samedi 28 octobre 2017

La Catalogne, toujours dissidente - jusqu'où ?

Une émisssion à écouter sur France Culture, pour ceux qui souhaitent creuser la question catalane.

BASE 14 995X225On y rappelle entre autres que même la II° République espagnole n'avait pas accordé la compétence éducative à la Catalogne, à l'image de la III° République française. On y rappelle aussi la répression terrible de Franco contre les Catalans qui a laissé des traces profondes et facilité certaines manipulations contemporaines, de mon point de vue. P.G.


 

L’ambition qu’a la Catalogne de renforcer son autonomie par rapport à l’Espagne castillane, et pour un bon nombre de ses habitants, d’aller jusqu’à l’indépendance, vient de s’affirmer de façon spectaculaire.

ARG CATALOGNE HISTOIRE

Le 11 septembre dernier, la Diada , journée historique de la province, a été marquée par une manifestation spectaculaire à laquelle la presse française n’a peut-être pas prêté toute l’attention qu’elle méritait, du point de vue de l’Espagne comme du point de vue de l’Europe. Depuis le col du Perthus, au nord, à la frontière française, jusqu’à Alcanar, au sud, une longue ligne de citoyens se donnant la main s’est étirée sur 400 kilomètres. Le cri d’« independencia » s’est élevé de toutes les gorges à 17h14, en évocation du jour de 1714 où Barcelone se vit contrainte de céder face aux troupes des Bourbons, lors de la guerre de succession d’Espagne.

Avec Benoît Pellistrandi, ancien directeur des études de la Casa de Velasquez, la grande école française de Madrid, membre correspondant de l’Académie royale d’histoire espagnole et professeur en khâgnes au lycée Condorcet, nous allons nous interroger ce matin sur les ressorts historiques, lointains et récents, de la dissidence catalane, sur son énergie et peut-être sur ses limites, jadis et naguère, en tâchant d’éclairer les incertitudes du futur. Avec la conviction d’entrée de jeu, que cette puissante force centrifuge dans la péninsule ibérique se nourrit, comme il advient toujours, de la combinaison de facteurs culturels et économiques tout autant que directement politiques. Et que la crise violente que connaît l’Espagne ces temps-ci ne peut qu’exacerber la tension. Jean-Noël Jeanneney

Programmation sonore

- Hymne catalan « Els Segadors » par Francisco MONTANER, dans le cadre de l’émission « Libre parcours » d’Eve GRILIQUEZ sur France Culture, le 16 décembre 1975.

- Extrait d'une causerie de l'historien Pierre VILAR, dans "Heure de culture française", décembre 1958.

- Extrait d’un entretien avec le poète et écrivain catalan José PALAU Y FABRE, à propos de la « renaissance » catalane au XIXe siècle, dans le cadre de l’émission « Heure de culture française » sur France culture, le 22 octobre 1968.

- Extrait du discours de Francesc MACIA proclamant le République de Catalogne, le 14 avril 1931 à Barcelone.

- Lecture d’un extrait de Hommage à la Catalogne de George ORWELL (paru en 1938 sous le titre de Homage to Catalonia), par Jean NEGRONI dans le cadre de l’émission « Les Chemins de la connaissance » du 22 novembre 1983.

- Chanson « L’Estaca » de Lluis LLACH enregistrée en live à Barcelone en 1976.

Bibliographie

- Benoît PELLISTRANDI, Histoire de l’Espagne des guerres napoléoniennes à nos jours, Perrin, à paraître le 31 octobre 2013.

- Benoît PELLISTRANDI, Un discours national ? La Real Academia de la Historia entre science et politique (1847-1897), Casa de Velasquez, 2004.

- Jordi CASASSAS et Carles SANTACANA, Le nationalisme catalan, Ellipse, 2004.

- Stéphane MICHONNEAU, Barcelone. Mémoire et identité (1830-1930), Presses universitaires de Rennes, 2007.

- Josep M. FRADERA, « Catalanisme : histoire d’un concept », in : La vie des idées , 26 janvier 2010.

- Gracia DOREL-FERRÉ, Atlas historique de la Catalogne, Autrement, 2010.

- Stéphane PAQUIN, La revanche des petites nations. Le Québec, l’Écosse et la Catalogne face à la mondialisation, vlb éditeur, 2001.

- George ORWELL, Hommage à la Catalogne, Editions Ivréa, 1982.

Précision. A la suite d'un mouvement social, nous n'avons pas pu enregistrer l'émission prévue initialement. Nous vous proposons cette émission diffusée une première fois le 5 octobre 2013.


 

Ecouter l'émission:

https://www.franceculture.fr/emissions/concordance-des-temps/la-catalogne-toujours-dissidente-jusquou-0

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Communiqué de presse de l’UPR-GUYANE

Ce 27 octobre 2017, de violents affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont eu lieu devant la préfecture de Cayenne, alors que s’achevait le premier jour de la visite d’Emmanuel Macron en Guyane, marqué par un grand rassemblement du collectif Pou Lagwiyann dékolé,

Les troubles qui agitent de nouveau la Guyane, à l’occasion de la visite d’Emmanuel Macron et de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, sont l’occasion de publier ici le communiqué de presse que notre délégation de l’UPR-Guyane a publié voici déjà une semaine et qui se révèle particulièrement judicieux avec le recul des événements survenus depuis lors :

COM UPR GUYANE

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Communiqué de presse de l’UPR-GUYANE du 20 octobre 2017

En marche vers l’austérité : Juncker, Macron et la Guyane

À l’occasion de la tenue en Guyane de la XXIIe conférence des régions ultrapériphériques de l’Union européenne, en présence des 2 représentants de l’austérité que sont le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et le Président de la République Emmanuel Macron, la délégation Guyane de l’Union Populaire Républicaine souhaite attirer l’attention sur les faits suivants :
La suppression de l’aide alimentaire aux plus démunis en Guyane, jusqu’ici versée sous forme de subventions dites européennes, a été annoncée [1], alors que la France est contributeur net, à hauteur de 9 milliards d’euros par an, au budget de l’Union européenne. La France verse en effet tous les ans 22 milliards d’euros à l’UE qui ne lui reverse que 13 milliards sous forme de subventions diverses et il est prévu que cette contribution augmente dans les années à venir (notamment avec le départ annoncé du Royaume-Uni).
Le projet de loi de finances 2018 prévoit une baisse de 8,8 millions d’euros pour l’agence de l’Outre-mer pour la mobilité (LADOM) [2]. Cette loi de finances est dictée par la Commission européenne, non élue, qui prône l’austérité à travers les Grandes orientations de politique économique (GOPÉ), « recommandations » de politique sociale et économique émises pour chaque pays membre de l’UE, en vertu de l’article 121 du Traité sur le Fonctionnement de l’Union Européenne (TFUE) [3].
À la rentrée 2017, de nombreuses associations ou écoles ont été privées des emplois aidés, à la demande du gouvernement Philippe qui ne fait qu’appliquer les directives européennes en matière de réduction des dépenses publiques. Au même moment, la « Loi Travail XXL », autre émanation des GOPÉ visant la destruction du code du travail, est passée en force via les ordonnances. Les GOPÉ sont, en outre, à l’origine de la baisse des dotations de l’État aux collectivités territoriales.
Par ailleurs, l’Union européenne et le Mercosur (groupement de pays sud-américains) négocient actuellement les termes d’un traité de libre-échange. La France et la Guyane sont-elles associées à ces négociations ? Les intérêts des agriculteurs comme des consommateurs guyanais sont-ils défendus ? On peut en douter au vu des renoncements répétés de l’État français en matière de défense des intérêts vitaux du pays.
L’entrée en vigueur du CETA [4], traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, le 21 septembre 2017, sans vote à l’Assemblée nationale, en est un bon exemple. Il s’agit là d’un traité anti-démocratique, mais aussi anti-écologique [5] qui sert les intérêts de grands groupes industriels et agro-alimentaires, au détriment de l’intérêt général.
Les technocrates de l’Union européenne doivent également se souvenir qu’un grand mouvement social mené par le collectif Pou la Gwiyann dékolé (Pour que la Guyane décolle) a eu lieu en Guyane en mars et avril 2017. Le collectif réclamait légitimement le rattrapage économique et social de la Guyane vis-à-vis de l’Hexagone. Le mouvement s’est achevé le 21 avril 2017 avec l’accord de Guyane, par lequel le gouvernement avait acté un plan d’urgence de 1,08 milliard d’euros et pris acte de la demande de 2,1 milliards d’euros supplémentaires formulée par le collectif.
Pour l’instant, aucun versement n’a été effectué. La Guyane reste un désert médical [6] où la pauvreté ne cesse d’augmenter [7]. Elle reste honteusement sous-équipée notamment en matière d’éducation, reste victime de l’orpaillage clandestin, reste menacée par la voracité des industries d’extraction, reste méprisée en somme et ce jusque dans les notes présidentielles adressées aux journalistes accompagnant nos sinistres visiteurs.
Dans ce contexte le débat sur le nouveau statut de la Guyane nous paraît complètement déplacé et stérile compte-tenu du carcan bruxellois qui s’appliquera à toute collectivité restée dans l’UE. Dénoncer la tutelle de Paris pour subir celle bien plus prédatrice de Bruxelles ?…
Pourquoi les élus ne s’attaquent-ils jamais aux vraies causes des problèmes, c’est-à-dire notre appartenance à l’UE ?
Pourquoi les Assises françaises des Outre-mer se tiennent-elles en ce moment ? Quelle est leur utilité si leurs conclusions ne font qu’entériner les GOPÉ ?

De spectacles et de mensonges médiatiques, les Guyanais n’ont pas besoin. Nous ne voulons pas voir agoniser notre territoire, comme la Grèce aujourd’hui martyrisée, au nom des intérêts d’une oligarchie. Nous voulons décider collectivement de notre avenir, nous ne voulons pas des diktats de l’UE. Face aux traités européens, il peut y avoir des choix démocratiques, n’en déplaise à M. Juncker[8]. Choisissons la souveraineté, choisissons la démocratie, quittons l’UE [9] !

UPR GUYANE

20 octobre 2017
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Notes :
[1] La suppression de l’aide alimentaire aux plus démunis en Guyane : Guyane 1ère, octobre 2017 : https://twitter.com/guyane1ere/status/915612282704531456.
[3] Les grandes orientations de politique économique (GOPÉ) pour la France en 2017-2018 : https://www.upr.fr/gope-grandes-orientations-de-politique-economique
[4] CETA : Comprehensive Economic and Trade Agreement ou AECG : Accord économique et commercial global.
[5] Le CETA signe l’arrêt de mort de la COP 21, Le vent se lève, septembre 2017 : http://lvsl.fr/le-ceta-signe-larret-de-mort-de-la-cop-21
[7] La pauvreté augmente en Guyane, Guyane 1ère, octobre 2017 : https://twitter.com/guyane1ere/status/920420371651874816
[8] Du traité constitutionnel à Syriza, l’Europe contre les peuples, Le Figaro, février 2015 : http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/02/02/31001-20150202ARTFIG00405-du-traite-constitutionnel-a-syriza-l-europe-contre-les-peuples.php
[9] Pourquoi un Frexit est urgent ? : https://www.upr.fr/pourquoi-un-frexit-est-urgent.

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Une suggestion : allez massivement cliquer « J’aime » sur la page Facebook de l’UPR-Guyane, en signe de soutien  et de solidarité avec notre équipe locale de militants dynamiques et dévoués.

Fiscalité : un gain estimé à 1,5 million d’euros pour les 100 contribuables les plus riches

Bercy a en partie répondu aux questions du président PS de la commission des finances du Sénat, Vincent Eblé, sur l’impact de la réforme ISF et de la flat tax. Selon l’estimation de la commission, le gain total est de 1,5 million d’euros pour chacun des 100 contribuables les plus riches.

ARG BERCY BASTILLE RF

Vincent Eblé n’aura pas eu besoin de se déplacer jusqu’à Bercy. Le président PS de la commission des finances du Sénat a reçu tard dans la nuit de mercredi à jeudi les informations qu’il avait demandées la semaine dernière au ministère de l’Economie et des Finances sur l’impact de l’ISF et de la « flat tax », le prélèvement forfaitaire unique de 30%. Deux mesures du budget 2018 qui valent à Emmanuel Macron d’être taxé de « Président des riches ». Comme il l’avait annoncé à publicsenat.fr la semaine dernière, il menaçait de se rendre sur place à Bercy pour obtenir les éléments, comme ses pouvoirs de président de la commission des finances lui permettent.

La centaine de parlementaires qui ont signé un appel dans Libération pour que Bercy donne ces éléments d’information seront-ils satisfaits ? En partie. Car Bercy n’a pas répondu totalement au questionnaire détaillé préparé par les services de la commission des finances du Sénat. Mais de nouveaux éléments significatifs ont été transmis.

Grâce au prélèvement forfaitaire unique (PFU), ou flat tax, « les 100 premiers contribuables à l’ISF gagneront chacun, en moyenne, 582.380 euros par an. Pour les 1.000 premiers contribuables, le gain moyen lié au PFU s’élèvera à 172.220 euros par an » explique Vincent Eblé, selon les éléments transmis par Bercy (voir la vidéo, images de Sandra Cerqueira).

Flat tax : 44% du gain total est capté par 1% des ménages aux revenus les plus élevés

En élargissant aux 1% des ménages aux revenus le plus élevés, ces derniers captent « 44% du gain total ». « Le bénéfice lié à la mise en place du PFU apparaît ainsi extrêmement concentré » affirme le sénateur PS de Seine-et-Marne.

Bercy n’a en revanche pas pu chiffrer l’impact du remplacement de l’ISF par l’IFI (impôt sur la fortune immobilière) dans la mesure où « le patrimoine immobilier des redevables n’est pas connu avec précision » selon la réponse transmise par le ministère. Le sénateur PS y voit plutôt « une forme d’opacité ».

Estimation pour la réforme de l’ISF

Pour obtenir un chiffre, Vincent Eblé a dû travailler par déduction. Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, a indiqué la semaine dernière devant les députés que les 100 premiers contribuables à l’ISF payent chacun en moyenne 1,26 million d’euros par an au titre de cet impôt. « Dans la mesure où les plus hauts patrimoines sont constitués à environ 85% d’actifs financiers, il peut être fait l’hypothèse que le gain lié à la transformation de l’ISF en IFI s’élève pour ces contribuables à environ 1 million d’euros par an » estime Vincent Eblé. Une estimation à prendre « avec prudence », reconnaît-il. Mais qui donne un ordre d’idée.

Entre la réforme de l’ISF et la flat tax, les plus riches s’en sortent par conséquent plutôt très bien« Pour les 100 premiers contribuables à l’ISF, le gain total lié aux deux réformes peut donc être estimé à environ 1,5 million d’euros par an » affirme Vincent Eblé, soit 1 million venant de la réforme de l’ISF et les 580.380 euros, grâce à la flat tax. « Un montant supérieur à l’ISF » acquitté jusqu’à présent par ces 100 Français les plus riches. Au total, les gains cumulés pour les 100 premiers contribuables représentent donc un cadeau de la part de l’Etat de 150 millions d’euros. L’ISF rapportait lui 4 milliards d’euros dans les caisses de l’Etat, après plafonnement.

50.000 emplois créés à long terme, selon Bercy

Quant à l’effet en termes d’emploi, ils sont très limités sur le long terme. Et ce sont ici les données de Bercy qui permettent de l’affirmer. « Ces deux mesures évaluées conjointement conduiraient à long terme à une augmentation du PIB de 0,5% point et à la création de 50.000 emplois » répond Bercy à la commission des finances. « L’effet sur l’emploi serait donc extrêmement limité » constate Vincent Eblé. De quoi alimenter la suite des débats sur le budget au Sénat, puis lors de son retour à l’Assemblée nationale.

https://www.publicsenat.fr/article/politique/fiscalite-un-gain-estime-a-15-million-d-euros-pour-les-100-contribuables-les-plus

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Natacha Polony – Changer la vie, par Jacques Sapir

Le livre que vient d’écrire Natacha Polony a un double statut : il se veut programme tant économique que social, et cela explique le clin d’œil du titre aux années 1970, mais il se présente aussi sous la forme d’un dictionnaire, comme le fameux « dictionnaire des idées reçues » de Flaubert.

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Ce choix éditorial est assumé et justifié par l’auteur. Il s’inscrit dans une logique de combat culturel et politique qu’il convient de mener aujourd’hui. Sur ce point, Natacha Polony a parfaitement raison. Elle écrit ainsi dans l’introduction du livre : « Or, il n’est pas de projet politique véritable qui ne repose sur l’ambition de ‘changer la vie ‘. Telle est en fait la définition de la politique : l’idée qu’il est possible, par l’action collective des citoyens assemblés, de faire émerger les conditions d’une société qui mette réellement en œuvre les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité. Bref, le contraire absolu et radical de ce dogme selon lequel ‘il n’y a pas d’autre politique possible’ »[1]. Rien de plus juste. Contre l’idéologie ambiante, c’est bien d’un combat culturel dont il s’agit. Et, n’en doutons pas, ce livre de Natacha Polony apportera à ceux qui veulent le mener, explications, analyses et argument.

Mais, ce livre a aussi, dans sa forme, un double statut. Si cela ne pose pas de problèmes particulier à la lecture, et l’on sait que Natacha Polony écrit d’une plume enlevée, porte néanmoins en lui une tension qui conduit à s’interroger sur l’usage que l’on peut faire de cet ouvrage.

Les fondamentaux, le programme, et le plan de l’ouvrage

Ce livre est écrit en deux parties, intitulées « pour une société vivable » et « reconquérir nos vies ». Ce plan correspond bien au projet de faire programme. Mais, ces parties rassemblent des entrées alphabétiques. Ainsi, dans la première partie, l’entrée « Décroissance » se trouve prise en sandwich entre « Déclinisme » et « Démocratie ». Dans la seconde, qu’il est permis de trouver – en un sens – plus cohérente, l’entrée « S ‘empêcher » se trouve coincée entre « Rire » et « S’enraciner ». On mesure ici l’un des problèmes que soulève la lecture de ce livre. La juxtaposition des concepts et des champs peut nuire au développement de la pensée de Natacha Polony qui, pourtant, tisse sa toile avec une réelle unité du propos. Mais, c’est au lecteur de faire l’effort pour retrouver cette unité.

L’un des problèmes est que cette forme induit de nombreuses redites et répétitions. Un autre problème est que l’on saute ainsi fort souvent du coq à l’âne. C’est l’idée du dictionnaire qui veut cela. Mais, c’est aussi est en un sens regrettable, car le propos de l’ouvrage aurait mérité un plan, assurément plus conventionnel, permettant de mieux développer et approfondir certaines notions. On ressent en particulier cette tension dans la première partie de l’ouvrage.

L’idée du « dictionnaire des idées reçues » n’est pourtant pas sans mérites. L’acuité de la pensée de Natacha Polony et la vivacité de sa plume pouvaient s’y prêter. Mais, il aurait fallu, alors, faire des entrées courtes, afin de maintenir le lecteur dans un état de tension. Or, sur certains domaines, et là encore on le comprend parfaitement, voire on l’approuve, Natacha Polony a considéré qu’il lui fallait approfondir le sujet. L’entrée « Europe » fait donc plus de huit pages quand celle consacrée à « l’économie circulaire » en fait une et demie, et celle consacrée à la « globalisation » une un quart. Cela nuit à l’économie du texte. Ce livre hésite donc entre plusieurs registres, qui vont de l’analytique au pamphlétaire.

La question de l’autonomie

On l’a dit, le projet de Natacha Polony est estimable, et certainement nécessaire. Les réflexions qu’elle propose sont souvent très intéressantes. La longue discussion initiale sur l’entrée « Autonomie » l’illustre à merveille. Il en va de même avec l’entrée « Barbarie ». On notera que ces deux entrées font plus de six pages, et qu’elles auraient pu être étendues sans dommages. Car, l’un des points les plus intéressants de cet ouvrage est une forme de relecture du concept d’autonomie, et l’œuvre de Cornelius Castoriadis est ici largement évoquée. Natacha Polony montre bien la spécificité de ce concept, qui n’est nullement réductible à l’idée d’individus existants hors de toute société. Le concept d’autonomie cherche à articuler l’individualisme, à travers ses fondateurs qu’il s’agisse des philosophes grecs ou des théologiens chrétiens du Moyen-âge, et la notion d’animal social qui définit l’homme (mais qui, il faut l’ajouter, ne définit pas QUE l’homme car les grands primates sont tout autant que nous des animaux sociaux et donc politiques). Les références à Castoriadis, qu’elles soient explicites ou implicites, sont d’ailleurs assez nombreuses dans l’ouvrage. On peut cependant regretter qu’il ne soit pas fait mentions des travaux d’Agnès Heller et de Ferenc Feher, deux autres penseurs de cette importante notion d’autonomie.

Or, la question de l’autonomie débouche rapidement sur celle de la distinction nécessaires des sphères privées et publiques, et donc sur la question de la laïcité. C’est d’ailleurs une question fort ancienne. Les romains distinguaient ainsi entre les superstitio qui étaient les croyances de chaque individu et la religio qui définissait le corps de croyance que se devait d’avoir tous citoyen. On voit bien que la distinction entre sphère privée et sphère publique était connue. Les frontières entre ces sphères, ou ces espaces, n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Et on peut considérer que ces frontières sont en constante évolution.

C’est donc une question de fond, et elle est traitée avec la profondeur qu’il convient. Ici, il m’est arrivé plus d’une fois de maudire le plan de l’ouvrage, qui casse un raisonnement au moment où ce dernier prenait une ampleur et une profondeur des plus intéressantes. Car, il y a une continuité dans les réflexions de Natacha Polony sur ces différentes questions. Au-delà, la question de la séparation entre les deux sphères (la « privée » et la « publique ») est aujourd’hui remise en cause par les usages nouveaux qui s’imposent dans la société d’innovations techniques. Natacha Polony aborde et cite le développement de postures narcissiques mais, là encore, en dit trop ou trop peu. Ou, du moins, elle en dit trop peu dans l’entrée concernée. Car, une lecture attentive trouvera des mentions, des réflexions, voire ce que l’on appelle en peinture des « remords » dans d’autres entrées. Ici encore, on est confronté au parti pris de la structure du livre.

Les enjeux de l’analyse de la « barbarie »

De même, la question de la « barbarie » permet des développements qui sont passionnants mais, hélas, ces développements sont trop courts et nous laissent un peu sur notre faim (et pourtant c’est l’une des entrées les plus importantes). La critique de l’attitude du Premier-ministre canadien, M. Justin Trudeau est à la fois juste et éclairante sur les complaisances qu’entretiennent certains secteurs de l’opinion, mais aussi certains secteurs de l’élite politique, sur les comportements « barbares » qui sont alors si ce n’est justifiés du moins tolérés au nom de la « différence des cultures ». La question de l’excision est ainsi abordée, mais principalement par le prisme canadien. Sur ce point, on peut regretter qu’une entrée traitant des mutilations sexuelles, qui frappent essentiellement les femmes, ne se trouve pas dans ce livre. Au-delà du fait, que l’on doit assimiler à une barbarie, une analyse de la construction des justifications de cette barbarie, qu’elles soient coutumières ou qu’elles soient religieuses, permettrait d’armer les militants associatifs qui luttent, au quotidien, contre ces pratiques. Et là, on serait typiquement dans le projet explicite de ce livre.

Un coup d’œil alors à l’entrée « Multiculturalisme » se révèle décevant. Cette entrée, assez longue, porte plus sur les effets politiques du multiculturalisme, disant d’ailleurs sur ce point des choses justes, que sur les racines et les causes de cette idéologie. Car si l’hybridation des cultures est une réalité, la construction du projet multiculturaliste relève de l’idéologie. Quand Natacha Polony argumente sur le fait qu’il y a deux lectures du terme, une lecture qui renvoie à l’altérité entre les cultures et les civilisations, et une lecture qui désigne en fait une dimension de sauvagerie, elle a entièrement raison. Mais, justement, la juxtaposition de ces deux usages du mot « barbarie », un usage savant et un usage courant, pose un problème de fond. Les discours justificateurs des comportements barbares (dans le sens courant du terme) en jouent à fond. Et c’est là où l’on se trouve en manque d’une explication qui serait un approfondissement.

 

Héritage, éducation et le combat pour la responsabilité

Comme on l’a dit, les entrées correspondants à la seconde partie du livre sont souvent plus homogènes. Elles sont aussi écrites d’une plume plus nerveuse, et dans un style qui correspond mieux au « dictionnaire ». De ces multiples entrées, on conseillera au futur lecteur de lire « Hériter » et « Eduquer » en premier. Ces deux entrées sont des merveilles de précision et de concision. L’entrée « Connaître » est aussi un petit régal, à travers la citation du Pantagruel de Rabelais.

L’entrée qui porte sur les « responsabilités » est elle aussi importante, et elle est particulièrement bien venue. La notion de responsabilité est centrale à la construction d’une personnalité démocratique, comme le rappelle avec justesse Natacha Polony. Elle implique un certain regard sur le rapport entre Soi et les Autres, entre l’individu et la société qui l’entoure. Mais, la notion de responsabilité est aussi inter-temporelle. On n’est pas seulement responsable envers les vivants, mais aussi envers ceux qui sont à naître. C’est un pivotement essentiel de la notion de responsabilité qui renvoie à la prudence, ou à ce que l’on appelle aujourd’hui le « principe de précaution ». On en voit très concrètement les effets, dans le rapport que les citoyens doivent avoir à l’usage industriel de certains produits (de l’amiante au glyphosate). Mais, cette notion de responsabilité aurait mérité d’être élargie à des entrées, hélas manquantes, sur la « prudence », comme une possible vertu contemporaine.

Si des entrées manquent, d’autres interpellent par leur extrême concision. Ainsi l’entrée « Combattre » ne fait que 6 lignes…Est-ce à dire qu’il est si facile de faire le tour de cette question ? J’avoue en douter. Car, il y a un petit tour de passe-passe. Quand Natacha Polony écrit « Nulle violence, nulle agressivité. Mais la certitude que nos vies ont un sens quand elles creusent un sillon, quand elles s’incarnent dans une cause »[2], on ne peut que partager. Mais dire une chose vraie ne signifie pas tout dire, et en particulier traiter du rôle de la violence dans l’histoire des sociétés. Combattre, c’est aussi se poser le problème du rapport à la violence, une entrée elle aussi manquante. On aurait pu admettre l’extrême concision de l’entrée « Combattre » si à cette entrée y avait répondu une autre, traitant de la question des formes d’oppressions et des formes de lutte, bref de ce rapport à la violence qui doit être maitrisée dans une société démocratique mais qui ne saurait être exclu, sous peine de tomber dans un discours simplificateur. Or, « Combattre » et « Eduquer », voire « Connaître » sont des entrées liées. La cause pour laquelle on combat, et sous quelques formes que puisse prendre ce combat, elle découle de notre éducation, de ce que l’on connaît, voire de ce que l’on a hérité.(sic)

Une lecture indispensable pour ceux qui veulent changer la vie

On l’aura compris, ce livre regorge de trouvailles édifiantes, de notations passionnantes, de réflexions pertinentes, mais aussi de non-dits irritants. Les 55 entrées de la première partie tout comme les 27 de la seconde constituent autant de vignettes traitant des points cruciaux de nos vies et de la société d’aujourd’hui. Il faut donc remercier Natacha Polony d’avoir tenté d’en faire la synthèse dans un format maniable et qui permet d’emporter le livre avec soi pour relire certaines des entrées au fur et à mesure de nos envies mais aussi des nécessités du combat culturel. Sous cet aspect, ce livre s’avère être une lecture indispensable. Au-delà des critiques que l’on peut faire sur la forme, et aussi sur les oublis ou sur ce qui manque en approfondissement justement dans cette forme de dictionnaire, la lecture de cet ouvrage s’impose pour tous ceux qui partent du constat que nous vivons aujourd’hui dans un monde abominable, et qui deviendra pire pour nos descendants si nous n’en changeons pas.

[1] Polony N., Changer la vie – Pour une reconquête démocratique, Paris, Editions de l’Observatoire, octobre 2017.

[2] Idem, p. 266.

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-natacha-polony-changer-la-vie-par-jacques-sapir/


 

Le professeur Sapir note sévèrement l'élève Polony, sous couvert d'approbation, façon "élève méritante mais peut mieux faire", "devrait approfondir la réflexion" etc. Le genre de commentaire "pédagogique" qui me vient parfois en tête en le lisant, notamment quand il traite des questions européennes...Raison de plus, à mon avis, de s'intéresser à cet ouvrage. P.G.

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L’Allemagne face à son Destin, par Charles Gave

Commençons par rappeler l’un des grands classiques de la géopolitique.

Des guerres inexpiables ont toujours opposé le pays qui contrôlait la mer au pays qui gouvernait la terre. Pensons à Athènes contre Sparte, à la Grèce contre l’empire Perse, à Carthage contre Rome (Cartago delenda est…), à la Grande-Bretagne contre (dans l’ordre d’apparition) Philippe II d’Espagne, Louis XIV, Napoléon, Guillaume II, Hitler pour finir par les Etats-Unis contre l’Union Soviétique…

ARG CHINE RUSSIE US DOLLAR

Depuis la seconde guerre mondiale, les USA contrôlent sans partage les mers du monde entier grâce à une marine dont la domination ne peut être mise en doute par quiconque tant elle est écrasante. Cette maitrise des mers s’est transformée en un « hégémon global » en raison de l’écroulement en 1990 de la puissance continentale qui les avait menacés depuis 1945, l’Union- Soviétique. De 1990 à l’arrivée au pouvoir de monsieur Xi, nul « challenger » ne se profilait à l’horizon et les gouvernements américains enivrés de leur toute puissance se mirent à vouloir dominer non seulement les mers, mais les terres, ce qui est autrement difficile.

Et ils sont en train d’échouer…

C’était d’autant plus prévisible qu’un nouveau pouvoir « terrestre » commence à émerger avec les capacités humaines, financières et techniques pour « dominer » au moins commercialement une grande partie des territoires émergés, et je veux parler bien sûr de la Chine.

Regardons une carte.

Aussi contre intuitif que cela paraisse, la Chine est en réalité une immense « île », bordée par l’océan à l’Est, un immense désert à l’Ouest et protégée par des montagnes ou des jungles impénétrables au Sud. Et arriver en Chine par le Nord, mieux vaut ne pas y penser.

Pour relier la Chine au reste du monde, les commerçants pendant des millénaires ont utilisé les « routes » de la soie, l’une terrestre passant au Nord dès l’Himalaya et l’autre au Sud, maritime, passant par les Indes, le Moyen-Orient et rejoignant l’Europe au travers de la Mésopotamie et de la Syrie.

L’arrivée des bateaux à vapeur et l’ouverture du canal de Suez ont détruit en quelques décennies ces deux routes de la soie et du coup la Chine ne contrôlait plus son commerce ni avec l’Europe ni avec le reste de l’Asie et encore moins avec le reste du monde.

Voilà qui est en train de changer.

Le plan de monsieur Xi est très simple : il veut tout simplement ré-ouvrir les deux routes de la soie.

  • Au Sud, la Chine va aider à rebâtir tous les anciens ports de la route de la soie maritime, ce qui va déclencher une forte croissance dans toutes ces régions, en raison du phénomène dit de réseaux. Imaginons que deux ports soient construits pour relier deux régions qui jusque-là n’avaient que peu ou pas de contacts. Il va falloir bâtir toute une série d’infrastructures (aéroports, hôtels, logements, télécommunications, routes etc..) et nous aurons très vite UNE nouvelle série de lignes de communications entre ces deux centres. Ajoutons un troisième port : nous aurons besoin de TROIS séries de lignes de communication. Ajoutons en un quatrième : Il faudra ouvrir SIX lignes de communications pour relier tout ce petit monde… Ajoutons en « N ».

Il faudra N*(N-1) /2 lignes de communications…

Et donc contrôler la mer va devenir de plus en plus difficile pour la marine américaine…

Et accessoirement toutes ces régions vont pouvoir se spécialiser dans ce qu’elles font le mieux et nous rentrerons dans une période de croissance sans précédent au sud de l’Himalaya, pour la plus grande prospérité de la Chine et de tout le monde autour d’elle…

Au Nord, les caravanes d’autrefois vont être remplacées par des chemins de fer qui relieront le Nord de la Chine à la Grèce et à l’Allemagne (Duisbourg).

Déjà, les autorités Chinoises ont acheté le port d’Athènes pour expédier leurs marchandises du Pirée vers toute l’Europe du Sud. Ces lignes de chemin de fer vont ramener dans le monde moderne toutes les populations du Nord de l’Himalaya qui vont petit à petit redevenir productives comme l’étaient leurs ancêtres. Et ces populations vont avoir besoin de tout, ce qui donnera des débouchés aux sociétés d’infrastructure chinoises quelque peu en sur capacité en ce moment. (Je ne saurai trop conseiller aux lecteurs d’acheter de l’immobilier autour de Trébizonde, d’où partaient et arrivaient autrefois toutes les caravanes).

Un léger « hic » cependant pour la route du Nord, la seule qui sera toujours complètement à l’abri des flottes américaines : une grosse partie du trajet passe sur des terres Russes.

Il faut donc que la Chine s’allie durablement avec la Russie, leur but commun étant de contrôler l’hégémon américain.

Une telle alliance devrait être le cauchemar de la diplomatie américaine pour des raisons faciles à comprendre et pourtant cette diplomatie (?) américaine fait absolument tout pour jeter les Russes dans les bras des Chinois. On songe à la France détruisant au traité de Versailles l’Autriche Hongrie (le but de la diplomatie française depuis Richelieu) pour se retrouver seule face à l’Allemagne et à la Russie en 1940 et se faire ratatiner.

Et cette alliance se renforce tous les jours, au vu et au su de tout le monde.

  • Les Chinois se mettent à acheter du pétrole Russe à la place d’acheter du pétrole Saoudien et les Russes acceptent que ce pétrole soit réglé en monnaie chinoise, le Yuan, ce qui fait sauter le monopole que le dollar avait sur les paiements du pétrole. Premier coup terrible contre le dollar…
  • Et pour ajouter l’insulte à l’injure, les Chinois créent à Hong-Kong un marché à terme du pétrole, coté en Yuan et muni d’une caractéristique intéressante. Si par exemple la Russie (ou n’importe qui d’autre, l’Arabie Saoudite par exemple) se trouvait temporairement disposer de trop de Yuan et n’avait pas envie de les garder dans ses réserves de changes, n’ayant guère confiance dans la monnaie chinoise… et bien, la banque centrale Chinoise rachèterait ces Yuan avec …de l’or.

Deuxième coup terrible contre le dollar : réintroduire l’or dans le système c’est faire sauter à terme ce que Jacques Rueff appelait le « privilège impérial », c’est-à-dire la possibilité qu’ont les Etats-Unis de solder leurs déficits extérieurs avec leur propre monnaie.

Tout cela est connu et je ne décris rien de bien nouveau que je n’aurais pas décrit déjà à plusieurs reprises dans ces chroniques.

Ce qui m’intéresse à partir de maintenant, c’est autre chose : Comment va réagir l’Allemagne à l’émergence de ce condominium Sino-russe sur la moitié des terres immergées ?

L’Allemagne a toujours été un pays continental et jamais un pays maritime. Elle a été vaincue deux fois dans son histoire récente par une alliance des pays maritimes, ce qui laisse des traces.

Mon analyse est donc toute simple : tout, je dis bien tout, montre que l’Allemagne aurait intérêt à quitter l’alliance maritime en plein déclin pour rejoindre l’alliance terrestre en plein essor.

Quelques précisions sur cette remarque qui pourrait paraitre excessive au premier abord, en se souvenant de ce qui disait le General de Gaulle : « Les nations n’ont pas d’amies. Elles n’ont que des intérêts »

  • Le quasi-totalité de la croissance économique dans les années qui viennent aura lieu autour ou à l’intérieur de cette « alliance terrestre » et toute cette zone aura besoin des produits allemands, l’Allemagne devenant de fait le producteur des biens à forte valeur ajoutée pour ces régions.
  • La zone européenne est très mal partie, étant et de loin la région du monde ayant le plus faible taux de croissance depuis 17 ans, mais aussi le plus fort taux d’endettement du secteur public, la plus mauvaise démographie et le plus fort taux de dépenses sociales. Le seul espoir (de monsieur Macron comme celui de Poincaré avant lui) est que « l’Allemagne paiera ». On peut toujours rêver.
  • La protection militaire américaine devient de plus en plus « douteuse » avec un système politique complètement bloqué outre atlantique entre des élites qui ne représentent plus qu’elles-mêmes et le peuple, laissé à l’abandon.
  • S’allier avec la Chine et la Russie, c’est contrôler la Turquie qui ne parait plus être une alliée très fiable à l’intérieur de l’Otan et donc de ce fait aider au contrôle des populations Turques résidantes en Allemagne ou désireuses de s’installer en Allemagne.
  • S’allier avec la Russie c’est aussi laisser ce pays s’occuper du Moyen–Orient, en s’appuyant sans nul doute sur l’Iran, en remettant au gout du jour la vieille alliance de revers entre Russie et Perse pour contrer la Turquie militairement. Cela veut dire favoriser la victoire au Proche Orient des chiites sur les sunnites et donc se débarrasser du terrorisme qui a de plus en plus tendance à être d’origine « sunnite » et que les USA ne veulent pas ou ne peuvent pas contrôler, tant ils sont embourbés dans leur alliance avec les monarchies wahhabites qui ont toujours financé le terrorisme. Voilà un scénario qui ne va pas plaire à Israël.

Faisons un peu de politique fiction.

Madame Merkel, est devenue ce que l’on appelle aux USA un « lame duck » c’est-à-dire quelqu’un que plus personne n’écoute puisque chacun sait que ce mandat est son dernier.

Imaginons qui plus est que l’un ou l’autre des grands pays européens (Italie, France) connaissent de graves problèmes économiques et sociaux et décide (ou soit forcé) de sortir de l’Euro. L’économie allemande et en particulier le secteur de la finance serait en quasi faillite, compte tenu des pertes à subir sur les créances de ce pays détenues par les institutions allemandes. Il ne faut pas être très malin pour penser que dans un tel moment, la Russie et la Chine proposeraient leur aide « désintéressée » pour aider l’Allemagne à passer ce moment difficile, qui serait bien sûr acceptée avec gratitude par nos voisins.

Et tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Si le lecteur pense que j’exagère, alors il doit se poser un certain nombre de questions

  • Pourquoi le gouvernement Chinois a-t-il créé à Shanghai un nouvel FMI et une nouvelle banque mondiale ?
  • Pourquoi l’Autriche-Hongrie est-elle en train de renaitre sous le nom de « groupe de Visegrad » si ce n’est pour empêcher la liaison terrestre entre la Russie et l’Allemagne ?
  • Pourquoi monsieur Trump a-t-il été offrir une alliance militaire renforcée à la Pologne lors de son discours à Varsovie, et pourquoi est-il allé à Varsovie pour commencer ?
  • Pourquoi les troupes américaines en Syrie essayent par tous les moyens d’empêcher la famille Assad de rester au pouvoir, y compris en tirant sur les troupes russes… si ce n’est pour empêcher la création d’un arc Chiite allant de Lattaquié qui contrôle l’Est de la Méditerranée à Bahreïn qui contrôle le golf Persique et où est ancrée la Vème flotte américaine ?

Bref, si l’Allemagne (comme les Saxons pendant une célèbre bataille Napoléonienne) change de camp au milieu du gué, alors la diplomatie va redevenir intéressante et je peux assurer le lecteur que pas grand-chose ne se passera à Bruxelles…et beaucoup à Berlin, Moscou ou Pékin.

Déjà, les Anglais ont décidé de prendre le large et d’abandonner l’alliance continentale en train d’échouer (l’Europe), pour rejoindre l’alliance maritime dont ils ont toujours fait partie quand les temps redeviennent durs. Ils ont à tout hasard cependant pris une participation dans le FMI et la banque mondiale chinoises tout en permettant que des émissions obligataires en Yuan aient lieu dans la City. On n’est jamais trop prudent.

Et la France dans tout ça ? Aucun souci à se faire, notre Chanteclerc national saute sur son tas de fumier en criant « Europe, Europe ». Me voilà rassuré. Il a tout compris.

Si j’étais un lecteur Français, j’achèterais des obligations d’état russes ou chinoises pour me diversifier. Certes, je ne pourrai pas les mettre dans mon assurance vie, mais ce que l’on peut mettre dans une assurance vie aujourd’hui ne vaudra sans doute pas grand-chose demain de toute façon. Puissiez-vous vivre dans des temps intéressants dit la vieille malédiction chinoise.

A l’évidence, nous sommes en train de rentrer à toutes vapeurs dans des temps passionnants.

Source : Institut des Libertés, Charles Gave, 02-10-2017

également: https://www.les-crises.fr/lallemagne-face-a-son-destin-par-charles-gave/

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Vidéo du jour: Régis Debray : “L’économie a absorbé la politique”

Régis Debray analyse la victoire d’Emmanuel Macron dans son livre “Le nouveau pouvoir” aux éditions du Cerf.

“La gaîté vient avec l’âge. Les jeunes prennent les choses au tragique, mais moi je suis sensible aux rimes de l’histoire, ce qui revient périodiquement. Moi je vois aujourd’hui la politique comme une comédie (…) Au fond tout ça est divertissant” dit le philosophe pour revenir sur son optimisme :

Les décadences sont des moments des moments féconds, créatifs

Ce qui m’embarrasse, c’est la victoire absolue d’ ‘homo économicus’, l’homme économique sur l’homme politique, lequel avait déjà remporté la victoire sur l’homme religieux

VID DEBRAY FI

“L’économie a absorbé la politique”

“Nous sommes gallo-ricains, comme autrefois les gallo-romains (…)”L’envie d’être milliardaire est devenue légitime, comme l’envie d’être un héros il y a 100 ans ou d’être un saint il y a 1000 ans”.

“La victoire du chiffre est inquiétante, car c’est à très court terme (…) aujourd’hui nous avons perdu la conscience de porter une histoire collective . Ce qui pourrait me rendre triste, c’est la perte de l’horizon, la fin du récit de l’émancipation(…) Quand on perd l’horizon, on revient à l’origine( …) Nous sommes le nez sur l’événement donc nous n’avons plus de mythe porteur”, poursuit le philosophe, qui explique que des pays laïques redeviennent religieux, citant en exemple l’Israël ou l’Inde.

La jeunesse est-elle un espoir?

“Le Sénat est vieux. Souvent, on dit que le vieux est sage : non, tout simplement il est con, ça s’appelle un vieux con (…)Le jeune tend à être plein de lui-même et surtout et à oublier d’où il vient, ce qui me frappe le plus c’est cette perte de sens de l’histoire, de la transmission”.

 

“Les vrais américains ont Dieu (…) nous nous avons d’autres ciments : une certaine conception de notre histoire, une autre mythologie”

La mythologie ça fait tenir debout, avancer parfois

 

Sur la France ‘start-up’ de Macron

Régis Debray y voit un “monde de vision courte, mais très étalée dans l’espace”, “un moment de civilisation, l’intérgation de la France dans une civilisation euro-américaine”.

“Le vivre-ensemble, comme on dit, c’est pour une communauté imaginaire (…) C’est la fin de l’utopie européenne : celle qu’un marché commun peut faire un imaginaire commun”.

Sur Emmanuel Macron président

“Une chose est la posture, autre chose est la capacité réelle de fédérer un peuple. On a une crise des figures de l’autorité (…) il y a le juge, une autorité protestante qui n’est pas chez nous très valide, il y a le leader , mais le leader suppose un peuple et derrière Macron il n’y a pas de peuple, c’est pas de sa faute, c’est comme ça”, estime Régis Debray. “Reste le père, mais c’est pas un père, donc il y a un certain flottement et je comprend qu’il cherche des éléments symboliques pour rassembler, fédérer et catalyser. Je doute qu’il les trouve car son milieu est dominé par la finance et l’économie, et c’est une idéologie individualiste (…) et qui a oublié l’Histoire, tout simplement”.

Ce n’est pas un président qui lit, je dirais qu’il butine, mais c’est déjà très bien

Selon Régis Debray, Emmanuel Macron est un “homme qui veut rechercher une profondeur de temps, mais son milieu ne peut que l’en empêcher”.

Source : France Inter, Régis Debray, 22-09-2017

https://www.les-crises.fr/regis-debray-leconomie-a-absorbe-la-politique-par-france-inter/

Voir la vidéo:

Régis Debray répond aux questions des auditeurs de France Inter

Ajoutée le 22 sept. 2017
https://www.youtube.com/watch?time_continue=9&v=B8zS6cXx6JA