Le gouvernement italien s’oppose à la vente de Next, une société italienne d’ingénierie travaillant dans la défense, à Altran. Il évoque une question de “sécurité nationale”.

ARG ITALIE ALTRAN NEXT

C’est à peine croyable… l’Italie bloque une acquisition d’un groupe italien par un français. Pourtant, le groupe naval Fincantieri, qui négocie une alliance avec Naval Group, a eu finalement le droit de racheter STX Saint-Nazaire (certes après beaucoup de tergiversations de Paris). En revanche, Altran n’a pas le droit de racheter la société italienne d’ingénierie Next. Le gouvernement italien a décidé jeudi de s’opposer à cette opération, en évoquant une question de “sécurité nationale”. Le conseil des ministres a choisi “d’exercer les pouvoirs spéciaux sur l’opération d’acquisition par Altran Italia Spa de la totalité du capital social de Next Ast Srl, en s’opposant” à ce rachat.

Cette décision a été prise afin de “protéger les intérêts essentiels de la défense et de la sécurité nationale”, un objectif qui ne peut être atteint dans le cas de Next en imposant des mesures spécifiques, a précisé le conseil des ministres. Le gouvernement italien a la possibilité d’exercer des “pouvoirs spéciaux”, également appelés “golden power”, dans des secteurs considérés comme stratégiques (défense, télécoms…) afin de protéger les intérêts nationaux. Pourtant, Rome n’a pas hésité il n’y pas si longtemps à autoriser la vente de groupes italiens dans la défense à des groupes américains, comme le motoriste Avio à General Electric en décembre 2012 alors que… Safran était candidat.

Next et Altran, une opération qui avait du sens

Le groupe de conseil en technologies Altran avait annoncé fin juillet sa volonté d’acquérir Next Ingegnera dei Sistemi, un groupe de 230 salariés qui travaille notamment dans le secteur de l’aérospatiale et de la défense. Fondée en 1999 et basée à Rome, cette société de logiciels embarqués devait compléter les compétences d’Altran en matière de logiciels intégrés, un segment à forte croissance. Le portefeuille de clients de Next comprend notamment des acteurs clés comme Leonardo, Telespazio, Thales Alenia Space ou Bombardier Transportation.

L’opération devait renforcer le leadership d’Altran en Italie, un marché clé pour le groupe français. La combinaison d’Altran et de Next, actuellement détenue par les trois co-fondateurs et leurs familles, aurait permis d’offrir des solutions de bout en bout de matériel et logiciels embarqués aux clients du secteur de la défense et de l’aérospatiale

“Je suis fier que notre entreprise rejoigne Altran, leader des services d’ingénierie et d’innovation en Italie. Nous connaissons Altran depuis longtemps et, tout au long de ces années, nous avons construit une admiration et un respect mutuels, qui constituent la base de notre collaboration à l’avenir”, avait pourtant expliqué le co-fondateur et PDG de Next, Giulio Cesare Chiarini.

Source : La Tribune, Michel Cabirol, AFP, 03/11/2017

https://www.les-crises.fr/incroyable-litalie-bloque-lacquisition-de-next-defense-par-un-groupe-francais/


 

BASE 14 995X225C’est à peine croyable… Le gouvernement italien défend les intérêts italiens de temps en temps.

Ce n’est pas en France, pays-membre exemplaire de l’UE, et fils prodigue de l’OTAN, que nos dirigeants auraient cette idée incongrue, scandaleuse, et pour tout dire “à peine croyable”.

Les “golden powers”, en italien dans le texte, sont définis par une loi : « i poteri speciali della legge sul “golden power” » (les pouvoirs spéciaux de la loi…)
http://www.giannidragoni.it/insider/palazzo-chigi-blocca-la-vendita-di-next-alla-francese-altran/

Ceux qui condamnent la vente de certaines entreprises françaises devraient applaudir et soutenir la position du gouvernement italien et condamner le gouvernement français de ne pas faire de même.

Cela dit, il faut rester prudents, ce n’est peut-être qu’une péripétie avant le rachat définitif de Next (un peu comme avec Naval Group). De deux choses l’une, ou bien les italiens défendent une entreprise qu’ils estiment stratégique, ce qui n’est pas en soi condamnable. Ou bien, ils refusent l’acquisition par Altran au profit d’intérêts américains, ce qui est beaucoup moins défendable et prouve à quel point nous sommes colonisés et que l’UE n’est qu’un paravent… P.G.