielles.

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Dans ce bref entretien, François Asselineau revient sur les derniers jours de la campagne.

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SNCF: Macron et les médias ciblent les cheminots, l’UE prépare la privatisation

TRIBUNE LIBRE / Sputnik

TL SNCF SPUTNIK

Depuis les annonces du Premier ministre, le débat sur la privatisation du rail se cristallise autour du sort des cheminots. Un traitement politico-médiatique qui éclipse totalement les enjeux derrière cette privatisation, exigée par Bruxelles, à savoir les questions de souveraineté nationale et d’un modèle de service public, aujourd’hui en sursis.

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69% des Français favorables à la fin du statut des cheminots, à en croire le résultat d'un sondage Harris interactive pour RMC et Atlantico, publié le 27 février. Un constat sans appel qui contraste avec le discours des syndicats, qui dénoncent un «passage en force» depuis l'annonce des principales mesures de la réforme du rail par le Premier ministre et notamment le recours aux ordonnances et la suppression du statut de cheminots pour les nouvelles recrues de la SNCF.

«Il va sans doute falloir un mois de grève», déclarait au Parisien quelques heures après l'annonce des mesures, Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots. «Nous allons relever le défi. On est sûrement partis pour l'un des plus importants mouvements sociaux de l'histoire de la SNCF». «Je ne laisserai personne cracher à la figure des cheminots» avertissait le même jour dans une interview aux Échos Laurent Berger, Secrétaire général de la CFDT. Ce même Laurent Berger, qui le premier mai dernier appelait à «mettre un bulletin de Monsieur Macron dans l'urne» afin de faire barrage au Front national.

La base semble aussi mobilisée, si l'on en croit cette jeune conductrice de train, interrogée par BFMTV: «on se battra pour défendre notre métier et défendre les conditions de travail!».

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La mobilisation promet donc d'être massive et particulièrement lourde pour les usagers. Il faut dire que c'est une occasion en or pour les syndicats de montrer qu'ils ne sont pas en perte de vitesse, comme de nombreux observateurs ont été tentés de les présenter depuis la réforme du Code du travail —elle aussi passée à coups d'ordonnances sur fond de faible mobilisation.

Cependant, cette ultramédiatisation du bras de fer qui s'annonce, le recentrage de la couverture médiatique de cette fameuse «réforme du rail» autour de la seule question des cheminots provoque deux choses:

1) Elle crée un consensus autour de la réforme de la SNCF- et derrière elle de tout le rail français- via sa personnification en une catégorie de fonctionnaires mal-aimée d'une majorité de Français

2) Elle élude des points bien plus importants liés à notre souveraineté nationale, à savoir le poids de Bruxelles, ainsi que la survie du modèle des services publics dans notre pays, tous appelés à subir le même sort que la SNCF.

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Ainsi, si beaucoup connaissent le nom de Bolkestein, l'ancien Commissaire européen au Marché intérieur, récemment décrié dans le cadre de la directive des travailleurs détachés (ou directive Bolkestein) à laquelle Emmanuel Macron a tenté de s'opposer, qui en France connaît le «règlement van de Camp-Dijksma»? Un directive qui porte le nom des deux eurodéputés néerlandais, Wim van de Camp, membre du parti Appel Chrétien Démocrate, ainsi que Sharon Dijksma, issue du Parti Travailliste néerlandais, qui ont «mené les négociations sur l'acte [sur l'ouverture du marché des services nationaux de transport de voyageurs par chemin de fer, ndlr] au nom du Parlement et du Conseil respectivement» comme le souligne le site du Parlement européen.

Difficile en effet d'estimer la proportion de Français qui ont pleinement conscience que la «libéralisation du marché du transport des passagers» est une exigence de la Commission européenne, avalisée par le Parlement européen en décembre 2016. La France ayant donc, comme tous ses voisins européens, jusqu'en 2019 pour ouvrir son rail aux compagnies privées tant françaises qu'étrangères, ce qui devrait se traduire par la mise en circulation de trains de compagnies privées sur les lignes TGV dès 2020 et TER d'ici 2023.

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Nous ne sommes, certes, encore qu'au début du processus devant aboutir à la réforme… Néanmoins, force est de constater que ces deux dernières semaines, rares sont les articles qui ont explicitement évoqué l'origine communautaire de cette réforme: Libération le 15 février, Le JDD le 22 février, ou encore Les Échos le 27 février, dans l'une de ses tribunes.

Pour autant, ce recentrage d'une actualité très européenne autour des seuls cheminots est-il injustifié? Si on peut y voir une occasion pour le gouvernement et le chef de l'État de faire avaler la pilule aux Français, c'est notamment parce que les cheminots ont mauvaise presse. En effet, qui n'a jamais eu des difficultés dans son travail- ou même d'embauche- à cause des retards et mouvements sociaux? Une exaspération visible lors de chaque mouvement social, face à laquelle les Français semblent faire preuve de beaucoup de résilience —voire de résignation.

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Une «prise en otage», systématique et assumée par les cheminots afin de faire pression en faveur de leurs propres avantages sociaux (dont la retraite à partir de 50 ans) et qui aujourd'hui pourrait bien leur avoir mis un pied dans la tombe.*

On note en effet que la Commission européenne, dans la préparation du «4e paquet» de sa réforme- hormis les questions de performance relevant «des écarts considérables» entre «l'efficacité opérationnelle» des systèmes ferroviaires nationaux- s'appuie sur une étude d'opinion réalisée en 2012 (Eurobaromètre) auprès des citoyens de l'Union à l'égard de leurs chemins de fer nationaux et selon laquelle 54% des sondés «ne sont pas satisfaits de leurs systèmes de transport national et régional par chemin de fer».

Autre point sur lequel s'alarme l'organe exécutif européen: le déficit de «nombreuses entreprises ferroviaires», ayant par conséquent des «besoins de financement public nettement supérieurs à ceux d'autres secteurs économiques (si on laisse de côté le financement des infrastructures).» Difficile de ne pas penser au 47 milliards d'euros de dette de la SNCF. Deux fois plus que l'italien Trenitalia, qui avec son gestionnaire d'infrastructure (RFI), culmine à 20 milliards d'euros, un niveau assez proche des espagnoles Renfe et Adif (16,5 milliards) ou que les 17 milliards d'euros de l'allemande Deutsche Bahn et de DB Netze Track. Des entreprises allemandes régulièrement érigées en modèle, tant au niveau de la reprise de dette par l'État ou de la séparation entre opérateurs ferroviaires et gestionnaires d'infrastructures. Bons élèves, les belges avec à peine 3 milliards d'endettement entre Infrabel et SNCB.

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Un endettement —même des meilleurs- qui en dit long sur la nécessité de soutien par les pouvoirs publics à un mode de transport difficilement comparable —comme le fait la Commission- aux autres modes de transport, dont l'aérien. En effet, plus que la voiture ou l'avion, le train fait indéniablement figure de colonne vertébrale en matière d'aménagement du territoire. Un moyen de locomotion historiquement assuré par l'État et sur lequel des gens modestes peuvent compter lorsqu'ils n'ont pas les moyens de recourir à un autre moyen de transport. Un fait qui s'illustre dans la préconisation du rapport Spinetta —rejetée par le gouvernement- de couper dans les 200 «petites lignes.»

Ainsi, au-delà de la gestion budgétaire, s'il est pour l'heure hasardeux de s'avancer sur les conséquences concrètes qu'aura cette réforme européenne sur les tarifs ou la qualité de service pour les… clients (et non plus «usagers»), on peut toutefois s'intéresser à un autre de nos «voisins européens», qui n'apparaît plus depuis longtemps dans les comparatifs dressés par les journalistes.

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En effet, un pays de l'UE —officiellement jusqu'en 2019- a précédé tous ses voisins en termes de privatisation du rail: le Royaume-Uni. Comme le soulignait un article de La Tribune en janvier 2017, depuis la privatisation du réseau en 2010 et l'apparition d'opérateurs ferroviaires privés, les Britanniques ont vu leur budget transports exploser de 27%. Comme le soulignait le journal économique et financier, pour se rendre simplement sur leur lieu de travail, les Britanniques dépensent «14% de leur revenu mensuel, très exactement, contre 2% pour les usagers de l'Hexagone

Une augmentation des tarifs qui ne s'est pas accompagnée d'une augmentation de la qualité des services ou de la ponctualité des trains, bien au contraire. Le tout pouvant s'expliquer de manière tout à fait rationnelle d'un point de vue économique: la recherche d'une réduction des coûts afin de maximiser les profits. Des trains en partie opérés par des opérateurs étrangers, dont Keolis, filiale de la SCNF.

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En conclusion, si la fréquence des trains et leurs tarifs risquent de changer pour les voyageurs dès 2020, pour les contribuables la situation restera la même. Avec d'une part une reprise par l'État de la dette de la SNCF (qui continuera d'exister en tant qu'entité publique et opérera sur le réseau au milieu de ses concurrents privés) et d'autre part l'entretien du réseau ferré dont la charge restera à l'État.
S'ajoute à cela les cheminots, car si la réforme de leur statut ne concerne potentiellement que les futures embauches, les pensions de retraite des cheminots d'aujourd'hui et d'hier demeureront logiquement à la charge de l'État.

Contrairement à ce qu'avait affirmé Philippe Martinez, patron de la CGT, le régime spécial des cheminots n'est pas «excédentaire». Comme le soulignait en septembre 2017 Géraldine Woessner dans une chronique au micro d'Europe 1, «l'État a du allonger l'an dernier 3,3 milliards d'euros pour payer les pensions des anciens cheminots et de leurs familles. Cela représente près de deux tiers de toutes les pensions versées. C'est simple, les cotisations ne représentent que 37% des recettes du régime, tout le reste ce sont vos impôts!» Un point qui n'est pas près de changer, privatisation du rail français ou pas.

https://fr.sputniknews.com/france/201802281035328783-france-sncf-macron/

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*"Une «prise en otage», systématique et assumée par les cheminots afin de faire pression en faveur de leurs propres avantages sociaux" : le terme PRISE EN OTAGE  a été repris inlassablement par les médias pendant des années afin de disqualifier les professions protégées par des acquis sociaux issus du Conseil national de la Résistance et des luttes sociales. L'objectif était de diviser les salariés au nom d'une prétendue "égalité" contre les "privilèges" de certains, égalité conçue bien évidemment comme un alignement vers le bas. Dans le même temps, pas question de mettre en cause les privilèges, bien réels ceux- là, d'autres catégories sociales...Opération d'autant plus réussie que les syndicats se sont effectivement peu souciés des répercussions très négatives de leurs grèves sur des catégories de travailleurs progressivement en situation de précarité extrême. Une stratégie étroitement corporatiste complémentaire, au final, de la stratégie des gouvernements successifs de division et d'éclatement des solidarités interprofessionnelles. Il en va de même pour la visibilité de l'origine "européenne" des réformes: les syndicats se sont abstenus pendant des années de désigner les vrais responsables: la Commission européenne et la mise en application des traités, et notamment du Traité de Lisbonne. Avec la complicité des gouvernements de droite comme de gauche, et, bien entendu, des médias!

Aucune raison de changer de stratégie pour tous ces serviteurs de la "construction européenne".

P.G.

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[RussEurope en exil] SNCF : vers le retour au XIXème siècle ?

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir

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L’engagement du Président de la République et du gouvernement dans la « réforme » de la SNCF soulève de nombreuses questions. Cet engagement a été précédé de la publication du très provocateur « rapport Spinetta » sur l’avenir de la SNCF. Au-delà de la question du « statut », qui est naturellement posée, on ne peut être que surpris, et choqué, par la méthode employée par Emmanuel Macron et Edouard Philippe, qui consiste à opposer une catégorie à une autre (comme on le voit avec la réponse faite par le Président au Salon de l’Agriculture) ou par le recours aux ordonnances. Même si le Président et le Premier-ministre ont pris leurs distances avec le rapport Spinetta, sa philosophie globale continue d’inspirer leurs actions.

L’obsession financière ou la myopie du rapport Spinetta

Le premier point qui ressort des débats sur l’avenir de la SNCF est celui de la dette tant de la SNCF que de RDF (le réseau). Celle-ci est très importante, et elle contraint la SNCF à payer environ 1,5 milliards d’euros par an aux banques. Mais, l’origine de cette dette tient à des choix imposés par les gouvernements à la SNCF et en particulier celui de recourir à un « Partenariat Public-Privé » pour la construction de nouvelles lignes de TGV dans des conditions financières qui ont été véritablement désastreuses. Si la dette accumulée est bien un problème, la responsabilité de cette dernière n’est nullement celle de la SNCF.

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Car, la décision du gouvernement de mettre l’essentiel des investissements sur les lignes TGV était elle-même très discutable. Il a fallu attendre l’accident de Brétigny-sur-Orge, le 12 juillet 2013, pour que cette politique d’investissement commence à être remise en cause. Cette politique conduisait à favoriser les classes aisées, les « gagnants de la métropolisation », en leur fournissant un transport efficace et rapide entre les grandes métropoles (Paris, Lyon, Marseille, Lille, Strasbourg, Bordeaux) au détriment de la desserte des lignes secondaires et de la circulation à l’intérieur des métropoles. Il en résulte d’ailleurs une dégradation très significative de la ponctualité pour les transports intra-régionaux. Ainsi, 63% des pertes de temps dues à des retards concernent les voyageurs de la région Île de France[1].

Par ailleurs, si les Français considèrent qu’ils ne sont pas mal lotis en matière d’infrastructures de transport, ceux qui vivent en zone rurale en particulier ont le sentiment d’être “un peu trop loin de tout” et d’avoir été oubliés par les pouvoirs publics[2].

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En mettant l’accent sur la rentabilité financière, le « rapport Spinetta » oublie l’essentiel, ce qui fait d’ailleurs l’essence même des transports publics, c’est la question des externalités positives, décrites par deux économistes britanniques de la fin du XIXème siècle et du début du XXème, Alfred Marshall et Arthur Cecil Pigou. Les externalités peuvent être d’ailleurs tant positives que négatives. C’est le problème de la pollution. Elles renvoient au fait suivant : lors d’une opération économique entre deux agents A et B, si cette opération a des effets sur un troisième agent, que l’on nomme C, et ce sans qu’il y ait transaction monétaire ou ni passation d’une convention d’échange entre A et C ou entre B et C, voire sans intentionnalité de la part de A et de B d’avoir un impact sur C, on dit qu’il y a création d’une externalité. Si l’effet produit s’opère au détriment de C on dira qu’il s’agit d’une externalité négative. Si du fait de la transaction entre A et B, l’agent C voit augmenter son bien-être, sa richesse, ses possibilités d’action, de connaissance, ou encore s’améliorer son environnement, on dit qu’il y a création d’une externalité positive[3].

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Or, il est clair qu’en mettant, du moins théoriquement, à la disposition du plus grand nombre un moyen de transport fiable, efficace et rapide, les chemins de fer ont des externalités positives considérables, en ceci qu’ils permettent le développement d’entreprises et d’activités dans des régions où spontanément elles ne s’installeraient pas sans cela. Pigou, qui était pourtant un libéral, et un économiste qui a maintenu une longue polémique (amicale) avec Keynes, tirait de son raisonnement pourtant la nécessité de dépenses publiques. Il considérait, à juste titre, que là où il y a des externalités (positives ou négatives) l’utilité au niveau de la société ne saurait être égale à la somme des utilités individuelles des agents[4].

On voit pourquoi opposer « ceux qui prennent le train » à ceux qui ne le prennent pas, ou encore dire, comme le font les ministres de ce gouvernement, que la SNCF coute telle ou telle somme au français est un non-sens économique. Monsieur Spinetta et ces ministres devraient être condamnés à relire trois fois les œuvres de Pigou pour réparation de leurs méconnaissances des mécanismes économiques.

Les externalités en action

Ces externalités sont d’autant plus importantes que le train est, par comparaison à la voiture, un moyen de transport à la fois moins polluant et plus sûr, et qu’il est par rapport à l’avion (sur des distances de moins de 1000 km) un peu plus sûr et toujours moins polluant.

Or, nous constatons deux choses. D’une part les Français passent en moyenne 7h12 à se déplacer selon une enquête réalisée par l’Observatoire européen des mobilités, enquête auprès de plus de 10.000 Européens dans 10 pays, dont 1.000 Français. C’est 2h23 de moins que la moyenne des Européens. Cela montre l’efficacité des transports publics. D’autre part, et cela surprend, la voiture reste le moyen de transport privilégié dans l’Hexagone, et même plus qu’ailleurs : 67% des français (contre 61% pour la moyenne européenne) l’utilisent pour se rendre sur leur lieu de travail ou d’études, 86% (contre 73%) pour aller faire leurs courses alimentaires importantes et 69% (contre 56%) pour emmener leurs enfants à leurs activités quotidiennes. En fait, le train a régressé en part de marché par rapport à la route de 1970 à 2011. Si la part du train reste encore supérieure à ce qu’elle est en Allemagne ou en Grande-Bretagne, elle est très inférieure à ce qu’elle est en Suisse ou au Japon.

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Source: OCDE

De même, pour le transport de marchandises, la part du rail par rapport au camion est passée de 50% à 16%. Or ceci a un coût en termes de pollution mais aussi d’accidents de la route, et ce coût, bien entendu, n’apparaît nullement dans le rapport Spinetta ou d’autres rapports de ce type.

Pourquoi en est-il ainsi ? On peut répondre précisément pour le transport de voyageurs. Pour 43% des Français interrogés – contre 35% pour la moyenne européenne – il est difficile d’utiliser les transports en commun de proximité. Cela résulte d’un mauvais maillage du territoire, de l’abandon de certaines lignes, ou des fréquences de passage qui sont trop faibles. En effet, 48% des personnes interrogées invoquent des destinations mal desservies, tandis que 23% d’entre elles mettent en avant des arrêts de transport en commun trop loin de chez eux et 39% des fréquences de passage trop faibles. Ceci est le résultat de la fermeture des lignes secondaires, une logique que le gouvernement entend poursuivre, mais en la dissimulant. En effet, Edouard Philippe a bien dit qu’il n’était question pour l’instant de supprimer des lignes, mais de les transférer aux régions. Or, ces dernières sont déjà confrontées à des problèmes importants de financement. On voit bien quelle est la logique globale de l’opération.

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Ceci met en lumière la dimension de ségrégation sociale, au profit des « grandes métropoles » et de leurs habitants les plus riches, qui se révèle dans cette politique. En effet, 27% des personnes interrogées ont le sentiment d’être “un peu trop loin de tout”. Le chiffre monte même à 46% pour ceux qui habitent en zone rurale. La politique du gouvernement organise bien, directement ou indirectement, la ségrégation des territoires. Mais, elle organise aussi la ségrégation sociale. Ainsi, les jeunes (32% des 18-24 ans) et les personnes aux revenus modestes (26%) sont également les plus concernées[5].

Une politique européenne ?

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On doit alors s’interroger sur la responsabilité de l’Union européenne dans cette politique. En mettant en place la concurrence entre les sociétés de chemins de fer, elle accélère, par la logique du profit immédiat, l’ensemble des caractéristiques néfastes des choix des gouvernements depuis ces trente dernières années. Pour que la politique ferroviaire puisse inclure les effets d’externalités que l’on a soulignés, mais aussi pour qu’elle puisse jouer son rôle dans l’aménagement du territoire et le développement équilibré des régions, elle doit être nationale. Mais, de cela, l’UE ne veut plus. Elle se trouve d’ailleurs en contradiction avec elle-même, car si elle incite à cette forme de privatisation du chemin de fer, elle prétend aussi rechercher des modes de transports moins polluants. Comprenne qui pourra ! En fait, c’est bien une hypocrisie manifeste à laquelle nous sommes confrontés.

MONTAGE REFORMES TERRITORIALES

Chaque région, et on le comprend, verra midi à sa porte. Par ailleurs, les moyens financiers des régions sont limités. Dès lors, ces régions n’auront pas d’autres solutions que de passer du train à l’autocar (bonjour la pollution et les risques d’accidents), ou de réduire encore plus les fréquences de passage. Mais ceci met en place un cercle vicieux. En effet dans un système de transport en réseau, la « demande de transport » (i.e. le nombre potentiel de passagers) est une fonction croissante de l’offre (autrement dit de la fréquence) et non, comme le supposent implicitement tous ces politiques qui n’ont jamais ouvert un ouvrage sur l’économie des transports, l’inverse !

Le modèle économique qui sous-tend la réforme d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe, et ceci sans même parler de la question du statut des cheminots (qui pourtant s’impose pour les personnels roulants et de maintenance), est un modèle du passé. Car, la concurrence dans le rail a existé au XIXème et au début du XXème siècle. Le développement économique de la France dans années d’après-guerre s’appuyait justement sur une logique d’emblée nationale des transports, logique qui s’appuyait sur le monopole public. En cherchant à briser ce modèle, à imposer sur les lignes à grand trafic une concurrence, quitte à laisser les régions se débrouiller avec leurs lignes en apparence déficitaire, MM Macron et Philippe nous ramènent au XIXème siècle, et cela sous un discours qui ne parle que de progrès et d’avenir.

Rarement on aura vu une telle mauvaise foi, combinée avec un tel mépris pour les règles économiques (comme le principe d’externalité), dominer la politique du pays.

[1] http://www.qualitetransports.gouv.fr/IMG/pdf/presentation_d_alain_sauvant_aqst_.pdf

[2] https://www.infrastructurefrance.fr/2017/05/27/les-transports-une-fracture-sociale-et-territoriale/

[3] http://www.multitudes.net/Les-externalites/

[4] Pigou, A.C., The Economics of Welfare, Londres, Macmillan, 1920 (première édition).

[5] https://www.infrastructurefrance.fr/2017/05/27/les-transports-une-fracture-sociale-et-territoriale/

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-sncf-vers-le-retour-au-xixeme-siecle-par-jacques-sapir/

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Ici, Sapir semble minimiser la responsabilité de l'Union européenne: la logique économique de Macron est celle de la Commission européenne, tout simplement. Les gouvernements de gauche ou de droite appliquent cette logique depuis des décennies, comme l'a très bien montré Charles- Henri Gallois (La mise en concurrence et la destruction de la SNCF sont la conséquence directe de notre appartenance à l’Union européenne )   P.G.

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Coût de la SNCF par Français : pourquoi l'argument de Gérald Darmanin n'a pas de sens

Quand les "Grandes gueules" et un ministre de la République se rejoignent. "J'avais lu une étude, je crois que ça coûte 1.000 euros à chaque Français, la SNCF ! 1.000 euros à chaque Français, même ceux qui ne prennent pas le train !", s'étranglait il y a peu l'éditorialiste Olivier Truchot sur RMC. Dans une belle communauté de pensée, le ministre de l'Action et des comptes publics Gérald Darmanin a abondé dans le même sens lundi sur RTL, lançant : "Chacun des Français, qui prend ou pas le train, paie chaque année 340 euros pour faire fonctionner la SNCF".

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Alors, qui a le bon compte ? En réalité, le fameux rapport Spinetta, récemment remis au gouvernement, explique que la SNCF coûte 200 euros par Français et par an. Pour arriver à son propre chiffre, comme l'a expliqué ce mercredi 28 février sur BFMTV le secrétaire d'Etat Sébastien Lecornu, Gérald Darmanin a fait sa petite sauce comptable, ajoutant à l'addition "les 3,5 milliards d'euros pour le régime spécial des retraites" et ne comptant que les Français qui payent des impôts. Ce qui dément au passage le gouvernement quand il prétend ne pas chercher à noircir le tableau : dans ce cas, pourquoi Gérald Darmanin n'a-t-il pas simplement repris le chiffre référence du rapport Spinetta ? Quoi qu'il en soit, 200 ou 340 euros par Français, est-ce une somme si colossale pour entretenir un réseau de 30.000 kilomètres de rails, et de 15.000 trains transportant 5 millions de passagers par jour ?

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En clair, la SNCF coûte-t-elle trop cher pour le service qu'elle rend ? Impossible de répondre à cette question en brandissant simplement un chiffre sans le contextualiser : il faut le comparer pour lui donner un sens. Au plan international, la compagnie française occupe une place honorable. En 2015, une étude du cabinet de conseil BCG la classait 3ème meilleur réseau ferré d'Europe, et à la 2ème place en termes de qualité. Autre élément de comparaison possible : la SNCF coûte-t-elle trop cher par rapport à un autre système de transport dans lequel pourrait investir l'Etat ? Pour ce qui est du réseau routier, l'Union routière de France (URF) évalue à 15 milliards d'euros les dépenses de la collectivité pour l'année 2015. D'après le rapport Spinetta, la SNCF coûte… 14 milliards d'euros par an au contribuable. Et c'est sans compter le coût pour la société des accidents et de la pollution, les fameuses "externalités négatives", bien moindres côté train.

Une remise en cause de tous les services publics

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Au-delà des chiffres, la remarque de Gérald Darmanin, en critiquant le simple fait que la SNCF coûte de l'argent "à chaque Français, même ceux qui ne prennent pas le train", remet en cause… le principe même du service public. Celui-ci relève en effet d'un choix de société : faire supporter à toute la population, via les impôts et taxes, le prix du service plutôt que le faire peser uniquement sur ses usagers. Bref, socialiser les pertes mais également les profits. Avec la logique du ministre, on pourrait donc tout autant s'indigner que les personnes qui n'ont pas d'enfants financent l'école publique, ou se révolter contre le fait que les citoyens en bonne santé mettent la main à la poche pour contribuer à soigner les malades.

On peut même, en utilisant les références numériques du ministre, calculer le prix de chaque grand service public pour les Français. En 2016, notre pays a consacré 149,9 milliards d'euros à son système éducatif. Chaque Français en âge de payer des impôts paye donc 998 euros à l'Education nationale. Même ceux qui n'ont pas d'enfants scolarisés ! En ce qui concerne la Sécurité sociale, chaque travailleur français cotise tous les mois pour financer les dépenses visant à soigner les malades, à payer les retraites, à dédommager les victimes d'accidents du travail… La direction de la Sécu évalue ainsi "les charges nettes de l’ensemble des régimes de base" à 477,5 milliards d’euros. Cotisation maladie, vieillesse, CSG : pour tous les salariés et chefs d'entreprise, la somme se chiffre en centaines d'euros annuels. Des sommes qui, en soi, n'ont rien de polémique.

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La technique de Gérald Darmanin peut également être déclinée à des mesures défendues par son gouvernement : Les Echos révélaient début février que d'après un rapport tenu confidentiel, le tout nouveau "service national universel" qu'Emmanuel Macron veut instaurer coûterait entre 2,4 et 3 milliards d'euros par an. Soit 48 euros annuels par contribuable, a minima, et sans compter les coûts d'infrastructure… Autre dispositif auquel tous les Français contribuent via leurs impôts : le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), une baisse de charge pour les entreprises, qui doit être transformé en allégement fiscal pérenne à partir de 2019. Cette fois-ci, ce n'est pas vraiment un service public, puisque l'argent est redirigé vers les entreprises privées, et que celles-ci l'ont plutôt utilisé pour augmenter les dividendes que pour investir. Toujours est-il que le mécanisme a coûté 19,1 milliards d'euros à la collectivité en 2016, soit… 382 euros annuels pour chaque Français en âge de payer l'impôt. Conclusion : ce coup de pouce aux entreprises coûte plus cher aux Français que leur SNCF.

https://www.marianne.net/politique/cout-de-la-sncf-par-francais-pourquoi-l-argument-de-gerald-darmanin-n-pas-de-sens?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

Licenciés, les salariés de Castorama et Brico Dépôt priés de former leurs remplaçants polonais avant de dégager

La mondialisation au comble de son cynisme. Alors que la direction du groupe britannique d'enseignes de bricolage Kingfisher a confirmé ce mercredi 28 février la délocalisation en Pologne de la partie comptable de son activité actuellement basée à Templemars, dans le Nord de la France, et donc la suppression de 450 emplois français, elle a également fait une demande particulièrement culottée aux employés ainsi dégagés. Ces salariés des enseignes Castorama et Brico Dépôt auront, avant de quitter leur poste, à former les Polonais censés les remplacer à terme. Le but étant de leur transmettre leur savoir-faire.

ACT DELOCALISATIONS POLOGNE

Une demande qui a été faite lors du comité central d'entreprise au siège ce mercredi. A la sortie, Jean-Paul Gathier, délégué du personnel Force ouvrière (FO), a détaillé le processus prévu par la direction. "On prévoit que les salariés polonais viennent suivre des stages en France pour savoir et s'adapter à la comptabilité française, donc ils seraient formés par ceux qui sont licenciés et qui perdent leur emploi par rapport à cette délocalisation", a-t-il expliqué au micro de Franceinfo. Une formule a particulièrement fait tiquer le syndicaliste :"On leur a dit qu'on comptait sur elles et sur eux pour 'être professionnels jusqu'au bout'". Et le syndicaliste de pointer un "capitalisme poussé à son cynisme extrême".

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Les salariés ne devraient cependant pas accepter cette proposition, d'après Jean-Paul Gathier : "Quand ils ont appris ça, ils ont dit : "Ce sera sans nous. C'est hors de question". Des actions de protestation seraient en préparation, indiquent les syndicats.

L'annonce de ces suppressions de postes n'a pas constitué une surprise. Le 8 novembre dernier, Kingfisher avait déjà évoqué un probable regroupement à Cracovie, en Pologne, de ses services comptables et de gestion. Le groupe a justifié cette décision par les difficultés rencontrées ces derniers mois par les 221 magasins Castorama et Brico Dépôt de France.

Des propositions de reclassement auraient été adressées aux employés concernés mais elles ne seraient en l'état "pas acceptables", selon la CGT. "On supprime des comptables, des analystes, des assistantes de ressources humaines et on leur propose d'aller en magasin, dans la vente, à la caisse", précise Jean-Paul Gathier au Parisien. La question des indemnités est également en débat. Les montants soumis étant pour le moment "insuffisants" selon les représentants du personnel.

https://www.marianne.net/economie/licencies-les-salaries-de-castorama-et-brico-depot-pries-de-former-leurs-remplacants?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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L' article 63 du TFUE interdit à tout "gouvernement" de l'UE de s'opposer aux délocalisations. Les syndicats le savent bien d'ailleurs, puisqu'on en est à négocier les reclassements et les indemnités de départ....  P.G.

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Conférence Charles Saint-Prot : L'Etat-Nation face à l'Europe des Tribus

Charles Saint-Prot, politologue, spécialiste de l'Islam et du Moyen-Orient, Président de l'Observatoire d'études géopolitiques présentait au Cercle Aristote son dernier ouvrage L'Etat-Nation face à l'Europe des tribus paru aux editions du CERF.

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https://www.youtube.com/watch?v=vJtWJTFdi7A

Extraits:

"Il y a aujourd'hui une double menace qui pèse sur les nations (...), c'est d'une part le particularisme régionaliste et d'autre part le supra- nationalisme.(...) Dans les deux cas, il s'agit de les détruire. (...) C'est le cas dans ce qui se passe dans le monde arabe, en Syrie, au Yemen, le séparatisme kurde (...) et en Europe: l'affaire de la Catalogne, l'Ecosse, le score élevé des listes séparatistes en Corse (...) le danger n'épargne pas la France (...)

Risques de sécession régionale (Kurdes en Irak et en Syrie, mais aussi en Turquie et en Iran), risques de sécession sur des bases ethniques ou pseudo- ethniques (Soudan Kabylie, Lybie, Kosovo, Catalogne, Ecosse...), risques de sécession confessionnelle (Liban, Irak, Yemen...), le séparatisme encouragé par l'étranger (...)

L'Union européenne a été conçue pour disloquer les états- nations.

Une société a besoin de l'Etat, une autorité légitime au service du Bien Commun, protectrice, indépendante des partis, des factions qui mettent en danger la solidarité nationale. (...)

L'Etat- Nation est devenu le sujet du droit international à partir des Traités de Westphalie.

Jean Bodin expliquait que la loi est la volonté du Souverain, formule qu'on retrouvera chez Lacordaire au XIX° siècle.

Selon Bodin, les nations sont en péril lorsque les citoyens perdent le sentiment de former un peuple. L'histoire enseigne que ce renoncement provient toujours d'un recul de l'autorité. Raymond Aron notait que le recul de l'autorité est la véritable crise des civilisations. La menace est celle du totalitarisme qui prospère toujours lorsque s'effondrent les autorités traditionnelles, l'école, la famille, le pouvoir politique, comme l'a écrit Hannah Arendt.

La fracture entre le pays réel (la grande majorité des citoyens) et le pays légal (les prétendues élites) est de moins en moins contestable. Elle est criante aujourd'hui avec un président ui ne connait que deux sortes de Français, les libéraux qui montent des start-ups et les "gens des quartiers", mais tout le reste de la France, il l'ignore superbement (...)

Les signes de cette fracture sont nombreux, l'abstention, la revendication du vote blanc, le vote pour les "radicaux" ou les "extrêmes", mais la méfiance des citoyens envers la classe politique ne signifie pas qu'ils veuillent l'anarchie: la majorité d'entre eux souhaitent un état fort et juste, juste car fort. Les citoyens veulent un Etat au service du Bien Commun (...) "

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Il n'est jamais inutile de s'intorroger sur les fondements philosophiques des concepts qui animent nos convictions politiques. La nation, l'Etat, les fondements du droit international moderne...   P.G.

 

Dossier syrien (4) Les anarchistes blancs

TRIBUNE LIBRE / Par Vincent Lenormant

DS SYRIE 4

Je me définis comme anarchiste. Ça revient à dire que je m’oppose à tout pouvoir illégitime. Je ne reconnais aucune légitimité à l’état et je prends acte du fait que cet état est la propriété d’une oligarchie qui est mon ennemie, premièrement pour avoir envoyé mon arrière-grand-père et mon grand-père à la mort, mais aussi parce qu’elle détruit la nature, le vivant, et qu’elle passe le plus clair de son temps à nous insulter, nous diviser et nous exploiter.

Je ne fais pas partie d’un groupe ou d’une organisation, je ne suis même pas révolutionnaire. Tout simplement parce que j’ai conscience du rapport de force et de l’impossibilité de renverser un pouvoir internationalisé, surarmé et sans aucun état d’âme. Je suis un anarchiste pragmatique. Mon seul espoir est que cet empire s’effondre de lui-même sans faire trop de dégâts.

C’est en tant qu’anarchiste que j’ai dénoncé le fait que certaines organisations et media qui se réclament de l’anarchisme ou de l’anticapitalisme étaient utilisés par le pouvoir pour semer la confusion, interdire toute opposition à la guerre, diffuser une propagande concoctée spécialement pour eux, et hélas envoyer des combattants sur le front.

Alternative Libertaire, qui a forcément peu apprécié mon article, a réagi en commençant par dire que celui-ci avait été diffusé par des media d’extrême-droite, ce qui est rigoureusement faux : aucun site d’extrême-droite ne l’a diffusé, repris ou même cité. Essentiellement des sites communistes.
Mais on en est pas à un mensonge près chez AL.

 

Rappelons qu’Alternative Libertaire a commencé par applaudir les « Printemps Arabes », a vigoureusement soutenu la propagande de l’OTAN, fait partie d’un collectif « Avec la Révolution Syrienne » qui organise des conférences sous le drapeau vert-blanc-noir, où on présente toujours les djihadistes de Syrie comme d’héroïques révolutionnaires persécutés. A ce titre ils font toujours de la publicité pour les Casques Blancs, cette sinistre opération de communication financée à coups de millions par l’OTAN... mais sur le site d’AL on peut lire que les financements sont insuffisants pour cette « structure auto-organisée ».

A partir de 2013-14, AL a commencé a soutenir le PYD kurde, financièrement mais aussi en incitant carrément les militants à partir en Syrie se servir d’armes fournies par les Etats-Unis. Actuellement ils doivent avoir des maux de têtes car à Afrin, leurs amis kurdes chantent « Allah Souria Bachar wa bass » (Dieu, la Syrie, Bachar et rien d’autre) et « Ach chaab sourii wahed » (le peuple syrien est uni), avec force drapeaux rouge-blancs-noirs.
   

Je présume que ces maux de tête sont largement partagés par les éditorialistes de la presse de pouvoir, et inch allah au coeur du Pentagone. Il est plus évident pour eux de nous refaire le coup d’Alep-Est avec la Ghouta-Est, et de présenter l’Armée de l’Islam et Al Qaïda comme de gentils rebelles sans défense.

 

Les rebelles modérés de l’Armée de l’Islam

Mais que vont devenir nos révolutionnaires occidentaux ? Peuvent ils soutenir le drapeau des « insurgés » à longue barbe à la Ghouta alors que les Kurdes se battent contre ces mêmes « insurgés » au Nord  ?

Voyons ce que disent les sites pseudo-anticapitalistes, révolutionnaires etc :

Le NPA bien sûr : https://npa2009.org/communique/face-aux-bourreaux-assad-et-poutine-solidarite-avec-le-peuple-syrien

Révolution Permanente : http://www.revolutionpermanente.fr/Syrie-des-bombardements-sur-la-Ghouta-orientale-font-200-morts-et-450-blesses

A l’Encontre : https://alencontre.org/moyenorient/syrie/syrie-la-ghouta-orientale-un-enfer-sur-terre.html

Anti-K : https://www.anti-k.org/2018/02/21/syrie-ghouta-orientale-enfer-terre/

Article également reproduit sur le forum anarchiste révolutionnaire. http://forum.anarchiste-revolutionnaire.org/viewtopic.php?f=66&t=4783&start=210

Nous avons donc là le noyau dur des pseudo-gauchistes chargés d’emboîter le pas à la machine de guerre de l’OTAN sans poser de questions.  AL ne les a pas encore suivis sur ce coup-là. Alors que vont devenir nos anarchistes rojavistes ? Vont-ils avoir l’honneur d’être les premiers anarchistes à se battre pour la création d’un état sous tutelle étasunienne ?
Vont-ils manger leur chapeau, remercier le boucher de Damas pour sa protection, et exiger le départ des troupes US ? Sur le terrain en tous cas, ils meurent. Mourir pour des idées… mourir pour une certaine conception de l’anarchisme et ce qu’on croit être une lutte de libération nationale, par solidarité indépendantiste bretonne…

Voilà le destin tragique d’Olivier, pleuré par AL qui en fait un exemple d’héroïsme révolutionnaire.

Il devient donc difficile pour les pseudo-gauchistes de défendre à la fois l’ASL et les Kurdes. Au début c’était plus simple, il suffisait de répéter les "éléments de langage" de la presse de pouvoir : Bachar est le nouvel Hitler, en 2011 le peuple s’est soulevé pacifiquement, la rébellion est plus légitime que le « régime », il fait aider les « révolutionnaires ». L’Iran, la Russie, le Hezbollah, c’est le mal. Et surtout parler le moins possible des pays du Conseil de Coopération du Golfe et d’Israël. Car ceux qui remettent en cause cette version sont des fous ou des fascistes.

 

Mais les faits sont là.

 

Il n’y a jamais eu d’opposition armée démocrate en Syrie, il s’agit de fanatiques que les Syriens connaissent bien puisqu’ils ont déjà semé la terreur dans le passé. Ils ont des financements internationaux, il sont la main de l’Arabie Saoudite, du Qatar ou de la Turquie qui font pression sur le monde arabe depuis des décennies. De l’alliance OTAN/CCG/Israël résulte la destruction de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Somalie, du Soudan, du Yémen et de la Libye, la guerre au Liban, la déstabilisation de l’Algérie, les Frères Musulmans et la propagation du salafisme de combat et du takfirisme, toutes choses qui aboutissent à la destruction du monde arabe et des cultures arabo-musulmanes.

La BBC révèle à présent que les impôts des britanniques ont servi à financer Al Qaïda.
Va t’on pouvoir alors parler de ce genre de sujet sans être traité de complotiste ?

Jusqu’à quand des gens qui se prétendent de gauche nous empêcheront-ils de prendre conscience de la monstruosité des faits et d’y réfléchir lucidement ?

Si le pouvoir n’avait pas réussi à semer la confusion au sein de la gauche révolutionnaire, un mouvement anti-guerre aurait pu dénoncer les financements publics ou caritatifs qui depuis des années servent à payer des djihadistes pour détruire la Syrie, et demander la fin des sanctions européennes qui affament et tuent à petit feu les Syriens. La confusion, concrètement, fait que si une manifestation allant dans ce sens a lieu, elle sera qualifiée de « bachariste ». A-t-on traité les opposants à la guerre du Viet Nam d’ « ho-chi-min-istes » ?

La question qui se pose est : comment cette sorte d’hypnose a pu fonctionner et comment en sortir ? Il est évident que le monde militant n’est pas constitué que d’agents. Mais hélas le monde militant a toujours été perméable aux infiltrations policières et autres. La culture du secret et de l’anonymat, loin de l’en prémunir, facilite la dissimulation. Mais il n’y a pas que des agents, il y a aussi ce que les agences des renseignement appellent des « assets », des atouts, c’est à dire des gens qui travaillent dans l'intérêt de ces agences mais sans en être conscients. Il suffit dès lors de les pousser un peu, de les soutenir, de provoquer un peu la chance pour parvenir à les contrôler sans éveiller de soupçons. À cet égard, le milieu des militants d’extrême-gauche et "antifas" s’est révélé extrêmement fragile. Mais c’est aussi le reflet de la fragilité de toute une génération de jeunes français de "culture gauchiste". Toute une génération à cheval entre le prolétariat et la petite bourgeoisie intellectuelle, qui a été nourrie par l’idéologie du PS dans les années 80 et 90, à qui on a dit qu’avec la fin de l’URSS, le mal était vaincu et l’Histoire finie. En 1990, on présentait déjà Saddam Hussein comme un fou sanguinaire et l’intervention de l’OTAN comme légitime.

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C’était les débuts de la guerre en direct, de l’histoire instantanée.

 

Repensons un instant à cette guerre…

«  Influencer l'opinion publique en faussant ou en filtrant l'information 
En 1990 et en 1991, les autorités américaines utilisent les médias pour obtenir l'approbation de l'opinion publique quant à leur offensive. Elles poussent la télévision américaine à marginaliser l'opposition au conflit. Le 14 octobre 1990, la manipulation atteint son comble lorsqu'une fausse infirmière, la fille de l'ambassadeur du Koweït à Washington, dénonce des horreurs perpétrées par les soldats irakiens. Ce témoignage est monté de toutes pièces par une firme de relations publiques. Il contribue néanmoins à créer un mouvement favorable à l'intervention occidentale au Koweït
 
Durant la guerre du Golfe, seulement 30 journalistes, sélectionnés par l'armée américaine, se trouvent sur le champ de bataille. Les 1400 autres journalistes affectés à la couverture du conflit sont confinés dans des hôtels d'Arabie saoudite. Pour rapporter des nouvelles, ils doivent se fier aux conférences de presse de l'armée américaine, lire les fils de presse ou regarder les bulletins de nouvelles à la télévision. »

C’était il y a presque trente ans… A l’époque, j’étais un enfant et j’adorais regarder les Nuls sur Canal+.

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Ils me faisaient rire. Mais avec le recul, les sketchs qu’ils produisaient, eux ou les Inconnus, étaient souvent hypocritement racistes, avec des Africains forcément primitifs, des Asiatiques débiles et robotiques et des Arabes voleurs. C’était du second degré bien sûr, c’était « on a le droit d’être racistes puisqu’on est pas racistes ». Mais ça n’est pas anecdotique, c’est l’hypocrisie qui a façonné l’univers mental de toute une génération qui a vécu d’une manière ou d’une autre la ségrégation entre basanés et blancs à l’école, et qui s’est affirmée anti-raciste sans pour autant trop se mélanger. Parler au nom des étrangers, d’accord, écouter ce qu’ils ont à dire, c’est autre chose. Un type de gauchiste blanc est donc apparu, engagé auprès des Sans-Papiers par exemple, tout en étant le produit d’une éducation qui lui faisait forcément considérer l’Afrique comme un trou à merde et qui lui avait appris à se tenir à l’écart des Arabes. Quand on sort de l’école française des années 80-90, qu’on a grandi avec Canal+ et Charlie Hebdo, c’est hélas souvent le cas.

Je me suis progressivement extrait de ce carcan idéologique en m’intéressant très tôt à l’histoire africaine et à l’histoire coloniale, j’ai donc pénétré un monde rempli d’intrigues, de coups tordus et même de complots. J’ai exploré les aspects les plus immondes de notre pays et de la politique des oligarques qui le gouvernent. J’ai par la suite voyagé dans plusieurs pays d’Afrique et travaillé au Maroc pendant presque quatre ans. Ce sont ces expériences qui déterminent mon opposition au racisme, au colonialisme, à l’impérialisme, et qui m’ont décillé les yeux sur le faux antiracisme des discours bien-pensant d’une pseudo-gauche toujours aussi coloniale.

En 2010 avant le début du « Printemps Arabe », la France reprenait brutalement le contrôle de la Côte d’Ivoire, après avoir pendant des années soutenu une « rébellion » qui avait commis des crimes épouvantables et qui contrôlait la moitié nord du pays avec la bénédiction de l’ONU.

Quand on a commencé à parler de « rébellion » libyenne ou syrienne, j’étais donc préparé, et j’ai pu échapper au poids de la propagande concoctée à mon intention. Je savais que la France, l’ONU, étaient capables de soutenir des mercenaires pour ravager un pays, je savais qu’ils avaient assez de contrôle sur les media pour que la vérité soit masquée. Je me suis fait traiter de « gbagboïste » par des gens qui ne connaissaient rien à la Côte d’Ivoire mais qui étaient victimes de leurs émotions manipulées par une presse servile. J’ai vu des Ivoiriens tout aussi manipulés, j’ai vu comment la diaspora ivoirienne était mise à contribution. J’ai vu des gens qui se disaient de gauche et qui étaient favorables à une intervention de l’armée française pour une opération néocoloniale de la pire espèce. J’avais encore des illusions sur Mediapart ou Arte et je les considérais avec bienveillance avant de me rendre compte que leur discours servait subtilement le pouvoir et qu’ils étaient dans le fond totalement aux ordres. J’ai alors dû prendre conscience du fait que ma bienveillance naturelle à leur égard, produit de mon éducation et de mon milieu, était une grave faiblesse qui m’avait peut-être inconsciemment rendu perméable à d’autres mensonges ou manipulations.

En 2011, le pouvoir a utilisé toutes les faiblesses de la personnalité du gauchiste blanc. Son manque de critique des media : dans son esprit, Canal+, Libération, Mediapart, Arte, France Inter, même Le Monde ne peuvent pas mentir, ils sont connotés positivement, ils sont « de gauche ». Son manque de connaissance de l’histoire et de la géopolitique, et une vision du monde conditionnée par le cinéma hollywoodien, ne peuvent lui faire imaginer les États-Unis autrement que comme les gentils, les meilleurs, et le reste du monde comme des retardataires sur le chemin de la liberté et du progrès. Rappelons que la diffusion des produits culturels étasuniens en France était la contrepartie de l’effacement de la dette de guerre : il s’agit bien d’un enjeu stratégique, il s’agit d’une prise de contrôle sur l’imaginaire collectif.

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« […] les films sont tournés de telle manière qu’ils indiquent au spectateur comment interpréter les images. La manipulation s’appuyant sur l’identification au personnage, l’omniprésence de la narration, l’influence du héros et le comportement des personnages secondaires (Reaction Shot) permet de contrôler la perception des spectateurs. C’est l’une des raisons principales de la puissante influence culturelle du cinéma américain. »
L’hégémonie du cinéma américain en Europe et le rôle des accords Blum-Byrnes (Michel Vuillemin)

 

C’est un conditionnement intense et absolument pas conscientisé par le gauchiste blanc, pour qui il est impossible de prendre acte des millions de morts causés par les guerres illégitimes et illégales de l’OTAN. Pour lui, voir les armées occidentales faire la loi chez les bamboulas, c’est normal, ils ne savent pas se tenir, si on était pas là ils se boufferaient entre eux. Combien de gauchistes français pensent que la guerre au Rwanda était un affrontement entre deux « ethnies », révélateur de la barbarie africaine ? Combien de gauchistes français savent ce que la France a fait au Cameroun, à Madagascar, à la Guinée, etc. ? Quand on ne sait pas, on suit les faiseurs d’opinions disposés par le pouvoir pour chaque tendance, chaque chapelle, et on finit par soutenir des « révolutionnaires » qui massacrent et violent aux frais du contribuable.

Le meilleur moyen de manipuler quelqu’un, c’est de jouer sur son orgueil, et le grand orgueil du gauchiste français est de s’imaginer comme l’avant garde du monde en terme de liberté et de progrès. Ils pensent avoir la bonne doctrine, et ils voudraient voir leurs idées triompher dans le monde entier. Ils ont du mal à s’imaginer groupuscules insignifiants pour le pouvoir, inaudibles par les masses dont ils se réclament, ils refusent de prendre conscience du véritable danger du pouvoir et de la réalité du rapport de force, un peu comme des manifestants qui lancent des canettes sur un dispositif policier qui ne leur laisse aucune chance.

 

L’invention d’anarchistes syriens pour les besoins de la propagande, comme exposée dans mon précédent article, et la pornographie anarchisante qui caractérise la communication rojaviste sont un appât pour l’orgueil des anarchistes blancs à qui on dit : « regardez, votre doctrine est la bonne, vous êtes effectivement l’avant garde ! Des gens comme vous font la révolution pour vos idées ! Vous nous avez inspirés. Vous êtes un peu des combattants, vous aussi ! Tout ce que vous avez à faire, c’est manifester et diffuser la bonne parole, on s’occupe de risquer nos vies. Avec votre soutien, nous nous débarrasserons du dictateur qui nous opprime. Bien sûr, rien ne dit que ce sera le paradis après, mais vous en savez quelque chose, la Révolution Française a été un long processus avant que ne triomphe la démocratie et la liberté ; vous avez versé votre sang avant nous, à nous de suivre votre glorieux exemple ! »

Voilà ce qu’on a fait entendre aux anarchistes blancs, voilà comment on les a flattés. Mais non, l’anarchiste blanc, tu ne vas sauver aucun peuple. Essaye de te sauver toi-même, déjà. Un peu d’humilité les aurait fait réfléchir davantage avant de d’agiter leurs drapeaux. Mais s’il est difficile d’entendre qu’on se trompe, il est encore plus difficile d’entendre qu’on se trompe depuis 7 ans.

Vincent Lenormant

http://www.librairie-tropiques.fr/2018/02/les-anarchistes-blancs.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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