Le parti frontiste tente d’infléchir sa position en termes de souveraineté monétaire mais la rhétorique utilisée traduit un net retour à une vision identitaire de l’UE.

1019456355Elle paraît bien loin, au Front national, l’époque des discours accusant l’Union européenne (UE) de tous les maux et prônant l’indispensable sortie de l’euro. Depuis quelques semaines, dans toutes les bouches frontistes, les mêmes mots concertés les ont remplacés : chacun se vit désormais « européen mais » – pour l’Europe, mais contre l’UE ; pour la « civilisation » européenne, mais contre celle de Bruxelles.

A force de se le répéter, le FN semble désormais pris d’un sentiment européen bien à propos, au point de vouloir « élaborer un projet de traité simplifié », dixit sa présidente, Marine Le Pen. Celle-ci a même offert à son ex-meilleure ennemie, l’Europe, une grande part de son discours de Poitiers, le 1er octobre, avec un mot d’ordre nouveau : réformer, de l’intérieur à présent, la bête tant honnie.

Une ligne de crête difficile à tenir, estime le politologue Jean-Yves Camus : « Comment organisent-ils la préférence nationale ou établissent-ils la souveraineté monétaire sans sortir ? Et comment gèrent-ils les flux migratoires en restant dans l’Europe, tout en disant qu’ils ne feront pas ce qu’elle nous dit ? »

Sans compter, ajoute le spécialiste du parti d’extrême droite, qu’il sera bien plus compliqué pour la France de s’affranchir des règles européennes, comme le font la Pologne ou la Hongrie – sur le plan de l’économie, des frontières, des droits humains… –, sans un ferme retour de bâton de Bruxelles contre l’un des moteurs de sa construction.

« Clarification »

A ces arguments de taille, les réponses manquent encore dans les tirades frontistes en construction. Reste que le parti se devait de revoir sa position après la défaite présidentielle. Le nouveau secrétaire général, Steeve Briois, l’admet : « On avait des progrès à faire sur certains sujets. » En première ligne des failles de la dernière campagne, justement : le discours sur l’Europe.


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