dimanche 12 novembre 2017

La bénédiction syrienne, par Michel Raimbaud

Durant ces interminables années de brouillard et d’enfer qu’a traversées la Syrie, qu’aurait été la vie sans l’espoir ? Pensons ici d’abord au peuple syrien martyrisé et exposé à un ethnocide, à son armée nationale qui aura payé un si lourd tribut à l’agression barbare lancée par le groupe de ses « amis », et aux responsables qui face à la « communauté internationale » ont dû porter à bout de bras l’Etat visé par un politicide…

ARG SYRIE VICTOIRE

On pensera aussi aux amis, défenseurs et partisans de la Syrie légale, tous ceux qui aimaient cette société plurielle, tolérante, aimable et hautement civilisée, et craignaient qu’elle ne disparaisse à jamais.

Certes, la flamme ne s’est jamais éteinte, mais il était permis aux plus optimistes de s’interroger parfois ou de douter de l’avenir face aux assauts d’une coalition islamo-israélo-occidentale abreuvée de centaines de milliards de pétrodollars et puisant ses combattants dans un vivier inépuisable de mercenaires venus de cent horizons. La Syrie tiendrait-elle, face à la meute féroce des puissances impériales – grandes, petites ou moyennes – de « l’Axe du Bien », contre la horde sauvage des djihadistes démocrates, des terroristes modérés, des révolutionnaires en peau de lapin ? Résisterait-elle aux cohortes de déserteurs, de transfuges qui se donnaient rendez-vous au sein d’une « armée libre » téléguidée par ses pires ennemis, aux ordres et à la botte des islamistes et de leurs parrains, faisant la roue pour séduire le ci-devant « ennemi sioniste »?

Comme tous les pays plongés dans des situations troubles, la Syrie a connu la fatalité des infidélités, des lâchetés, des compromissions, des corruptions petites ou grandes, mais son peuple, au sens noble du terme, a résisté vigoureusement, ses institutions sont restées debout et ses gouvernants ont tenu bon. Grâce à sa résilience étonnante, l’Etat syrien s’est fait des alliés solides qu’il a su fidéliser : la Russie et la Chine d’une part, l’Iran, le Hezbollah et ses alliés d’autre part. Une réalité qui allait interdire la répétition au « Pays de Cham » d’un scénario irakien, libyen ou yéménite.

Néanmoins, les « grandes démocraties » ne pouvaient que rester aveugles et sourdes à ces réalités dérangeantes et déplaisantes, la Syrie étant depuis la fin de la guerre froide un pays à détruire et à abattre. Les élites désormais acquises au néoconservatisme n’ont rien trouvé de mieux que de soumettre les « opinions » à un tapage médiatique sans précédent allant de pair avec une omerta sans faille et un lavage de cervelle ahurissant. En brèves de comptoir de « sciences-po » ou de « France désinfo », la doxa occidentale sur le conflit de Syrie s’est trouvée résumée dans une ou deux sentences lapidaires, symboles assez désolants de la subtilité réduite de nos dirigeants, de nos analystes et de nos penseurs, expressions de l’arrogance indécrottable des Occidentaux. « Bachar doit partir », « Pas de place pour Bachar dans l’avenir de la Syrie »…

C’est alors qu’intervient la « malédiction syrienne » qui aura sanctionné les décideurs, les faiseurs d’opinion, tous ceux qui avaient perdu une occasion de se taire. La liste est longue de ces imprécateurs qui expédiaient avec morgue Bachar Al Assad à La Haye, à Moscou, à six pieds sous terre, ou ailleurs, et qui concoctaient des plans sur la comète Syrie, en écrivant un avenir qu’ils ne verraient jamais. Combien ont répété la rengaine comme des perroquets des années durant avant d’être expédiés par les électeurs, par la providence ou par la justice immanente vers les poubelles ou les oubliettes de l’Histoire. Exit donc les innombrables bouffons et imposteurs « amis de la Syrie ».

Pour sa part, Bachar Al Assad est toujours là, incontournable, populaire chez lui comme bien d’autres en rêveraient…La Syrie, qui s’achemine vers une victoire décrétée « impensable » face à tant d’ennemis si puissants, est debout, alors que la discorde, fruit de la défaite, s’est installée dans le camp des agresseurs et que le chaos y règne en maître…

Pas besoin à la rigueur de croire au ciel pour admettre qu’il y a une « malédiction syrienne » qui a frappé et frappe les ennemis de cette « terre sainte » que « Dieu protège » (Allah hami-ha), mais il faut bien en tout cas parler d’une bénédiction syrienne. Ce qui est en train d’arriver est logique et juste, mais l’issue désormais attendue de cette guerre universelle constitue une sorte de miracle, même et notamment pour ceux qui ont eu foi en l’avenir.

Cette victoire, la Syrie l’aura amplement méritée ! Malgré tout ce que diront les esprits chagrins, quel peuple admirable, quelle armée d’exception ! Et on cèdera à la tentation de dire : s’il y a bien un homme d’Etat qui mérite d’être sur terre, c’est ce Président qui aura su incarner l’espoir, rester fidèle à ses alliances et conduire son pays vers la victoire.

La Syrie a, selon tous les augures, gagné la guerre. Il lui reste à gagner la paix. Mais le vaillant pays qui a combattu pour nous a certainement toutes les capacités requises pour relever avec succès ce nouveau défi afin que cette guerre n’ait pas été « une guerre pour rien ». Ce qu’à Dieu ne plaise ! Ce sera une rétribution qui, bien mieux que la vengeance, paiera le sacrifice des innombrables victimes, les morts comme les vivants.

Michel Raimbaud | 7 novembre 2017

Michel Raimbaud est ancien ambassadeur de France, professeur au Centre d’études diplomatiques et stratégiques, officier de l’ordre national du Mérite, chevalier de la Légion d’honneur.

Source: Michel Raimbaud

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Incroyable… l’Italie bloque l’acquisition de Next (défense) par un groupe français

Le gouvernement italien s’oppose à la vente de Next, une société italienne d’ingénierie travaillant dans la défense, à Altran. Il évoque une question de “sécurité nationale”.

ARG ITALIE ALTRAN NEXT

C’est à peine croyable… l’Italie bloque une acquisition d’un groupe italien par un français. Pourtant, le groupe naval Fincantieri, qui négocie une alliance avec Naval Group, a eu finalement le droit de racheter STX Saint-Nazaire (certes après beaucoup de tergiversations de Paris). En revanche, Altran n’a pas le droit de racheter la société italienne d’ingénierie Next. Le gouvernement italien a décidé jeudi de s’opposer à cette opération, en évoquant une question de “sécurité nationale”. Le conseil des ministres a choisi “d’exercer les pouvoirs spéciaux sur l’opération d’acquisition par Altran Italia Spa de la totalité du capital social de Next Ast Srl, en s’opposant” à ce rachat.

Cette décision a été prise afin de “protéger les intérêts essentiels de la défense et de la sécurité nationale”, un objectif qui ne peut être atteint dans le cas de Next en imposant des mesures spécifiques, a précisé le conseil des ministres. Le gouvernement italien a la possibilité d’exercer des “pouvoirs spéciaux”, également appelés “golden power”, dans des secteurs considérés comme stratégiques (défense, télécoms…) afin de protéger les intérêts nationaux. Pourtant, Rome n’a pas hésité il n’y pas si longtemps à autoriser la vente de groupes italiens dans la défense à des groupes américains, comme le motoriste Avio à General Electric en décembre 2012 alors que… Safran était candidat.

Next et Altran, une opération qui avait du sens

Le groupe de conseil en technologies Altran avait annoncé fin juillet sa volonté d’acquérir Next Ingegnera dei Sistemi, un groupe de 230 salariés qui travaille notamment dans le secteur de l’aérospatiale et de la défense. Fondée en 1999 et basée à Rome, cette société de logiciels embarqués devait compléter les compétences d’Altran en matière de logiciels intégrés, un segment à forte croissance. Le portefeuille de clients de Next comprend notamment des acteurs clés comme Leonardo, Telespazio, Thales Alenia Space ou Bombardier Transportation.

L’opération devait renforcer le leadership d’Altran en Italie, un marché clé pour le groupe français. La combinaison d’Altran et de Next, actuellement détenue par les trois co-fondateurs et leurs familles, aurait permis d’offrir des solutions de bout en bout de matériel et logiciels embarqués aux clients du secteur de la défense et de l’aérospatiale

“Je suis fier que notre entreprise rejoigne Altran, leader des services d’ingénierie et d’innovation en Italie. Nous connaissons Altran depuis longtemps et, tout au long de ces années, nous avons construit une admiration et un respect mutuels, qui constituent la base de notre collaboration à l’avenir”, avait pourtant expliqué le co-fondateur et PDG de Next, Giulio Cesare Chiarini.

Source : La Tribune, Michel Cabirol, AFP, 03/11/2017

https://www.les-crises.fr/incroyable-litalie-bloque-lacquisition-de-next-defense-par-un-groupe-francais/


 

BASE 14 995X225C’est à peine croyable… Le gouvernement italien défend les intérêts italiens de temps en temps.

Ce n’est pas en France, pays-membre exemplaire de l’UE, et fils prodigue de l’OTAN, que nos dirigeants auraient cette idée incongrue, scandaleuse, et pour tout dire “à peine croyable”.

Les “golden powers”, en italien dans le texte, sont définis par une loi : « i poteri speciali della legge sul “golden power” » (les pouvoirs spéciaux de la loi…)
http://www.giannidragoni.it/insider/palazzo-chigi-blocca-la-vendita-di-next-alla-francese-altran/

Ceux qui condamnent la vente de certaines entreprises françaises devraient applaudir et soutenir la position du gouvernement italien et condamner le gouvernement français de ne pas faire de même.

Cela dit, il faut rester prudents, ce n’est peut-être qu’une péripétie avant le rachat définitif de Next (un peu comme avec Naval Group). De deux choses l’une, ou bien les italiens défendent une entreprise qu’ils estiment stratégique, ce qui n’est pas en soi condamnable. Ou bien, ils refusent l’acquisition par Altran au profit d’intérêts américains, ce qui est beaucoup moins défendable et prouve à quel point nous sommes colonisés et que l’UE n’est qu’un paravent… P.G.

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Ces étranges événements qui hantent les nuits de Riyad

Difficile de ne pas conclure que la démission de Saad Hariri, la purge saoudienne et le missile tiré contre Riyad ce weekend sont étroitement liés.

ARG US ARABIE SAOUDITE

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a été bien occupé samedi soir. L’héritier du royaume, âgé de 32 ans, s’est surpassé. Il a surpassé l’immense chaos et la misère humaine qu’il avait déjà engendrés en tant que ministre de la Défense responsable du lancement de la campagne de bombardements aériens sur le Yémen.

Tout d’abord, il y a eu la démission soudaine du Premier ministre libanais, Saad Hariri, après seulement un an de mandat. Hariri a fait sa déclaration depuis Riyad, qui est un endroit curieux pour démissionner du poste de Premier ministre du Liban. Son discours était résolument orienté contre le Hezbollah et l’Iran, empreint d’une fermeté dont il n’avait pas fait preuve depuis des années.

Quelques jours auparavant, il n’avait pas laissé paraître que sa vie était menacée, ainsi qu’il l’a affirmé dans son discours. Il a laissé des employés de l’aéroport prendre des selfies avec lui et a quitté le Liban le moral au beau fixe et optimiste.

Saad Hariri pensait avoir survécu à la pression subie par son entreprise de construction, Saudi Oger, l’année dernière, et une rencontre avec le ministre délégué aux Affaires du Golfe, Thamer al-Sabhan,s’était bien déroulée.

Al-Sabhan a tweeté que tous deux étaient d’accord sur « beaucoup de choses intéressantes ». Cependant, le ton du ministre a rapidement changé après la démission de Hariri. Il a alors tweeté : « Les mains de la trahison et de l’agression doivent être amputées », en référence au Hezbollah et à l’Iran.

Un commentateur saoudien bien informé mais anonyme, qui utilise le pseudo Mujtahidd sur Twitter, a écarté la théorie selon laquelle Hariri se sentait menacé d’assassinat par l’Iran. Il a affirmé que le Premier ministre libanais était davantage menacé par le groupe État islamique.

Mujtahidd a déclaré que Hariri était ressorti de ses derniers entretiens avec Ali Akbar Velayati, conseiller principal aux Affaires internationales du guide suprême iranien, de bonne humeur.

« La raison principale de son retour à Riyad est de le tenir captif avec le reste des princes détenus et des hommes d’affaires pour le faire chanter et le forcer à ramener les fonds qu’il détient à l’étranger, en particulier ceux qui ne sont pas liés au Liban. »

« La déclaration qu’il a lue a été écrite pour lui. Il n’était pas convaincu par celle-ci, que ce soit en ce qui concerne le contenu ou en ce qui concerne le fait de remettre sa démission depuis Riyad. Car comment est-il possible pour un responsable politique d’annoncer sa démission depuis la capitale d’un autre pays ? », a écrit Mujtahidd sur Twitter.

Hossein Sheikholeslam, conseiller principal du ministre iranien des Affaires étrangères, semble être d’accord avec Mujtahidd. Il a accusé le président américain Donald Trump et le prince héritier d’avoir fait pression sur Hariri pour le contraindre à démissionner : « La démission d’al-Hariri a été arrangée en coordination avec Trump et Mohammed ben Salmane afin de fomenter des tensions au Liban et dans la région », a déclaré Sheikholeslam.

Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, a réagi calmement à la nouvelle dimanche. Il a blâmé les Saoudiens pour ce retrait de Hariri, qualifiant cette démission de violation de la souveraineté libanaise et d’atteinte à la « dignité de Hariri ».  Il a fait référence à Hariri comme « notre Premier ministre », et non, notre ancien Premier ministre.

Prenez ces déclarations toutes ensemble, il est difficile de ne pas conclure que, lorsqu’il a quitté le Liban, Hariri n’avait pas l’intention de démissionner, qu’il ne savait pas qu’il démissionnerait et que sa démission lui a été imposée par les Saoudiens. Toutefois, selon mes informations, il n’a pas été arrêté.

Le deuxième événement a été, littéralement, une secousse dans la nuit. Elle est survenue quelques heures après le discours belliqueux de Hariri. Un missile à longue portée lancé par des rebelles houthis à des milliers de kilomètres, au Yémen, a atterri quelque part près de l’aéroport de Riyad, dans le nord de la capitale. Le missile aurait été intercepté par des missiles de défense antiaérienne saoudiens, mais des scènes de panique ont été signalées au sol.

Jusqu’à présent, les Houthis ont généralement ciblé Djeddah. Un missile à longue portée destiné à la capitale a été interprété par les Saoudiens comme un message clair de la part d’un intermédiaire de l’Iran : « Si vous accentuez la pression sur le Hezbollah, nous accentuerons la pression sur vous à Riyadh », semblaient vouloir dire les lanceurs du missile.

Le retour de McCarthy

Le troisième événement venant perturber la paix avait été bien planifié. La disparition du prince Mutaeb ben Abdallah avait été largement prédite. Il était en charge de la troisième force militaire du royaume, la garde nationale, et Mohammed ben Salmane avait pris le contrôle du ministère de la Défense et du ministère de l’Intérieur (après avoir évincé son cousin Mohammed ben Nayef). Ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne scalpe Mutaeb et mette sous son contrôle les trois armées du royaume.

La garde nationale recrute historiquement au sein des tribus du royaume. Dimanche, les comptes bancaires des cheikhs tribaux impliqués dans l’armée ont été gelés et d’éminents cheikhs ont reçu l’interdiction de se rendre à l’étranger. Ils appartenaient principalement aux tribus Motair et Otaiba qui avaient été fidèles au défunt roi Abdallah. Cela a été fait pour réprimer la dissidence.

Nous n’avions pas prédit à quel point la réaction de ben Salmane face à Mutaeb serait brutale. Lui et son frère Turki ont été arrêtés et accusés de corruption. Son arrestation a été signalée par des sites proches de la Cour royale, qui l’ont diffusée les premiers et ont déclaré que la corruption était liée aux ventes militaires dans son ministère. Ils ont créé un hashtag spécial pour l’occasion qui disait : « Salmane s’attaque à la corruption ».

Al-Arabiya a annoncé que dix, puis onze princes avaient été arrêtés, ainsi que trente-huit hommes d’affaires et anciens ministres.

Dans un style de gouvernement unique au royaume, la décision d’effectuer cette purge semble avoir précédé l’annonce de la commission formée pour procéder à ces arrestations. C’est ainsi que le jeune prince agit, un homme que certains experts du Moyen-Orient persistent à qualifier de réformateur à l’occidentale. Il agit avec mépris total pour l’habeas corpus, la procédure régulière et l’État de droit. À ses yeux, les personnes arrêtées sont coupables avant même que leur culpabilité ne soit prouvée.

Cette commission est maccarthyste dans ses pouvoirs et sa portée. La première chose à noter dans le décret qui l’a mise en place, c’est qu’elle se situe au-dessus et au-delà de la loi. Le décret stipule que cette commission (présidée par ben Salmane) est « exemptée des lois, règlements, instructions, ordonnances et décisions lorsque la commission accomplira les tâches suivantes […] enquête, publication de mandat d’arrêt, imposition d’interdiction de voyager, divulgation et gel de comptes et de portefeuilles, suivi de fonds, d’actifs et prévention de leur remise ou transfert par des personnes et des entités, quelles qu’elles soient. La commission a le droit de prendre toutes les mesures de précaution qu’elle juge nécessaire jusqu’à ce qu’elles soient renvoyées aux autorités chargées de l’enquête ou aux organes judiciaires. »

En d’autres termes, le prince peut faire tout ce qu’il veut à quiconque, saisissant leurs biens dans et en dehors du royaume. Rappelons-nous simplement ce qu’il contrôle désormais. Le prince dirige les trois armées d’Arabie saoudite ; il dirige Aramco, la plus grande compagnie pétrolière du monde ; il dirige la commission chargée de toutes les affaires économiques qui est sur le point de lancer la plus grande privatisation que le royaume ait connue ; et il contrôle maintenant toutes les chaînes médiatiques saoudiennes.

Les barons des médias saoudiens arrêtés

Cela ressort de la liste des hommes d’affaires arrêtés. ART, MBC et Rotana Media dominent les médias arabes. Ces sociétés médiatiques saoudiennes représentent la majeure partie de ce qui est diffusé au Moyen-Orient, à l’exception des informations diffusées par Al Jazeera, détenue par le Qatar.

Leurs propriétaires respectifs, Saleh Kamel, Walid al-Ibrahim et le prince Al-Walid ben Talal sont derrière les barreaux. Leurs richesses ont également été vraisemblablement confisquées. Forbes évalue la fortune de ben Talal, président de la Kingdom Holding Company, à 18 milliards de dollars. Il détient des parts importantes dans de nombreuses sociétés, notamment Newscorp, Citigroup, 21st Century Fox et Twitter. Ces actions sont également sous une nouvelle direction. Le directeur de STC, le plus grand opérateur de téléphonie mobile en Arabie saoudite, a également été arrêté.

Si les initiatives précédentes de ben Salmane constituaient une prise de pouvoir, les initiatives de samedi ont été un accaparement des richesses.

Mis à part les dangers politiques qu’il y a à dépouiller tant de Saoudiens très riches de leurs richesses, c’est une manière bizarre d’encourager les étrangers à investir dans le royaume. Les actions de ben Salmane samedi semblaient être destinées à tous les effrayer.

L’économie est en récession et les réserves de change sont en train de s’épuiser. Ben Salmane vient de saisir les actifs des plus grands hommes d’affaires du royaume et a mis en place une commission qui peut saisir les actifs à volonté, en Arabie saoudite ou à l’étranger. Qu’est-ce qui l’empêcherait de faire de même pour les actifs des investisseurs étrangers qui se sont brouillés avec lui ?

La purge d’autres grands oligarques comme Bakr ben Laden, qui dirigeait la plus grande entreprise de construction du pays, aura également un effet d’entraînement sur le reste de l’économie. Le Bin Laden Group emploie des milliers de sous-traitants.  Les purges et les affaires ne se mélangent pas, comme le découvrira bientôt ben Salmane.

Fissures dans la famille royale

Une source fiable m’a dit que le prince Al-Walid ben Talal avait refusé d’investir dans Neom, la méga ville dont ben Salmane a annoncé la construction, et c’est la raison pour laquelle le prince héritier a renversé son cousin. Mais ben Talal s’était également disputé avec son cousin en appelant ouvertement à libérer ben Nayef de son assignation à résidence.

L’autre chose à noter, c’est que toutes les branches de la famille royale ont été affectées par cette purge, et d’autres qui l’ont précédée. Il suffit de regarder les noms des princes qui ont été éliminés : ben Talal, ben Fahd, ben Nayef, ben Muqrin. Ce dernier est mort dans un accident d’avion, apparemment en tentant de fuir le pays. Ces noms vous apprennent une chose : les fissures au sein de la famille royale sont étendues et profondes et s’étendent à son cœur même.

Tout cela serait-il arrivé sans un nouvel accord de Trump ? Il a tweeté hier qu’il « apprécierait beaucoup que l’Arabie saoudite procède à l’introduction en bourse d’Aramco sur le New York Stock Exchange, important pour les États-Unis ! » Trump a également appelé le roi Salmane, le félicitant pour tout ce qu’il a fait depuis son arrivée au pouvoir. Cette décision est survenue après la troisième visite de Jared Kushner au royaume cette année.

Si ce n’était pas encore évident pour tout le monde, cela doit sûrement l’être à présent. La capitale de l’insécurité au Moyen-Orient est Riyad, et les initiatives d’un prince âgé de 32 ans, en quête d’un pouvoir absolu, sont capables de déstabiliser les pays voisins et de destituer leurs Premiers ministres. Pire, ce prince semble être encouragé par un président américain qui ne sait pas ce qu’il fait.

Des dirigeants plus sages à Washington D.C., comme le secrétaire d’État Rex Tillerson ou le secrétaire à la Défense James Mattis, doivent s’arracher les cheveux – ou ce qu’il en reste. Cela ne m’étonnerait pas d’apprendre que Tillerson en a assez d’essayer d’éteindre les incendies que son président et son entourage immédiat continuent à déclencher.

David Hearst | 7 novembre 2017

David Hearst est rédacteur en chef de Middle East Eye. Il a été éditorialiste en chef de la rubrique Étranger du journal The Guardian, où il a précédemment occupé les postes de rédacteur associé pour la rubrique Étranger, rédacteur pour la rubrique Europe, chef du bureau de Moscou et correspondant européen et irlandais. 

Article original traduit par MEE

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[RussEurope en exil] Espagne : crise de légitimité ? Par Jacques Sapir

Un récent sondage effectué par le PEW Research Institute a mesuré l’ampleur de la crise de confiance engendré par l’affrontement entre les indépendantistes et le gouvernement centrale de Madrid et ce dès le printemps dernier[1].

ARG ESPAGNE SAPIR RAJOY

Les résultats montrent un effondrement de la confiance des espagnols en général, et des catalans en particulier dans la capacité du gouvernement de Madrid d’agir de manière efficace pour les intérêts de l’Espagne.

Le point important est que 53% des catalans, selon ce sondage, ne font pas du tout confiance dans le gouvernement de Madrid. Le fait qu’une majorité absolue d’opinions se porte sur un point de vue radicalement critique est évidemment important. Mais, dans le reste de l’Espagne, cette opinion est partagée par 39% des sondés. C’est bien la preuve que, derrière la crise catalane, et la revendication pour l’indépendance, on est en présence d’une défiance majeure vis-à-vis du gouvernement Rajoy.

Notons qu’une écrasante majorité des espagnols sont aussi insatisfaits de la manière dont la démocratie fonctionne dans leur pays. Cette insatisfaction date d’avant le référendum du 1er octobre. Elle montre l’ampleur des problèmes que connaissait le système politique espagnol. On remarquera que cette insatisfaction est plus sensible en Catalogne que dans le reste de l’Espagne, mais qu’elle atteint aussi un niveau important dans le reste de l’Espagne.

 

La question de la légitimité

On constate que le conflit entre Barcelone et Madrid, la question de l’indépendance de la Catalogne, ne fait que recouvrir une question bien plus profonde sur le fonctionnement des institutions. Il faut donc ici rappeler que les institutions de l’Espagne actuelle, et en particulier la constitution de 1978, étaient un compromis destiné à assurer une sortie du franquisme. Cette constitution était donc loin d’être le dernier mot de la démocratie, et elle résultait explicitement d’un compromis avec certains secteurs de l’Etat franquiste, secteurs qui ont d’ailleurs donné naissance au Parti Populaire, dont Mariano Rajoy est aujourd’hui le représentant. C’est pourquoi la pratique constitutionnelle avait au moins autant d’importance que le texte lui-même. On comprend aussi que, dans ce contexte, cela n’a pas de sens de se réfugier derrière la lettre formelle de la loi. Cette dernière correspondait à un moment politique du pays, mais un moment qui n’est plus.

On mesure ici les conséquences néfastes de la pratique constitutionnelle qui s’est développée à partir de 2010 et de l’annulation d’une partie du statut de la Catalogne. La question ici n’est pas qu’il y ait eu un vice de forme ou de procédure, vice de forme conduisant à l’invalidation du statut par la cour constitutionnelle. La véritable question est celle de l’annulation d’un statut qui avait été voté tant par le Parlement espagnol que par le parlement catalan, et ratifié par référendum par la population de la Catalogne.

Si cette annulation avait été suivie par l’ouverture de nouvelles négociations, et par des modifications du texte initial, le processus démocratique aurait pu se poursuivre. Mais, cela ne fut pas le cas. En décidant de ne pas donner suite à ce processus, le gouvernement de Mariano Rajoy et le Parti Populaire ont pris une responsabilité écrasante dans l’involution de la situation, qui a crispé les positions et qui explique largement l’état de crise actuel. La poussée des mouvements indépendantistes, qui fut constaté lors des élections régionales de 2015, résulte largement d’une réaction contre la politique de Mariano Rajoy.

Tableau 1

Résultats des élections régionales de 2015

Liste Voix % Sièges
Ensemble pour le oui**

(PDeCAT et ERC)

1 628 714 39,59 62
Ciudadanos 736 364 17,90 25
Parti des socialistes de Catalogne (affilié PSOE) 523 283 12,72 16
Catalogne oui c’est possible (affilié PODEMOS)* 367 613 8,94 11
Parti populaire catalan 349 193 8,49 11
Candidature d’unité populaire** – CUP 337 794 8,21 10
Total indépendantiste 1 966 508 47,80 72
Unioniste 1 608 840 39,11 52
           

** Listes soutenant l’idée de l’organisation d’un référendum d’indépendance

* Liste soutenant le principe d’un référendum, mais sans se prononcer sur la question de l’indépendance.

Les conséquences qu’il faut en tirer

On peut tirer quelques conclusions de ce sondage. La première est que Mariano Rajoy et le parlement espagnol n’ont plus de légitimité aujourd’hui. En tous les cas, il ne peuvent se retrancher derrière le texte de la loi sans tenir compte du problème de légitimité qui est en surplomb des mesures légales qu’ils veulent prendre.

La deuxième conséquence est que des élections générales doivent avoir lieu au plus vite en Espagne. Les élections au Parlement de Catalogne auront lieu le 21 décembre. Des élections générales doivent avoir lieu d’ici janvier ou février. Non seulement ces élections générales s’imposent en raison de la perte de légitimité du gouvernement central, mais elles s’imposent aussi si l’on veut éviter un conflit de légitimité entre le nouveau parlement catalan et le parlement espagnol. Ce conflit, qui proviendrait de ce qu’un parlement nouvellement élu est toujours plus légitime qu’une assemblée plus ancienne, peut avoir des conséquences dramatiques pour l’Espagne toute entière. Que l’on se souvienne de l’enchaînement des événements qui ont eu lieu en URSS en 1990 et 1991, avec une assemblée de Russie, nouvellement élue, contestant la légitimité du Soviet Suprême. Un Parlement espagnol nouvellement élu devrait alors déclencher un processus de réécriture de la Constitution, et soumettre le fruit de ses travaux à un référendum.

La troisième conséquences, qui s’impose à l’évidence, est que Mariano Rajoy doit se retirer. Il porte le poids des erreurs passés, et son action souffre trop de l’image détestable de la répression du vote du 1er octobre.

Jacques Sapir

 

Notes

[1] http://www.pewresearch.org/fact-tank/2017/11/06/dissatisfaction-was-widespread-in-spain-even-before-catalan-secession-vote/ft_17-10-30_catalonia_bars420px/

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-espagne-crise-de-legitimite-par-jacques-sapir/


 

BASE 14 995X225Dommage que Sapir n'étudie pas le rôle et l'impact des politiques européennes et leurs conséquences sur la légitimité du gouvernement espagnol, à l'image de ce qui se passe ailleurs en Europe, si on en juge par les récentes élections (Allemagne, Autriche, Tchéquie...)...  P.G.

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"Les hommes et les femmes sont belles" : quand des professeurs prônent l'accord de proximité

Quelque 314 membres du corps professoral ont signé une tribune sur le site Slate.fr expliquant qu'ils n'enseigneront plus la règle du masculin qui l'emporte sur le féminin. A la place, ils priviligieront l'accord de proximité.

ACT EDUCATION UE OTAN

"Nous n'enseignerons plus que 'le masculin l'emporte sur le féminin'." Dans une tribune parue sur le site Slate.fr, lundi 7 novembre, 314 membres du corps professoral, enseignants de la maternelle à l'université, assurent qu'ils vont désormais préférer à cette règle l'accord de proximité.

Patricia Bonnard, professeur de français dans un collège à Genas (Rhône), est l'une des signataires de ce manifeste. "Cette règle de la prédominance du masculin sur le féminin n’a pas toujours existé : elle a été mise en place au XVIIe siècle, explique-t-elle à franceinfo. Cette règle est discutable surtout aujourd’hui au XXIe siècle."

Cette dernière explique qu'elle enseignera toujours la règle classique mais qu'elle ne sanctionnera pas ses élèves de 4e ou de 3e qui lui préféreront la règle de proximité. "L’accord de proximité, ça consiste simplement à accorder l’adjectif ou le verbe d’ailleurs. (...) Quand vous avez la formule dans une lettre 'chers toutes et tous' virgule, le 'chers' va se mettre au féminin parce que le nom le plus proche c’est 'toutes'", détaille l'enseignante. 

"Le masculin peut jouer le rôle de genre neutre"

A l'Académie française, où l'on considère que l'écriture inclusive représente "un péril mortel" pour la langue française, cette graphie nouvelle ne reçoit aucune approbation"Quand on dit que le masculin l’emporte sur le féminin, on fait comme si ça voulait dire les hommes l’emportent sur les femmes alors que c’est un genre grammatical, qui serait peut-être préférable d’appeler le genre non marqué, c’est-à-dire qu’en français, le masculin peut jouer le rôle d’un neutre"assure à franceinfo Patrick Vannier, membre du service du Dictionnaire de l'Académie française. "Je pense que ce serait dommage de ne pas conserver un héritage de plus de trois siècles", conclut-il.

http://www.francetvinfo.fr/societe/education/ecriture-inclusive/video-les-hommes-et-les-femmes-sont-belles-quand-des-professeurs-pronent-l-accord-de-proximite_

Voir aussi:

Ecriture inclusive : la polémique entre enseignants, académiciens et ministres en six actes

Depuis près d'un mois, des professeurs, des membres de l'Académie française et du gouvernement s'opposent vivement sur cette méthode d'écriture. Franceinfo revient sur ce débat.

C'est une forme d'écriture qui est devenue un véritable sujet de débat  et de polémique. Après avoir créé de vives réactions sur les réseaux sociaux, l'écriture inclusive est désormais au centre de discussions politiques en France. Jeudi 9 novembre, le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a réitéré son opposition à l'enseignement de cette méthode, qui vise à rendre les femmes plus visibles dans la langue française. Cette forme d'écriture utilise par exemple un point médian – "les Français·e·s", "tou·te·s" – ou encore l'accord de proximité, qui consiste à accorder l'adjectif avec le nom le plus proche. 

Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, a elle aussi pris part au débat, jugeant l'enseignement de cette écriture "problématique". Franceinfo revient en six actes sur cette polémique grandissante. 

1/Un premier manuel scolaire est publié en écriture inclusive

Le débat sur l'écriture inclusive démarre peu après la rentrée scolaire. Fin septembre, Le Figaro rapporte qu'un manuel scolaire de CE2, le livre Magellan et GaliléeQuestionner le monde, a été publié par Hatier au mois de mars en écriture inclusive. 

Selon le Huffington Post, l'éditeur déclare avoir suivi les conclusions d'un document du Haut conseil à l'égalité entre hommes et femmes. Son guide "Pour une communication publique sans stéréotype de sexe", datant de 2015, explique que des "représentations auxquelles les citoyen.ne.s sont constamment exposé.e.s renforcent les stéréotypes de sexe et les inégalités entre les femmes et les hommes"Le Haut conseil, une instance placée auprès du Premier ministre, estime ainsi que "pour renverser cette tendance, l’Etat et les collectivités territoriales se doivent d’être exemplaires". 

Fin septembre, l'institution ne manque pas de féliciter sur Twitter les éditions Hatier, "qui donnent l'exemple pour une écriture inclusive" avec la publication de ce manuel scolaire.

 

2/Jean-Michel Blanquer prend position contre cette écriture

Quelques semaines plus tard, le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, se prononce sur ce sujet. Interrogé par BFMTV et RMC, le 16 octobre, il estime que la présence de l'écriture inclusive dans les manuels scolaires n'est "pas une bonne idée"

"On doit revenir aux fondamentaux sur le vocabulaire et la grammaire, je trouve que ça ajoute une complexité qui n’est pas nécessaire"réagit le ministre. Pour lui, la question de l'enseignement de l'écriture inclusive crée "des polémiques inutiles", qui mettent à mal la "bonne" cause de l'égalité entre hommes et femmes. 

3/Pour l'Académie française, l'écriture inclusive est un danger "mortel"

Fin octobre, c'est au tour des Immortels de prendre part au débat. Les membres de l'Académie française expriment leur opinion sur l'écriture inclusive dans un communiqué alarmiste, diffusé le 26 octobre. "Prenant acte de la diffusion d’une 'écriture inclusive' qui prétend s’imposer comme norme, l’Académie française élève à l’unanimité une solennelle mise en garde"écrit l'institution. 

"Devant cette aberration 'inclusive', la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures", poursuit-elle. "La démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité"s'inquiète l'Académie, qui compte quatre femmes sur 34 membres

4/Plus de 300 enseignants annoncent qu'ils enseigneront cette écriture

Quelques jours plus tard, le 7 novembre, 314 professeurs "de tous niveaux et tous publics" signent une tribune commune, publiée sur le site Slate. Dans ce texte, ils déclarent qu'ils prennent (ou prendront) part à l'enseignement de l'écriture inclusive. "Nous, enseignantes et enseignants du primaire, du secondaire, du supérieur et du français langue étrangère, déclarons avoir cessé ou nous apprêter à cesser d'enseigner la règle de grammaire résumée par la formule 'Le masculin l'emporte sur le féminin'", annoncent-ils. 

Les signataires préviennent qu'ils enseigneront désormais la règle de proximité, qui consiste à accorder le genre de l'adjectif avec le nom le plus proche qu'il qualifie. Ces professeurs enseigneront également l'accord de majorité, ou l'accord au choix. 

Les auteurs de la tribune rappellent que la règle "le masculin l'emporte sur le féminin" est "récente dans l'histoire de la langue française" et qu'elle répondait à l'époque à "un objectif politique"lié au fait que le masculin était alors considéré comme plus "noble" que le féminin. Enfin, "la répétition de cette formule aux enfants (...) induit des représentations mentales qui conduisent femmes et hommes à accepter la domination d'un sexe sur l'autre", dénoncent les signataires. 

5/Marlène Schiappa s'exprime à son tour

La secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes prend elle aussi part au débat. Interrogée par le magazine Causeur – connu pour ses positions antiféministes –, Marlène Schiappa affirme qu'elle n'a "jamais soutenu l'écriture inclusive ni son enseignement à l'école", relève Libération. "Je pense que c'est assez problématique, réagit-elle. On ne peut pas décider de son propre chef ce qu'on va enseigner ou pas, quelle qu'en soit la raison."

La secrétaire d'Etat réitère ses propos jeudi matin, au micro de France Culture"Je suis favorable à féminiser le langage, à ne pas invisibiliser les femmes dans le langage. Mais je ne suis pas pour l’obligation d’enseigner l’écriture inclusive à l’école", précise-t-elle.

6/Jean-Michel Blanquer persiste et signe

Invité de l'émission "Les 4 Vérités" sur France 2, jeudi matin, le ministre de l'Education nationale confirme son opposition à l'enseignement de l'écriture inclusive, et réagit à la tribune publiée sur Slate. 

"L'égalité homme-femme est un sujet beaucoup trop important pour qu'il soit abîmé par des polémiques totalement inutiles sur le langage, juge-t-il. Je dis à ces professeurs que la grammaire ne se décide pas par un individu. Ils n'ont pas le droit et se mettent en faute", prévient le ministre. 

Contacté par franceinfo, le ministère de l'Education nationale rappelle qu'il existe un système d'inspection pour veiller au respect des programmes. Les professeurs enseignant l'écriture inclusive seront-ils sanctionnés ? Le débat continue.

http://www.francetvinfo.fr/societe/education/ecriture-inclusive/ecriture-inclusive-la-polemique-entre-enseignants-academiciens-et-ministres-en-six-actes_2459696.html

Encore un peu de propagande:

L’écriture inclusive est-elle vraiment un "péril mortel" ?

(...)

L’écriture inclusive – ou langage épicène – vise à rendre les langues neutres du point de vue du genre, et ainsi à aider les femmes à se sentir davantage concernées et impliquées dans la communication écrite. Comme pour la féminisation des noms de métiers (écrivaine, députée, etc.), il s’agit de mettre à contribution la morphologie flexionnelle telle qu’on l’écrit, dans le but d’améliorer la visibilité des femmes dans la vie publique et de rééquilibrer leur position dans la société.

En français, cette démarche se traduit notamment par l’usage de graphies du type étudiant·e·s, inscrit·e·s, etc., qui a fait l’objet d’une recommandation du Haut Conseil à l’égalité en 2015. Qu’elle soit efficace ou non pour l’émancipation des femmes, l’écriture inclusive n’en est pas moins sujette à des réactions passionnelles et à de virulents discours idéologiques – pour preuve cette condamnation officielle de l’Académie française il y a quelques jours. À en croire les immortel·le·s – qui comptent quatre femmes pour trente hommes, « la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures ».

On peine à concevoir comment le français dans son ensemble, a fortiori le français parlé par quelque 270 millions de locuteurs selon les estimations officielles, pourrait se voir exposé à un « péril mortel » par la simple adoption de nouvelles conventions graphiques. Des écritures inclusives ont cours dans des langues de grande communication telles que le portugais, l’espagnol, l’allemand ou l’anglais, sans que ces dernières ne donnent aucun signe de « péril mortel ». On sait en outre que loin d’être en péril, le français conquiert au contraire du terrain, en France comme dans l’Afrique dite « francophone », aux dépens de centaines de langues autochtones en danger avéré de disparition. L’État français et l’Organisation internationale de la Francophonie y travaillent sans relâche, en investissant chaque année des sommes colossales dans sa promotion.

Au-delà de la querelle inclusive, cette condamnation s’inscrit dans la lignée d’interventions hostiles, de la part de l’Académie, à l’égard de la féminisation des noms de métiers, de la promotion des langues régionales, de l’usage de l’anglais dans les institutions internationales, du franglais, du « néo-argot des banlieues », ou de la rectification orthographique recommandée par le Conseil supérieur de la langue française. L’Académie coche ainsi toutes les cases, ou presque, des différents discours idéologiques dominants analysés en sociologie du langage : pour la variété normée du français sur laquelle elle prétend exercer le monopole, contre les autres langues et variétés orales ou écrites de français, jugées illégitimes et menaçantes.

Dans cette « solennelle mise-en-garde » adoptée à l’unanimité contre l’écriture inclusive, les sociolinguistes reconnaîtront côte à côte discours de mise-en-péril, purisme et idéologie de la langue standard. L’écriture inclusive y est envisagée comme étrangère à la langue, impure et animée par des visées impures. Elle remet en question la norme écrite standard par l’ajout de « formes secondes et altérées », aboutissant à une « langue désunie, disparate ».

The ConversationDe tels discours idéologiques, s’agissant du français comme d’autres langues dominantes, s’interprètent comme constitutifs de la reproduction des élites : il s’agit en définitive de défendre le monopole sur la norme standard exercé par des classes dirigeantes majoritairement masculines, pour mieux légitimer leur accès exclusif au pouvoir.

Geoffrey Roger, Lecturer in French linguistics, University of London

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

http://www.francetvinfo.fr/societe/education/ecriture-inclusive/lecriture-inclusive-est-elle-vraiment-un-perilmortel_2459806.html


 

BASE 14 995X225Une attaque en règle d'un professeur anglo- saxon, qui déplore ouvertement la progression de la langue française dans le monde, et l'opposition de l'Académie à l'intrusion de l'anglais, qui pourfend l'"idéologie" des opposants à l'écriture inclusive, alors que lui, bien entendu, n'exerce qu'une expertise scientifique et neutre, dénuée d'arrières pensées géopolitiques, le tout relayé complaisamment par France Info, la routine, quoi!

P.G.

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