lundi 12 février 2018

Fake News: communiqué de presse UPR

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Le Secrétaire américain à la Défense, James Mattis, a reconnu vendredi 2 février 2018 que les États-Unis d’Amérique n’ont jamais eu la moindre preuve démontrant que le gouvernement syrien avait utilisé du gaz toxique contre sa propre population, qu’il s’agisse de la tragédie de la Ghouta survenue en août 2013 ou de la tragédie de Khan Cheikhoun survenue en avril 2017.

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Traduction du titre : « Et maintenant, Mattis reconnaît qu’il n’existe aucune preuve que Assad a employé des gaz toxiques contre sa propre population ». Source : http://www.newsweek.com/now-mattis-admits-there-was-no-evidence-assad-using-poison-gas-his-people-801542

Quatre jours plus tard, le mardi 6 février 2018, c’est l’ancien ambassadeur américain en Syrie, M. Robert Ford, qui a jeté un autre pavé dans la mare, en déclarant devant le comité des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, que l’administration américaine a dépensé pas moins de 12 milliards de dollars ces quatre dernières années pour déstabiliser le gouvernement de Damas.

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Traduction du titre : « L’ambassadeur américain confirme que des milliards ont été dépensés pour renverser le régime syrien, ce qui démasque le mythe selon lequel « Obama n’aurait rien fait » ».  Source : http://therealnews.com/t2/index.php?option=com_content&task=view&id=31&Itemid=74&jumival=21110

 

Ces informations, qui n’ont pas été reprises par les médias de grande diffusion français, sont de toute première importance.

  • 1°) Elles démontrent que les gouvernements américains successifs, tant sous l’administration Obama que sous l’administration Trump, ont fabriqué sciemment des « fausses informations » (ou « fake news » en américain), immédiatement reprises comme vérités d’Évangile par les médias de grande diffusion américains et français, en pointant – sans preuve – la responsabilité du gouvernement syrien dans les massacres de la Ghouta et de Khan Cheikhoun.

S’agissant du massacre de la Ghouta, l’Union populaire républicaine (UPR) rappelle qu’une étude du prestigieux MIT avait déjà sérieusement mis à mal la version officielle de M. Obama.

 

  • 2°) Elle démontrent que le gouvernement américain a dépensé des sommes colossales pour soutenir les prétendus « rebelles » syriens, ce qui constitue une ingérence dans les affaires intérieures syriennes, en violation flagrante du droit international et de la Charte des Nations-unies, en particulier son article 2, alinea 4. Elles révèlent au monde entier l’attitude mensongère et criminelle de Washington qui prétendait ne pas agir directement en Syrie, notamment sous l’administration Obama.

Là encore, le soutien du gouvernement américain à des organisations extrémistes au Moyen Orient était déjà connu : voir par exemple cette information de France24 « le Pentagone aurait dépensé plus d‘un demi-milliard de dollars pour produire de fausses vidéos djihadistes », reprise aussi par Les Échos.

L’UPR rappelle aussi l’étonnante enquête publiée par la BBC le 13 novembre 2017, intitulée « Raqqa’s dirty secret », qui avait révélé que la coalition occidentale, menée par les États-Unis et ses alliés kurdes et arabes, a laissé secrètement et volontairement s’échapper de Raqqa des centaines de combattants de l’État islamique avec leurs armes et leur famille. Le reportage de la BBC avait aussi relaté que les avions et drones de la coalition occidentale ont escorté les camions convoyant les combattants de l’État islamique et guidé leur route.

 

Ces actes et ces aveux formulés par les plus hautes autorités américaines devraient normalement justifier la saisine de la Cour Pénale Internationale. Mais les États-Unis d’Amérique ont refusé de ratifier le Statut de Rome, exemptant ainsi par avance leurs propres dirigeants de toute poursuite devant ce tribunal pénal international !

 

  • 4°) Ces informations ont aussi une vertu pédagogique pour les électeurs français : elles démontrent que, pendant la campagne présidentielle française de 2017, François Asselineau a eu raison de refuser d’attribuer au gouvernement syrien la responsabilité du massacre de Khan Cheikhoun tant que l’on ne disposait pas de preuve convaincante. Le président de l’UPR a maintenu cette position en refusant toute intimidation, alors que certains journalistes, piétinant sans vergogne la déontologie de la Charte de Munich régissant leur profession, s’érigeaient en une sorte de tribunal de la pensée unique euro-atlantiste. Ce fut notamment le cas sur France Info le 12 avril 2017, où François Asselineau a dû subir l’assaut unanime des journalistes, qui l’insultaient en le qualifiant de « candidat des  complotistes » et le « sommaient de s’expliquer » parce qu’il refusait d’accuser Bachar Al Assad sans aucune autre preuve que les communiqués du gouvernement américain.

François Asselineau a également eu raison de s’opposer à l’attaque aérienne ordonnée par M. Trump dans la foulée du massacre.

Bien différente avait été l’attitude de M. Macron qui avait adopté une position confuse, attribuant servilement à Bachar Al-Assad la responsabilité de l’attaque, demandant une enquête en même temps, puis déclarant « prendre note », non sans cacher son approbation, de la décision de M. Trump d’aller bombarder le territoire syrien en violation pure et simple du droit international.

Le Temps révèle ainsi quel candidat avait vraiment l’étoffe du chef d’État qu’attendent les Français.

 

Screen-Shot-02-11-18-at-10Ci-contre : invité de « 8h30 Apathie » le 12 avril 2017, François Asselineau passa devant une sorte de tribunal de journalistes qui le « sommèrent de s’expliquer » parce qu’il avait refusé de croire immédiatement et sur paroles la version américaine attribuant aux troupes de Bachar Al-Assad le gazage présumé de 87 civils à Khan Cheikhoun, le 4 avril précédent. Pour contribuer à faire passer auprès des téléspectateurs le président de l’UPR pour un dangereux illuminé, la chaîne de « service public » France Info laissa en surbrillance, pendant toute la durée de l’entretien, la mention « Asselineau, candidat des conspirationnistes ? »... Dix mois après ce tribunal digne de l’Inquisition, les aveux du secrétaire américain à la Défense, James Mattis, reconnaissant que les États-Unis d’Amérique n’ont jamais eu la moindre preuve démontrant que le gouvernement syrien avait utilisé du gaz toxique à Khan Cheikhoun, constitue une éclatante victoire politique et morale pour le candidat Asselineau et devrait inciter France Info à lui présenter ses excuses publiques. Source : https://www.francetvinfo.fr/elections/presidentielle/video-francois-asselineau-dit-avoir-des-doutes-sur-l-affaire-syrienne_2142176.html

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Résumé de l’entretien avec François Asselineau le 12 avril 2017, écrit et publié par la rédaction de France Info sur son site en ligne au sujet  Sourcehttps://www.francetvinfo.fr/elections/presidentielle/video-francois-asselineau-dit-avoir-des-doutes-sur-l-affaire-syrienne_2142176.html

 

Conclusion : il faut lutter contre les « fake news » pour de bon !

En conséquence des révélations stupéfiantes faites en personne par le Secrétaire américain à la Défense et par l’ancien ambassadeur américain en Syrie, l’UPR demande solennellement à M. Macron :

  • 1°) De qualifier publiquement de « fausse nouvelle » l’affirmation selon laquelle Damas a gazé sa population en août 2013 à la Ghouta et en avril 2017 à Khan Cheikhoun, puisqu’il a manifesté son intention de lutter contre les « fausses nouvelles »,
  • 2°) D’expliquer aux Français que l’action conduite par les États-Unis d’Amérique en Syrie repose sur des mensonges, comme cela avait déjà été le cas en 2003 au moment de l’invasion de l’Irak, et qu’elle est en outre expressément contraire au droit international, puisqu’elle n’a reçu l’aval ni du gouvernement syrien ni du Conseil de sécurité de l’ONU,
  • 3°) De retirer immédiatement la France de la coalition internationale emmenée par Washington en Syrie pour, prétendument, lutter contre le terrorisme, et de demander à l’ensemble des composantes de cette coalition de faire de même afin de se conformer au droit international et d’arrêter d’occuper illégalement un État étranger.

L’UPR demande par ailleurs aux médias français de grande diffusion de se faire largement l’écho :

  • des déclarations du Secrétaire américain à la Défense du 2 février 2018,
  • des déclarations de l’ancien ambassadeur américain en Syrie du 6 février 2018.

L’UPR exige enfin un droit de réponse à France Info et des excuses de cette chaîne de service public.

Nous demandons :

  • que Jean-Michel Apathie invite de nouveau François Asselineau pour rediffuser et débattre, devant les téléspectateurs, du passage de 1m 18 s de l’émission du 12 avril  2017, pendant laquelle France Info a affublé le président de l’UPR du qualificatif « Asselineau, candidat des conspirationnistes ? »
  • que France Info rétablisse la vérité dix mois après, en informant ses auditeurs, dans la même émission et pendant la même durée, que les révélations venues de Washington en ce mois de février 2018 prouvent que le président de l’UPR ne faisait que dire la pure vérité aux Français le 12 avril 2017.
  • que la chaîne de service public France Info, financée par tous les contribuables, présente officiellement ses excuses aux 332 000 électeurs de François Asselineau pour le parti pris, la propagation de « fake news » et l’atmosphère de maccarthysme qui avaient régné dans cette émission à l’encontre du président de l’UPR.

https://www.upr.fr/actualite/france/communique-de-presse-puisque-macron-veut-lutter-contre-fake-news-lupr-lui-demande-de-tirer-consequences-aveux-sensationnels-venus-de-washington-de-syrie-faisant-me

 

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Varoufakis s’est entouré de tenants de l’ordre dominant comme conseillers Partie 4

TRIBUNE LIBRE / Eric TOUSSAINT

HIST VAROUFAKIS CONSEILLERS

Dans cette partie, nous présentons les conseillers dont s’est entouré Varoufakis. Force est de constater que, dès l’étape de sélection de ses principaux conseillers, Yanis Varoufakis s’est entouré de personnes peu disposées à réaliser les promesses de Syriza (c’est le moins qu’on puisse dire) et à mettre en œuvre des politiques alternatives afin de sortir la Grèce de l’emprise de la Troïka.


Les conseillers de Yanis Varoufakis comme ministre

Dans son ouvrage, Varoufakis décrit l’équipe de ses conseillers directs et lointains. La manière dont l’équipe a été composée est terrible. La logique qui a présidé aux choix des personnes explique en partie l’échec qui allait suivre. Ce n’est pas l’élément déterminant mais cela a joué un rôle.

Alekos Papadopoulos

Pour désigner un vice-ministre des Finances en charge de superviser le Trésor, un poste de la plus haute importance, Varoufakis raconte qu’il a consulté Alekos Papadopoulos, un ancien ministre des Finances des années 1990, issu du Pasok. Varoufakis explique qu’il avait collaboré avec Papadopoulos pour rédiger le programme économique que Georges Papandréou a présenté aux élections de 2004 remportées par les conservateurs de la Nouvelle démocratie. Syriza qui se présentait pour la première fois à des élections avait obtenu 6 députés avec 3,3 % des voix. Nouvelle démocratie de Karamanlis avait obtenu 45,4 % des voix et le Pasok conduit par Papandreou avait récolté 40,5 % des suffrages.

Varoufakis écrit : « Papadopoulos était dans l’opposition par rapport à Syriza, mais il était prêt à me soutenir personnellement et m’a promis de me trouver quelqu’un. (…) Le soir-même il m’a envoyé un sms en me donnant le nom de Dimitris Mardas » |1|. Varoufakis contacte Mardas directement et lui propose le poste de vice-ministre des Finances.

Dimítris Márdas

Il faut savoir que le 17 janvier 2015, huit jours avant la victoire de Syriza, Mardas a publié un article particulièrement agressif contre la députée de Syriza Rachel Makri sous le titre « Rachel Makri vs Kim Jong Un et Amin Dada ». L’article se concluait par la très éloquente question (soulignée par lui-même) « Sont-ce ceux-là qui vont nous gouverner ? ». Dix jours plus tard, ce même Mardas devenait, grâce à Varoufakis, ministre suppléant des Finances. Varoufakis explique dans son livre qu’après un mois comme ministre il s’est rendu compte qu’il avait fait un mauvais choix. Signalons que Mardas, qui a soutenu la capitulation en juillet 2015, a été élu député Syriza aux élections de septembre 2015. Papadopoulos a lui aussi soutenu le 3emémorandum de juillet 2015 |2|.

Varoufakis explique qu’en second lieu il devait choisir le Président du Conseil des économistes. Il se rend compte que ce poste avait été pourvu en son nom par le vice-premier ministre Dragasakis. Ce dernier avait en effet choisi George Chouliarakis, un économiste d’une trentaine d’années qui avait enseigné à l’Université de Manchester avant d’être transféré à la Banque centrale de Grèce. Chouliarakis a joué un rôle néfaste dès l’entrée en fonction de Varoufakis et pourtant celui-ci l’a gardé jusqu’à la fin. Son nom reviendra plusieurs fois dans le récit des évènements.

Ensuite Varoufakis a intégré à son équipe Elena Panaritis, parce qu’elle connaissait bien le langage et le modus operandi de la Troïka. Panaritis, en tant que députée du Pasok, avait voté en faveur du premier mémorandum de 2010. Avant cela, elle avait travaillé à Washington, surtout à la Banque mondiale, où elle s’était construit, selon Varoufakis, un excellent réseau de personnalités proches des institutions basées à Washington. Notamment l’ancien Secrétaire du Trésor, Larry Summers, à qui elle a présenté Varoufakis. Panaritis, dans les années 1990, a travaillé pour la Banque mondiale au Pérou où elle a collaboré avec le régime néolibéral, corrompu et dictatorial d’Alberto Fujimori. Varoufakis raconte : « Quand je l’ai revue avant les élections, je n’ai pas hésité une seconde à lui demander de me rejoindre. Il n’y a pas mieux pour se battre contre le diable que quelqu’un qui l’a servi et qui est devenu son pire ennemi. » |3| La suite a montré que loin d’être devenue son pire ennemi, elle a continué à collaborer avec lui.

Elena Panaritis

Sa nomination comme conseillère du ministre des Finances a provoqué dès le début des remous dans Syriza et Tsipras a essayé de convaincre Varoufakis de s’en défaire. Ensuite, il s’en est très bien accommodé. Plus tard, quand Varoufakis, en mai 2015, a fait nommer, avec l’accord de Tsipras, Panaritis représentante de la Grèce au FMI, cela a provoqué une telle levée de boucliers dans Syriza et au parlement, qu’elle a finalement dû renoncer à ce poste le 1er juin 2015 |4|.

Dans son équipe, Varoufakis a également incorporé Glenn Kim, spécialiste des marchés financiers et en particulier du marché des dettes souveraines. En 2012, il avait collaboré à la mise en œuvre de la restructuration de la dette grecque notamment comme consultant des autorités allemandes. Quand Varoufakis a pris contact avec Glenn Kim, celui-ci lui a dit qu’il travaillait comme consultant pour le gouvernement islandais, qu’il aidait à mettre fin au contrôle des capitaux en vigueur depuis 2008. Cela convenait très bien à Varoufakis qui, à tort, ne voulait surtout pas recourir à un contrôle des mouvements de capitaux, alors qu’il aurait dû prendre en compte les résultats positifs obtenus en Islande.

Varoufakis écrit : « Un cynique dirait que les experts genre Glenn travaillent exclusivement pour l’argent et pour leur carrière personnelle. Peut-être. Mais être entouré de personnes comme lui, qui connaissent toutes les arcanes du pouvoir, est un atout précieux. » Précisons que Glenn Kim a continué à conseiller Tsipras après la capitulation de juillet 2015 |5|.

Matthieu Pigasse

Varoufakis se félicite d’avoir accepté les services de la Banque Lazard et de son directeur, le Français Matthieu Pigasse |6|. La banque Lazard avait collaboré, en échange de dizaines de millions d’euros de commission, à la restructuration de la dette grecque réalisée par la Troïka en 2012. Selon Varoufakis, Matthieu Pigasse et Daniel Cohen (professeur à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm à Paris et conseiller de Lazard |7|) qui l’accompagnait « ont réussi à me convaincre en me vantant les avantages de leur complicité, en s’excusant et me proposant leurs précieux services pro bono pour remettre la Grèce debout. Avec des transfuges de cette trempe à nos côtés, notre force technique était décuplée, voire plus. » |8|

Dans l’équipe internationale dont s’est entouré Varoufakis, il faut citer James Galbraith qui lui a apporté un soutien constant et qui a fait plusieurs séjours à Athènes pendant les six premiers mois de l’année 2015. Parmi les personnes que mentionnent Varoufakis comme l’ayant aidé de très près, James Galbraith est le seul à être digne de confiance même s’il a soutenu une orientation beaucoup trop conciliatrice à l’égard des créanciers. James Galbraith est un économiste néokeynésien des États-Unis, proche du Parti démocrate, connaisseur de la politique internationale. En 2009, il avait eu des contacts étroits avec le gouvernement de Georges Papandréou. Galbraith a travaillé principalement sur le plan B et cela dans le plus grand secret. Il témoigne lui-même de cela dans l’ouvrage Crise grecque, tragédie européenne |9|. De tous les membres de l’équipe que mentionne Varoufakis, Galbraith est le seul à propos duquel on peut considérer qu’il pouvait réellement apporter une aide constructive aux autorités grecques. Il a défendu, aux côtés de Varoufakis, une orientation trop modérée qui ne correspondait pas aux défis qu’il fallait relever et il le reconnaît partiellement |10|. Daniel Munevar, un collaborateur de Galbraith, a apporté activement son soutien à Varoufakis dans la négociation avec les créanciers à partir de mars 2015 mais Varoufakis ne mentionne pas son nom |11|.

James Galbraith

Varoufakis préfère mentionner des personnalités étrangères faisant partie directement de l’establishment : « Outre Norman (Lamont), mes partisans d’outremer comprenaient Jeff Sachs, économiste à l’Université de Columbia, Thomas Mayer, de la Deutsche Bank, Larry Summers, et Jamie Galbraith » |12|. Des personnalités avec lesquelles il ne fallait surtout pas s’allier, à part Galbraith, si on voulait réellement promouvoir une solution favorable au peuple grec. En voici quelques exemples.


Larry Summers, Jeffrey Sachs et d’autres : Varoufakis continue avec des choix incompatibles avec le programme de Syriza

Le parcours de Lawrence ‘Larry’ Summers comporte un certain nombre de taches qui auraient dû être indélébiles… et empêcher toute collaboration. Varoufakis a pourtant cherché systématiquement celle-ci et en est très satisfait. Il déclare dans l’introduction de son livre : « Nous étions largement d’accord sur l’essentiel, et ce n’était pas rien d’avoir le soutien du formidable Larry Summers (…) » |13|.

Le passé de Summers mérite qu’on souligne quelques étapes importantes.

Lawrence Summers

En décembre 1991, alors économiste en chef de la Banque mondiale, Summers écrit dans une note interne : « Les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico. Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays moins avancés. Une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. […] L’inquiétude [à propos des agents toxiques] sera de toute évidence beaucoup plus élevée dans un pays où les gens vivent assez longtemps pour attraper le cancer que dans un pays où la mortalité infantile est de 200 pour 1 000 à cinq ans |14| ». Il ajoute même, toujours en 1991 : « Il n’y a pas de […] limites à la capacité d’absorption de la planète susceptibles de nous bloquer dans un avenir prévisible. Le risque d’une apocalypse due au réchauffement du climat ou à toute autre cause est inexistant. L’idée que le monde court à sa perte est profondément fausse. L’idée que nous devrions imposer des limites à la croissance à cause de limites naturelles est une erreur profonde ; c’est en outre une idée dont le coût social serait stupéfiant si jamais elle était appliquée |15| ».

Devenu vice-secrétaire au Trésor sous Clinton en 1995, Summers pèse de tout son poids avec son mentor, le secrétaire d’État, Robert Rubin, pour obtenir l’élimination en 1999 de la loi qui séparait les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement et la remplacer par une loi dictée par les banquiers |16|. En 1998, avec Alan Greenspan, directeur de la Réserve fédérale et Robert Rubin, Summers avait aussi réussi à convaincre l’autorité de contrôle des bourses des matières premières, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), d’abandonner toutes les barrières qui « entravaient » le marché des dérivés de crédits vendus de gré à gré (Over The Counter – OTC). La porte est alors grande ouverte pour une accélération de la dérèglementation bancaire et financière qui a abouti à la crise de 2007-2008 aux États-Unis et qui a eu des retombées en Grèce en 2009-2010.

Ajoutons qu’en 2000, Summers fait pression, en tant que secrétaire d’État au Trésor, sur le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, pour que celui-ci se débarrasse de Joseph Stiglitz, qui lui a succédé au poste d’économiste en chef et qui est très critique sur les orientations néolibérales que Summers et Rubin mettent en œuvre aux quatre coins de la planète où s’allument des incendies financiers. Après l’arrivée du président républicain George W. Bush, il poursuit sa carrière en devenant président de l’université de Harvard en 2001, mais se signale particulièrement en février 2005 en se mettant à dos la communauté universitaire après une discussion au Bureau national de la recherche économique (NBER) |17|. Interrogé sur les raisons pour lesquelles on retrouve peu de femmes à un poste élevé dans le domaine scientifique, il affirme que celles-ci sont intrinsèquement moins douées que les hommes pour les sciences, en écartant comme explications possibles l’origine sociale et familiale ou une volonté de discrimination. Cela provoque une grande polémique |18| tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’université. Malgré ses excuses, les protestations d’une majorité de professeurs et d’étudiants de Harvard l’obligent à démissionner en 2006.

En 2009, Summers est devenu membre de l’équipe de transition du président élu Barack Obama et a dirigé le Conseil économique national. En septembre 2010, Summers a quitté l’équipe d’Obama et a repris sa carrière à l’université d’Harvard tout en jouant un rôle dans les coulisses de la politique notamment à Washington. Varoufakis raconte qu’il a demandé à Helena Panaritis de le mettre en contact avec Summers en 2015 afin de pouvoir avoir une influence sur Obama d’une part et sur le FMI d’autre part.

Jeffrey Sachs

Varoufakis a demandé également à Jeffrey Sachs, spécialisé lui aussi dans les jeux d’influence dans les coulisses de Washington, de collaborer de manière rapprochée, ce que celui-ci a accepté en se rendant plusieurs fois à Athènes, à Bruxelles, à Londres, à Washington en 2015, afin de renforcer l’équipe de Varoufakis. Jeffrey Sachs, comme Lawrence Summers, est lié au parti démocrate, et est présenté dans les médias dominants comme favorable à une solution douce aux crises de la dette en tenant compte des intérêts des pauvres |19|. Pourtant, Jeffrey Sachs a été conseiller de gouvernements néolibéraux qui ont appliqué la politique de la thérapie du choc dans leur pays : Bolivie (1985), Pologne (1989), Russie (1991). Dans son livre La Stratégie du choc. Montée d’un capitalisme du désastre (2008), Naomi Klein a dressé un réquisitoire implacable contre Jeffrey Sachs et les politiques qu’il a recommandées en collaboration avec le FMI, la Banque mondiale et les classes dominantes locales.

Varoufakis mentionne également le soutien indéfectible qu’il a reçu de Lord Norman Lamont qui a été Chancelier de l’Échiquier (ministre des Finances de Grande-Bretagne) dans le gouvernement du conservateur John Major de 1990 à 1993. « Mon amitié avec Lord Lamont of Lerwick, Tory et eurosceptique pur jus, le Chancelier qui avait permis à la Grande-Bretagne d’échapper au Système monétaire européen, s’accordait mal avec mon image d’extrême-gauchiste. » Varoufakis souligne l’importance de la collaboration avec Norman Lamont : « J’ai passé 162 jours à la tête du ministère des Finances et Norman a toujours été un soutien inébranlable, notamment pour finaliser la dernière version de mes propositions de réforme de la dette et de la fiscalité à soumettre à l’UE et au FMI » |20|.

Parmi les autres experts étrangers auxquels Varoufakis a eu recours et qui ont participé à l’élaboration des propositions qu’il a faites aux créanciers : Willem Buiter, qui a rejoint la banque Citigroup en 2010 comme économiste en chef, et Thomas Mayer, ex-économiste en chef de la Deutsche Bank.

Si l’on s’en tient au récit de Varoufakis, le rôle de ces personnalités n’a pas été anodin. Se référant au énième plan qu’il a proposé en mai 2015 aux créanciers, il écrit : « Le temps que j’atterrisse, le Plan pour la Grèce était finalisé. Jeff Sachs avait brillamment rectifié la version que je lui avais envoyée deux jours plus tôt. Norman Lamont avait effectué des ajouts importants ; l’équipe de Lazard avait affiné la proposition d’échange de dettes et Larry Summers avait avalisé l’ensemble. » |21|


Spyros Sagias, un autre exemple d’un défenseur de l’ordre dominant faisant partie du cercle étroit de Tsipras et de Varoufakis

Varoufakis explique qu’il a établi une relation étroite avec Spyros Sagias qui est devenu le conseiller juridique du Premier ministre Tsipras, avec qui il a fait connaissance quelques jours avant les élections. Le choix de Sagias par Tsipras en dit également long sur les priorités de Tsipras au moment de choisir son entourage en tant que chef du gouvernement. Il voulait autant que possible s’entourer de personnages pouvant établir des ponts avec l’establishment, avec le patronat, avec les créanciers. Sagias avait conseillé le gouvernement du socialiste Simitis dans les années 1990 au moment où celui-ci entamait un important programme de privatisations.

Spyros Sagias

Varoufakis décrit Sagias de la manière suivante : « Sagias n’était pas un homme politique mais, comme il se présenta plus ou moins en riant, un avocat systémique. (…) Pas un seul grand contrat d’affaires où étaient en jeu intérêts privés et secteur public n’échappait à sa sagacité : privatisations, vastes projets immobiliers, fusions, il dominait tout. Il avait conseillé Cosco, le conglomérat chinois qui avait acheté des parts du Pirée et rêvait d’en acquérir la totalité, une privatisation à laquelle Syriza était farouchement opposé ». Il ajoute : « Le jour où Pappas m’avait dit que Sagias serait sans doute secrétaire de cabinet, j’avais été heureusement surpris : on aurait un as du droit parmi nous, un conseiller sachant rédiger des projets de loi imparables et déterrer les secrets honteux de l’ancien régime ». « Je l’aime bien, Sagias, pensais-je. Il avait conscience de fricoter avec l’oligarchie et ne s’en cachait pas » |22|. Sagias, comme le montre Varoufakis plus loin dans son livre, a soutenu les choix successifs qui ont amené à la capitulation définitive.

Ajoutons que pendant le gouvernement Tsipras I, il a aussi aidé Cosco à acquérir les parties du Port du Pirée que l’entreprise chinoise ne possédait pas encore |23|. C’est d’ailleurs la firme de Sagias qui avait rédigé la première convention avec Cosco en 2008. Après avoir quitté ses fonctions de secrétaire du gouvernement, Sagias s’est remis encore plus activement à son cabinet d’affaires |24|. Il est redevenu le conseil attitré de grands intérêts étrangers pour favoriser de nouvelles privatisations. Il a servi les intérêts de l’Émir du Qatar en 2016 qui souhaitait acquérir une île grecque, l’île d’Oxyas à Zakinthos, appartenant à une zone Natura. Sagias a également été le conseil de Cosco en 2016-2017 dans un litige avec les travailleurs du port du Pirée, quand il s’est agi de trouver une formule de départ anticipé (ou de licenciement déguisé) pour plus d’une centaine de travailleurs proches de l’âge de la retraite.

Dans la cinquième partie nous aborderons les évènements de janvier-février 2015 : les journées qui ont précédé la victoire attendue de Syriza le 25 janvier, la création du gouvernement Tsipras, le programme de Syriza, l’entrée en fonction de Yanis Varoufakis comme ministre des Finances et les négociations qui conduisent à l’accord funeste du 20 février 2015.

 

Notes

|1| Y. Varoufakis, Conversations entre adultes. Dans les coulisses secrètes de l’Europe, Les Liens Qui Libèrent, Paris, 2017, Chapitre 5, p. 127.

|2| Voir Vice, « The Former Finance Minister Who Tried to Warn Greece About the Crisis », publié le 15 juillet 2015, consulté le 12 novembre 2017

|3| Y. Varoufakis, op.cit., Chapitre 5, p. 129.

|4| Adea Guillot, « Grèce : l’ex-députée socialiste Elena Panaritis renonce au FMI », publié le 1er juin 2015, Le Monde

|5| Alors que, sous Varoufakis, il avait été défrayé de manière modeste, il a remis, en août 2015, une facture de 375 000 euros pour la période antérieure à juillet 2015. Cela a provoqué des remous et a alimenté la campagne de discrédit lancé par la presse dominante grecque contre Varoufakis. GRReporter, « A Korean adviser of Varoufakis claims a fee of €375,000 », publié le 9 août 2017, consulté le 12 novembre 2017

|6| La Banque Lazard est un groupe mondial de conseil financier et de gestion d’actifs. Entreprise franco-américaine à sa création en 1848, Lazard est aujourd’hui cotée à la bourse de New York et est présente dans 43 villes dans 27 pays. Son dirigeant le plus connu en France est Matthieu Pigasse. Sous sa conduite la banque a conseillé différents gouvernements en matière de dette ou de gestion d’actifs (entendez privatisations) : l’Équateur en 2008-2009 en ce qui concerne la dette, la Grèce en 2012 et en 2015, le Venezuela en 2012-2013. M.Pigasse a des intérêts directs dans le quotidien Le Monde, dans Huffington Post et dans le magazine Les Inrockuptibles. À la fin de l’année 2017, Matthieu Pigasse et la Banque Lazard se sont rangés aux côtés du régime corrompu et répressif du président congolais Denis Sassou-Nguesso pour l’aider dans ses relations avec les créanciers.

|7| Spécialiste de la dette souveraine, il est conseiller à la banque Lazard, avec laquelle il a conseillé le Premier ministre grec Georges Papandréou et le président équatorien Rafael Correa pour la renégociation de la dette de leurs pays. Il a participé, avec la Banque mondiale, à l’« initiative de réduction de la dette des pays pauvres très endettés » (initiative PPTE). Il est éditorialiste au quotidien Le Monde. Daniel Cohen a également été conseiller de François Fillon, Premier ministre de Nicolas Sarkozy de 2010 à 2012. Puis il a soutenu François Hollande, président de 2012 à 2017.

|8| Y. Varoufakis, op.cit., chapitre 5, p. 131.

|9| James K. Galbraith, Crise grecque, tragédie européenne, Éd. du Seuil, Paris, 2016

|10| Voir l’article de Martine Orange « L’économiste James Galbraith raconte les coulisses du plan B grec »

|11| Daniel Munevar est un économiste postkeynésien originaire de Bogotá, en Colombie. De mars à juillet 2015, il a travaillé comme assistant de Yanis Varoufakis alors qu’il était ministre des Finances ; il le conseillait en matière de politique budgétaire et de soutenabilité de la dette. Auparavant, il était conseiller au Ministère des Finances de Colombie. En 2009-2010, il a été permanent du CADTM en Belgique puis de retour en Amérique latine, il a cordonné le réseau du CADTM en Amérique latine de 2011 à 2014. C’est une des figures marquantes dans l’étude de la dette publique en Amérique latine. Il a publié de nombreux articles et études. Il a participé avec Éric Toussaint, Pierre Gottiniaux et Antonio Sanabria à la rédaction des Chiffres de la dette 2015. Il travaille depuis 2017 à Genève à la CNUCED.
Daniel Munevar fait référence à sa participation à l’équipe de Varoufakis dans cet article. Dans le livre déjà mentionné, James Galbraith souligne l’importance de l’aide que lui a apportée Daniel Munevar.

|12| Y. Varoufakis, op.cit., chapitre 5, p. 133.

|13| Y. Varoufakis, op.cit., p. 17

|14| Des extraits ont été publiés par The Economist (8 février 1992) ainsi que par The Financial Times(10 février 1992) sous le titre « Préservez la planète des économistes ».

|15| Lawrence Summers, à l’occasion de l’Assemblée annuelle de la Banque mondiale et du FMI à Bangkok en 1991, interview avec Kirsten Garrett, « Background Briefing », Australian Broadcasting Company, second programme.

|16| La loi adoptée sous la conduite de Robert Rubin et de Lawrence Summers est connue comme la loi Gramm-Leach-Bliley Act Financial Services Modernization Act de 1999. Cette loi américaine a été adoptée par le Congrès, dominé par une majorité républicaine, et promulguée par l’administration Clinton le 12 novembre 1999. Elle permet aux banques d’affaire et aux banques de dépôts de fusionner en mettant en place des services de banques universelles qui assurent aussi bien les services d’une banque de dépôt que d’une banque d’investissement et que d’une compagnie d’assurance. Le vote de cette loi a été l’objet d’un intense lobbying des banques pour permettre la fusion de Citibank avec la compagnie d’assurances Travelers Group, afin de former le conglomérat Citigroup, l’un des plus importants groupes de services financiers au monde. L’adoption de la nouvelle législation revenait à abroger la loi Glass Steagall Act, ou Banking Act, en place depuis 1933, qui a notamment déclaré incompatibles les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement et qui a permis d’éviter de grandes crises bancaires aux États-Unis jusqu’à celle de 2007-2008.

|17| Financial Times, 26-27 février 2005.

|18| La polémique a été également alimentée par la désapprobation de l’attaque lancée par Summers contre Cornel West, un universitaire noir et progressiste, professeur de Religion et d’études afro-américaines à l’université de Princeton. Summers, prosioniste notoire, dénonça West comme antisémite parce que celui-ci soutenait l’action des étudiants qui exigeaient un boycott d’Israël tant que son gouvernement ne respecterait pas les droits des Palestiniens. Voir Financial Times du 26-27 février 2005. Cornel West, qui a soutenu Obama avec enthousiasme, s’est étonné que celui-ci veuille s’entourer de Summers et de Rubin. Voir www.democracynow.org/2008/11…

|19| Sachs a publié en 2005 un livre intitulé La fin de la pauvreté (The End of Poverty : How We Can Make it Happen in Our Lifetime) qui a été très bien accueilli par l’establishment. En 2007-2008 le CADTM a participé à la réalisation et à la diffusion du film documentaire La fin de la pauvreté ? qui constitue la démonstration opposée à celle de Sachs. Ce film du cinéaste Philippe Diaz a été sélectionné au festival de Cannes en 2008 par la semaine de la Critique (il contient des interviews de Joseph Stiglitz, Susan George, Amartya Sen, Éric Toussaint, John Perkins). Sachs a publié un nouveau livre mainstream en 2015 sur le développement durable. Voici un exemple de commentaire promotionnel qu’on peut trouver dans la presse : « Conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU, l’économiste Jeffrey Sachs compte parmi les personnalités les plus influentes en matière de développement durable. Inspirateur des 8 objectifs du millénaire pour le développement (OMD) qui ont couru de 2000 à 2015, Sachs sait briller et être entendu dans tous les milieux. »

|20| Y. Varoufakis, op.cit., chapitre 5, p. 132.

|21| Y. Varoufakis, op.cit., chapitre 15, p. 398

|22| Adéa Guillot et Cécile Ducourtieux du quotidien Le Monde écrivaient à propos de Sagias« Longtemps proche du PASOK, il a participé à de nombreuses négociations de contrats publics et conseille régulièrement des investisseurs étrangers souhaitant s’implanter en Grèce. »

|23| Je reviendrai plus loin sur le rôle joué par Varoufakis lui-même dans la poursuite de la privatisation du port du Pirée et sur ses relations avec Cosco.

|24| Voir le site officiel de la firme de Sagias.

Source : CADTM, Eric Toussaint, 18-01-2018

https://www.les-crises.fr/varoufakis-sest-entoure-de-tenants-de-lordre-dominant-comme-conseillers-partie-4-par-eric-toussaint/

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Brèves d'antipresse

tl antipresse 4

RUSSIE | Blocus sur l’Arctique

La Russie — on le sait et c’est peut-être son principal problème — est assise sur la plus vaste réserve d’énergies fossiles du monde. Selon une estimation de la statistique géologique des Etats-Unis, l’Arctique pourrait receler — quelque 90 milliards de barils d’huile exploitables et 47 trillions de mètres cubes de gaz naturel. Or c’est la Russie qui en détient, géographiquement, le plus gros morceau: 48 milliards de barils et 43 trillions de m3 respectivement.

L’exploitation de ces gisements subpolaires se heurte à des difficultés techniques considérables. Une analyse captivante de Stanislav Pritchine, publiée sur le site de l’Institut royal britannique des Affaires internationales, suggère même que l’un des motifs des sanctions occidentales à l’égard de la Russie serait de faire obstacle à cette exploitation… En attendant, on l’imagine, un «printemps russe» qui porterait au pouvoir des partenaires plus compréhensifs pour les multinationales anglosaxonnes.

«Les sanctions occidentales sont partiellement destinées à entraver la capacité de la Russie à exploiter les ressources de l’arctique, et elles ont également suspendu des projets déjà en cours avec des partenaires occidentaux. Par exemple, au lendemain de l’imposition des sanctions US en 2014, ExxonMobil fut contrainte de cesser ses activités en Russie avec Rosneft. Privée de l’aide d’Exxon, Rosneft a suspendu son exploration du champ pétrolifère Victory dans la mer de Kara.»

Cependant, l’auteur esquisse aussi le contrecoup possible de cette stratégie: le développement de technologies en interne, notamment par des partenariats entre les géants énergétiques d’Etat (Lukoil et Rosneft) avec des entreprises privées russes ayant accumulé du savoir-faire de pointe, entre autres, dans des contrats à l’étranger.

Après avoir forcé la Russie à assurer son autarcie agricole, l’Occident va-t-il une fois de plus se tirer dans le pied?

http://log.antipresse.net/post/russie-blocus-sur-larctique?mc_cid=800042b4a1&mc_eid=3a5e263339

SUÈDE | Le féminisme à l’épreuve de la neige

Les Suédois.es viennent d’écrire un nouveau chapitre de la Psychopathia occidentalis en matière de politiquement correct. Constatant que les trottoirs étaient plus fréquentés par les personnes du sexe féminin, alors que les usagers de la route sont en majorité d’ordinaires mâles, les autorités roses-vertes de Stockholm ont décidé de déneiger en priorité les voies piétonnières. En est résultée une mémorable gabegie sur les routes… suivie d’un pugilat généralisé dans la presse.

«Début novembre, le système a été mis à l’épreuve par les premières chutes de neige importantes dans la capitale suédoise. Les voitures ont été bloquées sur le périphérique pendant des heures, des écoles ont été fermées faute de bus en circulation, des habitants appelés à rester chez eux… […] La patronne des conservateurs, Anna Kinberg Batra, s’est fendue d’un tweet grinçant, constatant que “tout n’est pas question de sexe. La neige, par exemple ". Avant de se demander : “En quoi la Suède est-elle plus égalitaire quand les bus n’arrivent pas à rejoindre les écoles ?"»

Faut-il y voir un début d’agacement face aux précieuses ridicules de l’égalitarisme?

http://log.antipresse.net/post/suede-le-feminisme-a-lepreuve-de-la-neige?mc_cid=800042b4a1&mc_eid=3a5e263339

ARMEMENTS | Les drones terroristes entrent en scène

Dans la nuit du 6 au 7 janvier dernier, la Syrie a été le théâtre d’une première historique dans l’art de la guerre — qui est pourtant passée presqu’inaperçue. Alors qu’elles fêtaient leur Nativité, les bases russes de Hmeimim et de Tartous étaient visées par un essaim de 13 drones équipés de bombes gravitationnelles. L’attaque n’a pas fait de dégats: la défense aérienne a détruit 7 drones en vol et réussi à prendre le contrôle des 6 autres pour les poser.

Les médias occidentaux ont insisté sur le caractère «artisanal» et «low-tech» de ces bombardiers radiocommandés. Les Russes, de leur côté, ont souligné les connaissances technologiques nécessaires pour réaliser une telle attaque, notamment en matière de coordination au GPS. En soutenant qu’une telle opération dépassait les compétences d’une poignée d’islamistes d’Idlib, ils sous-entendent qu’une puissance étrangère pourrait leur avoir donné un «coup de pouce». Le ministère de la Défense russe s’est interrogé sur l’«étrange coïncidence» que constituait la présence d’un avion de reconnaissance U. S. dans le secteur.

Quoi qu’il en soit, l’humanité est officiellement entrée cette nuit-là dans l’ère des attaques d’armes miniatures robotisées en essaim prédite, notamment, par un Michael Crichton (dans La Proie en 2002).

«“Si l’incident en soi n’était pas forcément très spectaculaire du point de vue des critères terroristes, il augure sans doute d’un avenir très sombre", a déclaré Colin Clarke, chercheur en science politique auprès du think tank RAND spécialisé dans le terrorisme, les insurrections et les réseaux criminels.»

Il est à souligner que l’armée américaine étudie cette technologie depuis quelque temps déjà et qu’elle s’enorgueillit de son avance dans le domaine. Cela pourrait expliquer la relative discrétion des médias de grand chemin sur cette «excitante» innovation technologique.

http://log.antipresse.net/post/armements-une-premiere-historique-passee-inapercue?mc_cid=800042b4a1&mc_eid=3a5e263339

FAKE NEWS | Comment France 2 défend le 80 km/h

La décision gouvernementale de réduire la vitesse de 90 à 80 km/h sur les nationales françaises n’a pas été accueillie, c’est le moins qu’on puisse dire, par une approbation unanime. Heureusement, les médias de grand chemin sont là pour prêter main forte au pouvoir!

Le «20 Heures» de France 2 a ainsi organisé un test «impartial» entre les deux limitations (80 et 90 km/h) du point de vue de la consommation et du freinage. Or le comparatif apparaît grossièrement pipé dès le début, notamment en opposant, sur le même exercice, deux automobiles du même modèle (Peugeot 308), mais de deux générations différentes. le site auto-moto.com s’est livré à une analyse minutieuse de la démonstration de France 2. Il n’en est resté qu’un… cas d’école de fabrication de fake news!

http://log.antipresse.net/post/fake-news-comment-france-2-defend-le-80-km-h?mc_cid=800042b4a1&mc_eid=3a5e263339

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« Ceci n’est pas un krach, par Bruno Le Maire, hahahahahahaha !! »

TRIBUNE LIBRE / par | 9 Fév 2018 |

TL SANNAT BOURSE

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Ma femme vous le dirait, j’ai un grand sens de l’humour (noir), de l’autodérision et j’aime beaucoup, beaucoup rire et rire de tout (mais pas avec tout le monde).

Est-ce que vous avez déjà assisté à des procès ? Jeune étudiant, notre professeur de droit nous invitait souvent à aller en cour d’assises voir les procès. C’était impressionnant, fort instructif. C’était même assez prévisible au bout d’un certain temps, ce qui expliquait une forme d’attitude en retrait, plus que blasée d’ailleurs, des magistrats.

Il y avait le méchant (présumé innocent mais à la tête de coupable) et les gentils (les victimes). Les méchants disaient toujours et invariablement “ce n’est pas moi” suivi, en fonction, du “m’sieur” ou du “m’dame” de rigueur quand ils arrivaient à l’ânonner péniblement.

Eh bien quand on parle de la crise, c’est à peu près les mêmes inepties et nos mamamouchis ne valent guère mieux que nos criminels de droit commun.

Au classement des âneries économiques qui me font rire, le “number one” c’est le :

1/ “Cette fois c’est différent”… À chaque fois qu’on vous sort cet argument, préparez-vous, fermez les écoutilles et repliez la grand-voile. Pour la bulle Internet, c’était différent, pour le Bitcoin, c’était différent, pour les actions actuellement c’est différent… et bing bang boum, patatras quand même !

2/ “On ne pouvait pas prévoir”… Notez que cette excuse est utilisée dans tous les domaines. Par exemple “on ne pouvait pas prévoir qu’il neigerait cet hiver et que la N118, qui est en pente, serait bloquée comme à chaque fois qu’il neige depuis 50 ans que la N118 existe et la neige aussi”…. Mais on ne pouvait pas prévoir !

3/ “Le propre des bulles c’est de se rendre compte qu’elles existent que quand elles ont éclaté… Ce qui est évidemment une absurdité totale, car si l’on ne peut prévoir le moment de l’explosion, en général votre bulle de savon, vous savez que c’est une bulle de savon (cela fonctionne aussi avec les chewing-gum) et vous savez aussi que plus elle grossit, plus vous vous rapprochez du moment où elle va vous péter à la figure et vous recouvrir de Malabar collant… Parfois, un bon copain passe par là et se charge de la faire exploser un peu plus vite. Qui n’a pas joué à ça !!! Eh bien la FED, quand elle monte les taux, au moment où la bulle est grosse, vient donner le petit coup qui fait tout péter… Bref, tout cela est bien prévisible contrairement à ce que l’on dit.

4/ “Ceci n’est pas un krach”. C’était la perle de Christine Lagarde, alors ministre de l’Économie et des Finances, et qui ne voulait surtout pas “inquiéter” le petit peuple. Il faut dire que chez ces gens-là, Monsieur, on a le sens des responsabilités ! Surtout quand il s’agit du porte-monnaie des autres ou de leur santé. Souvenez-vous : les nuages radioactifs n’atteignent jamais la France.

5/ “Je ne suis pas inquiet” dit Bruno Le Maire. Cette année, et pour le millésime 2018, c’est notre Bruno Le Maire qui s’y colle pour la postérité. Je l’aime bien moi Bruno, il est un peu normand comme moi, on vient du même département, alors forcément, ça crée des liens….

Mais j’ai envie de lui dire à Bruno, attention à ne pas dire trop d’âneries, car avec Internet, on pourra ressortir quelques images bien embêtantes à la lecture de l’histoire qui se sera déroulée.

Ne pas inquiéter certes, mais ne pas rassurer non plus. La réalité, c’est que si les mamamouchis de la FED souhaitent créer un krach, ils le feront, que cela plaise ou pas à Macron ou à Le Maire.

Vous avez aimé le “ce n’est pas un krach” de Lagarde, vous trouverez exquis, le “je ne suis pas inquiet” de Le Maire !

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

 

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/ceci-nest-pas-un-krach-par-bruno-le-maire-hahahahahahaha-ledito-de-charles-sannat/

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[RussEurope en Exil] Crise, krach, ou simple avertissement ?

TRIBUNE LIBRE / Jacques SAPIR.

La secousse financière qui affecte les marchés d’actions depuis vendredi 2 février dernier constitue un véritable avertissement. Le CAC-40, qui caracolait au-delà de 5400 points est revenus sous les 5100 points ce vendredi 9 février, soit une baisse de 9%, un mouvement identique à celui de l’indice DOW JONES à la bourse de New -York. Même si ces effets tendent à s’amenuiser, et la chute des marchés financiers devrait se ralentir fortement, voire s’arrêter, la semaine prochaine, on aurait tort de négliger cet avertissement.

TL SAPIR BOURSE

Les causes de la secousse boursière

Les causes de cette secousse sont relativement claires, du moins en ce qui concerne les causes immédiates. A la base, il y a la remontée des taux obligataires aux Etats-Unis. Les taux d’intérêts sur les emprunts à 10 ans ont atteint 2,5%. Cette remontée, qui indique probablement que la période de taux extrêmement bas que l’on connaît depuis ces dernières années est en train de se clore, a eu un effet direct sur les marchés d’actions. Des sommes ont été transférées de ces marchés vers le marché obligataire, entrainant évidemment des ventes d’actions. Cela induit une tendance baissière.

Il faut ensuite tenir compte de facteurs techniques, qui ont accéléré, voire dramatisé, cette tendance baissière. Des opérateurs avaient acheté des actions à des niveaux très hauts en décembre et début janvier. Surpris par le retournement de tendance, ils ont vendu brutalement ce qu’ils avaient acheté. De plus, un certain nombre de « produits dérivés » sont indexés sur les indicateurs de volatilité du marché. La brutale augmentation de cette dernière a entraîné un surcroit de ventes. Enfin, les algorithmes qui gèrent les plateformes automatiques ont réagi brutalement dès que la baisse a dépassé un certain niveau.

Cette combinaison de facteurs explique en partie la brutalité de la baisse qui a commencé le vendredi 2 février et qui s’est amplifiée le lundi 5 et dans les jours qui ont suivi. Mais, derrière ces facteurs, il y a des raisons d’être pessimiste sur le long terme, même si aucune de ces raisons n’implique la baisse brutale de ces derniers jours.

Graphique 1

Evolution du CAC-40

Graphique 2

Evolution de l’indice DOW JONES

Source : Bloomberg

La théorie du « ruissellement » en échec

On parle en effet beaucoup d’une embellie de la croissance, d’un retour à la normale après la longue période qui a succédé à la crise. Il est clair que les taux de croissance se sont améliorés. Mais, ils restent inférieurs à ce qu’ils étaient, en moyenne, dans la période 1998-2008. Surtout, l’accroissement des bénéfices des sociétés, et des dividendes des actions, ne correspond pas à un enrichissement identique des salariés, et de la majorité de la population. Or, au bout du compte, c’est l’enrichissement de l’ensemble de la population, et non de sa fraction la plus riche, qu’il s’agisse des 0,1%, des 1%, voire des 10% aux revenus les plus élevés, qui ouvre un marché en expansion capable d’absorber la production des firmes et de garantir leurs profits. Il y a un aphorisme bien plus vrai que le fameux théorème d’Helmut Schmitt : « les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après demains ». Ce théorème n’évoque pas la capacité des « riches » à thésauriser et à dilapider une bonne partie de leur richesse sur les marchés financiers. Notons, d’ailleurs, que ces « théorème » est aujourd’hui largement discrédité par tout une série d’études empiriques.

L’aphorisme véritable est plutôt : « la hausse des revenus du plus grand nombre est la garantie de l’écoulement du surcroit de production qui justifie les investissements d’aujourd’hui ». Or, la structure de l’économie financiarisée, qui domine le monde depuis près de 25 ans, empêche la redistribution des gains de productivité, gains qui sont toujours élevés dans l’industrie, aux salariés.

Il en résulte une sourde inquiétude, que l’on perçoit dans les rapports des différentes institutions internationales. Cette hausse importante des bénéfices et des dividendes est excessive, et elle fait peser la menace d’une crise future résultant du désajustement brutal entre le rythme de croissance de la production et celle de la consommation [1].

La souveraineté, facteur de croissance ?

Le problème fondamental auquel l’économie mondiale est aujourd’hui confrontée est un problème de répartition. Et, la répartition elle-même dépend des institutions dans chaque pays, mais aussi du contexte politique général. Ce n’est QUE dans le cadre d’Etats souverains, et pleinement souverains, qu’une majorité d’électeurs peut imposer des règles différentes de répartition, mais aussi – et sans cela ces différentes règles seront minées par la concurrence internationale dès le départ – imposer des règles de commerce international qui redonnent au corps législatif national la possibilité réelle d’agir sur les structures sociales et économiques du pays.

Le retour à la souveraineté des Etats apparaît donc comme la condition nécessaire (mais pas nécessairement suffisante) à l’inversion de cette tendance malsaine qui a entraîné un désajustement toujours croissant entre les rythmes de croissance des revenus des « 1% » et ceux de la majorité de la population. L’enjeu est ici certes social mais pas seulement. Il en va du bon fonctionnement de l’économie. Or, si la hausse des dividendes et des bénéfices tire les marchés d’action vers le haut, la force de rappel que constitue la possible, et maintenant probable, crise de surproduction constitue une menace qui plane de plus en plus sur les marchés financiers.

[1] NATIXIS, Flash Economie, 2 février 2018 – n°130

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-crises-krach-ou-simple-avertissement-par-jacques-sapir/

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