jeudi 4 janvier 2018

Russie : interdit de concourir à la présidentielle, l’opposant Navalny appelle à son boycott

Décidément, la Russie est un pays tellement corrompu qu'un citoyen ayant été condamné pour des crimes graves est inéligible ! C'est aussi un pays tellement corrompu qu'il oblige la presse française à ne pas dire que ce "principal opposant" est tout sauf le principal opposant à Vladimir Poutine mais bien plutôt un opposant parmi d'autres, et certainement pas une menace. Alors pourquoi nous parle-t- on de ce M. Navalny ? Hormis pour dire que la Russie est corrompue et que les truands n'ont pas le droit de devenir élus comme sur la terre de liberté transatlantique ?
Vous voulez un indice ? Peut-être parce que Navalny est un World Fellow de l'université de Yale...

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Évidemment, on comprend mieux pourquoi l'UE, le Conseil de l'Europe, les médias alignés, les cireurs de pompes et j'en passe hurlent au scandale.

Mathias Masclet (délégué régional UPR Auvergne)


Le principal opposant à Vladimir Poutine est déclaré inéligible jusqu’en 2028 en raison d’une condamnation de justice. La présidentielle russe est prévue le 18 mars 2018.

 

ACT RUSSIE OPPOSANT

Il y a quelques semaines, Ella Pamfilova, présidente de la Commission électorale centrale russe (CEC), prévenait que seul un « miracle » pourrait permettre à Alexeï Navalny de participer à l’élection présidentielle du 18 mars 2018.

Les commentateurs n’auront guère eu le temps de gloser sur le caractère mystérieux de la formule – de quel genre de miracle pouvait donc parler Mme Pamfilova, dont l’institution est théoriquement chargée de l’application stricte de la loi ? Le miracle ne s’est pas produit. Lundi 25 décembre, cette même CEC a livré son verdict : à l’unanimité moins une abstention, elle a interdit à l’opposant de concourir lors du scrutin, en raison de ses condamnations passées en justice.

L’étude du dossier Navalny a été conduite avec une célérité exceptionnelle. Dimanche, l’avocat mobilisait des milliers de partisans dans plusieurs villes de Russie, et déposait, dans la foulée, son dossier de candidature. Dès le lendemain, il était convoqué par la CEC.

Cette démonstration de force, menée alors que des milliers de volontaires s’emploient depuis plusieurs mois à récolter les 300 000 signatures nécessaires à la candidature de l’opposant, n’aura pas suffi. M. Navalny, dont les enquêtes dévastatrices sur la corruption des élites ont assis la notoriété, n’est pas autorisé à défier Vladimir Poutine, président sortant qui brigue un quatrième mandat.

Vrai-faux suspense

La CEC avait à plusieurs reprises averti que l’opposant était inéligible jusqu’en 2028 en raison notamment d’une condamnation à cinq ans de prison avec sursis, en février, pour détournement de fonds dans une affaire remontant à 2009. M. Navalny a aussi été interpellé et détenu à trois reprises cette année pour avoir organisé des rassemblements non autorisés.

Mais cette décision était attendue, car elle met fin à des mois de vrai-faux suspense au cours desquels l’opposant a fait semblant de croire en ses chances de pouvoir participer au scrutin de 2018. Durant toute cette période, ses bureaux de campagne ont continué de tourner à plein régime et l’ancien blogueur, qui s’est fait connaître du grand public lors des manifestations de 2011 contre les fraudes présumées aux législatives, a sillonné la Russie de réunion publique en réunion publique.

Privé d’accès aux médias fédéraux, M. Navalny possède un art consommé de transformer chaque enceinte dans laquelle il apparaît – et jusqu’aux prétoires – en tribune. Lundi, il a utilisé cette session publique de la CEC pour s’en prendre une nouvelle fois au cynisme du pouvoir. « Ce que je vous demande, ce n’est même pas de l’héroïsme, a-t-il dit aux membres de la commission. Vous n’avez pas un pistolet braqué sur la tête. (…) Je vous demande simplement de faire votre travail de fonctionnaires et d’appliquer la loi, ce pour quoi vous êtes payés par vos concitoyens. » « Il est évident que ces affaires judiciaires ont été fabriquées », a-t-il encore plaidé, rappelant avoir fait condamner la Russie par la Cour européenne des droits de l’homme.

L’Union européenne émet un « sérieux doute » sur le pluralisme politique en Russie

Le rejet de la candidature de l’opposant numéro un au Kremlin, Alexeï Navalny, « jette un sérieux doute sur le pluralisme politique » en Russie, a affirmé une porte-parole des services extérieurs de l’Union européenne mardi 26 décembre.

Cette porte-parole, Maja Kocijancic, a rappelé que la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) avait jugé que le droit à un procès équitable avait été refusé en 2013 à M. Navalny, finalement condamné en février dernier pour détournement de fonds.

« Nous attendons des autorités russes qu’elles s’assurent qu’il y ait des opportunités équitables, y compris lors des élections présidentielles qui se tiendront le 18 mars », a encore déclaré la porte-parole, qui appelle la Russie à inviter l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) à observer les élections. « L’Union européenne fondera son jugement du processus électoral sur ses résultats, comme nous l’avons fait par le passé », a-t-elle conclu.

« La non-participation d’une personne qui souhaitait se présenter, en raison de la loi, ne peut en aucun cas affecter la légitimité de l’élection », a martelé aux journalistes le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, en réponse aux critiques.

Appel au boycottage

Dès la fin de la session, M. Navalny a diffusé une vidéo enregistrée à l’avance pour appeler à une « grève des électeurs » : « Nous avons un plan clair et simple. (…) Nous annonçons un boycottage de l’élection. Le processus auquel on nous demande de participer n’est pas une vraie élection. Il n’y aura que Poutine et les candidats qu’il a personnellement sélectionnés », y dit-il, ajoutant qu’il allait faire appel de la décision de la CEC.

Quand bien même l’électorat d’Alexeï Navalny apparaissait limité, la victoire de Vladimir Poutine au scrutin du 18 mars paraît désormais encore plus certaine en l’absence de son opposant le plus déterminé. Le président sortant affrontera, comme à chaque élection, les candidats du Parti communiste et du Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR, ultranationaliste), ainsi que la jeune Ksenia Sobtchak, qui se présente comme une alternative à un Navalny empêché.

« Poutine peut bien jouer les machos à la télévision, mais si tu as peur d’affronter ton seul vrai opposant, ton machisme ne vaut pas un sou », a commenté Ilia Iachine, l’un des associés de M. Navalny, qui annonçait dans la soirée sur Twitter une visite de la police au domicile de ses parents.

http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/12/26/alexei-navalny-interdit-de-concourir-a-la-presidentielle-russe_5234401_3214.html#e2QbdBfkrzqMsUqA.99

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Vidéos du jour

Entretien avec Jean-Claude Michéa - Comédie du livre 2017

https://www.youtube.com/watch?time_continue=72&v=z_WvYnRjQWU

VID MICHEA ROUGEYRON

Animé par Régis Penalva, directeur littéraire de la Comédie du Livre. « Il est aujourd’hui plus facile d’imaginer la fin du monde que celle du capitalisme. » Avec “Notre ennemi, le capital” (Climats), le philosophe Jean-Claude Michéa poursuit son travail de clarification et de démolition entrepris avec des livres aussi importants que “Orwell, anarchiste Tory”, “L’Empire du moindre mal” ou “La Double Pensée”. Mais est-il encore possible de « rassembler la grande majorité des classes populaires autour d’un programme de déconstruction graduelle du système capitaliste » ?

https://www.les-crises.fr/video-entretien-avec-jean-claude-michea-comedie-du-livre-2017/

Source : Comédie du livre, Youtube, 06-10-2017


 

L'état idéologique des élites françaises - Pierre-Yves Rougeyron

https://www.youtube.com/watch?v=XRoaUlro8WA
Ajoutée le 21 déc. 2017
Conférence de Pierre-Yves Rougeyron tenue à Nancy le Samedi 25 Novembre 2017 pour Le Club du Mercredi.
Son intervention résume "l'état idéologique des élites françaises". Pierre-Yves Rougeyron y aborde l'état de la France, de la politique française et de ses élites. Parmi celles-ci Macron, ses collaborateurs, mais aussi les influenceurs internationaux tels que les GAFA.

Chine : le Big Data pour noter les citoyens… et sanctionner les déviants

Pour bien commencer l’année, une brève vision de l’avenir “Big Brother”

ACT CHINE SURVEILLANCE

Source : La Tribune, Jean-Christophe Catalon, 24/10/2016

Pour savoir quels citoyens sont dignes de confiance, le gouvernement veut utiliser le Big Data pour fixer une note globale à chaque individu. Ceux considérés comme de “mauvais” citoyens seront sanctionnés.

Le Parti communiste chinois (PCC) a trouvé un usage très particulier au Big Data. Le gouvernement prévoit de collecter massivement les données de ses citoyens afin de leur donner une note évaluant à quel degré ils sont dignes de confiance.

Conséquence, les mieux notés auront un accès facilité aux services, quand les mauvais élèves seront sanctionnés. La liste des punitions est détaillée dans un document du gouvernement chinois datant du mois dernier, évoqué par le Washington Post. Interdiction de voyager en première classe, voire de partir à l’étranger, impossibilité d’envoyer ses enfants dans les meilleures écoles ou d’accéder à une promotion, les sanctions prévues peuvent être sévères.

Du commentaire sur la politique du PCC au feu rouge grillé

Prévu pour 2020, ce dispositif dénommé “Système de crédit social” doit collecter les données des 700 millions d’internautes chinois. Du respect du code de la route aux discours tenus sur les réseaux, tout élément pouvant décrire le comportement d’un citoyen est comptabilisé. Il suffit donc d’un feu rouge grillé pour voir sa note s’abaisser.

Les entreprises, elles aussi, sont concernées. En ne respectant pas certaines règles morales et/ou légales, elles peuvent se voir interdire l’émission d’obligations par exemple. Pékin présente ce dispositif comme un nouveau moyen de lutte contre les fraudes, monnaie courante dans le pays. Au-delà de cet enjeu, le gouvernement s’offre un moyen de pression inquiétant sur sa population et pourrait basculer vers un État totalitaire.

De quoi attirer les hackers

Reste que le Système de crédit social pourrait avoir quelques difficultés à voir le jour. Si un système de score est déjà mis en place dans certains pays pour l’emprunt bancaire, notamment en Allemagne et aux États-Unis, l’étendre à l’ensemble des activités d’un individu est un tout autre défi.

Des projets pilotes sont déjà en cours, impliquant huit entreprises privées dont Sesame Credit, propriété du géant de l’e-commerce chinois Alibaba. Le site de rencontre Baihe encourage d’ailleurs ses utilisateurs à fournir leur score Sesame pour avoir un profil plus attractif.

Mais outre les problèmes moraux et juridiques qu’il pose, un tel système pourrait vite devenir la cible des pirates informatiques. Interrogé par le Washington Post, William Glass, analyste chez FireEye (entreprise de cybersécurité), en est persuadé :

“Il y a un marché énorme pour ce genre de dispositif, et aussitôt que le système sera installé, cela incitera grandement les cybercriminels et certains acteurs soutenus par l’État à pénétrer à l’intérieur, soit pour voler des informations, soit les altérer.”

Source : La Tribune, Jean-Christophe Catalon, 24/10/2016


 

Le contrôle des masses sous couvert de lutte contre la corruption

Le gouvernement justifie ce plan par la lutte contre la fraude et la corruption, qui gangrène le pays. Ces dernières années, les scandales de corruption impliquant de hauts responsables se sont multipliés. En 2015, le caractère de l’année était donc 廉, qui signifie « incorruptible ».

Ce système de notation existe dans d’autres pays, notamment pour l’obtention d’un prêt ou d’une assurance. En France l’accès aux données de santé aux assurances a suscité une levée de boucliers. Mais c’est la première fois qu’il est déployé à si grande échelle dans toute les strates de la société et de la vie professionnelle et personnelle des citoyens.

Source : Journal du geek, Elodie, 26-10-2016


Lors du Chaos Communication Congress (CCC), l’une des plus importantes conférences de hackers qui se tient cette année à Leipzig, la chercheuse Katika Kühnreich a présenté les résultats de ses recherches sur le sujet.

(...)

Une évaluation permanente

L’initiative rappelle le «credit score» américain, cette note attribuée aux résidents des États-Unis pour évaluer leur capacité à être un bon ou un mauvais payeur. Le système élaboré en Chine va plus loin, par le volume de données combinées et par l’intégration d’informations liées à l’entourage des personnes notées pour déterminer leur score. Il rendrait envisageable de perdre des points en raison d’une amitié avec une personne pourvue d’une note faible.

Katika Kühnreich se garde bien de blâmer la Chine sur le sujet. Elle estime qu’un tel projet de surveillance pourrait être étendu à d’autres pays. «Il y a une forte tendance actuelle à vouloir résoudre les problèmes de société avec des solutions technologiques, ou du moins, de tenter de le faire, explique-t-elle. Cela se produit actuellement en Chine, mais nous sommes loin d’en être exemptés en Occident»

La question de la surveillance est un sujet central en Chine. Le pays met actuellement en place le système de caméras de surveillance le plus sophistiqué au monde. Quelque 170 millions de caméras dotées d’intelligence artificielle ont déjà été installées, et près de 600 millions pourraient l’être d’ici à 2020. En pleine croissance, le marché de la reconnaissance faciale a dépassé le milliard de yuans (128 millions d’euros) en 2016 et devrait être multiplié par cinq d’ici à 2021, selon une étude du cabinet Analysys. Mi-décembre, l’association Human Rights Watch a accusé les autorités chinoises d’enregistrer les données biométriques de toute la population du Xinjiang, où vit une importante minorité musulmane, les Ouïghours. La mise en place d’un programme de santé avait alors été évoquée.

Source : Le Figaro, Elsa Trujillo, 27/12/2017

https://www.les-crises.fr/chine-le-big-data-pour-noter-les-citoyens-et-sanctionner-les-deviants/

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===============================Commentaire relevé:

Allez, aujourd’hui il est temps de faire remonter mon évaluation sociale, je vais acheter des couches, le livre de Macron, la saison complète de C’est a vous et visionner le replay du dernier épisode de Joséphine ange gardien.

Bonjour chez vous

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Iran – Le rapide soutien des États-Unis aux émeutiers laisse deviner un plan plus vaste

Manifestations en Iran: quelques précisions sur le contexte et l’évolution de la situation:

ACT IRAN MANIFS CLINTON

Une révolution ou une révolte de couleur en Iran n’a que peu de chances d’aboutir. Mais même en cas d’échec, elle peut servir de prétexte à des sanctions supplémentaires et à d’autres mesures anti-iraniennes. Les incidents actuels font donc partie d’un plan beaucoup plus vaste.

Les démocraties « occidentales » ont l’habitude d’avoir des partis politiques de gauche ou de droite avec des combinaisons fixes de politiques économiques et culturelles. La « gauche » est perçue comme prônant une économie sociale qui profite à l’ensemble de la population, et comme culturellement libérale ou progressiste. La droite est considérée comme culturellement conservatrice avec une préférence pour une économie de marché libre qui favorise les segments les plus riches d’une nation. [une division qui est en train de voler en éclat dans bon nombre de pays européens notamment depuis le traité de Lisbonne, NdR]

Les camps politiques en Iran sont différents.

En voilà la version simplifiée: Les conservateurs iraniens qu’on appelle aussi « principalistes », sont culturellement conservateurs, mais ils favorisent les programmes économiques qui profitent aux pauvres. Leur base est constituée des populations rurales ainsi que les segments les plus pauvres des habitants des villes. Le dernier président iranien qui en était proche a été Mahmoud Ahmedinejad. L’une de ses principales décisions a été de verser des allocations directement aux familles les plus pauvres en supprimant les subventions générales sur le carburant et l’alimentation. L’actuel président iranien Hassan Rohani est membre du camp « réformiste ». Sa base est constituée par les marchands et les pans les plus riches de la société. Il est culturellement (relativement) progressiste mais ses politiques économiques sont néolibérales. Le budget qui sera mis en œuvre l’année prochaine réduit les allocations destinées aux pauvres introduites par Ahmedinejad. Cela va augmenter le prix du carburant et des produits alimentaires de première nécessité d’au moins 30-40%.

Les manifestations des 28 et 29 décembre étaient dues à ces problèmes et à d’autres problèmes économiques. Il y a des manifestations de ce type régulièrement en Iran depuis des décennies. Mais les manifestations actuelles ont été rapidement détournées par de petits groupes qui ont scandé des slogans contre le système iranien et contre le fort engagement iranien en Syrie et en Palestine. Ce ne sont pas les positions majoritaires des 80 millions d’habitants de l’Iran:

Selon le sondage, 67,9 % des personnes interrogées affirment que l’Iran devrait accroître son soutien aux groupes anti-Etats islamique, contre 59,8 % il y a un an. Et une majorité de 64,9% soutient le déploiement du personnel militaire iranien en Syrie pour aider le régime de Bachar al-Assad, en légère hausse par rapport à 62,7% il y a un an.

Les petits groupes qui ont détourné les manifestations contre la politique économique de Rouhani ont été fortement soutenus par les agents habituels des opérations d’influence américaine. Avaaz, la coopération RAND, Human Rights Watch et d’autres, ont immédiatement pris le train en marche. (Toujours semblable à lui-même, Ken Roth de HRW a utilisé une photo d’un rassemblement pro-gouvernemental pour montrer les protestations anti-gouvernementales beaucoup plus petites). Les petits groupes qui ont détourné la manifestation et/ou ont monté les manifestations en épingle semblent bien coordonnés. Mais ils sont loin de constituer un véritable mouvement, ni même une majorité.

Dans la matinée de décembre, 30 grandes manifestations de soutien à la république iranienne ont eu lieu dans plusieurs villes. A Téhéran, plusieurs milliers de personnes y ont participé.

(...)

Les «  accros à l’Iran » et autres « experts » n’étaient pas au courant que des manifestations pro-gouvernementales annuelles ont lieu en Iran tous les 9 de Dey (calendrier iranien) depuis 2009, et sont organisées bien à l’avance. Elles commémorent l’échec de la tentative de la révolution de couleur de la CIA en 2009. Cette tentative avait fait suite à la réélection du président Ahmedinejad. La CIA s’était servie du segment plus riche de la société iranienne dans le nord de Téhéran pour faire le travail. Il n’est pas encore clair quelles couches sociales, s’il y en a, sont utilisées cette fois-ci.

En juin 2009, le Brookings Institute a publié un manuel sur la façon de renverser le gouvernement iranien ou de prendre le contrôle du pays. « Maloney, un autre « accro à l’Iran » était l’un des auteurs. QUEL CHEMIN VERS LA PERSE? Options pour une nouvelle stratégie américaine en Iran (pdf) avait quatre parties:

  • Partie I – Dissuader Téhéran: les options diplomatiques.
  • Partie II – Désarmer Téhéran: les options militaires
  • Partie III – Changer le régime: renverser Téhéran
  • Partie IV – Contenir Téhéran: l’endiguement

La Partie III comprend:

  • Chapitre 6: La révolution de velours: soutenir un soulèvement populaire
  • Chapitre 7: Générer une insurrection: soutenir la minorité iranienne et les groupes d’opposition
  • Chapitre 8: Le coup d’État: soutenir une action militaire contre le régime

La « révolution de couleur » de velours a échoué en 2009 car le « mouvement vert » n’a pas réussi à convaincre le peuple iranien qu’il était autre chose qu’une tentative soutenue par l’étranger pour renverser leur république.

Ce que nous voyons actuellement en Iran est une combinaison des chapitres 6 et 7 du plan Brookings. Derrière un mouvement relativement populaire contre les politiques économiques néolibérales du gouvernement Rohani, un mouvement militant, comme on l’ a vu hier soir, met en œuvre une stratégie d’escalade qui pourrait mener à une guerre civile. Nous avons déjà assisté à une combinaison similaire en Libye et au début de l’attaque contre la Syrie.

En juin dernier, le Wall Street Journal rapportait que la CIA avait mis en place une cellule opérationnelle spéciale pour de telles attaques contre l’Iran:

La Central Intelligence Agency a mis en place une organisation exclusivement axée sur la collecte et l’analyse de renseignements sur l’Iran, reflétant la décision de l’administration Trump de faire de ce pays une cible prioritaire des espions américains, selon les responsables américains.

Le Centre de mission de l’Iran réunira des analystes, des membres du personnel d’opérations et des spécialistes de la CIA pour mettre à profit l’éventail des capacités de l’agence, y compris des opérations secrètes.

Le chef du nouveau bureau est l’un des officiers les plus impitoyables de la CIA:

Pour diriger le nouveau groupe, M. Pompeo a choisi un agent de renseignements chevronné, Michael D’Andrea, qui a récemment supervisé le programme de frappes létales par drone de l’agence et qui a remporté, selon bon nombre de ses pairs, des succès contre Al-Qaïda dans la longue campagne américaine contre le groupe terroriste. […]

  1. D’Andrea, un ancien directeur du Centre antiterroriste de la CIA qui s’est converti à l’islam, est considéré par ses pairs comme un manager exigeant mais dur à la tâche et efficace. Certains responsables américains ont avoué être préoccupés par sa position agressive envers l’Iran.

D’Andrea, est le gars de la CIA qui aurait pu éviter le 11 septembre mais a raté son coup. Il a été intimement impliqué dans le programme de torture de la CIA et dans la campagne meurtrière de drones au Pakistan et en Afghanistan. Il est soupçonné d’être le cerveau qui préside à la coopération américaine avec les extrémistes wahhabites en Libye, en Irak et en Syrie.

Hier matin, un groupe terroriste sunnite a fait exploser un pipeline dans le sud-ouest de l’Iran, près de la frontière irakienne:

Selon Ansar al Furqan, « un important oléoduc a explosé dans la région d’Omidiyeh d’Ahvaz, en Iran. » Le groupe a ajouté qu’il avait créé une nouvelle unité, la Brigade des martyrs d’Ahwaz. Historiquement, il y a une importante population arabe dans la région d’Ahvaz. Cependant, on ne sait pas trop si cette supposée brigade se compose d’Arabes iraniens ou de Baloutches, bien qu’il semble que la plupart de ses membres soient des Baloutches. Les djihadistes disent que « l’opération a été menée pour infliger des pertes économiques au régime criminel iranien. »

Selon le Centre militaire américain de lutte contre le terrorisme, Ansar al-Fruqan est issu du groupe terroriste démantelé de Jundallah, qui avait tué des centaines de responsables et de civils iraniens. Jundallah était une insurrection baloutche qui combattait pour un « Baloutchistan libre » dans la région du sud-ouest du Pakistan et du sud-est de l’Iran. Son chef a été tué en 2010 et depuis, le groupe s’est scindé en Ansar al-Furqan et d’autres groupes. Certaines d’entre eux sont sous influence étrangère. Mark Perry a écrit en 2012:

Une série de mémos de la CIA raconte que des agents du Mossad israélien se sont fait passer pour des espions américains pour recruter des membres de l’organisation terroriste Jundallah pour leur servir de mercenaires dans leur guerre secrète contre l’Iran.

Les agents du Mossad ont engagé des terroristes du Jundallah pour tuer des experts nucléaires en Iran. Il ne devrait donc pas être surprenant qu’un groupe issu du Jundallah attaque maintenant l’infrastructure économique iranienne au moment même où le Mossad et la CIA coordonnent une nouvelle campagne pour renverser le gouvernement iranien. Cela indique clairement un plan plus vaste et bien organisé.

Hier soir, des groupes de 20 à 50 jeunes hommes sont apparus dans une vingtaine de villes et villages d’Iran et ont commencé à vandaliser (vidéo) les rues. Ils ont démoli les panneaux routiers et les panneaux d’affichage, brisé les fenêtres et mis le feu aux poubelles. De courtes vidéos de dizaines d’incidents sont apparues sur différents comptes Twitter. Leur impact était souvent présenté de manière très exagérée.

Dans la vidéo « des manifestants qui brûlent les bureaux du gouvernement dans la province d’Ahvaz » on voit seulement une poubelle en feu devant un bâtiment. Le seul bruit dans la vidéo «  où la police tire à balles réelle sur les manifestants » est le bruit du verre brisé des carreaux d’un bureau préfabriqué. La vidéo qui accompagne l’annonce que « 3 personnes ont été tuées dans une fusillade policière du Lorestan » montre un petit groupe très agité. Deux personnes sont emmenées, mais on ne sait pas qui elles sont, ni ce qui leur est arrivé. On n’entend pas de tirs et on ne voit pas de policiers. Dans d’autres vidéos, la police réagit aux émeutiers qui jettent des pierres et commettent des actes de vandalisme.

Les groupes, leur présence dans une vingtaine de villes et leur action, tout cela est clairement coordonné.

Ceux qui soutiennent les émeutes dans les médias postent toutes les vidéos qu’ils trouvent pour toucher un public plus large. Le gouvernement iranien a demandé à l’application de messagerie Telegram, largement utilisée en Iran, de stopper une chaîne qui exhortait les manifestants à lancer des cocktails Molotov sur les bâtiments officiels. Le chef du service Telegram a convenu que ces appels étaient contraires à ses conditions de service et a supprimé la chaîne. De nouveaux canaux avec des messages similaires sont immédiatement apparus. Le gouvernement iranien va être obligé de bloquer complètement Telegram ou d’infiltrer ces canaux pour empêcher la coordination des émeutes.

Les politiciens américains qui avaient appelé à « bombarder, bombarder, bombarder » l’Iran (John McCain) ou qui avaient menacé de faire la guerre à ce pays (Hillary Clinton) ont publié des déclarations de soutien au « peuple iranien » – c’est-à-dire aux émeutiers. Ce sont les mêmes personnes qui écrasent le peuple iranien sous toutes sortes de sanctions les unes après les autres – des hypocrites. Donald Trump et son Département d’État ont publié des déclarations de soutien aux « manifestants pacifiques » qui vandalisent le pays, et ont exigé que « le régime respecte leurs droits humains fondamentaux ». Leurs manifestations de compassion pour le peuple iranien ne trompent personne.

Une note de service qui a fuité récemment disait au secrétaire d’État américain Tillerson:

que les États-Unis devaient utiliser les droits de l’homme comme arme contre des adversaires comme l’Iran, la Chine et la Corée du Nord, tout en laissant la main libre à des régimes répressifs alliés comme les Philippines, l’Égypte et l’Arabie saoudite.

Les déclarations officielles des États-Unis arrivent trop tôt et nuisent à tout réel mouvement d’insurrection en Iran. Elles prouvent que les manifestations sont soutenues par les États-Unis, qui perdent ainsi toutes leurs chances d’élargir la base de leurs supporters en Iran.

Pourquoi les États-Unis font-ils cela?

Le plan n’est peut-être pas de renverser tout de suite le gouvernement iranien, mais de pousser le gouvernement iranien à réprimer violemment les manifestations.

Suzanne Maloney @MoneySuzanne – 5:51 – 31 déc 2017

Et voici l’idée: quoique le gouvernement américain fasse ou dise à propos de ces protestations, le fait est (comme @POTUS l’a dit sur Twitter) que le monde entier regarde ce qui se passe en Iran. La façon dont Téhéran réagit aux protestations actuelles modèlera ses relations avec le monde, comme en 2009.

Cette réaction peut ensuite être utilisée pour imposer des sanctions plus larges et plus strictes à l’Iran, en particulier de la part de l’Europe. Il s’agirait alors d’une nouvelle étape du plan plus vaste consistant à étouffer le pays sous les sanctions, et d’un pas supplémentaire dans l’escalade contre lui.

Par Moon of Alabama

Original: http://www.moonofalabama.org/2017/12/iran-early-us-support-for-rioters-hints-at-a-larger-plan.html#more

Traduction : Dominique Muselet

Source: http://arretsurinfo.ch/iran-le-rapide-soutien-des-etats-unis-aux-emeutiers-laisse-deviner-un-plan-plus-vaste/