mardi 24 octobre 2017

La nouvelle guerre froide est déjà plus dangereuse que la précédente

Nous assistons aujourd’hui à une confrontation sans précédent entre les Etats-Unis et la Russieet les médias de l’establishment ne semblent pas s’en soucier

ARG US RUSSIEDepuis plusieurs années, S. Cohen développe l’idée que l’actuelle guerre froide présente plus de dangers que celle qui, 45 ans en arrière, a failli « nous être fatale ». Dans l’article ci-dessous, il passe en revue et regroupe les arguments à l’appui de son point de vue. Toutefois, nombre de commentateurs et de personnalités de la vie publique continuent de nier – pour des raisons personnelles et politiques – l’hypothèse de cette nouvelle guerre froide.

Si l’on doute encore de la réalité de cette dernière, il suffit de lire les principaux journaux américains, de regarder les chaînes « d’informations » télévisées ou de se pencher sur le nombre croissant de déclarations de guerre froide contre la Russie, notamment le texte particulièrement extrémiste d’une organisation prétendument bipartite, dont l’un des co-auteurs est Evelyn Farkas, ancienne fonctionnaire du Département de la Défense de l’ère Obama.

Par Stephen F. Cohen | 15 octobre 2017 | The Nation

Cohen identifie six raisons de penser que la nouvelle Guerre Froide nous confronte à des périls plus grands que la précédente :

1.L’épicentre du conflit ne se situe, ni à des centaines de kilomètres de Berlin, ni dans ce qu’on appelait à l’époque le « Tiers Monde », mais carrément le long de la frontière russe, des Etats Baltes à la Mer Noire, en passant par  l’Europe de l’Est et l’Ukraine, là où les infrastructures de l’OTAN ne cessent d’être étendues, avec l’arrivée continuelle de nouveaux soldats, d’armes, d’avions de combat et de navires, sans oublier les installations anti-missiles.

L’OTAN considère maintenant ces régions situées aux confins de la Russie comme faisant partie de son « pré carré ».

Il faut remonter à l’invasion allemande de 1941 pour retrouver la présence d’une armée étrangère à si peu de distance de la Russie et de Saint-Pétersbourg, seconde ville du pays. Il est facile d’imaginer comment Moscou perçoit cette présence. On entend de plus en plus dire – par les grands médias et, officieusement, par de hauts fonctionnaires – qu’on assiste bien là à une « agression américaine contre la Russie, et même que " l’Amérique est en guerre contre la Russie" . Comparez ces paroles alarmantes, suggère Cohen, avec le " Russia-gate" , et constatez  le deux poids deux mesures entre cette accusation, qui ne repose sur rien de tangible, selon laquelle « le Kremlin aurait attaqué l’Amérique » pendant les élections présidentielles de 2016, et « l’agressivité » évidente que montre actuellement Washington à l’égard du personnel politique russe. Pensez au risque d "embrasement" – accidentel ou intentionnel – si une réaction à cette attitude agressive prenait corps et se généralisait en Russie. L’offensive actuellement menée à Washington en faveur d’un envoi supplémentaire d’armement à Kiev, qui a promis de s’en servir contre les rebelles du Donbass soutenus par les Russes, ne peut qu’accroître les inquiétudes russes (ce faisant, Kiev réduit à néant les accords de paix de Minsk en adoptant une législation incompatible avec ces accords).

2.L’éventualité d’une aggravation par ramification de l’affrontement militaire entre les Etats-Unis et la Russie en Syrie, où les forces gouvernementales, appuyées par l’armée russe, sont à deux doigts d’une victoire définitive sur les combattants anti-Assad – dont certains sont affiliés à des organisations terroristes. Le Ministère de la Défense russe a clairement affirmé sa conviction que le soutien actif apporté par l’armée américaine à ces terroristes mettait gravement en danger les troupes russes, et il a annoncé publiquement sa volonté de combattre ces unités américaines présentes en Syrie. Comment réagira Washington, se demande Cohen, si les Russes tuent des Américains en Syrie ?

3.Dans le même temps, et contrairement au contexte de la première guerre froide, où, une fois passée la crise des Missiles de Cuba de 1962, la coopération entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique avait repris et s’était même régulièrement étoffée, tous ces liens de coopération tissés au cours des précédentes décennies sont brusquement annihilés. Le Congrès et l’Administration Trump semblent déterminés à fermer deux nouvelles agences de presse russes aux Etats-Unis, RT et Sputnik. Si cette menace est suivie d’effets, le Kremlin adoptera des mesures équivalentes en Russie, ce qui détériorera encore plus les communications – déjà largement « propagandistes » – entre les deux pays. Un ancien militaire, correspondant pour CNN, estime depuis Moscou, que " la paix tient à un fil" . Et la crise sans précédent de la perquisition menée au Consulat russe de San Francisco le mois dernier a convaincu, non sans raison, de hauts fonctionnaires russes, que des forces agissantes à Washington souhaitaient une complète rupture des relations diplomatiques avec Moscou.

4.Jamais, au cours de la précédente Guerre Froide, un dirigeant soviétique n’a été autant diabolisé par le milieu politico-médiatique que l’est, depuis presque dix ans, le président russe, Vladimir Poutine. La Russie et les relations avec Moscou sont exclusivement abordées à travers le prisme Poutine, de sorte que le pays semble privé de la possibilité, sur le plan intérieur comme sur le plan international, de mettre en avant ses intérêts légitimes, préalable indispensable à d’éventuelles négociations. Pour illustrer cette situation sans précédent par un exemple récent, Cohen reproduit des extraits de « What happened », le livre de mémoires récemment publié par Hillary Clinton.

5.Le « Russia-gate » est également inédit. Les moyens utilisés pour exacerber les tensions sont variés et de plus en plus nombreux. Les « investigations » répétées font peser sur les relations qui avaient régulièrement cours avec la Russie – et notamment les échanges financiers – des allégations de « collusions avec le Kremlin ». De même, les opinions anti-guerre froide sont régulièrement qualifiées d’ « offensives de désinformation et de propagande du Kremlin ». Ce genre d’opinion est évidemment très marginal dans la presse américaine et sur les réseaux sociaux. (à noter que les médias russes publient davantage d’opinions dissonantes sur la politique extérieure que leurs homologues américains).

Mais, et c’est sans doute là le point le plus important, le « Russia-gate » a littéralement empêché le président Trump d’entamer la moindre négociation de sortie de crise, aussi hypothétique qu’ait été son désir de le faire. Imaginez un instant le président John F. Kennedy menacé de la même manière d’être pris pour une « marionnette du Kremlin » au cours de l’affaire des Missiles de Cuba ! Il n’aurait tout bonnement pas pu faire les compromis politiques qui ont été conclus entre lui et Nikita Kroutchev pour sortir de la crise et éviter un conflit nucléaire. La haine de Trump qui agite les politiciens et les médias américains, ne devrait pourtant pas prévaloir, ajoute Cohen, sur le risque d’une guerre avec la Russie.

6.Et contrairement au contexte politique des années soixante, soixante-dix et quatre-vingts, il n’existe virtuellement aucun média, aucune personnalité politique, ni aucun courant politique pour s’opposer à cette Guerre. L’inexistence d’une opposition et l’absence d’un vrai débat public ont toutes les chances de mener à de mauvaises décisions politiques, même en démocratie.

A ces 6 facteurs inédits risquant d’entraîner la guerre froide, Cohen ajoute trois autres circonstances particulières :

La première est le mythe selon lequel la Russie serait trop faible pour endurer une guerre froide prolongée et finirait par capituler devant Washington et Bruxelles. C’est évidemment la logique qui préside au tsunami de sanctions infligées à Moscou depuis 2014. C’est sans tenir compte du fait que plusieurs institutions de contrôle financier international ont fait état d’un redressement notoire de l’économie russe depuis environ deux ans. Le pays est par exemple sur le point de devenir le plus grand exportateur mondial de blé. C’est aussi omettre l’immensité des ressources naturelles, humaines et territoriales dont dispose la Russie. Dans l’histoire de la Russie moderne, on ne trouve aucun exemple de capitulation, quel qu’en aient été le coût et les destructions subies. Contrairement aux voix émises par des courants d’opposition politiques minoritaires, dont l’importance est montée en épingle, ni les élites de la Nation, ni le peuple, ne souhaitent fondamentalement un changement de personnel ou d’orientation politique sous la pression de l’Occident. De fait, de nombreux analystes et commentateurs politiques russes ont déjà entériné l’idée que cette nouvelle guerre froide, provoquée par l’Ouest, risquait de durer autant que la première.

La seconde circonstance tient à la persistance, avec laquelle l’establishment américain, resté sous l’influence de l’ancien Président Obama, s’entête à considérer que la Russie est « isolée » dans les affaires du monde. Le nombre de rencontres et d’accords conclus à l’étranger par Poutine ces dernières années contredit cette idée erronée. Un autre changement important entre en ligne de compte : lors de la première guerre froide, le « Bloc soviétique » de l’Europe Orientale était une alliance récemment imposée de pays tiraillés et économiquement lourds à porter ; les partenaires actuels (ceux du BRIC, et notamment la Chine) de la Russie sont au contraire librement consentants et économiquement dynamiques. Ce serait d’ailleurs plutôt la « sphère d’influence » américaine qui serait en voie de voler en éclats, si l’on en juge par le Brexit et la Catalogne, (dont les référendums pourraient donner un autre éclairage sur celui que les Russes ont soutenu en Crimée en 2014). Quel autre sens donner au resserrement des relations entre la Russie et la Turquie, membre de l’OTAN, ou encore à la récente visite du roi d’Arabie Saoudite à Moscou, qui a donné lieu à des accords portant sur des milliards de dollars d’achats et d’investissements en armes et en énergie ? S’agit-il  bien du même pays, pourraient s’interroger les historiens, qui était soit-disant en train de plonger dans un grand isolement économique ?

La troisième circonstance est le rôle joué par la Chine, grande puissance montante. Rivalisant avec la Russie au temps de la première guerre froide, elle avait « une carte » à jouer contre Moscou. Elle est aujourd’hui son partenaire politique et économique, et en voie de le devenir sur le plan militaire – les deux pays ont conjointement programmé le lancement d’un exercice naval en début de semaine prochaine. Cette coopération, qui aura un retentissement important un peu partout, notamment en Inde, au Pakistan, au Japon et même en Afghanistan, change également la donne. Presque tous ces facteurs inédits des hauts risques qu’entraînerait une guerre froide ne sont pas pris en considération à Washington, et pas seulement à cause de l’hystérie du « Russia-gate« . Le triomphalisme américain qui prévaut depuis la fin de l’Union Soviétique en 1991 y participe, ainsi qu’un certain provincialisme américain qui consiste à se croire « exceptionnel ».

Dans le même temps, les trois plus graves menaces auxquelles la sécurité nationale américaine est confrontée  – le terrorisme international, la prolifération nucléaire et le risque de cyber attaques pouvant déclencher un conflit nucléaire – ne font pas l’objet d’une vigilance suffisante. Ni l’absolue nécessité, pour éradiquer une grande partie de ces dangers, de le faire en partenariat avec la Russie. Des évidences qui se traduisaient même parfois en actes à l’époque de la précédente guerre froide.

Stephen F. CohenOctobre 11, 2017

Stephen F. Cohen est professeur émérite d’études politiques,  spécialisé sur la Russie, à l’université de New York et  à l’Université de Princeton. Il est également analyste pour l’hebdomadaire The Nation.

Article original: https://www.thenation.com/article/the-new-cold-war-is-already-more-dangerous-than-was-its-predecessor/

Traduit de l’anglais par Sylvie Jolivet pour Arrêt sur info

Source: http://arretsurinfo.ch/la-nouvelle-guerre-froide-est-deja-plus-dangereuse-que-la-precedente/

 

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Rohingyas: Washington annonce des mesures punitives contre l’armée birmane

Les Etats-Unis ont annoncé lundi réduire encore davantage leur aide aux unités birmanes et aux officiers impliqués dans les violences contre la communauté musulmane des Rohingyas, à l'origine d'un exode massif.

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La porte-parole du département d'Etat, Heather Nauert, a annoncé une série de mesures punitives comme la suspension de l'examen des dispenses de voyage pour les hauts responsables militaires birmans et l'annulation des invitations faites aux hauts responsables des forces de sécurité birmanes pour assister à des manifestations parrainées par les Etats-Unis. «Il est impératif que toute personne ou entité responsable d'atrocités, y compris les acteurs non-gouvernementaux et les justiciers, soit tenue responsable», assure la porte-parole, annonçant de nouvelles mesures «en plus des restrictions existantes» vis-à-vis des forces armées birmanes et de l'embargo américain «de longue date sur toutes les ventes de matériel militaire». Les Etats-Unis ont aussi annoncé étudier la mise en place de «mesures économiques ciblées contre des individus liés aux «atrocités».

D'après les derniers chiffres des Nations unies, plus de 580 000 musulmans rohingyas ont fui la Birmanie depuis le 25 août, pour se réfugier au Bangladesh voisin. Cette crise a débuté quand des rebelles rohingyas, dénonçant les mauvais traitements subis par leur minorité en Birmanie, ont attaqué des postes de police fin août, entraînant une répression sévère de l'armée. (Photo AFP).

http://www.liberation.fr/direct/element/rohingyas-washington-annonce-des-mesures-punitives-contre-larmee-birmane_72680/


 

Voir notre article:

Pourquoi les États-Unis et l’Arabie Saoudite soutiennent les Rohingyas du Myanmar

http://www.frexit-limousin.fr/archives/2017/10/23/35795371.html

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Malte : «Un gang criminel a pris le contrôle de l’Etat»

Une semaine après l’assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia, qui dénonçait la corruption, la société civile est sous le choc. Les soupçons pèsent tantôt sur le gouvernement, tantôt sur le parti d’opposition. Une marche lui a rendu hommage dimanche à La Valette.

1066492-candles-burn-to-commemorate-the-killed-investigative-journalist-daphne-caruana-galizia-in-berlin«J’ai pleuré.»Manuel Delia raconte avec émotion le moment où il a appris la mort de Daphne Caruana Galizia. «Elle a longtemps été une héroïne pour moi. Depuis quelques mois, elle était devenue un mentor», confie le blogueur, venu jeudi à La Valette, la capitale de Malte, prendre part à une manifestation de plusieurs dizaines de journalistes pour le respect de la liberté d’expression. A côté de lui, face aux hautes colonnes du tribunal de Malte, un parterre de bouquets et de bougies rend hommage à Daphne Caruana Galizia, morte dans l’explosion de sa voiture dans l’après-midi du 16 octobre. Vers 15 heures, la journaliste maltaise de 54 ans, mère de quatre enfants, n’a le temps de faire que quelques mètres sur la route depuis son domicile, dans le village de Bidnija, avant qu’une bombe placée sous la voiture, très sûrement commandée par un téléphone portable, ne mette feu à son réservoir d’essence. Son fils, Matthew, arrive peu après la police sur les lieux. «Je n’oublierai jamais quand, courant autour de ce brasier infernal, […] j’ai essayé de trouver un moyen d’ouvrir la portière, le klaxon de la voiture hurlant toujours, criant à deux policiers, venus avec un seul extincteur, de l’utiliser, raconte le jeune homme sur Facebook. J’ai regardé au sol et il y avait des morceaux de ma mère partout autour de moi.»

«Mafieux»

Daphne Caruana Galizia était une personnalité à part dans le pays. Issue de la haute société et mariée à un avocat de renom, elle devient l’une des premières éditorialistes politiques à Malte dans les années 90. En 2008, frustrée par les limites imposées par les médias conventionnels, elle crée son blog, Running Commentary. Avec 400 000 pages vues par jour, son audience atteint celle des sites des plus grands journaux de l’île. Libre dans le ton comme dans la forme, la blogueuse alterne enquêtes fouillées sur la corruption, le trafic d’êtres humains ou de pétrole, et commentaires mondains sur la tenue d’un tel ou la liaison extraconjugale d’un autre. Elle disait s’appuyer sur un «réseau d’espions». Une de ses cibles préférées : le Premier ministre, Joseph Muscat, et son Parti travailliste (centre gauche), à la tête du pays depuis 2013.

En 2016, dans le cadre des Panama Papers, Daphne Caruana Galizia révèle l’existence de sociétés offshore détenues par Keith Schembri, le chef de cabinet du Premier ministre, et par Konrad Mizzi, le ministre de l’Energie. En avril 2017, elle accuse cette fois la femme de Muscat d’être la bénéficiaire d’une société-écran domiciliée au Panamá, sur les comptes de laquelle un million de dollars aurait été versé par la fille du président du régime ultra-autoritaire azerbaïdjanais, Ilham Aliyev.

Le couple Muscat dément, accusant la journaliste d’avoir été manipulée par une lanceuse d’alerte russe travaillant dans la banque par où aurait transité l’argent. La justice ouvre alors une enquête, et Muscat convoque des législatives anticipées, qu’il remporte de nouveau en juin. Entre-temps, la lanceuse d’alerte a quitté le pays après avoir témoigné devant la justice. Et lundi, Daphne Caruana Galizia a été tuée…

Aujourd’hui, alors que les fourgons et les hommes en combinaison blanche de la police scientifique ont quitté les lieux, le cratère provoqué par la violence de l’explosion est toujours visible sur le sol de cette région aride du nord de Malte. Malgré ce drame, les manifestations populaires en hommage à la blogueuse ont été rares dans ce pays de 450 000 habitants. Le sujet a rapidement été récupéré dans des joutes politiques entre les partisans des deux principales formations politiques : le Parti nationaliste (NP, de centre droit et membre du Parti populaire européen) et le Parti travailliste. Daphne Caruana Galizia étant ouvertement une supportrice du premier*, les leaders du NP n’ont pas hésité à reprendre les propos de la famille de la journaliste et accusé le gouvernement d’être un «Etat mafieux», responsable, selon eux, et au moins indirectement, de l’assassinat de la quinquagénaire. «La corruption est largement répandue dans les plus hautes sphères de l’Etat, confie Michael Briguglio, sociologue, conseiller local NP et tête de proue du Réseau société civile. A Malte, nous ne sommes pas habitués à ce genre de violence. Mais l’an dernier, nous avons eu cinq explosions de voiture de ce type. Le gouvernement actuel ne protège pas les citoyens, mais seulement un gang de politiciens au pouvoir.»

«Sorcière»

En riposte, l’exécutif accuse ses opposants d’accentuer les divisions dans la société, que beaucoup caractérisent déjà de «tribale», à un moment où l’unité devrait sinon primer, du moins s’afficher. Dans les magnifiques bâtiments de l’auberge des chevaliers de Castille, qui abrite les bureaux du Premier ministre, Kurt Farrugia, son directeur de la communication n’hésite pas à avancer : «Depuis quelques mois, Daphne Caruana Galizia avait commencé à publier des articles à charge contre le nouveau leader du Parti nationaliste (NP), Adrian Delia, l’accusant d’être mêlé à des réseaux de prostitution à l’étranger ainsi qu’à du blanchiment d’argent.» Il y a quelques semaines, la journaliste a déclaré recevoir des menaces de membres du NP et a demandé une protection policière. Sans succès.

«Nous savions que Daphne Caruana Galizia pouvait être attaquée à cause de ce qu’elle écrivait, nous recevons tous des menaces. Mais je n’aurais jamais pensé que ça pourrait aller aussi loin», soupire Saviour Balzan, journaliste et cofondateur du média Malta Today, qui se décrit lui-même comme un des plus anciens critiques de la blogueuse. «Elle s’est fait beaucoup d’ennemis car elle n’hésitait pas à attaquer personnellement les gens, moi y compris, raconte-t-il. Elle lançait parfois des rumeurs sans fondement. La dernière fois que je l’ai vue, l’an dernier, elle est venue à mon bureau pour s’excuser de ce qu’elle avait écrit sur ma famille et moi.» Sa mort brutale stupéfie autant que la personnalité de la blogueuse, sous le coup de 42 procès pour diffamation, divise. «Personne n’aimait tout ce qu’elle écrivait, mais beaucoup de gens reconnaissent le rôle important qu’elle jouait, dit à Libération Justin Borg-Barthet, professeur maltais de droit européen à l’université d’Aberdeen en Ecosse, qui a travaillé à plusieurs reprises avec Daphne Caruana Galizia. Elle se voyait comme au service de la population et n’hésitait pas à révéler la corruption autour du gang criminel qui a pris le contrôle de l’Etat

Corruption. Le mot arrive toujours très rapidement dans les conversations sur l’île. Selon un sondage Eurobarometer de 2013, 83 % des répondants maltais considèrent la corruption largement répandue dans le pays, et 29 % assurent que cela les touche dans leur vie quotidienne. Marco, accoudé au bar de son restaurant dans le centre de La Valette, le reconnaît, à sa manière : «Bien sûr qu’il y a de la corruption, mais dans les deux partis et on ne peut rien y faire. En tant que citoyen maltais, que le Premier ministre reçoive des pots-de-vin de dirigeants étrangers ne me concerne pas. Ce n’est pas l’argent public qui est gaspillé.» En 2014, un rapport de la Commission européenne a laissé entendre l’ampleur du phénomène. Entre 1995 et 2014, Malte aurait ainsi perdu, tous les ans, au moins 11,67 % de son PIB, soit 1,25 milliard de dollars à cause de la corruption. Et l’économie parallèle représenterait un cinquième du PIB.

Ce sont ce type de fraudes qui ont poussé Marlene Farrugia à quitter en 2015 le Parti travailliste, pour lequel elle avait pourtant été candidate. «Le gouvernement de Muscat utilise tous les moyens possibles pour obtenir des votes, comme délivrer des permis de construire et des emplois publics juste avant les élections, assure la députée, qui a fondé, en 2016, le Parti démocratique. Leur machine de propagande est très puissante. J’ai été violemment attaquée personnellement, par un membre du cabinet du Premier ministre sur son site web. Comme Daphne, j’ai été traitée de sorcière La femme politique, par ailleurs dentiste, a aussi reçu de nombreuses menaces. «Vous avez peut-être en face de vous une femme bientôt morte, mais cela ne me fait pas flancher, lance Marlene Farrugia, assise dans le hall du Parlement maltais. Le gouvernement a démantelé les institutions de notre pays. Depuis 2013, cinq commissaires de police ont démissionné ou été renvoyés. Les contre-pouvoirs sont anesthésiés Au début du mois, le plus haut magistrat de Malte, Silvio Camilleri, a justement accusé le ministre de la Justice et la police de ne pas faire respecter l’Etat de droit. Le Premier ministre a répondu n’être «pas d’accord avec son interprétation».

Récompense

Une semaine après le meurtre de Daphne Caruana Galizia, les fleurs s’accumulent toujours devant le tribunal de La Valette. L’enquête n’a pas apporté d’indices à ceux qui dénoncent un crime politique. Avec l’aide d’agents du FBI, de Scotland Yard, de la police danoise, et bientôt d’Europol, les enquêteurs maltais tentent de reconstituer les dernières minutes avant que la journaliste ne monte dans sa voiture de location.

Pour prouver sa volonté de faire avancer cette «affaire d’une extraordinaire importance», le Premier ministre a promis une récompense d’un million d’euros à qui apporterait des informations significatives aux enquêteurs. De son côté, David Thake, un journaliste proche de Daphne Caruana Galizia, a lancé une campagne de crowdfunding pour tenter de rémunérer des gens susceptibles de lui donner des informations sur l’assassinat de son amie. Après quatre jours de collecte, il avait réuni 26 500 dollars (environ 22 500 euros). Dimanche, à l’appel de la société civile, des médias et des différents partis qui promettent de ne pas politiser l’occasion, une grande marche a rassemblé des milliers de Maltais dans les rues de La Valette. Avec ce slogan, brandi sur les pancartes et à la une des journaux : «Daphne, ta plume a été réduite au silence mais ta voix survivra.»

Aude Massiot Envoyée spéciale à Malte

http://www.liberation.fr/planete/2017/10/22/malte-un-gang-criminel-a-pris-le-controle-de-l-etat_1604971


 

*Donc, contrairement à ce qu'affirme Libé, Daphne Caruana Galizia n'était pas si favorable au NP que ça puisqu'elle craignait des représailles de ce côté également. Elle agissait tout simplement en femme libre et en vraie journaliste...P.G.

FREXIT CLAVIER

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Macron hilare quand son chien se soulage sur les meubles de l'Elysée

L'Elysée est le symbole de la présidence de la République, lieu où le président, représentant du peuple par excellence, doit défendre ce dernier au jour le jour, et défendre l'image de la France à l'international. Que le chien de Macron urine sur les meubles de l'Elysée, voilà donc tout un symbole de la considération du locataire de l'Elysée pour la fonction. D.P.


Animal. Le labrador noir croisé griffon du couple présidentiel a bruyamment interrompu la réunion entre le président de la République et trois membres du gouvernement.

SIPA_00820346_000010Il semblerait que le chien présidentiel, Nemo a l'habitude d'assister aux réunions de son maître. Il est même capable de les interrompre, à sa manière.

Alors qu'Emmanuel Macron s'entretenait avec trois membres de son gouvernement (Benjamin Griveaux, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances, Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires, et Brune Poirson, secrétaire d'État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire), son labrador noir a décidé de se soulager sur…une cheminée de l'Élysée.

“Il est en train de faire un truc assez  extraordinaire”

Face à cette scène, captée par les caméras de TF1 et publiée ce dimanche 22 octobre par LCI, Emmanuel Macron a eu une étonnante réaction. Au lieu de gronder l'animal, le chef de l'Etat s'est mis à rire avec ses ministres. “Alors... il est en train de faire un truc assez  extraordinaire...”, s'est-il exclamé comme si son chien avait fait un tour impressionnant. “Cela arrive souvent ?”, a demandé Julien Denormandie. Le chef de l'Etat a assuré : “Vous avez déclenché chez mon chien un comportement totalement inhabituel”. Reste à espérer, pour les meubles historiques du palais de l'Elysée, que ce soit vraiment le cas… 

https://www.valeursactuelles.com/politique/video-macron-hilare-quand-son-chien-se-soulage-sur-les-meubles-de-lelysee-89979

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Londres se paye Macron après ses critiques contre le Brexit : “il a totalement tort !”

Critique. Le ministre du Commerce britannique n'a pas tardé à réagir aux critiques d'Emmanuel Macron...

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Le ministre du Commerce britannique Liam Fox l'a affirmé hier : si les négociations pour le Brexit se font toujours avec autant de tensions entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, alors le pays, qui souhaite redevenir souverain, sortira de l'UE... sans accord.

Jamais avare d'un commentaire, le président français Emmanuel Macron avait jugé cette hypothèse irréalisable, parlant de “bluff” et de “fausse information”.

Il fait la leçon à Theresa May

En conclusion de ce conseil européen qui s'est tenu le week-end dernier, Emmanuel Macron n'a pas hésité à déclarer : “Le problème aujourd'hui de Theresa May, c'est que celles et ceux qui ont prôné le Brexit n'ont jamais expliqué au peuple britannique quelles en étaient les conséquences (...) Qu'il y ait du bruit, du bluff, des fausses informations des uns et des autres acteurs secondaires ou spectateurs de cette discussion, c'est, si je puis dire, la vie des affaires ou la vie des médias”.

Le ministre du Commerce britannique se paie le président français

“Il a totalement tort” : c'est par ces mots que Liam Fox, invité de la télévision anglaise, a interprété les propos d'Emmanuel Macron, confirmant qu'une sortie sans accord était bien une option envisagée, tout en précisant que ce ne serait pas “un scénario catastrophe”.

https://www.valeursactuelles.com/monde/londres-se-paye-macron-apres-ses-critiques-contre-le-brexit-il-totalement-tort-89999

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Expansion du salafisme wahhabite à Sarajevo et en Bosnie (vidéo)

Source: Dominique Bianchi

Ajoutée le 23 sept. 2017

ARG YOUGO ISLAM

Islamisme à Sarajevo 2017

Ajoutée le 23 sept. 2017
https://www.youtube.com/watch?time_continue=174&v=SHS8QBb5Ghk

Voir aussi, pour la version style "tout ça n'est pas si grave,
on peut tous vivre ensemble, avec nos sensibilités différentes..."
La guerre est pudiquement évoquée, pas un mot sur l'OTAN, bien sûr,
pas même sur la défunte Yougoslavie.

La Bosnie-Herzégovine, fief du salafisme européen #Reporters

Ajoutée le 27 nov. 2015
https://www.youtube.com/watch?v=KD_-6yw2a00

J'ai cherché en vain jusqu'à présent un résumé à peu près correct de l'histoire de la Yougoslavie
pour ceux qui ne connaissent pas et qui trouvent cette affaire un peu compliquée (à juste titre).
En attendant, voici une des versions les plus originales, celle- là, je ne l'avais jamais entendue:
la création de la Yougoslavie, c'est un complot des Russes! Bien dans l'air du temps...
Mais ce n'est pas la pire des thèses qu'on trouve sur you tube.
La plupart du temps on a droit à la fable euro- atlantiste sur les méchants nationalistes
(surtout serbes) fauteurs de guerre.  P.G.

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HISTOREVUE - Yougoslavie
https://www.youtube.com/watch?v=KFI3wHbmqck
Ajoutée le 25 sept. 2016

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La frontière, le Système et le porno

Article suggéré par S.R. (UPR 87)


«...Il y a 420 millions de pages porno sur internet,
4.2 millions de sites Web porno (12% du total),
et 68 millions de requêtes porno dans les moteurs de recherches chaque jour.»

ARG FRONTIERES CELLULESDans cette grande entreprise d’abolition de l’Homme qui définit notre contre-civilisation, la frontière est l’ennemi.
Pas seulement la frontière qui dessine les contours de la Nation,mais la frontière au sens large, qui différencie le beau du laid, le bon du mauvais, le bien du mal. La frontière aussi quand elle se fait membrane autour des cellules, où se niche le plus intime de la Vie.
La frontière encore entre la chair et la technologie, entre l’homme et la machine. Toutes ces frontières subissent les assauts haineux du Système néolibéral dans sa volonté de tout niveler, de tout soumettre. Mais c’est probablement la frontière entre les genres, en tant qu’ultime verrou à l’atomisation complète de la société, qui subit l’attaque la plus massive, la plus dévastatrice, la plus prometteuse en matière de désintégration du corps social. Libération détournée de la femme, théorie du genre, culture porno : ou comment il ne sera bientôt plus possible aux hommes et aux femmes de s’aimer, pour le plus grand profit du Marché.
Petit essai.

 

 D’une frontière à l’autre

 

Régis Debray a dit quelque chose de magnifique sur la frontière: «La frontière n’est pas du tout la fermeture angoissante. La frontière est une marque de modestie. Je ne suis pas partout chez moi. Il y a une ligne au-delà de laquelle il y a d’autres personnes que je reconnais comme autres.»

La sagesse de ces paroles nous semble faire sens pour la frontière sous toutes ses formes. Car la frontière au sens large, loin d’être la «fermeture angoissante» donc, permet la richesse des cultures, permet de préserver la vie et l’humanité dans leur diversité, permet la radicale et sublime séparation des genres, et donc leur bouleversante conjugaison.

 
Mais vu du Marché, il est clair que 
toutes ces frontières sont surtout des freins.
 

La frontière entre les nations d’abord, qui préserve les cultures, les identités, le lien à la terre, le sentiment d’appartenance, freine l’expansion du Marché, l’avènement de son gouvernement mondial des 1% ; ralentit les flux migratoires destinés à tout niveler, à commencer par les revenus, et empêche l’avènement de cet homme nomade globalisé sans racines ni histoire, tout occupé à consommer, à dé-penser.

La membrane des cellules aussi, comme frontière protectrice du patrimoine génétique 
des espèces,

freine l’invasion du Marché à l’intérieur du Vivant,
l’empêche de le manipuler et de le privatiser.
 

La frontière entre l’Homme et la Machine encore, freine l’ultime infestation de la technologie dans la chair humaine qui doit permettre aux apôtres hallucinés du transhumanisme 1 de devenir Dieu, de vaincre la mort elle-même et de donner naissance à leur Surhomme, googelisé et connecté jusqu’au trognon, mais enfin libéré de sa pesante humanité.

 

Quant à la destruction de toutes frontières entre le bien et le mal, le bon et le mauvais, le beau et le laid, elle dit l’essence profondément malsaine du Système néolibéral, son amoralisme absolu, sa volonté d’abolir toute référence, toute possibilité de jugement par un relativisme radical qui vise à formater le corps social pour le reconfigurer en un agglomérat de dociles consommateurs débarrassés de toutes volontés autres que celle de jouir d’eux-mêmes, pour eux-mêmes.

 

Séparer l’homme de la femme

 

Après ce préambule un peu bavard, venons-en donc au cœur du sujet, c’est-à-dire à l’assaut du système dirigé contre la frontière qui se fait différence entre les genres, dualité des sexes, qui est peut-être la plus importante de toutes.
La plus importante car c’est de cette frontière, de cette différence que vient cette irrésistible attirance qui fait naître dans le cœur de l’Homme l’amour, la bravoure, la grandeur d’âme, la générosité, l’envie de beau et de bon, le désintéressement, le désir authentique et fécond, le désir d’enfant et donc nécessairement le désir de Foi, à cause de l’enfant justement dont on peut éventuellement se résoudre à concevoir la fin, mais jamais la disparition.
C’est le noyau de la première Patrie, celle de la famille, à la fois refuge et tremplin, sur laquelle s’appuie tout l’édifice d’une construction sociale structurante.

 

Autant de vertus donc qui élèvent, fortifient, enracinent l’Homme dans cette Tradition honnie qui contrarie tant le projet d’une société néolibérale réduite à la gestion juridico-marchande d’une addition d’égoïsmes concurrents. Autant de vertus qui freinent bien sûr accessoirement l’accès du Marché au très juteux monopole de la procréation.

 

Détachez l’homme de la femme, abattez la frontière, non qui les sépare mais qui les pousse dans les bras l’un de l’autre, nourrissez la rivalité et la discorde entre eux, la corrosion, et c’est alors tout l’ordre ancien qui bascule, laissant le champ absolument libre à l’avènement d’une société monstrueuse et glacée faite d’individus détachés de leur réalité, obsédés par eux-mêmes et donc livrés pieds et poings liés au Marché.

 

La libération par le cul

 

La postmodernité aura donné un coup d’accélérateur phénoménal à cette entreprise de séparation des hommes et des femmes.
Sous le masque habituel de la vertu progressiste si chère à la pègre néolibérale dirigeante, la femme a ainsi été poussée à conduire une guerre de conquête sans merci à une gent masculine trop heureuse de se soumettre dans un premier temps. Il faut dire que la stratégie choisie au tournant de la révolution bourgeoise de mai ’68, la libération par le cul donc, avait de quoi susciter la curiosité d’un regard masculin jusque-là habilement frustré.

 

Dans l’effervescence d’une époque qui s’était faite religion d’interdire d’interdire et de jouir de tout sans entraves, la femme a ainsi été instrumentalisée et trompée pour servir les intérêts du Marché désormais aux commandes.

 

Sous couvert de progrès social, elle fut donc rapidement amenée à s’exposer, à s’exhiber, sommée de tout montrer, de tout dé-voiler 2 sous l’impératif post-moderne et marchand de la surenchère transgressive, impératif nécessaire à la stimulation sans fin du désir.

 

Une société crypto-pédophile

 

En quelques décennies, l’industrie de la mode a ainsi affublé les femmes des accoutrements les plus provocants, les plus courts, fins, collants, moulant jusqu’à leurs plis et fentes les plus intimes ainsi exposés au regard de tous, déclinant cette vulgarité y compris pour les âges les plus tendres.

 

On notera au passage que cette surenchère a donc rapidement conduit à sexualiser les enfants comme elle a conduit à infantiliser le corps de la femme, notamment par une épilation intégrale devenue une autre marque obligatoire d’émancipation (pratique désormais quasi généralisée chez les hommes également). Prétendument rétive à la pédophilie, la société occidentale en multiplie pourtant les signes d’apologie avec une intensité qui devrait la questionner, si le questionnement y était encore possible.

 

Et puis à l’exhibition forcée de cette femme 2.0 − pour faire moderne − s’est conjugué un autre impératif post-soixante-huitard que permettait alors la contraception : la libération de ses mœurs avec affirmation obligatoire de ses appétits sexuels les plus débridés, appétits assortis d’une exigence de jouissance sans appel. Une révolution accompagnée et soutenue depuis dans un même élan par toute la caste dirigeante et sa merdia-sphère. Quel titre de la presse dite féminine se risquerait par exemple aujourd’hui à faire la moindre une sans un sujet sur le sexe, sujet nécessairement abordé sous un angle transgressif : adultère, pratiques déviantes, gadgets sexuels, culture porno etc…

 

Le porno, marqueur du progrès social

 

Grâce à l’avènement d’internet, la culture porno est d’ailleurs venue porter l’estocade dans les esprits déjà largement fragilisés par cette mutation. Par ordinateurs, tablettes et smartphones interposés, elle propage désormais y compris chez les enfants l’image d’une sexualité réduite à un sport de combat sur le ring duquel l’homme ne peut sortir que vidé, perdant, perdu, la queue entre les jambes donc, renvoyé à sa naturelle faiblesse face à un adversaire anatomiquement imbattable 3.

 

Le porno occupe ainsi une place de plus en plus importante dans l’entreprise de destruction des rapports hommes-femmes. De marché de niche, il est devenu produit de masse 4, grappillant ses parts de marché aux heures de grande écoute, s’imposant dans la mode, le cinéma et même les séries télévisées où se multiplient les scènes les plus osées, encore hypocritement «déconseillées au moins de dix ans» aux travers de logos dont on ne sait pas très bien s’ils sont dissuasifs ou incitatifs.

 

Faisant écho aux chaînes musicales adolescentes où le porno-soft est devenu la norme (voir les clips de rap notamment), les radios jeunes y vont bien sûr aussi de leur contribution sous prétexte d’éduquer, en proposant un discours de plus en plus trash sur la sexualité, banalisant les pratiques les plus extrêmes comme fun, et relevant bien entendu de la seule liberté et des goûts de chacun.
En réalité, tout est fait pour favoriser l’expansion d’une culture porno devenue une sorte de marqueur du progrès social occidental.

 

Le porno, trash, soft, chic ou à tendance crypto-pédophile (top-modèles de plus en plus jeunes et dénudés), est désormais imposé partout dans la Cité par la publicité ou les modes, inonde les foyers à travers le petit écran et/ou internet, et s’est aussi rendu accessible aux plus jeunes grâce aux smartphones. Au point que certains auteurs parlent désormais de pornocratie, la forme de gouvernement finalement «la mieux adaptée à l’ère ultralibérale en tant qu’elle utilise l’État résiduel [et ses merdias] pour dispenser et propager le commandement [ultime] : Jouis !» 5

 

Sauf que dans sa tentative d’érotiser le sadisme jusqu’à la nausée, 
la culture porno est d’abord une culture de mort.
Comme le dit si justement Chris Hedges, «le porno, comme le capitalisme mondial,
c’est là où les êtres humains sont envoyés pour mourir»
.

 

Le porno fonctionne en effet sur l’exact modèle des drogues dures, qui imposent l’augmentation des doses et de la force du produit pour produire l’excitation initiale toujours recherchée par le consommateur, avec comme corollaire la banalisation de pratiques toujours plus déviantes et dégradantes, toujours plus spectaculaires, toujours plus violentes (surtout pour les femmes d’ailleurs), là encore sous l’impératif de la surenchère transgressive inhérente à la gestion marketing du désir 6

 

En deux décennies, la culture porno a fait remonter ses codes, ses comportements et banalisé son sadisme dans le grand-public. La totale liberté voulue par les pouvoirs publics pour l’industrie porno, conjuguée aux progrès technologiques, a aussi permis aux pratiques les plus délirantes de faire désormais partie du paysage mental normal des jeunes d’aujourd’hui, au moment où ils construisent leur modèle sexuel.

L’âge du premier baiser est ainsi devenu celui de la première fellation 7, et des psychologues sont maintenant appelés à la rescousse dans des écoles pour des cas de fellations collectives 8. Les viols d’enfants par d’autres enfants font même leur apparition 9

Malgré tout, le porno reste «cool» dans nos sociétés occidentales libérées, et tout politicien qui prétend vouloir en questionner les nuisances est dénoncé comme un puritain coincé ou un dangereux censeur par les merdias pornocrates de la gauche libérale dominante.

Pour clore ce chapitre, on soulignera enfin que cette culture porno s’inscrit désormais dans un phénomène d’obscénité généralisée qui touche d’autres supports que le sexe. On peut ainsi parler de pornographie pour la musique lorsqu’elle se résume, comme dans les rave party d’Ibiza ou d’ailleurs, à une simple pulsation dont la seule fonction est de permettre de «jouir en tas», selon la formule de Philippe Muray. De même, cette culture porno fait également écho à la montée en puissance de cette pornographie de la mort à laquelle on assiste dans nos sociétés où les cadavres, les décapitations et autres boucheries de masse sont montrés désormais en boucle sur tous les écrans possibles, ce qui conduit l’auteur de La Cité perverse à noter ingénument qu’il a dû «se passer quelque chose dans le monde», car ce qu’on cachait hier, le sexe et les cadavres, aujourd’hui «on les montre. Cela s’exhibe».

On pourrait même conjecturer qu’il existe finalement une forme de continuité entre l’industrie porno, Daesh et ses snuff-movies.

Le sexe est partout, mais il n’y a plus de genre

Au milieu de toute cette poisse, la promotion de la théorie du genre, de même que la surreprésentation 10 des lobbies LGBTQ dans l’espace public et les écoles 11 (sous prétexte de lutte contre les discriminations évidemment), achève de brouiller les derniers ou plutôt les premiers repères des nouvelles générations.

L’hétérosexualité est ainsi en train de devenir un concept conservateur, has been, voire rétrograde, qui n’est au mieux qu’une orientation parmi d’autres forcément cool dont on ne manque pas d’assurer en permanence la visibilité et la promotion tapageuses, y compris et même surtout auprès des enfants désormais.

En Allemagne, sous la pression des associations LGBTQ, des collégiens pourraient ainsi être invités à simuler des sodomies en cours 12

De la demi-molle à l’impuissance

En toute logique, après des décennies d’exhibition, vingt ans de culture porno à hautes doses, d’impératifs de performances et de brouillage des identités sexuelles, la lassitude et la crainte se sont progressivement insinuées dans le regard d’un homme 2.0 plus que jamais désorienté.

À l’érection primesautière d’une époque de nudité vaguement joyeuse à ses débuts a donc tranquillement succédé la demi-molle d’une usure teintée de crainte, préfigurant l’impuissance généralisée en marche.
Les consultations pour les problèmes de couples ont ainsi explosé, comme le pourcentage de divorcés et de célibataires.

Aujourd’hui, au lieu de la découverte touchante et hésitante des corps lors des premiers émois, des études montrent que l’usage du Viagra s’est banalisé chez les jeunes mâles tétanisés par les exploits auxquels ils se sentent contraints pour satisfaire les exigences supposées de leur partenaire 13. Avec pour conséquence que, de plus en plus, la femme postmoderne libérée devra en réalité sa jouissance davantage à l’industrie pharmaceutique qu’au réel désir de partenaires pour lesquels l’acte sexuel est peu à peu ressenti comme une épreuve.

Cette pornocratie occidentale aura ainsi réussi à tout voler, à tout violer de la femme sans coup férir, à lui imposer que la généreuse visibilité et la disponibilité de son cul représentent de facto les seules preuves recevables de son émancipation, lui volant jusqu’à l’authenticité du désir qu’elle pense susciter, la renvoyant ainsi probablement à la condition la plus dégradante qu’elle ait jamais connue depuis l’aube des temps, et tout cela à l’insu de son plein gré.

Quant aux hommes, à qui l’on demande de surcroît d’être aujourd’hui des femmes comme les autres 14. De plus en plus nombreux sont ceux qui cherchent leur salut dans l’industrie pharmaceutique voire dans la poudre d’escampette, ou qui se contentent désormais de pornographie en rêvant des progrès forcément prometteurs de la robotique du plaisir.

L’objectif est donc en vue pour le Système.

Les rapports hommes-femmes deviennent de plus en compliqués, corrosifs, et s’acheminent graduellement vers l’impossibilité, laissant la voie libre au Marché pour s’intercaler définitivement entre eux, gérer leur misère sexuelle et affective en leurs proposant comme palliatifs l’excitation permanente, tournante et virevoltante de leur Ego, excitation ponctuée comme il se doit d’actes − orgasmiques ? − d’achat répétés.

Conclusion

La guerre totale du Système contre la frontière sous toutes ses formes vise à l’oblitération du monde ancien, à permettre l’infestation du Vivant par le Marché et la technologie, à créer cette Grande Société Unique composée de consommateurs nomadisés, atomisés et maladivement égocentriques.

Dans cette immense entreprise de nivellement et d’anéantissement, abattre la frontière entre les hommes et les femmes, les rendre semblables et donc concurrents «au point qu’il ne leur sera plus possible de s’aimer», vise l’éclatement du corps social en brisant le lien premier, originel, traditionnel, qui cimente encore la société.

Une fois ce lien brisé, tout aura alors été aboli de l’ordre ancien, de l’ordre naturel, et nous pourrons alors entrer dans cette ère de glaciation − façon Gattaca −les rapports humains seront exclusivement fondés sur la gestion juridico-marchande d’égoïsmes concurrents, y compris entre des genres alors standardisés.

Il ne restera plus à l’Homme, comme choix, que de s’en remettre à la pharma et à la Silicon Valley − c’est-à-dire au Marché − pour lui greffer la sonde anale ultime qui lui permettra de devenir enfin ce Surhomme photoshopé et hyper-connecté, capable de surperformer dans une réalité forcément augmentée, mais définitivement déshumanisée.

Entrefilets

  1. «En 2050, les gens avec moins de 150 de QI ne serviront à rien»
  2. Risquons-nous à proposer d’éclairer sous cet angle l’hystérie anti-burkini qui agite les promoteurs de la laïcité, qui se trouvent être aussi souvent ceux de la pornocratie. Car c’est un lieu commun de dire que l’exhibition permanente tue le désir de l’objet exhibé. Et que peut-être, confusément, inconsciemment, la pudeur d’un burkini leur fait peut-être craindre moins une régression comme ils disent, qu’une concurrence pour ainsi dire déloyale vis-à-vis de la femme moderne exhibée en ce qu’il, le burkini, rallumerait soudain quelque chose d’oublié dans le regard éteint de l’homme blasé, quelque chose qui aurait à voir avec l’envie de mystère, l’envie de respect, la dignité, bref, le désir, allez savoir…
  3. La pornographie c’est ce à quoi ressemble la fin du monde (Chris Hedges)
  4. Comme le souligne Dany-Robert Dufour dans La Cité perverse, l’industrie du porno et du para-porno génère aujourd’hui plus de 1 000 milliards de dollars de revenus annuel dans le monde, soit plus que l’armement et la pharma réunis. Il y a 420 millions de pages porno sur internet, 4 2 millions de sites Web porno (12% du total), et 68 millions de requêtes porno dans les moteurs de recherches chaque jour
  5. La Cité perverse, Dany-Robert Dufour
  6. Le porno postmoderne n’a plus rien à voir avec le porno de papa. Surenchère transgressive oblige, ce sont les coups, étouffements, dilatations, strangulations, triple-pénétrations, viols collectifs, vomi, simulations de meurtres et autres délires que les actrices ne peuvent parfois affronter que gavée de tranquillisants et/ou d’analgésiques. C’est cela qui fleurit sur les smartphones de nos enfants aujourd’hui.
  7. L’âge du premier baiser devenu celui de la première fellation
  8. Quand le porno éduque nos enfants
  9. Il serait d’ailleurs intéressant qu’une étude évalue les effets de cette culture porno généralisée sur cette frange d’individus qui, dans toutes sociétés, sont affectés d’une disposition à l’extrême perversion (comme les pédophiles par exemple), et chez qui cette stimulation permanente doit certainement favoriser le passage à l’acte. Combien d’enlèvements, de viols, de meurtres?
  10. En France par exemple, la proportion d’homosexuels est ultra-minoritaire avec environ 1% des hommes et femmes (0,6% des couples), alors que la question de l’homosexualité (et par extension LGBTQ) occupe une place inversement proportionnelle dans le débat sociétal, au cinéma, dans les médias, etc…
  11.  Quand le mouvement LGBT s’invite à l’école !
  12. Allemagne : les collégiens devront-ils bientôt simuler des sodomies en cours ?
  13. Génération Viagra : 20 ou 30 ans et déjà addicts à la petite pilule bleue
  14.  La féminisation de la société a certainement atteint l’un de ses sommets comiques lorsque, pour protester contre les agressions sexuelles de Cologne, les mâles allemands ont pris le taureau par les cornes et défilé…. en mini-jupes.