mercredi 22 novembre 2017

Un "jeu" pour dénoncer ses collègues à l'entrepôt Amazon de Lille

Pour cumuler des bons points et gagner un cadeau, les employés d’Amazon sont encouragés à dénoncer ceux qui manquent aux règles de sécurité… Un syndicat parle de "délation", Amazon vante un jeu "bon enfant et bienveillant".

ACT AMAZON DELATION

Ce "Fun Game" ne fait pas rire tout le monde. Depuis vendredi, Amazon a mis en place un concours entre tous les salariés de son entrepôt de Lille. Ils sont encouragés à signaler les manquements aux règles de sécurité de leurs collègues en remplissant un bulletin "Faux pas", et obtenir en échange un bon point. Une récompense est prévue à la clé. "Un cadeau à gagner pour l’associate (l’employé, NDLR) qui aura le plus de points !", clame l’affiche placardée dans l’entrepôt, qui se conclut ainsi : "Have Fun !"

Dans le détail, les coupons disponibles à l’accueil de l’entrepôt prévoient l’inscription du nom et prénom de celui qui a repéré un "Safety faux-pas", de celui du manager ou chef d’équipe qui l'a commis, et un espace pour décrire la faute en question. Amazon assure que ce bulletin sert seulement de support de discussion entre un employé et son manager pris en défaut. "La fiche atteste de la discussion, permet d’obtenir des points et d’attester de leur validité," indique le service communication d'Amazon, qui donne des exemples de règles de sécurité auxquelles le jeu s'applique : "Ne pas respecter une posture recommandée pour déplacer un article ou ne pas respecter un passage piéton pour traverser une allée... "

Pour le délégué central CFDT Vincent Julien, ce jeu encourage tout simplement la "délation". Le syndicaliste a écrit ce samedi à la direction d’Amazon Logistique en demandant un retrait des affiches et l’arrêt de l’opération, qui doit courir jusqu’au 19 décembre. "Il est hallucinant de constater qu'un tel "jeu" ait pu passer et être déployé sans que personne ne tique", relève-t-il dans son mail. Il indique avoir contacté les services Amazon concernés pour "harcèlement".

L’évaluation entre pairs, une pratique courante chez Amazon

L’entrepôt Amazon de Lauwin-Planque est le plus important de France avec plus de 1.000 employés en CDI, et 2.900 intérimaires embauchés pour la période des fêtes, le plus grand rush de l’année pour le e-commerçant. Avec des milliers de colis envoyés chaque jour, cette période est particulièrement sensible aux accidents du travail. Si la méthode employée pour les réduire peut faire polémique, elle n’est pas forcément surprenante. Pour les évaluations annuelles, Amazon demande aux employés de s’évaluer entre pairs. Ces avis sont remontés au manager qui les utilise pour attribuer les promotions, augmentations ou au contraire identifier les éléments les moins performants.

Interrogé par Capital au sujet de cet étonnant jeu-concours, le service communication d’Amazon fait cette réponse : "C’est une opération ludique, faite dans un esprit bon enfant et bienveillant. Il ne s’agit pas de délation. Amazon tient à rappeler que la dénonciation anonyme est profondément contraire à ses valeurs et s’y oppose avec la plus grande sévérité. Le but est que les employés fassent part des consignes de sécurité non respectées par leurs managers, et ils récupèrent en échange ce qu’on appelle des points. La sécurité doit être l’affaire de tous dans l’entreprise, des managers vers les employés, et inversement." Amazon souligne aussi que cette pratique n’est pas une première : "L’opération a déjà été pratiquée sur le site de Lauwin-Planque les années précédentes, et elle avait été accueillie de manière très positive."

https://www.capital.fr/entreprises-marches/un-jeu-pour-denoncer-ses-collegues-a-lentrepot-amazon-de-lille-1256628


 

BASE 14 995X225Super "fun", l'ambiance de travail chez Amazon! On remarquera au passage l'usage intensif de l'anglo- américain...

P.G.

Posté par UPR Creuse à 08:31 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

Descente aux enfers chez Altice

Télécoms. Le groupe créé par Patrick Drahi enchaîne les contre-performances depuis quelques mois.

ARG DRAHI SFR

Patrick Drahi pourra-t-il redresser la barre ? Depuis cet été, Altice, son groupe de télécommunications et de médias, est chahuté en Bourse. En l'espace de cinq mois, le titre a perdu plus de 55 % de sa valeur, passant de 23,26 euros début juin à 10,25 euros ce lundi. La crise s'est encore aggravée mardi dernier, avec jusqu'à 17 % de chute en séance avant de clore autour de 13 %.

51 milliards d'euros de dette

Ce que remet en cause la Bourse, c'est toute la stratégie menée par Patrick Drahi depuis le rachat de SFR en 2014. À partir de Numéricable, il a créé un véritable empire dans les médias : rachat de SFR, de Portugal Telecom, de NextRadioTV, de Libération et de L'Express, des câblo-opérateurs américains Suddenlink et Cablevision, achat de droits sportifs, création d'un studio dédié à la production de films et séries télé… Ces investissements visaient à augmenter les revenus générés par les clients, le sacro-saint ARPU (average revenue per user) utilisé comme mesure de référence dans les activités numériques de toutes les entreprises. Mais ils se sont faits au prix d'un endettement massif : au troisième trimestre, sa dette atteignait 51 milliards d'euros.

Cette stratégie a considérablement fragilisé l'entreprise. La moindre alerte résonne désormais aux oreilles des actionnaires comme l'annonce d'un effondrement imminent de l'entreprise, incapable de faire face à ses échéances. C'est dans ces conditions qu'Altice a publié des résultats décevants début novembre. Chiffre d'affaires en légère baisse, prévisions pessimistes : il n'en fallait pas plus pour que le titre s'effondre.

Jusqu'à présent, toutes les tentatives de redresser la barre - la majorité de l'état-major a été remplacée par des hommes de confiance de Patrick Drahi, qui a lui-même repris les rênes de son groupe - ont échoué. Mardi matin, il a pris la parole devant les quelque 10.000 collaborateurs de son siège de Saint-Denis, près de Paris, pour tenter de les rassurer. Cela suffira-t-il à remettre Altice sur les bons rails ? La question est encore loin d'avoir trouvé une réponse…

https://www.valeursactuelles.com/economie/descente-aux-enfer-chez-altice-qui-perd-13-en-une-journee-90609


 

Commentaires sur le lien:

BASE 14 995X225"Drahi a fabriqué, avec ses media dégoulinants d'obséquiosité complice, la poupée de papier mâché qu'est Macron, sa chute n'en est que plus réjouissante. On peut mentir beaucoup à quelque uns, ou un peu à beaucoup, mais pas énormément et à tout le monde."

"Drahi va bientôt chercher son passeport israélien dans son tiroir."

Posté par UPR Creuse à 08:12 - - Permalien [#]
Tags : , , , ,

Une stratégie européenne pour la gauche, par Frédéric Lordon

Voici le type d'article qui me laisse pantois: une intelligence indéniable au service d'une manipulation idéologique, avec pour instrument des contorsions verbeuses pour aboutir à des platitudes: la fameuse "refondation de l'Europe" version "plus à gauche que moi tu meurs". Pitoyable.

Parfois, face à cette gauche "radicale", il m'arrive de me demander si je ne préfère pas l'autre...

A vous de juger!

P.G


 

Source : Le Monde diplomatique, Frédéric Lordon, 06-11-2017

ARG CHANGER UE

Avec l’admirable conscience professionnelle des boussoles qui indiquent le Sud, Jean Quatremer et ses semblables n’ont pas manqué de décréter la question de l’euro définitivement « tranchée » par l’élection de Macron (1). Mais, à la fin des fins, qu’une boussole indique le Sud n’est pas un problème, pourvu qu’elle l’indique avec constance — ce qui est assurément le cas en l’occurrence. Il n’y a plus qu’à regarder dans la direction opposée pour s’orienter avec sûreté. La prédiction australe posée, nous savons donc maintenant avec certitude que « la question européenne » est tout sauf close, et qu’elle ne manquera pas de revenir. Pour une bonne et simple raison d’ailleurs : c’est que, par paraphrase inversée du Manifeste du parti communiste, un spectre hante la gauche — l’Europe. Si la dernière élection a confirmé quelque chose, c’est bien que l’euro est l’hypothèque posée sur toute stratégie de conquête du pouvoir à gauche. Même les débris de la social-démocratie ont fini par s’en apercevoir, un peu tard cependant, et, mettant les bouchées doubles pour rattraper un si long silence, pensent avoir trouvé avec le « parlement de l’euro » de quoi racheter vingt-cinq ans d’errements. C’est que, si plus personne ne croit, ni même ne peut entendre, la promesse devenue outrageante de « l’Europe sociale », celle de « l’Europe démocratique » a pris le relais — en apparence plus fraîche, mais en réalité aussi résolument creuse.

Pathétique « parlement de l’euro »

Lire aussi Dieter Grimm, « Quand le juge dissout l’électeur », Le Monde diplomatique, juillet 2017.Et comme toujours portée par la passion des intellectuels sociaux-démocrates, à qui les rudiments d’une éducation matérialiste font décidément défaut, passion pour les abstractions de papier, les vœux sans moyen, les projets sans force, littéralement : les jeux de mots [1]. Et aussi la transfiguration des queues de cerises. Ainsi de celle qui a conduit pendant la campagne les conseillers de Benoît Hamon à se griser d’un « Traité de démocratisation pour l’Europe » (2) dont la lecture donne rapidement la mesure de ce qu’il ambitionne de démocratiser, à savoir à peu près rien. Car on sait très bien où se situe la négation démocratique de l’Union monétaire européenne : dans les traités de l’Union. Cela même que les auteurs déclarent n’avoir aucun projet de toucher. Si bien que la question se ramène à deux simplissimes équations (en fait une seule et même) : traités inchangés = anti-démocratie persistante ; démocratisation réelle = traités réécrits.[2]

Évidemment, pour échapper à cette rude vérité, le mieux est encore d’ignorer froidement toute définition minimale de la « démocratie », dont il faut expliquer à ces braves gens que le mot « parlement » n’y suffit pas. Car c’est très beau un parlement, mais c’est encore mieux si l’on sait de quoi il aura à connaître – et surtout de quoi il n’aura pas. C’est qu’en principe la réponse à la question du périmètre des prérogatives est : tout. Et en effet, personne n’imaginerait communauté politique assez tordue pour s’interdire à elle-même de décider en matière de monnaie, de budget, de dette, ou de circulation des capitaux, c’est-à-dire pour s’amputer volontairement des politiques qui pèsent le plus lourdement sur la situation matérielle des populations. Personne n’imaginerait, donc… sauf, au contraire, projet à peine caché de sanctuariser un certain type de politiques économiques, favorables à un certain type d’intérêts, avec en prime, pour verrouiller l’édifice, l’investissement névrotique spécial d’un pays qui se raconte depuis plus d’un demi-siècle que l’orthodoxie monétaire et budgétaire est le seul rempart contre le nazisme…

Il y a deux choses à faire des bâtons tordus : les détordre ou les repeindre avec de jolies couleurs. Sans grande surprise, le « parlement de l’euro » imaginé par les castors juniors a choisi l’option Ripolin. De quoi la belle assemblée aura-t-elle le droit ? Essentiellement de « se prononcer », de « participer à des échanges de vues », d’entrer dans des « dialogues de gouvernance », de faire des « résolutions », des « recommandations » (3) même ! Elle peut par exemple mettre un tutu pour intervenir tout en beauté dans les procédures de déficit excessif (art. 8). Le commentaire à ce moment précise qu’elle possède également « la capacité d’amender et de modifier les préconisations de l’eurogroupe qui doit tenir compte de ses observations » (art. 8-3, c’est moi qui souligne) – léger moment de rêve éveillé des auteurs car la rédaction de leur propre article lui-même ne souffle pas mot de ce « devoir ».

Soyons justes : à son meilleur, le projet donne au parlement barre sur les memoranda dans les cas d’assistance financière. Et cela, cette fois, il l’écrit pour de bon. Moyennant quoi il décidera souverainement… de la vitesse et des modalités par lesquelles un État-membre doit se conformer aux règles des traités. Dont il va sans dire que, pour leur part, elles demeureront inchangées. Et que les États-membres continueront d’y être indéfiniment assujettis. Donnons un exemple simple : la « démocratisation » restera de marbre face aux rabotages d’APL, aux hausses de CSG, aux coupes budgétaires obtuses, et à l’AP-HP saignée, pour mettre le budget Macron dans les 3 % – on ne parle ici même pas de l’idée folle de restreindre la circulation des capitaux, ou de taxer les importations les plus socialement ou les plus écologiquement scandaleuses.

Aussi illusoire que « l’Europe sociale », « l’Europe démocratique »…

Au vrai, c’est un sourd sentiment d’échec intériorisé qui transpire du ronflant « traité de démocratisation de l’Europe ». Lequel, anticipant les conditions de sa propre ratification, avertit déjà qu’il est possible d’envisager une entrée en vigueur « sans l’un des grands pays, par exemple l’Allemagne » (4) (op. cit., p. 44). « Par exemple », mais c’est juste un exemple. Donné comme ça. L’idée qu’une non-ratification par l’Allemagne pourrait avoir quelque incidence quant au maintien de son appartenance à l’eurozone ; que, dans ces conditions, l’Allemagne en réalité partie, l’euro aurait peine à continuer de se nommer « euro » ; que, l’Allemagne probablement suivie par d’autres, il s’agirait, eh bien, de l’explosion historique de l’euro ; et qu’en fait on aura remballé vite fait le grandiose projet de « démocratisation » plutôt que de risquer si affreux dénouement, toutes ces idées un peu sombres sont heureusement passées sous silence pour ne pas créer d’inutiles inquiétudes.

C’est qu’en effet, on n’a pas fini de se faire du mouron si on regarde un peu mieux de ce côté-là. Car, entre la simple possibilité de perturber les souverains memoranda de l’eurogroupe et, pire encore, l’immixtion de l’assemblée dans les affaires de la BCE (notamment ses objectifs d’inflation), fut-ce par de simples « résolutions » (art. 10), il faut le dire tout net aux auteurs, qui en ont d’ailleurs vaguement l’intuition : ils peuvent toujours se fouiller pour faire avaler ça à l’Allemagne.

La déroute en rase campagne à laquelle se trouverait d’avance promise jusqu’à cette inoffensive bluette, par ailleurs entièrement dépourvue de la moindre stratégie de construction d’un rapport de force, a au moins la vertu de rappeler avec netteté les termes réels de l’équation européenne à gauche :

1. Il n’est pas de politique progressiste qui ne verrait ses dispositions les plus centrales interdites par les traités européens.

2. Soustraire les contenus substantiels de certaines des plus importantes politiques publiques aux délibérations d’une assemblée ordinaire, pour les sanctuariser dans des traités ne répondant qu’à des procédures de révision extraordinaires, est une anomalie qui disqualifie radicalement toute prétention démocratique.

3. Seule une révision des traités propre à instituer un véritable parlement, auquel serait rendue l’intégralité des domaines de décision actuellement hors d’atteinte de toute redélibération souveraine, est à la hauteur du projet de rendre l’Europe démocratique.

4. En l’état actuel des choses, une telle révision fera l’objet d’un refus catégorique de l’Allemagne qui, serait-elle mise en minorité dans le débat européen, préférerait l’intégrité de ses principes à l’appartenance à l’Union.

Que ce soit sous l’espèce d’un parlement pantomime, en fait privé de toute voix au chapitre sur les questions fondamentales et réduit à la figuration résiduelle, ou bien, a fortiori, sous toute proposition qui envisagerait d’aller plus loin, l’Allemagne (sans doute accompagnée) dira non. On peut donc si l’on veut persister dans l’erreur ou la cécité volontaire un certain temps, mais pas trop quand même. Comme jadis « l’Europe sociale », « l’Europe démocratique » n’aura pas lieu (5). Il s’ensuit que, si elle reste accrochée à l’illusion d’un « autre euro », c’est la gauche au pouvoir qui n’aura pas lieu non plus.

Le dilemme européen de la gauche

C’est en cet inévitable point de décision que se forme pour elle un dilemme stratégique, dont la tension interne est suffisamment vive… pour mettre en désaccord les deux co-auteurs de L’Illusion du bloc bourgeois (6) ! Pour Stefano Palombarini (7), la perspective de sortie de l’euro ne saurait s’envisager dans le cadre du bloc électoral de gauche actuellement constitué, certaines de ses fractions hurlant au « repli national » à l’énoncé de cette seule idée. D’un certain point de vue, il a raison. Le débat à gauche sur l’euro depuis 2010 a suffisamment montré de quelles divisions il était parcouru. Et c’est bien de ce réflexe épidermique que témoigne la persistante chimère de « l’autre Europe »[3] à laquelle le désastre grec n’a pas suffi à tordre le cou – et dont les errements obstinés à la recherche du « parlement de l’euro » sont l’expression la plus pathétique. S’il est un seul obstacle qui ait fait opposition au retrait de Hamon pour Mélenchon, jusqu’à lui faire préférer l’humiliation à une victoire de la gauche, c’est bien la question européenne.

Lire aussi Bruno Amable, « Majorité sociale, minorité politique », Le Monde diplomatique, mars 2017.Bruno Amable, partisan plus résolu de la sortie, objecte que si vraiment cette question était à ce point déterminante, et si le bloc européiste pesait du poids qu’on lui prête, le président Macron, qui lui donne toute satisfaction en matière de ligne européenne, n’aurait pas dégringolé aussi brutalement dans les sondages. Il n’a pas tort non plus.

Mais comment peut-on donner simultanément raison à deux arguments en apparence aussi contradictoires ? C’est, précisément, qu’ils ne le sont qu’en apparence, en tout cas du point de vue de la « logique politique », à défaut de la logique tout court. Si la production des opinions politiques était une affaire de rationalité pure et parfaite, ça se saurait. En réalité ce qui se sait, c’est que ça ne l’est pas. Il existe par exemple toute une fraction de l’opinion à gauche qui désapprouvant, parfois avec véhémence, les contenus particuliers des politiques européennes, et les contraintes qui s’ensuivent sur la conduite des politiques nationales, ne se cabre pas moins à l’idée générale, pourtant conséquente, de rompre avec l’euro. Ceux-là tribuneront à répétition contre l’« Europe austéritaire », mais sitôt qu’on leur posera la question d’en sortir répondront « surtout pas ! ». [4]

Ce sont là les asymétries, et les claudications, dont est coutumière la fabrication des idées politiques, individuelles et collectives. Inutile de s’en affliger trop longtemps, c’est ainsi : la politique est aussi une affaire d’affects. S’il est d’ailleurs une « réussite » à mettre au compte de l’entreprise européenne, c’est bien d’avoir lié l’idée de toute dissolution de l’Union à des affects de peur, peut-être même faudrait-il dire de terreur, en tout cas d’une intensité sans pareille, au point d’écraser tout ce que fait naître par ailleurs de dissentiments bien-fondés le détail des politiques européennes concrètes. De ce point de vue, le cas de la Grèce en offre peut-être l’illustration la plus tragique, qui, au fin fond du martyre européen et voyant pourtant la porte de la cage s’ouvrir, aura encore préféré rester auprès de son bourreau. Le cas le plus impressionnant demeurant celui de Varoufakis qui, tabassé de première et mieux placé que quiconque pour savoir ce qu’il en est vraiment, n’en continue pas moins de rêver d’y retourner – pourvu qu’on mette des rideaux à fleurettes aux barreaux ?

Le verrou de la classe éduquée

Il faut prendre la situation passionnelle de la question européenne comme elle est, et plutôt que de la déplorer se demander ce qu’on peut en faire. À cet égard, c’est bien la classe éduquée qui est le lieu névralgique de cette situation. Se croyant la pointe avancée de la rationalité dans la société, elle en est en fait le point d’incohérence par excellence : car c’est bien elle qui, plus que tout autre, est en proie aux affects de peur, sublimés en humanisme européen et en postures internationalistes abstraites lui permettant, croit-elle, de tenir le haut du pavé moral – quel qu’en soit le prix économique et social. C’est bien elle, partant, qui n’en finit pas de chercher dans « l’autre Europe » ou dans « le parlement de l’euro » un refuge imaginaire, une résolution fantasmatique à ses contradictions intimes. Et c’est donc avec elle, comme le note Palombarini, que, pour son malheur, une stratégie politique à gauche doit compter.

Lire aussi Richard V. Reeves, « Classe sans risque », Le Monde diplomatique, octobre 2017.Comment alors tenir un arc de forces qui aille des classes populaires, expérimentant elles de première main le dégât des politiques européennes et par là moins en proie aux scrupules précieux de l’européisme, jusqu’à la bourgeoisie éduquée de gauche à qui sa sensibilité écorchée fait de toute idée de rompre avec l’Europe un motif de crise hystérique. Il est absolument hors de doute qu’aux premières il faudra donner la sortie de l’euro car, elles, vivent la chose dans le concret. C’est à la seconde qu’il faut réserver un traitement spécial – c’est-à-dire trouver quelque chose à lui accorder. En réalité il y a matière.

C’est qu’on peut au moins lui reconnaître d’exprimer, fut-ce dans l’incohérence ou le mépris pour ceux qui, de l’Europe, payent vraiment le prix, une préoccupation légitime : oui, défaire un arrangement international, si désastreux soit-il, emporte la possibilité de la régression nationaliste, et s’il y a plusieurs façons de sortir de l’euro, toutes sont loin d’être également bonnes. C’est bien pourquoi la stratégie de l’« union de tous les souverainismes » est le commencement de la perdition (8) [5]. Et c’est pourquoi, pareillement, il n’est pas de sortie par la gauche qui n’affirme ses caractères propres. Les premiers d’entre eux tenant bien sûr à la nature des objectifs qu’on y poursuit, en l’occurrence la réduction drastique des marges de manœuvre du capital, et le rebasculement du rapport de force, tel qu’il se trouvera déterminé par le nouvel état des structures, en faveur du travail. Mais les « caractères propres » s’affirment aussi dans la nature des nouveaux rapports internationaux dont on envisage la reconstruction post-exit.

Une perspective historique de rechange

Il est bien sûr de la dernière imbécillité de prétendre qu’un pays sortant de l’euro, de l’UE, ou de toute autre organisation internationale, par-là même se coupe du monde. Il faudrait par exemple avoir l’angoisse du « repli » en roue libre pour soutenir que le Brexit, pourtant prototype d’une sortie par la droite, à forts relents nationalistes même [6], va néanmoins transformer la Grande-Bretagne en royaume-ermite… Cependant une ligne de gauche se reconnaît, précisément, à ce qu’elle ne se contente pas de ce minimum syndical. C’est ici que l’internationalisme réel trouve avantageusement à se substituer à l’internationalisme imaginaire (9) – qui, pour satisfaire ses aspirations posturales, finit par défendre la monnaie de Francfort, les traités de libre-échange, et la libre circulation des capitaux.

En quoi consisterait alors la contribution de l’internationalisme réel à la résolution du dilemme européen pour la gauche ? À ne pas laisser la classe éduquée orpheline d’Europe, et à lui donner une perspective historique européenne de rechange. C’est-à-dire à la convaincre que déposer son objet transitionnel, l’euro, ne la prive pas de tout, lui permet encore de croire à ce qu’elle aime croire, et à quoi d’un certain point de vue elle a raison de croire, à savoir : en toute généralité l’effort de décentrer les peuples nationaux, de les rapprocher autant que se peut, en commençant logiquement par l’échelle européenne. Mais pas non plus de n’importe quelle manière, ni à n’importe prix (le plus souvent payé par d’autres…), c’est-à-dire en cessant de couler inconsidérément ce désir internationaliste bien-fondé dans les pires propositions, les propositions de l’économisme néolibéral – l’internationalisme de la monnaie, du commerce et de la finance.

Sans relâcher l’effort de la convaincre qu’il n’y aura pas d’« autre euro », que l’« euro de gauche » n’existe pas, il faut donc dire à la classe éduquée qui, pour une bonne part en effet, tient le sort d’une hégémonie de gauche entre ses mains, qu’elle n’a pas à renoncer pour autant à l’européisme générique qui lui tient à cœur. Et donc lui faire une nouvelle proposition en cette matière. Une proposition suffisamment forte pour se substituer à la promesse déchue de l’euro à laquelle la bourgeoisie de gauche continue pourtant de s’accrocher parce qu’elle a trop peur du vide. La promesse d’une sorte de « nouveau projet européen », auquel il s’agit de donner la consistance d’une perspective historique. [7]

Pour un « Nouveau projet européen »

C’est qu’il est possible de rapprocher les peuples européens par de tout autres voies que celles de l’économie. On prête à Saint Jean Monnet (dont il faudra bien un jour déboulonner la statue (10)) d’avoir exprimé le regret que l’Europe ne se soit pas faite « par la culture », plutôt que « par le marché ». La phrase, dit-on, serait apocryphe. Quand on laisse de côté l’histoire sainte pour se renseigner a minima sur l’itinéraire de Monnet, c’est bien possible en effet… Peu importe : vraie ou fausse, la maxime est offerte à ré-emploi, mais cette fois-ci sans faux-semblants ni hypocrisies. Et moyennant toutes les généralisations dont elle est capable. Recherche, études universitaires et pourquoi pas lycéennes, arts, chantiers systématiques de traductions croisées, historiographies dénationalisées, tout est bon pour être intensément « européanisé » — et par-là « européanisant ».

On n’est cependant pas obligé d’en rester au registre des interventions en direction de l’« Europe de la culture », dont on sait assez quelles classes sociales en sont les principales bénéficiaires. En réalité, l’Europe a un fameux passif à éponger auprès des classes populaires. Elle aurait grandement intérêt à s’en souvenir, non pas tant d’ailleurs au nom d’une économie du pardon ou du rachat, mais parce qu’il y va décisivement de son propre intérêt politique d’avoir ces classes-là avec elle – leur hostilité, parfaitement fondée disons-le, n’aura-t-elle pas été sa plaie lancinante depuis le traité de Maastricht ? Si donc cette nouvelle Europe, débarrassée de l’euro, veut renouer quelque lien avec ces classes, elle a intérêt à s’adresser très directement à elles – et d’abord dans le langage qui sera le sien : celui, concret, de l’intervention financière. Il n’est pas de moyen plus simple pour elle de se rendre désirable que de venir se substituer aux États défaillants, d’ailleurs rendus tels par elle tout au long du règne de la monnaie unique : vastes programmes de réhabilitation des banlieues, plans de désenclavement numérique, fonds de réindustrialisation, financement de réseaux d’éducation populaire, soutien aux tissus associatifs, ce ne sont pas les idées qui manquent où l’Europe trouverait à sérieusement se refaire une « image de marque » !

Et comme ce ne sont pas les idées qui manquent, les moyens ne doivent pas non plus. Au vrai, c’est ici que se joue la différence entre des paroles en l’air et la consistance d’un projet politique. Dont l’ambition se mesurera très exactement aux ressources qu’il se donne. Evaluées très simplement d’après un objectif quantitatif global, indiquant une trajectoire de moyen terme vers une cible budgétaire de 3 %, puis, pourquoi pas, de 5 % de PIB européen – en lieu et place du ridicule 1 % d’aujourd’hui.

Ça n’est pas qu’il y ait à partir du néant et qu’aucune de ces choses n’existent déjà – Erasmus, Feder, etc. Mais qu’il faut en étendre considérablement le champ, les adresses aussi, notamment vers des classes de destinataires jusqu’ici parfaitement délaissées, donner à toutes ces actions une ampleur inédite, les assembler dans un discours à portée historique, et pour mieux donner crédit à celui-ci, leur prévoir de nouvelles expressions institutionnelles visibles. Des expressions nécessaires d’ailleurs, car il faudra bien qu’une instance décide des domaines et des volumes des interventions. Quelle peut-elle être sinon une assemblée ? Pour le coup tout autre chose que l’introuvable « parlement de l’euro », faux-semblant démocratique voué à recouvrir l’irrémédiable non-démocratie de l’union monétaire. Une assemblée qui ne saurait revendiquer le plein titre de parlement, puisqu’elle ne jouira d’aucune prérogative législative – entièrement récupérées par les États –, et qu’elle ne délibérera que de l’allocation d’une ressource financière, dont d’ailleurs il pourrait lui appartenir tout aussi bien de fixer les prélèvements correspondants (et quoique on puisse aussi laisser aux États de décider souverainement de leurs clés de prélèvement pour s’acquitter de leurs contributions au budget européen, ou bien envisager toute formule de partage entre le niveau national et le niveau européen).

Il est assez clair que s’il s’agit simplement d’allouer une ressource, les égoïsmes nationaux risquent de reprendre le dessus toutes les fois où certains projets avantageront préférentiellement certains d’entre eux seulement – si l’on peut faire un programme de mobilité des lycéens ou des chercheurs pour toute l’Europe, c’est bien quelque part qu’on installe tel ou tel grand équipement, a fortiori telle ou telle infrastructure. On peut donc envisager un partage de la décision (ou toute forme de coopération) entre l’assemblée pour les projets transversaux, donc dépourvus de rivalités nationales, et une sorte de secrétariat européen pour les projets localisés, un nouvel avatar de la Commission si l’on veut, en charge, selon sa vocation première, d’incarner un intérêt général proprement européen… mais dépouillée de son pouvoir de nuisance législatif et de gardienne des traités libéraux.

Seuls les malentendants, ou bien les hypocrites, donneront pour équivalents d’en finir avec cette Commission-là et d’en finir avec « l’Europe ». En réalité, c’est d’être livrée à cette Commission-là, entendre : à ces traités-là, que l’Europe en finit le plus sûrement avec elle-même. Au point où on en est, on peut commencer à espérer que même la bourgeoisie éduquée, qui se croit première en intelligence quand elle est le plus souvent d’un confondant aveuglement politique, puisse comprendre qu’il est urgent de sauver l’Europe d’elle-même, et que ceci ne se fera qu’au prix d’un radical déplacement. Non pas cependant de la monnaie unique, congénitalement et pour longtemps encore néolibérale, mais, précisément, par son abandon même. L’Europe ne regagnera les faveurs des peuples qu’en les rendant à tout ce dont elle les a interdits jusqu’ici. Et notamment au droit démocratique fondamental d’expérimenter, d’essayer, de tenter autre chose. La camisole de l’euro ôtée, tout est possible à nouveau [8], bien sûr selon l’auto-détermination souveraine de chaque corps politique. Et puisqu’il s’agit de penser une stratégie pour la gauche : arraisonnement de la finance de marché, socialisation des banques, mise au pas du pouvoir actionnarial, propriété sociale des moyens de production…

Car, quel que soit son degré de plausibilité présent, rien de tout ça n’est l’affaire de l’Europe, non-communauté politique qui dicte sa loi aux communautés politiques. C’est qu’on ne s’improvise pas communauté politique par décret – à supposer d’ailleurs qu’on en ait vraiment le désir plutôt que celui d’organiser le vide de souveraineté et la confiscation oligarchique. Mais si on l’a, il y faut un ou deux prérequis… Dont aucun n’a jamais été constitué. L’Europe présente n’a donc le choix que de mourir ou de végéter dans l’illégitimité.

Ou de se réinventer en totalité, en commençant cette fois par le commencement. C’est pourquoi dans l’idée d’un « nouveau projet européen », ce qui compte avant tout, plus peut-être que la créativité institutionnelle et même que les moyens financiers, c’est le discours politique qui lui donne sens. Un sens historique, c’est-à-dire du souffle, suffisamment puissant pour faire oublier l’euro, recréer un horizon européen tout en ayant restauré la souveraineté législative là où elle peut l’être, pour l’heure donc au niveau des communautés politiques nationales, puisqu’il est acquis que la chose ne se fera pas à celui de l’eurozone.

Au demeurant cette nouvelle proposition européenne vaut tout aussi bien pour le dehors que pour le dedans : les forces de gauche des autres pays européens ne rencontrent-elles pas en fait le même problème ? – qu’on pense simplement aux impasses dans lesquelles se sont enfermées Syriza ou Podemos. On ne les en tirera, elles et les autres, qu’en leur faisant faire un pas de côté hors de l’insoluble problème de l’euro – et non pas à s’engager derrière Varoufakis qui se propose de nous faire perdre dix années de plus à la poursuite de l’introuvable « euro démocratique ». Sauf passion pour les impasses stratégiques, et refus de tout apprentissage, c’est bien autour d’une tout autre idée qu’il faut recoordonner les gauches européennes. Au vrai, c’est même une condition logique de ce « nouveau projet européen » que d’être ainsi rallié par les forces de gauche du continent, puisqu’il trouve un début d’accomplissement du simple fait de prendre la consistance d’une proposition politique transeuropéenne.

Une proposition qui d’ailleurs dessine son propre long terme. Car il est très possible d’expliquer aux plus inquiets que, si persister dans la voie de l’euro sera le tombeau de toute espérance à gauche, l’idée d’une communauté politique européenne ne demande pas pour autant à être sortie du paysage, qu’elle pourrait bien même être sauvée pourvu qu’on consente cette fois à lui offrir ses conditions de possibilité historique, comme couronnement d’un long rapprochement, mais cette fois-ci réellement « toujours plus étroit » entre les peuples du continent, auquel le « nouveau projet européen », désintoxiqué du poison libéral de l’actuelle union, donnera enfin son temps, ses moyens et sa chance.

Frédéric Lordon

Source : Le Monde diplomatique, Frédéric Lordon, 06-11-2017

Pour les références de l'auteur, voir sur:

https://www.les-crises.fr/une-strategie-europeenne-pour-la-gauche-par-frederic-lordon/


 

BASE 14 995X225[1] "passion pour les abstractions de papier, les vœux sans moyen, les projets sans force, littéralement : les jeux de mots" : on peut dire la même chose en ce qui concerne cet article!

[2] "démocratisation réelle = traités réécrits": bien entendu, pas question d'envisager l'option "pas de traités" (FREXIT). Soit Lordon ne connaît pas l'article 48 (unanimité pour changer les traités), soit il nous prend pour des imbéciles!

[3] "la persistante chimère de « l’autre Europe »" : justement critiquée par l'auteur...pour la reprendre quand même!!!

[4] "l’idée générale, pourtant conséquente, de rompre avec l’euro. Ceux-là tribuneront à répétition contre l’« Europe austéritaire », mais sitôt qu’on leur posera la question d’en sortir répondront « surtout pas ! »" : cas typique de manipulation: rompre avec l'euro ou rompre avec l'UE???

[5] "la stratégie de l’« union de tous les souverainismes » est le commencement de la perdition" : voilà bien le fondement de cet article: faire obstacle à toute stratégie de type CNR (Conseil national de la Résistance), à savoir se donner réellement les moyens de libérer le pays, et par conséquent les classes populaires que l'auteur prétend défendre, par une stratégie d'alliance au- delà du clivage droite- gauche.

[6] "le Brexit, pourtant prototype d’une sortie par la droite, à forts relents nationalistes même": l'auteur donne des leçons aux électeurs de gauche en Grande Bretagne qui ont voté pour le BREXIT, sans compter les syndicats et une partie du Labour!

[7] "La promesse d’une sorte de « nouveau projet européen », auquel il s’agit de donner la consistance d’une perspective historique" : la vraie préoccupation de Lordon, amadouer la "gauche européiste", supposée bourgeoise, afin de constituer une alliance électorale, un banal projet politicien, en somme!

[8] "La camisole de l’euro ôtée, tout est possible à nouveau" : Lordon ferait bien de lire les traités: la sortie de l'euro n'est pas prévue en dehors de l'article 50, dans le cadre de la sortie de l'UE...Il le sait très bien, probablement. Peut- être anticipe- t- il l'effondrement de l'euro afin de sauver le reste si nécessaire...

Screen-Shot-10-28-17-at-10Conclusion:

Voici un commentaire sur le site "les crises", qui me parait bien résumer la teneur de cet article faussement "radical":

"Fascinant cet article dans lequel Lordon prétend à la fois critiquer le “réflexe épidermique que témoigne la persistante chimère de « l’autre Europe »”, tout en appelant lui-même de ses voeux “un « Nouveau projet européen »” quelques lignes plus bas."

Tout est dit.

P.G.

 

 

Posté par UPR Creuse à 07:30 - - Permalien [#]
Tags : , , , ,

« Appel à la grève !! Halloween, Black Friday, ces fêtes de la consommation que vous devez célébrer ! »

L’édito de Charles SANNAT

ARG BLACK FRIDAY VEAU D OR

Suis-je américain ?

NON.

Est-ce mal, est-ce bien ? Ce n’est ni l’un ni l’autre, ni bien ni mal, je vous le concède, je ne suis pas américain.

Je ne suis pas américain, et je ne fête pas Thanksgiving.

Thanksgiving, ou comment remercier ceux qui vous ont sauvé en les massacrant tous…

Un poil d’histoire, je cite, histoire de remettre l’histoire, la Grande, dans le bon sens. « En 1620, une centaine de dissidents anglais, nommés Pères pèlerins, débarquent du Mayflower dans la baie de Plymouth au Massachusetts. Ils y fondent la colonie de Plymouth et la ville éponyme. Mais les débuts de la colonisation furent difficiles et la moitié des arrivants périrent du scorbut.

Les survivants ne durent leur salut qu’à l’intervention d’un autochtone nommé Squanto qui, avec l’aide de sa tribu, les Wampanoags, leur offrit de la nourriture, puis leur apprit à pêcher, chasser et cultiver du maïs »…

S’ils avaient su l’avenir funeste qui les attendait, sans doute auraient-ils laisser crever de faim cette poignée de colonisateurs futurs éradicateurs des Amérindiens. Mais je ne suis pas là pour faire le procès des Américains.

C’est juste que je ne suis pas américain, et que fêter le Black Friday, c’est-à-dire un jour de promotion le lendemain d’une fête qui me concerne pas pour acheter des trucs dont je n’ai pas besoin avec de l‘argent que je n’ai pas et fabriqué par des petits Chinois forts sympathiques mais qui sont bien loin de chez moi, me laisse très froid.

Halloween et les morts-vivants et la chasse aux bonbons…

Nous avons une fête chez nous, elle s’appelle la Toussaint. Bon, certes, pour le marketing, ce n’est pas génial car les seuls produits dérivés que l’on propose à la Toussaint, c’est les cierges pas cher premier prix de l’église, quelques messes (toujours aussi rasoir de façon générale) et quelques pots de chrysanthèmes.

Bref, la Toussaint, c’est un tue-PIB, que dis-je, un tue-croissance…

Du coup, Halloween, pour les commerçants, c’est nettement mieux.

On vous vend plein de bonbons dégueux et chimiques, mais aussi plein de trucs inutiles pour les gamins, allant des masques en plastique aux déguisements… Le totalitarisme marchand vous remercie et en profite pour vous faire un peu plus les poches avant Noël.

Bande de con-sommateurs !

Dans le monde actuel, votre acte d’achat est un acte de vote.

N’achetez pas et… cela ne se vend pas.

Malgré les promotions, malgré les publicités reçues, matraquées, répétées, je ne participerai pas à ce Black Friday que l’on cherche à m’imposer.

Comme je vous le disais, je ne suis pas américain.

Et je ne veux pas devenir américain. Je suis profondément pour la diversité. Et la diversité c’est des Américains d’Amérique américanisés avec leur culture, et des Français, des Polonais, des Italiens, des noirs, des blancs, des jaunes et des cultures et des traditions différentes !

En réalité, le totalitarisme marchand exècre la diversité. Il ne voudrait qu’une seule et unique culture, celle de la con-sommation comme unique horizon d’épanouissement et de bonheur.

J’ai une autre vision de l’homme, du monde et l’humanité.

Nous méritons tous beaucoup mieux.

Alors, je ne sais pas pour vous, mais moi, le Black Friday, je ne mettrai pas les pieds dans un magasin, et pas une souris sur un site Internet, car je ne sais pas si je vous l’ai dit, mais je ne suis pas américain et je refuse d’être réduit à un simple rang de con-sommateur.

D’ici-là, nous aurons droit aux images pathétiques d’un monde à la dérive, aux bousculades d’abrutis, aux chutes des imbéciles, à ces ruades de crétins déifiés sur l’autel de la consommation, où le supermarché devient le temple, l’église de la seule religion célébrée. Un monde où ne brille plus l’intelligence.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/appel-a-la-greve-halloween-black-friday-ces-fetes-de-la-consommation-que-vous-devez-celebrer-ledito-de-charles-sannat/

Posté par UPR Creuse à 04:30 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

« Il faut euthanasier tous les grand-parents car ils sont nuisibles pour les enfants ! »

Message relayé par S.R. (UPR87)


 

L’édito de Charles SANNAT

ARG VIEUX PEUR

Oui, vous avez bien lu, j’espère déjà que ce simple titre vous fait vous pincer, en vous disant, non, je rêve ! Qu’est-ce qu’il lui prend au père Sannat de vouloir euthanasier tous les grands-parents de France, et du monde entier d’ailleurs tant qu’on y est ?

Il veut un “géronticide” ? Il est devenu fou !

Eh bien non, fou, certainement pas, je vous concéderais tout juste un petit côté un brin provocateur ! Mais il s’agit d’une provocation pour la bonne cause et vous allez très vite comprendre pourquoi !

« Les grands-parents auraient un impact négatif sur la santé des enfants »

Les grands-parents auraient donc un impact négatif sur la santé des enfants, et cela n’est pas mon titre un poil outrancier mais celui d’un article fort sérieux de BFM TV qui relaie une étude non moins sérieuse de nos amis anglais sur la dangerosité désormais scientifiquement établie des grands-parents qui nuisent grandement à la santé de leurs petits-enfants.

Et, oui, disons-le, cette étude me fait hurler.

Cet article me fait crier ma détestation de cette folie qui n’est pas la mienne mais bien celle d’une société toute entière devenant entièrement tarée.

Et ce qui arrive n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat des coups de boutoir du système totalitaire marchand qui a besoin de détruire tous les liens familiaux et sentimentaux comme j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer dans mon édito consacré à nos enfants qui deviennent tous crétins.

Les grands-parents sont un danger… Puis les parents aussi seront dangereux !

Je reste ébahi et sidéré par ce genre de campagne qui ne peut qu’aboutir à la déstructuration des liens entre les individus, des liens ancestraux et des différences évidentes, et des différences ne signifient pas des supériorités, ou des infériorités mais simplement que c’est différent. Et vous savez quoi ?

On peut même affirmer, que dis-je, clamer que quand c’est différent, c’est que ce n’est pas pareil !

Et je clame haut et fort que ma fille est différente de mon fils.
Je clame haut et fort qu’être un homme et une femme c’est être profondément différent.
Je clame haut et fort qu’être parents ou grands-parents c’est aussi différent.
Je clame que ces différences sont essentielles, importantes, indispensables.

Nous ne pouvons pas d’un côté encenser la « différence » et vomir à chaque instant un égalitarisme insupportable qui devient un simple fascisme tant il est un dogme absurde.

Un égalitarisme absurde auquel on rajoute une déstructuration de tous les liens, où l’on massacre l’idée de cellule familiale.

Derrière le prélèvement à la source, c’est cela qui se cache. Un jour, avoir des enfants vous coûtera de l’argent. Il n’y aura plus de part ou de demi-part, ce sera la fin de la politique fiscale de la famille.

La famille et la nation, les seuls remparts au totalitarisme marchand.

Éradiquez les nations et vous supprimez l’essentiel des entraves au libre-échange.

Éradiquez la famille et son idée, et vous rendez marchand tout ce qui relevait de l’amour et des solidarités familiales.
Tout s’achète sauf certaines choses… pourtant ces choses représentent des marchés colossaux.

Vous savez combien les grands-parents qui gardent leurs petits-enfants font perdre en milliards de service d’aide à la personne ?

« Suralimentation et tabagisme »

Si l’on en croit cet article brillant de BFM TV donc, les pépés et mémés de France ne sont qu’un ramassis de fumeurs obèses méprisables et sans doute en plus sans-dents !

Ainsi donc, les « grands-parents favoriseraient notamment la prise de poids des petits, en raison d’une suralimentation et d’un manque d’activité physique. Ils tendent par exemple à récompenser ou à exprimer leur amour à leurs petits-enfants en leur offrant des friandises de façon régulière »…

Mon dieu… Des scientifiques sérieux qui ont été payés par on ne sait trop qui viennent de se rendre compte que « Mamie Gâteau » faisait des gâteaux à ses petits-enfants le mercredi… ou le samedi ! Mais c’est totalement inouï une telle découverte.

On ne peut pas laisser des grands-parents faire un gâteau… Pire, imaginez-vous les dégâts occasionnés par ce rôti de bœuf dominical et son jus… Son jus avec du beurre et un peu d’échalote… Mmmmh quel délice, et ses petites pommes de terre sautées dans la graisse d’oie avec un poil d’ail et de persil… Mmmmmh ! Non ! On ne peut pas laisser les pépés et mémés de France faire ce genre de choses. Le dimanche, c’est tellement mieux chez Ronald McDonald.

En plus, et c’est une circonstance terriblement aggravante, les grands-parents ne font pas assez de sport avec les petits enfants… Voyons voir, ce n’est pas parce que vous avez 80 ans que vous ne devez pas emmener vos petits-enfants faire un footing de 20 kilomètres… Soyons sérieux…

Ce n’est évidemment pas aux grands-parents de surveiller le régime alimentaire des petits-enfants ou de faire du sport ! L’apanage des anciens c’est d’avoir justement une relation différente avec les plus jeunes et qui est beaucoup plus une notion de relation sans l’enjeu de l’éducation du quotidien qui est le rôle qui incombe aux parents, car, là encore, n’en déplaise aux bien-pensants, à chacun son rôle.

En plus les vieux… fument !

« L’étude fait également état du tabagisme passif subi par les enfants lorsqu’ils se retrouvent avec leurs grands-parents qui fument à la maison et qui, en plus d’exposer les petits à la fumée, leur donnent un mauvais exemple. Le tabagisme, la mauvaise alimentation, l’excès de poids et le manque d’activité physique favorisés inconsciemment par les grands-parents augmenteraient ainsi le risque de cancer pour leurs descendants »…

Ouaaah… N’en jetez plus, la coupe est pleine !!

Bon, sauf que j’ai quand même des gros doutes, parce que des vieux qui fument vraiment, je n’en connais pas beaucoup. Des vieux morts qui fumaient oui, mais des vieux vivants qui fument comme des pompiers c’est rare vu qu’on a une fâcheuse tendance à mourir jeune et prématurément quand on fumeC’est tellement vrai que l’on vous l’écrit sur les paquets de cigarettes !

Bref, cet article est un tissu d’insanités hallucinantes à l’égard de nos anciens, ou de nos jeunes et vieux seniors, qui, loin d’être parfaits, ne sont certainement pas plus imparfaits que les générations suivantes !

Posez-vous surtout la question pourquoi ?

Pourquoi vouloir à ce point détruire l’image tellement belle qu’une grand-mère ou un grand-père peut avoir dans l’esprit des plus jeunes ? Pourquoi ? Car c’est bien l’objectif qui est poursuivi.

Pourtant, il faudra défendre coûte que coûte l’importance de la tendresse et de l’amour donnés par les aînés aux plus jeunes, car le lien entre grands-parents et petits-enfants est certainement l’un des plus importants et des plus constructeurs qui soit. Il n’y a rien de plus beau et de plus gratuit que l’amour. C’est cela qu’il faut défendre. Il suffit de ne pas accepter toutes ces inepties et les dénoncer comme telles quand elles se présentent ou que l’on vous le dit !!

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/il-faut-euthanasier-tous-les-grand-parents-car-ils-sont-nuisibles-pour-les-enfants-ledito-de-charles-sannat/


 

BASE 14 995X225BFM TV: à consommer avec modération!

P.G.

Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,