jeudi 11 janvier 2018

Selon Julien Cazarre, le CSA devient «une belle merde de propagandistes de la bien-pensance»

Dans un entretien accordé à Télérama, le chroniqueur et humoriste Julien Cazarre a signé une violente charge contre le CSA. Connu pour son humour corrosif, il a notamment défendu la liberté de se moquer de tous les sujets, même les plus graves.  

ACT CSA CAZARRE

Rares sont les aficionados du football français qui ne connaissent pas Julien Cazarre. A la radio sur Europe 1 comme à la télévision sur Canal plus, cet ennemi du politiquement correct est un adepte des blagues sans filtre sur les sportifs et notamment les footballeurs. A la faveur d'une interview publiée le 9 janvier sur le site de Téléramail a déploré, non sans virulence, la difficulté des humoristes à pratiquer leur métier en lançant notamment une violente diatribe contre le CSA.

A la question : «Vous affublez les joueurs noirs d’un accent africain pire que Michel Lebb, vous multipliez les allusions homosexuelles, vous ne respectez rien ni personne. Tex a été viré pour moins que ça. Etes-vous protégé par un totem d’immunité ?», l’animateur a répondu sans détour : «On ne me demande jamais pourquoi je donne un accent de débile à un joueur blanc ou un accent du sud-ouest surjoué à un mec qui parfois n’est même pas du sud-ouest. La plupart du temps, les gens qui posent cette question ne sont pas noirs […] Je rappelle qu’on ressort à chaque fois le pauvre Michel Leeb alors que les mecs du Jamel Comedy Club, dont le charmant Patson, font des accents beaucoup plus scandaleux. En tous cas, je n’ai jamais rencontré un seul black qui m’a dit : 'Hé ho, doucement sur les accents' !»

Il a poursuivi : «En plus, je m’en fous que ça dérange les 'assoces' ou autres pisse-froids. Je suis à fond derrière Tex et je trouve désolant que, aujourd’hui, l’humour trash dérange les gens de gauche. A l’époque de mes parents, les réacs, c’étaient les mecs d’extrême-droite ou les cathos qui s’offusquaient de tout. C’était plus facile, pour un humoriste, d’être détesté par ces gens-là. Il ne se sentait pas obligé de s’excuser à tout bout de champ. Entre le Cran, le Crif, les LGBT et tous les cons qui décident qu’ils représentent tout le monde, on devrait baisser son froc à chaque blague […] Moi, je veux pouvoir rire du terrorisme, des femmes battues, des fachos, de tout, sans qu’on vienne me les briser.» 

L'intervention du CSA dans plusieurs affaires impliquant des humoristes a particulièrement suscité la colère du chroniqueur : «Ce truc, qui était une bonne chose au départ, est en train de devenir une belle merde de propagandistes de la bien-pensance.»

A l'instar du footballeur Antoine Griezmann ou de l'animateur Tex, d'autres célébrités ont payé le prix fort au cours des dernières semaines pour certains faits ou paroles jugés blessants. Les indignations fleurissent souvent avec, pour origine, les réseaux sociaux avant que des associations ne s'emparent du buzz.

https://francais.rt.com/france/47167-selon-julien-cazarre-csa

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80 km/h sur route : le Danemark démontre l'ineptie de la mesure

La France s’apprête à faire le chemin inverse du Danemark, qui est parvenu à faire baisser le nombre d'accidents en augmentant de 10 km/h la vitesse maximale autorisée. Exemple transposable au pays de Descartes ?

ACT VITESSE

Ce matin, une semaine après que le Premier Ministre Édouard Philippe a fait connaître sa conviction personnelle à propos du projet du Gouvernement d'abaisser à 80 km/h la limitation de vitesse sur les routes du réseau secondaire, Pierre Chasseray remonte au front. Un combat perdu d'avance ?

Le délégué général de l'Association 40 Millions d'Automobilistes va droit au but : "Nous sommes tous d'accord : si nous devions rouler à 10 km/h, il n'y aurait plus d'accident mortel. Sauf qu'une juste règle, c'est quand la vitesse à respecter est respectable", martèle-t-il en reprenant l'un de ses vieux thèmes de bataille. "S'en tenir à cette vérité permet d'économiser des vies : l'expérience au Danemark le prouve."

C'est là que nos édiles devraient tendre l'oreille. L'Association 40 Millions d'Automobilistes est allée à la rencontre des fonctionnaires danois qui ont pu vérifier ces dernières années qu'une hausse de 10 km/h de la vitesse maximale autorisée sur les routes de campagne concourt à diminuer le nombre d'accidents mortels. "Pas parce que 90 km/h est mieux que 80 km/h dans l'absolu : simplement parce que cette vitesse paraît pertinente, raisonnable et justifiée. Acceptée, la limitation est par conséquent respectée." Ce qu'il fallait démontrer.  

Une règle acceptée est une règle respectée

Soutenue par le Sénateur de la Vienne Alain Fouché (bien connu pour ses élans contre les "radars, pompes à fric"), l'Association 40 Millions d'Automobilistes aimerait convaincre le Ministère de l'Intérieur et la Sécurité routière que l'expérience danoise est transposable aux routes françaises. "Les autorités danoises étaient confrontées à un problème : sur les routes limitées à 80 km/h, les Danois roulaient en moyenne à 85 km/h." Manière pour Pierre Chasseray de dire que si les 90 km/h sont bien acceptés en France, il y a fort à parier que les 80 km/h ne passeront pas.

Rappelons le résultat de ce sondage réalisé par le quotidien Le Parisien en 2015 : 74 % des automobilistes consultés rejettent les 80 km/h.

Réduire le différentiel de vitesse diminue les risques

Comment les autorités danoises en sont-elles venues à contredire la logique qui veut que diminuer la vitesse sur les routes permet de réduire le nombre d'accidents ? C'est ce que racontent les experts rencontrés au Danemark par 40 Millions d'Automobilistes.

En 2005, déjà, ce pays avait décidé de rehausser de 110 km/h à 130 km/h la vitesse maximale autorisée sur certaines voies rapides. Une décision couronnée par une diminution du nombre de décès accidentels.

"Les autorités avaient constaté que la vitesse moyenne effective sur autoroute était de 120 à 122 km/h", rappelle Adiaan Schelling, consultant sécurité au sein de l’autorité danoise des transports (ou Vejdirektoratet). "Il fut décidé de prendre acte de cet état de fait. Depuis le passage aux 130 km/h maxi, la vitesse moyenne a grimpé à 124 km/h, mais le nombre d'accidents est en régression."

Un automobiliste frustré prend davantage de risques

Les raisons de ce miracle tombent sous le sens : entre les véhicules les plus lents et les plus rapides, le différentiel de vitesse a diminué. Ce qui limite les situations de conduite dangereuses.

Le Havarikommissionen qui enquête après chaque collision ou sortie de route au Danemark constate que si la vitesse constitue un facteur aggravant, la cause première est l’erreur de jugement, particulièrement lors d’un dépassement dangereux. Un scénario surreprésenté dans l’accidentologie danoise.

"La vitesse ne cause pas d'accident", estime John Sckaletz, analyste au département de la circulation routière de la direction de la police nationale danoise. "La vitesse joue un rôle lorsque survient l'accident, certes, mais c'est en tant que facteur aggravant de ses conséquences. La véritable question à se poser, c'est de savoir pourquoi l'accident survient." Cela peut être un dépassement rageur, le non-respect des distances de sécurité, ou bien un manque de vigilance (somnolence, téléphone, alcool).

Avec une limitation portée à 90 km/h, les Danois ne roulent pas plus vite

Curieux de savoir si le même phénomène constaté sur autoroute pourrait se reproduire sur les routes du réseau secondaire, où les 80 km/h sont régulièrement bafoués, les fonctionnaires du Vejdriektoratet ont lancé en 2011 une expérimentation en poussant à 90 km/h la vitesse maximale autorisée sur seize tronçons peu accidentogènes.

A l'issue de ces trois années de tests, les autorités danoises ont relevé une baisse du nombre d'accidents, pour une augmentation de 0,2 km/h seulement de la vitesse moyenne effective des véhicules. Car si les automobilistes les plus lents ont effectivement augmenté leur allure, la frange de 15 % de ceux qui dépassaient les 80 km/h ont conservé leurs habitudes et roulent dorénavant en deçà de la nouvelle limite de 90 km/h. Preuve qu'une règle acceptée est une règle respectée.

"Lorsqu'il s'agit de réduire le nombre d'accidents, vous ne pouvez pas seulement changer la réglementation. Il faut aussi prendre en compte le comportement des usagers", résume Adriaan Schelling. "Avant, beaucoup d'usagers roulaient trop vite sur le réseau secondaire. Il y avait donc beaucoup de dépassements dangereux et beaucoup de collisions frontales. Mais depuis 2013, tous les indicateurs d'accidentalité routière sont à la baisse et nous enregistrons les meilleurs chiffres de sécurité routière depuis 1930. Alors pourquoi pas 90 km/h, si c'est la solution pour y parvenir et si c'est mieux accepté ?"

L'automobiliste gaulois est-il suffisamment discipliné ?

Pierre Chasseray se refuse à croire que cette infime hausse de 0,2 km/h de la vitesse moyenne s'explique par une discipline supposée exemplaire chez l'automobiliste danois. "On dit toujours que le Français est moins discipliné que son voisin nordique, mais en France, la vitesse moyenne effective est de 82 km/h sur les routes limitées à 90 km/h."

"Évidemment, il serait abusif de prétendre que la baisse de l’accidentalité au Danemark est la conséquence de l’augmentation de la limitation de vitesse. Mais ces bons résultats sont la preuve qu’une limitation de vitesse plus élevée n’engendre pas nécessairement plus d’accidents et qu’a contrario, une baisse de la limitation en France n’entraînerait pas systématiquement une diminution de la mortalité", conclut Pierre Chasseray.

Et le délégué général de passer sous silence la question de l'impact d'une topographie bien plus variée sur les routes secondaires françaises qu'au Danemark. Personne ne l'a encore évalué.

Autre motif d’étonnement pour l’observateur français, les autorités danoises ont motivé leur décision d’augmenter la vitesse maximale autorisée par un souci de faciliter la mobilité de leurs concitoyens dans leurs campagnes : "La dépense est raisonnable mais les avantages sensibles, en termes de gain de temps pour les automobilistes", expliquait en 2014 le Ministre danois des Transports, Birk Olesen. "Augmenter la vitesse moyenne des véhicules permet de faciliter les échanges et de soutenir l’activité économique." On peine à se remémorer la dernière fois qu'une figure politique s'est risquée à professer un tel raisonnement en France.

L'État refuse de partager les conclusions de ses tests à 80 km/h

Les opposants à la généralisation des 80 km/h s’agacent du fait que le Gouvernement français n’a jamais daigné partager les enseignements tirés de l’expérimentation organisée de juin 2015 à juin 2017, sur trois tronçons de routes nationales limitées à 80 km/h. Forcément, ils en concluent que les résultats ne sont pas ceux escomptés par la Sécurité routière, une théorie alimentée par une enquête de l’hebdomadaire Auto Plus qui a constaté que des travaux d’amélioration des tronçons concernés rendaient vaine toute comparaison "avant-après". 

Le Gouvernement a déjà laissé entendre que sa résolution est prise : la vitesse maximale sera réduite en janvier 2018, dans l'espoir d'abaisser la vitesse effective des véhicules. Alors à quoi bon agiter l'exemple danois ?

Certes, il est physiquement véridique, mécaniquement incontestable qu’un véhicule qui roule moins vite s’arrête plus court et heurte moins fort l’obstacle. Mais l’Association 40 Millions d'Automobilistes veut persuader le Gouvernement qu'un abaissement de la vitesse maximale est une mesure vouée à l'échec, du fait de son rejet par la majorité des automobilistes.

Comme tant d’autres citoyens, l'Association 40 Millions d'Automobilistes est persuadée qu’il existe dorénavant des leviers plus pressants à actionner que celui de la vitesse ; qu’il y a davantage de vies à épargner en organisant la traque des chauffards qui roulent sous l'emprise de l’alcool, de stupéfiants ou, tout simplement, de la fatigue. Sans parler du téléphone qui détourne l’attention et de l’état de la chaussée, facteur de mortalité routière largement sous-estimé.

https://www.challenges.fr/automobile/dossiers/le-danemark-demontre-qu-on-meure-moins-sur-une-route-a-90-km-h-qu-a-80-km-h_555560

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Encore un livre prémonitoire, hélas

CANNIBALE LECTEUR de Pascal Vandenberghe

Encore un livre prémonitoire, hélas

Il est assez rare qu'un roman francophone contemporain soit l'objet de cette chronique. Une fois n'est pas coutume, dit-on. Mais là, c'est un livre épatant dont je vais me faire un plaisir de vous faire la promotion (du bas latin [1350] promotio, de promovere).

TL HOMM SURNUM

Est-ce que cela vous est déjà arrivé? Vous lisez un roman (de la fiction, donc), et pendant la lecture de ce livre, une information vous tombe dessus qui est exactement ce que l'auteur du livre que vous êtes justement en train de lire a imaginé comme futur plus ou moins proche. Expérience douloureuse, dès lors qu'on est dans une «utopie négative»...

J'étais donc en train de lire L'Homme surnuméraire de Patrice Jean (Éditions rue fromentin, 2017) lorsque je tombai [1], dans Courrier international, sur une polémique qui agita la Grande-Bretagne en novembre dernier: «Faut-il interdire La Belle au bois dormant?». Une «mère de famille» (je les adore [2] !) britannique (ça, elle n'y peut rien, la pauvre), avocate de surcroît (je cache ma joie [3]...) découvrit (horrifiée, of course) que son fils Ben, âgé de six ans, lisait le célèbre conte La Belle au bois dormant dans le cadre des recommandations de lecture scolaire. Et que raconte ce conte, parmi les plus célèbres au monde [4] ? Qu'un prince – ou un quidam, qu'importe? démocratie oblige... – peut embrasser une princesse ENDORMIE. Donc NON CONSENTANTE! Mais quelle horreur! Oui, quelle horreur: jusqu'où ira la chasse à l'homme? Il paraît que «la parole se libère»! La connerie aussi, semble-t-il.

Mais revenons à nos moutons – ah, panurgisme, quand tu nous tiens par la moumoute... tout un programme – et à L'homme surnuméraire. Je ne suis pas un grand lecteur de la catégorie «roman francophone contemporain». Explication sur chacun de ces trois termes:

1/ « roman»: j'appartiens à la catégorie des lecteurs «utilitaristes». Lire un roman me paraît parfois du temps perdu. J'aime bien que mes lectures m'instruisent, me construisent, me fassent réfléchir; ça en exclut d'office des tonnes. Au bas mot. Et mon temps de lecture étant limité, il faut bien faire des choix.

2/ « francophone»: souvent nombriliste et «autofictionnel» le roman francophone bien souvent me tombe des mains. Quand on n'y parle pas de soi, on y parle de son père (de préférence un prolétaire violeur), de sa mère (femme de ménage et alcoolique, ça vous va?), voire de son frère ou de sa sœur (inceste de citron), soyons fous! Ou alors des «beaux quartiers»; c'est encore pire. J'exagère? À peine. Je caricature? Certes.

3/ « contemporain»: faut-il vraiment que j'explique pourquoi? Rien que le mot, déjà... Moi qui ne suis pas sur facebook, instagram, twitter... Je n'ai ni «amis» ni followers. Quelle tristesse [5] ! Ô misère!

Mais je m'égare... Patrice Jean, pourtant écrivain de «romans francophones contemporains», passe la rampe. Ça démarre de façon «moderne». Premier chapitre, un homme, Serge Le Chenadec, marié, père de deux enfants – adolescents, je ne vous dis que ça – vit une crise de couple. D'un banal. Mais pourquoi est-ce que je perds mon temps à lire ce livre, me dis-je in petto? Deuxième chapitre: on passe à la première personne. Et l'on comprend que le narrateur, Clément, chômeur impénitent, partage la vie d'une jeune femme qui est l'amie de l'auteur du livre qui fait l'objet du premier chapitre. Vous me suivez? Ça commence à devenir intéressant (j'adore les mises en abyme... quand c'est bien fait). Ça le devient encore plus quand Clément, grâce à l'entregent de sa compagne – jeune universitaire draguée copieusement par un «mandarin» de l'université – est engagé par une maison d'édition pour participer à la «purge morale» qui s'impose – indéniablement – des grands classiques de la littérature. Ce grand projet éditorial s'appelle la «Littérature humaniste». Comme le dit Langlois (le patron de la maison d'édition éponyme) : « [...] de grands écrivains ont écrit des choses qui, aujourd'hui, ne sont plus du tout en phase avec les valeurs de notre société, et sont même en opposition totale avec elles.» Nietzsche, Baudelaire, Céline, tous y passent! Grand succès de librairie, notamment pour la version «expurgée» du Voyage au bout de la nuit. Tellement expurgée qu'elle ne fait plus que vingt pages. Mais enfin moralement acceptable, et donc «grand public». Ouf!

Mais après les classiques, pourquoi ne pas s'attaquer aux auteurs contemporains? C'est ainsi que Clément se voit chargé de proposer à Patrick Horlaville, l'auteur de L'Homme surnuméraire, le livre qui démarre le livre et se poursuit dans des chapitres intercalés avec ceux de Clément, de faire entrer son livre dans cette collection de «Littérature humaniste», afin de le rendre «moralement irréprochable», et peut-être aussi commercialement acceptable – car le livre est un «bide». Or l'auteur, Patrick Horlaville, après moult hésitations, pose une condition: réécrire la fin du livre. Car dans la version originale, il avait laissé cette fin en suspens, laissant au lecteur la liberté d'imaginer la fin. Mais je ne vous en dévoilerai pas plus, je préfère vous laisser découvrir cette fin. C'est jubilatoire, jouissif, bref du grand art! Et très bien écrit, ce qui est exceptionnel dans le «roman francophone contemporain», qui privilégie «l'histoire» – au demeurant souvent fort insipide – au détriment du style, qui est à mes yeux primordial. Sans quoi le terme de «littérature» est vide de sens, non?

Alors retour à la case départ: c'est exactement ce que nous propose notre avocate britannique politiquement correcte avec La Belle au bois dormant. Mais elle a raison: tout, dans ce conte, repose sur le baiser (non consenti). Pas possible, par conséquent, de le réécrire. Il vaut mieux en interdire purement et simplement la lecture aux bambins – mâles – qui vont sinon devenir des machos, des violeurs, des abuseurs. C'est d'ailleurs certainement la lecture de La Belle au bois dormant qui explique Weinstein, DSK et autres furieux du sexe non consenti. D'ailleurs, si j'étais son avocat, au Weinstein, je la tiendrais ma plaidoirie: «Votre Honneur, mon client a lu La Belle au bois dormant quand il avait six ans. La faute de ses actes incombe donc à Charles Perrault et aux frères Grimm! Acquittement pour lui! Censure pour eux, les vrais coupables!»

Et puisque je suis dans ma période «j'adore ce nouveau monde dans lequel on vit», et même si ça n'a rien à voir avec la littérature pour l'instant (mais ça viendra sans doute dans la foulée, un peu de patience...), avez-vous vu cette magnifique intervention d'une sénatrice (orthographe inclusive, quand tu nous tiens!) PS de la Sarthe, Nadine Grelet-Certenaise, qui a interpellé en novembre dernier (décidément, il y eut une conjonction astrale particulière ce mois-là) à l'Assemblée nationale la ministre française de la santé sur une interdiction de la cigarette dans les films? Statistiques à l'appui: «Je pense par exemple au cinéma qui valorise la pratique. La Ligue contre le cancer démontre dans une étude que 70 % des nouveaux films français mettent à l'image au moins une fois une personne en train de fumer. Ça participe peu ou prou à banaliser l'usage, si ce n'est à le promouvoir, auprès des enfants et des adolescents, qui sont les premiers consommateurs de séries et de films, sur internet notamment», ajoute-t-elle, accusant le cinéma de faire de «la publicité détournée pour la consommation de tabac ». Bien évidemment, la ministre abonda dans son sens. Une bonne loi devrait remédier à cette incongruité, cette immoralité, ce dévoiement de notre jeunesse...

Et par la suite, les «nouvelles technologies» devraient permettre de nettoyer les films anciens de toutes ces cigarettes qui les ont hantés et ont perverti des générations de cinéphiles. Vous imaginez un chef-d'œuvre comme Les choses de la vie de Claude Sautet (tiré du livre éponyme de Paul Guimard), remastérisé pour faire en sorte que Michel Piccoli et Romy Schneider n'y toraillent plus à longueur de pellicule? On a bien remplacé la clope de Lucky Luke par une brindille d'herbe dans les rééditions de tous ses albums. C'est un bon début.

Bon, je vous laisse: je m'en rallume une de ce pas!

Source: Antipresse

NOTES
  1. La France (ce grand pays) envisageant le plus sérieusement du monde d'abandonner l'enseignement et l'usage du passé simple (qui n'est déjà plus enseigné dans le cycle primaire), car jugé trop «littéraire et discriminant» (sic), j'ai de mon côté décidé d'en faire désormais un usage immodéré. Non mais!
  2. Private joke!
  3. Private joke, one more time. Mais je la partage volontiers: j'ai été marié à une avocate (ouille!), mais pas trop longtemps (ouf).
  4. Les premières versions connues remontent au XIVe siècle. On en connaît surtout les versions ultérieures de Charles Perrault (de 1697) et des frères Grimm (de 1812).
  5. Je n'ai pas non plus à mon actif la moindre plainte pour harcèlement sexuel. Pppppff, un vrai has been, pas du tout dans le trend, le gars!


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Patrice Jean : L’Homme surnuméraire répond-t-il aux attentes du président Macron ?

Quand notre jeune président hors-sol parle des hommes « qui ne sont rien », le romancier Patrice Jean préfère, lui, écrire sur les hommes qui se sentent de trop ; et décrire leur trajectoire dans un livre dense, drôle, percutant, jouissif à force d’être incorrect, L’Homme surnuméraire, qui constitue la réponse de la littérature à M. Macron, la seule qui vaille.

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L’Homme surnuméraire met en scène Serge Le Chenadec, un agent immobilier, méprisé par sa femme et ses enfants ; au tournant de sa vie, lui qui n’avait d’autre idéal que d’être un bon père et un bon mari, se rend compte que, à l’heure de Conchita Wurst et de la GPA, son ambition n’est pas assez transgenre.
Sa femme, Claire Le Chenadec, le pense aussi : elle se laisse embabouiner par sa meilleure amie, une insupportable volaille prénommée Bérangère, qui la convainc que la fidélité est ringarde, qu’elle doit "vivre sa vie" et "faire de nouvelles expériences".

Le roman aurait pu se satisfaire de ce début, qui piétine joyeusement le sous-féminisme de Elle, les clichés sur le "développement personnel" et les préjugés de Marlène Schiappa. Or il rebondit avec un nouveau personnage, d’une importance égale, Clément Artois, un jeune homme qui, peut-être de peur d’être traité de "fainéant" par M. Macron, accepte un poste dans une maison d’édition, où il devra "nettoyer" les classiques, créer une "littérature humaniste" aux romans "rectifiés", c’est-à-dire supprimer les passages jugés moralement douteuxoù l’on voit que la même source puritaine irrigue les cœurs des censeurs, qu’ils soient religieux ou athées, pour qui seul compte, non la vérité ni la beauté, mais la vertu, c’est-à-dire l’idée qu’ils s’en font.

On ne gâchera pas le plaisir du lecteur en dévoilant la savante construction romanesque, et la remarquable mise en abyme, qui font se rejoindre Serge et Clément. On insistera surtout sur l’art de portraitiste, qui est aussi celui d’un satiriste, de Patrice Jean, car ce roman regorge de personnages touchants, risibles, pénibles : Chantal Beucher, figure héroïque de sainte dans un monde sans héroïsme ni sainteté, vouée à la "sexualité de compassion" ; Étienne Weil, philosophe bonhomme et sans illusions ; le vaniteux universitaire Corvec ; Léa Lili, l’idiote "lanceuse d’alerte" ; Cornevain, l’auteur de polars, un Daeninckx aussi méprisable que le vrai ; et tant d’autres, qui forment un plan de coupe du monde d’aujourd’hui.

La littérature saisit le monde d’une façon qui échappe totalement à notre président hors-sol, c’est entendu ; mais qui échappe aussi à la science, à la technologie, car il y a une façon proprement littéraire, esthétique, artistique, de saisir le monde ; cette idée, qui court tout au long du récit, L’Homme surnuméraire l’illustre avec brio, avec humour, sans le cul de plomb des romanciers autistes, dont la télévision du samedi soir nous propose désormais l’hystérie, au lieu de nous montrer Patrice Jean, le romancier des hommes en trop.

 

Bruno Lafourcade

Patrice Jean, L’Homme surnuméraire, éditions Rue Fromentin, août 2017, 275 p. - 20 euros

http://salon-litteraire.linternaute.com/fr/roman/content/1946106-patrice-jean-l-homme-surnumeraire-repond-t-il-aux-attentes-du-president-macron

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De quoi 2017 est-il le nom? (2/2)

Que nous aura apporté l'année qui vient de s'écouler? Poursuite d'un inventaire sous forme de rêverie philosophique.

Tribune libre/ LE BRUIT DU TEMPS par Slobodan Despot

(...)

Les «fake news» en guise de matraque

TL ANTIPRESSE

L'année 17 a été marquée par une lutte titanesque. La corporation journalistique s'est dressée comme un seul homme contre le nouveau président des États-Unis, dont elle n'avait pas su anticiper ni par conséquent prévenir l'élection. Laquelle élection avait été un retentissant camouflet au système d'information global.

Le rouquin roublard lui a bien rendu son hostilité. S'en est suivie une empoignade, peut-être un peu mise en scène, dont la principale victime fut l'objectivité de l'information. Pour discréditer le président-voyou qui les vilipendait — et fédérait du même coup tous les «ennemis du système» — les médias de grand chemin lui ont collé ainsi qu'à ses alliés l'accusation de «fake news». Un peu comme si le patron d'un McDo dénonçait le kebab du quartier pour malbouffe.

Le «hashtag» #FakeNews est devenu le mantra d'un règlement de compte avec toute forme de pensée déviante. Le «journal de référence» français, Le Monde, a ainsi créé son «Décodex» un outil informatisé d'«évaluation» des sources d'information francophones (mais fourni par les laboratoires Google). Lancé en grande pompe, l'index du Monde s'est avéré un outil superficiel et calamiteux, éthiquement injustifiable et, de plus, contre-productif.

L'expérience est néanmoins représentative d'une double évolution des médias de grand chemin. D'une part, elle signe la transformation de leur mission d'information en une mission d'éducation. D'autre part, elle consacre le putsch des géants de l'informatique sur la scène médiatique et le remplacement à venir des rédacteurs humains — de plus en plus mentalement uniformisés — par des algorithmes d'intelligence artificielle. Étant progressistes par (dé)formation professionnelle, les zélateurs du système se sentent en devoir d'applaudir les outils de leur propre élimination.

La surréalité, c'est plus gérable

Le nivellement médiatique est le symptôme d'un processus plus profond initié depuis au moins une quarantaine d'années dans tout le monde industrialisé, URSS comprise. L'hypernormalisation — telle que décrite dans le documentaire exceptionnel d'Adam Curtis [1] est du reste un terme soviétique. Elle désigne la stabilisation d'une société en proie à une dérive foncièrement irrécupérable par l'élaboration d'un «clone» de réalité plus simple et plus maniable que la réalité brute. Ce qui implique avant tout le transfert du pouvoir des structures élues (et donc chaotiques) vers les technostructures rationnelles de l'argent et de l'information.

Le «management de la perception» prend donc le pas sur la politique. Les stratégies de communication prennent un rôle déterminant. Elles se sont particulièrement illustrées dans la gestion du phénomène majeur qui a frappé l'Europe ces dernières années: le flux migratoire.

Face à ce phénomène, on a vu se développer en Europe deux univers parallèles. D'un côté, la réalité: la raison froide, économique et démographique, justifiant cet apport de population, mais aussi le contexte stratégique de la déstabilisation du Moyen-Orient par le néocolonialisme occidental et les problèmes concrets posés par ce mélange forcé des populations et des mentalités. De l'autre, la surréalité: la construction d'un monde parallèle où ces nécessités et ces problèmes n'existent pas. Plus exactement: un monde où il est impossible — tout comme dans un rêve — de relier les effets à leurs causes évidentes.

La fracture s'est étendue à l'échelle des États. A l'est de Vienne: les partisans de la réalité, en gros réunis autour du «groupe de Višegrad». A l'ouest et au nord: les bâtisseurs de la surréalité.

Si les réalistes s'occupent avant tout de sauvegarder leurs repères à l'intérieur du périmètre qu'ils peuvent contrôler, les surréalistes, eux, s'attribuent une mission globale. On ne tolère aucune «altérité» à la surréalité.

L'importation de populations déracinées déborde les calculs socio-économiques qui l'ont initiée, notamment en Allemagne. Elle sert également de levier à un déracinement général portant sur tout ce qu'il y a en nous de déracinable. La propagande pro-migration se déploie partout, jusque sur les emballages de sucreries, sans qu'aucune limite n'y soit posée. L'ensemble du mobilier millénaire européen est retiré pour faciliter le flux. Comme le notait le grand metteur en scène (de gauche) allemand Botho Strauss, «grâce à l'arrivée en masse de déracinés, on met enfin un terme à la nation et, y compris, à une littérature nationale» [2]. Le conditionnement comportemental est si puissant qu'on ne songe même plus que d'autres attitudes face à cette nouvelle donne soient possibles, encore moins légitimes. «On nous ôte le pouvoir d'être contre», clame Botho Strauss. Le concept même d'opposition est en train de se vider de son sens, ainsi que le démontre la spectaculaire montée en insignifiance des partis d'opposition institutionnels.

La surréalité n'est pas un régime stable. Elle est dynamique, circulaire et exponentielle, telle une spirale. Elle remet sans cesse les mêmes sujets sur le tapis, mais d'une manière chaque fois plus appuyée. La migration n'est en l'occurrence que la tête de pont. Sur ses arrières, les populations hébétées découvrent tout l'arsenal du «reformatage» anthropologique auquel on entend les soumettre. Si l'an 1 vous avez été «sensibilisés» aux sexualités alternatives à l'école, vous serez invités l'an 2 à approuver leur mariage, on vous persuadera l'an 3 que l'adoption d'enfants est leur droit le plus élémentaire et, l'an 4, vous trouverez révoltant que des homosexuels à barbe n'aient pas le «droit» de porter des enfants.

Le conditionnement des masses est si efficace que des sujets à peine apparus dans le buzz médiatique deviennent des injonctions aussi naturelles que la loi de la gravité. Quelques semaines à peine séparent le lancement des hashtags #metoo ou #balancetonporc de la censure de La Belle au bois dormant ou de la réécriture de Carmen à l'opéra de Florence. Aucun pilier de notre héritage culturel n'est plus à l'abri des perquisitions policières. Aucune personnalité en vue n'est à l'abri d'inculpations ahurissantes devant le tribunal de meute des médias et des réseaux sociaux. La stupidité grégaire est devenue aussi obligatoire dans les fonctions publiques que l'était jadis la cravate.

Et alors?

(...)Il y a une dangereuse forme d'osmose à trop se pencher sur les «problèmes généraux» du monde: on finit par les intérioriser. Par transformer des craintes ou des possibilités en une réalité psychologique. Les «ingénieurs sociaux» des régimes totalitaires du XXe siècle auraient rêvé des outils de la technologie moderne. Le téléscripteur des guerres, des attentats et des catastrophes climatiques cliquette en permanence dans notre poche, sur nos tablettes ou nos ordinateurs. Le transformisme universel est un mouvement hypnotique. Il nous fait prendre la fabrication d'une réalité parallèle pour la vie elle-même. Si nous nous prenons au jeu, nous tombons en prostration.

C'est ce qui m'est arrivé ces dernières semaines. En réfléchissant par concepts, j'ai abouti à la post-humanité. Si j'avais réfléchi à partir de mon expérience personnelle, j'aurais conclu à un festival d'humanité. Durant l'année 2017, j'ai vécu l'aventure unique d'un mois de jeûne sur le lac Baïkal, découvert le vaste Orient russe, le cœur de l'Eurasie, la prodigieuse gentillesse empreinte de spiritualité des Bouriates. J'ai publié chez le meilleur éditeur un roman difficile et pourtant bien accueilli, récompensé même. J'ai aimé, ronchonné, fait la noce, voyagé, rêvé. J'ai entassé des bonnes bouteilles dans la cave d'un ami, «pour le cas où». Où que je sois allé, je n'ai vu que des humains, jamais des androïdes préconditionnés.

Les gens de mon entourage ne sont pas plus dupes que moi des illusions du temps. Mais ils leur accordent moins d'importance.

Car comme les ruisseaux de janvier continuent de chuinter sous leur croûte de glace, la vie continue. Qui se serait attendu à voir arriver en 2017 une œuvre littéraire aussi mûre, aussi puissante que l'Homme surnuméraire de Patrice Jean (présenté dans ce même numéro par le Cannibale lecteur), venant oblitérer des décennies de littérature onaniste? Qui aurait parié, au tournant du millénaire, sur la possibilité d'une agriculture non industrielle et d'un réel commerce de proximité?

Puis je songe à la vie que mènent mes filles et leurs amis, dans leur milieu ni défavorisé, ni surprotégé. Les années d'études se succèdent, les flirts d'adolescence se consolident en couples solides et respectueux, bientôt en mariages. On cherche un travail pas trop prenant pour se ménager une vie à soi. On entretient ses cercles d'amis. On regarde des séries, on joue de la musique, on économise pour voyager. On lit. Je découvre dans cette génération de surprenants témoignages de responsabilité et de miraculeuses zones de silence. Je comprends alors que leur indifférence aux idées est peut-être, comme sous l'ex-URSS, le signe d'une ironique sagesse. Cette folie passera elle aussi. On en viendrait à oublier que toutes les expériences de Frankenstein se heurtent à une limite infranchissable: l'imperfection de notre condition humaine et l'imprévisibilité du destin. (...)

NOTES
  1. Voir «Pourquoi il ne se passe rien?», Antipresse n° 101 du 5.11.2017.
  2. Botho Strauss, «Une tragédie qui enfle» (Anschwellender Bocksgesang), traduction exclusive dans l'Antipresse N° 14 du 6.3.2016.

Souce: Antipresse (Slobodan Despot)

Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
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