vendredi 3 novembre 2017

ENTRETIEN D’ACTUALITÉ N°52

ENTRETIEN D’ACTUALITÉ N°52 – Catalogne – Italie – Brexit – Outre-mer – Russie – USA – Irak – Uluru

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Le président de l’UPR François Asselineau analyse l’actualité récente au 1 novembre 2017.
00:16 Indépendance de la Catalogne (Espagne)
12:42
Référendum en Lombardie et Vénétie (Italie)
21:07 Nouvelles du Brexit
27:14
Politique gouvernemental des Outre-mer
34:02 Scène politique étrangère
41:39
Ambassadeur d’Irak en France (Dr. Ismieal Shafiq Muhsin)
45:06 Uluru – Ayers Rock (Australie)
51:30 L’université d’automne et le congrès de l’UPR

https://www.upr.fr/actualite/entretien-dactualite-n52-catalogne-italie-brexit-outre-mer-russie-usa-irak-uluru

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La Turquie abandonne l’euro et le dollar pour commercer avec la Russie en devises nationales

Ankara souhaite passer à la devise nationale dans ses échanges bilatéraux, notamment avec la Russie, a déclaré le ministre turc de l’Économie, Nihat Zeybekci.

ACT TURQUIE DOLLAR

La Turquie prévoit de développer son commerce en devises nationales avec la Russie, l’Iran et la Chine, a affirmé Nihat Zeybekci, le ministre turc de l’Économie.

« Dans cinq ans, le monde aura profondément changé et il faut être prêt à passer au commerce dans la devise nationale. Ce qui ne fera que profiter à toutes les parties […] Une telle décision est conforme aux intérêts de n’importe quel pays, que ce soit la Russie, l’Iran, la Turquie, la Chine ou le Japon », a indiqué Nihat Zeybekci lors d’une interview donnée à l’agence de presse turque Anadolu.

Aujourd’hui, le monde considère comme des devises de réserve essentiellement le dollar et l’euro. Seuls 15 % des échanges commerciaux de la Turquie sont effectués en devise nationale, a-t-il poursuivi.

« Il importe de faire de la devise nationale une devise de réserve. Si de 1,5 % à 4 % du déficit des opérations de commerce extérieur sont comblés grâce à la devise nationale, la nécessité de drainer des financements étrangers disparaîtra. En outre, on se tournera vers le marché intérieur, ce qui permettra également d’éliminer l’influence négative des oscillations des cours », a fait remarquer Nihat Zeybekci.

Il a affirmé que son pays créerait des conditions propices au commerce en devises nationales avec les grands partenaires commerciaux de la Turquie, notamment en roubles russes, en rials iraniens et en riyals saoudiens.
Lors d’une interview accordée précédemment à Sputnik, Nihat Zeybekci avait noté que l’objectif était de porter le chiffre d’affaires des échanges réciproques à 100 milliards de dollars (90 mds EUR).


 

Tous ceux qui chroniquent la “dédollarisation” et la “désaméricanisation” de l’économie mondiale ne peuvent qu’attirer l’attention du plus grand nombre sur la poursuite et l’extension de ce mouvement qui est aussi créé par les Américains eux-mêmes.

En effet, avec leurs lois sur l’extraterritorialité, tous ceux qui commercent avec des dollars ou avec un ressortissant américain même à l’étranger tombent sous le coup des lois fédérales US et des sanctions monumentales qu’ils imposent.

Conséquence, tous les pays qui veulent pouvoir être indépendants dans leurs choix bilatéraux avec d’autres sont obligés de se passer du dollar.

C’est ce que fait la Turquie, en rajoutant en plus dans la poubelle monétaire l’euro, dans la mesure où les relations ne sont pas au beau fixe.

Comme vous pouvez également le voir, nous sommes inscrits dans un processus de longue durée en ce qui concerne le système monétaire international.

La Turquie ne cesse pas toutes ses transactions en dollars. Seulement certaines avec certains pays. Une nuance de grande taille.

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/la-turquie-abandonne-leuro-et-le-dollar-pour-commercer-avec-la-russie-en-devises-nationales/

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Les problèmes juridiques entre l’Espagne et la Catalogne ne se résoudront pas par la force

Il est indispensable d’engager des procédures de conciliation sérieuses

ARG ESP QUESTION

Le conflit s’éternise entre le gouvernement central espagnol et le gouvernement régional de la communauté autonome de la Catalogne. Les deux parties campent sur leurs positions juridiques et les gouvernements respectifs reçoivent tous deux le soutien de nombreux citoyens. Des deux côtés, on argumente sur des points historiques, politiques et économiques. La discussion internationale sur le problème est clivée. L’escalade de la violence menaçante entrainerait un grand nombre de victimes. Dès à présent, on relève de nombreuses incohérences. On déplore plus de 1000 blessés. Ce sont suffisamment de raisons pour tenter de dresser un tableau plus clair de la problématique de fond et de rechercher des solutions.

Le 4 octobre 2017, la chaine RT Allemagne1 a interviewé le Professeur Reinhard Merkel, pénaliste et philosophe du droit afin de connaître son avis sur la situation du point de vue du droit constitutionnel et du droit international. Le témoignage du chercheur de l’Université de Hambourg est tout particulièrement intéressant parce que dans la mesure où il ne se prononce en faveur d’aucune des parties en présence mais se concentre sur la clarification des questions juridiques, sans perdre toutefois de vue les dimensions politiques et les solutions raisonnables.

Sur le plan du droit public, le référendum n’était pas légal

Au début de l’interview, le professeur Merkel rappelle que la position du gouvernement central, affirmant que le référendum du 1er octobre était «illégal», est «juridiquement correct» et correspond à la Constitution espagnole: «Comme la plupart des constitutions dans le monde, la Constitution espagnole interdit toute sécession unilatérale d’une partie de la population, et n’autorise donc aucun ‹démembrement› du territoire national. Les Etats ne sont en aucun cas, comme l’énonce parfois crûment la doctrine du droit international, ‹un club de suicidaires›. Une quantité de bonnes raisons justifie cette situation dans le spectre suivant: de la protection des pertes financières manifestes pour le reste de la population en parité avec une telle partition du territoire jusqu’au désir d’éviter les risques inhérents d’instabilité intérieure et extérieure.

Si le gouvernement de la Catalogne persistait en faveur de l’indépendance, R. Merkel ne prévoit qu’un très faible soutien international: «Cette reconnaissance n’aura pas lieu, non seulement parce que la sécession est anticonstitutionnelle selon le droit espagnol, mais encore parce que les Etats ne voudront pas créer de précédent en matière de droit international dans le sens d’une sécession couronnée de succès. Pour finir, eux-mêmes pourraient un beau jour se retrouver concernés

La position complexe du droit international

Avec le droit international, on peine également à justifier une déclaration d’indépendance: «Etant donné que les Etats ont particulièrement intérêt à éviter toute sécession et qu’ils sont, en outre, les organismes normatifs du droit international, il n’existe aucune garantie suite au droit international pour ce genre de chose.» Toutefois, le professeur Merkel émet une réserve: «On doit cependant attirer l’attention sur deux restrictions importantes de ce principe. Premièrement, il n’y a, en droit international, aucune interdiction formelle de sécession. Une telle interdiction aurait été difficile à promulguer parce que le droit international est avant tout un système juridique entre Etats. Par conséquent, les populations autonomes à l’intérieur d’un Etat ne sont en principe pas considérées comme sujet concret en droit international – ce qui fait qu’elles ne peuvent être visées de façon plausible par une interdiction en droit international (mis à part l’interdiction universelle de perpétration de crimes de droit international). Et, deuxièmement, les grandes puissances mondiales ont à l’occasion très bien accepté de tels précédents en matière de sécession, avant tout lorsque la mère-patrie concernée ne leur agréait pas pour des raisons politiques.» En effet: «L’exemple le plus récent et le plus marquant en a été, en 2008, la reconnaissance immédiate de la séparation unilatérale du Kosovo d’avec la Serbie, qui a par ailleurs eu lieu sans aucun référendum préalable, et n’avait donc aucune garantie démocratique. Tous les Etats occidentaux de quelque importance, y compris l’Allemagne, ont reconnu cette sécession en quelques jours à peine.» Cependant, le professeur Merkel ajoute également: «Cela était contraire au droit international.» – malgré une expertise de la Cour de justice internationale pour l’Assemblée générale des Nations-Unies.

Les critères politiques font plier le droit

Dans un autre exemple, le professeur Merkel démontre que les pouvoirs politiques agissent selon des critères politiques et non selon des points de vue juridiques. Ainsi, comme on le sait depuis le cas de la Crimée et de l’Ukraine orientale, six ans plus tard, l’Ouest a totalement oublié «ses sympathies sécessionnistes du temps du Kosovo. A cette position inconsistante, on voit que les sécessions sont en premier lieu encore une question de politique de pouvoir et d’intérêts et beaucoup moins, malheureusement, l’objet des principes du droit.»
«La Cause du Kosovo», selon le professeur Merkel, «trouble totalement le jugement par ailleurs clair du droit international. Il y a néanmoins de bonnes raisons – du point de vue du droit international – de ne pas accepter à l’avenir les sécessions unilatérales et porteuses de conflit, telle celle se déroulant actuellement en Catalogne, et de ne pas reconnaître, ni accepter, les nouvelles formations pseudo-étatiques émergeant par ce seul biais

Le gouvernement central doit prendre au sérieux les aspirations à l’indépendance des Catalans

Malgré tout le professeur Merkel remet en cause le procédé du gouvernement central contre le référendum des Catalans: «C’est une autre question de savoir si l’on doit s’opposer au référendum en tant que tel, donc à une simple consultation populaire. Et là, d’autres points de vue intéressants entrent en jeu. Le résultat du référendum montre que les Catalans se tiendront à leurs aspirations à l’indépendance. S’ils commencent à déplacer la question sur le plan politique, s’ils s’emparent de facto de l’administration, de la souveraineté en matière de police et surtout fiscale, la solution finale pour l’Etat central de Madrid sera l’intervention militaire en vue d’empêcher cette partition illégale. Cependant, en raison du sérieux danger de guerre civile pouvant en découler, cela serait inacceptable, également du point de vue du droit international

Contre l’usage de la force militaire à l’encontre des mouvements indépendantistes

A ce propos, le professeur Merkel rappelle un cas intéressant du Canada: «Il y a eu, en 1998, un jugement tout à fait remarquable de la Cour suprême canadienne à propos des tentatives de sécession du Québec, tenant en haleine depuis des décennies le Canada. D’abord la justice nie le droit du Québec à la sécession unilatérale, toutefois en obligeant par ailleurs le gouvernement central, dans le cas où il serait clairement établi qu’une majorité de la population de la région sécessionniste se prononce en sa faveur, à entamer un dialogue ouvert avec ses représentants. A priori, un tel dialogue ne doit pas même exclure une modification correspondante de la Constitution. Le recours immédiat à la force armée est inadmissible de la part du gouvernement central. La décision indique qu’en fin de compte il est possible d’accepter une sécession, si le seul moyen de l’empêcher est le recours à une violence semblable à une guerre civile. J’estime que cela est juste.»
En ce qui concerne la Catalogne, cela signifie: «Je crains que les processus à l’œuvre en Catalogne ne prennent finalement cette direction. Les divers participants, au nombre desquels se trouve aussi l’UE, seraient alors bien inspirés de considérer précisément les attendus de la Cour suprême canadienne. Du moins aura-t-on besoin d’un intermédiaire neutre pour les pourparlers à présent requis.»

L’UE n’est pas le bon médiateur

Le professeur Merkel se demande si l’UE est apte à ce type de médiation. Mais l’UE est partiale. «Une intervention des Nations Unies serait une possible éventualité.» Néanmoins, le professeur Merkel ne plaide pas en faveur d’une Catalogne indépendante: «On voudrait bien sûr espérer que les Catalans se rendent à la raison avant de franchir ce dernier pas et qu’ils renoncent à leurs aspirations difficilement justifiables même sur le plan politico-éthique.» Il exige toutefois aussi une contrepartie du gouvernement central espagnol: «Madrid pour sa part devrait proposer de plus larges concessions que celles actuellement en discussion pour l’autonomie catalane. A présent, […] les deux parties devraient engager de sérieux pourparlers pour régler la question, à savoir, tout à fait dans la ligne des mesures de l’arrêté canadien de la Cour suprême de 1998.»

Ordre fédéral: autodétermination à l’intérieur d’un Etat

Cependant les Catalans devraient savoir qu’ils n’ont aucun droit à l’indépendance: «Bien sûr, ils peuvent exercer toutes les possibilités démocratiques de formation et d’articulation de leur volonté collective. Mais ils n’ont pas droit à l’indépendance nationale. Comme tous les peuples, ils ont bien entendu ‹droit à l’autodétermination› selon l’article 1(2) de la Charte des Nations Unies. C’est là que se pose la question problématique de savoir s’ils peuvent l’exiger uniquement au titre de partie du peuple espagnol ou carrément en tant que peuple indépendant, peuple catalan. Cependant cette question peut même rester ouverte. Car l’‹autodétermination› au sens de la Charte des Nations-Unies ne revient pas à un droit à posséder son propre Etat. Cela signifie que tous les groupes qui peuvent affirmer de façon plausible leur propre identité, culturelle, ethnique, religieuse ou autre, ont droit à réaliser sous diverses formes de participation démocratique leur propre collectivité – mais primairement uniquement à l’intérieur des frontières légales et géographiques de l’Etat légitime auquel ils appartiennent. Il faut donc différencier l’autodétermination ‹intérieure›, c’est-à-dire au sein de l’ordre étatique, de l’autodétermination ‹extérieure› créant son propre Etat. Un droit véritable n’existe que pour les groupes ethniques ou autres groupes vivant au sein d’un Etat ordonné, mais exclusivement pour l’autodétermination interne. Et seulement s’ils subissent, en tant que groupe et au sein de leur Etat mère, une répression durable exercée par la majorité de la population, ils pourront obtenir un jour ou l’autre leur droit à la sécession
Cela n’est-il pas un bon argument en faveur d’une réflexion plus approfondie en direction de la construction d’un Etat fédéral?   

Zeit Fragen N° 26, 30 octobre 2017

1] https://deutsch.rt.com/europa/58470-rt-interview-mit-prof-merkel, du 4/10/17

Source: Zeit Fragen

http://arretsurinfo.ch/les-problemes-juridiques-entre-lespagne-et-la-catalogne-ne-se-resoudront-pas-par-la-force/


 

BASE 14 995X225Un juriste allemand qui suggère une solution fédérale à l'Espagne sur le modèle...allemand, et pourquoi pas...européen! Mais je vois le mal partout...

P.G.

 

Le gouvernement français privatise le futur des services publics ….

Article proposé par S.R. (UPR87)

Le banquier Macron, nous donne encore une preuve de son amour pour la France…

 

ARG SERVICES MACRON

En installant le « comité Action publique 2022 », c’est une seconde commission Attali que le gouvernement a créée. Sa composition est une illustration du macronisme : une commission dominée par des représentants du privé en position de dicter à l’État ce qu’il doit faire, au mieux de leurs intérêts. Dans un futur proche, il n'y aura plus de service public en France. Au rythme d’une création ou deux par mois de nouveaux comités Théodule, chargés de se pencher sur l’un ou l’autre dossier jugé prioritaire par le gouvernement, l’attention finit par baisser. La présentation par le premier ministre Édouard Philippe, le 13 octobre, d’un « comité Action publique 2022 », n’a pas échappé à la règle. D’autant que Matignon a adopté une communication allégée sur le sujet. Un discours de bienvenue, quelques mots pour annoncer la volonté permanente du gouvernement de moderniser l’État – en essayant de gagner en efficacité économique – sont censés tenir lieu de feuille de route pour cette nouvelle mission.

Pourtant, derrière cet habillage très patelin, c’est une nouvelle commission Attali qui est en train de se mettre en place. Avec parfois les mêmes hommes et, en tout cas, les mêmes idées. Comme la commission, ce comité est chargé d’édicter une série de mesures sur la transformation des services publics. Ses préconisations semblent être appelées à devenir un mandat impératif pour le gouvernement, au même titre que les résolutions de la commission Attali, en dépit de leur caractère débridé.

Dans sa présentation, le gouvernement se veut très rassurant. Il s’agit « d’améliorer la qualité des services publics, d’offrir aux agents publics un environnement de travail modernisé et de mettre l’État à l’heure de la numérisation. Bien sûr, en faisant mieux pour moins cher : la réforme doit permettre d’accompagner la baisse des dépenses publiques », en permettant une réduction de trois points de la part de celles-ci dans le PIB d’ici à 2022. Le gouvernement ne donne pas de chiffres. Mais passer de 57 % à 54 % de part des dépenses publiques représente entre 60 et 80 milliards d’euros d’économie. Des économies supportées essentiellement par les services publics, dans l’esprit du gouvernement.

La lettre de cadrage, adressée par le premier ministre à tous les membres du gouvernement, n’en fait en tout cas guère mystère. « Les objectifs ambitieux que nous nous sommes fixés en matière de réduction de la dépense publique impliquent de revoir profondément et durablement les missions de l’ensemble des acteurs publics », écrit-il en préambule. Dans ce cadre, le comité Action publique 2022 « sera chargé de produire un rapport identifiant des réformes structurelles et des économies significatives et durables sur l’ensemble du champ des administrations publiques. À cette fin, ce comité s’interrogera sur l’opportunité du maintien et le niveau de portage de chaque politique publique. Cela pourra notamment le conduire à proposer des transferts entre les différents niveaux de collectivités publiques, des transferts au secteur privé, voire des abandons de missions ». Sans s’en cacher, l’État prépare donc bien son désengagement.

Compte tenu de l’importance des services publics en France, de leur rôle dans le pacte républicain et de leur fonction économique et sociale dans le pays, leur évolution aurait au moins mérité un large débat démocratique. Le pouvoir a préféré l’éteindre par avance et confier tout cela à un comité. Et quel comité !

Le gouvernement a choisi d’en exclure l’essentiel des parties prenantes, de donner congé à la société civile. Aucun responsable de services publics et de la santé n’a été invité à y participer, pas plus que les syndicats ou les usagers. Aucune association n’a été conviée, pas plus que des représentants de l’Insee, des centres de sciences sociales ou de géographie, des responsables de l’aménagement du territoire. Des acteurs publics comme la Caisse des dépôts, les autorités de régulation ou de la concurrence, qui auraient peut-être pu partager leurs vues ou leurs expériences, ont été soigneusement tenus à l’écart. On ne retrouve aucune personne ayant des connaissances ou des expériences en matière d’environnement, de transports, de télécommunications, de réseaux, bref touchant à tous ces grands enjeux de transformation pour un État, à l’heure d’un changement inéluctable de modèle économique. Toutes ces expériences, ces voix ont été jugées inutiles.

En lieu et place, il y a les experts. « Tout se passe comme si le pouvoir était capable d’adopter les “bonnes décisions”, cautionnées par la Raison. Cette illusion cognitiviste – au terme de laquelle le politique serait en mesure de connaître la réponse juste – est le moteur de l’idéal épistocratique qui s’évertue à soustraire le gouvernant, réputé connaître et non vouloir, à l’épreuve de la discussion », prévenait le constitutionnaliste Alexandre Viala, dans une récente tribune publiée dans Le Monde, mettant en garde contre ces illusions qui mettent en danger la démocratie.

Le comité action publique 2022 illustre à la perfection cette réalité du macronisme. Emmanuel Macron lui-même paraît avoir veillé à établir la liste des noms, tant elle se calque sur celle de la commission Attali – son expérience fondatrice – et sa vision du monde, du pouvoir.

D’abord, il y a les énarques. Sur les 34 membres de ce comité, 17 sont passés par l’ENA. Cette qualité première n’en empêche pas d’autres. Le petit comité abrite ainsi de nombreux amis ou proches du président. Laurent Bigorgne, directeur de l’institut Montaigne, qui a hébergé le site d’En marche! à son domicile au moment de son lancement, est naturellement au premier rang. Nicolas Revel, ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée chargé du social au temps où Emmanuel Macron occupait le même poste à l’économie. Un ami si proche qu’Emmanuel Macron a voulu l’imposer comme directeur de cabinet à Édouard Philippe à Matignon. Frédéric Mion, qui a succédé à Richard Descoing à la tête de Sciences Po, a même eu le privilège d’être choisi parmi les trois présidents du comité.

Ensuite, il y a des hauts fonctionnaires, parfaits connaisseurs de l’appareil d’État, qui y sont parfois restés mais qui sont aussi partis dans le privé. Parmi les candidats retenus pour participer à ce comité, les fonctionnaires travaillant encore dans le public ont comme caractéristique d’avoir travaillé dans les cabinets de Nicolas Sarkozy ou de ses proches à droite. Les seules recrues de gauche sont d’anciens membres du cabinet de Manuel Valls à Matignon. Comme si aller chercher d’autres expériences était s’aventurer sur des terres inconnues bien trop dangereuses.

La réforme de l’État aux mains du privé

Après, il y a des économistes. Dans la liste des personnalités retenues se retrouvent Philippe Aghion, Jean Pisani-Ferry, Mathilde Lemoine. Hasard ! Tous les trois siégeaient déjà à la commission Attali. Là encore, il aurait été possible d’aller chercher d’autres économistes, d’ouvrir à d’autres réflexions, comme les inégalités, la redistribution, les biens communs, par exemple, qui sont devenus des thèmes centraux dans les débats académiques aux États-Unis depuis la crise financière. Mais Emmanuel Macron a préféré reconduire les « valeurs sûres », qui pourront rabâcher leurs avis, en reprenant le débat là où la commission Attali l’avait laissé, au temps du néolibéralisme triomphant des années 2006-2007, comme si tout ce qui s’était passé entre-temps n’était qu’une simple parenthèse, le néolibéralisme étant comme les lois de la physique, indépassable, intemporel.

Pour finir, dans la représentation du monde selon Emmanuel Macron, il fallait naturellement convier le secteur privé, qui doit inspirer la conduite de l’État. Les créateurs d’entreprise numérique y ont une place de choix, afin de donner quelques exemples et quelques leçons à la France start-up. Ainsi Paul Duan, présenté comme un entrepreneur social, un « as » de la Silicon Valley, a été invité à partager ses vues sur la conduite de l’État. Fin 2016, il devait terrasser le chômage, en faisant baisser d’au moins de 10 % le nombre d’inscrits grâce à ses algorithmes foudroyants. Neuf mois plus tard, soulignait Arrêt sur images, son site Bob emploi était toujours en version bêta. Trois mois après, il en est toujours au même stade. De même, Axel Dauchez, créateur « d’une plateforme de mobilisation de la société civile » et chantre de l’ubérisation de l’économie, qui s’est donné pour programme de « s’attaquer aux enjeux de la gouvernance des États », a été invité à participer aux travaux, comme porte-parole du nouveau monde face au vieux.

Seule concession faite aux usages, il a bien fallu nommer quelques représentants politiques (6 sur 34). La liste paraît avoir été arrêtée par Édouard Philippe. Car, à l’exception de François Bonneau (PS), nommé en tant que président de l’Association des régions de France, tous sont de droite (LR ou LREM), et beaucoup sont normands.

S’il y avait encore quelques doutes sur les mesures que va préconiser ce comité Action publique 2022, le choix du président donne de larges indications : il laisse le champ libre au secteur privé. Effectivement, quoi de mieux pour l’État que de se laisser dicter ses réformes par le privé, d’autant que ses avis sont toujours désintéressés.

Le gouvernement a ainsi choisi comme président du comité Action publique 2022 Robert McInnes, président du conseil d’administration de Safran. Mais ce n’est pas tellement à ce titre – même si Emmanuel Macron, lorsqu’il était à Bercy, rêvait d’instaurer des partenariats public-privé pour les équipements de l’armée –, ni pour le remercier d’avoir défendu la cause française auprès de l’Australie, lors de la signature du très grand contrat de sous-marins fabriqués par DNCS, qu’il semble avoir été choisi. Robert McInnes a d’autres qualités. Il a d’abord été pendant plusieurs années membre du conseil de surveillance de la Générale de santé. Ce groupe privé de cliniques s’est fait une spécialité de développer tout un réseau de cliniques, en trustant les activité les plus lucratives remboursées par la Sécurité sociale (accouchements, opérations de l’appendicite, fractures), laissant aux hôpitaux le soin de traiter les maladies longues comme le diabète, le cancer.

Il a été aussi vice-président de Macquarie Capital Europe. Cette banque d’investissement australienne se développe depuis des années en rachetant toutes les infrastructures stratégiques et des pans entiers du domaine public qui lui assurent des rentes, voire des monopoles. Elle investit particulièrement dans les réseaux de gaz et d’électricité, les autoroutes, les ports et les aéroports, les concessions d’eau. En France, elle est, par exemple, actionnaire des autoroutes Rhin-Rhône, un dossier cher à Emmanuel Macron. Ces dernières années, la banque s’est beaucoup intéressée au marché français et a recruté plusieurs anciens hauts fonctionnaires.

…/…

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Source Global-Space

https://lesmoutonsenrages.fr/2017/11/01/le-gouvernement-francais-privatise-le-futur-des-services-publics/

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La propagande au sujet de la propagande russe

Fin Octobre j’ai reçu un e-mail de « l’équipe de PropOrNot », qui se décrivait elle-même comme une « équipe nouvellement formée et indépendante d’ingénieurs informatiques, statisticiens, professionnels de la sécurité nationale, journalistes et activistes politiques, qui se consacre à identifier la propagande, particulièrement la propagande russe visant le public américain ». PropOrNot a indiqué avoir identifié deux cents sites web pouvant être qualifiés « d’organes de la propagande russe ». L’audience de ces sites était importante – ils sont lus par au moins quinze millions d’Américains. PropOrNot a indiqué avoir « transféré un rapport préliminaire à ce sujet au bureau du sénateur Ron Wyden (D-OR), et après avoir vu notre rapport, ils nous ont contacté et poussé à prendre contact avec vous pour en raconter l’histoire. »

ARG PROPAGANDE RUSSE

Lorsqu’on écrit sur les phénomènes d’internet, on apprend à se méfier des groupes anonymes qui offrent gratuitement le fruit de leurs recherches. J’ai dit à PropOrNot que j’étais trop occupé pour écrire un sujet, mais j’ai demandé à voir le rapport. En réponse, PropOrNot m’a demandé de mettre le groupe en relation avec des « gens du New York Times, du Washington Post, du Wall Street Journal ou de n’importe quel autre qui serait intéressé ». Étant en plein milieu d’un autre projet, je n’ai jamais donné suite.

PropOrNot s’est débrouillé pour contacter le Washington Post par eux-même. La semaine dernière, le Post a publié une histoire basée en partie sur les recherches du groupe PropOrNot. Intitulé « l’effort de propagande Russe a aidé à la diffusion de ’’fausses informations’’ durant les élections, selon des experts », le rapport soutenait que plusieurs chercheurs avaient découvert une « campagne sophistiquée de propagande Russe » qui diffusait des articles manipulés sur internet avec pour objectif d’affaiblir Hillary Clinton et d’aider Donald Trump. Les recherches de PropOrNot étaient mises bien en évidence. L’histoire a atteint la première place des articles les plus lus du Post, et a été largement partagée par des journalistes très en vue et des politiciens sur Twitter. Le précédent conseiller à la Maison-Blanche Dan Pfeiffer a twitté : « Pourquoi n’est ce pas la plus grosse nouvelle mondiale en ce moment ? »

L’affinité de Vladimir Poutine et de l’état Russe pour Trump a été assez largement rapportée. Durant la campagne, d’innombrables histoires ont spéculé sur les connexions entre Trump et Poutine, et affirmé que la Russie avait contribué à l’élection de Trump en usant de propagande et autres subterfuges. Clinton en a fait une de ses principales lignes d’attaque. Mais l’histoire du Post avait la force d’une révélation, en grande partie grâce à l’apparente caution scientifique du travail de PropOrNot : le groupe a publié un rapport de 32 pages détaillant sa méthodologie, et nommant expressément deux-cents organes d’information suspects. L’anonymat de l’organisation, qu’un porte parole a affirmé être due à la crainte de hackers russes, ajoutant encore une aura mystérieuse.

Mais une observation détaillée du rapport à montré qu’il s’agissait d’un travail inorganisé. « Pour être honnête cela a l’air d’un travail d’amateur », m’a indiqué Eliot Higgins, un chercheur respecté qui a enquêté pendant des années sur les fausses informations russes sur son site Bellingcat. « Je pense qu’il n’y aurait jamais dû y avoir le moindre article à ce sujet ».

Le problème le plus frappant est l’utilisation de critères trop vagues pour identifier quels sites ont diffusé la propagande. Selon le rappel de PropOrNot concernant sa méthodologie, la troisième étape consiste à vérifier si un site dans le passé « a fait écho à la propagande Russe », y compris faire l’éloge de Poutine, Trump, Bachar El-Assad, la Syrie, l’Iran, la Chine, et des « partis politiques radicaux aux États-Unis et en Europe ». S’il n’y a pas d’éloges , la propagande Russe inclut la critique des États-Unis, de Barack Obama, Clinton, de l’Union Européenne, d’Angela Merkel, de l’OTAN, l’Ukraine, « les Juifs », les alliés des États-Unis, les médias mainstream, les démocrates et le « centre-droit ou centre-gauche », et des modérés en tous genres.

Ces critères, bien sûr, pourraient inclure non seulement les médias contrôlés par l’état russe, comme Russia Today, mais pratiquement tous les médias d’information dans le monde, en incluant le Post lui-même. Pourtant PropOrNot affirme ne pas être intéressé à faire la différence entre les organisations qui sont explicitement des outils de l’état russe et les soit-disant « idiots utiles » qui répètent la propagande Russe sur la base d’opinions sincères. « Nous nous concentrons sur le comportement, pas les motivations », ont ils écrit.

Pour PropOrNot, le simple fait d’exprimer un ensemble de convictions hors du courant politique dominant est suffisant pour risquer d’être qualifié de « propagandiste russe ». En fait, la liste des médias de propagande inclut des médias sympathisants de gauche respectés tels CounterPunch et TruthDig, ainsi que le monstre sacré de droite Drudge Report. La liste est si large qu’elle ne révèle rien sur la structure ou l’omniprésence de la propagande russe. « Ça tire dans toutes les directions », m’a dit Higgins. Si vous avez publié une seule fois un commentaire pro-russe sur votre site, c’en est fait, vous êtes un propagandiste russe. Dans un démontage cinglant sur The Intercept, Glenn Greenwald et Ben Norton ont écrit que PropOrNot « incarne la nature toxique de Joseph Mc Carthy, sans avoir le courage de nommer les individus sur sa liste noire ».

(...)

Lors d’un entretien téléphonique, un porte-parole de PropOrNot a balayé les critiques : « S’il y a sur la durée un modèle d’activité, surtout s’il est combiné avec du bavardage technique sous-jacent, alors oui, nous allons le révéler ». Il affirme que la désinformation russe est un énorme problème qui appelle une confrontation directe. « Il apparaît clairement que depuis un moment, la Russie est un petit peu plus courageuse, plus agressive, plus désireuse de pousser les limites de ce qui était auparavant acceptable ». Il dit que pour éviter de décrire les publications de manière trop grossière, le groupe emploie une analyse sophistiquée qui ne s’appuie pas sur un unique critère isolé.

Cependant, quand on lui demande plus de détails sur les modèles techniques qui ont amené PropOrNot à classer Drudge Report en tant que propagande russe, il n’a pu mentionner qu’une sensation générale de biais dans le contenu du rapport. « Ils agissent comme des répéteurs, sur une grande échelle, en renvoyant leur audience sur des sortes de trucs russes », dit-il. « Il n’y a a priori aucune raison, avec du recul, pour qu’un site d’information conservateur se fie à tant de sources d’information russes. Qu’est ce que cela veut dire ? » J’ai demandé à voir les données brutes que PropOrNot avait utilisé pour déterminer que Drudge Report faisait de la propagande russe. Le porte-parole a dit que le groupe finirait par les rendre public, mais ne pouvait pas les partager pour l’instant. « Cela demande beaucoup de travail et nous sommes une équipe basée sur le volontariat ». À la place, il me pressa de lire Drudge Report par moi-même, suggérant que sa nature serait évidente.

Sur son compte Twitter, PropOrNot, pour soutenir ses recherches, cite un article que j’ai écrit pour le Times Magazine en 2015, à propos d’une opération de propagande en ligne, en Russie. Cependant, mon investigation était concentrée sur une organisation concrète qui diffusait directement de la désinformation. J’avais été en mesure de suivre les liens des comptes Twitter et des sites web, jusqu’à un immeuble à Saint Petersbourg où des centaines de jeunes russes travaillaient à fabriquer la propagande. Malgré les diagrammes et les chiffres à l’air impressionnant du rapport, les découvertes de PropOrNot reposent en grande partie sur des insinuations et une pensée conspirationniste.

Un autre problème majeur avec PropOrNot est que ses membres insistent sur l’anonymat. Si l’on veut abattre une campagne de désinformation, la transparence est primordiale. Sinon vous alimentez encore plus la paranoïa. Le journaliste russe Alexey Kovalev, qui démystifie la propagande du Kremlin sur son site, Noodleremover, a émis la possibilité que PropOrNot était Ukrainien menant une campagne de désinformation contre la Russie. Le porte-parole de PropOrNot ne me parlait que sous la condition de l’anonymat et ne révélait que des détails biographiques insignifiants de second plan. « Connaissez-vous bien l’assassinat de Jo Cox ? » demanda-t-il, quand je lui ai demandé pourquoi son groupe restait dans l’ombre, se référant au député britannique assassiné par un extrémiste de droite. « Eh bien, c’est une chose très importante pour nous. Essentiellement, la Russie emploie des fous pour tuer ses ennemis. »

(...)  PropOrNot a dit que le groupe inclut des Ukrainien-Américains, bien que le porte-parole a ri de la suggestion qu’ils étaient des agents ukrainiens. PropOrNot a revendiqué une indépendance financière et éditoriale totale.

(...)

L’histoire de PropOrNot devrait servir de conte moral à ceux qui s’obstinent a voir les influences numériques maléfiques comme une des principales raisons à l’élection stupéfiante de Trump.(...) Comme la propagande russe la plus efficace, le rapport a tricoté ensemble, vérité et désinformation.

Les articles de Bogus, qui étaient outrageusement favorable à Trump, ont bel et bien inondé les média sociaux durant toute la campagne électorale, et il est possible que le piratage des courriels de John Podesta, directeur de campagne de Clinton, soit l’œuvre des services secrets russes. Mais, aussi néfastes que ces faits puisse être, la perspective que de légitimes voix discordantes soient qualifiées de désinformation ou de propagande russe, par un groupe mystérieux d’ex-employés du gouvernement, avec l’aide d’un journal national, est encore plus effrayante. Vasily Gatov m’a dit, « accuser des agents extérieurs pour des effets sociaux intérieurs est très Poutinien ».

Adrian Chen a rejoint The New Yorker comme rédacteur en 2016.

https://www.les-crises.fr/la-propagande-au-sujet-de-la-propagande-russe-par-adrian-chen/

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Déclaration Balfour, la violence du texte

La lecture occasionnelle du Figaro permet parfois de dénicher quelques perles ! Je cite : “La Déclaration Balfour est l’un des documents diplomatiques les plus importants de l’histoire du Moyen-Orient au XXe siècle : la promesse d’un foyer national juif en Palestine ; le sionisme politique obtient une garantie juridique internationale” (Véronique Laroche-Signorile, 31/10). Voilà qui est fort, très fort même. Faire passer la Déclaration Balfour pour une “garantie juridique internationale” relève carrément de l’exploit conceptuel.

HIST BALFOUR 2

Signée le 2 novembre 1917, cette déclaration était une lettre du ministre des affaires étrangères britannique, Lord Balfour, au dirigeant sioniste Lord Rothschild. Que dit-elle ? “Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont jouissent les Juifs dans tout autre pays.”

Pour Londres, ce texte poursuivait un double objectif. La Première Guerre mondiale battait son plein, et il s’agissait de rallier à l’Entente l’opinion juive mondiale. En déposant ce présent aux pieds du mouvement sioniste, on comptait obtenir le soutien enthousiaste des juifs américains. Mais ce n’est pas tout. Parrainé par l’Empire britannique, le foyer national juif devait en devenir le bastion avancé au cœur du Moyen-Orient. La Déclaration Balfour, en réalité, est un acte unilatéral qui relève de la politique impériale britannique.

C’est pourquoi ce texte n’offrait aucune “garantie juridique internationale” à qui que ce soit. Mal nommer les choses interdit de les comprendre, et en fait ce fut exactement l’inverse. Nouant l’alliance entre l’Empire et un mouvement nationaliste européen pétri d’ambition coloniale, la lettre de Balfour est précisément la négation de toute garantie légale internationale. Elle acte la dépossession des propriétaires légitimes d’une terre qui est offerte à la prédation sioniste en violation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La Déclaration Balfour, c’est le viol colonial de la Palestine arabe, et rien d’autre.

Comme le dit l’écrivain sioniste Arthur Koestler, “une nation a offert à une autre nation le territoire d’une troisième”. Le foyer national juif s’est épanoui grâce à cette forfaiture, la violence de la conquête sioniste se trouvant sanctifiée au nom d’une “œuvre civilisatrice” dont l’occupant britannique (1922-1947) osa se prévaloir sans vergogne. Ce qui est au cœur de la Déclaration Balfour, c’est le colonialisme européen dans son affligeante banalité. Elle distingue en effet deux populations qui ne sont pas logées à la même enseigne. La première se voit reconnaître des droits politiques, tandis que la seconde (90% des habitants) est balayée d’un trait de plume. La première est un sujet, la seconde un simple objet.

Certes on reconnaît aux “collectivités non juives” des “droits civils et religieux”. Mais cette reconnaissance se fait en creux, par défaut. Pour les définir, on emploie la négation. Ce sont des “populations non juives”, et non des populations arabes. Le texte les prive de toute existence positive, il les traite comme des surnuméraires qu’on exclut du bénéfice de l’autodétermination. Car les “droit civils et religieux” ne sont pas des “droits politiques”, mais des droits relatifs au statut personnel et à l’exercice du culte. Que les Arabes conservent leurs coutumes, du moment qu’ils n’entravent pas la marche du peuple juif vers la souveraineté !

Contre les Palestiniens, la Déclaration Balfour a exercé une violence symbolique de longue portée. Elle scella l’alliance entre un mouvement nationaliste qui voulait “une Palestine aussi juive que l’Angleterre est anglaise” (Haïm Weizmann) et un Empire hégémonique qui entendait le rester. L’Empire a fondu, mais le sionisme s’est imposé par la force. En les privant de droits politiques, Balfour a transformé les autochtones en résidents de seconde zone, il en a fait des étrangers dans leur propre pays. La violence du texte colonial n’a cessé d’exercer ses méfaits depuis un siècle, culminant en une tentative d’oblitération que seule la résistance du peuple palestinien a pu mettre en échec.

Par Bruno Guigue | 01/11/2017

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Marlène Schiappa sur RTL ? Féministes il y a encore du boulot !

Durant la semaine du 16 au 20 octobre 2017, la parole la plus prononcée et les mots les plus écrits dans les médias français sont : « La parole a été libérée ». Référence au prédateur sexuel Harvey Weinstein ainsi qu’à sa conséquence française, la mise en œuvre d’un hashtag #balancetonporc sur Twitter. C’est dans ce contexte que la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes était l’invitée d’Élizabeth Martichoux le lundi 16 octobre lors de RTL Matin. Onze minutes révélatrices de l’état du féminisme en France, tant même cette secrétaire d’État-là paraît en retard et sous influence. À quand une vraie déconstruction de la domination masculine en France ?

schiappa rtl

À féminisme, féminisme et demi

Pour Marlène Schiappa, la déconstruction de la domination masculine c’est maintenant. Précédée par le Président de la République, lors de sa conférence de presse télévisée du dimanche soir 15 octobre 2017, Marlène Schiappa est invitée pour exposer les contours de son projet de loi sur le harcèlement de rue. Élizabeth Martichoux tend la perche du studio à la secrétaire d’État au sujet de cette surprenante préséance du chef de l’État. L’auditeur ou le téléspectateur suivant l’entretien sur le site de la radio s’étonne : la secrétaire d’État ne relève pas, paraissant comprendre que la journaliste juge dommageable que le président ait en quelque sorte vendu la mèche. Le sourire de Marlène Schiappa en dit long sur cette incompréhension.

À l’évidence, Élizabeth Martichoux n’interroge pas sur une indélicatesse ou une petite erreur de communication mais bien sur le fait même de cette préséance du chef de l’État en tant qu’il est un homme. C’est bien de domination masculine et du fait que cette domination se pratique même chez ceux qui s’annoncent en charge de la combattre que la journaliste veut signaler à la principale militante de ce combat au sein du gouvernement. En effet, une fois de plus la parole ne semble pas si libérée que cela : un homme politique de sexe masculin a volé la vedette à une femme politique portant un projet, signalant ainsi que ce projet porté par une femme est avant tout le sien. Ce que du reste la Secrétaire d’État reconnaît à plusieurs reprises au cours de l’entretien, en se plaçant sous la protection toute patriarcale d’Emmanuel Macron.

Élizabeth Martichoux ne comprend pas bien ? Nous, non plus

Ce n’est pas le seul moment surprenant de l’entretien accordé par Madame Schiappa à RTL. Laissons de côté la susceptibilité à fleur de peau de la Secrétaire d’État, récusant le mot de « militante » prononcé à son propos par la journaliste au sujet de la PMA, préférant insister sur son statut de « membre convaincue du gouvernement » – une susceptibilité qui est devenue une marque de fabrique du macronisme. Le plus important est que Madame Schiappa a eu du mal à se faire comprendre. Les explications de la Secrétaire d’État quant aux fondements et au contenu à venir de son projet de loi n’ont guère été audibles à l’antenne, tant pour l’auditeur que pour Madame Martichoux. Cette dernière a en effet beaucoup insisté pour que Madame Schiappa parvienne à expliquer ce qu’est « le harcèlement de rue ». La Secrétaire d’État n’y est pas clairement parvenue, ce qu’aucun média officiel n’a jugé utile de souligner les jours suivants. L’invitée commence par exposer que « l’idée de la verbalisation du harcèlement de rue, c’est qu’il y ait du flagrant délit. Que les forces de l’ordre puissent verbaliser le harcèlement de rue ». Ceci étant posé, Élizabeth Martichoux s’interroge à juste titre sur ce qu’est « le harcèlement de rue ».

En effet, tant qu’à verbaliser et à donner des amendes à des individus pour un délit, il peut sembler nécessaire que ce délit soit non seulement caractérisé mais qu’il soit préalablement défini. C’est ce dernier verbe que la journaliste utilise, regrettant justement que le harcèlement de rue ne soit pas « défini ». Réponse de la porteuse de projet : « Très bien ! J’ai installé un groupe de parlementaires dont la mission est justement de le définir ». L’auditeur tend l’oreille… En cette séquence médiatique où la question du sexisme, du harcèlement et des agressions sexuelles est au centre de toutes les attentions, semaine qui débute par l’annonce d’un « grand projet de loi pour lutter contre le harcèlement de rue », la Secrétaire d’État explique posément que ce délit contre lequel la loi devra lutter n’est pas défini. Qu’il n’a pas encore d’existence conceptuelle en somme. Surprise, Madame Martichoux insiste afin de comprendre. Réponse de Marlène Schiappa : « On peut retenir la définition du harcèlement de rue [dont elle vient justement d’expliquer qu’il n’était pas défini – la pensée complexe paraît s’étendre], et on peut retenir la notion d’outrage sexiste, dont certains experts disent qu’il suffit effectivement d’une fois, dès lors que le caractère d’intimidation installant un climat d’insécurité pour les femmes est prouvé ». Donc… Une preuve d’un climat d’insécurité provoqué par un délit dont la nature n’est pas définie mais dont on peut tout de même retenir… la définition.

Silence, quand tu nous tiens

Madame Schiappa précise sa pensée : « On sait très bien intimement à partir de quand on se sent intimidée, harcelée, en insécurité ». Ainsi, la définition du harcèlement de rue, délit qui va conduire à des verbalisations et à des amendes, dépendra du « ressenti » de la personne non genrée de type féminin se sentant victime dudit harcèlement. La Secrétaire d’État annonce une « formation » pour les policiers, ce qui ne manquera pas de les rassurer. Reste que cette « définition » (l’intimement) peut surprendre dans une république dont le socle est fondé sur le Bien commun, lequel ne fixe pas des lois en diversité, et relativistes selon le ressenti des individus, mais des lois valables pour tous. La loi détermine les délits en fonction de critères objectifs et non pas subjectifs. Ici, le bon vouloir d’un individu genré de type féminin deviendrait-il source de l’application de la loi ? La question mériterait d’être posée. Elle ne l’est pas.

Pourtant, ne rien comprendre n’est pas tout. Il y a aussi les silences. Et dans RTL Matin, ce lundi 16 octobre 2016, ils sont silences bruyants. Pas un mot sur le harcèlement de rue tel qu’il se développe dans certains quartiers ? Pas un mot non plus sur cette forme de harcèlement de rue qu’est le harcèlement sexiste vestimentaire inhérent à la culture d’une partie spécifique des communautés formant nation française ? Non. Pas un mot. Pas une question non plus. Madame Schiappa encore un effort ! Osez le féminisme ! Sans tabous ?

Crédit photo : capture d’écran vidéo RTL

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Anne Hidalgo supprime les colonies de vacances des enfants des personnels pour financer les JO

Article proposé par S.R.

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La décision a beau avoir été prise en catimini, elle n’en a pas moins fait scandale chez les agents de la Mairie de Paris. En effet, on vient d’apprendre qu’Anne Hidalgo a décidé de sucrer deux millions d’euros sur le dos des personnels en diminuant d’autant sa contribution à l’AGOSPAP, l’association en charge des œuvres sociales à la Ville de Paris. Une somme qui représente plus de 20% de son budget annuel. Résultat : les inscriptions pour les colonies de vacances en direction des enfants des personnels municipaux viennent désormais, en urgence, d’être « suspendues » ! Information d’ailleurs confirmée par l’AGOSPAP elle-même sur son site (lire ici).

Pourtant la Mairie de Paris se vantait jusqu’alors que « l’offre de loisirs, de séjours et de centres de vacances pour les jeunes constitue une mission essentielle ». Visiblement plus maintenant. C’est que l'équipe d'Anne Hidalgo cherche désespérément de l’argent frais pour financer ses futurs Jeux Olympiques de 2024… Et c’est sans doute pourquoi elle a dû recourir à cette manœuvre qui lui permet de ponctionner deux millions d’euros, jusque-là réservés pour des mômes qui ne peuvent pas partir en vacances.

Car il faut savoir que la grande majorité des personnels de la Ville de Paris est composée de ce que l’on appelle des agents de catégorie B et C, lesquels ne roulent pas vraiment sur l’or… Beaucoup d’entre eux habitent d’ailleurs en grande banlieue faute de pouvoir se loger dans la Capitale. Et bien sûr, comme une majorité de Français, ils ne partent pas non plus en vacances. Reste alors « la colo » pour les enfants ou les centres de séjour pour famille. Mais ça c’était avant, du temps de « l’ancrage social » de la municipalité parisienne.

Du côté des agents, c’est bien sûr la stupeur. « Pour moi, et pour beaucoup d’autres j’imagine, ça veut dire plus de vacances pour mes enfants et moi, car je n’ai pas les moyens de payer au tarif normal. Qu’est-ce qu’on peut faire ? » s’alarme ainsi une collègue. On savait que la Mairie de Paris n’aimait pas beaucoup ses agents mais là elle franchit des records olympiques. Et ça n’est pas du fictif !  Pour notre syndicat, il est donc impératif que la Mairie de Paris revienne sur cette décision inique pour que les enfants des personnels de la ville puissent continuer à bénéficier des subventions pour les séjours « juniors » et « familiaux ».

En tout cas voici le premier gros dossier chaud à résoudre pour Christophe Girard, fraîchement nommé par Anne Hidalgo « adjoint en charge des personnels et du dialogue social ». Si, si, c’est bien l’intitulé exact ! Et si Christophe Girard dit vrai, le bon sens devrait vite revenir dans les couloirs de l’Hôtel de Ville : « Je n’ai qu’un désir : trouver des solutions pour sortir des conflits. C’est ma ligne de conduite dans la sphère privée comme dans la vie publique »  déclarait récemment au journal Le Parisien celui que l’on surnomme désormais « le DRH de luxe » (lire ici).

http://www.brujitafr.fr/2017/10/anne-hidalgo-supprime-les-colonies-de-vacances-des-enfants-des-personnels-pour-financer-les-jo.html

 

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