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Le Sénat polonais approuve la réforme controversée de la Cour suprême

https://francais.rt.com/international/41254-senat-polonais-approuve-reforme-controversee-cour-supreme-justice

 

 Le Sénat du parlement polonais, dominé par les conservateurs, a approuvé une réforme controversée de la Cour suprême, en dépit des mises en garde de l'UE, des appels de Washington et des manifestations de rue massives.

Le texte de réforme de la Cour suprême polonais, adopté le 19 juillet par la chambre basse, a été soutenu par 55 sénateurs, contre 23 voix d'opposition, dans la nuit du 21 au 22 juillet. Deux sénateurs se sont abstenus. 

Tout au long des débats qui ont duré 15 heures, des milliers de manifestants ont protesté dans toute la Pologne contre cette loi qui renforce le contrôle politique sur la Cour Suprême.

Après le vote, les manifestants rassemblés devant le Parlement, ont scandé «Honte !», «Traîtres !», «Démocratie !».

Pour entrer en vigueur, le texte doit encore être promulgué par le président Andrzej Duda, lui même issu du parti conservateur Droit et Justice (PiS) de Jaroslaw Kaczynski au pouvoir. Le chef d'Etat dispose de 21 jours pour signer le texte, y opposer son véto ou, en cas de doute, le soumettre au Tribunal constitutionnel.

 L'opposition, des organisations de magistrats, le médiateur public et les manifestants ont appelé le président Duda à opposer son véto à cette réforme, ainsi qu'à deux autres réformes adoptées récemment qui, selon eux, accroissent le contrôle du pouvoir exécutif sur le système judiciaire.

Une réforme décriée par l'opposition et la Commission européenne et Washington

L'opposition dénonce un «coup d'Etat», alors que le PiS présente les réformes comme indispensables pour rationaliser le système judiciaire et combattre la corruption. Il considère la résistance à ces initiatives comme la défense des privilèges et de l'impunité d'une «caste» des juges.

Le 19 juillet, la Commission européenne avait sommé Varsovie de «mettre en suspens» ses réformes, agitant la menace de possibles sanctions comme la suspension des droits de vote de la Pologne au sein de l'UE.

Tout en soulignant que la Pologne est «un proche allié» de Washington, le département d'Etat américain a déclaré que les Etats-Unis étaient «préoccupés» par une législation qui, selon eux, semble «limiter le pouvoir judiciaire et potentiellement affaiblir l'état de droit en Pologne». 

«Nous exhortons toutes les parties à assurer qu'aucune réforme judiciaire ne viole la Constitution polonaise ou les obligations juridiques internationales et respecte les principes de l'indépendance de la justice et la séparation des pouvoirs», a déclaré Washington via un communiqué.

La loi sur la Cour suprême arrive juste après deux autres textes votés le 12 juillet. Le premier porte sur le Conseil national de la Magistrature et stipule que ses membres seront désormais choisis par le Parlement. Le deuxième modifie le régime des tribunaux de droit commun, dont les présidents seront nommés par le ministre de la Justice.

 

Manifestations à Varsovie contre les réformes du système judiciaire 

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Des milliers de personnes ont manifesté le 16 juillet en Pologne, notamment devant le parlement et la cour suprême à Varsovie, pour dénoncer les réformes controversées du système judiciaire menées par les conservateurs au pouvoir.

«A bas Kaczor, le dictateur !», ont scandé les manifestants rassemblés dans l'après-midi du 16 juillet devant le parlement polonais dans la capitale. «Kaczor», le «canard mâle» en polonais, est le sobriquet dont est affublé Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti au pouvoir. D'autres manifestants utilisaient le même sobriquet, mais traduit en anglais, des panneaux portant l'inscription «duck off!».

Le nombre des manifestants qui ont répondu à l'appel du Comité de défense de la démocratie (KOD) s'élève à 4 500, selon la police, tandis que la mairie, fief de l'opposition, a annoncé 10 000 participants.

 Les dirigeants des deux principaux partis d'opposition, Plateforme civique (PO, centriste) et Nowoczesna (libéral), Grzegorz Schetyna et Ryszard Petru, ont prononcé des discours musclés, s'engageant à collaborer étroitement pour s'opposer à la politique de Droit et Justice (PiS), dirigé par Jaroslaw Kaczynski.

Les deux chambres du parlement polonais ont approuvé cette semaine deux projets de loi qui, aux yeux de l'opposition, marquent un pas vers la prise de contrôle du système judiciaire par la majorité conservatrice et affaiblissent la séparation des pouvoirs.

(...)

 Une autre proposition de loi, très controversée mais encore en discussion, donne au ministre de la Justice d'importants pouvoirs sur la Cour suprême. 

«Cet ensemble de lois sur le système judiciaire est un scandale», a estimé Agnieszka Janczarska, une juriste de Varsovie âgée de 39 ans, qui manifeste avec des petits drapeaux polonais et européen.

«C'est la destruction des principes fondamentaux de la démocratie, à savoir de la séparation des pouvoirs», a-t-elle assuré à l'AFP.