La défiance entre Madrid et Barcelone continue de grandir ce vendredi alors que des responsables indépendantistes catalans comparaissent devant la justice espagnole pour sédition.

7312467_000-t10e6_1000x625Au lendemain du référendum d'autodétermination émaillé de violences policières, des Catalans ont manifesté dans les rues de Barcelone. PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP

Comment sortir du dialogue de sourds entre l'Espagne et la Catalogne ? Depuis le référendum d'autodétermination illégal du 1er octobre, émaillé de violences et qui a vu chef du gouvernement central Mariano Rajoy perdre «la guerre des images», la tension ne cesse de monter.

 

Le président séparatiste Carlos Puigdemont a promis d'appliquer les résultats du vote -victoire du «oui» à 90%-, mais la Cour constitutionnelle l'empêche de s'exprimer devant le Parlement régional. Compte-t-il y déclarer unilatéralement l'indépendance comme le souhaite la frange séparatiste ? Une médiation est-elle envisageable d'ici là ? Manuelle Peloille, professeure à l'université d'Angers, directrice de la revue «Cahiers de civilisation espagnole contemporaine», avoue avoir du mal à démêler les fils de cette situation «très confuse».

Vendredi après-midi, le gouvernement espagnol a demandé la dissolution de l'assemblée catalane et la tenue de nouvelles élections. Comment analyser ce geste ?
Manuelle Peloille
. Le gouvernement reste dans sa ligne légaliste mais fait preuve de souplesse. Il prend au mot les séparatistes catalans sur leur demande de démocratie et tente de court-circuiter le scrutin du 1er octobre. Cette initiative, peut-être un bon compromis pour une majorité d'Espagnols, a dû être suggérée à Mariano Rajoy. Cela lui permet de reprendre la main du processus. Attention, je ne parlerai pas pour autant de piège tendu aux séparatistes car le gouvernement prend le risque de perdre. Un sondage début septembre donnait à peine plus de 50% pour l'indépendance.

Si les séparatistes catalans refusent cette option, quelle autres sorties de crise peut-on envisager ?
Le deuxième scénario possible, c'est l’ouverture d’une médiation en vue d’une révision de la Constitution. Cela demanderait beaucoup de temps. Madrid et Barcelone se mettraient alors autour de la table pour négocier de nouveaux droits pour les Catalans. 

Lesquels ?
C'est très complexe. Cela pourrait prendre la forme d’un Etat plus fédéral ou d’Etats confédérés. Il y a une division profonde sur ce point au sein même des Catalans. Certains souhaitent revenir au statut d’autonomie renforcée appliqué de 2006 à 2010 et qui a été suspendu par le tribunal constitutionnel. La Catalogne y était définie comme une «nation» dans la nation espagnole, et lui donnait des droits plus étendus. D'autres souhaitent récupérer toutes les fonctions régaliennes (armée, police, budget, justice). Enfin, la troisième option, c’est la proclamation unilatérale de l’indépendance. La Catalogne rentrerait alors dans une double illégalité, après le référendum du 1er octobre.

Peut-on raisonnablement envisager une quatrième voie, celle de la guerre civile ?

On en parle oui. Il y a beaucoup de crispation, l’idée d’un affrontement croissant est dans beaucoup d’esprits. Je suis actuellement à Séville et je le sens. J'ai aussi vu qu'à Saragosse quelques personnes d'extrême droite se sont déplacées dans les rues ces derniers jours. Ces gens, ancrés dans le passé et très virulents, semblent prêts à en découdre. Plus globalement en Espagne, une grande partie de la population est attachée à l’unité du pays, sans pour autant dire qu'elle est franquiste. En parallèle, côté catalan, la propagande est très forte. L'idée comme quoi «Madrid vole la Catalogne» est très prégnante. Des mythes sur l'histoire de la Catalogne sont enseignés dans les écoles depuis trente ans. Comme sur la suppression de la frontière entre la Castille et la Couronne d’Aragon qui auraient privé les habitants d’un certain nombre de leurs «libertés», qu'on qualifierait plutôt de «privilèges». A l'époque, la Catalogne n’existait pas juridiquement et cette décision a facilité le commerce. Autre mythe : celui de l’oppression franquiste sur la Catalogne. Cela a été le cas pour les ouvriers mais les entrepreneurs, eux, ont prospéré durant cette période.

Le départ de Rajoy est-il une condition sine qua non à la reprise du dialogue ?

Certaines pétitions appellent en effet à sa démission et à son remplacement par la maire de Madrid, Manuela Carmena. Rajoy est critiqué pour son incompétence et sa répression. Mais le problème, c’est que cela ne réglera pas le problème. Ce n’est pas une solution en soi.


Quant à l’Union européenne, très discrète sur le sujet, elle a refusé la demande du Parlement catalan de superviser une sorte de médiation internationale. Comment l’expliquez-vous ?

On l’a vu avec Angela Merkel et Emmanuel Macron notamment. L'objectif est très clair : ne surtout pas encourager l’éclatement des Etats nationaux. De peur, on s’en doute, d’ouvrir la boîte de Pandore. Il semblerait aujourd'hui qu'on veuille placer l’Eglise catholique au coeur de la médiation. Les archevêques de Madrid et de Barcelone ont été convoqués vendredi midi par Mariano Rajoy. Les deux cardinaux sont très proches du Pape François, qui a lui-même appelé à une négociation dans le respect de la loi.

  leparisien.fr

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