mercredi 25 octobre 2017

Manifestations, voitures brûlées : Linky, le compteur électrique d'ENEDIS face à la fronde

15 voitures d’ENEDIS (ex-ERDF) ont été brûlées à Limoges le 24 octobre. En cause, le nouveau compteur communicant Linky qu’elle veut installer en France. Pose forcée, dégâts, ondes, surveillance : politiques et associations fustigent l'appareil.

59ef49ef488c7be07a8b456715 voitures d’ENEDIS incendiées le 23 octobre à Limoges, des inscriptions «Linky dégage» retrouvées à proximité : c'est un petit appareil électrique d’apparence anodine qui déchaîne à ce point les passions. ENEDIS, alors nommé ERDF, s'était mis en demeure de répondre à la directive européenne no 2009/72 qui impose aux pays de l'Union européenne d'installer des compteurs électriques intelligents chez au moins 80 % des consommateurs du marché intérieur. ERDF a alors inventé Linky, un compteur connecté par réseau avec le fournisseur d'électricité qui stocke les données de consommations. La compagnie en a posé sept millions depuis 2015, et a déclenché une opposition inédite.

La fronde nationale anti-Linky

Car les consommateurs ne décolèrent pas. En cause : la création selon eux d'une nouvelle pollution électromagnétique et les données de consommation, susceptibles d'être utilisées par ENEDIS. Et aussi le coût de 5 milliards d'euros d'investissements qui sera un jour reporté sur la facture des abonnés. Des collectifs régionaux ou des associations s'engagent dans le combat anti-Linky, comme Robin des toits ou Next-up, ainsi qu'une nuée de complotistes. En tout 360 communes anti-Linky sur 36 734 se sont opposées à sa mise en place. D’autres maires signalent que sur leur commune, les administrés sont libres de refuser la pose. Nicolas Dupont-Aignant a aussi pris position publiquement contre ce compteur.

Des rassemblements se sont organisés dans toute la France

Harcèlement pour la pose ?

Les problèmes ont démarré dès les opérations de pose fin 2015 par les prestataires d’ENEDIS, qui, payés à la prestation, sont accusés par les opposants à Linky de faire du zèle, voire même de harcèlement. «Parfois ils posent les compteurs malgré l'avis des gens, on leur dit de les influencer pour qu’ils acceptent», explique Etienne Cendrier, porte-parole de l'association Robin des Toits, qui milite contre Linky, interrogé par RT France. «On est tombé sur des documents comportant des conseils pour les poseurs de compteurs, qui disent qu’il ne faut pas qu’ils se laissent intimider par les consommateurs.» On pourrait imaginer que le militant exagère, mais ce papier existe bel et bien. Le maire d’Yerres Olivier Clondong, qui détient ce document interne d’ENEDIS rédigé à l’intention des prestataires, l’avait montré dans un reportage de BFM TV. «Ne pas tenir compte des affiches, casser le cadenas si besoin» faisaient partie des instructions données au prestataire. De vraies méthodes de délinquants, que la société a cessé de préconiser depuis, selon BFM TV.

Par ailleurs, pour les habitants qui en acceptent la pose, celles-ci ne se ferait pas sans son lot de problèmes.

Une enquête de UFC Que Choisir auprès des ménages équipés révèle que 69 % des usagers jugent leur compteur Linky «inutile et générateur de dysfonctionnements». Sur 2 000 personnes possédant ce nouveau compteur, 26% se plaignant d'au moins un dysfonctionnement.

En outre, sur 300 000 poses, huit incendies se sont déclenchés à la suite de la pose des compteurs.

Sur les réseaux sociaux, on trouve ainsi de nombreux témoignages de mauvaises expériences des consommateurs. 

L’un d’eux se plaint que des pannes dans le système de chauffage.

D'après un autre, les prestataires se lanceraient parfois dans des installations intempestives sans accord du client.

Quant au service client, il serait aux abonnés absents selon certains.

Rayonnement électromagnétique

Un aspect qui fâche les consommateurs est le rayonnement électromagnétique qui serait provoqué par le compteur. En effet il utilise le courant porteur en ligne (CPL) qui fait transiter localement des données numériques par l'intermédiaire du réseau électrique. «Les fils électriques reliés au compteur Linky ne sont pas prévus pour ça, alors ça bave. Les fils en cuivre rayonnent un peu, dès qu’on le fait marcher en CPL, toute la journée» assure Etienne Cendrier. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé ces ondes des radiofréquences dans la catégorie «cancérogène possible».

Toutefois l'association n'a jamais mesuré ce rayonnement. Mais Gladys Laroche, la chargée des relations extérieure d'ENEDIS avait affirmé dans un reportage du 13h de France 2 le 21 avril 2016 que le compteur était un des appareils qui produisait le moins de rayonnement électromagnétique «moins qu’une télévision, qu’une ampoule».

Mais c’est plutôt le futur développement lié à Linky qui inquiète. «A terme on nous mettra un émetteur radio Linky optionnel sur les compteurs qui dialoguera avec différents éléments de nos habitats : chauffe eau, réfrigérateur […] tout va se mettre à rayonner, ce sont des endroits extrêmement exposés, des pièges à ondes», s'inquiète Etienne Cendrier.

Autre argument avancé par le militant, le compteur Linky aurait rendu «des appartements invivables» à certaines personnes électro-sensibles.

Big Linky is watching you 

Linky est un compteur dit intelligent. Il dispose d’une technologie permettant de connaître sa consommation en temps réel, la «charge électrique», selon ENEDIS afin de faire des économies. Les données permettent de savoir combien de personnes sont présentes dans le logement, les horaires d'absence, de réveil : une mine d'informations sur la vie privée.

La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a appelé à la vigilance concernant la courbe de charge. «Les données de consommation appartiennent au client. On ne peut rien faire sans son consentement, qui doit être formellement tracé» a expliqué Jean-Lorain Genty, un membre de l’équipe nationale du programme Linky sur le site silicon.fr. Mais avec l'aval du consommateur, ENEDIS pourra disposer de millions de données sensibles, susceptibles d'être piratées.

L'entreprise pourrait être tentée de récupérer les données et de les exploiter pour notamment suivre en temps réel les réseaux, équilibrer l'offre et la demande, permettre aux clients d'homogénéiser leur consommation, maîtriser les pics de demande durant l'hiver par exemple.

Deux conceptions s'opposent : d'une part la maîtrise du réseau par mégadonnées, qui pourrait servir aux collectivités, aux gestionnaires de copropriétés, au plan climat, et d'autre part la crainte des consommateurs concernant leur vie privée. «En tant que citoyen je ne veux pas que mes données soient vendues par ENEDIS pour être récupérées par des entreprises qui me proposent des produits», s'exclame Etienne Cendrier. «Selon ce que dit ENEDIS, tout pourrait être régulé à distance, on pourrait déclencher le chauffage juste avant de rentrer. En soi tout le monde est pour les économies d'énergie. Mais en réalité pour eux l'idée c’est de libéraliser le coût de l'énergie grâce au big data. On entrera dans l'ère de l'énergie à coût variable», conclut-il.

Economie ou pas ?

Quant aux économies supposées, promises par ENEDIS, le porte-parole de Robin des Toits n'est guère convaincu : «On nous avait promis des économies extraordinaires alors qu’on constate plutôt des augmentations sur les factures.»

En Allemagne, une étude commandée au cabinet Ernst & Young par le ministère de l’Economie allemand sur les compteurs communicants en août 2013 a révélé que les coûts de mise en œuvre dépassaient nettement les économies réalisées par les consommateurs.

https://francais.rt.com/france/44922-linky-compteur-electrique-que-tout-le-monde-combat

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21 véhicules incendiés sur un site Enedis de Limoges

21 véhicules sont partis en fumée dans la nuit de lundi à mardi 24 octobre, sur le site Enedis de l'avenue de la révolution, à Limoges. La piste d'un acte volontaire est privilégiée.

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Une enquête est ouverte après l'incendie d'une vingtaine de véhicules d'Enedis, dans la nuit de lundi à mardi 24 octobre, à Limoges. Le feu a pris vers 1h30 du matin, au 19 bis avenue de la Révolution et les pompiers de la Haute-Vienne sont restés mobilisés une bonne partie de la nuit pour en venir à bout. Cet incendie rappelle celui survenu dans l'enceinte de la gendarmerie de Limoges, en septembre dernier. Celui-là avait été revendiqué par une mouvance d'ultra gauche, baptisée "RAGE" pour "Révolte anarchiste des Gendarmes exilés".

Une lettre de revendication

Mardi après-midi, nos confrères du Populaire du Centre ont reçu un mail de revendication signé DECCLIN pour Des Élus Contre les Compteurs Linky.

"Linky dégage"

Une inscription "Linky dégage" avait effectivement été retrouvée ce matin à proximité des lieux du sinistre. L'enquête a été confiée à la section de recherche de la police judiciaire de Limoges. Une équipe de police technique et scientifique a été dépêchée sur place pour tenter de trouver des indices.

Les compteurs Linky déjà visés par l'ultra-gauche en Rhône-Alpes

En mai et en juin dernier, à Grenoble (Isère) puis à Crest (Drôme), des véhicules d'Enedis avaient déjà été brûlés. Des militants libertaires et anticapitalistes ont à chaque fois revendiqué les incendies. Ils dénoncaient par exemple ""toutes les sociétés qui ne peuvent exister sans soumission de l'être humain, que ce soit au travers des smartphones, des compteurs Linky ou par le travail".

https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/19-vehicules-incendies-sur-un-site-enedis-de-limoges-1508827103


 

Une fois de plus, au- delà d'une indignation légitime, la question qui se pose est qui se cache derrière ce type d'actions, et surtout, pour servir quels intérêts, au bout du compte? Qui manipule ces bandes de crétins et dans quel but? Alors que nombre de citoyens et même de municipalités se mobilisent de manière responsable et démocratique contre l'installation de ces compteurs...

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Posté par ddupr à 08:45 - - Permalien [#]
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La réaction en chaîne catalane : récit d’une nostalgie

La campagne pour l’indépendance menée par la Catalogne a déclenché une réaction en chaîne de soutien viral des médias sociaux qui a ressuscité l’effrayante rhétorique de la guerre civile mais les conséquences les plus dangereuses de cet effet domino sont encore à venir si finalement la quête des séparatistes aboutit.

ARG EURO REGIONS

Récit d’une nostalgie

La cause de l ‘« indépendance » catalane a pris d’assaut le monde, jetée sous le feu des projecteurs par le référendum largement médiatisé en début de semaine et la réponse énergique de Madrid à cette mesure inconstitutionnelle. Les partisans du monde entier ont été stimulés par les événements récents et ont commencé à les décrire en termes de guerre civile, comme une bataille entre la démocratie et le fascisme. En outre, ils accusent le gouvernement Rajoy d’être franquiste, alors que la Constitution post-Franco de 1978 a rendu une autonomie à la Catalogne encore plus robuste qu’auparavant et a même accordé ce privilège au reste du pays.

Bien que l’on puisse présumer que l’Espagne a naturellement conservé certains des membres franquistes de ses bureaucraties permanentes – militaires, de renseignement et diplomatiques (« État profond ») – après la mort du chef éponyme de leur mouvement, il est exagéré de qualifier la Constitution et le gouvernement actuel de franquistes au sens qu’a pris ce mot en terme de stéréotype. L’utilisation abusive de ces termes polarisants, datant de l’ère de la guerre civile, démontre que les séparatistes tentent de capitaliser sur la nostalgie révolutionnaire que réveille, chez leurs partisans nationaux et étrangers, l’expérience anarcho-communiste de 1936-1939, via un simulacre de scénario qu’ils jouent différemment selon leur auditoire.

Double simulacre

En ce qui concerne les Catalans eux-mêmes, le scénario est destiné à les forcer dans un faux choix binaire entre « se tenir debout, comme leurs ancêtres contre le fascisme » ou « trahir leur patrie pour les franquistes ». En ce qui concerne les partisans étrangers des séparatistes catalans, ils sont censés s’exciter et déverser leur haine contre Madrid en manifestant leur soutien passionné pour Barcelone dans les médias sociaux, saisissant l’occasion de comparer, de façon inappropriée, le Madrid moderne au Kiev post-Maidan en faisant valoir l’argument d’Alt-Media selon lequel la Catalogne a autant droit à son indépendance que la Crimée à sa réunification avec la Russie.

Il s’agit d’une fausse équivalence, dont l’analyse n’est pas le but de cet article. En effet, il est important, dans ce contexte, d’attirer l’attention sur la réaction polémique en chaîne qu’entretiennent les séparatistes et leurs partisans, dans l’élaboration d’un récit pro domo intéressé à servir leur cause. Il y a beaucoup de personnes bien intentionnées qui soutiennent Barcelone, donc il ne faut pas en déduire que la plupart d’entre elles ne croient pas sincèrement à cette interprétation des événements, mais il s’agit simplement de souligner comment la croisade d’« indépendance » de la Catalogne exploite la mémoire historique et la nostalgie révolutionnaire afin de faire avancer l’argument de ses organisateurs selon lequel la région doit se séparer de l’Espagne.

Scénarios espagnols

Répression centralisée

Alors que la plupart des gens pourraient être amenés à penser que la crise catalane concerne uniquement Barcelone et Madrid, le fait est qu’elle concerne toute l’Espagne et qu’elle est en passe d’avoir des réverbérations géopolitiques dans toute l’Europe. En ce qui concerne l’Espagne, politiquement instable, la campagne séparatiste de la Catalogne a déjà franchi le Rubicon du non-retour après le référendum et la réaction de Madrid, donc il n’y aura pas de retour au statu quo précédent. Cela signifie que seuls trois scénarios sont possibles : une répression centralisée, le fédéralisme identitaire et le séparatisme. Le premier pourrait voir l’État appliquer l’article 155 de la Constitution, en imposant temporairement une gouvernance directe sur la région, avec pour conséquence la possibilité de catalyser une guerre civile de faible ampleur si les Catalans avaient recours à la tactique des insurgés terroristes pour résister.

Fédéralisme identitaire

Le scénario suivant est le fédéralisme identitaire qui exigerait la révocation ou la réforme de l’article 145 en transformant l’État centralisé en une fédération, ou une confédération, de régions qui pourraient théoriquement fonctionner comme des États quasi indépendants avec leurs propres moyens économiques, militaires et leurs propres politiques étrangère. Essentiellement, ce serait la transplantation du modèle bosniaque en Espagne, mais avec des privilèges supplémentaires accordés à chaque membre constitutif. Comme pour le scénario centralisé de la répression, il est probable que cela conduira à la violence et ne se produira que comme une « solution de compromis » à tout conflit prolongé. Madrid ne veut pas perdre le contrôle du pays et voir la péninsule ibérique, dans le sud-ouest de l’Europe, « balkanisée » comme son homologue dans le sud-est de l’Europe, raison pour laquelle ce résultat ne se produira probablement jamais en temps de paix.

Sécession

Enfin, la dernière possibilité de régler la crise catalane serait que la région rétive devienne « indépendante » de l’Espagne et soit reconnue par au moins un pays ou plus, ce qui, selon toute vraisemblance, pourrait être l’un des pays baltes et / ou des Balkans, avant tout le monde. L’Espagne ne pourrait pas survivre dans son format politico-administratif actuel avec la perte d’environ 20% de son PIB, de sorte que l’État failli devrait soit être radicalement réformé suite à un coup d’état militaire « stabilisateur », soit complètement s’effondrer en une collection de « pays » comme l’ex-Yougoslavie l’a fait il y a une génération. Quant à la Catalogne, elle pourrait devenir une base pour l’intervention étrangère (OTAN / Ouest / Amérique), aboutissant alors à une guerre civile à multiples facettes.(...)

Réactions géopolitiques en chaîne 

La prévision n’est jamais une science exacte, c’est en réalité un art. Cela dit, rien ne garantit que l’un des scénarios susmentionnés se déroulera, bien que, si cela se produit, il aura inévitablement des conséquences géopolitiques très sérieuses qui pourraient déclencher une réaction en chaîne dans toute la région et au-delà. La répression centralisée pourrait mener à une guerre civile qui serait soit confinée à la Catalogne, soit engloutirait d’autres régions traditionnellement souveraines comme le Pays basque ou la Galice, sans parler du reste du pays en général. Ceci étant dit, et acceptant l’hypothèse que les conséquences se propagent inévitablement au moins au Portugal et à la France, cette séquence d’événements n’est pas ce qui est le plus explosif sur le plan continental car ce sont les scénarios du fédéralisme identitaire et de l’indépendance qui sont les plus dangereux.

Les « Pays catalans »

Avant d’aller plus loin, ces deux scénarios – fédéralisme identitaire ou indépendance – garantiraient que la crise catalane devienne existentielle pour l’Espagne. Le royaume nominal ne peut pas se transformer en fédération sans changer sa Constitution, et même si cet événement improbable devait se produire, la Catalogne pourrait chercher à réorganiser les frontières intérieures du pays dans une tentative nationaliste d’engloutir les territoires que ses partisans les plus chauvins considèrent comme constituant les « pays catalans ». Ce concept extrémiste veut que les frontières actuelles de la Catalogne ne représentent pas l’espace géo-culturel historique du peuple catalan. Il faut donc les étendre à tout ou partie des régions espagnoles d’Aragon, des îles Baléares et de Valence, ainsi que le pays d’Andorre et le département français des Pyrénées-Orientales (également connu sous le nom de Roussillon ou Catalogne française du nord).

La plupart des habitants de ces régions ne veulent pas faire partie d’une Grande Catalogne, mais les hyper-nationalistes en charge de l’État identitaire fédéralisé ou indépendant pourraient recourir à des subterfuges, ou à la force, pour faire valoir leurs revendications, même s’ils ne le font pas tout de suite. Le concept des « pays catalans » est donc très dangereux car cela signifie que la question catalane aura inévitablement des conséquences géopolitiques internes importantes pour l’Espagne et peut-être aussi pour la France si les séparatistes qui contrôlent actuellement Barcelone arrivent à leurs fins. Encore une fois, le scénario du fédéralisme identitaire ne résulterait probablement que d’une guerre provoquée par une répression centralisée et représenterait une « solution de compromis » (temporaire) au séparatisme pur et simple, avec toutefois les dangers latents qui se révéleraient avec le temps.

Mimétisme régional

Régions européennes recherchant soi-disant leur indépendance selon le journal britannique Independent

Les régions européennes prétendent être indépendantes de leurs États hôtes. Qu’il s’agisse de fédéralisme identitaire ou de séparatisme, l’un ou l’autre de ces résultats pourrait encourager les mimétismes régionaux dans l’ensemble de l’UE. Le journal du Royaume-Uni, The Independent, a publié récemment une carte très trompeuse affirmant avoir identifié tous les autres mouvements politiques de type catalan en Europe, en déduisant évidemment qu’ils pourraient être les prochains, si les séparatistes de Barcelone réussissaient. Le point saillant de cette remarque n’est pas que chacun d’entre eux se lèvera avec ferveur pour la révolution de couleur comme le font les Catalans, mais que certains d’entre eux seront sans doute inspirés pour faire avancer leur programme de fracturation de leur pays hôte, contribuant ainsi à la « régionalisation de l’Europe ». Outre les exemples espagnols mentionnés sur la carte, une réaction en chaîne pourrait également se produire en Écosse, dans le nord de l’Italie, en Bavière allemande et peut-être même dans certaines parties de la France.

La minorité hongroise vivant hors de son pays depuis le traité du Trianon de 1920 pourrait être favorable à la réunification de la patrie, ce qui pourrait déstabiliser la situation politiquement précaire en Europe centrale et dans les Balkans. Cela pourrait aussi faire du premier ministre Orban, s’il est encore en service à ce moment-là, une cible facile pour les attaques de la gauche libérale des médias aux ordres, qui le traiteront de « nouvel Hitler  » pour vouloir l’union avec ses compatriotes à l’étranger. Tout ce que ces mimétismes régionaux devraient provoquer, indépendamment de la validité de leurs revendications et de leurs mouvements sociopolitiques, est l’organisation de référendums anticonstitutionnels hautement médiatisés afin de provoquer une réaction énergique qui pourrait à son tour légitimer une révolution de couleur dans ladite région périphérique. Le résultat n’est pas nécessairement le séparatisme, mais le fédéralisme identitaire, car cette fin est essentiellement la même au sens structurel.

L’Eurofédéralisme

La déconcentration des États, autrefois unifiés, en identités fédéralisées de facto selon des lignes ethnico-régionales, ferait une promotion intéressante à la cause de l‘« Eurofédéralisme » que Gearóid Ó Colmáin a décrite dans son dernier article intitulé « Indépendance catalane : un outil du capital contre le travail ». Son travail s’inspire de la proposition de 1992 du milliardaire européen Freddy Heineken de fédéraliser l’Europe selon des lignes régionales, ce qui était probablement l’inspiration non déclarée de la suggestion politique de 2008 de l’universitaire belge Luk Van Langenhove dans « Power To The Regions, But Not Yet Farewell To The Nation State ». Le grand dessein ici est, pour l’essentiel, de diviser pour régner, quoique adapté à l’UE post-Brexit.

L’auteur du présent texte en a parlé, dans un contexte différent, dans son article de l’été 2016 pour The Duran intitulé « Post-Brexit EU : Entre démolition régionale et dictature totale », dans lequel il a été postulé que le bloc pourrait être dévolu, à l’avenir, à des organisations dirigées par l’État et axées sur les régions. Ce qui se passe au contraire, c’est que Bruxelles pourrait se préparer à une nouvelle dévolution au-delà des États membres eux-mêmes, à des régions individuelles à l’intérieur des États – et parfois même entre eux. Cela représente une modification par rapport à ce que l’auteur écrivait dans son précédent travail intitulé « Le fédéralisme identitaire : de ‘E Pluribus Unum’ à ‘E Unum Pluribus’ », qui semblait avoir conclu à tort que l’UE n’irait pas de l’avant avec ce scénario de peur d’inviter davantage d’immigration de masse en provenance du Sud (dans le cas de l’Espagne, d’Afrique du Nord et de l’Ouest), créant ainsi des opportunités géostratégiques pour la Russie et la Chine.

Après révision, avec la sagesse du recul et à la lumière des événements récents, en particulier avec la perspicacité acquise par l’auteur à travers ses recherches sur l’agression civilisationnelle, il semble maintenant que ce même scénario de l’UE s’effondrant en une constellation d’entités régionales soit expérimenté par nulle autre que par Bruxelles elle-même, comme ultime stratagème de division et de contrôle pour gérer le bloc dans l’ère post-Brexit. Cela ne signifie pas que le processus sera poussé à l’extrême tant qu’il est encore « contrôlable » mais que l’UE semble en effet bricoler cela dans le cadre de son approche adaptative progressive à l’émergence de l‘ordre mondial multipolaire.

Conclusions

La Catalogne est globalement significative en raison de la réaction en chaîne que ses séparatistes ont initié en promouvant le scénario d’une décentralisation « contrôlée » de l’ordre actuel des États membres de l’UE en un « hybride » plus souple, et politiquement égal d’entités nationales et régionales. Si la Catalogne est un exemple réussi, que ce soit dans des instances identitaires fédéralisées ou séparatistes, cela pourrait avoir un puissant effet de démonstration ailleurs dans l’UE en encourageant d’autres mouvements à l’imiter, réorientant ainsi ce qui aurait pu être des forces semi-multipolaires, en entités aux allures faussement indépendantes dans une UE, ou même une OTAN, de facto renforcée.

C’est très possible parce que le précédent catalan indiquerait clairement que ni l’intégrité territoriale, ni la Constitution des États membres de l’UE ne sont à l’abri des désirs mondialistes de révolutions de couleur séparatistes, et peut-être même de guerres hybrides d’avant-garde, portant ainsi un coup dur aux souverainistes de droite – publiquement diffamés comme nationalistes dans les médias aux ordres – qui sont à l’avant-garde de la politique européenne de nos jours. Après tout, la soi-disant « question catalane » était censée avoir été réglée par la Constitution de 1978 qui donnait à la région l’autonomie la plus large qu’elle ait jamais connue dans son histoire, donc si cela peut être inversé, la boîte de Pandore a bien été ouverte dans toute l’Europe.

Un autre point à creuser est la virulence avec laquelle la cause des séparatistes catalans se propage à travers les médias de masse et alternatifs mondiaux, car cela fournit un aperçu crucial de la façon dont, à l’avenir, d’autres mouvements pourraient atteindre un tel soft power en si peu de temps. Cela aide si ce sont des destinations touristiques que beaucoup d’étrangers ont visitées, développant une affinité pour la culture locale et ses environs, ou s’il y a la mémoire d’une guerre civile ou d’autres conflits anciens – peu importe leur ancienneté, leur décontextualisation on leur non-pertinence aujourd’hui – qui pourraient être manipulés pour légitimer la cause fédéraliste ou séparatiste.

En tout état de cause, l’étude de cas en Catalogne, dans toutes ses dimensions, est très instructive pour montrer comment, dans son déclin, l’ordre du monde unipolaire cherche à s’adapter à la multipolarité, et à son état à un moment donné. Cet exemple est un indicateur correct pour évaluer la dynamique du processus.

Andrew Korybko

http://lesakerfrancophone.fr/la-reaction-en-chaine-catalane-recit-dune-nostalgie

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Brexit : les banques lancent leurs pronostics sur un "no deal"

L'incertitude générée par la lenteur des négociations pousse plusieurs banques implantées à Londres à relocaliser leurs activités sur le continent. Certaines, à l'image de Rabobank et de JP Morgan tentent d'imaginer l'issue des négociations ainsi que le coût du Brexit pour l'économie britannique.

ACT BREXIT PEUR

Cinq sessions de discussions plus tard, Britanniques et Européens demeurent dans l'impasse. Vendredi, à l'occasion d'une deuxième partie de sommet européen sans le Royaume-Uni, à Bruxelles, les 27 devaient ajourner leur évaluation des progrès réalisés depuis l'ouverture des négociations, en juin. Et repousser l'ouverture de la deuxième phase des discussions, relative à la future relation entre les deux rives de la Manche, que les plus optimistes n'envisagent désormais pas avant décembre. Dans le même temps, le gouvernement britannique assure que le pays se prépare à quitter, s'il le faut, l'Union européenne sans accord.

Face à cette incertitude, plusieurs banques implantées à Londres ont d'ores et déjà annoncé la relocalisation de leurs services sur le continent. Certaines s'essaient d'ailleurs au "jeu" des pronostics, à l'image de JP Morgan. "La possibilité d'un 'no deal' ayant pris une part active du débat politique britannique ces deux dernières semaines, notre confiance (...) a été un peu ébranlée", explique Malcolm Barr, économiste de la banque américaine, dans une note à ses clients citée par l'agence Reuters. Résultat, alors que les négociations portent toujours sur les termes du divorce entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, l'établissement bancaire estime la probabilité d'une absence d'accord à 25%, contre 15% auparavant.

"Trois mécanismes suggèrent cependant des limites à l'hypothèse que le Royaume-Uni emprunterait le chemin du 'no deal', tempère la note, publiée lundi.Tout d'abord les actions des entreprises, dans la manière dont elles anticipent un 'no deal'. Ensuite, la prise de conscience publique des implications d'un 'no deal', au moment où cette possibilité est de plus en plus discutée. Enfin, l'attitude des députés britanniques, étant donné qu'une majorité tend à adopter une approche pragmatique plutôt qu'idéologique face au Brexit."

Pour Rabobank, un "hard Brexit" coûterait 12.900 euros par habitant

De son côté, Rabobank a tenté, dans un rapport, d'anticiper l'impact des différents scénarios sur l'économie britannique. Selon les calculs de l'établissement néerlandais, un "hard Brexit" coûterait quelque 400 milliards de livres (18% de croissance du PIB) au Royaume-Uni d'ici à 2030, soit 11.500 livres (12.900 euros) par habitant. Un handicap dû en partie à des volumes d'exportations en baisse de 30% et à un capital de recherche et développement en diminution de 12%, affirme la banque. Les autres scénarios déboucheraient sur une perte de croissance de 12,5% du PIB (9.500 livres par habitant) dans le cas d'une signature d'accord de libre-échange d'ici au 29 mars 2019 et de 10% du PIB (7.500 livres) dans l'hypothèse d'un "soft Brexit", où le pays quitterait l'union douanière mais resterait dans le marché unique.

Pour l'heure, le gouvernement britannique a totalement exclu la troisième option, qui l'empêcherait de limiter la libre circulation des personnes et donc de réduire l'immigration.[???, source? ndr]

A noter par ailleurs que les conclusions de Rabobank sont beaucoup plus pessimistes que celles rendues par le think tank du Parlement européen, lundi. Après avoir établi une moyenne des résultats d'études menées par plusieurs organismes et institutions, dont l'OCDE qui appelle ce mardi à l'annulation du processus pour "sauver l'économie", le rapport conclut qu'un "soft Brexit" coûterait 33,8 milliard d'euros (1,3% du PIB) au Royaume-Uni d'ici à 2030 contre 108,6 milliards d'euros (4,21% du PIB) en cas de "hard Brexit". Le Trésor britannique, lui, se situe entre les deux. A en croire les estimations communiquées, une sortie sans accord coûterait 193 milliards d'euros (7,5% du PIB) au pays.

http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/brexit-les-banques-lancent-leurs-pronostics-sur-un-no-deal-754360.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20171018


 

La guerre des pronostics fait rage et les pressions sont considérables sur le gouvernement britannique. Faute de pouvoir s'opposer au Brexit, il est crucial pour l'oligarchie d'obtenir un "soft brexit", comme pour le traité de Lisbonne qui avait remplacé avantageusement le traité constitutionnel rejeté par les Français et les Néerlandais...

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Trois choses à savoir sur le 19e Congrès du Parti communiste chinois

Le Congrès du Parti communiste chinois, qui se tient tous les 5 ans, est l'occasion pour le secrétaire général Xi Jinping de consolider son pouvoir avant le début de son second mandat. Alors que la Constitution pose une limite de deux mandats présidentiels, l'homme fort du pays pourrait ouvrir la voie à un troisième mandat.

 

59a7be7d09fac256678b4567Le Palais du peuple à Pékin accueillait mercredi un rendez-vous crucial pour la vie politique chinoise : le 19e Congrès du Parti communiste chinois (PCC). Le gouvernement a lancé une vaste campagne de propagande, recouvrant les rues de Pékin avec des affiches à l'effigie de l'homme fort du pays : Xi Jinping, qui s'apprête à rempiler pour un second - et supposé dernier - mandat.

■ Qu'est-ce que le Congrès ?

Le Congrès du PCC est un événement majeur de la vie politique chinoise. Il se déroule tous les cinq ans, à huis clos, et dure généralement une semaine. Cette année, 2.287 délégués étaient attendus à Pékin. Ils sont tous cadres du PCC et membres civils, militaires ou universitaires. Parmi eux, 24 % sont des femmes - soit 3 % de plus qu'au 18e Congrès de novembre 2012, précise Asialyst.

Son but : dicter la ligne directrice à appliquer aux quelque 80 millions de membres du PCC pour les cinq prochaines années. Dans les premiers jours, le leader chinois Xi Jinping a délivré un bilan complet de son premier quinquennat - des réformes économiques à la politique étrangère. Il doit ensuite annoncer son agenda pour son deuxième quinquennat. Lors du dernier Congrès, les réformes dictées étaient axées sur la lutte anti-corruption et la "guerre à la pollution".

Parti communiste chinois Statista

(Un graphique de notre partenaire Statista)

■ Quelles instances vont être renouvelées ?

Les principales instances s'apprêtent à accueillir de nouvelles têtes. Tout d'abord, les 205 membres du Comité central doivent être élus. Ils désigneront ensuite les 25 membres du Bureau politique, en charge du PCC. Parmi eux, 7 constituent le Comité permanent du bureau politique - instance suprême. Le président Xi Jinping, ainsi que le Premier ministre Li Keqiang, y siègent.

C'est donc un rendez-vous stratégique pour Xi Jinping, qui pourrait placer des fidèles dans ces hautes instances. Parmi les prétendants aux postes clés, figurent Chen Min'er (57 ans), chef du Parti de la ville géante de Chongqing, et Li Zhanshu (67 ans), directeur de l'office général du comité central - l'équivalent du secrétaire général de l'Elysée.

■ Quel est l'enjeu pour Xi Jinping ?

Le Congrès du PCC est l'occasion pour le secrétaire général de consolider davantage son pouvoir. Il a déjà posé les jalons nécessaires lors de son premier mandat, en obtenant en octobre dernier les pleins pouvoirs. Xi Jinping a été désigné "noyau dur" du PCC - un titre honorifique auquel seul Mao Zedong et Deng Xiaoping (à la tête de la Chine entre 1978 et 1992) ont eu droit avant lui. Xi Jinping est donc officiellement chef du parti, président de la République et commandant en chef des forces armées. Souvent comparé au Grand Timonier, il a adopté une vision très centralisée du pouvoir en développant un certain "culte de la personnalité".

"[Xi Jinping] veut créer un style de leadership très personnalisé pour faire penser qu'il n'y ait pas d'alternative à lui pour faire avancer le pays", explique au Washington Post Rana Mitter, professeur d'histoire et de politique chinoise moderne à l'Université d'Oxford. "Le point de comparaison est Vladimir Poutine, qui dirige également un style très centralisé."

Limité par deux mandats présidentiels, Vladimir Poutine a placé Dmitri Medvedev à la tête de la Russie en 2008, afin de récupérer le pouvoir en 2012. Certains experts estiment que Xi Jinping pourrait suivre les pas de son homologue russe. A 64 ans, celui que les Chinois surnomment "Oncle Xi" doit rempiler pour un second et dernier mandat. Mais il pourrait se servir du Congrès pour lui permettre de se préparer à un troisième mandat - et détenir le pouvoir jusqu'en 2027. Cela reviendrait à supprimer la règle tacite d'âge de départ à la retraite, qui instaure une limite de 68 ans. Il faudrait également modifier la Constitution, prévoyant une limite à deux mandats.

http://www.latribune.fr/economie/international/trois-choses-a-savoir-sur-le-19e-congres-du-parti-communiste-chinois-754516.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20171018


 

Tout est bon dans certains journaux pour taper sur Poutine au passage, comme au bon vieux temps de la guerre froide, en faisant comme si le président russe était encore le secrétaire général d'un parti communiste au pouvoir, et le système électoral russe comparable au système chinois. Il suffit pour cela de prendre comme source la presse américaine...

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P.G.

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La Russie et la Grande révolution, 1917–2017

Le 7 novembre 2017, la Russie commémore le 100e anniversaire de la révolution bolchévique qui, d’après le calendrier julien, a eu lieu le 25 octobre.

ARG RUSSIE URSSDe nos jours, les historiens russes parlent de la Grande révolution russe en y incluant la période de la révolution de février 1917, la révolution d’octobre et la guerre civile ayant duré jusqu’à la fondation de l’URSS en décembre 1922. L’intégralité de la période de la première révolution de 1905, y compris la première guerre mondiale, jusqu’en 1922 est aussi référencée en tant qu’«époque des troubles», par analogie avec celle qui s’étendit sur les premières années du XVIIe siècle, et pendant laquelle il n’y avait pas de tsar.

Par Peter Bachmaier | 16 octobre 2017

Le décret de Poutine au sujet du jubilé

Le 1er décembre 2016, Poutine a déclaré lors de l’Assemblée fédérale au Kremlin: «Nous savons bien quelles conséquences entrainent les ‹grands bouleversements›.» Et de continuer: «Nous avons besoin des enseignements de l’histoire avant tout pour aller vers la réconciliation … Nous croyons en l’instinct de survie, en la solidarité et en l’unité.» En conclusion, il a affirmé: «Nous sommes un peuple unique, un peuple, et nous n’avons qu’une seule Russie

Le 8 décembre 2016, Vladimir Poutine a publié un décret comportant des directives. Il transférait la réalisation de l’organisation des festivités à la Société historique russe, nouvellement fondée en 2012. Elle est sous l’autorité du président de la Douma, Sergej Narychkine, issu d’une vieille famille aristocratique.

La société a demandé qu’on augmente le nombre de cours d’histoire et a publié un nouveau livre d’histoire. Le plan de l’organisation des festivités – c’est-à-dire des conférences, expositions, films et monuments de la révolution pour 2017 – de la Société historique russe comporte 118 titres.

L’un des principaux points forts de l’organisation est l’exposition «1917: le code de la révolution» au Musée d’histoire moderne de Russie (précédemment Musée de la révolution). Une autre exposition au Musée national de littérature de Moscou, «Douze», porte sur douze auteurs dont les œuvres reflètent les événements contradictoires de l’époque, et dont plus de la moitié étaient adversaires du bolchevisme ou avaient émigré: Vladimir Maïakovski, Ivan Bounine, Alexandre Blok, Zénaïde Hippius, Alexandre Vertinski, Demian Bedny, Anatoli Lunatcharski, Alexis Remissov, Maximilian Volochine, Marina Zvietaïeva, Valery Brioussov et Maxime Gorki. Jusqu’en mai 2017 à Moscou, cette exposition est devenue depuis itinérante dans les diverses capitales d’Europe, parmi lesquelles Berlin.

La réconciliation des antagonismes

Vladimir Medinski, ministre russe de la Culture a souligné en mai 2015 dans une rencontre préparatoire que les Blancs comme les Rouges avaient été, pendant la guerre civile russe, animés par un «patriotisme sacré» et a par conséquent appelé à la réunification. Durant la guerre civile, c’est la Russie historique qui se serait réincarnée dans l’Etat soviétique unitaire.

«La tentative de construire sur terre une société juste» a «totalement et de façon décisive modifié le développement de l’histoire, et pas seulement en Russie», mais «il a exercé une énorme influence sur le progrès des peuples de la planète

«Il n’est pas possible de départager clairement nos prédécesseurs entre justes et coupables.»

«Les Rouges comme les Blancs étaient mus par ce que nous appelons aujourd’hui le patriotisme.» Sergei Lavrov, ministre des Affaires étrangères, explique dans la revue Russia in Global Affairs, qu’il serait inexact de réduire la révolution russe à un coup d’Etat. Tout comme la révolution française, on devrait mettre en balance la terreur et les acquisitions civilisatrices.

L’une des innovations, c’est la place beaucoup plus importante laissée à la révolution de février et au gouvernement provisoire. Bien qu’ils en aient eu la possibilité, Alexandre Kerenski et le gouvernement libéral n’auraient pas tenté, sous l’influence de puissances étrangères, de freiner la dissolution de l’armée, de la police et de l’Etat tout entier, et ainsi aplani la voie pour la révolution d’octobre.

Il est étonnant qu’on fasse si peu mention de Lénine, le leader de la révolution d’octobre. Au sujet de Lénine, Poutine a dit qu’il avait placé une bombe à retardement sous l’Etat unitaire en fixant des frontières arbitraires au sein du territoire soviétique. Cette bombe aurait explosé en 1991, lorsque, individuellement, les Républiques soviétiques ont proclamé leur indépendance. En même temps, Poutine a cependant mis en garde contre une nouvelle scission de la société et a appelé à la réconciliation.

Le projet rouge

La Télévision centrale russe diffuse depuis le 1er juillet 2017 une série de documentaires et de débats sous le titre «Le projet rouge», mais les historiens ne parviennent pas à se mettre d’accord dans leur évaluation de la révolution. On souligne toutefois la constance de l’Etat russe. Le concept de lutte des classes ne joue plus aucun rôle dans l’interprétation actuelle de l’histoire. Le concept dominant en politique historique n’est plus celui de la classe, mais celui de l’Etat, devant disposer d’une forte autorité.
Dimitri Koulikov, le politologue directeur de l’émission, a en outre expliqué: «Jusqu’aujourd’hui, nous n’avons toujours pas compris ce qui s’est vraiment passé au cours de ces 70 ans.» Il a également ajouté: «La question qui se pose à présent est celle de la prochaine étape, et du moment où elle va avoir lieu.»

L’énergie «passionnelle» (selon le philosophe Lev Goumiliov) peut s’incarner dans les figures les plus diverses, telles celle du prince Vladimir de Kiev qui en 988 a fait baptiser le peuple des Rus et dont le monument a été construit directement devant le Kremlin en 2016, et Piotr Stolypine, ministre-président de 1906 à 1911, à qui on a élevé un monument devant la «Maison blanche», le siège du gouvernement russe.

La cérémonie inaugurale des Jeux d’hiver de Sotchi, le 7 février 2014, avait déjà donné un avant-goût de la politique culturelle du Kremlin. Pratiquement toutes les personnalités d’envergure y ont été revendiquées pour la plus grande gloire de la nation russe: depuis les peintres suprématistes jusqu’au cosmonaute Gagarine.

Un ballet pour raconter l’histoire de la Russie

Dans le programme culturel des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi:

«Le temps explose – la révolution russe – l’événement principal du XXe siècle. Un renversement social radical qui ébranle le monde. De nouvelles forces, de nouveaux sujets, une nouvelle couleur, un nouveau bouleversement dans l’art qui produit le nouveau monde, l’avant-garde.

Le temps s’écoule, des temps nouveaux dans un pays nouveau et dans un nouvel âge, dans le royaume de l’idéologie qui en tout applique l’absolu. L’individu devient une pièce de la machine… Les chevaux d’acier surpassent les véritables chevaux. La Russie fait un bond en avant vers le progrès à tout prix.

La terrible usine mécanique construit la machine dans laquelle l’homme est formellement maître de tout, mais en réalité, il n’est qu’un détail faisant tenir le titanesque édifice. Des temps nouveaux … la tension augmente. Le pays avance, mais où et vers quoi? Qu’est-ce qui l’attend dans un proche avenir? Couleur rouge, couleur si rouge, la couleur du sang. Et soudain, une crise ébranle le monde, quelque chose se brise qui stoppe le mouvement de cette gigantesque machine rouge. Quelque chose de terrible doit se passer: les projecteurs diffusent une lumière froide.

Des bruits terribles résonnent. Une explosion à minuit. Alors commence l’époque la plus terrible de l’histoire millénaire de la Russie. L’heure la plus importante, à laquelle sera décidé le destin de la Russie: être ou ne pas être».

La politique de la mémoire crée l’image d’une Russie unitaire des héros et des vainqueurs. Par de nombreux actes symboliques, les adversaires de la révolution bolchévique ont été intégrés à la Russie d’aujourd’hui. En 1998 déjà, la dépouille mortelle du dernier tsar Nicolas II a été inhumée solennellement dans la sépulture tsariste de Saint-Pétersbourg. La nouvelle conception de l’histoire voit les bolcheviques et leurs ennemis d’alors réunis en tant que défenseurs de la civilisation russe menacée, autrefois comme aujourd’hui par l’Occident.

La nouvelle doctrine nationale russe

On a créé une nouvelle idéologie nationale, dans laquelle l’Etat joue à nouveau un rôle central, avec une éducation patriotique et militaire à l’école, avec des jours fériés nationaux – le 9 mai, Jour de la victoire – le 24 mai, Journée de la culture slave (fête de Saint-Cyrille et Méthode) – le 4 novembre, Journée de l’unité nationale (et jour de la libération de Moscou du joug polonais en 1612). Il en va de l’unité populaire, de la conception de l’histoire nationale, du rôle de premier plan de l’orthodoxie et de la doctrine de l’Eurasisme. Poutine a cité Lev Goumiliov, un représentant éminent de la théorie eurasienne.

Avec la fondation de l’URSS en décembre 1922, et plus particulièrement avec le début des plans quinquennaux en 1928, l’Etat a été reconstruit, il a été industrialisé, l’analphabétisme a été vaincu, des centres de recherche scientifique ont été fondés et l’espace a été conquis. Au début des plans quinquennaux en 1928, et dans les années 30 et 40 la croissance de l’économie soviétique a augmenté de plus de 10% par an. L’Union soviétique est devenue une puissance industrielle.

Aujourd’hui, le haut lieu du souvenir le plus significatif est la «grande guerre patriotique» et la victoire sur l’Allemagne de Hitler le 9 mai 1945. Depuis le 60e anniversaire en 2005, les solennités ont repris et au drapeau rouge s’est adjoint le drapeau russe. En outre, s’y est ajouté le ruban noir et orange de Saint-Georges, qui remonte au XVIIIe siècle et signifie la compassion.

En 2015, le gouvernement a organisé une reconstitution historique des fêtes de la révolution ayant eu lieu dans le Moscou assiégé du 7 novembre 1941. Ce transfert a rendu possible l’ouverture du chapitre de la révolution dans le thème de la politique officielle du souvenir, celle de la victoire sur l’Allemagne de Hitler. En 2015, le défilé à l’occasion du 70e anniversaire est devenu le plus grand défilé militaire dans l’histoire de la Russie.

Quelques années plus tôt, est apparu dans la province russe, venant de la base, le mouvement du «Régiment immortel» auquel adhèrent chaque année de plus en plus de gens se souvenant de leurs proches tombés à la guerre qu’ils commémorent avec des photos. A Moscou, 850 000 personnes ont pris part cette année à cette marche commémorative et 16 millions dans la Russie tout entière.

L’idée russe

Une notion centrale de l’«idée russe», comme elle est formulée par l’orthodoxie, est «sobornost» [communauté], comprise comme le contraire de l’individualisme occidental qui mène à la dissolution de la société. Une autre notion de base est «pravda», «vérité» en russe moderne, mais en ancien russe «justice». Le «Russkaïa pravda» était le code de la vieille Russie. Les communautés, notamment la famille et l’Etat, sont vraies et justes, et le bien commun a la priorité devant le bien individuel.
L’église orthodoxe russe, connaissant aujourd’hui une renaissance, joue un grand rôle. L’Etat soutient l’Eglise, construit des églises et des couvents. L’Eglise n’est pas une église d’Etat, mais «la religion de la majorité du peuple russe» et l’unique force dont pourrait venir le renouvellement intellectuel du peuple russe.

Le philosophe religieux Ivan Ilyine, dont la dépouille mortelle a été transférée de l’étranger à Moscou en 2005 et inhumée solennellement dans le cimetière du cloître de Donskoï, est l’une des éminences grises de l’orthodoxie. Ilyine, décédé à Zollikon près de Zurich en 1954, a été l’un des précurseurs de l’«idée russe» et est à présent intégré au Panthéon des penseurs russes nationaux. En 2008, une plaque commémorative a été apposée à l’Université nationale Lomonossov de Moscou (MGU), où il avait autrefois enseigné.

La crise annoncée

Mais la construction du nouvel Etat n’est pas encore terminée, il se trouve à un tournant décisif. Il n’y a pas encore eu de réelle réconciliation entre les Blancs et les Rouges. L’Union soviétique a échoué, mais l’intégration du système occidental en Russie a également échoué.

Les contradictions entre la nouvelle oligarchie et le peuple augmentent. En majorité, le peuple a un souvenir positif de l’Union soviétique et refuse le libéralisme occidental. Le danger venant d’une «révolution multicolore» soutenue par l’Occident et de la guerre civile qui en découlerait augmente. Les élites occidentales voient en la Russie leur principal ennemi et préparent la guerre.

En juin 2017 a eu lieu au théâtre moscovite «Sur les planches» une représentation d’une pièce de l’auteur et metteur en scène Sergej Kurginjan intitulée «Le sténogramme», centrée sur les discussions des autorités soviétiques lors du 15e Congrès du parti en 1926 portant sur les thèmes cruciaux du pays. Ces derniers étaient: comment peut-on vaincre les éléments capitalistes dans l’économie, comment peut-on se protéger d’une intervention étrangère, comment peut-on surmonter les courants décadents et l’incrédulité en ses propres forces et réaliser les aspirations du peuple à la construction d’une économie souveraine et solidaire?

Dans la pièce, on posait également la question de l’identité russe. On y cite le célèbre poème d’Alexandre Blok intitulé «Les Scythes», la comparaison métaphysique de la Russie et de l’Occident: oui – nous sommes des Scythes, oui – nous sommes des Asiatiques. On y souligne ainsi la position antioccidentale de la Russie et l’irrecevabilité du capitalisme pour la mentalité russe qui n’est pas liée à l’individualisme, mais au système collectif de la société.

Il faut prendre un nouveau tournant. Le président ne dispose que de la politique extérieure et des forces armées, mais le ministère des Finances, le ministère de l’Economie et la banque centrale (la banque de Russie) sont régentés par l’idéologie du Washington Consensus, de même que la presse et les chaines de télévision privées, le théâtre et l’industrie cinématographique sont libéraux. Une attitude nihiliste commence à se répandre parmi la jeunesse.

Le Club Stolypine, fondé en 2012 par des critiques du libéralisme économique, voudrait construire un système économique et financier indépendant de l’étranger. Il s’engage en faveur de programmes étatiques de relance économique et développe une stratégie alternative pour éliminer la dépendance de la Russie au dollar et pour relancer l’économie réelle. Le bien commun devrait se trouver au centre de la politique économique nationale, et non les indices économiques.

La Kreditanstalt für Wiederaufbau, la banque de crédit pour la reconstruction en Allemagne en est un bon exemple, elle qui a remis en marche l’économie allemande après la Seconde Guerre mondiale.

Ainsi pour Sergei Glaziev, conseiller de Poutine pour l’Union économique eurasienne, cet exemple mène au développement de l’infrastructure nationale. La banque centrale devrait être subordonnée à l’Etat et ne pas être «indépendante» pour que l’Etat garde le contrôle souverain sur ses finances. Le temps de la décision se rapproche.

Par Peter Bachmaier | 16 octobre 2017

(Traduction Horizons et débats)

http://arretsurinfo.ch/la-russie-et-la-grande-revolution-1917-2017/

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