vendredi 2 février 2018

Alain Juppé, future tête de liste macronienne pour les européennes ? Cela se précise

Européens convaincus, fédéralistes, libéraux : les points communs ne manquent pas entre Emmanuel Macron et Alain Juppé, qui multiplie les louanges à l'attention du chef de l'Etat. Ce dernier réfléchirait même à une alliance en vue de 2019.

ACT JUPPE ELECTIONS UE

Alain Juppé, bientôt un marcheur comme les autres ? Si le maire de Bordeaux n'est pas encarté à La République en marche (LREM), il a clairement pris ses distances avec son ancien parti, Les Républicains (LR). Européen convaincu, fédéraliste et libéral, son positionnement «centriste» semble s'orienter davantage vers Emmanuel Macron qu'en direction de l'aile conservatrice du parti de droite que préside aujourd'hui Laurent Wauquiez. C'est du moins ce qu'on peut déduire de ses propos amicaux à l'attention du président de la République.

Selon la publication hebdomadaire La lettre A (une lettre confidentielle créée par un journaliste de L'Express sur l'actualité politique française) du 1er février, Emmanuel Macron réfléchirait d'ailleurs à l'option Alain Juppé pour incarner la majorité lors des prochaines élections européennes en 2019.

La veille, dans un entretien accordé à la RTS, l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac avait même laissé la porte ouverte à une possible alliance : «On verra, en fonction des programmes, des configurations politiques et de l'attitude que prendront les différents partis.»

D'ailleurs, Alain Juppé ne tarit pas d'éloges sur Emmanuel Macron. «C'est un homme intelligent et il a une vision des choses que je partage en grande partie et je souhaite qu'il réussisse [...] Il a un charme évident», souligne-t-il.

Une alliance «de Cohn-Bendit à Juppé» ?

Depuis novembre, Alain Juppé et les macroniens s'échangent leurs respects mutuels. Le 10 novembre, Alain Juppé avait ainsi félicité Emmanuel Macron pour son discours sur l'Europe, prononcé à la Sorbonne au début du mois d'octobre et dans lequel il faisait le vœu d'un «grand mouvement central» pour les européennes de 2019. «La question est de savoir qui en prendra le leadership. Mais si Macron reste dans la ligne de son discours à la Sorbonne, je ne vois pas d’incompatibilité», avait souligné le ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, en faisant référence au discours résolument pro-UE prononcé par Emmanuel Macron dans la célèbre université.

Le 26 janvier, le porte-parole de LREM, Christophe Castaner avait pour sa part annoncé qu'il souhaitait une alliance «de Daniel Cohn-Bendit à Alain Juppé», avec ceux qui partagent «la même ambition progressiste exigeante et jamais béate pour l’Europe».

https://francais.rt.com/france/47781-alain-juppe-future-tete-liste-europeennes-2019

Posté par UPR Creuse à 05:30 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

Pentagon Papers Steven Spielberg en petite forme

Nous avons publié le point de vue de Charles Gave sur ce film, voici un autre point de vue. A vous de juger!  P.G.

BASE 14 995X225

 

28 janvier 2018 : bourré de bons sentiments comme le sont en général les films de Steven Spielberg, Pentagon Papers hésite entre plusieurs cibles et n'en atteint finalement aucune (ou presque)...

TL SPIELBERG 2

Chaque film de Steven Spielberg est un événement et celui-ci ne manque pas à la règle. Mais il est douteux qu'il s'inscrive dans l'histoire du cinéma tant il pèche dans sa représentation de l'Histoire tout court. C'est une déception après le très subtil Lincoln du même réalisateur, en 2012.

La faute au scénario qui multiplie les angles d'attaque et se trompe sur presque tous.

L'histoire des Pentagon Papers

Pentagon PapersLe titre français du film fait référence à un rapport confidentiel de 7000 pages rédigé en 1967 par quelques dizaines de fonctionnaires du Pentagone à la demande du Secrétaire d'État Robert McNamara. Celui-ci soutenait en public l'engagement du président Johnson au Vietnam tout en le condamnant en privé.

Songeant déjà à démissionner de son poste - ce qu'il fera l'année suivante -, il voulait un historique des relations entre les États-Unis et le Vietnam depuis la première guerre d'Indochine conduite par les Français, afin de servir à l'édification des historiens du futur.

Dès le 31 mars 1968, le président Johnson lui-même comprend l'inanité de sa politique vietnamienne et promet l'ouverture prochaine de négociations avec les parties concernées. Son successeur Richard Nixon, brutal, vulgaire, cynique mais réaliste, annonce un désengagement militaire américain le 25 juillet 1969. Avec son Secrétaire d'État Henry Kissinger, il ouvre dans le même temps des négociations pour la paix à Paris. Dans le même temps, il engage des pourparlers avec l'URSS comme avec la Chine ! 

Près de deux ans plus tard, enfin, en juin 1971, le New York Times, le quotidien de référence des élites américaines, réussit à se procurer le rapport de McNamara et entame sa publication. Les lecteurs se jettent sur ces récits dont certains remontent à près de vingt ans et les plus récents à quatre ans. Ils ne concernent que les présidences Eisenhower, Kennedy et Johnson, en aucune façon la présidence Nixon, laquelle, au contraire des précédentes, fait tout son possible pour se désengager du Vietnam.

Bien que sans conséquence sur la politique de l'heure, la publication du New York Times soulève l'ire du président Nixon, lequel nourrit de très mauvaises relations avec les journalistes en général et ceux de la côte Est en particulier. Un procureur enjoint au Times de cesser la publication d'un document réputé confidentiel défense. Le journal ne peut faire autrement que d'obéir. C'est alors que le Washington Post, jusque-là de modeste réputation, prend le relais. Un vent de fronde souffle aussitôt dans la presse américaine et la Cour Suprême est appelé à légiférer sur le conflit entre le Times et le gouvernement. Elle donne raison à la presse au nom du premier amendement de la Constitution (Bill of Rights, 1791).

L'année suivante, porté par ses succès tant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur, et malgré la détestation des élites de la côte Est, Richard Nixon sera triomphalement réélu avec 60% des voix. Mais trop sûr de lui, il laissera ses hommes de main commettre une grosse bêtise, l'espionnage des bureaux du parti démocrate dans l'immeuble du Watergate. L'enquête de police remontera en 1973 jusqu'au bureau ovale, obligeant le président lui-même à une honteuse démission. Dans cette affaire du Watergate, ce sont les journalistes du Washington Post qui seront à l'avant-scène, damant le pion à leurs rivaux du Times.

Le regard biaisé de Steven Spielberg

Le cinéaste a curieusement traité cette affaire de presse comme une affaire politique, ce qu'elle n'est pas. La publication des Pentagon Papers n'a eu strictement aucune incidence sur la guerre ni sur la présidence Nixon, à la grande différence des reportages photographiques du New York Times en 1968 ou des révélations du Washington Post sur le Watergate en 1973.

Oublieux du contexte, Steven Spielberg a qui plus est trahi les faits en faisant passer Nixon pour non seulement un type vulgaire - ce qu'il était - mais aussi un sombre incapable et un fou de guerre, ce qu'il n'était pas, bien au contraire ! 

Par ailleurs, notons le choix bizarre du cinéaste de centrer l'affaire des Pentagon Papers sur le Washington Post alors que tout le mérite de la publication revient au New York Times. C'est comme si l'on attribuait à ce dernier la révélation du Watergate

La raison tient sans doute à ce que Spielberg a voulu surajouter à cette histoire un portrait de femme peu ordinaire, en résonance avec les débats actuels sur la place des femmes dans la société. C'est ainsi qu'il organise le film autour du conflit entre le rédacteur en chef du Post, interprété par Tom Hanks, et l'héritière du journal, interprétée avec superbe par Meryl Streep, laquelle a beaucoup de mal à résister à la pression des banquiers et des actionnaires qui, tous, veulent la dissuader de publier les Pentagon Papers.

Faut-il l'avouer ? Ce dilemme (publier? pas publier ?) paraît excessivement plat quand on a vu auparavant le film britannique Les Heures sombres et l'affrontement féroce entre Churchill et Halifax sur la question de résister coûte que coûte ou négocier avec Hitler.  

André Laramé
https://www.herodote.net/Pentagon_Papers-article-1707.php

Posté par UPR Creuse à 05:15 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

Calcul du PIB. L’Insee va intégrer le trafic de drogue mais pas la prostitution

Pour calculer le produit intérieur français, l’Insee va incorporer à ses résultats les activités liées à la consommation de stupéfiants. Une décision prise pour s’aligner sur les statistiques des autres pays européens.

ACT INSEE

Faut-il intégrer le trafic de drogue au calcul du PIB ? Après plusieurs années de débat, l’Insee a tranché en décidant d’appliquer une demande en ce sens de l’office européen de statistique, qui pourrait entraîner une révision en « légère hausse » du produit intérieur brut français.

L’institut national de la statistique et des études économiques (Insee) va « tenir compte de la consommation de stupéfiants et des activités liées à cette consommation sur le territoire national », a annoncé mardi l’organisme public, dans un communiqué consacré à une série de modifications comptables actées par l’institut.

Cette prise en compte, faite « à la demande » de l’institut européen des statistiques Eurostat et destinée à aligner les statistiques françaises sur celles « des autres pays européens », entraînera « une révision en très légère hausse du niveau du PIB », ajoute l’Insee dans son communiqué.

Le chef du département des comptes nationaux de l’institut public, Ronan Mahieu, a assuré que ces nouvelles données seraient intégrées aux chiffres du PIB révisés et détaillés, qui seront publiés en mai. La révision portera « sur l’ensemble des résultats » publiés par l’Insee, c’est-à-dire depuis 1947.

« Il s’agira de révisions à la marge », a assuré M. Mahieu, en évoquant le chiffre de « quelques milliards » d’euros, à rapporter aux 2 200 milliards d’euros du PIB français. « Ça n’influera pas sur le chiffre de la croissance » en 2017, a-t-il par ailleurs prévenu.

La drogue oui, la prostitution non

La décision de l’Insee fait suite à un long débat lancé par Eurostat en 2013. L’institut statistique européen avait alors demandé aux États membres d’intégrer le trafic de drogue et la prostitution dans leurs statistiques nationales, estimant qu’il s’agissait de transactions commerciales consenties librement.

L’objectif était d’harmoniser les données fournies par les pays européens, ces activités étant considérées comme légales dans certains États, à l’image des Pays-Bas, ce qui gonfle leur PIB, et illégales dans d’autres.

Suite à la demande d’Eurostat, plusieurs pays ont décidé d’intégrer ces nouvelles normes, à l’image de l’Espagne, du Royaume-Uni et de l’Italie. Ce nouveau système de compte s’est à chaque fois traduit par une révision à la hausse de leur produit intérieur brut.

L’Insee avait de son côté accepté de prendre en compte les ressources issues du trafic de drogue dans le « revenu national brut » (RNB), destiné principalement à déterminer la contribution de la France au budget de l’Union européenne, mais pas dans le PIB, mesure comptable qui fait référence dans le débat public.

L’organisme public avait par ailleurs refusé de comptabiliser la prostitution relevant des réseaux, estimant que le consentement des prostituées n’était « probablement pas vérifié ». « Sur ce point, nous maintenons notre position », a indiqué Ronan Mahieu.

https://www.ouest-france.fr/sante/addictions/drogues/calcul-du-pib-l-insee-va-integrer-le-trafic-de-drogue-mais-pas-la-prostitution-5533563

BASE 14 995X225

La légalisation de certaines activités commerciales (drogue, prostitution...) finira bien par s'imposer, concurence "libre et non faussée" oblige...  P.G.

23674896_10155892770337612_4971545130397341684_o

Posté par UPR Creuse à 05:00 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

Marseille : des dealers squattent le ministère de la Justice

Les éducateurs de la PJJ, excédés, sont en grève.

ACT MARSEILLE PJJ

Un culot ou un sentiment d'impunité hors du commun : depuis cinq mois, c'est jusque dans l'enceinte du ministère de la Justice qu'un réseau de stupéfiants a pris ses habitudes, dans le quartier des Chutes-Lavie. En l'occurrence, sur les 9 hectares du verdoyant domaine de l'unité éducative de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). On trouve notamment dans cet ancien espace bastidaire du 13e un Centre éducatif fermé tout neuf, un foyer, des services d'insertion, etc.. Près de 80 éducateurs et autres intervenants, placés sous la tutelle du ministère de la Justice, y travaillent chaque jour auprès d'un public de mineurs délinquants.

Nombre d'entre eux ont justement connu le trafic de stupéfiants : le domaine de la traverse Sylvestre devrait être un havre où ils tentent de redresser des vies qui ont dévissé. Mais c'est justement dans cet espace de repli et de reconstruction que les dealers viennent "tenter de recruter les plus jeunes, livre, accablée, Isabelle Audureau, pour la CGT-PJJ. Ceux qui vendent sur ce plan stups ont sorti des braseros, des fauteuils, ils font comme s'ils étaient chez eux. Des clients débarquent carrément en voiture, en groupe, sur le site", s'étrangle la syndicaliste. Dans cette proximité avec le réseau et ses petits lieutenants, les fonctionnaires disent vivre "une contradiction insupportable entre leurs missions d'éducation, d'insertion et de prévention de la récidive, et le fait de laisser les jeunes témoins voire acteurs de ce trafic".

Ils seront en grève aujourd'hui pour le dire haut et fort.

Des hommes cagoulés encerclent l'éducatrice

Si cette situation est connue "de longue date", elle s'est dernièrement envenimée : "Les allées et venues des agents de la PJJ et des usagers du service sont désormais contrôlées par des personnes postées sur le site", décrit la CGT. Qui cite le cas de cette éducatrice, qui s'est ainsi vue cernée, un soir, par plusieurs hommes cagoulés. "À un autre collègue, ils ont dit, en gros : 'Ici, t'es chez nous'. On a dépassé là le sentiment d'insécurité. Les éducateurs ont la trouille, ils sont prêts à exercer leur droit de retrait", martèle Isabelle Audureau. Si la police n'a pas, pour sa part, constaté d'enracinement du trafic sur le site, elle reconnaît une situation de "porosité" avec les cités voisines, où les plans stups sont bien connus.

Le communiqué de la CGT PJJ ne mâche, en tout cas, pas ses mots : "Les personnels ont le sentiment d'être abandonnés au coeur d'un conflit de territoire et sont condamnés à l'immobilisme par peur de représailles." Le CHSCT de la PJJ va d'ailleurs être saisi "en urgence" par les syndicats, jugeant que "les risques psychosociaux n'ont jamais été aussi élevés sur le site".

Mesures de sécurité

Au plus haut de leur hiérarchie, avec qui les organisations syndicales ont eu plusieurs rencontres la semaine dernière, ces alertes sont prises "très au sérieux". Ouvert aux quatre vents, le portail, "point de fragilité", sera ainsi "fermé et gardienné", promet Franck Arnal, directeur interrégional adjoint de la PJJ. Le mur d'enceinte sera aussi relevé à deux mètres. Enfin, la tolérance accordée aux habitants de la cité mitoyenne et très enclavée des Marronniers, de traverser le domaine, sera retirée. "Je ne découvre pas les difficultés des quartiers Nord, souffle Franck Arnal. Cependant, nous n'avons pas la maîtrise de ces manifestations de violence et de territoire.Il nous faut pourtant réagir, sinon c'est l'État qui recule." Le symbole, en ce lieu, "serait fort" : un terrible constat d'échec dans la lutte pour reprendre le terrain et les jeunes au trafic de drogue.

http://www.laprovence.com/article/edition-marseille/4814129/des-dealers-squattent-le-ministere-de-la-justice.html

Posté par UPR Creuse à 04:45 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

Il n’y a plus d’herboriste diplômé en France

Marie Roubieu vient de décéder à l’âge de 97 ans. Elle était la dernière survivante des herboristes titulaire du diplôme supprimé en 1941. Il n’a jamais été rétabli depuis.

TL HERBORISTE

Son nom est inconnu du grand public. Seul un petit cercle de spécialistes des plantes médicinales la connaissait. Marie Roubieu avait obtenu son diplôme officiel d’herboriste avant que le régime de Vichy ne l’abolisse en 1941, au profit des pharmaciens. « Elle apprenait aux autres à reconnaître les plantes, les sentir, les goûter, les cueillir, avec une rigueur très scientifique. On faisait des sorties sur le terrain et des voyages botaniques aux Caraïbes pour trouver des arbres à épices », raconte Clotilde Boisvert, botaniste, qui a fondé en 1980 « L’École des Plantes CB » à Paris.

En dépit des promesses des gouvernements successifs, la France reste le seul pays de l’Union européenne à ne pas reconnaître la profession d’herboriste. « L’herboristerie se meurt », regrette Michel Pierre, auteur de nombreux livres sur les bienfaits des plantes (1) et patron de la célèbre Herboristerie du Palais-Royal (à Paris). Car depuis une quinzaine d’années, explique le spécialiste, 143 plantes bénéfiques pour la santé sont en vente libre dans les grandes surfaces. Quant aux autres plantes médicinales, elles ne peuvent être vendues qu’en pharmacie. Un marché qui n’intéresse pas forcément les officines, si bien qu’on a du mal à les trouver.

Une industrialisation de la phytothérapie

Les pharmaciens préfèrent commercialiser des produits confectionnés à partir de molécules de plantes qui occupent moins de place et coûtent plus cher que des sachets de thym ou d’ortie. « On assiste clairement à une industrialisation de la phytothérapie. Environ 500 plantes – et bientôt près d’un millier – peuvent ainsi être utilisées comme compléments alimentaires sous forme de gélules, ampoules ou concentrés. Mais on n’a pas pour autant le droit de les vendre comme plantes pour tisane », déplore Michel Pierre, qui persiste à vendre de la bruyère en tisane, quitte à se mettre hors-la-loi.

Faut-il rétablir le métier d’herboriste ?

De la passiflore, qui aide à mieux dormir, aux feuilles de cassis, qui soulagent les douleurs articulaires, en passant par celles du noisetier qui stimulent la circulation sanguine, les irréductibles qui continuent à proposer ces remèdes de grand-mère sont de plus en plus rares. Il n’existe plus qu’une cinquantaine d’herboristes en France. Ils se sont récemment regroupés au sein d’un syndicat, Synaplante, pour réclamer que la loi change. Une situation paradoxale, alors que l’engouement pour les plantes n’a jamais été aussi fort.

Christine Legrand
https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sante/Il-dherboriste-diplome-France-2018-01-29-1200909621

Posté par UPR Creuse à 04:30 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

Varoufakis s’est entouré de tenants de l’ordre dominant comme conseillers

TRIBUNE LIBRE / Eric Toussaint

TL VAROUF

Si vous n’avez pas encore lu Conversations entre Adultes de Yanis Varoufakis, commandez-le à votre libraire. Cela se lit comme un polar politique, il y a du suspense, des rebondissements, des trahisons… L’immense intérêt de ce livre c’est que l’auteur donne sa version d’évènements qui ont influencé et influencent encore la situation internationale, en particulier en Europe mais aussi au-delà car la déception provoquée par la capitulation du gouvernement de la gauche radicale grecque marque profondément les esprits.

La série d’articles que je consacre au livre de Varoufakis constitue un guide pour des lecteurs et des lectrices de gauche qui ne souhaitent pas se contenter de la narration dominante donnée par les grands médias et les gouvernements de la Troïka ; des lecteurs et des lectrices qui ne se satisfont pas non plus de la version donnée par l’ex-ministre des Finances. En contrepoint du récit de Varoufakis j’indique des évènements qu’il passe sous silence et j’exprime un avis différent du sien sur ce qu’il aurait fallu faire et sur ce qu’il a fait. Mon récit ne se susbtitue pas au sien, il se lit en parallèle.

[Articles déjà relayés par ce site, NdR]

Lire les 3 précédents articles de la série :

La critique de la politique qui a été suivie par le gouvernement grec en 2015 ne consiste pas principalement à déterminer les responsabilités de Tsipras ou de Varoufakis en tant qu’individus. Il est essentiel de prendre le temps d’analyser la politique mise en pratique par Varoufakis et le gouvernement Tsipras car, pour la première fois au 21e siècle, un gouvernement de gauche radicale a été élu en Europe. Comprendre les failles et tirer les leçons de la manière dont celui-ci a affronté les problèmes qu’il rencontrait sont de la plus haute importance si on veut avoir une chance de ne pas aboutir à un nouveau fiasco. Dans d’autres pays d’Europe, une majorité d’électeurs et d’électrices pourrait porter au gouvernement des forces de gauche qui promettent de rompre avec la longue nuit néolibérale. Ces pays ne sont certes pas nombreux mais ils existent. De toute façon, même là où les chances d’arriver au gouvernement sont très limitées, il est fondamental de présenter un programme cohérent de mesures qui devraient être prises par un gouvernement aussi fidèle au peuple que le sont les gouvernants actuels à l’égard du grand capital.

La critique que je fais des choix de Varoufakis est précise et elle est dure, sans concession. Il n’en demeure pas moins que Varoufakis a pris la peine de communiquer ce qu’il considère être sa part de vérité. Il a pris des risques en le faisant. S’il n’avait pas écrit ce livre, bien des faits importants seraient restés inconnus. Il ne faut pas s’attendre à ce que Tsipras livre sérieusement sa version de ce qui s’est passé. Il lui est impossible de relater son action et de la justifier. Si un jour il lui arrive de signer un récit, il aura été écrit par quelqu’un d’autre et il sera rempli de lieux communs.

Il faut aussi faire une distinction entre Tsipras et Varoufakis : l’un a signé le 3e mémorandum et l’a fait passer au parlement grec, l’autre s’y est opposé, a quitté le gouvernement le 6 juillet et, en tant que député, a voté contre le mémorandum le 15 juillet 2015.

Ce qui est fondamental, c’est de réaliser une analyse de l’orientation politico-économique qui a été mise en pratique afin de déterminer les causes de l’échec, de voir ce qui aurait pu être tenté à la place et d’en tirer des leçons sur ce qu’un gouvernement de gauche radicale peut faire dans un pays de la périphérie de la zone euro.

Dans cette partie, nous présentons les conseillers dont s’est entouré Varoufakis. Force est de constater que, dès l’étape de sélection de ses principaux conseillers, Yanis Varoufakis s’est entouré de personnes peu disposées à réaliser les promesses de Syriza (c’est le moins qu’on puisse dire) et à mettre en œuvre des politiques alternatives afin de sortir la Grèce de l’emprise de la Troïka.

Les conseillers de Yanis Varoufakis comme ministre

Dans son ouvrage, Varoufakis décrit l’équipe de ses conseillers directs et lointains. La manière dont l’équipe a été composée est terrible. La logique qui a présidé aux choix des personnes explique en partie l’échec qui allait suivre. Ce n’est pas l’élément déterminant mais cela a joué un rôle.

Pour désigner un vice-ministre des Finances en charge de superviser le Trésor, un poste de la plus haute importance, Varoufakis raconte qu’il a consulté Alekos Papadopoulos, un ancien ministre des Finances des années 1990, issu du Pasok. Varoufakis explique qu’il avait collaboré avec Papadopoulos pour rédiger le programme économique que Georges Papandréou a présenté aux élections de 2004 remportées par les conservateurs de la Nouvelle démocratie. Syriza qui se présentait pour la première fois à des élections avait obtenu 6 députés avec 3,3 % des voix. Nouvelle démocratie de Karamanlis avait obtenu 45,4 % des voix et le Pasok conduit par Papandreou avait récolté 40,5 % des suffrages.

Varoufakis écrit : « Papadopoulos était dans l’opposition par rapport à Syriza, mais il était prêt à me soutenir personnellement et m’a promis de me trouver quelqu’un. (…) Le soir-même il m’a envoyé un sms en me donnant le nom de Dimitris Mardas  » |1|. Varoufakis contacte Mardas directement et lui propose le poste de vice-ministre des Finances.

Il faut savoir que le 17 janvier 2015, huit jours avant la victoire de Syriza, Mardas a publié un article particulièrement agressif contre la députée de Syriza Rachel Makri sous le titre « Rachel Makri vs Kim Jong Un et Amin Dada ». L’article se concluait par la très éloquente question (soulignée parlui-même) « Sont-ce ceux-là qui vont nous gouverner ? ». Dix jours plus tard, ce même Mardas devenait, grâce à Varoufakis, ministre suppléant des Finances. Varoufakis explique dans son livre qu’après un mois comme ministre il s’est rendu compte qu’il avait fait un mauvais choix. Signalons que Mardas, qui a soutenu la capitulation en juillet 2015, a été élu député Syriza aux élections de septembre 2015. Papadopoulos a lui aussi soutenu le 3emémorandum de juillet 2015 |2|.

Varoufakis explique qu’en second lieu il devait choisir le Président du Conseil des économistes. Il se rend compte que ce poste avait été pourvu en son nom par le vice-premier ministre Dragasakis. Ce dernier avait en effet choisi George Chouliarakis, un économiste d’une trentaine d’années qui avait enseigné à l’Université de Manchester avant d’être transféré à la Banque centrale de Grèce. Chouliarakis a joué un rôle néfaste dès l’entrée en fonction de Varoufakis et pourtant celui-ci l’a gardé jusqu’à la fin. Son nom reviendra plusieurs fois dans le récit des évènements.

Ensuite Varoufakis a intégré à son équipe Elena Panaritis, parce qu’elle connaissait bien le langage et le modus operandi de la Troïka. Panaritis, en tant que députée du Pasok, avait voté en faveur du premier mémorandum de 2010. Avant cela, elle avait travaillé à Washington, surtout à la Banque mondiale, où elle s’était construit, selon Varoufakis, un excellent réseau de personnalités proches des institutions basées à Washington. Notamment l’ancien Secrétaire du Trésor, Larry Summers, à qui elle a présenté Varoufakis. Panaritis, dans les années 1990, a travaillé pour la Banque mondiale au Pérou où elle a collaboré avec le régime néolibéral, corrompu et dictatorial d’Alberto Fujimori. Varoufakis raconte : « Quand je l’ai revue avant les élections, je n’ai pas hésité une seconde à lui demander de me rejoindre. Il n’y a pas mieux pour se battre contre le diable que quelqu’un qui l’a servi et qui est devenu son pire ennemi. » |3| La suite a montré que loin d’être devenue son pire ennemi, elle a continué à collaborer avec lui.

Sa nomination comme conseillère du ministre des Finances a provoqué dès le début des remous dans Syriza et Tsipras a essayé de convaincre Varoufakis de s’en défaire. Ensuite, il s’en est très bien accommodé. Plus tard, quand Varoufakis, en mai 2015, a fait nommer, avec l’accord de Tsipras, Panaritis représentante de la Grèce au FMI, cela a provoqué une telle levée de boucliers dans Syriza et au parlement, qu’elle a finalement dû renoncer à ce poste le 1er juin 2015 |4|.

Dans son équipe, Varoufakis a également incorporé Glenn Kim, spécialiste des marchés financiers et en particulier du marché des dettes souveraines. En 2012, il avait collaboré à la mise en œuvre de la restructuration de la dette grecque notamment comme consultant des autorités allemandes. Quand Varoufakis a pris contact avec Glenn Kim, celui-ci lui a dit qu’il travaillait comme consultant pour le gouvernement islandais, qu’il aidait à mettre fin au contrôle des capitaux en vigueur depuis 2008. Cela convenait très bien à Varoufakis qui, à tort, ne voulait surtout pas recourir à un contrôle des mouvements de capitaux, alors qu’il aurait dû prendre en compte les résultats positifs obtenus en Islande.

Varoufakis écrit : « Un cynique dirait que les experts genre Glenn travaillent exclusivement pour l’argent et pour leur carrière personnelle. Peut-être. Mais être entouré de personnes comme lui, qui connaissent toutes les arcanes du pouvoir, est un atout précieux. » Précisons que Glenn Kim a continué à conseiller Tsipras après la capitulation de juillet 2015 |5|.

Varoufakis se félicite d’avoir accepté les services de la Banque Lazard et de son directeur, le Français Matthieu Pigasse |6|. La banque Lazard avait collaboré, en échange de dizaines de millions d’euros de commission, à la restructuration de la dette grecque réalisée par la Troïka en 2012. Selon Varoufakis, Matthieu Pigasse et Daniel Cohen (professeur à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm à Paris et conseiller de Lazard |7|) qui l’accompagnait « ont réussi à me convaincre en me vantant les avantages de leur complicité, en s’excusant et me proposant leurs précieux services pro bono pour remettre la Grèce debout. Avec des transfuges de cette trempe à nos côtés, notre force technique était décuplée, voire plus. » |8|

Dans l’équipe internationale dont s’est entouré Varoufakis, il faut citer James Galbraith qui lui a apporté un soutien constant et qui a fait plusieurs séjours à Athènes pendant les six premiers mois de l’année 2015. Parmi les personnes que mentionnent Varoufakis comme l’ayant aidé de très près, James Galbraith est le seul à être digne de confiance même s’il a soutenu une orientation beaucoup trop conciliatrice à l’égard des créanciers. James Galbraith est un économiste néokeynésien des États-Unis, proche du Parti démocrate, connaisseur de la politique internationale. En 2009, il avait eu des contacts étroits avec le gouvernement de Georges Papandréou. Galbraith a travaillé principalement sur le plan B et cela dans le plus grand secret. Il témoigne lui-même de cela dans l’ouvrage Crise grecque, tragédie européenne |9|. De tous les membres de l’équipe que mentionne Varoufakis, Galbraith est le seul à propos duquel on peut considérer qu’il pouvait réellement apporter une aide constructive aux autorités grecques. Il a défendu, aux côtés de Varoufakis, une orientation trop modérée qui ne correspondait pas aux défis qu’il fallait relever et il le reconnaît partiellement |10|. Daniel Munevar, un collaborateur de Galbraith, a apporté activement son soutien à Varoufakis dans la négociation avec les créanciers à partir de mars 2015 mais Varoufakis ne mentionne pas son nom |11|.

Varoufakis préfère mentionner des personnalités étrangères faisant partie directement de l’establishment : « Outre Norman (Lamont), mes partisans d’outremer comprenaient Jeff Sachs, économiste à l’Université de Columbia, Thomas Mayer, de la Deutsche Bank, Larry Summers, et Jamie Galbraith » |12|. Des personnalités avec lesquelles il ne fallait surtout pas s’allier, à part Galbraith, si on voulait réellement promouvoir une solution favorable au peuple grec. En voici quelques exemples.

Larry Summers, Jeffrey Sachs et d’autres : Varoufakis continue avec des choix incompatibles avec le programme de Syriza

Le parcours de Lawrence ‘Larry’ Summers comporte un certain nombre de taches qui auraient dû être indélébiles… et empêcher toute collaboration. Varoufakis a pourtant cherché systématiquement celle-ci et en est très satisfait. Il déclare dans l’introduction de son livre : « Nous étions largement d’accord sur l’essentiel, et ce n’était pas rien d’avoir le soutien du formidable Larry Summers (…) » |13|.

Le passé de Summers mérite qu’on souligne quelques étapes importantes.

En décembre 1991, alors économiste en chef de la Banque mondiale, Summers écrit dans une note interne : « Les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico. Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays moins avancés. Une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. […] L’inquiétude [à propos des agents toxiques] sera de toute évidence beaucoup plus élevée dans un pays où les gens vivent assez longtemps pour attraper le cancer que dans un pays où la mortalité infantile est de 200 pour 1 000 à cinq ans |14| ». Il ajoute même, toujours en 1991 : « Il n’y a pas de […] limites à la capacité d’absorption de la planète susceptibles de nous bloquer dans un avenir prévisible. Le risque d’une apocalypse due au réchauffement du climat ou à toute autre cause est inexistant. L’idée que le monde court à sa perte est profondément fausse. L’idée que nous devrions imposer des limites à la croissance à cause de limites naturelles est une erreur profonde ; c’est en outre une idée dont le coût social serait stupéfiant si jamais elle était appliquée |15| ».

Devenu vice-secrétaire au Trésor sous Clinton en 1995, Summers pèse de tout son poids avec son mentor, le secrétaire d’État, Robert Rubin, pour obtenir l’élimination en 1999 de la loi qui séparait les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement et la remplacer par une loi dictée par les banquiers |16|. En 1998, avec Alan Greenspan, directeur de la Réserve fédérale et Robert Rubin, Summers avait aussi réussi à convaincre l’autorité de contrôle des bourses des matières premières, la Commodity Futures TradingCommission (CFTC), d’abandonner toutes les barrières qui « entravaient » le marché des dérivés de crédits vendus de gré à gré (Over The Counter – OTC). La porte est alors grande ouverte pour une accélération de la dérèglementation bancaire et financière qui a abouti à la crise de 2007-2008 aux États-Unis et qui a eu des retombées en Grèce en 2009-2010.

Ajoutons qu’en 2000, Summers fait pression, en tant que secrétaire d’État au Trésor, sur le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, pour que celui-ci se débarrasse de Joseph Stiglitz, qui lui a succédé au poste d’économiste en chef et qui est très critique sur les orientations néolibérales que Summers et Rubin mettent en œuvre aux quatre coins de la planète où s’allument des incendies financiers. Après l’arrivée du président républicain George W. Bush, il poursuit sa carrière en devenant président de l’université de Harvard en 2001, mais se signale particulièrement en février 2005 en se mettant à dos la communauté universitaire après une discussion au Bureau national de la recherche économique (NBER) |17|. Interrogé sur les raisons pour lesquelles on retrouve peu de femmes à un poste élevé dans le domaine scientifique, il affirme que celles-ci sont intrinsèquement moins douées que les hommes pour les sciences, en écartant comme explications possibles l’origine sociale et familiale ou une volonté de discrimination. Cela provoque une grande polémique |18| tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’université. Malgré ses excuses, les protestations d’une majorité de professeurs et d’étudiants de Harvard l’obligent à démissionner en 2006.

En 2009, Summers est devenu membre de l’équipe de transition du président élu Barack Obama et a dirigé le Conseil économique national. En septembre 2010, Summers a quitté l’équipe d’Obama et a repris sa carrière à l’université d’Harvard tout en jouant un rôle dans les coulisses de la politique notamment à Washington. Varoufakis raconte qu’il a demandé à Helena Panaritis de le mettre en contact avec Summers en 2015 afin de pouvoir avoir une influence sur Obama d’une part et sur le FMI d’autre part.

Varoufakis a demandé également à Jeffrey Sachs, spécialisé lui aussi dans les jeux d’influence dans les coulisses de Washington, de collaborer de manière rapprochée, ce que celui-ci a accepté en se rendant plusieurs fois à Athènes, à Bruxelles, à Londres, à Washington en 2015, afin de renforcer l’équipe de Varoufakis. Jeffrey Sachs, comme Lawrence Summers, est lié au parti démocrate, et est présenté dans les médias dominants comme favorable à une solution douce aux crises de la dette en tenant compte des intérêts des pauvres |19|. Pourtant, Jeffrey Sachs a été conseiller de gouvernements néolibéraux qui ont appliqué la politique de la thérapie du choc dans leur pays : Bolivie (1985), Pologne (1989), Russie (1991). Dans son livre La Stratégie du choc. Montée d’un capitalisme du désastre (2008), Naomi Klein a dressé un réquisitoire implacable contre Jeffrey Sachs et les politiques qu’il a recommandées en collaboration avec le FMI, la Banque mondiale et les classes dominantes locales.

Varoufakis mentionne également le soutien indéfectible qu’il a reçu de Lord Norman Lamont qui a été Chancelier de l’Échiquier (ministre des Finances de Grande-Bretagne) dans le gouvernement du conservateur John Major de 1990 à 1993. « Mon amitié avec Lord Lamont of Lerwick, Tory et eurosceptique pur jus, le Chancelier qui avait permis à la Grande-Bretagne d’échapper au Système monétaire européen, s’accordait mal avec mon image d’extrême-gauchiste. » Varoufakis souligne l’importance de la collaboration avec Norman Lamont : « J’ai passé 162 jours à la tête du ministère des Finances et Norman a toujours été un soutien inébranlable, notamment pour finaliser la dernière version de mes propositions de réforme de la dette et de la fiscalité à soumettre à l’UE et au FMI » |20|.

Parmi les autres experts étrangers auxquels Varoufakis a eu recours et qui ont participé à l’élaboration des propositions qu’il a faites aux créanciers : Willem Buiter, qui a rejoint la banque Citigroup en 2010 comme économiste en chef, et Thomas Mayer, ex-économiste en chef de la Deutsche Bank.

Si l’on s’en tient au récit de Varoufakis, le rôle de ces personnalités n’a pas été anodin. Se référant au énième plan qu’il a proposé en mai 2015 aux créanciers, il écrit : « Le temps que j’atterrisse, le Plan pour la Grèce était finalisé. Jeff Sachs avait brillamment rectifié la version que je lui avais envoyée deux jours plus tôt. Norman Lamont avait effectué des ajouts importants ; l’équipe de Lazard avait affiné la proposition d’échange de dettes et Larry Summers avait avalisé l’ensemble. » |21|

Spyros Sagias, un autre exemple d’un défenseur de l’ordre dominant faisant partie du cercle étroit de Tsipras et de Varoufakis

Varoufakis explique qu’il a établi une relation étroite avec Spyros Sagias qui est devenu le conseiller juridique du Premier ministre Tsipras, avec qui il a fait connaissance quelques jours avant les élections. Le choix de Sagias par Tsipras en dit également long sur les priorités de Tsipras au moment de choisir son entourage en tant que chef du gouvernement. Il voulait autant que possible s’entourer de personnages pouvant établir des ponts avec l’establishment, avec le patronat, avec les créanciers. Sagias avait conseillé le gouvernement du socialiste Simitis dans les années 1990 au moment où celui-ci entamait un important programme de privatisations.

Varoufakis décrit Sagias de la manière suivante : « Sagias n’était pas un homme politique mais, comme il se présenta plus ou moins en riant, un avocat systémique. (…) Pas un seul grand contrat d’affaires où étaient en jeu intérêts privés et secteur public n’échappait à sa sagacité : privatisations, vastes projets immobiliers, fusions, il dominait tout. Il avait conseillé Cosco, le conglomérat chinois qui avait acheté des parts du Pirée et rêvait d’en acquérir la totalité, une privatisation à laquelle Syriza était farouchement opposé ». Il ajoute : « Le jour où Pappas m’avait dit que Sagias serait sans doute secrétaire de cabinet, j’avais été heureusement surpris : on aurait un as du droit parmi nous, un conseiller sachant rédiger des projets de loi imparables et déterrer les secrets honteux de l’ancien régime ». « Je l’aime bien, Sagias, pensais-je. Il avait conscience de fricoter avec l’oligarchie et ne s’en cachait pas » |22|. Sagias, comme le montre Varoufakis plus loin dans son livre, a soutenu les choix successifs qui ont amené à la capitulation définitive.

Ajoutons que pendant le gouvernement Tsipras I, il a aussi aidé Cosco à acquérir les parties du Port du Pirée que l’entreprise chinoise ne possédait pas encore |23|. C’est d’ailleurs la firme de Sagias qui avait rédigé la première convention avec Cosco en 2008. Après avoir quitté ses fonctions de secrétaire du gouvernement, Sagias s’est remis encore plus activement à son cabinet d’affaires |24|. Il est redevenu le conseil attitré de grands intérêts étrangers pour favoriser de nouvelles privatisations. Il a servi les intérêts de l’Émir du Qatar en 2016 qui souhaitait acquérir une île grecque, l’île d’Oxyas à Zakinthos, appartenant à une zone Natura. Sagias a également été le conseil de Cosco en 2016-2017 dans un litige avec les travailleurs du port du Pirée, quand il s’est agi de trouver une formule de départ anticipé (ou de licenciement déguisé) pour plus d’une centaine de travailleurs proches de l’âge de la retraite.

Dans la cinquième partie nous aborderons les évènements de janvier-février 2015 : les journées qui ont précédé la victoire attendue de Syriza le 25 janvier, la création du gouvernement Tsipras, le programme de Syriza, l’entrée en fonction de Yanis Varoufakis comme ministre des Finances et les négociations qui conduisent à l’accord funeste du 20 février 2015.

Par Eric Toussaint |  18 janvier 2018

Notes

|1| Y. Varoufakis, Conversations entre adultes. Dans les coulisses secrètes de l’Europe, Les Liens Qui Libèrent, Paris, 2017, Chapitre 5, p. 127.

|2| Voir Vice, « The Former Finance Minister Who Tried to Warn Greece About the Crisis », publié le 15 juillet 2015, consulté le 12 novembre 2017

|3| Y. Varoufakis, op.cit., Chapitre 5, p. 129.

|4| Adea Guillot, « Grèce : l’ex-députée socialiste Elena Panaritis renonce au FMI », publié le 1er juin 2015, Le Monde

|5| Alors que, sous Varoufakis, il avait été défrayé de manière modeste, il a remis, en août 2015, une facture de 375 000 euros pour la période antérieure à juillet 2015. Cela a provoqué des remous et a alimenté la campagne de discrédit lancé par la presse dominante grecque contre Varoufakis. GRReporter, « A Korean adviser of Varoufakis claims a fee of €375,000 », publié le 9 août 2017, consulté le 12 novembre 2017

|6| La Banque Lazard est un groupe mondial de conseil financier et de gestion d’actifs. Entreprise franco-américaine à sa création en 1848, Lazard est aujourd’hui cotée à la bourse de New York et est présente dans 43 villes dans 27 pays. Son dirigeant le plus connu en France est Matthieu Pigasse. Sous sa conduite la banque a conseillé différents gouvernements en matière de dette ou de gestion d’actifs (entendez privatisations) : l’Équateur en 2008-2009 en ce qui concerne la dette, la Grèce en 2012 et en 2015, le Venezuela en 2012-2013. M.Pigasse a des intérêts directs dans le quotidien Le Monde, dans Huffington Post et dans le magazine Les Inrockuptibles. À la fin de l’année 2017, Matthieu Pigasse et la Banque Lazard se sont rangés aux côtés du régime corrompu et répressif du président congolais Denis Sassou-Nguesso pour l’aider dans ses relations avec les créanciers.

|7| Spécialiste de la dette souveraine, il est conseiller à la banque Lazard, avec laquelle il a conseillé le Premier ministre grec Georges Papandréou et le président équatorien Rafael Correa pour la renégociation de la dette de leurs pays. Il a participé, avec la Banque mondiale, à l’« initiative de réduction de la dette des pays pauvres très endettés » (initiative PPTE). Il est éditorialiste au quotidien Le Monde. Daniel Cohen a également été conseiller de François Fillon, Premier ministre de Nicolas Sarkozy de 2010 à 2012. Puis il a soutenu François Hollande, président de 2012 à 2017.

|8| Y. Varoufakis, op.cit., chapitre 5, p. 131.

Posté par UPR Creuse à 04:15 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

Emploi : les Français de plus en plus vulnérables

Une étude menée à l'échelle européenne révèle que les travailleurs français et belges sont de plus en plus exposés des niveaux de vulnérabilité importants. Le recours accru aux contrats à durée déterminée et au travail indépendant a entraîné une dégradation des conditions de travail.

ACT TRAVAIL

Les transformations récentes de l'économie, la récession de 2008 et le chômage de masse ont entraîné une vulnérabilité accrue des travailleurs sur le marché du travail. Si l'exposition des actifs aux conditions de travail dégradées est restée stable entre 1995 et 2015 dans 15 pays de l'Union européenne, cette moyenne masque des évolutions contrastées selon les pays selon une récente enquête du centre d'études de l'emploi et du travail (CEET). Par ailleurs, cette précarité au travail est loin d'être un phénomène limité. Selon une récente enquête de la Commission européenne, un salarié sur six dans l'Union européenne est un travailleur à bas salaire. Cette situation concerne particulièrement les femmes et les plus jeunes.

La France mal placée

Pour appréhender la vulnérabilité des actifs, les chercheurs se sont appuyés sur cinq dimensions (*) "relatives à l'environnement physique du travail, à son organisation ou à son contenu" pour construire un indicateur synthétique. Et à partir de ce outil, les experts ont formé plusieurs groupes de pays. Ils observent que sur l'ensemble des pays retenus, seulement trois pays ont connu une amélioration. Il s'agit de l'Irlande, du Royaume-Uni et de l'Autriche. À l'opposé, l'Allemagne, le Danemark et l'Italie ont connu une détérioration qui culmine en 2005. Du côté de la France comme aux Pays-Bas, peu de changement ont été observés entre 1995 et 2015. "Par contre en 2010, on constate des évolutions opposées et de même ampleur dans ces deux pays, défavorable pour la France, favorable pour les Pays-Bas, qui sont résorbées en 2015".

Les femmes sont plus confrontées à la vulnérabilité

Afin de déterminer le profil des travailleurs vulnérables, les chercheurs ont pris en compte le sexe et l'âge. Et d'après les résultats obtenus, les femmes sont plus vulnérables que les hommes en moyenne dans l'UE à 15 pays. Mais là encore, il existe des disparités entre les pays. "La vulnérabilité des hommes est ainsi plus importante en Grèce, en Espagne, en France, en Belgique & Luxembourg, en Irlande et au Royaume-Uni".

Des différences apparaissent également en fonction de l'âge. L'enquête indique que la vulnérabilité s'est renforcée à partir de 2000 pour les personnes âgées de plus de 55 ans. Les plus jeunes (moins de 25 ans) sont également très exposés aux conditions de travail dégradées entraînant une vulnérabilité plus prononcée face à ces risques. Par ailleurs, une récente enquête du ministère du Travail rappelait que cette tranche d'âge était particulièrement touchée par le chômage malgré une conjoncture économique plus favorable. À l'opposé, la catégorie des 25-35 ans apparaît comme les moins vulnérables.

La taille de l'entreprise compte

Sans surprise, l'enquête signale que les actifs ayant un contrat de travail permanent sont moins vulnérables que les personnes ayant signé un contrat à durée déterminée. La multiplication des embauches en CDD très courts et la forte hausse du recours à l'intérim ont ainsi contribué à favoriser la précarité sur le marché du travail comme le soulignent les dernières données du baromètre Prism'Emploi.

La taille de l'entreprise peut également être un facteur déterminant.

"Ainsi, les petites entreprises (1 employé et 2 à 9 employés) sont plus représentées dans le groupe vulnérable (13 % et 33 % respectivement) que dans le groupe non vulnérable (7 % et 24 % respectivement). À l'inverse, les moyennes et grandes entreprises sont davantage présentes dans le groupe non vulnérable. Cela indique une évolution incertaine des conditions de travail dans les petites entreprises, avec une probabilité plus élevée pour leurs salariés de faire face à une exposition accrue aux risques du travail."

(*) Les cinq dimensions prises en compte dans l'étude "sont les les pénibilités physiques, la perception d'être victime de discriminations, le fait d'être assujetti à des horaires atypiques et celui d'être soumis à une intensité du travail élevée. À celles-ci s'ajoute le constat d'une faible complexité du travail impliquant peu d'autonomie et une mobilisation réduite des compétences qui limitent les possibilités d'ajustement aux contraintes ainsi que les perspectives d'évolution dans le travail".

https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/emploi-les-francais-de-plus-en-plus-vulnerables-766511.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180130

BASE 14 995X225

Il fallait bien une enquête pour constater ce que tout le monde sait depuis le début: plus votre travail est précaire, peu qualifié et répétitif ou ennuyeux, plus vous êtes vulnérable... On remarquera au passage que l'enquête ne porte que sur 15 pays de l'Union, sans doute par pudeur.  P.G.

Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
Tags : , , , ,